Au(x) cinéma(s) du 30 septembre au 6 octobre 2020

Bonjour à tous !
 
Nous vous attendons nombreux pour la prochaine soirée Entretoiles que nous vous proposons ce dimanche 4 octobre à 20h avec le film Eva en aoûtde Jonas Trueba, un film d'une infinie douceur, Eva mise sur le hasard pour égayer sa vie et son été....
 
Voici aussi les prochains rendez-vous que nous vous avons concoctés : le 11 octobre à 17h45,  Rocks de Sarah Gavron, un film pêchu, lumineux, poignant, un concentré d'énergie et d'humanité solidaire, et le même jour à 20h Adolescentes de Sébastien Lifshitz, un véritable bain de jouvence, un grand film drôle, poignant, essentiel. Le mardi 3 novembre, une soirée cinéma "spéciale élections américaines" avec 2 films ....américains : The climb de Mickaël Angelo Corvino, une comédie légère, centrée sur une amitié cabossée, et I am not your negro de Raoul Peck, un magnifique documentaire sur l'histoire des Etats Unis et sa population noire. Enfin le dimanche 15 novembre, La femme des steppes, le flic et l'oeuf de Wang Quanan, une comédi mongole, un pur bijou, une oeuvre atypique d'une beauté à vriller l'âme.
Nous comptons sur vous pour venir partager avec nous tous ces beaux films !
 
Dans la programmation de CGR, Tenet de Christopher Nolan, un film de science fiction dont l'inversion du temps est le principe (aussi à Salernes),  Blackbird (en vf et vo selon horaires) un film américain où le réalisateur  Roger Michell offre à Susan Sarandon un nouveau rôle bouleversant.

A Lorgues,  deux films drôles et détendants :  Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal : un film et une actrice irrésistible (aussi au Luc et à Fréjus), et  Énorme de Sophie Letourneur, un conte charmant et piquant, drôle et décalé, sur le désir de paternité. Aussi Un soupçon d'amour de Paul Vecchiali, un mélodrame sur le triangle amoureux, et l'amour impossible.
 
A Salernes, Effacer l'historique de Délépine et Kerven , une charge satirique, hargneuse, revigorante et caricaturale contre les entreprises qui font commerce de nos données personnelles. 
 
Au Luc, Adolescentes, dont nous avons parlé plus haut, et Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait d'Emmanuel Mouret, peintre du sentiment amoureux.
 
Au Vox, Les héros ne meurent jamais de Aude Léa Rapin, un film drôle et déroutant qui nous distille le cinéma comme devoir de mémoire, et qui confirme le talent d'Adèle Haenel, Ondine de Christian Petzold, un film envoûtant et plein de grâce, rêve.
 et Josep de Aurel, un magnifique et poignant film d'animation, pour adultes, sur la retraite des républicains espagnols fuyant le franquisme vers la France....
 
Pour le moment, il n'y a plus de films ciné club à CGR : restriction des programmes pour cause de covid....
 
 Transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 Bonne semaine de cinéma ! Reprenez vos habitudes de cinéphiles : allez au cinéma !
L'équipe d'Entretoiles

EVA EN AOÛT

(La Virgen de augusto) Jonas TRUEBA - Espagne 2020 2h09mn VOSTF - avec Itsaso Arana, Vito Sanz, Isabelle Stoffel, Joe Manjon... Scénario de Jonas Trueba et Itsaso Arana.

EVA EN AOÛT

Dès le générique, la filiation avec Éric Rohmer saute aux yeux. Un prénom féminin et une mention calendaire dans le titre, un écran vermillon pour présenter l’émotive héroïne, jeune Madrilène qui choisit de passer le mois d'août dans la fournaise ; et surtout un proverbe : « Tout un chacun veut être lui-même, et moi de même », attribué au philosophe espagnol Agustin Garcia Calvo. Le cinquième film de Jonas Trueba – mais le premier à sortir en France – assume sans ambages sa dette envers le cinéaste du Rayon vert.
Eva (interprétée tout en délicatesse par Itsaso Arana, une révélation) mise sur le hasard – le grand sujet rohmérien – pour égayer sa vie et son été. Au gré des visites de musées et des déambulations nocturnes dans une ville désertée par ses habitants et livrée à la canicule et aux touristes, la jeune femme déboussolée va réussir à se composer une nouvelle bande d’amis éphémères.
Voilà un film d'une infinie douceur, qui prend son temps comme les vacances, souvent, l’autorisent. Les dialogues y sont tantôt légers, tantôt existentiels. La bienveillance de tous les personnages les uns envers les autres, même quand ils se croisent pour la première fois à la sortie d'un cinéma ou dans un bar, devient presque incongrue. L'absence de menace autour d'Eva renforce le mystère. La jeune femme n’est pas très bavarde, préfère écouter les autres. On ne saura rien de son passé. Tout juste apprend-on qu'elle a voulu, un temps, devenir actrice et qu'elle est « sur le point d'avoir 33 ans ». Sa pureté, sa fragilité ont quelque chose de sacré. Elle s’émeut aux larmes quand elle assiste à une procession du haut de son balcon.
Avoir des enfants ou pas. Voyager ou être un touriste dans son propre pays. Devenir une « vraie personne ». Comment vivre au présent et se poser des questions sur son avenir ? Un moment, Eva écoute le propriétaire de l'appartement qui lui est confié citer un historien du cinéma à propos des comédies hollywoodiennes des années 1930. Avec pour la première fois ces personnages de femmes déterminées, indépendantes, charismatiques à qui Barbara Stanwyck ou Katharine Hepburn offraient leur intelligence et pas seulement leurs jambes, dissimulées, pour la première fois, sous un pantalon. Eva est l’une des leurs.(J. Couston, Télérama)

CGR Séance Entretoiles dimanche 4 octobre à 20h

.
 
BLACKBIRD

Roger MICHELL - USA 2020 1h38mn VOSTF - avec Susan Sarandon, Kate Winslet, Sam Neill, Mia Wasikowka, Rainn Wilson, Lindsay Duncan, Bex Taylor-Klaus, Anson Boon... Écrit par Christian Thorpe, d’après le scénario de Bille August.

 
Une grande réunion de famille s’annonce dans cette belle résidence de campagne et on se sent en terrain connu : après tout, « Fête de famille », c’était le titre d’un film français (réalisé par Cédric Kahn) sorti il n’y pas si longtemps… C’est chouette les histoires de tribus qui se rassemblent, ça nous rappelle forcément quelque chose, ça nous parle toujours de nous, de ceux qu’on connaît ou qu’on a connu, qu’on aime ou qu’on a aimés.
Lily et Paul, couple vieillissant mais visiblement toujours complice et amoureux, s’apprête à accueillir celles et ceux qui comptent pour eux : Jennifer, la fille aînée, responsable, organisée, sans doute trop, arrive la première avec son mari Michael, grand gars gentil comme tout qui semble un peu à la remorque de sa maîtresse femme, et leur fils de 15 ans, Jonathan, tête à claques juste ce qu’il faut pour un adolescent de son âge, mais à l’intelligence et à la sensibilité vives, de toute évidence. La fille cadette, Anna, est tout l’inverse de sa sœur : bordélique, instable, à fleur de peau. Elle est accompagnée de Chris, ex-petite amie redevenue d’actualité, qui n’a pas oublié non plus d’être futée. Il y a même une invitée surprise : Liz, la meilleure vieille amie de Lily, et qui la connaît sans doute mieux que personne.
Ils sont venus, ils sont tous là, avec leurs bagages pour le week-end et… autre chose qu’on n’attend pas vraiment dans de telles circonstances : une gravité, une tristesse même, dont il faut dire qu’elles sont présentes depuis les premières images du film. Car c’est ici qu’il faut révéler le motif de cette réunion. Et c’est ici que vous pouvez arrêter de lire ce texte si vous souhaitez ne pas savoir – mais vous aurez du mal parce que la bande annonce est très explicite et que la presse le sera tout autant, et c’est logique parce que c’est le sujet central du film, son cœur, sa force.
Si toute la famille et la meilleure amie sont réunies, c’est pour fêter le dernier week-end de la vie de Lily. Elle est atteinte d’une maladie dégénérative incurable, elle le sait, elle a décidé en toute conscience de ne pas attendre que cette saloperie la prive du contrôle de son corps et de son esprit, elle a choisi de mourir tant qu’elle est encore en vie, pleinement. Elle a fixé le jour, ce sera lundi, c’est après-demain, c’est maintenant. Paul s’est procuré le produit létal via internet, il connaît la dose nécessaire – il est médecin –, il préparera le verre, il sera évidemment à ses côtés quand Lily le boira.
Tout le monde est au courant de la décision de Lily, tout le monde l’a acceptée. C’était la condition sine qua non à cette fête de départ. Mais entre accepter l’idée et se retrouver face-à-face avec sa réalité, sa concrétisation, il y a plus qu’un pas, un gouffre qui s’ouvre sous les pieds de ceux qui sont là par amour pour cette femme remarquable. Chacun va réagir comme il peut, les failles vont se révéler, les contradictions se faire jour, les relations exploser pour éventuellement se renforcer, les caractères se forger. Le film réussit parfaitement ce portrait de groupe en risque permanent de déséquilibre, ne sacrifie aucun des personnages qui ont tous une véritable épaisseur et une belle capacité à nous surprendre. Il y a presque autant de séquences drôles que de moments bouleversants, c’est la vie dans tout son foisonnement qui s’exprime à chaque instant, sans que jamais on oublie la mort dont on ne peut pas dire qu’elle attend son heure puisque ce n’est pas elle qui l’a choisie.   (Utopia)
 
CGR  : mercredi 30 VF 15h50, 18h, 20h10, jeudi 1er VF 20h10, VO 18h, Vendredi 2 VF 18h, 20h10, 22h20, samedi 3 VF 18h, 22h20, VO 20h10, dimanche 4 VF 13h30, 15h40, 20h15, lundi 5 VF 13h40, 18h, VO 15h50, mardi 6 VF 18h, 20h10

TENET

Écrit et réalisé par Christopher NOLAN - USA 2020 2h30mn VOSTF - Avec Kenneth Branagh, John David Washington, Robert Pattinson, Elizabeth Debicki...

TENETChristopher Nolan, le Britannique qui brille à Hollywood, maîtrise l’art du « concept », au sens où les publicitaires l’emploient : une idée attractive qui résume et commande tout le film. Bref, un principe, soit, au passage, la traduction même de « tenet ». Ce fut la perte de la mémoire immédiate dans Memento (2000) ou l’absence de nuit dans Insomnia (2002). Plus tard, la manipulation des rêves dans Inception (2010) et enfin, les trois unités de temps (une semaine, un jour, une heure) parallèles de Dunkerque (2017).
Cette fois, l’inversion du temps est le principe. Selon une logique délibérément nébuleuse, les dégâts de la future guerre se laissent deviner dans le présent : l’effet précède la cause, comme si nous étions attaqués par le futur. La bataille que tente de livrer le jeune agent élu se joue ainsi dans des strates temporelles ciblées, où il s’agit de prévenir cette catastrophe qui n’a même pas encore eu lieu. Pour compliquer encore le jeu, des êtres ou des objets peuvent être inversés dans un environnement qui ne l’est pas : deux directions du temps s’entremêlent alors. Ce qui permet des scènes d’action époustouflantes, où Christopher Nolan, tel un DJ virtuose, les doigts sur ses platines, alterne ou mixe marches avant et arrière dans la même image. L’artillerie déployée (y compris un avion de ligne envoyé dans le décor) y gagne un éclat qui manquait aux lourdes manœuvres d’Inception.
Rapportée à la psychologie et aux personnages, l’expérience offre une savoureuse dramaturgie, dominée par Kenneth Branagh en ignoble Russe milliardaire et trafiquant d’armes nucléaires. De ce parrain diabolique dépend le sort de l’humanité. Et l’humeur de l’homme dépend, elle, de ses relations, devenues exécrables, avec son épouse – l’extraordinaire et opaque Elizabeth Debicki, révélée par Les Veuves, de Steve McQueen, en 2018. Il lui reproche, entre autres, de vouloir ignorer la réalité glauque et violente cachée derrière leur fastueux train de vie. Et l’opposition entre ces deux univers se reflète dans la dualité du film, passant sans cesse d’une pyrotechnie à grande échelle à la suavité de lieux protégés et paradisiaques, yachts ou palaces.
Dans presque toute son œuvre, Christopher Nolan s’amuse à compresser puis dilater l’espace et le temps, à jongler entre l’infime et le cosmique. Son adresse culmine avec le dernier mouvement de Tenet, où le destin de la planète est suspendu, seconde par seconde, à une conversation conjugale faussée. Car l’épouse, débarquée d’un avenir proche, possède désormais une longueur d’avance sur son mari… Le suspense, ludique en apparence, suggère finalement une lecture terrifiante du monde : chaque moment de calme, chaque période de paix et de prospérité ne tiendraient qu’à un carnage ou un cataclysme évités d’extrême justesse, dans l’ignorance du plus grand nombre. Un tel soupçon ne peut laisser indifférent aujourd’hui. Louis Guichard – Télérama

CGR : mercredi 30 VF 14h, 16h15, 19h20, VO 18h15, jeudi 1er VF 18h, 19h20, vendredi 2 VF 18h, 20h30, VO 21h30, samedi 3 VF 14h, 16h15, 18h30, 20h30, 21h30, dimanche 4 VF 10h50, 14h, 18h15, 19h20, VO 16h15, lundi 5 VF 18h20, 19h20, mardi 6 VF 18h, VO 19h20

Salernes : mercredi 30 et vendredi 2 18h, samedi 3 20h30

 
Écrit et réalisé par Caroline VIGNAL

LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS

Aude Léa RAPIN - France / Bosnie Herzégovine 2019 1h25mn VOSTF - avec Adèle Haenel, Jonathan Couzinié, Antonia Buresi, Hasija Boric, Vesna Stilinovic... Scénario d’Aude Léa Rapin, avec la collaboration de Jonathan Couzinié.

LES HÉROS NE MEURENT JAMAISSur le balcon de son appartement, Joachim raconte à son amie Alice une histoire assez incroyable qui vient de lui arriver et qui le trouble au plus haut point : au tournant d’une rue, il s’est fait apostropher par un mendiant assis sur le trottoir. Sans sommation, l’homme lui a hurlé : « Tu t’appelles Zoran, tu étais un monstre, un assassin et tu es mort le 21 août 1983 en Bosnie ! ». Si Joachim est secoué à l’extrême, c’est que le 21 août 1983 est très précisément la date de sa propre naissance. De là à imaginer qu’il pourrait être la réincarnation de ce Zoran criminel de guerre, il n’y a qu’un pas… qu’il semble prêt à franchir.
Cette confession est filmée de bout en bout par la caméra tremblotante d’Alice, cinéaste documentariste de son état, qui capture la réalité presque par réflexe, et qui connaît bien l’ex-Yougoslavie pour y avoir déjà tourné un film. Les deux amis n’y réfléchissent pas à deux fois : ils vont se rendre en Bosnie et se lancer sur les traces du défunt Zoran…
Les Héros ne meurent jamais fonctionnera donc sur une mise en abyme astucieuse : le film se construit autour du faux tournage d’un faux documentaire cherchant à établir la réalité de l’existence de Zoran et à percer le mystère de sa supposée réincarnation en Joachim. Le spectateur épousera le regard de Paul, caméraman invisible dans le faux film et chef-opérateur du vrai (Paul Guilhaume). Alice s’improvise metteuse en scène du réel, cherchant à fabriquer son récit de toutes pièces. La caméra doit embellir le récit, à la recherche du plan parfait (enfermée dans le coffre d’une voiture pour filmer Alice et Joachim au loin, par exemple). Pourtant, elle ne s’arrête jamais de filmer, et se transforme en témoin accidentel du réel, qui révèle toute l’humanité de ces personnages. La barrière de la langue et l’inattendu constituent alors un ressort comique, accentué par le volontarisme têtu et un peu gauche d’Adèle Haenel et la naïveté de la monteuse son Antonia Buresi.
Derrière ce dispositif hyper-réaliste, le fantastique refait surface. Lors d’une soirée dans un bar en Bosnie, la musique ne fait que cracher. La caméra, elle, s’éteint parfois. Comme si le matériel était brouillé par des interférences surnaturelles. Les morts hantent le récit. La Bosnie, marquée par la guerre, ressasse inlassablement son histoire et celle de ceux qui l’ont quittée.

Joachim est à la recherche de sa propre mort, qu’il va mettre en scène, comme maître de son propre destin. Surgit alors une idée d’une douce poésie. Le cinéma emprisonne les morts pour les rendre vivants, et les faire exister éternellement. La réincarnation existe dans l’image qui capture des instants de vie, animant des corps qui bougent, pleurent et rient. Le cinéma comme souvenir, comme devoir de mémoire, comme spectre du temps. Les Héros ne meurent jamais traduit le besoin insatiable de l’humanité de se raconter des histoires. Un objet déroutant, intrigant, parfois drôle, et qui confirme, s’il le fallait encore, l’immense talent d’Adèle Haenel.
(d’après A. Dall'omo, lebleudumiroir.fr)

Vox Fréjus : mercredi 30 14h, 18h15, 20h30, jeudi 1er 15h, 18h, vendredi 2 14h30, 16h20, 20h45, samedi 3 14h, 17h30, 20h45, dimanche 4 14h, 18h15, lundi 5 14h30, 20h, mardi 6 14h30, 16h10, 18h50

 

 

 

ONDINE

Écrit et réalisé par Christian PETZOLD - Allemagne 2020 1h30 VOSTF - avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz...

« Vous, êtres humains ! Vous, monstres ! » Vous qui ne connaissez rien de l’amour d’une nymphe, fuyez ! » C’est ainsi que pourrait démarrer cette atypique et fantastique histoire qui va tout à la fois nous immerger dans le Berlin actuel et dans son Histoire, ou encore dans la mythologie germanique. Et c’est un beau pari de nous intriguer sans nous perdre, en parvenant à ne pas nous noyer sous la masse des informations passionnantes que le film distille entre les lignes et qui donnent envie de filer baguenauder dans les rues de la capitale allemande et dans ses musées. Sans complexe, il musarde entre réalisme parfaitement terre-à-terre et univers presque féérique, en tout cas bien moins rationnel. Et c’est un délice de se laisser bercer par les flots de son imaginaire fécond.

Pour incarner Ondine et Christoph, les deux protagonistes principaux de l’aventure, Christian Petzold – sans doute le plus passionnant des réalisateurs allemands contemporains – reprend les acteurs de son film précédent, le génial Transit. C'est un bonheur de retrouver Franz Rogowski, toujours aussi désarmant et impressionnant de violence rentrée, d’intensité retenue, et la lumineuse et inquiétante Paula Beer dont la beauté transperce l’écran. Leur couple touche au mythe et incarne les amours impossibles, prisonnières du destin et du temps qui les rattrapent…
Dès la première scène, on se demande si Ondine, sous ses airs de rousse naïade, n’est pas un peu folle. Après tout, annoncer froidement à son amoureux, en cette matinée ensoleillée à la terrasse d’un café, qu'il va devoir mourir puisqu'il la quitte… n’est pas une attitude très moderne et ouverte à une époque ou l’on peut changer d’amant comme de portable. Les temps où l’on se promettait la fidélité pour l’éternité, où l’on n’hésitait pas à empoisonner ou à poignarder ses rivales, semblent un brin révolus, non ? D’ailleurs Johannes, à qui elle demande de l’attendre une petite demi-heure le temps qu’elle aille travailler, s’éclipsera à l’anglaise sitôt qu’elle aura les talons tournés, sans manifester trop de remords.

Quand Ondine reviendra au café, elle le cherchera désespérément et ce sera pour se casser le nez sur Christoph, un garçon sorti tout droit de nulle part, tel un mirage inespéré. À compter de cet instant, elle le suivra follement, inconsidérément, comme s’il était le rivage où se poser, la bouée ultime à laquelle se raccrocher pour échapper à sa destinée. Entre cette historienne spécialisée dans l’urbanisme et le scaphandrier subjugué, qui la ramènera vers son élément aquatique, se tisse immédiatement un fil lumineux, évident. Les voilà qui se découvrent, goûtent la saveur d’un baiser, puis d’un autre encore, avant d’aller plonger dans la sensualité des algues, taquiner le silure qui contemple les hommes et leur vanité depuis les eaux sombres et inquiétantes dans lesquelles travaille Christoph, chargé de s'assurer de la solidité des fondations des ponts. Leur passion naissante sera d’abord sans vagues, loin des embruns, des tempêtes dévastatrices. Elle se nourrira de tendresse et d’espoir. Mais les fantômes surgis du passé referont surface, menaçant de faire chavirer la fragile embarcation qui transporte ces deux cœurs esseulés enfin réunis…

Mais Ondine est aussi, comme on l’a dit, une historienne, une jeune femme avec les deux pieds bien campés dans son époque. Cela constitue un excellent prétexte pour l’écouter animer quelques trop rapides et passionnantes conférences devant des petits groupes venus du monde entier. On découvre ainsi, devant les maquettes immenses de Berlin reconstitué à différentes périodes, ce que fut cette ville, comment elle naquit, comment elle fut en partie détruite, pour parvenir en définitive à renaître de ses cendres… Un peu à la manière de son héroïne…
Vous l'aurez compris, le film est envoûtant, d'une grâce infinie que ponctue la divine musique de Bach (concerto pour clavecin en ré mineur BWV 974, 2e mouvement, joué au piano par Vikingur Olafsson).  (Utopia)
Vox  Fréjus : jeudi 1er 15h, 20h, vendredi 2 14h30, 18h45, samedi 3 14h, 20h45, dimanche 4 15h45, 20h15, lundi 5 16h30, 20h45, mardi 6 16h40, 18h05
 

JOSEP

Réalisé par AUREL - film d'animation France / Espagne 2020 1h20mn VOSTF - avec les voix de Sergi Lopez, Gérard Hernandez, Bruno Solo, François Morel, Valérie Lemercier, Sophia Aram... Scénario de Jean-Louis Milesi.
TRÈS REMARQUABLE FILM D’ANIMATION RÉSOLUMENT POUR ADULTES.

JOSEPEn quelques années, Aurel est devenu un dessinateur incontournable. Cela n’aura pas échappé aux lecteurs du Canard Enchaîné, du Monde (Diplomatique ou pas), de Politis… ni aux passionnés de BD. Le sujet de son premier et splendide long-métrage, plus encore qu’un récit historique, est un vibrant hommage et la rencontre en filigrane avec un autre dessinateur : Josep Bartoli. Mais aussi la rencontre véritable d’un petit-fils avec son grand-père : un gendarme tellement représentatif de ces héros ordinaires restés dans l’ombre de la Grande Histoire, celle qu’écrivent les vainqueurs dans des manuels qui ont fâcheusement tendance à oublier ou minimiser ses parties honteuses ou peu glorieuses. Quand on parle de la période 39/45, on évoque rarement La Retirada, et pourtant : elle parvint jusque sur nos plages et dans nos campagnes, où l’on parqua dans des camps qu’on peut dire de concentration les résistants républicains espagnols venus chercher refuge chez nous…
Février 1939. Des hommes marchent dans la neige, seuls ou en petites bandes, émaciés, affamés, parfois blessés. La traversée des Pyrénées est rude en plein hiver. Pas un seul oiseau ne chante dans les arbres secs et creux… Ils seront des centaines, ils seront des milliers à marcher ainsi jusqu’en France. Là où ils croyaient trouver un havre pour reprendre des forces, ils ne trouveront que désolation. Parmi eux, un bel homme au regard expressif et au nez aquilin. Il s’appelle Josep Bartolí et ne rêve que de rejoindre Maria, son épouse, qui porte son enfant. Comment ce dessinateur de presse de renom, ce résistant de la première heure, aurait-il pu imaginer qu’après avoir combattu et fui le franquisme, serait parqué à Argelès-sur-mer, insulté et traité comme un malfrat ? Aveuglément les gardiens de camp suivent la tendance du moment, reléguant leur cerveau au vestiaire, se laissant aller à leurs plus bas instincts, cédant à cet effet de bande qui peut rendre très con le plus pondéré des bonshommes. Pourtant une nouvelle recrue fera modestement un pas de côté. Il faut un vrai courage pour sortir du rang, ne pas céder au conformisme ambiant, au courant de pensée dominant. Un courage qu’on n’aurait pas su déceler sur la bouille joviale de notre bon gendarme consciencieux, un courage que lui-même ne revendiquera jamais. Progressivement, malgré son respect des règles et des ordres, il éprouve un respect admiratif, solidaire pour ces détenus supposés être la lie de l’humanité. En particulier pour Josep… C’est ainsi qu’une amitié mutuelle va naître entre les deux hommes, mettant à mal les conceptions simplistes du sens du devoir. Obéir pour honorer sa fonction, certes, mais que faire quand cela va à l’encontre de ce pourquoi on s’est engagé ? Comme, par exemple, la défense de la veuve et de l’orphelin, ou les valeurs de la république ? Découvrir que ces « rouges » contre lesquels se déchaîne la France de Daladier sont en fait de véritables justes, des humains avant tout, va être un sacré choc…
L’utilisation des couleurs est subtile et mouvante : réduites à la portion congrue – comme la ration des prisonniers – lors des séquences dans les camps, elles se font exubérantes lors de la rencontre avec Frida Kahlo… Tout une symbolique, tout un langage, qui s’émancipe des mots, les sublime, dans le souci de ne pas se substituer à Josep, de ne surtout pas le trahir…
Pour aborder ce vaste sujet, on passe par la tête d’un adolescent contemporain, aimant les tags et le rap, un peu saoulé à l’idée de venir visiter son grand-père, ancien gendarme. Il ne sait pas encore à quel point il va être passionné par ce que son aïeul va lui raconter. Avant que s’anime à l’écran ce magnifique Josep, le spectateur est un peu comme cet ado : il ne sait pas encore… (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 30 14h, 16h30, jeudi 1er 16h50, 18h30, vendredi 2 14h30, 20h15, samedi 3 14h, 15h50, 19h20, dimanche 4 14h, 16h30, 20h30, lundi 5 17h, 18h45, mardi 6 14h30, 18h45

 
 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

 

Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc


accompagné d'un chèque de 5 pour l'adhésion ordinaire valable du 16/09/2020 au 31/12/2020 ( 20 € pour une adhésion de soutien, et 8€ pour les étudiants et pour les titulaires des minimas sociaux) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse  
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera  droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, uniquement pour les films Entretoiles,, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.  
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................
adresse mail ..........................................................................................................
désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature