Au(x) cinéma(s) du 6 au 12 mai

Entretoiles entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous,

Encore une semaine de cinéma entièrement à l'extérieur de Draguignan : CGR, toujours pour cause se vacances scolaires, ne programme aucun film "d'auteur".
C'est donc surtout grâce au Vox de Fréjus, que vous aurez de quoi assouvir votre faim cinéphile : outre le réjouissant Taxi Téhéran de Panahi, hymne à la liberté de faire du cinéma envers et contre tout, vous avez aussi quelques belles "perles" : Une belle fin, un ravissement qui ne s'oublie pas, Caprice qui brode sur le sentiment amoureux, Jamais de la vie un petit bijou, un polar social qu'on aurait tort de bouder, et Dear white people qui prend tout le monde à contre pied. Et toujours aussi Voyage en ChineEverything will be fine et Selma...
Nous avons rencontré il y a une dizaine de jours un directeur de cinéma art et essai de la région parisienne, avec lequel nous avons discuté des pistes qui s'offraient à nous pour une réouverture de l'Eldo. D'après lui, CGR est "notre meilleur concurrent possible" car ils ne savent bien faire que du "cinéma populaire", et ne peuvent donc pas concurrencer un autre type de cinéma. Nous allons reprendre contact avec les propriétaires des murs pour voir comment les choses pourraient s'organiser dans le temps et les formes. Ce mercredi, nous rencontrons les responsables de la Culture de la CAD pour voir si il y a une possibilité de salle "en attendant", et aussi pour voir leur implication possible dans l'existence future de l'Eldo.
Voilà : alors bonne semaine de cinéma !
Et transférez, adhérez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas) !
À la semaine prochaine !

PROGRAMMATION DU 6 AU 12 MAI 2015

Une belle fin
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Une belle fin (Still life)
Écrit et réalisé par Uberto PASOLINI
GB 2014 1h32mn VOSTF
avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan...
John May est un drôle de bonhomme effacé, dont le regard de cocker attendri laisse deviner des trésors d'humanité, des richesses insondées. Sensible, inventif, espiègle, notre homme parle au nom des sans voix, ces solitaires délaissés qui viennent peupler sa propre solitude lorsque, le soir venu, il regagne son bercail spartiate où tout semble figé comme dans une nature morte (en anglais « still life » : le titre original du film). Les jours du célibataire pas du tout endurci se suivent et se ressemblent, ponctués de repas en tête-à-tête avec du thon en boite, de rituels méticuleux aussi réguliers que le triste. Économe en mots, en gestes, John donne l'impression de traverser l'existence sans soulever le moindre grain de poussière, flottant dans un univers qui ne peut aller qu'en se rétrécissant... Puis un jour tout part en capilotade ! Le voici licencié sans ménagement par le service public auquel il s'est dévoué. Celui qui jamais ne bronche ose pourtant une dernière volonté : aller jusqu'au bout du dernier dossier en cours, pour la beauté du geste, l'honneur du devoir accompli… Une affaire qui précisément le trouble : le mort n'est autre que son voisin d'en face… C'est là que la mécanique bien huilée va insensiblement dérailler et John se libérer, s'épanouir.... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 14h, 16h, 18h30 et 21h - jeudi 7 à 16h et 18h30 - vendredi 8 à 14h et 18h30 - samedi 9 à 15h, 18h30 et 21h - dimanche 10 à 14h, 18h30 et 21h - lundi 11 à 18h - mardi 12 à 15h, 18.30 et 21h
Taxi Téhéran
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Taxi Téhéran
Ecrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Festival de Berlin 2015
L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 14h, 16h, 18.30 et 21h - jeudi 7 à 16h et 18h30 - vendredi 8 à 14h et 18h30 - samedi 9 à 16h, 18h30, et 21h - dimanche 10 à 14h, 18h30 et 21h - lundi 11 à 18h et mercredi 12 à 15h, 18h30  et 21h
Every Thing Will Be Fine
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Every Thing Will Be Fine
Réalisé par Wim WENDERS
France/Canada/Allemagne 2015 1h55mn VOSTF
avec Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams, James Franco...
Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, tandis que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 7 à 21h et vendredi 8 à 18h30
Voyage en Chine
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Voyage en Chine
Écrit et réalisé par Zoltan MAYER
France / Chine 2014 1h36mn
avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing, Lin Dong Fu, Liu Ling Zi, Dong Qing, Yiling Yang, André Wilms...
Notre chère Yolande Moreau est une fois de plus magnifique. Elle est ici Liliane et dans les premières séquences on la sent comme absente, à côté d'elle-même, infirmière quinquagénaire fonctionnant en pilotage automatique, pas vraiment malheureuse mais pas non plus très épanouie dans son mariage avec Richard, son compagnon de toujours (comme d'habitude impeccable André Wilms). Et puis, au milieu d'une nuit pas plus insomniaque qu'une autre, le téléphone sonne, un de ces appels brefs qui vous réveillent et changent le cours de votre existence. Son fils unique Christophe vient de mourir accidentellement. Loin, très loin, au fin fond de la Chine, où il habitait depuis des années et où elle n'est jamais allée lui rendre visite. Pour couronner le tout, le corps ne peut être rapatrié que si un des parents se rend sur place... lire la suite
Le Cinéma (Cotignac) : lundi 11 à 20h30
Selma
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Selma
Réalisé par Ava DUVERNAY
USA 2014 2h02mn VOSTF
avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Tim Roth...
L'après-midi du 7 Mars 1965, à Selma, Alabama (voilà l'explication du titre du film), des policiers attaquent à coups de matraques, de clubs de golf et de gaz lacrymogène des manifestants pour les droits civiques, qui veulent marcher jusqu'à Montgomery pour réclamer le droit de vote pour les Noirs. Car si ce droit leur est en principe accordé, d'innombrables embûches rendent de facto impossible leur inscription sur les listes électorales. Parmi les marcheurs, Martin Luther King, fraîchement auréolé de son Prix Nobel de la Paix, veut essayer de faire pacifiquement bouger les lignes. Mais ce dimanche sera baptisé du triste nom de « Bloody Sunday » (un de plus…). La bataille est loin d'être gagnée... lire la suite
Le Cinéma (Lorgues) : dimanche 10 à 18h et 20h30
Caprice
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Caprice
Écrit et réalisé par Emmanuel MOURET
France 2015 1h40mn
avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Emmanuel Mouret, Laurent Stocker, Thomas Blanchard...
En musique, « capriccio » désigne des mouvements enjoués, des formes libres… C'est léger, rapide, charmant, intense, souvent virtuose et parfois romantique. Emmanuel Mouret nous livre ici une partition délicieuse, qui brode sur le sentiment amoureux, ses doutes, ses illusions, ses variantes avec vivacité et bonheur. Clément est un heureux instituteur sans ambition particulière, adoré par les gamins qui le pratiquent. Notre héros qui n'en est pas un est complètement subjugué par une actrice sublime et adulée dont il retourne voir plusieurs fois les pièces… Hasard curieux, il se retrouve à trois reprises au théâtre à côté d'une jolie fille qui n'a pas sa langue dans sa poche et voit dans cette proximité répétée un signe du destin : c'est Caprice, alias Anaïs Demoustier, dont on soulignera le talent certain pour jouer les perturbatrices patentées, lui conseillant même, pragmatique et obstinée, de considérer ces deux amours comme complémentaires : « sois infidèle, ne sois pas égoïste »... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 7 à 14h, 18h30 et 21h - vendredi 8 à 16h et 21h - samedi 9 à 14h et 18h30 - dimanche 10 à 16h - lundi 11 à 15h - mardi 12 à 18h30 et 21h
Jamais de la vie
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Jamais de la vie
Réalisé par Pierre JOLIVET
France 2015 1h35mn
avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, Marc Zinga, Thierry Hancisse, Julie Ferrier, Bruno Benabar...
Olivier Gourmet extraordinaire, dans un de ses plus beaux rôles ! Il rend riches, intelligents, lumineux les moindres silences… Ceux de Franck, homme solide, ankylosé dans la monotonie d'un travail alimentaire, ennuyeux… Franck, c'est tout simplement un homme qui s'est endormi, qui a cessé de lutter, de rêver face aux lendemains qui déchantent, qui lui promettent une fin de parcours salarial chaotique. Et puis une nuit suivie d'une autre nuit, il est de plus en plus intrigué par le manège d'un gros quatre-quatre noir rutilant qui va et vient… Alors Franck se réveille. Le voilà sorti de sa torpeur mortifère, ne ménageant ni ses heures, ni sa peine. Et là on bascule dans un film noir, plein de suspens et d'attentes. Car là où d'autres se contenteraient de donner l'alerte, Franck semble déterminé à tout prendre en main seul, le voilà fermement déterminé à se battre, enfin libre de choisir son rôle au lieu de le subir. Et cela va redonner un sens, une fierté à sa vie : ceux qu'elle n'aurait jamais du cesser d'avoir.... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mardi 6 à 14h, 16h, 18h30 et 21h - jeudi 7 à 16h et 21h - vendredi 8 à 14h et 18h30 - samedi  9 à 16h et 21 h - dimanche 10 à 14h et 18h30 - lundi 11 à 18h30 et 21h - mardi 12 à 15h et 21h
Dear White People
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Dear White People
Écrit et réalisé par Justin SIMIEN
USA 2015 1h48mn VOSTF
avec Tyler James Williams, Tessa Thompson, Kyle Gallner, Teyonah Parris, Brandon P. Bell...
Prix spécial du jury à Sundance
Dear White People prend tout le monde à contre-pied. Le titre du long métrage est aussi celui d’une émission de radio dans laquelle Sam White, étudiante née d’un couple mixte, moque les comportements et les préjugés des Blancs envers les Noirs sur le campus. « Dear white people, lance-t-elle à son micro en ouverture du film, le nombre d’amis noirs désormais requis pour ne pas apparaître raciste vient de passer à deux. Et désolé, cela n’inclut pas Tyrone, votre dealer de cannabis… » À partir de là, la satire se poursuit mais Siemen s’amuse à renverser tous les codes habituels. Il y a la superbe Coco, qui veut absolument devenir blanche même si sa peau lui dit le contraire. Lionel, le petit nouveau à la coupe afro improbable, qui ne sait pas vraiment où il se trouve et n’arrive pas à affirmer son homosexualité. Ou Sam, qui sort avec un Blanc mais qui le cache à tout le monde. Les Blancs essaient de copier les rappeurs noirs et leurs pantalons baggy. Tout s’entremêle, les histoires de sexe, d’amour et de pouvoir. Chacun affirme son identité pour mieux la questionner ensuite.... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 7 à 14h et 18h30 - vendredi 8  à  21h -  samedi 9 à 18h30 - dimanche 10 à 16h et 21h - lundi 11 à 20h - mardi 12 à 18h30



Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Une belle fin (Still life)
UNE BELLE FINÉcrit et réalisé par Uberto PASOLINI
Italie 2014 1h51mn VOSTF
avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan...

John May est un drôle de bonhomme effacé, dont le regard de cocker attendri laisse deviner des trésors d'humanité, des richesses insondées. Les premières scènes sont cocasses : voilà notre homme, dégaine à la Droopy, apparaissant aux quatre coins de maintes funérailles, s'adaptant avec la même solennité tenace aux rituels de confessions parfois diamétralement opposées. Du kilt au costard cravate, du rockabilly à la musique classique, les façons de dire adieu sont aussi multiples que le furent les défunts. La seule chose qui semble immuable, incontournable au milieu de tout ça, c'est la présence de John May ! Cela dit, s'il n'était désespérément seul dans ces lieux de cultes, on pourrait l'oublier, tant certains êtres deviennent transparents à force de sembler ternes, gris. D'un gris cendré sans grande nuance, presque une non-couleur en somme pour teinter cette vie qui n'en est presque pas une, avec un boulot qui n'en est presque pas un : s'occuper des macchabées dont personne ne réclame le corps, oubliés morts comme ils le furent vivants. C'est là que notre preux fonctionnaire anglo-saxon entre en lice, sondant les maisons, les univers intimes des disparus afin de retrouver trace d'un semblant d'entourage. C'est pas gagné ! Le peu de fois où il parvient à prendre contact avec un ex, une progéniture, d'anciens amis… ceux-ci lui raccrochent au nez ! C'est qu'il exhume, malgré lui, des margouillis de souvenirs douloureux, de secrets nauséabonds, de rancœurs vivaces, de fractures si grandes dans les cœurs que même la mort ne peut les combler. Il y aurait de quoi décourager n'importe quel mortel, sauf John May qui, tout comme la camarde, n'oublie aucun de ses « usagers ». Il s'applique, s'implique, les accompagne dignement jusqu'à leur dernière demeure ! Le voilà qui compose des odes funéraires personnalisées, comble les lacunes du passé des trépassés, camoufle leurs imperfections, leur donne des couleurs à la manière d'un talentueux restaurateur de tableaux, brodant à partir des vestiges de ces vies consumées. C'est tour à tour touchant, joli, drôle…

Sensible, inventif, espiègle, notre homme parle au nom des sans voix, des disparus, des amours perdues, des fantômes… ou du chat – quand il ne reste que lui. Dans le fond, ces inconnus devenus familiers, ces solitaires délaissés viennent peupler sa propre solitude lorsque, le soir venu, il regagne son bercail spartiate où tout semble figé comme dans une nature morte (en anglais « still life » : le titre original du film). Les jours du célibataire pas du tout endurci se suivent et se ressemblent, ponctués de repas en tête-à-tête avec du thon en boite, de rituels méticuleux aussi réguliers que le triste chant d'un coucou garanti sans surprise jusqu'à la fin des temps. Économe en mots, en gestes, John donne l'impression de traverser l'existence sans soulever le moindre grain de poussière, flottant dans un univers qui ne peut aller qu'en se rétrécissant : bureau, dodo, caveau… Cela durerait jusqu'à ce que John May soit à son tour dissous dans le temps qui passe.
Puis un jour tout part en capilotade ! Le voici licencié sans ménagement par le service public auquel il s'est dévoué mais qui se plie désormais aux lois d'un marché de plus en plus dérégulé, pour lequel John fait figure de dinosaure périmé et improductif. Celui qui jamais ne bronche ose pourtant une dernière volonté : aller jusqu'au bout du dernier dossier en cours, pour la beauté du geste, l'honneur du devoir accompli… Une affaire qui précisément le trouble : le mort n'est autre que son voisin d'en face… C'est là que la mécanique bien huilée va insensiblement dérailler et John se libérer, s'épanouir.
On se prend à l'admirer, lui et son incroyable bienveillance. Il fait partie de ces héros trop discrets qui ne revendiquent rien pour eux, ne réclament aucune reconnaissance, refusent de traiter leurs concitoyens comme des marchandises. On aurait presque envie de crier : vive l'improductivité, les espaces de vie non marchands, le service public ! Le gris est parfois plus lumineux que les couleurs criardes des étalages de nos sociétés de consommation.

Vous dire combien ce film est un ravissement qui ne s'oublie pas ! Subtil, il procède par touches infiniment délicates, suggestives. Sous ses airs modestes, il dépeint en filigrane ce qui fait l'humanité, la fin d'un monde, l'avènement d'un autre. Et l'acteur Eddie Marsan est génial ! (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 14h, 16h, 18h30 et 21h - jeudi 7 à 16h et 18h30 - vendredi 8 à 14h et 18h30 - samedi 9 à 15h, 18h30 et 21h - dimanche 10 à 14h, 18h30 et 21h - lundi 11 à 18h - mardi 12 à 15h, 18.30 et 21h


Voyage en Chine
VOYAGE EN CHINEÉcrit et réalisé par Zoltan MAYER
France / Chine 2014 1h36mn
avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing, Lin Dong Fu, Liu Ling Zi, Dong Qing, Yiling Yang, André Wilms...

Notre chère Yolande Moreau est une fois de plus magnifique dans ce très chouette film, premier long métrage de Zoltan Mayer, remarqué jusqu'ici pour son travail de photographe – qui lui a sans doute bien servi pour composer les images magnifiques de ce Voyage en chine. Elle est ici Liliane et dans les premières séquences on la sent comme absente, à côté d'elle-même, infirmière quinquagénaire fonctionnant en pilotage automatique, pas vraiment malheureuse mais pas non plus très épanouie dans son mariage avec Richard, son compagnon de toujours (comme d'habitude impeccable André Wilms). Si elle prenait le temps, si elle courait le risque de faire une pause, de regarder en arrière, elle en conclurait sans doute qu'elle est un peu passée à côté de sa vie. Mais pas de quoi en faire un plat…

Et puis, au milieu d'une nuit pas plus insomniaque qu'une autre, le téléphone sonne, un de ces appels brefs qui vous réveillent et changent le cours de votre existence. Son fils unique Christophe vient de mourir accidentellement. Loin, très loin, au fin fond de la Chine, où il habitait depuis des années et où elle n'est jamais allée lui rendre visite. Pour couronner le tout, le corps ne peut être rapatrié que si un des parents se rend sur place. Sur un coup de tête, Liliane décide d'y aller seule, elle qui n'a jamais été une grande voyageuse intercontinentale… Et la voilà, sans connaître un mot de vocabulaire chinois et en baragouinant un anglais plus qu'approximatif, qui s'embarque pour la Chine, d'abord perdue dans la tentaculaire Shanghaï puis se dirigeant jusqu'à un petit village des montagnes du Sichuan, cette région luxuriante du centre de la Chine, pas très loin des confins himalayens.

C'est d'abord le voyage géographique qui séduit, on ouvre de grands yeux, on s'étonne de chaque détail en même temps que notre héroïne… et en parallèle on est profondément touché par le voyage intérieur qu'entame Liliane : au fur et à mesure qu'elle découvre ce qui faisait la vie de son fils dans ce pays du bout du monde, au fil des rencontres avec la femme qu'il aimait, avec les gens qu'il côtoyait, elle renoue avec lui les liens qui s'étaient rompus… Il y a en particulier cette scène superbe et puissamment évocatrice : Liliane, errant dans le village, entend soudain les échos d'une chanson de Jacques Brel, elle se laisse guider par la musique et arrive jusqu'à une petite cour où un groupe de jeunes gens s'est réuni pour fêter entre amis son fils disparu… Zoltan Mayer filme amoureusement les forêts de bambous où semble flotter l'esprit de Christophe, il traduit de manière très sensible la spiritualité qui se dégage des célébrations taoïstes, et on se met en même temps que Liliane à s'attacher à cette terre belle et hospitalière, à ces gens simples, d'une générosité sans égale, qui savent être drôles et élégants comme la splendide petite amie de Christophe ou la logeuse facétieuse, alter ego chinoise de Liliane.

Le Cinéma (Cotignac)  : lundi 11 à 20h30
 


Taxi Téhéran
TAXI TÉHÉRANÉcrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Berlin 2015

C'est un magnifique et allègre bras d'honneur aux barbus barbons barbants. Les BBB (c'est plus court comme ça), ce sont les mollahs du régime iranien et leurs fonctionnaires zélés qui ont tenté par tous les moyens de faire taire le réalisateur Jafar Panahi. En 2010, les autorités l'ont d'abord emprisonné puis, après l'avoir libéré, lui ont interdit toute sortie du territoire et surtout ont essayé de l'empêcher de tourner. Mais on ne peut pas interdire à un être humain de respirer et durant les cinq dernières années, Panahi a naturellement désobéi en tournant clandestinement trois films, montrés dans les plus grands festivals internationaux. Taxi Téhéran a donc été projeté au Festival de Berlin où il a reçu à l'unanimité du jury la récompense suprême, l'Ours d'or. Panahi bloqué à Téhéran, c'est sa toute jeune nièce qui est venue recevoir en son nom la statuette, une gamine formidable qui est une des protagonistes importantes du film. Un grand moment !

L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux.
La première séquence montre une discussion ubuesque autour de la justice, entre une institutrice et un homme ostensiblement macho, qui croit aux vertus d'exemplarité de la peine de mort, y compris pour les délits mineurs. La femme rappelle le triste record de l'Iran en terme d'exécutions capitales, avant de comprendre que l'homme est lui même voleur à la tire… Plus tard, Jafar le taximan chargera pour l’hôpital une femme et son mari accidenté, l'épouse se préoccupant surtout du testament improvisé du blessé, que notre chauffeur est sommé d'enregistrer sur son téléphone portable : l'épisode souligne en creux la précarité du sort des femmes. Il y aura aussi cette avocate porteuse d'un énorme bouquet de fleurs, une femme au sourire aussi magnifique que son courage, comme son échange avec Jafar nous le fera deviner…
Mais Taxi Téhéran est aussi une merveilleuse et drôlatique déclaration d'amour au cinéma, à sa vitalité, à son pouvoir d'évocation et de transmission. Un vendeur à la sauvette de DVD reconnaît immédiatement Jafar Panahi, s'avérant connaître mieux le cinéma d'auteur mondial que bien des cinéphiles auto-déclarés… et nous montre à quel point la passion du cinéma ne saurait être étouffée par les ayatollahs. On savourera la géniale tractation entre le vendeur et Panahi autour des films de Woody Allen… On jubilera aussi à la séquence hilarante avec la nièce citée plus haut, quand la petite fille un peu peste énumère les conditions imposées pour la réalisation d'un d'un court métrage dans le cadre scolaire : respect bien entendu du voile et autres règles de bienséance religieuse mais aussi interdiction du « réalisme sordide » – oncle Jafar semble s'interroger mais on sent bien qu'intérieurement il se gondole…

Ce formidable film de résistance nous irrigue de son irréductible énergie et nous amène à nous demander ce qui pourrait bien arrêter la soif du cinéma et de la vie qui habite Panahi. Une leçon de volonté et d'ingéniosité – leçon d'écriture et de mise en scène aussi, en passant – dont bien des cinéastes plus libres de leurs mouvements pourraient s'inspirer…(Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 14h, 16h, 18.30 et 21h - jeudi 7 à 16h et 18h30 - vendredi 8 à 14h et 18h30 - samedi 9 à 16h, 18h30, et 21h - dimanche 10 à 14h, 18h30 et 21h - lundi 11 à 18h et mercredi 12 à 15h, 18h30  et 21h


Every Thing Will Be Fine
Every Thing Will Be FineRéalisé par Wim WENDERS
France/Canada/Allemagne 2015 1h55mn VOSTF
avec Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams, James Franco...

Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, tandis que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire.

Tourné en 3D, en prises de vue réelles, Every thing will be fine emprunte à l’univers du conte une singularité fantastique. Les grains de poussière scintillent à la lumière du jour, les flocons de neige abondent en cascade de ciels gris, les personnages se détachent du cadre. Epris de compositions naturalistes, Wim Wenders embrasse les nouvelles techniques technologiques et de cette étreinte naît l’un des exemples les plus flagrants du nouveau cinéma stéréoscopique. L’utilisation de travelling compensés abouti à de superbes déformations de perspectives. Sublimée par le relief, la mise en scène permet au spectateur d’éprouver flottements et vertiges. Au seuil des maisons, la caméra se fixe et enferme l’oeil curieux dans d’intimistes espaces clos.© Bac Films

Wim Wenders et le directeur de la photographie Benoît Debie puisent leurs inspirations dans le travail de peintres comme Andrew Wyeth, Vilhem Hammershoi ou Edward Hopper. Le traitement de la lumière et ses couleurs s’en ressent. Un immense champ de soja doré par le soleil, un ancienne grange, un arbre centenaire planté au milieu d’un pré, une vallée verdoyante... Les cadres travestissent les paysages en songes. La bande-originale du film, composée par Alexandre Desplat et interprétée par l’orchestre symphonique de Gotheburg -orchestre national de Suède-, entretient cette atmosphère féérique et favorise la mise en place d’une dimension psychologique nouvelle.© Bac Films

L’utilisation de la 3D exige un minimalisme extrême dans le jeu des acteurs. James Franco, pièce maîtresse du film, adopte la technique du dépouillement. Mis à nu, il exprime à travers un visage clos les sentiments fluctuants qui l’habitent. Mélodrame glacial, Everything will be fine explore le processus de guérison d’un traumatisme. Wim Wenders nous fait part de ses scrupules d’artistes. Est-il moral d’exploiter les souffrances d’autrui si il s’agit de création ? Mâtiné de pathos, le long-métrage n’en demeure pas moins le témoignage d’un metteur en scène à la recherche d’un cinéma nouveau.

Le Vox (Fréjus) : jeudi 7 à 21h et vendredi 8 à 18h30



Selma
SELMA Réalisé par Ava DuVERNAY
USA 2014 2h02mn VOSTF
avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Tim Roth...

L'après-midi du 7 Mars 1965, à Selma, Alabama (voilà l'explication du titre du film), des policiers attaquent à coups de matraques, de clubs de golf et de gaz lacrymogène des manifestants pour les droits civiques, qui veulent marcher jusqu'à Montgomery pour réclamer le droit de vote pour les Noirs. Car si ce droit leur est en principe accordé, d'innombrables embûches rendent de facto impossible leur inscription sur les listes électorales. Parmi les marcheurs, Martin Luther King, fraîchement auréolé de son Prix Nobel de la Paix, veut essayer de faire pacifiquement bouger les lignes. Mais ce dimanche sera baptisé du triste nom de « Bloody Sunday » (un de plus…). La bataille est loin d'être gagnée…

Selma va nous livrer le fil des événements qui mèneront à l'introduction du « Voting Rights Act » par le président Lyndon B. Johnson… fortement poussé aux fesses par ces impressionnants mouvements pour les droits civiques. Ava DuVernay a extirpé de souvenirs lissés par la légende un matériau brut, pour toucher au plus près la réalité politique et sociale américaine du milieu des années soixante : courage et lâcheté s'affrontent, l'idéalisme s'appuie sur d'intenses manœuvres politiques, les coalitions se forment, les rapports de force s'installent.

En nous montrant ainsi les coulisses et l'intensité des jeux politiques, au sens noble – encore que parfois moins – du terme,Selma s'inscrit dans la droite ligne du Lincoln de Spielberg : il s'agit de rendre l'Histoire vivante, aussi incertaine, tragique et passionnante que si elle se déroulait au présent. La réalisatrice a choisi de s'en tenir au cadre restreint de quelques mois de l'année 1965 mais elle ne se prive ce faisant ni d'ambition ni d'ampleur, bien au contraire. Tendu et captivant, Selma est truffé de personnages fascinants et se consacre au portrait de tout un mouvement plutôt qu'à l'hagiographie d'un homme providentiel.
Martin Luther King est bien sûr très présent à l'écran, à travers son parcours politique autant que dans sa vie privée (il est sous la surveillance constante du FBI et Hoover veut politiquement sa peau). Mais le film s'intéresse moins à réaffirmer sa grandeur qu'à comprendre son origine et ses limites, à restaurer sa dimension humaine. David Oyelowo interprète avec passion le pasteur, transmet parfaitement sa ténacité et sa dignité, mais aussi ses traits d'humour, ses doutes et ses faiblesses.

Le récit accorde autant de place aux hommes de pouvoir et à leurs stratégies qu'aux femmes et aux hommes de terrain prêts à défiler et à défiler encore, à Selma ou ailleurs. Car il s'agit bien de montrer que le Docteur King travaille au service du mouvement et non l'inverse, entouré de fortes figures qui toutes jouent un rôle capital dans ce combat pour la démocratie : son épouse Coretta Scott King et tous ceux qui portent des noms moins connus, les Amelia Boynton, Bayard Rustin, Fred Gray et bien d'autres… Un beau film tonifiant et émouvant, qui réinvestit le passé sans oublier jamais le présent : aux Etats-Unis comme ailleurs, il est loin d'être égalitaire. (Le journal des Grignoux, Liège)

Le Cinéma (Lorgues) : dimanche 10 à 18h et 20h30





Caprice
CAPRICEÉcrit et réalisé par Emmanuel MOURET
France 2015 1h40mn
avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Emmanuel Mouret, Laurent Stocker, Thomas Blanchard...

En musique, « capriccio » désigne des mouvements enjoués, des formes libres… C'est léger, rapide, charmant, intense, souvent virtuose et parfois romantique : Paganini composa 24 caprices pour violon, Brahms en écrivit plusieurs pour le piano en fin de carrière, ce qui prouve bien que la légèreté de l'expression suppose une virtuosité qui ne s'acquiert pas du jour au lendemain… Et il n'est peut-être pas anodin qu'Emmanuel Mouret ait choisi de donner ce prénom à une de de ses héroïnes qui donne son titre au film : car, à y repenser, il ne fait pas autre chose ici que nous livrer une partition délicieuse, qui brode sur le sentiment amoureux, ses doutes, ses illusions, ses variantes avec vivacité et bonheur. C'est mitonné aux petits oignons, on sent bien que tout est travaillé jusqu'au moindre détail, la moindre virgule, et pourtant on ne sent pas une seconde le tourment du perfectionniste à l'ouvrage qu'est Mouret : le film coule, heureux, drôle et néanmoins troublant car il pose les questions que tout le monde se pose : qu'est ce que l'amour ? Aimons-nous vraiment quand nous croyons aimer, est-ce une illusion, « un honnête mensonge, un heureux malentendu » ?

Clément – Emmanuel Mouret en personne, parfait dans un rôle très au point de séducteur malgré lui, incertain et maladroit, qui justement plait parce qu'il ne cherche pas à plaire et se contente de laisser entrevoir l'éblouissement qui le saisit quand il se retrouve devant l'objet de ses rêves… Clément, disais-je, est un heureux instituteur sans ambition particulière, adoré par les gamins qui le pratiquent. Notre héros qui n'en est pas un est complètement subjugué par une actrice sublime et adulée dont il retourne voir plusieurs fois les pièces… Hasard curieux, il se retrouve à trois reprises au théâtre à côté d'une jolie fille qui n'a pas sa langue dans sa poche et voit dans cette proximité répétée un signe du destin : c'est Caprice, alias Anaïs Demoustier, dont on soulignera le talent certain pour jouer les perturbatrices patentées et qui illumine un autre film de cette gazette, À trois on y va, autre variation inspirée sur l'amour et ses aléas…
La belle actrice adulée par Clément, qui a pour prénom Alicia – merveilleuse Virginie Efira –, se sort à peine de déconvenues amoureuses qui l'ont blessée et voit dans ce garçon drôle et touchant une possibilité d'amour sans mensonges, un antidote à une célébrité et un confort social qui lui valent flatteries et courtisans trompeurs. La modestie et la délicatesse de Clément, qui a du mal à croire au conte de fées qui lui tombe du ciel, sont un indéniable atout : il est doux et profond, trop émerveillé de ce qui lui arrive pour être du genre à vouloir faire d'elle un papillon de plus accroché à un quelconque tableau de chasse.
Un bonheur n'arrivant jamais seul, Caprice ne renonce pas à cet amour désigné par la main du hasard en personne et poursuit Clément de ses assiduités, peu découragée par ses réticences et ses déclarations de fidélité à une autre, lui conseillant même, pragmatique et obstinée, de considérer ces deux amours comme complémentaires : « sois infidèle, ne sois pas égoïste ».

Aime-ton, ou aime-t-on être aimé ? Aime-t-il Caprice ou est-il seulement flatté, lui, l'obscur maître d'école, par toutes ces manifestations amoureuses qu'il n'est pas sûr de mériter ?… Que ces sentiments sont compliqués à comprendre ! Pour rien au monde, il ne voudrait mentir à Alicia… mais Caprice est une petite perfide, une obstinée qui ne lâche pas le morceau facilement et a plus d'un tour dans son sac. Heureusement le directeur d'école de Clément, qui est aussi son copain, pas désagréable à regarder et à fréquenter par ailleurs, est prêt à le conseiller, voire à l'aider dans la recherche d'un équilibre qui lui permettrait d'aimer qui veut l'aimer sans que la chose ne vire à la catastrophe… (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : jeudi 7 à 14h, 18h30 et 21h - vendredi 8 à 16h et 21h - samedi 9 à 14h et 18h30 - dimanche 10 à 16h - lundi 11 à 15h - mardi 12 à 18h30 et 21h





Jamais de la vie
JAMAIS DE LA VIERéalisé par Pierre JOLIVET
France 2015 1h35mn
avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, Marc Zinga, Thierry Hancisse, Julie Ferrier, Bruno Benabar...
Scénario de Pierre Jolivet, Simon Michaël et Simon Moutaïrou

Olivier Gourmet extraordinaire, dans un de ses plus beaux rôles ! Il rend riches, intelligents, lumineux les moindres silences… Ceux de Franck. À moins que ce ne soient les siens propres. On ne sait plus tellement tout résonne juste. Il est cet homme solide, ankylosé dans la monotonie d'un travail alimentaire, ennuyeux. Patrouillant la nuit, essayant de trouver le sommeil le jour… Naviguant perpétuellement entre deux solitudes : celle de son lieu de travail, celle de son lieu de vie, même si on hésite à utiliser ce mot tant son logement est réduit à une simple fonction de dortoir… Une navette interminable entre un centre commercial désert à ses heures de fermeture et un appartement miteux dans un immeuble sans grâce. Pour seules compagnes : sa voiture, sa fiole, ses cigarettes. Rien qui fasse rêver dans ce paysage pathétique, ce no man's land semblable à tant de zones industrielles aux abords des villes, fruits d'une mondialisation normative. Pourtant un éclair de malice fuse parfois dans le regard assombri de Franck… D'autres fois, dans son visage fermé, c'est un sourire en coin qui se dessine, chargé de dérision ou de générosité. C'est une attention fraternelle envers Ketu, son collègue africain qui rit à gorge déployée. Une oreille qui semble écouter au-delà des frontières et laisse entrevoir qu'il n'est pas le misanthrope qu'il essaie de paraître.

Franck, c'est tout simplement un homme qui s'est endormi, qui a cessé de lutter, de rêver face aux lendemains qui déchantent, qui lui promettent une fin de parcours salarial chaotique, l'impossibilité de se retirer dignement du monde du travail, tant la retraite qu'on lui propose n'est même pas digne de ce nom. C'est ce que lui déclare à mots découverts, toute gênée, la conseillère du centre social qui suit son dossier. Elle est jolie, humaine, petite lueur incertaine dans le crépuscule ambiant : Mylène, qui aimerait tant aider Franck mais n'a même pas de quoi s'aider elle-même, tout autant victime du système social défaillant que ceux qu'elle est censée défendre. Elle essaie d'améliorer le dossier du bonhomme… mais les zones d'ombres de sa « carrière », ces passages à vide, ces soi-disant périodes d'inactivité, qu'il refuse d'éclaircir… le pénalisent.
Il ne lui reste qu'à retourner à sa surveillance nocturne, pas plus avancé mais avec un regard rechargé de tendresse, attentif au monde qui l'entoure. Et puis une nuit suivie d'une autre nuit, il est de plus en plus intrigué par le manège d'un gros quatre-quatre noir rutilant qui va et vient… Semble l'observer autant qu'il l'observe, préparant sans doute un mauvais coup. Alors Franck se réveille. Le voilà sorti de sa torpeur mortifère, ne ménageant ni ses heures, ni sa peine. D'analyses en surveillances tenace, il finit par comprendre ce qui se trame. Et là on bascule dans un film noir, plein de suspens et d'attentes. Car là où d'autres se contenteraient de donner l'alerte, Franck semble déterminé à tout prendre en main seul, le voilà fermement déterminé à se battre, enfin libre de choisir son rôle au lieu de le subir. Et cela va redonner un sens, une fierté à sa vie : ceux qu'elle n'aurait jamais du cesser d'avoir.

Jamais de la vie ! C'est un cri individuel, comme cela pourrait être un cri collectif. Un cri de ralliement qui dit stop, assez, plus jamais ça… Le cri de la fierté retrouvée. Le film de Pierre Jolivet raconte comment, à partir de petits gestes de courage individuels, on peut repartir à la reconquête du courage collectif, ferment d'une société plus juste et solidaire. Un petit bijou couleur d'ébène qui bascule d'un genre à un autre : un polar social qu'on aurait tort de bouder ! (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mardi 6 à 14h, 16h, 18h30 et 21h - jeudi 7 à 16h et 21h - vendredi 8 à 14h et 18h30 - samedi  9 à 16h et 21 h - dimanche 10 à 14h et 18h30 - lundi 11 à 18h30 et 21h - mardi 12 à 15h et 21h




Dear White People
DEAR WHITE PEOPLEÉcrit et réalisé par Justin SIMIEN
USA 2015 1h48mn VOSTF
avec Tyler James Williams, Tessa Thompson, Kyle Gallner, Teyonah Parris, Brandon P. Bell...
Prix spécial du jury à Sundance

Un mélange de Spike Lee, de Pedro Almodóvar et même de Claude Chabrol. Les références sont évidemment flatteuses mais elles ne suffisent pas à résumer l’étrange ovni qu’est Dear White People. Tout juste sorti aux États-Unis, le premier film de Justin Simien s’attarde sur les relations entre étudiants noirs et étudiants blancs sur le campus de l’université fictive de Winchester et engendre depuis des mois un débat outre-Atlantique. La presse américaine y perd un peu son latin, tant le long métrage se joue des caricatures et des clichés sur la question raciale qui taraude les États-Unis. Le New Yorker a évoqué « les légères controverses de Dear White People ». Le New York Times est allé plus loin en y voyant une brillante exploration « des complexités de la conscience raciale au temps d’Obama ».
Justin Simien, 31 ans, né au Texas et n’ayant réalisé jusque-là que des courts métrages, s’est contenté d’une phrase pour brouiller encore les pistes : il s’agissait de montrer « un visage noir dans un lieu pour les Blancs ». Il a ajouté qu’il avait puisé dans sa propre expérience d’étudiant noir sur un campus majoritairement blanc pour élaborer son projet, pendant plus de sept ans. Avant de le tourner en vingt jours après avoir levé 50 000 dollars (40 000 euros environ) de fonds sur une plateforme participative.

Le résultat donc, c’est que Dear White People prend tout le monde à contre-pied. Le titre du long métrage est aussi celui d’une émission de radio dans laquelle Sam White, étudiante née d’un couple mixte, moque les comportements et les préjugés des Blancs envers les Noirs sur le campus. « Dear white people, lance-t-elle à son micro en ouverture du film, le nombre d’amis noirs désormais requis pour ne pas apparaître raciste vient de passer à deux. Et désolé, cela n’inclut pas Tyrone, votre dealer de cannabis… »
À partir de là, la satire se poursuit mais Siemen s’amuse à renverser tous les codes habituels. Il y a la superbe Coco, qui veut absolument devenir blanche même si sa peau lui dit le contraire. Lionel, le petit nouveau à la coupe afro improbable, qui ne sait pas vraiment où il se trouve et n’arrive pas à affirmer son homosexualité. Ou Sam, qui sort avec un Blanc mais qui le cache à tout le monde. Les Blancs essaient de copier les rappeurs noirs et leurs pantalons baggy. Tout s’entremêle, les histoires de sexe, d’amour et de pouvoir. Chacun affirme son identité pour mieux la questionner ensuite.

Pour un coup d’essai, c’est donc un coup de maître. Simien, il faut dire, a su bien préparer les choses. En janvier, Dear White People avait fait sensation au festival de Sundance. Aussitôt, le réalisateur a créé une chaîne sur YouTube pour y placer des extraits et la bande-annonce, (vue plus d’un million de fois). Les réactions ne se sont pas fait attendre. Simien a été traité de « raciste » sur plusieurs blogs, notamment au Texas, qui l’ont accusé « de propager des stéréotypes sur les Blancs qui ont des stéréotypes sur les Noirs ». D’autres encore ont laissé des commentaires peu amènes après voir vu la bande-annonce : « Ce film a l’air stupide et ne va rien changer. La meilleure façon de mettre fin au racisme est d’affirmer que l’on est tous de la même couleur. »
Justin Simien a rétorqué « qu’il ne voulait offenser personne mais exprimer le malaise que peut encore ressentir aujourd’hui la jeunesse noire dans un environnement blanc ». Au final, Dear White People ne livre aucune morale ou solution à quoi que ce soit. Il y aura certes une émeute en bonne et due forme après une fête qui dégénère mais tout le monde est en cause, Noirs et Blancs compris. Le film n’offre aucune conclusion, n’incite pas à la révolution ou à la révolte. Il livre un instantané complexe d’une Amérique où la diversité existe mais où la question raciale reste en suspens. Quelle que soit la couleur de peau de son Président. (Fabrice Rousselot dans Libération Next)

Le Vox (Fréjus) : jeudi 7 à 14h et 18h30 - vendredi 8  à  21h -  samedi 9 à 18h30 - dimanche 10 à 16h et 21h - lundi 11 à 20h - mardi 12 à 18h30

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Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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