Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 décembre 2018

Bonjour à tous !
 
Cette semaine, CGR vous propose en ciné-club Le cahier noir de Valeria Sarmiento, portrait subtil et passionnant d'une Europe de fin de siècle...Solidaire Var Est et Migrnats Var Est vous proposent seulement jeudi soir, Libre de Michel Toesca, un documentaire galvanisant sur la question des migrants. Dans le programme ordinaire de CGR, plusieurs films intéressants : Pupille de Jeanne Herry, un film dont on sort avec un peu plus de foi en l'humanité, Mauvaises herbes de Kheiron Tabib (Nous trois ou rien), un film positif sur le bien vivre ensemble,  Bohemian rhapsody de Brian Singer, (en VF) un biopic intéressant sur le groupe Queen et sur leur chanteur Freddie Mercury et  Le grand bain de Gilles Lelouche qui réussit le pari d'une fable drôle sur plusieurs des aspects de nos vies (aussi à Salernes)
Au Vox, à Fréjus,Colibris propose Après demain de Cyril Dion qui réactualise le célèbre film Demain. Dans la programmation normale, Les confins du monde de Guillaume Nicloux, un film particulièrement attachant sur l'Indochine de 1945,  Les chatouilles de Andréa Bescard et Eric Metayer, une histoire de résilience longue et difficile à construire (bientôt au CGR),  Amanda où  Mikhael Hers signe un film délicat et un hymne à la vie ( à Cotignac aussi), Voyage à Yoshino  où Naomi Kawase fascinée par le Japon ,explore la nature en prenant tout son temps, Un amour impossible, de Catherine Corsini adaptation éponyme du roman de Christine Angot qui raconte l'histoire d'une femme - sa mère- sur plusieurs décennies et  Les filles du soleil de Eva Husson, un film précis, subjectif et efficace sur les combattantes du Kurdistan,
A Lorgues, allez voir La fête est finie de Marie Gareil Weiss, proposé par les Cinés débats citoyens, sur le thème de l'addiction et suivi d'un débat animé par 2 professionnels de ce secteur. Dans le programme ordinaire, on peut voir Un homme pressé de Hervé Mimran : les turpitudes de Luchini en homme d'affaires nimbé de réussite sociale : plus dure sera la chute ! et Heureux comme Lazzaro de Alice Rohrwacher, une fable ludique et profonde sur nos Eden perdus
 
 
Entretoiles vous propose une dernière soirée le dimanche 16 décembre avec le film d'Abdellatif Kechiche, Mektoub my love, qui nous entraîne 3 heures durant dans un tourbillon de corps festifs et sensuels, pour nous faire partager l'été d'un groupe de jeunes gens, à Séte. Pour ceux qui veulent renouveler leur carte pour 2019, nous serons dans le hall, une heure à l'avance à 18h30. Ne venez pas juste à l'heure du film (19h30) si vous voulez vous la faire renouveler ! merci !
 
La semaine prochaine, le film ciné-club  pour finir l'année sera Les chatouilles de Andrea Brescard.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

LE CAHIER NOIR

 

Pour ces marivaudages et ses secrets de famille empreints de trahisons, la réalisatrice Valeria Sarmiento brosse le portrait subtil et passionnant d’une Europe de fin de siècle, le XVIIIème siècle, avec la grâce et la délicatesse de Philippe Watteau ou Jean-Honoré Fragonard.Le récit des aventures, au crépuscule du XVIIIe siècle, d’un couple singulier formé par un petit orphelin aux origines mystérieuses et sa jeune nourrice italienne à la naissance pareillement incertaine. Ils nous entraînent dans leur sillage à travers l’Europe : Rome, Paris, Parme, Venise, Londres... Toujours suivis, dans l’ombre et pour d’obscures raisons, par un Calabrais patibulaire et un inquiétant cardinal, ils nous font côtoyer de ténébreuses intrigues au Vatican, le marivaudage à la cour de Versailles, les affres d’une passion fatale, un funeste duel et les convulsions de la Révolution française. Quand on aborde une telle œuvre cinématographique, il est difficile de résister à l’évocation de sa réalisatrice. Valeria Sarmiento est d’origine chilienne. Elle est rentrée dans le cinéma par l’intermédiaire de Raoul Ruiz dont elle était non seulement la compagne, mais aussi la monteuse de ses films. Elle terminera même la dernière œuvre de Ruiz,après la disparition soudaine du cinéaste de génie. Elle cumule ainsi une filmographie impressionnante depuis les années 1972, autant au cinéma qu’à la télévision, où elle alterna séries et téléfilms. Valeria Sarmiento n’en est donc pas à son coup d’essai. Une évidence qui vient immédiatement à l’esprit en visionnant ce Cahier noir tellement l’œuvre se montre aboutie, dans la conduite du récit comme dans son traitement esthétique.

Car Le Cahier noir est d’une impressionnante beauté. Pas un plan n’échappe à une réflexion profonde et méticuleuse sur la lumière, la couleur, le son, la photographie et la position de la caméra. La réalisatrice réussit le pari risqué de donner à voir une variété de pays européens, comme la France, l’Italie et l’Angleterre, via le prisme exclusif d’appartements luxueux de personnages riches, de leurs jardins et déambulations en calèches. Le choix est donc fait d’une mise en scène résolument sobre où, par exemple, la Révolution française est montrée, non pas dans une tempête d’effets spéciaux et de figurants, mais dans les passages discrets de quelques soldats ou de citoyens sur les bords des routes. Il n’en demeure pas moins que la violence de la guerre, la cruauté des sentiments parcourent d’un bout à l’autre cette histoire de passion, sans que jamais la réalisatrice n’ait besoin d’en faire la démonstration.

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Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle. Le romantisme du siècle à venir affleure lentement à travers les personnages, et notamment celui de la nourrice, interprétée par Lou de Laâge, lumineuse et sensible. Celle-ci incarne la fin annoncée du rationalisme des Lumières et cède à la mélancolie des paysages et le bouleversement des émotions. Même la guerre civile qui brutalise la France est l’occasion d’exprimer le destin d’une héroïne de roman pour cette jeune femme, absolument magnifique, qui s’égare entre une maternité avortée, des amours empêchées et une paternité obscure. Contre toute attente, Stanislas Merhar incarne un cardinal sombre et intriguant. Le fameux cahier noir dont il est mention dans la première séquence devient pour son personnage le témoin de l’histoire des capitales européennes de l’époque, où il tente de se sauver de ses propres démons et de protéger cette fragile nourrice d’elle-même. Il est un caméléon de la noblesse, capable de se transformer en religieux, en marchand et même en révolutionnaire bourgeois.

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On saluera le travail merveilleux qui est apporté à la confection des costumes et des décors. Un film historique ne saurait souffrir d’une pénurie de moyens, sauf à verser dans le mauvais goût. Ici, une attention extraordinaire est donnée aux intérieurs des appartements, aux couloirs napoléoniens, aux jardins à la française ou à l’anglaise, et aux robes que portent les actrices. On perçoit bien l"ambition artistique qui cherche, non pas tant le réalisme historique, que la description de la confusion des sentiments à la façon d’un roman. La réalisatrice s’attache à rendre chaque séquence la plus parfaite possible, jusqu’à cette scène finale où les cheveux de l’héroïne se fondent à l’écorce d’un arbre, symbolisant finalement, qu’en dehors de l’Art et du Beau, les choses sont sans importance.(àvoiràlire)

Ciné-club CGR : mercredi 5 16h15, vendredi 7 10h45, samedi 8 22h10, lundi 10 15h45, mardi 11 13h45

 

 

LIBRE

Michel TOESCA - documentaire France 2018 1h40mn - avec l’incroyable Cédric Herrou et tous les résistants de la Roya Citoyenne... Sélection en séance spéciale au Festival de Cannes 2018.

LIBREDerrière le glamour, les tapis rouges, les stars futiles d’un jour, les fêtes dispendieuses, les tractations dérisoires pour tel film survendu, le festival de Cannes sait aussi se faire acteur du débat citoyen, une caisse de résonance des luttes face aux pouvoirs dominants. Dans un département totalement contrôlé par la droite la plus réactionnaire et la plus rance, cette droite qui fait la course à l’échalote des préjugés racistes avec le Front National, le pire cauchemar de Christian Estrosi et Eric Ciotti a monté les marches avec tous les honneurs. Le cauchemar en question, c’est un simple paysan producteur d’olives, Cédric Herrou, qui ne se voyait pas vraiment délinquant multirécidiviste et abonné aux tribunaux, un homme qui avait simplement accroché au cœur un sens inébranlable de la solidarité. Il se trouve que sa vallée et son village de Breil sur Roya, autrefois totalement inconnus du grand public, accrochés à la frontière italienne et bien loin des fastes de la Côte d’Azur pourtant voisine, est un des passages empruntés par les migrants venant d’Italie en quête de vie meilleure. Cédric Herrou commence à en aider quelques uns, leur offrant une étape sur leur long périple. Le terrain est grand, ils sont de plus en plus nombreux, puis comme il faut aller vers les grandes villes pour faire les démarches administratives, il les aide aussi à voyager massivement par train vers Nice ou Marseille. Depuis, comme nombre de ses compagnons et bien qu’en principe le délit de solidarité n’existe pas, il est poursuivi par la justice. Mais alors que certains renoncent quand les premières amendes ou gardes à vue tombent, lui ne se laisse pas intimider, galvanisé par des soutiens toujours plus importants (tiens on voit l’ami dessinateur Edmond Baudoin, figure de la gauche niçoise) et une reconnaissance médiatique dont il se serait bien passé parfois, allant jusqu’à un article du New York Times.

Le réalisateur Michel Toesca est juste un ami et voisin, qui a quitté Paris pour son petit coin de paradis, et face aux aventures et déboires de son ami, il a décidé depuis deux ans de le suivre et de raconter ses luttes en toute simplicité. Et c’est juste drôle, galvanisant, ça vous emporte le cœur et vous fait dire que tout, malgré la justice toujours du même côté, les politiques de plus en plus contaminés par les idées d’extrême droite, tout est néanmoins encore possible. (Utopia)

CGR présenté par Solidaires Var est et Migrants Var est : jeudi 6 à 20h, suivi d'un débat

 

PUPILLE

Écrit et réalisé par Jeanne HERRY - France 2018 1h55 - avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Elodie Bouchez, Olivia Côte, Stefi Selma, Miou-Miou...

PUPILLEOn pourrait vous dire que c’est un film sur l’accouchement sous X. Vous allez dire « pffff , super festif ! » en mode ironique. Ou alors, on pourrait dire que c’est un film sur le long et complexe processus d’adoption et « mouais, bof » sera peut-être votre réponse… Si on vous dit que dans ce film il y a des assistantes sociales, des psychologues, des éducateurs spécialisés, des infirmières, des familles d’accueil, des parents en manque d’enfant, une mère célibataire, est ce que cela vous donnera envie ? Pas sûr…

Bon alors, on efface tout, on recommence… C’est l’histoire d’une rencontre, celle d’un bébé avec le monde. Ce bébé, comme tous les bébés depuis la nuit des temps, n’a rien demandé à personne mais le voilà. Il se trouve que ce bébé-là n’est pas un enfant désiré. Sa mère biologique n’a pas voulu ou pu comprendre ce qui lui arrivait, n’a pas cherché non plus à arrêter le processus de procréation, et lorsqu’elle arrive à l’hôpital, largement à terme, sa décision de ne pas garder l’enfant est prise. Dès lors, une machinerie peu ordinaire, mêlant humain, administratif et juridique, se met en action pour accompagner cet être dans le monde, ce « né sous X » dont l’Etat est désormais seul responsable, le temps de lui trouver une famille : c’est l’histoire de ce film.
C’est comme une course de relais : chaque protagoniste de l’histoire de cet enfant va apporter sa pierre à la construction fragile de ses premiers jours et faire tout pour qu’il se sente en sécurité, lui le bébé « abandonné ». Chacun a sa place, chacun a ses mots, ses gestes et son rôle à jouer dans ce roman de vie qui s’écrit. Chacun sait parfaitement ce qu’il doit faire, dans quel cadre s’inscrit son action et son unique objectif : le bien être de l’enfant. Elle est très belle et très touchante, cette chaîne humaine qui se met en ordre de marche autour de ce minuscule individu. La sage femme qui le met au monde, le personnel hospitalier qui va le bercer, le nourrir les premiers jours, puis l’assistante sociale qui va expliquer à sa mère biologique le processus enclenché, enfin l’éducatrice qui fera le lien entre le monde clos et protégé de l’hôpital et le monde extérieur. Puis, au bout de la course, la famille d’accueil qui veillera avec bienveillance et tendresse sur ses premières semaines et enfin, en ligne d’arrivée pour un nouveau départ, la rencontre avec le foyer qui deviendra le sien.

Filmée avec une grande justesse, cette quête à la fois très simple et extraordinairement puissante dans laquelle chaque protagoniste va se lancer est racontée à la manière d’un périple humain haletant et captivant. Nous allons suivre pas à pas, avec quelques allers-retours dans le passé, ces femmes et ces hommes qui font la grandeur du service public et dont le travail consiste à accompagner ce pupille de la meilleure manière possible jusqu’à sa famille d’adoption. La réalisatrice s’attache à raconter l’histoire dans chacune de ses composantes, ne laissant rien ni personne sur le carreau et c’est bien cette approche multiple, qui va du plus petit sourire d’une aide soignante au moment de l’accouchement jusqu’au premier regard de la mère adoptive sur son bébé, qui fait la grande force du film. On comprend vite, par la tonalité des premières scènes, que rien n’a été laissé au hasard et que derrière les mots, les gestes des personnages, se cache une longue et minutieuse documentation. Le film gagne ainsi en crédibilité et ne s’égare jamais sur des voies trop romanesques ou moralisatrices. Bien sûr, il faut la part de fiction, la petite touche drôle ou tendre qui relance le récit et emporte l’adhésion du spectateur. Le duo Kiberlain / Lellouche assume parfaitement cette fonction ; elle dans un personnage d’éducatrice forte en tête et addict aux bonbons chimiques, lui homme au foyer, papa d’adoption, pro du baby-phone et du portage ventral. En sortant du film, on a un peu plus de tendresse dans la tête et un peu plus de foi en l’humanité et ça, par les temps qui courent, c’est à ne pas gâcher. (Utopia)

CGR : tous les jours à 11h10, 14h, 16h20, 19h50, 22h10

 

 

MAUVAISES HERBES

De Kheiron Tabib avec : André DussollierCatherine DeneuveAlban LenoirKheiron

 novembre 2018: 1h40mn

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Waël, un ancien enfant des rues, vit en banlieue parisienne de petites arnaques qu’il commet avec Monique, une femme à la retraite qui tient visiblement beaucoup à lui. Sa vie prend un tournant le jour où un ami de cette dernière, Victor, lui offre, sur insistance de Monique, un petit job bénévole dans son centre d’enfants exclus du système scolaire. Waël se retrouve peu à peu responsable d’un groupe de six adolescents expulsés pour absentéisme, insolence ou encore port d’arme. De cette rencontre explosive entre « mauvaises herbes » va naître un véritable miracle. Trois après Nous trois ou rien inspiré de la vie de ses parents fuyant dans les années 80 la révolution islamique dans l’Iran de Khomeini puis prenant en charge les problèmes sociaux de la banlieue parisienne dans laquelle ils s’installent, Kheiron exploite à nouveau une tranche autobiographique pour défendre le respect mutuel et surtout l’importance de l’éducation et de la transmission. En effet, avant de devenir l’humoriste qui a fait les beaux jours de Canal+ dans la série Bref, celui qui est aussi rappeur, acteur et réalisateur a travaillé, durant quatre ans, en tant qu’ éducateur pour aider les jeunes à renouer avec l’école. Solidement ancrée entre deux temporalités bien distinctes mais totalement complémentaires démarre alors une tendre histoire pimentée d’un bel élan de solidarité. D’incessants flash-back nous éclairent sur le passé douloureux de ce jeune Waël (Kheiron), arnaqueur au grand cœur, et sur les liens qui l’unissent indéfectiblement à celle qui lui sert de bonne fée (Catherine Deneuve) pendant que la découverte d’un monde peu enclin à s’apitoyer sur le sort de ceux qui restent au bord de la route pousse ce personnage bien plus pétri d’humanité qu’il n’en a l’air à mettre son expérience personnelle au service de ceux qui ont eu moins de chance que lui. Maniant d’une main de maître humour et gravité, notre réalisateur-scénariste a le talent de trouver la profondeur juste nécessaire dès qu’il s’agit d’aborder des thèmes forts mais aussi d’émailler d’une douce malice des situations épiques. S’appuyant sur des dialogues intelligemment ciselés et jamais moralisateurs, la narration fait la part belle à cette jeunesse attachante et douée mais en rupture de repères qui découvre les vertus de la solidarité et de la rédemption. Plutôt que de stigmatiser la violence des cités, elle préfère souligner la vitalité de ses personnages et leur énergie à aller de l’avant, faisant de cette histoire un hymne à la vie et à l’espoir. Même si quelques clichés surgissent au détour d’une scène, et même si la surenchère de bons sentiments ternit quelque peu la bonne tenue de ce conte social, la générosité et la bonne humeur qui en émanent compensent largement ces petits travers. Reste l’immense plaisir de retrouver ce couple inattendu formé d’un Dussollier au mieux de sa forme et d’une Deneuve qui semble avoir décidé de troquer définitivement ses tenues de grande bourgeoise pour endosser, avec une joie non feinte, les oripeaux colorés de la classe laborieuse. Un duo de comédiens confirmés qui ne répugne pas à s’afficher aux côtés de l’excellent Alban Lenoir, l’une des valeurs montantes du cinéma et des rappeurs Médine et Fianso. Ce casting joyeux et métissé se met au service d’un film positif pour rendre hommage au message du bien vivre-ensemble cher à son auteur. Une belle leçon de vie à partager sans modération ! (àvoiràlire)

CGR : mercredi 5, vendredi 7 et mardi 11 22h30, samedi 8, dimanche 9 et lundi 10 20h20

Vox (Fréjus) : mercredi 5, samedi 8 16h - jeudi 6 15h50 - vendredi 7, lundi 10 13h45 - dimanche 9 13h50 - mardi 11 18h20

Le Luc : mercredi 5 21h, jeudi 6 18h, samedi 8 16h30, dimanche 9 18h30

 

 

BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VOSTF - Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

Surpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.

Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

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Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration… (utopia)

CGR EN VF : mercredi , jeudi 6, samedi 8, lundi 10 13h35, 19h40 - vendredi 7 13h35 - dimanche 9, mardi 11 19h40

 

 

 

LE GRAND BAIN

Gilles LELLOUCHE - France 2018 2h02mn - avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Pœlvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Félix Moati, Jonathan Zacaï, Alban Ivanov, Mélanie Doutey... Scénario de Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini.

Tout le monde l’attendait au tournant, prêt à lui tailler un costard en bonne et due forme. La critique cinéphile en particulier et puis aussi, il faut bien se mettre dans le sac, les programmateurs des salles art et essai ; bref, toute une assemblée qui aime bien, entre deux tressages de lauriers à des films turcs de 3h, casser un peu de sucre sur le dos de quelques malheureux réalisateurs, se moquant joyeusement, et parfois avec une plume acerbe, de leurs films. Gilles Lellouche entrait pile poil dans la case : « comédien qui passe à la réalisation et qui va se faire descendre par la critique ». On a toujours eu le sentiment que ses choix d’acteur l’avaient jusqu’alors cantonné un peu systématiquement dans le rôle du pote un peu lourdingue, du beauf un peu macho dans des comédies pas toujours très finaudes (excepté peut-être son interprétation touchante du mari perdu et assassiné dans le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller), et donc, en toute logique, on se disait que son passage à la réalisation en solo (il a déjà co-signé 2 films) resterait dans cette veine. Grosse, très grosse erreur d’appréciation. Parce que comme un retour du bâton qu’on était prêt à lever sur son film, voilà que nous nous sommes pris de plein fouet et sans semonce son Grand bain. La claque fut d’autant plus inattendue que nous nous surprîmes à la trouver fort à notre goût, agréable, drôle, tendre et bien ficelée, dotée d’une écriture précise et rythmée, d’une mise en scène vive et intelligente. Rien à voir avec le brouillon maladroit auquel nous nous attendions : on avait sous les yeux un petit bijou efficace et touchant d’humanité, avec ce dosage presque parfait entre franche comédie et fable douce amère à la mélancolie sous-jacente, celle qui vous cueille sans prévenir et vous laisse ce sentiment d’avoir gravé durablement, quelque part dans un coin de rétine, un doux, joyeux et tendre moment de cinéma.

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Bertrand est au chômage. Depuis trop longtemps. Il a perdu le goût d’à peu près tout hormis celui des cachetons et trimballe sa carcasse entre la cuisine, le salon et, les soirs où il se sent aventurier, la rue jusqu’à laquelle il ose descendre pour sortir la poubelle. Bref, c’est la grosse déprime. Au détour d’une sortie piscine, il va tomber sur un improbable club de natation synchronisée masculine, rien que ça. Et comme les nageurs en question ont l’air aussi – sinon encore plus – dépressifs que lui et que le groupe cherche des nouvelles recrues, il va sauter le pas et enfiler son slip de bain. Coaché par une ancienne championne qui cache à peine son blues sous des tirades enflammées empruntées à la littérature classique ou des volutes de clope qu’elle distille assise en tailleur sur le plongeoir, le groupe des sirènes est un sacré patchwork : Laurent (Guillaume Canet), en colère contre tout, Marcus (Benoît Pœlvoorde), glandeur majestueux dont l’entreprise est en faillite (forcément), Simon (Jean-Hugues Anglade), rockeur vieillissant qui rêve d’être David Bowie, et Thierry (Philippe Katerine), grand poète devant la lune. Ensemble, ils assument leurs bedaines autant que leurs échecs existentiels, ils révèlent leurs cannes de serin velues autant que leurs blessures intimes. Mais il faut un défi, bien sûr, pour révéler les talents enfouis et pour que la belle équipe se bricole une fraternité à toute épreuve : qu’à cela ne tienne, ce sera le championnat du monde !

On rit beaucoup, dans l’eau de ce Grand bain, on rit avec ces mecs ultra sensibles prêts à tout pour réussir un joli mouvement de gambettes ou un porté qui ait de la gueule. Avec ces nanas mi-mamans, mi-matons qui vont les dresser pour obtenir le meilleur d’eux. Sans vulgarité (ou presque quand elle sort de la bouche de Leïla Bekhti, entraineuse tétraplégique et sadique), avec une bienveillance sincère pour cette bande de mâles cabossés, Gilles Lellouche réussit le pari d’une fable sociale à la Full Monty (parce que chacun a sa manière est un exclu faute d’avoir su entrer dans le moule : celui du monde du travail, du couple, de la famille, de l’industrie du disque…) qui dépote. (Utopia)

 CGR Draguignan : mercredi 5, jeudi 6, vendredi 7, dimanche 9, lundi 10, mardi 11 22h10

Salernes : mercredi 5 18h30

 

APRÈS « DEMAIN »

Cyril Dion et Laure Noualhat - documentaire France 2018 1h20 -

APRÈS « DEMAIN »Produit pour la télévision comme complément à la première diffusion de Demain, ce film revient sur le succès phénoménal du documentaire.
Cyril Dion est cette fois-ci accompagné de son amie Laure Noualhat, enquêtrice sur les fronts de l'écologie. Elle est sceptique quant à la capacité des micro-initiatives à avoir un réel impact face au dérèglement climatique. Ensemble, ils partent à la recherche des actions inspirées par le documentaire, essayant de trouver celles qui marchent, durent et peuvent ainsi inventer un nouveau récit pour l'humanité…
Entre autres champs, le documentaire apporte un regard actualisé sur les dynamiques citoyennes et souligne les évolutions récentes de l’énergie citoyenne : de plus en plus de projets, des installations de plus en plus significatives et une nouvelle histoire de l’énergie qui s’écrit localement, entre les citoyens et les collectivités.(Utopia)

Vox (Fréjus) : présenté par Colibris jeudi 6 20h 

 

LES CONFINS DU MONDE

Guillaume Nicloux - France 2018 1h43 - avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran, Gérard Depardieu, François Négret... Scénario de Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour.

LES CONFINS DU MONDELes Confins du monde nous transporte dans l’Indochine française de 1945. Une période de transition confuse, où il y a plusieurs forces en présence, où les ennemis changent au gré des événements. Les Japonais, qui avaient violemment repris le pays après le coup de force de 1945, se retirent finalement, laissant le champ libre aux indépendantistes vietnamiens. C’est dans ce contexte trouble que surgit le lieutenant français, Robert Tassen. Son frère est mort devant ses yeux, dans un massacre perpétré par un lieutenant sanguinaire d’Hô Chi Minh. Retrouver cette figure du mal pour se venger, telle est son obsession.
C’est donc une guerre intime et parallèle à l’intérieur d’une autre guerre. C’est aussi une sorte de polar existentiel, poisseux, moite, aux confins de la folie, un pied dans la boue du conflit, un autre dans la fantasmagorie. Difficile de ne pas penser à la longue nouvelle de Conrad, Au cœur des ténèbres, matrice de nombreux films de guerre « hallucinés » et notamment Apocalypse now de Coppola, qui a forcément marqué Guillaume Nicloux. A travers Les Confins du monde, on pénètre dans un monde où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes.
Il n’y a quasiment pas de coup de feu, mais de la peur et de la hantise. Des coups tordus, de la honte, du désir caché. Du romantisme morbide aussi, lié au culte de la virilité, à la fascination qu’exerce malgré tout la guerre, si violente soit-elle. Nicloux montre des états extrêmes, l’extase atteinte grâce à l’opium. Des moments d’attente, teintée de nostalgie : « Le métro me manque » confie du haut d’un mirador le soldat Cavagna, le plus proche ami de Tassen.
Et puis un salut est possible, lorsque Tassen rencontre l’amour, en la personne d’une prostituée indochinoise…
La guerre comme révélateur humain, c'est bien sûr une quasi-constante des films de guerre, mais l'intérêt de ce film, c'est la concomitance de ce thème avec celui de la quête du cinéaste. Si Nicloux n'a évidemment pas vécu le conflit indochinois, on ressent bien le parallélisme entre la quête existentielle de son personnage et sa propre recherche artistique, entre l'aventure de la guerre et l'aventure de ce tournage (toutes proportions gardées, cela va sans dire). Comme Tassen, Nicloux est déplacé, déphasé, déterritorialisé, déraciné de son milieu habituel et cela se sent dans sa mise en scène, attentive aux lieux, aux gens, aux décors naturels, à la chaleur, à l'humidité, à la lumière de ces confins à mille lieues de la France. On pourrait presque sentir à travers son filmage les parfums, la sueur, le sang, comme si la caméra elle-même transpirait.
Les Confins du monde est un film puissamment physique, sensualiste, climatologique : on le doit à la nature, bien sûr, mais aussi aux acteurs, vraiment remarquables d'intensité, de présence, de Gaspard Ulliel à Guillaume Gouix, de la superbe nouvelle venue Lang-Khé Tran à Gérard Depardieu qui imprime sa marque et son génie en une seule scène. Il parait que Nicloux a créé cette scène tardivement, juste pour le plaisir des deux compères de retravailler ensemble. C'est là une excellente raison de faire du cinéma et qui contribue à rendre ce film particulièrement attachant.

(d'après J. Morice, Télérama, et S/ Kaganski, Les Inrockuptibles)

Vox (Fréjus) : mercredi 5, samedi 8 et mardi 11 13h50, 18h15, 20h45 - jeudi 6 13h45, 17h50, 20h30 - vendredi 7 15h50, 17h55, 20h45 - dimanche 9 13h50, 15h55, 20h30 - lundi 10 13h45, 15h50, 20h45

 

 

 

 

 

LES CHATOUILLES

Écrit et réalisé par Andréa BESCOND et Eric MÉTAYER - France 2018 1h43 - avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Gringe, Carole Franck, Gregory Montel, Ariane Ascaride...

Solaire, lunaire, libre… Les Chatouilles, c’est comme une boule d’énergie chaleureuse, lumineuse prête à exploser de tous ses feux pour venir éclairer les recoins cachés de l’enfance. Le film nous ramène à la nôtre, à nos pudeurs, à nos joies et frayeurs. On y passe par tous les états d’esprit, d’âme, chamboulés par tant de douceur, d’espièglerie, de regards justes sur l’innocence, la culpabilité, l’impuissance. On y sourit, on y rit beaucoup et chaque malheur se transforme en tremplin vers la résilience et le bonheur. En transcendant son histoire personnelle, Andréa Bescond en a fait un antidote universel contre le silence. Courageusement elle va débusquer la crasse que d’autres auraient volontiers laissée planquée sous le lourd tapis des apparences. Elle affronte la noirceur sans s’y engluer, en sautillant de son pas léger de danseuse révoltée, brillante. C’est infiniment libérateur, réjouissant, en un mot salutaire.

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Tout débute donc dans une enfance qui sans être dorée n’en n’est pas moins bienheureuse, entourée d’adultes attentifs et s’efforçant d’être de bons parents. Des gens d’une classe ni trop modeste, ni trop friquée, éternels bosseurs désireux d’offrir à leur progéniture une sécurité matérielle douillette. Quand la petite Odette dit aimer la danse, ils la soutiennent à leur mesure, la poussent sans rechigner vers un milieu qui n’est pas le leur, vers cette évidence passionnelle qui deviendra sa planche pour surfer sur les tempêtes de la vie. Mais cela, nul ne le sait encore, tout comme nul n’imagine que le diable est déjà dans la place sous les allures angéliques d’un séduisant garçon. Gilbert est le meilleur ami de la famille, un compagnon fidèle, présent, toujours prêt à rendre service. Son aisance naturelle, sa culture, son élégante épouse, ses marmots élevés au cordeau, tout en lui justifie la confiance que les parents d’Odette lui portent. Et personne n’imagine le mal quand on lui confie la petite pour les vacances. Un personnage d’autant plus troublant qu’il est très finement interprété par le magistral Pierre Deladonchamps, la classe personnifiée, qui accepte de se fondre dans la peau d’une créature glaçante.
Les chatouilles, ce sont ces jeux de mains ingénus qui tissent une relation complice entre les êtres, d’adulte à adulte, d’enfant à enfant, d’enfant à adulte, d’adulte à enfant… Taquineries inégales entre le mieux aguerri et le plus chatouilleux, entre le plus fort et le plus faible, celui qui maîtrise, celui qui ne peut que subir. Bien dosées, elles font mourir de rire ou de tendresse lâchée. Trop poussées, elles font parfois pleurer, intenables, insupportables. Des « chatouilles », c’est ainsi que Gilbert qualifiera ses gestes soudain moins chastes qui entraîneront Odette, alors âgée de 8 ans, loin de son corps, comme flottant au dessus, anesthésiée pour ne plus sentir la peur et la honte qui monte, montera encore en camouflant les serviettes éponges souillées. Seule dans sa bulle fantasmée, elle se raccrochera à ses rêves comme d’autres se raccrochent à une bouée. Elle virevoltera, danseuse étoile dans les pas de Noureev, se dépassant, propulsée loin du sol par sa rage de vivre. Entraînant sa vie dans un tourbillon exalté et sans limites, jusqu’au moment où, à bout de souffle, elle pourra enfin affronter le regard des autres et surtout les obliger à regarder.

Beau, poignant, le film vient nous cueillir de manière irrésistible, bousculer nos manières de voir et dire les choses irrémédiablement. Karin Viard, dans le rôle de la mère qui a enseveli ses propres failles sous une carapace d’une dureté effrayante, est d’une justesse absolue. Clovis Cornillac, dans celui du père inoffensif confronté à l’impensable, est bouleversant. Carole Franck, en psy dépassée par le témoignage de sa patiente, est inénarrable et touchante. Quant à la jeune Cyrille Mairesse, qui incarne Odette petite, elle est à la fois bouleversante et radieuse. Sans oublier tous les autres acteurs et toute l'équipe technique que l’on sent entièrement investis auprès des réalisateurs pour aboutir à un film aussi brillant que nécessaire.(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 16h10, jeudi 6 8h25, vendredi 7 et mardi 11 13h50

 

AMANDA

Mickhaël HERS - France 2018 1h47 - avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophelia Kolb, Marianne Basler, Greta Scacchi... Scénario de Mikhaël Hers et Maud Ameline.

AMANDADécouvert avec le beau Memory lane puis l'encore plus beau Ce sentiment de l’été, Mikhaël Hers signe une fois encore un film délicat, un hymne à la vie qui est aussi une déclaration d’amour à Paris, filmé comme à travers le filtre invisible de sa devise « fluctuat nec mergitur », comme si la grâce, la poésie, la beauté simple devaient toujours surmonter toutes les tempêtes.
Amanda est jolie comme un cœur, gourmande et un peu rondelette, avec des yeux d’un bleu très clair dans lesquels on peut voir des étoiles, celles d’une gamine de 8, 9 ans, insouciante et rêveuse. Amanda habite seule avec sa mère Léna, professeure d’Anglais, dans un de ces quartiers de Paris où il fait bon vivre. Elle a son univers à portée de main : la boulangerie pour acheter les douceurs, l’école pas très loin, une place et un peu de verdure. Amandine ne connaît pas son père, mais dans sa vie, il y a un chouette gars formidable qu’elle connaît depuis toujours : c’est David, le frère cadet de sa mère, tonton aux allures de grand cousin qui vient souvent la chercher à la sortie d’école, parfois avec un peu de retard, au grand désespoir de Léna. David est lui aussi parisien, il a des allures d’éternel étudiant mais il travaille, cumulant plusieurs petits boulots, un peu jardinier pour les espaces verts de la ville, un peu concierge pour le compte d’un propriétaire qui loue ses appartements à des touristes. Une vie un peu incertaine qui lui convient parfaitement, il n’a pas besoin de plus, pas pour le moment. À 24 ans, il a bien le temps de se prendre le chou avec un quotidien millimétré, un prêt immobilier, une fiancée, des mômes et tout le stress qui va avec. Là il profite des arbres de Paris qui offrent au grimpeur une vue imprenable, des grands boulevards qu’il parcourt effrontément à bicyclette, de sa frangine avec qui il aime partager un café, au coin de la fenêtre. La vie pourrait ainsi s’écouler, Amanda grandirait, Léna trouverait peut-être un nouvel amoureux (pas un homme marié cette fois), et David emmènerait sa nièce faire du vélo sur les bords de la Seine.

Mais même quand l’air est doux, même quand les rayons du soleil caressent les visages des gens heureux attablés aux terrasses des cafés, même quand l’herbe chatouille les pieds nus de ceux qui se sont assis dans l’herbe pour un pique-nique entre amis, le pire peut arriver. Et le pire, c’est cette seconde où tout bascule, où l’homme se fait loup, ou fou, ou diable, ou tout cela en même temps, quand le bonheur fugace vire au cauchemar.
En une fraction de seconde, tout va voler en éclats. Et comment ramasser les morceaux quand on a le cœur brisé ? Comment y voir clair quand les larmes ont tout flouté ? Comment survivre à quelqu'un qu'on aime et qu'on vient de perdre à tout jamais ?

C’est la première fois que les attentats de Paris de novembre 2015 sont aussi explicitement évoqués dans une fiction et ça fait un drôle d’effet. Par la complicité tendre qui unit Amanda à David, par la fusion aimante qui relie Amanda à sa mère, il y a entre nous et ces personnages une proximité qui nous touche profondément… Et la bascule du film nous bouleverse parce qu’il n’y a rien de trop montré ou de trop expliqué, rien de déplacé, tout sonne juste. Alors la froideur de la situation, implacable, contraste avec la douceur de l’amour orphelin qui reste là, tétanisé, mais bel et bien vivant. Car c’est bien vers la vie que se tourne résolument ce film, la vie pétillante et colorée, comme les yeux d’Amanda (Utoppia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 16h10, 18h, 20h - jeudi 6 13h50 - vendredi 7 18h15 - dimanche 9 13h45, 18h35, lundi 10 16h05, mardi 11 16h

Cotignac : vendredi 7 20h30

 

VOYAGE À YOSHINO

Écrit et réalisé par Naomi KAWASE - Japon 2018 1h49 VOSTF - avec Juliette Binoche, Masatochi Nagase, Takanori Iwata, Mari Natsuki...

VOYAGE À YOSHINOVoyage à Yoshino raconte l'histoire de Jeanne (Juliette Binoche), une écrivaine française qui se rend au Japon, dans les montagnes de Yoshino, pour chercher la plante une plante, une herbe médicinale unique qui pousse tous les 997 ans et à laquelle on attribue la vertu de pouvoir mettre fin à l'angoisse, la faiblesse et la souffrance existentielle qui est le propre de la condition humaine. Pour Jeanne, ce voyage est aussi l'occasion d'un retour troublant sur son passé : il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour, qui s'est terminé tragiquement et dont elle ne s'est jamais tout à fait remise…
Dans sa quête, Jeanne rencontre Tomo (Masatoshi Nagase, qui tourne pour la troisième fois avec Naomi Kawase), un garde forestier qui s'occupe d'Aki (Mari Natsuki), une sage locale qui semble communiquer directement avec les esprits des arbres. Le lien entre les personnages est, on le devine, profond et transcendental, bien que l'arrivée d'une étrangère en ces lieux causent des remous qui annoncent une grande transformation prochaine.

On ne peut pas ne pas se laisser transporter par le talent de Namo Kawase dès qu'il s'agit de dépeindre ce décor naturel luxuriant dans toute sa splendeur. La forêt devient un personnage à part entière, peut-être le plus important. C'est elle qui conditionne l'état mental et émotionnel des personnages et son esprit semble palpable à chaque instant…
Naomi Kawase a toujours été fascinée par la nature, par son Japon traditionnel et ses réminiscences, qu’elle explore en prenant tout son temps, envoûtée par une feuille, des racines, le vent dans les hautes branches, les plantes qui laissent s’échapper les gouttes de pluie… C’est dans cette nature qu’elle pousse ses personnages, à ne pas seulement la traverser mais à ne faire qu’un avec, dans un parachèvement philosophique empruntant au bouddhisme, où la mort est une nécessité incontournable pour la renaissance, sous une forme indéterminée. (merci à lebleudumiroir.fr)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 13h50, 20h45 - jeudi 6 16h10 - vendredi 7 et lundi 10 16h - dimanche 9 18h15, 20h45 - mardi 11 16h, 20h45

UN AMOUR IMPOSSIBLE

Catherine CORSINI - France 2018 2h15 - avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth, Coralie Russier... Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss, d'après le roman de Christine Angot.

 
 

C’est une chanson qui rôde dans les têtes… « Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour… ». Remontent à la surface les souvenirs : « … un amour éternel et banal, qui apporte chaque jour tout le bien tout le mal… Avec les soirées d’angoisse et les matins merveilleux »… Une ritournelle qui guide les pas de Rachel et Philippe sur le parquet de leur premier bal, enlacés et émus, oublieux de la foule, tourbillonnant au gré des caprices d’une « flamme qui enflamme sans brûler ». Comme dans le livre de Christine Angot, c’est la voix neutre de Chantal, l’enfant devenue adulte issue de cette union, qui met en scène leur rencontre « inévitable ». Tout ce qui semble alors simple et limpide ne va cesser de se brouiller et on va être projeté bien au-delà d’une amourette classique. Dans son sillage, c’est l’histoire de toute une époque, d’un climat, de la place des femmes, d’une lutte des classes sourde, peu avouable.


Quand Rachel croise Philippe pour la première fois, elle travaille déjà depuis des années à la sécurité sociale. Lui est fils de bourgeois. Il occupe un premier emploi de traducteur après des années d’études, mais avance déjà avec l’aisance de ceux qui surplombent le monde. Premiers baisers délicats, ébats passionnés. Très rapidement Philippe énonce les règles. Il n’a pas l’intention de se marier, pas plus que de rester à Châteauroux. Rachel, elle, se gorge de tout ce qu’il lui fait découvrir, curieuse d’une culture à laquelle elle n’avait jamais eu accès. Elle aime jusqu’à oublier de se protéger. « Il était rentré dans sa vie, elle ne le voyait pas en sortir » constate la voix off… On pressent le drame. Pourtant il n’aura pas lieu. Du moins, pas celui-là, pas celui que l’on croit. Il n’y aura ni pleurs, ni cris, ni guerre déclarée, quand Philippe partira. Il ne laissera à Rachel que de bons souvenirs et un ventre qui ne cesse de gonfler. Naîtra Chantal. Chaque jour Rachel cultivera pour elle l’image d’un père merveilleux, aimant. De loin en loin, elle insistera pour que Philippe vienne voir son enfant, pour qu’il en soit le père, même à distance. Et surtout pour qu’il lui donne son nom…

C’est le portrait avant tout d’une femme surprenante, faussement docile, non violente, aimante, forte sous son éternelle douceur. Un être digne qui avance la tête haute, assumant résolument son statut de fille-mère à une époque où cela était impensable, assumant le fruit d’un amour qu’elle ne reniera jamais. C’est aussi l’histoire d’un jardin d’Eden perdu à jamais, d’une violence faite à une petite fille qui deviendra une écrivaine et fera de ses mots une arme universelle. Il y en eut rarement de plus justes pour parler de la passion fusionnelle qui unit et sépare mères et filles. Car le véritable amour impossible, c’est aussi sans doute celui-là.
C’est fort, c’est beau, ça nous cueille-là où on ne l’attendait pas. C’est de l’Angot, c’est du Corsini ! C’est puissant comme l’était La Belle saison, le précédent film de la réalisatrice. C’est porté par des acteurs inspirés : Virginie Efira est une Rachel tout bonnement sublime, atemporelle. Les actrices qui donnent chair à Chantal à tous les âges de sa vie (elles sont quatre) sont justes et spécialement l'adolescente Estelle Lescure (une véritable révélation !). Quand à Niels Shneider, il porte dans son jeu la touche assassine, celle qui nous fait frémir et nous tient en haleine tout au long du récit. On a beau percevoir le revers cynique et pervers de son personnage, il n’en reste pas moins attirant, il incarne la séduction absolue, celle contre laquelle ni Rachel, ni Chantal ne sont armées pour lui résister. Le serions-nous nous-mêmes ?  (Utopia)

Vox Fréjus : dimanche 9 15h55

 

 

LES FILLES DU SOLEIL

Écrit et réalisé par Eva HUSSON - France 2018 1h55 - avec Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot, Zübeyde Bulut, Sinama Alievi...

On dira ce qu’on voudra des Filles du soleil, mais rares sont les films où l’on montre des combattantes, héroïnes admirables, loin de l’angélisme mièvre dont on affuble le plus souvent la gent féminine. Fuyant les clichés doucereux, voici l’épopée terrible et palpitante de femmes engagées dans un combat qu’elles auraient aimé n’être pas le leur, si seulement on les avait laissées vivre en sécurité, libres d’être ce qu’elles voulaient être. Si seulement une main internationale secourable était venue au secours d’une population civile démunie. Mais le constat est aigre sur le champ de bataille : « Si c’était du pétrole et non du lait qui coulait de nos seins, on nous aurait aidées depuis longtemps ». Dans un pays mutilé, mis à feu et à sang par des hordes d’hommes qui n’épargnent pas plus les faibles que les survivants, le choix entre attendre sans broncher et tromper sa peur en passant à l’action a vite été tranché par celles qui n’ont plus rien à perdre et tout à reconquérir. Et si leurs corps sont plus frêles que ceux des combattants de Daech, elles n’en sont pas moins des adversaires redoutables aux yeux de ces derniers, qui croient dur comme fer que périr par les mains d’une femme leur fermera à tout jamais les portes du paradis. 
 

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C’est parmi une unité de ces guerrières que Mathilde (Emmanuelle Bercot), reporter de guerre, vient enquêter, en plein cœur du conflit, alors que toutes espèrent un renfort qui n’arrive jamais. Nous sommes au Kurdistan, dans les montagnes du Sinjar. Ici la population Yezidie a été victime d’un véritable carnage : hommes massacrés, femmes et fillettes torturées, vendues comme esclaves, garçonnets enrôlés dans des écoles djihadistes où on leur apprend à tuer dès l’âge de trois ans. Celles qui ont réussi à en réchapper sont devenues de véritables compagnes d’armes dont le seul cri de ralliement est « La femme, la vie, la liberté ! ». Il faut entendre leurs chants qui montent par dessus les ruines, défiant la peur et la camarde, étrange mélange de tristesse profonde et de joie furtive, vite oubliée. Mathilde les photographie, belles sous leurs turbans malgré leurs tenues poussiéreuses, leurs cernes, leurs sourires brisés. Entre deux tirs, dans des zones de tranquillité mensongère, elle les interroge, écoute leurs parcours individuels, lesquels résonnent d’une vérité universelle, les rend proches d’elle-même, de nous toutes, de nous tous. À leurs côtés elle guette les tirs de l’ennemi, les silences suspects qui soudain recouvrent leur campement de fortune. C’est l’attaque. Une de celles dont elles sortiront indemnes, ou pas… Mathilde respire à leur rythme, règle son pas sur les pas des guerrières. Mais, entre toutes, celle qui fascine le plus la journaliste est sans doute Bahar (sublime Golshifteh Farahani), commandante de ce bataillon des Filles du Soleil. Avocate, polyglotte… progressivement les mots les rapproche tout autant qu’ils creusent un fossé entre celle qui cultive son individualité et la meneuse pour laquelle le seul héroïsme véritable ne peut-être que collectif. Ici il n’y a pas d’héroïne supérieure à une autre, de douleur supérieure à une autre, ici elles n’ont de choix que d’avancer ensemble ou disparaître. Ici toutes ont appris à relativiser, à ne plus ouvrir les plaies inutilement…

C’est un film à la fois très subjectif et très précis. La réalisatrice est allée puiser le matériau de son scénario sur le terrain. Chaque protagoniste s’inspire de personnes ayant réellement existé, enrichi d’un patchwork pioché dans les histoires de véritables combattantes et journalistes. On pourra reprocher à Eva Husson de mettre le paquet, mais cela est sans doute bien en deçà d’une réalité fidèlement reconstituée et le résultat est un film remarquablement efficace, qui laisse sa part au romanesque, si tant est que la guerre puisse l’être. (Utopia)

Vox Fréjus : lundi 10 18h20

 

La fête est finie

2017 Réalisé par Marie Garel-Weiss 1h30 avec Clémence BoisnardZita HanrotMarie Denarnaud
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Renvoyées d’un centre de désintox, deux amies affrontent l’addiction avec une belle rage de vivre. Un premier film fort et touchant.

C’est une histoire de fusion. Céleste et Sihem se rencontrent en centre de désintoxication. Immédiatement, pour sortir de la dope, ces deux sœurs de hasard s’unissent contre le reste du monde. Un monde qui ne peut les comprendre, où rôde la tentation de replonger. Pour les deux amies, renvoyées du centre et tenaillées par le manque, l’amitié fusionnelle sera-t-elle un danger ou une chance ?… Rechutes et fureur de (sur)vivre : pour son premier long métrage, la jeune réalisatrice filme l’addiction avec une franchise et une énergie étonnantes, dans une lumière crue et douce. Le suspense est constant : ses deux héroïnes sont à la fois à l’aube et au crépuscule de leur vie, c’est à elles, à chaque minute, qu’il appartient de choisir. Entre deux belles scènes de groupes de parole, Zita Hanrot et Clémence Boisnard rayonnent, que ce soit en boîte de nuit ou dans un studio miteux : la première, toujours aussi altière, mais emplie d’une rage magnifique qu’on ne soupçonnait pas dans Fatima ; la seconde, débutante, en fiévreuse finalement indestructible. Deux combattantes qui se débattent violemment, et rient aussi, dans une démarche de guérison à contretemps. Ce film où un simple sandwich grec peut rendre l’espoir est un éloge insolent de l’appétit de vie, coûte que coûte. (Utopia)

Lorgues : Ciné débats citoyens sur le thème de l'addiction, jeudi 6 à 20h, suivi d'un débat avec 2 professionnels du secteur.

 

 

UN HOMME PRESSÉ

Écrit et réalisé par Hervé MIMRAN - France 2018 1h40mn - avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder, Yves Jacques, Micha Lescot... Scénario d’Hervé Mimran et Hélène Fillière, d’après le livre de Christian Streiff.

UN HOMME PRESSÉQue l’on soit inconditionnel de Fabrice Luchini ou pas, qu’il vous agace, vous éblouisse ou vous laisse de marbre, nul ne peut contester son talent hors pair quand il s’agit de manier les mots, ceux des autres en particulier, ou les siens, qu’il sait si parfaitement agrémenter de citations distillées avec gourmandise. Il est sans doute l’un des seuls comédiens français à maîtriser aussi bien cet art oratoire, l’un des seul aussi à le mettre en avant dans chacun de ses films, quelle que soit la nature du récit ou le profil de son personnage.
« Ce serait un film où Fabrice Luchini serait incapable d’aligner deux mots » ! On se dit bien que c’est le genre d’idée un peu saugrenue qui a dû jaillir de l’esprit des scénaristes d’Un homme pressé, flairant là, et à raison, la matière première d’un numéro d’équilibriste dont l’acteur a le secret. Luchini qui a perdu de sa superbe ? Pas tout à fait, car même quand il s’emmêle les pinceaux, même quand il perd ses mots, le maître le fait avec panache et virtuosité, avec ce timbre de voix reconnaissable entre tous. Impossible donc de séparer cette comédie de son interprète principal, il est la colonne vertébrale du film, sur qui tout repose, vous voilà prévenus.

Ce n’est donc pas un mystère, Alain est un homme pressé. Ce n’est pas qu’il subisse le rythme de sa vie sans pouvoir rien faire pour le ralentir, non, il est pressé et il aime ça. Il ne vit d’ailleurs que pour ça : courir, du matin jusqu’au soir, et remettre ça le jour suivant, et puis celui d’après et cela depuis des années. Alain n’est pas marathonien mais homme d’affaires, secteur industriel, le genre à se déplacer avec chauffeur, le genre à avoir des costards taillés sur mesure et un bureau avec vue sur le monde qu’il domine, forcément, du haut de son arrogance. Enfin, ça, c’est la version « Valeurs Actuelles » du type. Car côté pile, c’est un autre visage. Il vit seul, forcément, avec sa fille qu’il a négligé toute son enfance, forcément, et qui lui en veut à mort, bien évidemment. 
Mais les bonnes choses ont toujours une fin et il en est des hommes d’affaires comme des entreprises cotées au Cac 40 : parfois, le système défaille, le train de la belle réussite capitaliste déraille et se mange le décor, emportant la belle moquette du bureau, les couvertures de magazines et les pompes italiennes à deux smics. Dans le monde merveilleux du business, ça s’appelle une crise financière ou un krach boursier, dans le monde merveilleux du cerveau survolté d’Alain, ça s’appelle un AVC.
Voilà donc notre homme passablement dans les choux, ne pouvant plus prononcer deux mots sans se prendre les pieds dedans, cafouillant, hésitant, buttant et trébuchant sur le vocabulaire le plus basique qu’il va joyeusement se réapproprier en mode almanach vermot. Heureusement, il croise la route d’une orthophoniste dévouée qui va tenter de l’aider à remettre consonnes et voyelles en place.

L’histoire est bien entendu écrite d’avance : sans son arrogance, sans sa superbe, sans ses qualités oratoires, le bonhomme va tomber de son piédestal, se retrouver à poil, pile sur la face qu’il avait jusqu’alors négligée, celle de sa vraie nature. Luchini est à la hauteur de l’exercice qui lui est demandé : être drôle avec les mots, en faire beaucoup, mais point trop quand même. Il excelle dans ce numéro de clown brillant qui tombe le masque et aligne son texte, même quand il n’a pas de sens, avec une facilité déconcertante qui fait mouche à tous les coups. C’est sûr, ce type est capable de vous réciter l’annuaire comme s’il s’agissait d’À la recherche du temps perdu ! (Utopia)

Lorgues : mercredi 5 18h, samedi 8 21h, lundi 10 17h

 

HEUREUX COMME LAZZARO

Écrit et réalisé par Alice ROHRWACHER - Italie 2018 2h07 VOSTF - avec Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher, Nicoletta Braschi, Sergi Lopez... Festival de Cannes 2018 : Prix du Scénario.

HEUREUX COMME LAZZAROC’est un film hors du temps, lumineux, qui démarre pourtant dans la nuit sombre. Une curieuse clique de musiciens vient chanter une aubade devant une modeste masure. La maisonnée grouillante s’agite. La belle désirée écoute cette déclaration d’amour intime qui se brouille dans la promiscuité incontournable du logis surpeuplé. Ça chahute, ça rigole, ça braille, ça prend des airs goguenards. Tendrement on observe cette engeance misérable et joviale, hommes, femmes, enfants, vieux, un brin affreux, sales et parfois méchants quand ils se moquent. Et ils se moquent souvent et principalement de Lazzaro, de ses airs d’éternel ravi de la crèche. Lui semble observer le monde dans un perpétuel état d’émerveillement. Hermétiques à la noirceur environnante, ses grands yeux écarquillés gobent la beauté qui l’entoure, accueillant toute chose au premier degré. Presque mutique, on pourrait le croire benêt. Puis s’impose à nous une forme d’évidence : cette naïveté presque risible, immaculée, peut-être est-ce cela qu’on appelle la bonté. Une bonté à l’état pur qui jamais ne se parjure. Jamais Lazzaro ne se défile pour rendre un service. Jamais il ne se rebelle, encaissant humblement quolibets et injustices. Dans son cœur aucune aigreur. Toujours prêt à aider même les plus mauvais payeurs, sans rancune. Et on se prend à l’aimer, comme tous ceux qui pourtant se moquent. Étrange dualité qui nous oblige à envisager de nouveaux niveaux de lecture et à nous extraire des simples apparences. Dès lors, tout prend une autre saveur. 
Ici, les champs sont beaux, les potagers bien entretenus, malgré la nature parfois rude qui refuse de se laisser complètement domestiquer. Nous sommes à Inviolata, littéralement « inviolée », pure, vierge… Une terre préservée… mais de quoi au juste ? Cette métairie perdue quelque part au fond de l’Italie profonde semble figée sous le joug d’une féodalité rétrograde. Pourtant… progressivement on se questionne. Quelques détails ne collent pas. Si les moyens et la manière de vivre restent moyenâgeux, les tissus des vêtements semblent bien contemporains. Et l’arrivée de la marquise Alfonsina de Luna, terrible maîtresse des lieux, de ses sbires sur leurs vélos solex, avec leurs téléphones portables antiques (les tout premiers, avec des antennes), va renforcer cette sensation de perte de repères spatio-temporels. Le scénario dès lors dévide magistralement son écriture en forme de boustrophédon, folâtre dans le labyrinthe d’une parabole qui oscille entre conte de fées contemporain et réalisme lyrique. Le prénom de Lazzaro semble tout droit sorti de la bible, celui du fils de la marquise, Tancrède, évoque inévitablement Le Guépard, tant et si bien qu’on serait à peine étonné d’entendre l’un déclarer : « Il faut que tout change pour que rien ne change » et de voir l’autre ressusciter. Entre ces deux personnages se tisse une amitié contre nature, entre l’arroseur et l’arrosé, l’exploiteur et l’exploité, tous deux victimes de leurs castes respectives, incapables de s’en émanciper. De la même façon qu’il est dans la nature de Lazzaro d’être un agneau, Tancredi est prédateur de naissance, prisonnier d’une mère dominatrice qui n’hésite pas à maintenir ses employés dans un servage décadent et illicite. Et aussi surréaliste que nous paraitra la situation, elle est issue d’un fait divers bien réel de l’an 1982, point de départ de cette parabole païenne pragmatique, qui regarde notre époque concupiscente sans ciller, tout comme le fait son héros ordinaire Lazzaro. 
On ne peut dévoiler ici toutes les trouvailles, gags, percées poétiques de ce troisième film d’Alice Rohrwacher… Il faudra vous laisser porter par la verve généreuse de la réalisatrice qui, à travers cette fable aussi ludique que profonde, nous questionne sur nos Eden perdus mais dont nous portons les germes, nous qui méprisons les plantes comestibles qui poussent sous nos pas au profit de nourritures illusoires. (Utopia)

Lorgues : vendredi 7 17h, samedi 8 16h, lundi 10 21h

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 
5 € pour l'adhésion ordinaire valable jusqu'au 31/12/2018 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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