Au(x) cinéma(s) du 30 octobre au 5 novembre 2019

EntretoilesBonjour à tous !
 
Tout d'abord, nous vous attendons nombreux ce dimanche 3 novembre : Entretoiles vous propose une soirée avec 2 films: Pour Sama  de Waad Al Kateab, un documentaire ovationné et récompensé au Festival de Cannes, salué par une presse unanime, porté par une incroyable force de vie : un de ces films qui nous font continuer de croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde  et Atlantique de Mati Diop, film qui a reçu le Grand prix du Jury au Festival de Cannes cette année, un film puissant et élégant, un fable politique doublée d'une belle histoire d'amour. Et bien sûr, toujours l'apéritif Entretoiles entre les 2 films et nous vous rappelons que vos contributions salées ou sucrées sont les bienvenues !
 
Cette semaine à CGR dans la programmation habituelle on peut voir Hors normes un film humaniste dans lequel d'Eric Toledano et Olivier Nakache, les réalisateurs d'Intouchables abordent de front la question de l'autisme avec leur sens inusable de la comédie sociale, Joker (aussi à Lorgues et Salernes) où le réalisateur  Todd Phillips filme une version sociopoétique du personnage, incarné magistralement par Joaquin Phoenix, Donne moi des ailes, un film de Nicolas Vannier où il nous  livre un joli récit initiatique familial et écologique,  Au nom de la terre (aussi  au Vox) de Edouard Bergeon, une première fiction épatante sur le piège dans lequel peuvent se retrouver les agriculteurs productivistes, et Shaun le mouton de Will Becher et Richard Phelan, avec beaucoup d'humour pince sans rire.
Nous vous signalons aussi un peu en avance une soirée programmée par l'association Kurde de Draguignan, avec un ciné débat le 13 novembre à 19h avec le film Sœurs d'armes.
 
A Lorgues La bonne réputation de Alejandra Marquez Abella, la lente métarmophose d'une femme de l'élite mexicaine, La fameuse invasion des ours de Sicile de Lorenzo Mattoti, à la fois film d'aventure, d'humour et fable philosophico-politique (et au Vox), 

A Salernes, Alice et le maire de Nicolas Pariser, un film lucide et subtil qui fait toute sa part à la cruelle complexité des choses.

 
Au Vox à Fréjus, Le traitre de Bellochio un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout,Un monde plus grand de Fabienne Berthaud, d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité, Sorry we missed you de Ken loach, l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité,  Chambre 212  film où avec une insolente légèreté et une distribution idéale, Christophe Honoré s’amuse de l’usure du couple et de l'adultère, et Papicha  un film algérien de Mounia Meddour, un  hymne à l'insoumission porté par des comédiennes épatantes
 

Nous vous signalons encore le 1er festival départemental de cinéma d'auteur, organisé par les ciné-débats citoyens du 6 au 17 novembre dont voici le lien pour la programmation :  cdc83.wordpress.com

 
Bonne semaine de cinéma !

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :  entretoiles.e-monsite.com

POUR SAMA

Waad AL-KATEAB et Edward WATTS - documentaire Syrie 2019 1h35 VOSTF - Festival de Cannes 2019 : œil d’or du Meilleur film documentaire.

POUR SAMAMission compliquée que la nôtre : vous convaincre d'oser dépasser vos réticences, vos craintes, et de venir voir Pour Sama. Vous dire peut-être que ce documentaire, ovationné et récompensé lors du dernier Festival de Cannes, salué par une presse unanime, fait partie de ces œuvres qui laissent une trace indélébile dans l'âme et le cœur du spectateur. Vous dire aussi que ce film, au sujet évidemment dramatique, est porté par une incroyable force de vie, qui habite chaque image, chaque plan saisis par la caméra de Waad Al-Kateab. Ce qui est sûr, c'est que montrer Pour Sama, faire en sorte que cette histoire parvienne jusqu'à vous, c'est continuer à croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde et modestement contribuer à faire de nous des êtres plus ouverts, moins égocentrés, bref un peu meilleurs.
Pour Sama est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique. Jeune étudiante en marketing dans sa ville natale d'Alep, Waad suit avec sa petite caméra numérique les premières manifestations contre le régime de Bachar al-Assad. La fougue de la jeunesse, les slogans sur les murs, les sourires de ces jeunes rêvant de printemps. Quand la répression commence à se durcir, Waad filme toujours : « Dans les journaux télévisés, on ne parlait pas de manifestants, mais de terroristes. À l'université, il n'y avait pas de médias pour expliquer la situation. L'idée était de prendre son téléphone portable et de documenter ce qu'on voyait ». La suite, elle est tragique : 7 ans de guerre, les bombardements par l'Armée Russe, plus de 500 000 morts, des milliers de déplacés et de disparus, un pays en ruine… et un pouvoir toujours en place. Waad filme sa vie, son quotidien, celui de son mari, médecin puis directeur de l'hôpital d'Alep, de ses amis, et de ce pays qu'elle chérit ; elle filme ses peurs, ses joies, ses espoirs, sa douleur. Au risque de sa vie, elle envoie ses images à l'étranger, convaincue que « le monde ne laissera pas faire ». Des heures et des heures de film qu'elle finira par emporter avec elle quand, lors du siège d'Alep en 2016, elle prendra, le coeur brisé, le chemin de l'exil avec son mari et sa fille. Des images terribles, parfois insoutenables, d'une cruauté sans nom, mais aussi de nombreux moments de grâce, des rires, des plaisanteries, des gestes d'amour et de tendresse. Les premiers pas de Sama, des gamins qui jouent, un repas partagé. Pour Sama est aussi un hommage à tous ceux qui risquent leur vie pour celle des autres : médecins, infirmières et infirmiers, casques blancs… et à un peuple résiliant qui ose encore croire au meilleur de l'humanité.(Utopia)

CGR Séance Entretoiles : dimanche 3 novembre 18h

ATLANTIQUE

Mati DIOP - Sénégal/France 2019 1h45 VOSTF - avec Mama Sané, Amadou Mbow, Ibrahima Traoré, Nicole Sougou... Scénario de Mati Diop et Olivier DemangelFestival de Cannes 2019 : Grand Prix du Jury.

ATLANTIQUEIl est des films qui marquent d’emblée la rétine et occupent l’esprit longtemps après l’avoir touchée. Atlantique est de ceux-là qui fait son effet puis chemine à pas feutrés vers une digestion lente de ce qu’il a distillé. La beauté pure d’une histoire d’amour, la puissance d’une fable politique, le trouble d’un conte peuplé de fantômes réunis en un seul geste, dirigé par un élan vital qui a valeur de signature. Le film de Mati Diop s’est bâti sur le temps et l’intimité d’un parcours. Il en porte la trace avec élégance.
La rencontre, en 2008, avec le pays de ses origines qu’elle avait connu, enfant, seulement durant les vacances. Mais aussi, les confidences que lui livrèrent les hommes et les femmes à chacune de ses venues à Thiaroye, en périphérie de Dakar, ont conduit la réalisatrice à plusieurs courts et moyens-métrages, dont Mille soleils en 2013 et avant lui Atlantiques, en 2009, court métrage documentaire dans lequel un jeune homme, Serigne, raconte sa traversée ratée vers l’Espagne. Il mourra de maladie quelques mois plus tard, avant d’avoir pu retenter sa chance. Cette tragédie a posé une première empreinte sur Atlantique. Lequel s’est chargé, entre-temps, de nombreuses autres histoires.

Elles apparaissent d’abord en nombre, indistinctes les unes des autres, à travers un groupe d’ouvriers qui s’expriment d’une seule voix. Dans cette banlieue populaire de Dakar, sur le chantier de la tour futuriste baptisée « Atlantique » à la construction de laquelle ils travaillent sans être payés depuis plusieurs mois, ils réclament leur dû. Une peine perdue qui encourage certains à prendre la décision de partir en Europe. Parmi eux Souleyman, dont le visage apparaît dans l’éclat de son jeune âge et, cependant, grave. On le découvre mieux, l’instant d’après, dans les bras d’Ada. Celle-ci est promise à un autre, mais l’amour qui l’unit à Souleyman éloigne tous les tourments. Ils se donnent rendez-vous pour le soir même.
Souleyman ne viendra pas. Ada apprend qu’il est parti. Puis que la pirogue sur laquelle il avait embarqué avec une poignée d’hommes a disparu. Ada perd le goût de vivre. Elle ira cependant à son mariage, poussée par une famille et des amies qui lui rappellent le sort qui l’attend si elle s’y refuse : la pauvreté, le combat pour survivre, la solitude dans un pays où l’émigration clandestine emporte les hommes au loin. La fête occupe les invités entre lesquels Ada semble glisser comme une ombre, prémisse à ce qui va advenir. Car un feu se déclare soudain dans la maison à partir duquel certains phénomènes étranges se produisent. Une forte fièvre frappe les filles du quartier et le policier chargé de l’enquête sur l’incendie, une autre vie prend possession de leur corps. Laissons ici le récit à sa part de mystère, qu’il reviendra à chacun d’interpréter…
Le jeune Serigne avait dit à Mati Diop : « Quand tu décides de partir, c’est que tu es déjà mort. » La phrase n’a jamais quitté la réalisatrice. Elle la met en quelque sorte en scène dans Atlantique, à travers cette Afrique meurtrie qu’elle a choisi d’illuminer par la présence de deux amoureux aux allures de Roméo et Juliette, Ada et Souleyman, à qui il faudra bien plus qu’une mer et des flammes pour être séparés. Tous deux magnifiques et comme éternels dans ce cadre où reviennent régulièrement une tour futuriste, symbole d’un monde moderne qui se dresse au dépend des hommes, et un océan à l’horizon infini, promesse d’un ailleurs plus radieux. Mati Diop n’en a pas fini – et c’est heureux – avec les sentiments qu’elle éprouve pour ce pays où les femmes, comme elle, portent dans leur chair la mémoire de leurs disparus. (V. CauhapéLe Monde)

CGR Séance Entretoiles : dimanche 3 novembre 20h30

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMESSi on ne peut que reconnaître l'efficacité de la filmographie d'Eric Toledano et Olivier Nakache, réalisateurs d'une série de feel-good movies qui ont été autant de succès hors pair (en premier lieu Intouchables, succès historique qui a fait exploser la carrière d'Omar Sy, mais aussi Samba et plus récemment Le Sens de la fête avec Jean Pierre Bacri). Devant Hors normes, on tire notre chapeau. Les grands raconteurs d'histoires que sont Toledano et Nakache ont remballé un chouia leurs recettes de comédie (même si le film offre quelques moment très drôles malgré le sujet un peu grave) pour transcrire avec émotion le combat de deux hommes bien réels et dont le parcours les a visiblement inspirés.
Deux hommes qui sont des symboles vivants : d'un côté Stéphane Benhamou, un Juif pratiquant qui a contribué à créer « Le Silence des Justes », une association communautaire mais ouverte à tous se consacrant à l'accueil des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles ; de l'autre Daoud Tatou, un père de famille dyonisien et musulman qui a créé « Le Relais IDF », une association qui tente de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes également difficiles, qu'on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Le Relais IDF forme aussi des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux.

Le premier est incarné superbement par Vincent Cassel, qui joue un quadragénaire religieux, passé un peu à côté de sa vie à cause de sa passion, enchaînant sous la pression de ses amis les rendez-vous arrangés, souvent pour des résultats pathétiques. Le second, c'est Reda Kateb, qui joue un père de famille dont on se doute, au vu de son engagement et des heures indues auxquelles il rentre chez lui, qu'il a surtout vu ses enfants endormis…
Dès la première scène, une poursuite dans les rues de la ville dont on comprend peu à peu que c'est pour rattraper une jeune autiste en crise d'angoisse, on est plongé tout de suite dans le combat quotidien des travailleurs sociaux confrontés autant au rejet des autistes par leur environnement qu'aux absurdités administratives, les autorités ayant besoin du travail des associations tout en entravant celui-ci pour ne pas déroger aux règles. Le film se montre d'un réalisme saisissant tout en réservant des respirations très drôles, notamment le gag récurrent avec ce personnage à qui Reda Kateb tente de faire prendre le métro seul sans que celui-ci ne tire obsessionnellement le signal d'alarme ou qu'il essaie d'intégrer dans un travail où il se montre trop démonstratif dans son affection pour ses collègues.

Hors normes est ainsi un film formidable pour réviser notre regard sur le handicap, mais aussi la très jolie démonstration que, dans un combat commun, des gens que tout pourrait opposer (les Juifs orthodoxes du Silence des Justes ou certaines filles voilées du Relais IDF) se foutent de leurs différences quand l'objectif commun est plus fort que tout. (Utopia)

CGR : mercredi 30, vendredi 1er et mardi 5 : 11h, 13h20, 20h, 22h20 - jeudi 31, samedi 2, dimanche 3 et lundi 4 11h, 15h45, 20h, 22h20

JOKER

Todd PHILLIPS - USA 2019 2h02mn  - avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy... Scénario de Todd Phillips et Scott Silver. Lion d’Or, Festival de Venise 2019.

JOKERFilm magistral, travail d’orfèvre. Chaque élément fait corps avec l'histoire racontée, la sublime, de l’envoûtante bande son aux décors hallucinants, en passant évidemment par une mise en scène et un jeu d’acteurs impeccable (géniale performance de Joaquin Phoenix !). Nous ne sommes plus dans un simple parcours fictionnel, mais dans une véritable épopée personnelle qui peut se décliner en de multiples interprétations, jamais manichéennes, tout aussi intimes que sociales, voire politiques. Les amateurs de comics seront ravis, ceux qui ne sont pas familiers ou indifférents à cet univers trouveront aussi leur compte dans cette œuvre qui transcende les genres.

L’affaire débute devant un banal miroir, pas celui d’un conte de fée, un miroir qui n'a aucun pouvoir magique. Méticuleusement Arthur Fleck se grime : teint blanc livide, nez rouge sang, larmes bleu pétrole, costume rouille atemporel, curieux alliage entre Auguste et clown blanc. Dans son dos la radio débite ses sornettes. Des émissions à deux balles censées divertir le gogo, des informations sinistres qui dépeignent un monde décadent, envahi par les rats, où la fièvre typhoïde menace d’emporter les plus faibles. Les prêches des présentateurs semblent nous entraîner dans un tourbillon schizophrénique sans fin, laissant peu d’espace à la compassion ni même à un zeste de sérénité, tandis qu’Arthur passe en un éclair du rire aux larmes avec une maestria qui glace les sangs. Une fois apprêtés, lui et ses collègues de turbin s’éparpillent dans les rues, hommes-clowns sandwiches dans un univers méga promotionnel. Chacun a ses produits, sa boutique à défendre pour gagner quelques miettes distribuées par un capitalisme vorace. Dans ce monde de freaks, beaucoup, malgré leur mine joviale affichée, sont prêts s'il le faut à marcher sur la tête de leurs confrères. Une société ubuesque qui suinte la faillite, où la solidarité n’est plus de mise.

Pourtant Arthur, pataud dans ses grandes pompes, sourit sans faillir. C’est tout ce qu’il sait faire, l’unique enseignement d’une mère toxique, demi-perchée, restée rivée dans la nostalgie de ses souvenirs, de ses espoirs déchus. Le soir venu, ce fils qu’elle surnomme « Happy » la berce, la lave, la borde, comme on le ferait pour une créature innocente et chétive, sans rien lui avouer de ses propres peines, qu’il ne saurait exprimer. Il y a chez cet homme une élégance rare et touchante qui ne demanderait qu’à percer, des moments de grâce. Nul ne les voit. Arthur semble voué à rester invisible aux yeux de ses contemporains. Et cette indifférence généralisée est tout aussi violente que les incivilités qui grouillent dans les recoins de la tentaculaire Gotham des années 80 (ville imaginaire, mais tellement cousine de nos plus monstrueuses métropoles actuelles). Il n’y aurait donc aucune échappatoire ? Dans les plus sombres ténèbres surgissent parfois de petites lueurs, telles les douces paroles d’une charmante voisine qui ne fait pas cas des habits défraîchis de Happy. Ce dernier se sentira pousser des ailes, prêt à jaillir de son anonymat tel un papillon de sa chrysalide, d’autant qu’un célèbre présentateur lui demande de participer à son show. Mais les rêves d’Arthur Fleck sont voués à sombrer dans le marasme des illusions perdues. Ils feront place à la métamorphose de notre anti-héros assoiffé de tendresse en personnage sûr de lui, maléfique, rongé par tout autre chose que l’amour.

Tenaillés entre empathie et répulsion, on assiste là à la genèse du mal, la naissance d’un vrai méchant, celui qui hantera les pire cauchemars du super-héros Batman. Mais comment lui en vouloir, il pourrait être la part incomprise de chacun d'entre nous, révoltée et blessée, humiliée. Le Joker est bel et bien un enfant engendré par la fracture sociale, l’injustice faite aux plus démunis, son rire sardonique raisonnera longtemps encore comme une mise en garde lancée aux nantis… (Utopia)

CGR en VF : mercredi 30 et vendredi 1er 15h35, 20h, 22h25, jeudi 31 et samedi 2 13h20, 19h40, 22h15, dimanche 3 15h35, 22h05, lundi 4 10h50, 13h20, 19h40, 22h25, mardi 5 10h50, 13h50, 19h50, 22h20

Lorgues : mercredi 30, vendredi 1er et lundi 4 21h, samedi 2 20h, dimanche 3 VO 18h, VF 20h20

Salernes : mercredi 30 et samedi 2 18h, jeudi 31 et lundi 4 20h30

DONNE-MOI DES AILES

Nicolas VANIER - France 2019 1h53mn - avec Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutey, Louis Vazquez, Fred Saurel, Lilou Fogli... Scénario de Matthieu Petit et Christian Moullec.

Nicolas Vanier qui a voué sa vie à la nature et au monde animal, se mobilise sans relâche pour leur défense, et on ne peut que constater qu’il filme magnifiquement cette nature, notamment dans ses documentaires polaires, Le Dernier trappeur ou L’Odyssée blanche, témoignant d’une impressionnante maîtrise pour filmer la faune des contrées les plus septentrionales de notre globe.
Dans Donne-moi des ailes, il allie ses deux talents : suivre les animaux au plus près et raconter de belles histoires destinées à un public familial, de l’écolier à ses grands-parents. L’histoire du film, bien que largement romancée, est directement inspirée de la vie et du combat d’un génial dingo, Christian Moullec, qui co-signe d’ailleurs le scénario. Météorologue de formation et ornithologue par passion, Christian Moullec, inspiré par le zoologiste autrichien Konrad Lorenz, a eu l’idée d’utiliser sa pratique assidue de l’ULM pour suivre dans leur périple les oiseaux migrateurs et plus précisément les oies naines. Mais il est allé plus loin en se disant qu’il était possible de les guider vers de nouvelles voies migratoires alors que celles que les oies empruntaient jusque là, à travers des zones agricoles traitées aux pesticides, à proximité d’aéroports ou de zones très touchées par la pollution lumineuse, pouvaient les menacer et à terme provoquer le déclin de l’espèce. Un autre grand cinéaste animalier, Jacques Perrin, s’était d’ailleurs attaché les services de Christian Moullec pour son Peuple migrateur.
Christian (Jean-Paul Rouve) habite en Camargue, et il attend son fils dont il n’a la garde que pendant les vacances, tout en préparant fébrilement son ULM pour sa grande expédition. Mais voilà : l’adolescent, comme n’importe quel gamin qui vit à la ville, n’a qu’une crainte, c’est que, dans la maison isolée de son père au bord des marais, il n’y ait pas de réseau, et sans doute pas de wifi, et pour lui, les vacances loin de tous réseaux sociaux s’annoncent d’une sinistrose absolue. Et puis, petit à petit, alors que l’expérience se développe et que les ailes de l’ULM se montent, Thomas commence à s’intéresser à la grande aventure paternelle. Si bien que l’expédition va être aussi l’occasion de resserrer entre le père et le fils des liens qui s’étaient sérieusement distendus.
Au-delà de la romance familiale assez touchante, Donne-moi des ailes vaut évidemment surtout pour ses superbes images vues du ciel, au côté des oies naines qui vont nous emmener d’un bout à l’autre de l’Europe, depuis la Norvège septentrionale jusqu’à la Méditerranée, une aventure d’autant plus périlleuse que le scientifique, auquel personne ne croit, a falsifié les autorisations nécessaires.
Ajoutons que le film s’avère de salut public puisque Nicolas Vanier répète à l’envi et à juste raison qu’en trente ans l’Europe a perdu un tiers de sa population d’oiseaux, soit 430 millions d’individus ! Et le réalisateur sincèrement engagé qu’il est dit clairement son bonheur – alors que de nombreux jeunes, dans le sillage de la suédoise Greta Thunberg, se mobilisent pour l’écologie – de voir la Ligue de Protection des Oiseaux et l’Education nationale s’associer pour défendre le message de son film.(Utopia)
CGR : mercredi 30, samedi 2 et lundi 4 15h40, 17h50, jeudi 31 et dimanche 3 10h50, 15h35, 17h50, vendredi 1er et mardi 5 11h, 15h40, 17h50

SHAUN LE MOUTON, la ferme contre-attaque

Will BECHER et Richard PHELAN - film d'animation Angleterre 2019 1h30 - Pour les enfants à partir de 5 ans.

SHAUN LE MOUTON, la ferme contre-attaqueEst-il encore besoin de présenter Shaun, le mouton à tête noire le plus célèbre du cheptel britannique, la star jamais détrônée des Studios Aardman (après Wallace et Gromit), le plus malin, le plus drôle et le plus attachant spécimen à quatre pattes que le monde du cinéma d'animation, pourtant largement saturé en bestioles à plumes et à poils, ait jamais connu ?

Shaun the sheep : le Jeremy Corbyn de la basse-court, l'Indiana Jones de la grange à foin, à la fois Sherlock Holmes et Dr Watson, sportif de haut niveau, astronaute, défenseur des opprimés. Bref, Shaun, tout simplement. Attendu par les fans (dont nous sommes), il fallait que ce deuxième opus relève le défi de faire aussi bien, sinon mieux, que le premier, sans tomber dans le piège des gags réchauffés, ni dans celui de la paresse du scénario, tout en conservant l'humour, le ton, le rythme, l'univers qui font la singularité et le génie des films Aardman.
Pari tenu ? Haut la patte ! Avec Shaun le mouton, la ferme contre-attaque, on retrouve tout ce qu'on adore : beaucoup d'humour pince sans rire, des gags supra-efficaces, des personnages humains attachants car tellement ridicules (ah, la méchante savante et ses traumas de la petite enfance, ou le bouffeur moustachu de fish and chips)… Sans oublier bien sûr les héros récurrents : le chien Bitzer, rabat-joie de service au flegme à l'épreuve des balles (de base-ball), le fermier pas si débile que ça qui ne rêve que de son futur tracteur de compétition et les potes moutons avec en tête de troupeau la joufflue poilue à bigoudis et le petit dernier avec son doudou.
Mais qui dit nouvelle aventure dit nouveau venu, et c'est bien là que la réussite est totale : si vous ne tombez pas amoureux(se) de Lula, c'est que vraiment, vous êtes définitivement tombé du côté thatchérien de la force. Lula – faut-il dire « il » ou « elle », on s'en moque éperdument – cette créature mi-lapin, mi-chien, mi-rose, mi-bleu, nous vient d'une autre galaxie et déboule, à la faveur d'une livraison de pizza (car oui, les moutons adorent ça !), dans la ferme de Shaun. Intrigué par cette bestiole qui semble avoir sous ses oreilles lumineuses une sacrée liste de pouvoirs surnaturels, Shaun va tout faire pour lui permettre sinon de téléphoner, du moins de rentrer à la maison. Car les humains cupides qui ont perdu leur âme d'enfant sont prêts à tout pour profiter honteusement de l'arrivée de cet extra-terrestre : produits dérivés, recherche scientifique façon Roswell, j'en passe et des bêêêeilleurs.

Tout le monde dans l'affaire va trouver dans ce film son petit compte de bonheur : les enfants dès 5 ans (par le côté très visuel du film et la craquante Lula dont le rire est contagieux), les plus grands pour l'aventure et les gags, et les adultes qui apprécieront un film sans dialogues qui met les pleins feux sur la qualité de l'animation et du scénario… sans oublier les nombreuses références et clins d'œil à quelques classiques (films et séries, on vous laisse les trouver) (Utopia)

CGR en VF : mercredi 30 et vendredi 1er 11h10, 17h55, jeudi 31 et samedi 2 15h45 et 17h55, dimanche 3 11h10, lundi 4 et mardi 5 17h55
 
AU NOM DE LA TERRE

Edouard BERGEON - France 2019 1h43 - avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus, Samir Guesmi... Scénario d'Edouard Bergeon, Emmanuel Courcol et Bruno Ulmer.
AU NOM DE LA TERRE

 

Pierre revient au pays, en conquérant. S’il en est parti, c’est pour mieux y revenir, plus mûr, mieux préparé, renforcé par son séjour dans le Wyoming, où il s’est formé à de nouvelles techniques agricoles. Fort de la promesse de fructueuses moissons futures, Pierre sourit à la vie, tout comme elle lui sourit. D'autant qu'il va se marier avec Claire, qui l'a attendu puisqu'ils ont toujours su qu'ils feraient leur vie d'agriculteurs ensemble…
Peu de temps après, le jeune couple s’installe dans la belle ferme familiale que le père de Pierre leur cède. Les en voilà presque propriétaires – moyennant un important prêt bancaire, le premier d'une épuisante série –, et Pierre guette, tout en signant l’acte de vente, une forme de reconnaissance dans le regard paternel. Ah ces deux-là ! Leurs cœurs battent à l’unisson mais ils sont trop taiseux pour se le dire. Il faut dire qu'à travers eux, à leur corps défendant, ce sont deux conceptions de la paysannerie qui s’affrontent, deux époques que le progrès a rendu irréconciliables. Mais quel progrès ? Celui qui a transformé les fermiers en « exploitants agricoles », en « entrepreneurs », en « agri-managers » ? On perçoit sous les glissements sémantiques qu’un pan d’humanité a été enterré, l’humus dégradé. Les nouvelles générations, respectant scrupuleusement les prescriptions des politiques agricoles successives, elles-mêmes orchestrées par des énarques déconnectés du bon sens terrien, se retrouvent prises au piège des sables mouvants d’un système qui les ont progressivement asservies, rendues dépendantes des cours de la bourse, des géants de l’industrie agro-chimique, des indemnités compensatoires…
Vingt ans plus tard, plus grand monde n’est autonome ni fier de ce qu’il fait, malgré un travail constant et acharné. L'agriculture industrielle a imposé sa loi, sans pitié ni conscience. Le marché monte le travailleur contre le travailleur : les damnés de la terre, sous la pression, le poids des dettes, finissent par se tromper d’ennemis.
Et Pierre dans tout ça ? Il est comme presque tous les autres prisonnier du système mais il continue d’y croire, de ne pas baisser les bras, avec le soutien de Claire et de leurs deux enfants. La joie de vivre et de travailler ensemble est toujours là, mais pour combien de temps ?
À travers cette première fiction épatante (il avait déjà tourné un documentaire sur le même sujet), le réalisateur rend autant hommage à un père, le sien, qu’au monde paysan. Ce monde qui se lève tôt sans en récolter ni gloire, ni fortune.
Remarquablement interprété, le film donne envie de creuser le sillon de la solidarité, de se rebeller, de refuser que l’histoire de Pierre ne soit une fatalité qu’on oublie derrière les statistiques : « Tous les deux jours en France, un agriculteur… » On vous laisse compléter la phrase après avoir vu le film… (Utopia)

CGR : lundi 4 et mardi 5 11h
Vox Fréjus : vendredi 1er 18h30, samedi 2 15h35, dimanche 3 18h15

LA BONNE RÉPUTATION

Écrit et réalisé par Alejandra MARQUEZ ABELLA - Mexique 2019 1h39 VOSTF - avec Ilse Salas, Cassandra Ciangherotti, Paulina Gaitan, Flavio Medina...

LA BONNE RÉPUTATIONL'eau tiède glisse dans les cheveux châtains que les mains douces de la coiffeuse massent voluptueusement. Les yeux fermés, Sofia passe en revue les préparatifs de sa fête d'anniversaire : faut il des arums ou des tulipes, quels verres pour le vin blanc, la robe noire achetée à Paris ou la rouge ?… et se rêve une histoire d'amour avec un chanteur à la mode.

Elle ajuste ses épaulettes sous la robe de satin blanc et se regarde dans un jeu de miroirs, traquant le détail qui pourrait casser l'harmonie de sa silhouette, caressant de ses doigt aux ongles parfaits sa peau fine doucement maquillée, plongeant ses yeux magnifiques dans son propre regard. Sous toutes les faces, l'image est flatteuse. Elle ressemble à ces princesses qui font l'essentiel de la presse people, images de papier glacé qui, de tout temps, ont fasciné et fait rêver les plus modestes. La maison est somptueuse, les hommes fument le cigare et les femmes bavardent. Un tourbillon de compliments précède Sofia : et combien elle est belle, a un goût sûr, sait recevoir… Plus tard au club de tennis, les langues vont bon train, mais elle ne mêle pas sa voix aux persiflages sur le mauvais goût d'une nouvelle venue qu'un mariage récent avec un riche parvenu propulse dans leur milieu, comme un vilain petit canard dans une couvée de cygnes.
Le choc pétrolier des années 80, la découverte de gisements de pétrole dans le Golfe du Mexique a hissé le Mexique au rang des grands exportateurs d'or noir et Sofia fait partie de cette petite aristocratie venue d'Espagne qui a les moyens de vivre dans l'insouciance en évitant de mêler ses enfants aux infréquentables enfants mexicains. Le fils de bonne famille qu'elle a épousé sur les conseils de sa mère ne connaît rien aux affaires, et se contente de profiter de son héritage en laissant travailler les autres à sa place…

Nous sommes en 1982, à quelques mois de la fin du mandat du président Lopez Portillo, et ce beau monde commence à ressentir, isolé dans son cocon élégant et mondain, le ressac d'une crise qui bouscule l'économie. Sofia, toute à ses délicieuses futilités – qu'elle prend pour les choses les plus sérieuses du monde –, affairée à soigner sa propre image, ne voit rien de ce qui se passe et s'étonne quand celui qui dirigeait les affaires de son mari démissionne, le laissant face à son incompétence, tandis que se bousculent les premiers signes de déconfiture : la boutique de luxe où elle achète ses parfums lui refuse un chèque, ses domestique se plaignent de ne plus être payés… « C'est la faute de ce gouvernement corrompu et de tous ceux qui sortent des devises » dit son mari tandis que les masques se délitent, que Julio Iglesias chante dans le poste « à force de toujours vouloir être le premier, j'ai oublié de vivre… », que Lopez Portillo annonce la nationalisation de toutes les banques privées… Sofia va devoir s'adapter à sa nouvelle vie.
Le film voit le monde du point de vue de Sofia et la camera la suit de la première à la dernière image, comme une caresse d'abord, amoureuse de ce grain de peau si fin, de ces yeux magnifiques, superbe dans sa description d'un milieu qui se croit des valeurs et ne se sait pas encore vulgaire. Tandis que son monde commence à tanguer sous ses pieds, la lente métamorphose de Sofia se lit sur son visage. Elle semble s'humaniser…

Alejandra Marquès Abela parle du comportement d'une élite qu'elle connaît de l'intérieur et qui, dit-elle, n'a pas tellement changé : la presse people de tous les pays est toujours pleine d'images de princesses, de luxe et d'intrigues amoureuses qui font rêver les ménagères… et personne ne semble réaliser ce qui nous pend au nez. (Utopia)

Lorgues : mercredi 30, vendredi 1er et lundi 4 19h, samedi 2 18h

 

LA FAMEUSE INVASION DES OURS EN SICILE

Lorenzo MATTOTI - film d'animation France/Italie 2019 1h22mn - avec les voix de Toni Servillo, Antonio Albanese, Andrea Camilleri, Maurizio Lombardi... Scénario de Thomas Bidegain, Jean-Luc Fromental et Lorenzo Mattotti, d’après le conte de Dino Buzzati.

LA FAMEUSE INVASION DES OURS EN SICILEQue feriez-vous si vous rencontriez un ours énorme dans le creux d’une montagne ? Baladins itinérants poussés par la neige à se réfugier au fond d'une caverne, le vieux Gedeone et sa fille Almerina se retrouvent ainsi nez à truffe avec un tas de poils et de muscles mal léché, réveillé en pleine hibernation. Pour l'amadouer, ils se mettent en devoir de déployer leurs talents et ustensiles forains – et de lui raconter une histoire… d’ours.

« Il était une fois, commencent-ils, dans les somptueuses montagnes Siciliennes, dans une lointaine époque, alors que les ours savaient parler… » Et de raconter Léonce, le roi des ours, qui, sous un beau soleil estival, emmène un jour à la pêche son fils Tonio. L’ourson se montre gauche et intimidé, un peu distrait aussi. Il n’aura pas le temps d’attraper une seule proie : un instant d’inattention, le voilà disparu ! Le roi Léonce bat en vain la montagne, en compagnie de ses troupes fidèles. Abattu, sans ressort, ayant perdu toute appétence pour les choses de ce monde, il entraîne tout son royaume dans la faillite de sa vie. Arrive le terrible hiver, qui s'annonce meurtrier. Or miracle ! Le roi sort de son apathie, reprend du poil de la bête et, dans un soubresaut de désespoir et d’espoir mêlés (celui de retrouver son fiston), entraîne le peuple des ours jusque dans la vallée pour aller quémander naïvement un peu d’aide auprès des hommes. Puis, ayant découvert la vraie nature de ces bipèdes sans fourrure, décide de les envahir, à commencer par le grandiose palais de l’affreux Grand Duc de Sicile…
Tandis qu’Almerina et Gedeone racontent, miment, s'enflamment, leur auditeur ursidé réagit à peine mais n'en pense pas moins : « C’est ainsi que les hommes racontent cette histoire ? » Et par sa voix rocailleuse, on en découvrira une toute autre version, celle des ours…

Dans ce merveilleux film, Lorenzo Mattotti et ses co-scénaristes tirent le fil de l’histoire originale écrite (et dessinée) par Dino Buzzati en 1945, ils tressent, brodent et inventent joyeusement, là un prologue, ici une chute, ailleurs un contrepoint, qui donnent une vigueur imparable au récit, passant du grand film d'aventures épique, humoristique et coloré à la parabole historique à tiroirs en passant par le conte philosophico-politique… Tous les âges, tous les publics y trouveront leur bonheur : chapeau ! Et le spectacle est visuellement, graphiquement splendide. On retrouve sous la caméra du réalisateur Mattotti la patte, l'élégance du dessinateur Lorenzo, la rondeur de ses traits, la douceur de ses pastels qui ont fait sa renommée comme illustrateur. Dans un tourbillon coloré, il convie à la fête aussi bien ses Maîtres de la peinture italienne que le style épuré, géométrique des dessins de Buzzati. Le film adoucit à peine le propos sombre du conte en le déployant au fil de paysages lumineux. Tant la nature que la ville se diaprent tour à tour d’ocres, de verts et de bleus aux multiples nuances, de rouges et ors éclatants qui ravissent nos sens… un enchantement ! (Utopia)

Lorgues : mercredi 30 et vendredi 1er 17h, samedi 2 16h

Vox Fréjus : mercredi 30, jeudi 31, vendredi 1er, samedi 2 13h50, dimanche 3 13h45

ALICE ET LE MAIRE

Écrit et réalisé par Nicolas PARISER - France 2019 1h45 - avec Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier, Nora Hamzawi, Maud Wyler, Léonie Simaga, Thomas Chabrol...

ALICE ET LE MAIRELuchini – qui donne ici la preuve réitérée de son immense talent – campe Paul Théraneau, maire socialiste de Lyon, à peu près rincé après trente ans de mandat, non encore tombé dans le cynisme, mais tournant à vide, en pilotage automatique. La manière dont l’acteur parvient à restituer l’animal politique est très remarquable. Un rien y suffit, évitant la caricature, dont il n’est pas donné à tout le monde de se saisir.

Là-dessus, sa jeune directrice de cabinet embauche une jeune normalienne sans attaches, Alice Heimann (Anaïs Demoustier), pour devenir une sorte de coach mentale du maire en perdition.
Sa jeunesse, sa fraîcheur, son manque d’expérience, son étrangeté au milieu, son indifférence aux coups stratégiques – autant de traits dont Anaïs Demoustier, de son côté, s’empare avec une impression de naturel confondant – tombent d’autant plus à pic que Paul Théraneau se met en mouvement pour prendre la tête du parti et se positionner ensuite comme candidat à la présidentielle…
La ruche en effervescence de la mairie, le staff perpétuellement sur les dents, les déplacements incessants du maire illustrant la multiplicité de ses tâches et de ses fonctions figurent le théâtre principal de la relation d’abord adjuvante, puis de plus en plus vitale, qui se noue entre les deux personnages. De fait, Alice, par sa capacité d’écoute, par sa faculté d’analyse, par la pertinence intellectuelle de ses interventions, réapprend au maire, animal politique obnubilé par l’efficience de l’action dans un monde qui exige toujours plus de rapidité, les vertus oubliées de la pensée…
Alice et le maire entre définitivement dans la catégorie des bons films, des grands films, en faisant en sorte qu’un mouvement transforme insensiblement les personnages. Qu’on les trouve changés, l’un et l’autre, par une expérience qui les a réunis et éprouvés et dont on ne révélera surtout pas le fin mot ici. Tout au plus dira-t-on qu’une part d’humanisme a perturbé l’animal technocratique qu’est Paul Théraneau, et qu’à rebours Alice Heimann n’a pu éviter que l’éclaboussure du réel atteigne le pur horizon des concepts. La transparence de la mise en scène, la justesse des dialogues, la tenue des acteurs conspirent ici à un film lucide et subtil, qui fait toute sa part à la cruelle complexité des choses. Une œuvre précieuse, en un mot.(J. MandelbaumLe Monde)

Salernes : mercredi 30 20h30, jeudi 31 18h, vendredi 1 20h30, samedi 2 et mardi 5 21h

Vox Fréjus : dimanche 3 17h50, lundi 4 18h15

LE TRAÎTRE

Marco Bellocchio - Italie 2019 2h32 VOSTF - avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane, Luigi Lo Cascio... Scénario de Marco Bellocchio, Ludovica Rampoldi, Valia Santella et Francesco Piccolo.

LE TRAÎTREL’Italie digère… ou du moins semble digérer. Enfin une vague de réalisateurs ose raconter par le menu, de manière non édulcorée et palpitante, la mafia vue de l’intérieur. Après le Gomorra de Matteo Garrone et Roberto Saviano, voici aujourd'hui ce magistral Le Traître, du maître Bellochio, presque un roman fleuve, et dans quelques mois ce sera La Mafia n’est plus ce qu’elle était du moins connu Francesco Maresco. Quel dommage de ne pas pouvoir programmer les deux films à la même période tant ils se complètent parfaitement ! Dans les deux cas on a affaire à de vrais méchants, pourtant il semble inévitable qu’affleure, à notre corps défendant, une forme de sympathie dérangeante. Celle-là même dont le virtuose Juge Falcone, sicilien de naissance, usa pour mieux s’imprégner et comprendre les rouages de la pieuvre, et de ses tentaculaires ramifications nationales et internationales.
Le Traître démarre fort, en 1980, par une de ces petites sauteries familiales dont les parrains avaient le secret, quand ils se détendaient entre deux fusillades ou plasticages sanglants. On pénètre donc dans l’action simultanément par deux portes d’entrée ambivalentes, comme semble l’être le regard des Italiens sur les mafieux, qui furent tout autant les protecteurs des classes miséreuses (dont beaucoup émanaient) que de leurs bourreaux. La caméra de Marco Bellocchio résume en un tableau méticuleux le contexte historique d’une affaire qui va se dérouler sur vingt-cinq années, une vendetta meurtrière, inextinguible. Il brosse avec maestria le portrait des forces et des individus en présence pour nous faire prendre toute la mesure des tenants et des aboutissants et nous permettre d'entrer bien armés dans le vif du sujet, qui sera le retournement de veste de Tommaso Buscetta, éminent membre de Cosa Nostra, qui dénoncera ses anciens camarades d’armes auprès du magistrat Giovanni Falcone. Jeu complexe entre chat et souris (les rôles étant interchangeables), d’où ressort une certaine admiration entre le juge et le truand, laquelle, en des temps moins sombres, aurait pu se transformer en une sorte d’amitié improbable et discrète. Cela peut sembler étrange, mais ce qui rapproche les deux hommes est leur courage et une conception cousine de l’honneur. La partie à jouer est aussi lourde pour l’un que pour l’autre, toujours sur le fil de se faire descendre. Dans le fond Buscetta se sert autant de Falcone que ce dernier se sert de lui. Le clan du maffieux et une partie de sa famille ayant été décimés, il ne lui reste que le bras de la justice pour se venger de ceux qui l’ont doublé, quitte à tomber en même temps que ceux qu’il cherche à atteindre. Bon vivant, il n’est toutefois pas un lâche qui cherche à sauver sa peau à tout prix. Il refusera toujours les appellations de traître ou de repenti. Il a brisé la loi de l’omerta ? Mais pourquoi la respecter envers ceux qui ont piétiné le code sacré de l’honneur, notamment le clan des Corleone guidé par Toto Riina ? Regrette-t-il le moindre de ses actes ? Les réponses à ces questions garderont toujours une part de mystère…

On va suivre la trajectoire de Buscetta, principalement à partir de sa fuite au Brésil, puis de son extradition vers l’Italie, traqué autant par les autorités que par les autres parrains. Un film palpitant de bout en bout, à saluer tant pour la performance de ses acteurs (Pierfrancesco Favino en particulier réussit une composition hallucinante) que pour son ancrage historique précis et documenté. Une immersion dans la seconde guerre de la mafia, dont on ressortira avec un étrange sentiment de malaise, tant le monde des affaires et la sphère politique ne sortent pas indemnes de cette gangrène toujours d’actualité.(Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 30, jeudi 312, vendredi 1er et samedi 2 13h50, 17h45, 20h45, dimanche 3 15h40, 20h15, lundi 4 13h50, 17h20, mardi 5 17h30, 20h30

UN MONDE PLUS GRAND

Fabienne BERTHAUD - France/Belgique 2019 1h40 VOSTF - avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter... Scénario de Fabienne Berthaud et Claire Barré, d'après le livre de Corine Sombrun, Mon initiation chez les chamanes.

UN MONDE PLUS GRANDEmprunt d'une profonde spiritualité, sans pourtant jamais céder à une vision simpliste ou idéalisée, c'est un film qui se raconte comme un voyage et se vit comme une expérience humaine d'une grande sincérité. Fruit d'un long et minutieux travail de repérages en territoire mongol et d'une étroite collaboration avec Corine Sombrun, l'auteure de Mon initiation chez les chamanes, qui a participé à toute l'écriture du film, Un monde plus grand est, au-delà d'une belle histoire avec sa dose de romanesque et de tension, un très bel hommage à la culture des peuples premiers et en particulier les Tsaatans, bergers nomades vivant aux frontières de la Sibérie. Que l'on soit un cartésien pur jus ou sensible aux mondes et aux forces invisibles, cette histoire touche et interpelle de manière universelle car elle interroge les peurs et les limites auxquelles chacun peut être confronté quand il faut faire face à des événements qui échappent à notre compréhension.
Quand elle a perdu son grand amour, le monde de Corine s'est effondré comme un château de cartes. Toutes les perspectives ont été effacées, comme rayées définitivement de sa géographie intime, celle sur laquelle elle avait pourtant tracé mille et une trajectoires lumineuses et colorées. Son chagrin, sa douleur ont envahi l'espace et chaque geste du quotidien lui demande un effort surhumain. Elle est ingénieure du son, on lui propose un voyage à l'autre bout du monde, en Mongolie, pour recueillir des chants traditionnels et des sons de toutes sortes en vue d'un reportage. Une fuite, peut-être… Un moyen de se retrouver seule avec sa peine, sans doute…

Mais il n'y a pas de hasard. Au cours d'une cérémonie, Corine est plongée dans une expérience de transe qui la propulse dans un monde inconnu, celui des esprits invisibles que seuls les chamanes ont le privilège de pouvoir côtoyer. Oyun, celle de la tribu, lui annonce qu'elle a reçu un don rare et précieux dont elle ne peut se défaire et qu'elle ne peut surtout pas ignorer : elle doit entamer un long processus d'apprentissage et s'initier aux rituels chamaniques afin de le maîtriser et d'en faire bon usage. D'abord totalement réfractaire à cette idée qu'elle juge tout droit sortie de superstitions et de croyances ridicules, Corine va devoir faire face à la réalité, d'autant que son corps tout entier semble avoir trouvé une résonance particulière à certains sons, comme une nouvelle sensibilité qui l'aurait connectée à quelque chose de plus grand qu'elle.
Sur les terres majestueuses des plaines de Mongolie, là où les hommes vivent en harmonie avec la nature et convoquent tout naturellement, et pour chaque geste de leur quotidien, la communauté des esprits, commence alors un autre voyage… Qui peut après tout jurer que les disparus ne peuvent chercher à communiquer avec les vivants ? Qui peut affirmer avec certitude que les rivières, les forêts et les troupeaux ne sont pas habités par une force invisible ? Qui peut prouver que la science a exploré tous les recoins du cerveau humain et qu'il n'existe plus, dans les interstices de son paysage, des terres sauvages et inexplorées ?

Pour la petite histoire scientifique, Corine Sombrun est à l'origine de la création du Trance Science Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans les études neuro-scientifiques de la transe, visant à démontrer qu’elle n’est pas un don réservé aux seuls chamanes, mais bien un potentiel de tout cerveau humain, à la fois instrument d’exploration d’une réalité sous-jacente et outil de développement cognitif. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 30 13h50, 18h30, 21h, jeudi 31 13h50, 18h30, vendredi 1er, 14h, 21h, samedi 2 14h, 18h30, dimanche 3 16h05, 20h45, lundi 4 16h05, 20h30, mardi 5 13h50, 18h15, 20h30

SORRY WE MISSED YOU

Ken LOACH - GB 2019 1h40mn VOSTF - avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone, Katie Proctor, Ross Brewster
... Scénario de Paul Laverty.

SORRY WE MISSED YOUSi Bourdieu considérait la sociologie comme un sport de combat, il est indéniable que Ken Loch utilise le cinéma comme une arme de poing. Levé, le poing, c'est bien le moins qu'il puisse faire pour, dit-il « défier le récit des puissants », documenter à hauteur d'hommes et de femmes l'histoire des violences faites à la classe ouvrière depuis la fin du xxe siècle. Ken Loach, c'est quarante-cinq ans passés derrière la caméra, à raconter les effets dévastateurs du libéralisme sur la société. Il nous avait à nouveau annoncé sa retraite après Moi, Daniel Blake, mais c'est bien la violence de l'étau social, la nécessité de la raconter, qui le ramène encore une fois au cinéma, dans un récit ici encore plus sec, épuré et doté d'une force de frappe étourdissante. À 83 ans, il signe l'un de ses meilleurs films ! À l'inverse de Moi, Daniel Blake, qui s'ouvrait sur un rendez-vous au pôle emploi anglais, Sorry we missed you s'engage sur un entretien d'embauche. Espoir, pense-t-on ?

Ricky, bourreau de travail, était ouvrier dans le bâtiment. C'était avant l'effondrement des banques et des organismes de crédit, avant qu'il ne perde son boulot. Avant, c'est aussi le moment où il est tombé amoureux d'Abby, lors d'un grand festival rock. Depuis ils ont fondé une famille, ils sont devenus les bons parents de Seb, 16 ans, qui sèche l'école dès qu'il peut pour exprimer son talent artistique sur les murs de la ville, et de Liza Jane, gamine brillante, pétillante et pleine d'humour, rouquine comme son père. Espoir donc : de cesser d'enchaîner les petits boulots, les contrats zéro heure et d'enfin s'en sortir, espoir de cesser de tirer le diable par la queue et de pouvoir enfin régler les dettes et accéder peut-être à la propriété tant souhaitée par Abby. Elle qui rêve d'une jolie petite maison qu'elle pourrait décorer elle-même et qui donnerait à la famille le cadre d'une vie décente. Une vie normale quoi !
Et le sésame pour Ricky, c'est cette nouvelle forme de travail qu'est l'auto-entrepreneuriat, ce travail où chacun est son propre patron, on ose le gros mot : l'ubérisation. Ricky sera chauffeur-livreur, payé à la course. L'entretien d'embauche, c'est Maloney, le patron du hangar, qui le mène. C'est lui qui donne les missions. Ici, plus on travaille, plus on gagne. Pas de contrat, chacun est son propre responsable et possède son outil de travail. Puisqu'il s’agit de livraisons, il faudra acheter un camion – ainsi que le pistolet-liseur qui permet de scanner les colis… Ricky y croit, fonce tête baissée, apprend à s'exploiter lui-même…
De son côté Abby est aide à domicile. Elle travaille quatre soirs par semaine. Dépossédée de sa voiture pour financer l'outil de travail de Ricky, elle passe des heures dans les transports en commun pour aller de rendez-vous en rendez-vous. Payée à la tâche elle aussi, elle court, saute d'un bus à l'autre, fait tout pour prendre soin, coûte que coûte, des personnes qui dépendent d'elle, comme si elles étaient toutes sa grand-mère dit-elle.

Sorry we missed you, c'est l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité. C'est l'histoire d'une famille qui pourrait partir en vrille si elle cessait de porter sur l'autre un regard bienveillant. Un père sur son fils qui se cherche, une mère sur ses enfants qu'elle voit trop peu. Une gamine qui fait de son mieux pour faire le lien entre tous. « Sorry we missed you », c'est aussi le petit mot que Ricky dépose dans la boîte aux lettres lorsque le client de la commande n'est pas chez lui pour réceptionner son colis : « Désolé, vous n'étiez pas là quand nous sommes passés. » Il faudra donc y retourner. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 30 et jeudi 31 15h40, 18h50 et 21h, vendredi 1er et samedi 2 16h45, 18h50, 21h, dimanche 3 18h40, 20h30, lundi 4 13h50, 17h50, mardi 5 13h50, 18h15 et 20h30

CHAMBRE 212

Écrit et réalisé par Christophe HONORÉ - France 2019 1h30mn - avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Benjamin Biolay, Camille Cottin, Carole Bouquet...

CHAMBRE 212À l'ombre protectrice et revendiquée de Woody Allen, Ingmar Bergman et Bertrand Blier, Christophe Honoré nous offre un merveilleux divertissement, léger et profond à la fois, qui est aussi une déclaration d'amour au cinéma, art magique par la grâce duquel tout est possible pour peu que l'on abandonne, ne serait-ce que brièvement, notre désespérante exigence de rationalité. Quel bonheur de croire, une heure trente durant, qu'il serait possible de revenir en arrière et changer le cours des choses, aimer à nouveau comme au premier jour, croiser même les morts et retrouver un peu de cette fulgurance qui nous rend furieusement vivants ! Christophe Honoré et sa bande de saltimbanques réussissent un délicieux tour de passe-passe qui vous entraînera quelque part de l'autre côté de l'arc-en ciel, à peine franchi le seuil de la chambre 212.

Sacha Guitry – auquel on pense également – y perdrait son latin : ce sont les femmes adultères qui se planquent dans les placards, revenant tout sourire au bercail sur un air de « même pas grave », fortes de leur jouissance et de cette évidence que la passion amoureuse s'étiole méchamment au fil des ans. Et ce sont les hommes qui pleurent et se lamentent, s'acharnant à espérer que d'un volcan éteint pourra rejaillir le feu. Voeu pieux ? Maria donc, enseignante très à cheval sur le suivi personnalisé de ses élèves – surtout quand ils portent un prénom sexy –, s'est fait une raison, sans dramatiser ni tirer de conclusion définitive : entre Richard et elle, après des années de vie commune, la flamme s'est étouffée, la passion s'est émoussée. Et ce soir-là, peut-être parce que Richard porte un horrible bermuda avec des chaussettes flageolant à mi-mollets, ou peut-être parce qu'elle en a assez de lui jouer la comédie légère, elle décide de prendre la tangente, et un peu de recul, pour retrouver son souffle, faire le point.
Elle traverse la rue. Pousse la porte de l'hôtel. Prends une chambre dont la fenêtre donne précisément sur son appartement, sa vie, son homme qui pleure devant sa machine à laver. Une vue idéale sur son mariage en panne pour enfin s'envisager de l'intérieur. Mais pour la réflexion en solitaire, c'est raté : voilà que la chambre d'hôtel est envahie par une foule sentimentale de protagonistes, bien décidés à s'exprimer même si on ne leur a rien demandé, à apporter leur contribution à ses réflexions intérieures, voire, pire, à lui faire moult reproches sur sa légèreté ou sa conduite passée, ses désirs de liberté qui en ont blessé plus d'un.
Au premier rang de ces intrus : Richard himself, vingt ans et vingt kilos en moins, tel qu'il était le jour où ils se sont rencontrés, puis il y a tous ses amants, et même sa mère pour les comptabiliser. Il y aussi sa conscience, qui s'est mise sur son trente et un… sans oublier Irène. Celle que Richard aurait dû épouser, son tout premier amour.

Autant dire que la nuit va être mouvementée… Comment résister au corps jeune et plein de fougue de Richard ? Comment se dépatouiller dans cette conjugaison existentielle où présent, passé et futur s'emmêlent joyeusement les pinceaux ? Mais surtout : Maria doit-elle traverser la rue en sens inverse ?
Le film avance comme dans un rêve, révélant au cœur d'un dispositif volontairement théâtral une sublime authenticité des êtres et des sentiments. Tout coule, tout est fluide, la narration et les dialogues sont ultra-rythmés, tout comme la musique (toujours en mode majeur chez Honoré). Chef d'orchestre virtuose à la tête d'une troupe de comédiens de haute volée (Chiara Mastroianni en majesté, les menant tous à la baguette), Christophe Honoré signe ici une rêverie éveillée lumineuse et c'est un enchantement.(Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 30 et jeudi 31 16h50, dimanche 3 13h50, lundi 4 15h55

PAPICHA

Mounia MEDDOUR - Algérie/France 2019 1h45mn VOSTF - Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Nadia Kaci, Meryem Medjkane... Scénario de Mounia Meddour et Fadette Drouard. Festival d’Angoulême 2019 : Meilleur scénario, Meilleure actrice, Prix du public.

PAPICHA« Papicha », c’est le petit nom charmant que l’on donne aux jeunes algéroises drôles, jolies, libérées. C’est aussi désormais un film sur le courage, celui d’un pays, d’un peuple, d’une jeunesse qui ne demande qu’à exulter, qui refuse de céder aux injonctions de la peur, à celles de bras armés tout puissants. Il est donc question dans Papicha de résistance vivifiante, de pulsions joyeuses, d’insoumission. Le film nous immerge dans la décennie noire des années 90 : tandis que les étudiants du pays aspirent à la même liberté que leurs cousins occidentaux, par le jeu des forces politiques en présence, une vague d’intégrisme va monter, implacable, génératrice de violence, d’interdits, de terreur. Le GIA (Groupe Islamiste Armé) et l’AIS (Armée Islamique du Salut), dont les premières cibles sont les journalistes, terrorisent la population civile, tout en se faisant la guerre entre eux, ainsi qu’à la démocratie. On dénombrera au final plus de 150 000 morts, des dizaines de milliers d’exilés, un million de personnes déplacées. L’action du film prend sa source dans ce contexte tendu, celui que connut bien la jeune réalisatrice encore étudiante, et dont elle choisit de faire une fiction assoiffée de joie, d’espérance, de révolte.

Tout démarre par une belle nuit suave, qui donne envie aux corps d’exulter. Gros plan sur deux donzelles sur la banquette arrière d’un taxi clandestin qui brinquebale dans les rues d’Alger. Dans cette cabine d’essayage de fortune, elles se maquillent, se tortillent comme des libellules en train d’abandonner leurs chrysalides. Elles n’ont que peu de temps pour quitter leurs tenues sages et se transformer en reines de la nuit. Alors que le vieux chauffeur qui bougonne, réprobateur, a du mal à garder les yeux dans sa poche, Nedjma, qui a la langue bien pendue, le renvoie à son volant : « Papy, la route c’est devant, pas derrière ! » Un sens de la répartie que semblent cultiver en permanence les filles entre elles, à coups de « battle de mots » comme elles les appellent, qui démarrent dans les endroits les plus saugrenus. Des moments pêchus et drôles, un peu outranciers, comme un arsenal d’armes fragiles qu’elles entretiennent en riant, maigre rempart contre les débordement sexistes, les insidieux harcèlements quotidiens qu’elles subissent en faisant mine de s’en moquer. Difficile de trouver des espaces de liberté sereine ici. On devine que la majorité de celles et ceux qui se retrouvent pour faire la fête, même si c'est sans doute plus simple pour les garçons que pour les filles, ont dû, tout comme Nedjma et son inséparable copine Wassila, faire le mur, s’échapper en catimini. Une clandestinité propice à toutes les arnaques, à tous les chantages vicelards (on assistera à un florilège de bêtise de la part de ces messieurs).
En attendant, Nedjma poursuit, vaille que vaille, son rêve de devenir styliste, elle en a le talent. Elle va y entrainer toute sa bande de copines, sa famille et même quelques professeures. D’abord inconsciemment, la mode, qui dévoile et embellit les corps, va devenir une forme de contestation. Au noir des hidjabs que les islamistes veulent imposer à la gent féminine, Nedjma opposera la blancheur du haïk, cette étoffe qui fut, au-delà de sa fonction vestimentaire traditionnelle, le symbole de la résistance nationale algérienne contre la politique coloniale française.

Papicha, c’est le portrait d’une féminitude solidaire et complexe, bien au-delà des clichés. Des plus gamines au plus âgées, des plus modernes aux plus conformistes, nulle n’est dupe ou naïve. Chez elles, l’insouciance, qu’elle soit feinte ou cultivée, apparait dès lors comme une forme de résilience indispensable, une façon non seulement de survivre, mais surtout de ne jamais abdiquer joie et douceur de vivre. (Utopia)

Vox Fréjus : samedi 2 15h35 et mardi 5 16h

 

 

___________________________________________________________________________________________________________

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc
accompagné d'un chèque de 10 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/11/2019 au 31/12/2019 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................
demeurant....................................................................................................................................................................................
adresse mail ..........................................................................................................
désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles
Date et signature :