Au(x) cinéma(s) du 4 au 10 décembre 2019

Bonjour à tous !
 
Prenez d'abord note de notre prochain rendez-vous Entretoiles le dimanche 15 septembre, sur le thème "Libéralisme !!!" avec 2 films : Adults in the room de Costa Gavras, les dessous des tractations entre la Grèce et l'Europe, tournés comme un thriller à suspens, et  Gloria mundi de Robert Guediguian, qui visite les ravages des boulots galère et de l’uberisation....
Le 5 janvier, nous vous proposerons Ne croyez surtout pas que je hurle,  de Franck Beauvais, un film comme il n'en existe aucun autre, un journal intime totalement hors normes, et le 19 janvier une soirée sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, Camille, elle aussi.
Le 15 décembre, nous serons à votre disposition dans le hall pour que vous puissiez, si vous arrivez en avance, renouveler votre adhésion Entretoiles pour 2020.
 
Dans le cadre du Ciné Club à CGR allez voir le dernier film de Christophe André, Chambre 212, un merveilleux divertissement, léger et profond à la fois. Dans la programmation ordinaire de CGR, plusieurs films qui en valent la peine : Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un prolongement respectueux de l'épopée de Victor Hugo,  qui nous prend à la gorge avec le même sentiment d'injustice, un film choc, salutaire, jamais manichéen, (aussi à Lorgues et Cotignac),  J'accuse le dernier film de Polanski une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d'un homme, sa réhabilitation mais aussi l'ambiance de l'époque, La Belle Époque  de Nicolas Bedos où le réalisateur livre un film foisonnant à la fois émouvant et sarcastique sur les affres du couple, et enfin Hors normes de E Toledano et O Nakache, un film qui prend à bras le corps à la fois le sujet de la difficulté de l'accueil des handicapés et celui de l'engagement social à corps perdu, (Salernes aussi).

A Lorgues, Les éblouis de Sarah Suco, un film salutaire et palpitant sur les dérives sectaires qui arrivent même dans certaines communautés tout ce qu'il y a de plus catholiques(aussi à Cotignac et au Vox),et Tout est possible de John Chester, un documentaire sur le retour à la terre, puissant et plein de suspens.

A Salernes, vous pouvez vous faire une petite après midi "polars politiques", avec El reino de Rodrigo Sorogoyen, film palpitant sur les dessous des cartes et la corruption en Espagne, et Rojo de Benjamin Naishtat, à la fois polar noir et récit historique.

Au Vox à Fréjus, ne ratez pas It must be heaven de Elia Suleiman, une œuvre singulière, merveilleusement drôle, et éminemment politique. Sinon, Gloria mundi de Robert Guédiguian qui poursuit sa chronique Marseillaise témoignant des mutations du monde et de sa ville ,un beau film poétique pour un constat sombre et  Proxima un film d'Alice Vinocour sur une femme astronaute avec les questions et les doutes qui entourent cette aventure au féminin. Mais aussi pour une seule séance le merveilleux documentaire, Pour Sama, de Waad el Kateab, un journal intime poignant tourné en plein siège d'Alep.
 

Voilà : vous avez de quoi faire dans les salles obscures !  Profitez bien et bonne semaine de cinéma ! 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

CHAMBRE 212

Écrit et réalisé par Christophe HONORÉ - France 2019 1h30mn - avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Benjamin Biolay, Camille Cottin, Carole Bouquet...

CHAMBRE 212À l'ombre protectrice et revendiquée de Woody Allen, Ingmar Bergman et Bertrand Blier, Christophe Honoré nous offre un merveilleux divertissement, léger et profond à la fois, qui est aussi une déclaration d'amour au cinéma, art magique par la grâce duquel tout est possible pour peu que l'on abandonne, ne serait-ce que brièvement, notre désespérante exigence de rationalité. Quel bonheur de croire, une heure trente durant, qu'il serait possible de revenir en arrière et changer le cours des choses, aimer à nouveau comme au premier jour, croiser même les morts et retrouver un peu de cette fulgurance qui nous rend furieusement vivants ! Christophe Honoré et sa bande de saltimbanques réussissent un délicieux tour de passe-passe qui vous entraînera quelque part de l'autre côté de l'arc-en ciel, à peine franchi le seuil de la chambre 212.

Sacha Guitry – auquel on pense également – y perdrait son latin : ce sont les femmes adultères qui se planquent dans les placards, revenant tout sourire au bercail sur un air de « même pas grave », fortes de leur jouissance et de cette évidence que la passion amoureuse s'étiole méchamment au fil des ans. Et ce sont les hommes qui pleurent et se lamentent, s'acharnant à espérer que d'un volcan éteint pourra rejaillir le feu. Voeu pieux ? Maria donc, enseignante très à cheval sur le suivi personnalisé de ses élèves – surtout quand ils portent un prénom sexy –, s'est fait une raison, sans dramatiser ni tirer de conclusion définitive : entre Richard et elle, après des années de vie commune, la flamme s'est étouffée, la passion s'est émoussée. Et ce soir-là, peut-être parce que Richard porte un horrible bermuda avec des chaussettes flageolant à mi-mollets, ou peut-être parce qu'elle en a assez de lui jouer la comédie légère, elle décide de prendre la tangente, et un peu de recul, pour retrouver son souffle, faire le point.
Elle traverse la rue. Pousse la porte de l'hôtel. Prends une chambre dont la fenêtre donne précisément sur son appartement, sa vie, son homme qui pleure devant sa machine à laver. Une vue idéale sur son mariage en panne pour enfin s'envisager de l'intérieur. Mais pour la réflexion en solitaire, c'est raté : voilà que la chambre d'hôtel est envahie par une foule sentimentale de protagonistes, bien décidés à s'exprimer même si on ne leur a rien demandé, à apporter leur contribution à ses réflexions intérieures, voire, pire, à lui faire moult reproches sur sa légèreté ou sa conduite passée, ses désirs de liberté qui en ont blessé plus d'un.
Au premier rang de ces intrus : Richard himself, vingt ans et vingt kilos en moins, tel qu'il était le jour où ils se sont rencontrés, puis il y a tous ses amants, et même sa mère pour les comptabiliser. Il y aussi sa conscience, qui s'est mise sur son trente et un… sans oublier Irène. Celle que Richard aurait dû épouser, son tout premier amour.

Autant dire que la nuit va être mouvementée… Comment résister au corps jeune et plein de fougue de Richard ? Comment se dépatouiller dans cette conjugaison existentielle où présent, passé et futur s'emmêlent joyeusement les pinceaux ? Mais surtout : Maria doit-elle traverser la rue en sens inverse ?
Le film avance comme dans un rêve, révélant au cœur d'un dispositif volontairement théâtral une sublime authenticité des êtres et des sentiments. Tout coule, tout est fluide, la narration et les dialogues sont ultra-rythmés, tout comme la musique (toujours en mode majeur chez Honoré). Chef d'orchestre virtuose à la tête d'une troupe de comédiens de haute volée (Chiara Mastroianni en majesté, les menant tous à la baguette), Christophe Honoré signe ici une rêverie éveillée lumineuse et c'est un enchantement.(Utopia)

CGR ciné club : Tous les jours à 18h

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

Point de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…

Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR   mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 et mardi 10 13h35, 17h50, 20h, 22h10, jeudi 5, samedi 7 et lundi 9 13h25, 15h55, 20h, 22h10

Lorgues : mercredi 4 et samedi 7 à 16h, dimanche 8 20h, lundi 9 19h

Cotignac : jeudi 5 20h30, lundi 9 18h

 

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.

Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.
La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…
C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée »… (Utopia) 
CGR : mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 et mardi 10 16h30, 19h20, jeudi 5, samedi 7 et lundi 9 19h40
 

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMES« Ces jeunes-là, personne n’en veut ». Ils sont « hors normes ». On les transbahute d’hôpital en hébergement médicalisé, on les balade de service psychiatrique en centre social. Les institutions dûment agréées par l’État se les refilent comme des patates chaudes, filtrant au passage ceux qui leur paraissent les plus gérables, les moins handicapés par leur pathologie, ceux dont ils peuvent espérer contrebalancer les déficiences. Mais les autres ? Pour les autistes diagnostiqués « lourds », rien n’est prévu – de fait, personne n’en veut. Ils sont la mauvaise conscience de la société, qui se détourne ostensiblement des enfants, de leurs parents, des soignants…
Les héros du film n’en sont évidemment pas. « Hors normes » suit l’action de deux bonshommes qui, sans cape de Batman ni collants fluo, font basiquement ce que leur conscience leur ordonne. Deux hommes simplement pétris d’humanité, prêts à tout donner, de leur temps, de leur énergie, de leur personne, pour que les derniers des laissés-pour-compte aient un lit, un accueil, une écoute, le minimum vital d’attention. Parce qu’il y a ces gamins autistes, dont personne ne veut et dont il faut bien, en définitive, que quelqu’un s’occupe. Parce qu’il y a ces autres gamins, qui viennent généralement d’au-delà du périph’, stigmatisés, racisés dit-on aujourd’hui, dont personne ne veut non plus d’ailleurs et qui s’imaginent condamnés à dealer et traîner leur inutilité sociale de leur lit à Pôle emploi. Au milieu de ce bazar, il y a donc Stéphane et Daoud. Aussi dissemblables que possible, chacun s’affairant dans une communauté dont on voudrait à toute force nous convaincre qu’elle serait antagoniste de l’autre (le film nous montrera évidemment qu’il n’en est rien, mais qui en aurait douté ?). L’un, Stéphane, est vieux garçon, juif pratiquant, et son célibat est comme le rocher sur lequel viennent inexorablement s’échouer les trésors d’inventivité que déploient les marieuses de son entourage pour lui trouver une âme sœur, quitte à écumer inlassablement les communautés juives des quatre coins de l’Hexagone. L’autre, Daoud, est musulman, mari et père aimant, d’une banalité exemplaire, plutôt bon vivant et rame pour trouver ne serait-ce qu’un peu de temps à consacrer à sa famille.

Daoud est le fondateur et la cheville ouvrière de l’association « Le Relais IDF », qui forme des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux, et tente en parallèle de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes difficiles, qu’on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Stéphane, lui, serait sans doute enclin à convoler avec les charmantes demoiselles que des âmes charitables lui présentent, s’il n’était pas de jour comme de nuit accaparé par « Le Silence des Justes », l’association qu’il tient à bout de bras, consacrée à l’accueil inconditionnel des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles.
Deux hommes, deux engagements pour la même urgence, la même humanité, qui se côtoient, se suivent, s’épaulent, intimement convaincus de la nécessité et de la puissance de l’action collective. Au-delà de leur portrait, c’est tout le petit peuple des travailleurs sociaux, des jeunes en rupture de banlieue, des autistes relégués au fin fond de l’indifférence des pouvoirs publics, que la caméra chaleureuse et bienveillante de Nakache et Toledano enveloppe dans le grand mouvement du film choral teinté d’humour qui, de Samba au Sens de la fête, reste leur meilleure marque de fabrique. Ils mettent en musique avec ampleur et générosité la difficulté d’être différent, d’être ostracisé, et prennent doucement le spectateur par la main pour affronter son propre regard sur le handicap. Sans une once de niaiserie ni de condescendance, mais en privilégiant toujours dans les hommes ce qu’ils ont de meilleur. On en sort ému, ragaillardi, et, concernant la place faite aux enfants autistes, la colère prête à exploser. (Utopia)

CGR : de jeudi 5 à mardi 10 : 10h50

Salernes : mercredi 4 18h, vendredi 6 18h30, samedi 7 21h, lundi 9 20h30, mardi 10 18h30, 21h

LA BELLE ÉPOQUE 

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55mn - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...

La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…

Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit. (Utopia)
CGR : mercredi 4 18h10, jeudi 5, samedi 7 et lundi 9 15h50
 

LES ÉBLOUIS

Sarah SUCO - France 2019 1h39 - avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, Céleste Brunnquell... Scénario de Sarah Suco et Nicolas Sihol.

LES ÉBLOUIS

La famille Lourmel a tout de la famille provinciale ordinaire. Une famille nombreuse, 4 enfants, assez traditionnelle et catholique. La fille aînée, Camille, 12 ans, se passionne pour ses cours de cirque lors desquels son professeur tente de faire sortir l'âme de clown qu'elle pourrait avoir en elle. Certes la maman, Christine, semble un peu dépressive et ostensiblement sévère, rechignant par exemple à ce que Camille aille dormir chez une copine après les cours. Quant au père, Frédéric, il se montre un chouia effacé, paraît résigné face aux exigences parfois injustifiées de son épouse. Et puis il y a la paroisse, mais rien d'extraordinaire à raconter sur elle, une paroisse menée par un curé charismatique et débonnaire que les fidèles appellent étrangement et affectueusement « le berger », une petite communauté chrétienne chaleureuse dont les Lourmel suivent assidûment les activités, entre solidarité avec les personnes âgées ou les nécessiteux et repas dominicaux partagés. Le père, enseignant pas forcément épanoui dans son métier, et la mère, désœuvrée et neurasthénique, trouvent visiblement dans ces activités pastorales une certaine plénitude.
Puis, insensiblement, l'influence de la communauté religieuse va se faire plus pesante : le berger incite les parents à retirer Camille de son cours de cirque, sous prétexte qu’il lui enseignerait l'ironie et le culte excessif du corps ; puis il leur demande de venir vivre aux côtés d'autres frères et sœurs dans une grande maison communautaire adossée au presbytère. Progressivement se mettent en place tous les mécanismes de l'engrenage sectaire : éloignement des proches hostiles au choix religieux par le biais de procédés diffamatoires ; répétitivité des rituels parfois absurdes, exorcismes ou autres, notamment quand les fidèles bêlent de concert pour appeler la venue du « berger »…
La très chouette actrice Sarah Suco, découverte notamment dans les films de Louis-Julien Petit (Discount et Les Invisibles) passe ici derrière la caméra et elle n'a pas fait ce grand saut par hasard. Son film est d'ailleurs dédié à ses jeunes frères et sœurs car elle a dû vivre avec eux durant dix ans dans une communauté semblable à celle du film, d’où l’authenticité de son récit. Les Éblouis se garde bien de tomber dans la caricature, et le film décrit bien ces petits riens qui font basculer de la normalité à l'étrangeté, voire pire. Les personnages des parents, remarquablement campés par Camille Cottin et Eric Caravaca, tout en ambivalence, évoquent des sentiments troubles, entre adhésion aveugle à la logique sectaire et amour sincère de leurs enfants. Face à eux, Jean-Pierre Darroussin est formidable en prêtre tour à tour bienveillant et franchement inquiétant.
Mais ce qui emporte l’adhésion, c'est la vision en permanence à regard d'enfant et par extension le regard autobiographique de la réalisatrice. On est d'autant plus impressionné que tout ce qui est décrit ne se passe pas au cœur d'une cellule djihadiste ou d'une section de raéliens en voyage cosmique, mais bien dans une communauté catholique, tout à fait autorisée, comme il en existe des centaines en France (il suffit de chercher sur internet le réseau de la communauté des béatitudes), alors qu'on estime qu'il y aurait chaque année dans notre pays entre 50 000 et 60 000 enfants victimes de dérives sectaires. Le film est non seulement palpitant mais aussi salutaire.(Utopia)

Lorgues : mercredi 4 et samedi 7 20h, dimanche 8 16h, lundi 9 17h

Cotignac : vendredi 6 18h

Vox : mercredi 4, vendredi 6, samedi 7 et dimanche 8 16h05, jeudi 5 13h50, 18h15, lundi 9 13h45, 17h55, mardi 10 13h50, 20h45

TOUT EST POSSIBLE : the biggest little farm

John CHESTER - documentaire USA 2019 1h22 VOSTF - avec la famille Chester...

TOUT EST POSSIBLE : the biggest little farmC’est sans conteste un documentaire mais il faut vraiment se le répéter pour s’en convaincre pendant la projection : on est en plein coeur d’une action tendue, palpitante, un vrai film d’aventure ! La puissance de ce film tient à l’art de la narration, le réalisateur est un véritable conteur de sa propre vie. Il y insuffle juste ce qu’il faut de suspense, d’émotions sans jamais qu’elles ne débordent. S’il partage une part intime, il le fait avec une telle dignité et une telle classe que rien n’est pesant.

Les premières images sont saisissantes. Un incendie violent dévaste la campagne californienne. Face aux flammes immenses, des hommes, des bêtes, des arbres… fragiles et démunis. Malgré tous les efforts déployés, des fermes entières sont menacées d’être balayées de la carte. Tous retiennent leur souffle. Ce jour-là, Apricot Lane, le domaine de Molly et John Chester, sera épargné. Ouf ! Mais que sont donc venus faire ces deux citadins dans cette galère ? L’aventure démarre huit ans plutôt. Nos deux amoureux gagnent à l’époque bien leur vie, Molly grâce à ses talents de cuisinière blogueuse, John en tant que documentariste, photographe animalier pour la presse. Ils coulent des jours paisibles et confortables. C’est un coup de foudre qui va venir bousculer le cours de leur existence. Lors d’un reportage, John rencontre Todd. Tous deux tombent irrémédiablement en amour. John ne peut que ramener sa conquête à la maison. Quand il la présente à Molly, elle est conquise à son tour par les grands yeux bleus du doux chien aux poils d’ébène. Pas de scène de couple donc, Todd est adopté, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes… Sauf pour les voisins de leur minuscule
immeuble ! Car s’il y a bien un truc que Todd déteste, c’est rester seul et il le fait savoir en hurlant à la mort !
Après quelques avertissements, le trio finira par se faire expulser. Les Chester y verront le signe d’un nouveau départ. Ce n’est pas un simple pavillon de banlieue qu’ils vont offrir à Todd, mais un terrain de 300 hectares ! Voilà nos cultivateurs en herbe, dont l’expérience se résume à faire pousser des tomates sur un balcon, en train de convaincre banquiers et copains de leur prêter quelques milliers de dollars pour se reconvertir dans l’agriculture : c’est simple, ils ont lu des bouquins sur le sujet ! Autant dire que c’est pas gagné ! Mais Molly et John ne sont pas du style à baisser les bras. Les voilà à la tête d’une terre aride à en tirer la langue, un sol épuisé sur lequel personne ne parierait, mais à portée de leur bourse. Et c’est là que commence la véritable épopée, celle de la reconquête d’un territoire par la vie. John nous la conte avec sa voix enjouée, ses mots drôles et touchants, ses images splendides. On entre dans l’intimité des animaux. On est étonnés par l’histoire du coq amoureux d’une truie (Emma). Inquiets pour l’agneau bicolore orphelin rejeté par les siens. Émerveillés par les naissances en direct, le vol d’un colibri. Dépités par les ravages des nuisibles et des coyotes. C’est aussi prenant qu’un roman feuilleton.
Les cinq premières années seront rudes, pleines de déboires, d’incertitudes… De son propre aveu, le réalisateur doute du succès, se refusant à tout angélisme, à tout prosélytisme. Puis progressivement l’étroite collaboration tant espérée avec la nature se met en place, sans herbicide, ni pesticide, ni assassinat de souris… Nul besoin de grands discours, la manière dont tout bourgeonne, explose, la biodiversité retrouvée sont la plus belle démonstration. Si une grande petite ferme ne peut à elle seule reverdir le blason de la planète, elle peut y contribuer ! (Utopia)

Lorgues : mercredi 4, samedi 7 et dimanche 8 18h, lundi 9 21h

 

EL REINO

Rodrigo SOROGOYEN - Espagne 2018 2h11mn VOSTF - avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, José Maria Pou, Nacho Fresneda, Ana Wagener, Barbara Lennie... Scénario d'Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen.

EL REINO« La corruption politique en Espagne – et surtout, la totale impunité de ses leaders depuis une dizaine d’années – nous a laissés, ma co-scénariste Isabel Peña et moi, d’abord perplexes, indignés puis déprimés, et enfin presque anesthésiés. C’est la répétition des affaires de corruption de ces dernières années qui nous a décidés à raconter cette histoire. Comme dans Que Dios nos perdone, nous voulions faire un thriller, un film à suspense qui accroche le spectateur mais qui parle aussi des êtres humains et de leur noirceur. »

Le royaume (el reino) est donc celui, peu reluisant mais palpitant, du dessous des cartes, des magouilles politicardes. L’idée de génie du film est de ne pas aborder son sujet de façon classique et de choisir comme protagoniste principal celui qui a tout pour être un anti-héros, d’adopter son angle de vue, de le marquer constamment à la culotte. Au fur et à mesure que son univers s’effondre, on est pris par la tension d’une fuite en avant de plus en plus vertigineuse qui s’accélère inexorablement. L’excellente bande son (musique d’Olivier Arson), omniprésente, contribue à électriser l’atmosphère, à nous clouer à nos sièges. Le travail de l’image (signé Alex de Pablo), tout aussi brillant, renforce encore le sentiment de malaise, nous propulsant d’un univers clinquant à celui, introverti, du protagoniste qui perd progressivement pied. On colle à son rythme : analyser, réfléchir, réagir toujours plus vite… Comme lui on finit par ne plus respirer, pris dans un étau entre ce qui pourrait être la réalité ou le fruit de son imagination. On est entrainé par un tel tourbillon qu’on finirait presque par avoir de l’empathie pour ce pourri qui nous hérisse pourtant. Par ressentir dans nos chairs, plus que par comprendre, pourquoi des mecs pourtant intelligents, quand ils sont pris la main dans le sac, s’enferrent contre toute évidence à mentir… Si cela se passe en Espagne, je vous jure « les yeux dans les yeux » que cela nous rappellera furieusement quelques scandales à la française !

L’action démarre dans un restaurant de luxe, autour d’un plateau de fruits de mer débordant de gambas plus énormes et plus rouges que partout ailleurs. Ici l’herbe est plus verte que partout ailleurs ! On ingurgite goguenards et sans s’extasier les vins millésimés, la cuisine fine, on se gausse, on critique les absents, on trame des complots avec des airs entendus. Il nous faut un moment pour comprendre qu’on est dans la cour des grands, des puissants de ce monde, parmi lesquels une seule et unique femme. Tellement sûrs d’eux, de leur impunité éternellement acquise qu’ils en finissent par oublier d’être discrets. C’est à l’heure du digestif, quand sort de l’ombre un petit carnet où sont alignés les comptes occultes de campagne, qu’on sait définitivement qu’on est dans une grande famille politique. Laquelle ? Ce ne sera jamais dit… Les scénaristes ont pris soin de doter le parti fictif du film des mêmes caractéristiques que les formations politiques qui s’affrontaient en Espagne en 2007, année où se situe l’action.

Pour Manuel López-Vidal (Antonio de la Torre, juste parfait !), l’un des cadors de la petite bande plus habituée aux yachts qu’au métro, l’avenir s'annonce radieux. C’est au moment où il est sur le point de satisfaire son ambition galopante, de passer à la direction nationale, qu’un bon gros scandale dévoilé par la presse va éclater : malversations, corruption, compte d’initiés… Alors qu’ils nageaient tous dans les mêmes eaux glauques et profondes, Manuel va vite comprendre que c'est sur lui seul que la nasse risque de se refermer. Ses alliés de jadis auront tôt fait de charger sa barque pour se défausser et ne pas sombrer avec lui. Mais notre bouc émissaire n’a pas dit son dernier mot… (Utopia)

Salernes : dimanche 8 à 15h

ROJO

Écrit et réalisé par Benjamin NAISHTAT - Argentine/Brésil/France 2018 1h50mn VOSTF - avec Dario Grandinetti, Andrea Frigerio, Alfredo Castro, Laura Grandinetti, Diego Cremonesi... Festival de San Sebastian 2018 : Meilleur réalisateur, Meilleur acteur, Meilleure photographie.

ROJORojo – découvert lors du Fifib 2018 – prend place en Argentine en 1975 et revient sur une période particulièrement sombre du pays, lorsque la dictature militaire est en train de s'installer. Pour faire revivre à l'écran ce moment charnière, Benjamin Naishtat a apporté un soin tout particulier à l'ambiance du film, travaillant l'image et le son à la manière des grands thrillers politiques des années 70 : le jeune réalisateur revendique l'influence de Francis Coppola et de Sidney Lumet, on y pense en effet, ainsi qu'à Costa-Gavras. Cet environnement visuel renforce grandement la véracité du propos et immerge le spectateur dans une intrigue et une atmosphère à la croisée des genres. Un film troublant qui joue avec nos nerfs et nous questionne sur la lâcheté humaine.

Claudio, avocat réputé et notable local, mène une existence confortable, acceptant de fermer les yeux sur les pratiques du nouveau régime en place. Alors qu'il attend sa femme au restaurant, il est violemment pris à parti par un inconnu. Claudio humilie publiquement l'homme et finit de dîner tranquillement avec sa compagne. Plus tard dans la soirée, les deux hommes se recroisent et cette fois-ci, l’altercation vire au drame. Claudio va faire en sorte d’étouffer l’affaire en jouant de sa position, sans se douter que cette décision va l’entraîner dans une spirale sans fin.
Claudio s'accommode du régime en place et ferme les yeux sur ses pratiques liberticides, cela pose clairement une question morale au spectateur. Comment réagirions nous si nous étions dans sa situation ? Entre cynisme et lâcheté, Claudio défend avant tout ses propres intérêts. On imagine aisément une grande partie de la population se comporter de cette manière alors que le pays est en train de sombrer dans la dictature.

À la fois polar noir et récit historique, le film bascule par moment dans l'humour, en particulier dans les dialogues, et permet de faire baisser la tension permanente qui pèse sur les épaules de Claudio. Cette menace est d'ailleurs remarquablement interprétée à l'écran par Alfredo Castro, l'acteur fétiche de Pablo Larrain, qui joue un détective chilien plus qu'inquiétant. À chacune de ses apparitions, le climat devient anxiogène et laisse planer un danger imminent.
Pour la photographie, l'utilisation de couleurs à dominantes verte, ocre et rouge confère au film une patine seventies saisissante. À l'instar de son étonnant premier film, Historia del miedo (montré chez nous en 2014), on sent que la bande sonore a été travaillé avec minutie. On retrouve également ce souci du détail dans les recherches effectuées sur les décors et les costumes, qui sont eux aussi plus que convaincants. Il faut avouer que le résultat final est assez impressionnant. (Utopia)

Salernes : dimanche 8 18h

IT MUST BE HEAVEN

Écrit, réalisé et interprété par Elia SULEIMAN - France / Palestine 2019 1h40mn - Festival de Cannes 2018 : Mention spéciale du Jury.

IT MUST BE HEAVENOn nous permettra de considérer cette Mention spéciale, créée pour l'occasion par le jury du dernier Festival de Cannes, comme une Palme d'Or ex-aequo qui rassemblerait dans un même enthousiasme deux films aussi différents que Parasite et It Must be heaven. Lequel s'est vu en outre distingué par le Prix amplement mérité de la Fédération Internationale de la Presse Cinématographique. Il fallait bien ça pour mettre en lumière une œuvre aussi singulière, secrète et accueillante, merveilleusement drôle en même temps qu'éminemment politique et offrant de multiples niveaux de lecture. L’univers d’Elia Suleiman n’est pas sans rappeler celui d’un Jacques Tati ou d’un Buster Keaton. Tout aussi tendre, imaginatif, il se moque de toutes nos contradictions, même des siennes propres. Il excelle non seulement dans le domaine de la dérision, mais dans celui de l’auto-dérision salutaire. Une fois de plus, Elia Suleiman interprète d'ailleurs lui-même son alter ego autant onirique que réel. Existe-t-il une part d’autobiographie dans le récit ? Quelle est la part d’affabulation ? Qu’importe ! Ce qui est vrai, c’est le regard décalé de l’artiste sur le monde, son art de l’extrapolation, servi par une mise en scène magistrale. Chaque cadre est un authentique bijou de composition, l’image est splendide, tirée à quatre épingles (il faut préciser que son directeur de la photographie est Sofian El Fani, celui de La Vie d’Adèle, de Timbuktu…).

Ça commence par une histoire à rebondissements autour d’un citronnier en Palestine. Alors qu’Elia Suleiman vient de trier quelques vieilleries dans la maison encore endeuillée de sa mère et qu’il prolonge ses rêveries dans un verre de vin, son oreille est attirée par un bruit dans le jardin. Il surgit alors tel un suricate derrière la balustrade du balcon. Surpris, son voisin, qui s’était introduit en catimini dans le jardin maternel pour le dépouiller de ses citrons, se transforme en moulin à paroles comblant le silence laissé par Elia qui l’observe de ses grands yeux étonnés, son éternel chapeau vissé sur la tête. Entre deux épisodes à répétition de cette mésaventure qui va devenir de plus en plus croustillante, se grefferont une cascade de saynètes drolatiques. La cavalcade effrayante et risible d’hommes armés dans une rue déserte, le repas terne d’une jeune femme prise en sandwich entre un inénarrable duo de frères barbus…
Si le premier tiers de l’action prend vie dans la cosmopolite Jérusalem, elle va s’envoler finement vers d’autres capitales. Paris tout d’abord où notre homme mutique regarde passer des femmes irréelles, comme tombées de gravures de modes, un sans-papier poursuivi par une horde de flics, un défilé du 14 juillet auquel une moto-crotte emboîte le pas, un char orphelin déambulant de façon improbable, le ballet d’éboueurs noirs ou celui de touristes asiatiques… Paname sage comme une image de carte postale, vidée de ses citoyens, de sa substantifique mœlle… Viendra ensuite le tour de New York, ses checks points, ses étals de légumes qui la font ressembler à un souk. Le bougre se joue des clichés, s’en gargarise, greffant des éléments ubuesques qui évoquent le fantôme de son pays. Chaque plan extrêmement chorégraphié nous parle en creux du conflit israélo-palestinien, dresse une critique inquiète de l’inflation sécuritaire, du climat de tension mondial.
Si on a pu croire un instant le scénario inexistant, il se révèle au contraire extrêmement bien ciselé jusqu’à faire transparaître une thématique puissante en filigrane qui va relier ces paraboles contemporaines, tour à tour burlesques ou poétiques, entre elles. Avec une ténacité toute balzacienne, Elia Suleiman compose sa propre comédie humaine, caustique, désabusée. Ses mines taquines, incrédules, questionnent ce qu’on appelle nos civilisations. Elles mettent en relief la bêtise des hommes, leur sauvagerie, leur égoïsme. Chaque silence se fait éloquence, tandis que le cinéaste promène son regard sans parole sur un monde devenu fou qu’il réenchante malgré tout.
It must be heaven se traduit évidement par « ce doit être le paradis ». Le constat est cinglant : si tant est qu’il existe, il n’est pas sur cette terre. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 4, vendredi 6 et samedi 7 13h50, 18h20, jeudi 5 16h10, 20h30, dimanche 8 13h50, 20h30, lundi 9 15h50, 20h, mardi 10 16h15, 18h30

GLORIA MUNDI

Robert GUÉDIGUIAN - France 2019 1h47 - avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Desmoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet... Scénario de Serge Valetti et Robert GuédiguianFestival de Venise 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride

Gloria mundi s’ouvre sur une joyeuse naissance, une mise au monde. Mais quel monde exactement ? Gloria, qui vient de pousser ses premiers cris, esquisse également ses premiers sourires et, à cet instant-là, cette question perd de son importance. Le chômage, les guerres, le réchauffement climatique… soudain tout parait si lointain. L’essentiel, ce sont ces petits doigts de porcelaine fine qui essaient d’appréhender leur nouvel univers, ces lèvres délicates qui cherchent le sein de Mathilda (Anaïs Demoustier), la mère. C’est fou le pouvoir d’un si petit être. Autour d’elle, son père Nicolas (Robinson Stévenin) et ses deux grands parents Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) sourient benoîtement, émouvants. Et là, en spectateurs avisés que vous êtes et qui suivez fidèlement les aventures de la famille élargie de nos Marseillais préférés, vous réalisez tout de suite qu’il en manque au moins un autour du berceau… Gérard Meylan, évidemment ! Et le voilà qui toque à la porte de l’appartement banal et modeste de Sylvie et Richard, dans un immeuble sans grâce. Le prénom de Gérard dans ce film ? Daniel ! Son pedigree ? Repris de justice ! Voilà qu’il réapparaît après un long temps d’incarcération. Il n’a pas besoin de se présenter à Richard, qui lui ouvre la porte. Ce dernier, sans l’avoir jamais vu, sait tout de suite qu’il a affaire à l’ex de sa compagne… Scène simple et belle, très belle parce que très simple… Mais la dévoiler serait pêcher, pas sûr que la Bonne Mère nous le pardonnerait !


Tour à tour on va découvrir les (petits) boulots de chacun. Richard est chauffeur de bus, occasion de revisiter Marseille en un road movie intramuros, d’apercevoir les conséquences des politiques d’aménagement de la ville. Sylvie se fait surexploiter sans mot dire avec d’autres gens de ménage dans une grande chaîne d’hôtels. Les nouvelles générations quant à elles cèdent de plus ou moins bon gré à la tentation de l’ubérisation ou à celle – plus lucrative a priori – des combines douteuses… Dans un monde qui se durcit, chacun développe sa stratégie de survie, tétanisé par la peur, renonçant à l’empathie…
Tout se déroule à la chaleur du midi, pourtant il y a quelque chose de glacial dans la vie des personnages, aux prises avec un des pires monstres que l’humanité ait enfanté : le capitalisme vorace (pléonasme ?). Ils font partie des sans-grade, de ceux qui galèrent et croisent dans la rue d’autres encore moins décorés qui galèrent encore plus. Pourtant cette fragile humanité ne perd pas sa dignité, même quand elle dégringole. Elle sort alors son arme secrète : la solidarité. La fraternité est loin d’être morte !

Robert Guédiguian est un cinéaste qui, avec les mêmes ingrédients, réussit à toujours nous surprendre. L’ensemble de son œuvre brosse une magnifique fresque, chronique humaniste de notre époque. Au fil du temps qui passe, on a plaisir à y retrouver la même troupe fidèle, à la voir évoluer, s’agrandir avec de petits nouveaux. Bonheur de voir les griffes du temps qui marquent les corps, les expressions du visage, la bonhomie et les rides assumées. C’est une part d’intime qui vogue vers les rives de l’universalité, tandis qu’une part de nous-mêmes sombre dans la Méditerranée pour avoir trop espéré un havre de paix. Ariane Ascaride, petite-fille d’immigrés italiens, est plus que jamais touchante et juste, tant dans son interprétation que dans son petit mot de remerciements quand le Jury de la Mostra lui remet un prix d’interprétation bien mérité qu’elle dédie aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l’éternité au fond de la Méditerranée ». (Utopia)
Vox (Fréjus) : mercredi 4 et vendredi 6 13h50, 18h15, 20h30, jeudi 5 16h, 20h30, samedi 7 13h50, 18h30, 21h, dimanche 8 et lundi 9 16h, 18h15, mardi 10 18h30, 20h45
 

PROXIMA

Alice WINOCOUR - France / Allemagne 2019 1h47 VOSTF - avec Eva Green, Zélie Boulant-Lemesle, Matt Dillon, Lars Eidinger, Sandra Hüller, avec la participation de Thomas Pesquet... Scénario d’Alice Winocour et Jean-Stéphane Bron.

 

Il ne sont sans doute pas très nombreux, de par le monde, les enfants qui peuvent écrire le jour de la rentrée, dans la case « profession des parents » : mère astronaute. Un métier qui paraît presque irréel, réservé aux histoires dans lesquelles on conquiert la lune à bord d'une fusée rouge, entre Jules Verne et Tintin. Pour Stella, l'espace est un sujet de conversation presque banal et elle connaît par cœur toutes les étapes avant la mise en orbite, comme une comptine qu'elle fredonne avec sa mère tous les soirs avant d'aller au lit… 5, 4, 3, 2, 1, décollage. Rien de plus normal avec un père astrophysicien et une mère astronaute, qui ont les yeux et le cœur rivés vers les étoiles. Et si ces deux-là ne s'aiment plus suffisamment pour vivre ensemble (la vie de couple étant peut-être bien trop terrienne pour eux), ils ont réussi à préserver pour leur fille ce trésor commun : une insatiable curiosité pour l'univers et ses secrets.
Mais un jour, il faut bien que Sarah parte au travail. Et là, les choses se compliquent car pour Stella, laisser maman partir bosser ne signifie pas s'en trouver séparée le temps de quelques heures de bureau, mais bien la livrer au grand vide intergalactique pour une année.
Sarah a en effet été choisie pour rejoindre l'équipe internationale de la mission scientifique Proxima (oui, la même que celle de Thomas Pesquet)… mais si c'est l'aboutissement de toute une carrière et la réalisation d'un rêve de petite fille, c'est aussi un déchirement, celui d'une mère qui va devoir quitter son enfant pour aller très très loin pendant très très longtemps, avec l'angoisse de ne peut-être jamais revenir sur terre. Pour Stella et Sarah, l'entraînement à cette nouvelle vie va alors commencer. Changer d'école. Tester son corps à des pressions ultimes. Vivre avec son père. Cohabiter avec un équipage exclusivement masculin. Essayer d'être moins nulle en maths. Maîtriser les bras robotisés de sa combinaison. Avoir peur de grandir sans maman. Culpabiliser de ne pas être là…
D'espace, il en sera question tout le temps… sans qu'il soit montré, le récit s'arrêtant là où le voyage spatial commence. Et c'est bien là toute la singularité de ce film mêlant l'intime et l'immensité : raconter comment des êtres au destin exceptionnel, s'apprêtant à vivre une expérience hors du commun, n'en demeurent pas moins terriblement humains. Alice Winocour raconte bien sûr avec précision tout le protocole et la préparation liés à la mission, filmant sur les lieux mêmes des centres de recherche (centre de l'Agence spatiale européenne à Cologne, Cité des étoiles en Russie, Cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan) mais son histoire est ailleurs : dans le tiraillement affectif et psychologique de cette femme qui veut à la fois être une bonne mère et accomplir en parfaite professionnelle la tâche immense qu'on lui a confiée, et dans la difficulté de cette toute jeune fille à être l’enfant d’une femme hors du commun.
Hommage à toutes les femmes qui assument crânement leur double vie familiale et professionnelle, Proxima porte dans sa sobriété un éclat émouvant.(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 4 et vendredi 6 13h50, 18h15, jeudi 5 16h, 20h30, samedi 7, dimanche 8 13h50, lundi 9 15h50, 20h40, mardi 10 16h15, 18h30

POUR SAMA

Waad AL-KATEAB et Edward WATTS - documentaire Syrie 2019 1h35mn VOSTF - Festival de Cannes 2019 : œil d’or du Meilleur film documentaire.

POUR SAMAMission compliquée que la nôtre : vous convaincre d'oser dépasser vos réticences, vos craintes, et de venir voir Pour Sama. Vous dire peut-être que ce documentaire, ovationné et récompensé lors du dernier Festival de Cannes, salué par une presse unanime, fait partie de ces œuvres qui laissent une trace indélébile dans l'âme et le cœur du spectateur. Vous dire aussi que ce film, au sujet évidemment dramatique, est porté par une incroyable force de vie, qui habite chaque image, chaque plan saisis par la caméra de Waad al-Kateab.
Ce qui est sûr, c'est que montrer Pour Sama, faire en sorte que cette histoire parvienne jusqu'à vous, c'est continuer à croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde et modestement contribuer à faire de nous des êtres plus ouverts, moins égocentrés, bref un peu meilleurs.

Pour Sama est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique.
Jeune étudiante en marketing dans sa ville natale d'Alep, Waad suit avec sa petite caméra numérique les premières manifestations contre le régime de Bachar al Assad. La fougue de la jeunesse, les slogans sur les murs, les sourires de ces jeunes rêvant de printemps. Quand la répression commence à se durcir, Waad filme toujours : « Dans les journaux télévisés, on ne parlait pas de manifestants, mais de terroristes. A l'université, il n'y avait pas de médias pour expliquer la situation. L'idée était de prendre son téléphone portable et de documenter ce qu'on voyait ». La suite, elle est tragique : 7 ans de guerre, les bombardements par l'Armée Russe, plus de 500 000 morts, des milliers de déplacés et de disparus, un pays en ruine… et un pouvoir toujours en place.
Waad filme sa vie, son quotidien, celui de son mari, médecin puis directeur de l'hôpital d'Alep, de ses amis, et de ce pays qu'elle chérit ; elle filme ses peurs, ses joies, ses espoirs, sa douleur. Au risque de sa vie, elle envoie ses images à l'étranger, convaincue que « le monde ne laissera pas faire ». Des heures et des heures de film qu'elle finira par emporter avec elle quand, lors du siège d'Alep en 2016, elle prendra, le cœur brisé, le chemin de l'exil avec son mari et sa fille.

Des images terribles, parfois insoutenables, d'une cruauté sans nom, mais aussi de nombreux moments de grâce, des rires, des plaisanteries, des gestes d'amour et de tendresse. Les premiers pas de Sama, des gamins qui jouent, un repas partagé. Pour Sama est aussi un hommage à tous ceux qui risquent leur vie pour celle des autres : médecins, infirmières et infirmiers, casques blancs… et à un peuple résiliant qui ose encore croire au meilleur de l'humanité. (Utopia)

Vox (Fréjus) : samedi 7 18h

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