Au(x) cinéma(s) du 6 au 13 décembre

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Bonjour à tous !

Cette semaine au CGR, en film ciné-club le film La Danseuse de Stéphanie Di Giusto, un film réussi de main de "maîtresse". CGR propose encore cette semaine en "sortie nationale" le film d'Emmanuelle Bercot La Fille de Brest (et au Vox), sur le sujet du Médiator, un film "bouleversant d'humanité".

Dans les nouveautés de la semaine, on peut voir Baccalauréat de Christian Mungiu, "son film le plus riche, le plus intense, le plus accompli du réalisateur", au Vox, et Louise en Hiver, film d'animation, fait pour les adultes; de Jean François Laguionie, "une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce... un bonheur rare à ne pas laisser passer..." A Lorgues Réparer les Vivants de Katell Quiiévéré, où l'énergie de vie prime au delà de la mort. A Lorgues et Salernes, Carole Matthieu de Louis Julien Petit ou Isabelle Adjani est une passionaria du monde contemporain. A Salernes aussi Léa de Marco Tulio Giordana, chronique attachante d'une combattante ordinaire contre la mafia et au Luc Tour de France de Rachid Djaïdani, un roadmovie tout en simplicité et délicatesse.

Vous pouvez aussi toujours voir au Vox, Mademoiselle et Ma vie de Courgette.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 7 AU 13 DÉCEMBRE

Affiche
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La Danseuse
Réalisé par Stéphanie Di GIUSTO
France 2016 1h48mn
avec Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp...
Scénario de Stéphanie Di Giusto, Sarah Thibau et Thomas Bidegain, d'après le livre de Giovanni Lista
La fascination… C'est le premier mot qui vient en tête quand on pénètre dans cet univers. Stéphanie Di Gisuto, pour son tout premier film, réussit (de main de maîtresse) à faire renaitre l'envoûtement que faisait naître Loïe Fuller lors de ses représentations dans les années 1900. Les critiques de l'époque s'extasiaient à l'unisson : « Du divin qui se matérialise », « C'est une clarté qui marche, qui vit, qui palpite, et la chose véritablement émouvante, c'est que de toutes ces flammes froides […] jaillit entre deux volutes de lumière une tête de femme, au sourire énigmatique… » L'histoire de Loïe, ce n'est pas celle d'une femme à la beauté innée, facile, c'est celle d'une besogneuse qui devra se battre pour exister, faire reconnaître son talent... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 17h50 sauf vendredi 9 à 18h
Affiche
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Baccalauréat
Écrit et réalisé par Cristian MUNGIU
Roumanie 2016 2h08mn VOSTF
avec Adrian Titieni, Maria Dragus, Lia Bugnar, Malina Manovici...
Festival de Cannes 2016 : Prix de la Mise en scène
Plus « classique », plus retenu que 4 mois, 3 semaines, 2 jours ou Au-delà des collines, Baccalauréat est sans doute le plus grand film de Cristian Mungiu, le plus accompli, le plus riche et in fine le plus intense. Il confirme le réalisateur roumain comme un des plus importants du cinéma international actuel… Tout commence devant un immeuble bas sur pattes et grisâtre comme la monotonie d’une vie. Une de ces bâtisse qui se serait dressées à la chaîne partout dans les années 80, que l’on pourrait croire en France si on ne se savait dans une petite ville de Transylvanie. Derrière la fenêtre, une femme affaiblie, la mère, qu’on devine plus qu’on ne la voit, usée avant l’âge… On découvre ensuite son mari, Roméo (interprété par un acteur exceptionnel : Adrian Titieni), un homme mûr, empâté, qui résiste avec peine au poids des années. Si le bonhomme a le tour de taille d’un notable, on peine à croire qu’il en ait le niveau de vie. Rien dans l’appartement modeste aux tons pastels ne laisse présager que Roméo Aldea est médecin... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et samedi 10 à 14h, 18h10 et 20h45, jeudi 8 et lundi 12 à 14h, 17h30 et 20h, vendredi 9 et mardi 13 à 15h40, 18h55 et 20h45, dimanche 11 à 15h35, 18h et 20h30
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La Fille de Brest
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2016 2h08mn
avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Gustave Kervern, Isabelle De Hertogh, Lara Neumann, Philippe Uchan, Patrick Ligardes...
Scénario de Séverine Bosschem et Emmanuelle Bercot d'après le livre d’Irène Frachon
Ce film captivant et exaltant est le récit d'un combat exaltant et captivant. Et pourtant, sur le papier, c'était perdu d’avance. Une lutte à armes absolument inégales entre un petit médecin d'une petite équipe d'un petit hôpital de province et une armée d’experts en tout genre, de scientifiques dorés sur tranche au service d'un géant français de l’industrie pharmaceutique. Le Docteur Irène Frachon, pneumologue, contre l'omnipotent laboratoire Servier ; l'enjeu : un médicament qui est en fait un poison mortel, le Médiator 150 g... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 7, jeudi 8, vendredi 9, samedi 10 et mardi 13 à 11h
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et jeudi 8 à 17h30, vendredi 9 à 15h45, dimanche 11 à 18h, lundi 12 à 20h15 et mardi 13 à 15h50
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Carole Matthieu
Réalisé par Louis-Julien Petit
France 2016 1h25mn
avec Isabelle Adjani, Corinne Masiero, Lyes Salem...
Isabelle Adjani retrouve un rôle à sa mesure : une femme écartelée par les souffrances (des autres et les siennes), qui transpose la figure de la sainte dans le monde contemporain. En l’occurrence, un médecin du travail qui se donne corps et âme pour les employés surexploités de son entreprise, qu’elle ne parvient pas toujours à extirper de leur enfer. Ce n’est pas la première fois qu’Isabelle Adjani incarne une femme “dans un état proche de l’Ohio”, pour reprendre les célèbres paroles de la chanson que Gainsbourg avait jadis écrite pour elle. Dans Carole Matthieu, c’est un peu le même principe : elle tient le rôle d’une médecin du travail désespérée, dans une entreprise de télémarketing aux locaux futuristes aussi impressionnants que ses techniques de “hard management” sont inhumaines.On ne peut pas dire que la comédienne soit délirante ni sidérante dans le rôle, qu’elle assume avec tout son savoir-faire coutumier, sans jamais en rajouter – elle est la seule interface humaine entre ce monde cruel et les employés, chair à canon d’un nouveau secteur tertiaire sans foi ni loi... lire la suite
Lorgues : mercredi 7 à 19h et samedi 10 à 20h
Salernes : mardi 13 à 21h
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Louise en Hiver
Écrit et réalisé par Jean-François LAGUIONIE
Film d'animation France 2016 1h15mn
avec les voix de Dominique Frot, Diane Dassigny, Anthony Hickling, J.F. Laguionie...
Pour les enfants à partir de 12 ans. MAGNIFIQUE DESSIN ANIMÉ EN 2D destiné avant tout aux adultes, visible par les enfants mais pas avant 12/13 ans
Le nouveau film de Jean-François Laguionie, un des très grands noms de l'animation française (on ne citera que son dernier film en date, le très beau Le Tableau) est une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce, tant dans son écriture que dans son dessin. Un bonheur rare, à ne pas laisser passer ! C'est le dernier jour de l'été et Louise s'aperçoit que le dernier train est parti sans elle : elle se retrouve donc seule, abandonnée de tous, dans cette petite station balnéaire, sans doute bretonne, aux rues désertes. Que s'est-il donc passé ?
Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées surviennent. C'est la tempête et les premières nuits sont difficiles. Mais bientôt le beau temps pour offrir à la vieille dame un automne exceptionnel...
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Le Vox (Fréjus) :mercredi 7 et samedi 10 à 16h30, vendredi 9 et dimanche 11 à 14h, mardi 13 à 16h25
Affiche
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La Mort de Louis XIV
Réalisé par Albert SERRA
France 2015 1h56mn
avec Jean-Pierre Léaud, Patrick D'Assumçao, Marc Susini, Irène Salvagni, Bernard Belin, Jacques Henric...
Scénario d'Albert Serra et Thierry Lounas
La Mort de Louis XIV est d'une beauté sidérante, tant par sa mise en scène, digne des compositions et de la lumière d'un Rembrandt, d'un Caravage, d'un de la Tour, que par l'émotion que procure la présence si particulière dans ce rôle de Jean-Pierre Léaud, acteur à nul autre pareil. Comme l'indique sans équivoque son titre, le film nous donne à voir les derniers jours de ce Roi que l'on appela Soleil et que l'on va pourtant découvrir s'enfoncer dans la nuit, au sens figuré de son agonie et au sens propre également, tout le récit se déroulant dans la pénombre de la chambre royale à peine éclairée par quelques chandelles... lire la suite
Cotignac : jeudi 8 à 20h30
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Léa
Réalisé par Marco Tullio GIORDANA
Italie 2015 1h36mn VOSTF
avec Vanessa Scalera, Linda Caridi, Alessio Pratico, Mauro Conte, Matilde Piana...
Scénario de Monica Zapelli et Marco Tullio Giordana
Pour ceux qui ont suffisamment de bouteille pour s’en souvenir, Marco Tullio Giordana a réalisé au moins deux films formidables : la grande fresque Nos meilleures années en 2003, et avant cela, en 2000, le superbe Les Cent pas (I Cento passi), qui abordait déjà la résistance contre la Mafia, à travers le personnage d’un homme remarquable. Giordana revient aujourd’hui avec un nouveau film très fort, qui attaque de nouveau frontalement la mafia (calabraise cette fois, la ‘Ndrangheta), mais à travers une magnifique figure féminine, la Lea du titre. Vivant depuis toujours dans un village calabrais gangréné par la mafia, Lea se laisse séduire – en partie parce qu’elle croit voir là un moyen d’échapper à l’emprise de sa famille – par l’une des petites frappes de l’organisation, avec qui elle a une fille. Obéissant d’abord, parce qu’elle n’a pas vraiment le choix, aux règles du clan, Lea va progressivement essayer de s’y soustraire, soucieuse qu’elle est d’offrir à sa fille une vie différente, sans violence, sans peur, sans mensonge... lire la suite
Salernes : vendredi 11 18h30
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Tour De France
Écrit et réalisé par Rachid DJAÏDANI
France 2016 1h33mn
avec Gérard Depardieu, Sadek, Louise Grinberg, Nicolas Marétheux, Mabo Kouyaté...
C'est un gamin qui se donne des airs de dur à cuire, un petit poète du bitume parisien qui joue un peu les stars, un peu les caïds. Il a un beau brin de plume, un doux visage et un regard de faux méchant qu'il cache précautionneusement sous la visière de sa casquette ou derrière un casque de moto. Comme dirait l'autre « il aimerait bien avoir l'air » mais il déborde clairement de sa panoplie de rappeur de base. Far'Hook, donc, à la scène, vingt ans, bourré de talent et un petit nom qui commence à se faire connaître même s'il peine à vraiment percer, vu que dans le rap comme ailleurs, pour les aspirants, la loi de la jungle est sans pitié. Et puis, en un rien de temps, pour une brusque embrouille, un clash imbécile avec un autre rappeur du genre plutôt sanguin, notre Far'Hook se voit instantanément et pour une durée indéterminée tricard des rues de Paris. Sous peine, quand même, de se prendre une balle, perspective qui le convainc rapidement de se mettre au vert quelques temps... lire la suite
Le Luc : mercredi 7  18h30, samedi 10  20h30, dimanche 11 16h
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Mademoiselle
Réalisé par PARK Chan-wook
Corée du Sud 2016 2h25mn VOSTF
avec Kim Minh-hee, Kim Tae-ri, Ha Jung-woo, Cho Jin-woong, Kim Hae-sook, Sori Moon...
Scénario de Park Chan-wook et Chung Seo-kyung, d'après le roman de Sarah Waters, Du bout des doigts
Voilà un thriller érotique et historique subliment beau, divinement intelligent, délicieusement alambiqué, un véritable joyau comme on en voit rarement. Au départ il y a l’œuvre de la romancière britannique Sarah Waters, Du bout des doigts, qui situait son action dans le Londres victorien des années 1860. L'histoire d'une jeune orpheline des classes miséreuses qui croyait voir son avenir assuré grâce à une machination par laquelle elle devait convaincre une jeune héritière d'épouser un beau garçon a priori bien sous tout rapport, en fait un escroc déguisé en aristocrate, bien décidé à dépouiller la donzelle une fois marié. Le réalisateur coréen Park Chan-wook a adoré le roman et a décidé de le transposer dans la Corée des années 1930, alors sous occupation japonaise... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mardi 13 à 18h
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Ma vie de Courgette
Réalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
avec Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin...
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette. Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy. Pour les enfants à partir de 7 ans
Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 à 14h et samedi 10 à 15h45
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Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal
Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner... lire la suite
Lorgues : jeudi 8  20h15 et lundi 12  19h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

La Danseuse
Réalisé par Stéphanie Di GIUSTO
France 2016 1h48mn
avec Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp...
Scénario de Stéphanie Di Giusto, Sarah Thibau et Thomas Bidegain, d'après le livre de Giovanni Lista

La fascination… C'est le premier mot qui vient en tête quand on pénètre dans cet univers. Stéphanie Di Gisuto, pour son tout premier film, réussit (de main de maîtresse) à faire renaitre l'envoûtement que faisait naître Loïe Fuller lors de ses représentations dans les années 1900. Les critiques de l'époque s'extasiaient à l'unisson : « Du divin qui se matérialise », « C'est une clarté qui marche, qui vit, qui palpite, et la chose véritablement émouvante, c'est que de toutes ces flammes froides […] jaillit entre deux volutes de lumière une tête de femme, au sourire énigmatique… » L'histoire de Loïe, ce n'est pas celle d'une femme à la beauté innée, facile, c'est celle d'une besogneuse qui devra se battre pour exister, faire reconnaître son talent.

Ça démarre dans l'Illinois, USA. Loïe, jeunette, ressemble plus à une espèce de Calamity Jane qu'à une ballerine, plus habituée à manier un fusil qu'à faire des pointes (d'ailleurs elle n'en fera jamais). Passant ses premières années entourée de péquenauds à grande gueule, on se demandera longtemps comment il est possible qu'elle soit tombée amoureuse des arts au point de vouloir dépasser sa timidité pour monter sur scène. Alors qu'elle y joue le rôle d'une femme sous hypnose, vêtue d'une longue chemise blanche, elle se met à improviser de grands mouvements. Le public s'écrie : « Un papillon ! Une orchidée ! » Cela devient une joyeuse pagaille, sans doute au grand dam du metteur en scène. À compter de ce jour-là, Loïe, obsessionnelle, consacrera sa vie à enrichir son idée de chorégraphie.
D'instinct elle s'invente un geste et va traverser le monde grâce à lui. D'abord en sculptant son corps inlassablement, en lui imposant des exercices répétitifs, excessifs. Ensuite en améliorant toujours ses accessoires, ses artifices. Le fruit de son succès, elle le réinvestit sans compter dans l'amélioration de ses spectacles. Elle redessine constamment son costume, le rendant plus complexe et vaporeux. Confectionné d'abord dans quelques mètres de simple coton il est fabriqué par la suite dans 350 mètres de soie la plus fine. Un véritable exploit pour lequel Loïe se lance dans de complexes formules mathématiques. Elle s'entoure des meilleurs techniciens de l'époque, invente une nouvelle manière d'éclairer la scène. Elle devient plus qu'une chorégraphe, une experte dans tous les domaines qu'elle aborde : physique, chimie… devenant même copine avec Thomas Edison et d'autres inventeurs de l'époque, allant jusqu'à faire breveter ses idées. Elle bouscule tous les préconçus, les habitudes. Sous ses doigts, dans son cerveau naissent, sans qu'elle le sache, les prémices de la danse contemporaine, on aurait même envie de dire du spectacle multimédia.
C'est un vrai tourbillon précurseur qui ne se contente pas de ses acquis et remet perpétuellement tout en question. D'abord seule en scène, elle sélectionne une troupe. C'est ainsi qu'elle auditionne une jeune danseuse presque inconnue nommée Isadora Duncan et qu'elle tombe sous le charme de cette antithèse d'elle-même. Pour Isidora tout est naturellement simple. Elle a la beauté bienheureuse, la désinvolture, les facilités de celles qui n'ont pas besoin d'un costume ni de lumières pour être remarquées, admirées, désirées… Une vraie révélation d'une fulgurance dévastatrice, sulfureuse, qui précipitera la chute de Loïe Fuller…

Quelle destinée à peine croyable que celle qui conduisit cette fille de ferme du Midwest à New-York puis à Paris ! Mais malgré les acclamations, Loïe resta toujours dans sa tête cette bouseuse terne en mal de reconnaissance, obligée de se cacher sous des mètres de soie luminescente pour avoir l'illusion de briller. Désormais Isadora et Loïe reposent en paix à quelques mètres l'une de l'autre, dans le cimetière du Père Lachaise. La tombe de l'une recouverte de fleurs, celle de l'autre tombée dans l'oubli... (Utopia)


CGR (Draguignan) : tous les jours à 17h50 sauf vendredi 9 à 18h

Baccalauréat
Écrit et réalisé par Cristian MUNGIU
Roumanie 2016 2h08mn VOSTF
avec Adrian Titieni, Maria Dragus, Lia Bugnar, Malina Manovici...
Festival de Cannes 2016 : Prix de la Mise en scène

Après 4 mois, 3 semaines, 2 jours et Au-delà des collines, voici le nouveau et magnifique film de Christian Mungiu, cinéaste phare de cette vague roumaine de plus en plus passionnante…
Tout commence devant un immeuble bas sur pattes et grisâtre comme la monotonie d’une vie. Une de ces bâtisse qui se serait dressées à la chaîne partout dans les années 80, que l’on pourrait croire en France si on ne se savait dans une petite ville de Transylvanie. Derrière la fenêtre, une femme affaiblie, la mère, qu’on devine plus qu’on ne la voit, usée avant l’âge… On découvre ensuite son mari, Roméo (interprété par un acteur exceptionnel : Adrian Titieni), un homme mûr, empâté, qui résiste avec peine au poids des années. La charpente lourde d’avoir trop ou mal mangé et bu, un sourire las qui ne parvient pas à égayer un regard qui sans doute en a trop vu. Si le bonhomme a le tour de taille d’un notable, on peine à croire qu’il en ait le niveau de vie. Rien dans l’appartement modeste aux tons pastels, comme délavés par l’usure des habitudes, ne laisse présager que Roméo Aldea est médecin. On le comprendra plus tard, quand il arrivera à l’hôpital dans lequel il travaille, après une brève escapade dans les bras d’une amante peu enthousiaste, vivant dans un autre immeuble gris et court sur pattes. Murs et hommes sont comme uniformisés dans cette société post Ceausescu.

Un seul être, pourtant, redonne un brin d’espoir à Roméo. C’est Eliza, sa fille unique, fleur inattendue poussée sur l’asphalte de la routine, brise de fraîcheur qui vient apporter un peu d’air au marcheur exténué. Cette nymphette à la longue chevelure blonde et sage, il la protège, l’éduque, la prépare à affronter le monde. Exigeant qu’elle soit irréprochable, à l’image de ce que devrait être la société, à l’image de ce qu’il dit être lui-même. D’une voix patiente, retenue, susurrée… Construisant autour d’elle une ambiance feutrée, un écrin de tendresse pour protéger ce trésor. Retenant ses mots, ses humeurs, son souffle, il lui martèle doucement de beaux principes : l’honnêteté, la droiture, l’excellence. Il essaie de l’arrimer à une destinée prometteuse, plus prometteuse en tout cas qu’un avenir en Roumanie. Et il pense être au bout de ses peines lorsqu’arrive enfin la réponse favorable d’une prestigieuse université anglaise. Il voit déjà Eliza en route vers un pays plus libre, moins corrompu, où l’avenir n’est pas encore fermé à double tour. Il ne reste plus qu’une étape à franchir, presque une formalité pour cette brillante élève : réussir son baccalauréat avec une moyenne de 18 sur 20.
Ce matin-là, Eliza est prête à partir au lycée… Tout est normal, sa mère qui peine à émerger, son père dans son rôle de mâle raisonnable (même s’il a dormi sur le canapé…). Puis il y a cette pierre qui fracasse la vitre du salon, dont on peut se dire qu’elle est l’annonciatrice d’une vie brisée. Menace sous-jacente qu’on a du mal à interpréter, d’autant qu’on ne verra jamais la main coupable, pas plus qu’on ne comprendra ses motifs. Le ton est donné : inquiétant et grave. Ce n’est que le début d’une chute inexorable où tout peut et va se déglinguer, éloignant chacun de la voie qu’il pensait s’être tracée. Les apparences commencent à se lézarder et d’autres vérités pas toujours bonnes à entendre commencent à pointer leur nez.
L’écriture de Christian Mungiu nous tient par les tripes, nous dérange. Il ne nous laisse pas plus le choix qu’à ses protagonistes, il nous happe et nous entraîne dans un tourbillon intense dont on se demande sans cesse s’il va nous relâcher. Il procède à l’analyse fine d’une relation éducative tout en disséquant, sans la moindre concession, une société roumaine distordue par les trafics d’influence, les compromissions, où tout chez l’humain, de l’âme à la chair, se négocie dans la plus totale amoralité.
Plus « classique », plus retenu que 4 mois, 3 semaines, 2 jours ou Au-delà des collines, Baccalauréat est sans doute le plus grand film de Cristian Mungiu, le plus accompli, le plus riche et in fine le plus intense. Il confirme le réalisateur roumain comme un des plus importants du cinéma international actuel.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et samedi 10 à 14h, 18h10 et 20h45, jeudi 8 et lundi 12 à 14h, 17h30 et 20h, vendredi 9 et mardi 13 à 15h40, 18h55 et 20h45, dimanche 11 à 15h35, 18h et 20h30

La Fille de Brest
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2016 2h08mn
avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Gustave Kervern, Isabelle De Hertogh, Lara Neumann, Philippe Uchan, Patrick Ligardes...
Scénario de Séverine Bosschem et Emmanuelle Bercot d'après le livre d’Irène Frachon « Mediator 150 MG »

Ce film captivant et exaltant est le récit d'un combat exaltant et captivant. Et pourtant, sur le papier, c'était perdu d’avance. Une lutte à armes absolument inégales entre un petit médecin d'une petite équipe d'un petit hôpital de province et une armée d’experts en tout genre, de scientifiques dorés sur tranche au service d'un géant français de l’industrie pharmaceutique. Le Docteur Irène Frachon, pneumologue, contre l'omnipotent laboratoire Servier ; l'enjeu : un médicament qui est en fait un poison mortel, le Médiator 150 g.

Passionnant par son sujet, édifiant par ce qu’il dénonce, bouleversant d'humanité, La Fille de Brest avance au rythme haletant d'un film à suspense, dégageant une formidable force de conviction et d'émotion. Emmanuelle Bercot place les êtres au cœur de la terrible machine à broyer de l'humain qu'elle dépeint, une machine de guerre qui avance tête baissée avec pour seul ligne de mire le profit, et tant pis pour les dommages collatéraux. Point de départ du film, le livre d'Irène Frachon, Médiator 150 g, paru en 2010 et dont le sous-titre, rapidement censuré au moment de sa première édition, n'y allait pas par quatre chemin : « combien de morts ? ». Le récit du film s'achève là où la vie du bouquin commence…

2007. Pneumologue au CHU de Brest, le docteur Irène Frachon relève au cours de ses consultations un nombre préoccupant de pathologies cardiaques (valvulopathies) non expliquées. Sans être une chercheuse, ni à la pointe de la cardiologie qui n’est pas sa spécialité, Irène est un excellent médecin et un excellent médecin veut comprendre, autant par conscience professionnelle que par curiosité intellectuelle. Irène est de surcroit une sorte de force de la nature, tendance pitbull joyeux, et lorsque commence à se faire jour le lien entre les accidents cardiaques et la prescription du Médiator, elle n’est pas du genre à lâcher l’affaire, d’autant qu’elle lui rappelle furieusement le cas d’un autre médicament : l'Isoméride, commercialisé par le même laboratoire Servier et retiré du marché en 1997 pour ses effets secondaires dévastateurs.
La suite, on la connaît mais après tout peut-être pas si bien que ça : le scandale révélé d'un médicament prescrit depuis 1976 malgré sa dangerosité déjà repérée, les morts advenues ou à venir, l’affrontement inégal entre une poignée de médecins intègres et une armada d’individus sans foi ni loi (praticiens, scientifiques, avocats et autres membres de divers comités à l’éthique douteuse) prêts à tous les cynismes pour préserver les intérêts de la main qui les nourrit.

Le Docteur Irène Frachon, c’est Sidse Babett Knudsen, révélée à la télévision par la formidable série Borgen, puis second rôle au cinéma l’année dernière avec L’Hermine. Elle est de tous les plans, irradiant une énergie communicative, un sourire à faire fondre ce qui reste de la calotte glacière, à la fois intègre et empathique, obstinée et combative, mordante, percutante et souvent très drôle, même dans ses grands moments de doute. Un médecin ordinaire, peu au fait des enjeux de pouvoir et du machiavélisme des laboratoires pharmaceutiques, qui va se retrouver au cœur de l’arène médiatique. Politique, le film l’est sans aucun doute, en ce qu’il dénonce avec force les liens incestueux entre les agences sanitaires nationales et les gros labos… et la liaison se décline à l’infini dans bien d’autres domaines, industrie agro-alimentaire, industrie-pétrolière… Irène Frachon est le visage de la résistance autant que la voix des victimes. Ce film rend hommage à l'indispensable lanceuse d'alerte en même qu'à tous ceux qui se sont battus avec elle (ses collègues du CHU, la scientifique qui l'a soutenue à Paris, le député qui s'est mouillé à Toulouse, le modeste éditeur breton…) et qu'à ceux pour qui ils se sont battus, vivants ou morts. (Utopia)

CGR (Draguignan) : mercredi 7, jeudi 8, vendredi 9, samedi 10 et mardi 13 à 11h
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et jeudi 8 à 17h30, vendredi 9 à 15h45, dimanche 11 à 18h, lundi 12 à 20h15 et mardi 13 à 15h50


Carole Matthieu

 

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France 2016 1h25mn
avec Isabelle Adjani, Corinne Masiero, Lyes Salem...

Isabelle Adjani retrouve un rôle à sa mesure : une femme écartelée par les souffrances (des autres et les siennes), qui transpose la figure de la sainte dans le monde contemporain. En l’occurrence, un médecin du travail qui se donne corps et âme pour les employés surexploités de son entreprise, qu’elle ne parvient pas toujours à extirper de leur enfer.

Ce n’est pas la première fois qu’Isabelle Adjani incarne une femme “dans un état proche de l’Ohio”, pour reprendre les célèbres paroles de la chanson que Gainsbourg avait jadis écrite pour elle. Et ce n’est pas dû à un virage autodestructeur dans sa carrière et dans ses rôles. En fait, dès sa jeunesse, Isabelle a toujours joué des personnages extrêmes, à bout, disjonctés, dès L’Histoire d’Adèle H de Truffaut en 1975. On peut encore citer dans le même esprit Possession d’Andrzej Zulawski, L’Eté meurtrier de Jean Becker, Camille Claudel de Bruno Nuytten ou La Reine Margot de Patrice Chéreau. Autant de rôles pleins de sang et de fureur qui ont fondé le style de jeu tout en tension de cette grande actrice. Plus récemment, il y a eu La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld, où elle était une prof en burn-out prenant en otage ses élèves sous la menace d’une arme. Dans Carole Matthieu, c’est un peu le même principe : elle tient le rôle d’une médecin du travail désespérée, dans une entreprise de télémarketing aux locaux futuristes aussi impressionnants que ses techniques de “hard management” sont inhumaines.On ne peut pas dire que la comédienne soit délirante ni sidérante dans le rôle, qu’elle assume avec tout son savoir-faire coutumier, sans jamais en rajouter – elle est la seule interface humaine entre ce monde cruel et les employés, chair à canon d’un nouveau secteur tertiaire sans foi ni loi. En fait, c’est surtout son personnage qui paraît sidéré ou hébété. On est de plus en plus frappé par le masque presque immuable de l’actrice (botox ?), sous lequel bouillonnent les tourments de son personnage. Elle en est d’autant plus forte et bouleversante. Si c’est bien un film social, qui comme d’autres creuse et illustre les dérives oppressantes et violentes du monde du travail (cf. la vague de suicides chez Orange, autre entreprise de télécommunications), illustrée récemment sur un mode light dans le récent Maman à tort, c’est avant tout un film de personnage. La faiblesse et la fragilité de Carole Matthieu, à l’instar de celle des employés dont elle est la confidente, font la singularité de ce téléfilm cousu-main, qui sortira parallèlement au cinéma le 7 décembre prochain. Ce n’est évidemment pas par hasard qu’Adjani a choisi d’être Carole Matthieu. Elle l’a fait pour l’incandescence de cette passionaria du monde contemporain, version laïque de la figure de la sainte et de la martyre. (Inrocks)

 

Lorgues : mercredi 7 à 19h et samedi 10 à 20h
Salernes : mardi 13 à 21h


Louise en Hiver

 

Écrit et réalisé par Jean-François LAGUIONIE
Film d'animation France 2016 1h15mn
avec les voix de Dominique Frot, Diane Dassigny, Anthony Hickling, J.F. Laguionie...
Pour les enfants à partir de 12 ans. MAGNIFIQUE DESSIN ANIMÉ EN 2D destiné avant tout aux adultes, visible par les enfants mais pas avant 12/13 ans

Le nouveau film de Jean-François Laguionie, un des très grands noms de l'animation française (on ne citera que son dernier film en date, le très beau Le Tableau) est une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce, tant dans son écriture que dans son dessin. Un bonheur rare, à ne pas laisser passer !

C'est le dernier jour de l'été et Louise s'aperçoit que le dernier train est parti sans elle : elle se retrouve donc seule, abandonnée de tous, dans cette petite station balnéaire, sans doute bretonne, aux rues désertes. Que s'est-il donc passé ?
Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées surviennent. C'est la tempête et les premières nuits sont difficiles. Mais bientôt le beau temps pour offrir à la vieille dame un automne exceptionnel… Louise commence alors à considérer son abandon comme une sorte de pari. Elle va se construire une cabane sur le rivage, découvrir à 75 ans ce qu'est la vie d'un Robinson, et s'apercevoir qu'elle est plus résistante et débrouillarde qu'elle le pensait. Un vieux chien, Pépère, vient partager ses repas et ses parties de pêche. Un vrai compagnon de fortune…

Et peu à peu reviennent des images de son passé : Louise à 8 ans, confiée à sa grand-mère ; Louise à 18 ans, avec ses deux amoureux et les petits drames de l'adolescence… C'est Dominique Frot qui donne sa voix à Louise. Elle n'est pas pour rien dans l'empathie que l'on ressent pour cette vieille dame inoubliable. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) :mercredi 7 et samedi 10 à 16h30, vendredi 9 et dimanche 11 à 14h, mardi 13 à 16h25

La Mort de Louis XIV
Réalisé par Albert SERRA
France 2015 1h56mn
avec Jean-Pierre Léaud, Patrick D'Assumçao, Marc Susini, Irène Salvagni, Bernard Belin, Jacques Henric...
Scénario d'Albert Serra et Thierry Lounas

La Mort de Louis XIV est d'une beauté sidérante, tant par sa mise en scène, digne des compositions et de la lumière d'un Rembrandt, d'un Caravage, d'un de la Tour, que par l'émotion que procure la présence si particulière dans ce rôle de Jean-Pierre Léaud, acteur à nul autre pareil. Comme l'indique sans équivoque son titre, le film nous donne à voir les derniers jours de ce Roi que l'on appela Soleil et que l'on va pourtant découvrir s'enfoncer dans la nuit, au sens figuré de son agonie et au sens propre également, tout le récit se déroulant dans la pénombre de la chambre royale à peine éclairée par quelques chandelles.

Nous sommes au mois d'août 1715, le roi a 75 ans (âge tout à fait vénérable pour l'époque, et que peu d'hommes atteignent), il règne depuis 54 ans. En cette fin d'été, l'absolu souverain est frappé d'une douleur violente à la jambe. Les médecins qui se pressent en permanence autour de lui croient d'abord à une simple sciatique mais quand la jambe commence à noircir, tout le monde comprend que l'affaire est beaucoup plus sérieuse, et qu'il convient d'amputer pour éviter une issue fatale. Mais à cette amputation le roi dit non. L'agonie durera près de deux semaines, une durée qu'Albert Serra semble raccourcir. Mais à ce détail près, le cinéaste a respecté assez scrupuleusement le récit de cet épisode tel que l'a retranscrit Saint Simon.
On va voir défiler dans cette chambre bientôt funèbre tout ce que la cour compte de courtisans, de courtisanes (Louis XIV on le sait collectionna les maîtresses), de conseillers, de médecins pour le moins charlatanesques… tous empressés de recueillir les dernières consignes ou faveurs du roi. Albert Serra dresse ainsi un portrait lucidement cruel de la vanité du pouvoir, bien dérisoire face à la mort qui s'avance. Car celle ci commence à enlever tout pouvoir et toute prestance au monarque. Alors qu'il est encore en capacité de parler au début du film, peu à peu il n'est qu'un corps souffrant, suant, moisissant, qui peine à ingérer sans vomir quelque nourriture. Quelques moments de grâce – avec ses chiens ou lors des derniers conseils donnés à son si cher arrière petit-fils, le dauphin et futur Louis XV, alors âgé de cinq ans – permettent au spectateur de respirer, ainsi que quelques perspectives que laisse entrevoir la fenêtre sur les jardins de Versailles. La caméra peint magnifiquement ces scènes, jouant à la perfection de la lumière sur le visage blême des courtisans ou sur celui du roi souffrant.

Quant à Jean-Pierre Léaud, il est grandiose, apportant à son rôle tout le poids et toute la résonance de ses 60 ans de carrière aussi flamboyante que cahotique. « Albert Serra offre un magnifique cadeau à Jean-Pierre Léaud… En le consacrant monarque absolu du cinéma français, il offre à son mythe un écrin beau comme un Rembrandt, que l'Histoire semblait attendre sans oser le demander. »


Cotignac : jeudi 8 à 20h30


Léa

Réalisé par Marco Tullio GIORDANA
Italie 2015 1h36mn VOSTF
avec Vanessa Scalera, Linda Caridi, Alessio Pratico, Mauro Conte, Matilde Piana...
Scénario de Monica Zapelli et Marco Tullio Giordana

Pour ceux qui ont suffisamment de bouteille pour s’en souvenir, Marco Tullio Giordana a réalisé au moins deux films formidables : la grande fresque Nos meilleures années en 2003, et avant cela, en 2000, le superbe Les Cent pas (I Cento passi), qui abordait déjà la résistance contre la Mafia, à travers le personnage d’un homme remarquable. Giordana revient aujourd’hui avec un nouveau film très fort, qui attaque de nouveau frontalement la mafia (calabraise cette fois, la ‘Ndrangheta), mais à travers une magnifique figure féminine, la Lea du titre.

Vivant depuis toujours dans un village calabrais gangréné par la mafia, Lea se laisse séduire – en partie parce qu’elle croit voir là un moyen d’échapper à l’emprise de sa famille – par l’une des petites frappes de l’organisation, avec qui elle a une fille. Obéissant d’abord, parce qu’elle n’a pas vraiment le choix, aux règles du clan, Lea va progressivement essayer de s’y soustraire, soucieuse qu’elle est d’offrir à sa fille une vie différente, sans violence, sans peur, sans mensonge...
Mais on n’échappe pas comme cela à la pieuvre... Pour gagner son indépendance, pour fuir les mâchoires du piège qui l’enserre, elle n’a d’autre choix que de coopérer avec la justice, de donner des informations sur ses proches, tous impliqués, et de bénéficier en échange du régime de protection des témoins. Quelle est la véritable efficacité de cette protection ? Combien de temps va-t-elle durer ?
Inspiré de la véritable histoire de Lea Garofalo, qui en 2009 a fortement marqué l’opinion publique italienne (autant pour l’horreur des événements que pour le courage des deux femmes impliquées), le film est à la fois un tableau hyper réaliste de l’Italie du Sud sous l’emprise de la mafia et la chronique très attachante du parcours d’une combattante ordinaire, bien décidée à conquérir sa liberté et celle de sa fille, en toute connaissance de cause, en mesurant parfaitement les dangers multiples qui la menacent.
Aucun glamour ici, les mafieux de Lea portent plus volontiers des bleus de travail que des costumes trois pièces, et utilisent comme couverture à leurs sinistres activités un modeste garage ou la location d’un immeuble misérable à Milan plutôt qu’un grand casino tape-à-l’œil. Mais s’ils sont « normaux » en surface, ils n’en sont pas moins impitoyables. Obéissant au code immuable de la vendetta, les criminels mettent au-dessus de toute loi la suprématie de la famille en tant que clan. Léa, elle, refuse que sa fille grandisse dans ce milieu anxiogène, et sa seule obsession sera de la protéger. Ce sont bien deux visions de la loyauté familiale qui s’opposent dans le film de Marco Tullio Giordana. L’attitude de Lea est inadmissible pour sa famille : dans ce milieu, la femme appartient au patron du clan. C’est elle qui élève les enfants et transmet les « valeurs » sur lesquelles repose la mentalité mafieuse. Quand les femmes se soumettent à ce rôle, la société mafieuse est à l’abri. Mais quand une femme commence à réfléchir à l’avenir de ses enfants, qu’elle refuse qu’ils deviennent des petits soldats, ou qu’elle essaie de s’émanciper, la pérennité du système est remise en cause. Cela se vérifie particulièrement pour la ‘Ndrangheta, qui a gardé la famille comme noyau : les affiliés ne sont pas des associés, mais des frères, fils, cousins, neveux. S’il faut faire des alliances et des fusions, cela se passe à travers des mariages. C’est pour cela qu’elle reste une des organisations criminelles les plus impénétrables.

À partir d’un scénario particulièrement précis, Marco Tullio Giordana décrit sans temps mort l’évolution sur trois décennies d’une femme hors-norme, de la passivité obligée à la prise de conscience, de la tentative de fuite aux carences de l’État italien.


Salernes : vendredi 11 18h30

Tour De France
Écrit et réalisé par Rachid DJAÏDANI
France 2016 1h33mn
avec Gérard Depardieu, Sadek, Louise Grinberg, Nicolas Marétheux, Mabo Kouyaté...

C'est un gamin qui se donne des airs de dur à cuire, un petit poète du bitume parisien qui joue un peu les stars, un peu les caïds. Il a un beau brin de plume, un doux visage et un regard de faux méchant qu'il cache précautionneusement sous la visière de sa casquette ou derrière un casque de moto. Comme dirait l'autre « il aimerait bien avoir l'air » mais il déborde clairement de sa panoplie de rappeur de base. Far'Hook, donc, à la scène, vingt ans, bourré de talent et un petit nom qui commence à se faire connaître même s'il peine à vraiment percer, vu que dans le rap comme ailleurs, pour les aspirants, la loi de la jungle est sans pitié. Et puis, en un rien de temps, pour une brusque embrouille, un clash imbécile avec un autre rappeur du genre plutôt sanguin, notre Far'Hook se voit instantanément et pour une durée indéterminée tricard des rues de Paris. Sous peine, quand même, de se prendre une balle, perspective qui le convainc rapidement de se mettre au vert quelques temps. Bilal, son « manager », plutôt roi de la débrouille, qui ne s'est pas toujours appelé Bilal, le charge de convoyer Serge, son paternel, qui doit rallier Liévin à Marseille.
Le gamin rimailleur des villes, se trouve confronté à un archétype du vieux grincheux des champs, lourd, râleur, haineux. Un veuf de cent et quelques kilos qui en veut à la terre entière d'avoir perdu sa femme après que son fils l'a quitté, un teigneux bouffi qui sent bien que tout se fissure, tout se délite autour de lui. Sa cité ouvrière du Nord qui n'en finit pas de tomber en ruines, sa vie d'artisan du bâtiment à la retraite qui s'étiole et se renferme au même rythme, comme a peu à peu disparu une certaine idée de la société, de son pays, la France, blanche, catholique, fière, industrieuse, qui n'est plus qu'une curiosité folklorique, un rêve perdu… La faute à l'autre, l'immigré, le musulman, l'Arabe, aux jeunes à casquette, aux dealers, aux gamins désœuvrés du voisinage dont le ballon de foot tape trop fort et trop souvent contre son mur.

Pas besoin de faire un dessin : de la confrontation improbable de ces contraires, de la cohabitation forcée du vieux « souchien » atrabilaire et du jeune beur frondeur qui incarne pêle-mêle toutes les causes de ses malheurs, va infailliblement naître une vraie, une belle rencontre. L'un comme l'autre, bardés de certitudes, se trouvent contraints de s'écouter mutuellement.
Rachid Djaïdani met une rare ferveur à raconter sa fable, se déleste de tout jugement, de tout second degré, de toute ironie, de toute cette connivence avec le spectateur qui est la marque de fabrique désagréable d'un cinéma français popu, chic et toc. Il fonce, prend les clichés à bras le corps et non seulement on se prend à marcher, mais on se rend progressivement compte à quel point on a besoin de croire avec lui à cette belle histoire d'aujourd'hui. Une des (nombreuses) belles idées du film, tient au prétexte improbable qui va guider nos Laurel et Hardy des temps post-modernes sur les routes. Le prolo misanthrope est par ailleurs peintre du dimanche – passionné, en fait, de peinture. Et il a fait la promesse à sa défunte épouse de refaire le tour des ports de France pour les peindre, comme Claude-Joseph Vernet à qui Louis XV avait passé commande quelque trois siècles plus tôt.

Le road movie sur fond de confrontation entre la peinture du XVIIIe et le rap, il faut une sacré dose de naïveté doublée d'un culot à toute épreuve pour s'embarquer dans un pareil périple sans verser dans le fossé au premier virage un peu serré. Pari gagné, parce que Rachid Djaïdani donne à son Tour de France tout en simplicité une délicatesse inattendue. Aidé en cela par Sadek, épatant pour ses débuts de comédien, et par un Gérard Depardieu dans le droit fil de ses compositions récentes pour Guillaume Nicloux, Delépine et Kervern, irrésistible de monstrueuse beauté et d'humanité.


Le Luc : mercredi 7  18h30, samedi 10  20h30, dimanche 11 16h


Mademoiselle

Réalisé par PARK Chan-wook
Corée du Sud 2016 2h25mn VOSTF
avec Kim Minh-hee, Kim Tae-ri, Ha Jung-woo, Cho Jin-woong, Kim Hae-sook, Sori Moon...
Scénario de Park Chan-wook et Chung Seo-kyung, d'après le roman de Sarah Waters, Du bout des doigts

Voilà un thriller érotique et historique subliment beau, divinement intelligent, délicieusement alambiqué, un véritable joyau comme on en voit rarement. Au départ il y a l’œuvre de la romancière britannique Sarah Waters, Du bout des doigts, qui situait son action dans le Londres victorien des années 1860. L'histoire d'une jeune orpheline des classes miséreuses qui croyait voir son avenir assuré grâce à une machination par laquelle elle devait convaincre une jeune héritière d'épouser un beau garçon a priori bien sous tout rapport, en fait un escroc déguisé en aristocrate, bien décidé à dépouiller la donzelle une fois marié. Le réalisateur coréen Park Chan-wook a adoré le roman et a décidé de le transposer dans la Corée des années 1930, alors sous occupation japonaise.

Sookee vient d'être embauchée pour s'occuper de Hideko, une jeune héritière japonaise qui vit dans un immense et inquiétant manoir aux côtés de son oncle et tuteur, un homme irascible et inquiétant, un bibliophile obsessionnel qui semble principalement obsédé par sa collection de livres rares. Très vite la jeune servante découvre une jeune aristocrate totalement dépressive qui semble cacher un lourd secret et souffre de sa réclusion dans cette prison dorée…

On est tout de suite impressionné par la mise en scène et le choix des décors qui constitueront, tout au long de cette intrigue palpitante, le théâtre des cruautés. Il y a déjà ce manoir incroyable dont l'architecture est un mélange étonnant de construction victorienne ou gothique occidentale et d'aménagements japonais traditionnels. Ainsi Hideko passe le plus clair de son temps dans une chambre à la décoration surchargée qui pourrait être celle d'une jeune aristocrate anglaise, tandis que Sookee dort dans l'austérité de ce qui pourrait être un placard à futon derrière un paravent. D'ailleurs beaucoup de choses se découvrent derrière un panneau entrouvert ou par le trou d'une serrure. Et il s'en passe des choses, derrière les portes, mais on ne vous en dira rien… sinon que les deux jeunes femmes vont se rapprocher dangereusement.
Mais le lieu le plus incroyable reste la bibliothèque du maître des lieux, inquiétante, le plus souvent fermée : mélange fascinant de bibliothèque à l'ancienne et d'espace de méditation japonais, le tout magnifié par les cadrages sublimes d'une image en format large. Même les somptueux jardins japonais et leurs fameux cerisiers fleuris ont une connotation morbide, car on peut se pendre à leurs branches…

L'intrigue est – pour notre plus grand plaisir – tout à fait tortueuse et les manipulateurs seront à leur tour manipulés et les manipulés manipulateurs seront peut être une nouvelle fois manipulés… Nous sommes pris dans les rêts d'un récit à la Rashomon (référence au chef d'œuvre de Kurosawa), la même action étant décrite selon trois point de vues, suspense assuré jusqu'à la dernière séquence.
Park Chan-wook, abandonnant la violence assumée de ses films précédents (le plus célèbre et le plus réussi étant sans doute le terrible Old boy), livre un thriller avant tout psychologique, magnifique d'élégance et de classicisme raffiné. Mais que les fans du maître du polar coréen soient consolés, il nous a quand même réservé quelques scènes croquignolettes qui ne décevront pas les lecteurs du Divin Marquis. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) :mardi 13 à 18h

Ma vie de Courgette
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette.
Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy.
Pour les enfants à partir de 7 ans


Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante.

De passages tragiques en moments rigolos ou poétiques, on pénètre dans le monde écartelé des enfants qui ont morflé. De ceux que la société essaie de préserver et tente de réparer en les éloignant de leurs proches qui ne les ont parfois pas épargnés. Mais commençons par le commencement… Ce jour-là est un jour comme un autre dans la vie de Courgette. Du moins il commence comme beaucoup d'autres. Dans sa chambre sous les combles, il dessine sur les murs, invente des histoires, des super héros qui le font s'évader. Avec deux bouts de papier, quelques crayons, il se crée tout un monde. Dans le salon au dessous, sa mère, lovée dans un fauteuil devant un soap opéra à la télé, éructe et rumine : « Tous des menteurs… ». Aigreur et vécu qu'elle cuve dans sa bière. Le sol est jonché de cannettes que Courgette vient récupérer histoire de construire des châteaux. Faute de sable ?
Pourquoi la marâtre sort-elle de sa torpeur ? Qu'importe… On comprend que ce n'est pas la première fois qu'elle se met dans une rage folle contre son rejeton. Mais cette fois-là, sans penser à mal et pour se protéger, Courgette rabat la trappe de sa chambre sur la tête de sa daronne qui dégringole dans le raide escalier… Après une audition au commissariat, Courgette va atterrir dans un foyer d'accueil, loin de ce qu'il a toujours connu… Mais tout n'est pas si sombre. D'abord, le flic qui l'interroge est un vrai gentil. Il s'appelle Raymond et la loi de la gravitation universelle a décidé que son crâne était fait pour recevoir les bombes à eau des mômes qui adorent le taquiner. Et puis le foyer qui accueille l'orphelin est une unité à taille humaine.

Les autres gosses ne sont pas forcément tendres, principalement Simon, qui se prend pour un caïd avec sa banane de rockeur rouquin. Pour lui tout nouvel arrivant est un potentiel bouc émissaire qu'on peut discrètement martyriser. Mais tout n'est pas si simple et derrière les fanfaronnades se cachent des êtres déjà bien égratignés. Tous comme des lions coincés derrière les barreaux de souvenirs qui font des ravages et donnent envie de défoncer les murs ou de se battre. Contre qui, contre quoi ? Peut-être tout simplement pour survivre. Le pari éducatif devient alors de transformer cette force dévastatrice en envie de vivre, en joie retrouvée. Et heureusement on la sent tapie dans l'ombre, prête à bondir comme un nouveau départ. Elle explose dans les moments de jeux, de jovialité… Surtout à l'arrivée de la petite dernière : Camille. Avec sa voix de flûte alto cassée, ses grands yeux bleus et son sens de la répartie bien aiguisé, elle peut mettre tout le monde en boîte, même ce gros dur de Simon !

Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 à 14h et samedi 10 à 15h45

Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal

Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner.
Cela commence par un accident bête. Mais quel accident ne l'est pas ? De Simon on connait juste l'essentiel : il est aimé, il aime la vie, il est jeune et blond comme un ange. On sait aussi qu'il pousse le romanesque jusqu'à sortir de la piaule de sa petite amie par la fenêtre, tel un Roméo ayant volé quelques baisers. C'est le petit matin et il file rejoindre ses copains. Surfeurs unis comme des mousquetaires venus flirter avec des sensations exaltantes dans la fulgurance des éléments, peut-être pour mettre à l'épreuve cet élan vital qui bouillonne en eux. Puis c'est rassasiés d'émotions fortes, et heureux, qu'ils s'en retournent aborder les moments plus classiques de leur existence. L'ambiance dans la camionnette est apaisée, la musique les berce doucement, un peu trop… Jusqu'à s'endormir au volant…

On ne s'attardera pas sur le destin brisé de Simon, on n'exploitera pas les larmes légitimes qui pourraient en découler. Nul besoin de s'appesantir sur la tristesse de la famille. C'est au contraire l'énergie de vie qui va primer par delà la mort. On est dans le concret, le désir de réparer les vivants qui s'entend autant pour les patients que pour les soignants et pour les proches. Il va falloir d'abord aider les parents à comprendre la situation, essayer de leur dire avec délicatesse que Simon ne sera plus, mais que grâce à ses organes, des vies pourraient être améliorées ou sauvées, des vies d'inconnus qui le resteront à tout jamais… C'est toute une chaîne solidaire, bienveillante, qui se met en route pour accompagner chacun dans son cheminement et dont on va suivre un à un les maillons. De la simple infirmière au grand professeur, en passant par le plus humble brancardier, tous sont importants, quelque soit leur rôle. À l'instant même où ils apparaissent à l'écran, on s'y attache spontanément puis on accepte de les laisser disparaître sans nostalgie. Simples et irremplaçables vaguelettes d'une grande marée humaine, qui viennent miroiter dans la lumière, qu'on admire quelques instants avant qu'elles ne retournent se fondre dans l'anonymat d'une matrice universelle. Ce sont autant de petites mains admirables toujours prêtes à soigner, à perpétuer la vie, qui font preuve d'une humanité tout simplement intimidante.

Il fallait du talent, une équipe investie pour parvenir à ce sentiment de symbiose hors du temps, à cette forme de concentration et de calme dans l'urgence. C'est un film pour les âmes sensibles, sans une once de pathos gluant qui vienne dégouliner dans les interstices d'une scène. Nulle séquence choquante ou sanguinolente, aucun effet spectaculaire. Certes rien n'est tu ou caché, mais tout est distancié, feutré. On y parle bien sûr du don d'organe, mais plus encore du don de soi. (Utopia)

Lorgues : jeudi 8  20h15 et lundi 12  19h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

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