Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 septembre 2018

Bonjour à tous !

Et voilà : Entretoiles vous retrouve après un bel été !

Et voici tout de suite nos propositions cinéphiles pour ce mois de rentrée : tout d'abord, nous vous donnons rendez-vous au CGR ce lundi 10 septembre à 20 heures, pour voir avec nous Moi et le Che, sympathique comédie sur la perte des illusions, de Patrice Gautier, en sa compagnie et celle de l'acteur Patrick Chesnais qui seront avec nous, tous les deux, lors de cette soirée, pour le présenter et animer le débat qui suivra. Venez nombreux et il est peut être prudent de réserver.

Quelques jours plus tard, le dimanche 16, nous vous attendons de nouveau pour notre 1ère soirée à thème de l'année "Jeunes et américains" avec La route sauvage de Audrew Haighune quête et un voyage boulversants,  et Katie says goodbye de Wayne Roberts, un vrai coup de cœur,  avec, bien sûr notre apéritif Entretoiles entre les deux films.

Et nous terminerons le mois avec En guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, le 30 septembre

Dans la programmation ordinaire des cinémas, au CGR, vous pouvez voir aussi Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré.

Au Vox, Sofia ,de Meryem Benm'Barek, un 1er film percutant, My lady de Richard Eyre, film passionnant et élégant, The Guilty de Gstav Moller, original et très prenant, Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes, et enfin l’inénarrable Woman at war de benedikt Erlingsson, un récit brillant et émaillé de surprises...

A Lorgues, allez voir Mary Shelley de Haifaaal-Mansour, qui va du bonheur au drame et Une pluie sans fin (que nous vous proposerons en octobre) de Dong Yue, un 1er film d'une maîtrise absolue.

Et pour terminer, vous trouverez ici aussi le programme de la rentrée du Ciné Soupe à La Redonne

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

Moi et le Che, de Patrice Gautier (France, 1h30). Scénario: P. Gautier. Avec Patrick Chesnais, Fanny Cottençon, Laurent Bateau, Michel Aumont..

Un prof d’université soixante-huitard, en plein doute existentiel, cherche à savoir s’il a trahi ses idéaux de jeunesse. Patrice Gautier signe une petite comédie anar, où Patrick Chesnais s’amuse comme un gamin.

« L’avenir, c’est l’art d’accommoder les restes. » Tel est le slogan de cette comédie, mineure mais sympathique, sur la perte des illusions. Trente-trois ans après son premier long métrage pour le cinéma (L’Amour ou presque), Patrice Gautier imagine un prof d’université soixante-huitard à l’heure du bilan. Loin de se réduire à du bavardage, cette interrogation existentielle prend la forme d’une mini-enquête autour d’une photographie d’Ernesto « Che » Guevara prise en Bolivie en 1967 – c’est la meilleure idée du film. Le héros n’y apparaît pas, alors qu’il est persuadé d’avoir assisté à la scène. Paradoxalement, sa présence pourrait faire de lui un traître puisque, raconte-t-il, figure sur le cliché celui qui a vendu le héros de la révolution cubaine à la CIA. Lequel devient pure allégorie des idéaux de jeunesse.

Le réalisateur, habitué aux normes de la télévision – il y a fait l’essentiel de sa carrière –, profite de l’occasion pour se libérer des dogmes scénaristiques. Son film repose sur une succession de saynètes foutraques et une narration distanciée : les proches de l’enseignant lui rendent successivement visite dans son appartement, vidé après le départ de sa femme, et multiplient les adresses à la caméra. Moi et le Che aurait, bien sûr, mérité d’être resserré. Pourtant l’écriture de Gautier, brouillonne mais toujours spontanée, lui donne une sorte de fraîcheur anar.

Dans ce rôle d’intellectuel grincheux fan de rock, Patrick Chesnais cabotine joyeusement : il s’amuse, lui aussi, comme un gamin. Pour son one-man-show en quasi-huis clos, il est épaulé par de vieux briscards (Michel AumontMohamed FellagPhilippe Nahon). Qu’il soit aussi l’alter ego du cinéaste donne à ce long métrage des allures de comédie générationnelle. (Télérama)

CGR : Une seule séance lundi 10 à 20h en présence du réalisateur Patrice Gautier et de l'acteur Patrick Chesnais. Il est utile de réserver.

 

LA ROUTE SAUVAGE

(Lean on Pete) Écrit et réalisé par Andrew HAIGH - USA 2017 2h01mn VOSTF - avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Travis Fimmel, Thomas Mann (II)... D'après le roman de Willy Vlautin.

Comme le magnifique The RiderLa Route sauvage trouve son ancrage et son inspiration dans les paysages et les mythes ô combien cinématographiques du western et nous entraîne dans un splendide voyage dans le Grand Ouest américain, adaptant un roman du folk singer de l'Oregon Willy Vlautin. Au cœur du récit, le jeune Charley, 15 ans, laissé à lui même par un père inconstant, fêtard et séducteur, aimant sans doute mais plus encore irresponsable. Charley retrouve goût à la vie et espoir dans un avenir jusque là mal barré quand il croise le chemin de Del, entraîneur de chevaux de courses qui lui propose un petit boulot. Charley se construit là une famille de substitution, avec également Bonnie, une jeune femme jockey désabusée, brisée par les chutes et par les déceptions de la vie. Mais surtout l'adolescent se prend d'affection pour Lean on Pete (c'est le titre original du film), un vieux cheval qui dispute sans doute ses dernières courses et qui risque bien d'être rapidement conduit à l'abattoir : le milieu des courses n'est pas tendre avec les chevaux devenus inutiles… Mais Charley ne va pas laisser faire : quand il sent que le sort funeste de Lean on Pete est scellé, il se lance avec lui dans une fuite aventureuse à travers les montagnes et les étendues arides du Nord-Ouest américain, à la recherche d'une tante adorée dont la vie l'a séparé.

La Route sauvage, dont le titre français sonne comme celui d'un western de John Ford ou d'Henri Hattaway, est un grand beau film à la fois exaltant et désenchanté. Andrew Haigh décrit bien l'univers agité et pathétique des courses de chevaux de deuxième zone, petits gagnants et grands perdants, avec ses entraîneurs magouilleurs dont on ne sait trop si on doit les trouver antipathiques ou pittoresques. Mais on trouve en contrepoint, aussi bien dans le regard usé mais qui veut encore y croire de Bonnie que dans l'œil neuf et candide de Charley, le profond amour des chevaux qui les habite et qu'ils nous transmettent. Et puis il y a le plaisir du voyage dans ces espaces où nulle frontière d'Etat ne semble pouvoir vous arrêter, de la balade dans ces immensités qui font partie intégrante de l'histoire du cinéma américain et de l'amour qu'on lui porte, ici magnifiées par le travail remarquable du directeur de la photographie.

C'est aussi et surtout le film d'une reconstruction, celle de Charley (impressionnante interprétation du jeune Charlie Plummer, récompensé dans plusieurs festivals), adolescent formidablement attachant qui, avant de basculer dans l'âge adulte dont il pressent bien tous les renoncements qui l'accompagnent, veut retrouver coûte que coûte la chaleur d'un foyer incarné par cette tante perdue dont il cherche inlassablement la trace à l'autre bout de l'Etat, autant dire à l'autre bout du monde. Et cette quête est aussi bouleversante que le voyage lui-même. (Utopia)

CGR dimanche 16 septembre à 18h

 

KATIE SAYS GOODBYE

Écrit et réalisé par Wayne ROBERTS - USA 2016 1h26mn VOSTF - avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Chris Lowell, Mireille Enos, Jim Belushi, Mary Steenburgen...

Coup de cœur unanime de l’équipe d’Utopia (ce n'est pas si fréquent !) pour ce premier film. Olivia Cooke est une irrésistible, une inoubliable Katie. On sort de Katie says goodbye en état de grâce, encouragés à ne jamais baisser les bras quoiqu’il advienne, à l’instar de l’étonnante protagoniste de l’histoire. 
Qu'y-a-t-il de plus joli chez Katie ? Son sourire angélique qui dévoile de séduisantes fossettes ? Son regard lumineux qui semble rendre le monde plus doux en un battement de cils ? Sa gracieuse silhouette qui se découpe au dessus des herbes rabougries, roussies par le soleil ? Qu’importe ! On est immédiatement conquis. Au beau milieu de n’importe où, Katie semble avoir poussé telle une improbable fleur sur le bitume aride. C’est d’un pas décidé et sautillant qu’elle aborde son parcours journalier au bord de l’interminable route qui la conduit du mobile home, où elle vit à l'étroit avec sa mère Tracey, au petit restaurant routier dans lequel elle bosse comme serveuse. Ici il n’y a rien d’autre, si ce n’est une station essence et quelques maisons en dur pour les mieux nantis qu’elle. Un microcosme fantomatique, hors du temps, perdu dans l’immensité des paysages désertiques de l’Arizona. Seuls les rares camions qui défilent semblent témoigner qu’un ailleurs est possible.

Ici, dans cette communauté isolée et poussiéreuse, battue par les vents, nul ne peut échapper longtemps au regard d’autrui. Même ceux qui feignent de l’ignorer savent comment Katie arrondit ses fins de mois. Si elles ne sont pas celles d’un père, les figures masculines ne font pas défaut dans sa vie. Elle n’y voit pas de mal, non qu’elle soit naïve, mais la chose fait partie depuis toujours de son quotidien : les gémissements des mâles, ceux de sa mère, si proche, si lointaine… Sans une once de malice, Katie donne à qui sait donner, à qui lui donne. Perpétuellement vêtue de son petit tablier blanc et de son uniforme rose comme s’ils étaient ses uniques vêtements, entre deux services, elle amasse quelques précieux billets supplémentaires grâce à des passes rapides qui n’empêchent pas la tendresse, comme c’est le cas avec Bear, un gros nounours de camionneur, en âge d’être son père, qui la couverait presque. Bear c’est plus qu’un simple client, c’est un confident, une épaule rassurante, un de ceux qui la respectent, la voient telle qu’elle est, généreuse, toujours prête à faire le bien, mais pas forcément tel qu’on l'enseigne à l’église ou dans les leçons de morale. Katie est une juste qui ne s’embarrasse pas de préjugés. Si son travail est avant tout alimentaire, elle y trouve comme une seconde famille, peut-être même sa seule famille sans que ce soit énoncé, la patronne de la gargote, Maybelle, étant tellement plus prévenante et attentionnée, bref en un mot plus « maternelle » envers Katie que son immature génitrice perpétuellement empêtrée dans ses histoires de fesses. Pourtant sa fille, inoxydable optimiste, jamais ne la juge, ne la condamne. Au contraire, c’est elle qui dorlote, qui écoute, fait à manger, rapporte l’argent pour permettre à leur duo de survivre. Là où d’autres auraient baissé les bras, pris dans la nasse de ce lourd quotidien, Katie avance radieuse et s’escrime à mettre secrètement assez d’argent de côté pour se payer un aller sans retour vers un eldorado meilleur, avec pour seul bagage l’espoir inaltérable de ses dix sept ans.

Mais la vie, sous les traits d’un beau brun ténébreux quasi mutique, Bruno, va venir chambouler ses sens et ses plans. Pour la première fois Katie aime et va découvrir que c’est une chose bien plus compliquée qu’elle ne l’aurait pensé. D’autant que ce qui aurait dû être un premier amour idyllique va vite être terni par l’empreinte d’un entourage impitoyable et malveillant envers celle qui pourtant est la bienveillance incarnée. On frémit pour elle en la voyant si fragile et désarmée. On constatera bientôt qu’il est des batailles qui se mènent sans armes. 

CGR : dimanche 16 septembre à 20h30

 

 

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça  fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : Tous les jours sauf lundi 10 : 14h, 16h, 17h55, 19h50 - Lundi 10 14h, 16h, 17h55

 

SOFIA

Écrit et réalisé par Meryem BENM'BAREK - Maroc/France 2018 1h20mn VOSTF - avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles...

C’est un Maroc complexe, que l’on voit peu au cinéma, que nous montre ce premier film percutant. Il commence par l’histoire presque banale d’une jeune fille, Sofia, pour embrasser des enjeux qui dépassent largement ceux du simple cadre familial. D’ailleurs, la première phrase du film donne le ton : ici, « sont passibles d’emprisonnement toutes personnes ayant des relations sexuelles hors mariage. »

Sofia… Avec ses airs maussades de chatte échaudée, on croirait presque qu’elle est une de ces « fatmas » embauchées au service d’une famille bourgeoise casablancaise tant on a du mal à deviner qu’elle en fait partie intégrante. Pourtant ce sont bien ses oncle et tante auxquels elle apporte les plats ; et la jolie demoiselle à leurs côtés, svelte et élégante, est bel et bien sa cousine Lena. Au premier coup d’œil, il semble clair que les deux jeunes femmes n’ont de commun que le nom et qu’elles ne sont pas de la même extraction sociale. Lena a l'élégance naturelle, un niveau culturel suffisant pour boucler ses études de médecine et devenir indépendante, l’aisance et l’assurance de celles qui sont bien nées. En témoignent son maquillage discret, ses vêtements occidentaux, tandis que Sofia transpire fébrile sous une Djellaba informe qui semble la prédestiner à une vie arrangée par d’autres. Lena ne lui prêterait d’ailleurs guère attention si elle ne se sentait investie de son rôle de future toubib. Car sa cousine a beau essayer de minimiser la chose, les grimaces que lui arrachent les maux de ventre qui régulièrement l’assaillent deviennent progressivement difficiles à dissimuler. Quand enfin elle se laisse examiner par Lena, à l’abri des regards, dans l’intimité de la cuisine, le diagnostic est cinglant : Sofia est enceinte, voire au bord d’accoucher. L’enfant à naître devenant une preuve criante que la jeune fille en fleur a fauté, hors mariage. Une grossesse tellement impensable et si peu désirée qu’elle ne l’a même pas ressentie, ni soupçonnée.

Prétextant l’amener à la pharmacie, Lena embarque sa cousine dans un périple palpitant entre hôpitaux, postes de police et bas quartiers de Casablanca dans l’espoir de trouver une solution tout en cachant la situation à la famille. Plus l’intrigue avance, monte en puissance, plus on mesure combien cette course contre la montre est désespérée. Trouver une main tendue dans un pays qui promet la geôle aux êtres secourables est quasiment peine perdue. C’est un poids terrible qui pèse tant sur les épaules des soignants qui pourraient être compatissants que sur celles des fonctionnaires qui collaborent peu ou prou à un système injustement répressif. Plus Sofia se tord de douleur sous l’effet des contractions, plus on doute qu’elle puisse trouver un havre où accoucher en paix. Et quand bien même, il lui faudrait encore dénoncer un géniteur ou un violeur dans l’espoir, si ce n’est d’éviter, du moins de réduire la sentence qui menace de s’abattre sur elle. Mais on devine qu'une peine acceptée et purgée ne serait même pas suffisante pour endiguer la vindicte populaire. Quelques instants de tendresse ou de désir chèrement payés ! se dit-on, mais rien ne sera, là encore, aussi simple qu'on l'imagine. 

L’histoire de Sofia, très réaliste, est l’occasion d’aller explorer les arcanes cachés d’une société qui, sous ses airs modernistes, maintient une partie de sa population (féminine comme masculine) dans des carcans séculaires. Le film devient alors dénonciation sociologique et politique, jamais démonstrative mais ô combien efficace. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 5 13h, 18h40, 21h - jeudi 6 13h50, 18h40, 20h45 - vendredi 7 13h50, 16h, 20h45 - samedi 8 13h50, 18h40, 20h45 - dimanche 9 et mardi 11 13h50, 18h40, 21h - lundi 10 13h50, 18h20, 21h

 

MY LADY

(THE CHILDREN ACT) Richard EYRE - GB 2018 1h45 VOSTF - avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fion Whitehead, Jason Watkins, Ben Chaplin... Scénario de Ian McEwan d’après son roman L'Intérêt de l'enfant (The Children act).

L’action se déroule dans un Londres sublimé, délicieux melting-pot d’histoire et de modernité, de démocratie et de monarchie. Elle s’immisce entre ses hautes tours, ses bâtiments vénérables, ses clochers et leurs querelles dont les plus sévères finissent communément par échouer devant la majestueuse Cour Royale de Justice du Royaume-Uni. C’est ici que siège une drôle de dame, Fiona Maye, l’élégance faite juge aux affaires familiales. Celle que tous appellent avec déférence « My Lady ». Un titre gagné à grand renfort d’heures passées derrière des monticules de dossiers, sans ménager sa peine, sans compter les heures. C’est le prix de l’excellence. Un travail quotidien acharné souvent passionnant, parfois ingrat, toujours angoissant. La peur de se tromper accompagne chaque sentence rendue… Une peur et tant d’autres sentiments qu’il a fallu apprendre à maîtriser et à cacher. On comprend que la charge est terrible : la magistrate au sommet du prétoire a tout d’une femme de marbre au sang froid. Et pourtant, si on la piquait, ne saignerait-elle pas ? Nous sommes après tout au pays de Shakespeare… 
La grande finesse du jeu d’Emma Thompson est de laisser transparaître, sous la cuirasse impénétrable que s’est forgé son personnage, les frémissements imperceptibles d’un cœur qui continue de battre malgré son ostensible détachement.
Ils ne sont pas nombreux à percevoir les émotions qui habitent Fiona Maye. Son rigorisme perpétuel la rendrait presque tyrannique envers son entourage qui fait pourtant tout pour l’épauler. À commencer par son greffier « so british ! » petit bonhomme d’une exquise courtoisie qui anticipe ses moindres faits et gestes, la dorlote sans le laisser paraître, comme s’il la vénérait secrètement. Et puis son charmant mari, Jack (le craquant Stanley Tucci), un homme fin, habitué depuis le temps à s’effacer, à ne récolter que des miettes de tendresse quand sa compagne en perpétuelle tension lâche la bride, ce qui n’arrive plus très souvent. Pourtant il lui réserve toujours ses sourires les plus doux, ses regards les plus tendres, son humour, sa compréhension. Mais aimer éperdument cette femme inaccessible, vampirisée par l’institution judiciaire, est un parcours du combattant qui est à deux doigts de venir à bout de sa résistance… 
Une affaire chassant l’autre, Fiona Maye se penche sur la vie des autres, négligeant la sienne. Impossible de prendre un temps pour elle-même alors qu’elle doit arbitrer un cas d’une urgence vitale : un jeune témoin de Jéhovah atteint d’une leucémie refuse (soutenu par ses parents) la transfusion de sang qui pourrait le sauver. Ce serait un gamin, l’affaire serait vite tranchée : le « Children act » qui fait prévaloir l’intérêt de l’enfant ferait figure de « formule magique », et sa demande serait refusée. Il serait majeur, son choix prévaudrait. Mais Adam (Fionn Whitehead, étoile montante du cinéma britannique) est entre deux âges, à quelques mois de la majorité. La juge pointilleuse veut pousser l’investigation plus loin : Adam, du haut de ses dix-sept ans, est-il pleinement conscient des conséquences de son choix ? Ce choix est-il vraiment le sien ou celui de son entourage ? L’adolescent ne pouvant comparaître, notre magistrate décide d’aller à son chevet avant de rendre son verdict. Une décision qui va défrayer la chronique. La presse s’en empare. L’Angleterre entière semble suspendue aux lèvres de Fiona, ajoutant un peu plus de pression sur ses épaules.

Sur son lit d’hôpital, Adam a une gueule d’ange déchu, fragile. Son intelligence vive séduit son monde, il n’est pas la victime naïve qu’on pourrait attendre. Quelques instants partagés avec l’impressionnante « My Lady » vont bouleverser leurs vies réciproques. Entre celui qui veut vivre les préceptes de sa religion et celle qui vit son métier comme un véritable sacerdoce se tisse un lien complexe qui instille dans leurs pensées des doutes tout aussi vivifiants que mortels. 
Sous des abords classiques, c’est un film passionnant, d’une élégance folle, servi par des acteurs formidables qui nous entraînent avec délice dans les méandres des âmes humaines. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 18h30 - jeudi 6, lundi 10 et mardi 11 13h50 - vendredi 7 16h30

 

THE GUILTY

Écrit et réalisé par Gustav MÖLLER - Danemark 2018 1h25 VOSTF - avec Jakob Cedergren et les voix de Jessica Dinnage, Omar Shargawi, Jakob Ulrik Lohmann... Festival international du Film Policier de Beaune 2018 : Prix de la critique.

Asger Holm est flic. Il répond au 112, le numéro d'urgence de la police danoise. Goguenard lorsqu'il comprend que l'homme qu'il a au bout du fil se trouvait en plein quartier des prostituées quand il s'est fait voler un ordinateur dans sa voiture, excédé quand un videur de boîte de nuit lui parle comme à un chien… mais surtout las de se trouver relégué dans ce centre d'appel. Car Asger est un flic de terrain et s'il se trouve pendu à ce téléphone, c'est qu'il a été l'objet d'une mise au placard. D'ailleurs, une conversation avec son ancien supérieur nous apprend qu'il devrait reprendre son poste très vite, après son procès qui aura lieu le lendemain et qui ne devrait être qu'une formalité. Et puis, juste avant qu'il ne cède son casque d'écoute à la relève de nuit, il y a cet appel d'une femme, Iben, enlevée en voiture par son ex-époux. Elle parvient à tromper la vigilance de son kidnappeur en faisant comme si elle appelait sa petite fille laissée à la maison, mais la conversation est interrompue. Refusant le simple rôle de passeur censé être le sien, Asger, qui, c'est le moins que l'on puisse dire, n'a pas une confiance exagérée dans l'efficacité de ses collègues de terrain, va tenter de prendre les choses en main. Pour lui, l'urgence est d'autant plus grande que l'ancien compagnon d'Iben a un casier, déjà condamné pour violences…

À partir de ce moment et sans jamais nous faire sortir de ce centre d'appel, le réalisateur Gustav Möller, avec une maîtrise exceptionnelle pour un premier long métrage, va nous maintenir en haleine jusqu'au dénouement de cette narration en temps réel. Il bénéficie pour cela de deux atouts maîtres. D'abord l'acteur danois Jakob Cedergren, impressionnant du début à la fin, nous faisant découvrir au fur et à mesure un personnage de flic à la fois primaire et complexe, inquiétant et généreux, cynique et sincère. Ensuite un travail exceptionnel sur le son et les voix des comédiens qu'on entend à l'autre bout du fil, qui fait exploser les limites spatiales de ce centre téléphonique, faisant du hors champ un film à part entière. Nous sommes avec Iben dans la voiture, avec sa fille Mathilde dans sa chambre… sans jamais les voir à l'écran.

Le titre est de toute évidence plus ambigu qu'il n'y paraît. Qui est coupable ? Y en a-t-il plusieurs ? De quel crime s'agit-il ? Y en a-t-il eu plusieurs ? En tout cas, quand on parle de culpabilité dans un film policier, on pense enquête, action, fausse piste, aveux ou confession, voire rédemption. Par le truchement d'un téléphone, tous ces critères du genre sont ici présents mais subtilement décalés pour nous offrir pendant 85 minutes qu'on ne voit pas passer un film original et passionnant. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 13h50 - dimanche 9 16h20 - mardi 11 19h10

 

WOMAN AT WAR

Benedikt ERLINGSSON - Islande 2018 1h41mn VOSTF - avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen, Omar Guöjonsson, Johann Siguröarson... Scénario de Benedikt Erlilngsson et Olafur Egill Egilsson.

 

C'est le grand souffle d'air frais de notre été, un film épatant, vivifiant, impertinent qui nous transporte dans des paysages grandioses (bon sang que l'Islande est belle !), aux basques de personnages formidablement attachants, au fil d'un récit aussi malicieux que jubilatoire, qui nous entretient sans jamais se prendre au sérieux de la nécessité de la résistance subversive et du plaisir fou qu'on prend à la pratiquer. Effet euphorisant garanti !

Halla est grande. Elle est cette belle cinquantenaire en pleine forme qui tend la corde de son arc pour s'attaquer aux lignes électriques, petite silhouette endiablée perdue au milieu de la toundra, dans un paysage de rêve battu par les vents. Traits concentrés, regard d’acier, sourire en coin, elle a la carrure d’une amazone (mais pas touche à ses seins !). Malgré son barda de campeuse contemporaine, elle a la grâce d’une déesse chasseresse, une Artemis des temps modernes. Pourtant rien de sa carapace guerrière ne parvient à camoufler son côté burlesque, généreux, amoureux de la vie. Son pendant masculin serait un hybride de Don Quichotte et du petit David défiant Goliath. Mais dans la vie d’Halla, point de géant, ni de moulins à l’horizon, son ennemi c’est la finance et dans son cas ce n’est pas une promesse électorale, d'ailleurs elle ne s’en vante pas : elle serait la dernière à le dire de manière aussi grandiloquente, alors qu’elle est la première à passer à l’action. Quand l’industrie de l’aluminium contamine son pays, souille sa nature virginale, Halla s’en va saborder les pylônes électriques qui alimentent ses usines. Peu importe que son combat soit celui du pot de terre contre le pot de métal. De petits en grands sabotages, la voilà devenue, pour l’opinion publique, l’insaisissable et énigmatique « Femme des montagnes ». Celle qui galope à travers les champs de lave, solitaire au geste sûr, pour échapper aux autorités qui déploient leurs forces armées surdimensionnés. Au grand dam du gouvernement islandais et de la multinationale qui cherche à s’implanter, elle représente le minuscule grain de sable agaçant qui grippe à lui seul le rouleau compresseur du progrès aveugle, qui le ridiculise. C’est tout aussi palpitant que réjouissant de la suivre dans ses cavales à travers monts et rivières d’opales, poursuivie par des hordes d’hommes armés jusqu’aux dents. On se pique au jeu, on frémit, on a peur et pourtant on se marre avec elle. Car jamais elle ne se départit de son humour ravageur.
Et quand enfin sa mission est accomplie, on jubile de la voir enfin se fondre anonymement dans la masse, sereine après avoir échappé à ses poursuivants déchaînés. Qui penserait que cette chef de chorale si tranquille, cette yogi bienheureuse, est recherchée par toute la police de son pays ? Elle se reposerait d’ailleurs volontiers dans ses pénates, telle une célibataire endurcie caressant le secret désir de pouponner un enfant né d'une autre, goûtant les joies simples de l’existence, comme le font ses amis et sa sœur jumelle, auxquels elle cache sa double vie. Son seul « complice » est un chanteur de la chorale, haut fonctionnaire idéaliste mais de plus en plus inquiet de la tournure des événements, qui essaie de la dissuader de continuer. En vain, fort heureusement !

Non seulement l’histoire est exaltante, mais le récit est brillant, émaillé de surprises, comme ces deux trios, l'un de musiciens de jazz, l'autre de chanteuses folkloriques, qui surgissent dans les moments et les lieux les plus incongrus, faisant écho aux états d’âme d’Halla, tels des Jiminy Cricket de sa conscience. Il y a ces personnages croisés au hasard de ses virées activistes : le cyclotouriste qui fait un coupable idéal à répétition pour une police qui ne fait pas dans le détail, le solide fermier barbu qui se déclare son « cousin présumé » et qui lui donnera un fier coup de main dans les situations les plus périlleuses… Il y a aussi ces moments de pure grâce où l’univers entier semble flotter avec notre héroïne dans la matrice accueillante d’une grotte aux eaux chaudes. Il y a, bien sûr, ces images sublimes, l’œil de la caméra qui voyage constamment dans les paysages de l’infiniment grand à l’infiniment petit, nous faisant prendre d’infimes morceaux de lichen pour d’exotiques plantes exubérantes. 
Cette fable révolutionnaire magique a tôt fait de devenir une ode aux héros ordinaires de toutes les époques et surtout de la nôtre. Mais peut-être les plus admirables dans l’histoire sont-ils les producteurs : « C’est vraiment très courageux pour une société d'assurance de soutenir un film sur le sabotage… », dit le réalisateur. Quand je vous dis qu’il est malicieux ! (Utopia)

Vox (Fréjus) : jeudi 6 16h, vendredi 7 et mardi 11 18h40 - dimanche 9 18h30 - lundi 10 20h

BLACKkKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

Mais bon sang qu'on est heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansman né de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai !

Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil rights act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquées de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement loin de la théorie de l'égalité des Afro-américains à la mise en pratique en terme de droits, de traitement, de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolués de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques aux USA. Parsemant les dialogues d'allusions (très peu) voilées à l'actualité trumpienne, et amenant in fine le film sur le terrain de la terrifiante actualité, le Doctor Spike signe un magnifique pamphlet politique qui mérite, haut la main, son Prix cannois – pour être parvenu, en deux heures, avec talent et humour, à ranimer la flamme de notre indignation.

 Vox (Fréjus) : mercredi 5 VF 15h50 VO20h45 - jeudi 6 VF 18h05 VF 20h45 - vendredi 7 VF 13h50 VO 20h45 - samedi 8 VO 15h50 VF 20h45 - dimanche 9 VF 15h50 VF 20h45 - lundi 10 VF 15h40 VO 18h25 - mardi 11VF 16h VO 20h45

 

MARY SHELLEY

Haifaa al-MANSOUR - GB 2018 2h VOSTF - avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge, Bel Powley, Joanne Frogatt, Stephen Dillane... Scénario d’Emma Jensen et Haifaa al-Mansour.

Il faut bien reconnaître que les films biographiques sur des artistes ne sont pas toujours des réussites exaltantes. Euphémisme. On préfère ne pas entamer la longue litanie des écrivains, peintres, musiciens, cinéastes, dont la vie et l’œuvre ont été rendues insipides par de mauvais cinéastes démonstratifs. Alors quand on a appris qu’on nous proposait un biopic sur Mary Shelley, la géniale auteure de Frankenstein (écrit à l’âge de 18 ans !), jeune prodige qui s’est imposé dans le monde littéraire du xixe siècle – où les femmes étaient condamnées à la poésie ampoulée ou à la littérature romanesque forcément courtoise –, on a été pris d’une certaine crainte. D’autant qu’un film certes oublié de beaucoup mais inoubliable pour certains, le Gothic du génie érotomane et cinglé Ken Russell, avait déjà raconté cette nuit d’orage et de débauche qui vit germer dans le jeune esprit de Mary la folie de Frankenstein. Et puis le nom de la réalisatrice Haifaa al-Mansour nous a mis la puce à l’oreille. Un nom pas franchement britannique puisque venu d’Arabie Saoudite, cette jeune femme n’étant autre que la brillante réalisatrice (la première dans son pays) du très chouette Wadjda, film qui racontait la lutte d’une adolescente saoudienne pour conquérir le droit de faire du vélo. Peu de rapport me direz vous entre l’univers de la réalisatrice et la culture historique et littéraire de l’Angleterre georgienne (du nom des rois Georges qui se sont succédés sur le trône)… C’est bien ce que s’est dit au départ Haifaa al-Mansour, sollicitée par des producteurs britanniques, mais finalement elle a su voir une communauté de destin entre les artistes saoudiennes contemporaines, obligées comme elle de se battre pour trouver leur place en tant que femmes, et une Mary Shelley, fille d’écrivains qui n’avaient jamais rencontré le succès, qui décida de s’imposer par ses écrits.

Mais avec son regard de femme, Haifaa al-Mansour raconte aussi, au-delà de la genèse de Frankenstein, le douloureux éveil à l’amour de la jeune écrivaine. En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin, 16 ans, rencontre le fascinant poète Percy Shelley, apprenti chez son père écrivain devenu libraire. C’est le coup de foudre immédiat et contrairement à toute convenance, Mary s’enfuit avec le jeune homme dont elle découvre qu’il est toujours marié et père d’une jeune enfant. Mais qu’à cela ne tienne, même ce vilain secret révélé ne la décourage pas. C’est le scandale absolu, le désaveu total par son père pourtant aimant. Après la période d’euphorie d’une existence bohème mais confortable, c’est l’heure des désillusions, la misère après la vie dispendieuse. Puis Mary se rend compte que son prince charmant peut être un redoutable pervers narcissique, notamment aux côtés de son âme damnée Lord Byron chez qui ils se réfugient non loin de Genève, justement là où germa Frankestein
Le film, classique mais extrêmement bien mené et mis en scène avec classe, ne serait pas aussi fort sans l’interprétation remarquable d’Elle Fanning – que les hasards de la programmation nous font découvrir au même moment sous les traits d’une extraterrestre délurée dans le jubilatoire How to talk to girls at parties. Au début du film, Mary a 16 ans, elle est confite d’innocence romantique funèbre, à la fin elle a une vingtaine d’années, elle est marquée par la gravité du destin et l’âpreté du combat mené pour s’imposer. Elle Fanning (19 ans au moment du tournage) décline merveilleusement toutes les facettes du personnage, du bonheur au drame. Mary Shelley confirme ainsi en beauté le talent multiforme d’une jeune actrice en même temps que le brio d’une réalisatrice capable d’investir des univers très différents. (Utopia)

Lorgues : en VF mercredi 5 17h - vendredi 7 et lundi 10 21h15 - samedi 8 15h40 - dimanche 9 19h

 

UNE PLUIE SANS FIN

Écrit et réalisé par DONG YUE - Chine 2017 1h57mn VOSTF - Grand Prix du Festival international du Film Policier de Beaune 2018.

1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong par la Grande Bretagne, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, chef de la sécurité d’une vieille usine dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.


Premier film d'une maîtrise impressionnante, Une pluie sans fin tire sa force de sa formidable puissance visuelle mise au service de la profondeur de son propos. En même temps qu'il déroule les avancées et les impasses d'une enquête marquée du sceau de l'absurde et du dérisoire, Dong Yue n’hésite pas à présenter en sous texte une Chine industrielle en pleine transition vers un capitalisme d'état qui ne dit jamais son nom. Le film devient petit à petit une étude captivante sur les changements économiques et sociaux et les conséquences sur ses habitants.
Alors évidemment, la comparaison avec un certain film coréen du nom de Memories of murder vient plusieurs fois à l'esprit. Et on ne croit pas se tromper en avançant que le film de Bong Joon-ho a inspiré Dong Yue. On y retrouve la même atmosphère lourde, la pluie qui emprisonne les personnages par sa présence constante. Mais Une pluie sans fin se détache petit à petit de son illustre prédécesseur : là où Bong Joon-ho utilisait l’absurde et l’humour pour désamorcer la descente aux enfers, Dong Yue reste dans la tragédie (il y a un côté shakespearien dans la destinée de Yu Guowei), aidé par une magnifique photographie sombre et désaturée.

Yu Guowei n’est pas un inspecteur à proprement dit. Il travaille à l’usine, en tant que chef de la sécurité. Quand il se présente au début du film (construit en flash-back) il traduit son nom en « résidu inutile d’une nation glorieuse », s'identifiant comme une victime collatérale de la modernisation, identification renforcée par les derniers plans du film. Lorsqu’il n’attrape pas les petits voleurs de l’usine où il travaille, Yu s’imagine en vrai détective. C’est avec toute la bonne volonté possible qu’il s’attaque à l’enquête sur le tueur en série, ne pouvant compter que sur son obstination, se mettant lui-même en danger, notamment lors d'une magnifique course poursuite sous la pluie. Mais il va tomber de haut, s’apercevoir petit à petit qu’il n’est pas si doué que ça pour résoudre des énigmes criminelles… Sa vie part en vrille, en une sorte de spirale infernale qu'il est incapable d'arrêter…
Jusqu'à un final parfaitement cohérent avec la tonalité noire du récit, Une pluie sans fin exprime magnifiquement le désenchantement de son héros, qui est aussi celui de son réalisateur : autant en emporte la pluie… (merci à fuckingcinephiles.blogspot.com)

Lorgues : vendredi 7 et lundi 10 19h - samedi 8 20h50

 

CINÉ-SOUPE de la Redonne

avec le CINEMA VOYAGEUR

de 18 à 23 heures

Un programme pour tous les publics depuis l'enfance

 

18h : sélection de courts-métrages jeune public dont...

« Abuela grillo », adaptation d’un mythe ayoreo, peuple amérindien nomade. La version animée de cette histoire devient une fable qui aborde une question clé dans le monde contemporain : la lutte des peuples contre la marchandisation de l’eau. 

 

"La ville de Rouja", Inspirée par la découverte d’un petit insecte rouge, une enfant improvise l’histoire de celui-ci à l’aide d’ un croquis. Il s’appelle Rouja, il va à la ville pour trouver du travail.

Au travers de son récit imaginaire se dévoile les subtilités de l’ordre urbain et de l’organisation sociale à l’échelle d’ un insecte.

Maya et Bertrand Leduc – 6min – 2016

...

19h : sélection de courts-métrages tout public

...

20h : soupe partagée et bar

 

21h : projection en plein air "Détroit ville sauvage" + courts-métrages surprises (projection sous chapiteau en cas de mauvais temps) 

 

Bienvenu à Détroit, capitale du crime où l’herbe pousse sur les parkings

et où les bâtiments s’effondrent. D’invisibles désastres ont ruiné la

ville. Tout ce qui reste sont des spots radio pour lutter contre

l’endettement, des gangs de chiens errants, et un mystérieux tas de

bibles calcinées. Mais au delà de ça, les gens ont commencé à se

réorganiser en sociétés autonomes, où les pionniers font pousser des

légumes et croient de nouveau au futur. Florent Tillon dirige sa camera

sélective vers où les nouvelles idées poussent, parmi les ruines du

20ième siècle et de son “progrès éternel”.

Florent Tillon – Ego Production – 80min – 2011

 

Participation libre et consciente

 

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 5 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

adresse mail ..........................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :

 

 

×