Au(x) cinéma(s) du 4 au 10 mars 2020

Bonjour à tous !
 
Venez nous retrouver ce dimanche 8 Mars à 19h30 avec ce film unique et magnifique qu'Entretoiles vous propose : Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi .
Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR en ciné club est Jojo Rabbit de Taïka Waïtiti, une réflexion acerbe, souvent drôle, parfois émouvante, sur la manipulation élevée au rang de système et l'impératif de l'ouverture aux autres. Les prochaines films en ciné club seront  Notre Dame de Valerie Donzelli, La sainte famille, Adam, Le photographe.
Cette semaine Colibris vous propose au CGR de voir Dark waters  où Todd Haynes le réalisateur s’attaque  au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné et qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés qui savent se montrer criminelles. (aussi au Vox)
Dans la programmation habituelle de CGR vous pourrez voir, en VF ou en VO selon les séances, Le cas Richard Jewell, le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde  et   De Gaulle de Gabriel Le Bomin ,  première fresque historique dédiée à ce personnage mythique.
 
A Lorgues  Scandale de Jay Roach, le harcèlement subi par les vedettes de Fox News, Adam de Maryam Touzani dont on ressort affamés d'humanité et de gourmandises ((aussi à Cotignac), Un fils de  Mehdi M Barsaoui, un 1er film remarquable sur la douleur d'affronter une vérité refusée et La fille au bracelet  de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue (aussi au Vox)

A Salernes L'adieu de Lulu Wang, une heureuse surprise toute simple, toute jolie, Papicha  de Mounia Meddour, multi nominé (et tout récemment aux Oscars) un film sur le courage de la jeunesse algérienne qui ne demande qu'à exulter.et Deux de Filippo  dans lequel le réalisateur 
explore l’amour entre deux femmes retraitées. Un sujet difficile qu’il traite de manière audacieuse et simple.
Au Luc, Lettre à Franco de Alejandro Amenabar sur la montée du franquisme en Espagne et la tension qui règne.
 
A Cotignac, Ma vie de courgette de Claude Barras aborde des sujets graves avec humour et légèreté, 1917 de Sam Mendes nous montre l'épopée de 2 jeunes hommes pendant la 1ère guerre mondiale, avec réalisme et virtuosité, et Notre Dame du Nil de Atiq Rahimi, l'histoire écrite du point de vue des minorités.
 
Au Vox à Fréjus, L'état sauvage de David Perrault,un western oscillant entre songe cauchemardesque et épopée émancipatrice féministe, Mes jours de Gloire d'Antoine de Bary une comédie qui  dresse ainsi le portrait d’une génération narcissique, sans idéaux, sans perspective d’avenir, qui semble ne rien faire pour s’en donner, Lara Jenkins de Jan Ole Gerster, une femme se débat, victime d'elle-même, Un divan à Tunis de Manele Labridi, une fantaisie pleine d'humour,  Parasite de Bong Joon ho, une critique sociale puissante et déjantée, palme d'or à Cannes en 2019 et La cravate de M Thery et E Chaillou, la confession étonnante de Bastien, militant d'extrême droite.
 
Voilà ! vous avez de quoi voir, vous interroger, vous émerveiller, vous émouvoir, réfléchir... alors bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Séance Entretoiles au CGR : dimanche 8 mars à 19h30

JOJO RABBIT
Écrit et réalisé par Taïka WAÏTITI - USA 2019 1h48mn VOSTF - avec Roman Griffin Davies, Thomasin McKensie, Scarlett Johansson, Sam Rockwell... D'après le roman Le Ciel en cage, de Christine Leunens.
 Johannes Betzler, alias Jojo, est un enfant timide. Parmi ses camarades de classe, on ne le distingue guère : fluet, il fait pâle figure en comparaison de ses aînés, partis combattre au loin. Alors à l’image de beaucoup d'enfants de son âge, comme lui peu gâtés par la nature, compensant l'absence d'un père appelé sous les drapeaux, Jojo s'invente un ami imaginaire, un ami toujours de bon conseil, plein de sollicitude et d'entrain ; pour trouver un modèle, il n'aura pas à chercher bien loin, puisqu'il s'inspire de son idole, le meilleur ami de tous les petits Allemands blonds aux yeux bleus : Adolf Hitler ! Oui, ça surprend au début, même quand on resitue l'action dans le contexte de l'Allemagne nazie à la fin de la guerre, quand les Alliés commencent à la cerner de toutes parts et que Jojo, élevé dans l'adoration du dictateur depuis son adhésion aux jeunesses hitlériennes, ne rêve que de faire son devoir d'Aryen, à savoir combattre les soldats ennemis, se sacrifier pour la Patrie… et si possible dénoncer des Juifs. C'est là que ça va très vite se compliquer pour Jojo, lorsque, par un concours de circonstances, il va se confronter à ces « démons », et découvrir en autrui (et en lui-même) une humanité qu'il ne soupçonnait pas.
Dire de ce film qu'il danse sur une corde raide est sans aucun doute l'euphémisme de l’année. Narrer sans recul les aventures d'un antisémite fanatique à seules fins d'en rire relèverait de la gageure impossible si le film en restait là. Heureusement Taïka Waititi, réalisateur néo-zélandais né d'un père Maori et d'une mère Juive Ashkénaze, s'émancipe très vite de son postulat de départ, pour nous proposer une réflexion acerbe sur la manipulation, la perversité du monde des adultes, et l'impératif moral de l'ouverture à l'autre.
Toute l'intelligence du parti pris par Waititi tient dans le regard posé sur cette histoire tragi-comique : celle d'une société viciée vue à travers les yeux d'un petit garçon de dix ans ; du coup l'apparition d'un Hitler burlesque et badin fait sens, en ce qu'il est davantage la vision fantasmatique d'un père de substitution que le reflet fidèle du dictateur. Au fur et à mesure que les yeux de Jojo se décillent, le rôle du mentor va s'amenuiser, laissant la place au vrai sujet du film, donc : la manipulation. Celle, massivement destructrice d'adultes lâches et corrompus capables de mentir à des gosses avant de les envoyer au casse-pipe, et celle, plus insidieuse, plus intime, d'un petit garçon terrifié à l'idée de tout perdre et qui reproduit à son tour les mensonges de la propagande à des fins égoïstes.
Passant du rire aux larmes avec un sens des ruptures de ton qui en laisseront plus d'un pantois, Jojo Rabbit ose et réussit haut la main l'impensable : une comédie iconoclaste sur le totalitarisme, qui jamais ne glisse dans la débauche lyrique d'un Tarantino ou la clownerie aseptisée d'un Benigni. L'air de rien, Jojo Rabbit célèbre la liberté de penser, d'aimer et d'exister en dehors de tout système : un bras d'honneur à toutes les entreprises de lavage de cerveau, d'où qu'elles viennent. Et si un film qui commence par une version teutonne d'un tube des Beatles et finit sur un pas de danse esquissé après l'apocalypse ne vous convainc pas qu'il est un hymne à la vie, à l'amour et à la jeunesse, alors rien n'y fera !(Utopia)  
CGR en ciné club : mercredi 4 et lundi 9 10h45, jeudi 5 13h30, vendredi 6 15h35, samedi 7 et dimanche 8 17h45, mardi 10 10h45, 13h30
 
DARK WATERS
Todd HAYNES - USA 2019 2h07mn VOSTF - avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins, Bill Camp... Scénario de Matthew Carnahan et Mario Correa, d’après le livre de Nathaniel Rich.
Il y a quelque chose de pourri en Virginie-Occidentale, au cœur du massif des Appalaches, en cette fin des années 1990. Les fermiers voient leurs vaches mourir les unes après les autres, les yeux rouges, sanguinolents, comme si elles avaient été possédées. Les habitants de la région affichent quant à eux un taux anormalement élevé de cancers… Et au milieu du paysage – géographique, social, psychologique, affectif –, une usine appartenant à Du Pont, l’un des plus grands groupes industriels de chimie des Etats-Unis. Une usine gigantesque dont tout le monde sait depuis 40 ans qu'on y stocke des quantités pharaoniques de déchets qui ont toutes les chances de se retrouver dans les nappes phréatiques courant sous les champs et abreuvant les étables. Mais tout le monde ferme plus ou moins les yeux – et sa gueule –, Du Pont faisant littéralement vivre toute la ville et contrôlant ses principales activités.
 
Malgré l'énormité de la catastrophe écologique et humaine, tout resterait probablement en l'état si contre toute attente un avocat, que rien pourtant ne semblait désigner pour mener un tel combat, n'acceptait d'écouter puis de défendre un malheureux fermier qui voit son bétail mourir et sa propre santé et celle de ses proches s'étioler. Rob Bilott n'a donc a priori nullement le profil d'un avocat de la cause écologique, bien au contraire : il travaille pour un des plus gros cabinets d'affaires de Cincinatti, dont la principale activité est de défendre justement des groupes pétrochimiques. Mais voilà, la grand mère de Rob habite toujours dans ce coin pollué de Virginie et un des fermiers cherchant désespérément un avocat est un de ses amis. Comme quoi la grande Histoire tient parfois à de petites histoires de famille. De plus, malgré le pedigree de ses clients habituels, Rob Bilott porte en lui une foi inébranlable dans la justice et le respect du droit. Et quand il comprend que Du Pont a délibérément empoisonné la région et ses habitants durant quatre décennies, et volontairement dissimulé la toxicité d'une substance utilisée dans nombre de ses produits phares, notre avocat va se mettre en action et devenir le cauchemar de l'industrie qui l'a pourtant fait vivre durant de nombreuses années.

Cette histoire passionnante et édifiante, le comédien – et producteur en l'occurrence – Mark Ruffalo l'a découverte grâce un article choc du New York Times en 2006, alors que Rob Billott se battait déjà depuis plus d'une décennie. Militant écologiste convaincu, combattant acharné contre l'exploitation des gaz de schiste, Ruffalo a convaincu le grand Todd Haynes de réaliser le film adapté du livre de Nataniel Rich relatant cet énième combat du port de terre contre le pot de fer.
Todd Haynes, grande figure du mélodrame à la Douglas Sirk (souvenez vous des merveilleux Loin du paradis et Carol, entre autres…) s’attaque ici au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné (il cite en particulier Révélations de Michael Mann), certes totalement nouveau dans sa filmographie mais qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés d’apparence. S'appuyant sur la performance intense de Mark Ruffalo, entouré de quelques comédiens formidables (citons Tim Robbins en patron du cabinet d'avocats et Anne Hathaway, parfaite en épouse contrariée puis admirative du combat de son avocat de mari), Todd Haynes mène impeccablement son récit, avec le parfait classicisme que requérait son sujet, et nous captive d'un bout à l'autre de ce parcours judiciaire semé d'embûches. Il y a fort à parier qu'après avoir vu ce film, vous regarderez d'un sale œil votre poêle en téflon, produit phare de Du Pont…   (Utopia) 
Présenté par Colibris au CGR : vendredi 6 à 20h ciné débat
Vox Fréjus : mercredi 4 VF 13h40, 20h, VO 16h10, jeudi 5 VF 15h45, VO 18h15, vendredi 6 VF 16h15, VO 15h45, 20h45, samedi 7 VF 13h45, 21h, VO 18h25, dimanche 8 VF 15h30, VO 20h30, lundi 9 VF 13h40, VO 18h10, 20h30, mardi 10 VF 13h45, 20h45, VO 16h15
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.

Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru !
CGR : mercredi 4 VF 18h15, VO 21h, jeudi 5 VF 20h15, vendredi 6 VF 17h50, samedi 7 VF 21h, VO 18h15, dimanche 8 VF 18h15, 21h, lundi 9 VF 20h15, mardi 10 VF 21h
 
DE GAULLE

Gabriel Le BOMIN - France 2019 1h48mn - avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Philippe Laudenbach, Tim Hudson... Scénario de Valérie Ranson Enguiale et Gabriel Le Bomin.

 Avouons-le, notre premier réflexe, à l'annonce d'un film sur le Grand Charles, fut de méfiance : l'entreprise était gonflée, le personnage trop proche de nous, trop particulier peut-être… En choisissant de ne prendre en compte qu'une toute petite partie de la vie de De Gaulle, tout juste deux mois entre avril et juin 1940, Gabriel Le Bomin a choisi le bon angle : ce grand type qui ne semble pas à l'aise dans son corps est encore inconnu de tous, il n'est pas encore entré dans l'Histoire, personne ne sait encore combien son rôle va compter dans l'avenir de la France.
Issu d'un milieu conservateur et catholique, il a une épouse discrète, qu'il aime et qui l'aime, et tous deux manifestent une constante tendresse pour Anne, leur petite fille trisomique qu'ils ont choisi de garder avec eux, à une époque où les enfants handicapés ne sont pas bienvenus dans les familles et se retrouvent le plus souvent abandonnés dans les hôpitaux psychiatriques. Proche de la cinquantaine en mai 1940, De Gaulle est nommé à la fois général et sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Reynaud, après s'être illustré pendant la Bataille de France qui se termine par une défaite des armées française, belge, britannique…

L'heure est grave et le débat est vif entre ceux qui veulent poursuivre les combats et ceux qui réclament un armistice avec l'Allemagne : le président Reynaud tangue, hésite… De Gaulle se heurte à Pétain qui finalement emporte le morceau et le gouvernement s'apprête à capituler sous l'influence du vieux maréchal qui prendra la place de l'hésitant Paul Reynaud le soir du 16 juin et, dès lendemain, appellera à cesser le combat, acceptant de signer un armistice avec Hitler.
Dès lors, De Gaulle précipite les choses. Refusant de suivre Pétain, il prend le parti de rejoindre l'Angleterre, se lançant ainsi dans un pari que plus d'un pensent fou : « ce que j'entreprends est un véritable saut dans l'inconnu » écrira-t-il dans ses carnets… Et on mesure ici la témérité de l'entreprise : cet homme seul, inconnu de ses interlocuteurs, se retrouvant en Angleterre, sans savoir même où loger, pour lancer l'idée d'une résistance qui n'est nullement acquise… De Gaulle trouvera pourtant l'oreille d'un Churchill aussi visionnaire que lui, sans l'appui duquel il n'aurait probablement jamais pu lancer, sur les ondes de la BBC, ce fameux appel qui deviendra l'acte fondateur de la France libre…
En France, c'est la débâcle et devant l'avancée des troupes allemandes, des millions de personnes paniquées se lancent sur les routes avec de maigres bagages, en charrette, à vélo, à pied, en voiture parmi les morts et les blessés touchés par les bombardements…
De Gaulle prie son épouse de s'éloigner au plus tôt d'une maison où elle n'est plus en sécurité. Yvonne et ses trois enfants, dont la petite Anne, se retrouvent dans le flot des partants, embarquant in extremis à Brest alors même que l'aviation allemande bombarde les navires bondés de passagers en fuite…

On se souvient, des années plus tard, des dernières images du couple : la silhouette féminine un peu ronde dominée par la grande stature du Général en pardessus sombre, dans leur promenade solitaire sur les plages de l'Atlantique… Le film rappelle qu'elle fut une forte femme et un soutien puissant , ramenant ainsi le grand bonhomme à portée d'humanité… Plus tard, il fera précéder ses Mémoires de guerre d'un « Pour vous, Yvonne, sans qui rien ne se serait fait »… soulignant à quel point leur complicité et leur confiance l'un en l'autre aura compté.
Le film est de facture classique mais alerte et bien mené. Lambert Wilson et Isabelle Carré se tirent brillamment d'un exercice difficile, évitant la caricature, et, de Pétain à Churchill en passant par Reynaud, tous les personnages jouent leur partition avec des nuances et une humanité qui peuvent accrocher l'intérêt des jeunes générations pour qui « l'appel du 18 juin » est quelque chose de très abstrait (Utopia) 
CGR : mercredi 4, vendredi 6, samedi 7, dimanche 8, mardi 10 : 10h45, 15h45, 20h, jeudi 5 et lundi 9 : 10h45, 13h30, 17h40, 20h
SCANDALE

Réalisé par Jay Roach - USA 2019 1h49mn VOSTF - Avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, John Lithgow... Scénario de Charles Randolph.

SCANDALEEn France, l’affaire n’a pas tellement marqué les consciences. Pourtant la chute pour harcèlement sexuel, à l’été 2016, de Roger Ailes, l’emblématique fondateur de la chaîne d’informations conservatrice Fox News, constitue un préambule à l’affaire Weinstein et annonce l’émergence du mouvement #MeToo. Scandale retrace le combat des journalistes et des animatrices stars de la chaîne pour dénoncer les agissements du bras droit de Rupert Murdoch… Nicole Kidman et Charlize Theron incarnent deux présentatrices vedettes de Fox News, respectivement Gretchen Carlson et Megyn Kelly. Placardisée, puis licenciée sans justification, Carlson qui a dû résister aux pressions et aux avances de Roger Ailes (John Lithgow) décide de l’attaquer pour harcèlement et cherche d’autres compagnes d’infortune au sein du groupe…

Bien que concernée, Kelly, prise dans la tourmente de la présidentielle de 2016 et sous le feu de tweets rageurs de Donald Trump (la journaliste avait notamment rappelé au milliardaire ses commentaires désobligeants envers les femmes lors du fameux débat tenu en 2015 entre les candidats républicains aspirant à la présidence des États-Unis), est réticente à témoigner. Le troisième personnage féminin incarné par Margot Robbie est un personnage fictionnel, composite, inspiré par différentes reporters et productrices de programmes. Sa Kayla Pospisil est naïve, complètement fan de la ligne éditoriale de Fox News et espère gravir les échelons au plus vite, mais les coulisses de son organisation où règne une masculinité toxique élevée au rang de culture d’entreprise ne vont pas tarder à nourrir son désenchantement…
La télévision étant essentiellement un « médium visuel », comme se plaisait à le dire le patron, qui n’hésitait pas à faire défiler devant lui celles qui rêvaient d’y faire carrière, dans une espèce de rituel où, avec la complicité d’une assistante, il se retrouvait seul avec elles derrière sa porte close. À ce chapitre, le malaise atteint son paroxysme quand la jeune Pospisil , par ailleurs chrétienne évangélique ambitieuse, doit mettre de côté toutes ses valeurs pour combler le regard malsain de celui qu’on surnommait aussi « Jabba the Hutt ». Quand, lors de la scène la plus malaisante du film, ce dernier demande à la nouvelle recrue de relever un peu sa jupe, encore un peu et encore un peu plus, la nature du sentiment horrible qui peut alors envahir une personne harcelée est illustrée de façon éloquente.

Jay Roach s’emploie aussi à décrire comment le réseau s’y est pris pour « vendre » son idéologie en poussant la notion d’information spectacle – et le sexisme – encore plus loin. Roger Ailes exigeait d’ailleurs que les animatrices soient assises derrière des bureaux en plexiglas. Dans une émission de débat, on s’assure qu’une participante soit assise de côté au bout de la table, de sorte que les jambes soient bien mises en valeur…
Ceux qui ont suivi l’affaire il y a trois ans, ou qui connaissent déjà un peu l’univers de Fox News Channel, n’apprendront rien de vraiment neuf, mais apprécieront la qualité de la reconstitution. Porté par ses trois excellentes actrices, Scandale a aussi le mérite de montrer comment faire changer la honte de camp.(d'après lefigaro.fr et lapresse.ca)

Lorgues : mercredi 4, samedi 7 et dimanche 8 à 18h

 

 

LA FILLE AU BRACELET

Stéphane DEMOUSTIER - France 2019 1h36mn - avec Melissa Guers, Chiaria Mastroianni, Roschdy Zem, Anaïs Demoustier... Scénario de Stéphane Demoustier, d’après le scénario de Acusada de G. Tobal et U. Porra Guardiola.

Qui est vraiment Lise Bataille ? Une jeune fille innocente prise dans la tourmente d'un terrible règlement de comptes ? La coupable idéale d'un sombre fait divers ? Amie pour la vie qui cache son désespoir sous un masque d'indifférence ? Ou meurtrière manipulatrice au sang froid implacable ?
Au terme de ce drame en huis-clos construit avec sobriété et tenue, il est fort possible que le spectateur ne trouve aucune des réponses espérées et que le doute apparaisse, au final, comme le seul vainqueur de ce procès au cœur duquel nous sommes plongés.
Sur le banc des accusés, Lise écoute, impassible, les faits terribles qui lui sont reprochées. Sa meilleure amie a été retrouvée assassinée à son domicile, à l'issue d'une fête passablement arrosée. Lise avait seize ans au moment des faits et de lourdes présomptions pèsent sur elle, sans qu’elle puisse présenter d’alibi solide. Elle vit donc depuis deux ans avec un bracelet électronique à la cheville. Une descente aux enfers pour elle mais aussi pour ses parents et son jeune frère, aux prises avec le poison du doute, rongés par une interminable attente dont il craignent aujourd'hui l'issue. Le fil de ce procès anxiogène se déroule sous nos yeux. Les experts, les photos de la scène du crime, les pièces à conviction, les dépositions, les versions des faits sur lesquelles certains sont revenus, l'arme du crime qui demeure introuvable, une terrible dispute entre Lise et la victime, quelques semaines avant le drame. Et puis les témoignages des proches, émouvants, déroutants, perturbants… On comprend que Lise Bataille n'est peut-être pas la jeune fille studieuse que ses parents décrivent et que, sans doute, ils ne la connaissent pas vraiment, ou plus, ou mal.
On comprend aussi que dans ce procès, quelque chose cloche. Que tout semble trop évidemment désigner d'un doigt inquisiteur (celui de la justice, celui de la morale ?) Lise comme coupable. Elle est bien trop impassible pour ne pas cacher quelque chose. Et d'ailleurs, elle a bien des raisons d'avoir voulu la mort de son amie, elle l'a même dit. Mais faut-il nécessairement prendre le visage fermé d'une jeune fille qui a vu sa vie basculer en quelques minutes pour de l’indifférence ? Et quel ado de 16 ans n'a pas dit, de rage, de colère, par défi ou provocation : « si tu fais ça, t'es mort » ?
C'est bien de toute cette complexité dont il va être ici question et bien malin celle ou celui qui pourra dire où se cache la vérité. Et d'ailleurs, quelle vérité ? La vérité de Lise qui raconte comment elle s'est couchée le soir du crime dans le lit de son amie, avant de partir au petit matin pour aller chercher son frère à l'école ? La vérité de l'avocate générale qui va exposer minutieusement les charges et déconstruire habilement les arguments de l'accusée ? La vérité de l'avocat de la défense qui va chercher à élever le débat, intimant les jurés à ne pas se tromper de procès et faire celui des conduites de la jeunesse d'aujourd'hui ? La vérité des parents de Lise qui assistent, impuissants, à cette dramatique mise en scène dont leur enfant est le personnage principal ?
Préférant la sobriété d'une ambiance presque clinique aux effets de manches dont abusent certains films de procès, Stéphane Demoustier privilégie l'exigence et peint, en creux, toute la complexité de l'acte de rendre la justice. En restant au plus près de sa présumée coupable et de ses parents, il fait monter la tension dramatique au fur et à mesure que se déroule le procès, et réussit à faire éprouver au spectateur l'asphyxie grandissante de l'enfermement de ses personnages dans ce terrible fait divers.(Utopia) 
Lorgues : mercredi 4 et dimanche 8 20h05, jeudi 5 20h, vendredi 6 18h,, mardi 10 13h
Vox Fréjus : mercredi 4 13h45, 18h, jeudi 5 13h45, 17h, vendredi 6 13h40, 17h30, samedi 7 15h40, dimanche 8 15h45, lundi 9 13h45, 18h, mardi 10 13h45, 20h45

ADAM

Maryam TOUZANI - Maroc 2019 1h38mn VOSTF - avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae Belkhaouda, Aziz Hattab... Scénario de Maryam Touzani et Nabil Ayouch.

ADAMIl est des souvenirs aussi lumineux que douloureux, qui laissent à tout jamais des traces impérissables. C’est un de ceux-là qui a conduit Maryam Touzani à réaliser cette première fiction. Avec dignité, humblement, il lui confère sa puissance discrète. Une part d’âme plane entre les images, impalpable, mais ô combien présente. Elle rend le récit, finement tissé de menus détails émouvants, infiniment universel. On aimerait pouvoir se lover parmi ses personnages, les étreindre physiquement, touchés par une forme de grâce qui émane de chaque plan. On en ressort affamés d’humanité et de gourmandises, tant la cuisine devient une protagoniste essentielle du récit, celle par laquelle les sentiments osent s’exprimer quand les mots viennent à manquer.

Dans les rues surpeuplées de Casablanca, Samia n’est qu’une silhouette anonyme parmi les anonymes. Pourtant son ventre rond la condamne à la désapprobation populaire avant même qu’elle n’ouvre la bouche. Une jeune fille engrossée jusqu’aux yeux, qui erre à la recherche d’un boulot, c’est du plus mauvais genre. L’absence d’un mari protecteur à ses côtés la condamne au mieux à l’indifférence générale, au pire aux quolibets et au rejet. Nul n’a pitié de son teint pâle et fatigué. Elle a beau se montrer vaillante, déterminée à accomplir n’importe quelle tâche, personne ne la dépanne, surtout pas les femmes, comme si sa disgrâce risquait d’éclabousser ses bienfaitrices.
Quand elle frappe exténuée à la porte d’Abla, d’une vingtaine d’années son aînée, cette dernière ne se montre pas plus tendre. Elle l’est d’autant moins que son quotidien de mère célibataire l’a rendue dure et rêche. La loi de la survie est rude et ne laisse pas de place à la sensiblerie, ni aux bons sentiments. Il n’y a pas de solidarité qui tienne quand tendre la main équivaut à risquer de se noyer en même temps que le naufragé à sauver. Abla est une femme lasse. Même le regard plein de compassion de sa fillette de huit ans, Warda, qui semble supplier de ne pas laisser l’inconnue à la rue, ne la fera pas ployer. Elle la rabroue aussi sec, lui intimant l’ordre de filer au lit et de se concentrer sur son avenir, autrement dit sur ses devoirs.

Pourtant cette nuit-là, Abla se tourne et se retourne sur sa couche, incapable de trouver le sommeil. N’y tenant plus, elle entrouvre ses volets. Quand elle aperçoit Samia réfugiée sous un porche juste en face de chez elle, son sang ne fait qu’un tour. Son premier réflexe est d’aller lui aboyer dessus, comme si cela la préservait de sa sensibilité. Mais dans le fond, on se doute qu’elle ne résistera pas bien longtemps…
Lubna Azabal, dans le rôle d’Abla, et la moins confirmée Nisrin Erradi dans le rôle de Samia excellent à nous entraîner dans l’univers feutré et complexe de ces deux très belles figures de femmes. Dès les premiers instants, c’est un duo d’actrices formidable qui se forme à l’écran, on devrait même dire un trio tant la gamine qui interprète Warda est craquante, avec son sourire plein d’empathie et de bienveillance. Elle fait contrepoint au monde des adultes, tellement pétri de convenances qu’il en oublie sa simple humanité. Ensemble ces trois-là vont progressivement sortir des partitions imposées par une société patriarcale écrasante et commencer à improviser leurs propres notes discrètes, à leur mesure. Samia, à force de patience, d’observation, de courage, va imposer sa présence dans la maisonnée. Elle réveillera la flamme étouffée par les cendres, dépoussièrera les vieilles recettes oubliées de la petite échoppe d’Abla, introduira une sensualité charnelle dans ses pâtisseries que tout le quartier désormais s’arrachera. Elle l’obligera même son hôtesse à réécouter les musiques qui lui vrillent le cœur, à regarder à nouveau autour d’elle, à oser s’octroyer quelques instants de bonheur… (Utopia)

Lorgues : jeudi 5 et lundi 9 18h, samedi 7 20h05

Cotignac : jeudi 5 20h30

 
 

UN FILS

Écrit et réalisé par Mehdi M. BARSAOUI - Tunisie 2019 1h36mn VOSTF - avec Sami Bouajila, Najla Ben Abdallah, Youssef Khemiri, Noomen Hamda...

UN FILSLe titre de ce remarquable premier film est intelligemment trompeur, car la figure du fils ne sera pas tant le centre du motif que le fil conducteur autour duquel gravitent les principaux protagonistes. Ce dont-il s’agit, c’est de ce lien invisible qui relie un homme et une femme, bien au-delà de la notion de couple : la mystérieuse et viscérale sensation d’être parents. Mais le réalisateur n’en reste pas-là, car en filigrane il pose également la question des rôles en général et celui du patriarcat en particulier, qui fige les rênes du pouvoir, depuis des générations, entre des mains masculines.

L’action se situe en Tunisie, pendant l’été 2011, peu après la chute de Ben Ali, ce qui, sans que ce soit appuyé, donne une ampleur politique et sociétale à l’intrigue. Il fallait un casting d’une justesse impressionnante pour que tout cela soit suggéré sans être lourdement souligné, pour qu’on puisse lire entre les lignes. Il fallait un grand acteur comme Sami Bouajila, qu’il déploie tout son art pour qu’on pénètre dans la tête de son personnage, un père habitué à ne jamais se plaindre, à être un roc, le pilier rassurant en toutes circonstances, cachant ses états d’âmes et la panique qui monte…
Ce jour-là, on pique-nique agréablement en pleine nature, sous un soleil complice. Un entre-soi cosy, entre amis modernes, ouverts d’esprits, fiers d’avoir piétiné les fantômes du passé. Encore qu’un spectateur extérieur pourrait douter de leur engagement actif dans la révolution : on imagine en effet mal cette classe sociale largement aisée dans la rue ou les mains manucurées dans le cambouis. Leur vie semble naturellement facile, leur univers bien protégé sous le plafond de verre, derrière les pare-brise de leurs luxueuses bagnoles, dont le gros du peuple n’aurait même pas les moyens de s’offrir une roue… La suite va prouver l’inverse à Farès (Sami Bouajila) et à son épouse Meriem (excellente Najla Ben Abdallah, dont c’est un des premiers grands rôles au cinéma). En attendant elle fête sa promotion professionnelle. Autour de quelques verres tous rient, échangent des blagues et commentent sans conviction l’actualité. Ici c’est leur petit coin de paradis, loin des tourments du pauvre monde. Ici on peut laisser gambader les mômes sans trop les surveiller, se laisser aller aux confidences, loin des oreilles indélicates.
Puis c’est l’heure de reprendre la route pour retourner au bercail. Farès et Meriem, sur la lancée de cette belle journée qui s’achève, gazouillent encore tel un couple d’inséparables prévenants et jamais lassés l’un de l’autre. À l’arrière, Aziz, leur fils de neuf ans, exulte, tout autant épanoui, réclamant qu’on monte le son. Les trois se trémoussent en rythme, chantant à tue-tête. Il aura suffi de quelques minutes passées en compagnie de cette petite famille modèle pour percevoir la belle complicité qui règne entre eux et la fierté de Farès envers son fils adoré. Il suffira de quelques secondes, d’une balle perdue entre deux bandes armées, pour que le futur semble voler en éclat…

Voilà les deux parents au chevet d’Aziz, grièvement blessé et auquel il va falloir greffer un rein rapidement. Habitué à ce que tout leur réussisse, que rien ne résiste à leur pouvoir d’achat, les voilà qui fulminent et qui maudissent l’hôpital local qui n’a pas les moyens de celui d’une capitale, la lenteur des soins, les analyses qui n’arrivent pas et qui ne diront pas ce qu'ils veulent entendre, révèleront même un secret… qu'on vous laisse découvrir.
Farès est prêt à tout pour trouver un donneur compatible… Mais jusqu’où peut-on se voiler la face, refuser d’affronter la vérité, jusqu’où peut-on aller pour sauver son enfant, quel prix est-on prêt à payer ?

La caméra qui filme en scope ne lâche pas les protagonistes, les pousse dans leurs retranchements, jusqu’à nous immerger au plus proche de leurs états d’âmes, de leur déshérence. (Utopia)

Lorgues : vendredi 6 à 20h

L’ADIEU

(THE FAREWELL) Écrit et réalisé par Lulu WANG - USA 2019 1h41mn VOSTF - avec Akwafina, Tzi Ma, X Mayo, Ines Laimins, Yang Li Xiang...

L’ADIEUVoilà une heureuse surprise toute simple, toute jolie, qui évoque à la fois le déchirement de l'exil et la douleur de la séparation d'avec nos anciens, auxquels nous pensons souvent mais que les vicissitudes de la vie ont éloignés de nous.
Billi est pourtant loin du cliché de l'exilée. Elle est une trentenaire new-yorkaise branchée, qui cherche apparemment sa voie dans l'art. Mais Billi n'est pas née américaine, elle a quitté enfant la Chine, laissant là-bas Nai Nai, sa grand mère bien aimée, avec qui elle est souvent rivée au téléphone bien que plusieurs milliers de kilomètres les séparent : il suffit que la voix de Nai Nai soit hésitante pour que la jeune femme s'en inquiète. La vie pourrait continuer ainsi longtemps, les communications modernes palliant temporairement le manque affectif. Mais à l'autre bout de la terre, dans un hôpital de la province septentrionale du Dongbei (l'ancienne Mandchourie), un drame se noue. Nai Nai, qui l'a soigneusement caché à sa petite fille, passe des examens médicaux, et les médecins apprennent à sa sœur un diagnostic peu rassurant : la vieille dame est atteinte d'un cancer des poumons en phase terminale, lui laissant une espérance de vie très limitée. On l'apprend seulement à sa sœur, la grand-tante de Billi, parce que la tradition chinoise, tout à l'opposé des us médicaux occidentaux, veut qu'on cache la vérité aux malades directement concernés : un proverbe chinois dit que c'est la peur qui tue le malade bien plus que le cancer lui-même.

Rapidement toute la famille, dispersée en Chine et dans le monde entier, est au courant. On prend dans l'affolement une décision quelque peu absurde : précipiter le mariage prévu par un jeune cousin de Billi avec sa fiancée japonaise pour organiser un banquet en Chine où tout le monde pourra voir une dernière fois Nai Nai. Mais la famille refuse que Billi fasse le voyage, car on « lit en elle comme dans un livre ouvert » et tout le monde est persuadé qu'elle craquera et révélera la vérité à sa grand-mère. Ça ne va évidemment pas empêcher la jeune femme de prendre d'elle même un avion et d'arriver à l'improviste.
Et tout va prendre un tour étrange puisque Nai Nai, qui semble en pleine forme, prépare activement les festivités du mariage pendant que toute la famille paraît amorphe et accablée par la tristesse (ce qui donnera d'ailleurs une scène de discours de mariage tragi-comique)…

La cinéaste sino-américaine Lulu Wang, s'appuyant sur sa propre histoire, ne tombe jamais dans le mélo et réussit un beau drame familial sur le mensonge comme acte d'amour, explorant au passage avec tendresse les mutations de son pays d'origine, en proie à l'urbanisation et à la modernité galopantes tout en tentant de préserver coûte que coûte quelques traditions séculaires. On notera la prestation savoureuse de tous les acteurs et particulièrement de la rappeuse féministe new-yorkaise Akwafina, qui compose tout en subtilité le personnage de Billi. (Utopia)

Salernes : mercredi 4 et samedi 7 20h30, vendredi 6 18h

 

DEUX

Filippo MENEGHETTI - France 2019 1h38mn - avec Barbara Sukowa, Martine Chevallier, Léa Drucker, Jérôme Varanfrain... Scénario de Malysone Bovorasmy, Filippo Meneghetti et Florence Vignon.

Ce sont des rêves d’Italie qui bercent les réveils de Madeleine, en même temps que les doux baisers de sa compagne cachée, Nina. Aux yeux de tous, cette dernière n’est qu’une voisine qui vit sur le même palier. Toujours fourrées l’une chez l’autre, elles se nourrissent d’un amour lumineux qui ne demande qu’à s’affirmer au grand jour. Alors, elles manigancent, planifient comment vendre leurs appartements respectifs pour partir s’installer ensemble dans un quartier de Rome, s’offrir la liberté à laquelle elles ont de tout temps aspiré, loin des contraintes sociales, du regard des autres. À 70 ans, tous les coups sont permis pour jouir pleinement de la vie ! Il faut les voir s’enlacer avec une tendresse fougueuse, pleines de désir, faisant fi des rides, assumant leurs peaux qui ont bien vécu. Puis virevolter, joyeuses, au gré de leurs chansons préférées, prêtes à s’échapper hors du cadre, à tout jamais complices et complémentaires. Leur passion ne fait pas son âge, vivace comme au premier jour. Une connivence qui n’est certainement pas née de la dernière pluie.

Si l’univers de Nina est spartiate, celui de Madeleine est foisonnant, chargé de souvenirs et de bibelots en tous genres qui témoignent d’une existence classique et bien remplie : il y eut jadis un mari, une vie de famille… Comment dire à ses propres enfants, élevés dans un milieu si normatif, que tout cela n’était qu’un leurre, qu’on est pas celle qu’ils ont cru ? Comment leur dire qu’on s’apprête à remiser au placard la panoplie de la mamie rangée qu’ils pensaient connaître par cœur ? Le bon sens voudrait que ce soit dit simplement à ceux qui, désormais adultes, n’ont manqué de rien, surtout pas d’affection. Alors pour son anniversaire, Madeleine, bien préparée, coachée par Nina, prend son courage à bras le corps, et entame la phrase fatidique : « Je voulais vous dire une chose importante pour moi… », qu’elle ne finira pas comme prévu… La voilà prise au piège de tous ces mots qui ne sortent pas, prise en tenaille entre la peur de faire souffrir ceux qu’elle aime, en particulier sa fille Anne, et celle de ne pas s’autoriser à exister. Sachant le sujet trop brûlant, la chose trop douloureuse, elle ne parviendra pas à confesser son « coming out » raté à Nina, qui sera furieuse quand elle le découvrira, prête à s’en prendre à la terre entière. Comme on la comprend, après toutes ces années d’attente, de duplicité forcée… La tension est à son paroxysme et on ne voit pas très bien comment les deux amantes pourraient se sortir de l’ornière, quand le destin va se jouer de tous les pronostics et que les rôles vont se trouver étrangement inversés…

Filippo Meneghetti qualifie son premier long métrage de mélodrame mis en scène comme un thriller de mœurs. Il y a effectivement un peu de tout cela dans Deux et bien plus encore. C’est surtout un magnifique questionnement, tout en retenue, sur le poids du regard, le nôtre, celui des autres. Ces regards capables de nous libérer ou de nous plomber sous la chape des convenances. Il y a bien sûr ceux que se portent Nina et Madeleine, autant moteurs d’émancipation que d’auto-censure, mais aussi ceux des enfants sur leurs parents, en particulier celui d’Anne qui se durcira quand elle sera confrontée à une autre vérité que la sienne, la refusant en bloc comme si elle était une véritable trahison. Dans le fond, l’homosexualité devient vite un sujet secondaire. Ce qui bouscule réellement ce petit monde, c’est de découvrir que leurs représentations sont totalement faussées.
On ne peut conclure sans parler de l’interprétation remarquable des actrices, et dire combien sont rares et salutaires ces moments qui nous racontent que ni le désir, ni la sexualité ne s’estompent avec l’âge, tant que le cœur y est !  (Utopia) 
 
Salernes : vendredi 6  20h30, samedi 7, lundi 9,  18h
 

PAPICHA

Mounia MEDDOUR - Algérie/France 2019 1h45mn VOSTF - Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Nadia Kaci, Meryem Medjkane... Scénario de Mounia Meddour et Fadette DrouardFestival d’Angoulême 2019 : Meilleur scénario, Meilleure actrice, Prix du public.

PAPICHA« Papicha », c’est le petit nom charmant que l’on donne aux jeunes algéroises drôles, jolies, libérées. C’est aussi désormais un film sur le courage, celui d’un pays, d’un peuple, d’une jeunesse qui ne demande qu’à exulter, qui refuse de céder aux injonctions de la peur, à celles de bras armés tout puissants. Il est donc question dans Papicha de résistance vivifiante, de pulsions joyeuses, d’insoumission. Le film nous immerge dans la décennie noire des années 90 : tandis que les étudiants du pays aspirent à la même liberté que leurs cousins occidentaux, par le jeu des forces politiques en présence, une vague d’intégrisme va monter, implacable, génératrice de violence, d’interdits, de terreur. Le GIA (Groupe Islamiste Armé) et l’AIS (Armée Islamique du Salut), dont les premières cibles sont les journalistes, terrorisent la population civile, tout en se faisant la guerre entre eux, ainsi qu’à la démocratie. On dénombrera au final plus de 150 000 morts, des dizaines de milliers d’exilés, un million de personnes déplacées. L’action du film prend sa source dans ce contexte tendu, celui que connut bien la jeune réalisatrice encore étudiante, et dont elle choisit de faire une fiction assoiffée de joie, d’espérance, de révolte.

Tout démarre par une belle nuit suave, qui donne envie aux corps d’exulter. Gros plan sur deux donzelles sur la banquette arrière d’un taxi clandestin qui brinquebale dans les rues d’Alger. Dans cette cabine d’essayage de fortune, elles se maquillent, se tortillent comme des libellules en train d’abandonner leurs chrysalides. Elles n’ont que peu de temps pour quitter leurs tenues sages et se transformer en reines de la nuit. Alors que le vieux chauffeur qui bougonne, réprobateur, a du mal à garder les yeux dans sa poche, Nedjma, qui a la langue bien pendue, le renvoie à son volant : « Papy, la route c’est devant, pas derrière ! » Un sens de la répartie que semblent cultiver en permanence les filles entre elles, à coups de « battle de mots » comme elles les appellent, qui démarrent dans les endroits les plus saugrenus. Des moments pêchus et drôles, un peu outranciers, comme un arsenal d’armes fragiles qu’elles entretiennent en riant, maigre rempart contre les débordement sexistes, les insidieux harcèlements quotidiens qu’elles subissent en faisant mine de s’en moquer. Difficile de trouver des espaces de liberté sereine ici. On devine que la majorité de celles et ceux qui se retrouvent pour faire la fête, même si c'est sans doute plus simple pour les garçons que pour les filles, ont dû, tout comme Nedjma et son inséparable copine Wassila, faire le mur, s’échapper en catimini. Une clandestinité propice à toutes les arnaques, à tous les chantages vicelards (on assistera à un florilège de bêtise de la part de ces messieurs).
En attendant, Nedjma poursuit, vaille que vaille, son rêve de devenir styliste, elle en a le talent. Elle va y entrainer toute sa bande de copines, sa famille et même quelques professeures. D’abord inconsciemment, la mode, qui dévoile et embellit les corps, va devenir une forme de contestation. Au noir des hidjabs que les islamistes veulent imposer à la gent féminine, Nedjma opposera la blancheur du haïk, cette étoffe qui fut, au-delà de sa fonction vestimentaire traditionnelle, le symbole de la résistance nationale algérienne contre la politique coloniale française.

Papicha, c’est le portrait d’une féminitude solidaire et complexe, bien au-delà des clichés. Des plus gamines au plus âgées, des plus modernes aux plus conformistes, nulle n’est dupe ou naïve. Chez elles, l’insouciance, qu’elle soit feinte ou cultivée, apparait dès lors comme une forme de résilience indispensable, une façon non seulement de survivre, mais surtout de ne jamais abdiquer joie et douceur de vivre. (Utopia)

Salernes : dimanche 8 18h, lundi 9 20h30

 

 

LETTRE À FRANCO

(Mientras dure la guerra) Alejandro AMENABAR - Espagne 2019 1h47mn VOSTF - avec Karra Elejalde, Eduard Fernández, Nathalie Poza, Patricia Lopez Arnaiz... Scénario d'Alejandro Amenabar et Alejandro Hernandez.

LETTRE À FRANCO

Avec Lettre à Franco, Alejandro Amenabar revient vers ses racines ou plutôt vers les racines du mal. La petite enfance du réalisateur, fils d’une mère espagnole et d’un père chilien contraints de se jeter dans les griffes de la dictature franquiste en fuyant celle de Pinochet en 1973, aura été marquée par l’empreinte du totalitarisme. On comprend d’autant mieux ses légitimes inquiétudes quand il déclare : « L’expression « Alors que dure la guerre » (qui est le titre original du film) signifie deux choses. D'une part, elle fait partie d'un document signé par les Nationalistes au début de la guerre et qui a joué un rôle clé dans la prise du pouvoir de Franco, et a permis son installation durable. C’est aussi une phrase que je trouve très actuelle et qui s’adresse plutôt aux spectateurs : l’état de guerre est permanent. Aujourd’hui, on assiste à une résurgence des mouvements fascistes, notamment en Europe. Dans ce sens, le film parle autant du présent que du passé. »

Le récit débute le 19 juillet 1936, le jour où l’état de guerre est officiellement décrété dans toute l’Espagne suite au soulèvement fomenté par une clique de généraux dont fait partie Francisco Franco. Mais la guerre idéologique a débuté bien en amont. La Sanjurjada (tentative de coup d'État du général Sanjurjo en août 1932), dont Franco s’était prudemment tenu éloigné, a posé les jalons de ce qui déchirera le pays pendant de longues décennies.
Ici à Salamanque, Miguel de Unamuno, vénérable doyen de la faculté, grand homme sage à la barbe banche, est à l’image de sa ville : pendu aux lèvres de l’histoire. Cet écrivain célèbre pour ses prises de position pleines de contradictions mais courageuses, parfois même si périlleuses qu’elles l’ont déjà contraint à s’exiler, voit d'un fort bon œil la reprise en main du pays par un gouvernement militaire. Depuis le temps qu’il proclame qu’il faut remettre de l’ordre ! Les citoyens autour ont beau trembler, les camions ont beau déverser des flots de soldats dans les rues, la rumeur de l’assassinat de Federico Garcia Lorca a beau se répandre… Unamuno est tellement sûr de son fait qu’il refuse de changer d’un iota ses habitudes. Quand sonne l’heure du sempiternel café, inconscience ou courage (l’une est parfois proche de l’autre), le voilà qui attrape sa canne (il a alors 72 ans), coiffe son éternel chapeau et entame son rituel circuit quotidien. Première étape de ce catholique convaincu ? Débaucher le pasteur protestant de son office… Seconde étape : débusquer cet indécrottable communiste de Salvador Vila. Voilà trois hommes aux idéaux diamétralement opposés réunis, prêts à se livrer de passionnantes joutes verbales, à refaire le monde en s’engueulant copieusement au café du coin… Mais très rapidement, au fur et à mesure que le ton monte, que les coups de feux se rapprochent, que les corps disparaissent, il va devenir de plus en plus difficile pour Miguel de Unamumo de maintenir ses positions. Il lui faudra bientôt redéfinir son camp… D’autant plus vite quand Franco, fraîchement débarqué dans la cité, va le convoquer…

Non seulement Lettre à Franco a le mérite de rendre palpable la tension de cette période charnière, incertaine et agitée de la montée du franquisme, très habilement et en évitant les écueils du manichéisme, mais il donne à voir le caudillo avant qu’il ne réécrive et instrumentalise sa propre légende. Difficile de comprendre ce que recèle le cerveau de cet être insondable, faussement calme, réservé, pas brillant pour un sou. Capable de bravoure lors de ses campagnes au Maroc, puis de la plus grande lâcheté quand il s’agissait de faire assassiner des innocents… Un gars d’apparence banale dont certains ne se méfiaient pas tandis que d’autres, plus perspicaces, le redoutaient. (Utopia)

Le Luc : mercredi 4 21h, samedi 7 18h30, dimanche 8 16h

Vox Fréjus : mercredi 4 15h50, vendredi 7 16h, lundi 9 18h10

MA VIE DE COURGETTE

Claude BARRAS - film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn - Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgetteGrand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy. Pour les enfants à partir de 7 ans.

MA VIE DE COURGETTECourgette ? Courgette ! Pour un garçon, c’est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d’un bleu soutenu fait vite oublier qu’il n’est qu’une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s’il reflétait une part de notre enfance. C’est qu’au delà d’une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d’humour et de légèreté.

De passages tragiques en moments rigolos ou poétiques, on pénètre dans le monde écartelé des enfants qui ont morflé. Mais commençons par le commencement… Ce jour-là est un jour comme un autre dans la vie de Courgette. Du moins il commence comme beaucoup d’autres. Dans sa chambre sous les combles, il dessine sur les murs, invente des histoires, des super héros qui le font s’évader. Avec deux bouts de papier, quelques crayons, il se crée tout un monde. Dans le salon au-dessous, sa mère, lovée dans un fauteuil devant un soap opéra à la télé, éructe et rumine : « Tous des menteurs… ». Aigreur et vécu qu’elle cuve dans sa bière. Pourquoi la marâtre sort-elle de sa torpeur ? Qu’importe… On comprend que ce n’est pas la première fois qu’elle se met dans une rage folle contre son rejeton. Mais cette fois-là, sans penser à mal et pour se protéger, Courgette rabat la trappe de sa chambre sur la tête de sa daronne qui dégringole dans le raide escalier… Après une audition au commissariat, Courgette va atterrir dans un foyer d’accueil, loin de ce qu’il a toujours connu… (Utopia)

Cotignac : jeudi 5 10h30

1917

Sam MENDES - GB / USA 2019 2h VOSTF - avec George McKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Andrew Scott, Richard Madden, Colin Firth, Benedict Cumberbacht... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

1917L’intrigue de 1917 est simple. Les caporaux britanniques Schofield (George MacKay, absolument formidable) et Blake (Dean-Charles Chapman, très bien aussi) y sont des pions à qui le Général Erinore (Colin Firth) confie une mission à peu près impossible, consistant en une percée apparemment suicidaire sur le territoire conquis par les Allemands en France. L'objectif est de faire passer directement un ordre qui empêchera la mort presque certaine d'un régiment de 1600 hommes sur le point de tomber dans un piège fatal tendu par les ennemis. Détail qui n’en est pas un : le régiment en question compte dans ses rangs le propre frère de Blake. Canevas hyper-classique donc, mais exécution virtuose, qui fait de 1917 un film objectivement hors du commun.

Le réalisateur Sam Mendes – qu’on a beaucoup apprécié en réalisateur de American beauty ou des Noces rebelles puis un peu perdu de vue quand il s’est consacré à la franchise James Bond – s'est appuyé ici sur la grande habileté du chef-opérateur Roger Deakins – complice habituel des frères Coen – pour donner au spectateur l’impression saisissante que cette entreprise périlleuse est filmée en un seul long plan continu, au plus près des sentiments de ses héros qui ne demandaient surtout pas à l’être. Les cinéphiles attentifs ne s’y tromperont pas : il ne s’agit pas d’un plan-séquence unique, il y a quelques coupes mais il faut bien reconnaître qu’on ne les remarque presque pas. C’est un projet incroyablement ambitieux, car le décor change souvent au cours du film, passant des tranchées qui abritent des centaines de soldats britanniques et des champs jonchés de cadavres et de carcasses d'animaux à une ferme avec des vaches, l’action nous entraînant de passages de rivière dangereux à des cachettes sous terre, d’un convoi sur la route au champ de bataille lui-même. Des avions allemands survolent le théâtre d’opérations à intervalles réguliers, la caméra suit les hommes, courant avec eux avec l'agilité d’un chien de combat… On imagine que la décision de tourner en continu a dû nécessiter une planification poussée à l’extrême, un véritable plan de bataille.
Le jeu en valait la chandelle car la mise en scène est hautement immersive. Le travail sur les décors, les costumes, l’enchaînement des situations, tout donne l’impression que les choses arrivent par accident, et non parce que cela a été méticuleusement prévu, et le film est porté par une énergie, par une sensation d’urgence qui tiennent en haleine de bout en bout.

Mais 1917 ne se résume pas à un film de technicien, car au-delà du travail sur le montage et sur la construction des plans, il n’oublie jamais le principal : l’humain. Il parvient à donner du relief aux personnages que nous suivons et que nous apprenons à connaître – mais aussi à ceux qui ne font qu’une brève apparition –, à susciter l’empathie du spectateur, rappelant toujours que ce sont bien des êtres humains, avec une histoire, un passé, une famille, des émotions, des sentiments et des états d’âme qui risquent ou donnent leur vie dans ce combat qui les dépasse.
(merci à cineuropa.org et alarencontreduseptiemeart.com)

Cotignac : lundi 9 18h

 

 

NOTRE-DAME DU NIL

Atiq RAHIMI - France / Rwanda 2019 1h34 - avec Amanda Mugabekazi, Albina Kirenga, Malaika Uwamahoro, Pascal Greggory... Scénario de Ramata Sy et Atiq Rahimi, d’après le roman de Scholastique Mukasonga, Prix Renaudot 2012.

NOTRE-DAME DU NILRarement l’Histoire est écrite du point de vue des minorités. C’est en partie le propos de l’œuvre autant écrite que filmée d’Atiq Rahimi. Par ses livres, ses documentaires, ses longs métrages (Terre et cendres et Syngue Sabour, pierre de patience, adaptés tous deux de ses propres romans), il nous immerge dans le camp des laissés-pour-compte et de leur petites histoires, celle qui permet de mieux analyser et comprendre la grande.

Notre-Dame du Nil, c’est un joli pensionnat de briques roses niché dans un écrin de sérénité, qui semble surplomber les futilités du monde. Dans ce paysage où la beauté des montagnes rivalise avec celle des nuages, les jeunes filles que l’on dresse à devenir l’élite du pays se montrent sages et studieuses sous la houlette des religieuses. Parfois les rires éclaboussent les dortoirs entre deux batailles de polochons qui font voler les plumes blanches et se perler de sueur les peaux noires. Il y a de la sensualité dans l’air. Dans ce Rwanda de l’an 1973, la jovialité est tout aussi perceptible que la luxuriance de la nature.
L’avenir s’annonce prometteur, on rêve de mariages princiers, entre « gens de couleur » convertis au catholicisme. Car si les élèves sont noires, l’enseignement est résolument blanc. Quand une étudiante s’enhardit à poser la question sur le contenu très partiel et partial des cours, la réponse fuse, péremptoire : « L’Afrique c’est pour la géographie. L’Histoire c’est pour l’Europe. ». Pas de place pour le dialogue. Chacun à sa place et le Dieu des colons reconnaîtra les siens. Oubliés des manuels scolaires les vingt-cinq rois rwandais, les trois mille ans d’existence d’une civilisation, son lien avec l’Égypte antique. Oublié ce que signifiait être Tutsi ou Hutu avant l’endoctrinement colonial allemand puis belge : non pas des ethnies différentes mais tout simplement des distinctions socioprofessionnelles. De hutu (agriculteur) on pouvait devenir tutsi (propriétaire de troupeaux) ou twa (ouvrier, artisan)… rien n’était figé. Tous avaient la même culture, la même religion, la même langue, le kinyarwanda. Dans cette dernière il existait même une expression consacrée : « kwihutura », qui signifie à la fois devenir tutsi et prospérer, tant il était fréquent de passer d’une classe à l’autre au fil des unions, de l’enrichissement personnel.
Mais qu’importe, dans cet établissement modèle, où l’on va de messes en processions, en passant par de menues tâches ménagères qui feront de chacune une épouse modèle, tout cela semble bien lointain. Les fades uniformes gomment les formes des nymphettes et simultanément leurs différences. Même les prénoms (Virginia, Gloriosa, Immaculée, Veronica, Modesta, Frida…) n’évoquent plus une quelconque appartenance au continent africain. Seul Monsieur de Fontenaille, un vieux colon illuminé et décadent, semble vouloir réveiller le passé avec ses théories fumeuses qui participeront, conjointement à la politique des quotas, à mettre le feu aux poudres de la pourtant si tranquille communauté retirée. En attendant, nos donzelles vaquent à leurs rêves et à leurs occupations, s’épanouissant en toute innocence, cultivant leurs amitiés, l’art de la taquinerie, celui des cachotteries. Sans parler des escapades nocturnes où certaines vont traficoter le nez d’une statue virginale, danser sous la pluie, ou bien quémander secours auprès d’une vieille sorcière aux airs fous qui vit isolée dans la forêt…
Mais des quatre coins du territoire montent en puissance des antagonismes profonds qui vont gangrener le corps social et s’introduire au sein de Notre-Dame du Nil, bouleversant à jamais le destin de ces jeunes filles et de tout le pays.(Utopia)

Cotignac : lundi 9 20h30

 

L’ÉTAT SAUVAGE

Écrit et réalisé par David PERRAULT - France 2019 1h58 VOSTF - avec Alice Isaaz, Kevin Janssens, Déborah François, Armelle Abidou, Kate Moran...

 
L’État sauvage est un film à cheval au sens propre comme au sens figuré. Au sens propre car il emprunte une part de ses codes au western, dont les longues chevauchées fantastiques. Au sens figuré car il jongle entre les styles, tout en ne se réduisant à aucun. Un esprit tout aussi réaliste que baroque y flotte,  oscillant entre songe cauchemardesque et épopée émancipatrice féministe. Si les costumes sont quasiment d’époque, car là encore il y a quelques détails qui les font sortir du cadre classique, les personnages se meuvent sur des musiques contemporaines, ce qui rend le récit plus universel et atemporel qu’une simple reconstitution historique. Tout est dans l’art de la narration, de la mise en scène qui nous fait balancer entre film d’action et rêverie de jeune fille, univers intérieur et immensité des plaines. À la fois atypique et classique, il se joue des rythmes, procède par accélérations syncopées, ralentis contemplatifs, prises de vues somptueuses. Il se déploie autant dans les grandes étendues naturelles dignes du Far West que dans le huis-clos inconfortable d’une civilisation coloniale décadente, ancien monde en voie de disparition. Nous voici confrontés aussi bien aux éléments surpuissants qu’aux relents d’un patriarcat étouffant. Lequel de ces deux milieux est le plus sauvage ? À chacune et à chacun de se faire son opinion.
 1861, quelque part dans le Missouri… Au loin gronde la Guerre de Sécession. Mais la petite colonie française, qui mange ses soupes dans des assiettes de porcelaine et tranche ses gigots avec des couteaux en argent, ne s’en inquiète guère. Elle se sent étrangère à cette affaire américano-américaine, préférant jouer l’autruche au dessus du lot : après tout, contrairement aux Sudistes du cru, ne rémunère-t-elle pas ses serviteurs de couleur ? C’est la position que défend Edmond, en bon père de famille pacifiste. D’autant, on le comprendra vite, que la famille nourrit une relation très particulière avec la noire et charmante Layla. Avec son vaudou, sa douceur intelligente, elle fait un délicieux contrepoint à l’ambiance coincée et bigote de la maisonnée où les trois filles d’Edmond s’épanouissent sous la houlette de Madeleine, épouse fidèle et insatisfaite, entre deux répétitions de piano et de chant lyrique. Ennui, corsets et prières, voilà le pain quotidien d’Esther la cadette et de ses sœurs Justine et Abigaëlle, bientôt toutes en âge d’être épousées.
Lors d’un bal où ce beau monde parade en grande pompe, l’affaire va s’envenimer avec l’arrivée d’une bande de soldats nordistes aussi délicats que des chiens affamés dans un jeu de quille. Impossible dialogue entre une soldatesque populaire bien remontée et une classe supérieure déconnectée des réalités. Quand les armes seront dégainées, nul ne pourra plus se bercer d’illusions. La seule alternative d’Edmond sera de fuir en comité restreint en s’allouant les services de Victor, un convoyeur au passé trouble et aux balafres profondes, forcément plein de charme aux yeux de la romantique Esther. Voilà la fragile équipée en route vers un hasardeux destin, espérant embarquer pour l’Europe, rebroussant le chemin de la conquête de l’Ouest, après avoir abandonné derrière eux les fastes d’un passé révolu, la sécurité d’un foyer confortable. Amère débandade qui va progressivement prendre un goût inattendu de liberté. Ce voyage initiatique, parsemé de dangers et d’embûches, est indiscutablement plus excitant et instructif qu’une soirée perdue à tricoter au coin d’un feu de cheminée ! De fil en aiguille, de confidences en confidences, on découvrira une autre réalité, les non-dits inavouables, l’hypocrisie d’un monde patriarcal faussement sécurisant.
Plusieurs niveaux de lectures se chevauchent (décidément !) continuellement dans cet étonnant film aux climats extrêmes, dans lequel les rôles traditionnels finiront par être inversés de façon tout aussi stimulante que salutaire.(Utopia)  
Vox Fréjus : mercredi 4 18h, jeudi 5 15h50, vendredi 6 13h45, dimanche 8 20h30, lundi 9 20h, mardi 10 18h10
 
 MES JOURS DE GLOIRE
Antoine de BARY - France 2019 1h38mn - avec Vincent Lacoste, Emmanuelle Devos, Christophe Lambert, Noée Abita...
Connaissez-vous Antoine de Bary ? Nous non plus, à vrai dire, normal c’est un premier film, une comédie légère et enjouée pour bien démarrer sa carrière et l’année 2020.
Les jours de gloire dont il est question dans le titre ceux sont ceux d’Adrien, mais il ne faudrait pas prendre l’expression au pied de la lettre, loin s’en faut ! Il faut tout au contraire l’entendre avec un bon vieux fond d’autodérision. Car Adrien ne glande rien, ou pas grand chose. Il est du style à se prendre perpétuellement les pieds dans le même tapis, à se contenter d’un quotidien fait d’une suite toujours renouvelée de joies bêtasses et régressives. Alors qu’il atteint la trentaine, il ne s’est toujours pas départi de ces airs flegmatiques très agaçants des adolescents contemporains qu’on a parfois envie de secouer comme des pruniers. À force d’avoir le regard rivé sur son petit nombril, il ne voit pas le monde qui l’entoure, ni la vie qui lui échappe. N’oublions pas de dire que le rôle est interprété par l’inénarrable Vincent Lacoste, particulièrement doué quand il s’agit de jouer les têtes à claques.
 La scène d’ouverture, en deux coups de cuillères à pot, campe le personnage. Quand notre anti-héros se retrouve coincé hors de son appartement, au lieu d’appeler un serrurier, comme le ferait un être avec une once de bon sens, il va avoir recours à un expédient qui va tout droit le conduire au poste de police. Le seul avantage de la situation est qu’il y rencontrera une gamine tout aussi paumée que lui, subjuguée par ce grand dadais de loin son aîné, et pourtant incapable de grandir. Ancien enfant roi endormi sur ces lauriers, Adrien n’anticipe rien. Vaguement acteur, mais il ne s’en donne pas les moyens. Vaguement séducteur, mais il ne s’en donne pas les moyens non plus… Alors forcément, un jour, banquiers, propriétaires, tous ceux auxquels il doit des sous lui tombent dessus ou lui coupent le robinet. À propos de robinet, on ne s’étonne même pas qu’à 25 ans il aie des difficultés érectiles : rien dans sa vie n’est franchement bandant et il ne l’est pas tellement lui-même. Le seul conseil pas bien avisé de son toubib, constatant qu’il n’y aucun problème physiologique, sera d’aller consulter une psy, ce dont Adrien a soupé puisque sa mère l’est. À propos de cette dernière (la délicieuse Emmanuelle Devos), voilà Adrien qui retourne chez ses parents Nathalie et Bertrand (Christophe Lambert assumant un rôle de père alcoolique) sans évidemment avouer qu’il est sans le sou, racontant des bobards ridicules que chacun fait semblant de croire, sans doute pour lui laisser un semblant de fierté, mais surtout en nourrissant le secret espoir que cela ne dure pas… D’autant qu’il y a peu de place dans l’intimité de Nathalie et Bertrand qui ont bien d’autres chats à fouetter…
Mes jours de gloire est une comédie où tout est là comme il faut, là où il faut, avec les acteurs qu’il faut, bien menée. On y rigole fréquemment à gorge déployée, mais un peu jaune. Adrien, ex-enfant star, ultra couvé, aimé, protégé, ressemble à tant d’autres à la démarche paresseuse qui, comme lui, toisent leurs semblables, balancent à la volée vannes et airs supérieurs, avec l’air de se foutre du monde. Sous ses airs rigolards, le film dresse ainsi le portrait malaisant d’une génération narcissique, sans idéaux, sans perspective d’avenir, qui semble ne rien faire pour s’en donner. Une sorte d’élite bourgeoise née les fesses dans la soie, qui se laisse vivre avec pour seuls leitmotiv « carpe diem », profitons, soyons heureux, sans avoir la lucidité de comprendre qu’aucun super-héros de leur enfance ne viendra sauver leur existence de l’apathie, que c’est à eux de prendre les choses en main…(Utopia)  
Vox Fréjus : mercredi 4 15h50, jeudi 5 et mardi 10 13h45, vendredi 6 18h10, samedi 7 16h15, dimanche 8 13h40, lundi 9 16h                                                                                                                                                                     

LARA JENKINS

Jan-Ole GERSTER - Allemagne 2019 1h38 VOSTF - avec Corinna Harfouch, Tom Schilling, André Jung, Rainer Bock, Hedin Hasanovic... Scénario de Blaz Kutin.

LARA JENKINSLara Jenkins nous plonge dans l’univers sans concession de l’excellence, un milieu où la musique n’adoucit guère les mœurs, celui des conservatoires, des concours après lesquels seuls les plus ambitieux surnageront.
Dès potron minet, cette journée-là débute d’une drôle de manière pour Lara Jenkins. Sans que rien d’extraordinaire ne semble devoir advenir. Sous l’apparence de la plus banale normalité, tout y sera pourtant, dès les premières minutes, subtilement en décalage, comme si notre anti-héroïne cheminait à côté d’elle-même, en observatrice passive ou du moins ayant un temps de retard sur la réalité.
Au petit matin, on sonne à sa porte… Deux policiers, moyennement déférents, ne lui laissent aucune alternative et la réquisitionnent en tant qu’ancienne fonctionnaire. La voilà contrainte de jouer les témoins oculaires lors d’une perquisition affligeante qui se déroule dans son immeuble. Son pauvre voisin, M. Czerny, se révèle tout aussi innocent et impuissant qu’elle. Il leur faudra prendre leur mal en patience jusqu’à devoir écouter un des flics massacrer consciencieusement, sur le vieux piano de l’appartement, la sempiternelle Lettre à Élise de Beethoven, tandis que son camarade rédige le rapport : « Pièce d’identité, s’il vous plaît, date de naissance… ». Ce jour-là Lara Jenkins a pile soixante ans, un compte rond censé être célébré en grande pompe. Nul pourtant ne s’empressera de le faire. Au contraire, ses appels laissés sur la messagerie de son grand fils, Viktor, resteront sans retour. Notre semblant d’étonnement se transformera vite en regard compatissant, non pour Lara, mais pour son entourage, victime de son attitude étouffante, parfois cassante, qui l’aura progressivement isolée. On en comprendra ultérieurement les raisons, convoquées par touches délicates. Et cette femme qui aurait pu n’être que la caricature d’une mère castratrice, avec ses façons rigides, presque frigides, nous émouvra, sans une once de pathos ou de larmoiement.

En attendant Lara Jenkins se débat, victime d’elle-même. Elle arpente la ville en tous sens, course contre une montre invisible, se lançant dans des activités pour le moins saugrenues : vider son compte en banque, s’offrir une tenue hors de prix qui ne colle pas à son image, s’y sentir bien, puis mal… Acheter les vingt deux places restantes pour le concert décisif qui ouvre la carrière de Viktor, lequel persiste à grossir le rang des abonnés absents… Vingt deux places… mais pour quoi en faire ? À qui les offrir ? Tout cela fleure une solitude latente encore non déclarée, un vide vertigineux qu’il faudrait vite combler, recouvrir d’un illusoire tapis avant que de se prendre les pieds dedans. Tout semble s’enchaîner de façon oppressante, dans un désordre frénétique, une ultime tentative de ne pas affronter lucidement la vérité, les mensonges qu’on s’est raconté. Et Viktor… qui ne rappelle toujours pas… comment l’accepter quand on est une mère courage qui a donné à son fils le meilleur, permis de s’élever plus haut qu’elle n’a pu le faire elle-même ?

Corinna Harfouch, qui joue le rôle titre, est absolument bluffante. La grande classe du film est de parvenir, en moins d’un tour de cadrant, à résumer toute une existence passée à côté de l’essentiel, ses frustrations, ses déchéances sans pour autant condamner qui que ce soit. Bien au contraire, peut-être les premiers jalons sont-ils posés d’une prise de conscience douloureuse mais salutaire. Peut-être existe-t-il une lumière au bout du tunnel ? (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 4 13h45, 20h30, jeudi 5 15h40, 20h45, vendredi 6 13h45, 18h15, samedi 7 13h45, 21h, dimanche 8 13h40, 21h, lundi 9 15h50, 20h45, mardi 10 16h, 20h45

UN DIVAN À TUNIS

Écrit et réalisé par Manele LABIDI - France / Tunisie 2019 1h28 VOSTF - avec Golshifteh Farahani, Majd Mastoura, Aïcha Ben Miled, Feriel Chammari, Hichem Yacoubi...

 

      La scène d’introduction – quiproquo autour du célèbre portrait photographique de Sigmund Freud portant la chéchia rouge, le couvre-chef traditionnel tunisien – dit bien d’emblée toute la fantaisie de ce film, et tout l’humour de sa pétillante héroïne, Selma, fraîchement débarquée de Paris pour installer son divan à Tunis ! Car n’en déplaise aux langues de vipères, aux oiseaux de mauvaise augure et autres sceptiques locaux qui jurent par le Saint Coran qu’il n’y a pas besoin de psy dans ce pays, Selma est bien décidée à installer son cabinet de thérapeute sur le toit terrasse de la maison de son oncle. Et y a fort à parier que les Tunisiennes et les Tunisiens, en pleine crise existentielle post-révolution, ont bien des choses à lui dire.

Car oui, dans cette Tunisie d’après Ben Ali, la parole, muselée pendant des années de dictature, se libère et le pays redevient bavard, dans un élan un peu chaotique où tout se bouscule : les angoisses du passé, la peur de l’avenir, les désirs et les rêves qui peuvent à nouveau se raconter.
Il y a l’imam à qui l’on reproche de ne pas avoir laissé pousser sa barbe, le boulanger tumultueux qui adore se travestir et aimerait comprendre et assumer cette étrange pratique. Il y le trentenaire « pot de colle » aux allures de gros bébé qui ne veut pas quitter sa maman chérie d’une semelle, et la tourbillonnante Baya qui excelle dans l’art de la mise en plis mais est prise de nausées dès qu’elle pense à sa mère. Il y aussi l’oncle qui dissimule de l’alcool dans des cannettes de coca, habitude prise sous Ben Ali dont il n’arrive pas à se débarrasser. Et la jeune cousine qui rêve de Paris et montre ses seins façon Femen en plein cours d’éducation religieuse… Même le jeune policier se fait un devoir de répéter haut et fort que c’en est fini des décennies de bakchichs et qu’il est temps de retrouver des règles de bonne conduite pour reconstruire la nation.
Selma va imposer son art et ses manières, même s’il lui faudra aussi faire preuve d’ingéniosité et d’un sens aigu de la négociation quand il s’agira de montrer patte banche aux autorités, pas vraiment ravies de voir une jeune Franco-tunisienne proposer à ses concitoyens de venir s’allonger sur son divan, rideaux fermés !

Sans jamais tomber dans une vision caricaturale de la psychanalyse, ni dans les clichés exotiques pour parler de la Tunisie, Un divan à Tunis est un délicieux cocktail d’intelligence, de drôlerie et d’émotion qui raconte, l’air de rien, l’état d’un pays entre l’élan de modernité et le poids des traditions, entre les vieux réflexes d’un temps révolu et le besoin de se construire un avenir meilleur. Un pays qui a besoin de parler, de panser ses blessures, de ne rien renier de son histoire mais d’aller de l’avant. Un pays que l’on découvre en pleine ébullition, avec une jeunesse dynamique, un peuple déboussolé qui se cherche pour le meilleur, ayant laissé le pire dans le rétroviseur. Bref, le patient idéal pour commencer une thérapie. Et si la thérapeute a les traits sublimes et le charisme de la belle Golshifteh Farahani, ça promet !
Il y a dans ce film une joie et une énergie communicatives, un humour que l’on trouve habituellement dans les comédies italiennes des années 60/70 plutôt que dans le cinéma qui nous vient de l’autre côté de la Méditerranée, et c’est très réjouissant ! Une pépite ensoleillée en plein cœur de février.(Utopia) 
  Vox Fréjus : mercredi 4 16h10, 20h45, jeudi 5 13h45, 20h45, vendredi 6 15h40, samedi 7 13h45, dimanche 8 13h40, 18h25, lundi 9 14h, 16h15, mardi 10 15h50, 18h45

PARASITEÉcrit et réalisé par BONG Joon-ho - Corée du Sud 2019 2h12mn VOSTF - avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Choi Woo-shik, Park So-dam, Chang Hyae-jin... Festival de Cannes 2019 Palme d'or

PARASITEEn deux décennies, Bong Joon-Ho s’est imposé comme un des réalisateurs majeurs du cinéma asiatique. Grâce à ce qu'on appelle des films de genre (polar, fantastique, thriller) qui ont toujours laissé une belle place à la sensibilité et à l’humour. Punchy, émouvants, drolatiques, un brin sanguinolents… tels le virtuose Memories of murder, le délirant The Host, les terriblement touchants Mother et Okja… Ce nouvel opus, Parasite, ne déchoit pas, ni ne déçoit, tout au contraire. Il confirme que la panoplie du cinéaste est décidément très riche et que son œil aiguisé n’hésite pas à lacérer profondément la société à deux vitesses dans laquelle ses personnages évoluent. Il frappe fort avec cette critique sociale puissante et déjantée : on navigue entre satire grinçante, comédie relevée et thriller un brin surréaliste. On n'a plus qu’à se laisser porter et surprendre par le récit magnifiquement mis en scène et filmé. La radiographie de notre époque est saisissante, l’intrigue rondement portée par un casting excellent, à commencer par le complice habituel Song Kang-ho.

Dans l’opulent Séoul, à la pointe du progrès et de l’électronique, une partie de la population vit pourtant plus bas que terre, à peine mieux lotie que les cafards qui grouillent dans les recoins sombres et moites de la ville. La famille Ki fait partie de ces rase-mottes : balayée par la crise économique, obligée de vivre dans un sous-sol qui serait sordide et glauque sans leurs rires et leurs chahuts incessants. On aime à se charrier, on aime à se bousculer, on s’aime tout court. Ils sont obligés de se serrer les coudes, entassés qu'il sont dans cet espace plus digne d’une boîte à chaussures que d’un appartement pour quatre personnes. Pourtant l’indigence et la promiscuité ne semblent pouvoir venir à bout de la tendresse familiale. Si chacun a fait le deuil de quelque chose, il le dissimule sous une couche de jovialité et tout est prétexte à se marrer. Chez eux, chaque instant semble grand-guignolesque et hilarant. Il faut les voir se débattre en chœur pour assembler des tonnes de boîtes à pizza (le petit boulot du moment), courir en brandissant leurs portables à la recherche d’un réseau téléphonique fainéant. Ou encore se laisser fumiger comme de vulgaires vermines dans l’espoir que celles-ci crèveront les premières… Mais quand la poisse vous colle vraiment aux basques, même l’espoir devient un piètre compagnon.
Il faudrait un quasi miracle pour désengluer les Ki de la mouise environnante. Et il va advenir. Un ancien camarade de classe va proposer à Ki-woo (le grand frère) de le remplacer pour des cours d’anglais dans la richissime famille des Park. N’y voyez pas-là un acte désintéressé, c’est juste que, secrètement amoureux de son élève, il décide de la confier au seul être qui ne risque pas de lui faire ombrage, au plus miteux de ses copains, donc Ki-Woo, auquel il a l’indélicatesse de l’avouer. Peu importe, c’est une occase inespérée ! La famille Ki trépigne d’impatience, s’affaire, dégote au fiston un costume de circonstance, lui bricole un faux diplôme impeccable.

Fin prêt, chaleureusement recommandé, Ki-woo pénètre dans la demeure somptueuse de ses futurs employeurs. Leur jardin, d’un vert arrogant, semble flotter au dessus des contingences du pauvre monde, tel un ilot paradisiaque. Décidément, même le ciel des riches est plus bleu et ignore jusqu’à l’existence des gratte-ciels, évanouis comme par enchantement. Dans cette maison d’architecte, nulle faute de goût, sauf peut-être la rébarbative gouvernante allergique aux pêches et le capricieux petit dernier qui se prend pour un Indien. Madame Park se révèle fantasque, Mademoiselle Park délicieuse, Monsieur Park plus que sympathique. Tous ont l’aisance naturelle des classes supérieures. Confiants, aucun n’imagine que ce discret jeune homme vient de mettre un pied dans la porte et que toute la ribambelle des Ki va le rejoindre progressivement, usant de stratagèmes diaboliques. Nul n'y perdrait et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, au-dessus de la tête de chaque Ki, ne flottait comme un étrange parfum indélébile… L'odeur de la pauvreté, prête à les trahir. Le mépris de classe n’étant jamais bien loin, on anticipe une pétaudière prête à exploser à tout instant. Et on ne sera pas déçu ! La chute de cette fable contemporaine délirante sera inénarrable ! (Utopia)

Vox Fréjus : jeudi 5 18h10, vendredi 6 20h30, samedi 7 18h15, dimanche 8 15h45, mardi 10 18h

LA CRAVATE

Mathias THÉRY et Etienne CHAILLOU - documentaire France 2019 1h36mn -

LA CRAVATEC’est un véritable régal de retrouver sur grand écran les documentaristes en grande forme de La Sociologue et l'ourson. Si ce nouveau documentaire est empreint du même recul sensible et plein d’humour que leur précédent opus, le procédé employé n’est pas tout à fait le même. Ici, point de mise en scène à base d’ours en peluche et de bouts de chiffons, même si la bataille qui va se livrer devant nos yeux s’apparente parfois à une piètre querelle de chiffonniers.
La cravate, c’est ce petit accessoire de plus ou moins bon goût qui est constitutif de tout homme politique. Ce supplément de tissu d’aucune utilité – sauf si on veut se pendre – censé procurer un je ne sais quoi de « respectabilité ». C’est grâce à elle que Bastien, jeune militant du Front National, va essayer de grimper les échelons dans le parti, désireux de bien faire et surtout d’échapper à sa condition sociale. Cela nous choque ? Et pourtant, tout au long du récit, cette question sera présente en filigrane. Comment a-t-il pu, mais surtout comment a-t-on pu en arriver-là ? Insensiblement, mais sûrement.
Mathias Théry et Étienne Chaillou viennent interroger notre responsabilité collective, l’incapacité de toute une société à offrir des perspectives un tant soit peu réjouissantes, ou au moins sécurisantes, qui fassent sens pour tous les citoyens et en particulier les plus jeunes. Mais commençons par le commencement et non par l’aboutissement d’un travail méticuleux et de longue haleine qui s’échelonna sur près de deux années.

Dès les premiers plans, nous voilà désarçonnés, ne sachant pas trop sur quel pied danser dans ce face à face avec Bastien. Il fait décidément partie de ces êtres qu’on n’arrive pas vraiment à détester malgré leurs penchants regrettables et leurs idées pour le coup détestables : il faut bien reconnaître qu'il est drôle, Bastien ! Drôle, touchant et agaçant à la fois !
On aurait tôt fait d’étouffer le sujet dans l’œuf, de tomber dans une rhétorique stérile et de ruminer les éternels poncifs, sans le procédé astucieux et élégant mis en place par les réalisateurs. En couchant sur papier l’histoire de Bastien au passé simple, ils y insufflent une distanciation littéraire salutaire, s’obligent à adopter la posture bienveillante de l’écrivain qui peut exprimer son avis, sans condamner par avance ses personnages. Endosser le costume d’un anti-héros de roman dans le pur style du 19ème siècle va permettre à Bastien d’être écouté avant que d’être jugé, ce qui semble rarement avoir été le cas durant ses vingt cinq années d'existence, on le comprendra bientôt. Lui-même va par ailleurs être amené à prendre du recul vis-à-vis de ce récit qui est certes bien le sien, mais semble déjà ne plus lui appartenir. Au centre de son parcours, au cœur de ses préoccupations, le besoin d’appartenance, doublé de celui de reconnaissance. Bastien va finir par se piquer au jeu, jusqu’à confier devant la caméra ce qu’il a toujours caché. C’est comme un électrochoc. Alors qu’il agit sur lui comme une délivrance, un véritable soulagement, on comprends que l’on vient de pénétrer dans ce qui constitue les racines de son engagement intime et dans ce qui fait de lui autre chose qu’un vulgaire salaud. Et dignement, malgré les portes de sortie que lui ouvrent respectueusement les cinéastes, conscients des conséquences que peuvent avoir ses propos sur sa vie future, Bastien décidera d’assumer jusqu’au bout sa confession et sa diffusion.
Le temps d’une campagne électorale, celle des élections présidentielles de 2017, le parcours, livré sans détours, de ce jeune militant d'extrême-droite devient aussi étonnant que passionnant, et surtout emblématique de tant d’autres. (Utopia)

Vox Fréjus : samedi 7 20h30

 

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