Au(x) cinéma(s) du 30 septembre au 6 octobre

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous,

Grande nouvelle ! À partir du mois d'octobre, Entretoiles vous propose chaque mois un film dans la salle Lily Pons du Théâtre de Draguignan : la première sera le mercredi 7 octobre à 19h45. Nous vous y espérons nombreux ! D'une part parce que nous vous proposons le très beau film de Pascale Ferran qui n'avait pas été sur les écrans de Draguignan lors de sa sortie, et d'autre part parce que nous vous demandons de soutenir nos efforts pour un cinéma de qualité à Draguignan. Ce ne sera pas possible de poursuivre l'aventure Entretoiles si vous n'êtes pas assez nombreux à nous suivre !

Cette semaine, à CGR vous pouvez voir une "comédie qui fait du bien", Les chaises musicales. Au Vox, à Fréjus, un film intelligent et sensible sur les indiens d'Amérique, Les chansons que mes frères m'ont apprises. Et toujours Dheepan, à Fréjus, Lorgues et Salernes, mais aussi Les deux amisLa belle saisonWhile we're young et Comme un avion... Que du bonheur !
Bonne semaine de cinéma !

N'oubliez pas le 7 octobre à 19h45 !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)


PROGRAMMATION DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2015

 

Bird People
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Bird People
Réalisé par Pascale FERRAN
France 2014 2h08mn VOSTF
avec Anaïs Demoustier, Josh Charles, Roschdy Zem, Camélia Jordana, Hyppolite Girardot, Anne Azoulay, l'oiseau...
Festival de Cannes 2014 : Sélection officielle – Un certain regard
« Les gens sont dingues, ils courent partout comme des lapins sans tête » dit Gary, super-ingénieur en informatique, présentement en transit dans un hôtel de luxe international avec vue plongeante sur les pistes de Roissy Charles de Gaulle. Gary était hier à New-york et, après une réunion à l'hôtel, doit repartir pour Dubaï… Toujours entre deux vols, relié au monde entier par le fil invisible d'Internet. Là et ailleurs en permanence, partout et nulle part à la fois, toujours seul et jamais seul… comme tous ici : de quoi attraper le vertige.
Audrey, elle, nettoie les chambres de tous ces gens qui ne font que passer, collée à son chariot : ramasser les chaussettes, ranger les papiers, tirer les lits, refaire, défaire, frotter, essuyer… Toujours là quand il n'y a plus personne. Elle est supposée faire des études et court elle aussi tout le temps, mais toujours au ras du sol : dix heures de trajet par semaine pour se rendre à son boulot, quarante heures par mois.
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Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 7 octobre 19h45. 5€
Les Chaises musicales
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Les Chaises musicales
Réalisé par Marie BELHOMME
France 2015 1h23mn
avec Isabelle Carré, Carmen Maura, Philippe Rebbot, Nina Meurisse...
Scénario de Michel Leclerc et Marie Belhomme
C’est une très jolie comédie sentimentale un peu barjot qui fait chaud au cœur et qui déride bien les zygomatiques. Au centre de tout cela il y a Perrine, qui à une syllabe près aurait pu s’appeler Perrette tant elle pourrait évoquer la malheureuse porteuse maladroite de pot au lait dans la fable de La Fontaine. Perrine se définit sur les petites annonces qu’elle colle dans la ville comme une « presque musicienne ». Bientôt la quarantaine mais sans travail ni amoureux fixes, elle survit en animant tant bien que mal anniversaires et goûters de maisons de retraite dans des déguisements improbables, armée d’une guitare sèche sans avoir une seconde la dextérité d’un Paco Ibanez. Perrine est une miss catastrophe ambulante doublée d’une grande timide paniquée, ce qui la conduit à s’excuser à longueur de journée, même de ce qu’elle n’a pas fait. C’est sans aucun doute une fille drôle et adorable, mais elle passe sa vie à gaffer et à être en retard... lire la suite
CGR (Draguignan) : jeudi 13h45, vendredi 18h, samedi 11h15, dimanche 20h15, lundi 18h, mardi 16h
Les Chansons que mes frères m’ont apprises
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Les Chansons que mes frères m’ont apprises
Écrit et réalisé par Chloé ZHAO
USA 2015 1h34mn VOSTF
avec John Reddy, Jashaun St. John, Irene Bedard, Taysha Fuller, Eleonore Hendricks...
Découvert à la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes, voici un premier film d'une maturité rare, poignant de réalisme et bouleversant d'amour. Les Chansons que mes frères m’ont apprises décrit avec retenue et sensibilité le quotidien d'une réserve indienne au cœur des grandes plaines du Dakota du Sud. Passionnée par la communauté Lakota de Pine Ridge, la jeune réalisatrice – d'origine chinoise, paradoxe – Chloé Zhao s'est immergée pendant près de quatre ans dans cette réserve avant de filmer avec respect et humilité l'un des drames de l'histoire américaine, la condition actuelle des « Native Americans ».
Les deux héros principaux sont frère et sœur : Johnny et Jashaun (formidables, non professionnels comme la plupart des acteurs du film) grandissent à Pine Ridge, le cœur et les veines nourries du sang de leurs ancêtres Lakotas.
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Le Vox (Fréjus) : mercredi et dimanche 16h15 et 20h30 - jeudi 18h - vendredi 15h et 20h30 - samedi 16h15 et 18h - lundi 18h et 20h - mardi 20h30
La Belle saison
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La Belle saison
Réalisé par Catherine CORSINI
France 2015 1h45mn
avec Cécile de France, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Kévin Azaïs, Laetitia Dosch, Bruno Podalydès...
Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss
C'était le printemps et il faisait doux, le soleil dorait les peaux, les jupes raccourcissaient, les corsages s'entr'ouvraient… finis les genoux couverts, les chignons torsadés, les poses contraintes, les yeux baissés ! Il soufflait une petite brise folle qui agitait les cervelles, les cheveux étaient offerts à la caresse du vent, il y avait des rires partout, ça chantait à tue tête, elles osaient tout à coup fumer dans la rue… Quel joli temps que ce temps là ! Les femmes en avaient bavé des interdits et refusaient de continuer à se soumettre à des lois faites par les hommes, gueulaient dans les rues à se casser la voix : « oui papa, oui patron, oui monsieur : y'en a marre ! »… exigeaient le droit de disposer librement de leur corps, prenaient la parole et ne la lâchaient plus, ça partait dans tous les sens dans un joyeux bordel qui en agaçait plus d'un… et parfois plus d'une... lire la suite
Salernes : jeudi 20h30 et samedi 18h
Les Deux amis
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Les Deux amis
Réalisé par Louis GARREL
France 2015 1h40mn
avec Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne, Louis Garrel, Mahaut Adam, Pierre Maillet...
Pour son premier long-métrage, Louis Garrel s'est rappelé qu'à l'âge de quinze ans il avait joué une scène des Caprices de Marianne. Marqué par cette pièce de Musset, il en a ici repris l'argument : l'histoire d'un homme qui, plongé dans une situation amoureuse compliquée, demande de l'aide à un ami. Jusqu'à ce que ce dernier se retrouve pris au piège, à la fois de ses propres sentiments et des sentiments de la femme aimée. Doublement aimée.
Co-écrit avec Christophe Honoré, Les Deux amis met aux prises trois personnages, plus ou moins déclassés : Mona (Golshifteh Farahani), vendeuse dans une sandwicherie de la gare du Nord, dont les deux soupirants mettront une bonne partie du film à percer le mystère ; Clément (Vincent Macaigne) – c'est lui qui demande de l'aide –, un personnage fantasque et paumé qui vit de figurations au cinéma ; et enfin Abel (Louis Garrel), l'ami, qui se la joue écrivain en panne d'écriture et beau ténébreux donneur de leçons...
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Le Vox (Fréjus)  : mercredi 14h, 16h05, 18h15, 20h30 - jeudi et lundi : 15h et 20h - vendredi et mardi 15h, 18h15 et 20h30 - samedi 16h05 et 20h30 - dimanche 16h05, 18h15 et 20h30
Dheepan
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Dheepan
Réalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015
Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.
Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés.
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Le Vox (Fréjus) : jeudi 17h40 et samedi 18h
Lorgues : samedi et dimanche 18h
Salernes : vendredi 18h et samedi 20h30
While We're Young
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While We're Young
Écrit et réalisé par Noah BAUMBACH
USA 2015 1h37mn VOSTF
avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried, Charles Grodin...
Noah Baumbach nous livre un modèle de comédie new-yorkaise, autrement dit diablement intelligente, voire cérébrale (ce qui n'est pas un défaut), brillante, sophistiquée, drôle, mélancolique, merveilleusement interprétée (Ben Stiller et Naomi Watts sont particulièrement bons et justes et crédibles) et délivrant quelques vérités bien senties sur pas mal de sujets qui n'intéressent pas seulement la petite communauté arty du New-York bohème.
New York donc. La communauté artistique donc. Des hommes et des femmes. En couple. Leurs névroses souvent tordantes apparaissent à travers des conversations relevées et éloquentes, des échanges qui amusent ou déchirent, des scènes douces, amères, ou les deux en même temps. Deux couples. Josh et Cornelia ont bien entamé la quarantaine. Jamie et Darby s'épanouissent dans la vingtaine. Une vingtaine vintage, en quelque sorte, puisque volontiers tournée vers le passé : ces deux jeunes ostensiblement non conformistes consomment la culture de leurs « aînés » à la façon d'hier (disques vinyles, films sur VHS), aiment faire du patin à roulettes et utiliser une machine à écrire (électrique quand même) plutôt qu'un ordinateur. Des électrons libres qui ne manquent pas de séduire Josh et Cornelia, aux prises avec une maturité-venue-par-surprise-et-bien-trop-tôt. Attendez, là, avoir besoin de lunettes pour lire ? Faire de l'arthrite ? C'est pour eux ? Pas possible ! Pas déjà !...
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Cotignac : vendredi 18h
Comme un avion
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Comme un avion
Écrit et réalisé par Bruno PODALYDÈS
France 2015 1h45mn
avec Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Michel Vuillermoz, Jean-Noël Brouté, Pierre Arditi...
Michel est infographiste dans une boite tranquillement dirigée par son copain Rémi, quelque part dans l'Ouest parisien. Toute la journée il reste derrière son écran à modéliser en 3D des formes diverses. Mais quand vient la fin de la journée, l'esprit de Michel s'élève au firmament à travers sa passion : la glorieuse histoire de l'Aéropostale, qui fut fatale à Saint Exupéry. Chez lui l'attend souvent Rachel (lumineuse Sandrine Kiberlain), la femme de sa vie, qui regarde avec tendresse ses petites manies et accepte sans sourciller la décoration de l'appartement.
Mais la vie du monomaniaque va prendre un tour étrange : en cherchant des palindromes (des mots qui se lisent de droite à gauche aussi bien que de gauche à droite), il s'attarde sur une image de kayak (qui en est un, palindrome). Et soudainement se rend compte de la silhouette purement aéronautique de l'objet. Son obsession se transfère d'un coup sur l'embarcation. Il commande en secret un modèle de luxe en kit, qu'il assemble à grand peine dans son salon avant de le monter sur le toit de son immeuble… La suite va voir notre Michel, finalement soutenu par Rachel, se lancer à l'assaut d'un très paisible cours d'eau, puis s'arrimer au bout de seulement quelques kilomètres à proximité d'une auberge estivale tenue par Lætitia (Agnès Jaoui troublante de sensualité) pour finalement bien plus de temps qu'il ne faudrait.
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Cotignac : lundi 21h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Bird People
BIRD PEOPLERéalisé par Pascale FERRAN
France 2014 2h08mn VOSTF
avec Anaïs Demoustier, Josh Charles, Roschdy Zem, Camélia Jordana, Hyppolite Girardot, Anne Azoulay, l'oiseau...
Festival de Cannes 2014 : Sélection officielle – Un certain regard

« Les gens sont dingues, ils courent partout comme des lapins sans tête » dit Gary, super-ingénieur en informatique, présentement en transit dans un hôtel de luxe international avec vue plongeante sur les pistes de Roissy Charles de Gaulle. De fait : les gens courent, ont toujours un vol ou un métro à prendre, tourbillonnent. Il sont pressés, oppressés, sous pression, le portable vissé à l'oreille, soliloquant, l'œil ailleurs…
Gary était hier à New-york et, après une réunion à l'hôtel, doit repartir pour Dubaï… Toujours entre deux vols, relié au monde entier par le fil invisible d'Internet. Là et ailleurs en permanence, partout et nulle part à la fois, toujours seul et jamais seul… comme tous ici : de quoi attraper le vertige.
Audrey, elle, nettoie les chambres de tous ces gens qui ne font que passer, collée à son chariot : ramasser les chaussettes, ranger les papiers, tirer les lits, refaire, défaire, frotter, essuyer… Toujours là quand il n'y a plus personne. Elle est supposée faire des études et court elle aussi tout le temps, mais toujours au ras du sol : dix heures de trajet par semaine pour se rendre à son boulot, quarante heures par mois…

C'est plutôt beau Roissy, la nuit comme le matin, une beauté glacée, glaçante, inhumaine, fascinante, angoissante… résolument moderne, pleine de lumières et d'avions qui s'arrachent en vibrant très fort. Tous comptes faits, Gary n'ira pas défendre ce formidable contrat à Dubaï, tous comptes faits il ne retournera pas aux USA… et ni sa femme ni ses associés ni personne au monde ne pourront lui faire modifier cette décision brutale, prise un soir, en sirotant une petite bouteille de whisky trouvée dans le frigo, dans une chambre d'hôtel de luxe surplombant les pistes de l'aéroport international de Roissy. Ils auront beau protester, gesticuler, laisser des messages, des tweet, des SMS, s'énerver sur Skype, ils n'auront pas aucune explication : qu'ils se débrouillent tous avec son avocat… Quant à Audrey, il va lui arriver quelque chose de très inattendu…

Drôle d'histoire, drôle de film qui semble se dédoubler, comme qui dirait un film hybride. Il commence dans une réalité furieusement contemporaine et bifurque tout à coup dans une autre dimension, étrange, poétique, où un moineau indiscret et curieux, personnage à part entière, se faufile d'une intimité à l'autre, se prend pour un avion, pose pour un charmant dessinateur japonais… Étrange succession de rencontres déroutantes, intrigantes où on se demande plus d'une fois, comment elle va bien pouvoir, Pascale Ferran (c'est son premier film depuis son mémorable Lady Chatterley), atterrir sur ses pattes, ramener Audrey à son chariot de ménage… Que va-t-elle faire de Gary et de tous ces hommes d'affaire furibards ?
Bird people, c'est aussi l'occasion de découvrir qu'il existe des dresseurs de moineaux, Céline Reding et Guillaume Collin ont fait de celui du film un brillant comédien…


Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 7 octobre 19h45. 5€


Les Chaises musicales
LES CHAISES MUSICALESRéalisé par Marie BELHOMME
France 2015 1h23mn
avec Isabelle Carré, Carmen Maura, Philippe Rebbot, Nina Meurisse...
Scénario de Michel Leclerc et Marie Belhomme

« J’aime les gens qui doutent, Les gens qui trop écoutent Leur cœur se balancer, J’aime les gens qui disent Et qui se contredisent » Anne Sylvestre, Les Gens qui doutent

C’est une très jolie comédie sentimentale un peu barjot qui fait chaud au cœur et qui déride bien les zygomatiques. Mais pas seulement car cette chronique bretonne (elle se situe intégralement en terre rennaise) a la douceur et la tendresse humaniste des films de Capra, le charme décalé des premiers Woody Allen, l’absurdité poétique d’un Tati et son actrice principale la fragilité mutine d’une Audrey Hepburn.
Au centre de tout cela il y a Perrine, qui à une syllabe près aurait pu s’appeler Perrette tant elle pourrait évoquer la malheureuse porteuse maladroite de pot au lait dans la fable de La Fontaine. Perrine se définit sur les petites annonces qu’elle colle dans la ville comme une « presque musicienne ». Bientôt la quarantaine mais sans travail ni amoureux fixes, elle survit en animant tant bien que mal anniversaires et goûters de maisons de retraite dans des déguisements improbables, armée d’une guitare sèche sans avoir une seconde la dextérité d’un Paco Ibanez. Perrine est une miss catastrophe ambulante doublée d’une grande timide paniquée, ce qui la conduit à s’excuser à longueur de journée, même de ce qu’elle n’a pas fait. C’est sans aucun doute une fille drôle et adorable, mais elle passe sa vie à gaffer et à être en retard…

C’est justement en arrivant en retard qu’elle provoque dans des circonstances ubuesques la chute accidentelle d’un homme dans la benne à gravats d’une déchetterie, le malheureux se retrouvant par sa faute dans le coma. Elle culpabilise d’autant plus qu’elle a pris la fuite après avoir appelé les pompiers. Au point de courir désormais tous les jours à l’hôpital pour rendre visite à sa victime en se faisant passer pour sa « demi-cousine ». Une victime dont elle va progressivement voler plus ou moins involontairement la vie et à qui elle va de plus en plus s’attacher malgré les bandages qui lui masquent la moitié du visage. Elle pénètre chez lui par effraction, craignant pour son chien enfermé, elle va même finir par le remplacer dans la petite école de musique communale où il est prof…

Les Chaises musicales, c’est donc l’histoire drolatique et parfois tragi-comique d’une fille qui ne s’est jamais sentie à sa place (d’où le titre à double sens) et qui étrangement va tout faire, après avoir passé sa vie à fuir, pour en conquérir une (de place) par des moyens franchement pas orthodoxes. Parfois hilarant, sans faire dans le comique forcé, ce premier film d’une jeune réalisatrice semble-t-il tout aussi timide que son personnage et son actrice sait parfaitement trouver un ton décalé et tendre pour raconter les aventures improbables de Perrine. Et il est évidemment porté par son incroyable actrice, Isabelle Carré, présente dans quasi tous les plans, elle fait vivre et vibrer toutes les facettes de son personnage, tour à tour maladroite, anxieuse, déterminée, amoureuse.


CGR (Draguignan) : jeudi 13h45, vendredi 18h, samedi 11h15, dimanche 20h15, lundi 18h, mardi 16h


Les Chansons que mes frères m’ont apprises
LES CHANSONS QUE MES FRÈRES M’ONT APPRISESÉcrit et réalisé par Chloé ZHAO
USA 2015 1h34mn VOSTF
avec John Reddy, Jashaun St. John, Irene Bedard, Taysha Fuller, Eleonore Hendricks...

Découvert à la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes, voici un premier film d'une maturité rare, poignant de réalisme et bouleversant d'amour. Les Chansons que mes frères m’ont apprises décrit avec retenue et sensibilité le quotidien d'une réserve indienne au cœur des grandes plaines du Dakota du Sud. Passionnée par la communauté Lakota de Pine Ridge, la jeune réalisatrice – d'origine chinoise, paradoxe – Chloé Zhao s'est immergée pendant près de quatre ans dans cette réserve avant de filmer avec respect et humilité l'un des drames de l'histoire américaine, la condition actuelle des « Native Americans ».
Les deux héros principaux sont frère et sœur : Johnny et Jashaun (formidables, non professionnels comme la plupart des acteurs du film) grandissent à Pine Ridge, le cœur et les veines nourries du sang de leurs ancêtres Lakotas.

Johnny, tout juste sorti de l'adolescence, est plein d'espoir et de projets. Son avenir, c'est l'ouverture vers le monde, vers l’ailleurs, très loin. Ici les espaces sont à perte de vue, pourtant il se sent enfermé. Partir, suivre sa petite amie à Los Angeles est la seule issue raisonnable pour échapper à la pauvreté endémique de sa communauté gangrenée par l'alcool, prohibé et donc objet de commerces sous-terrains et de guerres fraticides. Johnny veut s'envoler, mais son père – qu'il ne voyait quasiment plus – meurt subitement dans l'incendie de sa maison et les scrupules l'étreignent : quitter sa sœur chérie, sa mère esseulée, le peut-il ?
Sa jeune sœur Jashaun, gamine lumineuse, se construit au travers des traditions et de tous ceux qui l'entourent : ses grands demi-frères, images tutélaires qui eux ont eu la chance de vivre sous le toit paternel, et un grand-oncle de substitution, formidable styliste marginal, hobo lunaire qui aurait pu sortir de l'imagination d'un Kerouac et qui lui promet sa robe de pow wow.
La mise en scène est d'une belle élégance, d'une fluidité parfaitement maîtrisée, sans excès de style ni de séduction mal placée, l'émotion monte, par saccades régulières, et ne nous laisse pas tout à fait indemne. Les visages et les gestes de Jashaun et Johnny (les acteurs ont le même prénom que leurs personnages) sont d'une justesse, d'une vérité saisissantes : cette vie-là, c'est vraiment la leur, le film, c'est bien leur quotidien. C'est sensuel, c'est charnel, les êtres sont reliés viscéralement à leur terre, à leur peau d'Indien, leurs chevaux, le rodéo est presque un sport national. La réalisatrice a un vrai sens du cadre et de l'espace, elle offre à notre regard émerveillé les paysages sublimes du Dakota du Sud, ses grands espaces fascinants. La photographie est majestueuse et solaire. Difficile de ne pas penser au Terrence Malick de Badlands ou Les Moissons du ciel… Les plaines à perte de vue sont pour le spectateur de vrais moments de respiration, on s'y perd, s'y retrouve, et pour nos héros ce sont le lieu des réponses et des silences nécessaires.

Dans un souci d'authenticité et de collaboration permanente avec les habitants de la Réserve, la réalisatrice n'avait pas de scénario définitif, juste une ébauche, chaque scène étant écrite le matin même, inspirée du quotidien. Certaines séquences – l'incendie de la maison d'enfance de la jeune Jashaun, le portrait de l'ami qui vient de se donner la mort – sont bien réelles mais replacées avec intelligence au fil de la fiction, en accord avec les acteurs qui rejouent ainsi leur bribe de vie disparue.
La danse finale du pow wow de la jeune fille nous transporte. Jashaun semble voler, décoller comme si dans l'air une musique symphonique, des êtres immatériels – des « élémentals » comme les nomment les Indiens – venaient la faire tournoyer, dans une communion des esprits et de ses frères. La danse traditionnelle, c'est à peu près tout ce qui reste de cette civilisation sacrifiée, la religion est oubliée, la langue et les chansons se perdent, les traditions s'effritent… Mais comme le murmure un des héros du film, Sitting Bull prophétisait que tout recommencerait avec la septième génération…
Geronimo, lui, disait : « Nous sommes en train de disparaître de la surface de la terre, mais je continue à croire qu’il doit y avoir une bonne raison pour que Yoséné (Dieu) nous ait crées. » Grâce à ce film magnifique, nous en sommes plus que jamais persuadés.


Le Vox (Fréjus) : mercredi et dimanche 16h15 et 20h30 - jeudi 18h - vendredi 15h et 20h30 - samedi 16h15 et 18h - lundi 18h et 20h - mardi 20h30


La Belle saison
LA BELLE SAISONRéalisé par Catherine CORSINI
France 2015 1h45mn
avec Cécile de France, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Kévin Azaïs, Laetitia Dosch, Bruno Podalydès...
Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss

C'était le printemps et il faisait doux, le soleil dorait les peaux, les jupes raccourcissaient, les corsages s'entr'ouvraient… finis les genoux couverts, les chignons torsadés, les poses contraintes, les yeux baissés ! Il soufflait une petite brise folle qui agitait les cervelles, les cheveux étaient offerts à la caresse du vent, il y avait des rires partout, ça chantait à tue tête, elles osaient tout à coup fumer dans la rue… Quel joli temps que ce temps là ! Les femmes en avaient bavé des interdits et refusaient de continuer à se soumettre à des lois faites par les hommes, gueulaient dans les rues à se casser la voix : « oui papa, oui patron, oui monsieur : y'en a marre ! »… exigeaient le droit de disposer librement de leur corps, prenaient la parole et ne la lâchaient plus, ça partait dans tous les sens dans un joyeux bordel qui en agaçait plus d'un… et parfois plus d'une.

1971 : Delphine vit à la campagne et file un coup de main dans la ferme familiale pour aider une mère qui bosse sans salaire et ne pipe pas mot, soumise aux décisions d'un mari qui la consulte à peine. Mais c'était comme ça pour les épouses de fermiers, les femmes de commerçants, plein d'autres… et quand les femmes se retrouvaient seule après toute une vie de labeur, il leur restait tout juste le « minimum vieillesse » et une vague pension de « réversion ». Noémie Lvovsky dans la peau de la mère de Delphine est l'incarnation parfaite de ce qu'étaient les femmes en ce temps là… Delphine de son côté ne rechigne pas : elle aime bien ses parents, elle aime ce corps à corps avec la nature, elle respire la force vive, l'amour de la terre et son père est fier de ce « garçon manqué » comme on disait, qui a assez d'énergie pour prendre le relais. En vérité Delphine se voit mal dans une vie tracée d'avance avec le gentil mari que sa mère aimerait bien lui coller, avec la marmaille qui ne manquerait pas de lui pousser trop vite… Les désirs de la jeune femme vont ailleurs, trop libre, trop indépendante, trop atypique : tout attachée qu'elle est à ses racines, elle profite d'une déception sentimentale pour rompre le licou familial et fonce vers Paris pour gagner son indépendance financière, son indépendance tout court.
Les débuts ne sont pas tout roses et son boulot n'est pas folichon. Mais elle est libre, n'a de comptes à rendre à personne… réceptive à ce parfum décapant de printemps parisien, accessible à toutes les découvertes. Puis un jour plus beau encore que les autres, elle se retrouve à prendre la défense d'une fille qu'un mec harcèle dans la rue… et là, sa vie s'emballe, embarquée qu'elle est avec une bande de nanas délurées et rigolardes où Carole fait autorité. Carole : elle est prof, elle est lumineuse, belle à s'en taper la tête contre les murs et le cœur de Delphine n'en peut plus de battre sous l'effet d'une attirance qui lui donne toutes les audaces. Carole a un compagnon, mais très vite l'évidence s'impose : ce qui se passe entre elles est plus fort que tout, et leur engagement réciproque pour une émancipation collective des femmes les rapproche, exalte leur esprit, les jette l'une vers l'autre…
C'est une histoire d'amour superbe qui commence là et le regard que pose Catherine Corsini sur la relation des deux femmes donne à voir toute l'intensité d'une passion charnelle, filmant les corps avec une sensualité et une tendresse qui les embellit, sans voyeurisme et sans vulgarité. Libres elles sont et même leur attirance réciproque ne les fera pas renoncer à leur autonomie fraîchement gagnée…

Catherine Corsini filme juste, filme fort et son film raconte comme aucun autre auparavant ce tsunami joyeux qui venait des femmes et bousculait l'ordre établi… « J'étais celle qui attend, mais je peux marcher devant » chantait Anne Sylvestre et les filles faisaient sauter le verrou qui les privait du droit à la parole, à l'avortement et à la contraception, et à plein d'autres choses : par la force de leur mouvement collectif elles faisaient changer les lois et découvraient le rôle subversif de l'amour. Drôle d'époque dont Corsini rend formidablement la vitalité irrépressible. OXI ! C'était un non, franc et massif qu'elles opposaient à une société dominée par les hommes et encore maintenant on continue à bénéficier des acquis de ces luttes-là. Le film de Corsini, jubilatoire, emballant, est un hommage magnifique rendu à celles qui osèrent déposer une gerbe sur la tombe de la femme du soldat inconnu, parader pour le premier défilé homosexuel, signer le manifeste des 343 salopes… et pour autant que le climat de cette époque soit rendu avec une parfaite justesse, le film dégage une force et un enthousiasme qui le jette comme un pavé joyeux dans un présent un poil désespérant et rappelle que les filles ne manquent toujours pas ici et là de bastilles à prendre… tant s'en faut ! (Utopia)


Salernes : jeudi 20h30 et samedi 18h


Les Deux amis
LES DEUX AMISRéalisé par Louis GARREL
France 2015 1h40mn
avec Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne, Louis Garrel, Mahaut Adam, Pierre Maillet...

Pour son premier long-métrage, Louis Garrel s'est rappelé qu'à l'âge de quinze ans il avait joué une scène des Caprices de Marianne. Marqué par cette pièce de Musset, il en a ici repris l'argument : l'histoire d'un homme qui, plongé dans une situation amoureuse compliquée, demande de l'aide à un ami. Jusqu'à ce que ce dernier se retrouve pris au piège, à la fois de ses propres sentiments et des sentiments de la femme aimée. Doublement aimée.
Co-écrit avec Christophe Honoré, Les Deux amis met aux prises trois personnages, plus ou moins déclassés : Mona (Golshifteh Farahani), vendeuse dans une sandwicherie de la gare du Nord, dont les deux soupirants mettront une bonne partie du film à percer le mystère ; Clément (Vincent Macaigne) – c'est lui qui demande de l'aide –, un personnage fantasque et paumé qui vit de figurations au cinéma ; et enfin Abel (Louis Garrel), l'ami, qui se la joue écrivain en panne d'écriture et beau ténébreux donneur de leçons.
Comme chez Musset, le spectateur se trouve placé dans la situation de celui qui sait. Dès le début, il découvre le secret dont ne veut à aucun prix parler Mona : elle doit, chaque soir, retourner en prison pour y passer la nuit. Sa vie est minutée. Sous aucun prétexte, elle ne doit rater le train du retour, en fin d'après-midi…

Les références à Musset et à La Fontaine (Les Deux amis est le titre d'une de ses fables) ne transforment nullement Les Deux amis en objet culturel guindé ou en film littéraire. C’est vers une forme joyeusement lyrique, contemporaine et parfois franchement foutraque que s’oriente Garrel dès les premières scènes, en alliant vitesse, humour et tendresse. « La beauté, ça complique tout » entend-on dans le film. C’est aussi quand les choses deviennent compliquées qu’elles sont belles semblent penser Garrel qui multiplie péripéties et rebondissements sentimentaux en seulement trois jours et trois nuits autour de trois personnages qui n’ont que leurs sentiments pour être heureux (un peu) et (beaucoup) souffrir.
Il y a surtout dans Les Deux amis une justesse de chaque instant que l’on retrouve aussi bien dans les situations que dans le jeu, admirable, des trois comédiens principaux. Golshifteh Farahani, sublime, n’a jamais été aussi bien filmée et dirigée. Pour une fois on ne contemple pas que sa photogénie, mais sa (belle) personne et la subtilité de son interprétation.

En 90 minutes Louis Garrel nous offre aussi, l’air de rien, une balade poétique et buissonnière à travers nos souvenirs du cinéma français. Contre toute attente il ne convoque pas exclusivement la Nouvelle Vague et ses héritiers mais plutôt Claude Sautet – pour le triangle amoureux et les ambiances parisiennes – et certaines comédies populaires reposant sur des duos masculins antagonistes, à la fois inséparables et mal assortis. Comme si César et Rosalie marchaient à l’ombre…

(d'après Frank Nouchi, Le Monde, et Olivier Père, arte.tv)


Le Vox (Fréjus)  : mercredi 14h, 16h05, 18h15, 20h30 - jeudi et lundi : 15h et 20h - vendredi et mardi 15h, 18h15 et 20h30 - samedi 16h05 et 20h30 - dimanche 16h05, 18h15 et 20h30


Dheepan

 

 

DHEEPANRéalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015


Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.

Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Images amèrement banales d'une zone surpeuplée, de tentes miséreuses, d'un provisoire qui semble durer éternellement. On présume que beaucoup sont prêts à tout pour se tirer de là, on le serait soi-même. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés : voilà un équipage de fortune constitué par pur intérêt, une triple alliance frustrante où chacun s'efforce de jouer le jeu, faisant taire ses états d'âmes, ses peurs, ses colères. Celles de Dheepan sont féroces, façonnées par des années d'engagement en tant que tigre de la libération. L'ancien militaire n'a que mépris envers sa nouvelle compagne tamoule, restée en retrait au lieu de s'engager dans la lutte armée et qui rêve benoîtement d'Angleterre, comme si ce pays était la panacée. Quant à la gamine, rebaptisée Ilayaal, elle semble être la seule à oser réclamer un peu d'une tendresse devenue subsidiaire pour ses faux parents écorchés par la vie.

Inutile de vous décrire l'embarquement sur un boat people dégoulinant de passagers agglutinés : Audiard procède par touches, par flashs laissant son auditoire compléter la chanson. Ainsi en est-il de l'arrivée à Paris. Premiers boulots clandestins en tant que vendeurs à la sauvette. Images avilissantes de ces anciens guerriers coiffés de ridicules antennes clignotantes qu'ils cherchent à fourguer à des passants indifférents. Les gendarmes… Les foyers…
Mais parfois le destin leur sourit, leur procurant des soutiens inattendus, celui d'un interprète qui, loin de faire du mot à mot, les conseille, leur réinvente un parcours susceptible d'émouvoir le fonctionnaire qui instruit leur dossier, d'infléchir le bras d'une administration encline aux reconduites à la frontière. C'est la régularisation. Voilà Dheepan et sa famille embauchés comme gardiens dans une cité HLM… Il essaie de se refaire une virginité, affichant une attitude servile sous le regard des petits caïds du quartier… Mais ça ne va pas durer !

L'essentiel du film réside dans la complexité des personnages, dans leur rapport à autrui, leur évolution comme autant de petites révolutions intérieures. Chaque acteur joue tout en retenue, c'est criant de vérité. On peine à imaginer que pour la plupart c'est une première apparition à l'écran. Il y a d'ailleurs une résonance autobiographique pour Jesuthasan Antonythasan qui interprète Dheepan et dont le parcours d'enfant soldat a servi de matière à ses romans.


Le Vox (Fréjus) : jeudi 17h40 et samedi 18h
Lorgues : samedi et dimanche 18h
Salernes : vendredi 18h et samedi 20h30

 

While We're Young
WHILE WE’RE YOUNGÉcrit et réalisé par Noah BAUMBACH
USA 2015 1h37mn VOSTF
avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried, Charles Grodin...

Noah Baumbach, on l'avait laissé sur le petit nuage du succès aussi considérable qu'inattendu de son précédent film : Frances Ha (désormais disponible en Vidéo En Poche). Une miniature charmante et pleine d'allant, un peu anodine mais charmante. Avec ce While we're young (traduction littérale : pendant ou tant que nous sommes jeunes), celui qu'on peut considérer comme le favori au titre officiel de successeur certifié de Woody Allen place la barre nettement plus haut et nous livre un modèle de comédie new-yorkaise, autrement dit diablement intelligente, voire cérébrale (ce qui n'est pas un défaut), brillante, sophistiquée, drôle, mélancolique, merveilleusement interprétée (Ben Stiller et Naomi Watts sont particulièrement bons et justes et crédibles) et délivrant quelques vérités bien senties sur pas mal de sujets qui n'intéressent pas seulement la petite communauté arty du New-York bohème.

New York donc. La communauté artistique donc. Des hommes et des femmes. En couple. Leurs névroses souvent tordantes apparaissent à travers des conversations relevées et éloquentes, des échanges qui amusent ou déchirent, des scènes douces, amères, ou les deux en même temps. Deux couples. Josh et Cornelia ont bien entamé la quarantaine. Jamie et Darby s'épanouissent dans la vingtaine. Une vingtaine vintage, en quelque sorte, puisque volontiers tournée vers le passé : ces deux jeunes ostensiblement non conformistes consomment la culture de leurs « aînés » à la façon d'hier (disques vinyles, films sur VHS), aiment faire du patin à roulettes et utiliser une machine à écrire (électrique quand même) plutôt qu'un ordinateur. Des électrons libres qui ne manquent pas de séduire Josh et Cornelia, aux prises avec une maturité-venue-par-surprise-et-bien-trop-tôt. Attendez, là, avoir besoin de lunettes pour lire ? Faire de l'arthrite ? C'est pour eux ? Pas possible ! Pas déjà !
L'amitié se tisse entre les quatre, d'autant que les meilleurs – pour ne pas dire seuls – amis du couple « mûr » viennent d'avoir un enfant, et il faut bien le dire : il n'y a rien de plus barbant pour un couple sans enfant que de fréquenter un couple qui vient d'en avoir un, surtout quand tout ce beau monde commence à prendre de la bouteille ; d'autant également que Josh, qui enseigne le cinéma à la fac en attendant de mettre un point final au documentaire sur lequel il travaille depuis dix ans (!), retrouve beaucoup de lui-même jeune en Jamie, aspirant documentariste qui fait partie de ses étudiants, mais en auditeur libre, pas question non plus de rentrer dans le moule universitaire. Naissance d'un tandem mentor/élève menant une quête artistique, quoi.

Le décor est planté, les protagonistes bien campés. Les deux premiers tiers du film sont piquants, vifs, délurés, servis par des dialogues naturels en mots et honnêtes en émotions. Le dernier tiers prend un virage assez inattendu, il déstabilise un peu par une gravité que n'annonçait pas l'heure précédente.
Aujourd'hui lui-même dans la mi-quarantaine, Noah Baumbach explore ici avec adresse, sans illusions mais sans cynisme, le fossé entre deux générations où la jalousie peut aller (ou va) dans les deux sens. L'anxiété des plus âgés et la liberté de penser des plus jeunes sont-elles antagoniques ou complémentaires ? Ou le reflet du passé pour les uns et de l'avenir pour les autres ? Ou les deux faces, maquillées par l'âge ou la jeunesse, d'une même médaille ? Question subsidiaire : l'ambition et le calcul qui va souvent avec sont-ils bien du côté où on croit qu'ils sont ?
On peut donc émerger de While we're young avec un tas de questions en tête et quelques réflexions en bandoulière. On peut aussi simplement y passer un bon moment en bonne compagnie. Ou plutôt, un excellent moment. En excellente compagnie.
(merci à S. Sarfati, lapresse.ca)


Cotignac : vendredi 18h

 


Comme un avion
COMME UN AVIONÉcrit et réalisé par Bruno PODALYDÈS
France 2015 1h45mn
avec Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Michel Vuillermoz, Jean-Noël Brouté, Pierre Arditi...

Si l'on excepte ses adaptations de Gaston Leroux où il joue à Rouletabille, Bruno Podalydès consacre ses films(Dieu seul me voit, Liberté Oléron, Adieu Berthe…) à des personnages ordinaires dont soudainement la foldinguerie éclate au grand jour de manière comico-poétique. Et ça donne des comédies aussi originales que réjouissantes…
Le personnage de Michel (joué par le réalisateur lui-même) n'échappe pas à la règle. Il est infographiste dans une boite tranquillement dirigée par son copain Rémi, quelque part dans l'Ouest parisien. Toute la journée il reste derrière son écran à modéliser en 3D des formes diverses. Mais quand vient la fin de la journée, l'esprit de Michel s'élève au firmament à travers sa passion : la glorieuse histoire de l'Aéropostale, qui fut fatale à Saint Exupéry. Et quand il met le contact de son scooter pour rentrer chez lui, il s'imagine un peu en Mermoz derrière le manche à balai de son Latécoère. Chez lui l'attend souvent Rachel (lumineuse Sandrine Kiberlain), la femme de sa vie, qui regarde avec tendresse ses petites manies et accepte sans sourciller la décoration de l'appartement, uniquement dévolue à la compagnie aérienne et aux objets qui s'y rapportent. Les collègues ne s'y trompent pas et quand c'est l'anniversaire de Michel, les cadeaux sont exclusivement liés à l'aviation.

Mais la vie du monomaniaque va prendre un tour étrange : en cherchant des palindromes (des mots qui se lisent de droite à gauche aussi bien que de gauche à droite), il s'attarde sur une image de kayak (qui en est un, palindrome). Et soudainement se rend compte de la silhouette purement aéronautique de l'objet. Son obsession se transfère d'un coup sur l'embarcation. Il commande en secret un modèle de luxe en kit, qu'il assemble à grand peine dans son salon avant de le monter sur le toit de son immeuble… La suite va voir notre Michel, finalement soutenu par Rachel, se lancer, une fois l'intégralité de l'équipement du kayakiste hi-tech commandé, à l'assaut d'une rivière, en l'occurrence un très paisible cours d'eau, puis s'arrimer au bout de seulement quelques kilomètres à proximité d'une auberge estivale tenue par Lætitia (Agnès Jaoui troublante de sensualité) pour finalement bien plus de temps qu'il ne faudrait.

Comme un avion célèbre le pas de côté que nous pouvons tous faire un jour ou l'autre, aussi rangées soient nos vies. Michel transforme un hobby obsessionnel en moyen de s'échapper pour quelques jours dans un havre de paix et de liberté, l'auberge de Laetitia qui semble doucement retirée du monde, en tout épicurisme.
Comme un avion joue autant de l'humour burlesque du personnage de Michel, urbain maladroit, encombré de tout un tas de gadgets inutiles comme s'il se lançait dans un raid sur le Zambèze, que de la poésie engendrée par son escapade. Et le film est habité par une galerie de personnages secondaires touchants ou drôles : formidable Vimala Pons en jeune serveuse bohème un chouia dépressive, qui pleure à chaque pluie en souvenir d'un chagrin d'amour arrosé, ou Michel Vuillermoz en client éternel de l'auberge qui s'enfile absinthe sur absinthe entre deux travaux de peinture, et pour finir l'hilarant Pierre Arditi, dans le rôle d'un pêcheur irascible qui ressemble diablement à Pierre Arditi…(Utopia)


Cotignac : lundi 21h
 

Pour adhérer il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer à l'association du ciné-club Entre Toiles

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