Au(x) cinéma(s) du 30 novembre au 6 décembre

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Bonjour à tous !

Cette semaine au CGR, en film ciné-club le film d'animation Ma vie de Courgette, "tragique, poétique, rigolo sur la vie des enfants qui ont morflé" . CGR propose encore cette semaine en "sortie nationale" le film d'Emmanuelle Bercot La Fille de Brest, sur le sujet du Médiator, un film "bouleversant d'humanité".

Dans les nouveautés de la semaine, on peut voir Les Pépites de Xavier de Lauzanne, un documentaire qui donne foi en l'humanité, à Salernes Poesia sin fin de Jodorowsky, un film libre et époustouflant, et au Vox Les beaux jours d'Aranjuez de Wim Wenders, un bien bel éloge de l'amour et du 7ème art. il y a aussi au Vox et à Cotignac Mademoiselle, film coréen de Park Chan Wook, thriller érotique et historique "sublimement beau", et au Vox seulement Louise en Hiver, film d'animation, fait pour les adultes; de Jean François Laguionie, "une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce... un bonheur rare à ne pas laisser passer..."
Au Vox, allez voir Planétarium de Rebecca Zlotowski, un film puissant sur les années 30.
Au Vox aussi et à Cotignac, ne manquez pas le dernier film de Asghar Farhadi, Le Client, superbe pladoyer pour la nécessité vitale d'une plus grande liberté dans la société iranienne et surtout pour les femmes, ni d'ailleurs le dernier de Ken Loach, Palme d'or au Festival de Cannes, Moi, Daniel Blake, un film "beau à tomber" dit la critique (que vous pouvez aussi voir à Salernes).
A Lorgues, ce sera Chouf, la plus grande réussite de Karim Dridi, et au Luc Réparer les vivants.
Sans oublier à Lorgues jeudi 1er décembre à 20h le ciné-débat citoyen avec le film À pas de loup.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 30 NOVEMBRE 2016 AU 6 DÉCEMBRE

Affiche
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Ma vie de Courgette
Réalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
avec Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin...
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette. Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy. Pour les enfants à partir de 7 ans
Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 18h30
Affiche
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La Fille de Brest
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2016 2h08mn
avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Gustave Kervern, Isabelle De Hertogh, Lara Neumann, Philippe Uchan, Patrick Ligardes...
Scénario de Séverine Bosschem et Emmanuelle Bercot d'après le livre d’Irène Frachon
Ce film captivant et exaltant est le récit d'un combat exaltant et captivant. Et pourtant, sur le papier, c'était perdu d’avance. Une lutte à armes absolument inégales entre un petit médecin d'une petite équipe d'un petit hôpital de province et une armée d’experts en tout genre, de scientifiques dorés sur tranche au service d'un géant français de l’industrie pharmaceutique. Le Docteur Irène Frachon, pneumologue, contre l'omnipotent laboratoire Servier ; l'enjeu : un médicament qui est en fait un poison mortel, le Médiator 150 g... lire la suite
CGR (Draguignan) : mardi 30, vendredi 2 et mardi 6 à 11h, 13h30, 16h et 20h - jeudi 1er et lundi 5 à 11h, 13h30 et 16h - samedi 3 à 11h  et 13h30 - dimanche 4 à 13h30, 16h et 20h
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Chouf
Réalisé par Karim Dridi
France 2016 1h48mn
avec Sofian Khammes, Foued Nabba, Zine Darar, Oussama Abdul Aal, Nailia Harzoune...
Sofiane, 24 ans, brillant étudiant, intègre le business de son quartier après le meurtre de son frère, un caïd local. Pour retrouver les assassins, il est prêt à tout, abandonnant pour un temps famille et études et gravissant rapidement les échelons. Aspiré par une violence qui le dépasse, il découvre la vérité et doit faire des choix. Le récit fait écho aux nombreux faits divers qui meurtrissent la cité phocéenne, des jeunes de quartiers s’entretuant à la kalachnikov lors de règlements de comptes liés au banditisme et aux réseaux de drogues. La démarche de Karim Didi se veut d’abord documentaire, et le cinéaste n’a pas hésité à s’installer à Marseille, plantant sa caméra dans les zones les plus sensibles, afin de vivre au plus près de ces jeunes... lire la suite
Lorgues : mercredi 30 à 16h, et samedi 3 à 18h
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Louise en Hiver
Écrit et réalisé par Jean-François LAGUIONIE
Film d'animation France 2016 1h15mn
avec les voix de Dominique Frot, Diane Dassigny, Anthony Hickling, J.F. Laguionie...
Pour les enfants à partir de 12 ans. MAGNIFIQUE DESSIN ANIMÉ EN 2D destiné avant tout aux adultes, visible par les enfants mais pas avant 12/13 ans
Le nouveau film de Jean-François Laguionie, un des très grands noms de l'animation française (on ne citera que son dernier film en date, le très beau Le Tableau) est une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce, tant dans son écriture que dans son dessin. Un bonheur rare, à ne pas laisser passer ! C'est le dernier jour de l'été et Louise s'aperçoit que le dernier train est parti sans elle : elle se retrouve donc seule, abandonnée de tous, dans cette petite station balnéaire, sans doute bretonne, aux rues désertes. Que s'est-il donc passé ?
Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées surviennent. C'est la tempête et les premières nuits sont difficiles. Mais bientôt le beau temps pour offrir à la vieille dame un automne exceptionnel...
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 16h10 et 18h15, jeudi 1er à 18h40, vendredi 2 à 14h et 16h25, samedi 3 et dimanche 4 à 14h, lundi 5 à 18h40 et mardi 6 à 16h50
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Planétarium
Réalisé par Rebecca ZLOTOWSKI
France 2016 1h45mn
avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori, Louis Garrel...
Scénario de Robin Campillo et Rebecca Zlotowski
Hasard du calendrier, Planetarium sort sur nos écrans quelques semaines après le très beau La Danseuse. Les deux films se rapprochent d’une certaine façon, ils dessinent tous les deux des portraits de femmes du début du 20ème siècle, toutes les deux artistes forains et qui chacune à leur manière vont accompagner voire provoquer des évolutions marquantes dans la pratique de leur art. Rebecca Zlotowski s’est inspirée de la vie des sœurs Fox, trois sœurs spirites américaines qui ont inventé le spiritisme à la fin du xixe. L’une d’elle avait été embauchée pendant une année par un riche banquier pour incarner sa femme défunte. L’autre source d’inspiration de la cinéaste, c’est le destin du producteur de cinéma Bernard Natan. D’origine roumaine, naturalisé Français, croix de guerre, parti de rien, il avait en 1929 racheté Pathé Cinéma. C’est notamment lui qui a créé les studios de la rue Francœur (aujourd’hui occupés par la Femis, l’école de cinéma où étudia Zlotowski), lui aussi qui a importé le cinéma sonore en France... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 14h, vendredi 2 à 15h35, samedi 3 à18h, dimanche 4 à 15h45, lundi 5 à 20h
affiche
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Le Client
Écrit et réalisé par Asghar FARHADI
Iran 2016 2h05 VOSTF
avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi, Farid Sajjadihosseini...
Festival de Cannes 2016 : Prix du scénario et Prix d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini
Mystères de la traduction : le titre persan « forushande » signifie « le vendeur » et le film sortira en France sous le titre « le client »… Pas essentiel sans doute, mais garder en tête le sens du mot persan permet de mieux comprendre les ponts que Farhadi jette entre son histoire et la pièce de théâtre que jouent ses protagonistes… Emad et Rana sont en effet comédiens et on entre dans leur intimité au moment où approche la première représentation de La Mort d'un commis voyageur, dans laquelle ils interprètent les rôles principaux du père et de la mère, largement quinquagénaires. Dans la vie en vrai, ils sont bien plus jeunes, sans enfant, avec tout le temps devant eux pour se découvrir, construire un foyer. Un couple de la classe moyenne supérieure, deux êtres cultivés partageant les mêmes centres d'intérêt… Cela ne donnerait guère matière à une histoire s'il n'y avait un « mais », si chaque détail, loin d'être innocent, ne s'attachait à refléter le malaise social ambiant... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 et samedi 3 à 20h30 et dimanche 4 à 18h
Cotignac : jeudi 1er à 20h30
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Mademoiselle
Réalisé par PARK Chan-wook
Corée du Sud 2016 2h25mn VOSTF
avec Kim Minh-hee, Kim Tae-ri, Ha Jung-woo, Cho Jin-woong, Kim Hae-sook, Sori Moon...
Scénario de Park Chan-wook et Chung Seo-kyung, d'après le roman de Sarah Waters, Du bout des doigts
Voilà un thriller érotique et historique subliment beau, divinement intelligent, délicieusement alambiqué, un véritable joyau comme on en voit rarement. Au départ il y a l’œuvre de la romancière britannique Sarah Waters, Du bout des doigts, qui situait son action dans le Londres victorien des années 1860. L'histoire d'une jeune orpheline des classes miséreuses qui croyait voir son avenir assuré grâce à une machination par laquelle elle devait convaincre une jeune héritière d'épouser un beau garçon a priori bien sous tout rapport, en fait un escroc déguisé en aristocrate, bien décidé à dépouiller la donzelle une fois marié. Le réalisateur coréen Park Chan-wook a adoré le roman et a décidé de le transposer dans la Corée des années 1930, alors sous occupation japonaise... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 et vendredi 2 à 17h45, samedi 3 à 17h35, lundi 5 à 15h50, mardi 6 à 14h
Cotignac : lundi 5 à 20h30
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Moi, Daniel Blake
Réalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno

Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran. Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 et dimanche 4 à 18h, jeudi 1er et lundi 5 à 20h30, samedi à 15h30 et mardi 6 à 16h
Salernes : vendredi 2 et dimanche 4 à 18h
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Les Pépites
Réalisé par Xavier de LAUZANNE
Documentaire France/Cambodge 2016 1h28mn
avec Marie-France et Christian des Pallières et les témoignages des enfants de la décharge à ciel ouvert, devenus grands...
Ils ont aujourd’hui 25 ans et finissent leurs études ou commencent à travailler. Tous, lorsqu’ils étaient enfants, devaient fouiller dans la décharge « à ciel ouvert » de Phnom-Penh, au Cambodge, pour survivre et tous ont été sauvés de la misère et de l’analphabétisme par un couple de Français pas tout à fait comme les autres. Rien ne prédestinait particulièrement les époux des Pallières à une vie de voyages et ils auraient tout à fait pu se contenter de l’existence sereine et rassurante qui semblait tracée pour eux. Ils décident pourtant de prendre la route en famille et en camping-car à la découverte du vaste monde, poussés par une curiosité humaine joyeuse et insouciante. Au Cambodge, le choc avec la terrible réalité des enfants des rues de Phnom-Penh résonne en eux comme une révélation.... lire la suite
Lorgues : samedi 3 à 16h, dimanche 4 à 20h30 et lundi 5 à 19h
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Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal
Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner... lire la suite
Le Luc : mercredi 30 à 18h15, jeudi 1er à 19h et samedi 3 à 20h30
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Poesía Sin Fin
Écrit et réalisé par Alejandro JODOROWSKY
Chili / France 2016 2h08 VOSTF
Adan Jodorowsky, Pamela Flores, Brontis Jodorowsky, Leandro Taub, Jeremias Herskovits, Alejandro Jodorowsky, Carolyn Carlson...
Mais boudiou, qui nous révèlera la nature de la potion magique que boit chaque matin l'incroyable Alejandro Jodorowsky, cinéaste, écrivain, poète, auteur de BD et… cartomancien fantasque et génial ? À 87 ans, le bougre nous laisse une fois de plus baba avec un nouveau film libre et époustouflant. Se situant dans la directe continuité du déjà splendide La Danza de la realidad, qui revenait sur l'enfance tourmentée du cinéaste dans une petite ville du grand nord chilien en bordure du désert d'Atacama, Poesia sin fin, au titre si doux, aurait pu tomber dans la nostalgie d'une jeunesse disparue puisqu'il s'attache à l'adolescence puis la vingtaine du jeune Jodo aspirant poète dans le Santiago bohème et artiste des années cinquante. Mais non, convoquant à la fois surréalisme et effets spéciaux bricolo à la Méliès, Jodorowsky fait feu de mille audaces. Un exemple : son quartier, sa ville ont changé ? Pas de souci, sur les façades actuelles il fait projeter de grandes photos en noir et blanc du Santiago de l'époque !... lire la suite
Salernes : samedi 3 à 20h30 et mardi 6 à 18h
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Les Beaux Jours d'Aranjuez
Réalisé par Wim Wenders
Allemagne/France 2016 1h38mn
avec Nick Cave, Reda Kateb, Sophie Semin
Un beau jour d’été. Un jardin. Une terrasse. Une femme et un homme sous les arbres, avec un vent d’été doux. Au loin, dans la vaste plaine, la silhouette de Paris. Un dialogue commence, des questions et des réponses entre la femme et l’homme. Il s’agit d’expériences sexuelles, d’enfance, de souvenirs, de l’essence de l’été et de ce qui différencie les hommes et les femmes, la perspective féminine et la perception masculine. Derrière, dans la maison qui donne sur la terrasse, sur la femme et l’homme : l’écrivain, en train d’imaginer ce dialogue et de le taper à la machine. Ou est-ce l’inverse ? Seraient-ce les deux personnages, là dehors, qui lui racontent ce qu’il couche sur le papier : un ultime et long dialogue entre un homme et une femme ? Wim Wenders poursuit ses velléités expérimentales à l’égard de la 3D avec Les Beaux Jours d’Aranjuez, après Pina (2011) et Every Thing Will Be Fine (2015). Alors que son cinéma menaçait ces dernières années de passer pour lambda, à force de troquer l’ampleur théorique contre une forme presque normalisée, le cinéaste allemand se transcende dans un drame porté par Reda Kateb et Sophie Semin... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 1er à 14h, vendredi 2 à 18h30, samedi 3 à 16h10, dimanche 4 à 20h30, lundi 5 à 16h20 et mardi 6 à18h30
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À Pas de Loup
Réalisé par Olivier Ringer
France/Belgique 2011
avec Wynona Ringer (Cathy) , Olivier Ringer (le père) , Macha Ringer (la mère)...
Cathy, une petite fille, effectue un voyage en voiture avec ses parents. Persuadée qu'ils ne la voient pas, elle décide de profiter d'une halte dans une station service pour vérifier sa théorie. Elle sort du véhicule sans se faire remarquer. Ses parents repartent sans elle. Ils n'ont effectivement rien remarqué. Livrée à elle-même, la fillette se réfugie dans la forêt, où elle va vivre d'étonnantes aventures. Pendant ce temps, des recherches sont organisées... Se sentant négligée par ses parents, une petite fille prend la tangente dans la campagne et la forêt. Elle va de découverte en découverte... Le parti pris du film est original : on n'entend, en voix off, que les pensées de l'enfant, ses commentaires cocasses ou poétiques sur tout et n'importe quoi, détaillés d'une petite voix tranquille. Drôle, touchante, l'intrépide fugueuse (dans la vie, la vraie fille du réalisateur) donne une image très juste de l'enfance, en équilibre entre naïveté absolue et maturité déconcertante... lire la suite
Ciné débat citoyen Lorgues jeudi 1er 20h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 

Ma vie de Courgette
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette.
Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy.
Pour les enfants à partir de 7 ans


Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante.

De passages tragiques en moments rigolos ou poétiques, on pénètre dans le monde écartelé des enfants qui ont morflé. De ceux que la société essaie de préserver et tente de réparer en les éloignant de leurs proches qui ne les ont parfois pas épargnés. Mais commençons par le commencement… Ce jour-là est un jour comme un autre dans la vie de Courgette. Du moins il commence comme beaucoup d'autres. Dans sa chambre sous les combles, il dessine sur les murs, invente des histoires, des super héros qui le font s'évader. Avec deux bouts de papier, quelques crayons, il se crée tout un monde. Dans le salon au dessous, sa mère, lovée dans un fauteuil devant un soap opéra à la télé, éructe et rumine : « Tous des menteurs… ». Aigreur et vécu qu'elle cuve dans sa bière. Le sol est jonché de cannettes que Courgette vient récupérer histoire de construire des châteaux. Faute de sable ?
Pourquoi la marâtre sort-elle de sa torpeur ? Qu'importe… On comprend que ce n'est pas la première fois qu'elle se met dans une rage folle contre son rejeton. Mais cette fois-là, sans penser à mal et pour se protéger, Courgette rabat la trappe de sa chambre sur la tête de sa daronne qui dégringole dans le raide escalier… Après une audition au commissariat, Courgette va atterrir dans un foyer d'accueil, loin de ce qu'il a toujours connu… Mais tout n'est pas si sombre. D'abord, le flic qui l'interroge est un vrai gentil. Il s'appelle Raymond et la loi de la gravitation universelle a décidé que son crâne était fait pour recevoir les bombes à eau des mômes qui adorent le taquiner. Et puis le foyer qui accueille l'orphelin est une unité à taille humaine.

Les autres gosses ne sont pas forcément tendres, principalement Simon, qui se prend pour un caïd avec sa banane de rockeur rouquin. Pour lui tout nouvel arrivant est un potentiel bouc émissaire qu'on peut discrètement martyriser. Mais tout n'est pas si simple et derrière les fanfaronnades se cachent des êtres déjà bien égratignés. Tous comme des lions coincés derrière les barreaux de souvenirs qui font des ravages et donnent envie de défoncer les murs ou de se battre. Contre qui, contre quoi ? Peut-être tout simplement pour survivre. Le pari éducatif devient alors de transformer cette force dévastatrice en envie de vivre, en joie retrouvée. Et heureusement on la sent tapie dans l'ombre, prête à bondir comme un nouveau départ. Elle explose dans les moments de jeux, de jovialité… Surtout à l'arrivée de la petite dernière : Camille. Avec sa voix de flûte alto cassée, ses grands yeux bleus et son sens de la répartie bien aiguisé, elle peut mettre tout le monde en boîte, même ce gros dur de Simon !

 

CGR (Draguignan) : tous les jours à 18h30

La Fille de Brest
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2016 2h08mn
avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Gustave Kervern, Isabelle De Hertogh, Lara Neumann, Philippe Uchan, Patrick Ligardes...
Scénario de Séverine Bosschem et Emmanuelle Bercot d'après le livre d’Irène Frachon « Mediator 150 MG »

Ce film captivant et exaltant est le récit d'un combat exaltant et captivant. Et pourtant, sur le papier, c'était perdu d’avance. Une lutte à armes absolument inégales entre un petit médecin d'une petite équipe d'un petit hôpital de province et une armée d’experts en tout genre, de scientifiques dorés sur tranche au service d'un géant français de l’industrie pharmaceutique. Le Docteur Irène Frachon, pneumologue, contre l'omnipotent laboratoire Servier ; l'enjeu : un médicament qui est en fait un poison mortel, le Médiator 150 g.

Passionnant par son sujet, édifiant par ce qu’il dénonce, bouleversant d'humanité, La Fille de Brest avance au rythme haletant d'un film à suspense, dégageant une formidable force de conviction et d'émotion. Emmanuelle Bercot place les êtres au cœur de la terrible machine à broyer de l'humain qu'elle dépeint, une machine de guerre qui avance tête baissée avec pour seul ligne de mire le profit, et tant pis pour les dommages collatéraux. Point de départ du film, le livre d'Irène Frachon, Médiator 150 g, paru en 2010 et dont le sous-titre, rapidement censuré au moment de sa première édition, n'y allait pas par quatre chemin : « combien de morts ? ». Le récit du film s'achève là où la vie du bouquin commence…

2007. Pneumologue au CHU de Brest, le docteur Irène Frachon relève au cours de ses consultations un nombre préoccupant de pathologies cardiaques (valvulopathies) non expliquées. Sans être une chercheuse, ni à la pointe de la cardiologie qui n’est pas sa spécialité, Irène est un excellent médecin et un excellent médecin veut comprendre, autant par conscience professionnelle que par curiosité intellectuelle. Irène est de surcroit une sorte de force de la nature, tendance pitbull joyeux, et lorsque commence à se faire jour le lien entre les accidents cardiaques et la prescription du Médiator, elle n’est pas du genre à lâcher l’affaire, d’autant qu’elle lui rappelle furieusement le cas d’un autre médicament : l'Isoméride, commercialisé par le même laboratoire Servier et retiré du marché en 1997 pour ses effets secondaires dévastateurs.
La suite, on la connaît mais après tout peut-être pas si bien que ça : le scandale révélé d'un médicament prescrit depuis 1976 malgré sa dangerosité déjà repérée, les morts advenues ou à venir, l’affrontement inégal entre une poignée de médecins intègres et une armada d’individus sans foi ni loi (praticiens, scientifiques, avocats et autres membres de divers comités à l’éthique douteuse) prêts à tous les cynismes pour préserver les intérêts de la main qui les nourrit.

Le Docteur Irène Frachon, c’est Sidse Babett Knudsen, révélée à la télévision par la formidable série Borgen, puis second rôle au cinéma l’année dernière avec L’Hermine. Elle est de tous les plans, irradiant une énergie communicative, un sourire à faire fondre ce qui reste de la calotte glacière, à la fois intègre et empathique, obstinée et combative, mordante, percutante et souvent très drôle, même dans ses grands moments de doute. Un médecin ordinaire, peu au fait des enjeux de pouvoir et du machiavélisme des laboratoires pharmaceutiques, qui va se retrouver au cœur de l’arène médiatique. Politique, le film l’est sans aucun doute, en ce qu’il dénonce avec force les liens incestueux entre les agences sanitaires nationales et les gros labos… et la liaison se décline à l’infini dans bien d’autres domaines, industrie agro-alimentaire, industrie-pétrolière… Irène Frachon est le visage de la résistance autant que la voix des victimes. Ce film rend hommage à l'indispensable lanceuse d'alerte en même qu'à tous ceux qui se sont battus avec elle (ses collègues du CHU, la scientifique qui l'a soutenue à Paris, le député qui s'est mouillé à Toulouse, le modeste éditeur breton…) et qu'à ceux pour qui ils se sont battus, vivants ou morts. (Utopia)

CGR (Draguignan) : mardi 30, vendredi 2 et mardi 6 à 11h, 13h30, 16h et 20h - jeudi 1er et lundi 5 à 11h, 13h30 et 16h - samedi 3 à 11h  et 13h30 - dimanche 4 à 13h30, 16h et 20h


Chouf
Résultat de recherche d'images pour "chouf film"Réalisé par Karim Dridi
France 2016 1h48mn
avec Sofian Khammes, Foued Nabba, Zine Darar, Oussama Abdul Aal, Nailia Harzoune...

Chouf veut dire « regarde » en arabe. C’est aussi le nom des guetteurs des réseaux de drogue de Marseille. Sofiane, 24 ans, brillant étudiant, intègre le business de son quartier après le meurtre de son frère, un caïd local. Pour retrouver les assassins, il est prêt à tout, abandonnant pour un temps famille et études et gravissant rapidement les échelons. Aspiré par une violence qui le dépasse, il découvre la vérité et doit faire des choix. Du Thé au harem d’Archimède (1985) de Mehdi Charef à La Vie en grand (2015) de Mathieu Vadepied, en passant par La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz, le cinéma français a abordé le thème de la jeune délinquance sous différents angles. Le dernier film de Karim Dridi s’inscrit dans ce courant et constitue le dernier volet d’une « trilogie marseillaise », après Bye-bye (1995) et Khamsa (2008).

Le récit fait écho aux nombreux faits divers qui meurtrissent la cité phocéenne, des jeunes de quartiers s’entretuant à la kalachnikov lors de règlements de comptes liés au banditisme et aux réseaux de drogues. La démarche de Karim Didi se veut d’abord documentaire, et le cinéaste n’a pas hésité à s’installer à Marseille, plantant sa caméra dans les zones les plus sensibles, afin de vivre au plus près de ces jeunes. Il a dirigé certains d’entre eux dans des ateliers de comédie, tout en les côtoyant au quotidien : « L’idée était d’être le plus authentique possible, de les suivre, en respectant leur gestuelle, leurs manières de s’attraper, se toucher, se frapper […] Les ateliers m’ont servi à capter leur violence physique, leur langage », précise Karim Dridi.

Mêlant argot marseillais et arabe, les dialogues n’ont rien de rohmérien et accentuent un réalisme qui s’apprécie aussi à travers l’authenticité juridique et criminelle des faits mentionnés dans le scénario. Karim Dridi refuse pourtant tout naturalisme ostensible et Chouf épouse très vite la forme d’un thriller efficace, qui culmine dans une scène de braquage digne de Scorsese ou Tarantino. Le film a aussi des accents de western urbain, tout en empruntant au drame sentimental et à la veine d’un cinéma psychosociologique. À cet égard, Chouf préfère la nuance au manichéisme : symbole d’une ascension sociale qui peine à se poursuivre, le parcours du protagoniste révèle un déterminisme qui n’est pas sans rappeler le statut du jeune diplômé de Ressources humaines (2000) de Laurent Cantet. Plus instruit que ses potes, modèle apparent d’intégration, Sofiane est à la fois respecté et dominé par les petits caïds. Et ce n’est pas sans ironie que Karim Dridi le montre prodiguer des conseils en mercatique à des dealers, appliquant les outils de son école de commerce à des activités informelles... Assis entre deux chaises, le jeune homme ressent des fêlures qui lui seront fatales et Sofian Khammes, comédien au Conservatoire, traduit à merveille les ambiguïtés du personnage. Signalons qu’il est un des rares acteurs professionnels de la distribution, avec Simon Abkrarian dans le rôle d’un mafieux libanais. Également bien servi par une mélodie lyrique aux accents de requiem, ainsi qu’un montage incisif sans être roublard, Chouf est sans doute la plus grande réussite de Karim Dridi, qui effectue ainsi un retour en force, après la relative déception du Dernier vol. (avoiralire)

Lorgues : mercredi 30 à 16h, et samedi 3 à 18h


Louise en Hiver

 

Écrit et réalisé par Jean-François LAGUIONIE
Film d'animation France 2016 1h15mn
avec les voix de Dominique Frot, Diane Dassigny, Anthony Hickling, J.F. Laguionie...
Pour les enfants à partir de 12 ans. MAGNIFIQUE DESSIN ANIMÉ EN 2D destiné avant tout aux adultes, visible par les enfants mais pas avant 12/13 ans

Le nouveau film de Jean-François Laguionie, un des très grands noms de l'animation française (on ne citera que son dernier film en date, le très beau Le Tableau) est une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce, tant dans son écriture que dans son dessin. Un bonheur rare, à ne pas laisser passer !

C'est le dernier jour de l'été et Louise s'aperçoit que le dernier train est parti sans elle : elle se retrouve donc seule, abandonnée de tous, dans cette petite station balnéaire, sans doute bretonne, aux rues désertes. Que s'est-il donc passé ?
Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées surviennent. C'est la tempête et les premières nuits sont difficiles. Mais bientôt le beau temps pour offrir à la vieille dame un automne exceptionnel… Louise commence alors à considérer son abandon comme une sorte de pari. Elle va se construire une cabane sur le rivage, découvrir à 75 ans ce qu'est la vie d'un Robinson, et s'apercevoir qu'elle est plus résistante et débrouillarde qu'elle le pensait. Un vieux chien, Pépère, vient partager ses repas et ses parties de pêche. Un vrai compagnon de fortune…

Et peu à peu reviennent des images de son passé : Louise à 8 ans, confiée à sa grand-mère ; Louise à 18 ans, avec ses deux amoureux et les petits drames de l'adolescence… C'est Dominique Frot qui donne sa voix à Louise. Elle n'est pas pour rien dans l'empathie que l'on ressent pour cette vieille dame inoubliable. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 16h10 et 18h15, jeudi 1er à 18h40, vendredi 2 à 14h et 16h25, samedi 3 et dimanche 4 à 14h, lundi 5 à 18h40 et mardi 6 à 16h50

 

Planétarium
Réalisé par Rebecca ZLOTOWSKI
France 2016 1h45mn
avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori, Louis Garrel...
Scénario de Robin Campillo et Rebecca Zlotowski

Hasard du calendrier, Planetarium sort sur nos écrans quelques semaines après le très beau La Danseuse. Les deux films se rapprochent d’une certaine façon, ils dessinent tous les deux des portraits de femmes du début du 20ème siècle, toutes les deux artistes forains et qui chacune à leur manière vont accompagner voire provoquer des évolutions marquantes dans la pratique de leur art.
Rebecca Zlotowski s’est inspirée de la vie des sœurs Fox, trois sœurs spirites américaines qui ont inventé le spiritisme à la fin du xixe. L’une d’elle avait été embauchée pendant une année par un riche banquier pour incarner sa femme défunte. L’autre source d’inspiration de la cinéaste, c’est le destin du producteur de cinéma Bernard Natan. D’origine roumaine, naturalisé Français, croix de guerre, parti de rien, il avait en 1929 racheté Pathé Cinéma. C’est notamment lui qui a créé les studios de la rue Francœur (aujourd’hui occupés par la Femis, l’école de cinéma où étudia Zlotowski), lui aussi qui a importé le cinéma sonore en France. Il fut victime d’une cabale antisémite, déchu de sa nationalité et livré en 42 aux occupants nazis. Mais la réalisatrice ne voulait pas faire un biopic de l’un ou l’autre de ces personnages, elle s’empare donc de ces deux histoires pour en faire un grand film romanesque ainsi qu’une formidable réflexion sur la force d’attraction du cinéma. Cet art de l’illusion auquel nous adorons croire.

Dans le Paris de la fin des années trente, deux jeunes médiums américaines, Kate et Laura Barlow, défraient la chronique en proposant dans les soirées mondaines des séances de spiritisme. Fasciné par leur don, un célèbre producteur de cinéma, André Korben, les engage pour tourner dans un film follement ambitieux, qui devrait révolutionner le cinéma de l’époque. Korben, d’abord sceptique quant au don de spirite des sœurs Barlow, décide de faire une séance privée et ainsi savoir à quoi s’en tenir. L’expérience va tellement le bouleverser qu’il prend immédiatement sous son aile les deux femmes. Mais plus fou encore, il décide qu’il doit être possible de filmer ce qu’il a vécu, de capturer l’image d’un fantôme. Entraînant la plus jeune dans un projet scientifique d’enregistrement des phénomènes paranormaux, il s’appuie sur l’aînée pour en saisir la nature à l’image, et projette de faire d’elle une star. Incarné par le trop rare Emmanuel Salinger, particulièrement émouvant dans ce rôle d’aventurier rêveur qui voulait, avec le cinéma, révéler l’existence des fantômes, Korben est l’image romantique du producteur comme on n'en fait plus ou presque, de ceux qui sacrifient tout pour qu’un film voie le jour.

« Cette histoire étrangement romanesque inscrit le glamour de ce monde du cinéma français d’avant-guerre, qu’on a si peu vu représenté à l’écran, dans le climat rance de la montée des périls. Les fantômes qui s’expriment semblent annoncer la catastrophe qui vient, mais restent obstinément invisibles. C’est là toute l’intelligence de ce film qui est d’abord une réflexion sur les puissances d’illusion du cinéma, sur la dialectique de l’incarnation et de la sublimation qui est à son fondement. »

(I. Regnier, Le Monde)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 à 14h, vendredi 2 à 15h35, samedi 3 à18h, dimanche 4 à 15h45, lundi 5 à 20h

Le Client

Écrit et réalisé par Asghar FARHADI
Iran 2016 2h05 VOSTF
avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi, Farid Sajjadihosseini...
Festival de Cannes 2016 : Prix du scénario et Prix d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini

Mystères de la traduction : le titre persan « forushande » signifie « le vendeur » et le film sortira en France sous le titre « le client »… Pas essentiel sans doute, mais garder en tête le sens du mot persan permet de mieux comprendre les ponts que Farhadi jette entre son histoire et la pièce de théâtre que jouent ses protagonistes… Emad et Rana sont en effet comédiens et on entre dans leur intimité au moment où approche la première représentation de La Mort d'un commis voyageur, dans laquelle ils interprètent les rôles principaux du père et de la mère, largement quinquagénaires.
Dans la vie en vrai, ils sont bien plus jeunes, sans enfant, avec tout le temps devant eux pour se découvrir, construire un foyer. Un couple de la classe moyenne supérieure, deux êtres cultivés partageant les mêmes centres d'intérêt… Cela ne donnerait guère matière à une histoire s'il n'y avait un « mais », si chaque détail, loin d'être innocent, ne s'attachait à refléter le malaise social ambiant. Car la salve du réalisateur envers la société iranienne contemporaine est violente pour qui sait être attentif. Tout ce qui semble de prime abord anecdotique ne l'est pas du tout et se décline de manière toujours plus complexe au fil des avancées du récit.
D'abord ce premier appartement, dans un vieil immeuble ébranlé par les chantiers environnants, que le jeune couple doit quitter en catastrophe. Une fuite de gaz, des fissures inquiétantes, comme celles qui viennent vriller les fondements de la vie à Téhéran, sa pollution qui rend la vie irrespirable.

Puis ce nouvel appartement, qu'ils n'obtiennent que par copinage, dans lequel subsiste une pièce inaccessible, celle où l'ancienne locataire a laissé des effets personnels, des souvenirs dont on ne peut se débarrasser aisément. Comme si, en voulant fuir la décrépitude de leur passé, ils avaient hérités des impedimenta encombrants d'un autre. Prophétie d'un avenir qui ne tiendra pas ses promesses… Tout procède irrémédiablement vers une sorte d'instabilité générale, comme dans la pièce d'Arthur Miller. Ambiance tissée dans les non-dits, dans la peur du qu'en-dira-t-on et lestée par le poids des convenances, telle une oppressante toile d'araignée qui risque de se refermer inexorablement sur ses proies.
Quel est le premier silence coupable qui va amorcer le piège ? Celui du loueur qui tait le métier de la locataire précédente ? Celui de Rana, qui, lorsqu'elle se fait agresser sous la douche, ne va même pas porter plainte ? Celui d'Emad, qui s'enfonce dans une forme de mutisme héroïque et décide de venger son orgueil mal placé ? Celui de la troupe qui fait semblant de ne rien voir ? Il y a tant d'autres silences encore… Mais peut-être est-ce, dans le fond, un seul et même silence, celui d'une société tout entière, fuyante, oppressée par le poids des règles qui imposent un rôle aux hommes comme aux femmes, jusque dans leur intimité, et dont il faudra un jour ou l'autre s'émanciper. En attendant, chacun, solitaire, fait comme il peut et affronte ces carcans qui corsètent les âmes et font que jamais ne tombent les voiles qui occultent parfois des plaies profondes.

Après un petit détour par la France avec Le Passé, Asghar Faradhi revient à ses racines. Le Client, dans la belle et forte lignée d'À propos d'Elly ou Une séparation (disponibles en Vidéo en Poche), est un superbe apologue sur la nécessité vitale d'une plus grande liberté pour le peuple iranien, et d'abord pour les femmes…


Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 et samedi 3 à 20h30 et dimanche 4 à 18h
Cotignac : jeudi 1er à 20h30

Mademoiselle
Réalisé par PARK Chan-wook
Corée du Sud 2016 2h25mn VOSTF
avec Kim Minh-hee, Kim Tae-ri, Ha Jung-woo, Cho Jin-woong, Kim Hae-sook, Sori Moon...
Scénario de Park Chan-wook et Chung Seo-kyung, d'après le roman de Sarah Waters, Du bout des doigts

Voilà un thriller érotique et historique subliment beau, divinement intelligent, délicieusement alambiqué, un véritable joyau comme on en voit rarement. Au départ il y a l’œuvre de la romancière britannique Sarah Waters, Du bout des doigts, qui situait son action dans le Londres victorien des années 1860. L'histoire d'une jeune orpheline des classes miséreuses qui croyait voir son avenir assuré grâce à une machination par laquelle elle devait convaincre une jeune héritière d'épouser un beau garçon a priori bien sous tout rapport, en fait un escroc déguisé en aristocrate, bien décidé à dépouiller la donzelle une fois marié. Le réalisateur coréen Park Chan-wook a adoré le roman et a décidé de le transposer dans la Corée des années 1930, alors sous occupation japonaise.

Sookee vient d'être embauchée pour s'occuper de Hideko, une jeune héritière japonaise qui vit dans un immense et inquiétant manoir aux côtés de son oncle et tuteur, un homme irascible et inquiétant, un bibliophile obsessionnel qui semble principalement obsédé par sa collection de livres rares. Très vite la jeune servante découvre une jeune aristocrate totalement dépressive qui semble cacher un lourd secret et souffre de sa réclusion dans cette prison dorée…

On est tout de suite impressionné par la mise en scène et le choix des décors qui constitueront, tout au long de cette intrigue palpitante, le théâtre des cruautés. Il y a déjà ce manoir incroyable dont l'architecture est un mélange étonnant de construction victorienne ou gothique occidentale et d'aménagements japonais traditionnels. Ainsi Hideko passe le plus clair de son temps dans une chambre à la décoration surchargée qui pourrait être celle d'une jeune aristocrate anglaise, tandis que Sookee dort dans l'austérité de ce qui pourrait être un placard à futon derrière un paravent. D'ailleurs beaucoup de choses se découvrent derrière un panneau entrouvert ou par le trou d'une serrure. Et il s'en passe des choses, derrière les portes, mais on ne vous en dira rien… sinon que les deux jeunes femmes vont se rapprocher dangereusement.
Mais le lieu le plus incroyable reste la bibliothèque du maître des lieux, inquiétante, le plus souvent fermée : mélange fascinant de bibliothèque à l'ancienne et d'espace de méditation japonais, le tout magnifié par les cadrages sublimes d'une image en format large. Même les somptueux jardins japonais et leurs fameux cerisiers fleuris ont une connotation morbide, car on peut se pendre à leurs branches…

L'intrigue est – pour notre plus grand plaisir – tout à fait tortueuse et les manipulateurs seront à leur tour manipulés et les manipulés manipulateurs seront peut être une nouvelle fois manipulés… Nous sommes pris dans les rêts d'un récit à la Rashomon (référence au chef d'œuvre de Kurosawa), la même action étant décrite selon trois point de vues, suspense assuré jusqu'à la dernière séquence.
Park Chan-wook, abandonnant la violence assumée de ses films précédents (le plus célèbre et le plus réussi étant sans doute le terrible Old boy), livre un thriller avant tout psychologique, magnifique d'élégance et de classicisme raffiné. Mais que les fans du maître du polar coréen soient consolés, il nous a quand même réservé quelques scènes croquignolettes qui ne décevront pas les lecteurs du Divin Marquis. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 et vendredi 2 à 17h45, samedi 3 à 17h35, lundi 5 à 15h50, mardi 6 à 14h
Cotignac : lundi 5 à 20h30

Moi, Daniel Blake
CÉZANNE ET MOIRéalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno


Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran.
Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur. Daniel Blake, Katie deviennent peu à peu comme des extensions de nous-même, de nos parts lumineuses, de nos destins brisés ou de nos déchirures. C'est beau à tomber, puis à se relever pour lutter.

« On a tous besoin d'un peu de vent dans le dos de temps en temps »… Petite phrase rayonnante qui scintille telle un clin d'œil bienveillant, un phare dans la nuit, celle de Katie. Car c'est bien la seule chose gentille qu'elle entende alors qu'elle arrive hagarde dans les bureaux du pôle emploi, éreintée d'avoir tant couru, de s'être perdue dans cette ville qui lui est étrangère. Elle est là, brune et fébrile, encore essoufflée, flanquée de ses deux mômes, avec pour toute fortune dix livres en poche. Face à elle se dresse l'accueil hermétique d'une administration devenue aveugle et sourde, prête à la laisser à la rue, sanction disproportionnée pour dix malheureuses minutes de retard. Entre ces murs gris et durs, tout n'est que résignation. Celle des usagers venus quémander de l'aide, celle des « conseillers » désemparés qui ne peuvent rien accorder et peut-être celle, plus sourdement violente, des collaborateurs du libéralisme qui semblent avoir refoulé toute forme de sentiments. Que d'impuissance face aux visages figés, aux gestes désabusés, plongés dans cet univers Kafkaïen qui nous questionne. Comment une institution « d'accompagnement » a-t-elle pu se transformer en ce purgatoire déshumanisé ? Alors, quand la voix chaleureuse de Daniel Blake s'élève pour venir à la rescousse de sa semblable, elle est comme une bouffée d'espoir, une petite fleur qui essaie de croître vaillamment en zone stérile. Elle porte en elle toute une philosophie de vie. Savoir que nul n'est à l'abri de trébucher un jour, qu'il n'y a aucune honte à cela, ni à attraper la main tendue, pas plus qu'il n'y a à s'enorgueillir d'être la main qui se tend. Le vent qui apporte la force d'avancer au voilier épuisé le fait sans prétention, tout simplement, parce que c'est dans sa nature. Comme il doit être dans celle des humains de s'entraider.

Tandis qu'il s'insurge ainsi, Daniel en oublie presque que sa condition n'est pas plus enviable que celle de cette inconnue qu'il défend. C'est qu'il a du mal à digérer ce qui lui arrive, lui qui fut toujours un battant. Toute une vie de dur labeur, sans cesser de cotiser, jusqu'à ce que son cœur lâche, dise stop. Quand l'administration s'obstine à le déclarer apte au travail, contre toute évidence médicale, il perd toute illusion sur ce qu'il qualifie de vaste plaisanterie. À quoi bon courir après des boulots inexistants ? Alors qu'il y a tellement mieux à faire dans la vie : par exemple redonner à Katie un peu d'amour propre, ne pas la laisser tomber, elle et sa marmaille…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 30 et dimanche 4 à 18h, jeudi 1er et lundi 5 à 20h30, samedi à 15h30 et mardi 6 à 16h
Salernes : vendredi 2 et dimanche 4 à 18h


Les Pépites
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par Xavier de LAUZANNE
Documentaire France/Cambodge 2016 1h28mn
avec Marie-France et Christian des Pallières et les témoignages des enfants de la décharge à ciel ouvert, devenus grands...

Ils ont aujourd’hui 25 ans et finissent leurs études ou commencent à travailler. Tous, lorsqu’ils étaient enfants, devaient fouiller dans la décharge « à ciel ouvert » de Phnom-Penh, au Cambodge, pour survivre et tous ont été sauvés de la misère et de l’analphabétisme par un couple de Français pas tout à fait comme les autres.

Rien ne prédestinait particulièrement les époux des Pallières à une vie de voyages et ils auraient tout à fait pu se contenter de l’existence sereine et rassurante qui semblait tracée pour eux. Ils décident pourtant de prendre la route en famille et en camping-car à la découverte du vaste monde, poussés par une curiosité humaine joyeuse et insouciante. Au Cambodge, le choc avec la terrible réalité des enfants des rues de Phnom-Penh résonne en eux comme une révélation.

Sans avoir jamais travaillé dans l’humanitaire, sans en connaître les rouages, sans aide ou presque, armés de leur seule détermination, ils décident de s’installer sur place pour aider ces gamins qui survivent au milieu des détritus. Leur première mission sera de leur offrir un repas par jour et un lieu où ils peuvent se reposer, non loin de la décharge : c’est le premier cabanon où les enfants vont trouver, en plus d’une assiette pleine et d’un tabouret, beaucoup d’attention et de tendresse. Puis ils vont construire une école, une école pour les enfants cambodgiens, où la langue est le cambodgien, où les enseignants sont cambodgiens. A ce jour, près de 10 000 enfants ont ainsi pu accéder à l’éducation.

De la mission accomplie par ces héros humbles et pragmatiques, Xavier de Lauzanne tire un film lumineux et concret. Cohérent avec son sujet (l’éducation comme seule chance pour des enfants condamnés au malheur), le réalisateur a tenu à travailler avec d’anciens élèves du centre de formation aux métiers du cinéma que Christian des Pallières a créé au Cambodge. Les Pépites fait partie de ces documentaires qui donnent foi en l’humanité et offrent au mot fraternité son sens le plus juste. (avoiralire)

Lorgues : samedi 3 à 16h, dimanche 4 à 20h30 et lundi 5 à 19h

Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal

Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner.
Cela commence par un accident bête. Mais quel accident ne l'est pas ? De Simon on connait juste l'essentiel : il est aimé, il aime la vie, il est jeune et blond comme un ange. On sait aussi qu'il pousse le romanesque jusqu'à sortir de la piaule de sa petite amie par la fenêtre, tel un Roméo ayant volé quelques baisers. C'est le petit matin et il file rejoindre ses copains. Surfeurs unis comme des mousquetaires venus flirter avec des sensations exaltantes dans la fulgurance des éléments, peut-être pour mettre à l'épreuve cet élan vital qui bouillonne en eux. Puis c'est rassasiés d'émotions fortes, et heureux, qu'ils s'en retournent aborder les moments plus classiques de leur existence. L'ambiance dans la camionnette est apaisée, la musique les berce doucement, un peu trop… Jusqu'à s'endormir au volant…

On ne s'attardera pas sur le destin brisé de Simon, on n'exploitera pas les larmes légitimes qui pourraient en découler. Nul besoin de s'appesantir sur la tristesse de la famille. C'est au contraire l'énergie de vie qui va primer par delà la mort. On est dans le concret, le désir de réparer les vivants qui s'entend autant pour les patients que pour les soignants et pour les proches. Il va falloir d'abord aider les parents à comprendre la situation, essayer de leur dire avec délicatesse que Simon ne sera plus, mais que grâce à ses organes, des vies pourraient être améliorées ou sauvées, des vies d'inconnus qui le resteront à tout jamais… C'est toute une chaîne solidaire, bienveillante, qui se met en route pour accompagner chacun dans son cheminement et dont on va suivre un à un les maillons. De la simple infirmière au grand professeur, en passant par le plus humble brancardier, tous sont importants, quelque soit leur rôle. À l'instant même où ils apparaissent à l'écran, on s'y attache spontanément puis on accepte de les laisser disparaître sans nostalgie. Simples et irremplaçables vaguelettes d'une grande marée humaine, qui viennent miroiter dans la lumière, qu'on admire quelques instants avant qu'elles ne retournent se fondre dans l'anonymat d'une matrice universelle. Ce sont autant de petites mains admirables toujours prêtes à soigner, à perpétuer la vie, qui font preuve d'une humanité tout simplement intimidante.

Il fallait du talent, une équipe investie pour parvenir à ce sentiment de symbiose hors du temps, à cette forme de concentration et de calme dans l'urgence. C'est un film pour les âmes sensibles, sans une once de pathos gluant qui vienne dégouliner dans les interstices d'une scène. Nulle séquence choquante ou sanguinolente, aucun effet spectaculaire. Certes rien n'est tu ou caché, mais tout est distancié, feutré. On y parle bien sûr du don d'organe, mais plus encore du don de soi. (Utopia)

Le Luc : mercredi 30 à 18h15, jeudi 1er à 19h et samedi 3 à 20h30


Poesía Sin Fin
Écrit et réalisé par Alejandro JODOROWSKY
Chili / France 2016 2h08 VOSTF
avec Adan Jodorowsky, Pamela Flores, Brontis Jodorowsky, Leandro Taub, Jeremias Herskovits, Alejandro Jodorowsky, Carolyn Carlson...

Mais boudiou, qui nous révèlera la nature de la potion magique que boit chaque matin l'incroyable Alejandro Jodorowsky, cinéaste, écrivain, poète, auteur de BD et… cartomancien fantasque et génial ? À 87 ans, le bougre nous laisse une fois de plus baba avec un nouveau film libre et époustouflant.
Se situant dans la directe continuité du déjà splendide La Danza de la realidad, qui revenait sur l'enfance tourmentée du cinéaste dans une petite ville du grand nord chilien en bordure du désert d'Atacama, Poesia sin fin, au titre si doux, aurait pu tomber dans la nostalgie d'une jeunesse disparue puisqu'il s'attache à l'adolescence puis la vingtaine du jeune Jodo aspirant poète dans le Santiago bohème et artiste des années cinquante.

Mais non, convoquant à la fois surréalisme et effets spéciaux bricolo à la Méliès, Jodorowsky fait feu de mille audaces. Un exemple : son quartier, sa ville ont changé ? Pas de souci, sur les façades actuelles il fait projeter de grandes photos en noir et blanc du Santiago de l'époque ! Il se rappelle ou imagine des personnages tous plus fantasques les uns que les autres : son ami poète décide par défi de traverser la ville en ligne droite ? Qu'à cela ne tienne, les deux complices feront fi des jardins privatifs voire des tablées familiales pour arriver à leur but. Il y a aussi le café Iris, lieu de rendez-vous d'Alejandro et ses amis où tous les serveurs semblent des croque-morts au milieu de clients endormis comme dans un conte gothique. C'est dans ce lieu mythique que le jeune homme rencontrera sa muse pour quelques mois, une artiste furibarde qui le promènera par les couilles (les images donneront tout son sens à l'expression…). Un personnage truculent incarné par la voluptueuse Pamela Flores, soprano dans la vraie vie, qui interprète aussi la mère d'Alejandro, femme protectrice qui tentait de protéger l'enfant de son père autoritaire et violent tout en vocalisant toutes les misères de leur vie familiale.
Cet étonnant imbroglio, où une même actrice joue donc la mère et l'amante dans un délire très fellinien, où les deux fils du réalisateur jouent respectivement le héros lui-même (Adan, le cadet) et son père (Brontis, l'aîné), répond à ce que Jodorowsky définit comme du cinéma psycho magique. Le cinéaste, qui a publié un livre intitulé « le Théâtre de la guérison », croit aux valeurs curatives de l'art, un art qui cicatrise peut-être les blessures du passé, longtemps enfouies. Ressusciter un père à qui Jodorowsky ne parlera plus ou si peu après son départ du Chili. Évoquer des fractures de manière poétique, comme cette scène où le tout jeune et encore soumis Alejandro pète les plombs lors d'une réunion familiale, en profitant pour égratigner la religiosité juive avant d'attaquer à la hache l'arbre du jardin, rupture symbolique s'il en est, pour finir par prendre la fuite.

Écho vibrant de ses grandes œuvres psychédéliques des années 70-80 (El Topo, Santa sangre, La Montagne magique, le film dont Jodorowsky dit qu'il permet de connaître les effets du LSD sans le consommer), Poesia sin fin est une œuvre unique, autant dans sa facture que dans l'aventure de sa production, rendue possible par quelques rencontres improbables voire miraculeuses et par la mobilisation de milliers de souscripteurs anonymes. Mais on ne doute pas une seconde, vu l'énergie et la force créatrice de l'octogénaire, éternel lonesome cowboy d'un cinéma artisanal et magique, qu'il arrivera au bout de sa trilogie très librement adaptée de sa propre vie, avec le volet narrant son arrivée en France, sa rencontre avec André Breton, le mime Marceau, Maurice Chevalier, puis de ses compagnons de route Arrabal et Topor. On a déjà hâte. (Utopia)

Salernes : samedi 3 à 20h30 et mardi 6 à 18h


Les Beaux Jours d'Aranjuez
Résultat de recherche d'images pour "les beaux jours d'aranjuez cinéma utopia"Réalisé par Wim Wenders
Allemagne/France 2016 1h38mn
avec Nick Cave, Reda Kateb, Sophie Semin

Un beau jour d’été. Un jardin. Une terrasse. Une femme et un homme sous les arbres, avec un vent d’été doux. Au loin, dans la vaste plaine, la silhouette de Paris. Un dialogue commence, des questions et des réponses entre la femme et l’homme. Il s’agit d’expériences sexuelles, d’enfance, de souvenirs, de l’essence de l’été et de ce qui différencie les hommes et les femmes, la perspective féminine et la perception masculine. Derrière, dans la maison qui donne sur la terrasse, sur la femme et l’homme : l’écrivain, en train d’imaginer ce dialogue et de le taper à la machine. Ou est-ce l’inverse ? Seraient-ce les deux personnages, là dehors, qui lui racontent ce qu’il couche sur le papier : un ultime et long dialogue entre un homme et une femme ? Wim Wenders poursuit ses velléités expérimentales à l’égard de la 3D avec Les Beaux Jours d’Aranjuez, après Pina (2011) et Every Thing Will Be Fine (2015). Alors que son cinéma menaçait ces dernières années de passer pour lambda, à force de troquer l’ampleur théorique contre une forme presque normalisée, le cinéaste allemand se transcende dans un drame porté par Reda Kateb et Sophie Semin.

La contre-culture qui émaillait ses premiers longs métrages affleure étrangement en une saisissante musicalité ici. Plutôt qu’une mise en scène sur-signifiante, le réalisateur opte pour des plans fixes et des échanges d’une profondeur rare au cinéma. Comme si tous les non-dits et les interdits rejaillissaient dans une pulsion toute libidinale par la seule force du langage. Plus que la langue et les mots, la caméra du papa de Paris, Texas scrute les corps de ses protagonistes, les enferme dans une nature originelle pour les regarder vivre et sécréter leurs désirs. Filmer les vicissitudes intérieures, une gageure dont se repaît Wenders avec une étonnante vivacité. Le réalisateur semble avoir imaginé cette adaptation d’une pièce de théâtre de Peter Handke à l’image du film posthume de Manoel de Oliveira, Visite ou Mémoires et confessions. Après avoir arpenté en steadycam les Champs Elysées depuis la Concorde et ses abords - magnifique utopie sur fond du "Perfect Day" de Lou Reed que ce Paris délesté de ses passants et de sa circulation -, le spectateur est convié dans une maison bourgeoise dont le jardin offre une vue à l’horizon sur le quartier de La Défense. Joli oxymoron. La végétation balayée par le vent est luxuriante, et l’été bat son plein, baignant le tout d’une atmosphère de paradis. À l’intérieur de cette vaste demeure intrinsèquement nostalgique, entre ses livres et ses souvenirs, un écrivain mélancolique s’affaire sur sa machine à écrire. Tantôt articule-t-il les phrases de sa pièce en français, tantôt en allemand - sa langue natale -, comme pour mieux fixer une idée. S’agit-il d’une projection de Wenders lui-même, de l’introduction de Peter Handke dans le récit, lui qui a écrit "Les Beaux jours d’Aranjuez" directement en français ? Les deux, peut-être. L’auteur au regard doux et timide - cette image de l’Homme dont parlera la femme incarnée par Sophie Semin avec amour, compassion et pitié -, jonglant entre son jukebox et son bureau, superpose mentalement la table mignature qu’il a devant les yeux avec la terrasse fleurie qu’il aperçoit depuis la fenêtre.

Aussitôt apparaissent Reda Kateb et Sophie Semin, protagonistes dépourvus de noms, à mesure que l’écriture de la pièce se matérialise dans l’esprit de son auteur. Ce couple sera la clé de voûte de Les Beaux jours d’Aranjuez, comme l’étaient dans une certaine mesure les deux inconnus s’avançant en vision subjective dans le Visite ou Mémoires et confessions de Oliveira. Ce moment qu’ils vivent ensemble pourrait aussi bien n’être qu’une allégorie intemporelle qu’un événement ancré dans un monde réel. Entre eux, un jeu de "ni oui, ni non" millimétré et préparé s’instaure : Reda Kateb pose les questions intimes, Sophie Semin s’y soumet. Conditions particulières : construire le dialogue à l’image de l’été, toujours paisible et jamais avec colère et impétuosité. Une certaine morale, aussi, immanente, semble de mise de par la tournure des questions. "Cette question n’est pas valable", répondra par exemple la femme avant de rappeler les règles du jeu. Assis de part et d’autre d’une table en bois sur la terrasse, au beau milieu d’un jardin d’Eden allégorique, le duo rejoue en filigrane une scène classique de la Bible. Une pomme trône sur la table non loin d’un téléphone et d’un paquet de cigarettes. L’homme désire connaître la nature du premier ébat amoureux de la femme. La femme, usant des possibilités sans borne du langage, s’engage dans une introspection tellurique proche du livre "Vendredi ou Les limbes du Pacifique" de Michel Tournier. Le sexe n’apparaît plus à travers ses paroles comme cette chose dépourvue d’aspérité - pathologie du monde moderne -, mais s’intègre dans une cosmologie originelle, permet d’ausculter son rapport au monde. Ou au contraire de se venger symboliquement des hommes sur un plan universel. Très cultivé et littéraire, Les Beaux jours d’Aranjuez l’est assurément. Un peu trop, sans doute. Malgré son aridité, cependant, jamais le piège de l’emphase pour l’emphase n’embrase le dispositif.

Outre le millefeuille de mises en abyme, Wenders en savant théoricien, use de toutes les opportunités que lui offrent la 3D. La mise en scène n’a beau que se contenter d’allers-retours entre le duo amoureux et l’auteur à mesure que celui-ci réfléchit à leur dialogue, elle n’en est pas moins vibrante. En sus de la langue soutenue, sautant inlassablement de la philosophie à quelque chose de plus prosaïque, les feuillages alentours et les plantes, l’herbe flottant au gré du vent, le soleil baignant le tout d’une lumière virginal, contribuent à densifier le propos. Mieux : Wenders met en place un dialogue perpétuel entre l’image et les mots, le signifiant et le signifié. Telles ces irruptions dans le cadre du jardinier coupant une branche lorsque le désir se dérobe à la femme, ou encore ce chien errant dans la profondeur de champ. De quoi non pas illustrer mais répondre, ou montrer que notre monde est un tout, que nos faits et gestes s’intègrent dans une universalité – vous avez dit mystique ? Depuis les premiers pianotages sur la machine à écrire de l’auteur jusqu’au gros plan final façon fin du monde sur les pixels de la toile captée par la caméra numérique - manière de déployer le dialogue engagé jusqu’au support même - en passant par le spectre éthéré de Nick Cave interprétant "God is in the House", Wenders fait montre d’une liberté et d’une inventivité stupéfiante. Un bien bel éloge de l’amour et d’un septième art peu frileux face à sa contemporanéité. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : jeudi 1er à 14h, vendredi 2 à 18h30, samedi 3 à 16h10, dimanche 4 à 20h30, lundi 5 à 16h20 et mardi 6 à18h30


À Pas de Loup
Afficher l'image d'origineRéalisé par Olivier Ringer
Belgique/France 2011
avec Wynona Ringer (Cathy) , Olivier Ringer (le père) , Macha Ringer (la mère)...

Cathy, une petite fille, effectue un voyage en voiture avec ses parents. Persuadée qu'ils ne la voient pas, elle décide de profiter d'une halte dans une station service pour vérifier sa théorie. Elle sort du véhicule sans se faire remarquer. Ses parents repartent sans elle. Ils n'ont effectivement rien remarqué. Livrée à elle-même, la fillette se réfugie dans la forêt, où elle va vivre d'étonnantes aventures. Pendant ce temps, des recherches sont organisées... Se sentant négligée par ses parents, une petite fille prend la tangente dans la campagne et la forêt. Elle va de découverte en découverte...

Le parti pris du film est original : on n'entend, en voix off, que les pensées de l'enfant, ses commentaires cocasses ou poétiques sur tout et n'importe quoi, détaillés d'une petite voix tranquille. Drôle, touchante, l'intrépide fugueuse (dans la vie, la vraie fille du réalisateur) donne une image très juste de l'enfance, en équilibre entre naïveté absolue et maturité déconcertante. Jamais mièvre, cette odyssée tire pourtant en longueur, du camping sauvage à la dégustation de baies. Comme si on avait artificiellement « gonflé » un excellent court-métrage. (Télérama)

Ciné débat citoyen Lorgues jeudi 1er 20h

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