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Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 février 2020

Bonjour à tous !
 
Ce dimanche 9 février, nous vous attendons nombreux à notre  soirée Entretoiles où nous vous proposons de venir découvrir avec nous  2 films, sur le thème "Fables..." avec: Le miracle du Saint inconnu film marocain de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde   et Talking about trees film soudanais de Suhaib Gasmelbari, l'épopée rocambolesque (et vraie !) de 4 octogénaires, mousquetaires du cinéma., une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !! Bien sûr, comme d'habitude vous êtes invités à l'(apéritif Entretoiles entre les deux films ! Ceux d'entre vous qui veulent et peuvent contribuer en apportant quelque chose à partager sont vivement encouragés à la faire !
Dans la programmation ciné club de CGR, vous pouvez voir Les filles du docteur March de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages (aussi à Salernes et au Vox).
Dans la programmation ordinaire au CGR : Scandale (aussi au Luc) de Jay Roach, une dénonciation choc du harcèlement subi par les présentatrices de Fox News, Une belle équipe, où Mohamed Hamidi, (après le délicieux La vache), nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués, 1917 de Sam Mendes, qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale et Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part de Arnaud Viard, un film sincère et terriblement touchant.
 
A Lorgues,ne manquez pas Le festival Cin'Edison à partir du 7 février avec un apéritif d'honneur offert par la mairie de Lorgues pour l'avant première de  La dernière vie de Simon, en présence de l'équipe du film. Regardez tout le programme de la semaine de ce festival des avant premières sur cinedisonlorgues.fr, avec 12 films.
 
A Salernes, allez voir Le lac aux oies sauvages de Yinan Diao, polar décoiffant et formellement magnifique.
Au Vox à Fréjus, le film chinois : Séjour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine, Revenir de Jessica Palud, un premier film et une très jolie découverte, Notre Dame du Nil un film rwandais de Atiq Rahimi qui nous immerge dans le camp des laissés pour compte, Cuban Network de Olivier Assayas, un thriller qui nous rappelle que la politique peut broyer des vies et Jojo rabit de Taika Waïtiti, une comédie iconoclaste sur le totalitarisme (ausi à Lorgues).
 
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition le 9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons donc dans le hall  le 9 février à 17h30.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU

Alaa Eddine Aljem - Maroc 2019 1h40mn VOSTF - avec Younes Bouab, Salah Bensalah, Bouchaib Essamak... Ouverture de la Semaine de la Critique, Cannes 2019.

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU

Le bled de ce premier long métrage marocain semble sorti de terre par miracle, construit et peuplé à toute vitesse dans l’intervalle entre le prologue du film et le début de son intrigue chorale. Avant : un voyou fuit la police au milieu d’un nulle part de sable, trouvant le temps d’enterrer son magot au sommet d’une colline avant d’être jeté en prison. Après : cherchant l’emplacement du butin après sa sortie, notre homme y découvre un mausolée en hommage « au saint inconnu » du titre, entretenu et chéri par les habitants du hameau construit entre-temps au bas de la dune.
La tombe qu’ils vénèrent recèle le trésor que le malfrat va avoir du mal à exhumer, l’endroit étant sous la surveillance constante d’une galerie de personnages loufoques, qui s’avéreront tous tiraillés entre la foi, l’ennui et l’appât du gain : on rencontre le gardien du temple et son chien bien-aimé, le nouveau médecin du village, son infirmier placide et ses patientes désœuvrées, un jeune paysan au père dépressif, contemplant les champs délaissés par la récente urbanisation des lieux, entre autres figures locales en recherche de sens sur fond de miracles répétés (car le saint, bien qu’inconnu et inexistant, est prodigue en prodiges). (Libération)

« Ce qui définit mieux ce film, c’est son ton, un mélange de situations, certaines comiques, d’autres plus dramatiques. C’est une fable moderne teintée d’absurde, qui emprunte au conte. C’est un film choral, bâti autour de plusieurs personnages, une histoire burlesque sur le rapport à la foi et l’observation de la transformation d’une microsociété. » (Alaa Eddine Aljem)

CGR Soirée Entretoiles dimanche 9 février à 18h

 

TALKING ABOUT TREES

Suhaib GASMELBARI - documentaire Soudan 2019 1h34mn VOSTF - avec les quatre mousquetaires soudanais défenseurs du cinéma : Ibrahim Shaddad, Suliman Ibrahim, Eltayeb Mahdi et Manar Al-Hilo... Récompensé par le Prix du jury ou le Prix du public dans sept festivals internationaux !.

TALKING ABOUT TREESCe pourrait être le croisement improbable entre Cinéma Paradiso et Buena Vista Social Club… D'un côté un cinéma à l'abandon, de l'autre une bande de joyeux octogénaires que le temps et les vicissitudes de la vie semblent à peine avoir affectés. Sachant que cette histoire aussi incroyable que réjouissante ne se passe ni dans le sud pittoresque de la Sicile, ni dans le royaume cubain de la salsa, mais dans un de ces états répertoriés sur la liste noire de notre Ministère des affaires étrangères, qui déconseille vivement de s'y rendre : en l'occurrence le Soudan, cet immense pays aux sources du Nil qui, depuis 1989, a vécu 30 longues années sous la dictature islamiste de Omar El Béchir. Une terrible période, marquée par une guerre civile avec le Sud du pays non musulman, des famines sans précédent… et une répression féroce de toute opposition, dans un contexte où on a soupçonné le président de financer le terrorisme international.

Mais étonnamment, dans ce film doux et drôle, il n'est pas question des terribles malheurs du pays, il est question d'un vieux cinéma et de quatre vieux bonshommes encore vaillants et bien décidés à lui redonner vie. Il faut dire que Ibrahim Shaddad, Suliman Ibrahim, Eltayeb Mahdi et Manar Al-Hilo, bien que largement oubliés jusque dans leur pays, ont connu leur heure de gloire cinématographique. Dans les années 1960-70, ils furent des cinéastes talentueux dans un pays sous obédience marxiste, après avoir fait leurs études de cinéma dans les universités de Moscou, de Berlin-Est ou du Caire. Ils ont même créé un groupe, une revue et réalisé quelques films primés dans des festivals internationaux. Mais avec l'arrivée au pouvoir de El Béchir, le cinéma a totalement disparu du Soudan, et pas mal de réalisateurs ont pris le chemin de l'exil. 40 ans plus tard, nos quatre mousquetaires ont plein de souvenirs en tête mais aussi l'envie, malgré le poids des années et les tracasseries du régime, de ne pas laisser le cinéma mourir. Et les voilà bien décidés à relancer une grande salle, un immense paquebot qui semble échoué sur le sable, avec comme souvent dans la région un cinéma en extérieur, son immense mur d'écran et son amphithéâtre gigantesque où divaguent occasionnellement les dromadaires. Les indomptables vétérans ont bien l'intention de redonner le goût du cinéma à un public jeune, choisissant dans ce but comme premier film à projeter le Django unchained de Tarantino.
Évidemment le chemin sera semé d'embûches autant techniques qu'administratives, la censure ne s'en laissant pas compter. L'énergie de ces quatre grands-pères, prêts à tout pour partager leur passion avec leurs compatriotes (il y a notamment une scène rocambolesque de projection de films de Chaplin en pleine tempête qui rappelle le bon temps du cinéma forain), est largement communicative, tout comme leur humour corrosif : il faut les voir ironiser sur l'absurdité du pouvoir en place ! Autant dire qu'on ne s'ennuie jamais à suivre leurs péripéties, et on se dit dit au passage que nos petits soucis de montreurs d'images sont bien anecdotiques en comparaison !

Depuis la fin du tournage de Talking about trees (le titre est une référence à un poème de Brecht), le président dictateur a été déchu par un coup d'état de l'armée suite à des mois de manifestations populaires, et emprisonné, sous le coup de poursuites pour génocide du Tribunal Pénal International. La situation au Soudan est loin d'être devenue mirobolante, mais on souhaite quand même un joyeux épilogue aux projets de nos quatre papys amoureux fous du cinéma et des films, que ce soit pour les tourner ou pour les montrer. (Utopia)

CGR soirée Entretoiles dimanche 9 février à 20h30

 

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH

(LITTLE WOMEN) Écrit et réalisé par Greta GERWIG - USA 2019 2h15mn VOSTF - avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scanlen, Meryl Streep, Laura Dern, Timothée Chalamet... D'après le roman de Louisa May Alcott.

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH

Pour son deuxième long-métrage en tant que réalisatrice, Greta Gerwig n'a pas eu froid aux yeux et réalise un grand écart aussi ambitieux qu'intrigant : attendue au tournant après le très beau Lady Bird, film indépendant intimiste et résolument contemporain, sur un scénario original qu'elle a écrit elle-même, elle s'attaque ici à un monument de la littérature américaine, le roman ultra populaire de Louisa May Alcott, déjà adapté huit fois pour le grand écran ! Fresque romanesque, production et budget beaucoup plus importants, casting haut de gamme réunissant la jeune et talentueuse nouvelle garde hollywoodienne (cela dit, Ronan et Chalumeau étaient déjà présents dans Lady Bird) encadrée par les deux prestigieuses aînées Meryl Streep et Laura Dern : allait-elle réussir le pari d'apporter sa touche alliant vivacité et fraîcheur, de s'approprier ce classique pour en faire une œuvre personnelle ? Certains regretteront sans doute de voir rentrer un peu dans le rang, de voir s'assagir un des feux follets du cinéma indépendant américain mais nous avons pour notre part trouvé le film très réussi, assumant pleinement ses grands et nobles sentiments, menant avec une énergie communicative un récit impeccablement agencé, et tirant le meilleur parti de sa kyrielle de comédiennes qui dessinent, toutes générations, tous parcours confondus, un formidable portrait de groupe d'une féminité aux multiples facettes. Aucune raison de bouder son plaisir !

Pendant que la guerre de Sécession fait rage, qui mobilise leur père engagé comme médecin, les quatre filles du Docteur March vivent aux côtés de leur mère, aimante et complice, les derniers éclats de leur enfance et de leur insouciance. Si elles prennent encore un malicieux plaisir à interpréter dans le grenier de la demeure familiale les pièces de théâtre écrites par la flamboyante Jo, la naissance de leurs premiers sentiments – amoureux tout particulièrement – et les doutes qui les accompagnent vont peu à peu faire entrer les sœurs dans le monde des adultes. Le film va suivre le parcours de chacune, leur cheminement intime. Jœ la passionnée, qui veut être écrivaine et demeure farouchement opposée au mariage. Meg la discrète, qui ne rêve que de construire un foyer. Amy l'excentrique, qui se voit créatrice libre mais aussi et épouse amoureuse. Enfin la fragile et effacée Beth, artiste lunaire qui est aussi la plus sage de toutes…

Moderne ? Sans aucun doute. Non pas dans la mise en scène, la manière dont Greta Gerwig filme les paysages (sublimes), les robes qui tournent (virevoltantes), les intérieurs (chatoyants) ou les visages (frémissants) qui reste très classique, mais bien dans la construction du récit et dans la profondeur psychologique qu'elle offre à chaque personnage. C'est en cela sans doute que l'on reconnaîtra la brillante réussite de cette nouvelle adaptation : Greta Gerwig aurait pu choisir le confort intellectuel de se concentrer sur la seule figure de Jo March, la rebelle de la fratrie, et faire des trois autres les pâles figurantes d'un vieux monde patriarcal. Elle fait au contraire le choix de filmer toute la richesses des sentiments et des situations pour montrer qu'il n'y a pas qu'une seule e unique voix / voie possible et que l'exercice au féminin de son propre libre arbitre est le plus beau des combats.(Utopia)

CGR : mercredi 5 VO 10h45, jeudi 6 VO 13h45, vendredi 7 16h30 
Vox Fréjus : en VF jeudi 6 15h35, vendredi 7 13h45, lundi 10 15h50, mardi 11 18h
Salernes : mercredi 5 et samedi 8 18h, vendredi 7 20h30
 

 

SCANDALE

Réalisé par Jay Roach - USA 2019 1h49mn VF - Avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, John Lithgow... Scénario de Charles Randolph.

SCANDALEEn France, l’affaire n’a pas tellement marqué les consciences. Pourtant la chute pour harcèlement sexuel, à l’été 2016, de Roger Ailes, l’emblématique fondateur de la chaîne d’informations conservatrice Fox News, constitue un préambule à l’affaire Weinstein et annonce l’émergence du mouvement #MeToo. Scandale retrace le combat des journalistes et des animatrices stars de la chaîne pour dénoncer les agissements du bras droit de Rupert Murdoch… Nicole Kidman et Charlize Theron incarnent deux présentatrices vedettes de Fox News, respectivement Gretchen Carlson et Megyn Kelly. Placardisée, puis licenciée sans justification, Carlson qui a dû résister aux pressions et aux avances de Roger Ailes (John Lithgow) décide de l’attaquer pour harcèlement et cherche d’autres compagnes d’infortune au sein du groupe…

Bien que concernée, Kelly, prise dans la tourmente de la présidentielle de 2016 et sous le feu de tweets rageurs de Donald Trump (la journaliste avait notamment rappelé au milliardaire ses commentaires désobligeants envers les femmes lors du fameux débat tenu en 2015 entre les candidats républicains aspirant à la présidence des États-Unis), est réticente à témoigner. Le troisième personnage féminin incarné par Margot Robbie est un personnage fictionnel, composite, inspiré par différentes reporters et productrices de programmes. Sa Kayla Pospisil est naïve, complètement fan de la ligne éditoriale de Fox News et espère gravir les échelons au plus vite, mais les coulisses de son organisation où règne une masculinité toxique élevée au rang de culture d’entreprise ne vont pas tarder à nourrir son désenchantement…
La télévision étant essentiellement un « médium visuel », comme se plaisait à le dire le patron, qui n’hésitait pas à faire défiler devant lui celles qui rêvaient d’y faire carrière, dans une espèce de rituel où, avec la complicité d’une assistante, il se retrouvait seul avec elles derrière sa porte close. À ce chapitre, le malaise atteint son paroxysme quand la jeune Pospisil , par ailleurs chrétienne évangélique ambitieuse, doit mettre de côté toutes ses valeurs pour combler le regard malsain de celui qu’on surnommait aussi « Jabba the Hutt ». Quand, lors de la scène la plus malaisante du film, ce dernier demande à la nouvelle recrue de relever un peu sa jupe, encore un peu et encore un peu plus, la nature du sentiment horrible qui peut alors envahir une personne harcelée est illustrée de façon éloquente.

Jay Roach s’emploie aussi à décrire comment le réseau s’y est pris pour « vendre » son idéologie en poussant la notion d’information spectacle – et le sexisme – encore plus loin. Roger Ailes exigeait d’ailleurs que les animatrices soient assises derrière des bureaux en plexiglas. Dans une émission de débat, on s’assure qu’une participante soit assise de côté au bout de la table, de sorte que les jambes soient bien mises en valeur…
Ceux qui ont suivi l’affaire il y a trois ans, ou qui connaissent déjà un peu l’univers de Fox News Channel, n’apprendront rien de vraiment neuf, mais apprécieront la qualité de la reconstitution. Porté par ses trois excellentes actrices, Scandale a aussi le mérite de montrer comment faire changer la honte de camp.

(d'après lefigaro.fr et lapresse.ca)

CGR : jeudi 6, lundi 10, mardi 11 11h, 17h40, vendredi 7 11h, 18h,

Le Luc : mercredi 5 VO 21h, vendredi 7 VF 18h, dimanche 9 VF 16h

 
UNE BELLE ÉQUIPE      Réalisé par Mohamed Hamidi (avec  Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette, Sabrina Ouazani et encore bien d’autres acteurs interprétant les footballeuses et les maris de ces grandes sportives),
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Une Belle Equipe" est un film qui dépasse le simple football.Il évoque avant toute chose les rapports entre hommes et femmes. Confronté(e)s à une situation inhabituelle, chacun et chacune vont apprendre les uns des autres. Apprendre la difficulté de mener de front une vie de mère avec une carrière : les repas à préparer, le petit qu'il faut soigner quand il est fiévreux, la corvée des courses, les crises des tout-petits quand on passe au rayon céréales, se coucher la dernière après que tout soit rangé Pour l’autre, c’est d’enfin goûter au loisir, au plaisir, à la détente, à l’adrénaline du sport qu’elles ont toujours pu regarder à la télévision mais jamais vraiment toucher du bout du pied. Ce sport trop souvent pratiqué uniquement par les hommes. Certes, leurs maris perdent, mais dans leur esprit ils sont toujours à se battre pour gagner leur place de footballeur. Jusqu’au jour où les footballeurs en question, membres du SPAC (association de football), se voient interdits de terrain suite à une bagarre après un match. Une solution ? Intégrer des femmes dans l’équipe pour finir le reste de la saison.
Quand ni les jeunes, ni les retraités veulent ou ne peuvent venir intégrer la dite équipe, ce sont les femmes qui manifestent leur volonté de jouer au football. Une candidature qui pourrait sauver le club. Malgré l’opposition des hommes, qui trouvent ridicule de voir leurs femmes en shorts et maillots sur le terrain, les épouses vont enfin pouvoir jouer, non pas en dilettantes, mais en vraies professionnelles : leur heure de gloire a enfin sonné. Cette victoire, elles la veulent et elles n’en démordront pas.

Oui, le football est majeur dans le film, mais ce n’est pas pour autant qu’il soit la place centrale du scénario. Le réalisateur Mohamed Hamidi n’a pas voulu que les cinéphiles soient réticents à l’idée d’entrer dans les salles obscures pour visionner "Une Belle Equipe". Pour certains, rien que d’entendre le mot « football » cela leur procure des frissons dans le dos… Rassurez-vous, "Une Belle Equipe" ne se nomme pas "Un beau match" !
 
Il n’est donc pas totalement question du football. Disons que ce dernier est un sport qui réunit beaucoup de monde jusqu’à présent. Il y a toujours une équipe de football, un terrain pour y jouer, même dans les plus lointains villages de France. Mohamed Hamidi a donc voulu rassembler le plus de monde possible autour d’un thème, d’un sport éminemment populaire. Pourtant, dans le cas présent, le football n’est là que pour « accompagner » l’histoire, tant et si bien que nous pourrions, à partir des vies des personnages, créer une série à la suite du film.
 
"Une Belle Equipe" n’est pas à 100% dans le football, car le film n’exploite pas tant que ça la place des femmes dans ce sport, leur combat pour entrer dans l’équipe.  C’est en cela qu’il se différencie d’un film plus récent : Comme des garçons réalisé par Julien Hallard en 2018 avec Vanessa Guide, Max Boublil et Sarah Suco. Comme des garçons est un film qui s’est inspiré d’un fait historique : la création de la première équipe féminine de football en France à Reims. Il se déroule dans les années 1968 alors qu’Une belle équipe est une histoire actuelle.
Mohamed HAMIDI est d'ailleurs revenu sur les origines de son film :  « C’était plus que compliqué de faire un film sur le football féminin alors que Comme des garçons allait se faire. J’ai donc commencé à écrire et j’ai arrêté d’écrire pour écrire un autre film qui est "Jusqu’ici tout va bien" avec Gilles Lellouche et Malik Bentalha. Quand le film était en tournage, j’avais parlé à Kad Merad qu’il y avait un tournage sur le football féminin et effectivement mon film est contemporain et mon sujet c’est des filles qui jouent contre des garçons, mais Kad Merad m’a rappelé en me disant qu’il avait appelé les gens de la compagnie Mars Distribution et ils ont dit que "Comme des garçons" est un film historique.  Ce n’est pas du tout la même histoire, c’est sur la première équipe féminine, ce n’est pas la même époque. Je me suis donc remis à écrire après et j’ai donc eu beaucoup de réticence au début à faire ce film, mais quand j’ai vu "Comme des garçons", j’étais plutôt rassuré, car effectivement même si ce sont deux films qui tournent autour du football, ce n’est vraiment pas du tout la même époque, la même problématique. On est plus chez moi dans des problématiques contemporaines que des problématiques des années 1960. »Les films ne sont donc pas comparables. Effectivement, ils reprennent la même thématique : le football. Tous les deux ont des femmes qui veulent défendre leur place dans le football, mais Une belle équipe nous expose bien plus qu’une histoire de match. Mohamed Hamidi nous parle des relations familiales, de couples, de l’opposition des hommes face à leurs femmes qui veulent prendre leur place. Mais ce n’est pas pour les remplacer, qu’elles font cela. Elles aiment simplement le football et elles veulent sauver l’équipe fondée par leurs maris et à laquelle tous tiennent tant.
 
Le film nous montre ce que les hommes ne voient pas dans les actes de leurs femmes, s’engageant dans ce sport pour des raisons qui vont bien au-delà de l’amour pour le football qui est presque une excuse finalement. Nous sommes davantage dans une découverte entre hommes et femmes qui, jusque-là, vivaient dans l’incompréhension. Aussi, la ultime est-elle la suivante : dans ce village, où tout le monde a une place attribuée, où rien n’a jamais changé véritablement jusqu’à ce match de football féminin, le désaccord et la colère qui confrontent les hommes et les femmes, seront-ils enfin apaisés ?
Elisa Drieux-Vadunthun
CGR : jeudi 6 et lundi 10 15h50

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn VOSTF - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

1917Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Première Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée. (Utopia)

CGR : mercredi 5, vendredi 7, dimanche 9, mardi 11 10h45, 16h30, 19h30, 22h15, jeudi 6, samedi 8 et lundi 10 13h20, 22h30

JE VOUDRAIS QUE QUELQU'UN M'ATTENDE QUELQUE PART

Écrit et réalisé par Arnaud VIARD - France 2019 1h29mn - avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe, Camille Rowe, Elsa Zylberstein, Aurore Clément... Scénario d’Arnaud Viard, Thomas Lilti, Emmanuel Courcol et Vincent Dietschy d’après le livre d’Anna Gavalda.

« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », elle est belle et mélancolique, cette phrase, comme une pensée secrète, un vœu glissé au creux d’une oreille bienveillante, une prière. C’est le titre du recueil de douze nouvelles de la romancière Anna Gavalda, gros succès en librairie comme bien d’autres de ses livres, et c’est aujourd’hui celui de ce film qui s’en inspire librement. L’exercice de l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire est toujours périlleux, à plus forte raison quand il s’agit d’histoires courtes, quelques pages parfois comme c’est ici le cas. Au lieu de faire un film à sketchs, l’option la plus plus naturelle a priori, Arnaud Viard (et sa bande de scénaristes) a pris un tout autre chemin, plus malin, plus inattendu. Il a construit son film comme un patchwork : dans chacune des douze histoires il a pioché sa matière, là un personnage, ici la description minutieuse d’une attente, les espoirs qui s’effritent, la fulgurance d’un amour. Il a cherché et mis en avant aussi le ton du recueil, mélange de gravité et de drôlerie, insufflant un soupçon dramatique qui ne sera pourtant jamais encombrant, quelques rires aux éclats, des larmes de joie ou de tristesse, et l’empreinte un peu amère des choses passées à tout jamais perdues. Une fois tous ces éléments rassemblés sur l’ouvrage, il les a ensuite accordés avec beaucoup de délicatesse, les liant par le fil invisible d’une tendresse complice, fabriquant ainsi de toutes pièces une famille, et une nouvelle histoire de cinéma. Cette famille sera le cœur battant de son film, soleil irradiant et brûlant un peu trop fort les satellites qui gravitent autour d’elle. Tout commence par un anniversaire, celui d’Aurore, la mère, qui fête ses soixante dix bougies avec ses quatre enfants.
Jean-Pierre le fils aîné, qui tient le rôle d’un père trop tôt disparu et porte si (trop ?) bien le costume cravate du quinquagénaire qui a réussi dans la vie : sa famille, sa carrière, son rang social ; Juliette, professeure de français qui écrit en secret et rêve de manuscrits et d’éditeurs mais qui est encombrée par la peur de mal faire et attend, peut-être, enfin, son premier enfant ; Mathieu qui, timide et angoissé, se noie dans les détails d’une vie millimétrée en espérant la tornade d’un premier grand amour qui arrivera peut-être, mais peut-être jamais ; enfin Margaux, la petite dernière, qui ne veut rien céder de ses idéaux et vivra coûte que coûte de sa passion, la photo, quitte à avaler quelques couleuvres. On va suivre ces 5 personnages, et quelques autres, dans la tourmente de leur vie, avec des hauts et des joies, avec des bas et un drame. Astres lumineux détenant chacun leur part d’ombre, étoiles filantes ou revenantes, les personnages de ce film sont les belles incarnations des fragilités et des ressources humaines. Ils racontent l’incandescence de la vie, le temps qui file, les rêves que l’on a oublié d’entendre et ceux qu’il est encore temps de rattraper avant qu’ils ne s’évadent. Sincère et terriblement touchant.(Utopia)
CGR : mercredi 5 17h50, jeudi 6 11h, 20h, samedi 8 16h, dimanche 9 14h, lundi 10 11h, 20h15, mardi 11 13h40, 17h50
 

LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...

Comme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager. À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)  
 
Salernes : vendredi 7 18h, lundi 10 20h30
 

 

REVENIR

Jessica PALUD - France 2019 1h17 - avec Niels Schneider, Adèle Exarchopoulos, Patrick d’Assumçao, Hélène Vincent... Scénario de Jessica Palud, Philippe Lioret et Diastème, librement inspiré du roman de Serge Joncour L’Amour sans le faire.

Douze ans… Douze si longues, si courtes années se sont écoulées quand enfin Thomas revient dans la grande ferme familiale où sans doute nul ne l’attendait plus…La bâtisse est bien là, ancrée dans la terre, comme si rien n'avait changé. Étrange sentiment paradoxal, aussi vivifiant qu'étouffant. Cette bouffée d’enfance retrouvée prend immédiatement à la gorge. Le temps a filé trop vite. Le temps de l’innocence puis celui des secrets. Le temps de la révolte puis celui de la fuite. Le temps qui engouffre les secondes et les êtres. La présence des absents est soudain palpable. L’exploitation agricole semble attendre en silence leur retour, comme une belle endormie, à l’orée du bois des souvenirs. La vie grouille alentour, la luminosité de l’air envahit tout, le soleil brille. La joie n’est pas loin qui rôde et ne demande qu’à siffloter par-dessus des rengaines nostalgiques, comme celles que Thomas rumine (interprété par un Niels Schneider impeccable). Taiseux, il n’en dira rien, pudiquement. On devine aussi que le vide pourrait grignoter ce qui reste de ce microcosme qui peine à survivre dans l’ombre de l’agro-business.
Puis débarque Alex, qui nous arrache à ces pensées… C'est un petit bonhomme de six ans, intense et touchant, que Thomas ne connaît pas encore et auquel il est difficile de résister. « Tu sors d’où toi ? » La question est valable dans les deux sens. Alex va apprendre à connaître cet oncle qu’il n’a jamais vu, Thomas va découvrir ce neveu craquant jusque-là méconnu, le fils de son frère qui n’est plus, dont il a raté tout un pan de vie, puis la sortie. D’emblée une connivence se tisse entre les deux puis avec l'incroyable maman du gamin, Mona, mélange de douceur et d’incandescence, de juvénilité et de maturité (Angèle Exarchopoulos, divine). Voilà Thomas bouleversé sans s’y être préparé. Lui qui n’était venu faire qu’un passage éclair, embrasser sa mère, la dorloter, va être rattrapé par un passé qu’il n’a pas vécu, auquel il a refusé de prendre part. Il va même finir par en percer les secrets… Tout cela n’ira pas sans encombres. Si Mona, fatiguée par ses nuits de serveuse dans une boîte de nuit, l’intègre spontanément comme baby-sitter de fortune, lui flanquant Alex entre les pattes, il n’en sera pas de même pour le père de Thomas qui devra se faire violence : Michel aura autant de mal à digérer le retour de son fils prodigue qu’il en a eu pour digérer sa disparition. Son amertume, sa colère, seront proportionnelles à sa déception. Dur et cassant, il ne laissera nulle place au pardon, malgré les circonstances…
Ce premier film, librement inspiré du roman de Serge Joncour L’Amour sans le faire, fait la part belle à la pudeur. Il nous parle de la vie, animale (comme Mona), qui reprend le dessus. Sans lourdeur, ni redondance, il rend léger ce qui aurait pu être plombant, le restitue avec beaucoup de fraîcheur. C’est une très jolie découverte !
Vox Fréjus : mercredi 5 16h, jeudi 6 13h50, vendredi 7 18h20, samedi 8, dimanche 9, lundi 10 et mardi 11 16h20
 

NOTRE-DAME DU NIL

Atiq RAHIMI - France / Rwanda 2019 1h34mn - avec Amanda Mugabekazi, Albina Kirenga, Malaika Uwamahoro, Pascal Greggory... Scénario de Ramata Sy et Atiq Rahimi, d’après le roman de Scholastique Mukasonga, Prix Renaudot 2012.

NOTRE-DAME DU NILRarement l’histoire est écrite du point de vue des minorités. C’est en partie le propos de l’œuvre autant écrite que filmée d’Atiq Rahimi. Par ses livres, ses documentaires, ses longs métrages (Terre et cendres et Syngue Sabour, pierre de patience, adaptés tous deux de ses propres romans), il nous immerge dans le camp des laissés pour compte et de leur petite histoire, celle qui permet de mieux analyser et comprendre la grande.
Notre-Dame du Nil, c’est un joli pensionnat de briques roses niché dans un écrin de sérénité, qui semble surplomber les futilités du monde. Dans ce paysage où la beauté des montagnes rivalise avec celle des nuages, les jeunes filles que l’on dresse à devenir l’élite du pays se montrent sages et studieuses sous la houlette des religieuses. Parfois les rires éclaboussent les dortoirs entre deux batailles de polochons qui font voler les plumes blanches et se perler de sueur les peaux noires. Il y a de la sensualité dans l’air. Dans ce Rwanda de l’an 1973, la jovialité est tout aussi perceptible que la luxuriance de la nature.

L’avenir s’annonce prometteur, on rêve de mariages princiers, entre « gens de couleur » convertis au catholicisme. Car si les élèves sont noires, l’enseignement est résolument blanc. Quand une étudiante s’enhardit à poser la question sur le contenu très partiel et partial des cours, la réponse fuse, péremptoire : « L’Afrique c’est pour la géographie. L’Histoire c’est pour l’Europe. ». Pas de place pour le dialogue. Chacun à sa place et le Dieu des colons reconnaitra les siens. Oubliés des manuels scolaires les 25 rois rwandais, les 3000 ans d’existence d’une civilisation, son lien avec l’Égypte antique. Oublié ce que signifiait être Tutsi ou Hutu avant l’endoctrinement colonial allemand puis belge : non pas des ethnies différentes mais tout simplement des distinctions socioprofessionnelles. De hutu (agriculteur) on pouvait devenir tutsi (propriétaire de troupeaux) ou twa (ouvrier, artisan)… rien n’était figé. Tous avaient la même culture, la même religion, la même langue, le kinyarwanda. Dans cette dernière il existait même une expression consacrée : « kwihutura », qui signifie à la fois devenir tutsi et prospérer, tant il était fréquent de passer d’une classe à l’autre au fil des unions, de l’enrichissement personnel.
Mais qu’importe, dans cet établissement modèle, où l’on va de messes en processions, en passant par de menues tâches ménagères qui feront de chacune une épouse modèle, tout cela semble bien lointain. Les fades uniformes gomment les formes des nymphettes et simultanément leurs différences. Même les prénoms (Virginia, Gloriosa, Immaculée, Veronica, Modesta, Frida…) n’évoquent plus une quelconque appartenance au continent africain. Seul Monsieur de Fontenaille, un vieux colon illuminé et décadent, semble vouloir réveiller le passé avec ses théories fumeuses qui participeront, conjointement à la politique des quotas, à mettre le feu aux poudres de la pourtant si tranquille communauté retirée. En attendant, nos donzelles vaquent à leurs rêves et à leurs occupations, s’épanouissant en toute innocence, cultivant leurs amitiés, l’art de la taquinerie, celui des cachotteries. Sans parler des escapades nocturnes où certaines vont traficoter le nez d’une statue virginale, danser sous la pluie, ou bien quémander secours auprès d’une vieille sorcière aux airs fous qui vit isolée dans la forêt…

Mais des quatre coins du territoire montent en puissance des antagonismes profonds qui vont gangréner le corps social et s’introduire au sein de Notre-Dame du Nil, bouleversant à jamais le destin de ces jeunes filles et de tout le pays. (Utopia)

mercredi 5 16h10, 20h30, jeudi 6 13h50, 20h30, vendredi 7 16h20, 18h45, samedi 8 16h35, 20h45, dimanche 9 15h50, 20h30, lundi 10 13h50, 16h, 18h, mardi 11 13h45, 18h45, 20h45

 

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

Gu XIAXOGANG - Chine 2019 2h30mn VOSTF - avec Qian Youfa, Wang Fengjuan, Zhang Renliang...

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUNNe cherchez pas dans vos mémoires : le nom du réalisateur, celui des acteurs (issus de son entourage) vous sont fatalement inconnus. Avec les moyens du bord, malgré les aléas matériels qui l’ont contraint à deux ans de tournage, par manque d’aide financière extérieure au départ du projet, Gu Xiogang rentre subrepticement dans la cour des grands grâce à cette fresque contemporaine lumineuse, subtile, évidente.
La langueur, déconcertante de prime abord, va rapidement devenir une alliée réconfortante. Elle nous love dans un dépaysement total, l’émerveillement de la rencontre avec la culture chinoise. Tout devient alors sensualité, émotion à fleur de peau, sans grands effets de manche, tout en gestes retenus, émaillée de ces petits riens dont on devient friands, qu’on finit par espérer.
Le titre du film est éponyme de celui d’une célèbre peinture chinoise du xvie siècle. Longue de plusieurs mètres, conservée sous forme d’un rouleau, on la découvrait en la déroulant lentement, en connaisseurs, centimètre par centimètre, effeuillage délicat, presque les prémices du cinéma.
Le réalisateur dévide son histoire, au fil de l’eau, de la même façon, en plans séquences d’une longueur et d’une maestria incroyables. Par petites touches subtiles, il croque son époque méticuleusement, embrasse la beauté des paysages, prend l’empreinte du temps qui passe. Au lieu de cultiver la grandiloquence, il travaille l’épure et nous embarque à son rythme, loin de notre société occidentale de bruit et de compétitivité. Cela fait un bien fou : il suffit de s’enfoncer tranquillement dans la matrice obscure d’une salle de cinéma et de se laisser bercer. On se fond alors dans le décor, en observateurs privilégiés de ce qui est également une chronique familiale tendre, douce amère, touchante, un voyage dans l’espace et le temps, profondément sincère.

Tout débute l’été à Hangzhou, ville native du réalisateur, celle-là même qui servit de décor à la célèbre peinture, sept siècles plus tôt. Dans un restaurant propret, qui fut, est, restera (?) familial, trois générations d’une même lignée sont réunies. C’est l’anniversaire de Mum, c’est ainsi que tous surnomment leur aïeule désormais veuve, celle qui a jusque là guidé son monde d’une main de matriarche, et qu’il va falloir épauler à présent, on l’apprendra quelques instants plus tard. La fête sera vite écourtée par un événement inattendu.
Progressivement on va pénétrer dans l’intimité de la famille, en constater les disparités, les rivalités que le capitalisme ambiant, qui se fait féroce, va accentuer, mettant à mal les schémas ancestraux qui soudaient le groupe autour d'une solidarité forte. Impossible de rester plus longtemps indifférent à ce monde en pleine mutation, cette Chine qui se transforme, assoiffée de nouveautés, de valeurs occidentales. On rase les vieux quartiers, on les remplace par du neuf, fonctionnel. À seulement 200 kilomètres de la grouillante Shanghaï, la demande est forte. Bien malin qui spécule, bien stupide celui qui reste à la traîne. Ainsi pensent les uns, tandis que d’autres survivent comme ils peuvent le long du fleuve, vivant dans une barque par faute de pouvoir se payer un toit. Mais dans le fond, tous sont victimes et ploieront tôt ou tard sous le poids des dettes. Pour échapper à leur sort, les parents espèrent de beaux mariages de raison lucratifs pour leurs enfants, alors que ces derniers rêvent d’amour et de liberté. Le clivage se consomme comme un plat qui ne vaut même pas la peine d’être réchauffé.

Seuls les lieux historiques demeurent encore, pour un temps du moins, inviolés. L’immensité de la nature qui surplombe les hommes semble se rire de leur agitation et de leurs ambitions mesquines, appelant à la romance plus qu’à la guerre. Et c’est d’ailleurs une belle aventure sentimentale qui va prendre naissance sous nos yeux, apportant une touche romantique subtile à ce film choral d’une infinie délicatesse, qui se déploie sur quatre saisons. (Utopia)

VOX Fréjus : mercredi 5 16h30, jeudi 6 et dimanche 9 17h, vendredi 7 14h, samedi 8 13h40, lundi 10 20h, mardi 11 15h45

 

CUBAN NETWORK

(WASP NETWORK) Olivier ASSAYAS - France 2020 2h05mn VOSTF - avec Penélope Cruz, Édgar Ramírez, Gael García Bernal, Ana de Armas, Leonardo Sbaraglia et Wagner Moura...

En route pour Cuba et retour sur les années 90 autour de l’histoire des Cuban Five, cinq espions cubains infiltrés en Floride. Les espions du « reseau guêpe » sont chargés d’informer La Havane des activités des exilés cubains, certaines licites (comme le sauvetage en mer de Cubains fuyant leur pays à bord d’embarcations de fortune), d’autres belliqueuses, voire liées au crime organisé.
Ces espions « fuient » Cuba en feignant de rejeter le régime castriste. Parmi eux, René González (Édgar Ramírez déjà vu dans Carlos), qui s’échappe aux commandes d’un petit avion. Certains de ces agents abandonnent leur famille pour mener une vie solitaire et difficile en Floride, réussissant peu à peu à infiltrer les organisations d’exilés cubains, René est de ceux-là.
Après Carlos et Après-mai Olivier Assayas revient sur l’idéalisme, les vies entières dévouées ou soumises à la politique. La guerre souterraine entre les exilés cubain et le régime de Castro est un fragment d’histoire contemporaine que le cinéma n’a jamais vraiment abordé mais il y a surtout ici un cadre plus large, où se mêlent l’intime et l’universel, des individus pris dans les rouages de la politique et de l’Histoire.
Cuban network contribue à nous rappeler les complexités et les contradictions de la politique contemporaine, les formes que peuvent prendre manipulation et désinformation. Il montre aussi comment la politique est aussi un jeu où se joue le destin d’êtres humains. Ceux-ci, en fonction d’idéologies qui seront peut-être oubliées demain, sacrifient leur existence, leurs proches. Ils sont broyés par la grande roue de l’Histoire. (Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 5 13h50, 18h, jeudi 6 VF 18h, VO 13h50, 20h30, vendredi 7 VF 20h45, VO 13h50, 18h, samedi 8 VF 15h40, 20h45, VO 18h15, dimanche 9 VF 14h, 20h, VO18h, lundi 10 VF 13h50, VO 20h, mardi 11 VF 13h45, VO 18h20, 20h45

JOJO RABBIT

Écrit et réalisé par Taïka WAÏTITI - USA 2019 1h48mn VOSTF - avec Roman Griffin Davies, Thomasin McKensie, Scarlett Johansson, Sam Rockwell... D'après le roman Le Ciel en cage, de Christine Leunens.

JOJO RABBITJohannes Betzler, alias Jojo, est un enfant timide. Parmi ses camarades de classe, on ne le distingue guère : fluet, il fait pâle figure en comparaison de ses aînés, partis combattre au loin. Alors à l’image de beaucoup d'enfants de son âge, comme lui peu gâtés par la nature, compensant l'absence d'un père appelé sous les drapeaux, Jojo s'invente un ami imaginaire, un ami toujours de bon conseil, plein de sollicitude et d'entrain ; pour trouver un modèle, il n'aura pas à chercher bien loin, puisqu'il s'inspire de son idole, le meilleur ami de tous les petits Allemands blonds aux yeux bleus : Adolf Hitler ! Oui, ça surprend au début, même quand on resitue l'action dans le contexte de l'Allemagne nazie à la fin de la guerre, quand les Alliés commencent à la cerner de toutes parts et que Jojo, élevé dans l'adoration du dictateur depuis son adhésion aux jeunesses hitlériennes, ne rêve que de faire son devoir d'Aryen, à savoir combattre les soldats ennemis, se sacrifier pour la Patrie… et si possible dénoncer des Juifs. C'est là que ça va très vite se compliquer pour Jojo, lorsque, par un concours de circonstances, il va se confronter à ces « démons », et découvrir en autrui (et en lui-même) une humanité qu'il ne soupçonnait pas.

Dire de ce film qu'il danse sur une corde raide est sans aucun doute l'euphémisme de l’année. Narrer sans recul les aventures d'un antisémite fanatique à seules fins d'en rire relèverait de la gageure impossible si le film en restait là. Heureusement Taïka Waititi, réalisateur néo-zélandais né d'un père Maori et d'une mère Juive Ashkénaze, s'émancipe très vite de son postulat de départ, pour nous proposer une réflexion acerbe sur la manipulation, la perversité du monde des adultes, et l'impératif moral de l'ouverture à l'autre.
Toute l'intelligence du parti pris par Waititi tient dans le regard posé sur cette histoire tragi-comique : celle d'une société viciée vue à travers les yeux d'un petit garçon de dix ans ; du coup l'apparition d'un Hitler burlesque et badin fait sens, en ce qu'il est davantage la vision fantasmatique d'un père de substitution que le reflet fidèle du dictateur. Au fur et à mesure que les yeux de Jojo se décillent, le rôle du mentor va s'amenuiser, laissant la place au vrai sujet du film, donc : la manipulation. Celle, massivement destructrice d'adultes lâches et corrompus capables de mentir à des gosses avant de les envoyer au casse-pipe, et celle, plus insidieuse, plus intime, d'un petit garçon terrifié à l'idée de tout perdre et qui reproduit à son tour les mensonges de la propagande à des fins égoïstes.

Passant du rire aux larmes avec un sens des ruptures de ton qui en laisseront plus d'un pantois, Jojo Rabbit ose et réussit haut la main l'impensable : une comédie iconoclaste sur le totalitarisme, qui jamais ne glisse dans la débauche lyrique d'un Tarantino ou la clownerie aseptisée d'un Benigni. L'air de rien, Jojo Rabbit célèbre la liberté de penser, d'aimer et d'exister en dehors de tout système : un bras d'honneur à toutes les entreprises de lavage de cerveau, d'où qu'elles viennent. Et si un film qui commence par une version teutonne d'un tube des Beatles et finit sur un pas de danse esquissé après l'apocalypse ne vous convainc pas qu'il est un hymne à la vie, à l'amour et à la jeunesse, alors rien n'y fera ! (Utopia)

Lorgues : samedi 9 18h

Vox Fréjus : mercredi 5 VF 13h50, VO 18h15, 20h30, jeudi 6 VF 13h50, 20h30, VO 18h15, vendredi 7 VF 16h30, VO 20h45, samedi 8 VF 18h35, VO 13h50, 20h45, dimanche 9 VF 14h, VO 18h, 20h30, lundi 10 VF 13h50, 20h30, VO 18h, mardi 11 VF 16h05, VO 13h45, 21h

 

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