Au(x) cinéma(s) du 4 au 10 mai

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Tout d'abord : un changement dans la prochaine soirée Entretoiles que nous vous avions annoncée pour le lundi 9 mai avec le film Arrête ou je continue. Nous n'avons pas pu avoir les droits de diffusion pour ce film et finalement nous vous proposons un très beau film grec, Xenia de Panos H koutras, "une ode fantasque, drôle et touchante à la liberté et à la tolérance" : Venez nous y retrouver nombreux !

Sinon, cette semaine c'est le Vox à Fréjus qui nous propose un florilège incroyable de films intéressants, poétiques, drôles et palpitants : lisez tous ces commentaires de tous ces films et courrez y vite : on irait une carte de restaurant où tous les plats seraient plus alléchants les uns que les autres !!
il y a notamment L'Avenir de Mia Hansen Love, un beau film sur le temps qui passe , et que vous pouvez aussi voir à Cotignac et au Luc....

Nous vous disons à bientôt : au lundi 9 à 20h !
Et nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 4 AU 10 MAI 2016

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Xenia
Réalisé par Panos H. KOUTRAS
Grèce 2014 2h08mn VOSTF
avec Kostas Nikouli, Nikos Gelia, Aggelos Pappadimitriou, Romanna Lobach… et la lumineuse, l'incroyable Patty Bravo...
Festival de Cannes 2014, Sélection officielle, Un certain regard
C’est une ode fantasque, drôle et touchante à la liberté et à la tolérance. Et elle porte un titre qui est tout l’opposé de ce que devient la Grèce aujourd’hui : Xenia, ça veut dire hospitalité, une valeur qui fut historiquement celle de la Grèce Antique, où l’étranger était le bienvenu (enfin, s’il ressemblait un peu trop à un Perse, ça se discutait…). Xenia, ce fut aussi le nom, dans les années 60/70, époque de croissance économique, de consommation effrénée et de tourisme en plein essor, d’une chaîne d’hôtels de luxe, peu à peu abandonnés, tels de vieux paquebots échoués au bord de la Mer Egée, au fur et à mesure que la crise torpillait ces vaisseaux surévalués. Xenia sonne un peu ironiquement dans un pays où le droit du sang prime désormais sur le droit du sol, et où la chasse aux migrants (et par extension à tous ceux qui leur ressemblent) a été abandonnée par la police aux fascistes de Aube Dorée, ce parti qui ferait passer notre FN pour un mouvement centriste... lire la suite
Une seule séance Entretoiles au "Bucéphale", boulevard de la Liberté à Draguignan : lundi 9 mai à 20h - 6€
Affiche
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Sky
Réalisé par Fabienne Berthaud
avec Diane Kruger, Gilles Lellouche, Norman Reedus...
France 2016 1h43mn
En vacances avec son mari dans l’Ouest américain, Romy décide de mettre fin à cette relation toxique et de reprendre sa vie en main. De Las Vegas aux plaines du Nevada, la route sera jalonnée de rencontres improbables, intenses et toutes porteuses d’un nouvel espoir.Les grands déserts américains n’en finissent d’inspirer nos cinéastes. Après Depardieu/Huppert venus tenter de faire renaitre leur couple après la mort de leur fils dans Valley of Love, voici Lellouche/Krüger constatant l’explosion du leur. Il faut dire qu’ils sont fascinants ces grands espaces et assurent une ampleur visuelle et émotionnelle certaine. Après Frankie en 2005 et Pieds nus sur les limaces en 2009, c’est la troisième fois que Fabienne Berthaud et Diane Krüger, respectivement derrière et devant la caméra, se retrouvent... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 4 et samedi 7à 18h, jeudi 5 et mardi 10 à 11h15, vendredi 6 et lundi 9 à 18h et dimanche 8 à 19h45
Lorgues : mercredi 4 à 17h et lundi 9 à 18h
Affiche
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Maggie a un plan
Écrit et réalisé par Rebecca MILLER
USA 2016 1h38mn VOSTF
avec Greta Gerwig, Ethan Hawke, Julianne Moore, Bill Hader, Maya Rudolph...
La Maggie du titre est une adorable tête de linotte, un peu rêveuse, lunaire, un brin gaffeuse, ce qui provoque parfois des situations loufoques et hilarantes. Bien vivante avec son autodérision et ses taquineries, elle semble parfois ailleurs, promenant sur le monde des yeux écarquillés, perpétuellement étonnés, comme dans l'attente d'une chose qui ne se produit jamais. Tiens par exemple : les mecs… Comment faire pour en garder un ? Un qui lui corresponde, la soutienne, la supporte, avec lequel tout serait rose et limpide. Bien sûr il y a Tony et son amitié indéfectible, Tony qui n'abdique jamais, tel un scout toujours prêt à lui tendre une oreille, une main, ou une épaule sur laquelle se reposer. Un « ex » grand teint et grande classe, magnanime et perspicace, qui reste envers et contre tout attaché à cette blondinette que la stabilité affective semble fuir de manière chronique. Elle lui confie tout, jusqu'aux détails les plus intimes et improbables. Lui tente de jouer les mentors, les directeurs de conscience tout en charriant Maggie à longueur de temps, histoire de lui remettre les idées en place... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 18h20, jeudi 5 à 16h, vendredi 6 à 20h45, samedi 7 à 13h50, dimanche 8 à 20h30, lundi 9 à 1h et mardi 10 à 20h40
Affiche
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L'Avenir
Écrit et réalisé par Mia HANSEN-LØVE
France 2016 1h40mn
avec Isabele Huppert, André Marcon, Romain Kolinka, Edith Scob, Sarah Le Picard, Solal Forte...
Festival de Berlin 2016 – Ours d'argent de la Meilleure réalisatrice
Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Son mari est aussi professeur de philosophie et lui aussi aime les livres et l’assurance tranquille de cette vie bourgeoise et confortable, sans frasque ni ostentation. Les enfants ont grandi et ne sont plus à la maison, le plaisir et l’envie d’enseigner semblent toujours constants en dépit des années. Quant à l’amour, il est là, à sa manière, avec les us et coutumes d'une union qui dure depuis vingt cinq ans. Un amour sincère mais un peu éteint, posé sur une étagère, comme un gros bouquin dont on sait la présence rassurante mais qu'on oublie trop souvent d'ouvrir... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 13h50 et 20h30, jeudi 5 à 13h50 et 15h45, vendredi 6à 16h et 18h15, samedi 7 à 18h30, dimanche 8 à 16h05, lundi 9 à 13h50, mardi 10 à 16h et 20h15
Cotignac : vendredi 6 à 21h
Le Luc : mercredi 4 à 20h30, vendredi 6 à 18h30 et samedi 7 à 18h
Le Coeur régulier : Affiche
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La Saison des femmes
Écrit et réalisé par Leena YADAV
Inde 2015 1h57mn VOSTF
avec Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla, Lehar Khan...
Quel film réjouissant, avec un ton qui oscille constamment entre Bollywood chatoyant et séduisant pamphlet féminin, pour ne pas dire féministe ! Un cri de guerre joyeux au service des femmes mais aussi des hommes, tout autant prisonniers qu'elles des règles de convenance imposées par leur société patriarcale. Cet effeuillage candide nous livre les dessous d'une Inde contemporaine très éloignée de nos images d'Épinal occidentales. Non content de nous faire passer un agréable moment, La Saison des femmes remet les pendules à l'heure efficacement. Trop ? Le comité de censure indien va-t-il accepter sa diffusion dans son pays ? C'est déjà un petit miracle que le film ait vu le jour : entre les producteurs qui refusaient de le soutenir, les villages qui ne voulaient pas accueillir un tournage dirigé par une femme plus adepte du port des pantalons que du voile… Mais Leena Yadav n'a jamais baissé les bras, comme ses personnages, ces terribles drôlesses qui vous feront tourner la tête... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 16h05 et 18h, jeudi 5 à 18h15, vendredi 6, samedi 7 et lundi 9 à 15h50, dimanche 8 à 13h50 et mardi 10 à 15h55
Cotignac : vendredi 6 à 21h
Affiche
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Mr. Holmes
Réalisé par Bill CONDON
GB 2015 1h44mn VOSTF
avec Ian Mckellen, Laura Linney, Milo Parker, Hiroyuki Sanada, Hattie Morahan, Patrick Kennedy, Roger Allam...
Scénario de Jeffrey Hatcher, d’après le roman Les Abeilles de Mr Holmes de Mitch Cullin
Le Mr Holmes de Bill Condon, imaginé par le romancier Micth Cullin, se situe plus tard, alors que le détective s'est retiré pour élever ses abeilles dans les bocages verdoyants du Sud de l'Angleterre. Quand je dis plus tard, c'est beaucoup plus tard puisque nous sommes en 1947, si bien que Holmes a… 93 ans ! On ne peut pas prétendre qu'il a la même vivacité que du temps où il traquait Moriarty et résolvait des mystères a priori insolubles. Certes son œil encore acéré sait, à partir de quelques indices, deviner les derniers déplacements de sa gouvernante, mais il clopine de sa chambre jusqu'à ses ruches d'un pas de sénateur et surtout, plus terrible, il se rend compte, tests de son médecin à l'appui, que sa mémoire – qui fit sa force – décline jour après jour... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 16h, 18h15 et 20h30 - jeudi 5 et dimanche 8 à 13h50, 18h15 et 20h30 - vendredi 6 à 13h50, 16h et 18h15 - samedi 7 à 13h50, 18h15 et 20h45 - lundi 9 à 13h50 et 20h30 - mardi 10 à 13h50, 15h55 et 20h30
Affiche
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Dough
Réalisé par John GOLDSCHMIDT
Angleterre 2015 1h34mn VOSTF
avec Jonathan Pryce, Malachi Kirby, Ian Hart, Philipp Davis, Pauline Collins, Jerome Holder...
Scénario de Jonathan Besson
Les esprits grincheux trouveront sans doute un peu légère cette comédie anglaise qui n’est pas sans rappeler quelques-un des grands titres qui firent jadis venir les foules à Utopia. C’était le temps de The Full Monthy, Joue-là comme Beckam… Les Anglais savent toujours y faire dans la comédie sociale efficace et réussissent, sans grands moyens et souvent sans jamais sortir d’un quartier, à nous brosser le portrait d’une fraternité ordinaire et attachante sans blablater pendant des plombes. Un cinéma modeste à hauteur de gens ordinaires, ni héros ni salauds, pas toujours sympathiques, pas toujours très honnêtes mais toujours authentiques et terriblement humains... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 15h50 et 20h30, jeudi 5 à 13h50 et 18h, vendredi 6 à 13h50 et 20h45, samedi 7 à 13h50 et 5h45, dimanche 8 à 13h50, 15h55 et 20h35, lundi 9 à 15h55 et18h05, mardi 10 à 13h50 et 18h15
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Sunset Song
Écrit et réalisé par Terence DAVIES
GB 2015 2h16mn VOSTF
avec Agyness Deyn, Peter Mullan, Kevin Guthrie, Jack Greenlees, Ian Pirie...
D'après le roman de Lewis Grassic Gibbon
C'est un cinéma que les tenants de la modernité à tout prix pourraient qualifier de désuet s'il n'atteignait pas le sublime dans sa précision du romanesque et dans sa mélancolie lyrique. Du cinéma anglais à la fois littéraire (on croirait, en regardant et en écoutant le film de Terence Davies lire ou relire du Henry James : même si James était américain, il était plus britannique que nature, au point de prendre la nationalité de la reine Victoria peu avant sa mort), et organique tant le cinéaste est viscéralement attaché aux terres grasses du Nord de l'Angleterre et de l'Écosse. Un cinéma comme pouvait le fignoler un David Lean. Un cinéma d'une maîtrise totale où les harmonies de couleurs et la bande son vibrent à l'unisson des sentiments tour à tour heureux puis tourmentés des personnages... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : lundi 9 à 20h et mardi 10 à 18h
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Le Bois dont les rêves sont faits
Réalisé par Claire SIMON
Documentaire France 2015 2h26mn
Dans ce titre se trouve déjà toute la poésie dont le film tient la promesse. Il véhicule l’imaginaire, la part d’intimité et les potentialités d’un lieu, le Bois de Vincennes, que Claire Simon a filmé au gré de quatre saisons, au fil du rythme de la nature. Elle fait de nous les promeneurs curieux de ce havre en marge de la frénésie citadine, les interlocuteurs momentanés de ses habitants plus ou moins temporaires. Filmer la vie d’un bois, c’est certes en sillonner les sentiers, en humer les senteurs, y côtoyer ses promeneurs. Mais c’est aussi embrasser son immense pouvoir de fiction. Le bois est l’endroit des fantasmes, des croyances, de l’évasion, des secrets, de l’expérience sensorielle. Il idéalise tout ce que nous refusons de la ville, du stress et de la contrainte. Et cela, il le fait en un instant : une odeur de sous-bois, une palette de couleurs, quelques chants d’oiseaux et voilà le monde sauvage à portée de main. Le bois est l’endroit où ressurgit l’enfance, un lieu où se mêlent la magie et la beauté, où le temps suspend son cours. Voilà pourquoi ce fabuleux documentaire porte en lui mille et une fictions qui nous transportent en observateurs attentionnés vers autant de rencontres, témoignages et autres récits intimes et passionnants.. lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 7 à 20h et mardi 10 à 18h
Affiche
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Midnight Special
Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 1h51 VOSTF
avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard...
Du jeune maître texan Jeff Nichols, qui nous impressionne de film en film(Shotgun stories, Take shelter – tous deux disponibles en Vidéo en Poche – et Mud), on attendait l'inattendu… et on n'est pas déçu. La première scène de Midnight Specialnous plonge dans l'inconnu. Deux hommes armés semblent attendre, anxieux, dans une chambre de motel aux fenêtres recouvertes de carton. Sur le lit, caché sous un drap, un petit garçon lit à la lumière d'une lampe de poche, imperméable aux événements extérieurs, un casque anti-bruit sur les oreilles, les yeux étrangement recouverts de lunettes de piscine. La télévision diffuse en boucle l'information de la disparition d'un enfant appartenant à une communauté religieuse. Est-ce un kidnapping ? Ou l'enfant a-t- il été au contraire soustrait par ses proches à un destin funeste ? Soudain le trio sort précipitamment et démarre en trombe dans la nuit à bord d'une Ford Mustang (à moins que ce ne soit une Dodge Charger, pardonnez ma méconnaissance des voitures de légende du cinéma américain)... lire la suite
Lorgues : mercredi 4 à 21h et dimanche 8 à 17h55
Affiche
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La Vache
Réalisé par Mohamed HAMIDI
France/Maroc 2016 1h31mn
avec Fatsah Bouyahmed, Lambert Wilson, Jamel Debbouze, Julia Piaton...
Scénario de Mohamed Hamidi, Alain-Michel Blanc et Fatsah Bouyahmed
Il était une fois… Cette délicate de vache, aussi tendre qu'un steak taillé dans le filet, est un véritable conte de fées. Un de ces films d'antan où se feuilletait au générique et en technicolor un gros livre chargé de dorures. Sauf que nos sociétés, aujourd'hui, n'aiment plus trop les contes. Trop dangereux, les contes, car on pourrait y croire. Trop subversives, ces histoires qui, invariablement, se terminent bien alors qu'il entre de nos jours dans la stratégie de nos élites de ne jamais nous faire rêver à des lendemains heureux.
Pensez donc ! Imaginez un monde où tous se réconcilieraient autour d'une vache en route, sur les chemins buissonniers de France, vers un Salon de l'agriculture où chacun serait payé au juste prix de son travail. Impensable… Les contes, en effet, dérangent et troublent l'ordre productiviste établi en laissant croire au pauvre peuple qu'il est toujours possible de changer la vie pour le meilleur, alors qu'on devrait bien savoir qu'elle est en route vers le pire à travers la stricte observance de l'évangile néolibéral qui n'arrête pas, lui, de nous beugler aux oreilles, via les prix Nobel d'économie, qu'il faut être réaliste et se contenter de peu, alors qu'il y aurait avantage à se contenter de beaucoup en ignorant les sornettes qui s'obstinent à nous marteler qu'il faut se préparer maintenant à changer trois ou quatre fois de boulot au cours de sa vie, pour en trouver… du boulot, sans réfléchir un seul instant à ce que seraient ces boulots...
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Le Luc : mercredi 4 à 18h30, vendredi 6 et dimanche 8 à 20h30
Affiche
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Quand on a 17 ans
Réalisé par André TÉCHINÉ
France 2016 1h55
avec Sandrine Kiberlain, Tracey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret...
Scénario de Céline Sciamma et André Téchiné
Inspiré peut-être par l'air des montagnes (le film a été tourné à Luchon et dans ses environs, les Pyrénées sont magnifiques) et sans aucun doute par la complicité au scénario de Céline Sciamma (réalisatrice de Tomboy et Bande de filles), André Téchiné signe avec Quand on a 17 ans son meilleur film depuis Les Témoins en 2007. Remarquablement écrit et construit, le scénario s'intéresse aux relations complexes, contradictoires, entre Thomas et Damien (Corentin Fila et Kacey Mottet Klein, formidables), deux lycéens qui ne cessent de s'affronter, de se battre, de se chercher – dans tous les sens du terme. Construit comme un triptyque autour des trois trimestres d'une année scolaire, le film prend d'abord le temps de poser son récit, de caractériser les personnages et d'installer des intrigues secondaires qui sont autant de fondations. Il y a bien sûr les deux adolescents que tout semble opposer : l'intellectuel et le paysan, le fils de bourgeois – une médecin et un militaire, en mission en Afghanistan – et l'enfant adopté par des cultivateurs, le gars de la (petite) ville et celui du haut de la montagne. Immédiatement, cela fourmille de thèmes et de possibilités... lire la suite
Cotignac : lundi 9 à 21h
Peur de rien : Affiche
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Le Potager de mon grand-père
Réalisé par Martin Esposito
Documentaire France 2016 1h16mn
Chez son grand-père, Martin est venu se ressourcer, aider et partager des moments de vie. L’aïeul lui transmettra son savoir, un peu de ses racines et les secrets de ce potager cultivé avec amour pour sa femme disparue. Issu de cette génération fast-food, Martin prendra conscience de la valeur de ce précieux héritage. C’est un hymne à la vie et à cette nature que nous devons protéger. La protection de la planète et le retour à des habitudes de vie plus saines sont devenues de véritables enjeux politiques qui semblent désormais inspirer le cinéma. Après le Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion qui nous avait fait voyager à travers le monde à la recherche de solutions durables, ce documentaire signé Martin Esposito nous promène sous le ciel de Provence dans un jardin familial, celui de Vincent Esposito. Après avoir réalisé en 2008 Super Trash, un documentaire choc dénonçant le problème du traitement des déchets et de la surconsommation, ce jeune réalisateur a ressenti la nécessité de nous faire partager les valeurs et le savoir-faire d’un monde oublié à qui il souhaite redonner toutes ses lettres de noblesse... lire la suite
Salernes : dimanche 8 à 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Xenia
AfficheRéalisé par Panos H. KOUTRAS
Grèce 2014 2h08mn VOSTF
avec Kostas Nikouli, Nikos Gelia, Aggelos Pappadimitriou, Romanna Lobach… et la lumineuse, l'incroyable Patty Bravo...
Scénario de Panos H. Koutras et Panagiotis Evangelidis. Festival de Cannes 2014, Sélection officielle, Un certain regard

C’est une ode fantasque, drôle et touchante à la liberté et à la tolérance. Et elle porte un titre qui est tout l’opposé de ce que devient la Grèce aujourd’hui : Xenia, ça veut dire hospitalité, une valeur qui fut historiquement celle de la Grèce Antique, où l’étranger était le bienvenu (enfin, s’il ressemblait un peu trop à un Perse, ça se discutait…). Xenia, ce fut aussi le nom, dans les années 60/70, époque de croissance économique, de consommation effrénée et de tourisme en plein essor, d’une chaîne d’hôtels de luxe, peu à peu abandonnés, tels de vieux paquebots échoués au bord de la Mer Egée, au fur et à mesure que la crise torpillait ces vaisseaux surévalués. Xenia sonne un peu ironiquement dans un pays où le droit du sang prime désormais sur le droit du sol, et où la chasse aux migrants (et par extension à tous ceux qui leur ressemblent) a été abandonnée par la police aux fascistes de Aube Dorée, ce parti qui ferait passer notre FN pour un mouvement centriste…

C’est dans ce contexte que l’on fait la connaissance de Dany et Odysseas, deux frères de 16 et 18 ans séparés par la vie et que tout oppose. Dany, extraverti et insouciant – voire parfois complètement irresponsable – vit en Crète et assume pleinement son homosexualité au point d’en faire un gagne-pain auprès de messieurs peu scrupuleux. Mais sa mère vient de mourir et il décide de rejoindre à Athènes son frère Odysseas, aussi hétéro et rangé que lui-même est folle et chaotique. Et entre le cadet, ses vêtements colorés, son petit lapin blanc dont il est dingue, sa passion lourdingue pour Patty Pravo, la pasionaria de la variété italienne des années 70, et l’aîné, qui se partage entre son boulot dans un snack et son coloc amateur de foot, le courant ne va pas tout de suite passer.
Mais les deux frères vont être amenés à se lancer dans une improbable équipée qui va les rapprocher : Ody aura bientôt 18 ans et, Albanais par sa mère, il risque de se faire expulser s’il ne retrouve pas rapidement le père grec qui a abandonné sa famille et aurait été repéré à Thessalonique, où il serait devenu… politicien d’extrême-droite ! Voilà donc Ody et Dany lancés dans une quête du père qui aura tout de l’odyssée initiatique et refondatrice de leur relation…
L’histoire des deux frères s’inscrit donc en plein dans un pays marqué par la crise, par les crispations autour des questions d’identité nationale, par les comportements xénophobes (les militants d’Aube Dorée sont à tous les coins de rues)… et par l’omniprésence de la télé-réalité, dont la bêtise contribue activement au chaos ambiant – Odysseas voudrait réussir le concours de la « Greek Star », c’était un vœu de sa mère.

De tout ce matériau humain, politique et social, Panos H. Koutras tire une belle et forte et savoureuse chronique, picaresque et profondément émouvante, à l’image de la relation entre les deux frères. Une chronique relevée par des personnages secondaires formidables, notamment le patron flamboyant d’une boîte de nuit ringarde, et par de très convaincantes échappées fantastiques – ou oniriques au choix –, des incursions dans l’imaginaire rêveur de Dany, dans lequel on croise des lapins géants et surtout le fantôme omniprésent de la fameuse Patty Pravo, susurrant ses chansons aussi sirupeuses qu’envoûtantes…
L’atypique Panos H. Koutras pourrait être un petit cousin kitsch et funky des Dardenne, il fait preuve d’une lucidité d’analyse et d’une générosité de sentiments qui donnent furieusement confiance dans l’avenir de la Grèce, dont on ne doute pas que les valeurs de tolérance et de démocratie finiront par reprendre le dessus.


Une seule séance Entretoiles au "Bucéphale", boulevard de la Liberté à Draguignan : lundi 9 mai à 20h - 6€


Sky
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Fabienne Berthaud
France 2015 1h42mn
avec Diane Kruger, Gilles Lellouche, Norman Reedus...

En vacances avec son mari dans l’Ouest américain, Romy décide de mettre fin à cette relation toxique et de reprendre sa vie en main. De Las Vegas aux plaines du Nevada, la route sera jalonnée de rencontres improbables, intenses et toutes porteuses d’un nouvel espoir.Les grands déserts américains n’en finissent d’inspirer nos cinéastes. Après Depardieu/Huppert venus tenter de faire renaitre leur couple après la mort de leur fils dans Valley of Love, voici Lellouche/Krüger constatant l’explosion du leur. Il faut dire qu’ils sont fascinants ces grands espaces et assurent une ampleur visuelle et émotionnelle certaine. Après Frankie en 2005 et Pieds nus sur les limaces en 2009, c’est la troisième fois que Fabienne Berthaud et Diane Krüger, respectivement derrière et devant la caméra, se retrouvent.

Sur fond de coucher de soleil rougeoyant, un homme et une femme se promènent sur une plage. Romantisme assuré. Pourtant, ils n’en sont plus là. Leur mésentente est palpable. Elle ira crescendo jusqu’à cette dispute violente dans leur chambre d’hôtel où Romy craint d’avoir tué son mari. Elle se terre comme une criminelle jusqu’à ce que la police lui apprenne qu’il n’est que blessé. Une dernière fois, il tente de la reconquérir. En vain ! c’en est terminé de la prestation de Gilles Lellouche, pourtant émouvant dans ce rôle d’homme poussé à bout par une femme qu’il aime malgré sa complexité et son désir d’enfant inabouti. Dommage aussi pour les spectateurs car c’est sans aucun doute la partie la plus structurée de ce long-métrage qui va désormais s’effilocher. Maintenant seule, Romy part sans calcul, ni repères. Elle ne sait pas encore vers quoi elle doit porter ses pas, elle sait seulement qu’elle est à la recherche d’un renouveau. En même temps qu’elle, le spectateur se demande, lui aussi, vers quoi où veut l’emmener.
Comme lors des ses précédents films, la réalisatrice s’attache à nous dresser le portrait d’une femme malheureuse qui, à force de courage, va surmonter ses démons et renaître de ses cendres, une femme qui choisit la liberté, qui prend le risque de l’inconnu et n’a plus peur. Elle nous entraîne dans son périple, à la rencontre de personnages cabossés souvent caricaturaux et auxquels il est difficile de s’attacher ou des laissés pour compte d’une Amérique à deux vitesses. A l’aune des contradictions du personnage, on passe de la magnificence de Las Vegas à l’isolement d’une réserve indienne, d’une esthétique léchée à un aspect documentaire, du charismatique Lellouche au taciturne et ténébreux Norman Reedus (le Daryl de la série Walking Dead) au rythme de scènes qui manquent cruellement de profondeur quand elles ne sont pas répétitives.
Diane Kruger est convaincante dans ce portrait de femme à la fois tourmentée et aventurière. La caméra transcende sa beauté et son jeu tout en finesse permet de créer l’empathie avec cette femme à la fois émouvante et agaçante. L’intérêt de ce film vaut surtout par sa prestation qui, cependant, ne parvient pas à sauver un récit confus auquel on peine à croire. (àvoiràlire)

 

CGR (Draguignan) : mercredi 4 et samedi 7à 18h, jeudi 5 et mardi 10 à 11h15, vendredi 6 et lundi 9 à 18h et dimanche 8 à 19h45
Lorgues : mercredi 4 à 17h et lundi 9 à 18h


Maggie a un plan
ImageÉcrit et réalisé par Rebecca MILLER
USA 2016 1h38mn VOSTF
avec Greta Gerwig, Ethan Hawke, Julianne Moore, Bill Hader, Maya Rudolph...

La Maggie du titre est une adorable tête de linotte, un peu rêveuse, lunaire, un brin gaffeuse, ce qui provoque parfois des situations loufoques et hilarantes. Bien vivante avec son autodérision et ses taquineries, elle semble parfois ailleurs, promenant sur le monde des yeux écarquillés, perpétuellement étonnés, comme dans l'attente d'une chose qui ne se produit jamais. Tiens par exemple : les mecs… Comment faire pour en garder un ? Un qui lui corresponde, la soutienne, la supporte, avec lequel tout serait rose et limpide. Bien sûr il y a Tony et son amitié indéfectible, Tony qui n'abdique jamais, tel un scout toujours prêt à lui tendre une oreille, une main, ou une épaule sur laquelle se reposer. Un « ex » grand teint et grande classe, magnanime et perspicace, qui reste envers et contre tout attaché à cette blondinette que la stabilité affective semble fuir de manière chronique. Elle lui confie tout, jusqu'aux détails les plus intimes et improbables. Lui tente de jouer les mentors, les directeurs de conscience tout en charriant Maggie à longueur de temps, histoire de lui remettre les idées en place. Entre eux c'est pas du réchauffé, du tiède, c'est du tac au tac et Felicia, la propre compagne actuelle de Tony, se prend aussi au jeu. Toujours à épauler cette sorte de petit poussin romantico-comique, à lui fournir un coin de table ou un nid douillet pour panser ses désillusions.

Mais Maggie ne se laisse pas abattre longtemps et refuse que ce fichu destin préside à sa place. Si le prince charmant n'arrive pas, elle peut très bien s'en passer, et avoir un bébé sans lui ! Et pourquoi faire simple quand on peut pimenter sa vie de scénarios alambiqués ? Voilà Maggie en train d'échafauder un de ces plans décalés dont elle a le secret tandis que Felicia et Tony finissent par se faire une raison. Mais évidemment, entre les rêves et la réalité, celui qu'on croyait écarté, sieur Destin en personne, ne va avoir de cesse que de revenir pointer son nez pour tout chambouler.
Quand Maggie rencontre John dans le bureau d'une employée de bureau grincheuse de la fac où ils sont tous deux professeurs, y'a comme une sorte de petite étincelle. John (le trop séduisant Ethan Hawke) se prend d'amitié pour cette jeune femme à l'allure enfantine, si drôlement fagotée dans des tenues pittoresques qui oscillent entre puritanisme et coloris improbables qui lui correspondent si bien. Il se grise de ses mots, de son regard si compréhensif et attentif. Et peu à peu il se confie, parle de sa morne vie en ménage où il étouffe face à son épouse Georgette trop parfaite (il n'y a pas d'autre mot pour Julianne Moore !). Georgette est brillante, organisée, directive… l'antithèse de notre Maggie perpétuellement indécise. Mais, même si cette dernière compatit avec John, n'a d'yeux que pour lui, rien ne la détourne de sa décision : il ne fait pas partie de son plan. Celui qui en fait partie c'est un vendeur de gros cornichons au look néorural, qui semble être descendu de sa campagne sans passer par la case rasage, pas de ceux qu'on imagine en train de traîner dans les beaux quartiers new-yorkais…

Voilà, vous connaissez maintenant quelques personnages mais vous vous doutez bien qu'on n'en dira pas plus sur cette délicieuse comédie, fraîche et enjouée, légère comme une brise de printemps. Faut pas s'en priver ! (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 18h20, jeudi 5 à 16h, vendredi 6 à 20h45, samedi 7 à 13h50, dimanche 8 à 20h30, lundi 9 à 1h et mardi 10 à 20h40

 

 

 

L'Avenir
Écrit et réalisé par Mia HANSEN-LØVE
France 2016 1h40mn
avec Isabele Huppert, André Marcon, Romain Kolinka, Edith Scob, Sarah Le Picard, Solal Forte...
Festival de Berlin 2016 – Ours d'argent de la Meilleure réalisatrice

 

 

Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Son mari est aussi professeur de philosophie et lui aussi aime les livres et l’assurance tranquille de cette vie bourgeoise et confortable, sans frasque ni ostentation. Les enfants ont grandi et ne sont plus à la maison, le plaisir et l’envie d’enseigner semblent toujours constants en dépit des années. Quant à l’amour, il est là, à sa manière, avec les us et coutumes d'une union qui dure depuis vingt cinq ans. Un amour sincère mais un peu éteint, posé sur une étagère, comme un gros bouquin dont on sait la présence rassurante mais qu'on oublie trop souvent d'ouvrir…
La vie de Nathalie est rythmée par ses cours qu’elle donne à des jeunes gens tout feu tout flamme qui l’écoutent ou qui ne l’écoutent pas, préférant sécher pour aller manifester, se rassembler, revendiquer. Nathalie aussi, dans sa jeunesse, militait, mais c’était hier, le passé, une autre époque. Aujourd’hui elle veut simplement assurer ses cours tranquillement, suivre le fil de sa vie rangée avec ses livres, ses élèves et sa mère un peu folle qui se suicide trois fois par semaine.

C’est aussi cela, le propre du temps qui passe, de la roue qui tourne : hier encore, on berçait sa couvée et aujourd’hui, il faut materner ses vieux parents. Et les vieille mamans angoissées, c’est parfois très pénible… Celle de Nathalie, dans son genre, est un spécimen fort intéressant.
Nathalie glisse sur ces lendemains avec la force tranquille d’une femme fière de son parcours, des ses réussites familiales et professionnelle ; forte aussi d’une vie intellectuelle riche et intense, habitée par les auteurs, les philosophes, les penseurs qui accompagnent chacun de ses pas, chacune de ses pensées vagabondes ou muries.
Les retrouvailles avec Mathieu, un ancien élève brillant qu’elle a mis sur la voie de la philosophie et dont elle suit le travail, vont coïncider avec cet instant précis de la vie de Nathalie où les événements vont se bousculer pour la malmener. Elle devrait s’effondrer, elle pourrait imploser, ou rester à terre en attendant le coup de grâce final… Mais sous ses allures frêles, s'appuyant sur la somme de ces instants d’avant qui forment son passé, elle va tenter de se fabriquer un avenir car, oui, l’avenir existe même quand on a depuis longtemps passé l’âge d’oser le questionner.

On connaît, pour les avoir appréciées dans ses précédents films, la délicatesse et l’intelligence d’écriture de Mia Hansen Love, brillante réalisatrice qui s’attache ici à un portrait fort et subtil d’une femme qui arrive comme on le dit banalement à un tournant de sa vie. Elle réussit le pari de ne jamais plomber son propos et glisse une belle tendresse dans le regard qu’elle porte sur cette génération qui n’est pas la sienne. A contrario, la manière dont elle parle de la jeunesse, de ses rêves, de ses utopies ne se fait jamais en opposition. Au fond, chacun n’est que la face passée ou à venir de la même pièce et tout n’est que mouvement.
C’est un beau film sur le temps qui passe et la sagesse dont il faut faire preuve pour accepter le cycle de la vie qui œuvre pour chaque humain. C’est aussi un film qui dit qu’avec la pensée et l’affection des autres, on est plus fort pour y arriver. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 13h50 et 20h30, jeudi 5 à 13h50 et 15h45, vendredi 6à 16h et 18h15, samedi 7 à 18h30, dimanche 8 à 16h05, lundi 9 à 13h50, mardi 10 à 16h et 20h15
Cotignac : vendredi 6 à 21h
Le Luc : mercredi 4 à 20h30, vendredi 6 à 18h30 et samedi 7 à 18h

La Saison des femmes
Écrit et réalisé par Leena YADAV
Inde 2015 1h57mn VOSTF
avec Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla, Lehar Khan...

Quel film réjouissant, avec un ton qui oscille constamment entre Bollywood chatoyant et séduisant pamphlet féminin, pour ne pas dire féministe ! Un cri de guerre joyeux au service des femmes mais aussi des hommes, tout autant prisonniers qu'elles des règles de convenance imposées par leur société patriarcale. Cet effeuillage candide nous livre les dessous d'une Inde contemporaine très éloignée de nos images d'Épinal occidentales. Non content de nous faire passer un agréable moment, La Saison des femmes remet les pendules à l'heure efficacement. Trop ? Le comité de censure indien va-t-il accepter sa diffusion dans son pays ? C'est déjà un petit miracle que le film ait vu le jour : entre les producteurs qui refusaient de le soutenir, les villages qui ne voulaient pas accueillir un tournage dirigé par une femme plus adepte du port des pantalons que du voile… Mais Leena Yadav n'a jamais baissé les bras, comme ses personnages, ces terribles drôlesses qui vous feront tourner la tête.

Il y a Rani, la toujours sage, celle qui s'étiole dans une morne tenue de jeune veuve et peine à élever seule son insupportable fiston. Il y a Bijli, la délurée, celle dont le métier est de se trémousser, d'émoustiller ces messieurs, voire un peu plus à la demande de son patron. Entre les deux femmes : un monde ! Et pourtant Rani refuse, malgré l'opprobre de son entourage, de renier cette amitié « contre nature », construite dans les ferments de l'enfance. Cette façon de résister, de tenir tête, c'est peut-être un de leurs points communs les plus forts. Chacune a réussi à s'émanciper de la gouvernance d'un homme : l'une en n'en ayant aucun, l'autre en les ayant tous. Pourtant, sous leurs carapaces d'amazones indomptables, toutes deux partagent ce désir inavoué de l'autre, la même sensualité, une soif inextinguible de romantisme. Les hormones qui les titillent, torrides, poussent leurs corps à exulter. Oser rêver de s'échouer sur des rivages voluptueux d'un monde de jouissances et de libertés inaccessibles aux femmes ? C'est déjà franchir bon nombre d'interdits.
Bijli et Rani représentent tout un pan de la population féminine de leur pays, mais le tableau resterait incomplet sans Lajjo, la femme maltraitée par un mari qui lui reproche sa stérilité ; et sans la toute jeune Lehar Khan, qui incarne a elle seule le cercle vicieux que chaque génération a tendance à reproduire. Celui dans lequel s'enferre Rani en voulant la marier avec son propre fils, faisant subir aux deux jeunes ce qu'elle a dû endurer jadis à son corps défendant. Difficile de sortir des schémas que la pression sociale martèle sans arrêt.

Pourtant la bande des quatre (Rani, Bijli, Lajjo et Lehar) va s'enhardir peu à peu et devenir un quatuor explosif, vibrant, exalté. Si elles n'ont pas encore les mots pour la décrire, sourd une saine révolte grisante, radieuse. Sentir le vent dans ses cheveux, déposer son voile, mettre les voiles… Tant de choses à expérimenter, à inventer. Certes, en face ils ont la puissance pour les rappeler à l'ordre, mais qu'est-ce que la puissance face à la force que donne le sentiment de n'avoir rien à perdre ?


Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 16h05 et 18h, jeudi 5 à 18h15, vendredi 6, samedi 7 et lundi 9 à 15h50, dimanche 8 à 13h50 et mardi 10 à 15h55
Cotignac : vendredi 6 à 21h


Mr. Holmes
Réalisé par Bill CONDON
GB 2015 1h44mn VOSTF
avec Ian Mckellen, Laura Linney, Milo Parker, Hiroyuki Sanada, Hattie Morahan, Patrick Kennedy, Roger Allam...
Scénario de Jeffrey Hatcher, d’après le roman Les Abeilles de Mr Holmes de Mitch Cullin

En dehors de Dieu, il est probablement le seul personnage de fiction dont certains croient qu'il existe réellement. Encore aujourd'hui, dans l'immeuble cossu du 221b Baker Street, quelques touristes candides croient visiter l'appartement où un détective mondialement connu aurait vécu et reçu les clients qui lui confièrent ses célèbres enquêtes. Sherlock Holmes n'est pourtant et évidemment que la créature fantasmatique imaginée par un médecin militaire devenu écrivain, Sir Arthur Conan Doyle. Les aventures de Sherlock Holmes, supposément narrées par le Docteur John Watson, alter ego autant que faire-valoir consentant de son génial ami, sont censées s'être arrêtées au lendemain de la première Guerre Mondiale, son auteur désirant définitivement stopper la saga. Il avait bien tenté une première fois de faire mourir le détective dans les célèbres chutes de Reichenbach, en 1893, mais les lecteurs en furie avaient exigé sa résurrection, manifestant devant les locaux du Strand qui publiait les enquêtes de Holmes en feuilleton.

Le Mr Holmes de Bill Condon, imaginé par le romancier Micth Cullin, se situe plus tard, alors que le détective s'est retiré pour élever ses abeilles dans les bocages verdoyants du Sud de l'Angleterre. Quand je dis plus tard, c'est beaucoup plus tard puisque nous sommes en 1947, si bien que Holmes a… 93 ans ! On ne peut pas prétendre qu'il a la même vivacité que du temps où il traquait Moriarty et résolvait des mystères a priori insolubles. Certes son œil encore acéré sait, à partir de quelques indices, deviner les derniers déplacements de sa gouvernante, mais il clopine de sa chambre jusqu'à ses ruches d'un pas de sénateur et surtout, plus terrible, il se rend compte, tests de son médecin à l'appui, que sa mémoire – qui fit sa force – décline jour après jour…

C'est justement autour de la mémoire qu'il va se lancer un ultime défi avant le saut dans l'inconnu. A partir de bribes de souvenirs, de quelques éléments conservés, il va tenter de résoudre une affaire qui l'a tenu en échec près de vingt ans auparavant et qui le hante depuis. Parallèlement des flash-back nous projettent dans son précédent voyage – qui sera le dernier : celui qu'il fit au lendemain de la guerre jusqu'à Hiroshima, à la rencontre d'un ami japonais. Question pour le cartésien que fut toujours Holmes : comment l'intelligence scientifique a-t-elle pu produire le mal absolu ?
Mr Holmes est beaucoup de choses plaisantes et touchantes à la fois… C'est un récit à tiroirs où la mémoire se construit comme une enquête du détective, par bribes qui s'assemblent peu à peu, le tout sur un ton pince sans rire so british avec entre autres l'évacuation des clichés liés au personnage – Sherlock Holmes n’a jamais porté de casquette de chasseur et n’a fumé la pipe que dans l’imagination de Watson. C'est aussi une belle réflexion sur la transmission, sur la capacité à se laisser envahir par les sentiments au soir de sa vie, alors qu'on s'est toujours cadenassé jusque-là… Holmes, se sachant dans ses derniers jours, va s'investir dans sa relation avec le tout jeune fils de sa gouvernante, en qui il voit un jeune prodige capable peut-être d'appliquer toutes les connaissances et raisonnements qui ont construit sa propre vie…
Peaufiné avec un soin maniaque, le film doit évidemment beaucoup au charismatique Ian McKellen, impressionnant de présence et de nuances en Sherlock Holmes finissant. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 16h, 18h15 et 20h30 - jeudi 5 et dimanche 8 à 13h50, 18h15 et 20h30 - vendredi 6 à 13h50, 16h et 18h15 - samedi 7 à 13h50, 18h15 et 20h45 - lundi 9 à 13h50 et 20h30 - mardi 10 à 13h50, 15h55 et 20h30


Dough
THE ASSASSINRéalisé par John GOLDSCHMIDT
Angleterre 2015 1h34mn VOSTF
avec Jonathan Pryce, Malachi Kirby, Ian Hart, Philipp Davis, Pauline Collins, Jerome Holder...
Scénario de Jonathan Besson

Les esprits grincheux trouveront sans doute un peu légère cette comédie anglaise qui n’est pas sans rappeler quelques-un des grands titres qui firent jadis venir les foules à Utopia. C’était le temps de The Full Monthy, Joue-là comme Beckam… Les Anglais savent toujours y faire dans la comédie sociale efficace et réussissent, sans grands moyens et souvent sans jamais sortir d’un quartier, à nous brosser le portrait d’une fraternité ordinaire et attachante sans blablater pendant des plombes. Un cinéma modeste à hauteur de gens ordinaires, ni héros ni salauds, pas toujours sympathiques, pas toujours très honnêtes mais toujours authentiques et terriblement humains.

Nat Dayan est le patron d’une petite boulangerie aussi casher que familiale, nichée au cœur d’un quartier populaire de Londres dont on pressent bien qu’il sera bientôt amené à disparaître. Un de ces quatre, un promoteur immobilier sans scrupules viendra raser tout ça pour y construire quelques parkings, un centre commercial où la pâtisserie industrielle trouvera sa place entre le rayon bricolage et les légumes sous vides.
Fatigué et un peu usé de se lever tous les jours aux aurores pour mettre la main à la pâte (dough, c’est pâte en anglais), Nat Dayan ne veut pourtant pas partir en vacances et encore moins prendre sa retraite. Sa boulangerie est toute sa vie et pas question d’arrêter de fournir le quartier et la communauté en brioches, muffins et autres délicieux petits pains. Mais s’il est têtu comme une mule, il demeure lucide sur son état et finit par accepter l’idée de prendre un apprenti. Ayyash n’était pas forcément la personne vers laquelle il se serait spontanément tourné : jeune, Noir et Musulman pratiquant, autant dire pas vraiment le candidat naturel. Mais Ayyash est le fils de la dame qui vient tous les jours faire le ménage chez Nat, alors après tout, pourquoi pas lui donner sa chance, elle lui assure que c’est un gentil petit gars, travailleur, honnête… Ayyash va se révéler être un apprenti dévoué et très doué, un peu trop doué peut-être… Les deux vont aussi se trouver quelques points communs dans la manière dont chacun prie son Dieu… l’occasion de quelques scènes cocasses.
Les mauvaises langues vont bien sûr ce méfier de ce Mohammed venu d’Ethiopie ou d’Arabie, enfin, de ce Noir musulman qui est sûrement aussi un peu terroriste. Mais Nat s’en moque car depuis qu’Ayyash travaille à ses côtés, les ventes ont explosé aussi sûrement que les petits pains se multipliaient si l'on en croit certaines Écritures… et puis comme par miracle, lui-même a retrouvé sa joie de vivre, son rire et l’envie de faire un peu plus attention à lui et aux autres. Bien sûr, tout cela cache quelque chose qui n’est sans doute pas très orthodoxe…

Terriblement british par son ton, son humour et tous ses personnages secondaires à la langue bien pendu, Dough est un petit condensé vivifiant d’optimisme et de joie de vivre ensemble qui fait un bien fou par sa simplicité un brin naïve de penser que rien n’est perdu d’avance si chacun prend le temps de dépasser ses préjugés. Au passage bien entendu, le film tord le coup à tous les clichés qui nous polluent le cœur et l’esprit et dénonce enfin les deux plus grands fléaux de l’humanité qui avancent souvent comme deux andouilles main dans la main : l’ignorance et la connerie.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 4 à 15h50 et 20h30, jeudi 5 à 13h50 et 18h, vendredi 6 à 13h50 et 20h45, samedi 7 à 13h50 et 5h45, dimanche 8 à 13h50, 15h55 et 20h35, lundi 9 à 15h55 et 18h05, mardi 10 à 13h50 et 18h15


Sunset Song
ImageÉcrit et réalisé par Terence DAVIES
GB 2015 2h16mn VOSTF
avec Agyness Deyn, Peter Mullan, Kevin Guthrie, Jack Greenlees, Ian Pirie...
D'après le roman de Lewis Grassic Gibbon

C'est un cinéma que les tenants de la modernité à tout prix pourraient qualifier de désuet s'il n'atteignait pas le sublime dans sa précision du romanesque et dans sa mélancolie lyrique. Du cinéma anglais à la fois littéraire (on croirait, en regardant et en écoutant le film de Terence Davies lire ou relire du Henry James : même si James était américain, il était plus britannique que nature, au point de prendre la nationalité de la reine Victoria peu avant sa mort), et organique tant le cinéaste est viscéralement attaché aux terres grasses du Nord de l'Angleterre et de l'Écosse. Un cinéma comme pouvait le fignoler un David Lean. Un cinéma d'une maîtrise totale où les harmonies de couleurs et la bande son vibrent à l'unisson des sentiments tour à tour heureux puis tourmentés des personnages.

Nous sommes un été au début du xxe siècle dans le comté rural d'Aberdeen, au Nord de l'Écosse. Le film s'ouvre magnifiquement sur les champs de blé dorés ondulant au vent sur une colline surplombant un lac qui reflète les paysages rudes et splendides des Highlands. C'est la fin des cours et Chris Guthrie, jeune fille de la petite paysannerie, est malgré tout pleine d'espoir car, élève brillante, elle peut légitimement aspirer à devenir institutrice. Mais le soleil, s'il illumine le cœur des jeunes filles en vacances, rentre peu dans la maison des Guthrie, où John, le père et tyran domestique, fait régner une discipline de fer sur toute la famille, notamment le frère aîné de Chris, Will, souffre-douleur parce que rebelle à l'autorité. Quant à la mère, bien que déjà d'âge mur, elle est contrainte par son mari d'enchaîner les grossesses nullement désirées. Et rapidement, alors que Will va choisir la liberté et l'exil en Argentine, alors que la mère va mourir en couches, et le père subir une attaque, le destin et les espoirs de Chris vont basculer. Comment la jeune fille brillante et lucide va-t-elle pouvoir affirmer sa liberté dans ce carcan ? Résistera-t-elle à la pression des prétendants et au mariage, étape obligée si elle en croit tout son entourage ? Dans le même temps se déclare la guerre avec l'Allemagne et la mobilisation se précise pour les hommes du village…

Sunset song est une description brutale mais superbe de l'Écosse rurale et puritaine du début du siècle, et l'amour du réalisateur pour cette terre parfois ingrate transparaît à travers chaque plan. Une terre travaillée par des paysans exploités dont le réalisateur magnifie la solidarité, les traditions, sans édulcorer leurs travers, leurs violence, leur misogynie. De cet univers rude se dégage un magnifique personnage de femme (intensément incarnée par la formidable Agyness Deyn, d'une beauté hors du temps), prise dans la tourmente de ses sentiments ambivalents, entre son désir d'accomplissement et la soumission plus ou moins consentie au poids des conventions étouffantes. Terence Davies filme avec une égale ampleur les champs de blé et les champs de bataille, avec une égale précision les intérieurs étouffants et les scènes de groupe, il joue en virtuose des couleurs et des ambiances musicales, nous chavirant le cœur quand s'élèvent les chants écossais mélancoliques, au son des cornemuses évoquant les temps heureux disparus ou les hommes partis loin de leur terre. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : lundi 9 à 20h et mardi 10 à 18h


Le Bois dont les rêves sont faits
ImageRéalisé par Claire SIMON
Documentaire France 2015 2h26mn

Dans ce titre se trouve déjà toute la poésie dont le film tient la promesse. Il véhicule l’imaginaire, la part d’intimité et les potentialités d’un lieu, le Bois de Vincennes, que Claire Simon a filmé au gré de quatre saisons, au fil du rythme de la nature. Elle fait de nous les promeneurs curieux de ce havre en marge de la frénésie citadine, les interlocuteurs momentanés de ses habitants plus ou moins temporaires. Filmer la vie d’un bois, c’est certes en sillonner les sentiers, en humer les senteurs, y côtoyer ses promeneurs. Mais c’est aussi embrasser son immense pouvoir de fiction. Le bois est l’endroit des fantasmes, des croyances, de l’évasion, des secrets, de l’expérience sensorielle. Il idéalise tout ce que nous refusons de la ville, du stress et de la contrainte. Et cela, il le fait en un instant : une odeur de sous-bois, une palette de couleurs, quelques chants d’oiseaux et voilà le monde sauvage à portée de main. Le bois est l’endroit où ressurgit l’enfance, un lieu où se mêlent la magie et la beauté, où le temps suspend son cours. Voilà pourquoi ce fabuleux documentaire porte en lui mille et une fictions qui nous transportent en observateurs attentionnés vers autant de rencontres, témoignages et autres récits intimes et passionnants.

L’idée de ce documentaire, simple et pourtant si forte, c’est d’avoir conçu le bois comme un petit monde en soi. Tout le monde vient au bois : des hommes et des femmes de tous âges, de tous horizons, de toutes classes. On y vient pour se ressourcer, pour faire de l’exercice, pour travailler, pour chercher l’amour ou pour des rapports fugaces. Le point commun entre tous ces gens est d'y venir pour accomplir quelque chose d’intérieur, souvent avec la régularité d’un rituel. Prenez cet homme, enfant de la Libération, d’une mère française et d’un GI, qui fait de la musculation en soulevant des troncs d’arbres : ce qu’il fait, dit-il, c’est bon pour le mental. Et comme on vient là pour une certaine liberté, comme ici on a le droit d’être différent, alors les langues parlent avec une authenticité rare. En ville l’image est suspecte. Ici au bois la caméra baladeuse de Claire Simon ne cause aucune gène. Elle enregistre avec fluidité une succession de rencontres – de très belles rencontres – et collecte les morceaux de vie que les personnages donnent à voir ou à entendre. Un peintre que la tombée du soir n'arrête pas, une prostituée et sa « chambre » à ciel ouvert, un réfugié cambodgien plongé dans ses souvenirs, un éleveur de pigeons qui élabore le grand lâcher, un homosexuel guettant le sexe au coin des fourrés, des sans-abris anéantis par le sommeil, des pêcheurs de carpe, un mateur aux méthodes bien rodées… Et comme dans tout lieu en marge, il s'y tient parfois des tragédies. Avec beaucoup de sensibilité, la réalisatrice filme à égalité tous ceux qu'elle croise, sans voyeurisme ni jugement.

Au fil de ce documentaire, la voix de Claire Simon nous guide sous l’humus du bois, là où la vie fourmille, dévoilant ce que ce lieu recèle d’invisible. Munie de sa caméra et d’un dispositif minimaliste, elle imprègne son film d’intimité et d’équilibre. Au point de laisser deviner qu’elle ne diffère en rien de tous ceux qu’elle interroge ; qu’elle aussi se rend au bois pour y satisfaire un besoin personnel, y rencontrer des gens, y laisser un peu de sa solitude peut-être. Et plus que tout, revenir encore et encore se blottir au cœur de cette grande utopie qu’est le bois, où règnent la liberté, le merveilleux et la diversité. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : samedi 7 à 20h et mardi 10 à 18h


Midnight Special
Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 1h51 VOSTF
avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard...

Du jeune maître texan Jeff Nichols, qui nous impressionne de film en film(Shotgun stories, Take shelter – tous deux disponibles en Vidéo en Poche – et Mud), on attendait l'inattendu… et on n'est pas déçu.
La première scène de Midnight Specialnous plonge dans l'inconnu. Deux hommes armés semblent attendre, anxieux, dans une chambre de motel aux fenêtres recouvertes de carton. Sur le lit, caché sous un drap, un petit garçon lit à la lumière d'une lampe de poche, imperméable aux événements extérieurs, un casque anti-bruit sur les oreilles, les yeux étrangement recouverts de lunettes de piscine. La télévision diffuse en boucle l'information de la disparition d'un enfant appartenant à une communauté religieuse. Est-ce un kidnapping ? Ou l'enfant a-t- il été au contraire soustrait par ses proches à un destin funeste ? Soudain le trio sort précipitamment et démarre en trombe dans la nuit à bord d'une Ford Mustang (à moins que ce ne soit une Dodge Charger, pardonnez ma méconnaissance des voitures de légende du cinéma américain).

Ce qui est passionnant dans le nouveau petit bijou de Jeff Nichols, ce sont ses multiples entrées. Ça commence comme un film de cavale, porté par la musique aérienne et lancinante de David Wingo, traversant les paysages magnifiques du Sud des États-Unis, du Texas à la Floride, sans qu'on connaisse au demeurant la destination ni la raison de cette fuite précipitée. Ce n'est que peu à peu que l'on en comprend les tenants et les aboutissants : une secte chrétienne, dirigée par un gourou qui scande des formules mathématiques, avait fait de l'enfant sa mascotte prophétique, un enfant qui cache un lourd secret et des pouvoirs surnaturels. Tout ça attirant les spécialistes des agences gouvernementales qui voudraient bien mettre la main sur ce gamin capable de déchiffrer les informations des satellites espions. La tension monte… et le film bascule sans esbroufe spectaculaire vers la science-fiction, en une sorte d'hommage virtuose aux grandes réussites des années 70/80 – on pense en particulier au Spielberg de Rencontres du troisième type –, à l'époque où le cinéma américain imaginait que « l'autre », la créature venue d'ailleurs, n'était pas forcément un envahisseur mais pouvait être animé d'intentions pacifiques et bienveillantes, bien plus que les terriens recroquevillés sur leur petite planète…

Mais derrière le suspense paranoïaque et la SF, derrière l'action qui avance tambour battant, on retrouve les thèmes récurrents de Jeff Nichols, principalement la paternité, le lien indéfectible qui unit père et fils. Et son acteur fétiche Michael Shannon incarne formidablement ce père déterminé, prêt à tout pour permettre à son fils d'aller jusqu'au bout du destin qui est le sien… Ce personnage emblématique représente l'abnégation paternelle poussée à son paroxysme, celle qui vous pousse à croire à l'incroyable, à abdiquer votre rationalité, à vous affranchir de la loi pour contourner ou forcer tous les barrages, même si toutes les forces de l’État le plus puissant au monde sont à vos trousses. Michael Shannon est comme toujours impressionnant mais on appréciera aussi les personnages secondaires remarquablement dessinés et interprétés, tels Sam Shepard très flippant en gourou de secte ou Adam Driver, parfaitement ambivalent en enquêteur faussement dilettante.
ande utopie qu’est le bois, où règnent la liberté, le merveilleux et la diversité. (Utopia)

Lorgues : mercredi 4 à 21h et dimanche 8 à 17h55


La Vache
ImageRéalisé par Mohamed HAMIDI
France/Maroc 2016 1h31mn
avec Fatsah Bouyahmed, Lambert Wilson, Jamel Debbouze, Julia Piaton...
Scénario de Mohamed Hamidi, Alain-Michel Blanc et Fatsah Bouyahmed

Il était une fois… Cette délicate de vache, aussi tendre qu'un steak taillé dans le filet, est un véritable conte de fées. Un de ces films d'antan où se feuilletait au générique et en technicolor un gros livre chargé de dorures. Sauf que nos sociétés, aujourd'hui, n'aiment plus trop les contes. Trop dangereux, les contes, car on pourrait y croire. Trop subversives, ces histoires qui, invariablement, se terminent bien alors qu'il entre de nos jours dans la stratégie de nos élites de ne jamais nous faire rêver à des lendemains heureux.
Pensez donc ! Imaginez un monde où tous se réconcilieraient autour d'une vache en route, sur les chemins buissonniers de France, vers un Salon de l'agriculture où chacun serait payé au juste prix de son travail. Impensable… Les contes, en effet, dérangent et troublent l'ordre productiviste établi en laissant croire au pauvre peuple qu'il est toujours possible de changer la vie pour le meilleur, alors qu'on devrait bien savoir qu'elle est en route vers le pire à travers la stricte observance de l'évangile néolibéral qui n'arrête pas, lui, de nous beugler aux oreilles, via les prix Nobel d'économie, qu'il faut être réaliste et se contenter de peu, alors qu'il y aurait avantage à se contenter de beaucoup en ignorant les sornettes qui s'obstinent à nous marteler qu'il faut se préparer maintenant à changer trois ou quatre fois de boulot au cours de sa vie, pour en trouver… du boulot, sans réfléchir un seul instant à ce que seraient ces boulots…

Pour Fatah en tout cas, modeste paysan d'une vallée perdue du Magreb, pas question de céder aux oukases des prix Nobel d'économie. Paysan il est, paysan il restera toute sa vie, tout comme Jamel Debbouze d'ailleurs, producteur et acteur du film, dont on peut parier qu'il le gardera à vie, lui aussi, son boulot sympa d'amuseur public. Pour l'heure, notre ami Fatah s'occupe avec tendresse de sa vache, une belle tarentaise à la robe brun fauve nommée Jacqueline, qu'il inscrit chaque année avec persévérance au Salon de l'agriculture à Paris. Une constance qui finit par porter ses fruits : une lettre officielle lui annonce qu'il est invité avec Jacqueline. Néanmoins, restrictions budgétaires obligent, le voyage n'est pas pris en charge. Qu'à cela ne tienne, Fatah qui ne doute de rien prend le bateau direction Marseille, puis entame le chemin Marseille/Paris à pied. Le voyage, on s'en doute, sera haut en couleurs, à l'image de ce premier contact avec les gendarmes qui, héberlués, acceptent de se faire photographier, sans sourciller, aux côtés de Jacqueline.
Avec un bel appétit de découvertes, Fatah parcourt une France dont il a une haute idée et qui, surprise, le lui rend bien. Son sourire engageant et son compagnonnage animal font merveille et attirent une sympathie mâtinée de curiosité de ceux qu'ils croisent, à l'image de cette troupe de théâtre fraternelle qui lui fait découvrir le « flirt » et la poire, ou de ce chatelain perclus de problèmes qu'il parvient à sortir d'un égocentrisme déprimant en l'entraînant dans la folle ronde de l'entr'aide.

Mais plus que tout, il émane de La Vache un peu de ce qui fait le succès inattendu et incroyable de Demain : cette impression que, malgré la période assez misérable que nous traversons, nous ne sommes pas définitivement abonnés au malheur. En effet, sur un ton bon enfant et sans mièvrerie, le film délivre un message sain mais généreux : de quelque côté de la Méditerranée que l'on vienne, il est possible de se retrouver sur les mêmes valeurs…

Le Luc : mercredi 4 à 18h30, vendredi 6 et dimanche 8 à 20h30


Quand on a 17 ans
Réalisé par André TÉCHINÉ
France 2016 1h55
avec Sandrine Kiberlain, Tracey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret...
Scénario de Céline Sciamma et André Téchiné

Inspiré peut-être par l'air des montagnes (le film a été tourné à Luchon et dans ses environs, les Pyrénées sont magnifiques) et sans aucun doute par la complicité au scénario de Céline Sciamma (réalisatrice de Tomboy et Bande de filles), André Téchiné signe avec Quand on a 17 ans son meilleur film depuis Les Témoins en 2007. Remarquablement écrit et construit, le scénario s'intéresse aux relations complexes, contradictoires, entre Thomas et Damien (Corentin Fila et Kacey Mottet Klein, formidables), deux lycéens qui ne cessent de s'affronter, de se battre, de se chercher – dans tous les sens du terme.

Construit comme un triptyque autour des trois trimestres d'une année scolaire, le film prend d'abord le temps de poser son récit, de caractériser les personnages et d'installer des intrigues secondaires qui sont autant de fondations. Il y a bien sûr les deux adolescents que tout semble opposer : l'intellectuel et le paysan, le fils de bourgeois – une médecin et un militaire, en mission en Afghanistan – et l'enfant adopté par des cultivateurs, le gars de la (petite) ville et celui du haut de la montagne. Immédiatement, cela fourmille de thèmes et de possibilités.
Il y a également leurs parents (Sandrine Kiberlain en tête, parfaite dans le rôle de cette mère fantasque et joyeuse), que Sciamma et Téchiné incluent largement au récit, prenant le contrepied des habituels films sur une adolescence évoluant dans sa propre sphère, loin du monde des adultes. Quand on a 17 ans est en cela d'une grande subtilité, montrant notamment une relation mère-fils harmonieuse et simple qui dynamite les clichés du genre.
Et puis, au fur et à mesure qu'avance le film, le scénario continue de se nourrir avec des intrigues parallèles qui tour à tour font écho à l'histoire des deux adolescents, ou lui servent de catalyseur. Cela permet de faire exister les personnages secondaires et de garder une grande homogénéité dans la narration qui devient limpide et presque évidente, tout en ménageant surprises, chemins de traverse et rebondissements.
Car si, au départ, on croit voir arriver les grosses ficelles du scénario, on s'aperçoit rapidement que Téchiné neutralise tout ce qui pourrait être outré, se contente de suggérer ce qui est indispensable, et s'amuse avec les attentes du spectateur. Passée la première demi-heure de mise en place, le film bascule ainsi dans un mélange d'humour, de douceur et de complicité qui rend la situation de départ éminemment plus subtile qu'elle ne le paraissait au départ.
On est alors bouleversé par la manière dont le cinéaste (âgé tout de même de 72 ans) s'approprie les affres de l'adolescence et filme avec grâce leurs corps-à-corps brutaux, expiatoires et ambigus. Il capte avec une simplicité déconcertante cet aspect purement physique de la relation conflictuelle entre Thomas et Damien qui ont besoin de passer par les coups pour en arriver aux mots. Puis aux gestes d'amour, filmés eux aussi avec une sensualité spontanée, sans effets ni calculs.
Comme souvent, il n'est pas tant question dans Quand on a 17 ans d'homosexualité que de la rencontre amoureuse entre deux adolescents qui s'avèrent être deux garçons. Nuance de taille pour un film lumineux qui prend le sujet de l'adolescence à bras-le-corps mais joue la carte de la retenue, du sens du détail et de la légèreté. (Utopia)

Cotignac : lundi 9 à 21h


Le Potager de mon grand-père
Afficher l'image d'origineRéalisé par Martin Esposito
Documentaire France 2015 1h16mn

Chez son grand-père, Martin est venu se ressourcer, aider et partager des moments de vie. L’aïeul lui transmettra son savoir, un peu de ses racines et les secrets de ce potager cultivé avec amour pour sa femme disparue. Issu de cette génération fast-food, Martin prendra conscience de la valeur de ce précieux héritage. C’est un hymne à la vie et à cette nature que nous devons protéger. La protection de la planète et le retour à des habitudes de vie plus saines sont devenues de véritables enjeux politiques qui semblent désormais inspirer le cinéma. Après le Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion qui nous avait fait voyager à travers le monde à la recherche de solutions durables, ce documentaire signé Martin Esposito nous promène sous le ciel de Provence dans un jardin familial, celui de Vincent Esposito. Après avoir réalisé en 2008 Super Trash, un documentaire choc dénonçant le problème du traitement des déchets et de la surconsommation, ce jeune réalisateur a ressenti la nécessité de nous faire partager les valeurs et le savoir-faire d’un monde oublié à qui il souhaite redonner toutes ses lettres de noblesse.

Nostalgique, Vincent Esposito, 85 ans évoque l’époque où, en famille, il cultivait toutes ces parcelles de terre. Mais c’est un battant et il ne reste pas triste longtemps. Il lui suffit de retourner à ses plantations pour retrouver goût à la vie. Son jardin, c’est sa thérapie. C’est bien ce qui donne envie à son petit-fils de le suivre. En élève appliqué, il pose des questions, il copie les gestes de son grand-père et comprend que même s’il est rude (peut-être même parce qu’il est rude ?) le contact avec la terre l’apaise. Nous offrant des plans larges aux couleurs multiples et aux senteurs qu’il nous est facile d’imaginer, le documentariste filme encore et toujours pour que nous puissions tous profiter de ce bel héritage. Tout au long de l’année, on sème, on cueille, on récolte, on fait même des conserves de tomates et de haricots en vue de l’hiver à venir. Rien n’arrête Papy Vincent. Même quand il tombe de l’échelle, il se relève en riant. Seul Martin a eu peur. En plus d’être légèrement cascadeur, il a l’œil qui frétille, Papy. Sans jugement d’aucune sorte, mais quand même avec une pointe de commisération, il regarde le jardin de son voisin aux légumes parfaitement alignés et aux calibres parfaits, poussés à l’aide de quelques produits qu’ils jugent peu recommandables. Chez lui, c’est un peu le désordre. Mais il revendique cette anarchie horticole. En lui sommeille, l’âme d’un rebelle, de celui qui n’est pas prêt à se plier aux lois du marché et c’est pour ça qu’on l’aime. La seule loi qui peut le faire obéir, c’est celle de la nature et des saisons.

Certes, il n’est pas comédien professionnel mais il sait parfaitement nous suggérer, non sans malice, sa compassion plus ou moins feinte, face aux tomates chétives de sa belle-sœur, grandies sans amour selon lui. Car Papy Vincent est drôle et généreux. On prend plaisir à l’écouter délivrer son message de bon sens. Sa parole posée et authentique nous persuade sans difficulté de la nécessité de ce retour aux sources. Un Dialogue avec mon jardinier tout simple mais tellement bénéfique pour le corps et pour l’esprit. (àvoiràlire)


Salernes : dimanche 8 à 20h30

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

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