Au(x) cinéma(s) du 7 au 13 juin

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Bonjour à tous !

Cette semaine, au ciné-club de CGR, c'est Une Vie Ailleurs de Olivier Peyon, un récit tendre et sans polémique.
Pour le mois de juin, et pour terminer cette année en beauté, Entretoiles  vous propose  une soirée à film unique avec Une Famille heureuse de Nana Ekvtimishvili, un film tour à tour drôle, acide, subtil ou bouleversant  le dimanche 11 juin, à 20h, et une soirée à 2 films sur le thème "Films d'Asie",  avec Adieu Mandalay de Midi Z, un film qui nous émeut et nous captive et Tunnel de Kim Seong-hun,un vrai divertissement spectaculaire et loin d'être idiot,  avec l'apéritif Entretoiles entre les deux bien sûr,  le dimanche 2 juillet (et non le 25 juin comme annoncé la semaine dernière).
Par ailleurs dans la programmation ordinaire de CGR, vous pouvez profiter de Marie-Francine de Valérie Lemercier, un joli film dans l'air du temps, touchant et juste. Et aussi de Massilia Sound System, le film de Christian Philibert, un documentaire qui défend une vision populaire, métissée et solidaire de la cité marseillaise.

À Lorgues, allez voir De toutes mes forces de Chad Chenouga, un film vivifiant et porteur d’espoir qui redonne des forces (et au Luc), Get Out de Jordan Peele, un thriller horrifique réjouissant. et à Salernes Le Professeur de Violon de Sergio Machado, un film qu'on regarde avec beaucoup de plaisir.

Au Vox à Fréjus, allez voir Le Chanteur de Gaza, film palestinien de Hany Abu-Assad, un de ces contes vrais et trop rares qui réchauffent le cœur. Sinon, on vous propose Les Fantômes d'Ismaël de Arnaud Despleschin, un film à tiroirs, subtil assemblage de morceaux de vies éclatées,  Django de Etienne Comar, un biopic sur la vie du personnage mythique interprété par Reda Kateb, L'Amant Double de François Ozon, un film résolument contemporain et thriller érotique, Rodin de Jacques Doillon, troublant voyage dans le temps.

Enfin à Cotignac, un film d'animation : Psiconautas, un chef d’œuvre à marquer d'une pierre blanche.

Au CGR, la semaine prochaine en ciné-club, vous pourrez voir : Les fantômes d'Ismaël de Arnaud Despleschin pendant 2 semaines, puis Après la tempête de Kore Eda.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!) 

PROGRAMMATION DU 7 AU 13 JUIN 2017

 

Affiche
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Une Vie Ailleurs
Écrit et réalisé par Olivier Peyon
France 2016 1h36mn
avec Isabelle Carré, Ramzy Bedia, Dylan Cortès, Virginia Méndez, Maria Duplaa...
Scénario de Cecilia Rouaud et Olivier Peyon
C’est en Uruguay que Sylvie retrouve enfin la trace de son fils, enlevé il y a quatre ans par son ex-mari. Avec l’aide précieuse de Mehdi, elle part le récupérer mais arrivés là-bas, rien ne se passe comme prévu… La mère est-elle celle qui donne la vie ou celle qui prend soin de l’enfant au quotidien ? Autour de cette éternelle question sociétale, Olivier Peyon bâtit un récit tendre et sans polémique, nourri de l’essai L’Amour en plus dans lequel Elisabeth Badinter – à qui il a d’ailleurs consacré un documentaire – remet en cause l’instinct maternel. Le réalisateur nous livre ainsi une réflexion sensible et non manichéenne sur la vie, en faisant de ses personnages des héros maladroits que leur générosité et leur aptitude au pardon transformeront en humains attachants... lire la suite
CGR (Draguignan) Ciné-club : mercredi 7 et samedi 10 à 18h10, jeudi 8 à 11h, vendredi 9 à 13h40 et 18h10, lundi 12 à 18h10 et 20h, mardi 13 à 11h et 18h10
Affiche
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Une Famille heureuse
Réalisé par Nana EKVTIMISHVILI et Simon GROß
Géorgie 2016 1h59mn VOSTF
avec Ia Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava, Tsisia Qumsishvili...
Scénario de Nana Ekvtimishvili
La première raison de voir ce film intelligent et délicat pourrait relever de l'exotisme, qui parfois a du bon : voir des images, prendre des nouvelles de la Géorgie, pays lointain et bien mystérieux pour la plupart d'entre nous... Quelques indices, telle la consommation abusive de jus de cerises – que l'on produit artisanalement et conserve dans d'énormes bocaux –, indiqueront aux connaisseurs que nous sommes au cœur du Caucase – les Turcs, les Azéris... sont également très friands de cerises. Les cinéphiles ne pourront s'empêcher de penser aux merveilleux films de Sergueï Paradjanov, qui évoquaient avec une poésie sublime, et un art achevé de la composition picturale, la beauté et la richesse culturelle du pays. Et puis il y a aussi le charme discret et désuet des reliquats des anciennes républiques soviétiques, notamment cette pratique de se serrer à plusieurs générations dans le même appartement, le libéralisme forcené et l'individualisme n'ayant pas encore totale- ment effacé les pratiques d'antan... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 11 juin à 20h
Affiche
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Adieu Mandalay
Écrit et réalisé par Midi Z
Taïwan/Birmanie 2016 1h48mn VOSTF
avec Kai Ko, Wu Ke-Xi...
Notre ethnocentrisme naturel nous pousse naturellement à voir la crise migratoire tant médiatisée sous l'angle unique d'un Occident qui serait assailli par des hordes de milliers voire de millions de femmes et d'hommes venus des pays du Sud et de l'Est. L'occidental a tendance à oublier sur le sujet deux petites choses : que les hommes, de tous temps et depuis le début des grandes civilisations, ont migré au gré des guerres, des conquêtes, des catastrophes climatiques, économiques ou des crises géopolitiques. Et surtout que ce ne fut et que ce n'est pas le triste privilège du monde occidental.
Grâce soit rendue au remarquable film du jeune cinéaste d'origine birmane Midi Z de remettre les pendules à l'heure sur le sujet (même s'il doit, à juste titre, se ficher complètement du nombril des occidentaux). Car dans Adieu Mandalay, il est question d'une immigration fort peu connue de nous, celle des Birmans qui vont chercher sinon fortune du moins un sort meilleur pour leur famille dans la Thaïlande voisine. Une émigration de proximité qui amène évidemment son lot d'abus et de déni des droits humains, perpétrés par les passeurs d'abord, puis par tous les petits patrons qui profitent de la précarité des migrants...
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CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 18h (suivi de l'apéritif Entretoiles)
Affiche
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Tunnel
Écrit et réalisé par KIM Seong-hun
Corée du Sud 2016 2h07mn VOSTF
avec Ha Jung-woo, Bae Du-na, Oh Dal-su, Park Jin-woo, Joo Suk-tae...
D'après le livre de So Jae-won
Le titre ouvre clairement la voie, et le début du film s'y engouffre sans détours inutiles. En route pour retrouver sa famille – sa femme l'attend avec impatience pour fêter l'anniversaire de leur fille – Jeong-soo, vendeur de voiture convaincu et convaincant, est pris au piège dans un tunnel qui s’écroule. Sans perdre de temps avec l’habituelle introduction des personnages qui a tendance à éterniser la première partie de la plupart des films catastrophe, Tunnel empoigne son sujet alors que le générique vient tout juste de se terminer. L’impressionnante scène d’effondrement – effets spéciaux imparables – laisse place au drame survivaliste qui se développe et qui, à l’inverse de la plupart des autres œuvres s’inscrivant dans ce registre, explore son contenu à partir de l’incident et non l’inverse... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 20h30
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Marie-Francine
Réalisé par Valérie LEMERCIER
France 2017 1h35mn
avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès...
Scénario de Valérie Lemercier et Sabine Haudepin
Valérie Lemercier est épatante dans la peau de Marie-Francine, grande fille un peu lunaire, décalée et attachante, désespérément incapable d'avoir l'air d'avoir la maturité qui sied habituellement aux femmes de son âge. Le nez rivé à son microscope, à observer des microbes s'agiter, elle n'a pas vu filer le temps, prenant la vie comme elle venait sans compter les heures ni les ans, satisfaite de son petit bout de bonheur, sans désir d'un ailleurs… Mais il y a des jours où tout se met de traviole, les catastrophe s'enchaînent, tout se déglingue sans qu'on ait anticipé une seule seconde : ravie de voir son mari chéri venir la chercher au boulot, elle tombe sur ses jolies fesses quand il lui annonce qu'il prend la tangente pour une minette de 32 ans qu'elle n'avait même pas remarquée. Elle n'a pas encore séché la grosse larme qui lui brouille le microscope que, dans la foulée, son patron la vire sans ménagement !... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 11h, 13h50, 16h, 18h, et 20h15
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De toutes mes forces
Réalisé par Chad CHENOUGA
France 2017 1h38mn
avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu, Daouda Keita, Aboudou Sacko...
Scénario de Christine Paillard et Chad Chenouga
Nassim (Khaled Alouach) est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer en banlieue. Malgré la bienveillance de la directrice (Yolande Moreau évidemment), Nassim refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre, catalogués comme des « cas sociaux ». Il s’est donc inventé une autre vie, qui n’aurait rien à envier à celle de ses potes de lycée. C’est celle- là qu’il présente maintenant aux yeux du monde et il n’y a aucune raison que ça change... lire la suite
Lorgues : mer 7 / 17h00, jeu 8 / 20h15 , dim 11 / 21h10
Le Luc : mercredi 7/20h30, samedi10/18h30
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Get Out
Réalisé par Jordan Peele
USA 2017 1h44mn
avec Catherine Keener, Bradley Whitford, Daniel Kaluuya, Allison Williams...
Un thriller horrifique réjouissant qui, faute de renouveler le genre, utilise une thématique ethnique qui renouvelle l’utilisation d’un casting noir dans le cadre d’une production hollywoodienne. Foncez ! Un jeune afro américain, lors de sa visite sur le domaine de la famille blanche de sa petite amie, va vite se rendre compte de la sinistre raison cachée derrière cette invitation. Couple mixte, Chris (Daniel Kaluuya) et sa petite amie Rose (Allison Williams) filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy (Catherine Keener) et Dean (Bradley Whitford) lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable... lire la suite
Lorgues : mer 7 / 21h10   VF, sam 10 / 20h00   VOST
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Le Professeur de Violon
Réalisé par Sérgio Machado
Brésil 2016 1h40mn VOSTF
avec Elzio Vieira, Fernanda de Freitas, Lázaro Ramos, Sandra Corveloni, Kaique Jesus...
Laerte est un violoniste ambitieux qui se prépare depuis des années à passer le concours d’entrée d’un des orchestres les plus prestigieux du Brésil. Le film commence par son audition au cours de laquelle, cédant à la trop forte pression, Laerte craque et échoue sans même réussir à jouer une seule note. Sans argent et sans autre option, obligé de mentir à sa famille pour ne pas décevoir les espoirs placés en lui, Laerte accepte malgré lui d’enseigner la musique dans le quartier d’Héliopolis, l’un des plus pauvres et des plus dangereux de São Paulo. Entre le musicien désillusionné et les élèves dissipés, les débuts sont difficiles. Mais au contact de Samuel, l’un des jeunes du quartier passionné de musique et pétri de talent brut, Laerte retrouve peu à peu le plaisir de jouer, en même temps qu’il découvre la dure réalité à laquelle sont confrontés ses jeunes élèves. Et l’orchestre de fortune devient peu à peu un refuge dans lequel les notes sont de plus en plus justes... lire la suite
Salernes : mercredi 7, dimanche 11 et lundi 12 à 18h, jeudi 8 à 20h30
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Le Chanteur de Gaza
Réalisé par Hany ABU-ASSAD
Palestine 2016 1h40mn VOSTF
avec Tawfeek Barhom, Kais Attalah, Hiba Attalah, Ahmed Al Rock, Abdel Kareem Barakeh, Nadine Labaki...
Scénario de Hani Abu-Assad et Sameh Zoabi
L'histoire – bien réelle – que raconte Le Chanteur de Gaza est un de ces contes trop rares qui réchauffent le cœur des peuples en souffrance. Mohammed Assaf est un enfant de Gaza, un gamin ordinaire dans ce micro-territoire le plus densément peuplé au monde. Né en Lybie en exil (le village de ses ancêtres est un de ceux qui furent détruits par les Israéliens lors de la Nakba en 1948) mais grandi dans le camp de réfugiés de Khan Younis. Enfant heureux, de parents aimants appartenant à la classe moyenne (sa mère est professeur de mathématiques), qui gagne un peu d'argent de poche en chantant de temps en temps avec sa sœur et quelques copains, dans la rue puis dans des mariage. Et qui se débat avec son petit groupe pour trouver de quoi se payer un peu de matériel de musique. Une enfance un peu tumultueuse mais somme toute heureuse jusqu'à ce qu'un drame vienne endeuiller la famille... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 8 à 21h, vendredi 9 à 15h, samedi 10 à 16h, dimanche 11 à 14h, mardi 12 à 18h30
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Les Fantômes d’Ismaël
Réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2017 1h50mn
avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Laszlo Szabo, Hippolyte Girardot...
Scénario d'Arnaud Desplechin, Julie Peyr et Léa Mysius. Festival de Cannes 2017 : Film d'ouverture
Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël bien des références, des chassés-croisés, de simples clins-d’œil ou des échos plus intimes à la filmographie d’Arnaud Desplechin, et plus largement au cinéma qu’il affectionne, qui le nourrit, qu’il admire. Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël un hommage à peine dissimulé aux héroïnes hitchcockiennes, en particulier celles de Vertigo (le personnage interprété par Marion Cotillard se prénomme Carlotta…) ou de Rebecca : femmes à la beauté excessive et sauvage ou à la grâce plus froide et discrète dont les âmes sont traversées par la passion amoureuse, les fantômes du passé ou l’éternelle question de l’identité... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7, vendredi 9 et samedi 10 à 21h, jeudi 8 à 18h15, dimanche 11 à 18h30, lundi 12 à 15h, mardi 13 à 15h et 21h
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Django
Réalisé par Etienne COMAR
France 2017 1h58mn
avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya, Bimbam Merstein, Gabriel Mirété, Vincent Frade, Johnny Montreuil, Raphaël Dever, Patrick Mille...
Scénario d’Etienne Comar et Alexis Salatko
Django, dont on n'a plus besoin de dire le nom. Unique, inimitable, Django le manouche, génie de la gratte, figure incontournable de l’histoire du jazz à qui il apporta sa patte, son swing, son style, mais surtout son âme : l’âme manouche. L’âme manouche, cela pourrait être le sous-titre de ce biopic qui n’en est pas tout à fait un et qui – comme récemment Neruda et Jackie de Pablo Larrain – ne s’attache qu’à une période précise et déterminante du parcours de son protagoniste : on gagne en intensité ce qu'on perd en années… Resserré sur quelques mois, les plus sombres sans doute de la trop courte existence de Django Reinhardt (il est mort à 43 ans), le film se déroule sous l’occupation, quand Paris, étouffé par la botte nazie, tente de respirer dans les bals clandestins les derniers parfums d’une liberté confisquée... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et samedi 10 à 14h, jeudi 8 à 18h15, vendredi 9 à 15h, dimanche 11 à 16h10 et mardi 12 à 18h30
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Aurore
Réalisé par Blandine LENOIR
France 2016 1h29mn
avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot, Sarah Succo, Lou Roy-Lecolinet...
Scénario de Jean-Luc Gaget, Blandine Lenoir et Océane Rose Marie. Musique de Bertrand Belin
On ne naît pas femme, on le devient… On aimerait bien poursuivre la discussion avec Simone de Beauvoir : une fois qu’on l’est devenue, qu’est-ce qu’on devient ? Au nom de quelle loi naturelle le corps épanoui de la cinquantaine se retrouve-t-il mis au rancart comme une fleur fanée, une plante verte défraîchie, un vieux pot dans lequel on ne fait même plus la meilleure soupe (j’arrête là, même si on pourrait aller beaucoup plus loin dans le registre du machisme ordinaire) ? Ce sont au fond les questions que se pose Aurore, la belle, la formidable, la surdouée Aurore – surdouée, oui, on peut le dire : figurez-vous qu’elle possède le talent unique de déterminer instantanément le nombre de lettres qui composent un mot ! Vous dites « anticonstitutionnellement », elle répond illico, sans compter sur ses doigts : 25... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 à 16h25, samedi 10 à 16h30 et dimanche 11 à 14h
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Massilia Sound System - Le Film
Réalisé par Christian Philibert
Documentaire France 2016 1h40mn
avec Blù, DJ Kayalik, Tatou, Papet J, Gari...
Réaliser un film documentaire sur un groupe de musique n’est pas une première. Mais quand il est signé Christian Philibert et que ces musiciens sont ceux de Massilia Sound System, l’objet cinématographique devient un portrait collectif qui déborde largement du cadre des studios d’enregistrement, salles de concerts et autres anecdotes de tournée. Le talent de Massilia se résume en une phrase : chanter des textes identifiés à une culture régionale sur des rythmes venus d’un bout du monde avec lesquels ils n’ont en apparence rien en commun et faire ainsi la démonstration du contraire. C’est ainsi qu’est né le reggae occitan... lire la suite
CGR (Draguignan) : jeudi 8 à 20h15
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L'Amant Double
Écrit et réalisé par François OZON
France 2017 1h47mn
avec Marine Vacht, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer, Dominique Reymond...
Librement adapté du roman Lives of the twins de Rosamond Smith alias Joyce Carol Oates. Festival de Cannes 2017 : sélection officielle, en compétition
Comment se réinventer à chaque film ? Quelques mois seulement après la sortie de son précédent opus, François Ozon remet du gaz dans ses turbines à fiction, pousse le manche à fond et le curseur dans le noir foncé… Lointainement inspiré d’un obscur roman policier de Joyce Carol Oates (publié sous le pseudo de Rosamond Smith), L’Amant double décrit à sa manière les paradoxes d'Ozon, sa gémellité avec un autre lui-même, tordu et alambiqué, quand son apparence tenterait de nous vendre un premier de la classe, gendre idéal et auteur mainstream divertissant. Après l’œuvre romanesque à laquelle se prêtait un fiévreux Pierre Niney dans Frantz, voici une histoire qui invite à des lectures superposées du réel et s’amuse à nous embrumer de ses fausses pistes. Une jeune femme, Chloé, en proie à d’importantes poussées dépressives, débute une psychothérapie. Proie idéale d’un bon vieux transfert, elle tombe raide dingue de Paul, son psy, et s’installe bientôt avec lui. Mais, intriguée par plusieurs incohérences biographiques de son amant, elle en vient à s’interroger sur une possible double vie de celui-ci. Réalité ou fantasme ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et samedi 10 à 16h10, 18h30 et 21h, jedui 8 et mardi 13 à 15h et 21h, vendredi 9 à 18h15 et 21h, dimanche 11 à 14h, 18h30 et 21h, lundi 12 à 15h et 17h45
Cotignac : jeudi 8 à 18h et 20h30
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Rodin
Écrit et réalisé par Jacques DOILLON
France 2017 1h59mn
avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Bernard Verley, Anders Danielsen Lie...
Festival de Cannes 2017 : Sélection officielle, en compétition
La tradition veut qu'un film ne soit pas montré avant sa première projection dans le grand palais des Festivals lorsqu'il est sélectionné pour la compétition cannoise. Mais des rumeurs nous parviennent qui laissent présager le meilleur, pour un sujet de taille : Rodin, formidable personnage dont Lindon semble être le double, tourmenté, passionné, acharné au travail et amoureux de la glaise qui le rattache à cette terre… matériau que Rodin place avant tous les autres dans sa hiérarchie personnelle, devant le bronze, la pierre, le bois, l'or même. Une glaise qu'il pétrit, caresse, frappe, plie, bat revenant sans cesse sur son ouvrage, des mois, des années, jamais satisfait… à quel moment une œuvre a-t-elle atteint sa plénitude ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et samedi 10 à 14h, 18h30 et 21h, jeudi 8 et vendredi 9 à 15h, 18h15 et 21h, dimanche 11 à 16h, 18h30 et 21h, lundi 12 et mardi 13 à 15h, 18h30 et 21h
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Psiconautas
Écrit et réalisé par Alberto VASQUEZ et Pedro RIVERO
Film d'animation Espagne 2016 1h15mn VOSTF
avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Bernard Verley, Anders Danielsen Lie...
D'après le roman graphique d'Alberto Vasquez. PAS DU TOUT POUR LES ENFANTS
Sur une île ravagée par une catastrophe écologique, les habitants tentent de survivre vaille que vaille ; les adultes veules ou malades en niant la réalité, leurs enfants en rêvant de s'enfuir par tous les moyens, fussent les plus dangereux. Birdboy s'envole à tire d'aile dans les paradis artificiels quand sa meilleure amie Dinky entreprend une quête périlleuse dans les zones dévastées, à la recherche d'une embarcation pour mettre les voiles vers de plus vertes prairies. Mais partout le danger rôde, et plus pernicieuse encore, la désolation, qui transit les cœurs et dévore les espoirs... lire la suite
Cotignac : lundi 12 à 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 

Une Vie Ailleurs
Écrit et réalisé par Olivier Peyon
France 2016 1h36mn
avec Isabelle Carré, Ramzy Bedia, Dylan Cortès, Virginia Méndez, Maria Duplaa...
Scénario de Cecilia Rouaud et Olivier Peyon

C’est en Uruguay que Sylvie retrouve enfin la trace de son fils, enlevé il y a quatre ans par son ex-mari. Avec l’aide précieuse de Mehdi, elle part le récupérer mais arrivés là-bas, rien ne se passe comme prévu…
La mère est-elle celle qui donne la vie ou celle qui prend soin de l’enfant au quotidien ? Autour de cette éternelle question sociétale, Olivier Peyon bâtit un récit tendre et sans polémique, nourri de l’essai L’Amour en plus dans lequel Elisabeth Badinter – à qui il a d’ailleurs consacré un documentaire – remet en cause l’instinct maternel. Le réalisateur nous livre ainsi une réflexion sensible et non manichéenne sur la vie, en faisant de ses personnages des héros maladroits que leur générosité et leur aptitude au pardon transformeront en humains attachants.

Actrice caméléon, Isabelle Carré joue avec la même intensité une ingénue ou une femme engagée et affirme aimer les rôles ambivalents. Elle nous le confirme en se glissant avec aisance dans la peau de Sylvie, cette jeune femme sèche qui n’attire pas d’emblée la sympathie malgré la difficulté de sa situation, prête à s’embarquer dans n’importe quelle combine pour récupérer la chair de sa chair. Son visage fatigué et peu souriant, sa voix tantôt sourde tantôt péremptoire, son agitation perpétuelle restituent avec précision les états d’âme de cette maman qui culpabilise de n’avoir pas toujours su trouver tous les codes de la « mère parfaite » et qui, rêvant de rattraper le temps perdu, se noie dans une urgence stérile et même destructrice. Épaulée par un médiateur de choix, Mehdi incarné par un Ramzy Bedia inattendu, elle saura retrouver la sérénité.
Dépouillé de ses pitreries habituelles et revêtu du costume d’assistant social au grand cœur, Ramzy nous sert un véritable numéro d’ acteur, parfaitement dosé entre virilité et sensibilité. Pivot central de ce casting essentiellement féminin, il assure avec douceur et humanité la cohésion entre les personnages. Il éclate d’une sincérité touchante dans toutes les scènes avec les enfants, tout particulièrement avec Dylan Cortès, comédien en devenir, capable malgré son jeune âge de communiquer toute une palette de sentiments d’un seul regard. Il vient d’ailleurs d’obtenir le prix du Meilleur Espoir au théâtre dans son pays.

Olivier Peyon plante son décor au cœur d’une petite ville d’Uruguay et nous fait bénéficier de la chaleur météorologique (qui sert également d’éclairage naturel au film) et de la douceur de vivre de ce lieu où les enfants vivent en toute liberté et les adultes en harmonie, confirmant le climat d’apaisement dans lequel s’installe subtilement le récit au fur et à mesure de son déroulement. Symbole d’authenticité et de grands espaces, une vieille camionnette brinquebalante et sans portes occupe une place à part entière et ajoute une bonne dose de joie de vivre à cette histoire délibérément positive mais jamais mièvre. A l’image du caractère des personnages, la réalisation se dévoile imperceptiblement et nous laisse le temps de savourer sans brusquerie ce plaidoyer affectueux mais néanmoins humoristique en faveur de la compréhension et du partage, quelles que soient les erreurs commises. (C. Levanneur, avoir-alire.com)

CGR (Draguignan) Ciné-club : mercredi 7 et samedi 10 à 18h10, jeudi 8 à 11h, vendredi 9 à 13h40 et 18h10, lundi 12 à 18h10 et 20h, mardi 13 à 11h et 18h10

Une Famille heureuse

HARMONIUMRéalisé par Nana EKVTIMISHVILI et Simon GROß
Géorgie 2016 1h59mn VOSTF
avec Ia Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava, Tsisia Qumsishvili...
Scénario de Nana Ekvtimishvili

La première raison de voir ce film intelligent et délicat pourrait relever de l'exotisme, qui parfois a du bon : voir des images, prendre des nouvelles de la Géorgie, pays lointain et bien mystérieux pour la plupart d'entre nous... Quelques indices, telle la consommation abusive de jus de cerises – que l'on produit artisanalement et conserve dans d'énormes bocaux –, indiqueront aux connaisseurs que nous sommes au cœur du Caucase – les Turcs, les Azéris... sont également très friands de cerises. Les cinéphiles ne pourront s'empêcher de penser aux merveilleux films de Sergueï Paradjanov, qui évoquaient avec une poésie sublime, et un art achevé de la composition picturale, la beauté et la richesse culturelle du pays. Et puis il y a aussi le charme discret et désuet des reliquats des anciennes républiques soviétiques, notamment cette pratique de se serrer à plusieurs générations dans le même appartement, le libéralisme forcené et l'individualisme n'ayant pas encore totale- ment effacé les pratiques d'antan.

Mais ceci étant dit, nul besoin de s'intéresser particulièrement à la Géorgie
pour être touché par le film, dont le propos et la portée sont universels. Car ce qui arrive aux protagonistes d'Une famille heureuse – le titre est doucement ironique – pourrait concerner à quelques spécificités culturelles près n'importe quelle famille des classes moyennes ou populaires de nos contrées. Ce dont il est question, c'est l'usure naturelle du temps qui passe, c'est la destruction des liens forts et de tout un tas de belles choses par ce tueur implacable qu'est l'habitude. Ce dont il question, ce sont les choix qui peuvent s'imposer à chacun d'entre nous pour faire rebondir sa vie lorsque l'âge mûr arrive puis s'installe.

Manana est une quinquagénaire – dont tout porte à penser qu'elle est équilibrée – qui vit depuis 25 ans avec son mari Soso, un homme tendre et prévenant, mais aussi avec ses vieux parents, son fils, sa fille et son gendre qui s'est peu à peu incrusté au sein du foyer. Tout ce petit monde rassemblé dans un appartement agréable mais un peu exigu pour une telle smala ! Une famille géorgienne ordinaire, pour qui le quotidien est parfois bruyant et compliqué, la confrontation entre les générations s'avérant conflictuelle et folklorique, entre papy un peu gâteux, grand-mère d'une exubérance très méditerranéenne, jeunes un peu sans gêne et parents au milieu... qui supportent tout ça la plupart du temps en silence. Un seul truc dénote dans ce chaos somme toute harmonieux : le côté dépressif et taciturne de Manana, que rien ne semble devoir illuminer. D'ailleurs ce jour-là est celui de son 52e anniversaire et elle n'a en rien envie de le fêter. Cependant nous sommes en Géorgie et on ne rate jamais une occasion de boire et festoyer, et famille, collègues, voisins s'invitent d'eux mêmes, ce qui a pour résultat de pousser Manana à se replier davantage encore sur elle-même... Et le lendemain, elle annonce à Soso qu'elle veut le quitter, abandonner la maison pour vivre seule. La nouvelle plonge évidemment toute la famille dans l'incompréhension, et ils ont beau faire, rien ne semble pouvoir la faire changer d'avis... On ne vous dévoilera pas la suite des événements, mais ce n'est que le dé- but d'un engrenage où vont apparaître au grand jour les petits secrets plus ou moins avouables de chacun. Le genre d'épreuve dont on en ressort détruit ou au contraire grandi...

Le film est tour à tour drôle, acide, subtil, parfois bouleversant. Aucun des personnages n'est blanc ou noir, aucun n'est à aucun moment jugé. Une chronique familiale intelligente et sensible. Une étude subtile de l'usure du couple. Et plus particulièrement un magnifique portrait de femme.

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 11 juin à 20h

Adieu Mandalay
Écrit et réalisé par Midi Z
Taïwan/Birmanie 2016 1h48mn VOSTF
avec Kai Ko, Wu Ke-Xi...

Notre ethnocentrisme naturel nous pousse naturellement à voir la crise migratoire tant médiatisée sous l'angle unique d'un Occident qui serait assailli par des hordes de milliers voire de millions de femmes et d'hommes venus des pays du Sud et de l'Est. L'occidental a tendance à oublier sur le sujet deux petites choses : que les hommes, de tous temps et depuis le début des grandes civilisations, ont migré au gré des guerres, des conquêtes, des catastrophes climatiques, économiques ou des crises géopolitiques. Et surtout que ce ne fut et que ce n'est pas le triste privilège du monde occidental.
Grâce soit rendue au remarquable film du jeune cinéaste d'origine birmane Midi Z de remettre les pendules à l'heure sur le sujet (même s'il doit, à juste titre, se ficher complètement du nombril des occidentaux). Car dans Adieu Mandalay, il est question d'une immigration fort peu connue de nous, celle des Birmans qui vont chercher sinon fortune du moins un sort meilleur pour leur famille dans la Thaïlande voisine. Une émigration de proximité qui amène évidemment son lot d'abus et de déni des droits humains, perpétrés par les passeurs d'abord, puis par tous les petits patrons qui profitent de la précarité des migrants.

Mais si Adieu Mandalay captive et émeut autant, c'est que le film est avant tout une troublante aventure humaine, inspirée au réalisateur par un fait divers qui l'avait marqué, lui le Birman qui avait eu la chance de faire ses études à l'étranger et avait profité du soutien financier de ses proches partis travailler en Thaïlande.
Au tout début du film, on suit un groupe entier qui franchit la frontière, puis le récit va se consacrer à un couple, Liangqing et Guo. Un couple qui nait dans l'exil puis va se retrouver séparé par la vie et les choix différents de chacun. Car le jeune homme et la jeune femme ont des aspirations tout à fait différentes. Lui ne souhaite que gagner suffisamment d'argent grâce à son travail, aussi ingrat soit-il, pour envoyer de l'argent au pays et pouvoir rentrer au plus vite. Elle tout au contraire est ambitieuse, refuse de se laisser humilier, elle veut obtenir coûte que coûte des papiers thaïlandais, est prête à tout pour éviter un travail physiquement difficile à l'usine et rêve d'un avenir probablement loin de la Birmanie.

Le cinéaste passe très habilement de l'observation sociale à celle plus intime du couple, dont les déchirements sont à l'image de ceux de la jeunesse birmane. La mise en scène privilégie la plupart du temps un réalisme minutieux, qui crée un très fort sentiment d'authenticité. Il y a quelques scènes impressionnantes, comme celle où un collègue de notre couple se blesse cruellement à l'usine et est évacué manu militari, quasiment sans soins. Mais il y aussi une vraie recherche plastique, volontiers contemplative, à la fois dans la manière dont est filmée l'usine (magnifique jeu sur les fumées crachées par les machines) et dans les séquences qui se déroulent dans les petits villages perdus dans la jungle où se passent les tractations frontalières (on peut penser parfois aux ambiances vaporeuses des films d'Apichatpong Wheerasethakul). Le côté tragédie grecque d'un récit maîtrisé de bout en bout renforce l'impression de voir s'affirmer un grand talent (Midi Z a réalisé trois longs métrages avant celui-ci, tous trois inédits en France).


CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 18h (suivi de l'apéritif Entretoiles)

Tunnel
Écrit et réalisé par KIM Seong-hun
Corée du Sud 2016 2h07mn VOSTF
avec Ha Jung-woo, Bae Du-na, Oh Dal-su, Park Jin-woo, Joo Suk-tae...
D'après le livre de So Jae-won

Le titre ouvre clairement la voie, et le début du film s'y engouffre sans détours inutiles. En route pour retrouver sa famille – sa femme l'attend avec impatience pour fêter l'anniversaire de leur fille – Jeong-soo, vendeur de voiture convaincu et convaincant, est pris au piège dans un tunnel qui s’écroule. Sans perdre de temps avec l’habituelle introduction des personnages qui a tendance à éterniser la première partie de la plupart des films catastrophe, Tunnel empoigne son sujet alors que le générique vient tout juste de se terminer. L’impressionnante scène d’effondrement – effets spéciaux imparables – laisse place au drame survivaliste qui se développe et qui, à l’inverse de la plupart des autres œuvres s’inscrivant dans ce registre, explore son contenu à partir de l’incident et non l’inverse.

En plus de bousculer les spectateurs, ce renversement narratif permet d’étudier les différents protagonistes qui sont tous confrontés à une situation extrême : Jeong-soo, bien sûr, tente de survivre, c'est une occupation à plein-temps ; Se-hyun, son épouse, communique régulièrement avec son mari tout en portant le poids et le jugement du pays qui se demande si le gigantisme des moyens déployés n'est pas disproportionné pour sauver un seul et unique survivant ; Dae-kyong, le chef de l’opération de sauvetage, doit quant à lui trouver un équilibre entre valeurs éthiques et obligations administratives… Tout cela est très habilement et intelligemment agencé…
L’apparition d’une deuxième personne accidentée – une jeune femme flanquée d'un chien assez marrant – dans les décombres permet de renouveler le récit, qui évite ainsi de tomber dans l’automatisme, tout en introduisant des questionnements sur l’intégrité de Jung-soo, puisqu'il doit désormais partager ses maigres vivres… et les réserves d'énergie de son téléphone portable.

Mélangeant les genres et les registres avec une belle énergie qu'on retrouve dans la plupart des films coréens, Tunnel fait alterner sans cesse le drame et la comédie. Plus d'une fois des situations plutôt drôles ont des conséquences dramatiques, et vice-versa. On citera juste la séquence où l'essai d'un collier anti-aboiement sur le chien cité plus haut entraînera un nouvel éboulement, ou encore ce gros plan ingénieux lorsque Jeong-soo est contraint de boire sa propre urine.
Le film porte par ailleurs un regard féroce sur l'attitude de la presse et des autorités coréennes. Tandis que les officiels pensent en chiffres et en visibilité médiatique, les journalistes font fi de l'éthique la plus élémentaire pour fournir du contenu sensationnaliste – la séquence avec les drones est à ce titre l’un des moments les plus drôles du film. Enfin, le scénario évoque une forme de culpabilité nationale, conséquence (in)directe du tragique incident du ferry Sewol et des problématiques de sécurité. Au final un vrai divertissement spectaculaire qui oublie d'être idiot et qui capte notre attention de bout en bout. (Utopia)

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 20h30

Marie-Francine
Réalisé par Valérie LEMERCIER
France 2017 1h35mn
avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès...
Scénario de Valérie Lemercier et Sabine Haudepin

Valérie Lemercier est épatante dans la peau de Marie-Francine, grande fille un peu lunaire, décalée et attachante, désespérément incapable d'avoir l'air d'avoir la maturité qui sied habituellement aux femmes de son âge. Le nez rivé à son microscope, à observer des microbes s'agiter, elle n'a pas vu filer le temps, prenant la vie comme elle venait sans compter les heures ni les ans, satisfaite de son petit bout de bonheur, sans désir d'un ailleurs…
Mais il y a des jours où tout se met de traviole, les catastrophe s'enchaînent, tout se déglingue sans qu'on ait anticipé une seule seconde : ravie de voir son mari chéri venir la chercher au boulot, elle tombe sur ses jolies fesses quand il lui annonce qu'il prend la tangente pour une minette de 32 ans qu'elle n'avait même pas remarquée. Elle n'a pas encore séché la grosse larme qui lui brouille le microscope que, dans la foulée, son patron la vire sans ménagement !

Notre Marie-Francine se retrouve donc, quasi du jour au lendemain, en quête d'un toit et d'un nouveau job pour son cinquantième anniversaire… Une aventure que beaucoup connaissent par les temps qui courent puisqu'il est devenu banal que les grands enfants, rendus au chômage et au célibat, retournent chez leurs vieux parents… même qu'une sociologue canadienne les a baptisés « la génération boomerang » : en 2013, sur 4,5 millions de majeurs vivant chez leurs géniteurs, plus d'un million avaient vécu seuls avant de revenir aux sources pour une durée indéterminée… et le nombre ne cesse depuis de croître.
A-t-on idée de s'appeler Marie-Francine ! On se doute qu'avec un nom pareil, elle a les parents assortis : une mère déjantée ravie de reprendre du service et de ressortir les vieilles gâteries infantilisantes comme si la puberté de fifille avait commencé hier, tandis que pépère grogne en permanence, vu que son train-train s'en trouve perturbé. Pas question d'ailleurs de changer leurs habitudes et de rendre sa chambre de jeune fille à Marie Francine, vu que maman y a pris ses quartiers, loin des ronflements d'un mari accro à la télé, pas fâchée d'une indépendance dont elle use avec ravissement… Et les deux s'accordent pour tenter de recaser au plus vite l'esseulée avec un gentil mari qui la prendrait en charge, organisant des rencontres qui énervent beaucoup Marie-Francine ramenée au rôle d'adolescente attardée.
Faute de trouver du boulot, elle finit tout de même par accepter de prendre du service dans la boutique de cigarettes électroniques dont ses parents lui jurent que c'est un métier d'avenir. De fait c'est là qu'elle va rencontrer Miguel, un gentil type, pas crétin du tout qui, comme elle, perdant sa copine et son boulot, est retourné vivre chez ses parents, adorable couple de travailleurs portugais à la retraite. Il n'ose pas trop lui parler de ce retour obligé au bercail, pas plus qu'elle ne l'avoue… et il n'a rien du gendre idéal dont les parents de Marie-Francine rêvaient.

C'est fendard, mais c'est aussi touchant et juste, et Valérie Lemercier réussit là un joli film dans l'air du temps, un film « à la fois personnel et populaire, Lemercier soigne les détails de sa mise en scène comme on polirait un bijou fantaisie… ». C'est le Monde qui l'écrit et on ne saurait mieux dire, on ajoutera simplement que les parents – Hélène Vincent et Philippe Laudenbach – sont formidables et drôles, et Timsit tout à fait convaincant dans un rôle de garçon qui n'a pas les caractéristique du prince charmant, mais ferait craquer la plus pimbêche des filles… avec une sorte de présence qui s'impose en douceur et en bienveillance. Quant à Valérie… on l'adore, juste, émouvante, même quand elle nous fait marrer.

CGR (Draguignan) : tous les jours à 11h, 13h50, 16h, 18h, et 20h15

De toutes mes forces
Réalisé par Chad CHENOUGA
France 2017 1h38mn
avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu, Daouda Keita, Aboudou Sacko...
Scénario de Christine Paillard et Chad Chenouga

Nassim (Khaled Alouach) est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer en banlieue. Malgré la bienveillance de la directrice (Yolande Moreau évidemment), Nassim refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre, catalogués comme des « cas sociaux ». Il s’est donc inventé une autre vie, qui n’aurait rien à envier à celle de ses potes de lycée. C’est celle- là qu’il présente maintenant aux yeux du monde et il n’y a aucune raison que ça change...

Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, celle de Paris et celle de la banlieue, celle du foyer et celle du lycée, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer... Chad Chenouga, qui a connu une trajectoire comparable à celle de Nassim, le héros, adapte ici avec Christine Paillard la pièce de théâtre qu’il a écrite et lui-même mise en scène en 2011 au Théâtre des Amandiers. Un scénario qui a valu à ses deux auteurs le Grand Prix Sopadin 2015 du meilleur scénariste, une référence.

« J’avais envie de transmettre les énergies d’un groupe d’adolescents, au travers de la danse, de leurs meurtrissures cachées, de leurs parcours chaotiques. J’avais envie aussi de raconter les deux mondes séparés de Nassim... Je voulais raconter un parcours initiatique, un moment dans la vie tourmentée d’un adolescent pas comme les autres... Comment cette année de foyer allait le changer, lui permettre de grandir.
« Tout au long du processus d’écriture, ma volonté était de prendre une certaine distance par rapport à ma propre histoire, mais en préservant la justesse de mon ressenti et de celle des personnages que l’on avait créés. Il s’agissait aussi de ne sur- tout pas tout dire, de transmettre en priorité un sentiment de vitalité plus que raconter de bout en bout les parcours des uns et des autres.
« Quand j’ai proposé à Yolande Moreau le rôle de la directrice du foyer, Madame Cousin, elle m’a dit : “Cette histoire ne raconte pas d’histoires, j’y crois”. J’étais content. » Chad Chenouga

Lorgues : mer 7 / 17h00, jeu 8 / 20h15 , dim 11 / 21h10
Le Luc
: mercredi 7/20h30, samedi10/18h30

Get Out
Get Out : Photo Allison Williams, Daniel KaluuyaÉcrit et réalisé par Jordan Peele
USA 2017 1h44mn
avec Catherine Keener, Bradley Whitford, Daniel Kaluuya, Allison Williams...

Un thriller horrifique réjouissant qui, faute de renouveler le genre, utilise une thématique ethnique qui renouvelle l’utilisation d’un casting noir dans le cadre d’une production hollywoodienne. Foncez !

Un jeune afro américain, lors de sa visite sur le domaine de la famille blanche de sa petite amie, va vite se rendre compte de la sinistre raison cachée derrière cette invitation. Couple mixte, Chris (Daniel Kaluuya) et sa petite amie Rose (Allison Williams) filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy (Catherine Keener) et Dean (Bradley Whitford) lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable. C’est beau, léché, avec un piqué de cinéma qui redore le blason du cinéma de genre, loin des found-footages habituels auxquels Blumhouse Productions nous avait habitués tout au long de la décennie. Get out, c’est en fait le retour aux thrillers pavillonnaires anxiogènes des années 70-80, ceux qu’affectionnait un certain John Carpenter dans Halloween : la nuit des Masques, avec le même sens de l’espace, ample et structuré.

La banlieue américaine (Suburb, en VO) est le cadre du film de Jordan Peele, cet espace sans problème des productions Amblin Entertainment, ciment de la "whitocracy" où la diversité, amorphe, est un concept urbain lointain. Avec une ironie féroce, le cinéaste y injecte la menace noire, ce cliché défavorisé des quartiers pauvres de la ville, cet élément de résistance à l’hégémonie blanche, qui pourrait être un avatar de gang, ou, pourquoi pas, un élément comique de seconde catégorie pour suspendre la tension dans des gags vaseux. Il n’en sera rien.
Le protagoniste principal a l’intelligence de sa conscience, celle d’un jeune homme bien dans ses baskets, avec une vraie épaisseur psychologique, conscient qu’en se rendant chez les parents "blancs" de sa copine, dans une banlieue tranquille, il va se frotter aux stéréotypes racistes d’une catégorie bien-pensante de la population.

Ce qui aurait pu être une version ethnique de Mon beau-père et moi se transforme en une virée paranoïaque dans l’enfer blanc d’une population repliée sur sa communauté, avec ses modes de pensées où l’ébène interpelle avec la complaisance de la hiérarchie sociale, mais aussi physique. Pourtant loin d’une simple chasse à l’homme noir, la virée lynchienne de Jordan Peele dans cet univers barré, se joue des codes de couleurs pour présenter la différence ethnique comme une norme sociale et culturelle, basée sur la relativité. Le protagoniste principal joué par un quasi inconnu - Daniel Kaluuya, absolument épatant -, apparaît plus équilibré que n’importe quel autre élément de casting, blanc ou noir. Autour de lui, tous les représentants de la communauté noire, chez les parents de la petite-amie, semblent avoir subi un lavage de cerveau ahurissant ou sont sous l’influence des séances d’hypnose de la mère, psychiatre mal-intentionnée, jouée par Catherine Keener, complètement allumée.
Naît de ce décalage entre la normalité du héros et la dégénérescence de cette belle famille au protocole étrange, une ironie forcément savoureuse qui apporte un humour salvateur, au milieu de moments flippants ou à la suite de scènes d’angoisse pétrifiantes, à l’esthétique sombre d’un Under the Skin.

Avec plus de 170M$ au box-office américain, Get Out est devenu un phénomène. Plus gros succès du producteur Jason Blum (Split, Paranormal Activity, Insidious), carton historique pour le cinéma d’épouvante (on a - à peu près- jamais vu ça !), Get Out a tout d’une date maline dans son genre et les Français devraient se ruer sur l’électro-choc. (àvoiràlire)

Lorgues : mer 7 / 21h10   VF, sam 10 / 20h00   VOST


Le Professeur de Violon
Réalisé par Sérgio Machado
Brésil 2016 1h40mn VOSTF
avec Elzio Vieira, Fernanda de Freitas, Lázaro Ramos, Sandra Corveloni, Kaique Jesus...

Laerte est un violoniste ambitieux qui se prépare depuis des années à passer le concours d’entrée d’un des orchestres les plus prestigieux du Brésil. Le film commence par son audition au cours de laquelle, cédant à la trop forte pression, Laerte craque et échoue sans même réussir à jouer une seule note. Sans argent et sans autre option, obligé de mentir à sa famille pour ne pas décevoir les espoirs placés en lui, Laerte accepte malgré lui d’enseigner la musique dans le quartier d’Héliopolis, l’un des plus pauvres et des plus dangereux de São Paulo. Entre le musicien désillusionné et les élèves dissipés, les débuts sont difficiles. Mais au contact de Samuel, l’un des jeunes du quartier passionné de musique et pétri de talent brut, Laerte retrouve peu à peu le plaisir de jouer, en même temps qu’il découvre la dure réalité à laquelle sont confrontés ses jeunes élèves. Et l’orchestre de fortune devient peu à peu un refuge dans lequel les notes sont de plus en plus justes…

Si la trame de cette histoire peut paraître classique, la grande réussite du film est la sincérité avec laquelle il nous plonge à la fois dans le monde de la musique et dans la ville de São Paulo. Et c’est avec beaucoup de plaisir que nous voyons les différents personnages du film, tous crédibles et touchants, s’ouvrir aux autres et s’épanouir au contact de la musique. Et si la réalité et ses difficultés reprennent souvent le dessus, cette expérience de la musique en commun restera pour chacun une promesse d’évasion… (Utopia)

Salernes : mercredi 7, dimanche 11 et lundi 12 à 18h, jeudi 8 à 20h30

Le Chanteur de Gaza

AURORERéalisé par Hany ABU-ASSAD
Palestine 2016 1h40mn VOSTF
avec Tawfeek Barhom, Kais Attalah, Hiba Attalah, Ahmed Al Rock, Abdel Kareem Barakeh, Nadine Labaki...
Scénario de Hani Abu-Assad et Sameh Zoabi

L'histoire – bien réelle – que raconte Le Chanteur de Gaza est un de ces contes trop rares qui réchauffent le cœur des peuples en souffrance. Mohammed Assaf est un enfant de Gaza, un gamin ordinaire dans ce micro-territoire le plus densément peuplé au monde. Né en Lybie en exil (le village de ses ancêtres est un de ceux qui furent détruits par les Israéliens lors de la Nakba en 1948) mais grandi dans le camp de réfugiés de Khan Younis. Enfant heureux, de parents aimants appartenant à la classe moyenne (sa mère est professeur de mathématiques), qui gagne un peu d'argent de poche en chantant de temps en temps avec sa sœur et quelques copains, dans la rue puis dans des mariage. Et qui se débat avec son petit groupe pour trouver de quoi se payer un peu de matériel de musique. Une enfance un peu tumultueuse mais somme toute heureuse jusqu'à ce qu'un drame vienne endeuiller la famille… Toute la première partie du film décrit de manière à la fois joyeuse et réaliste le quotidien de ces enfants palestiniens qui pourraient être les alter ego d'un Antoine Doinel dans Les 400 Coups.

La deuxième partie suit Mohamed désormais adulte et devenu chauffeur de taxi, qui a fait un trait sur la plupart de ses rêves d'enfant. Mais les circonstances qui dirigent la vie des hommes vont le pousser à reprendre le micro, avec la seule ambition de se produire sur des scènes locales. Mais le succès dépasse ses espérances et avec les encouragements de tous ses amis va naître un rêve fou : concourir pour l'émission « Arab Idol », l'équivalent moyen oriental de nos télé-crochets à succès « The Voice » ou « Nouvelle Star ». Autant dire que ce ne sera pas facile : tout est plus compliqué quand on est un jeune Gazaoui sans le sou. Les liaisons internet pour les présélections en visioconférence sont aléatoires et peuvent dépendre d'un groupe électrogène au fonctionnement chaotique, même quand on veut communiquer avec la Cisjordanie si proche. Se rendre en Égypte pour la sélection est une expérience longue et pleine de dangers : le passage des checkpoints, la corruption obligatoire des officiels… Et quand on arrive enfin à l'hôtel cairote qui accueille la compétition, comment réussir à faire partie des sélectionnés quand une foule de candidats potentiels fait la queue depuis des jours ?

On suit donc Mohammed qui franchit les différentes étapes de la compétition (que les allergiques aux télés-crochets se rassurent, là n'est quand même pas le nœud du film) et ce qui est formidable, c'est l'engouement que va créer son parcours dans tout le peuple palestinien, même à Gaza où en théorie le Hamas condamne la futilité de ce genre de compétitions musicales : on verra pourtant des cadres du très sérieux mouvement islamiste se débrouiller pour ne louper aucune des émissions au cours desquelles Mohammed Assaf se produit. Car Mohammed n'est pas juste un crooner de charme, il n'hésite pas à venir sur les télés arabes chanter la résistance de son peuple et ainsi galvaniser tous les téléspectateurs autour de la cause gazaouie. Et Le Chanteur de Gaza, très chouette film palestinien pour une fois visible par tous, toutes générations confondues, s'avère un joyeux chant de résistance, hommage à la liberté, à la vitalité, à la détermination de la jeunesse palestinienne.

Le Vox (Fréjus) : jeudi 8 à 21h, vendredi 9 à 15h, samedi 10 à 16h, dimanche 11 à 14h, mardi 12 à 18h30

Les Fantômes d’Ismaël
Réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2017 1h50mn
avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Laszlo Szabo, Hippolyte Girardot...
Scénario d'Arnaud Desplechin, Julie Peyr et Léa Mysius. Festival de Cannes 2017 : Film d'ouverture


Après l'oubli – assez incompréhensible – par le comité de sélection du très beau Trois souvenirs de ma jeunesse il y a deux ans, Arnaud Desplechin est de retour dans la sélection officielle du Festival de Cannes, hors compétition – il s'en fiche probablement un peu et nous aussi – mais en ouverture. Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël bien des références, des chassés-croisés, de simples clins-d’œil ou des échos plus intimes à la filmographie d’Arnaud Desplechin, et plus largement au cinéma qu’il affectionne, qui le nourrit, qu’il admire.
Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël un hommage à peine dissimulé aux héroïnes hitchcockiennes, en particulier celles de Vertigo (le personnage interprété par Marion Cotillard se prénomme Carlotta…) ou de Rebecca : femmes à la beauté excessive et sauvage ou à la grâce plus froide et discrète dont les âmes sont traversées par la passion amoureuse, les fantômes du passé ou l’éternelle question de l’identité. Mais on peut bien évidemment plonger avec Ismaël et ses fantômes en étant vierge de toutes traces cinéphiles, le voyage n’en sera pas moins agréable, ni moins fort, peut-être même sera-t-il encore plus surprenant, plus déconcertant. C’est un film à tiroirs, un puzzle, un subtil assemblage de morceaux de vies éclatés, comme Desplechin les affectionne. Un film où la fiction dans la fiction se joue de nous et des codes classiques de narration, où le fantastique n’est jamais très loin. Un récit qui caresse comme pour s’en moquer les histoires d’amour tourmentées de ces pantins faits de chair et de mélancolie, puis qui glisse doucement vers la farce avant de se tourner comme par erreur vers le film d’espionnage et de finir dans les beaux draps de la comédie dramatique, sous lesquels, immanquablement, s’agite le trio amoureux (un homme, deux femmes). Autant dire que vous serez un peu baladé au milieu de ces personnages un peu fous… fous d’amour ou de regrets, fous de l’irruption inattendue des fantômes du passé, fous de la laborieuse fabrication d’un film, fous d'être promenés dans les arcanes des services secrets internationaux…

En dire trop serait sacrilège… alors voilà ce qu’en dit le maître de marionnettes : « C'est le portrait d'Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n'y rien comprendre. C'est le portrait d'Ismaël, un réalisateur de films qui traverse sa vie sans n'y rien comprendre non plus. C'est le retour d'une femme, d'entre les morts. C'est aussi un film d'espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock… » Ismaël (Mathieu Amalric, qui ré-endosse ici l'identité d'Ismaël Vuillard qu'il avait dans Rois et reine) – pas plus que Bloom, son maître en même temps que son exbeau-père – ne se remet pas de la mort de sa jeune épouse Carlotta, disparue il y a vingt ans. Il vit cependant une relation forte avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg), astrophysicienne discrète mais passionnée : il l'aime, elle l'aime aussi, ils sont heureux, voilà tout. Mais à la veille du tournage de son nouveau film, consacré au portrait d'Ivan, personnage largement inspiré par son frère, Carlotta, pourtant déclarée officiellement morte, revient. Et bouleverse tout. Sylvia s'enfuit… Ismaël refuse que Carlotta revienne dans sa vie. Il a peur de devenir fou, s'échappe du tournage et s'enferme dans sa maison familiale à Roubaix. Peut-être qu’en tirant les ficelles des personnages de son film, loin du monde, il parviendra à recomposer les fragments passés et présents de sa tumultueuse existence… (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 7, vendredi 9 et samedi 10 à 21h, jeudi 8 à 18h15, dimanche 11 à 18h30, lundi 12 à 15h, mardi 13 à 15h et 21h

Django
Réalisé par Etienne COMAR
France 2017 1h58mn
avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya, Bimbam Merstein, Gabriel Mirété, Vincent Frade, Johnny Montreuil, Raphaël Dever, Patrick Mille...
Scénario d’Etienne Comar et Alexis Salatko


Django, dont on n'a plus besoin de dire le nom. Unique, inimitable, Django le manouche, génie de la gratte, figure incontournable de l’histoire du jazz à qui il apporta sa patte, son swing, son style, mais surtout son âme : l’âme manouche. L’âme manouche, cela pourrait être le sous-titre de ce biopic qui n’en est pas tout à fait un et qui – comme récemment Neruda et Jackie de Pablo Larrain – ne s’attache qu’à une période précise et déterminante du parcours de son protagoniste : on gagne en intensité ce qu'on perd en années… Resserré sur quelques mois, les plus sombres sans doute de la trop courte existence de Django Reinhardt (il est mort à 43 ans), le film se déroule sous l’occupation, quand Paris, étouffé par la botte nazie, tente de respirer dans les bals clandestins les derniers parfums d’une liberté confisquée.

1943. Django, au sommet de son art, reconnu, adulé, fait swinguer le tout Paris aux Folies Bergères avec son quintet. Comme bon nombre d’artistes français de cette époque, on joue devant un parterre composé en partie d’officiers allemands, sans trop se soucier du chaos lointain, ni de ce qui se trame aux quatre coins de l’Europe. Django a sa guitare, sa famille, sa canne à pêche, son public et une certaine immunité acquise par sa célébrité et son talent… Cette guerre, c’est celle des gadjos, certainement pas la sienne.
Mais l’Allemagne en veut toujours plus et l'agent du guitariste négocie avec l'occupant une magistrale tournée qui le mènerait à Berlin, orchestrée par la propagande nazie, pour le bon plaisir des hauts officiers du Reich, avec, aux premiers rangs Gœbbels et peut-être même Hitler. Flairant le danger, Django décide alors de fuir en zone libre, aidé par la belle et mystérieuse Louise De Klerk, une vieille connaissance, amatrice éclairée de jazz, reine des nuits parisiennes, admiratrice fidèle, et peut-être encore plein d’autres choses plus ou moins secrètes, plus ou moins avouables…
A Thonon-les-Bains, il va attendre plusieurs semaines le moment propice pour un passage en Suisse. Entouré de sa famille proche – sa femme enceinte, sa mère qui est aussi sa costumière et son meilleur impresario, son frère qui l’accompagne sur scène – mais aussi de sa famille de cœur et d’histoire – les habitants d'un camp tzigane rencontrés sur place – Django va découvrir la terrible réalité de son temps.

Avec ce qu’il faut de fiction et d’entorses bienveillantes à la réalité, Django nous offre le portrait admiratif – mais pas toujours aimable – d’un musicien hors norme qui va voir sa vie et son art bouleversés au contact de l’horreur en marche. Si les scènes de concerts sont remarquablement filmées et rendent toute l’énergie vitale de ce jazz manouche, la manière dense et pudique dont le film traite de l’oppression puis de l’extermination du peuple tzigane est particulièrement émouvante.
À travers ce personnage mythique interprété par Reda Kateb avec le talent, la grâce, la gouaille dandy qu'on lui connaît, Django interroge la place de l’artiste et de l’art dans ces moments terribles de l’histoire où la poésie et la liberté sont elles aussi pourchassées, parquées, exécutées. Si le film s’ouvre sur le roi du swing parisien, il évolue peu à peu vers quelque chose de plus mélancolique et se referme sur le « Requiem pour mes frères tziganes » pour orgue, orchestre et chœur. Jouée une seule fois à la Libération, cette messe funèbre dont la partition est aujourd’hui perdue fut dédiée par Django à tous les Tziganes massacrés pendant la Seconde Guerre mondiale.(Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et samedi 10 à 14h, jeudi 8 à 18h15, vendredi 9 à 15h, dimanche 11 à 16h10 et mardi 12 à 18h30


Aurore

AURORERéalisé par Blandine LENOIR
France 2016 1h29mn
avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot, Sarah Succo, Lou Roy-Lecolinet...
Scénario de Jean-Luc Gaget, Blandine Lenoir et Océane Rose Marie. Musique de Bertrand Belin

On ne naît pas femme, on le devient… On aimerait bien poursuivre la discussion avec Simone de Beauvoir : une fois qu’on l’est devenue, qu’est-ce qu’on devient ? Au nom de quelle loi naturelle le corps épanoui de la cinquantaine se retrouve-t-il mis au rancart comme une fleur fanée, une plante verte défraîchie, un vieux pot dans lequel on ne fait même plus la meilleure soupe (j’arrête là, même si on pourrait aller beaucoup plus loin dans le registre du machisme ordinaire) ? Ce sont au fond les questions que se pose Aurore, la belle, la formidable, la surdouée Aurore – surdouée, oui, on peut le dire : figurez-vous qu’elle possède le talent unique de déterminer instantanément le nombre de lettres qui composent un mot ! Vous dites « anticonstitutionnellement », elle répond illico, sans compter sur ses doigts : 25.

Avouez que ça vous en bouche un coin ! Notre Aurore qui, comme la plupart de ses amies, se trouve confrontée à la solitude amoureuse (son ex est allé voir ailleurs si l’herbe n’était pas plus verte), à la ménopause (ah ! les bouffées de chaleur), à la maternité longuement mûrie de sa fille Marina (devenir grand-mère, non merci), au départ de sa fille cadette Lucie (dire qu’il y a 16 ans, il fallait encore lui donner la becquée) et à la perte de son job (tant qu’à faire). Décidément, qu’il est beau de ne pas naître femme histoire de mieux le devenir dans une société où la féminité connaît ses brèves heures de gloire avant celles de son obsolescence programmée… Dans ces conditions, après être femme devenue, ne faudrait-il pas tout simplement : renaître ?
C’est le déclic qui s’active dans l’esprit d’Aurore lorsqu’elle croise par hasard Totoche, son amour d’adolescence, perdu de vue depuis des lustres. Chic type en l’occurrence. Médecin, prévenant, belle allure encore, une pincée de nostalgie au fond de la prunelle… Il n’en faut pas plus – ni moins – pour qu’Aurore se retrouve de nouveau saisie par ce sentiment dont elle s’aperçoit qu’il est resté intact au fil du temps. L’eau a beau couler sous les ponts, ça ne les empêche pas de tenir… Il en va de même pour l’amour, dès lors qu’on s’intéresse un peu à ce type d’architecture informelle. Et voilà qu’Aurore, éperdument « totochisée », replonge dans la frénésie romantique de ses quinze ans. De son côté, en bon mâle responsable, Totoche a construit quelques barrages et se montre moins enthousiaste. Si la vie était simple…
Mais au fond, ce qui sauve Aurore de sa solitude de cinquantenaire délaissée n’est pas tant le fait de tomber amoureuse que celui de retrouver sa dignité et son éclat, intacts, le surgissement de ses rêves de jeunesse marquant essentiellement le décloisonnement d’une destinée vouée à l’échec social, à l’acceptation résignée des stéréotypes de genre et de génération. Moralité : il n’y a pas d’âge, qu’on soit femme ou homme, pour aimer, pour être heureux, pour se connaître, pour exister. Ce qui fait de cette formidable et joyeusement subversive comédie un film à voir toutes affaires cessantes par tous les garçons et les filles de tous les âges, jeunes, plus vieux, parents, grands-parents, ados… C’est d’ailleurs la rencontre de personnages de toutes générations et la confrontation de leurs expériences diverses et variées qui permettra à Aurore d’apprendre à être en phase avec elle-même.

Agnès Jaoui, sublime Aurore, redonne de la chair et de l’esprit, des formes et du fond, à un cinéma de comédie trop souvent habité par des corps formatés et des cerveaux maigrelets : on ne se lasse pas de contempler ses hanches, ses fesses et sa poitrine de Madone, généreuses et bouleversantes, on n’en finit pas d’être épaté par sa vivacité, son naturel, son intelligence, son humour imprévisible. Bref nous sommes tous des Totoche envoyant valser la prudence et la pusillanimité (13 lettres), prêts à (re) tomber amoureux de cette magnifique femme de 52 ans. Et merci à Bertrand Belin pour la bande originale qu’il a ici composée, incroyablement subtile et vivifiante, à l’image du film ! (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 à 16h25, samedi 10 à 16h30 et dimanche 11 à 14h

Massilia Sound System - Le Film
Réalisé par Christian Philibert
Documentaire France 2016 1h40mn
avec Blù, DJ Kayalik, Tatou, Papet J, Gari...

Réaliser un film documentaire sur un groupe de musique n’est pas une première. Mais quand il est signé Christian Philibert et que ces musiciens sont ceux de Massilia Sound System, l’objet cinématographique devient un portrait collectif qui déborde largement du cadre des studios d’enregistrement, salles de concerts et autres anecdotes de tournée. Le talent de Massilia se résume en une phrase : chanter des textes identifiés à une culture régionale sur des rythmes venus d’un bout du monde avec lesquels ils n’ont en apparence rien en commun et faire ainsi la démonstration du contraire. C’est ainsi qu’est né le reggae occitan.

Des débuts en sound system dans les rues du Panier au concert anniversaire des trente ans au Dock-des-Suds, Massilia Sound System, le film feuillette un album lié à l’histoire récente de la deuxième ville de France. Une communion intergénérationnelle pour défendre une vision populaire, métissée et solidaire de la cité face à la fragmentation de la société, au repli communautaire, à la peur et au rejet de l’Autre.
Le réalisateur des Quatre saisons d’Espigoule réussit à entrer dans l’intime d’un collectif humain sans voyeurisme. Des confidences et des images d’archives, des coups de gueule et des moments d’émotion, principalement à l’évocation du regretté Lux B.

Sans financements institutionnels, le documentaire a été rendu possible grâce aux différentes sections de la Chourmo (l’équivalent d’un club de supporters du groupe) et aux contributions de centaines de donateurs via une plateforme participative. Aujourd’hui, il appartient à toutes celles et tous ceux qui, durant les trois dernières décennies, ont mis leur grain de oaï dans le bouillonnement politique, social et culturel d’une aventure qui n’est pas prête de se terminer.

(T. Dalicante, Zibeline)

CGR (Draguignan) : jeudi 8 à 20h15


L'Amant Double
Écrit et réalisé par François OZON
France 2017 1h47mn
avec Marine Vacht, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer, Dominique Reymond...
Librement adapté du roman Lives of the twins de Rosamond Smith alias Joyce Carol Oates. Festival de Cannes 2017 : sélection officielle, en compétition

Comment se réinventer à chaque film ? Quelques mois seulement après la sortie de son précédent opus, François Ozon remet du gaz dans ses turbines à fiction, pousse le manche à fond et le curseur dans le noir foncé… Lointainement inspiré d’un obscur roman policier de Joyce Carol Oates (publié sous le pseudo de Rosamond Smith), L’Amant double décrit à sa manière les paradoxes d'Ozon, sa gémellité avec un autre lui-même, tordu et alambiqué, quand son apparence tenterait de nous vendre un premier de la classe, gendre idéal et auteur mainstream divertissant. Après l’œuvre romanesque à laquelle se prêtait un fiévreux Pierre Niney dans Frantz, voici une histoire qui invite à des lectures superposées du réel et s’amuse à nous embrumer de ses fausses pistes.
Une jeune femme, Chloé, en proie à d’importantes poussées dépressives, débute une psychothérapie. Proie idéale d’un bon vieux transfert, elle tombe raide dingue de Paul, son psy, et s’installe bientôt avec lui. Mais, intriguée par plusieurs incohérences biographiques de son amant, elle en vient à s’interroger sur une possible double vie de celui-ci. Réalité ou fantasme ?

Ce n’est pas tant, dans L’Amant double, les ressorts de l’intrigue qui nous accaparent que la savante horlogerie scénaristique qui va faire basculer ce thriller érotique en une fable tordue sur les pouvoirs de l’imaginaire et la transcendance dans la névrose. Orchestré comme une véritable enquête policière (mais une enquête intime où le corps serait autant l’objet du crime que son arme fatale), le film déroule son programme de révélations avec une science toute chirurgicale. Aux images rassurantes du petit couple modèle (la belle jeune fille idéaliste et le psy attentif) succèdent peu à peu les séquences enfonçant l’intrigue dans un trouble de plus en plus intense et volontiers malsain… Que veut exactement Paul ? Quel est le sens de ce passé qu’il tenterait, selon Chloé, de cacher ? Où se situe la ligne de démarcation entre le réel et le fantasme ?
Comme toujours chez Ozon, l’image est belle et l’auteur applique ce bon vieux précepte : plus l’histoire s’enfoncera dans le malsain et l’inquiétude, plus l’esthétique générale devra être léchée et rassurante. Lignes claires, symétries harmonieuses et torsions mentales meurtrières… Et, comme souvent chez l’auteur, les références cinéphiliques deviennent vite un moteur créatif : Hitchcock pour la précision mécanique, Polanski pour le désordre domestique et Cronenberg pour tout ce qui pourrait relever du spoiling si nous allions plus loin… Disons juste que, en cette affaire, rien ne pourra nous rassurer dans ce que nous avions envisagé et que le tandem Marine Vacth/Jérémie Rénier s’amusera à nous laisser croire à ce que la bande-annonce avait tenté de nous vendre…

Film puissant qui invite l’inconscient au banquet des amours frustrées, poème tordu pointant les bases cliniques de la passion, fable sexuelle qui joue des faillites du désir et des charmes menteurs de la possession, L’Amant double est sans doute le plus ozonien des films de son auteur. Peut-être même un film sur le rapport à son œuvre et à la lecture contradictoire qui en est faite par le public, la critique et son auteur. Et il assène cette vérité aussi fascinante que dérangeante, l’une des multiples définitions du cinéma : un plaisir solitaire vécu en groupe où l’on croit regarder les plaies du héros quand ce sont ces mêmes plaies qui nous regardent…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et samedi 10 à 16h10, 18h30 et 21h, jedui 8 et mardi 13 à 15h et 21h, vendredi 9 à 18h15 et 21h, dimanche 11 à 14h, 18h30 et 21h, lundi 12 à 15h et 17h45
Cotignac : jeudi 8 à 18h et 20h30


Rodin
Écrit et réalisé par Jacques DOILLON
France 2017 1h59mn
avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Bernard Verley, Anders Danielsen Lie...
Festival de Cannes 2017 : Sélection officielle, en compétition

La tradition veut qu'un film ne soit pas montré avant sa première projection dans le grand palais des Festivals lorsqu'il est sélectionné pour la compétition cannoise. Mais des rumeurs nous parviennent qui laissent présager le meilleur, pour un sujet de taille : Rodin, formidable personnage dont Lindon semble être le double, tourmenté, passionné, acharné au travail et amoureux de la glaise qui le rattache à cette terre… matériau que Rodin place avant tous les autres dans sa hiérarchie personnelle, devant le bronze, la pierre, le bois, l'or même. Une glaise qu'il pétrit, caresse, frappe, plie, bat revenant sans cesse sur son ouvrage, des mois, des années, jamais satisfait… à quel moment une œuvre a-t-elle atteint sa plénitude ?

Paris 1880, quand commence le film, le talent Rodin commence à être remarqué et il reçoit à quarante ans sa première commande de l'État, initialement destinée au Musée des arts décoratifs : la porte de l'Enfer, inspirée par « L'Enfer » de Dante où souffrent pour l'éternité les hommes punis pour avoir cédé à leurs passions, le deuxième cercle étant réservé à ceux qui se sont laissés emporter par leurs désirs charnels, bousculés pour l'éternité par un tourbillon venteux qui semble animer cette œuvre gigantesque de 6 mètres sur 4 qu'il retouchera jusqu'à sa mort et qui ne sera fondue en bronze qu'une dizaine d'années après sa disparition.
Rodin, le sensuel, l'infidèle, restera toute sa vie avec la même femme, Rose Beuret, rencontrée alors qu'à vingt ans elle était apprentie couturière. Elle devint son modèle, puis leur relation devint plus routinière. Grande fille terrienne à la forte présence, c'est elle qui entretenait l'atelier, préparait à manger pour tous ceux qui venaient travailler avec le Maître et les maternait tous, fidèle à cet homme impossible à combler et qui n'a jamais cessé jusqu'à son dernier souffle d'être amoureux des femmes : quand Camille Claudel vient le voir dans son atelier, elle ne veut rien d'autre que sculpter. Il a 42 ans, elle en a tout juste 19, elle est pleine de vie et sa fantaisie joyeuse, l'intensité de son regard séduisent Rodin autant que son talent. Elle sera sa muse, son apprentie, sa collaboratrice, sa maîtresse… Suivront dix ans de passion partagée, d'admiration réciproque, de complicité auxquels Camille mettra un terme.
« Je suis venu chez vous, lui dira celui qui fut un temps son secrétaire, Rainer Maria Rilke (qu'on retrouve dans le film Lou Andreas-Salomé dans cette même gazette), pour demander comment il faut vivre. Et vous m'avez répondu : en travaillant ». Une réponse que Doillon reprend à son compte, dans un film exigeant tourné dans les lieux mêmes ou vécut Rodin : sa maison de Meudon. On imagine qu'il n'est pas anodin de se glisser ainsi dans des lieux empreints d'une telle présence : le lit qui trône dans la chambre était celui de Rodin, il mangeait assis à la table de la salle à manger et l'atelier où Lindon s'affronte à la glaise est celui où il travaillait, accueillait ses assistants, ses visiteurs… on imagine qu'il ne pouvait que se produire une forme d'identification qui se ressent à travers des images dont les couleurs ne sont jamais agressives, mais sensuelles, fortes et douces. Troublant voyage dans le temps que la vision de la silhouette de Lindon rend encore plus concret tant il semble « ancré au sol », familier de ce décor.

Toutes les œuvres du film ne sont pas des originaux, mais des reproductions réalisées par une dizaine de sculpteurs qui restituent les étapes et mécanismes de la création avec toutes les techniques qu'utilisait Rodin : assemblage, fragmentation, agrandissement : ne pas trahir les gestes, donner à sentir l'œuvre de création en train de naître. Le musée Rodin a ouvert son immense documentation, prêté sculptures, outils ou accessoires, ajoutant à la touche poétique et humaine un petit plus d'authenticité.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et samedi 10 à 14h, 18h30 et 21h, jeudi 8 et vendredi 9 à 15h, 18h15 et 21h, dimanche 11 à 16h, 18h30 et 21h, lundi 12 et mardi 13 à 15h, 18h30 et 21h


Psiconautas
Écrit et réalisé par Alberto VASQUEZ et Pedro RIVERO
Film d'animation Espagne 2016 1h15mn VOSTF
D'après le roman graphique d'Alberto Vasquez. PAS DU TOUT POUR LES ENFANTS


Sur une île ravagée par une catastrophe écologique, les habitants tentent de survivre vaille que vaille ; les adultes veules ou malades en niant la réalité, leurs enfants en rêvant de s'enfuir par tous les moyens, fussent les plus dangereux. Birdboy s'envole à tire d'aile dans les paradis artificiels quand sa meilleure amie Dinky entreprend une quête périlleuse dans les zones dévastées, à la recherche d'une embarcation pour mettre les voiles vers de plus vertes prairies. Mais partout le danger rôde, et plus pernicieuse encore, la désolation, qui transit les cœurs et dévore les espoirs…

Rien n'est plus difficile que d'avoir les mots juste pour bien parler de poésie, et Psiconautas, tout à la fois fable dystopique sur notre monde finissant et portrait de la génération qui en hérite, en est un exemple chimiquement pur : un poème d'une beauté poignante, dont le résumé de l'intrigue ne donne aucune idée des merveilles qu'il recèle.
Psiconautas est à la croisée des chemins entre le conte et le film post apocalyptique. Un conte avec ses personnages, animaux anthropomorphiques : Birdboy l’oiseau, Dinky la souris, une lapine possédée par un démon et un cochon trafiquant de drogues. Cette petite bande forme les « psychonautes », ces « enfants perdus » du titre original, dont le récit choral nous parle à mots couverts de notre propre monde. C’est également un film post apocalyptique car on en retrouve les principales caractéristiques : l’isolation, la fin du monde, les luttes entre clans, la dégénérescence et la violence. Psiconautas invente sa propre forme en instillant une mélancolie traversée de fulgurances visuelles. Récit complexe et psychologiquement profond, le film évoque tour à tour les questions de la filiation, des responsabilités qui échoient aux générations futures et à l’impossibilité d’y faire face. Il est aux antipodes du tout-venant de la production « mainstream » qui caresse le public dans le sens du poil, surtout quand il est question de films d’animation.

Psiconautas est rugueux, âpre et désespéré, à l'image de son personnage le plus emblématique, Birdboy, l'oiseau mutique au regard vide qui gobe des cachets dans l'espoir de fuir le passé et sa destinée christique, au risque de libérer ses démons intérieurs. À l'image aussi de son parti-pris esthétique, refusant la facilité de l'animation numérique au profit d'un dessin crayonné tantôt monochrome, charbonneux, tantôt pétant de couleurs, qui vous happe et vous entraîne dans des hallucinations cauchemardesques dont vous sortirez d’autant moins indemne que vous garderez à l'esprit que cette île est notre monde, celui que nous avons bâti et détruit, et qu'il n'en existe pas d'autres.

Si certains ont évoqué à l'occasion d'une projection dans les festivals où ce film a concouru (et remporté de nombreux prix) les influences de Lewis Carrol et Guillermo Del Toro, j'y retrouve pour ma part davantage celle d'un Dali, et surtout celle encore plus espagnole d'un Goya, sans omettre le « climax » du film qui m'évoque implacablement le Guernica de Picasso, rien que ça ! Psiconautas est un chef-d’œuvre à marquer d'une pierre blanche, et si vous ne me croyez pas, tentez l'expérience, croyez-moi on en reparlera ! (Utopia)

Cotignac : lundi 12 à 20h30

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

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