Au(x) cinéma(s) du 6 au 12 avril

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Bonjour à tous !


Pas de nouveautés à vous proposer cette semaine, mais il n'empêche : vous avez de quoi faire quand même ! Au CGR, vous avez toujours The Revenant, avec ce Di Caprio étonnant ( mais aussi à Lorgues et à Cotignac), et Médecin de Campagne de Thomas Lilti (et au Luc).
Au Vox, un beau voyage au bout de soi même avec Le Coeur régulier de Vanja d'Alcantara, un film lumineux sur l'adolescence d'André Téchiné Quand on a 17 ans, et La Passion d'Augustine de Léa Pool, où la musique, la discipline et la religion se côtoient et cheminent vers le meilleur...  On peut toujours voir le somptueux The Assassin de Hou Hsia-Hsien,...
A Lorgues la truculente comédie et bel hommage au monde paysan qu'est Saint Amour, et aussi Belgica, une histoire drôle, dérangeante et touchante....

Ne terminons pas sans vous re-dire que dimanche 17 avril (c'est bientôt !), vous devriez bien venir nous rejoindre au CGR à 18h pour une soirée "Résistance ou rébellion" avec 2 films aussi passionnant que différents l'un de l'autre ! Le film islandais Béliers à 18h et Merci Patron! à 20h30... et un apéritif entre les deux offert par Entretoiles !

Ensuite , le 24 avril, dans le cadre des Escapades littéraires sur le Liban : Chaque jour est une fête de Dima El Horr et Peur de rien de Danielle Arbid. Et enfin le 22 mai, sur le thème "Chanter, danser envers et contre tout" avec A peine j'ouvre les yeux de Leila Bouzid et Desert Dancer de Richard Raymond.

Nous vous rappelons aussi que les adhérents Entretoiles bénéficient maintenant du tarif réduit à 6 € au Vox de Fréjus sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 6 AU 12  AVRIL 2016

 

Béliers : Affiche
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Béliers
Ecrit et réalisé par Grimur HAKONARSON
Islande 2015 1h33mn VOSTF
avec Sigurour Sigurjonsson, Theodor Juliusson, Charlotte Boving, Gunnar Jonsson...
Festival de Cannes 2015 : Grand Prix « Un certain regard »
Une vallée où les éleveurs vivent aux côtés de leurs moutons sur des landes magnifiques, battues par les vents, recouvertes d'un épais tapis de neige une grande partie de l'année. Dans ces contrées, l'élevage des moutons est une religion : on les bichonne comme les émirs leurs purs sangs. A plus forte raison les béliers, dont force et virilité font l'objet de concours fort disputés.
Parmi ces éleveurs, deux figures seront au centre du film. Gummi et Kiddi, tous deux sexagénaires, tous deux célibataires, qui vivent dans des fermes contigües, tout juste séparées par un portail. Ils se croisent forcément mais ne s'adressent pas même un regard. Ils sont fâchés. À mort. Depuis quarante ans. Et qui par dessus le marché sont frères ! Cette situation qui flirte avec l'absurde va prendre un tour plus dramatique quand la maladie de la tremblante va être repérée chez les bêtes de Kiddi, ce qui signifie l'abattage de tous les troupeaux de la vallée, principe de précaution oblige… Et rien que l'idée de perdre leurs animaux, pour des éleveurs qui leur ont consacré leur vie et leur amour… c'est le monde qui s'écroule...
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CGR (Draguignan) : dimanche 17 avril 18h
Affiche
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Merci Patron !
Réalisé par François RUFFIN
Documentaire France / Belgique 2015 1h30mn
Jocelyne et Serge Klur, ouvriers dans l’industrie textile depuis plus de trente ans, fabriquaient des costumes pour la marque Kenzo dans le nord de la France jusqu’à que leur usine soit délocalisée en Pologne. Désormais au chômage, criblés de dettes, ils risquent simplement de perdre leur maison. Bernard Arnaud est PDG du groupe LVMH. La firme est numéro un mondial du luxe grâce à son portefeuille de plus de soixante marques de prestige dont certaines sont plusieurs fois centenaires. « Groupe à caractère familial, LVMH a pour vocation d’assurer le développement à long terme de chacune de ses Maisons dans le respect de leur identité, leur héritage, leur savoir-faire. » Cette gentille phrase de présentation du groupe sur la page d’accueil de son site internet est située juste en deçà du petit compteur qui nous donne la valeur de l’action en temps réel… François Ruffin, vous connaissez sa voix de journaliste enquêteur dans l’émission Là-bas si j’y suis. Sensible aux sorts et causes des classes populaires aujourd’hui sous-représentées dans les médias mais toujours plus présentes dans la composition de la société française il est également le fondateur du journal de contre-désinformation Fakir que vous pouvez trouver dans tous les bons kiosques mais aussi et toujours à la caisse de votre ciné préféré... lire la suite
Lorgues : samedi 2 à 18h - dimanche 3 à 20h et lundi 4 à 21h
Affiche
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The Revenant
Réalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith d'après le roman de M. Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur

« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 21h45
Lorgues : mercredi 6 à 21h, dimanche 10 à 18h
Cotignac : vendredi 8 à 18h et lundi 11 à 21h
Affiche
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Médecin de Campagne
Réalisé par Thomas LILTI
France 2016 1h42mn
avec François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan, Christophe Odent, Patrick Descamps, Felix Moati...
Scénario de Thomas Lilti et Baya Kasmi
On a découvert Thomas Lilti, médecin passionné devenu cinéaste du même métal, avec Hippocrate, formidable portrait d'un jeune interne plongé dans le maelstrom d'un grand hôpital parisien en proie à la réduction des effectifs et à la surchauffe. Son nouveau film nous parachute dans le Vexin, région encore largement rurale à cheval entre la Normandie et les confins de l’île de France. La vie quotidienne est sans doute ici plus sereine, son rythme est plus raisonnable, à la mesure de ces paysages paisibles, qui n'ont guère bougé depuis un siècle… Il n'empêche que pour Jean-Pierre Werner, seul médecin dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, la surchauffe est bien présente aussi. Du matin au crépuscule, il sillonne les départementales de la région, au devant des petits bobos et des grandes solitudes, tour à tour médecin généraliste, psychologue, assistant social, homme à tout faire, dans une campagne peuplée essentiellement de personnages âgées, pour qui il est parfois une des rares visites... lire la suite
CGR (Draguignan) :mercredi 6, samedi 9 et mardi 12 à 11h15, 13h45et 18h - jeudi 7 à 13h30 et 18h - vendredi 8 à 11h15 et 18h - dimanche 10 à 11h15, 13h45 et 18h15 - lundi 11 à 13h45 et 18h
Le Luc : mercredi 6 à 18h, vendredi 8 à 21h, samedi 9 à 16h et dimanche 10 à 14h
Le Coeur régulier : Affiche
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Le Cœur régulier
Réalisé par Vanja D'ALCANTARA
France 2016 1h35 VOSTF
avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider, Fabrizio Rongione, Masanobu Ando...
Scénario de Vanja D'Alcantara, Gilles Taurand et Emmanuelle Beaugrand-Champagne, d'après le roman d'Olivier Adam
Parfois, quand on a envie que tout cesse, qu'on s'apprête à sauter dans le vide, apparaît une main secourable, qui redonne le courage d'avancer. Au dessus de falaises battues par les vents marins, dans le lointain Japon, s'agrippe une petite maison où veille Daïsuke, un homme entre deux âges, qui guette ceux qui n'ont plus le cœur à vivre. Dans sa bouche, ni jugement, ni mots de consolation. Il est juste une oreille qui écoute. Il a laissé derrière lui son étrange passé, la somme de toutes ses impuissances pour se placer du côté de la barrière où il peut encore tenter de faire bifurquer le cours des choses. Ni héros, ni gourou, il est là où il lui semble devoir être... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mardi 6, dimanche 10 et lundi 11 à 13h50 - jeudi 7 à 13h50 et 20h45 - vendredi 8 à 13h50 et 18h15 - samedi 9 et mardi 12 à 18h15
Affiche
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Quand on a 17 ans
Réalisé par André TÉCHINÉ
France 2016 1h55
avec Sandrine Kiberlain, Tracey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret...
Scénario de Céline Sciamma et André Téchiné
Inspiré peut-être par l'air des montagnes (le film a été tourné à Luchon et dans ses environs, les Pyrénées sont magnifiques) et sans aucun doute par la complicité au scénario de Céline Sciamma (réalisatrice de Tomboy et Bande de filles), André Téchiné signe avec Quand on a 17 ans son meilleur film depuis Les Témoins en 2007. Remarquablement écrit et construit, le scénario s'intéresse aux relations complexes, contradictoires, entre Thomas et Damien (Corentin Fila et Kacey Mottet Klein, formidables), deux lycéens qui ne cessent de s'affronter, de se battre, de se chercher – dans tous les sens du terme. Construit comme un triptyque autour des trois trimestres d'une année scolaire, le film prend d'abord le temps de poser son récit, de caractériser les personnages et d'installer des intrigues secondaires qui sont autant de fondations. Il y a bien sûr les deux adolescents que tout semble opposer : l'intellectuel et le paysan, le fils de bourgeois – une médecin et un militaire, en mission en Afghanistan – et l'enfant adopté par des cultivateurs, le gars de la (petite) ville et celui du haut de la montagne. Immédiatement, cela fourmille de thèmes et de possibilités... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 15h55, 18h15 et 20h45 - jeudi 7 à 15h55 et 18h15 - vendredi 8 à 15h50 et 18h - samedi 9 à 15h55, 18h15 et 20h45 - dimanche 10 et mardi 12 à 15h55 et 18h15 - lundi 11 à 15h55, 18h15 et 20h
Affiche
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The Assassin
Réalisé par HOU HSIAO-HSIEN
Taïwan 2015 1h45mn VOSTF
avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou Tsumabuki Satoshi, Ching-Tien Juan...
Scénario de Chu T'ien-wen et Hou Hsiao-Hsien
Festival de Cannes 2015 : Prix de la Mise en scène

Pour quelques uns d'entre nous – et pour pas mal de critiques aussi –, The Assassin était le plus beau film du Festival de Cannes 2015, stupéfiant de splendeur, un film qui rentrera à coup sûr au panthéon du cinéma asiatique. Dès son subjuguant prologue en noir et blanc, on est saisi par la beauté sidérante de chacun des plans, de leur minutie frisant la folie : sensation rare de se trouver littéralement happé par une œuvre, de perdre ses repères, d'être hors du temps qui défile… The Assassin nous propose un bond en arrière jusqu'au ixe siècle, au cœur de la dynastie Tang. Une période souvent considérée comme une des plus florissantes, des plus prospères de l'histoire de la Chine, tant économiquement que culturellement. La capitale Chang'An était à l'époque la plus grande ville du monde. Bien plus et bien mieux que dans la plus soignée des productions hollywoodiennes, la reconstitution historique est d'une précision vertigineuse, fruit de cinq ans de recherches et de repérages... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mardi 12 à 18h15
Affiche
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La Passion d'Augustine
Réalisé par Léa POOL
Québec 2015 1h43mn
avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Valérie Blais, Diane Lavallée, Pierrette Robitaille...
Scénario de Marie Vien et Léa Pool.
Prix du public, Festivals de la Baule et d'Angoulême

Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige d'une main ferme un couvent au Québec. Un couvent qui, dans les années 60, reçoit des jeunes musiciennes et dont elle a fait un creuset extraordinairement productif d'une quantité formidable de talents qui raflent tous les prix de piano de la région. Elle a de l'oreille, mais elle a l'œil aussi, Augustine, et rien ne lui échappe. On peut la trouver dure, intransigeante, implacable, mais on voit bien que chacune des quarante pensionnaires se laisse gagner par sa passion et dans la demeure somptueuse où les parents viennent en confiance accompagner leur fille, les parquets craquent, on chuchote, on critique, mais il n'est pas questions de mollir sur l'exercice, de transiger sur la discipline de fer qu'Augustine fait régner. La musique est omniprésente que c'en est un bonheur et on passe des chants religieux à la musique profane, à Purcell, Chopin et quand Alice déboule, nouvelle pensionnaire indisciplinée et rebelle... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mardi 6 à 16h et 18h15 - jeudi 7 et samedi 9 à 16h - dimanche 10 à 16h et 20h45 - lundi 11, mardi 12 et vendredi 8  à 13h50
Les Innocentes : Affiche
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Les Innocentes
Réalisé par Anne FONTAINE
France 2016 1h55mn VOSTF
avec Lou De Laâge, Agata Buzek, Vincent Macaigne, Agata Kulesza, Joana Kulig...
Scénario de Sabrina B. Karine, Alice Vial, Anne Fontaine et Pascal Bonitzer, sur une idée de Philippe Maynial
Ce film est un moment de grâce. Et même davantage tant l'univers dans lequel il nous plonge nous confronte à quelque chose qui relève de cette émotion secrète et profonde que tout être humain éprouve un jour ou l'autre, particulièrement lorsqu'il est confronté à des situations d'exception : ce sentiment indicible que la vie est un grand mystère, tout comme la mort, cette découverte que, parfois, la question de la transcendance s'impose intensément à nous. Il nous a rarement été donné de voir exprimée au cinéma, avec une telle subtilité et une telle force, la complexité de la nature humaine et de ses aspirations les plus intimes, révélée ici par une histoire qui, pour être douloureuse, ne parvient pas à détruire la petite lumière d'espoir et de vie qui illumine une humanité déchirée, violentée, mais portée par un amour insubmersible qui la dépasse... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : dimanche 10 à 16h
Affiche
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Au nom de ma fille
Réalisé par Vincent GARENQ
France 2016 1h27mn
avec Daniel Auteuil, Sébastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil...
Scénario de Vincent Garenq et Julien Rappeneau
On peut reconnaître au réalisateur Vincent Garenq une vraie cohérence et une constance remarquable. Ces trois derniers films commencent de la même façon : l’arrestation au petit matin d’un homme qui s’avérera innocent. Vincent Garenq, homme de conviction qui croit dans la capacité du cinéma à influer sur le cours du monde, a redonné dans Présumé coupable son honneur et sa dignité à Alain Marécaux, l’huissier de justice injustement accusé et emprisonné dans la sinistre affaire dite d’Outreau. Dans L’Enquête, il reconstituait le combat pour la vérité du journaliste Denis Robert, qui avait dénoncé contre vents et marées judiciaires les manipulations financières occultes de Clearstream, chambre de compensation située au Luxembourg, en lien avec le milieu politico-économique français. Ici l’homme arrêté un petit matin de 2009 dans un hôtel de Mulhouse est André Bamberski, un septuagénaire toulousain, qui semble peu surpris de l’arrivée de la police et relativement serein. Pour comprendre toute l’affaire, le film nous ramène aux années 1970 au Maroc. A l’époque, André Bamberski est un expert comptable apprécié, marié à la très jolie Dany (c’est Marie-José Croze) et heureux père d’une petite fille, Kalinka... lire la suite
Cotignac : lundi 11 à 18h
Affiche
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Midnight Special
Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 1h51 VOSTF
avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard...
Du jeune maître texan Jeff Nichols, qui nous impressionne de film en film(Shotgun stories, Take shelter – tous deux disponibles en Vidéo en Poche – et Mud), on attendait l'inattendu… et on n'est pas déçu. La première scène de Midnight Specialnous plonge dans l'inconnu. Deux hommes armés semblent attendre, anxieux, dans une chambre de motel aux fenêtres recouvertes de carton. Sur le lit, caché sous un drap, un petit garçon lit à la lumière d'une lampe de poche, imperméable aux événements extérieurs, un casque anti-bruit sur les oreilles, les yeux étrangement recouverts de lunettes de piscine. La télévision diffuse en boucle l'information de la disparition d'un enfant appartenant à une communauté religieuse. Est-ce un kidnapping ? Ou l'enfant a-t- il été au contraire soustrait par ses proches à un destin funeste ? Soudain le trio sort précipitamment et démarre en trombe dans la nuit à bord d'une Ford Mustang (à moins que ce ne soit une Dodge Charger, pardonnez ma méconnaissance des voitures de légende du cinéma américain)... lire la suite
Cotignac : samedi 9 à 18h
Affiche
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Saint Amour
Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN
France 2016 1h42mn
avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette, Chiara Mastroianni, Gustave Kervern, Solène Rigot, Michel Houellebecq, Ana Girardot, Andréa Ferréol, Izia Higelin...
Au moment de vous présenter ce Saint Amour, on se sent pris d'une envie de récapituler les prodiges déjà accomplis par le duo Delépine-Kervern. Avec Aaltra, ils ont convaincu des milliers d'handicapés qu'ils pouvaient traverser l'Europe en faisant chier un maximum de gens ; avec Avida, ils ont montré que le surréalisme bandait encore ; avec Louise Michel, ils ont montré la voie pour recentrer la lutte sociale sur l'exécution des patrons scélérats (au fait, voyez Merci Patron : François Ruffin propose une tout aussi hilarante variante) ; avec Mammuth, ils ont magnifié la revanche des retraités pauvres en mobylette ; avec Le Grand soir, ils ont réconcilié les punks à chiens et les vendeurs de literie (tous sont disponibles en Vidéo en Poche) ; enfin, dans Near Death Experience, ils rendaient justice aux cyclistes dépressifs tout en rendant sympa et génialement drôle le plus insupportable des écrivains : Michel Houellebecq… Six films, ça commence à pouvoir s'appeler une œuvre. Qui a une sacrée gueule ! Et autant vous dire que Saint Amour va ajouter une septième pierre précieuse à l'édifice ! Le rire le plus gargantuesque et les larmes les plus sensibles mêlés comme rarement. Si j'avais su qu'un jour je chialerais en écoutant le discours d'un éleveur de bœufs à un concours agricole... lire la suite
Lorgues : mercredi 6 à 19h, dimanche 10 à 21h et lundi 11 à 19h
Belgica : Affiche
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Belgica
Réalisé par Felix VAN GROENINGEN
Belgique 2015 2h07mn VOSTF
avec Stef Aerts, Tom Vermeir, Hélène De Vos, Charlotte Vandermeersch, Boris Van Severen...
Scénario de Arne Sierens et Felix Van Groeningen
Après La Merditude des choses et Alabama Monroe (César du meilleur film étranger 2014), voici le nouveau film de Felix Van Groeningen, Belgica. C'est le nom d'un club qui résonne comme celui de tout un pays. Mais c'est avant tout un rêve, celui de Jo, un fada de musique qui imagine transformer son modeste et assez miteux bar à Gand en temple du rock'n roll, en arche de Noé, pour les âmes échouées d'une époque qui déjà prédit à ses enfants des lendemains qui déchantent. Le frère de Jo, Frank, est aux antipodes de tout cela. Si le premier à l'air d'un gringalet un brin fragile, le second a une grande et belle gueule et les épaules carrées. Tâcheron de la vie, il tente de se montrer bon père de famille, loyal envers sa compagne Isabelle... lire la suite
Lorgues : samedi 9 à 19h
Affiche
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Spotlight
Réalisé par Tom McCARTHY
USA 2015 2h08mn VOSTF
avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d'Arcy James, Liev Schreiber, Stanley Tucci, Billy Crudup, John Slattery, Jamey Sheridan...
Scénario de Josh Singer et Tom McCarthy
De Bas les masques (1952) de Richard Brooks aux Hommes du président (1976) d'Alan J. Pakula ou à Révélations (1999) de Michael Mann, le journaliste incarne depuis longtemps, dans le cinéma hollywoodien, une véritable sentinelle de la démocratie. Dénonçant sans relâche la criminalité, la corruption de la classe politique, le cynisme du « big business », les pires dérives de l'hystérie anticommuniste ou les erreurs judiciaires, il est une vigie qui pointe les dysfonctionnements de la société américaine, parfois au péril de sa vie. C'est dans cette solide tradition que s'inscrit ce remarquable Spotlight qui, comme souvent dans ce genre d'entreprise, s'inspire de faits réels. Ici, l'équipe de journalistes d'investigation du Boston Globe, surnommée « Spotlight », enquête sur une affaire de crimes pédophiles perpétrés – et dissimulés – par l'Église catholique. Pour autant, il ne faut pas chercher la moindre héroïsation du reporter. Car ce qui intéresse McCarthy, c'est de montrer le journaliste, ce soutier de la démocratie, au travail... lire la suite
Salernes : jeudi 7 à 20h45
Tout en haut du monde : Affiche
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Tout en haut du monde
Film d'animation de Rémi CHAYÉ
France 2015 1h20mn
avec les voix de Christa Théret, Féodor Atkine, Thomas Sagols, Rémi Caillebot...
PRIX DU PUBLIC Festival du film d’animation d’Annecy 2015
1882… Plongée dans la majestueuse Saint Pétersbourg de l'époque, son palais de marbre, ses dorures, ses calèches et ses canaux romantiques… Un endroit digne d'un conte de fée !
Sacha a tout juste quatorze ans. Fruit d'une aristocratie russe cossue, notre candide blondinette semble avoir un avenir tout tracé. Sa famille, son père surtout, imagine lui trouver un beau parti qui renforcera encore sa position sociale. À l'âge où les jeunes filles en fleurs ne rêvent que de robes couleur de lune et de pantoufles de vair, Sacha rêve de coques, de haubans, de drisses, de cordages, de bastingages, de compas… bref de bateaux ! D'un surtout : le Davaï ! Un magnifique voilier conçu par son grand-père explorateur Ouloukine. Pour Sacha, c'est plus qu'une simple embarcation échouée dans la mythologie familiale, c'est le dernier lien qui la relie à celui qu'elle a tant aimé, le lien ténu de l'espoir.
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Le Luc : mercredi 6 à 16h et samedi 9 à 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Béliers
BÉLIERSÉcrit et réalisé par Grimur HAKONARSON
Islande 2015 1h33mn VOSTF
avec Sigurour Sigurjonsson, Theodor Juliusson, Charlotte Boving, Gunnar Jonsson...
Festival de Cannes 2015 : Grand Prix « Un certain regard »

C'est un magnifique film d'hiver (si toutefois ce mot a encore un sens, à l'heure où s'écrivent ces lignes, Dimanche 8 Novembre, le thermomètre affiche un déprimant 26° sous un ciel agaçant à force d'être bleu), un film de neige et de froid, de vent et de glace, une sorte de conte de Noël rude et gaillard, qui aurait oublié d'être niais, qui cacherait sa chaleur humaine sous les barbes rousses hirsutes et les gros pulls en laine sauvage. C'est beau, c'est singulier, c'est vivifiant !
Cette histoire aurait sans doute pu prendre racine au plus profond des Cévennes, ou bien sur les contreforts des Alpes ou des Pyrénées, dans un de ces coins de France de plus en plus rares où les hommes vivent dans des conditions parfois hostiles, au contact de la nature et des bêtes, aussi sauvages l'une que les autres. Des coins où les humains, souvent confrontés à la solitude, deviennent des taiseux, vivent des relations familiales compliquées, et, histoire d'être encore plus seuls, peuvent avoir la rancune tenace jusqu'à ne plus parler à leur voisin ou voisine des décennies durant…

Mais ici nous sommes loin de la France, nous sommes dans une vallée isolée du centre de l'Islande, bien loin de la partie maritime et touristique du pays. Une vallée où les éleveurs vivent aux côtés de leurs moutons sur des landes magnifiques, battues par les vents, recouvertes d'un épais tapis de neige une grande partie de l'année. Dans ces contrées, l'élevage des moutons est une religion : on les bichonne comme les émirs leurs purs sangs, les mamies leurs chiens de genoux. A plus forte raison les béliers, dont force et virilité font l'objet de concours fort disputés.
Parmi ces éleveurs, deux figures seront au centre du film. Gummi et Kiddi, tous deux sexagénaires, tous deux célibataires, qui vivent dans des fermes contigües, tout juste séparées par un portail. Ils se croisent forcément mais ne s'adressent pas même un regard. S'ils ont un besoin impératif de communiquer, ils confient leur message à un chien, qui fait l'aller et retour entre les deux maisons. Sacrés Gummi et Kiddi ! Ils sont fâchés. À mort. Depuis quarante ans. Pour une raison qu'on ne vous dévoilera pas mais qui ne peut évidemment pas justifier ces années de brouille intégrale entre voisins… qui par dessus le marché sont frères ! Des frères qui bien sûr élèvent tous deux des béliers et qui sont donc des concurrents acharnés quand vient le moment du fameux concours…
Cette situation qui flirte avec l'absurde va prendre un tour plus dramatique quand la maladie de la tremblante va être repérée chez les bêtes de Kiddi, ce qui signifie l'abattage de tous les troupeaux de la vallée, principe de précaution oblige… Et rien que l'idée de perdre leurs animaux, pour des éleveurs qui leur ont consacré leur vie et leur amour… c'est le monde qui s'écroule…

Ce formidable Béliers commence comme une comédie à l'humour très scandinave, autrement dit décalé, introverti, désarçonnant, qui nous rend immédiatement attachants ces étranges personnages qui vivent franchement hors du monde… et puis le film prend une autre dimension, plus lyrique, plus grave, et s'ouvre à une ample réflexion – jamais théorique, toujours physique et sensible – sur le rapport de l'homme à la nature, de l'humain à l'animal, sur le lien fraternel qui peut renaître dans l'adversité. La mise en scène exalte à merveille la beauté dantesque de ces paysages incroyables, qui rendent plus impressionnant encore le combat des hommes, particulièrement dans une scène finale stupéfiante d'émotion et de force. (Utopia)


CGR (Draguignan) : dimanche 17 avril 18h


Merci Patron !
BELGICARéalisé par François RUFFIN
Documentaire France / Belgique 2015 1h30mn

Jocelyne et Serge Klur, ouvriers dans l’industrie textile depuis plus de trente ans, fabriquaient des costumes pour la marque Kenzo dans le nord de la France jusqu’à que leur usine soit délocalisée en Pologne. Désormais au chômage, criblés de dettes, ils risquent simplement de perdre leur maison. Bernard Arnaud est PDG du groupe LVMH. La firme est numéro un mondial du luxe grâce à son portefeuille de plus de soixante marques de prestige dont certaines sont plusieurs fois centenaires. « Groupe à caractère familial, LVMH a pour vocation d’assurer le développement à long terme de chacune de ses Maisons dans le respect de leur identité, leur héritage, leur savoir-faire. » Cette gentille phrase de présentation du groupe sur la page d’accueil de son site internet est située juste en deçà du petit compteur qui nous donne la valeur de l’action en temps réel… François Ruffin, vous connaissez sa voix de journaliste enquêteur dans l’émission Là-bas si j’y suis. Sensible aux sorts et causes des classes populaires aujourd’hui sous-représentées dans les médias mais toujours plus présentes dans la composition de la société française il est également le fondateur du journal de contre-désinformation Fakir que vous pouvez trouver dans tous les bons kiosques mais aussi et toujours à la caisse de votre ciné préféré.

À priori pas grand chose en commun entre ces trois protagonistes. Sauf que Les Klur travaillaient pour Kenzo, que Kenzo appartient au groupe LVMH et que Ruffin a une fâcheuse tendance à prendre fait et cause pour les valeureux travailleurs plutôt que pour les patrons de multinationales. Notre journaliste d’investigation s’invite donc à une assemblée générale du groupe LVMH et tente de prendre la parole. Sitôt monté sur l’estrade sitôt délogé, il semble difficile de croire que David puisse encore l’emporter sur Goliath. Mais il prend des forces, avale quelques petits fours, une rasade de champagne et fomente une action digne d’un Robin des bois des temps modernes, tendance carnavalesque. Du suspense donc, de l’émotion, de la franche rigolade, et même de l’espionnage sont au programme de ce thriller social qui semble s’inscrire, telle une nouvelle variante des pieds Nickelés version Picarde contre entreprise tentaculaire, dans la longue caravane des combats pour des causes désespérées mais qui, au final, nous conforte dans l’idée que, tel que le proclame Fakir à longueur de numéros : « À la fin, c’est nous qu’on va gagner ! » (Utopia)

 

 

CGR (Draguignan) : dimanche 17 avril à 20h30


The Revenant
THE REVENANTRéalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith, d'après le roman de Michael Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur


« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio.
Depuis qu'il s'est mis à l'écriture de ses films avec Biutiful, Alejandro González Iñárritu a déployé ses ailes et confirme le tournant esthétique de Birdman. Mais ici, l'usage des plans séquences et de la courte focale est en parfaite cohérence avec l'histoire, on n'est plus dans l'exercice formaliste génial, son cinéma est devenu organique, respirant avec son histoire, ses personnages. C'est le résultat d'un tournage dans des conditions particulièrement difficiles (il rejoint les légendaires tournages d'Apocalypse Now et Sorcerer), en décors naturels, et dans l'ordre chronologique du film : « tout le monde était gelé, le matériel se brisait. Amener la caméra d'un point à un autre était un cauchemar. Les acteurs n'étaient pas en studio à rigoler devant des fonds verts. »

Hugh Glass était un « mountain man », un de ces trappeurs, explorateurs américains qui parcouraient les montagnes de l'Amérique du Nord au xixesiècle, motivés par le profit, chassant les castors et vendant leurs peaux. Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack, qui racontait l'histoire d'un de ces trappeurs, Johnson le mangeur-de-foie, fait aujourd'hui figure de conte pour enfant aux côtés deThe Revenant. Le film mêle deux épisodes qui ont fait la célébrité de Hugh Glass, durant l'expédition du général William Ashley remontant le Missouri. Le premier épisode est celui de la rencontre avec les indiens Arikaras, qui les pourchassèrent et auxquels il parvint à échapper, aidé ensuite par des Sioux pour rejoindre le fort. En 1823, lors d'une reconnaissance, Glass surprit une femelle grizzly, accompagnée de ses deux oursons, qui le chargea. Il réussit à tuer l'ours, mais très gravement blessé, fut laissé pour mort par les deux compagnons qui devaient rester à ses côtés. Sans armes, il parvint en six semaines à gagner Fort Kiowa, distant de plus de trois cents kilomètres. Glass se remettra ensuite en route pour traquer Bridger et Fitzgerald, et en tirer vengeance.

Resserrant la durée du récit originel, le film reprend en grande partie les épisodes de cette histoire pour en faire une aventure humaine dont la profondeur et la force en font dores et déjà un classique intemporel, hors catégories : « la souffrance est temporaire, un film est éternel » (Alejandro González Iñárritu, Golden Globes 2016).


CGR (Draguignan) : tous les jours à 21h45
Lorgues : mercredi 6 à 21h, dimanche 10 à 18h
Cotignac : vendredi 8 à 18h et lundi 11 à 21h

Médecin de Campagne
Réalisé par Thomas LILTI
France 2016 1h42mn
avec François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan, Christophe Odent, Patrick Descamps, Felix Moati...
Scénario de Thomas Lilti et Baya Kasmi

On a découvert Thomas Lilti, médecin passionné devenu cinéaste du même métal, avec Hippocrate, formidable portrait d'un jeune interne plongé dans le maelstrom d'un grand hôpital parisien en proie à la réduction des effectifs et à la surchauffe. Son nouveau film s'intéresse encore à la médecine – le titre ne laisse aucun doute sur la question – mais, bien loin des grands complexes hospitaliers parisiens, il nous parachute dans le Vexin, région encore largement rurale à cheval entre la Normandie et les confins de l’île de France. La vie quotidienne est sans doute ici plus sereine, son rythme est plus raisonnable, à la mesure de ces paysages paisibles, qui n'ont guère bougé depuis un siècle… Il n'empêche que pour Jean-Pierre Werner, seul médecin dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, la surchauffe est bien présente aussi. Du matin au crépuscule, il sillonne les départementales de la région, au devant des petits bobos et des grandes solitudes, tour à tour médecin généraliste, psychologue, assistant social, homme à tout faire, dans une campagne peuplée essentiellement de personnages âgées, pour qui il est parfois une des rares visites.

Les consultations à domicile s'enchaînent – très belles scènes qui témoignent bien du regard chaleureux de Thomas Lilti, en même temps que de sa connaissance approfondie de son sujet – et quand il revient, quasi systématiquement en retard, à son cabinet, la salle d'attente est souvent pleine de patients… Pas de doute, la tâche est rude. Et les confrères ne se bousculent pas au portillon pour accepter de s'installer dans une région pas spécialement attractive et fort peu lucrative : travailler dix à douze heures par jour à ce prix là, c'est du sacerdoce !
Mais pour l'instant, ce n'est pas la surcharge de travail qui préoccupe Jean-Pierre. C'est même tout le contraire : ce qui le mine, c'est qu'il risque d'être obligé d'arrêter. Le diagnostic de son confrère et ami qui, dans la première scène du film, lui fait passer un examen du cerveau est sans appel : il souffre d'une tumeur temporale, il va lui falloir suivre un traitement lourd, fatiguant, donc il n'a pas d'autre choix que de lever drastiquement le pied et de se trouver dare-dare un remplaçant…
C'est comme ça que débarque Nathalie, qui a tout pour déplaire au vieil ours Jean-Pierre, habitué à travailler tout seul, à ne s'expliquer de rien à personne, et claffi de préjugés éventuellement machistes : Nathalie est incontestablement une femme, une citadine qui n'a aucune expérience de la campagne, incapable de distinguer un jars d'un canard, et qui en plus a suivi un parcours peu orthodoxe puisqu'ancienne infirmière ayant repris des études de médecine sur le tard… Ce qui nous vaudra quelques scènes de bizutage aussi répréhensibles que cocasses. Mais Nathalie a un sacré tempérament et une vraie compétence et elle va s'accrocher, jusqu'à gagner la confiance de son confrère mal embouché…

Thomas Lilti livre un bel hommage, d'une évidente authenticité, à cette profession de médecin de campagne, somme toute méconnue et guère valorisée – pas étonnant qu'elle soit en voie de disparition –, en première ligne face à la crise générale de notre système de santé. Et il agrémente cette chronique bien sentie d'une fine trame romanesque où l'amour et la peur de la mort vont se croiser. Pour incarner ce couple a priori pas du tout fait pour s'entendre mais dont les solitudes vont évidemment se rapprocher, Marianne Denicourt et François Cluzet excellent. (Utopia)

CGR (Draguignan) :mercredi 6, samedi 9 et mardi 12 à 11h15, 13h45et 18h - jeudi 7 à 13h30 et 18h - vendredi 8 à 11h15 et 18h - dimanche 10 à 11h15, 13h45 et 18h15 - lundi 11 à 13h45 et 18h
Le Luc : mercredi 6 à 18h, vendredi 8 à 21h, samedi 9 à 16h et dimanche 10 à 14h


Le Cœur régulier
Réalisé par Vanja D'ALCANTARA
France 2016 1h35 VOSTF
avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider, Fabrizio Rongione, Masanobu Ando...
Scénario de Vanja D'Alcantara, Gilles Taurand et Emmanuelle Beaugrand-Champagne, d'après le roman d'Olivier Adam

Parfois, quand on a envie que tout cesse, qu'on s'apprête à sauter dans le vide, apparaît une main secourable, qui redonne le courage d'avancer. Au dessus de falaises battues par les vents marins, dans le lointain Japon, s'agrippe une petite maison où veille Daïsuke, un homme entre deux âges, qui guette ceux qui n'ont plus le cœur à vivre. Dans sa bouche, ni jugement, ni mots de consolation. Il est juste une oreille qui écoute. Il a laissé derrière lui son étrange passé, la somme de toutes ses impuissances pour se placer du côté de la barrière où il peut encore tenter de faire bifurquer le cours des choses. Ni héros, ni gourou, il est là où il lui semble devoir être.

Tout cela est étranger à Alice (Isabelle Carré), à son pays (la France), à sa réalité. Douillettement installée dans un quotidien impeccable : jolie maison design, sages chérubins, mari aimant (Léo). Chaque chose à sa place et pas plus de place pour la fantaisie que pour un grain de poussière. Alice pourrait être une illustration du poème de Jean Richepin : « Possédant pour tout cœur un viscère sans fièvre, un coucou régulier, et garanti dix ans ». Cette chose qui bat en elle, parfois un peu trop fort, qui brouille son regard sous ces cils disciplinés… elle évite d'y prêter attention et s'acharne à la faire taire. Nul soupir n'émane de ses lèvres sagement fardées et si tel était le cas, on imagine sans peine comment les braves gens de son entourage fondraient sur celle qui a tout pour être heureuse.
Elle se meut par habitude, sans conviction, comme si elle passait à côté de sa propre vie, à côté d'elle-même. Alors que Léo se régale de soirées fréquentées par des gens de sa condition sociale, triés sur le volet, il s'étonne de voir sa femme étrangement absente, en souffrance d'une chose qu'elle ne sait même pas nommer.

C'est dans ce couple qui s'étiole que déboule, sans crier gare, Nathan, le jeune frère d'Alice. Vif, indépendant, bohème, vivant de l'air du temps, n'ayant pas peur d'avouer ses faiblesses, ses sentiments, ivre d'un amour incommensurable pour la vie. C'est une brise rafraîchissante qui déferle dans la maisonnée. Tout semble soudain respirer : les meubles, la cuisine qui déborde soudain de casseroles pleine de pâte à crêpes, les gosses qui se lèchent les doigts, osant rire de tout, comme mus par un droit à la désobéissance… et Alice qui s'illumine soudain. C'est un joyeux bordel ! Tous se régalent, s'enthousiasment, mis à part Léo, sans doute jaloux de voir le frangin prodigue réussir là où lui-même échoue depuis trop longtemps.
Nathan parle de ses voyages, de ses rencontres, d'une en particulier qui l'a bouleversé. Mais tout en babillant, il voit ce que les autres ne savent pas voir et pose la seule vraie question : « T'es où ma sœur, mon Alice ? Tu restes là, coincée dans ta petite vie parfaite… » Alice va alors entreprendre un voyage qui la conduira tout au bord des falaises de Tojimbo, que son frère arpenta, là où l'espoir peut renaître parfois. Au bout de son cheminement elle trouvera quelque chose qu'elle n'attendait pas. Un roulement de plus en plus régulier, comme celui d'un cœur qui bat…


Le Vox (Fréjus) :mardi 6, dimanche 10 et lundi 11 à 13h50 - jeudi 7 à 13h50 et 20h45 - vendredi 8 à 13h50 et 18h15 - samedi 9 et mardi 12 à 18h15


Quand on a 17 ans
Réalisé par André TÉCHINÉ
France 2016 1h55
avec Sandrine Kiberlain, Tracey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret...
Scénario de Céline Sciamma et André Téchiné

Inspiré peut-être par l'air des montagnes (le film a été tourné à Luchon et dans ses environs, les Pyrénées sont magnifiques) et sans aucun doute par la complicité au scénario de Céline Sciamma (réalisatrice de Tomboy et Bande de filles), André Téchiné signe avec Quand on a 17 ans son meilleur film depuis Les Témoins en 2007. Remarquablement écrit et construit, le scénario s'intéresse aux relations complexes, contradictoires, entre Thomas et Damien (Corentin Fila et Kacey Mottet Klein, formidables), deux lycéens qui ne cessent de s'affronter, de se battre, de se chercher – dans tous les sens du terme.

Construit comme un triptyque autour des trois trimestres d'une année scolaire, le film prend d'abord le temps de poser son récit, de caractériser les personnages et d'installer des intrigues secondaires qui sont autant de fondations. Il y a bien sûr les deux adolescents que tout semble opposer : l'intellectuel et le paysan, le fils de bourgeois – une médecin et un militaire, en mission en Afghanistan – et l'enfant adopté par des cultivateurs, le gars de la (petite) ville et celui du haut de la montagne. Immédiatement, cela fourmille de thèmes et de possibilités.
Il y a également leurs parents (Sandrine Kiberlain en tête, parfaite dans le rôle de cette mère fantasque et joyeuse), que Sciamma et Téchiné incluent largement au récit, prenant le contrepied des habituels films sur une adolescence évoluant dans sa propre sphère, loin du monde des adultes. Quand on a 17 ans est en cela d'une grande subtilité, montrant notamment une relation mère-fils harmonieuse et simple qui dynamite les clichés du genre.
Et puis, au fur et à mesure qu'avance le film, le scénario continue de se nourrir avec des intrigues parallèles qui tour à tour font écho à l'histoire des deux adolescents, ou lui servent de catalyseur. Cela permet de faire exister les personnages secondaires et de garder une grande homogénéité dans la narration qui devient limpide et presque évidente, tout en ménageant surprises, chemins de traverse et rebondissements.
Car si, au départ, on croit voir arriver les grosses ficelles du scénario, on s'aperçoit rapidement que Téchiné neutralise tout ce qui pourrait être outré, se contente de suggérer ce qui est indispensable, et s'amuse avec les attentes du spectateur. Passée la première demi-heure de mise en place, le film bascule ainsi dans un mélange d'humour, de douceur et de complicité qui rend la situation de départ éminemment plus subtile qu'elle ne le paraissait au départ.
On est alors bouleversé par la manière dont le cinéaste (âgé tout de même de 72 ans) s'approprie les affres de l'adolescence et filme avec grâce leurs corps-à-corps brutaux, expiatoires et ambigus. Il capte avec une simplicité déconcertante cet aspect purement physique de la relation conflictuelle entre Thomas et Damien qui ont besoin de passer par les coups pour en arriver aux mots. Puis aux gestes d'amour, filmés eux aussi avec une sensualité spontanée, sans effets ni calculs.
Comme souvent, il n'est pas tant question dans Quand on a 17 ans d'homosexualité que de la rencontre amoureuse entre deux adolescents qui s'avèrent être deux garçons. Nuance de taille pour un film lumineux qui prend le sujet de l'adolescence à bras-le-corps mais joue la carte de la retenue, du sens du détail et de la légèreté. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 15h55, 18h15 et 20h45 - jeudi 7 à 15h55 et 18h15 - vendredi 8 à 15h50 et 18h - samedi 9 à 15h55, 18h15 et 20h45 - dimanche 10 et mardi 12 à 15h55 et 18h15 - lundi 11 à 15h55, 18h15 et 20h


The Assassin
THE ASSASSINRéalisé par HOU HSIAO-HSIEN
Taïwan 2015 1h45mn VOSTF
avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou Tsumabuki Satoshi, Ching-Tien Juan...
Scénario de Chu T'ien-wen et Hou Hsiao-Hsien
Festival de Cannes 2015 : Prix de la Mise en scène


Pour quelques uns d'entre nous – et pour pas mal de critiques aussi –, The Assassin était le plus beau film du Festival de Cannes 2015, stupéfiant de splendeur, un film qui rentrera à coup sûr au panthéon du cinéma asiatique.
Dès son subjuguant prologue en noir et blanc, on est saisi par la beauté sidérante de chacun des plans, de leur minutie frisant la folie : sensation rare de se trouver littéralement happé par une œuvre, de perdre ses repères, d'être hors du temps qui défile…

The Assassin nous propose un bond en arrière jusqu'au ixe siècle, au cœur de la dynastie Tang. Une période souvent considérée comme une des plus florissantes, des plus prospères de l'histoire de la Chine, tant économiquement que culturellement. La capitale Chang'An était à l'époque la plus grande ville du monde. Bien plus et bien mieux que dans la plus soignée des productions hollywoodiennes, la reconstitution historique est d'une précision vertigineuse, fruit de cinq ans de recherches et de repérages. Nous allons suivre une jeune femme, Nie Yinniang, qui revient chez elle après plusieurs années d'exil mystérieux. On découvre peu à peu qu'elle a séjourné auprès d'une nonne non moins mystérieuse, qui lui a enseigné dans le plus grand secret les arts martiaux, et Nie Yinniang est devenue une professionnelle de l'assassinat, envoyée à Huebo, capitale provinciale, pour tuer Tian Ji'an, le gouverneur félon de la province, dans le contexte troublé de désagrégation de l'Empire, miné par les ambitions féodales. Détail qui n'en pas un : Tian Ji'an est son cousin, avec lequel elle a été élevée et qui lui fut autrefois promis comme fiancé…

Inspiré d'une nouvelle de l'époque, The Assassin signe le retour du grand Hou Hsiao-Hsien(Poussières dans le vent, La Cité des douleurs, Le Maître de marionnettes, Les Fleurs de Shanghaï…) et c'est la première incursion du maître taiwanais dans un genre culte en Chine, le wu xia pian, (film de sabre à connotation historique), qui le fascina adolescent mais auquel jamais il n'osa s'attaquer. Un genre immortalisé par les chefs d'œuvre de King Hu dans les années 70 (Raining in the moutain, Touch of zen…) puis par les délires virtuoses et virevoltants de Tsui Hark (Zu, les guerriers de la montagne magique), enfin plus récemment par le divertissant Tigre et dragon d'Ang Lee.
Mais Hou Hsiao-Hsien aborde le genre de manière totalement différente, beaucoup plus intimiste, mêlant le mélo au film de sabre. Le film est ponctué de combats magnifiquement chorégraphiés, sublimés par une harmonie de couleurs toujours idéale, mais ils s'apparentent davantage aux combats des films de chambara de Kurosawa qu'à ceux de Tsui Hark ou Ang Lee. La tension réside essentiellement dans l'atmosphère feutrée et élégante des palais où les intrigues se nouent. Hou Hsiao Hsien filme magnifiquement ses personnages noyés dans les paysages grandioses de la Mongolie intérieure ou du centre de la Chine : on les croirait sortis d'une estampe médiévale… Il magnifie aussi, toujours en clair obscur, les intérieurs couleur sang et or que n'aurait pas renié un Caravage. Des intérieurs enveloppants où se nouent les amours déçues, les vengeances longtemps enfouies, où la mort peut surgir à tout instant, dans une volute de fumée incompréhensible qui cache l'assassin.

Il faut insister une fois encore sur l'admirable précision de la mise en scène : rien n'y est inutile, les plans séquences les plus impossibles sont maîtrisés à la perfection… Avec en prime un couple d'acteurs au charisme renversant, tout particulièrement la splendide Shu Qi, égérie du cinéaste.


Le Vox (Fréjus) : mardi 12 à 18h15


La Passion d'Augustine
A PERFECT DAYRéalisé par Léa POOL
Québec 2015 1h43mn
avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Valérie Blais, Diane Lavallée, Pierrette Robitaille...
Scénario de Marie Vien et Léa Pool
Prix du public, Festivals de la Baule et d'Angoulême


Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige d'une main ferme un couvent au Québec. Un couvent qui, dans les années 60, reçoit des jeunes musiciennes et dont elle a fait un creuset extraordinairement productif d'une quantité formidable de talents qui raflent tous les prix de piano de la région. Elle a de l'oreille, mais elle a l'œil aussi, Augustine, et rien ne lui échappe. On peut la trouver dure, intransigeante, implacable, mais on voit bien que chacune des quarante pensionnaires se laisse gagner par sa passion et dans la demeure somptueuse où les parents viennent en confiance accompagner leur fille, les parquets craquent, on chuchote, on critique, mais il n'est pas questions de mollir sur l'exercice, de transiger sur la discipline de fer qu'Augustine fait régner. La musique est omniprésente que c'en est un bonheur et on passe des chants religieux à la musique profane, à Purcell, Chopin et quand Alice déboule, nouvelle pensionnaire indisciplinée et rebelle… à Bach revisité en jazz. Mais pour Augustine, le talent compte plus que tout.
Curieusement, dans un contexte où la religion semble être un étouffoir qui ne laisse pas beaucoup de place à la fantaisie, Mère Augustine a quelque chose de très libre, en avance sur son temps. Au Québec (mais ailleurs aussi), les nones étaient parfois des bâtisseuses qui avaient souvent des idées plus à gauche qu'on ne pense et apportaient beaucoup au niveau social et culturel. Il fut un temps où les femmes n'envisageaient pas tellement de solutions pour parvenir à une vie autonome et pour certaines, entrer au couvent pouvait être un moyen de ne pas se soumettre à un homme, de s'émanciper, d'exprimer leur goût pour l'étude, les arts, voire le social, les voyages… Il y avait toutes sortes de couvents, toutes sortes de communautés et en leur sein même, d'horribles rétrogrades côtoyaient des progressistes pleines d'humour (moi-même qui vous cause, je me souviens d'une jeune dominicaine qui surveillait les dortoirs en patins à roulette et chantait des chansons qui n'avaient rien de chants d'église).
Le film raconte aussi le dégel d'une société, mais ce dégel-là va entraîner la suppression des aides aux écoles privées, et malgré le soutien financier de certains parents, cette évolution menace le musical pensionnat. On sera attentif à la scène du dévoilement, « quand on parle aujourd'hui du port du voile ou de la burka, la problématique n'est pas très différente » dit la réalisatrice. Les occidentaux ont tendance à l'interpréter négativement, mais cela peut être aussi constitutif d'une identité, il arrive aussi que le choix de se couvrir préserve et rassure… « Il ne faut pas oublier que cet abandon du voile nécessite tout un chemin, dit elle encore, perplexe de voir une des comédiennes, impliquée dans son rôle, pleurer : « c'est comme si on m'arrachait la peau… Ce geste n'est pas anodin. »
Lysandre Ménard, jeune pianiste de 21 ans qui joue Alice, a commencé le piano à cinq ans, a obtenu un grand nombre de prix dans toute sortes de concours et ajoute ici, avec son premier rôle au cinéma, une distinction de plus à son actif, celle de la meilleure actrice au festival de Newport. Quant à François Dompierre qui a dirigé musicalement le film, il a signé la musique d'une bonne soixantaine de films (dont Le Déclin de l'Empire américain, Jésus de Montréal…) et a composé quelques partitions régulièrement jouées un peu partout dans le monde. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mardi 6 à 16h et 18h15 - jeudi 7 et samedi 9 à 16h - dimanche 10 à 16h et 20h45 - lundi 11, mardi 12 et vendredi 8  à 13h50


Les Innocentes
LES INNOCENTESRéalisé par Anne FONTAINE
France 2016 1h55mn VOSTF
avec Lou De Laâge, Agata Buzek, Vincent Macaigne, Agata Kulesza, Joana Kulig...
Scénario de Sabrina B. Karine, Alice Vial, Anne Fontaine et Pascal Bonitzer, sur une idée de Philippe Maynial

Ce film est un moment de grâce. Et même davantage tant l'univers dans lequel il nous plonge nous confronte à quelque chose qui relève de cette émotion secrète et profonde que tout être humain éprouve un jour ou l'autre, particulièrement lorsqu'il est confronté à des situations d'exception : ce sentiment indicible que la vie est un grand mystère, tout comme la mort, cette découverte que, parfois, la question de la transcendance s'impose intensément à nous. Il nous a rarement été donné de voir exprimée au cinéma, avec une telle subtilité et une telle force, la complexité de la nature humaine et de ses aspirations les plus intimes, révélée ici par une histoire qui, pour être douloureuse, ne parvient pas à détruire la petite lumière d'espoir et de vie qui illumine une humanité déchirée, violentée, mais portée par un amour insubmersible qui la dépasse.
C'est plus qu'un beau film, c'est une expérience à la fois humaine et quasi spirituelle qui parvient à nous faire oublier qu'on a déjà vu certains des acteurs incarner d'autres personnages dans d'autres films, tant ils semblent ici uniques, portés par la cohérence d'un groupe qui se fond dans la réalité d'un autre temps, d'un autre pays. Le film a été tourné en Pologne, la plupart du temps dans un couvent désaffecté, avec des actrices (particulièrement inspirées) et acteurs polonais et français, dans des conditions de découverte mutuelle qui renforcent encore l'impression d'authenticité. Si l'histoire de départ est bien réelle – celle de Madeleine Pauliac, jeune et jolie Française, provisoire médecin-chef de l'hôpital de Varsovie en 1945 –, elle sert ici de révélateur à des relations aussi universelles qu'intemporelles qui prennent une intensité particulière dans le huis-clos de ce couvent austère, magnifié par les images de Caroline Champetier. La part faite aux chants grégoriens, interprétés essentiellement par les comédiennes, contribue au sentiment de sérénité, de plénitude si particulières à l'ambiance monastique qui contraste ici avec la violence de la situation.

1944 : la Pologne a été dévastée par l'occupation allemande. Tandis que les autochtones tentent de survivre, la Croix Rouge française s'est installée dans ce qu'il reste d'un hôpital pour soigner et rapatrier les Français qui se trouvent encore sur le territoire polonais. L'équipe médicale n'a pas pour mission de s'occuper des Polonais, et quand une jeune religieuse vient demander du secours, on l'éconduit dans un premier temps, mais Mathilde Beaulieu, interne de vingt-cinq ans, se laisse toucher par sa détresse et accepte de la suivre jusque dans son couvent, malgré l'interdiction qui lui est faite de s'éloigner du cadre de sa mission. Là, elle découvre une communauté de Bénédictines qui continuent à vivre leur vie de moniales, rythmée par les sept offices quotidiens, mais qui cachent dans la honte et le désarroi un secret terrible. Les soldats de l'armée rouge, suivant le reflux de l'armée allemande, ont pénétré dans le couvent à plusieurs reprises, brutalisé, violé les jeunes religieuses et certaines sont sur le point d'accoucher. La mère Abbesse est d'abord réticente à l'intervention de Mathilde, tant elle redoute que l'horreur de leur situation soit connue à l'extérieur du couvent. Mais peu à peu une relation se noue entre la médecin athée, engagée corps et âme au service des autres, et la trentaine de nonnes qu'elle va tenter d'aider autant que possible, s'immergeant dans leur quotidien, à l'écoute de leurs choix sans pour autant modifier ses orientations personnelles. Mettant sa propre vie en péril, elle préservera le plus longtemps possible leur secret, ne demandant que tardivement de l'aide au médecin qui lui est le plus proche et avec qui d'ailleurs elle a une de ces relations dont on imagine qu'elles sont inévitables dans ce genre de lieu et de situation, entre fraternité et désir, complicité et réconfort nécessaire…
Les Innocentes est bien plus que le récit prenant d'un moment d'histoire peu connu, le film rayonne de cette lumière intérieure qui caractérise ceux qu'une conviction profonde élève au dessus des contingences les plus difficiles, jusqu'à atteindre une sorte d'intensité harmonique rare et positive. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : dimanche 10 à 16h


Au nom de ma fille
AU NOM DE MA FILLERéalisé par Vincent GARENQ
France 2016 1h27mn
avec Daniel Auteuil, Sébastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil...
Scénario de Vincent Garenq et Julien Rappeneau

On peut reconnaître au réalisateur Vincent Garenq une vraie cohérence et une constance remarquable. Ces trois derniers films commencent de la même façon : l’arrestation au petit matin d’un homme qui s’avérera innocent. Vincent Garenq, homme de conviction qui croit dans la capacité du cinéma à influer sur le cours du monde, a redonné dans Présumé coupable son honneur et sa dignité à Alain Marécaux, l’huissier de justice injustement accusé et emprisonné dans la sinistre affaire dite d’Outreau. Dans L’Enquête, il reconstituait le combat pour la vérité du journaliste Denis Robert, qui avait dénoncé contre vents et marées judiciaires les manipulations financières occultes de Clearstream, chambre de compensation située au Luxembourg, en lien avec le milieu politico-économique français.

Ici l’homme arrêté un petit matin de 2009 dans un hôtel de Mulhouse est André Bamberski, un septuagénaire toulousain, qui semble peu surpris de l’arrivée de la police et relativement serein. Pour comprendre toute l’affaire, le film nous ramène aux années 1970 au Maroc. A l’époque, André Bamberski est un expert comptable apprécié, marié à la très jolie Dany (c’est Marie-José Croze) et heureux père d’une petite fille, Kalinka.
Dieter Krombach est le père d’une copine de Kalinka et rapidement les deux couples se lient d’amitié. Mais peu après, la femme d’André le quitte pour Dieter. Tout se noue en juillet 1982. Dieter a épousé en seconde noces Dany, et cet été-là, Kalinka et son frère sont partis en vacances chez leur mère et beau-père au bord du très beau lac de Constance. Et une nuit sinistre, sans explication plausible, Kalinka meurt subitement, alors que la veille, le Docteur Krombach a fait une piqûre à la jeune fille… pour l’aider à bronzer plus vite. Chez André Bamberski, l’immense douleur cède bientôt la place au doute et aux interrogations, d’autant que l’autopsie est étrangement bâclée et que les autorités allemandes vont continuer à faire preuve de négligences inquiétantes. Peu à peu le doute se transforme en certitude : Dieter Krombach est coupable. Et année après année, les preuves vont s’accumuler contre l’élégant médecin, qui se révèle un pervers sexuel amateur de très jeunes filles…

Ponctué de rebondissements dignes d’un excellent thriller, le film suit l’incroyable combat d’André Bamberski pour que justice soit rendue à Kalinka et donc pour faire condamner Dieter Krombach. Un combat qu’il finira par gagner au bout de trente ans, après avoir été contraint de faire fi de toute légalité. Les incroyables péripéties tiennent en haleine, qui montrent que la raison d’État entre deux pays va à l’encontre de la justice. Mais c’est surtout l’évolution d’un homme ordinaire qui est décrite. Un homme que rien ne prédisposait à agir de la sorte et qui pourtant devient à la fois juriste, détective privé, homme de main pour tenter d’aller jusqu’au bout de la mission qu’il s’est assignée. Un homme qui aura d’une certaine manière sacrifié sa vie, son nouvel amour, pour ce seul objectif. Daniel Auteuil, immense acteur quand il joue dans des films qui l’intéressent vraiment, endosse le personnage à tous les âges et restitue avec une remarquable intensité le parcours de ce personnage que sa quête mena au bord de la folie… au nom de sa fille.


Cotignac : lundi 11 à 18h


Midnight Special
Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 1h51 VOSTF
avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard...

Du jeune maître texan Jeff Nichols, qui nous impressionne de film en film(Shotgun stories, Take shelter – tous deux disponibles en Vidéo en Poche – et Mud), on attendait l'inattendu… et on n'est pas déçu.
La première scène de Midnight Specialnous plonge dans l'inconnu. Deux hommes armés semblent attendre, anxieux, dans une chambre de motel aux fenêtres recouvertes de carton. Sur le lit, caché sous un drap, un petit garçon lit à la lumière d'une lampe de poche, imperméable aux événements extérieurs, un casque anti-bruit sur les oreilles, les yeux étrangement recouverts de lunettes de piscine. La télévision diffuse en boucle l'information de la disparition d'un enfant appartenant à une communauté religieuse. Est-ce un kidnapping ? Ou l'enfant a-t- il été au contraire soustrait par ses proches à un destin funeste ? Soudain le trio sort précipitamment et démarre en trombe dans la nuit à bord d'une Ford Mustang (à moins que ce ne soit une Dodge Charger, pardonnez ma méconnaissance des voitures de légende du cinéma américain).

Ce qui est passionnant dans le nouveau petit bijou de Jeff Nichols, ce sont ses multiples entrées. Ça commence comme un film de cavale, porté par la musique aérienne et lancinante de David Wingo, traversant les paysages magnifiques du Sud des États-Unis, du Texas à la Floride, sans qu'on connaisse au demeurant la destination ni la raison de cette fuite précipitée. Ce n'est que peu à peu que l'on en comprend les tenants et les aboutissants : une secte chrétienne, dirigée par un gourou qui scande des formules mathématiques, avait fait de l'enfant sa mascotte prophétique, un enfant qui cache un lourd secret et des pouvoirs surnaturels. Tout ça attirant les spécialistes des agences gouvernementales qui voudraient bien mettre la main sur ce gamin capable de déchiffrer les informations des satellites espions. La tension monte… et le film bascule sans esbroufe spectaculaire vers la science-fiction, en une sorte d'hommage virtuose aux grandes réussites des années 70/80 – on pense en particulier au Spielberg de Rencontres du troisième type –, à l'époque où le cinéma américain imaginait que « l'autre », la créature venue d'ailleurs, n'était pas forcément un envahisseur mais pouvait être animé d'intentions pacifiques et bienveillantes, bien plus que les terriens recroquevillés sur leur petite planète…

Mais derrière le suspense paranoïaque et la SF, derrière l'action qui avance tambour battant, on retrouve les thèmes récurrents de Jeff Nichols, principalement la paternité, le lien indéfectible qui unit père et fils. Et son acteur fétiche Michael Shannon incarne formidablement ce père déterminé, prêt à tout pour permettre à son fils d'aller jusqu'au bout du destin qui est le sien… Ce personnage emblématique représente l'abnégation paternelle poussée à son paroxysme, celle qui vous pousse à croire à l'incroyable, à abdiquer votre rationalité, à vous affranchir de la loi pour contourner ou forcer tous les barrages, même si toutes les forces de l’État le plus puissant au monde sont à vos trousses. Michael Shannon est comme toujours impressionnant mais on appréciera aussi les personnages secondaires remarquablement dessinés et interprétés, tels Sam Shepard très flippant en gourou de secte ou Adam Driver, parfaitement ambivalent en enquêteur faussement dilettante.

Cotignac : samedi 9 à 18h


Saint Amour
SAINT AMOURÉcrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN
France 2016 1h42mn
avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette, Chiara Mastroianni, Gustave Kervern, Solène Rigot, Michel Houellebecq, Ana Girardot, Andréa Ferréol, Izia Higelin...

Au moment de vous présenter ce Saint Amour, on se sent pris d'une envie de récapituler les prodiges déjà accomplis par le duo Delépine-Kervern. Avec Aaltra, ils ont convaincu des milliers d'handicapés qu'ils pouvaient traverser l'Europe en faisant chier un maximum de gens ; avec Avida, ils ont montré que le surréalisme bandait encore ; avec Louise Michel, ils ont montré la voie pour recentrer la lutte sociale sur l'exécution des patrons scélérats (au fait, voyez Merci Patron : François Ruffin propose une tout aussi hilarante variante) ; avec Mammuth, ils ont magnifié la revanche des retraités pauvres en mobylette ; avec Le Grand soir, ils ont réconcilié les punks à chiens et les vendeurs de literie (tous sont disponibles en Vidéo en Poche) ; enfin, dans Near Death Experience, ils rendaient justice aux cyclistes dépressifs tout en rendant sympa et génialement drôle le plus insupportable des écrivains : Michel Houellebecq… Six films, ça commence à pouvoir s'appeler une œuvre. Qui a une sacrée gueule ! Et autant vous dire que Saint Amour va ajouter une septième pierre précieuse à l'édifice ! Le rire le plus gargantuesque et les larmes les plus sensibles mêlés comme rarement. Si j'avais su qu'un jour je chialerais en écoutant le discours d'un éleveur de bœufs à un concours agricole…

Parce qu'il faut vous dire que tout commence dans ce qui s'avère un magnifique lieu de cinéma : le salon de l'agriculture. Jean (Gérard Depardieu, grandiose), éleveur de bovins de compèt, et son fils Bruno (Benoit Poelvoorde, formidable avec le cheveu gras collé) participent comme tous les ans au Salon dans l'espoir que la médaille tant espérée viendra enfin récompenser leur taureau bien couillu. Mais Bruno n'y est pas… Tout ça le déprime. Il a la bonne quarantaine, bosse tout le temps dans la gadoue, se prend des vestes dès qu'il approche les filles et il n'est pas question pour lui de reprendre la ferme familiale. La seule chose qui le console, c'est de profiter de cette semaine parisienne pour faire la route des vins… à l'intérieur du salon… éclusant des godets à tous les stands de dégustation représentant les vignobles des régions françaises.
Face à cette situation pathétique, Jean va prendre les choses en main et embarque son grand fiston dépressif pour une vraie route des vins dans le taxi de Mike (Vincent Lacoste, parfait), jeune frimeur parisien, mythomane patenté. Un périple initiatique en forme de road movie drolatique, qui va permettre au père et au fils de renouer les liens au gré de rencontres détonantes : avec une jeune serveuse obsédée par la dette abyssale de la France, un hôtelier airbnb très inquiétant (le déjà nommé Michel Houellebecq, très très flippant), une cavalière pré-ménopausée en recherche immédiate de géniteurs… Tout ça agrémenté de bitures légendaires.

Il n'y a que Delépine et Kervern pour concilier avec autant de verve, d'invention, de poésie brute les scènes hilarantes, parfois délicieusement borderline, et les séquences d'émotion pure, notamment celles où le fils et le père se rapprochent envers et contre tout, ou encore celle où la superbe Céline Sallette chevauche le long de la Seine… Et mine de rien, sans larmoyer ni pérorer, cette truculente comédie se révèle un des plus beaux hommages qui soient au monde paysan (pas celui de l'agriculture industrielle, rassurez-vous !), à son courage, son sens de l'abnégation et de la transmissi
on.

Lorgues : mercredi 6 à 19h, dimanche 10 à 21h et lundi 11 à 19h


Belgica
BELGICARéalisé par Felix VAN GROENINGEN
Belgique 2015 2h07mn VOSTF
avec Stef Aerts, Tom Vermeir, Hélène De Vos, Charlotte Vandermeersch, Boris Van Severen...
Scénario de Arne Sierens et Felix Van Groeningen

Après La Merditude des choses et Alabama Monroe (César du meilleur film étranger 2014), voici le nouveau film de Felix Van Groeningen, Belgica. C'est le nom d'un club qui résonne comme celui de tout un pays. Mais c'est avant tout un rêve, celui de Jo, un fada de musique qui imagine transformer son modeste et assez miteux bar à Gand en temple du rock'n roll, en arche de Noé, pour les âmes échouées d'une époque qui déjà prédit à ses enfants des lendemains qui déchantent. Le frère de Jo, Frank, est aux antipodes de tout cela. Si le premier à l'air d'un gringalet un brin fragile, le second a une grande et belle gueule et les épaules carrées. Tâcheron de la vie, il tente de se montrer bon père de famille, loyal envers sa compagne Isabelle…
Mais clairement il bout et tourne en rond comme un des chiens du chenil que le couple à monté pour gagner sa vie. Quand Jo lui fait visiter un local mitoyen de son bistrot, il ne lui faut pas longtemps pour rebondir sur l'idée de son cadet. Frank propose de devenir son associé, puis tente de convaincre Isabelle qui ne voit pas ça d'un très bon œil mais abdique devant la détermination farouche de son homme.Voilà les deux frangins qui s'affairent, rameutent les copains. Tous ensemble ils cassent les murs, font du béton, coulent des dalles, reconstruisent, s'acharnent sans compter leur peine, mouillent leurs chemises et les usent jusqu'à la corde… Et alors que leurs économies s'assèchent, voilà le « Belgica » presque prêt à fonctionner, n'attendant plus que le feu vert de la commission de sécurité. Le début des emmerdes, en quelque sorte, comme chacun sait…
Mais rien n'arrête l'improbable duo. L'inauguration démarre au son d'un délirant remix de « J'aime regarder les filles qui marchent sur la plage… » et cette première nuit va mettre le feu aux poudres ! Très vite le club devient un endroit incontournable, déjanté et chaleureux. Très vite aussi une jolie rousse, Marieke, tombe dans les bras de Jo. Tandis qu'Isabelle, coincée entre ses clebs et sa progéniture, se retrouve exclue des joyeuses sauteries… Ce sont les années 90, torrides, sexe, cocaïne and rock'n roll… Tout y passe ! Mais ce n'est que le début d'une épopée, une plongée dans les milieux moites et interlopes de la nuit, qui laissera des traces dans la ville comme dans la vie des deux frangins…

« Belgica, c'est l'histoire de milliers d'entrepreneurs : on grandit puis il faut abandonner ses rêves. À mes yeux le film raconte en filigrane combien notre société a changé en deux décennies, comment elle est devenue plus sévère et peut-être aussi comment elle a perdu ses idéaux. » dit le réalisateur.
Belgica s'inspire largement de l'histoire véridique du café-concert-discothèque « Le Charlatan », lieu mythique qu'ouvrit le père de Felix Van Grœningen, dans lequel ce dernier grandit et passa une partie de son adolescence. Mais avant même de savoir cela, on aurait juré qu'il y avait du vécu dans ce film. Ce n'est pas une boîte de nuit que construit Felix Van Grœningen avec sa bande de potes d'alors, mais une œuvre qui dépeint la grandeur et la décadence d'un monde un peu vain et en perte de vitesse. Et c'est à la fois dérangeant et touchant…
On ne peut terminer sans une mention très spéciale pour la génialissime bande son, crée par les frères Stephen et David Dewale (Soulwax et 2Many Dj's) qui sont allés jusqu'à former des groupes spécialement pour créer une ambiance sur mesure ! Percutante !

Lorgues : samedi 9 à 19h


Spotlight
SPOTLIGHTRéalisé par Tom McCARTHY
USA 2015 2h08mn VOSTF
avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d'Arcy James, Liev Schreiber, Stanley Tucci, Billy Crudup, John Slattery, Jamey Sheridan...
Scénario de Josh Singer et Tom McCarthy

De Bas les masques (1952) de Richard Brooks aux Hommes du président (1976) d'Alan J. Pakula ou à Révélations (1999) de Michael Mann, le journaliste incarne depuis longtemps, dans le cinéma hollywoodien, une véritable sentinelle de la démocratie. Dénonçant sans relâche la criminalité, la corruption de la classe politique, le cynisme du « big business », les pires dérives de l'hystérie anticommuniste ou les erreurs judiciaires, il est une vigie qui pointe les dysfonctionnements de la société américaine, parfois au péril de sa vie.
C'est dans cette solide tradition que s'inscrit ce remarquable Spotlight qui, comme souvent dans ce genre d'entreprise, s'inspire de faits réels. Ici, l'équipe de journalistes d'investigation du Boston Globe, surnommée « Spotlight » (littéralement « le projecteur »), enquête sur une affaire de crimes pédophiles perpétrés – et dissimulés – par l'Église catholique. Pour autant, il ne faut pas chercher la moindre héroïsation du reporter. Car ce qui intéresse McCarthy, c'est de montrer le journaliste, ce soutier de la démocratie, au travail.

Non, son quotidien n'est pas ponctué de révélations spectaculaires et de satisfactions flattant l'ego. Bien au contraire, ses tâches sont le plus souvent répétitives et ingrates, son environnement est celui d'un bureau gris et exigu éclairé par des néons suspendus à un faux plafond, ses interlocuteurs le considèrent comme un gêneur et sa vie privée est vampirisée par son métier. D'ailleurs le réalisateur ne s'attache à ses personnages qu'à travers le prisme professionnel, sans s'attarder inutilement sur leur sphère personnelle qui aurait risqué de parasiter leur indéfectible trajectoire. D'où les plans éloquents de Sasha Pfeiffer (Rachel McAdams) interrogeant inlassablement les victimes et tentant d'approcher les bourreaux, ou encore ceux de Michael Rezendes (Mark Ruffalo) harcelant littéralement l'avocat des survivants et de Matty Carroll (Brian d'Arcy James) épluchant scrupuleusement les archives du journal.
McCarthy excelle à camper cette petite ruche industrieuse que forme le groupe Spotlight – les visages anxieux minés par la fatigue croissante et les rebuffades récurrentes, les innombrables appels téléphoniques infructueux, les allées et venues entre le journal, le Palais de justice et le bureau des avocats – et à humer l'atmosphère solidaire qui règne à la rédaction. Outre sa pugnacité, c'est l'autre grand atout du groupe : la complémentarité de ses membres qui, tous, savent qu'ils ont une note à jouer dans la partition et qu'ils occupent une fonction essentielle, chacun à sa place.
Peu à peu, le travail acharné des journalistes esquisse les contours des violences insondables subies par les jeunes victimes d'hier. À cet égard, la force de Spotlight, c'est le traitement du hors-champ. S'il ne fait preuve d'aucune fausse pudeur dans l'évocation des viols, le cinéaste évite soigneusement les flash-back insistants, le pathos racoleur. Entre les témoignages recueillis et la reconstitution des faits, le film donne pourtant à sentir l'envergure du traumatisme…

Ce plaidoyer pour la fonction salvatrice de la presse écrite ne serait pas aussi puissant s'il n'était pas ancré dans un contexte géographique bien spécifique. Car dans le film, la responsabilité écrasante de l'Église se confond avec celle de Boston : Boston la patricienne, discrète et « provinciale », Boston qui exècre l'ostentation, et surtout Boston la catholique, où le crime s'épanouit pourtant… « La ville prospère quand ses grandes institutions travaillent main dans la main » déclare, sûr de son fait, le cardinal Law au rédacteur en chef du Globe lors d'un entretien privé. De fait c'est toute la ville qui semble complice des agissements criminels de ses prélats : ici, l'Église, impalpable et omniprésente, s'est insinuée dans le cœur et l'âme des fidèles, si bien qu'ils ont d'eux-mêmes intégré l'impérieuse obligation du silence… Dans ce film subtil qui ne tombe jamais dans l'écueil du manichéisme, tout le monde, ou presque, partage les mêmes origines et, partant, une responsabilité collective… Un film passionnant, de bout en bout ! (F. Garbarz, Positif)


Salernes : jeudi 7 à 20h45


Tout en haut du monde
TOUT EN HAUT DU MONDEFilm d'animation de Rémi CHAYÉ
France 2015 1h20mn
avec les voix de Christa Théret, Féodor Atkine, Thomas Sagols, Rémi Caillebot...
Scénario de Claire Paoletti Patricia Valeix. PRIX DU PUBLIC Festival du film d’animation d’Annecy 2015. Pour les enfants à partir de 7 ans. Musique originale de Jonathan Morali (Syd Matters)

1882… Plongée dans la majestueuse Saint Pétersbourg de l'époque, son palais de marbre, ses dorures, ses calèches et ses canaux romantiques… Un endroit digne d'un conte de fée !
Sacha a tout juste quatorze ans. Fruit d'une aristocratie russe cossue, notre candide blondinette semble avoir un avenir tout tracé. Sa famille, son père surtout, imagine lui trouver un beau parti qui renforcera encore sa position sociale. À l'âge où les jeunes filles en fleurs ne rêvent que de robes couleur de lune et de pantoufles de vair, Sacha rêve de coques, de haubans, de drisses, de cordages, de bastingages, de compas… bref de bateaux ! D'un surtout : le Davaï ! Un magnifique voilier conçu par son grand-père explorateur Ouloukine. Pour Sacha, c'est plus qu'une simple embarcation échouée dans la mythologie familiale, c'est le dernier lien qui la relie à celui qu'elle a tant aimé, le lien ténu de l'espoir…

Le monde imaginaire de Sacha a basculé le jour où Ouloukine, parti à la conquête du pôle nord, a été porté disparu avec son vaisseau pourtant réputé insubmersible (en général c'est un qualificatif qui ne porte pas chance, on se souvient du Titanic…). Dès lors, fidèle à la complicité qui les liait, Sacha s'est plongée dans les notes de son aïeul, a lu et relu ses écrits, est devenu sa plus fidèle experte, malgré son jeune âge… Elle s'est mise à étudier les cartes marines, à appris à compter en nœuds, en milles, à se diriger en plein large… En théorie, bien sûr… Car en pratique, le seul cap que son rang lui impose de tenir, c'est de devenir une future épouse présentable et soumise. D'ailleurs ce soir va être celui de son premier bal qui se doit de devenir inoubliable. Tous les facteurs sont réunis pour qu'elle puisse faire grande impression sur ses potentiels prétendants. Parée de ses plus beaux atours, Sacha esquisse donc docilement ses premiers pas de danse avec le neveu du Tsar, le Prince Tomsky… Ce qui doit rendre vertes de jalousie ses copines la laisse indifférente. Ce Prince-là n'est pas si charmant puisqu'il traite Ouloukine de vieux fou et se moque d'elle. Et c'est là que l'indomptable Sacha va commettre l'irréparable… ou plutôt en être injustement accusée… Et injustement punie…
Alors, en plein cœur de la nuit, Sacha prend une décision qui va changer le cours de sa vie. En cachette elle enfourche un cheval et met les voiles au sens figuré tout en espérant pouvoir le faire bientôt au sens propre. Direction la mer et ses embruns, le grand large et peut-être bien la banquise dans le sillage d'Ouloukine et du Davaï… Tout en haut du monde ! Voilà Sacha embarquée dans une terrible épopée, drôle, poétique, touchante où elle va commencer par se frotter à ceux qui n'appartiennent pas à sa classe sociale, à l'univers des vrais marins, ceux qui disent qu'une femme à bord, ça porte la poisse !

Vous l'aurez compris, on vous recommande plus que chaleureusement ce petit bijou d'animation enthousiasmant. Le choix du dessin tout en à-plats, celui de la musique qui, au lieu de tenter de coller absolument à l'ambiance de l'époque, ajoute une touche contemporaine bienvenue… C'est une œuvre limpide, intelligente, dans laquelle petits ou grands trouveront leur compte, chacun avec un niveau de lecture différent. Il parle tout autant d'aventure que de transmission, de passion ! (Utopia)


Le Luc : mercredi 6 à 16h et samedi 9 à 18h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

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