Au(x) cinéma(s) du 6 au 12 janvier

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Bonjour à tous !

Cette semaine, vous pouvez profiter de Les Cowboys de Thomas Bidegain, à CGR Chabran, une histoire forte et d'actualité "menée de main de maître". Au Vox à Fréjus, le magnifique et très intéressant Au delà des montagnes de Jia Zhang Ke ("A Touch of Sin"), et le documentaire passionnant Demain sur des solutions qui marchent pour un monde meilleur ! Vous pouvez voir aussi Demain à Lorgues, à Salernes et à Cotignac ! Vous pouvez aussi attendre de le voir, proposé par Colibris le jeudi 14 janvierà 20h au CGR,  et présenté par les réalisateurs Cyril Dion et Mélanie Laurent. A Fréjus toujours,  mais aussi à Salernes, vous pourrez sourire un peu devant la comédie pince sans rire, fable philosophique aussi de La Vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc. N'oublions pas le film très fort et authentique Ixcanul de Jairo Bustamante, sur la vie d'une famille d'indiens pauvres d'Amérique du sud, et aussi "magnifique fable sur la vulnérabilité de l'homme" : L'étreinte du serpent de Ciro Guerra. A Draguignan, à Lorgues et au Luc, le film-romance de Claude Lelouch Un + une, et Back Home de Joachim Trier où une famille tente de se reconstruire après un deuil.

Notez bien pour ceux qui ne l'ont pas encore fait qu'Entretoiles vous propose à CGR Chabran, 2 films, sur le thème "Portraits de femmes" dimanche 17 janvier: à 18 h Much Loved de Nabil Ayouch, un film décapant qui brise les tabous d'une société qui brime les femmes. Et à 20h45 Notre petite sœur, un film japonais de Kore Eda, une "leçon de zénitude".... Et entre les 2 films, nous vous offrirons un apéritif...

L’Assemblée Générale aura finalement lieu le mercredi 3 février à 18h dans la salle de conférence de la MSJ : avis aux adhérents ! (la convocation vous arrive bientôt)

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

Bonne semaine de cinéma !

PROGRAMMATION DU 6 AU 12 JANVIER 2016

 

Demain
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Demain
Réalisé par Cyril DION et Mélanie LAURENT
Documentaire France 2015 2h
Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 8 à 14h30 - samedi 9 à 18h15 - dimanche 10 à 16h20
Lorgues : mercredi 6 à 14h50 et dimanche 10 à 13h50
Salernes : mardi 12 à 20h30
Cotignac : dimanche 10 à 15h
CGR (Draguignan) : jeudi 14 à 20h
Les Cowboys
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Les Cowboys
Réalisé par Thomas BIDEGAIN
France 2015 1h45mn
avec François Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne, John C. Reilly, Ellora Torchia, Antoine Chappey...
Le film débute en 1994, dans l’est de la France, lors d’un festival de musique country, ce genre de rassemblement où vous passez pour un zombie si vous ne portez pas votre stetson, votre veste à franges et vos santiags, avec ou sans éperons. Alain – François Damiens, aussi convaincant que dans Suzanne – figure importante de cette petite communauté, monte sur scène pour interpréter un morceau puis danse avec sa fille Kelly, sous le regard attendri de sa femme et de son fils Georges, dit Kid. Mais quelques heures plus tard, alors que la fête touche à sa fin, Kelly a disparu. La vie de cette famille va basculer quand ils vont apprendre très rapidement qu’elle est partie avec le garçon qu’elle aime, Ahmed, et qu’elle s’est convertie à l’islam. Le père s’engage alors dans une quête obsessionnelle à laquelle participera son fils... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 6 et samedi 9 à 18h - jeudi 7 à 13h45 - vendredi 8 à 15h45 - dimanche 10 à 20h - lundi 11 à 18h15 - mardi 12 à 11h15
Au-delà des montagnes
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Au-delà des montagnes
Écrit et réalisé par Jia ZHANG-KE
Chine 2015 2h06mn VOSTF
avec Zhao Tao, Zhang Yi, Liang Jingdong, Dong Zijiang, Sylvia Chang...
En 1999, en Chine, Tao, institutrice, est courtisée par deux hommes, ses amis d'enfance Jinsheng et Liangzi. Alors que Liangzi est employé d'une mine de charbon, Jinsheng est l'heureux propriétaire d'une station-service. Cette romance à trois finit par avoir raison de l'amitié qui unissait les deux hommes, d'autant que Tao choisit d'épouser Jinsheng. En 2014, Liangzi vit dans une autre ville. Toujours employé par une mine de charbon, il apprend qu'il a un cancer. Parallèlement, Tao, qui a divorcé de Jinsheng, vit seule, tandis que leur fils, Dollar, est élevé par son père... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6, samedi 9 et dimanche 10 : 15h30, 18h, 20h30, - jeudi 7 et lundi 11 : 14h30, 17h30, et 20h - vendredi 8 et mardi 12 : 14h30, 17h45 et 20h30
Un + une
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Un + une
Ecrit et réalisé par Claude LELOUCH
France 2015 1h53mn
avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christopher Lambert...
Après Salaud, on t’aime et Ces amours là, Claude Lelouch nous offre un cinquante-quatrième film avec Un plus Une. Le réalisateur nous enivre avec poésie dans une romance sur les berges du Gange et nous fait vivre un certain art de la culture indienne, imprégné de spiritualité (et de désordre). Un film délicat et rayonnant qui met en scène deux couples en chassé croisé interprétés par Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christophe Lambert et Alice Pol. Antoine et Alice forment un couple de musiciens. Compositeur de bandes originales de film, Antoine est appelé en Inde pour enregistrer la musique du film d’un grand réalisateur local dont le titre choisi sera Juliette et Roméo. Sur place, les mondanités d’usage attendent l’artiste campé par Jean Dujardin, convié à un diner à l’ambassade de France. Assis à côté de l’épouse de l’ambassadeur, il va faire renverser le coeur de la belle Anna, interprétée par Elsa Zylberstein. Un jeu de séduction va alors s’installer durablement entre les deux personnages et constituer la colonne vertébrale du film... lire la suite
CGR (Draguignan) : jeudi 7 et mardi 12 : 11h, 13h45, 17h45 - vendredi 8 et samedi 9 : 11h, 13h30 et 17h45 - dimanche 10 : 17h45 - lundi 11 : 11h et 13h30
Lorgues : mercredi 6 à 17h, samedi 9 à 18h, dimanche 10 à 16h
Le Luc : mercredi 6 et vendredi 8 à 21h - samedi 9 à18h30 et dimanche 10 à 16h
Back Home
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Back Home
Réalisé par Joachim TRIER
USA / France / Allemagne 2015 1h49mn
avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg, Amy Ryan, David Strathairn...
A l’occasion des trois ans de la mort de sa mère Isabelle, photographe hyperactive à la renommée internationale, une exposition hommage doit lui être consacrée à New York. Mais rien à faire : Conrad ne parvient pas à faire son deuil et s’enferme dans le mutisme, fuyant les assauts bienveillants de son père Gene. Pendant ce temps, son frère aîné Jonah, jeune professeur de sociologie à l’Université, pense pouvoir conjurer le sort grâce à la récente naissance de son fils. Mais cette échappatoire est un leurre, et ce dernier ne manque pas de tomber dans les bras d’une ex que sa mère trouvait jadis séduisante. Bientôt, ce trio déchiré se retrouve au complet dans la maison familiale. Le temps est venu de réunir les planches contacts d’Isabelle pour préparer l’exposition, mais aussi surtout de dénouer l’indicible, pour que chacun puisse reprendre le cours de sa vie, apaisé... lire la suite
Lorgues : mercredi 6 à 19h15 - samedi 9 à 16h - dimanche 10 à 20h30 et lundi 11 à 19h
La Vie très privée de Monsieur Sim
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La Vie très privée de Monsieur Sim
Réalisé par Michel LECLERC
France 2015 1h42mn
avec Jean-Pierre Bacri, Vimala Pons, Isabelle Gelinas, Valeria Golino, Vincent Lacoste, Mathieu Amalric...
Scénario de Michel Leclerc et Baya Kasmi, d'après le roman de Jonathan Coe
C'est l'histoire d'un type ordinaire, Monsieur Sim (« comme la carte », ajoute-t-il invariablement pour se présenter), qui est persuadé d'être « ennuyeux à mourir », d'être un loser absolu. Et à force d'en être convaincu lui-même, il a finir par en convaincre les autres… Quand le film commence, il rentre de vacances, un séjour tout compris dans un hôtel-club familial au bord de la Méditerranée. Mais il y est allé seul après avoir été plaqué par sa femme… Et chacun sait que rien n'est plus sinistre qu'un hôtel-club quand on est célibataire. Et sa conversation est à l'avenant : il est capable de disserter sur la diversité des menus dans chaque « Léon de Bruxelles » ou sur les vertus comparées des cafétérias d'autoroute… Prenez son père, à qui il rend visite lors d'une escale en Italie : il doit tellement redouter sa compagnie qu'il ne trouve même pas le temps de déjeuner avec lui... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 16h15 - jeudi 7 à 14h30 - samedi 9 à 16h20 et lundi 11 à 14h30
Ixcanul
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Ixcanul
Écrit et réalisé par Jayro BUSTAMANTE
Guatemala 2015 1h31mn VOSTF
avec Maria Mercedes Coroy, Maria Telon, Manuel Antun, Justo Lorenzo...
Ours d'Argent, Festival de Berlin 2015 • Grand Prix, Festival du Cinéma d'Amérique latine de Biarritz 2015
Dès la première séquence, on est saisi par la beauté et la puissance de ce visage de jeune fille pris en plan serré alors que les mains de sa mère tressent ses cheveux et les ornent de fleurs. Un regard sombre et empreint de tristesse, peut être de résignation… On découvre ainsi Maria, jeune paysanne qui vit sur les contreforts d'un volcan des hauts plateaux guatémaltèques et que sa famille a promise au propriétaire terrien du coin… Maria vit dans une famille pauvre de paysans saisonniers, lointaine descendante des prestigieux Mayas, réduits à être des Indiens indigènes dans un pays désormais exclusivement dominé par les héritiers des conquistadores espagnols… Des paysans si pauvres, vivant chichement de leur travail sur les plantations de café, qu'ils ne peuvent refuser le mariage arrangé pour leur fille... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 18h15 - jeudi 7 à 17h30 - vendredi 8 à 17h45 - samedi 9 à 18h30 - dimanche 10 à 18h et lundi 11 à 20h
Lorgues : mercredi 6 à 21h15 et lundi 11 à 21h
L'étreinte du serpent
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L'étreinte du serpent
Réalisé par Ciro GUERRA
Colombie 2015 2h05mn VOSTF
avec Jan Bijvoet, Brionne Davis, Nilbio Torres, Antonio Bolivar, Yauenkü Migue...
Scénario de Ciro Guerra et Jacques Toulemonde Vidal. Inspiré des journaux des premiers explorateurs de l’Amazonie colombienne
Tel un immense serpent, le fleuve rampe au milieu d'arbres centenaires, enracinés dans une terre de mystères. La nature vigilante semble tenir à l'œil celui qui s'aventure à la lisière de ses songes. La jungle amazonienne renvoie celui qui y pénètre à sa condition chétive et vulnérable. Evans fait partie de ceux-là. Ethno-botaniste passionné, il n'a pu résister à braver les dangers pour venir vérifier les dires de ses livres et partir à la recherche de la « yakruna », liane sacrée rarissime, réputée pour ces fortes vertus hallucinogènes. « Jamais un blanc n'a dit un truc aussi sensé ! » s'exclame Karamate, le chamane qu'on lui a indiqué comme guide. Un étranger qui quémande son aide et s'intéresse aux végétaux ? Ça c'est exotique ! Pourtant, il en a vu passer des conquistadors venus-là pour prendre ou pour évangéliser. Il les as vus, puis les a oubliés, comme il a oublié de se souvenir. Peu à peu il est devenu ce « chullachaqui », ce corps vide, dépourvu d'émotions, presque hors du temps, qui hante la forêt, se remplit d'elle... lire la suite
Le Vox (Fréjus)  : mercredi 6 à 15h40, jeudi 7 et lundi 11 à 17h30 - vendredi 8 à 20h30 - smedi 9 à 15h50 - dimanche 10 à 20h30 et mardi 12 à 14h30
Much Loved
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Much Loved
Écrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...
On va suivre, à Marrakech, Nora, Randa, Soukaina et plus tard Hlima. Les premières scènes sont pour le moins explicites. Les trois comparses se rendent, accompagnées de leur toujours serviable chauffeur Saïd, à une fête organisée par des Saoudiens. L'alcool pourtant interdit coule à flots. Rapidement les danses lascives s'enchaînent devant les émiratis enivrés… et la suite ne fait aucun doute. Nabil Ayouch montre la crudité du métier mais pas que ça. Refusant les clichés misérabilistes aussi bien qu'angéliques, il décrit avec tendresse le paradoxe de ces femmes qui donnent parfois leurs corps pour nourrir une famille qui pourtant les méprise, en totale hypocrisie ; il montre aussi la formidable solidarité de ces sœurs de lupanar qui, malgré les engueulades mémorables, se soutiennent envers et contre tout et tous, font bloc dans les moments difficiles... lire la suite
CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 18h
Notre petite soeur
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Notre petite soeur
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose...
D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi
C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse... lire la suite
CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 20h45


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Demain
DEMAIN !Cyril DION et Mélanie LAURENT
Documentaire France 2015 2h

Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements…


Loin de l'écologie triste et punitive, loin du discours sur le développement durable cher au greenwashing, vous allez voir un film formidable, vivant, enthousiasmant sur notre extraordinaire capacité à rebondir face à l'adversité, notre extraordinaire capacité à imaginer, notre extraordinaire capacité à faire. Mélanie Laurent et Cyril Dion sont allés rencontrer des gens passionnants à travers le monde, qui œuvrent au quotidien à ce changement indispensable : Inde, États-unis, Canada, Danemark, Allemagne, Islande, Scandinavie, Finlande, Grèce, France…
Le film est composé de cinq chapitres : agriculture, énergie, économie, démocratie et éducation. Construction intelligente et pédagogique, dans le meilleur sens du terme, qui nous montre bien que tout est lié, qu'il s'agit bien d'un problème politique, là aussi dans le sens noble du terme. Et il présente des actions, des alternatives concrètes qui sont mises en œuvre, avec succès, dans tous ces domaines. Mélanie Laurent : « Mises bout à bout, les initiatives comme la permaculture, les monnaies locales, les énergies renouvelables, dessinent un monde possible. Ce qui peut paraître démotivant, c’est qu’il ne s’agit que d’initiatives isolées, mais en même temps elles ne demandent qu’à être réunies ! Il y a déjà un monde qui tient la route, qui existe, où tout est possible. Des solutions sont déjà disponibles, dans tous les domaines, c’est forcément inspirant ! »

Tout s'enchaîne judicieusement et vient renforcer la certitude qu'il faut d'urgence opérer une rupture symbolique, mais aussi pratique avec notre système actuel fondé sur le pétrole et les autres énergies fossiles, sur le nucléaire, sur le productivisme, sur le consumérisme, sur la financiarisation de l'économie, sur l'éducation normative et compétitive…
Pas de doute, Cyril Dion, co-fondateur avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris, et Mélanie Laurent, actrice et réalisatrice, tous deux activistes pour un monde meilleur, ont réussi leur coup : sur les thématiques qu'il aborde, Demain est un film-somme, essentiel, un outil d'information et d'action qui est aussi un spectacle passionnant et exaltant.


Le Vox (Fréjus) : vendredi 8 à 14h30 - samedi 9 à 18h15 - dimanche 10 à 16h20
Lorgues : mercredi 6 à 14h50 et dimanche 10 à 13h50
Salernes : mardi 12 à 20h30
Cotignac : dimanche 10 à 15h
CGR (Draguignan) : jeudi 14 à 20h



Les Cowboys
LES COWBOYSRéalisé par Thomas BIDEGAIN
France 2015 1h45mn
avec François Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne, John C. Reilly, Ellora Torchia, Antoine Chappey...
Scénario de Thomas Bidegain et Noé Debré

Thomas Bidegain n’est pas un inconnu dans le cinéma français. En tant que scénariste, il possède même une sacrée carte de visite. Rien qu’avec Jacques Audiard, il a signé Un prophète, De rouille et d’os et Dheepan. Mais, visiblement, il ne se contentait pas d’écrire, il devait aussi observer, apprendre, emmagasiner avec le désir de passer derrière la caméra. Les Cowboys est donc son premier film en tant que réalisateur Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Rarement un titre aura été aussi bien choisi. Du début à la fin, en effet, sous des aspects différents, nous sommes renvoyés, non seulement à l’univers des cowboys, même si les personnages principaux sont bien français, mais aux références du western en tant que genre cinématographique.
Le film débute en 1994, dans l’est de la France, lors d’un festival de musique country, ce genre de rassemblement où vous passez pour un zombie si vous ne portez pas votre stetson, votre veste à franges et vos santiags, avec ou sans éperons. Alain – François Damiens, aussi convaincant que dans Suzanne – figure importante de cette petite communauté, monte sur scène pour interpréter un morceau puis danse avec sa fille Kelly, sous le regard attendri de sa femme et de son fils Georges, dit Kid. Mais quelques heures plus tard, alors que la fête touche à sa fin, Kelly a disparu. La vie de cette famille va basculer quand ils vont apprendre très rapidement qu’elle est partie avec le garçon qu’elle aime, Ahmed, et qu’elle s’est convertie à l’islam. Le père s’engage alors dans une quête obsessionnelle à laquelle participera son fils.

Thomas Bidegain ne cache pas les films qui ont inspiré le sien. Hardcore de Paul Schrader d’abord, dans lequel un père, calviniste intégriste, retrouve la trace de sa fille disparue dans le milieu du cinéma pornographique. La Prisonnière du désert de John Ford ensuite, où le personnage raciste interprété par John Wayne part à la recherche de sa nièce enlevée par des Indiens. Cela dit, ces références avouées n’empêchent pas Thomas Bidegain de réaliser une œuvre originale et profonde. C’est un film populaire et ambitieux qu’il nous propose, démontrant que l’on peut s’adresser au plus grand nombre avec intelligence et délicatesse. Les codes du western sont bien entendu présents : héros solitaire, chevauchées vers des horizons infinis, guet-apens des Indiens, échange de squaws, calumet de la paix, pistolets, arcs et flèches… Mais, au-delà de ce cadre, ce que raconte Les Cowboys, c’est l’histoire d’un homme ordinaire, déterminé à retrouver sa fille, mais totalement désarmé face à des événements qui le dépassent. C’est également l’histoire d’un fils qui, alors qu’il cherchait la reconnaissance de son père, se trouvera lui-même en s’émancipant des représentations binaires de celui-ci. Il aura fallu pour cela passer des fausses évidences d’un cowboy à la pleine conscience de la complexité du monde.

Le jeune Finnegan Oldfield, qui joue le rôle du fils, tient parfaitement sa place auprès de François Damiens, définitivement un grand acteur à qui il ne reste plus qu’à sélectionner ses rôles avec davantage de rigueur. Quant à Thomas Bidegain, il a franchi avec aisance l’écueil du « film de scénariste », c’est-à-dire celui où l’histoire prend le dessus. Certes, l’histoire qu’il nous raconte est forte, mais elle est menée de main de maître par un réalisateur à part entière, qui devrait rencontrer un succès public mérité. (Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 6 et samedi 9 à 18h - jeudi 7 à 13h45 - vendredi 8 à 15h45 - dimanche 10 à 20h - lundi 11 à 18h15 - mardi 12 à 11h15

 

 

 

Au-delà des montagnes
AU-DELÀ DES MONTAGNESÉcrit et réalisé par Jia ZHANG-KE
Chine 2015 2h06mn VOSTF
avec Zhao Tao, Zhang Yi, Liang Jingdong, Dong Zijiang, Sylvia Chang...

Dans le cinéma de Joachim Trier, la littérature, et par extension l’écriture sous toutes ses formes, a quelque chose de séminal. Déjà dans Nouvelle donne, son premier long, les protagonistes Erik et Philip cherchaient à devenir écrivains à tous prix. Tandis qu’Anders tentait de refaire surface en postulant dans la rédaction d’un prestigieux magazine culturelle, dans Oslo, 31 août – l’adaptation cryptique du Feu Follet de Drieu la Rochelle. Ainsi, l’acte d’écrire se présentait à chaque fois comme un horizon cathartique, seule façon d’éviter l’inertie et la mort. Dans Plus fort que les bombes, le cinéaste norvégien conserve cette logique en ancrant son récit autour du personnage de Conrad, cadet d’une famille dont la mère, photoreporter de guerre, a trouvé la mort dans un mystérieux accident de voiture trois ans auparavant. Peu de chances que le prénom de l’adolescent soit un hasard, lorsque l’on sait que l’écrivain Joseph Conrad affirmait qu’il n’avait que la littérature comme moyen d’existence. Si l’auteur de La folie Almayer faisait allusion à l’aspect financier de la chose, nul doute qu’il percevait aussi cet acte créateur comme un antidote. La preuve ici : c’est une fois encore par l’écriture que le jeune Conrad permettra indirectement à chacun dans Plus fort que les bombes de retrouver de la quiétude.A l’occasion des trois ans de la mort de sa mère Isabelle, photographe hyperactive à la renommée internationale, une exposition hommage doit lui être consacrée à New York. Mais rien à faire : Conrad ne parvient pas à faire son deuil et s’enferme dans le mutisme, fuyant les assauts bienveillants de son père Gene. Pendant ce temps, son frère aîné Jonah, jeune professeur de sociologie à l’Université, pense pouvoir conjurer le sort grâce à la récente naissance de son fils. Mais cette échappatoire est un leurre, et ce dernier ne manque pas de tomber dans les bras d’une ex que sa mère trouvait jadis séduisante. Bientôt, ce trio déchiré se retrouve au complet dans la maison familiale. Le temps est venu de réunir les planches contacts d’Isabelle pour préparer l’exposition, mais aussi surtout de dénouer l’indicible, pour que chacun puisse reprendre le cours de sa vie, apaisé.

En y regardant de plus près, Plus fort que les bombes peut se lire sous le prisme de l’Œdipe, du moins de la psychanalyse : Conrad a perdu sa mère et cherche à palier son absence via son attirance pour une camarade de classe. A noter que la séquence onirique dans un sous-bois au clair de Lune, qui traduit sa passion conjointe pour l’adolescente et le souvenir de sa mère, montre en quelques secondes ce que La Forêt des songes a été incapable de produire en 2h de film. De même, Jonah retombe dans les bras d’une ex petite amie dont la mère est également décédée - ces derniers feront d’ailleurs l’amour avec l’un des vieux préservatifs de la mère défunte. Enfin, Gene vit quant à lui une aventure avec une enseignante de lycée de Conrad, qui contribue, sans se substituer à une mère, à accompagner la trajectoire de son fils. Des penchants qui ne tiennent pas du hasard.Via sa dépression latente et son rapport tronqué au monde, Conrad va involontairement permettre à la vérité d’éclore. Une résolution qui s’accompagne d’une mise en scène inventive où s’entremêlent ses rêves, les photographies de sa mère, ses parties de jeux vidéo en ligne – où son père désemparé tente de le retrouver –, les projections mentales de son frère et de Gene. Pour exprimer la façon dont Isabelle a permis à son jeune fils d’accéder à la vérité du monde, ce dernier se rappelle plein cadre au souvenir de photographies comme La fille à la fleur, de Marc Riboud. Masquer ou pas la partie gauche de l’image transforme en effet le sens de l’image. Ainsi, le diable, de même que toute la complexité du monde, seraient bel et bien cachés dans les détails. Cette façon bien particulière d’observer les choses, c’est elle qui permet à Conrad de percevoir ce que son père et son grand frère sont incapables d’assimiler. Mais comme le jeune homme est inapte à transcrire par les mots ce regard si singulier, il ne lui reste que l’écriture pour le partager. Lorsque Jonah, fatigué de le voir s’isoler devant ses jeux vidéo, lui fait remarquer que ses jeux de guerre présentent une vision unilatérale des conflits et de la géopolitique, Conrad ouvre un fichier Word en guise de réponse. Si Jonah juge à la fois étrange et brillant cet agrégat de mots, il vient en réalité sans le savoir de retrouver le chemin vers sa mère.
Dès lors qu’il s’agit de représenter les visions poétiques de Conrad, Joachim Trier éblouit. Reprenant parfois à son compte les codes du teen movie, il donne à son personnage un côté chaotique étonnant. L’on se remémore alors le flot de pensées d’Anders dans Oslo, 31 août. Ce moment prodigieux où il se projetait dans la peau de tous les badauds alentour, pour tenter de savoir si oui ou non le suicide lui serait apparu comme inéluctable s’il était quelqu’un d’autre. Malheureusement, Back Home n’égale qu’à de rares exceptions les réussites de son prédécesseur. La faute peut-être à un casting trop mainstream (Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg), et à des péripéties un peu trop lancinantes. Pour autant, il serait dommage de se détourner du dernier film de Joachim Trier. (à voir à lire)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 6, samedi 9 et dimanche 10 : 15h30, 18h, 20h30, - jeudi 7 et lundi 11 : 14h30, 17h30, et 20h - vendredi 8 et mardi 12 : 14h30, 17h45 et 20h30

 

 

Un + une
Résultat de recherche d'images pour "un + une"Écrit et réalisé par Claude LELOUCH
France 2015 1h53mn
avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christopher Lambert...

Après Salaud, on t’aime et Ces amours là, Claude Lelouch nous offre un cinquante-quatrième film avec Un plus Une. Le réalisateur nous enivre avec poésie dans une romance sur les berges du Gange et nous fait vivre un certain art de la culture indienne, imprégné de spiritualité (et de désordre). Un film délicat et rayonnant qui met en scène deux couples en chassé croisé interprétés par Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christophe Lambert et Alice Pol.

Antoine et Alice forment un couple de musiciens. Compositeur de bandes originales de film, Antoine est appelé en Inde pour enregistrer la musique du film d’un grand réalisateur local dont le titre choisi sera Juliette et Roméo. Sur place, les mondanités d’usage attendent l’artiste campé par Jean Dujardin, convié à un diner à l’ambassade de France. Assis à côté de l’épouse de l’ambassadeur, il va faire renverser le coeur de la belle Anna, interprétée par Elsa Zylberstein. Un jeu de séduction va alors s’installer durablement entre les deux personnages et constituer la colonne vertébrale du film.

Comme un catalyseur de la magie indienne, le personnage crédule et fleur bleue d’Anna est formidablement exploité par Claude Lelouch qui en dresse une peinture aux mille nuances sentimentales, soulignées par l’humour d’Antoine, charmeur irrésistible et mystérieux. Avec son sens du timing, le réalisateur et scénariste (le scénario est co-signé par Valérie Perrin) offre des tirades souvent drôles et percutantes, toujours dans l’émotion au service d’un romantisme où vient parfois se nicher le spectre dramatique.

Mais Un plus une  ne se limite pas à une romance joliment tournée et parée de mots justes. C’est aussi un film tourné vers l’Inde, ses rites spirituels, son peuple si nombreux et fourmillant, son Gange sacré et sa célèbre divinité vivante Amma qui étreint des dizaines de milliers de pèlerins venus la voir chaque jour pour guérir de tous les maux. Claude Lelouche semble fasciné par ce pays qu’il filme avec beaucoup d’amour à travers des plans en longueur mais d’une grande beauté. Il propose dans UN plus Une un véritable voyage au milieu de la foule indienne que la caméra filme comme un seul être : dans le train, en bateau ou encore à pied.

Comme le réalisateur en a l’habitude, il multiplie les hommages amoureux au septième art (Ces amours là n’était-il pas un hommage appuyé – et auto-biographique – à son amour de la réalisation ?). C’est plus particulièrement la place de la musique dans le cinéma qui est cette fois mise en abîme avec sensibilité, voire avec sensualité. A travers le personnage d’Antoine et son travail qu’on admire dans certaines séquences du film, Un plus une est aussi un clin d’oeil à cette profession de compositeur. Le film est ainsi habillé d’une bande originale à l’architecture omniprésente qu’il parait important sinon fondamental de souligner.

CGR (Draguignan) : jeudi 7 et mardi 12 : 11h, 13h45, 17h45 - vendredi 8 et samedi 9 : 11h, 13h30 et 17h45 - dimanche 10 : 17h45 - lundi 11 : 11h et 13h30
Lorgues : mercredi 6 à 17h, samedi 9 à 18h, dimanche 10 à 16h
Le Luc : mercredi 6 et vendredi 8 à 21h - samedi 9 à18h30 et dimanche 10 à 16h

Back Home
BACK HOMERéalisé par Joachim TRIER
USA / France / Allemagne 2015 1h49mn
avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg, Amy Ryan, David Strathairn...

Dans le cinéma de Joachim Trier, la littérature, et par extension l’écriture sous toutes ses formes, a quelque chose de séminal. Déjà dans Nouvelle donne, son premier long, les protagonistes Erik et Philip cherchaient à devenir écrivains à tous prix. Tandis qu’Anders tentait de refaire surface en postulant dans la rédaction d’un prestigieux magazine culturelle, dans Oslo, 31 août – l’adaptation cryptique du Feu Follet de Drieu la Rochelle. Ainsi, l’acte d’écrire se présentait à chaque fois comme un horizon cathartique, seule façon d’éviter l’inertie et la mort. Dans Plus fort que les bombes, le cinéaste norvégien conserve cette logique en ancrant son récit autour du personnage de Conrad, cadet d’une famille dont la mère, photoreporter de guerre, a trouvé la mort dans un mystérieux accident de voiture trois ans auparavant. Peu de chances que le prénom de l’adolescent soit un hasard, lorsque l’on sait que l’écrivain Joseph Conrad affirmait qu’il n’avait que la littérature comme moyen d’existence. Si l’auteur de La folie Almayer faisait allusion à l’aspect financier de la chose, nul doute qu’il percevait aussi cet acte créateur comme un antidote. La preuve ici : c’est une fois encore par l’écriture que le jeune Conrad permettra indirectement à chacun dans Plus fort que les bombes de retrouver de la quiétude.A l’occasion des trois ans de la mort de sa mère Isabelle, photographe hyperactive à la renommée internationale, une exposition hommage doit lui être consacrée à New York. Mais rien à faire : Conrad ne parvient pas à faire son deuil et s’enferme dans le mutisme, fuyant les assauts bienveillants de son père Gene. Pendant ce temps, son frère aîné Jonah, jeune professeur de sociologie à l’Université, pense pouvoir conjurer le sort grâce à la récente naissance de son fils. Mais cette échappatoire est un leurre, et ce dernier ne manque pas de tomber dans les bras d’une ex que sa mère trouvait jadis séduisante. Bientôt, ce trio déchiré se retrouve au complet dans la maison familiale. Le temps est venu de réunir les planches contacts d’Isabelle pour préparer l’exposition, mais aussi surtout de dénouer l’indicible, pour que chacun puisse reprendre le cours de sa vie, apaisé.

En y regardant de plus près, Plus fort que les bombes peut se lire sous le prisme de l’Œdipe, du moins de la psychanalyse : Conrad a perdu sa mère et cherche à palier son absence via son attirance pour une camarade de classe. A noter que la séquence onirique dans un sous-bois au clair de Lune, qui traduit sa passion conjointe pour l’adolescente et le souvenir de sa mère, montre en quelques secondes ce que La Forêt des songes a été incapable de produire en 2h de film. De même, Jonah retombe dans les bras d’une ex petite amie dont la mère est également décédée - ces derniers feront d’ailleurs l’amour avec l’un des vieux préservatifs de la mère défunte. Enfin, Gene vit quant à lui une aventure avec une enseignante de lycée de Conrad, qui contribue, sans se substituer à une mère, à accompagner la trajectoire de son fils. Des penchants qui ne tiennent pas du hasard.Via sa dépression latente et son rapport tronqué au monde, Conrad va involontairement permettre à la vérité d’éclore. Une résolution qui s’accompagne d’une mise en scène inventive où s’entremêlent ses rêves, les photographies de sa mère, ses parties de jeux vidéo en ligne – où son père désemparé tente de le retrouver –, les projections mentales de son frère et de Gene. Pour exprimer la façon dont Isabelle a permis à son jeune fils d’accéder à la vérité du monde, ce dernier se rappelle plein cadre au souvenir de photographies comme La fille à la fleur, de Marc Riboud. Masquer ou pas la partie gauche de l’image transforme en effet le sens de l’image. Ainsi, le diable, de même que toute la complexité du monde, seraient bel et bien cachés dans les détails. Cette façon bien particulière d’observer les choses, c’est elle qui permet à Conrad de percevoir ce que son père et son grand frère sont incapables d’assimiler. Mais comme le jeune homme est inapte à transcrire par les mots ce regard si singulier, il ne lui reste que l’écriture pour le partager. Lorsque Jonah, fatigué de le voir s’isoler devant ses jeux vidéo, lui fait remarquer que ses jeux de guerre présentent une vision unilatérale des conflits et de la géopolitique, Conrad ouvre un fichier Word en guise de réponse. Si Jonah juge à la fois étrange et brillant cet agrégat de mots, il vient en réalité sans le savoir de retrouver le chemin vers sa mère.
Dès lors qu’il s’agit de représenter les visions poétiques de Conrad, Joachim Trier éblouit. Reprenant parfois à son compte les codes du teen movie, il donne à son personnage un côté chaotique étonnant. L’on se remémore alors le flot de pensées d’Anders dans Oslo, 31 août. Ce moment prodigieux où il se projetait dans la peau de tous les badauds alentour, pour tenter de savoir si oui ou non le suicide lui serait apparu comme inéluctable s’il était quelqu’un d’autre. Malheureusement, Back Home n’égale qu’à de rares exceptions les réussites de son prédécesseur. La faute peut-être à un casting trop mainstream (Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg), et à des péripéties un peu trop lancinantes. Pour autant, il serait dommage de se détourner du dernier film de Joachim Trier. (à voir à lire)

Lorgues : mercredi 6 à 19h15 - samedi 9 à 16h - dimanche 10 à 20h30 et lundi 11 à 19h


La Vie très privée de Monsieur Sim
LA VIE TRÈS PRIVÉE DE MONSIEUR SIMRéalisé par Michel LECLERC
France 2015 1h42mn
avec Jean-Pierre Bacri, Vimala Pons, Isabelle Gelinas, Valeria Golino, Vincent Lacoste, Mathieu Amalric...
Scénario de Michel Leclerc et Baya Kasmi, d'après le roman de Jonathan Coe

C'est l'histoire d'un type ordinaire, Monsieur Sim (« comme la carte », ajoute-t-il invariablement pour se présenter), qui est persuadé d'être « ennuyeux à mourir », d'être un loser absolu. Et à force d'en être convaincu lui-même, il a finir par en convaincre les autres… Quand le film commence, il rentre de vacances, un séjour tout compris dans un hôtel-club familial au bord de la Méditerranée. Mais il y est allé seul après avoir été plaqué par sa femme… Et chacun sait que rien n'est plus sinistre qu'un hôtel-club quand on est célibataire. Et sa conversation est à l'avenant : il est capable de disserter sur la diversité des menus dans chaque « Léon de Bruxelles » ou sur les vertus comparées des cafétérias d'autoroute… Prenez son père, à qui il rend visite lors d'une escale en Italie : il doit tellement redouter sa compagnie qu'il ne trouve même pas le temps de déjeuner avec lui…

Heureusement la vie réserve des surprises, même aux cas désespérés. Monsieur Sim (comme la carte) rencontre ainsi, un peu par hasard, un étonnant personnage (Mathieu Amalric, second rôle idéal) qui va lui raconter l'histoire du navigateur britannique amateur Donald Crowhurst, parti en course en solitaire et qui préféra se perdre en mer plutôt que d'abandonner et de décevoir son entourage… Ce destin certes tragique mais romanesque va lui donner une sorte de second souffle (un peu court mais c'est déjà ça) : François (on découvre qu'il a un prénom !) Sim décroche un improbable boulot de représentant en brosses à dents durables et, au volant d'une rutilante voiture hybride de fonction, équipée d'un GPS dangereusement omniscient, il part sur les routes, ce qui va lui permettre de prendre la tangente et d'essayer de reconquérir sa vie et les siens quelque part entre Bourg en Bresse et la Méditerranée. Un voyage à la découverte des secrets de familles et des plaies à cicatriser…
Ce rôle de solitaire dépressif mais volubile, capable de parler au premier venu même si son interlocuteur n'a rien demandé, est évidemment taillé sur mesure pour l'extraordinaire Jean-Pierre Bacri, qui excelle dans toutes les scènes de comique de situation mais qui donne d'emblée une réelle épaisseur humaine à son personnage. À partir de ce singulier François Sim auquel on s'attache de plus en plus au fil du récit, Michel Leclerc (souvenez-vous de son savoureux Le Nom des gens, dans lequel Jacques Gamblin incarnait le « dernier jospiniste », un loser, déjà…) nous donne une comédie pince-sans-rire qui est aussi une fable philosophique tendre et mélancolique, qui analyse avec lucidité, malice et tendresse notre société volontiers absurde, où des moyens de communication sophistiqués à l'extrême sont censés unir les gens et ne font que les isoler. Ultra-moderne solitude, comme chantait l'autre…

Monsieur Sim espionne sa femme sur Facebook en se faisant passer pour une copine ; quand il mange avec sa fille, elle a le nez sur son portable en permanence et il faut qu'il l'enlève et l'emmène en boîte de nuit pour éveiller chez elle un peu d'intérêt pour son ringard de père… Et tout au long de ses journées de VRP, c'est finalement avec la voix féminine du GPS qu'il parle le plus souvent… Pas étonnant dans ces conditions si c'est en se replongeant dans le passé, ses cartons d'archives et ses vieilles bobines en 16mm que Sim va retrouver un certain sens, un certain goût à sa vie…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 16h15 - jeudi 7 à 14h30 - samedi 9 à 16h20 et lundi 11 à 14h30


Ixcanul
IXCANULÉcrit et réalisé par Jayro BUSTAMANTE
Guatemala 2015 1h31mn VOSTF
avec Maria Mercedes Coroy, Maria Telon, Manuel Antun, Justo Lorenzo...
Ours d'Argent, Festival de Berlin 2015 • Grand Prix, Festival du Cinéma d'Amérique latine de Biarritz 2015

Dès la première séquence, on est saisi par la beauté et la puissance de ce visage de jeune fille pris en plan serré alors que les mains de sa mère tressent ses cheveux et les ornent de fleurs. Un regard sombre et empreint de tristesse, peut être de résignation… On découvre ainsi Maria, jeune paysanne qui vit sur les contreforts d'un volcan des hauts plateaux guatémaltèques et que sa famille a promise au propriétaire terrien du coin… Maria vit dans une famille pauvre de paysans saisonniers, lointaine descendante des prestigieux Mayas, réduits à être des Indiens indigènes dans un pays désormais exclusivement dominé par les héritiers des conquistadores espagnols… Des paysans si pauvres, vivant chichement de leur travail sur les plantations de café, qu'ils ne peuvent refuser le mariage arrangé pour leur fille.


Mais derrière le visage marmoréen de Maria, qui ne montre ni satisfaction ni révolte, il y a en secret la ferme détermination de ne pas se laisser piéger par le destin qu'on lui a promis. Maria veut partir au-delà du volcan, loin, très loin, pour échapper à ce déterminisme qui veut l'enfermer. Et elle entretient une relation amoureuse furtive avec Pépé, un jeune homme qui comme des milliers de ses compatriotes rêvent de l'autre Amérique, celle de l'autre côté comme il dit… mais il oublie qu'entre les États-Unis prospères et lui, il y a le Mexique et tous les dangers de la longue route de l'immigration. Maria quant à elle, habitée par la soif de liberté et l'envie d'ailleurs, ignore tous les obstacles et veut coûte que coûte partir… se donner pleinement à Pepe (ce qu'elle fait d'ailleurs lors d'une très belle scène) et vivre sa vie… Mais la réalité sera cruelle, les hommes seront toujours les hommes avec leur lâcheté et leur égoïsme…

Le jeune réalisateur guatémaltèque Jayro Bustamante, qui a longtemps vécu en France, signe là un magnifique retour au sein de son peuple, très rarement représenté à l'écran. C'est une splendide peinture naturaliste de la vie paysanne (on pense par exemple à une des premières scènes qui montre un verrat que l'on saoule au rhum pour le pousser à saillir la truie), une étude sans complaisance des croyances ancestrales qui peuvent paraître absurdes, telle celle qui voudrait qu'une femme enceinte fasse fuir les serpents… Jayro Bustamante nous donne une vision terriblement lucide de la situation de ses frères et sœurs indigènes, considérés comme des citoyens de seconde zone, comme dans cette séquence terrible où la famille doit se rendre aux urgences à la ville et où elle est traitée avec indifférence, voire mépris, du fait de sa méconnaissance de la langue espagnole.

Ce premier long métrage témoigne d'une une maîtrise remarquable du cadre, aussi bien dans les scènes d'extérieur qui magnifient le volcan que dans les scènes d'intérieur, filmées en plan serré dans une lumière parfois irréelle, comme dans ce passage extrêmement tendre et sensuel où la mère s'occupe de sa fille au bain dans les volutes de fumée. Si le film dégage une telle force, une telle authenticité, il le doit notamment au jeu des acteurs – pour la plupart non professionnels et presque tous mayas : le film est d'ailleurs essentiellement parlé en maya cakchiquel – et tout particulièrement de Maria Mercedes Coroy, dont le réalisateur a su pendant de longues semaines dompter la pudeur et la timidité pour arriver à ce merveilleux résultat…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 18h15 - jeudi 7 à 17h30 - vendredi 8 à 17h45 - samedi 9 à 18h30 - dimanche 10 à 18h et lundi 11 à 20h
Lorgues : mercredi 6 à 21h15 et lundi 11 à 21h


L'étreinte du serpent
L’ÉTREINTE DU SERPENTRéalisé par Ciro GUERRA
Colombie 2015 2h05mn VOSTF
avec Jan Bijvoet, Brionne Davis, Nilbio Torres, Antonio Bolivar, Yauenkü Migue...
Scénario de Ciro Guerra et Jacques Toulemonde Vidal. Inspiré des journaux des premiers explorateurs de l’Amazonie colombienne, l’ethnologue allemand Theodor Koch-Grünberg et le biologiste américain Richard Evans Schultes

Tel un immense serpent, le fleuve rampe au milieu d'arbres centenaires, enracinés dans une terre de mystères. La nature vigilante semble tenir à l'œil celui qui s'aventure à la lisière de ses songes. La jungle amazonienne renvoie celui qui y pénètre à sa condition chétive et vulnérable. Evans fait partie de ceux-là. Ethno-botaniste passionné, il n'a pu résister à braver les dangers pour venir vérifier les dires de ses livres et partir à la recherche de la « yakruna », liane sacrée rarissime, réputée pour ces fortes vertus hallucinogènes. « Jamais un blanc n'a dit un truc aussi sensé ! » s'exclame Karamate, le chamane qu'on lui a indiqué comme guide. Un étranger qui quémande son aide et s'intéresse aux végétaux ? Ça c'est exotique ! Pourtant, il en a vu passer des conquistadors venus-là pour prendre ou pour évangéliser. Il les as vus, puis les a oubliés, comme il a oublié de se souvenir. Peu à peu il est devenu ce « chullachaqui », ce corps vide, dépourvu d'émotions, presque hors du temps, qui hante la forêt, se remplit d'elle. Dernier représentant de son peuple, dépositaire d'un savoir unique, précieux, forgé dans des années d'oubli de soi et d'écoute de la nature, de ses plus infimes murmures comme de ses plus dévorantes colères, de ses orages déchaînés.

Habitué aux duperies de ceux qui cherchent à s'accaparer la terre et ses richesses, Karamate, méfiant, observe, jauge, écoute Evans et accepte en définitive de l'accompagner, même s'il sait qu'il est dans nature de la fourmi d'aimer l'argent.
Voilà nos deux hommes qui s'enfoncent au cœur de la forêt et de ses envoûtements. Dérisoire équipage d'un petit canoë fragile qui glisse sur des eaux sombres, faussement calmes. Parfois ils effleurent des rives qui regorgent de plantes étranges, de vie grouillante, de serpents qui se faufilent. Observateurs observés auxquels la nature n'accorde aucun répit. Les souvenirs de Karamate remontent régulièrement à la surface, le voilà jeune guidant un autre homme, Théo… Ici le temps n'est pas linéaire, comme en occident. Pour les Indiens il est comme une série d'événements qui ont lieu simultanément dans plusieurs univers parallèles. Ce nouveau rythme, cette expérimentation constante pénètre peu à peu chaque fibre des deux explorateurs, Evans et Théo, bouleverse leurs sens, leurs croyances. Il n'y a qu'à se laisser porter, consentir au dépouillement et tâcher d'apprendre à rêver comme ils ne l'ont jamais fait… Leur périple se transforme en quête initiatique hallucinante, hallucinogène, à des années de distance. Là où ils croyaient trouver quelques sauvages attardés, c'est tout une humanité luxuriante qu'ils découvrent, qui possède un savoir peut-être à tout jamais perdu pour l'homme blanc. Certes ce dernier sait se servir d'une boussole, mais dans cet espace sans repères, à quoi servirait le Nord ? Il faut accepter de le perdre. Les communautés Cohiuano, les Ocaina, les Huitoto… n'ont pas besoin des notions occidentales pour trouver leur route dans la moiteur de leur contrée. Leur science est puissante, ils ont l'art de la survie, l'art de vivre en bonne intelligence avec les éléments, les esprits, de respecter et de protéger l'ordre naturel des choses. Si fragiles face à l'infini…

Tout cela est superbement interprété, mis en scène dans un noir et blanc profond, sensuel. On s'enfonce nous aussi dans la beauté intimidante de l'Amazonie, pris au piège d'un royaume intemporel dominé par une nature qui ne nous appartient pas et tout juste nous tolère, où seuls les humbles peuvent subsister. Magnifique fable sur la vulnérabilité de l'homme…

Le Vox (Fréjus)  : mercredi 6 à 15h40, jeudi 7 et lundi 11 à 17h30 - vendredi 8 à 20h30 - smedi 9 à 15h50 - dimanche 10 à 20h30 et mardi 12 à 14h30


Much Loved
MUCH LOVEDÉcrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...

C'est un film audacieux qui balaie fièrement les obscurantismes, les préjugés faciles et surtout les grandes hypocrisies, les uns se nourrissant des autres. D'ailleurs ça n'a pas manqué : dans son pays d'origine, le Maroc, Much loved a fait l'effet d'une bombe. Censure préalable du film, qui ne sera probablement montré que clandestinement, attaques très violentes contre l'équipe allant jusqu'aux menaces explicites de mort contre le réalisateur et son actrice principale, la géniale Loubna Abidar… Alors même que ses contradicteurs ne l'ont généralement pas vu, le film déchaine les réactions de haine. Et pourtant c'est bien un formidable film d'amour. De quel crime parle-t-on ? Celui de montrer sans stigmatisation ni édulcoration le quotidien de quatre prostituées marocaines, dans un pays où cette activité est officiellement interdite, mais pourtant omniprésente pour qui a fréquenté un jour les lieux de nuit des grandes villes marocaines, tout spécialement celles qui attirent touristes et hommes d'affaires en goguette, qu'ils soient Marocains, Européens ou ressortissants des Emirats, ces pays utlra rigoristes qui exportent de nombreux millionnaires en pleine frustration sexuelle et accros aux relations tarifées.

On va suivre, à Marrakech, Nora, Randa, Soukaina et plus tard Hlima. Les premières scènes sont pour le moins explicites. Les trois comparses se rendent, accompagnées de leur toujours serviable chauffeur Saïd, à une fête organisée par des Saoudiens. L'alcool pourtant interdit coule à flots. Rapidement les danses lascives s'enchaînent devant les émiratis enivrés… et la suite ne fait aucun doute. Les propos des filles entre elles sont crus et ont dû choquer autant les notables cannois (Much loved était sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival) que le Marocain moyen, pourtant conscient de cette réalité : l'une demande à l'autre si elle sait faire un 8 avec ses fesses, puis rigole d'avoir « la chatte en sang » après une nuit avec un client inépuisable et plus tard fait sa toilette intime au Coca pour chasser les règles…
Nabil Ayouch montre la crudité du métier mais pas que ça. Refusant les clichés misérabilistes aussi bien qu'angéliques, il décrit avec tendresse le paradoxe de ces femmes qui donnent parfois leurs corps pour nourrir une famille qui pourtant les méprise, en totale hypocrisie ; il montre aussi la formidable solidarité de ces sœurs de lupanar qui, malgré les engueulades mémorables, se soutiennent envers et contre tout et tous, font bloc dans les moments difficiles, comme quand l'une est tabassée par un client furieux de s'être révélé impuissant ou quand l'autre est violée par un policier, pratique courante dans l'arbitraire de la prohibition prostitutionnelle. Des femmes qui tentent d'aimer aussi, même si tout est réuni pour leur prouver que c'est impossible…

Ce qui génère probablement l'agacement voire la haine de certains et – beaucoup moins nombreuses heureusement – certaines, c'est que Nabil Ayouch (un récidiviste qui avait déjà su gratter la société marocaine là ou ça fait mal dans Ali Zaoua et Les Chevaux de Dieu) fait de ces putes parfois grossières et tonitruantes des héroïnes formidables de générosité et de liberté, incarnées par des actrices non professionnelles non moins formidables qui insufflent à leur personnage une authenticité implacable.(Utopia)

CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 18h


Notre petite soeur
NOTRE PETITE SOEURÉcrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose... D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi...

C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse.
Dans la famille des jeunes filles en fleurs, voici les trois sœurs : Sachi, Yoshino, Chika… Sachi, l'aînée, c'est la moralisatrice raisonnable, celle qui règle le pas de ses cadettes pour faire avancer la maisonnée. Yoshino, la seconde, c'est la contestataire, celle qui s'oppose à tout, raisonne parfois plus que de raison. Quant à Chika, la benjamine, c'est la plus espiègle : une bouille de pitre aux grand yeux pétillants. Trois personnalités tellement fortes et distinctes qu'on reste tout étonné de voir une forme d'harmonie s'épanouir entre elles. Une bonne rasade d'autodérision vient souvent noyer dans l'œuf leurs chamailleries. Elles sont rigolotes, ces filles de chair et d'os qui affichent parfois des mimiques dignes d'un manga. Qu'une tante importune vienne frapper à leur porte pour leur faire la leçon ? Voilà ces demoiselles qui deviennent les meilleures alliées de la terre. C'est qu'elles se sont habituées à se débrouiller seules dans la maison familiale léguée par leurs aînés, et à ne pas compter sur eux pour devenir adultes. La bicoque ancestrale a le charme fou d'une vieille dame qui semble les protéger dans ses jupes bienveillantes. Petit havre immuable préservé dans la cité de Kamakura, ville côtière du sud, par ailleurs dévorée par l'urbanisation galopante.

On le voit bien quand nos héroïnes traversent la ville pour aller travailler, l'une en temps qu'infirmière, l'autre en tant que banquière et la troisième déguisée en étudiante. C'est un ronron bien précis qui anime la mécanique quotidienne de la maisonnée : ces heures où l'on se rassemble autour de la table, celles d'intimité, celles où l'on s'agite dans des tâches collectives. Entre deux espaces de modernité, on alimente les rituels traditionnels, on salue les esprits des femmes absentes, celui de la mère, de la grand-mère qui méritent bien une pensée, un bâton d'encens ou une gourmandise.
Puis, un jour, parvient un faire-part de décès, celui du père qui les as plantées-là vingt ans auparavant, sans un regard en arrière. Un géniteur dont elles avaient presque oublié l'existence et auquel elles ne doivent plus rien. Pourtant… Le poids des conventions, le qu'en-dira-t-on font que, ma foi, Sachi pense qu'il faut se rendre aux funérailles. Un train plus tard, les voilà au sein de montagnes verdoyantes en train de recueillir les condoléances d'inconnus pour la perte de celui qu'elles n'ont pas connu. Enterrement en grande pompe funèbre où l'on peine à s'émouvoir devant tant d'étrangers.

Les mots d'usage raisonnent étrangement : « Merci d'avoir pris grand soin de mon père » s'entend dire Sachi à la dernière compagne de ce dernier qui le lui a volé… Dans le lot, seule une jeune fille se distingue. Présence radieuse dont le sourire intimidé et empreint de tristesse trahit le lien de parenté qui la rapproche d'elles. Les trois reconnaissent instantanément leur demi sœur, fruit d'une parenthèse amoureuse qui a pourtant détruit leur foyer. Sans avoir besoin de se concerter les voilà qui proposent à Suzu d'emménager avec elles…
Composée par Yoko Kanno, la musique semble nous bercer, bienveillante, en murmurant « Cœurs qui souffrez, endormez-vous ! »

CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 20h45

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

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