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Au(x) cinéma(s) du 6 au 12 novembre 2019

Bonjour à tous !
 
Notez déjà notre prochain rendez-vous Entretoiles : nous vous invitons le dimanche 17 novembre à venir partager avec nous Un jour de pluie à New York de Woody Allen, un film délicieux pour se réjouir pleinement d'un bon divertissement !
 
En ciné club, CGR nous propose cette semaine Le regard de Charlesdocumentaire composé d'images filmées par Aznavour, tout au long de sa vie,  depuis 1948, :  Hors normes un film humaniste dans lequel d'Eric Toledano et Olivier Nakache, les réalisateurs d'Intouchables abordent de front la question de l'autisme, de l'aide aux autres et de l'implication, avec leur sens inusable de la comédie sociale, Joker (aussi à Lorgues et Salernes) où le réalisateur  Todd Phillips filme une version sociopoétique du personnage, incarné magistralement par Joaquin Phoenix, Donne moi des ailes, un film de Nicolas Vannier où il nous  livre un joli récit initiatique familial et écologique,  Au nom de la terre  de Edouard Bergeon, une première fiction épatante sur le piège dans lequel peuvent se retrouver les agriculteurs productivistes, et Shaun le mouton de Will Becher et Richard Phelan, avec beaucoup d'humour pince sans rire.
 
A Lorgues ne ratez pas Pour Sama  de Waad Al Kateab, un documentaire ovationné et récompensé au Festival de Cannes, salué par une presse unanime, porté par une incroyable force de vie, et totalement bouleversant. On n'en ressort pas indemne ! : un de ces films qui nous font continuer de croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde. Vous pouvez voir aussi Sœurs d'armes de Caroline Fourest, un film audacieux sur les femmes soldats kurdes, quoique, semble t-il, peut-être parfois un peu "lourd".... (aussi à Draguignan et à Fréjus).
 
A Salernes, Ad astra de James Gray, une odyssée intime doublée d'une quête philosophique, et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, un magnifique film d'amour, minutieux, délicat et puissant.
A Cotignac,  Sorry we missed you de Ken Loach, l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité,(aussi au Vox), et   Le traitre de Bellochio un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout.(aussi au Vox)
 
Au Vox à Fréjus, J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, une narration d'une virtuosité implacable, avec des moments de pure poésie, et des touches d'humour, Adults in the room de Costa Gavras, un film dense et passionnant sur la lutte des pouvoirs au plus,haut niveau politique et Un monde plus grand de Fabienne Berthaud, d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité.
 
Ne manquez pas non plus  le 1er festival départemental de cinéma d'auteur, organisé par les ciné-débats citoyens du 6 au 17 novembre dont voici le lien pour la programmation :  cdc83.wordpress.com
Il y a des films à voir à Draguignan, à Lorgues, à Salernes et à Fréjus ! L'invité d'honneur est Christian Philibert !
 
Alors allez au cinéma et bonne semaine de cinéma !

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :  entretoiles.e-monsite.com
 

Le Regard de Charles

Film français de Charles Aznavour

La musique, le cinéma, l’écriture font jeu égal dans Le Regard de Charles, documentaire composé d’images filmées par Aznavour au fil de sa vie, construit comme un journal intime.

Dans « Le Regard de Charles », Aznavour toujours formidable
 

«Vous m’avez vu, oui, mais ce que vous ne savez pas, c’est que moi aussi je vous ai vus. En fait, je vous regarde depuis le début.» La voix de Romain Duris qui s’élève dès le début du Regard de Charles donne un écho troublant au timbre bien connu d’Aznavour. Parlant au nom de l’artiste disparu le 1er octobre 2018, avec ses mots, l’acteur lui rend présence et souffle pour le raconter à travers ses images.
Charles Aznavour avait reçu en cadeau d’Édith Piaf en 1948, une petite caméra. Dès lors, il filmera avec passion, tout au long de sa vie, comme on tient un journal intime. Carnets de voyage, souvenirs de tournées, plans amoureux de ses femmes et de ses enfants, des heures de bobines dormaient dans sa maison provençale, avant que le chanteur ne propose à Marc Di Domenico d’en faire un documentaire.

Passionné de cinéma, grand voyageur, Aznavour filme le monde en cameraman avec pertinence et professionnalisme. « J’ai tout de suite remarqué qu’il tournait "monté", en plans larges, moyens, serrés. Il y avait clairement une volonté de ne pas filmer comme n’importe quel touriste, mais de composer ces images », explique Marc Di Domenico. En témoignent dès le début, 9 minutes d’images au regard ethnographique, tournées en Afrique noire au temps des indépendances. Abidjan, Dakar… Les métropoles laissent place à des campagnes vues au plus près de populations silencieuses observant depuis les rives d’un fleuve l’homme occidental fasciné qui les filme.

Mettre en scène de petites gens dans leur quotidien précaire avec un regard plein d’empathie, c’est ce qui rend le propos d’Aznavour singulier. Des avions à hélice, des trains perchés sur la cordillère des Andes, des camions chargés de travailleurs en route pour une pénible migration et agitant la main, tout sourire, en direction de la caméra…

Au son d’Emmenez-moi ou de L’Émigrant, on mesure à quel point l’artiste qui confiait « le lointain des possibles, c’est ce que je préfère », se sentait heureux sur la route au contact des autres. Mais aussi qu’il portait en lui la mémoire douloureuse d’un exil maintes fois évoqué pour le fils qui ne l’a pas vécu.

« Personne parmi nous n’a jamais vu cette terre. Pourtant, nous en étions faits », dit Aznavour arrivant pour la première fois en Arménie à 40 ans. Rencontrant sa grand-mère qu’il n’a jamais vue, il l’emmène à une messe solennelle célébrée par le catholicos, le chef de l’Église arménienne, en une séquence émouvante où la caméra sait se faire discrète puis s’éteindre.

Saisir la lumière des visages était une passion chez celui qui réalise de splendides plans d’Anouk Aimée, radieuse, lors du tournage de La Tête contre les murs en 1958. « Franju fait son film, moi j’ai mes images », jubile Aznavour. Pendant Un taxi pour Tobrouk, il capture, en vrai fan, Lino Ventura, « Lino bougon, c’était quelque chose ! », et à New York, une Piaf moqueuse.

Sa vie privée, avec ses drames – dont le suicide de son fils Patrick à 24 ans, évoqué en une séquence douloureuse –, et ses amours, tissent une toile narrative intime qui ne cède pas à l’hagiographie. Et sa musique en bande-son rappelle son immense talent de mélodiste, de parolier et d’interprète : 25 chansons en tout, dont ses incontournables, de La Bohème à Formidable, de She à Ils sont tombés, pour s’achever sobrement avec J’ai vécu. (La Croix)

Ciné club CGR Draguignan : tous les jours à 18h

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMES

Si on ne peut que reconnaître l'efficacité de la filmographie d'Eric Toledano et Olivier Nakache, réalisateurs d'une série de feel-good movies qui ont été autant de succès hors pair (en premier lieu Intouchables, succès historique qui a fait exploser la carrière d'Omar Sy, mais aussi Samba et plus récemment Le Sens de la fête avec Jean Pierre Bacri). Devant Hors normes, on tire notre chapeau. Les grands raconteurs d'histoires que sont Toledano et Nakache ont remballé un chouia leurs recettes de comédie (même si le film offre quelques moment très drôles malgré le sujet un peu grave) pour transcrire avec émotion le combat de deux hommes bien réels et dont le parcours les a visiblement inspirés.
Deux hommes qui sont des symboles vivants : d'un côté Stéphane Benhamou, un Juif pratiquant qui a contribué à créer « Le Silence des Justes », une association communautaire mais ouverte à tous se consacrant à l'accueil des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles ; de l'autre Daoud Tatou, un père de famille dyonisien et musulman qui a créé « Le Relais IDF », une association qui tente de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes également difficiles, qu'on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Le Relais IDF forme aussi des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux.

Le premier est incarné superbement par Vincent Cassel, qui joue un quadragénaire religieux, passé un peu à côté de sa vie à cause de sa passion, enchaînant sous la pression de ses amis les rendez-vous arrangés, souvent pour des résultats pathétiques. Le second, c'est Reda Kateb, qui joue un père de famille dont on se doute, au vu de son engagement et des heures indues auxquelles il rentre chez lui, qu'il a surtout vu ses enfants endormis…
Dès la première scène, une poursuite dans les rues de la ville dont on comprend peu à peu que c'est pour rattraper une jeune autiste en crise d'angoisse, on est plongé tout de suite dans le combat quotidien des travailleurs sociaux confrontés autant au rejet des autistes par leur environnement qu'aux absurdités administratives, les autorités ayant besoin du travail des associations tout en entravant celui-ci pour ne pas déroger aux règles. Le film se montre d'un réalisme saisissant tout en réservant des respirations très drôles, notamment le gag récurrent avec ce personnage à qui Reda Kateb tente de faire prendre le métro seul sans que celui-ci ne tire obsessionnellement le signal d'alarme ou qu'il essaie d'intégrer dans un travail où il se montre trop démonstratif dans son affection pour ses collègues.

Hors normes est ainsi un film formidable pour réviser notre regard sur le handicap, mais aussi la très jolie démonstration que, dans un combat commun, des gens que tout pourrait opposer (les Juifs orthodoxes du Silence des Justes ou certaines filles voilées du Relais IDF) se foutent de leurs différences quand l'objectif commun est plus fort que tout. (Utopia)

CGR : mercredi 6, samedi 9, dimanche 10 et lundi 11 à 11h, 13h20, 19h30, jeudi 7 et mardi 12 11h, 13h20, 15h40, 19h55, vendredi 8 11h, 13h20, 15h40, 20h05

Salernes : mercredi 6 18h, mardi 12 18h15

Cotignac : vendredi 8 18h

JOKER

Todd PHILLIPS - USA 2019 2h02mn  - avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy... Scénario de Todd Phillips et Scott Silver. Lion d’Or, Festival de Venise 2019.

JOKER

Film magistral, travail d’orfèvre. Chaque élément fait corps avec l'histoire racontée, la sublime, de l’envoûtante bande son aux décors hallucinants, en passant évidemment par une mise en scène et un jeu d’acteurs impeccable (géniale performance de Joaquin Phoenix !). Nous ne sommes plus dans un simple parcours fictionnel, mais dans une véritable épopée personnelle qui peut se décliner en de multiples interprétations, jamais manichéennes, tout aussi intimes que sociales, voire politiques. Les amateurs de comics seront ravis, ceux qui ne sont pas familiers ou indifférents à cet univers trouveront aussi leur compte dans cette œuvre qui transcende les genres.

L’affaire débute devant un banal miroir, pas celui d’un conte de fée, un miroir qui n'a aucun pouvoir magique. Méticuleusement Arthur Fleck se grime : teint blanc livide, nez rouge sang, larmes bleu pétrole, costume rouille atemporel, curieux alliage entre Auguste et clown blanc. Dans son dos la radio débite ses sornettes. Des émissions à deux balles censées divertir le gogo, des informations sinistres qui dépeignent un monde décadent, envahi par les rats, où la fièvre typhoïde menace d’emporter les plus faibles. Les prêches des présentateurs semblent nous entraîner dans un tourbillon schizophrénique sans fin, laissant peu d’espace à la compassion ni même à un zeste de sérénité, tandis qu’Arthur passe en un éclair du rire aux larmes avec une maestria qui glace les sangs. Une fois apprêtés, lui et ses collègues de turbin s’éparpillent dans les rues, hommes-clowns sandwiches dans un univers méga promotionnel. Chacun a ses produits, sa boutique à défendre pour gagner quelques miettes distribuées par un capitalisme vorace. Dans ce monde de freaks, beaucoup, malgré leur mine joviale affichée, sont prêts s'il le faut à marcher sur la tête de leurs confrères. Une société ubuesque qui suinte la faillite, où la solidarité n’est plus de mise.

Pourtant Arthur, pataud dans ses grandes pompes, sourit sans faillir. C’est tout ce qu’il sait faire, l’unique enseignement d’une mère toxique, demi-perchée, restée rivée dans la nostalgie de ses souvenirs, de ses espoirs déchus. Le soir venu, ce fils qu’elle surnomme « Happy » la berce, la lave, la borde, comme on le ferait pour une créature innocente et chétive, sans rien lui avouer de ses propres peines, qu’il ne saurait exprimer. Il y a chez cet homme une élégance rare et touchante qui ne demanderait qu’à percer, des moments de grâce. Nul ne les voit. Arthur semble voué à rester invisible aux yeux de ses contemporains. Et cette indifférence généralisée est tout aussi violente que les incivilités qui grouillent dans les recoins de la tentaculaire Gotham des années 80 (ville imaginaire, mais tellement cousine de nos plus monstrueuses métropoles actuelles). Il n’y aurait donc aucune échappatoire ? Dans les plus sombres ténèbres surgissent parfois de petites lueurs, telles les douces paroles d’une charmante voisine qui ne fait pas cas des habits défraîchis de Happy. Ce dernier se sentira pousser des ailes, prêt à jaillir de son anonymat tel un papillon de sa chrysalide, d’autant qu’un célèbre présentateur lui demande de participer à son show. Mais les rêves d’Arthur Fleck sont voués à sombrer dans le marasme des illusions perdues. Ils feront place à la métamorphose de notre anti-héros assoiffé de tendresse en personnage sûr de lui, maléfique, rongé par tout autre chose que l’amour.

Tenaillés entre empathie et répulsion, on assiste là à la genèse du mal, la naissance d’un vrai méchant, celui qui hantera les pire cauchemars du super-héros Batman. Mais comment lui en vouloir, il pourrait être la part incomprise de chacun d'entre nous, révoltée et blessée, humiliée. Le Joker est bel et bien un enfant engendré par la fracture sociale, l’injustice faite aux plus démunis, son rire sardonique raisonnera longtemps encore comme une mise en garde lancée aux nantis… (Utopia)

CGR en VF : Tous les jours 13h45, 16h15, 19h30, 22h05

DONNE-MOI DES AILES

Nicolas VANIER - France 2019 1h53mn - avec Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutey, Louis Vazquez, Fred Saurel, Lilou Fogli... Scénario de Matthieu Petit et Christian Moullec.

 
Nicolas Vanier qui a voué sa vie à la nature et au monde animal, se mobilise sans relâche pour leur défense, et on ne peut que constater qu’il filme magnifiquement cette nature, notamment dans ses documentaires polaires, Le Dernier trappeur ou L’Odyssée blanche, témoignant d’une impressionnante maîtrise pour filmer la faune des contrées les plus septentrionales de notre globe.
Dans Donne-moi des ailes, il allie ses deux talents : suivre les animaux au plus près et raconter de belles histoires destinées à un public familial, de l’écolier à ses grands-parents. L’histoire du film, bien que largement romancée, est directement inspirée de la vie et du combat d’un génial dingo, Christian Moullec, qui co-signe d’ailleurs le scénario. Météorologue de formation et ornithologue par passion, Christian Moullec, inspiré par le zoologiste autrichien Konrad Lorenz, a eu l’idée d’utiliser sa pratique assidue de l’ULM pour suivre dans leur périple les oiseaux migrateurs et plus précisément les oies naines. Mais il est allé plus loin en se disant qu’il était possible de les guider vers de nouvelles voies migratoires alors que celles que les oies empruntaient jusque là, à travers des zones agricoles traitées aux pesticides, à proximité d’aéroports ou de zones très touchées par la pollution lumineuse, pouvaient les menacer et à terme provoquer le déclin de l’espèce. Un autre grand cinéaste animalier, Jacques Perrin, s’était d’ailleurs attaché les services de Christian Moullec pour son Peuple migrateur.
Christian (Jean-Paul Rouve) habite en Camargue, et il attend son fils dont il n’a la garde que pendant les vacances, tout en préparant fébrilement son ULM pour sa grande expédition. Mais voilà : l’adolescent, comme n’importe quel gamin qui vit à la ville, n’a qu’une crainte, c’est que, dans la maison isolée de son père au bord des marais, il n’y ait pas de réseau, et sans doute pas de wifi, et pour lui, les vacances loin de tous réseaux sociaux s’annoncent d’une sinistrose absolue. Et puis, petit à petit, alors que l’expérience se développe et que les ailes de l’ULM se montent, Thomas commence à s’intéresser à la grande aventure paternelle. Si bien que l’expédition va être aussi l’occasion de resserrer entre le père et le fils des liens qui s’étaient sérieusement distendus.
Au-delà de la romance familiale assez touchante, Donne-moi des ailes vaut évidemment surtout pour ses superbes images vues du ciel, au côté des oies naines qui vont nous emmener d’un bout à l’autre de l’Europe, depuis la Norvège septentrionale jusqu’à la Méditerranée, une aventure d’autant plus périlleuse que le scientifique, auquel personne ne croit, a falsifié les autorisations nécessaires.
Ajoutons que le film s’avère de salut public puisque Nicolas Vanier répète à l’envi et à juste raison qu’en trente ans l’Europe a perdu un tiers de sa population d’oiseaux, soit 430 millions d’individus ! Et le réalisateur sincèrement engagé qu’il est dit clairement son bonheur – alors que de nombreux jeunes, dans le sillage de la suédoise Greta Thunberg, se mobilisent pour l’écologie – de voir la Ligue de Protection des Oiseaux et l’Education nationale s’associer pour défendre le message de son film.(Utopia)
 
CGR : mardi 6, dimanche 10, lundi11, mardi 12 11h, jeudi 7 et vendredi 8 11h10

SHAUN LE MOUTON, la ferme contre-attaque

Will BECHER et Richard PHELAN - film d'animation Angleterre 2019 1h30 - Pour les enfants à partir de 5 ans.

SHAUN LE MOUTON, la ferme contre-attaque

Est-il encore besoin de présenter Shaun, le mouton à tête noire le plus célèbre du cheptel britannique, la star jamais détrônée des Studios Aardman (après Wallace et Gromit), le plus malin, le plus drôle et le plus attachant spécimen à quatre pattes que le monde du cinéma d'animation, pourtant largement saturé en bestioles à plumes et à poils, ait jamais connu ?

Shaun the sheep : le Jeremy Corbyn de la basse-court, l'Indiana Jones de la grange à foin, à la fois Sherlock Holmes et Dr Watson, sportif de haut niveau, astronaute, défenseur des opprimés. Bref, Shaun, tout simplement. Attendu par les fans (dont nous sommes), il fallait que ce deuxième opus relève le défi de faire aussi bien, sinon mieux, que le premier, sans tomber dans le piège des gags réchauffés, ni dans celui de la paresse du scénario, tout en conservant l'humour, le ton, le rythme, l'univers qui font la singularité et le génie des films Aardman.
Pari tenu ? Haut la patte ! Avec Shaun le mouton, la ferme contre-attaque, on retrouve tout ce qu'on adore : beaucoup d'humour pince sans rire, des gags supra-efficaces, des personnages humains attachants car tellement ridicules (ah, la méchante savante et ses traumas de la petite enfance, ou le bouffeur moustachu de fish and chips)… Sans oublier bien sûr les héros récurrents : le chien Bitzer, rabat-joie de service au flegme à l'épreuve des balles (de base-ball), le fermier pas si débile que ça qui ne rêve que de son futur tracteur de compétition et les potes moutons avec en tête de troupeau la joufflue poilue à bigoudis et le petit dernier avec son doudou.
Mais qui dit nouvelle aventure dit nouveau venu, et c'est bien là que la réussite est totale : si vous ne tombez pas amoureux(se) de Lula, c'est que vraiment, vous êtes définitivement tombé du côté thatchérien de la force. Lula – faut-il dire « il » ou « elle », on s'en moque éperdument – cette créature mi-lapin, mi-chien, mi-rose, mi-bleu, nous vient d'une autre galaxie et déboule, à la faveur d'une livraison de pizza (car oui, les moutons adorent ça !), dans la ferme de Shaun. Intrigué par cette bestiole qui semble avoir sous ses oreilles lumineuses une sacrée liste de pouvoirs surnaturels, Shaun va tout faire pour lui permettre sinon de téléphoner, du moins de rentrer à la maison. Car les humains cupides qui ont perdu leur âme d'enfant sont prêts à tout pour profiter honteusement de l'arrivée de cet extra-terrestre : produits dérivés, recherche scientifique façon Roswell, j'en passe et des bêêêeilleurs.

Tout le monde dans l'affaire va trouver dans ce film son petit compte de bonheur : les enfants dès 5 ans (par le côté très visuel du film et la craquante Lula dont le rire est contagieux), les plus grands pour l'aventure et les gags, et les adultes qui apprécieront un film sans dialogues qui met les pleins feux sur la qualité de l'animation et du scénario… sans oublier les nombreuses références et clins d'œil à quelques classiques (films et séries, on vous laisse les trouver) (Utopia)

CGR en VF : mercredi 6, samedi 9 et lundi 11 11h10 et dimanche 10 14h
 

AU NOM DE LA TERRE

Edouard BERGEON - France 2019 1h43 - avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus, Samir Guesmi... Scénario d'Edouard Bergeon, Emmanuel Courcol et Bruno Ulmer.

AU NOM DE LA TERREPierre revient au pays, en conquérant. S’il en est parti, c’est pour mieux y revenir, plus mûr, mieux préparé, renforcé par son séjour dans le Wyoming, où il s’est formé à de nouvelles techniques agricoles. Fort de la promesse de fructueuses moissons futures, Pierre sourit à la vie, tout comme elle lui sourit. D'autant qu'il va se marier avec Claire, qui l'a attendu puisqu'ils ont toujours su qu'ils feraient leur vie d'agriculteurs ensemble…
Peu de temps après, le jeune couple s’installe dans la belle ferme familiale que le père de Pierre leur cède. Les en voilà presque propriétaires – moyennant un important prêt bancaire, le premier d'une épuisante série –, et Pierre guette, tout en signant l’acte de vente, une forme de reconnaissance dans le regard paternel. Ah ces deux-là ! Leurs cœurs battent à l’unisson mais ils sont trop taiseux pour se le dire. Il faut dire qu'à travers eux, à leur corps défendant, ce sont deux conceptions de la paysannerie qui s’affrontent, deux époques que le progrès a rendu irréconciliables. Mais quel progrès ? Celui qui a transformé les fermiers en « exploitants agricoles », en « entrepreneurs », en « agri-managers » ? On perçoit sous les glissements sémantiques qu’un pan d’humanité a été enterré, l’humus dégradé. Les nouvelles générations, respectant scrupuleusement les prescriptions des politiques agricoles successives, elles-mêmes orchestrées par des énarques déconnectés du bon sens terrien, se retrouvent prises au piège des sables mouvants d’un système qui les ont progressivement asservies, rendues dépendantes des cours de la bourse, des géants de l’industrie agro-chimique, des indemnités compensatoires…

Vingt ans plus tard, plus grand monde n’est autonome ni fier de ce qu’il fait, malgré un travail constant et acharné. L'agriculture industrielle a imposé sa loi, sans pitié ni conscience. Le marché monte le travailleur contre le travailleur : les damnés de la terre, sous la pression, le poids des dettes, finissent par se tromper d’ennemis.
Et Pierre dans tout ça ? Il est comme presque tous les autres prisonnier du système mais il continue d’y croire, de ne pas baisser les bras, avec le soutien de Claire et de leurs deux enfants. La joie de vivre et de travailler ensemble est toujours là, mais pour combien de temps ?

À travers cette première fiction épatante (il avait déjà tourné un documentaire sur le même sujet), le réalisateur rend autant hommage à un père, le sien, qu’au monde paysan. Ce monde qui se lève tôt sans en récolter ni gloire, ni fortune.
Remarquablement interprété, le film donne envie de creuser le sillon de la solidarité, de se rebeller, de refuser que l’histoire de Pierre ne soit une fatalité qu’on oublie derrière les statistiques : « Tous les deux jours en France, un agriculteur… » On vous laisse compléter la phrase après avoir vu le film…(Utopia)

CGR : jeudi 7, vendredi 8, mercredi 12 15h45
 

POUR SAMA

Waad AL-KATEAB et Edward WATTS - documentaire Syrie 2019 1h35 VOSTF - Festival de Cannes 2019 : œil d’or du Meilleur film documentaire.

POUR SAMA

Mission compliquée que la nôtre : vous convaincre d'oser dépasser vos réticences, vos craintes, et de venir voir Pour Sama. Vous dire peut-être que ce documentaire, ovationné et récompensé lors du dernier Festival de Cannes, salué par une presse unanime, fait partie de ces œuvres qui laissent une trace indélébile dans l'âme et le cœur du spectateur. Vous dire aussi que ce film, au sujet évidemment dramatique, est porté par une incroyable force de vie, qui habite chaque image, chaque plan saisis par la caméra de Waad Al-Kateab. Ce qui est sûr, c'est que montrer Pour Sama, faire en sorte que cette histoire parvienne jusqu'à vous, c'est continuer à croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde et modestement contribuer à faire de nous des êtres plus ouverts, moins égocentrés, bref un peu meilleurs.
Pour Sama est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique. Jeune étudiante en marketing dans sa ville natale d'Alep, Waad suit avec sa petite caméra numérique les premières manifestations contre le régime de Bachar al-Assad. La fougue de la jeunesse, les slogans sur les murs, les sourires de ces jeunes rêvant de printemps. Quand la répression commence à se durcir, Waad filme toujours : « Dans les journaux télévisés, on ne parlait pas de manifestants, mais de terroristes. À l'université, il n'y avait pas de médias pour expliquer la situation. L'idée était de prendre son téléphone portable et de documenter ce qu'on voyait ». La suite, elle est tragique : 7 ans de guerre, les bombardements par l'Armée Russe, plus de 500 000 morts, des milliers de déplacés et de disparus, un pays en ruine… et un pouvoir toujours en place. Waad filme sa vie, son quotidien, celui de son mari, médecin puis directeur de l'hôpital d'Alep, de ses amis, et de ce pays qu'elle chérit ; elle filme ses peurs, ses joies, ses espoirs, sa douleur. Au risque de sa vie, elle envoie ses images à l'étranger, convaincue que « le monde ne laissera pas faire ». Des heures et des heures de film qu'elle finira par emporter avec elle quand, lors du siège d'Alep en 2016, elle prendra, le coeur brisé, le chemin de l'exil avec son mari et sa fille. Des images terribles, parfois insoutenables, d'une cruauté sans nom, mais aussi de nombreux moments de grâce, des rires, des plaisanteries, des gestes d'amour et de tendresse. Les premiers pas de Sama, des gamins qui jouent, un repas partagé. Pour Sama est aussi un hommage à tous ceux qui risquent leur vie pour celle des autres : médecins, infirmières et infirmiers, casques blancs… et à un peuple résiliant qui ose encore croire au meilleur de l'humanité.(Utopia)
Lorgues : vendredi 8 21h, lundi 11 19h
 

Sœurs d’armes 
de Caroline Fourest  Film français, 1 h 50
« Sœurs d’armes », tout feu, tout femmes

Tout feu, tout femme de Caroline Fourest signe son premier film de fiction avec l’histoire de combattantes qui luttent à la frontière irakienne contre Daesh.Le 3 août 2014, Daesh s’empare de la ville de Sinjar, située au nord-ouest de l’Irak, dont la population est majoritairement yézidie. Les hommes sont exécutés, les jeunes femmes vendues comme esclaves sexuelles. Zara, une jeune artiste séparée de sa mère et de son petit frère, est achetée par un djihadiste venu d’Angleterre. Elle parviendra à s’enfuir et à rejoindre des combattantes kurdes au sein d’une brigade internationale, tout comme deux nouvelles recrues françaises : Kenza, une Franco-Algérienne musulmane, et Yaël, une jeune Juive qui a fait son service militaire en Israël. Toutes deux ont caché à leurs proches les vraies raisons de leur départ. Sur le terrain, une commandante kurde surnommée la Lionne de Kobané les forme avec rudesse aux combats, avec d’autres soldates venues d’Italie et des États-Unis. Toutes ont de profondes motivations pour lutter contre Daesh et un atout : leur féminité. Ces fanatiques les craignent, convaincus que, tués par une femme, ils n’auront pas accès au paradis. Formidable sujet que celui dont s’empare Caroline Fourest pour son premier film de fiction, avec ces femmes victimes de toutes les violences qui prennent les armes pour chasser leurs bourreaux. Si Sœurs d’armes s’ouvre longuement sur le sort d’une jeune Yézidie dont tous les membres de la famille subiront les crimes des djihadistes, il s’attache ensuite à dessiner un portrait de groupe avec ses fortes personnalités expérimentées et ses néophytes par lesquelles le spectateur découvre la brigade. Journaliste et essayiste, Caroline Fourest a réalisé une dizaine de documentaires sur la défense des droits des femmes, la lutte contre les intégrismes et les extrémismes politiques. À l’évidence sincère dans sa démarche et son approche de ces sœurs d’armes, en habituée des mots, elle semble vouloir trop dire. Dès les premières images, la voix off de Zara se fait lourdement emphatique, inutilement prémonitoire. Les champs de coquelicots sous un soleil éclatant expriment de manière appuyée le bonheur bientôt perdu. Tout le film se révèle à l’avenant avec les émotions surlignées par la mise en scène, la musique ou des ralentis. On pourra également regretter que ce film, qui se veut à juste titre féministe, ne mette à l’écran que des actrices superbes (Dilan Gwyn, Amira Casar, Camélia Jordana, Maya Sansa…) comme s’il n’existait pas d’autres façons d’être une femme. Restent l’audace d’une réalisatrice qui s’empare du genre ô combien réservé aux hommes du film de guerre, ainsi que des images spectaculaires de paysages somptueux et de combats dont elle n’évacue pas la violence. (La Croix)

CGR : 13 novembre 19h
Lorgues : samedi 9 et dimanche 10 18h
Vox Fréjus mercredi 6 20h
 
Afrik'Aïoli par Christian Philibert 2013

Deux Provençaux jamais sortis de leur village se rendent au Sénégal. Une chronique drôle, chaleureuse et fraternelle.

Après Les 4 saisons d’Espigoule et Travail d’Arabe, voici donc le troisième volet de ce qu’il faudra désormais appeler la trilogie d’Espigoule (village imaginaire du Haut-Var) de Christian Philibert. Jean-Marc (Jean-Marc Ravera), sorte de César contemporain (il a au moins son caractère, son accent et son métier), va fermer son café et prendre sa retraite.

Son copain Momo (Mohamed Metina) a réussi à le convaincre d’aller passer des vacances au Sénégal – il a un plan. Les deux supporters de l’Olympique de Marseille débarquent donc à l’aéroport de Dakar et, évidemment, rien ne se passe comme prévu. Ils finissent pourtant par trouver Modou, qui doit leur servir de chauffeur et de guide. Mais la vieille bagnole couverte de photos de Modou tombe tout le temps en panne, il passe son temps à leur demander des “commissions”, la piscine annoncée n’a pas encore été construite.

Jean-Marc et Momo découvrent très vite la réalité sénégalaise, faite de sens de la bricole et de fatalisme. Mais ils vont très vite y trouver leur compte, parce que “rien n’est grave” pour les Sénégalais qu’ils rencontrent, qu’ils aiment eux aussi l’OM, que la nourriture est bonne, que les femmes sont belles et les paysages magnifiques. Au fond, il n’y a pas tant de différences avec la Provence…

Le charme du film de Philibert réside dans sa bonhomie, son bon esprit. Entre documentaire et fiction, Afrik’Aïoli ne tombe jamais ni dans le misérabilisme, ni dans l’angélisme, ni dans le mépris ou le racisme bien évidemment, même si ces sujets sont abordés en douce par le biais de l’humour. Des individus rencontrent des individus différents, des liens et des conflits se créent, l’amitié, la musique et l’humanité feront le reste.

Le rire naît bien sûr, presque à chaque scène, de la plongée de deux Français provençaux jamais sortis de leur village dans un monde dont ils ne connaissent rien, ainsi que de la faconde de nos deux héros. Ce n’est pas prétentieux, jamais lourd, c’est joyeux, chaleureux et fraternel. Loin des insanités des “comiques” anti-système français. (Les Inrocks)

Salernes : vendredi 6 20h30

AD ASTRA

James GRAY - USA 2019 2h05 VOSTF - avec Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Ruth Negga, Liv Tyler, Donald Sutherland... Scénario de James Gray et Ethan Gross.

AD ASTRAC'est l'un des rares films américains qu'on attend avec impatience en cette rentrée – pour être précis et sauf surprises ou autres pépites qu'on ne verrait pas venir : l'un des trois films américains qu'on attend. Les deux autres, vus et beaucoup aimés lors du Festival de Cannes, ne sortiront qu'en décembre : Une vie cachée, le nouveau film de Terrence Malick, et The Lighthouse, du beaucoup moins connu Robert Eggers. Le troisième sera donc le premier à arriver sur nos écrans – chez nous ce sera le 2 octobre : Ad Astra, réalisé par James Gray, l'un des plus talentueux parmi les réalisateurs américains en activité. On peut citer tous ses films, ils ne sont pas très nombreux et comme dit l'autre, il n'y a rien à jeter : Little Odessa en 1994, The Yards en 2000, La Nuit nous appartient en 2007, Two lovers en 2008, The Immigrant en 2013 et The Lost city of Z en 2016.
Ad astra était dans un premier temps pressenti pour le Festival de Cannes et puis James Gray n'a pas pu le terminer à temps, c'est donc le Festival de Venise (28 août – 7 septembre) qui l'a sélectionné, en compétition. Mais au moment où on écrit ces lignes, impossible de le voir, les premières copies ne seront livrées qu'au dernier moment.
Ad astra, autrement dit « vers les étoiles » – la citation latine complète est « per espera ad astra », « à travers l'adversité vers les étoiles » – sera la première incursion du cinéaste dans la science fiction et on peut lui faire confiance pour ne pas nous donner un énième ersatz de Star Wars. Lui-même parle de son film comme de l'improbable et déstabilisante rencontre entre Au cœur des ténèbres, le roman de Joseph Conrad qui a inspiré Apocalypse now, et 2001, l'odyssée de l'espace de Kubrick. On sait donc qu'on ne sera pas dans un banal space opéra misant tout sur ses effets spéciaux. Ce qui ne veut pas dire que James Gray a négligé le côté spectaculaire de son projet : il n'est qu'à voir le film-annonce, impressionnant d'ampleur et de virtuosité technique.
Le récit nous fait partager le voyage de l'astronaute Roy McBride (Brad Pitt), qui va s'aventurer jusqu'aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu (Tommy Lee Jones). Il est en même temps chargé d'une enquête sur ce qui pourrait être une mystérieuse menace pour la survie de la planète Terre. Lors de son périple, Roy sera confronté à des révélations qui mettent en cause la nature même de l'existence humaine et questionnent notre place dans l'univers…
Centré sur la relation entre un fils et son père, thème récurrent chez James Gray, Ad astra s'annonce donc comme une odyssée intime doublée d'une quête qu'on qualifiera - sous bénéfice d'inventaire - de philosophique ou métaphysique.(Utopia)

Salernes : samedi 9 et mardi 12 21h, dimanche 10 15h

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU

Écrit et réalisé par Céline SCIAMMA - France 2019 2h - avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luana Bajrami, Valeria Golino... Festival de Cannes 2019 : Prix du Scénario.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEUÉtonnante Céline Sciamma, toujours là où on ne l’attend pas. Non par plaisir d’épater la galerie, mais pour le bonheur de renouveler son style, d’explorer de nouveaux univers tout en creusant ses sujets de prédilection. Rendre visibles les invisibles, celles en marge de la société et ici de l’Histoire. La réalisatrice s’empare avec brio de la forme classique et la dépoussière, innove, lui rend sa spontanéité. Ce Portrait de la jeune fille en feu (quel titre !) éclaire différemment l’œuvre polymorphe de la réalisatrice. Il agit comme une épure. Une fois le côté effervescent, représentatif de notre période contemporaine gommé, ses musiques agitées éteintes, que reste-t-il du cinéma de Sciamma ? Ce nouvel opus, en costumes du XVIIIe siècle, qui s’impose sans strass ni paillettes, met en valeur la trame limpide qui le charpente. Mécanique implacable, puissante, méticuleusement travaillée. Rien n’est laissé au hasard, tout témoigne d’un travail sans relâche, d’orfèvre, pour produire une œuvre merveilleusement ciselée. Tant est si bien que le Prix cannois du scénario est un brin réducteur. Et que dire de ses deux comédiennes, irradiantes, qui auraient largement mérité de partager un prix d’interprétation !
Nous sommes en 1770… Non loin des falaises, battues par les vents, qui surplombent l’océan, se dresse une imposante et austère demeure. Ici les distractions sont aussi rabougries que les plantes malmenées par les embruns marins. L’expression artistique, les fêtes y sont tout aussi clairsemées. Les rares instants de musique sont tant attendus qu’on en déguste la moindre note jusqu’à la lie quand elle passe à portée. On a le temps de guetter le temps qui s’écoule, de regarder tomber chaque goutte de pluie.
Pourquoi venir se perdre dans cette contrée perdue, si ce n’est pour des raisons alimentaires ? Tel est le lot de Marianne (Noémie Merlant), jeune peintre qui vient de décrocher un travail de commande : faire le portrait d’Héloïse (Adèle Haenel), l’héritière de la famille, tout juste sortie du couvent ; donner d’elle l’image la plus séduisante en même temps que la plus convenable possible, dans le but de la marier. Marianne, en tant qu’artiste à son compte, est aguerrie dans ce domaine. Elle n’est pas effarouchée de débarquer seule dans ce recoin oublié du monde. Et c’est là une première originalité à l’écran : y voir une de ces femmes qui ont bel et bien existé dans un contexte où la quasi totalité de leurs contemporaines n’avaient pas le choix de leur destinée. Marianne, sans mari, ni maître, est une femme socialement libérée et ses rapports avec les autres le sont tout autant. Si elle est de rang inférieur à la comtesse qui l’emploie, son statut indépendant lui octroie une véritable liberté de ton, et lui permet de l’aborder de femme à femme. Entre les deux, un marché secret est conclu : Marianne peindra en cachette le tableau, à l’insu d’Héloïse qui essaie avec ses maigres moyens d’échapper à son destin programmé et refuse de poser. Héloïse n’agit pas par caprice, mais par conviction profonde. C’est ce qui va rapprocher progressivement l’artiste et son modèle…
Quand Céline Sciamma s’empare d’un tel sujet, chaque plan devient comme un véritable tableau, la peinture devient l’ADN du film. Dans cet univers féminin, aucune protagoniste n’est laissée à l’abandon. Chaque personnalité est complexe, interagit avec les autres indépendamment des rapports de classe censés les corseter. La liberté a un prix, qu’il faut être prête à payer. L’enjeu impose alors de sortir de ses propres entraves.
Au-delà du genre, ce film parlera à toutes celles, à tous ceux qui sont, ont été, seront amoureuses, amoureux…(Utopia)

Salernes : dimanche 10 18h

SORRY WE MISSED YOU

Ken LOACH - GB 2019 1h40 VOSTF - avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone, Katie Proctor, Ross Brewster
... Scénario de Paul Laverty.

SORRY WE MISSED YOUSi Bourdieu considérait la sociologie comme un sport de combat, il est indéniable que Ken Loch utilise le cinéma comme une arme de poing. Levé, le poing, c'est bien le moins qu'il puisse faire pour, dit-il « défier le récit des puissants », documenter à hauteur d'hommes et de femmes l'histoire des violences faites à la classe ouvrière depuis la fin du xxe siècle. Ken Loach, c'est quarante-cinq ans passés derrière la caméra, à raconter les effets dévastateurs du libéralisme sur la société. Il nous avait à nouveau annoncé sa retraite après Moi, Daniel Blake, mais c'est bien la violence de l'étau social, la nécessité de la raconter, qui le ramène encore une fois au cinéma, dans un récit ici encore plus sec, épuré et doté d'une force de frappe étourdissante. À 83 ans, il signe l'un de ses meilleurs films !
À l'inverse de Moi, Daniel Blake, qui s'ouvrait sur un rendez-vous au pôle emploi anglais, Sorry we missed you s'engage sur un entretien d'embauche. Espoir, pense-t-on ?
Ricky, bourreau de travail, était ouvrier dans le bâtiment. C'était avant l'effondrement des banques et des organismes de crédit, avant qu'il ne perde son bou- lot. Avant, c'est aussi le moment où il est tombé amoureux d'Abby, lors d'un grand festival rock. Depuis ils ont fondé une famille, ils sont devenus les bons parents de Seb, 16 ans, qui sèche l'école dès qu'il peut pour exprimer son talent artistique sur les murs de la ville, et de Liza Jane, gamine brillante, pétillante et pleine d'humour, rouquine comme son père. Espoir donc : de cesser d'enchaîner les petits boulots, les contrats zéro heure et d'enfin s'en sortir, espoir de cesser de tirer le diable par la queue et de pouvoir enfin régler les dettes et accéder peut-être à la propriété tant souhaitée par Abby. Elle qui rêve d'une jolie petite maison qu'elle pourrait décorer elle-même et qui donnerait à la famille le cadre d'une vie décente. Une vie normale quoi !
Et le sésame pour Ricky, c'est cette nouvelle forme de travail qu'est l'auto-entrepreneuriat, ce travail où chacun est son propre patron, on ose le gros mot : l'ubérisation. Ricky sera chauffeur-livreur, payé à la course. L'entretien d'em- bauche, c'est Maloney, le patron du hangar, qui le mène. C'est lui qui donne les missions. Ici, plus on travaille, plus on gagne. Pas de contrat, chacun est son propre responsable et possède son outil de travail. Puisqu'il s’agit de livraisons, il faudra acheter un camion – ainsi que le pistolet-liseur qui permet de scanner les colis... Ricky y croit, fonce tête baissée, apprend à s'exploiter lui-même...
De son côté Abby est aide à domicile. Elle travaille quatre soirs par semaine. Dépossédée de sa voiture pour financer l'outil de travail de Ricky, elle passe des heures dans les transports en commun pour aller de rendez-vous en rendez-vous. Payée à la tâche elle aussi, elle court, saute d'un bus à l'autre, fait tout pour prendre soin, coûte que coûte, des personnes qui dépendent d'elle, comme si elles étaient toutes sa grand-mère dit-elle.
Sorry we missed you, c'est l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité. C'est l'histoire d'une famille qui pourrait partir en vrille si elle cessait de porter sur l'autre un regard bienveillant. Un père sur son fils qui se cherche, une mère sur ses enfants qu'elle voit trop peu. Une gamine qui fait de son mieux pour faire le lien entre tous. « Sorry we missed you », c'est aussi le petit mot que Ricky dépose dans la boîte aux lettres lorsque le client de la commande n'est pas chez lui pour réceptionner son colis : « Désolé, vous n'étiez pas là quand nous sommes passés". Il faudra donc y retourner. (Utopia)

Cotignac : jeudi 7 18h, 20h30

Vox Fréjus : mercredi 6 et mardi 12 13h40, jeudi 7 21h, vendredi 8 18h25, samedi 9 17h15, dimanche 10 15h40

LE TRAÎTRE

Marco Bellocchio - Italie 2019 2h32 VOSTF - avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane, Luigi Lo Cascio... Scénario de Marco Bellocchio, Ludovica Rampoldi, Valia Santella et Francesco Piccolo.

LE TRAÎTRE

L’Italie digère… ou du moins semble digérer. Enfin une vague de réalisateurs ose raconter par le menu, de manière non édulcorée et palpitante, la mafia vue de l’intérieur. Après le Gomorra de Matteo Garrone et Roberto Saviano, voici aujourd'hui ce magistral Le Traître, du maître Bellochio, presque un roman fleuve, et dans quelques mois ce sera La Mafia n’est plus ce qu’elle était du moins connu Francesco Maresco. Quel dommage de ne pas pouvoir programmer les deux films à la même période tant ils se complètent parfaitement ! Dans les deux cas on a affaire à de vrais méchants, pourtant il semble inévitable qu’affleure, à notre corps défendant, une forme de sympathie dérangeante. Celle-là même dont le virtuose Juge Falcone, sicilien de naissance, usa pour mieux s’imprégner et comprendre les rouages de la pieuvre, et de ses tentaculaires ramifications nationales et internationales.
Le Traître démarre fort, en 1980, par une de ces petites sauteries familiales dont les parrains avaient le secret, quand ils se détendaient entre deux fusillades ou plasticages sanglants. On pénètre donc dans l’action simultanément par deux portes d’entrée ambivalentes, comme semble l’être le regard des Italiens sur les mafieux, qui furent tout autant les protecteurs des classes miséreuses (dont beaucoup émanaient) que de leurs bourreaux. La caméra de Marco Bellocchio résume en un tableau méticuleux le contexte historique d’une affaire qui va se dérouler sur vingt-cinq années, une vendetta meurtrière, inextinguible. Il brosse avec maestria le portrait des forces et des individus en présence pour nous faire prendre toute la mesure des tenants et des aboutissants et nous permettre d'entrer bien armés dans le vif du sujet, qui sera le retournement de veste de Tommaso Buscetta, éminent membre de Cosa Nostra, qui dénoncera ses anciens camarades d’armes auprès du magistrat Giovanni Falcone. Jeu complexe entre chat et souris (les rôles étant interchangeables), d’où ressort une certaine admiration entre le juge et le truand, laquelle, en des temps moins sombres, aurait pu se transformer en une sorte d’amitié improbable et discrète. Cela peut sembler étrange, mais ce qui rapproche les deux hommes est leur courage et une conception cousine de l’honneur. La partie à jouer est aussi lourde pour l’un que pour l’autre, toujours sur le fil de se faire descendre. Dans le fond Buscetta se sert autant de Falcone que ce dernier se sert de lui. Le clan du maffieux et une partie de sa famille ayant été décimés, il ne lui reste que le bras de la justice pour se venger de ceux qui l’ont doublé, quitte à tomber en même temps que ceux qu’il cherche à atteindre. Bon vivant, il n’est toutefois pas un lâche qui cherche à sauver sa peau à tout prix. Il refusera toujours les appellations de traître ou de repenti. Il a brisé la loi de l’omerta ? Mais pourquoi la respecter envers ceux qui ont piétiné le code sacré de l’honneur, notamment le clan des Corleone guidé par Toto Riina ? Regrette-t-il le moindre de ses actes ? Les réponses à ces questions garderont toujours une part de mystère…

On va suivre la trajectoire de Buscetta, principalement à partir de sa fuite au Brésil, puis de son extradition vers l’Italie, traqué autant par les autorités que par les autres parrains. Un film palpitant de bout en bout, à saluer tant pour la performance de ses acteurs (Pierfrancesco Favino en particulier réussit une composition hallucinante) que pour son ancrage historique précis et documenté. Une immersion dans la seconde guerre de la mafia, dont on ressortira avec un étrange sentiment de malaise, tant le monde des affaires et la sphère politique ne sortent pas indemnes de cette gangrène toujours d’actualité.(Utopia)

Cotignac : vendredi 8 20h30, lundi 11 18h

Vox Fréjus : mercredi 6 16h25, 20h30, jeudi 7, vendredi 8, lundi 11 13h40, 16h10, 20h30, samedi 9 15h50, 21h, dimanche 10, mardi 12 13h40, 17h50, 20h45

 

J'AI PERDU MON CORPS

Jérémy CLAPIN - film d'animation France 2019 1h21 - Scénario de Jérémy Clapin et Guillaume Laurant. Grand prix de la Semaine de la critique, Cannes 2019 - Grand Prix et Prix du Public, Festival du film d'animation d'Annecy 2019. Pour les enfants à partir de 12 ans.

J'AI PERDU MON CORPSCe premier long métrage introduit sans conteste son réalisateur dans le sérail restreint des grands maîtres de l’animation. Jérémy Clapin, retenez ce nom : c’est désormais une patte, un style unique, un univers à part qui nous embarque d’emblée. La narration, d’une virtuosité implacable, jamais ne perd le spectateur en route, virevolte avec dextérité dans l’espace et le temps, aussi complexe que limpide. Le cinéaste jongle en permanence avec nos sentiments, nos émotions, nos perceptions, nous désarçonne en véritable illusionniste, brouille les pistes, sème des détails oniriques, fait naître des moments de pure poésie, tout en ne dédaignant pas les clins d’œil et les touches d'humour.
Deux récits, deux univers vont se déployer en parallèle et nous envoûter.
D’abord celui de Naoufel : livreur de pizza effacé, comme si son existence avait perdu tout relief, toute espérance. Il n’attend plus le déclic… qui pourtant surviendra au détour d’un jour triste et pluvieux, au bas d’un immeuble parisien impersonnel, devant une porte désespérante où on se casse le nez quand on n’en a pas le code… Le jeune homme sonne, livraison en main, désolé de son retard, prêt à s’excuser platement, à se faire rabrouer, comme souvent. Du haut du trente-cinquième étage, lui parvient de l'interphone la magie d’une voix inaccessible. Elle appartient à Gabrielle, c'est ce que dit le nom à côté de la sonnette. Écoutant à peine ses propos taquins, il ne perçoit que sa jeunesse, sa douceur camouflée. Il se prend à rêver, il compose alors un personnage, invente un caractère à l’inconnue… Tout rêveur et ému, le voilà déjà prêt à s’enamourer de cette Gabrielle qu’il n’a jamais vue, ne verra peut-être jamais (?), à imaginer respectueusement sa silhouette… Frêle lueur d’espoir qui vacille dans l’indifférence d’une nuit sans lune… Peut-être cette voix le ramène-t-il sur les chemins oubliés de sa lointaine enfance, lumineuse et pétillante, protégée par les bras d’un père, d’une mère, d’un amour inconditionnel et bienveillant. Tout rayonnait, bruissait alors sous le soleil de l’Algérie, dans une ambiance joviale, où la musique avait une place de choix. Il avait pour tout rêve de conquérir l’espace et d’assister aux concerts réservés aux adultes, qui seuls avaient le droit de se coucher tard…
La seconde histoire, sans parole, impressionnante, est celle d’un membre « fantôme », comme on qualifie cette faculté qu’ont les mutilés de continuer à ressentir des sensations pour une partie de leur corps qu'ils ont perdue. On assiste ici à une surréaliste inversion des rôles : ce n’est plus l’humain qui part en quête du membre qui lui manque, mais une main désespérée qui tente d’échapper à son sort, s’évade d'un laboratoire et part à la recherche de son propriétaire… C’est là que la magie opère, la même que l’on retrouve dans les spectacles de marionnettes, quand l’objet inanimé devient animé, c’est-à-dire porteur d’une âme. Cette main va devenir très rapidement un personnage véritable. Pour elle on va trembler, quand elle se retrouvera aux prises avec des prédateurs plus grands qu’elle, aux prises avec nos pires cauchemars enfantins, la peur du noir, de la solitude, de l’abandon… On suivra sa quête et son périple constamment tenus en haleine, pendus à ses doigts tellement acharnés à lutter. On espérera pour elle, avec elle on sera émus, par la mélancolie de la pluie, la nostalgie de ce qu’elle fut, la douceur d’une menotte de nourrisson à la peau fine… Il y aurait tant à dire encore sur ce J'ai perdu mon corps d’une richesse incroyable, qui donne autant à penser qu’à ressentir. Chacun y trouvera forcément son bonheur…(Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 6 13h40, 18h15, jeudi 7, vendredi 8, samedi 9 13h50, 16h40, 19h15, dimanche 10 13h40, 20h45, lundi 11 13h40, 16h40, 20h, mardi 12 16h20, 21h

 

ADULTS IN THE ROOM

COSTA-GAVRAS - Grèce/France 2019 2h07 VOSTF - avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur, Aurélien Recoing, Valéria Golino...

ADULTS IN THE ROOM« Va où il est impossible d'aller » : la devise de Costa-Gavras (dont il fit le titre de ses mémoires) pourrait être une supplique à son pays natal, la Grèce. Yanis Varoufakis (superbement incarné par Christos Loulis), le héros de l’histoire qui va suivre, aurait également pu la faire sienne. Et c’est ce qui, dans la vie en vrai, au-delà de la nationalité, a sans doute contribué à rassembler les deux hommes : le refus de ployer sous les injonctions des courants hégémonistes. S’il est sans doute inutile de vous présenter le grand cinéaste dont a hérité la France en 1952, c’est quand même une belle occasion de saluer les bienfaits de l’immigration ! Construit à la façon d’un thriller à suspense, son nouveau film nous tient en haleine deux heures durant, sur un sujet qu’on n’aurait jamais soupçonné être si palpitant…
Ce soir-là, tous retiennent leur souffle… Une foule dense, telle qu’on ne les imagine plus en France lors de nos mascarades quinquennales, attend le résultat des élections. C’est que le petit peuple grec est exsangue. Il a beau suer sang et eau, rien ne semble pouvoir étancher la soif vampirique de l'ennemi de tous les petits peuples : « La Finance ». Les prêts consentis au pays, à des conditions assassines, par les leaders européens, ressemblent à ces bougies d’anniversaire, dites « magiques » mais ô combien agaçantes, qui se rallument de plus belle dès qu’on cesse de souffler dessus. Une dette indélébile, auto-alimentée par des taux d’intérêt honteux. La Grèce doit payer le prix de trente années de gestion irresponsable exercée par les gouvernements successifs, plusieurs centaines de milliards de dollars de déficit, qui reposent désormais sur les pauvres épaules des citoyens lambda, qui n’avaient surtout pas demandé tous ces investissements hasardeux.
Malgré le marasme profond qui envahit le pays, une improbable lueur d’espoir s’est levée, portée par Syriza, le parti de la coalition de gauche. Dans la modeste salle de campagne, en ce mois de janvier 2015, tous se tiennent aux aguets… puis… bondissent de joie ! C’est la victoire ! Très vite Yanis Varoufakis, sans jamais avoir adhéré au parti, sera pourtant nommé Ministre de l’Économie du nouveau gouvernement conduit par Alexis Tsipras. Pas de meilleur choix que ce brillant économiste, doué d’un sens de la répartie redoutable, pour renégocier les conditions de la dette qui asphyxie la république hellénique. À compter de cet instant va se jouer un duel passionnant dans les coulisses des instances de l’Europe, entre David/Yanis, qui a la ténacité d’un Sisyphe, et une armée de Goliath surpuissants qui considèrent que « le système de protection social n’est qu’un rêve communiste ». Mais surtout il lui faudra convaincre la « Troïka » (créée en 2010 et constituée de fonctionnaires de la Commission Européenne, de la BCE, du FMI…) de bien vouloir renégocier les conditions de la dette. Persuadé que le bon sens et une juste cause peuvent l’emporter, Varoufakis entame une course de fond à armes inégales, décidé à ne pas céder face à l’Eurogroupe. Après tout, ne représente-t-il pas un peuple qui a « deux millénaires d’expérience en matière de patience, puisqu'inventeur du stoïcisme. » ?

Adults in the room, dense et passionnant, fait référence au livre de Yanis Varoufakis Conversation entre adultes tout aussi bien qu’à une judicieuse question qu’il est légitime de se poser en observant le microcosme de tous ces décisionnaires européens qui ont parfois des comportements dignes de cours de récréation : « Y’a-t-il des adultes dans la pièce ? ». Si le constat global du film est consternant, il est extrêmement jouissif de voir les politicards aux dents longues (dont nos Français) se faire égratigner au passage. Mais on devra malgré tout se plier une fois de plus à l’évidence : tous ces oligarques ont désormais le monopole du cynisme… qui fut lui aussi inventé par les Grecs. Nous ne saurions que conseiller à ces derniers de réclamer des droits d’auteurs à l’Europe : cela ferait plus qu’effacer leur dette, ils deviendraient multimilliardaires ! (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 6 et mardi 12 13h40, 18h25, 21h, jeudi 7, vendredi 8; dimanche 10 13h40, 17h50, 20h30, samedi 9 13h40, 16h15, 21h, lundi 11 17h30, 21h

UN MONDE PLUS GRAND

Fabienne BERTHAUD - France/Belgique 2019 1h40 VOSTF - avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter... Scénario de Fabienne Berthaud et Claire Barré, d'après le livre de Corine Sombrun, Mon initiation chez les chamanes.

UN MONDE PLUS GRAND

Emprunt d'une profonde spiritualité, sans pourtant jamais céder à une vision simpliste ou idéalisée, c'est un film qui se raconte comme un voyage et se vit comme une expérience humaine d'une grande sincérité. Fruit d'un long et minutieux travail de repérages en territoire mongol et d'une étroite collaboration avec Corine Sombrun, l'auteure de Mon initiation chez les chamanes, qui a participé à toute l'écriture du film, Un monde plus grand est, au-delà d'une belle histoire avec sa dose de romanesque et de tension, un très bel hommage à la culture des peuples premiers et en particulier les Tsaatans, bergers nomades vivant aux frontières de la Sibérie. Que l'on soit un cartésien pur jus ou sensible aux mondes et aux forces invisibles, cette histoire touche et interpelle de manière universelle car elle interroge les peurs et les limites auxquelles chacun peut être confronté quand il faut faire face à des événements qui échappent à notre compréhension.
Quand elle a perdu son grand amour, le monde de Corine s'est effondré comme un château de cartes. Toutes les perspectives ont été effacées, comme rayées définitivement de sa géographie intime, celle sur laquelle elle avait pourtant tracé mille et une trajectoires lumineuses et colorées. Son chagrin, sa douleur ont envahi l'espace et chaque geste du quotidien lui demande un effort surhumain. Elle est ingénieure du son, on lui propose un voyage à l'autre bout du monde, en Mongolie, pour recueillir des chants traditionnels et des sons de toutes sortes en vue d'un reportage. Une fuite, peut-être… Un moyen de se retrouver seule avec sa peine, sans doute…

Mais il n'y a pas de hasard. Au cours d'une cérémonie, Corine est plongée dans une expérience de transe qui la propulse dans un monde inconnu, celui des esprits invisibles que seuls les chamanes ont le privilège de pouvoir côtoyer. Oyun, celle de la tribu, lui annonce qu'elle a reçu un don rare et précieux dont elle ne peut se défaire et qu'elle ne peut surtout pas ignorer : elle doit entamer un long processus d'apprentissage et s'initier aux rituels chamaniques afin de le maîtriser et d'en faire bon usage. D'abord totalement réfractaire à cette idée qu'elle juge tout droit sortie de superstitions et de croyances ridicules, Corine va devoir faire face à la réalité, d'autant que son corps tout entier semble avoir trouvé une résonance particulière à certains sons, comme une nouvelle sensibilité qui l'aurait connectée à quelque chose de plus grand qu'elle.
Sur les terres majestueuses des plaines de Mongolie, là où les hommes vivent en harmonie avec la nature et convoquent tout naturellement, et pour chaque geste de leur quotidien, la communauté des esprits, commence alors un autre voyage… Qui peut après tout jurer que les disparus ne peuvent chercher à communiquer avec les vivants ? Qui peut affirmer avec certitude que les rivières, les forêts et les troupeaux ne sont pas habités par une force invisible ? Qui peut prouver que la science a exploré tous les recoins du cerveau humain et qu'il n'existe plus, dans les interstices de son paysage, des terres sauvages et inexplorées ?

Pour la petite histoire scientifique, Corine Sombrun est à l'origine de la création du Trance Science Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans les études neuro-scientifiques de la transe, visant à démontrer qu’elle n’est pas un don réservé aux seuls chamanes, mais bien un potentiel de tout cerveau humain, à la fois instrument d’exploration d’une réalité sous-jacente et outil de développement cognitif. (Utopia)

Vox Fréjus :mercredi 6 16h10, 18h15, jeudi 7 15h40, 18h25, vendredi 8 13h50, 15h40, 21h, samedi 9 13h40, 18h50, dimanche 10 16h15, 18h30, lundi 11 15h25, 18h30, mardi 12, 13h50, 16h, 18h15

 

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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.
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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................
demeurant....................................................................................................................................................................................
adresse mail ..........................................................................................................
désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles
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