Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 juin 2019

Bonjour à tous !
Tout d'abord, prenez note des 2 prochaines (et 2 dernières avant les vacances) soirées Entretoiles : le dimanche 16 juin ce sera une soirée cinéma italien avec Santiago Italia de Nanni Moretti, qui empoigne de façon puissante et touchante, le sujet du coup d’état au Chili, en 1973, e,t dans un tout autre genre, Fortunata de Sergio Castellitto, portrait solaire d'une Antigone moderne. Le dimanche suivant, le 23 juin, nous vous proposons Douleur et gloire de Pedro Almodovar, un de ses plus beaux films, dit-on, et pour lequel Antonio Banderas a obtenu le Prix d'interprétation masculine (Cette semaine, vous pouvez voir ce film à Salernes, au Luc et au Vox). En septembre, nous espérons vous proposer quelques autres films primés au festival de Cannes cette année.... A suivre !
 
Cette semaine le film ciné-club proposé par CGR est Marie Stuart, reine d’Écossede Josie Rourke, un film historique qui charme par la splendeur des images mais qui est aussi très intéressant sur le fond.
 
CGR propose aussi cette semaine un Festival du film japonais, le festival Hanabi. Il y a un pass pour l'ensemble des films ou bien les films peuvent être pris à l'unité. Plusieurs ont déjà été proposés par Entretoiles cette année. Si vous les avez manqués, profitez-en ! : Je veux manger ton pancréas de Ushijima, nouvelle fleur du cinéma d'animation japonais, Passion 1er film d'Hamaguchi, et déjà observation du sentiment amoureux (aussi à Lorgues), Asako I et II de Hamaguchi, une histoire d'amour qui est tout sauf une simple bluette, Senses I, II, III, IV et V, toujours de Hamaguchi, une splendide chronique d'émancipation, et Night is short, walk on girl de Masaaki Yuasa, une histoire d'adolescence et d'amour.
CGR vous propose aussi La cité de la peur de Alain Berberian, une ode à la bêtise pure et dure que les adeptes des Nuls apprécieront !
 
A Lorgues, allez voir L'affaire Brassens, une enquête musicale, et à Salernes, Je choisis de vivre de Nans Thamassey et Damien Boyer, documentaire sur la résilience après le deuil.
 

 A Cotignac, le magnifique documentaire de Thierry Demaizière, Lourdes. Ne fuyez pas au prétexte que vous n'avez pas la foi, ou que vous en avez marre des documentaires. Vous passerez à côté d'un film magnifique qui a su emballer les plus anticléricaux, et les plus sceptiques. et le Chant de la forêt de Nader Messora, le beau conflit d'un jeune home e pris entre sa culture ancestrale et le monde occidental.

 
Au Vox  Le jeune Ahmed des frères Dardenne , portrait d'un adolescent pris entre les idéaux de pureté de son imam et les appels de la vie, , Sybil de Justine Triet , film sélectionné au Festival de Cannes avec une Virginie Efira époustouflante, 90'S de Jonah Hill, à l'authenticité saisissante, Petra de Jaime Rosales, vénéneux et captivant, et Piranhas de Claudio Giovannesi, radiographie effarante d'une génération perdue.
 
Les prochains films de ciné club seront , Ma vie avec John f donavan ,  Nos vies formidablesLe silence des autresLa lutte des classes et L 'adieu à la nuit.
 
Bonne semaine de cinéma à tous ! Allez au cinéma !!
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 

MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSE

(Mary queen of Scots) Josie ROURKE - GB/USA 2018 2h05 VOSTF - avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Jœ Alwyn, David Tennant, Guy Pearce... Scénario de Beau Willimon et Alexandra Byrne, d'après le livre de John Guy.
MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSEProduction somptueuse, impressionnantes vues aériennes de sites naturels d’Écosse, magnifiques costumes… Marie Stuart, reine d'Écosse est un film d’époque qui charme d'abord par la splendeur de ses images, le faste de la reconstitution historique. Mais le retour au xvie siècle proposé par la réalisatrice Josie Rourke est également très intéressant sur le fond.

Le récit débute en 1561, alors que Marie Stuart (Saoirse Ronan), reine d’Écosse, rentre d’exil après douze ans en France – où elle a épousé en 1558 le roi François II, mort prématurément deux ans plus tard. S’ensuit une bataille épique, non pas sur les champs de bataille, mais au sein même de la cour. La monarque, qui n’a pas vingt ans, ne fait pas l’unanimité.
Il faut dire que l’Écosse est tiraillée entre catholiques et protestants, que son indépendance est en jeu et que sa destinée dépend de cette reine revenue veuve et sans descendants. En Angleterre, la montée récente au trône d’une autre jeune reine, Élisabeth Ire (Margot Robbie), est l'occasion d'une rare rivalité toute féminine au sommet. À travers les deux jeunes femmes culmine le choc entre deux dynasties, les Stuart et les Tudor.Teinté de géopolitique et de féminisme, le film brille de ses couleurs actuelles : il arrive en salles au moment où le Brexit déchire la Grande-Bretagne. Il y a 450 ans, l’Angleterre protestante cherchait à prendre le contrôle de l’île. Marie Stuart, un temps reine de France en tant qu’épouse de François II, est la dernière figure de l’Écosse catholique et continentale.
Le cinéma n’a jamais été chiche de films sur cette époque – Elizabeth (1998), avec Cate Blanchett, demeure sans doute le titre le plus connu. Le premier long métrage de fiction de Josie Rourke, femme de théâtre, donne lieu à un fascinant duel à distance entre deux femmes de pouvoir qui se distinguent jusque dans leur manière d’affronter la cohorte d’hommes censés les conseiller.
Le récit est mené subtilement et rend bien compte de la complexité de la situation : entre les Stuart et les Tudor, c’est presque blanc bonnet, bonnet blanc. La réalisation s’appuie sur un habile montage qui intercale scènes dans les Highlands et à la cour de Londres. Conçu comme un suspense, le film aboutit à un face-à-face entre les deux protagonistes et la mise en scène de cette rencontre est un délice, tant elle se déroule comme un lent dévoilement à travers un labyrinthe de toiles blanches. Saoirse Ronan et Margot Robbie incarnent leurs rôles avec un bel aplomb et une intensité saisissante.
Le portrait de cette Marie d’Écosse, femme de tête prête à rompre avec les coutumes, a quelque chose de neuf, de profondément original malgré les figures imposées du film historique : le traitement adopté ici, qui se méfie de la romance et ne recule pas devant l'expression de la violence, évite de colorer de rose le pouvoir au féminin.
Peut-être les connaisseurs reprocheront-ils au film de se ranger trop ouvertement du côté de Marie Stuart : sans en faire la belle héroïne sans peur et sans reproche, le récit la montre comme la grande victime d’une machination. Le film s’ouvre et se conclut d’ailleurs par sa décapitation. Avec un dernier geste vestimentaire plein d’audace : l’apparition d’une éclatante robe rouge. (Utopia)
Film ciné club CGR mercredi 5,et samedi 8 18h10, jeudi 6 et lundi 10 11h, vendredi 7 16h10, dimanche 9 13h25


FESTIVAL CGR HANABI :
 

Je veux manger ton pancréas

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Shinichiro Ushijima
avec Mahiro Takasugi, Lynn
En salles le 21 Août - Japon - 1h48
Sakura est une lycéenne populaire et pleine de vie. Tout l’opposé d’un de ses camarades solitaires qui, tombant par mégarde sur son journal intime, découvre qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre… Unis par ce secret, ils se rapprochent et s’apprivoisent. Sakura lui fait alors une proposition : vivre ensemble toute une vie en accéléré, le temps d’un printemps.
Voilà un titre qui effraiera ceux qui ne s’intéressent pas au sens caché du pancréas, joli petit organe tout de jaune vêtu qui, sans relâche, nous donne chaque jour les moyens de prendre ce qu’il y a de meilleur dans les aliments. Sans lui pour créer cette fameuse insuline qui transforme le sucre en énergie, nous serions simplement incapables de vivre ! Haru, timide et fermé aux autres ne pouvait précisément pas faire plus belle déclaration à Sakura : « Je veux manger ton pancréas ». Dixit : « Tu m’apprends à me déployer, à m’emplir d’amour, et je t’aime à ce point que je ne peux plus vivre sans toi ». Remarquable adaptation du best seller éponyme de Yoru Sumino, cette nouvelle fleur du cinéma d’animation japonais n’est pas prête de faner dans les esprits. Peut-être rendra-t-elle même éternels vos printemps intérieurs, quand elle rappelle que le destin est autant affaire de choix que de hasard. Bien loin d’une triste fatalité, où tout se jouerait entre le blanc, le noir et l’hiver… Son sujet est donc immense, au service d’un éclatant apprentissage – celui de l’amitié, de l’amour, de la joie.
Le monde de Sakura est rose, jamais morose, comme l’est d’abord celui de Haru. Son euphorie naturelle, que les cerisiers en fleurs encadrent tout du long du film, marque son passage avec éclat. Même en cherchant bien, pas le moindre nuage dans le ciel bleu de la jeune fille. Elle rayonne avec toute l’humanité qui est la sienne. L’ensoleillement des scènes extérieures, l’éclairage des scènes intérieures, laissent sa silhouette surgir en contre-jour, aussi fugace qu’un reflet d’aurore. A contrario, Haru avance dans un monde fait de pluie et de nuit. Comme si l’existence était vouée à n’être qu’un mauvais bulletin météo, si inondée qu’après tout, pourquoi pas se noyer dans des livres ? Jusqu’au jour où il tombe par hasard sur un journal intime dans un hôpital. Celui de Sakura. Elle gardait ce secret pour elle, mais elle est condamnée à une floraison aussi brève que celle des cerisiers…
En le découvrant, Haru va permettre toutes les libérations – celle de Sakura, qui n’aura plus à porter seule le fardeau de sa disparition imminente, et la sienne. Entraîné dans les mille aventures de cette âme-soeur improbable, plus que jamais partante pour engloutir des plâtrées de pâtes et se laisser aller à des jeux aussi drôles qu’équivoques, il frôlera la lumière à son tour, comme dans cette scène (sublime) d’une nuit foudroyée par des feux d’artifice. C’est au fond l’histoire du soleil qui a rendez-vous avec la lune, à l’instar de Your name (2016) de Makoto Shinkai. « Quand on croit qu’il est loin, il est là près de nous ». Rendant l’éclipse forcément inévitable. Sakura le dira elle-même à Haru : « Le jour où tu as déclaré vouloir que je vive, tu m’as métamorphosée d’être banal en être important. Peut-être attendais-je pendant ces 17 années d’être importante à tes yeux, tout comme les cerisiers attendent le printemps ». Preuve en est que la vie, quelqu’elle soit, mérite d’être vécue. Ce sont donc nos liens avec les autres qui nous façonnent : l’histoire de Sakura et Haru, en révélant si finement tant de vérités profondes, a le pouvoir de rendre heureux. O. J.
CGR : mercredi 5 16h
 
 

PASSION

Ecrit et réalisé par Ryūsuke HAMAGUCHI - Japon 2008 1h55VOSTF - avec Ryuta Okamoto, Aoba Kawai, Nao Okabe, Kiyohiko Shibukawa, Fusako Urabe...
PASSIONQuelques mois après le très beau Asako , arrive sur les écrans Passion le tout premier long métrage de Ryūsuke Hamaguchi réalisé à la fin de ses études de cinéma en 2008.
Depuis Senses, son œuvre fleuve qui l’a révélé en France l’an dernier, Hamaguchi s’est affirmé par la finesse de son observation du sentiment amoureux, ses scénarios aux multiples personnages et une certaine intensité dans la représentation des affects, à contre-courant de l’idée de pudeur parfois associée au cinéma japonais. Passion montre que ces traits caractéristiques sont présents dès son premier film, où l’on suit les détours amoureux de trois jeunes couples d’amis. La force du cinéma d’Hamaguchi est de fouiller en profondeur les sentiments de ses personnages tout en leur laissant une étonnante capacité de revirement. Les personnages d’Hamaguchi sont toujours moteurs de changements inattendus, voire impulsifs, qui forcent les autres à redéfinir leur position face au groupe. 
Tout commence lors d’un dîner dans un restaurant chic. La professeure de mathématiques Kaho y fête son 29e anniversaire avec son petit ami Tomoya, un bel universitaire, et leurs amis proches. Il y a là Kenichiro, accompagné de son amie Sanae, et Takeshi avec sa femme enceinte Marie. Ce soir-là, Kaho et Tomoya annoncent qu’ils vont se marier. Takeshi et Marie, le couple le plus mature des trois, semble très heureux. Mais s’en suit un mini-drame lorsque Kenichiro lance : « Kaho, j’attendrai que tu divorces pour me marier avec toi ». Sanae court se réfugier aux toilettes. Mais le plus étonnant, peut-être, est la réaction des futurs mariés eux-mêmes. Ni Kaho, ni Tomoya ne semblent réellement convaincus par leur déclaration d’amour. Cette annonce ouvre une brèche qui, comme la disparition d’un personnage dans Senses et Asako I&II, va toucher l’ensemble du groupe et révéler les fragilités de chacun. 
L’incident clos et le dîner terminé, les femmes laissent les hommes passer la soirée entre eux. Au fil de la nuit, Tomoya, Kenichiro et Takeshi se retrouvent dans l’appartement de Takako, la maîtresse de Kenichiro. Leurs discussions vont mettre au grand jour leurs failles. En présence de Takako, Kenichiro devra préciser ses sentiments pour Kaho et Sanae. Takeshi, si fier de sa qualité de mari modèle et de sa future paternité, verra ses convictions vaciller au cours d’une discussion sur la fidélité avec Hana, l’amie de Takako. Quant à Tomoya, si brillant en façade et socialement distingué, est-il réellement capable d’aimer Kaho ou qui que ce soit ?
Très dialogué, encore incertain parfois dans sa mise en scène, ce premier film de Ryūsuke Hamaguchi pose les bases de sa conception des sentiments. Les affects opèrent par soubresauts qui causent des percées d’amour mais aussi de cruauté et de violence. Les femmes, qu’on pourrait croire en retrait, sont au contraire des personnages très volontaires, parfaitement actrices de leur vies sentimentales. Une scène en particulier, peut-être, éclaire le cœur du film. Le lendemain de la soirée, Kaho s’entretient avec ses élèves de la disparition d’une d’entre eux, victime d’intimidation prolongée. « Les gens ne sont pas transparents, nous ne pouvons pas voir à travers » dit-elle. Dans une société japonaise si codée, où l’individu compte moins que le groupe, tout le cinéma d’Hamaguchi est de traquer cette opacité, les sentiments cachés et les intentions inavouées. (Utopia)

CGR jeudi 6 20h

Lorgues mercredi 5 20h, samedi 8 18h, dimanche 9 21h
 

ASAKO 1 & 2

Ryûsuke HAMAGUCHI - Japon 2018 1h59mn VOSTF - avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto, Rio Yamashita... Scénario de Sachiko Tanaka et Ryûsuke Hamaguchi, d'après le roman de Tomoka Shibasaki.
ASAKO 1 & 2Parce qu’un jour Baku apparaît. Parce qu’Asako est une grande amoureuse. Parce que Ryûsuke Hamaguchi n’a probablement rien à apprendre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, indétrônable, éternel. Et parce que chaque mot d’Asako à Baku résonne avec une acoustique rare : celle d’un cri d’amour murmuré. Tout cela annonçait la couleur d’une sidération lorsque le fantasque Baku, sans crier gare, disparaît du jour au lendemain… Sans cette absence, Asako aurait été indemne, hermétique à sa propre compréhension. Avec : elle aura été (I) et sera (II). Puis en aimera un autre : quoiqu'un sosie. Un clin d’œil au chef d’œuvre de Buñuel, Cet obscur objet du désir. Mais aussi remake inversé du Vertigo d’Hitchcock où ce n’est plus James Stewart qui modèle Kim Novak pour en faire le sosie, mais Asako qui choisit un sosie et ne le change pas. Qu’elle est bleue, cette rencontre orange…

Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Ryûsuke Hamaguchi après dix années d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme l’accès d’Hamaguchi au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas, stationne derrière une muraille en béton. L’a-t-il d'ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire pour finalement faire le choix de l'urgence, de l'évacuation permanente : la temporalité du rêve étant ce qu'elle est… Le Baku étant une créature mythique du folklore qui se nourrit des rêves et des cauchemars. 
Le film a beau être vu deux fois, trois fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Ici, les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années… 

On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d'autant plus ce qu'elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d'une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu'aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c'est beau » d'être vivace, ambivalent, d'échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l'esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D'affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d'avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu'Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l'interpréter d'apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d'oser rester fidèle à soi. (Utopia)
CGR : dimanche 9 à 14h
 

SENSES

Ryusuke HAMAGUCHI - Japon 2015 5h VOSTF - avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara, Rira Kawamura... Scénario de Ryusuke Hamaguchi, Tadashi Nohara et Tomoyoki Takahashi

5 ÉPISODES PROPOSÉS EN 3 PROGRAMMES
SENSES 1 & 2, durée 2h20
SENSES 3 & 4, durée 1h25
SENSES 5, durée 1h15
Il est impératif de voir les épisodes dans l'ordre.


SENSESÀ quoi rêvent les femmes japonaises d’aujourd’hui ? À avoir plus de temps pour elles. Senses leur donne celui nécessaire pour se retrouver dans une splendide chronique d’émancipation…
Au Japon, 100 000 personnes disparaissent chaque année sans laisser de traces. On les appelle les « évaporés ». C'est ce qui va se passer avec Jun : du jour au lendemain elle disparaît, elle s'évapore, laissant ses trois meilleures amies dans le désarroi. Sa disparition va entraîner un séisme intime en chacune d’elles, les amenant à questionner leur amitié comme leurs vies respectives. Car Jun était le pilier du groupe, celle qui leur avait permis de toutes se rencontrer…

Ryusuke Hamaguchi donne une ampleur inédite à la situation en libérant une parole trop longtemps mise en sourdine. Sans rien montrer d’une hystérie généralisée ou d’actes physiques extrêmes, le chamboulement émotionnel n’en est pas moins intense. Il est à la source de remous intérieurs qui vont pousser les héroïnes à se poser des questions essentielles, à même de changer la destinée de chacune, parce que les réponses apportées s’émancipent du poids moral de toute une société. Comment aimer ? Peut-on avoir confiance en l’autre ? Doit-on tout se dire ? Ai-je la vie que je souhaite ? Des interrogations qui reflètent bien la perplexité affective dans laquelle flottent les sociétés contemporaines… Senses les remet au centre de tout, rappelant la nécessité d’une interaction sociale, quelle qu’en soit la forme.
Pour éviter des réponses toutes faites, Hamaguchi prend le temps d’une analyse collective, notamment par le biais du séminaire d’un artiste-activiste (baptisé « écouter son centre ») auquel participe la bande d’amies, parmi d'autres. Celui-ci va avoir un effet cathartique imprévu…

Hamaguchi filme avec une rare acuité les dynamiques de groupe qui transparaissent. Chaque personnage laisse éclore, dans des successions de gestes faussement anodins, des traits de caractères et des secrets enfouis, faisant éclater les faux-semblants, mettant à jour tout un système de mensonges et de dissimulations liés au statut et à la condition féminine, dans un monde qui persiste à vouloir les contraindre dans des codes et des schémas patriarcaux (pas propres au Japon mais dont les aspects paraissent ici inouïs de notre point de vue occidental et biaisé…). Il y a quelque chose du cinéma de John Cassavetes dans la maîtrise du jeu d’acteur improvisé, le faisant passer pour parfaitement naturel à l’écran…
Cinq épisodes ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes et leur rendre une parole trop longtemps empêchée. Vivre ainsi au plus près des émotions des personnages est un privilège suffisamment rare pour qu’on s’en délecte pleinement. À la fin de Senses, cette impression de quitter quatre amies proches, avec leurs qualités et leurs défauts, nous ferait presque espérer une suite à ce récit fleuve, galvanisant, prenant et toujours passionnant.(Utopia)
CGR : I et II vendredi 7 18h, III et IV lundi 10 18h, V lundi 10 20h


NIGHT IS SHORT, WALK ON GIRL  de Masaaki Yuasa
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C’est l’histoire d’une nuit, dont l’écoulement dépend de la perception de chacun : elle semble se prolonger indéfiniment, étant le lieu de péripéties se succédant sans atteindre l’essoufflement ; certains voient sur leur montre les jours passer à l’allure de secondes, tandis que ce sont des années qui filent sur le cadran des plus vieux. Pourtant, elle ne dure pour le spectateur rationnel qu’une heure trente. Et c’est cette durée qui semble être la plus proche de ce que vit la fille aux cheveux noirs (Kurokami no Otome) qui rappelle gentiment au vieil homme se remémorant avec nostalgie un concours de boisson que celui-ci a eu lieu il y a quelques instants seulement. Une fille et un jeune homme (Senpai), deux facettes d’un personnage principal multiforme facilitant le processus d’identification du spectateur, si tant est que celui-ci cherche encore un point où s’ancrer, et qu’il ne s’est pas déjà laissé sombrer dans cette nuit folle et sans repères. Car contrairement aux apparences, non, les carpes koïs du vieux pervers n’ont pas disparu, l’ouragan qui les avait emportées les amène providentiellement jusqu’à la scène finale du théâtre illégal, afin que le contact simultané de leurs écailles et du cuir chevelu du Don et de l’assistante reproduise le coup de foudre qu’avait provoqué une première fois la chute des pommes écarlates.
Pour être plus clair, c’est une nuit de printemps ou d’été, une nuit où il semble faire chaud mais durant laquelle un rhume violent sévit. La fièvre qui se propage à l’ensemble de la ville est bien pratique : il suffit de contaminer les autres avec son amour pour que celui-ci prenne chez eux. C’est une myriade de microbes, de couleurs et de voix qui anime cette nuit aux scènes invraisemblables, s’éternisant parfois avant de laisser place à une transition abrupte.Inutile de louer la qualité des visuels ou de l’animation, déjà le kotatsu ambulant quitte l’emplacement 34, il ne leur reste qu’une assiette de takoyakis et deux pintes vides, le script de cette partie est déjà terminé, rédigé dans l’urgence et dans l’inspiration naturellement issue de la situation dont elle dessine en même temps les futurs possibles. Les plans du Senpai sont toujours déjoués par le caractère imprévisible des événements, la rationalité ne parvenant à se faire une place que comme composante du sensoriel. Le tribunal des plans d’action du moi est ainsi envahi par un régiment de Johnnys (pas celui-là) faisant déborder l’instinct du jeune homme fébrile, dont le délire ne parvient pas pour autant à repousser celle sur qui aucun signe d’ivresse ne semble se manifester. Comme si les cocktails engloutis étaient bus par la ville elle-même, épargnant ainsi son ange gardien qui de chevet en chevet va s’assurer du bien-être des fiévreux.
On te reconnaît Ra Ta Ta Tami, tous tes personnages sont là, et pourtant ce ne sont pas les mêmes. Ou peut-être ont-ils simplement décidé de changer de tenue et de voix pour passer une nuit de plus en notre compagnie, de nouveau imprégnée de cette atmosphère de rose-colored campus life, où Ozu s’amuse cette fois à se faire passer pour un dieu. Yukio Mishima a-t-il vraiment exprimé son désamour de l’œuvre d’Osamu Dazai face à ce dernier ? Maintenant que les deux auteurs ont choisi de quitter le monde physique, les mots abandonnés dans leurs sillons créent des liens dans la brocante universelle qui les réunit, lieu parmi tant d’autres où cette nuit qui pourrait être infinie se poursuit.
Eh bien, qu’elle ne cesse pas, tant que toutes les fantaisies qu’elle doit rendre réelles ne le sont pas devenues. Qu’il y ait des défis à relever, des opportunités à saisir, ou simplement une nuit à savourer, il suffit de se laisser emporter pour entrevoir un monde de possibles trop souvent différés qui nous emporte en son sein sans présenter de menu, nous laissant ainsi libres de goûter à toutes sortes de plats (mais tous sont épicés) (Xeno)
 CGR mardi 11 18h
LA CITE DE LA PEUR, de Alain Berberian
 
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Odile Deray, attachée de presse, vient au Festival de Cannes pour présenter le film "Red is Dead". Malheureusement, celui-ci est d’une telle faiblesse que personne ne souhaite en faire l’écho. Mais lorsque les projectionnistes du long-métrage en question meurent chacun leur tour dans d’étranges circonstances, "Red is dead" bénéficie d’une incroyable publicité. Serge Karamazov est alors chargé de protéger le nouveau projectionniste du film... Chantal Lauby en attachée de presse vénale et maladroite, Alain Chabat en garde du corps trompettiste et dostoïevskien (ceux qui ont vu le film comprendront), Dominique Farrugia en acteur abruti qui « vomit quand il est super content » : la triade gagnante annonce la couleur de la fausse "comédie familiale" d’Alain Berbérian. Rarement l’appellation ô combien galvaudée de "film culte" s’est autant justifiée que pour La cité de la peur, sommet de débilité (voulue !) dans l’horizon de la comédie française, maintes fois imité, jamais égalé. Pourquoi culte ? Parce que, plus de quinze ans après sa sortie, on est toujours capable de réciter par blocs ses répliques hilarantes ; parce que, génération après génération, de nouveaux amateurs viennent grossir sa horde de fans déjà conséquente : si, à sa sortie en 1994, le film pouvait capitaliser sur le succès télé des Nuls, alors en plein boom, il a depuis fédéré des fans plus jeunes qui n’ont pourtant jamais connu des émissions comme Objectif Nul ou le JTN. Bien sûr, le film a pris un petit coup de vieux, un charme un peu kitsch qui ne lui va d’ailleurs pas si mal, puisque tout, ici, est du domaine de la parodie et du grotesque. La singularité et la réussite de La cité de la peur tiennent surtout du fait que les Nuls s’inscrivent moins dans une "qualité française" chauvine, qui ferait vieillir le film prématurément, que dans une tradition comique plutôt anglo-saxonne, des Monty Python (le nonsense élégant) aux ZAZ (le jusqu’au-boutisme du gag qui tache). Le maigre fil narratif (un tueur en série terrorise le Festival de Cannes et favorise le succès d’un film d’horreur minable) n’est que prétexte à une avalanche de gags, ce qui apparaît évidemment un peu facile ; mais le point de départ factice est largement compensé par la force comique déployée tout au long du métrage, véritable éclat de rire d’1h39 où même le générique de fin est à se tordre. Parce qu’il faut un sacré talent, un sacré culot et surtout une sacrée foi dans l’humour pour tenir aussi bien la distance, piochant avec frénésie dans tous les champs possibles du gag : runnings gags, gags absurdes, gags scato, gags visuels, gags parodiques (le film cite Terminator, Basic Instinct, Pretty Woman, Bad Taste...), gags authentiquement "nuls"... Un véritable festival, sans mauvais jeu de mots ! Les Nuls osent tout, n’ont peur de rien et voient large, uniquement guidés par la logique du "une minute = un gag", projet qui, somme toute, ne manque pas de noblesse : il s’agit de divertir, voilà tout, et de le faire bien. Difficile alors de recenser toutes les perles de La Cité de la peur, même si la danse torride du duo Chabat/Darmon (la Carioca finale, un bonheur), la séquence essentielle à Vera Cruz ou encore la célèbre histoire de whisky et de doigts risquent fort de rester encore longtemps dans les annales de la connerie, sans parler de répliques immortelles telles que « Barrez-vous cons de mimes ! » ou « Pluto c’est le chien de Mickey ». Les interprètes, petits ou grands rôles, viennent d’horizons assez divers du ciné français (on trouve aussi bien Gérard Darmon et Eddy Mitchell que Bacri et Sam Karmann, jusqu’à l’hommage posthume à Bruno Carette, le quatrième Nul) et participent au carré à la jouissance de l’ensemble : si on s’amuse autant devant La Cité de la peur, c’est aussi parce que les acteurs eux-mêmes semblent s’amuser comme des gosses ! On l’aura compris, même s’il peut toujours y avoir des réfractaires à cette ode à la bêtise pure et dure (ça peut se comprendre), difficile de résister à une telle recette, que Chabat réemploya avec succès dans son Astérix, huit ans plus tard. « Youpi, dansons la Carioca... » (Avoiràlire)
CGR dimanche 9 20h
 

COCORICO MONSIEUR POULET

Jean ROUCH - documentaire France 1974 1h32mn - avec Damouré Zika, Lam Ibrahim Dia, Tallou Mouzourane, Baba Noré, Moussa Diallo...
COCORICO MONSIEUR POULETDans une 2CV bringuebalante, Lam, surnommé M. Poulet, s’en va en brousse chercher les poulets qu’il vendra à Niamey. Assisté de Tallou et Damouré, il espère faire des affaires juteuses. Mais les imprévus s’accumulent, les poulets sont introuvables… « Ce film a peut-être été le plus drôle à faire. Lam avait proposé un documentaire sur le commerce du poulet, nous décidons d’en faire un film de fiction. Nous avons été dépassés dans l’improvisation par les incidents : la voiture de Lam n’avait ni freins, ni phares, ni papiers. Ses pannes continuelles modifiaient sans cesse le scénario prévu […]. Alors l’invention était continuelle et nous n’avions aucune autre raison de nous arrêter que le manque de pellicule ou le fou rire qui faisait trembler dangereusement micros et caméras. » Jean Rouch.
La Redonne Flayosquet : mercredi 12 juin 20h Ciné-soupe
 
 
 
L'AFFAIRE BRASSENS
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En octobre 2011, on a célébré les 30 ans de la mort de Georges Brassens.
30 ans que son œuvre lui survit et démontre l’incroyable popularité de son auteur.
Imaginé par Jean Bonnefon, L’affaire Brassens est un spectacle qui met en scène quatre complices de Georges Brassens supposés se retrouver à la barre d’un tribunal pour défendre leur chef de bande.
Claude Villers, l’inoubliable Président du Tribunal des Flagrants Délires sur France Inter, prête sa voix (en off), à un juge qui va chercher à comprendre le mystère qui entoure Brassens. Comment un artiste aussi marginal peut-il, en fin de compte, être aussi consensuel ? Comment peut-on à la fois railler la religion, l’ordre établi, faire l’apologie des voyous et des putains et devenir une icône de la culture française ?
C’est donc un tour de chant scénarisé qui visite l’œuvre de Brassens, en parcourant les divers thèmes qu’il a abordés au cours de sa carrière : L’amour, la mort, l’amitié, les poètes, les révoltes… Autant de sujets qui inspirèrent à Brassens des chansons géniales et populaires : Margot, les bancs publics, la supplique, l’auvergnat, les copains d’abord, Le temps ne fait rien à l’affaire … Le plus dur, est de choisir parmi tant de chefs d’œuvre.
Forts de l’expérience d’un précédent spectacle, les musiciens du groupe abordent les arrangements des chansons, avec le respect de la composition et de l’harmonie, en y posant toutefois leur touche personnelle : polyphonie, swing, percussions légères…
Le Président Villers, mène les débats, mais le public sera finalement le seul juge des quatre complices…. « L’audience est ouverte… Faites entrer les prévenus ! »


 Lorgues mercredi 5 18h, samedi 8 20h15

 

ET JE CHOISIS DE VIVRE
Nans THOMASSEY et Damien BOYER - documentaire France 2019 1h10 -
ET JE CHOISIS DE VIVREÀ tout juste 30 ans, Amande perd son enfant. Pour se reconstruire, elle entreprend alors un parcours initiatique dans la Drôme, accompagnée de son ami réalisateur, Nans Thomassey. Ensemble, et sous l’œil de la caméra, ils partent à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont, comme Amande, vécu la perte d’un enfant.
Amande raconte ce qui émerge en elle, ses interrogations, sa profonde détresse, ses hauts et ses bas. Et surtout son besoin de rencontrer des personnes qui ont retrouvé le goût de vivre après avoir traversé le même deuil. Ils se révéleront être de vrais tuteurs de résilience.

« Oui, je peux dire que j’ai trouvé des réponses et des clés. Ce sont celles des personnes que l’on a rencontré, celles qui m’ont parlé, elles ne sont pas des vérités et ne constituent pas un guide pratique du deuil. Elles sont constitutives d’expériences singulières et peuvent être source d’inspiration, je l’espère.»
 
Fondée en 1991 à Avignon, l’association L’Autre Rive ASP 84 figure parmi les précurseurs de l’accompagnement de personnes en fin de vie. Depuis 2015, elle propose également des groupes de paroles pour les personnes endeuillées. www.lautrerive.net

L’association Au pays de Léonie œuvre pour aider la recherche contre les cancers pédiatriques, ainsi que pour l’accompagnement des familles touchées par ces maladies. aupaysdeleonie.com
Salernes : mercredi 5 18h15, samedi 8 16h, lundi 10 21h

 

DOULEUR ET GLOIRE

Écrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR - Espagne 2019 1h53 VOSTF - avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia, Nora Navas, Julieta Serrano… et Penélope Cruz... 

DOULEUR ET GLOIREDisons le d’emblée et avec enthousiasme : Douleur et gloire est l’un des plus beaux films de Pedro Almodóvar, et probablement aussi le plus intime, le plus personnel. Un film ample et maîtrisé, superbement écrit et construit, d’une élégance formelle, d’une puissance évocatrice renversante, touchant à la perfection dans son interprétation, son image, sa musique, sa direction artistique, ses dialogues, ses ellipses… et dans l’assemblage fluide de tous ces éléments !
Antonio Banderas (extraordinaire) y campe le célèbre cinéaste Salvador Mallo, alter-ego d’Almodóvar qui lui a prêté ses costumes pittoresques, sa coupe de cheveux et jusqu’à son propre mobilier… Sans oublier sa douleur, condensé de maux physiques, existentiels, émotionnels, psychologiques. Une douleur qui tiraille quasiment chacun de ses gestes, y compris artistiques. Comment créer quand la souffrance n’est plus un moteur, mais une entrave ? Comment ne pas douter quand la gloire confine au déclin ? Salvador, ainsi pris en étau entre son manque d’inspiration, le sentiment d’avoir déçu et son anatomie malade, plonge dans ses souvenirs pour trouver le repos et reprendre goût au présent. 
D’abord pris dans l’apesanteur amniotique d’une piscine, les yeux fermés, Salvador se rappelle un des plus beaux moments qu’il ait vécu : sa mère Jacinta, joyeuse au bord de la rivière, chante au diapason d’autres lavandières et étend le linge fraîchement lavé sur les joncs et la menthe. Le petit garçon d’alors ne peut cacher sa fascination pour cette mère, dont la beauté voluptueuse transcende la rusticité de l’époque. Les cheveux en bataille, le sourire éclatant, la prunelle ténébreuse… 

Salvador émigre avec ses parents à Paterna, un village près de Valence où ils espèrent trouver la prospérité. Ils s’installent dans une grotte troglodyte – le temple de son enfance. On porte l’eau dans des seaux, Jacinta reprise des chaussettes avec un œuf de couture, symbole ultime de résurrection et de vie, ce qui sert astucieusement à relier, dans la narration, le fil du passé et du présent ; de l’enfance des années 60 à la maturité triomphante des années 80. Puis viennent d’autres souvenirs. Son premier amour, la douleur de la rupture qui suivit, l’écriture comme seule thérapie pour oublier l’inoubliable, la découverte précoce du cinéma et du vide, la difficulté de se séparer des passions qui donnent à la vie sens et espoir. On navigue ainsi jusqu’à retrouver Salvador de nos jours, isolé, dépressif, victime de plusieurs maux, retiré du monde et du cinéma.
Ne vous méprenez pas, Douleur et gloire n’a rien de cérébral, rien d’élitiste. Au contraire : c’est une œuvre lumineuse, cathartique, qui tire admirablement parti des ressources de la fiction – de ces « coïncidences » qui n’arrivent que dans les films (ou presque). Tel le premier amant de Salvador tombant par hasard sur sa pièce de théâtre disant tout de son remord face à leur rupture… Ce même amant qui dira : « Il n’y a pas un film de toi que je n’aie pas vu », comme soulagé de voir que leur histoire continue à vivre, par des évocations, des réminiscences en images. 
Au-delà de deux histoires d’amour qui marquèrent le héros et vont ici trouver une issue dans la fiction, ce sont les regrets vis-à-vis de sa mère qui vont s’effacer dans un délicieux retournement final. Les douleurs, ainsi exorcisées, finissent par apparaître mineures, quand elles ne sont pas directement moquées…

Douleur et gloire continue donc d’affirmer cette liberté qui a toujours défini le cinéma d’Almodóvar, par sa manière de multiplier les mises en abyme, d’éclater la narration entre le passé et le présent, entre l’auto-fiction et l’imaginaire. Sans jamais perdre de vue la beauté, ni l’émotion. (Utopia)
Salernes : vendredi 7, dimanche 9 et mardi 11 18h, samedi 8 21h
Le Luc : mercredi 5 et samedi 8 18h30, vendredi 7 21h
Vox Fréjus : mercredi 5 VF 16h10 VO 20h45, jeudi 6 VF 15h, VO 18h15, vendredi 7 VO 14h VF 18h30, samedi 8 VF 16h10 VO 21h, dimanche 9 VF 16h10 VO 18h30, lundi 10 VF 14h VO 20h, mardi 11 VO 15h, VF 20h45

 

LOURDES

Thierry DEMAIZIÈRE et Alban TEURLAI - documentaire France 2019 1h31mn - avec de sublimes inconnus.
 
Ne fuyez pas au prétexte que vous n’avez pas la foi ou que vous en avez marre des documentaires. Vous passeriez à côté d’un film magnifique qui a su emballer les plus anticléricaux et sceptiques d’entre nous. C’est avant tout une grande aventure humaine, qui raconte un besoin de tendresse et de consolation profondément ancré en chacun de nous. 
 
Lourdes commence par une caresse toujours renouvelée, celle de milliers de mains sur une roche polie par leurs doigts autant que par les ans. Des mains toutes différentes, chacune racontant un parcours singulier. Il y a celles, menues et graciles, à peine sorties de l’œuf. D’autres plus grassouillettes qui semblent vouloir arrondir les angles. D’autres toutes ridées comme si elles avaient déjà trop vécu et plus grand chose à espérer… Pourtant toutes espèrent ! Elles ont toutes les couleurs du monde, toutes les couleurs de l’humanité. En quelques plans d’une beauté évidente, on plonge dans un univers aussi sensoriel que réparateur. Puis, progressivement, il y a ces voix qui viennent le peupler, ces voix venues du tréfonds des âmes. Elles nous parlent des jardins les plus secrets, sans ostentation, sans trop en dire. La caméra jamais n’est impudique. L'oreille du preneur de son, l'œil de l'opérateur sont toujours discrets et bienveillants. On vagabonde au milieu de pensées, d’aspirations, d’angoisses proches des nôtres. Nous voilà unis avec nos semblables dans une même communauté de destins. « Nous sommes des hommes, nous sommes des femmes, nous sommes tous un peu perdus » dira le père Jean… Celui-là même qui, sans juger, tend la main aux prostitué(e)s du bois de Boulogne pour lequel il affrète chaque année un bus qui les conduit en pèlerinage. Quelle étrange colonie de vacances ! Des personnages haut en couleurs et en pensées qu’on ne s’attendrait pas à voir dans un lieu saint ! Et pourquoi pas ? Lourdes est un étrange patchwork populaire, plus rock’n roll et libertaire qu’on aurait imaginé. De long temps on n’oubliera l’adorable Isidore. Pute ? Travesti ? Tellement plus que cela !
 
Nous plongeons au-delà des apparences, tout comme ces corps venus s’immerger dans une même eau bénite. Chahutés par la vie, parfois ravagés par la maladie, ils avancent pourtant et nous amènent à dépasser les différences, à nous accepter tels que nous sommes. Et peut-être est-ce là le plus puissant miracle de Lourdes : cette faculté à réunir ceux qui sont cabossés dans leur chair ou dans leur esprit, toutes origines sociales confondues. Tous en repartiront transcendés, même les bien portants, les bénévoles qui pensaient être venus uniquement pour donner. Il faut les voir décompresser lors de leurs nuits bien arrosées dans une ambiance presque paillarde ! Ces hospitaliers, parfois tatoués jusqu’au nombril, sont loin d’êtres des grenouilles de bénitier. Peu auraient imaginé l’intensité des rapports tissés au fil des mots et des gestes.
 
C’est grand bonheur de pénétrer à pas feutrés dans le quotidien de ceux qui n’ont d’autre horizon que l’instant présent, chacun s’attachant à en faire quelque chose de dense. On aime le regard charmeur de Jean-Louis, rescapé d’une peine de cœur, le sourire complice de ce couvreur tombé d’un toit, les espiègleries des manouches déjantés venus en bande… Ce père orné de médailles et de décorations, tout militaire qu’il soit, nous bouleverse, sans parler de cette adolescente sur laquelle le regard de ses camarades tombe comme une double peine… Et puis bien sûr il y a Jean, ce chef d’entreprise dévasté par la maladie de Charcot et dont les mots si beaux transportent toute la poésie et la sérénité des océans. Quand on ressort de ce voyage, riche de ces rencontres, réconcilié avec notre nature profonde, on sait qu’on ne les oubliera pas. Qu’importe qu’on soit croyant ou pas, on est touché par la même grâce universelle et la certitude d’avoir regardé et été regardé comme une personne…(Utopia)
 
Cotignac : dimanche 9 18h

LE CHANT DE LA FORÊT

Écrit et réalisé par Renée NADER MESSORA et João SALAVIZA - Brésil 2018 1h54 VOSTF - avec Henrique Ihjãc Krahô, Raene Kôtô Krahô et les habitants du village de Pedra Branca en pays Krahô... Prix spécial du jury Un Certain Regard - Festival de Cannes 2018.
LE CHANT DE LA FORÊTEntre document ethnographique et fiction enchanteresse, ce film nous emmène au cœur de l’Amazonie, au Nord du Brésil, pour suivre le récit initiatique d’Ihjãc, tout jeune père de famille appartenant à la communauté indigène des Krahô. Le Chant de la forêt est le fruit de la collaboration de la Brésilienne Renée Nader Messora et du Portugais João Salaviza qui étudient depuis de nombreuses années le peuple Krahô. Leur film représente un matériau authentique sur ce peuple primitif dans la mesure où chaque individu joue son propre rôle à l’écran. Ihjãc, sa femme Kôtô, leur fils, les habitants du village, le chaman : tous ont progressivement accepté la présence des cinéastes et livrent leur intimité sans retenue. Mais plus encore, la confiance gagnée a permis aux deux réalisateurs d’élaborer un véritable film de fiction en collaboration avec les Krahô, puisant dans ce que l’un d’eux vivait au moment du film. Ihjãc, alors tourmenté, devait se libérer de l’esprit de son père récemment décédé pour pouvoir trouver sa place au sein de la communauté. À l’étude anthropologique s’ajoute alors une puissante dimension symbolique qui place Le Chant de la forêt dans la lignée des grands travaux des cinéastes-ethnographes, de Robert Flaherty à Jean Rouch.

Dans une nuit aux reflets bleus et émeraude, à la seule lueur de la lune, Ihjãc marche dans la forêt. Il suit l’appel d’une voix lointaine qui le guide vers une cascade. C’est la voix de son père qui l’enjoint de le retrouver et de plonger dans l’eau. Mais cette invitation, Ihjãc sait qu’il ne doit pas l’accepter. L’esprit de son père défunt ne cesse de le hanter. Ihjãc, sa femme et son fils partent dans un premier temps loin du village pour échapper aux esprits. En vain. Le chaman explique à Ihjãc que désormais le perroquet, devenu maître de son esprit, le suit partout et qu’il ne cessera de l’importuner jusqu’à ce qu’il organise le rite funéraire qui permettra à son père de rejoindre le monde des morts. 
Mais surtout, ce qu’Ihjãc a vu dans ses cauchemars annonce une nouvelle étape pour lui. Il a commencé à communiquer avec les morts et ces signes le disposent à devenir lui-même un chaman. Ihjãc le refuse, il n’entend que vivre la vie de famille qu’il a commencé à construire et ne rêve en rien d’incarner le rôle de chaman (on apprendra que les chamans sont souvent tués par les indigènes eux-mêmes, lorsqu’ils ne parviennent pas à guérir ou qu’ils provoquent le mauvais sort). Pensant fuir son destin, Ihjãc rejoint la ville la plus proche sous son nom Portugais, Henrique Ihjãc Krahô, pour soumettre son cas à la médecine occidentale. Mais que peut-il espérer de cette société qui ignore tout de sa condition ?

La magie du film tient à la jonction qu’il opère entre deux trajectoires. Il y a d’un côté le rapport conflictuel d’un jeune homme à sa culture ancestrale et l’aveuglement du monde occidental à tout autre forme de civilisation. De l’autre côté, des cinéastes qui enregistrent sur pellicule une langue, une mémoire et les coutumes d’une communauté immémoriale. Au centre, la prouesse que ce film ait pu servir aux uns et aux autres. Et la croyance folle, presque mystique, dans le cinéma comme rituel pour garder les traces, comprendre le monde et dialoguer avec les morts.
Cotignac lundi 10 20h30
 

LE JEUNE AHMED

Écrit et réalisé par Jean-Pierre et Luc DARDENNE - Belgique 2019 1h24 - avec Idir Ben Addi, Olivier Bonnaud, Myriem Akheddiou, Victoria Bluck, Claire Bodson, Othmane Moumen... Festival de Cannes 2019, Sélection officielle, en compétition
 

Le jeune Ahmed, 13 ans, la caméra puissante et discrète ne le lâche pas un instant. Désarmée par les choix de son petit protagoniste, elle se fait même insistante, prête à l’épauler s’il chute. Elle se tient à l’affût de ses moindres soupirs, plus criants que des mots. Elle ne loupe aucun souffle des personnages, nous laisse à peine le temps de reprendre le nôtre. Ce n’est pas tant l’action qui est mise en scène ici, mais bel et bien l’impuissance des adultes qui gravitent autour de ce jeune Ahmed à l’âme impénétrable. C’est pourtant un gentil garçon qui évolue sous nos yeux. Il transpire la bonne volonté. Poli, il s’applique à être celui qu’on lui demande d’être, même trop. Car la voix prépondérante dans sa tête n’est plus celle de cette enseignante remarquable qui ne s’économise pas pour élever les mômes du quartier au dessus de leur condition sociale. Ni celle de cette mère imparfaite comme toutes mais prête à tout pour ses enfants. Ni celle des copains, jugés insuffisamment pieux. La voix prépondérante ne sera même plus celle de l’imam intégriste qu’Ahmed s’était mis à suivre aveuglément. Tous seront dépassés par cet élève, ce fils, ce disciple. La voix prépondérante ne sera bientôt plus que celle de Dieu lui-même, ou plutôt celle d’un Coran revisité pour pousser à la haine plutôt qu’à l’amour.
C’est simple de détourner un adolescent qui se cherche et redoute les changements de son corps, c’est presque trop facile d’utiliser sa peur de ne pas être à la hauteur. Quand on a treize ans, on a soif d’absolu. Quand on a treize ans, on a des certitudes, refuges illusoires. Quand on a treize ans, on ne mesure pas toutes les conséquences de ses mots et de ses actes. On connaît peu la fragilité de l’existence ou on ne veut pas la voir, car elle aussi fait peur.
C’est ainsi qu’entre deux révisions, deux prières, Ahmed va avoir la volonté d’un geste brave, pour purifier son monde et se faire une place dans l’autre, auprès de son cousin mort au jihad et glorifié comme martyr. L’imam au verbe haut lui semble soudain bien pleutre, l’heure venue de passer à l’action. Ahmed s’apprête donc à le faire avec ses maigres moyens, mais une détermination farouche. Quelques connexions internet plus tard, le voilà prêt à commettre un acte aussi irréparable que stupide. Tout autour, sans imaginer l’impensable, les adultes s’inquiètent, désemparés de voir leurs bonnes vieilles recettes inopérantes face à l’adolescent en pleine ébullition intérieure, devenu indocile et qui se pense en droit de leur donner des leçons. Placé en centre fermé, entouré d’éducateurs redoutablement patients, respectueux et aguerris, Ahmed refusera d’abord toutes les mains tendues, s’enfermant dans son mutisme, refusant jeux, travaux à la ferme et tout contact avec cette vie organique où pourtant une jeune adolescente drôle et sensuelle le dévore des yeux… La suite ? On l’espère, tout autant qu’on la redoute.
S’il nous exaspère, s’il nous effraie, jamais on ne parviendra à détester Ahmed. C’est toute la force du cinéma des Dardenne, toute la force de ce film qui nous laisse avec la vision indélébile d’un gosse mal dégauchi qui fait ses ablutions, de ses gestes répétitifs, presque des tocs, de sa fragilité adolescente, de sa démarche mal assurée, de ses pieds introvertis, rentrés en dedans comme s’ils ne pouvaient aller vers le monde, s’ouvrir à lui. Avec son popotin un peu trop présent qui lui donne de dos des courbes androgynes, Ahmed n’a pas fini de nous déconcerter. Pas si loin de ce qu’on était à cet âge-là, pas si loin de tous les ados que l’on croise dans la rue, dans nos vies.(Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 5 et samedi 8 16h20 et 18h30, jeudi 6 15h, 20h30, vendredi 7 18h20, 21h, dimanche 9 16h15, 18h05, lundi 10 14h, 18h05, mardi 11 15h, 20h45
 

SIBYL

Justine TRIET - France 2019 1h40mn - avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Hulliel, Niels Schneider, Sandra Hüller, Laure Calamy... Scénario de Justine Triet et Arthur HarariFestival de Cannes 2019, Sélection officielle, en compétition.

Écrire l'éloge de Sybil, c'est d'abord clamer celui de Virginie Efira, absolument incroyable, irrésistible dans le rôle titre. Virginie Efira qui s'impose film après film comme une comédienne exceptionnelle dans tous les registres, que ce soit dans la pure comédie – Caprice, d'Emmanuel Mouret, Victoria, de Justine Triet déjà – ou dans une veine plus dramatique – Elle, de Paul Verhoeven, en second rôle capital, et plus encore Un amour impossible, de Catherine Corsini. Bref la magnifique Virginie Efira constitue à elle seule une bonne raison de voir le nouveau film de Justine Triet, qui elle aussi s'impose à vitesse grand V comme une réalisatrice importante dans le cinéma français.

Sibyl est une psychanalyste qui a décidé de mettre son divan au garde-meuble pour se consacrer à la littérature. Mais il lui faut bien reconnaître que ce changement de vie est laborieux et s'accompagne d'un défilé de patients désespérés, qui vivent très mal ce qu'ils considèrent comme un abandon. Et ça se complique encore quand une jeune actrice suicidaire l'appelle au secours alors qu'elle est face à un choix cornélien : avorter ou pas de l'enfant qu'elle attend de son partenaire à l'écran, marié à la réalisatrice du film qu'elle est en train de tourner ! Et si ce n'était que ça… Sibyl a une vie de famille jamais simple, avec une sœur gentiment caractérielle et fantasque, et surtout elle ne parvient pas à tourner la page d'un amour perdu, qui lui a laissé un enfant.
Comme dans ses précédents films, Justine Triet passe du rire aux larmes, jongle avec les situations extrêmes et absurdes, entremêle les pistes et les récits, le récit réel se mêlant à celui d'un roman en cours, de quoi nous égarer pour mieux nous retrouver, usant de ses thèmes récurrents : les enfants et les responsabilités maternelles, le chaos des sentiments amoureux, l'absurdité de certains milieux professionnels comme celui du cinéma.
D'ailleurs, s'échappant dans une seconde partie des milieux urbains, le scénario nous emmène à Stromboli, la fabuleuse ile éolienne volcanique à l'imaginaire si cinématographique depuis le film de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman. C'est sur cette île mythique que se déroule le tournage qui voit la jeune Margot se débattre entre son partenaire-amant et sa réalisatrice-rivale, tandis que Sibyl est censée soutenir psychologiquement la jeune actrice. Ce décor de carte postale à la fois merveilleusement concret et irréel est parfait pour faire exploser les sentiments les plus extrêmes.
Au cœur de ce grandiose chaos, les actrices déroulent leur talent fou, autour de la reine Virginie : Laure Calamy, qui fait une formidable sœur tourmentée, l'Allemande Sandra Hüller, (l'extraordinaire Inès de Toni Erdmann), la réalisatrice et femme trompée, qui tente de garder son professionnalisme et ne va pas vraiment y arriver, et Adèle Exarchopoulos, parfaite dans le rôle de la jeune femme en proie à un dilemme impossible.(Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 5 et samedi 8 14h, 18h30, jeudi 6 20h30, vendredi 7 et lundi 10 16h20, dimanche 9 14h, mardi 11 18h15
 

90’S

Écrit et réalisé par Jonah HILL - USA 2018 1h25mn VOSTF - avec Sunny Suljic, Katherine Waterson, Lucas Hedges, Na-Kel Smith, Olan Prenatt, Gio Galicia... Musique originale de Trent Reznor et Atticus Ross.
90’SIl fut une décennie où les laboratoires Mercurochrome tournèrent à plein régime. Au milieu des années 80, puis au début des années 90, la mode du skate explose aux Etats Unis puis dans le reste du monde, liée à la culture hip hop autant que rock : des générations d'adolescents et de jeunes adultes se ruinent les genoux et les coudes à tenter ollie, varial flip, 50-50 grind et autres figures plus ou moins acrobatiques. 
La Mecque du skate n'est pas le Trocadéro parisien mais bien Los Angeles. Stevie, 13 ans, y vit avec sa mère célibataire un peu dépassée et un grand frère caractériel qui a la fâcheuse habitude de le tabasser pour un oui ou pour un non. Pourtant c'est bien la chambre de Ian, son aîné, qui fait rêver le jeune Stevie : ses murs sont recouverts de posters de Mobb Deep ou Naughty by Nature, groupes indispensables du hip hop de l'époque, et de casquettes de baseball et de skate soigneusement alignées. Mais cet été-là, c'est sa rencontre avec une bande de skateurs, qui animent et squattent une boutique de planches et de street-wear, qui va changer le destin du jeune garçon. Ce sera l'été des premières fois, et des premières transgressions, car le monde du skate et du hip hop s'affranchit joyeusement des lois et de la morale…

A ce moment là de la lecture, certains d'entre vous qui pensent être trop jeunes, trop vieux, trop loin de cet univers, se disent peut-être que ce film n'est pas pour eux. Qu'ils se détrompent ! Tout un chacun peut être touché par la grâce de ce 90'S qui est avant tout un magnifique film d'amitié et d'initiation avant le basculement dans l'âge adulte. Car l'histoire de Stevie, c'est l'histoire de bien des adolescents solitaires qui cherchent, tels des petits animaux abandonnés, une meute pour y trouver le réconfort d'une nouvelle famille. Et Ray, le génial skateur pro, grand frère de substitution, protecteur et philosophe ; Fuckshit, le chien fou qui aime se prendre des murs autant en skate que dans la vie ; Ruben, le jeune latino maltraité par ses parents ; Fourth Grade, le cinéaste amateur parfois un peu crétin… vont constituer cette famille. Une famille qui transcende clivages sociaux et raciaux, autour d'une passion et d'une envie frénétique de dévorer la vie à vitesse de skate lancé à pleine allure dans les rues de la ville.
Le film déborde d'une authenticité saisissante. Il faut dire que Jonah Hill, connu jusqu'ici comme acteur rondouillard dans des comédies, souvent signées Judd Apatow, qu'on ne programme pas à Utopia (mais il donne aussi la réplique à Di Caprio dans Le Loup de Wall Street), a nourri son récit de ses souvenirs d'adolescent solitaire dans le Los Angeles des années 90 dont il restitue merveilleusement l'atmosphère. Les images, en format standard (l'équivalent du 4/3), sont à la fois simples et extrêmement soignées, les personnages existent, vivent, respirent, les séquences de skate en fish eye nous replongent dans l'ambiance de l'époque… Bref c'est formidablement réussi.
Et Jonah Hill a réuni un casting de génie, associant de jeunes prodiges comme Sunny Suljic (déjà saisissant dans La Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos) dans le rôle de Stevie et d'authentiques figures du skate comme les géniaux Na-Kel Smith qui incarne Ray, le charismatique leader de la bande, et Olan Prenatt, le chevelu Fuckshit, icône et modèle de nombreuses marques de skate depuis son plus jeune âge. Enfin, cerise sur le gâteau, une bande son extraordinaire, nostalgique en diable, concoctée entre autres par Trent Reznor, ancien leader du mythique groupe Nine Inch Nails.(Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 5 20h45, jeudi 6 et mardi 11 18h15, vendredi 7 16h20, samedi 8 14h, 21h, dimanche 9 16h30, 21h, lundi 10 16h20, 20h45
 

PETRA

Jaime ROSALES - Espagne 2018 1h47VOSTF - avec Barbara Lennie, Alex Brendemühl, Joan Botey, Marisa Paredes... Scénario de Jaime Rosales, Michel Gatzambide et Clara Roquet.
PETRAC’est là, au sommet des collines qui dominent les vignes, que la brune Petra vient chercher une sorte de rédemption, loin de tout mysticisme. Sous couvert de participer à une résidence d’artiste, elle débarque par un beau matin clair dans les pattes d’un plasticien qui aurait l’âge d’être son père. La renommée internationale de Jaume Navarro en impose déjà à la jeunette subjuguée, sans même qu’elle l’ait rencontré. Il va vite s’avérer que notre souricette est tombée dans la tanière d’un raminagrobis expérimenté dans l’art et la manière de torturer longuement ses proies. Oh pas physiquement, non ! Notre patriarche est plus subtil, plus pervers… Il se plaît à ferrer intellectuellement ses disciples, à les humilier doucement, à les égratigner verbalement jusqu’à les faire abjurer toute estime de soi.
L’accueil dans sa grande propriété cossue est roide. Marisa, sa compagne, peu engageante, se révèle aigrie et cassante comme le sont les êtres dominés, prompts à évacuer leur haine retenue sur la première bouc-émissaire venue. On ne sait si elle met en garde Petra par solidarité féminine ou pour protéger ses arrières et sa cage dorée. Toutes deux se regardent en chiens de faïence, guettant les pas du maître, jalousant l’attention qu’il pourrait porter à l'autre. Elles se reniflent mutuellement, jaugeant les failles de la potentielle adversaire, prêtes à dégainer leurs crocs. Elles pourraient tout aussi bien être deux alliées ou rivales piégées dans la maison de Barbe Bleue, chacune se demandant laquelle est la première capable de vendre la peau de l’autre pour épargner la sienne. Leur ton policé peine à cacher leur stratégie guerrière. 

L’espace d’un souffle glacial, on songe avec effroi à quel point il est facile de passer du statut de victime à celui de tortionnaire. L’inconstance humaine nous glace les sangs. Quand Petra déclare rechercher la vérité dans l’Art, Marisa la questionne sur ceux qui mentent. Quand Petra affirme que l’argent ne l’intéresse pas, Marisa lui rétorque que la seule chose que Jaume peut lui apprendre est pourtant comment en gagner. De fait le grand artiste est en tous points un être détestable. Même son fils le décrira un peu plus tard comme un être hybride et cruel. Tous ceux qui surnagent dans l’aréopage du grand mâle dominant y tiennent un rôle ambigu et peu reluisant.
Pourtant Petra, obstinée, malgré les propos malveillants qui fusent de tous bords, va étonnement ne pas lâcher l’affaire, même si les mots que lui décoche Jaume sont choisis pour la blesser profondément. Petra est un personnage complexe, imprévisible, qui essaie de dissimuler son besoin de reconnaissance sous une assurance de façade. Que cherche-t-elle, qui est elle vraiment ? Elle semble courir aveuglément après un idéal inaccessible, comme animée par une forme de recherche identitaire, encore tout endolorie par la perte de sa mère. Progressivement les doutes s’invitent, vénéneux. Dans ce microcosme toxique, on se prend à douter de tout. On ne sait plus si on est dans la froide réalité alors même que chaque piste suggérée se distord constamment, fuyant la lumière sereine du jour. C’est trouble, hypnotique, tout à fait captivant…

Bárbara Lennie excelle dans le rôle-titre, tandis que les trop courtes apparitions de Marisa Paredes transpercent l’écran. Ensemble elles forment un duo impeccable qui progressivement s’impose, défie l’ordre établi. Le récit est orchestré de façon magistrale par Jaime Rosales (découvert il y a douze ans avec le très beau La Soledad), qui amène chaque retournement avec une précision millimétrée et une élégance folle.(Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 5 14h, jeudi 6 et mardi 11 15h, vendredi 7 et lundi 10 18h30
 

PIRANHAS

Claudio GIOVANNESI Italie 2019 1h52 VOSTF
avec Franscesco Di Napoli, Ar Tem, Alfredo Turrito, Viviana Aprea, Valentina Vannino… Scénario de Maurizio Braucci, Roberto Saviano et Claudio Giovannesi, d'après le roman de Roberto Saviano (Ed. Gallimard)

Festival de Berlin 2019 : Ours d'Argent du meilleur scénario
Festival du film policier de Beaune 2019 : Prix du Jury

 
On sait tous que le piranha est ce poisson laid à faire peur, aux dents acérées, familier des cours d'eau équatoriaux d'Amérique latine qui, bien que petit par la taille (au maximum 25 centimètres), est capable, en bancs, de s'attaquer à des proies bien plus imposantes… et de les tailler en pièces. On ne saurait trouver image plus glaçante pour évoquer les jeunes héros du film (ils ont entre 12 et 16 ans) qui, à peine sortis du giron de leur mère, a priori inoffensifs individuellement, vont pourtant, en bande, semer la terreur dans les quartiers populaires de Naples.
Au départ il y a le roman très documenté, inspiré de nombreux faits divers, écrit par Roberto Saviano. Saviano est devenu en quelques années un des hommes les plus respectés en même temps que l'un des plus haïs d'Italie. Journaliste hors pair, il a en 2006, dans Gomorra (adapté d'abord au cinéma par Matteo Garrone puis en série pour la télévision), réalisé une enquête approfondie sur la Camorra napolitaine et la façon dont elle gangrène la vie de tous les habitants de la Campanie, ainsi que sur toutes ses ramifications jusqu'à l'Espagne. Depuis, l'écrivain et journaliste vit sous permanente protection policière, la Camorra ayant juré d'avoir sa peau. Cette protection a d'ailleurs été récemment menacée lorsque Saviano s'est clairement opposé au gouvernement Salvini et à sa politique migratoire…
Dans Piranhas, Saviano évoque l'évolution inquiétante de la Camorra napolitaine qui voit les vieux parrains d'autrefois – qu'il n'idéalise nullement – progressivement supplantés, voire tout bonnement éliminés par des gangs de très jeunes gens qui veulent tout tout de suite, le pouvoir et l'argent, au prix de risques insensés que n'auraient peut-être pas pris leurs aînés, s'affranchissant des prétendues règles qui régissaient les guerres entre clans.

Dans l'adaptation de Claudio Giovannesi (réalisateur du très beau Fiore), on suit la naissance d'un gang de jeunes à peine adolescents autour de la gueule d'ange Nicola. Des garçons encore enfantins, qui aiment leur mère plus que tout mais traînent leur désœuvrement et leur absentéisme scolaire, vivant dans un monde où l'illégalité ambiante est devenue la norme, où la seule perspective est la déconne entre potes et la réussite rapide, quels qu'en soient les moyens. Giovannesi filme le basculement de ces garçons à peine pubères, parfois fleur bleue comme Nicola tombant éperdument amoureux de la jolie Letizia, qui croient à l'amitié éternelle comme on y croit à 15 ans et vont pourtant commettre des actes irréversibles qui vont faire exploser toutes ces valeurs. Giovannesi utilise parfaitement la fraîcheur et l'authenticité de ses jeunes comédiens, choisis dans les rues de Naples. Les rues et leur beauté brute qui voient des blagues d'adolescents (notamment cette scène mémorable où la bande de Nicola parvient à voler le sapin de Noël géant d'une galerie commerçante de luxe) se transformer en crimes sanglants commis au guidon des scooters. Tout aussi saisissant que pouvait l'être GomorraPiranhas est la radiographie effarante d'une génération perdue dans un pays en proie à tous les tourments. (Utopia)
Vox Fréjus ; mercredi 5 14h, 18h20, 20h45, jeudi 6 18h15, 20h30, vendredi 7 et dimanche 9 14h, 18h30, 21h, samedi 8 14h, 18h20, 21h, lundi 10 15h; 18h15, 20h45, mardi 11 18h15, 20h45







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