Au(x) cinéma(s) du 30 mars au 5 avril

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Bonjour à tous !

Comme les vacances de printemps s'annoncent, il ne faut pas compter sur CGR pour nous proposer une petite pépite délicieuse... Tant pis, ceux de Draguignan, devront peut-être faire l'effort de quelques kilomètres s'ils veulent en prendre plein les mirettes ! Vous pouvez encore y voir cependant Médecin de Campagne de Thomas Lilti, Au nom de ma fille de Vincent Garenq avec Daniel Ateuil excellent dans ce thriller et The Revenant de Inarritu, sur lequel les avis sont partagés (et à Salernes) !

Un petit tour vers Fréjus et au Vox, voici plusieurs films très intéressants : un beau voyage au bout de soi même avec Le coeur régulier de Vanja d'Alcantara, un film lumineux sur l'adolescence d'André Téchiné Quand on a 17 ans, et La Passion d'Augustine de Léa Pool, où la musique, la discipline et la religion se côtoient et cheminent vers le meilleur...  On peut toujours voir le somptueux The Assassin de Hou Hsia-Hsien, et aussi Remember de Egoyan, pola sombre et peu ordinaire.
Mais si votre voiture vous conduit vers Lorgues, alors ce sera Ave César des frères Coen, controversé lui aussi, ou bien L'Homme qui répare les femmes documentaire bouleversant de Thierry Michel sur l’œuvre du médecin Denis Mukwege au Congo, ou encore Merci Patron ! de François Ruffin (que vous pourrez bientôt voir à Draguignan). En poursuivant vers Salernes, en dehors de The Revenant, vous pouvez voir Louis-Ferdinand Céline d'Emmanuel Bourdieu où les tensions à l’œuvre dans un seul homme sont bien montrées. Continuons notre périple jusqu'à Cotignac pour voir Les Ogres de Léa Fenher, une comédie pleine d'humour sur un théâtre itinérant assez explosif... et Des nouvelles de la planète Mars de Dominik Moll, une histoire drôle, poétique et décalée.... Finissons notre petit voyage cinématographique par Le Luc pour voir Spotlight de Tom Mac Carthy, un très bon film d'investigation journalistique !

Rappelez vous encore de noter dans vos agendas les prochaines propositions d'Entretoiles qui valent toutes leur pesant d'or ! le 17 avril une première proposition avec 2 films sur le thème "Résistance ou rébellion" avec  : Merci Patron ! de François Ruffin et Béliers de Grimur Hakonarson. Ensuite , le 24 avril, dans le cadre des Escapades littéraires sur le Liban : Chaque jour est une fête de Dima El Horr et Peur de rien de Danielle Arbid. Et enfin le 22 mai, sur le thème "Chanter, danser envers et contre tout" avec A peine j'ouvre les yeux de Leila Bouzid et Desert Dancer de Richard Raymond.

Nous vous rappelons aussi que les adhérents Entretoiles bénéficient maintenant du tarif réduit à 6 € au Vox de Fréjus sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 30 MARS AU 5 AVRIL 2016

 

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Au nom de ma fille
Réalisé par Vincent GARENQ
France 2016 1h27mn
avec Daniel Auteuil, Sébastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil...
Scénario de Vincent Garenq et Julien Rappeneau
On peut reconnaître au réalisateur Vincent Garenq une vraie cohérence et une constance remarquable. Ces trois derniers films commencent de la même façon : l’arrestation au petit matin d’un homme qui s’avérera innocent. Vincent Garenq, homme de conviction qui croit dans la capacité du cinéma à influer sur le cours du monde, a redonné dans Présumé coupable son honneur et sa dignité à Alain Marécaux, l’huissier de justice injustement accusé et emprisonné dans la sinistre affaire dite d’Outreau. Dans L’Enquête, il reconstituait le combat pour la vérité du journaliste Denis Robert, qui avait dénoncé contre vents et marées judiciaires les manipulations financières occultes de Clearstream, chambre de compensation située au Luxembourg, en lien avec le milieu politico-économique français. Ici l’homme arrêté un petit matin de 2009 dans un hôtel de Mulhouse est André Bamberski, un septuagénaire toulousain, qui semble peu surpris de l’arrivée de la police et relativement serein. Pour comprendre toute l’affaire, le film nous ramène aux années 1970 au Maroc. A l’époque, André Bamberski est un expert comptable apprécié, marié à la très jolie Dany (c’est Marie-José Croze) et heureux père d’une petite fille, Kalinka... lire la suite
CGR (Draguignan) : jeudi 31 à 11h et 13h45 - vendredi 1er à 11h
Affiche
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The Revenant
Réalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith d'après le roman de M. Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur

« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 30, samedi 2, dimanche 3, lundi 4 et mardi 5 à 22h15 - jeudi 31 et vendredi 1er à 22h
Salernes : jeudi 31 à 20h45 et mardi 5 à 18h
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Médecin de Campagne
Réalisé par Thomas LILTI
France 2016 1h42mn
avec François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan, Christophe Odent, Patrick Descamps, Felix Moati...
Scénario de Thomas Lilti et Baya Kasmi
On a découvert Thomas Lilti, médecin passionné devenu cinéaste du même métal, avec Hippocrate, formidable portrait d'un jeune interne plongé dans le maelstrom d'un grand hôpital parisien en proie à la réduction des effectifs et à la surchauffe. Son nouveau film nous parachute dans le Vexin, région encore largement rurale à cheval entre la Normandie et les confins de l’île de France. La vie quotidienne est sans doute ici plus sereine, son rythme est plus raisonnable, à la mesure de ces paysages paisibles, qui n'ont guère bougé depuis un siècle… Il n'empêche que pour Jean-Pierre Werner, seul médecin dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, la surchauffe est bien présente aussi. Du matin au crépuscule, il sillonne les départementales de la région, au devant des petits bobos et des grandes solitudes, tour à tour médecin généraliste, psychologue, assistant social, homme à tout faire, dans une campagne peuplée essentiellement de personnages âgées, pour qui il est parfois une des rares visites... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 30, samedi 2 avril, dimanche 3 et mardi 5 : 11h15, 13h30, 15h45, 18h, 20h - jeudi 31 : 11h15, 13h30, 15h45 et 20h - vendredi 1er : 11h15, 13h30, 17h45 et 20h - lundi 4 : 11h15, 15h45, 18h et 20h
Le Coeur régulier : Affiche
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Le Cœur régulier
Réalisé par Vanja D'ALCANTARA
France 2016 1h35 VOSTF
avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider, Fabrizio Rongione, Masanobu Ando...
Scénario de Vanja D'Alcantara, Gilles Taurand et Emmanuelle Beaugrand-Champagne, d'après le roman d'Olivier Adam
Parfois, quand on a envie que tout cesse, qu'on s'apprête à sauter dans le vide, apparaît une main secourable, qui redonne le courage d'avancer. Au dessus de falaises battues par les vents marins, dans le lointain Japon, s'agrippe une petite maison où veille Daïsuke, un homme entre deux âges, qui guette ceux qui n'ont plus le cœur à vivre. Dans sa bouche, ni jugement, ni mots de consolation. Il est juste une oreille qui écoute. Il a laissé derrière lui son étrange passé, la somme de toutes ses impuissances pour se placer du côté de la barrière où il peut encore tenter de faire bifurquer le cours des choses. Ni héros, ni gourou, il est là où il lui semble devoir être... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 16h10 zt 20h30, jeudi 31 à 13h50 et 20h30, vendredi 1er et samedi 2 à 13h50, 18h15 et 20h30 - lundi 4 à 13h50, 16h10 et 20h30, mardi 5 à 13h50, 18h15 et 20h45
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Remember
Réalisé par Atom EGOYAN
Canada 2015 1h35mn VOSTF
avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz, Dean Norris, Henry Czerny, Jürgen Prochnow...
Scénario de Benjamin August
Zed a 85 ans, une allure de vieux monsieur très classe, et se perd un peu entre passé et présent. Dans une chouette maison pour vieux un peu largués mais qui ont les moyens, il a beaucoup de mal à se rappeler que sa femme Esther est décédée depuis huit jours et la cherche à chaque réveil… Son vieux copain Max est là aussi avec son fauteuil à roulettes, son oxygène dans le nez, ses airs de méphisto à la retraite (Martin Landau), mais toute sa tête et une furieuse haine qui l'a accompagnée toute sa vie et sera le moteur de l'aventure incroyable qui va s'élaborer à partir de sa chambre... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30, jeudi 31 à 18h15 - vendredi 1er à 16h - samedi 2 à 13h50 et lundi 4 à 20h
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Quand on a 17 ans
Réalisé par André TÉCHINÉ
France 2016 1h55
avec Sandrine Kiberlain, Tracey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret...
Scénario de Céline Sciamma et André Téchiné
Inspiré peut-être par l'air des montagnes (le film a été tourné à Luchon et dans ses environs, les Pyrénées sont magnifiques) et sans aucun doute par la complicité au scénario de Céline Sciamma (réalisatrice de Tomboy et Bande de filles), André Téchiné signe avec Quand on a 17 ans son meilleur film depuis Les Témoins en 2007. Remarquablement écrit et construit, le scénario s'intéresse aux relations complexes, contradictoires, entre Thomas et Damien (Corentin Fila et Kacey Mottet Klein, formidables), deux lycéens qui ne cessent de s'affronter, de se battre, de se chercher – dans tous les sens du terme. Construit comme un triptyque autour des trois trimestres d'une année scolaire, le film prend d'abord le temps de poser son récit, de caractériser les personnages et d'installer des intrigues secondaires qui sont autant de fondations. Il y a bien sûr les deux adolescents que tout semble opposer : l'intellectuel et le paysan, le fils de bourgeois – une médecin et un militaire, en mission en Afghanistan – et l'enfant adopté par des cultivateurs, le gars de la (petite) ville et celui du haut de la montagne. Immédiatement, cela fourmille de thèmes et de possibilités... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 13h50, 18h10 et20h30 - jeudi 31 à 13h50, 18h10 et 21h - vendredi 1er à 15h45, 18h et 20h45 - samedi 2 à 16h, 18h15 et 20h45 - dimanche 3 et lundi 4 à 15h45, 18h15 et 20h30 - mardi 5 à 15h45, 18h15 et 20h45
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Merci Patron !
Réalisé par François RUFFIN
Documentaire France / Belgique 2015 1h30mn
Jocelyne et Serge Klur, ouvriers dans l’industrie textile depuis plus de trente ans, fabriquaient des costumes pour la marque Kenzo dans le nord de la France jusqu’à que leur usine soit délocalisée en Pologne. Désormais au chômage, criblés de dettes, ils risquent simplement de perdre leur maison. Bernard Arnaud est PDG du groupe LVMH. La firme est numéro un mondial du luxe grâce à son portefeuille de plus de soixante marques de prestige dont certaines sont plusieurs fois centenaires. « Groupe à caractère familial, LVMH a pour vocation d’assurer le développement à long terme de chacune de ses Maisons dans le respect de leur identité, leur héritage, leur savoir-faire. » Cette gentille phrase de présentation du groupe sur la page d’accueil de son site internet est située juste en deçà du petit compteur qui nous donne la valeur de l’action en temps réel… François Ruffin, vous connaissez sa voix de journaliste enquêteur dans l’émission Là-bas si j’y suis. Sensible aux sorts et causes des classes populaires aujourd’hui sous-représentées dans les médias mais toujours plus présentes dans la composition de la société française il est également le fondateur du journal de contre-désinformation Fakir que vous pouvez trouver dans tous les bons kiosques mais aussi et toujours à la caisse de votre ciné préféré... lire la suite
Lorgues : samedi 2 à 18h - dimanche 3 à 20h et lundi 4 à 21h
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The Assassin
Réalisé par HOU HSIAO-HSIEN
Taïwan 2015 1h45mn VOSTF
avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou Tsumabuki Satoshi, Ching-Tien Juan...
Scénario de Chu T'ien-wen et Hou Hsiao-Hsien
Festival de Cannes 2015 : Prix de la Mise en scène

Pour quelques uns d'entre nous – et pour pas mal de critiques aussi –, The Assassin était le plus beau film du Festival de Cannes 2015, stupéfiant de splendeur, un film qui rentrera à coup sûr au panthéon du cinéma asiatique. Dès son subjuguant prologue en noir et blanc, on est saisi par la beauté sidérante de chacun des plans, de leur minutie frisant la folie : sensation rare de se trouver littéralement happé par une œuvre, de perdre ses repères, d'être hors du temps qui défile… The Assassin nous propose un bond en arrière jusqu'au ixe siècle, au cœur de la dynastie Tang. Une période souvent considérée comme une des plus florissantes, des plus prospères de l'histoire de la Chine, tant économiquement que culturellement. La capitale Chang'An était à l'époque la plus grande ville du monde. Bien plus et bien mieux que dans la plus soignée des productions hollywoodiennes, la reconstitution historique est d'une précision vertigineuse, fruit de cinq ans de recherches et de repérages... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30, jeudi 31 et lundi 4 à 16h - vendredi 1er à 18h10 - dimanche 3 à 13h50 et mardi 5 à18h15
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La Passion d'Augustine
Réalisé par Léa POOL
Québec 2015 1h43mn
avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Valérie Blais, Diane Lavallée, Pierrette Robitaille...
Scénario de Marie Vien et Léa Pool.
Prix du public, Festivals de la Baule et d'Angoulême

Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige d'une main ferme un couvent au Québec. Un couvent qui, dans les années 60, reçoit des jeunes musiciennes et dont elle a fait un creuset extraordinairement productif d'une quantité formidable de talents qui raflent tous les prix de piano de la région. Elle a de l'oreille, mais elle a l'œil aussi, Augustine, et rien ne lui échappe. On peut la trouver dure, intransigeante, implacable, mais on voit bien que chacune des quarante pensionnaires se laisse gagner par sa passion et dans la demeure somptueuse où les parents viennent en confiance accompagner leur fille, les parquets craquent, on chuchote, on critique, mais il n'est pas questions de mollir sur l'exercice, de transiger sur la discipline de fer qu'Augustine fait régner. La musique est omniprésente que c'en est un bonheur et on passe des chants religieux à la musique profane, à Purcell, Chopin et quand Alice déboule, nouvelle pensionnaire indisciplinée et rebelle... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 13h50, 16h et 18h10 - jeudi 31 à 13h55 et 16h05 - vendredi 1er à 13h50, 18h10 et 20h45 - samedi 2 à 13h50 et 15h40 - dimanche 3 à 16h, 18h15 et 20h30 - lundi 4 à 13h50 et 18h15 - mardi 5à 13h50, 16h et 20h45
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Spotlight
Réalisé par Tom McCARTHY
USA 2015 2h08mn VOSTF
avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d'Arcy James, Liev Schreiber, Stanley Tucci, Billy Crudup, John Slattery, Jamey Sheridan...
Scénario de Josh Singer et Tom McCarthy
De Bas les masques (1952) de Richard Brooks aux Hommes du président (1976) d'Alan J. Pakula ou à Révélations (1999) de Michael Mann, le journaliste incarne depuis longtemps, dans le cinéma hollywoodien, une véritable sentinelle de la démocratie. Dénonçant sans relâche la criminalité, la corruption de la classe politique, le cynisme du « big business », les pires dérives de l'hystérie anticommuniste ou les erreurs judiciaires, il est une vigie qui pointe les dysfonctionnements de la société américaine, parfois au péril de sa vie. C'est dans cette solide tradition que s'inscrit ce remarquable Spotlight qui, comme souvent dans ce genre d'entreprise, s'inspire de faits réels. Ici, l'équipe de journalistes d'investigation du Boston Globe, surnommée « Spotlight », enquête sur une affaire de crimes pédophiles perpétrés – et dissimulés – par l'Église catholique. Pour autant, il ne faut pas chercher la moindre héroïsation du reporter. Car ce qui intéresse McCarthy, c'est de montrer le journaliste, ce soutier de la démocratie, au travail... lire la suite
Le Luc : mercredi 30, vendredi 1er et samedi 2 à 18h
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L'Homme qui répare les femmes
Réalisé par Thierry MICHEL
Documentaire Belgique 2015 1h52mn
Écrit par Colette BRAECKMAN et Thierry MICHEL
Le Sud Kivu, en République Démocratique du Congo, est une zone frontière avec le Rwanda et le Burundi. La frontière avec le Rwanda a vu le passage, en avril 1994, de milliers de Tutsis fuyant les miliciens hutus auteurs du génocide… puis, en Juillet de la même année, l'arrivée de centaines de milliers de Hutus, fuyant à leur tour le Rwanda dès l'arrivée au pouvoir du Front patriotique rwandais dirigé par Paul Kagame… C'est ainsi que l'Est du Congo a subi plusieurs crises humanitaires successives et a été le théâtre de plusieurs guerres, accompagnées évidemment d'atrocités à l'encontre des populations civiles et en particulier des femmes... lire la suite
Lorgues : mercredi 30 à 20h
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Louis-Ferdinand Céline
Réalisé par Emmanuel BOURDIEU
France 2016 1h37mn
avec Denis Lavant, Géraldine Pailhas, Philip Desmeules, Rick Hancke, Marijke Pinoy...
Scénario de Jos
Le chat Bébert pose sur l’affiche, veillant tel Cerbère sur l’enfer de l’esprit célinien. Son génie de maître se tient la tête dans les mains, accablé. Mais par quoi ? Le foisonnement de ses idées ? Le poids de son œuvre ? Un âpre souci existentiel ? Le film, moins un biopic qu’une tranche de sa vie, montre admirablement les tensions à l’œuvre dans un seul homme, ô combien singulier : Céline (Denis Lavant, qui semble taillé pour le rôle, monstre dramaturgique interprétant un monstre littéraire), excellent médecin et quasi-fou, intelligence supérieure, géant littéraire et monstrueux antisémite. Un temps resserré et un lieu clos (sa semi-captivité à Copenhague) sont la scène où Emmanuel Bourdieu concentre et déploie les paradoxes d’une existence où la création et l’abjection eurent partie liée. En exil après 1945, fuyant l’épuration, Céline a passé dix-huit mois en prison au Danemark avant de rejoindre une maison près de la mer Baltique où il écrit et ressasse, menant un quotidien d’apparence normale... lire la suite
Salernes : jeudi 31 à 18h, samedi 2 à 16h et dimanche 3 à 20h30
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Les Ogres
Réalisé par Léa FENHER
France 2015 2h24mn
avec Adèle Haenel, Marc Barbé, François Fehner, Marion Bouvarel, Inès Fehner, Lola Dueñas...
Léa Fenher nous avait bouleversés avec son premier film Qu’un seul tienne et les autres suivront, elle nous en offre un second dans un tout autre registre. Les Ogres ! Voilà un titre rudement bien choisi, qui colle aux personnages pantagruéliques de cette fable un brin amorale et à plusieurs vitesses. Ils croquent la vie à pleines dents, sans se retourner sur leurs ravages : à quoi bon ? Cela fait partie de la nature de ces grands insolents qui n'ont pas renié la folie de leur enfance. Baladins sur scène comme dans la vie, ils surgissent d'on ne sait où, sautant de ville en village, de scènes en plateaux, de sourires en crises – de rire, de colère comme de larmes. Ils osent tout, de la tendresse à l'hystérie, se jurant toujours de ne jamais abdiquer leur liberté. Ils bousculent le monde et s'étonnent de le voir se fâcher ! On ne sait si on doit les haïr ou les aimer, mais peut-être est-ce au fond un peu la même chose, tant l'amour et la haine peuvent être des sentiments dévorants. Et si Léa Fenher les dépeint avec autant d'humour et si peu de complaisance, si elle ose les chatouiller et les égratigner jusqu'à la mœlle épinière, c'est qu'il coule en elle le même sang. Être une ogresse et l'assumer fait partie de ses gènes... lire la suite
Cotignac : jeudi 31 à 21h
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Des nouvelles de la planète Mars
Réalisé par Dominik MOLL
France 2016 1h41mn
avec François Damiens, Vincent Macaigne, Veerle Baetens, Michel Aumont, Catherine Samie, Philippe Laudenbach...
Scénario de Dominik Moll et Gilles Marchand
Philippe Mars… chouette Philippe : ingénieur informaticien, un peu planant, un peu largué, dépassé par ce xxie siècle traversé par un vent de folie pas douce qui balaie sans pitié ceux qui ne sont pas très assurés sur leurs guiboles. Philippe ne comprend plus rien au monde dans lequel il vit. Ni aux gens qu'il croise au boulot, ni aux ados qu'il a pondu, ni à ce type qui refuse de ramasser la crotte de son chien, ni au végétarisme soudain de son fils, ni à l'obsession de « réussite » de sa fille qui la fait s'acharner jour et nuit sur ses bouquins de fac, écouteurs vissés aux oreilles, ni à l'agitation de son ex-épouse… On ne peut pas dire que l'époque soit caractérisée par une grand confiance dans l'avenir : agitation, stress et désarroi semblent gagner du terrain chaque jour un peu plus. Alors Philippe s'enferme dans sa bulle immobile, se rêve cosmonaute, plane entre les étoiles et reçoit régulièrement la visite des fantômes de ses père et mère qui ont pu gratter un petit rab de présence sur terre et lui font un brin de compagnie avec une bienveillance inquiète et amusée. Il croise de temps à autre un vieux monsieur qui se dit ex-chauffeur de Giscard et a gardé de cette époque une voiture qu'il bichonne, inadapté, inadaptable, nostalgique d'un passé dont il n'a pas su sortir... lire la suite
Cotignac : vendredi 1er à 18h
Ave, César! : Affiche
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Ave, César!
Écrit et réalisé par Joel et Ethan COEN
USA 2015 1h46mn VOSTF
avec Josh Brolin, George Clooney, Clancy Brown, Ralph Fiennes, Jonah Hill, Scarlett Johansson, Christophe Lambert, Frances McDormand, Tilda Swinton, Channing Tatum...
Festival de Berlin 2016, film d'ouverture
Parce que les frères Coen… quand même, les frères Coen ! Parce que le cinéma des frères Coen, c’est un peu comme la vinaigrette de ma belle-mère Michèle : personne n’a encore réussi à copier la recette originelle pour tenter d’égaler ce ton si singulier, ce sens inouï du rythme, cet humour, cette écriture qui brille autant par son intelligence que son sens absolu de la dérision. Alors oui, un nouveau film des frères Coen, surtout quand il s’agit d’une comédie en mode majeur, ça s’impose illico dans la gazette, ça prend directement sa place sans montrer son carton d’invitation ni sa patte blanche… Certes c’est une pratique qui pourrait sembler cavalière et que généralement, nous n’aimons pas trop à Utopia, mais c’est aussi le privilège des grands (comme ce fut le cas récemment avec Tarantino), des princes tout autant que des potes. Donc vous l’avez compris au bout de ces 1700 et quelques caractères : nous n’avons pas vu Ave César !, quasiment personne ne l'a vu d'ailleurs, puisque le film ne sortira aux Etats-Unis que le 5 Février... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 2 à 20h, dimanche 3 à 18h et lundi 4 à 19h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Au nom de ma fille
AU NOM DE MA FILLERéalisé par Vincent GARENQ
France 2016 1h27mn
avec Daniel Auteuil, Sébastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil...
Scénario de Vincent Garenq et Julien Rappeneau

On peut reconnaître au réalisateur Vincent Garenq une vraie cohérence et une constance remarquable. Ces trois derniers films commencent de la même façon : l’arrestation au petit matin d’un homme qui s’avérera innocent. Vincent Garenq, homme de conviction qui croit dans la capacité du cinéma à influer sur le cours du monde, a redonné dans Présumé coupable son honneur et sa dignité à Alain Marécaux, l’huissier de justice injustement accusé et emprisonné dans la sinistre affaire dite d’Outreau. Dans L’Enquête, il reconstituait le combat pour la vérité du journaliste Denis Robert, qui avait dénoncé contre vents et marées judiciaires les manipulations financières occultes de Clearstream, chambre de compensation située au Luxembourg, en lien avec le milieu politico-économique français.

Ici l’homme arrêté un petit matin de 2009 dans un hôtel de Mulhouse est André Bamberski, un septuagénaire toulousain, qui semble peu surpris de l’arrivée de la police et relativement serein. Pour comprendre toute l’affaire, le film nous ramène aux années 1970 au Maroc. A l’époque, André Bamberski est un expert comptable apprécié, marié à la très jolie Dany (c’est Marie-José Croze) et heureux père d’une petite fille, Kalinka.
Dieter Krombach est le père d’une copine de Kalinka et rapidement les deux couples se lient d’amitié. Mais peu après, la femme d’André le quitte pour Dieter. Tout se noue en juillet 1982. Dieter a épousé en seconde noces Dany, et cet été-là, Kalinka et son frère sont partis en vacances chez leur mère et beau-père au bord du très beau lac de Constance. Et une nuit sinistre, sans explication plausible, Kalinka meurt subitement, alors que la veille, le Docteur Krombach a fait une piqûre à la jeune fille… pour l’aider à bronzer plus vite. Chez André Bamberski, l’immense douleur cède bientôt la place au doute et aux interrogations, d’autant que l’autopsie est étrangement bâclée et que les autorités allemandes vont continuer à faire preuve de négligences inquiétantes. Peu à peu le doute se transforme en certitude : Dieter Krombach est coupable. Et année après année, les preuves vont s’accumuler contre l’élégant médecin, qui se révèle un pervers sexuel amateur de très jeunes filles…

Ponctué de rebondissements dignes d’un excellent thriller, le film suit l’incroyable combat d’André Bamberski pour que justice soit rendue à Kalinka et donc pour faire condamner Dieter Krombach. Un combat qu’il finira par gagner au bout de trente ans, après avoir été contraint de faire fi de toute légalité. Les incroyables péripéties tiennent en haleine, qui montrent que la raison d’État entre deux pays va à l’encontre de la justice. Mais c’est surtout l’évolution d’un homme ordinaire qui est décrite. Un homme que rien ne prédisposait à agir de la sorte et qui pourtant devient à la fois juriste, détective privé, homme de main pour tenter d’aller jusqu’au bout de la mission qu’il s’est assignée. Un homme qui aura d’une certaine manière sacrifié sa vie, son nouvel amour, pour ce seul objectif. Daniel Auteuil, immense acteur quand il joue dans des films qui l’intéressent vraiment, endosse le personnage à tous les âges et restitue avec une remarquable intensité le parcours de ce personnage que sa quête mena au bord de la folie… au nom de sa fille.


CGR (Draguignan) : jeudi 31 à 11h et 13h45 - vendredi 1er à 11h


The Revenant
THE REVENANTRéalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith, d'après le roman de Michael Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur


« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio.
Depuis qu'il s'est mis à l'écriture de ses films avec Biutiful, Alejandro González Iñárritu a déployé ses ailes et confirme le tournant esthétique de Birdman. Mais ici, l'usage des plans séquences et de la courte focale est en parfaite cohérence avec l'histoire, on n'est plus dans l'exercice formaliste génial, son cinéma est devenu organique, respirant avec son histoire, ses personnages. C'est le résultat d'un tournage dans des conditions particulièrement difficiles (il rejoint les légendaires tournages d'Apocalypse Now et Sorcerer), en décors naturels, et dans l'ordre chronologique du film : « tout le monde était gelé, le matériel se brisait. Amener la caméra d'un point à un autre était un cauchemar. Les acteurs n'étaient pas en studio à rigoler devant des fonds verts. »

Hugh Glass était un « mountain man », un de ces trappeurs, explorateurs américains qui parcouraient les montagnes de l'Amérique du Nord au xixesiècle, motivés par le profit, chassant les castors et vendant leurs peaux. Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack, qui racontait l'histoire d'un de ces trappeurs, Johnson le mangeur-de-foie, fait aujourd'hui figure de conte pour enfant aux côtés deThe Revenant. Le film mêle deux épisodes qui ont fait la célébrité de Hugh Glass, durant l'expédition du général William Ashley remontant le Missouri. Le premier épisode est celui de la rencontre avec les indiens Arikaras, qui les pourchassèrent et auxquels il parvint à échapper, aidé ensuite par des Sioux pour rejoindre le fort. En 1823, lors d'une reconnaissance, Glass surprit une femelle grizzly, accompagnée de ses deux oursons, qui le chargea. Il réussit à tuer l'ours, mais très gravement blessé, fut laissé pour mort par les deux compagnons qui devaient rester à ses côtés. Sans armes, il parvint en six semaines à gagner Fort Kiowa, distant de plus de trois cents kilomètres. Glass se remettra ensuite en route pour traquer Bridger et Fitzgerald, et en tirer vengeance.

Resserrant la durée du récit originel, le film reprend en grande partie les épisodes de cette histoire pour en faire une aventure humaine dont la profondeur et la force en font dores et déjà un classique intemporel, hors catégories : « la souffrance est temporaire, un film est éternel » (Alejandro González Iñárritu, Golden Globes 2016).


CGR (Draguignan) : mercredi 30, samedi 2, dimanche 3, lundi 4 et mardi 5 à 22h15 - jeudi 31 et vendredi 1er à 22h
Salernes : jeudi 31 à 20h45 et mardi 5 à 18h

Médecin de Campagne
Réalisé par Thomas LILTI
France 2016 1h42mn
avec François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan, Christophe Odent, Patrick Descamps, Felix Moati...
Scénario de Thomas Lilti et Baya Kasmi

On a découvert Thomas Lilti, médecin passionné devenu cinéaste du même métal, avec Hippocrate, formidable portrait d'un jeune interne plongé dans le maelstrom d'un grand hôpital parisien en proie à la réduction des effectifs et à la surchauffe. Son nouveau film s'intéresse encore à la médecine – le titre ne laisse aucun doute sur la question – mais, bien loin des grands complexes hospitaliers parisiens, il nous parachute dans le Vexin, région encore largement rurale à cheval entre la Normandie et les confins de l’île de France. La vie quotidienne est sans doute ici plus sereine, son rythme est plus raisonnable, à la mesure de ces paysages paisibles, qui n'ont guère bougé depuis un siècle… Il n'empêche que pour Jean-Pierre Werner, seul médecin dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, la surchauffe est bien présente aussi. Du matin au crépuscule, il sillonne les départementales de la région, au devant des petits bobos et des grandes solitudes, tour à tour médecin généraliste, psychologue, assistant social, homme à tout faire, dans une campagne peuplée essentiellement de personnages âgées, pour qui il est parfois une des rares visites.

Les consultations à domicile s'enchaînent – très belles scènes qui témoignent bien du regard chaleureux de Thomas Lilti, en même temps que de sa connaissance approfondie de son sujet – et quand il revient, quasi systématiquement en retard, à son cabinet, la salle d'attente est souvent pleine de patients… Pas de doute, la tâche est rude. Et les confrères ne se bousculent pas au portillon pour accepter de s'installer dans une région pas spécialement attractive et fort peu lucrative : travailler dix à douze heures par jour à ce prix là, c'est du sacerdoce !
Mais pour l'instant, ce n'est pas la surcharge de travail qui préoccupe Jean-Pierre. C'est même tout le contraire : ce qui le mine, c'est qu'il risque d'être obligé d'arrêter. Le diagnostic de son confrère et ami qui, dans la première scène du film, lui fait passer un examen du cerveau est sans appel : il souffre d'une tumeur temporale, il va lui falloir suivre un traitement lourd, fatiguant, donc il n'a pas d'autre choix que de lever drastiquement le pied et de se trouver dare-dare un remplaçant…
C'est comme ça que débarque Nathalie, qui a tout pour déplaire au vieil ours Jean-Pierre, habitué à travailler tout seul, à ne s'expliquer de rien à personne, et claffi de préjugés éventuellement machistes : Nathalie est incontestablement une femme, une citadine qui n'a aucune expérience de la campagne, incapable de distinguer un jars d'un canard, et qui en plus a suivi un parcours peu orthodoxe puisqu'ancienne infirmière ayant repris des études de médecine sur le tard… Ce qui nous vaudra quelques scènes de bizutage aussi répréhensibles que cocasses. Mais Nathalie a un sacré tempérament et une vraie compétence et elle va s'accrocher, jusqu'à gagner la confiance de son confrère mal embouché…

Thomas Lilti livre un bel hommage, d'une évidente authenticité, à cette profession de médecin de campagne, somme toute méconnue et guère valorisée – pas étonnant qu'elle soit en voie de disparition –, en première ligne face à la crise générale de notre système de santé. Et il agrémente cette chronique bien sentie d'une fine trame romanesque où l'amour et la peur de la mort vont se croiser. Pour incarner ce couple a priori pas du tout fait pour s'entendre mais dont les solitudes vont évidemment se rapprocher, Marianne Denicourt et François Cluzet excellent. (Utopia)

CGR (Draguignan) : mercredi 30, samedi 2 avril, dimanche 3 et mardi 5 : 11h15, 13h30, 15h45, 18h, 20h - jeudi 31 : 11h15, 13h30, 15h45 et 20h - vendredi 1er : 11h15, 13h30, 17h45 et 20h - lundi 4 : 11h15, 15h45, 18h et 20h


Le Cœur régulier
Réalisé par Vanja D'ALCANTARA
France 2016 1h35 VOSTF
avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider, Fabrizio Rongione, Masanobu Ando...
Scénario de Vanja D'Alcantara, Gilles Taurand et Emmanuelle Beaugrand-Champagne, d'après le roman d'Olivier Adam

Parfois, quand on a envie que tout cesse, qu'on s'apprête à sauter dans le vide, apparaît une main secourable, qui redonne le courage d'avancer. Au dessus de falaises battues par les vents marins, dans le lointain Japon, s'agrippe une petite maison où veille Daïsuke, un homme entre deux âges, qui guette ceux qui n'ont plus le cœur à vivre. Dans sa bouche, ni jugement, ni mots de consolation. Il est juste une oreille qui écoute. Il a laissé derrière lui son étrange passé, la somme de toutes ses impuissances pour se placer du côté de la barrière où il peut encore tenter de faire bifurquer le cours des choses. Ni héros, ni gourou, il est là où il lui semble devoir être.

Tout cela est étranger à Alice (Isabelle Carré), à son pays (la France), à sa réalité. Douillettement installée dans un quotidien impeccable : jolie maison design, sages chérubins, mari aimant (Léo). Chaque chose à sa place et pas plus de place pour la fantaisie que pour un grain de poussière. Alice pourrait être une illustration du poème de Jean Richepin : « Possédant pour tout cœur un viscère sans fièvre, un coucou régulier, et garanti dix ans ». Cette chose qui bat en elle, parfois un peu trop fort, qui brouille son regard sous ces cils disciplinés… elle évite d'y prêter attention et s'acharne à la faire taire. Nul soupir n'émane de ses lèvres sagement fardées et si tel était le cas, on imagine sans peine comment les braves gens de son entourage fondraient sur celle qui a tout pour être heureuse.
Elle se meut par habitude, sans conviction, comme si elle passait à côté de sa propre vie, à côté d'elle-même. Alors que Léo se régale de soirées fréquentées par des gens de sa condition sociale, triés sur le volet, il s'étonne de voir sa femme étrangement absente, en souffrance d'une chose qu'elle ne sait même pas nommer.

C'est dans ce couple qui s'étiole que déboule, sans crier gare, Nathan, le jeune frère d'Alice. Vif, indépendant, bohème, vivant de l'air du temps, n'ayant pas peur d'avouer ses faiblesses, ses sentiments, ivre d'un amour incommensurable pour la vie. C'est une brise rafraîchissante qui déferle dans la maisonnée. Tout semble soudain respirer : les meubles, la cuisine qui déborde soudain de casseroles pleine de pâte à crêpes, les gosses qui se lèchent les doigts, osant rire de tout, comme mus par un droit à la désobéissance… et Alice qui s'illumine soudain. C'est un joyeux bordel ! Tous se régalent, s'enthousiasment, mis à part Léo, sans doute jaloux de voir le frangin prodigue réussir là où lui-même échoue depuis trop longtemps.
Nathan parle de ses voyages, de ses rencontres, d'une en particulier qui l'a bouleversé. Mais tout en babillant, il voit ce que les autres ne savent pas voir et pose la seule vraie question : « T'es où ma sœur, mon Alice ? Tu restes là, coincée dans ta petite vie parfaite… » Alice va alors entreprendre un voyage qui la conduira tout au bord des falaises de Tojimbo, que son frère arpenta, là où l'espoir peut renaître parfois. Au bout de son cheminement elle trouvera quelque chose qu'elle n'attendait pas. Un roulement de plus en plus régulier, comme celui d'un cœur qui bat…


Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 16h10 zt 20h30, jeudi 31 à 13h50 et 20h30, vendredi 1er et samedi 2 à 13h50, 18h15 et 20h30 - lundi 4 à 13h50, 16h10 et 20h30, mardi 5 à 13h50, 18h15 et 20h45


Remember
Réalisé par Atom EGOYAN
Canada 2015 1h35mn VOSTF
avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz, Dean Norris, Henry Czerny, Jürgen Prochnow...
Scénario de Benjamin August

Zed a 85 ans, une allure de vieux monsieur très classe, et se perd un peu entre passé et présent. Dans une chouette maison pour vieux un peu largués mais qui ont les moyens, il a beaucoup de mal à se rappeler que sa femme Esther est décédée depuis huit jours et la cherche à chaque réveil… Son vieux copain Max est là aussi avec son fauteuil à roulettes, son oxygène dans le nez, ses airs de méphisto à la retraite (Martin Landau), mais toute sa tête et une furieuse haine qui l'a accompagnée toute sa vie et sera le moteur de l'aventure incroyable qui va s'élaborer à partir de sa chambre.

Zed a toujours sur le bras le numéro qui lui rappelle qu'il est avec Max un des rares survivants de leurs deux familles exterminées par les nazis. Il ne se souvient pas d’avoir promis à sa femme de les venger en retrouvant le SS qui a directement provoqué leurs morts… Mais Max lui a tout écrit dans une lettre qu'il devra garder sur lui en s'échappant de ce havre médicalisé et la relire chaque fois qu'il perdra le fil : les billets d'avion sont dans une enveloppe, les dollars aussi, les chambres d'hôtels sont payées d'avance… Il suffit que Zed suive les indications pour accomplir ce que Max, cloué dans son fauteuil, ne peut plus accomplir : retrouver et tuer Rudy Kurlander, le coupable, l'exterminateur de Juifs, réfugié aux Etats Unis comme de nombreux nazis qui s'y sont faufilés à la fin de la guerre, se chachant parfois sous le nom de leurs victimes. La quête sera compliquée, pleine de surprises, sorte de polar noir et étrange à rebondissements inattendus, plongée dans des vies troublées, des souvenirs douloureux des camps, où on croise aussi de furieux nostalgiques du nazisme qui continuent à vénérer Hitler (impressionnant Dean Norris que Breaking Bad nous a rendu familier).

Il ne fallait pas s'attendre de la part d'Atom Egoyan à un film lisse et linéaire. Crépusculaire et ponctué de nostalgie, de relents de souffrances qui ne s'estompent pas, ce Remember ouvre plus d'interrogations qu'il n'apporte de réponses. On voit bien que sous ce polar sombre et peu ordinaire se cache l'ambiguïté de l'humanité, qui distingue les bourreaux pour en faire des victimes et transforme les victimes en bourreaux dans un jeu de cache cache morbide… (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 30, jeudi 31 à 18h15 - vendredi 1er à 16h - samedi 2 à 13h50 et lundi 4 à 20h
 

Quand on a 17 ans
Réalisé par André TÉCHINÉ
France 2016 1h55
avec Sandrine Kiberlain, Tracey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret...
Scénario de Céline Sciamma et André Téchiné

Inspiré peut-être par l'air des montagnes (le film a été tourné à Luchon et dans ses environs, les Pyrénées sont magnifiques) et sans aucun doute par la complicité au scénario de Céline Sciamma (réalisatrice de Tomboy et Bande de filles), André Téchiné signe avec Quand on a 17 ans son meilleur film depuis Les Témoins en 2007. Remarquablement écrit et construit, le scénario s'intéresse aux relations complexes, contradictoires, entre Thomas et Damien (Corentin Fila et Kacey Mottet Klein, formidables), deux lycéens qui ne cessent de s'affronter, de se battre, de se chercher – dans tous les sens du terme.

Construit comme un triptyque autour des trois trimestres d'une année scolaire, le film prend d'abord le temps de poser son récit, de caractériser les personnages et d'installer des intrigues secondaires qui sont autant de fondations. Il y a bien sûr les deux adolescents que tout semble opposer : l'intellectuel et le paysan, le fils de bourgeois – une médecin et un militaire, en mission en Afghanistan – et l'enfant adopté par des cultivateurs, le gars de la (petite) ville et celui du haut de la montagne. Immédiatement, cela fourmille de thèmes et de possibilités.
Il y a également leurs parents (Sandrine Kiberlain en tête, parfaite dans le rôle de cette mère fantasque et joyeuse), que Sciamma et Téchiné incluent largement au récit, prenant le contrepied des habituels films sur une adolescence évoluant dans sa propre sphère, loin du monde des adultes. Quand on a 17 ans est en cela d'une grande subtilité, montrant notamment une relation mère-fils harmonieuse et simple qui dynamite les clichés du genre.
Et puis, au fur et à mesure qu'avance le film, le scénario continue de se nourrir avec des intrigues parallèles qui tour à tour font écho à l'histoire des deux adolescents, ou lui servent de catalyseur. Cela permet de faire exister les personnages secondaires et de garder une grande homogénéité dans la narration qui devient limpide et presque évidente, tout en ménageant surprises, chemins de traverse et rebondissements.
Car si, au départ, on croit voir arriver les grosses ficelles du scénario, on s'aperçoit rapidement que Téchiné neutralise tout ce qui pourrait être outré, se contente de suggérer ce qui est indispensable, et s'amuse avec les attentes du spectateur. Passée la première demi-heure de mise en place, le film bascule ainsi dans un mélange d'humour, de douceur et de complicité qui rend la situation de départ éminemment plus subtile qu'elle ne le paraissait au départ.
On est alors bouleversé par la manière dont le cinéaste (âgé tout de même de 72 ans) s'approprie les affres de l'adolescence et filme avec grâce leurs corps-à-corps brutaux, expiatoires et ambigus. Il capte avec une simplicité déconcertante cet aspect purement physique de la relation conflictuelle entre Thomas et Damien qui ont besoin de passer par les coups pour en arriver aux mots. Puis aux gestes d'amour, filmés eux aussi avec une sensualité spontanée, sans effets ni calculs.
Comme souvent, il n'est pas tant question dans Quand on a 17 ans d'homosexualité que de la rencontre amoureuse entre deux adolescents qui s'avèrent être deux garçons. Nuance de taille pour un film lumineux qui prend le sujet de l'adolescence à bras-le-corps mais joue la carte de la retenue, du sens du détail et de la légèreté. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 13h50, 18h10 et20h30 - jeudi 31 à 13h50, 18h10 et 21h - vendredi 1er à 15h45, 18h et 20h45 - samedi 2 à 16h, 18h15 et 20h45 - dimanche 3 et lundi 4 à 15h45, 18h15 et 20h30 - mardi 5 à 15h45, 18h15 et 20h45


Merci Patron !
BELGICARéalisé par François RUFFIN
Documentaire France / Belgique 2015 1h30mn

Jocelyne et Serge Klur, ouvriers dans l’industrie textile depuis plus de trente ans, fabriquaient des costumes pour la marque Kenzo dans le nord de la France jusqu’à que leur usine soit délocalisée en Pologne. Désormais au chômage, criblés de dettes, ils risquent simplement de perdre leur maison. Bernard Arnaud est PDG du groupe LVMH. La firme est numéro un mondial du luxe grâce à son portefeuille de plus de soixante marques de prestige dont certaines sont plusieurs fois centenaires. « Groupe à caractère familial, LVMH a pour vocation d’assurer le développement à long terme de chacune de ses Maisons dans le respect de leur identité, leur héritage, leur savoir-faire. » Cette gentille phrase de présentation du groupe sur la page d’accueil de son site internet est située juste en deçà du petit compteur qui nous donne la valeur de l’action en temps réel… François Ruffin, vous connaissez sa voix de journaliste enquêteur dans l’émission Là-bas si j’y suis. Sensible aux sorts et causes des classes populaires aujourd’hui sous-représentées dans les médias mais toujours plus présentes dans la composition de la société française il est également le fondateur du journal de contre-désinformation Fakir que vous pouvez trouver dans tous les bons kiosques mais aussi et toujours à la caisse de votre ciné préféré.

À priori pas grand chose en commun entre ces trois protagonistes. Sauf que Les Klur travaillaient pour Kenzo, que Kenzo appartient au groupe LVMH et que Ruffin a une fâcheuse tendance à prendre fait et cause pour les valeureux travailleurs plutôt que pour les patrons de multinationales. Notre journaliste d’investigation s’invite donc à une assemblée générale du groupe LVMH et tente de prendre la parole. Sitôt monté sur l’estrade sitôt délogé, il semble difficile de croire que David puisse encore l’emporter sur Goliath. Mais il prend des forces, avale quelques petits fours, une rasade de champagne et fomente une action digne d’un Robin des bois des temps modernes, tendance carnavalesque. Du suspense donc, de l’émotion, de la franche rigolade, et même de l’espionnage sont au programme de ce thriller social qui semble s’inscrire, telle une nouvelle variante des pieds Nickelés version Picarde contre entreprise tentaculaire, dans la longue caravane des combats pour des causes désespérées mais qui, au final, nous conforte dans l’idée que, tel que le proclame Fakir à longueur de numéros : « À la fin, c’est nous qu’on va gagner ! » (Utopia)

Lorgues : samedi 2 à 18h - dimanche 3 à 20h et lundi 4 à 21h


Spotlight
SPOTLIGHTRéalisé par Tom McCARTHY
USA 2015 2h08mn VOSTF
avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d'Arcy James, Liev Schreiber, Stanley Tucci, Billy Crudup, John Slattery, Jamey Sheridan...
Scénario de Josh Singer et Tom McCarthy

De Bas les masques (1952) de Richard Brooks aux Hommes du président (1976) d'Alan J. Pakula ou à Révélations (1999) de Michael Mann, le journaliste incarne depuis longtemps, dans le cinéma hollywoodien, une véritable sentinelle de la démocratie. Dénonçant sans relâche la criminalité, la corruption de la classe politique, le cynisme du « big business », les pires dérives de l'hystérie anticommuniste ou les erreurs judiciaires, il est une vigie qui pointe les dysfonctionnements de la société américaine, parfois au péril de sa vie.
C'est dans cette solide tradition que s'inscrit ce remarquable Spotlight qui, comme souvent dans ce genre d'entreprise, s'inspire de faits réels. Ici, l'équipe de journalistes d'investigation du Boston Globe, surnommée « Spotlight » (littéralement « le projecteur »), enquête sur une affaire de crimes pédophiles perpétrés – et dissimulés – par l'Église catholique. Pour autant, il ne faut pas chercher la moindre héroïsation du reporter. Car ce qui intéresse McCarthy, c'est de montrer le journaliste, ce soutier de la démocratie, au travail.

Non, son quotidien n'est pas ponctué de révélations spectaculaires et de satisfactions flattant l'ego. Bien au contraire, ses tâches sont le plus souvent répétitives et ingrates, son environnement est celui d'un bureau gris et exigu éclairé par des néons suspendus à un faux plafond, ses interlocuteurs le considèrent comme un gêneur et sa vie privée est vampirisée par son métier. D'ailleurs le réalisateur ne s'attache à ses personnages qu'à travers le prisme professionnel, sans s'attarder inutilement sur leur sphère personnelle qui aurait risqué de parasiter leur indéfectible trajectoire. D'où les plans éloquents de Sasha Pfeiffer (Rachel McAdams) interrogeant inlassablement les victimes et tentant d'approcher les bourreaux, ou encore ceux de Michael Rezendes (Mark Ruffalo) harcelant littéralement l'avocat des survivants et de Matty Carroll (Brian d'Arcy James) épluchant scrupuleusement les archives du journal.
McCarthy excelle à camper cette petite ruche industrieuse que forme le groupe Spotlight – les visages anxieux minés par la fatigue croissante et les rebuffades récurrentes, les innombrables appels téléphoniques infructueux, les allées et venues entre le journal, le Palais de justice et le bureau des avocats – et à humer l'atmosphère solidaire qui règne à la rédaction. Outre sa pugnacité, c'est l'autre grand atout du groupe : la complémentarité de ses membres qui, tous, savent qu'ils ont une note à jouer dans la partition et qu'ils occupent une fonction essentielle, chacun à sa place.
Peu à peu, le travail acharné des journalistes esquisse les contours des violences insondables subies par les jeunes victimes d'hier. À cet égard, la force de Spotlight, c'est le traitement du hors-champ. S'il ne fait preuve d'aucune fausse pudeur dans l'évocation des viols, le cinéaste évite soigneusement les flash-back insistants, le pathos racoleur. Entre les témoignages recueillis et la reconstitution des faits, le film donne pourtant à sentir l'envergure du traumatisme…

Ce plaidoyer pour la fonction salvatrice de la presse écrite ne serait pas aussi puissant s'il n'était pas ancré dans un contexte géographique bien spécifique. Car dans le film, la responsabilité écrasante de l'Église se confond avec celle de Boston : Boston la patricienne, discrète et « provinciale », Boston qui exècre l'ostentation, et surtout Boston la catholique, où le crime s'épanouit pourtant… « La ville prospère quand ses grandes institutions travaillent main dans la main » déclare, sûr de son fait, le cardinal Law au rédacteur en chef du Globe lors d'un entretien privé. De fait c'est toute la ville qui semble complice des agissements criminels de ses prélats : ici, l'Église, impalpable et omniprésente, s'est insinuée dans le cœur et l'âme des fidèles, si bien qu'ils ont d'eux-mêmes intégré l'impérieuse obligation du silence… Dans ce film subtil qui ne tombe jamais dans l'écueil du manichéisme, tout le monde, ou presque, partage les mêmes origines et, partant, une responsabilité collective… Un film passionnant, de bout en bout ! (F. Garbarz, Positif)


Le Luc : mercredi 30, vendredi 1er et samedi 2 à 18h


The Assassin
THE ASSASSINRéalisé par HOU HSIAO-HSIEN
Taïwan 2015 1h45mn VOSTF
avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou Tsumabuki Satoshi, Ching-Tien Juan...
Scénario de Chu T'ien-wen et Hou Hsiao-Hsien
Festival de Cannes 2015 : Prix de la Mise en scène


Pour quelques uns d'entre nous – et pour pas mal de critiques aussi –, The Assassin était le plus beau film du Festival de Cannes 2015, stupéfiant de splendeur, un film qui rentrera à coup sûr au panthéon du cinéma asiatique.
Dès son subjuguant prologue en noir et blanc, on est saisi par la beauté sidérante de chacun des plans, de leur minutie frisant la folie : sensation rare de se trouver littéralement happé par une œuvre, de perdre ses repères, d'être hors du temps qui défile…

The Assassin nous propose un bond en arrière jusqu'au ixe siècle, au cœur de la dynastie Tang. Une période souvent considérée comme une des plus florissantes, des plus prospères de l'histoire de la Chine, tant économiquement que culturellement. La capitale Chang'An était à l'époque la plus grande ville du monde. Bien plus et bien mieux que dans la plus soignée des productions hollywoodiennes, la reconstitution historique est d'une précision vertigineuse, fruit de cinq ans de recherches et de repérages. Nous allons suivre une jeune femme, Nie Yinniang, qui revient chez elle après plusieurs années d'exil mystérieux. On découvre peu à peu qu'elle a séjourné auprès d'une nonne non moins mystérieuse, qui lui a enseigné dans le plus grand secret les arts martiaux, et Nie Yinniang est devenue une professionnelle de l'assassinat, envoyée à Huebo, capitale provinciale, pour tuer Tian Ji'an, le gouverneur félon de la province, dans le contexte troublé de désagrégation de l'Empire, miné par les ambitions féodales. Détail qui n'en pas un : Tian Ji'an est son cousin, avec lequel elle a été élevée et qui lui fut autrefois promis comme fiancé…

Inspiré d'une nouvelle de l'époque, The Assassin signe le retour du grand Hou Hsiao-Hsien(Poussières dans le vent, La Cité des douleurs, Le Maître de marionnettes, Les Fleurs de Shanghaï…) et c'est la première incursion du maître taiwanais dans un genre culte en Chine, le wu xia pian, (film de sabre à connotation historique), qui le fascina adolescent mais auquel jamais il n'osa s'attaquer. Un genre immortalisé par les chefs d'œuvre de King Hu dans les années 70 (Raining in the moutain, Touch of zen…) puis par les délires virtuoses et virevoltants de Tsui Hark (Zu, les guerriers de la montagne magique), enfin plus récemment par le divertissant Tigre et dragon d'Ang Lee.
Mais Hou Hsiao-Hsien aborde le genre de manière totalement différente, beaucoup plus intimiste, mêlant le mélo au film de sabre. Le film est ponctué de combats magnifiquement chorégraphiés, sublimés par une harmonie de couleurs toujours idéale, mais ils s'apparentent davantage aux combats des films de chambara de Kurosawa qu'à ceux de Tsui Hark ou Ang Lee. La tension réside essentiellement dans l'atmosphère feutrée et élégante des palais où les intrigues se nouent. Hou Hsiao Hsien filme magnifiquement ses personnages noyés dans les paysages grandioses de la Mongolie intérieure ou du centre de la Chine : on les croirait sortis d'une estampe médiévale… Il magnifie aussi, toujours en clair obscur, les intérieurs couleur sang et or que n'aurait pas renié un Caravage. Des intérieurs enveloppants où se nouent les amours déçues, les vengeances longtemps enfouies, où la mort peut surgir à tout instant, dans une volute de fumée incompréhensible qui cache l'assassin.

Il faut insister une fois encore sur l'admirable précision de la mise en scène : rien n'y est inutile, les plans séquences les plus impossibles sont maîtrisés à la perfection… Avec en prime un couple d'acteurs au charisme renversant, tout particulièrement la splendide Shu Qi, égérie du cinéaste.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 30, jeudi 31 et lundi 4 à 16h - vendredi 1er à 18h10 - dimanche 3 à 13h50 et mardi 5 à 18h15


La Passion d'Augustine
A PERFECT DAYRéalisé par Léa POOL
Québec 2015 1h43mn
avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Valérie Blais, Diane Lavallée, Pierrette Robitaille...
Scénario de Marie Vien et Léa Pool
Prix du public, Festivals de la Baule et d'Angoulême


Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige d'une main ferme un couvent au Québec. Un couvent qui, dans les années 60, reçoit des jeunes musiciennes et dont elle a fait un creuset extraordinairement productif d'une quantité formidable de talents qui raflent tous les prix de piano de la région. Elle a de l'oreille, mais elle a l'œil aussi, Augustine, et rien ne lui échappe. On peut la trouver dure, intransigeante, implacable, mais on voit bien que chacune des quarante pensionnaires se laisse gagner par sa passion et dans la demeure somptueuse où les parents viennent en confiance accompagner leur fille, les parquets craquent, on chuchote, on critique, mais il n'est pas questions de mollir sur l'exercice, de transiger sur la discipline de fer qu'Augustine fait régner. La musique est omniprésente que c'en est un bonheur et on passe des chants religieux à la musique profane, à Purcell, Chopin et quand Alice déboule, nouvelle pensionnaire indisciplinée et rebelle… à Bach revisité en jazz. Mais pour Augustine, le talent compte plus que tout.
Curieusement, dans un contexte où la religion semble être un étouffoir qui ne laisse pas beaucoup de place à la fantaisie, Mère Augustine a quelque chose de très libre, en avance sur son temps. Au Québec (mais ailleurs aussi), les nones étaient parfois des bâtisseuses qui avaient souvent des idées plus à gauche qu'on ne pense et apportaient beaucoup au niveau social et culturel. Il fut un temps où les femmes n'envisageaient pas tellement de solutions pour parvenir à une vie autonome et pour certaines, entrer au couvent pouvait être un moyen de ne pas se soumettre à un homme, de s'émanciper, d'exprimer leur goût pour l'étude, les arts, voire le social, les voyages… Il y avait toutes sortes de couvents, toutes sortes de communautés et en leur sein même, d'horribles rétrogrades côtoyaient des progressistes pleines d'humour (moi-même qui vous cause, je me souviens d'une jeune dominicaine qui surveillait les dortoirs en patins à roulette et chantait des chansons qui n'avaient rien de chants d'église).
Le film raconte aussi le dégel d'une société, mais ce dégel-là va entraîner la suppression des aides aux écoles privées, et malgré le soutien financier de certains parents, cette évolution menace le musical pensionnat. On sera attentif à la scène du dévoilement, « quand on parle aujourd'hui du port du voile ou de la burka, la problématique n'est pas très différente » dit la réalisatrice. Les occidentaux ont tendance à l'interpréter négativement, mais cela peut être aussi constitutif d'une identité, il arrive aussi que le choix de se couvrir préserve et rassure… « Il ne faut pas oublier que cet abandon du voile nécessite tout un chemin, dit elle encore, perplexe de voir une des comédiennes, impliquée dans son rôle, pleurer : « c'est comme si on m'arrachait la peau… Ce geste n'est pas anodin. »
Lysandre Ménard, jeune pianiste de 21 ans qui joue Alice, a commencé le piano à cinq ans, a obtenu un grand nombre de prix dans toute sortes de concours et ajoute ici, avec son premier rôle au cinéma, une distinction de plus à son actif, celle de la meilleure actrice au festival de Newport. Quant à François Dompierre qui a dirigé musicalement le film, il a signé la musique d'une bonne soixantaine de films (dont Le Déclin de l'Empire américain, Jésus de Montréal…) et a composé quelques partitions régulièrement jouées un peu partout dans le monde. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 13h50, 16h et 18h10 - jeudi 31 à 13h55 et 16h05 - vendredi 1er à 13h50, 18h10 et 20h45 - samedi 2 à 13h50 et 15h40 - dimanche 3 à 16h, 18h15 et 20h30 - lundi 4 à 13h50 et 18h15 - mardi 5à 13h50, 16h et 20h45


L'Homme qui répare les femmes
SAINT AMOURRéalisé par Thierry MICHEL
Documentaire Belgique 2015 1h52mn
Écrit par Colette BRAECKMAN et Thierry MICHEL

L'Homme qui répare les femmes, la colère d'Hippocrate Le Sud Kivu, en République Démocratique du Congo, est une zone frontière avec le Rwanda et le Burundi. La frontière avec le Rwanda a vu le passage, en avril 1994, de milliers de Tutsis fuyant les miliciens hutus auteurs du génocide… puis, en Juillet de la même année, l'arrivée de centaines de milliers de Hutus, fuyant à leur tour le Rwanda dès l'arrivée au pouvoir du Front patriotique rwandais dirigé par Paul Kagame… C'est ainsi que l'Est du Congo a subi plusieurs crises humanitaires successives et a été le théâtre de plusieurs guerres, accompagnées évidemment d'atrocités à l'encontre des populations civiles et en particulier des femmes.

C'est dans ce contexte terrible que le docteur Denis Mukwege accomplit son extraordinaire travail. Prix Sakharov 2014, le docteur Mukwege est internationalement connu comme l’homme qui « répare » des milliers de femmes violées durant vingt ans de conflits dans ce pays qui compte parmi les plus pauvres de la planète, mais qui dispose d'un sous-sol extrêmement riche. Il mène une lutte incessante pour mettre fin à ces atrocités et dénoncer l’impunité dont jouissent les coupables.
Menacé de mort, ce médecin au destin exceptionnel vit dorénavant cloîtré dans son hôpital de Bukavu, sous la protection des Casques bleus de la Mission des Nations unies au Congo.
Mais il n’est plus seul à lutter. A ses côtés se trouvent des femmes auxquelles il a restitué intégrité physique et dignité, et qui sont devenues grâce à lui de véritables activistes de la paix, assoiffées de justice.

Le film propose un portrait en miroir. D’un côté le docteur qui accueille des femmes dévastées physiquement comme psychologiquement et pour qui il est le dernier espoir. De l’autre, des femmes qui se reconstruisent et qui restituent à leur médecin des raisons d’espérer… (Utopia)


Lorgues : mercredi 30 à 20h


Louis-Ferdinand Céline
DEMAIN !Réalisé par Emmanuel BOURDIEU
France 2016 1h37mn
avec Denis Lavant, Géraldine Pailhas, Philip Desmeules, Rick Hancke, Marijke Pinoy...

Le chat Bébert pose sur l’affiche, veillant tel Cerbère sur l’enfer de l’esprit célinien. Son génie de maître se tient la tête dans les mains, accablé. Mais par quoi ? Le foisonnement de ses idées ? Le poids de son œuvre ? Un âpre souci existentiel ? Le film, moins un biopic qu’une tranche de sa vie, montre admirablement les tensions à l’œuvre dans un seul homme, ô combien singulier : Céline (Denis Lavant, qui semble taillé pour le rôle, monstre dramaturgique interprétant un monstre littéraire), excellent médecin et quasi-fou, intelligence supérieure, géant littéraire et monstrueux antisémite.

Un temps resserré et un lieu clos (sa semi-captivité à Copenhague) sont la scène où Emmanuel Bourdieu concentre et déploie les paradoxes d’une existence où la création et l’abjection eurent partie liée. En exil après 1945, fuyant l’épuration, Céline a passé dix-huit mois en prison au Danemark avant de rejoindre une maison près de la mer Baltique où il écrit et ressasse, menant un quotidien d’apparence normale. Un procès en collaboration l’attend pourtant à Paris en 1950, où il sera condamné à une amende et à une année d’emprisonnement – déjà purgée. Cette clémence devra beaucoup au soutien d’un jeune Juif américain passionné par son œuvre, Milton Hindus, dont la visite à l'exilé Céline en cette année 1948 est le nœud du film. L’évolution du regard du jeune universitaire sur cet aîné dont il a défendu l’œuvre et sur lequel il est en train d’écrire un livre, l’ambivalence du rapport entre les deux hommes – le génie et le cadet, l’antisémite et le juif, chacun profitant de l’autre – sont subtilement montrées par Emmanuel Bourdieu…

Entre eux, il y a Lucette Destouches, une Géraldine Pailhas pleine de grâce, muse et gardienne du temple célinien, plus ambiguë qu’on pourrait le croire. Tout se joue dans les liens noués par les membres du trio, à quasi-huis clos…

(S. Audrerie, La Croix)

Salernes : jeudi 31 à 18h, samedi 2 à 16h et dimanche 3 à 20h30


Les Ogres
Réalisé par Léa FENHER
France 2015 2h24mn
avec Adèle Haenel, Marc Barbé, François Fehner, Marion Bouvarel, Inès Fehner, Lola Dueñas...

Léa Fenher nous avait bouleversés avec son premier film Qu’un seul tienne et les autres suivront, elle nous en offre un second dans un tout autre registre. Les Ogres ! Voilà un titre rudement bien choisi, qui colle aux personnages pantagruéliques de cette fable un brin amorale et à plusieurs vitesses. Ils croquent la vie à pleines dents, sans se retourner sur leurs ravages : à quoi bon ? Cela fait partie de la nature de ces grands insolents qui n'ont pas renié la folie de leur enfance. Baladins sur scène comme dans la vie, ils surgissent d'on ne sait où, sautant de ville en village, de scènes en plateaux, de sourires en crises – de rire, de colère comme de larmes. Ils osent tout, de la tendresse à l'hystérie, se jurant toujours de ne jamais abdiquer leur liberté. Ils bousculent le monde et s'étonnent de le voir se fâcher ! On ne sait si on doit les haïr ou les aimer, mais peut-être est-ce au fond un peu la même chose, tant l'amour et la haine peuvent être des sentiments dévorants.
Et si Léa Fenher les dépeint avec autant d'humour et si peu de complaisance, si elle ose les chatouiller et les égratigner jusqu'à la mœlle épinière, c'est qu'il coule en elle le même sang. Être une ogresse et l'assumer fait partie de ses gènes. C'est comme un exorcisme aux vertus libératoires qu'elle nous offre là. Elle semble avoir chaussé ses yeux de petite fille pour filmer avec émerveillement l'exubérance déconcertante de ces géants, ces monstres de scène, ces adultes qui peuplèrent son enfance pour le pire et le meilleur, à commencer par ses propres parents.

Elle aurait pu se contenter d'en tirer une plate autobiographie ? Mais non ! Il fallait un défi à la démesure de sa tribu sans renier l'infidélité de ses souvenirs travestis par le temps, s'en servir au contraire, comme d'une trame pour broder, repeupler, réinventer un univers, en faire cette pure fiction, cette allégorie prise dans les feux de glace du rêve et de la réalité. Nous voilà engloutis par ces grandes gueules d'artistes, émus ou énervés par leurs débordements qui questionnent nos tiédeurs, nos docilités.
Drôle de road-movie perpétuel que celui de la troupe du Davaï, théâtre itinérant où il faut, à chaque étape, se lancer dans un rituel éternellement renouvelé. Planter le chapiteau, aller appâter le chaland : faire la parade quoi qu'il arrive ! Donner le change même si le temps ou quelques-uns font grise mine. C'est comme un sacerdoce païen, grivois, libertaire. Un engagement au service d'un art populaire où l'on rend la culture à la rue. La gravité, les grands mots camouflés sous le voile de farces légères, voilà nos saltimbanques prêts refaire le monde sans trop d'illusion. C'est une vie de bohème tout à la fois exaltante et éprouvante dans laquelle François, le fondateur de la troupe, a entraîné femme, enfants, comédiens et, dans leur sillage, une ribambelle de loupiots incontrôlables, à l'instar de leurs aînés.

Une famille d'adoption qui protège mais où l'on n'échappe jamais tout à fait au regard des autres. Ici tout se sait et on rigole de tout, sinon on boit pour oublier. En tout cas on ne fait rien dans la mesure. Alors, même s'il les tait, le chagrin qui traverse le cœur de Monsieur Déloyal, sa capacité d'autodestruction, n'échappent pas à ses pairs. Et quand il va merdoyer ferme, c'est toute la tournée et l'équilibre de la compagnie qui vont en être affectés. Puis l'arrivée de la pétillante Lola, son passif avec Marion, la compagne de François, va finir par rendre la situation explosive… (Utopia)


Cotignac : jeudi 31 à 21h


Des nouvelles de la planète Mars
Réalisé par Dominik MOLL
France 2016 1h41mn
avec François Damiens, Vincent Macaigne, Veerle Baetens, Michel Aumont, Catherine Samie, Philippe Laudenbach...
Scénario de Dominik Moll et Gilles Marchand

Philippe Mars… chouette Philippe : ingénieur informaticien, un peu planant, un peu largué, dépassé par ce xxie siècle traversé par un vent de folie pas douce qui balaie sans pitié ceux qui ne sont pas très assurés sur leurs guiboles.
Philippe ne comprend plus rien au monde dans lequel il vit. Ni aux gens qu'il croise au boulot, ni aux ados qu'il a pondu, ni à ce type qui refuse de ramasser la crotte de son chien, ni au végétarisme soudain de son fils, ni à l'obsession de « réussite » de sa fille qui la fait s'acharner jour et nuit sur ses bouquins de fac, écouteurs vissés aux oreilles, ni à l'agitation de son ex-épouse… On ne peut pas dire que l'époque soit caractérisée par une grand confiance dans l'avenir : agitation, stress et désarroi semblent gagner du terrain chaque jour un peu plus.
Alors Philippe s'enferme dans sa bulle immobile, se rêve cosmonaute, plane entre les étoiles et reçoit régulièrement la visite des fantômes de ses père et mère qui ont pu gratter un petit rab de présence sur terre et lui font un brin de compagnie avec une bienveillance inquiète et amusée. Il croise de temps à autre un vieux monsieur qui se dit ex-chauffeur de Giscard et a gardé de cette époque une voiture qu'il bichonne, inadapté, inadaptable, nostalgique d'un passé dont il n'a pas su sortir…

Le plus gros problème de Philippe, c'est qu'il est trop gentil, incapable de dire non, incapable de mettre quelqu'un qui l'emmerde dehors, de refuser le boulot de trop : indifférence, ou trop grande écoute de ses congénères… flemme de s'opposer, ou tout simplement parce que faire de la peine à quelqu'un est au-dessus de ses capacités…
Sa vie subit tout à coup une série de coups de tabac qui l'obligent à sortir de sa posture d'observateur immobile. Ça commence le jour où son ex-femme, à l'emploi du temps imprévisible, journaliste happée par une carrière sans stabilité et qu'il croise plus souvent dans l'écran télé que dans son quotidien, est balancée correspondante au cœur du Conseil de l'Europe pour couvrir une actualité bordélique qui n'a plus rien à voir avec l'idéal européen qui avait séduit Philippe jadis… Une heure avant de prendre l'avion, elle lui colle les ados et le paquetage qui va avec. Au moment même où son patron lui a filé la lourde responsabilité de contrôler et de cadrer un mec au bord du burn out qui patauge dans son bordel au bureau et ne quitte pas un hachoir qu'il trimballe enveloppé dans un sac plastique pour que les flics, pensant à un achat récent, n'aillent pas imaginer que c'est son arme de self défense… Inénarrable Jérôme (alias Vincent Macaigne), un allumé de première, qui réussit néanmoins à être fichtrement attendrissant.
Philippe, qui se trouvait plutôt peinard à se faire la popote en solitaire, distant du monde et de sa propre vie, va donc devoir s'occuper de ses lardons mais encore se retrouver envahi par le chien que sa sœur lui colle avant de partir aux Amériques, par un régiment de grenouilles que son désormais écolo de fils veut sauver du labo… et après moult péripéties va récupérer dans son petit chez lui le délirant Jérôme, échappé de l'hôpital psychiatrique non sans avoir entraîné avec lui une autre perturbée dont il est tombé amoureux pendant son bref séjour.

Tout ça va l'entraîner dans une incroyable aventure… mais le plus chouette de tout, c'est qu'au fond, cette histoire décalée, très drôle et un poil mélancolique, en dit plus sur le monde tel qu'il va et sur les gens qu'on y croise que n'importe quel discours pompeux. La poésie et l'humour sont la politesse du désespoir peut-on se dire, mais c'est surtout un signe de sacré santé, car au fond, Philippe est le seul de l'histoire qui parvient à se mettre debout, foutrement humain dans un monde complètement barjot. (Utopia)


Cotignac : vendredi 1er à 18h

Ave, César!
AVE CÉSAR !Écrit et réalisé par Joel et Ethan COEN
USA 2015 1h46mn VOSTF
avec Josh Brolin, George Clooney, Clancy Brown, Ralph Fiennes, Jonah Hill, Scarlett Johansson, Christophe Lambert, Frances McDormand, Tilda Swinton, Channing Tatum...
Festival de Berlin 2016, film d'ouverture

Allez, ça y est, c’est bon, on y croit, en 2016 on va enfin pouvoir se marrer en bonne compagnie ! Mais si, c’est possible : à partir du 17 Février, vous avez de bonnes chance de vous marrer. Bon, il n’est pas totalement exclu que vous réussissiez à rigoler avant cette date, pour peu que vous fassiez partie de cette catégorie de personnes qui pensent heureusement qu’on peut rire de tout, en toutes circonstances et en dépit d’un monde qui pousse plus à l’affliction, la révolte ou le désarroi qu’à la franche rigolade (un peu à la manière d’un génial François Morel, capable de livrer le 11 septembre 2015 une chronique ayant pour titre « 3615 code terroriste, le retour des Daechiens »). En tout cas, le 17 Février, le nouveau film des frères Coen déboule sur nos écrans et c’est sûr : ça va nous faire un bien fou.

Parce que les frères Coen… quand même, les frères Coen ! Parce que le cinéma des frères Coen, c’est un peu comme la vinaigrette de ma belle-mère Michèle : personne n’a encore réussi à copier la recette originelle pour tenter d’égaler ce ton si singulier, ce sens inouï du rythme, cet humour, cette écriture qui brille autant par son intelligence que son sens absolu de la dérision. Alors oui, un nouveau film des frères Coen, surtout quand il s’agit d’une comédie en mode majeur, ça s’impose illico dans la gazette, ça prend directement sa place sans montrer son carton d’invitation ni sa patte blanche… Certes c’est une pratique qui pourrait sembler cavalière et que généralement, nous n’aimons pas trop à Utopia, mais c’est aussi le privilège des grands (comme ce fut le cas récemment avec Tarantino), des princes tout autant que des potes. Donc vous l’avez compris au bout de ces 1700 et quelques caractères : nous n’avons pas vu Ave César !, quasiment personne ne l'a vu d'ailleurs, puisque le film ne sortira aux Etats-Unis que le 5 Février.

Cela faisait bien des années que ce film trottait dans le cerveau quadricéphale d’Ethan et de Joel, à la manière de ces vieux rêves que tout réalisateur nourrit secrètement, ce genre de projets qui s’éloignent, et reviennent, qui s’oublient un peu, et puis ressurgissent. Et un jour, tous les éléments s’emboîtent : le scénario, le casting, le budget, le timing. Et ça nous donne ça : une comédie qui se déroule dans les années 50, en plein âge d'or hollywoodien, au cœur d'un grand studio de cinéma florissant et mégalo à souhait, tendance Ben Hur, Cléopâtre ou Spartacus. Le récit narre la folle journée d'Eddie Mannix (le personnage a d'ailleurs réellement existé), un « fixer », l'homme à tout faire du studio incarné par Josh Brolin, chargé de retrouver l'acteur star Baird Whitlock (George Clooney, plus Clark Gablesque que jamais), engagé pour tourner dans un péplum baptisé « Ave César ! » mais kidnappé au bout de quelques jours de tournage par un mystérieux groupe de ravisseurs baptisé « Le futur », rien que ça…

Si vous êtes comme nous curieux et frétillants d’impatience, vous avez déjà sans doute regardé la bande-annonce qui est un pur régal et montre un George César denté et gominé dans un grand numéro d’auto-dérision dont il a le secret. Rendez-vous donc  pour cette comédie polardesque qui on l'espère, contrairement à certains, tiendra ses promesses.

Le Vox (Fréjus) : samedi 2 à 20h, dimanche 3 à 18h et lundi 4 à 19h
 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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