Au(x) cinéma(s) du 4 au 10 janvier

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Bonjour à tous !

Tout d'abord Entretoiles vous souhaite à tous et à chacun une bonne année 2017, ouverte sur le monde...

Cette semaine, au CGR en film ciné-club, c'est Le Ciel Attendra de Marie Castille  Mention-Schaar, un film sur la "radicalisation, plein de tact, passionnant, efficace !

Au  Vox, on peut voir Manchester by the sea, de Kenneth Lonergan, le portrait touchant d'un homme qui n'a d'autre choix que celui de vivre, Souvenir, de Bavo Defurne, un conte attachant et délicat, mais aussi Cigarettes et Chocolat chaud de Sophie Reine "un premier film sympa comme tout bien rythmé et drolatique" , ou encore Parterson de Jim Jarmusch. A Lorgues et à Cotignac, ne manquez pas Baccalauréat de Christian Mungiu, "son film le plus riche, le plus intense, le plus accompli". Ni Ma Rosa de Ma Mendoza, un film réaliste et cinglant sur les dessous de Manille.

Nous vous signalons aussi le Ciné soupe à l'Usine de la Redonne ce mercredi 4 janvier qui présente un court métrage syrien Soury.

Le dimanche 29 janvier, mais nous vous en reparlerons plus précisément, Entretoiles vous proposera une soirée de 2 films sur le thème "Croire", avec bien sûr l'apéritif dinatoire entre les 2 films.

Vous allez aussi recevoir une convocation à l'assemblée générale d'Entretoiles qui se tiendra le VENDREDI 20 JANVIER A 18H dans la salle C de la MSJ.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 4 AU 10 JANVIER

Résultat de recherche d'images pour "affiche chaque jour est une fete"
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Le Ciel Attendra
Réalisé par Marie-Castille MENTION-SCHAAR
France 2016 1h40mn
avec Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Naomi Amarger, Clotilde Courau, Zinedine Soualem, Yvan Attal… et Dounia Bouzar (dans son propre rôle)...
« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade… » À l'époque de Rimbaud, on pouvait s'embraser dans de candides envolées lyriques ! La jeunesse avait droit à l'insouciance, elle était l'âge de tous les possibles. On osait inventer un monde idéal, tissé de paix, se griser d'amour et d'amitié. Puis les tilleuls laissèrent la place à l'asphalte, la promenade au zapping ou au surf sur internet. Les babillages se transformèrent en tchat, les belles expressions en smileys. Qu'est ce qu'avoir dix-sept ans maintenant, alors que les adultes semblent avoir abdiqué leurs rêves ? Comment aborder sans frémir un avenir tout bouché, promis au chômage, aux compromis ? Si autour de soi, on ne voit pas d'alternative, on s'en va fouiller dans les réseaux sociaux où l'on découvre des sites aux titres séduisants : « Et si on changeait le monde ? ». De quoi épancher sa soif d'idéaux... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 4, samedi 7 et dimanche 8 à 18h, jeudi 5 et lundi 9 à 11h, vendredi 6 et mardi 10 à 13h45
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Fais de beaux rêves
Réalisé par Marco BELLOCCHIO
Italie 2016 2h08mn VOSTF
avec Valerio Mastandra, Bérénice Bejo, Barbara Ronchi, Guido Caprino, Nicolo Cabras, Emmanuelle Devos...
Scénario de Vallia Santena, Edoardo Albinati et Marco Bellocchio, d'après le récit autobiographique « Fais de beaux rêves mon enfant », de Massimo Gramellini
Turin, années 1960. Massimo a neuf ans et sa mère remplit sa vie d’une joie immense. Une mère aimante, dansante, enjouée, fascinée par Belphegor, (oui, l'héroïne du feuilleton populaire du temps de l'ORTF incarnée par Juliette Greco). Mais c’est aussi une mère qui semble parfois absente, lointaine, comme perdue dans son monde, recluse entre les murs qu'elle dresse elle-même autour d'elle. Une mère qui passe du rire le plus naturel à la gravité la plus insondable, sans prévenir. Massimo l'aime inconditionnellement, cette mère, comme elle est : privilège des enfants d’aimer sans réserve. Mais au matin d'une nuit pas comme les autres, agitée, décousue, Massimo se réveille et sa mère a disparu, partie comme une étoile filante. Son départ laisse évidemment un vide abyssal, que rien ni personne ne peut combler... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 et jeudi 5 à 14h, 18h10 et 20h45, vendredi 6 à 16h, 18h10 et 20h45, samedi 7 à 14h et 21h, mardi 10 à 14h, 18h20 et 21h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Baccalauréat
Écrit et réalisé par Cristian MUNGIU
Roumanie 2016 2h08mn VOSTF
avec Adrian Titieni, Maria Dragus, Lia Bugnar, Malina Manovici...
Festival de Cannes 2016 : Prix de la Mise en scène
Plus « classique », plus retenu que 4 mois, 3 semaines, 2 jours ou Au-delà des collines, Baccalauréat est sans doute le plus grand film de Cristian Mungiu, le plus accompli, le plus riche et in fine le plus intense. Il confirme le réalisateur roumain comme un des plus importants du cinéma international actuel… Tout commence devant un immeuble bas sur pattes et grisâtre comme la monotonie d’une vie. Une de ces bâtisse qui se serait dressées à la chaîne partout dans les années 80, que l’on pourrait croire en France si on ne se savait dans une petite ville de Transylvanie. Derrière la fenêtre, une femme affaiblie, la mère, qu’on devine plus qu’on ne la voit, usée avant l’âge… On découvre ensuite son mari, Roméo (interprété par un acteur exceptionnel : Adrian Titieni), un homme mûr, empâté, qui résiste avec peine au poids des années. Si le bonhomme a le tour de taille d’un notable, on peine à croire qu’il en ait le niveau de vie. Rien dans l’appartement modeste aux tons pastels ne laisse présager que Roméo Aldea est médecin... lire la suite
Lorgues : mercredi 4 janvier 17h, jeudi 5 janvier 20h15, dimanche 8 janvier 20h, lundi 9 janvier 21h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Manchester by the sea
Ecrit et réalisé par Kenneth LONERGAN
USA 2016 2h16mn VOSTF
avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges, Gretchen Mol, CJ Wilson...
C’est bien depuis la mer qu’il faut découvrir Manchester by-the-Sea, Massachusetts, petite ville côtière des Etats-Unis repérable sur la carte à quelques centimètres de Boston. Depuis la mer, tout paraît calme et serein : les bateaux de pêche vont et viennent, les résidences plantées au bord de l’eau semblent couler des jours indéfiniment paisibles, même les bâtisses industrielles du port, couleur rouge brique, semblent s’intégrer avec élégance au paysage. Depuis la mer, Manchester by-the-Sea est une ville où il fait bon vivre, une ville où l’on naît et où l’on meurt, sans l’once d’un regret de n’en être jamais parti, sans avoir eu l’envie ni le goût d’un ailleurs tant la vie ici semble belle et simple. Depuis la mer, la vue d’ensemble décrit des courbes et des couleurs en parfaite harmonie avec les hommes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 5 à 15h50, vendredi 6 à 20h45, samedi 7 à 18h20 et mardi 10 à 16h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Ma' Rosa
Réalisé par Brillante Ma MENDOZA
Philippines 2016 1h50mn VOSTF
avec Jaclyn Jose, Julio Diaz, Felix Roco, Andi Eigenmann...
Scénario de Troy Espiritu. Festival de Cannes 2016 : Prix d'interprétation féminine pour Jaclyn Jose
Manille, organique et moite comme les dessous d'une fille malpropre… Peut-être la ville est-elle le premier personnage du film, même si le Prix d'interprétation féminine à Cannes est amplement mérité pour l'actrice Jaclyn Jose. En trois plans le ton est donné. Au premier, des mains s'agrippent à l'argent qui file trop vite ; au deuxième, un panneau publicitaire prophétise : « C'est ton jour de chance » ; au troisième, l'orage gronde, menaçant, comme pour réfuter l'affirmation précédente, en dénoncer le cynisme. C'est ainsi que débute cette plongée dans les bas fonds des Philippines, grouillants, oppressants. Si vous aviez l'ombre d'un doute, Brillante Mendoza l'assassine dans l'œuf : il ne dépeint pas son pays pour aguicher des touristes en mal de cocotiers. Ses personnages sont plutôt du style affreux, sales et méchants. Mais n'est-ce pas le lot de tout humain qu'on laisse s'engluer dans la misère ? Très vite aucun d'entre eux ne semblera irrémédiablement pourri... lire la suite
Lorgues : samedi 7 janvier 18h, lundi 9 janvier 19h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Cigarettes et chocolat chaud
Réalisé par Sophie REINE
France 2016 1h38mn
avec Gustave Kervern, Camille Cottin, Héloïse Dugas, Fanie Zanini...
Scénario de Sophie Reine et Gladys Marciano
Un premier film sympa comme tout, bien rythmé et drolatique. À voir en famille (mais pas obligé !). On imagine dès le titre les volutes de fumée des adultes s'entremêlant aux parfums chocolatés de l'enfance. Petites joies simples et sensuelles auxquelles on revient toujours en grandissant. Pélerinage discret vers les instants douillets de l'âge tendre et son goût contrasté d'insouciance et d'interdits. Petits, on prend conscience du monde et de ses contradictions, surtout celles des grands qui semblent prendre un malin plaisir à faire ce qu'ils nous interdisent. Comme les cigarettes : il n'est pas plus convenable de fumer devant des gosses que de les accompagner en retard à l'école ou de les y oublier. Le genre de choses que fait perpétuellement Denis Patar. Une conduite qui pourrait le faire passer pour un père indigne et pourtant !... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 5 à 16h10
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Souvenir
Réalisé par Bavo DEFURNE
Belgique 2016 1h30mn
avec Isabelle Huppert, Kévin Azaïs, Johan Leysen, Carlo Ferrante...
Scénario de Jacques Boon, Bavo Defurne et Yves Verbraeken. Musique de Pink Martini
Incroyable, insaisissable, incernable Isabelle Huppert ! Souvenir la met en scène en Liliane, ouvrière dans une usine de pâté, autrefois connue comme Laura, chanteuse à succès dont la disparition brutale de la scène est encore dans les esprits. Elle qui a connu la gloire et les paillettes vit aujourd’hui incognito dans un monde aseptisé et volontairement dénué d’émotions, au rythme languissant d'une vie quotidienne ennuyeuse qu’elle noie dans l’alcool. Elle a payé cher sa déchéance. Le bruit que font les bocaux de pâté qui se cognent entre eux, les aiguilles de l’horloge de l’usine ou les glaçons jetés dans le verre de whisky sont désormais le seul univers musical de Liliane qui n'est plus Laura... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 18h, jeudi 5 à 14h, vendredi 6 à 16h10, samedi 7 à 16h35 et mardi 10 à 18h40
affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Paterson
Écrit et réalisé par Jim JARMUSCH
USA 2016 1h58mn VOSTF
avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Barry Shabaka Henley, Kara Hayward, Trevor Parham, Masatoshi Nagase...
La bande son a beau être d’une sobriété surprenante pour un film de Jim Jarmusch, Paterson est un film infiniment musical, peut-être un des plus musicaux du cinéaste New-Yorkais. Une partition délicate et drôle composée sur le fil d’une semaine ordinaire dans la vie paisible d’un chauffeur de bus, amoureux en couple et poète à ses heures. Sept jours découpés avec une précision métronomique dans la routine d’une ville moyenne du New Jersey, au cours desquels Jim Jarmusch nous initie à la sublimation du quotidien par la richesse des relations coutumières, par l’attention aux détails cachés sous les habitudes, par la poésie comme art de vivre et saisie dans tout ce qui nous entoure. Ces sept jours sont les sept mesures d’un grand cinéaste idéaliste qui recrée un monde lavé de sa noirceur par la bienveillance et l’énergie créatrice de tout un chacun. Avec Paterson, Jarmusch réussit un splendide film en mode mineur, parfaitement anti-dramatique puisqu’il ne s’y passe (presque) rien d’extraordinaire mais qui, par l’épure proche d’un haïku, parvient à toucher à l’essentiel... lire la suite
Le Vox (Fréjus) mercredi 4 à 15h50 et 18h40, jeudi 5 à 18h25, vendredi 6 à 14h et 18h25, samedi 7 à 16h et 21h, mardi 10 à 16h30 et 21h
affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Premier Contact
Réalisé par Denis Villeneuve
USA 2016 1h56mn VOSTF
avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg, Mark O'Brien...
Le monde est en alerte maximale : des extraterrestres ont débarqué. L'information circule partout dans les médias. Ce genre d'entrée en matière, on connaît. Tout, ici, est pourtant revisité, régénéré. D'abord, il y a ces étranges vaisseaux noirs, ovoïdes, suspendus au-dessus du sol, en douze points du globe. Leurs occupants, dont on ne sait s'ils sont là en amis ou en ennemis, n'en descendent pas. Ils attendent. Quoi donc ? Mystère. Avant même de comprendre les motivations des arrivants, il faut déjà les comprendre tout court. La tâche est complexe : ils émettent des sons incompréhensibles. L'armée américaine dépêche donc une linguiste universitaire accomplie, Louise, marquée par la mort récente de sa fille, pour établir un premier contact avec eux. Un camp de base est installé au pied d'un des vaisseaux. On déploie un arsenal de précautions militaires et scientifiques — un physicien réputé (Jeremy Renner) fait aussi partie de la délégation qui entoure Louise.L'approche, plastiquement fascinante, est un suspense en soi... lire la suite
Le Luc : mercredi 4 janvier 16h, vendredi 6 janvier 20h30, samedi 7 janvier 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Le Ciel Attendra
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par Marie-Castille MENTION-SCHAAR
France 2016 1h40mn
avec Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Naomi Amarger, Clotilde Courau, Zinedine Soualem, Yvan Attal… et Dounia Bouzar (dans son propre rôle)...

« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade… » À l'époque de Rimbaud, on pouvait s'embraser dans de candides envolées lyriques ! La jeunesse avait droit à l'insouciance, elle était l'âge de tous les possibles. On osait inventer un monde idéal, tissé de paix, se griser d'amour et d'amitié. Puis les tilleuls laissèrent la place à l'asphalte, la promenade au zapping ou au surf sur internet. Les babillages se transformèrent en tchat, les belles expressions en smileys. Qu'est ce qu'avoir dix-sept ans maintenant, alors que les adultes semblent avoir abdiqué leurs rêves ? Comment aborder sans frémir un avenir tout bouché, promis au chômage, aux compromis ? À dix-sept ans, on a eu le temps de comprendre que les pollueurs ne sont pas les payeurs. Que les puissants ne sentent pas la puanteur de leur argent. Qu'ils sont en outre sourds aux cris des peuples affamés, aveugles face aux enfants qui meurent aux portes de la Méditerranée. Avoir dix-sept ans dans nos sociétés malades, au consumérisme hypertrophié, c'est avoir envie de fuir ou d'enfouir sa tête dans le sable pour ne plus voir à son tour. Mais c'est aussi le temps de la révolte, celui où l'on se met en quête de ses semblables, ceux qui veulent faire la peau au capitalisme. Si autour de soi, on ne voit pas d'alternative, on s'en va fouiller dans les réseaux sociaux où l'on découvre des sites aux titres séduisants : « Et si on changeait le monde ? ». De quoi épancher sa soif d'idéaux.

C'est ainsi que Mélanie, rousse jeune fille un brin timide, rencontre un garçon charmant, presque un prince sorti des Mille et une nuits. Elle se montre curieuse puis de plus en plus subjuguée par cet être qui parait si bien la comprendre. Elle boit avidement ses paroles, se gorge de chaque compliment qu'il lui fait. La voilà qui vibre, s'émancipe, se sent valorisée. Il est désormais essentiel à sa vie sans qu'ils se soient jamais croisés… C'est comme une toile d'araignée virtuelle, méticuleusement tissée au fil des sentiments de Mélanie et dont il sera difficile de s'extraire. C'est également ainsi que Sonia, la jolie brunette, rentrera dans un cercle de filles qui seront comme autant d'âmes-sœurs, de confidentes. En leur compagnie elle se sentira rassurée, heureuse d'être écoutée, comprise. De points communs en idées communes, elles donneront un nouveau sens à leur vie, convaincues d'avoir trouvé une voie pour purifier le monde. Sonia sera galvanisée par ce groupe qui la rend plus forte, courageuse.
Mélanie, Sonia… Deux jeunes filles intelligentes, brillantes, choyées, dorlotées, élevées dans des milieux cultivés, juste cueillies à un moment charnière de leur vie. Elles pourraient être vous, elles pourraient être moi, nos sœurs, nos cousines, nos filles… Pourtant le film commence par l'intrusion violente des forces de l'ordre dans le pavillon coquet où vit Sonia. Perquisition, arrestation de la jouvencelle qui s'est laissée embrigadée par Daesh sans que son entourage s'en doute. Ces mères et ces pères qui s'effondrent, qui ont fait de leur mieux et culpabilisent de n'avoir rien vu venir, ça aurait pu être nous, vous, nos parents, nos amis…

Forcément, dans le climat actuel, quand on nous a proposé un film sur la « radicalisation », on a chaussé notre regard le plus critique. On guettait le détail démagogue, l'explication toute faite, le faux pas : il n'y en a pas ! Marie-Castille Mention-Schaar déconstruit les raccourcis faciles, stigmatisants, qui ne servent que la carrière de ceux qui les professent. Et en plus elle nous tient en haleine, comme dans un thriller psychologique très bien renseigné (elle a passé des mois à étudier, rencontrer notamment des ados en voie de déradicalisation). Excellent outil pour décortiquer les processus d'embrigadement, comprendre combien il est facile de se laisser aspirer par des mécaniques psychologiques si bien huilées. Puis combien, par la suite, il est difficile, mais pas impossible, d'en réchapper. Long processus décrit avec tact dans lequel Dounia Bouzar accompagne des jeunes et leurs parents tous les jours, dans la vie en vrai comme à l'écran. Quant aux acteurs professionnels, ils se sont investis à tel point qu'ils nous font oublier qu'ils interprètent des rôles. C'est plein de tact, passionnant, efficace.


CGR (Draguignan) : mercredi 4, samedi 7 et dimanche 8 à 18h, jeudi 5 et lundi 9 à 11h, vendredi 6 et mardi 10 à 13h45

Fais de beaux rêves
Réalisé par Marco BELLOCCHIO
Italie 2016 2h08mn VOSTF
avec Valerio Mastandra, Bérénice Bejo, Barbara Ronchi, Guido Caprino, Nicolo Cabras, Emmanuelle Devos...
Scénario de Vallia Santena, Edoardo Albinati et Marco Bellocchio, d'après le récit autobiographique « Fais de beaux rêves mon enfant », de Massimo Gramellini

 

Turin, années 1960. Massimo a neuf ans et sa mère remplit sa vie d’une joie immense. Une mère aimante, dansante, enjouée, fascinée par Belphegor, (oui, l'héroïne du feuilleton populaire du temps de l'ORTF incarnée par Juliette Greco). Mais c’est aussi une mère qui semble parfois absente, lointaine, comme perdue dans son monde, recluse entre les murs qu'elle dresse elle-même autour d'elle. Une mère qui passe du rire le plus naturel à la gravité la plus insondable, sans prévenir. Massimo l'aime inconditionnellement, cette mère, comme elle est : privilège des enfants d’aimer sans réserve. Mais au matin d'une nuit pas comme les autres, agitée, décousue, Massimo se réveille et sa mère a disparu, partie comme une étoile filante. Son départ laisse évidemment un vide abyssal, que rien ni personne ne peut combler.

A cette époque (mais est-ce si différent aujourd'hui ?), on croit encore qu’il est préférable de ne pas tout dire aux enfants, qu’ils ne peuvent pas comprendre, que le secret voire le mensonge sont préférables à la douloureuse vérité. Et Massimo ne saura rien ou presque de ce qui est arrivé à sa mère. On lui dit qu'elle est à l'hôpital, mais qu'il ne peut la voir. Puis elle meurt, et il doit croire qu'elle est là, dans le cercueil juste devant lui. Mais non, ce n'est pas possible, sa mère n'est pas dans cette boîte, elle ne peut pas le laisser. Elle ne peut pas avoir demandé à rejoindre Dieu pour mieux veiller sur lui comme le prétend le prêtre chargé de le calmer. Il n'y croit pas. Alors pour accepter l'inacceptable il va chercher de l'aide auprès de leur amie Belphégor…
Avec une extrême délicatesse, Marco Bellochio filme Massimo à plusieurs âges de sa vie, jusqu'à la quarantaine. Nous sommes avec lui, parfois aussi perdus que lui, dans ce monde où les enfants ne sont informés que par des bribes de conversations volées aux adultes. Nous sommes encore avec lui quand, adolescent, il se fabrique une carapace en mentant aux autres et un peu à lui-même. Mais, tant bien que mal, il trace sa vie. Ainsi, grandi avec le stade de l'équipe du Torino juste sous ses fenêtres, il sera d'abord journaliste sportif, puis il deviendra reporter de guerre. Une profession où il parle des autres pour mieux se cacher encore. Mais sa fêlure intérieure ne lui permet jamais d'être véritablement relié au monde.

La caméra virtuose de Bellochio donne à ce drame intimiste une réelle ampleur, notamment par la beauté des plans et par l'ambiance si juste qui parcourt tout le film. Le réalisateur ne choisit pas une narration linéaire, et ce choix n'est pas gratuit. Les allers-retours entre les différentes périodes évoquées de la vie de Massimo nous permettent de découvrir en même temps que notre héros les vérités de cette histoire personnelle, à la fois assez banale et pourtant tellement particulière. Il y a une vraie construction, un montage réfléchi et intelligent dans ce film où rien ne semble laissé au hasard.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 et jeudi 5 à 14h, 18h10 et 20h45, vendredi 6 à 16h, 18h10 et 20h45, samedi 7 à 14h et 21h, mardi 10 à 14h, 18h20 et 21h

 

Baccalauréat
Écrit et réalisé par Cristian MUNGIU
Roumanie 2016 2h08mn VOSTF
avec Adrian Titieni, Maria Dragus, Lia Bugnar, Malina Manovici...
Festival de Cannes 2016 : Prix de la Mise en scène

Après 4 mois, 3 semaines, 2 jours et Au-delà des collines, voici le nouveau et magnifique film de Christian Mungiu, cinéaste phare de cette vague roumaine de plus en plus passionnante…
Tout commence devant un immeuble bas sur pattes et grisâtre comme la monotonie d’une vie. Une de ces bâtisse qui se serait dressées à la chaîne partout dans les années 80, que l’on pourrait croire en France si on ne se savait dans une petite ville de Transylvanie. Derrière la fenêtre, une femme affaiblie, la mère, qu’on devine plus qu’on ne la voit, usée avant l’âge… On découvre ensuite son mari, Roméo (interprété par un acteur exceptionnel : Adrian Titieni), un homme mûr, empâté, qui résiste avec peine au poids des années. La charpente lourde d’avoir trop ou mal mangé et bu, un sourire las qui ne parvient pas à égayer un regard qui sans doute en a trop vu. Si le bonhomme a le tour de taille d’un notable, on peine à croire qu’il en ait le niveau de vie. Rien dans l’appartement modeste aux tons pastels, comme délavés par l’usure des habitudes, ne laisse présager que Roméo Aldea est médecin. On le comprendra plus tard, quand il arrivera à l’hôpital dans lequel il travaille, après une brève escapade dans les bras d’une amante peu enthousiaste, vivant dans un autre immeuble gris et court sur pattes. Murs et hommes sont comme uniformisés dans cette société post Ceausescu.

Un seul être, pourtant, redonne un brin d’espoir à Roméo. C’est Eliza, sa fille unique, fleur inattendue poussée sur l’asphalte de la routine, brise de fraîcheur qui vient apporter un peu d’air au marcheur exténué. Cette nymphette à la longue chevelure blonde et sage, il la protège, l’éduque, la prépare à affronter le monde. Exigeant qu’elle soit irréprochable, à l’image de ce que devrait être la société, à l’image de ce qu’il dit être lui-même. D’une voix patiente, retenue, susurrée… Construisant autour d’elle une ambiance feutrée, un écrin de tendresse pour protéger ce trésor. Retenant ses mots, ses humeurs, son souffle, il lui martèle doucement de beaux principes : l’honnêteté, la droiture, l’excellence. Il essaie de l’arrimer à une destinée prometteuse, plus prometteuse en tout cas qu’un avenir en Roumanie. Et il pense être au bout de ses peines lorsqu’arrive enfin la réponse favorable d’une prestigieuse université anglaise. Il voit déjà Eliza en route vers un pays plus libre, moins corrompu, où l’avenir n’est pas encore fermé à double tour. Il ne reste plus qu’une étape à franchir, presque une formalité pour cette brillante élève : réussir son baccalauréat avec une moyenne de 18 sur 20.
Ce matin-là, Eliza est prête à partir au lycée… Tout est normal, sa mère qui peine à émerger, son père dans son rôle de mâle raisonnable (même s’il a dormi sur le canapé…). Puis il y a cette pierre qui fracasse la vitre du salon, dont on peut se dire qu’elle est l’annonciatrice d’une vie brisée. Menace sous-jacente qu’on a du mal à interpréter, d’autant qu’on ne verra jamais la main coupable, pas plus qu’on ne comprendra ses motifs. Le ton est donné : inquiétant et grave. Ce n’est que le début d’une chute inexorable où tout peut et va se déglinguer, éloignant chacun de la voie qu’il pensait s’être tracée. Les apparences commencent à se lézarder et d’autres vérités pas toujours bonnes à entendre commencent à pointer leur nez.
L’écriture de Christian Mungiu nous tient par les tripes, nous dérange. Il ne nous laisse pas plus le choix qu’à ses protagonistes, il nous happe et nous entraîne dans un tourbillon intense dont on se demande sans cesse s’il va nous relâcher. Il procède à l’analyse fine d’une relation éducative tout en disséquant, sans la moindre concession, une société roumaine distordue par les trafics d’influence, les compromissions, où tout chez l’humain, de l’âme à la chair, se négocie dans la plus totale amoralité.
Plus « classique », plus retenu que 4 mois, 3 semaines, 2 jours ou Au-delà des collines, Baccalauréat est sans doute le plus grand film de Cristian Mungiu, le plus accompli, le plus riche et in fine le plus intense. Il confirme le réalisateur roumain comme un des plus importants du cinéma international actuel.

Lorgues : mercredi 4 janvier 17h, jeudi 5 janvier 20h15, dimanche 8 janvier 20h, lundi 9 janvier 21h

Manchester by the sea
Ecrit et réalisé par Kenneth LONERGAN
USA 2016 2h16mn VOSTF
avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges, Gretchen Mol, CJ Wilson...

C’est bien depuis la mer qu’il faut découvrir Manchester by-the-Sea, Massachusetts, petite ville côtière des Etats-Unis repérable sur la carte à quelques centimètres de Boston. Depuis la mer, tout paraît calme et serein : les bateaux de pêche vont et viennent, les résidences plantées au bord de l’eau semblent couler des jours indéfiniment paisibles, même les bâtisses industrielles du port, couleur rouge brique, semblent s’intégrer avec élégance au paysage. Depuis la mer, Manchester by-the-Sea est une ville où il fait bon vivre, une ville où l’on naît et où l’on meurt, sans l’once d’un regret de n’en être jamais parti, sans avoir eu l’envie ni le goût d’un ailleurs tant la vie ici semble belle et simple. Depuis la mer, la vue d’ensemble décrit des courbes et des couleurs en parfaite harmonie avec les hommes… mais depuis la mer, les hommes, on les distingue à peine, silhouettes frêles en mouvement dont on ne soupçonne pas les visages, dont on n’imagine pas les fêlures, dont on ne voit ni les sourires ni les larmes.

Lee Chandler a quitté Manchester by-the-Sea, la ville de son enfance, là où il aurait dû vivre heureux et puis vieillir. Il a quitté ses amis, sa famille, son frère, son neveu pour s’installer dans une métropole dont on comprend vite qu’elle lui apporte les deux seules choses qu'il semble désormais désirer : l’anonymat et un boulot alimentaire, en l’occurrence concierge à tout faire. Pendant qu’il répare les toilettes, vide les poubelles, déneige les allées, visse ou repeint, Lee n’a pas trop le temps de penser aux raisons qu’ils l’ont poussé à partir loin de Manchester. On imagine assez vite, par son regard perdu dans le vide d’une profonde solitude, par son air détaché de tout et de tous, que Lee a vécu un drame. Un drame dont on ne revient pas vivant. On peut dire que Lee est un homme déjà mort, en sursis forcé en attendant l’ultime délivrance.
Mais Lee va devoir revenir à Manchester, retrouver ce qu’il reste de sa famille, retrouver le clapotis de l’eau sur la coque increvable du bateau de pêche de son frère, retrouver les embruns marins et la saveur amère du bonheur disparu. Il va aussi faire la connaissance d’un jeune garçon qu’il avait laissé enfant : Patrick, son neveu.

Manchester by the sea, c’est une tragédie grecque portée par une chanson de Dylan, c’est l’Amérique laborieuse qui vit au rythme des saisons, des naissances et des enterrements, c’est aussi le portrait d’une famille morcelée par les drames et celui d’une communauté humaine simple et bienveillante. Mais plus que tout, c’est le portrait touchant de Lee, admirable Casey Affleck, un homme qui n’aura d’autre choix que celui de vivre. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : jeudi 5 à 15h50, vendredi 6 à 20h45, samedi 7 à 18h20 et mardi 10 à 16h


Ma' Rosa

 

Afficher l'image d'origineRéalisé par Brillante Ma MENDOZA
Philippines 2016 1h50mn VOSTF
avec Jaclyn Jose, Julio Diaz, Felix Roco, Andi Eigenmann...
Scénario de Troy Espiritu. Festival de Cannes 2016 : Prix d'interprétation féminine pour Jaclyn Jose

Manille, organique et moite comme les dessous d'une fille malpropre… Peut-être la ville est-elle le premier personnage du film, même si le Prix d'interprétation féminine à Cannes est amplement mérité pour l'actrice Jaclyn Jose.
En trois plans le ton est donné. Au premier, des mains s'agrippent à l'argent qui file trop vite ; au deuxième, un panneau publicitaire prophétise : « C'est ton jour de chance » ; au troisième, l'orage gronde, menaçant, comme pour réfuter l'affirmation précédente, en dénoncer le cynisme. C'est ainsi que débute cette plongée dans les bas fonds des Philippines, grouillants, oppressants. Si vous aviez l'ombre d'un doute, Brillante Mendoza l'assassine dans l'œuf : il ne dépeint pas son pays pour aguicher des touristes en mal de cocotiers. Ses personnages sont plutôt du style affreux, sales et méchants. Mais n'est-ce pas le lot de tout humain qu'on laisse s'engluer dans la misère ? Très vite aucun d'entre eux ne semblera irrémédiablement pourri. Il en faudrait peu pour que la plupart deviennent de bonnes personnes, menant une vie sans embûche dans une société normalisée avec un président normal. Si seulement l'argent revenait aux travailleurs, si chacun pouvait acheter de quoi vivre dignement, sans avoir à marchander, à supplier ou à voler. Mais on est presque au bout de la chaîne. Celle des laissés pour compte, abandonnés en pâture aux escrocs et aux macs de tous ordres. Ici, même (surtout ?) ceux censés défendre la veuve et l'orphelin sont corrompus. À commencer par les flics, comme on le verra…
Grassouillette, mais sans mollesse, encore jeune mais les épaules déjà écrasée par le poids des soucis et des ans, Ma'Rosa fait son marché. Cinq portions de riz vapeur, deux brochettes de poulet, quelques intestins de volaille… un repas chiche pour nourrir sa grande famille. Pourtant elle n'arrive même pas à payer le vendeur ambulant. Dans le quartier, elle est connue pour tenir une échoppe minuscule « Rosa sari-sari store », qui rame comme tout ce qui existe dans le coin. Sur les étagères on y trouve pêle-mêle des cahiers, des gadgets, des sucreries : classiques pour les petits et plus illicites pour les grands. Ma'Rosa, qu'on imagine plus en mère courage qu'en dealeuse, revend du « cristal meth » (un dérivé de la méthamphétamine) pour améliorer l'ordinaire…
Si on jouait au jeu des sept familles, la seconde carte serait celle du père, Nestor, qui semble vivoter sur le dos de la petite boutique. Que ce dernier reçoive une dose de drogue en guise de cadeau d'anniversaire ne semble émouvoir personne, même pas les gosses, tant cela passe pour être un des rares moyens d'évasion accessibles. Pour eux c'est du pareil au même. Fille comme garçons, en âge de travailler, s'essayant tour-à-tour au labeur honnête ou aux magouilles. Mais il est flagrant que rien ne paie. Quelle que soit la direction prise, la famille reviendra toujours à la case départ, celle de la misère.
Ainsi s'écoulent leurs jours, aucun ne différant des autres… Sauf celui-là. Au bout de la rue, trois mecs, arme au poing, sortent précipitamment d'un véhicule et se dirigent très déterminés vers… la boutique de Rosa… Cette dernière est arrêtée, les flics ont tôt fait de découvrir la boîte à chaussures qui contient oseille et sachets de poudre. Va s'en suivre un terrible chantage, coutumier dans cette ville déglinguée où la police corrompue et toute puissante fait la loi…

Mais plus que l'intrigue, c'est la manière de la filmer que l'on retiendra. Cinglante, urgente. La caméra semble cueillir sur le vif la réalité de ces vies, l'insécurité et la corrosion d'une société qui semble vouloir étouffer toute étincelle d'humanité. (Utopia)

 

Lorgues : samedi 7 janvier 18h, lundi 9 janvier 19h


Cigarettes et chocolat chaud

 

Réalisé par Sophie REINE
France 2016 1h38mn
avec Gustave Kervern, Camille Cottin, Héloïse Dugas, Fanie Zanini...
Scénario de Sophie Reine et Gladys Marciano

Un premier film sympa comme tout, bien rythmé et drolatique. À voir en famille (mais pas obligé !). On imagine dès le titre les volutes de fumée des adultes s'entremêlant aux parfums chocolatés de l'enfance. Petites joies simples et sensuelles auxquelles on revient toujours en grandissant. Pélerinage discret vers les instants douillets de l'âge tendre et son goût contrasté d'insouciance et d'interdits. Petits, on prend conscience du monde et de ses contradictions, surtout celles des grands qui semblent prendre un malin plaisir à faire ce qu'ils nous interdisent. Comme les cigarettes : il n'est pas plus convenable de fumer devant des gosses que de les accompagner en retard à l'école ou de les y oublier. Le genre de choses que fait perpétuellement Denis Patar. Une conduite qui pourrait le faire passer pour un père indigne et pourtant ! Dans l'intimité de sa famille, ce gros ours nonchalant aux manières un peu spéciales (parfaitement incarné par Gustave Kervern !) est surtout un véritable papa poule. Il suffit de regarder la manière dont s'épanouissent ses deux filles, joyeuses, sans complexes, pour en être assuré. Peut-être n'ont-elles pas les codes traditionnels ? Pourtant elles semblent pouvoir s'adapter à tout. Jamais en difficulté face à leurs interlocuteurs qu'elles prennent un malin plaisir à désarçonner grâce à leur sens de la répartie. Même les flics ! Ben oui ! C'est chez eux que la cadette de neuf ans (prénommée Mercredi, la pauvre !) atterrit régulièrement dès que son paternel oublie un peu trop les horaires. Elle les tutoie, les amadoue, les appelle par leur petit nom, va jusqu'à les taquiner sans qu'ils fassent mine de broncher. Mais cette fois-là : rien n'y fait… Quand Denis arrive au commissariat, un signalement a été fait auprès des services sociaux. Autant dire : le début des emmerdements.

Les services en question sont incarnés par une jeune femme lisse et formatée par sa fonction d'assistante sociale. Lorsqu'elle vient auditionner la famille Patar, Séverine, avec son œil inquisiteur de professionnelle, a tôt fait de noter le moindre détail qui cloche. Le branlebas de combat, la vague de rangement provoquée par l'annonce de sa venue n'a pas suffi à planquer tout ce qui traînait. Quant à l'audition des sœurettes : c'est la catastrophe ! Entre Mercredi qui lui raconte qu'elle peut rester au lit même s'il y a un contrôle en classe et Janine son aînée qui explique comment son père gruge la cantine, la demoiselle est servie ! C'est bien parce que les frangines se montrent ravies et enthousiasmées par les méthodes éducatives de leur paternel que Séverine ne les place pas illico presto en famille d'accueil, se contentant d'imposer à Denis un « stage de parentalité » (ça existe vraiment !) pour redresser la barre… Et c'est pas gagné quand on se trouve face à quelqu'un qui assume un mode d'éducation hors système, libertaire, et qui prône la rébellion. Mais Denis est tellement touchant quand il déclare vouloir protéger à tout prix ses enfants d’un monde « où les mamans et les cochons d’Inde meurent sans prévenir »…

C'est donc sur le ton de la comédie enlevée, enjouée et tendre que Sophie Reine fait ses débuts derrière la caméra, mais pas dans le monde du cinéma puisqu'elle a fait ses classes sur les bancs de montage. C'est sans doute pour cette raison qu'elle maîtrise aussi bien du premier coup la réalisation et réussit à nous emporter dans son univers si particulier, illuminé par des lucioles… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : jeudi 5 à 16h10

 

Souvenir
Réalisé par Bavo DEFURNE
Belgique 2016 1h30mn
avec Isabelle Huppert, Kévin Azaïs, Johan Leysen, Carlo Ferrante... Scénario de Jacques Boon, Bavo Defurne et Yves Verbraeken. Musique de Pink Martini...

Incroyable, insaisissable, incernable Isabelle Huppert ! Souvenir la met en scène en Liliane, ouvrière dans une usine de pâté, autrefois connue comme Laura, chanteuse à succès dont la disparition brutale de la scène est encore dans les esprits. Elle qui a connu la gloire et les paillettes vit aujourd’hui incognito dans un monde aseptisé et volontairement dénué d’émotions, au rythme languissant d'une vie quotidienne ennuyeuse qu’elle noie dans l’alcool. Elle a payé cher sa déchéance. Le bruit que font les bocaux de pâté qui se cognent entre eux, les aiguilles de l’horloge de l’usine ou les glaçons jetés dans le verre de whisky sont désormais le seul univers musical de Liliane qui n'est plus Laura.

Le film va raconter sa rencontre fortuite avec Jean (Kevin Azaïs), élevé par son père dans le culte de la chanteuse. Les deux sont évidemment aussi différents qu'on peut l'imaginer, et à tous les points de vue, mais ils vont s’apprivoiser, se faire confiance, se faire du bien, s’aimer. Le retour à la vie pour l’une, et l’accès au monde adulte pour l’autre. L’une rajeunira quand l’autre mûrira.
L’émotion dans Souvenir est évidemment présente, mais elle se fait discrète, subtile, sans drame. Le réalisateur Bavo Defurne dépeint très bien la jubilation ressentie par Laura, qui renaît par la chanson : la transformation grâce à la musique se fait par petites touches, la joie transparait dans les traits de son visage et son corps se trouve soudain libéré de ses carcans. Voir et écouter Isabelle Huppert chanter en robe de soirée dans une kermesse cycliste un après-midi vaut le détour.
Bavo Defurne observe ses personnages avec bienveillance, sans jugement ni moquerie. Le rire qu’il provoque n’est jamais pathétique. L’attitude de Jean, confronté au monde des apparences du showbizz, prête parfois à sourire mais jamais sa sincérité. Grâce à son humanité, il réalisera d’une certaine manière le fantasme de son père et permettra aussi à sa mère de se réconcilier avec une jalousie d’un autre temps.

C'est un conte – et comme à tous les contes, on n'est pas obligé d'y croire dur comme fer – un conte attachant et délicat dont la chanson Joli garçon trottine joliment dans la tête. (Sylvie-Noëlle, leblogducinema.com)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 18h, jeudi 5 à 14h, vendredi 6 à 16h10, samedi 7 à 16h35 et mardi 10 à 18h40


Paterson

Écrit et réalisé par Jim JARMUSCH
USA 2016 1h58mn VOSTF
avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Barry Shabaka Henley, Kara Hayward, Trevor Parham, Masatoshi Nagase...

La bande son a beau être d’une sobriété surprenante pour un film de Jim Jarmusch, Paterson est un film infiniment musical, peut-être un des plus musicaux du cinéaste New-Yorkais. Une partition délicate et drôle composée sur le fil d’une semaine ordinaire dans la vie paisible d’un chauffeur de bus, amoureux en couple et poète à ses heures. Sept jours découpés avec une précision métronomique dans la routine d’une ville moyenne du New Jersey, au cours desquels Jim Jarmusch nous initie à la sublimation du quotidien par la richesse des relations coutumières, par l’attention aux détails cachés sous les habitudes, par la poésie comme art de vivre et saisie dans tout ce qui nous entoure. Ces sept jours sont les sept mesures d’un grand cinéaste idéaliste qui recrée un monde lavé de sa noirceur par la bienveillance et l’énergie créatrice de tout un chacun. Avec Paterson, Jarmusch réussit un splendide film en mode mineur, parfaitement anti-dramatique puisqu’il ne s’y passe (presque) rien d’extraordinaire mais qui, par l’épure proche d’un haïku, parvient à toucher à l’essentiel.

Paterson, c’est le nom de famille du personnage principal qui se lève tous les matins à 6h15 pour avaler son bol de céréales et rejoindre à pied le dépôt de bus duquel il part faire sa tournée. Curiosité des choses, Paterson c’est aussi le nom de la ville du New Jersey où Paterson fait sa tournée pour transporter les habitants qu’il écoute souvent bavarder d’une oreille indiscrète. Paterson enfin, c’est le titre d’un recueil de poèmes que Paterson (le chauffeur) affectionne particulièrement, écrit par William Carlos Williams (1883-1963) sur Paterson (la ville) dans laquelle il habitait naguère lui aussi. Jarmusch a toujours eu un goût pour ces bizarreries : le film n'a pas encore commencé qu'il repose déjà sur un enchevêtrement de sens à explorer. Sauf que contrairement à la plupart des films du cinéaste, Paterson reste sur place, circonscrit à une localité et à quelques lieux récurrents. Et pour cause, notre chauffeur de bus est un type à la vie bien rodée. Il partage avec sa petite amie Laura et leur bouledogue Marvin une harmonie domestique très ritualisée. Laura est aussi excentrique et naïve que Paterson est taiseux et contemplatif. Tous les soirs, il découvre avec circonspection la nouvelle trouvaille créative de sa bien-aimée, sous le regard inébranlable de Marvin, prolongement flegmatique et comique du couple. Tous les menus épisodes de cette vie sont pour Paterson une grande source d'inspiration. Il les consigne dans un petit carnet qu'il transporte partout en une prose ciselée et concrète : évocation des petits bonheurs familiers, de son amour pour Laura, de bribes de conversations glanées au cours de la journée ou de pensées vagabondes surgies au cours de ses trajets. Une poésie d'autant plus touchante qu'elle est modeste et simple (Paterson n'entend pas la publier, contrairement à Laura), témoignage d'un rapport au monde sain et complet.

En attendant que le week-end déjoue subtilement la routine, la répétition stricte du schéma journalier de Paterson est ponctuée de ce que Jim Jarmusch fait le mieux et qui donne au film tout son charme : rencontres aussi improbables que savoureuses, micro-événements comico-burlesques et divagations oniriques intériorisées. En un instant, la mise en scène parvient à transcender l’ordinaire en dénichant dans le commun du réel les manifestations poétiques les plus inattendues, parfois aux frontières du fantastique. Jim Jarmusch joue avec les apparences, multipliant les rimes visuelles et détournant avec amusement les règles consacrées (Paterson attachant Marvin tous les soirs devant son bar préféré comme un cheval devant un saloon). Ce n'est pas pour rien que Jarmusch place son film sous la référence à William Carlos Williams, ce poète américain qui rompit avec la tradition littéraire en utilisant un vocabulaire populaire, débarrassé de toute affèterie, dans le but d'évoquer le monde au plus proche de ce qu'il est. Dans sa foulée, Jim Jarmusch s'en tient à une vision prosaïque du monde et des affects, prouvant ainsi que le cinéma n’a nul besoin d’emphase pour être exaltant. Tant que les sentiments sont purs, ils suffisent à être bouleversants.


Le Vox (Fréjus) mercredi 4 à 15h50 et 18h40, jeudi 5 à 18h25, vendredi 6 à 14h et 18h25, samedi 7 à 16h et 21h, mardi 10 à 16h30 et 21h

Premier Contact
PREMIER CONTACTRéalisé par Denis Villeneuve
USA 2016 1h56mn VOSTF
avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg, Mark O'Brien...

Le monde est en alerte maximale : des extraterrestres ont débarqué. L'information circule partout dans les médias. Ce genre d'entrée en matière, on connaît. Tout, ici, est pourtant revisité, régénéré. D'abord, il y a ces étranges vaisseaux noirs, ovoïdes, suspendus au-dessus du sol, en douze points du globe. Leurs occupants, dont on ne sait s'ils sont là en amis ou en ennemis, n'en descendent pas. Ils attendent. Quoi donc ? Mystère. Avant même de comprendre les motivations des arrivants, il faut déjà les comprendre tout court. La tâche est complexe : ils émettent des sons incompréhensibles. L'armée américaine dépêche donc une linguiste universitaire accomplie, Louise, marquée par la mort récente de sa fille, pour établir un premier contact avec eux. Un camp de base est installé au pied d'un des vaisseaux. On déploie un arsenal de précautions militaires et scientifiques — un physicien réputé (Jeremy Renner) fait aussi partie de la délégation qui entoure Louise.L'approche, plastiquement fascinante, est un suspense en soi. Denis Villeneuve, le cinéaste québécois décidément très talentueux de Prisoners et de Sicario, recycle le motif central du décodage langagier de Rencontres du troisième type, de Spielberg, en le croisant avec l'univers visuel de 2001 : l'Odyssée de l'espace, de Kubrick. Ce mélange crée une expérience forte d'immersion sensorielle, qui n'est pas sans rappeler certaines installations d'artistes contemporains, de Bill Viola ou de James Turrell. La lente progression dans le vaisseau ressemblant à une caverne ou à un temple, l'apparition des aliens (masses nébuleuses, entre la baleine, l'araignée géante et l'éléphant), leur moyen d'expression — des logogrammes tracés à jets d'encre sur un écran —, tout cela tient d'une lente cérémonie, invitation à la pure contemplation. Un cas rare dans le cadre d'un blockbuster de science-fiction.
Une fois le contact établi, la méfiance chez les puissants ne retombe pas. Des divisions surgissent. Parce qu'un terme reste incertain dans sa traduction (les extraterrestres ont-ils parlé d'« outil » ou d'« arme » ?), la planète s'affole, surtout les Chinois et les Russes qui font front commun contre ce qu'ils estiment être une déclaration de guerre. On retrouve là un thème déjà vu, mais tiré vers le haut. Car le film traite finement de l'obsession dévorante du contrôle absolu, de la méfiance vis-à-vis de ce qui est étranger, étrange. Comme tout conte, celui-ci est ouvert à plusieurs pistes de lecture (sur nos rapports aux migrants, aux animaux, aux défunts...).

S'opposant au repli sur soi des bellicistes, l'émérite philologue qu'est Louise (Amy Adams, émouvante, recueillie, tout absorbée dans l'écoute et l'observation) s'aventure le plus loin possible. L'originalité de Premier Contact est de montrer comment le langage qu'elle décrypte avec difficulté finit peu à peu par l'imprégner, par façonner sa perception, sa pensée, ses rêves. On savait que toute langue était porteuse d'une culture. Ici, le langage découvert ouvre sur un bouleversement intérieur vertigineux. Premier Contact a le mérite d'appartenir pleinement à un genre (la science-fiction) tout en s'adressant à un public qui peut ne pas y être sensible. Car il brasse large, le très grand (la géopolitique et l'au-delà) comme l'intime (le deuil d'une mère). Il mêle le frisson et la soif insatiable de savoir. L'avancée vers l'inconnu et la connaissance. ( Telerama)


Le Luc : mercredi 4 janvier 16h, vendredi 6 janvier 20h30, samedi 7 janvier 18h

CINÉ SOUPE POUR LES RÉFUGIES  :

C'est à l''usine de la Redonne, à Flayosc : http://www.usinedelaredonne.org/

> Mercredi 4 janvier 2017

> Dans le cadre du Ciné soupe de la Redonne (normalement le deuxième mercredi de chaque mois) à 20 heures

"Festival d'un refuge à l'autre, courts métrages sur le refuge et l'exil"

> avec Christophe Switzer qui présentera son film SOURY (Syrien) avec Yves Morard (Bob, le "vigneron bourru" qui viendra avec son vin)
Ça croise le vignoble provençal, la solidarité, la migration Syrienne...


Wassim, réfugié syrien, cherche à rejoindre Avignon. Perdu dans la campagne provençale, il croise un vieux vigneron bourru qui parle arabe.

> Présentation sur https://vimeo.com/181165132

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :