Au(x) cinéma(s) du 7 au 13 novembre 2018

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord un rappel de nos prochaines soirées. Le 18 novembre nous aurons en séance unique le Poirier sauvage réalisé par Nuri Bilge Ceylan, réalisateur turc qui avait eu la palme d'or avec le film Winter Sleep.
Le 2 décembre aura lieu la soirée avec deux films : Girl  et Leave no trace avec l'apéritif habituel entre les deux.  Et pour clore l'année 2018 le 16 décembre vous pourrez voir Mektoub my Love le dernier film d' Abdellatif Kechiche.
Cette semaine à  CGR  dans le cadre du ciné club ils nous proposent Blackkklansman, le dernier Spike lee:  souvent très drôle et  volontairement provocateur le film n'en demeure pas moins plein de suspense, radical et militant et dans leur programmation de la semaine : L'homme pressé inspiré du drame qu'a vécu un grand patron d'industrie Christian Streiff , incarné par Fabrice Lucchini .
A Lorgues Girl (que vous pourrez voir bientôt début décembre à CGR dans le cadre d'une soirée organisée par Entretoiles) un  portrait naturaliste, factuel, donc cru, d'une adolescente transgenre en quête d accomplissement professionnel et Dakini un premier film qui nous vient du Bouthan .
Au Vox  Un amour impossible, adaptation éponyme du roman de Christine Angot qui raconte l'histoire d'une femme - sa mère- sur plusieurs décennies,  le procès contre Mandela et les autres, un documentaire qui met en lumière le courage des combattants anti-apartheid dans l’Afrique du Sud des années 50, En liberté ( aussi à Cotignac), un chassé croisé ébouriffant de drôlerie , Cold war ’histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais  gangrené par la montée du stalinisme.
Enfin à Salernes  Under the tree , une comédie noire islandaise à mi chemin entre féroce satire sociale et thriller glaçant.
 
 

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 
 
 

BLACKKKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

 

 

 

 

 

Mais bon sang qu'on est  heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansmanné de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai ! Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil Rights Act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquée de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement une distance entre la théorie de l’égalité des Afros-américains et la mise en pratique en terme de droits, de traitement et de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolué de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

 Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques .(Utopia)

 

 

 CGR  mer 7/22h05    jeu/20h   ven 10h45   sam 22h05    lun 17h45

 

UN HOMME PRESSÉ

Écrit et réalisé par Hervé MIMRAN - France 2018 1h40mn - avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder, Yves Jacques, Micha Lescot... Scénario d’Hervé Mimran et Hélène Fillière, d’après le livre de Christian Streiff.

Que l’on soit inconditionnel de Fabrice Luchini ou pas, qu’il vous agace, vous éblouisse ou vous laisse de marbre, nul ne peut contester son talent hors pair quand il s’agit de manier les mots, ceux des autres en particulier, ou les siens, qu’il sait si parfaitement agrémenter de citations distillées avec gourmandise. Il est sans doute l’un des seuls comédiens français à maîtriser aussi bien cet art oratoire, l’un des seul aussi à le mettre en avant dans chacun de ses films, quelle que soit la nature du récit ou le profil de son personnage.
« Ce serait un film où Fabrice Luchini serait incapable d’aligner deux mots » ! On se dit bien que c’est le genre d’idée un peu saugrenue qui a dû jaillir de l’esprit des scénaristes d’Un homme pressé, flairant là, et à raison, la matière première d’un numéro d’équilibriste dont l’acteur a le secret. Luchini qui a perdu de sa superbe ? Pas tout à fait, car même quand il s’emmêle les pinceaux, même quand il perd ses mots, le maître le fait avec panache et virtuosité, avec ce timbre de voix reconnaissable entre tous. Impossible donc de séparer cette comédie de son interprète principal, il est la colonne vertébrale du film, sur qui tout repose, vous voilà prévenus.

Ce n’est donc pas un mystère, Alain est un homme pressé. Ce n’est pas qu’il subisse le rythme de sa vie sans pouvoir rien faire pour le ralentir, non, il est pressé et il aime ça. Il ne vit d’ailleurs que pour ça : courir, du matin jusqu’au soir, et remettre ça le jour suivant, et puis celui d’après et cela depuis des années. Alain n’est pas marathonien mais homme d’affaires, secteur industriel, le genre à se déplacer avec chauffeur, le genre à avoir des costards taillés sur mesure et un bureau avec vue sur le monde qu’il domine, forcément, du haut de son arrogance. Enfin, ça, c’est la version « Valeurs Actuelles » du type. Car côté pile, c’est un autre visage. Il vit seul, forcément, avec sa fille qu’il a négligé toute son enfance, forcément, et qui lui en veut à mort, bien évidemment. 
Mais les bonnes choses ont toujours une fin et il en est des hommes d’affaires comme des entreprises cotées au Cac 40 : parfois, le système défaille, le train de la belle réussite capitaliste déraille et se mange le décor, emportant la belle moquette du bureau, les couvertures de magazines et les pompes italiennes à deux smics. Dans le monde merveilleux du business, ça s’appelle une crise financière ou un krach boursier, dans le monde merveilleux du cerveau survolté d’Alain, ça s’appelle un AVC.
Voilà donc notre homme passablement dans les choux, ne pouvant plus prononcer deux mots sans se prendre les pieds dedans, cafouillant, hésitant, buttant et trébuchant sur le vocabulaire le plus basique qu’il va joyeusement se réapproprier en mode almanach vermot. Heureusement, il croise la route d’une orthophoniste dévouée qui va tenter de l’aider à remettre consonnes et voyelles en place.

L’histoire est bien entendu écrite d’avance : sans son arrogance, sans sa superbe, sans ses qualités oratoires, le bonhomme va tomber de son piédestal, se retrouver à poil, pile sur la face qu’il avait jusqu’alors négligée, celle de sa vraie nature. Luchini est à la hauteur de l’exercice qui lui est demandé : être drôle avec les mots, en faire beaucoup, mais point trop quand même. Il excelle dans ce numéro de clown brillant qui tombe le masque et aligne son texte, même quand il n’a pas de sens, avec une facilité déconcertante qui fait mouche à tous les coups. C’est sûr, ce type est capable de vous réciter l’annuaire comme s’il s’agissait d’À la recherche du temps perdu !  (Utopia)
 
CGR 
tous les jours  à partir de mer 7/ 11h  13h50  16h  18  h  20h10  22h20

 

DAKINI

Écrit et réalisé par Dechen RODER - Bouthan 2016 1h58mn VOSTF - avec Amyang Jamtsho Wangchuk, Sonam Tashi Choden, Chencho Dorji

C’est un film comme un voyage… un voyage aux confins d’un monde troublant et mystérieux, un monde où la spiritualité est tout sauf un vain mot. Ici, sur les terres du Bouthan, le détective Kinley enquête sur une bien étrange disparition, celle d’une nonne bouddiste, figure emblématique d’un monastère. Au village, tout le monde lui parle d’une certaine Choden, une jeune femme à la beauté troublante qui serait en réalité une « sorcière » et se serait volatilisée en même temps que la victime… Au fil de ses recherches, il va croiser sa route, comme un hasard, et nouer une alliance houleuse avec elle. Mais le hasard existe-t-il vraiment ? Ne serait-ce pas plutôt un signe du destin ? Et qui se cache vraiment derrière cette femme au charme envoûtant ? N’a t elle pas des pouvoirs surnaturels ? Au gré de leur voyage, Choden va lui raconter l’histoire des « Dakinis », ces femmes éveillées, bouddhistes, dotées pouvoir et d’une profonde sagesse… Kinley croit alors entrevoir la résolution de l’enquête.

« La “dakini” est un personnage difficile à dépeindre, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Le terme fait généralement référence à des femmes bouddhistes éveillées, de pouvoir et de sagesse. Mais il peut définir bien plus. Les dakinis peuvent être des humaines, des déités ou encore des divinités, selon leur histoire et la façon dont on l’interprète. On nous dit même que les dakinis peuvent être en chacun de nous.
« Ayant grandi au Bhoutan, j’ai eu la chance d’entendre de nombreuses histoires de dakinis racontées par ma mère. La plupart du temps, dans le Bhoutan moderne, les histoires sur les dakinis ne se propagent plus vraiment, laissant ironiquement leur place au gène masculin dans les histoires de notre passé.
« Lorsque j’ai pu rencontrer une femme qui avait ce pouvoir de dakini, j’ai compris que ces histoires étaient bien plus que des fresques sur les murs des temples ou des textes dans les vieux écrits. Ce sont des faits réels de la force féminine, de leur bravoure de leur compassion et de leur sagesse. Le devoir de mémoire et d’acceptation des dakinis devient de plus en plus important. En tant que bouthanaise, en tant que femme et en tant qu’humaine. Et pour Kinley accepter les dakinis est peut-être le seul moyen de commencer à comprendre son enquête.
« Au Bhoutan, la littérature et les médias nous ont habitués à un regard masculin, et cela m’a incitée à choisir un homme comme protagoniste de cette compréhension et découverte. Je n’ai jamais été éveillée et je n’ai jamais aspiré à le devenir. Je serais incapable de raconter l’histoire de l’illumination, mais peut-être celle de sa rencontre. » Dechen Roden(Utopia)

 

LORGUES

 

ven 9/18h15  lun12/18h35

 

GIRL

Lukas DHONT - Belgique 2018 1h45mn - avec l'extraordinaire Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart, Tijmen Govaerts, Katelijne Dhaenens... Scénario de Lukas Dhont et Angelo TijssensFestival de Cannes 2018 : Caméra d’or – Prix de la Critique Internationale – Prix d'interprétation Un certain regard pour Victor Polster.

 

 

C'est un premier film magistral qui voit l'avènement d'un grand cinéaste et d'un grand acteur qui est tout autant une grande actrice. Le divin Victor Polster qui incarne Lara (et en a l'âge) est avant tout danseur mais ce serait vraiment dommage pour le cinéma s'il cessait de tourner…
Rigueur, ténacité, féminité, témérité… autant de qualités que Lara doit cultiver pour atteindre son inaccessible rêve : devenir danseuse étoile ! Il lui faudra même plus encore : le goût du sacrifice. Pourtant Lara, la douce, la studieuse, la gracieuse Lara, du haut de ses 15 ans, a déjà tout pour devenir une superbe jeune femme sauf… un petit appendice superflu entre les jambes, qui l’a faite garçon dans son corps alors qu’elle se sait fille dans sa tête, un grain de sable qui enraye ses projets de vie et qu’elle doit éradiquer. C’est un véritable parcours de la combattante qu’elle mène avec acharnement, faisant fi des obstacles, obstinément, se moquant des moqueries, essayant d’ignorer les regards qui la toisent. Lara force notre respect. Sa famille aussi d’ailleurs : tous s’arc-boutent la tête haute pour défendre cette fille pas tout à fait comme les autres, l’épaulant sans faiblir dans l’adversité, en particulier son père Mathias (Arieh Worthalter, exceptionnel). Admirable en tous points, il s’efforce de ne pas céder aux angoisses légitimes qui le transpercent parfois devant le choix définitif de son enfant, faisant taire sa peur face à l’opération irréversible qui sonnera le glas d’un possible retour en arrière. Peut-être aura-t-il fallu du temps à Mathias pour comprendre, accepter mais si le doute l’assaille, jamais il ne le fait peser sur les jeunes épaules de Lara, ni n’essaie de la convaincre. Mû par une confiance absolue en sa progéniture, il incarne à lui seul cet amour inconditionnel qui choisi d’accompagner plutôt que de gouverner.

Plongés dans l’intimité de la petite famille monoparentale, nous sommes bluffés par tant d’ouverture d’esprit, de tolérance, même si elles ne font pas tout, même si Lara ne mesure pas toujours la chance qu’elle a d’être tombée dans un foyer capable d’une telle qualité d’écoute. Même Milo, son cadet, qui n’a pourtant pas encore l’âge de raison, semble accepter sans broncher que son grand frère soit en définitive une grande sœur. Il apparaît comme une évidence que Lara est celle qui apporte le supplément d’âme féminine qui manquait à la maisonnée. Les câlins du soir qu’elle prodigue à son petit frère ont une saveur maternelle rassurante dans laquelle il peut s’endormir réconforté, sans craindre le loup qui rôde dans les bois sombres des contes. 
Alors que sonne l’heure d’une nouvelle rentrée scolaire, c’est un nouveau départ qui s’annonce. Lara, qui vient d’être acceptée (à l’essai) dans une des plus prestigieuse école de danse de Belgique, est dans les starting-blocks. Elle a huit semaines pour démontrer à l’établissement qu’elle pourra se mettre au niveau des autres ballerines qui ont démarré la danse classique bien plus jeunes. Lara piaffe également d’impatience face aux effets du traitement hormonal qui tardent à être flagrants. Chaque jour elle guette les métamorphoses de son corps trop grand qu’elle s’apprête à torturer pour qu’il rentre dans le moule de ses désirs. Avec un acharnement violent, voilà notre donzelle qui s’escrime à faire des pirouettes ambitieuses, refuse de voir le monde autrement qu’à hauteur de pointes…Tandis que son entourage suit comme il peut…

Jamais film ne fut si proche d’un corps adolescent en pleine mutation, de sa réalité. Il imprègne jusqu’à nos chairs de son mal-être intégral mais surtout de sa fougue impérieuse à vouloir corriger certaines erreurs de la nature, quel qu'en soit le prix à payer. C'est très beau, c'est très fort et particulièrement émouvant. Un premier film en tous points remarquable, décidément. Utopia

 

LORGUES

mer7/ 18h     ven9/21h15    sam/16h   dim/20h    lun/21

 

UN AMOUR IMPOSSIBLE

Catherine CORSINI - France 2018 2h15 - avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth, Coralie Russier... Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss, d'après le roman de Christine Angot.

 

C’est une chanson qui rôde dans les têtes… « Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour… ». Remontent à la surface les souvenirs : « … un amour éternel et banal, qui apporte chaque jour tout le bien tout le mal… Avec les soirées d’angoisse et les matins merveilleux »… Une ritournelle qui guide les pas de Rachel et Philippe sur le parquet de leur premier bal, enlacés et émus, oublieux de la foule, tourbillonnant au gré des caprices d’une « flamme qui enflamme sans brûler ». Comme dans le livre de Christine Angot, c’est la voix neutre de Chantal, l’enfant devenue adulte issue de cette union, qui met en scène leur rencontre « inévitable ». Tout ce qui semble alors simple et limpide ne va cesser de se brouiller et on va être projeté bien au-delà d’une amourette classique. Dans son sillage, c’est l’histoire de toute une époque, d’un climat, de la place des femmes, d’une lutte des classes sourde, peu avouable.


Quand Rachel croise Philippe pour la première fois, elle travaille déjà depuis des années à la sécurité sociale. Lui est fils de bourgeois. Il occupe un premier emploi de traducteur après des années d’études, mais avance déjà avec l’aisance de ceux qui surplombent le monde. Premiers baisers délicats, ébats passionnés. Très rapidement Philippe énonce les règles. Il n’a pas l’intention de se marier, pas plus que de rester à Châteauroux. Rachel, elle, se gorge de tout ce qu’il lui fait découvrir, curieuse d’une culture à laquelle elle n’avait jamais eu accès. Elle aime jusqu’à oublier de se protéger. « Il était rentré dans sa vie, elle ne le voyait pas en sortir » constate la voix off… On pressent le drame. Pourtant il n’aura pas lieu. Du moins, pas celui-là, pas celui que l’on croit. Il n’y aura ni pleurs, ni cris, ni guerre déclarée, quand Philippe partira. Il ne laissera à Rachel que de bons souvenirs et un ventre qui ne cesse de gonfler. Naîtra Chantal. Chaque jour Rachel cultivera pour elle l’image d’un père merveilleux, aimant. De loin en loin, elle insistera pour que Philippe vienne voir son enfant, pour qu’il en soit le père, même à distance. Et surtout pour qu’il lui donne son nom…

C’est le portrait avant tout d’une femme surprenante, faussement docile, non violente, aimante, forte sous son éternelle douceur. Un être digne qui avance la tête haute, assumant résolument son statut de fille-mère à une époque où cela était impensable, assumant le fruit d’un amour qu’elle ne reniera jamais. C’est aussi l’histoire d’un jardin d’Eden perdu à jamais, d’une violence faite à une petite fille qui deviendra une écrivaine et fera de ses mots une arme universelle. Il y en eut rarement de plus justes pour parler de la passion fusionnelle qui unit et sépare mères et filles. Car le véritable amour impossible, c’est aussi sans doute celui-là.
C’est fort, c’est beau, ça nous cueille-là où on ne l’attendait pas. C’est de l’Angot, c’est du Corsini ! C’est puissant comme l’était La Belle saison, le précédent film de la réalisatrice. C’est porté par des acteurs inspirés : Virginie Efira est une Rachel tout bonnement sublime, atemporelle. Les actrices qui donnent chair à Chantal à tous les âges de sa vie (elles sont quatre) sont justes et spécialement l'adolescente Estelle Lescure (une véritable révélation !). Quand à Niels Shneider, il porte dans son jeu la touche assassine, celle qui nous fait frémir et nous tient en haleine tout au long du récit. On a beau percevoir le revers cynique et pervers de son personnage, il n’en reste pas moins attirant, il incarne la séduction absolue, celle contre laquelle ni Rachel, ni Chantal ne sont armées pour lui résister. Le serions-nous nous-mêmes ?  (Utopia)

 

LE VOX

 Mer  7/13h50  18h  20h45

jeu 8 / 13h50  17h  20h

ven 9/13h50  17h  20h45

 sam 10/13h50  16h  20h45  

dim 11/  15h50  20h15

lun12/ 14h 17h 20h

 mar 13/15h40 18h20 20h30

 

LE PROCÈS CONTRE MANDELA ET LES AUTRES

Nicolas CHAMPEAUX et Gilles PORTE - documentaire France / Afrique du Sud 2018 1h45 VOSTF - Dessins et animation de OERD.

 
Il y a des hommes qu’on n’oublie pas, des paroles qui résonnent bien au-delà de leur temps. Quand on entend la voix de Mandela, on sait instinctivement qu’elle restera. Mandela, l’apartheid, l’ANC… on a l’impression de connaître… Une certitude qui explose en plein vol dès qu’on pénètre dans l’enceinte du tribunal de Pretoria qui, au terme d'un procès qui dura d'octobre 1963 à juin1964, condamna Nelson Mandela et sept de ses huit co-accusés, dont l’Histoire et le bon sens populaire n’auraient jamais dû oublier les noms. Comme eux, nous voilà minuscules et démunis face aux bras menaçants d’une justice partiale qui semble, dès les premiers instants du réquisitoire, avoir déjà tranché leurs cas et bientôt leurs têtes. Les chefs d’inculpation tombent tels d'implacables couperets : destruction, sabotage, attentat, violence contre la nation et ses fonctionnaires, actions menées au prétexte douteux d’émanciper quelques « semi-barbares » colorés du « soi-disant joug de la domination de l’homme blanc »…
Mais là où le commun des mortels aurait fait profil bas et appelé à la clémence, les accusés, contre l’avis même de leurs avocats, décident de plaider non coupables. Ensemble, déléguant Mandela comme porte-parole, ils retournent la situation, s’attaquent à leurs accusateurs, leur procès devient dès lors celui de l’apartheid. Désormais tout un pays a les yeux rivés sur eux et nous avec. Le récit est de bout en bout palpitant, prenant, bouleversant. 

Ce film formidable tient du miracle quand on sait que du célèbre procès de Rivonia, il ne restait que peu de traces accessibles. Il aura fallu plus de cinquante ans et le travail acharné de chercheurs de l’INA pour que les archives sonores soient enfin restaurées. Aucune image : juste des mots, rien que des mots, mais quels mots ! Ils dégagent toujours la même puissance, on les écoute le souffle retenu pour ne pas en perdre un seul.
Ce ne sont pas uniquement deux réalisateurs talentueux qui nous restituent ce pan essentiel de notre histoire, qui restera désormais gravé au plus profond de nos âmes, indélébile… C’est toute une équipe de virtuoses qui mettent leur art de la narration au service d’un même engagement : porter la voix de ces hommes, de ces femmes, de ces familles hors du commun. Se substituant aux images manquantes, les somptueux dessins de Oerd, qu’on croirait tracés au fusain, tantôt narratifs, tantôt abstraits, drapent l’atmosphère d’un noir d’encre intemporel, sans se départir d’une note d’humour salutaire, pendant que la musique d’Aurélien Chouzenoux nous plonge dans une ambiance sonore plus juste que nature. Une symbiose mise en valeur par le travail de la monteuse Alexandra Strauss (celle de I am not your negro…) qui jongle avec maestria entre images d’archives, animation, interviews récentes des avocats, des épouses, des enfants, des trois accusés toujours vivants… Ensemble ils tissent un pont entre les époques, donnent chair aux personnages qui nous deviennent aussitôt familiers. Avec eux, on s’indigne. Avec eux, on frémit, on subit l’humiliation. Avec eux, on se révolte et on envie de lever le point en criant « Amandla ! ». 
On a beau savoir qu’on est devant un film documentaire, on le dévore comme une fiction palpitante, il en a d’ailleurs tous les ingrédients. Son intrigue est puissante, on y croise de vrais méchants, de vrais justes et de renversantes histoires d’amour… Un hommage magnifique à ces combattants irréductibles.  (Utopia)

LE VOX

ven 9/18h30   et  lun/20h

 

EN LIBERTÉ !

Pierre SALVADORI - France 2018 1h47mn - avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard, Jackee Toto... Scénario de Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit.

Mais dieu que ça fait du bien ! En liberté ! est LE film qui va tout à la fois ensoleiller durablement vos journées, vous réveiller les zygomatiques et vous réconcilier avec la comédie française. En vérité je vous le dis, avec Pierre Salvadori, qui signe là son neuvième film (oui, neuf films réalisés en 25 ans de métier, on ne peut pas dire qu'il bâcle les produits à la chaîne, le Pierrot), c'est comme une vivifiante bouffée d'air pur qui souffle sur notre cinéma fabriqué en France. C'est officiel : la comédie made in France n'est donc pas condamnée à la moche grassitude et à la beauferie décomplexée. Elle peut être élégante, vive, alerte et généreuse. Elle peut enthousiasmer et déclencher de francs éclats de rires sans nous prendre pour des quiches ni des jambons. Même, sans faire l'intello de service, on redécouvre que la comédie, si elle s'appuie nécessairement sur des ressorts comiques, des effets de surprise, sur l'efficacité de l'écriture et la précision de la mise en scène, peut également, sans que ce soit ni un gros mot ni un pensum, parier sur l'intelligence des spectateurs.

Chaque soir, pour l'endormir, Yvonne raconte à son fils les extraordinaires aventures du Capitaine Santi, son héros de papa. Super-flic, incorruptible, quasi-invincible, le capitaine Santi défait d'une main une cohorte de truands armés jusqu'aux dents tandis que, de l'autre et sans bouger les oreilles, il réduit à l'impuissance une ribambelle de musculeux dealers. Même en mauvaise posture, le Capitaine Santi se tire avec panache des pires situations, avec légèreté, avec humour. Dans les histoires d'Yvonne, le Capitaine Santi, c'est la force incarnée, la classe faite homme, une parfaite élégance doublée d'un si séduisant côté voyou. Il faut dire que dans la vraie vie, le Capitaine Santi est réellement devenu un héros. Flic d'exception bravement tombé au combat, statufié de bronze au cœur de la cité pour services rendus à la Ville, héros définitif dont la veuve, Yvonne, donc, fliquette elle-même, s'efforce de garder vivace le souvenir dans le cœur de leur enfant. Et chaque soir, le temps d'une histoire, le Capitaine Santi revit les épisodes un brin romancés et terrasse sans coup férir l'hydre du crime et de la corruption. Et le chérubin s'endort.
Ce qui est embêtant malgré tout, avec les contes pour enfants, c'est qu'ils cadrent rarement avec le réel. Et même lorsqu'on le tient précautionneusement à distance, même en mettant toute l'énergie du monde à ne pas voir ce qui devrait vous crever les yeux, le réel finit immanquablement par vouloir jaillir hors du placard où on espérait bien qu'il finirait par se faire définitivement oublier. Au moment où on s'y attend le moins et avec des effets dévastateurs. Et c'est au hasard de l'interrogatoire plutôt anodin d'un suspect embarrassé impliqué dans une affaire pas bien méchante, qu'Yvonne met à jour la véritable nature de son héros de mari. Un secret de polichinelle pour ses proches, hors sa famille : le panache du défunt preux chevalier de la Maison Poulaga n'avait, dans la vraie (de vraie) vie, pas exactement la blancheur Persil. Pourri de chez pourri, plus corrompu qu'une armée de politiciens niçois dans un roman de Patrick Raynal, le « héros » s'est indûment enrichi, a pris du galon, s'est fabriqué une aura de justicier en faisant plonger au besoin des innocents pour masquer ses coups foireux. D'abord dévastée, puis enragée, Yvonne décide qu'il est de son devoir de réparer les méfaits de son compagnon défunt. Et de faire éclater au grand jour la vérité. Mais quelle vérité ?

Si on vous a brièvement planté le décor, raconté à la volée les premières minutes de l'intrigue, promis-juré, on n'en dira pas plus. Ce serait pécher. Emmené par une Adèle Haenel survoltée, dont on n'aurait jamais soupçonné l'abattage comique, le film déploie plusieurs pistes, tresse ensemble une comédie burlesque, une comédie policière, une comédie romantique, un pastiche de film d'action, et parvient au tour de force de n'en négliger aucun. Et cerise sur le gâteau, on se laisse entraîner de bon cœur dans ce tourbillon irrésistible, joyeux, sans jamais être dupe de la gravité qu'il enrobe. Comme dans toute comédie réussie, Pierre Salvadori habille en effet de légèreté et d'effets comiques des situations qui, racontées différemment, feraient pleurer Marc et Margot dans leurs chaumières. Des histoires de mensonges, de tromperies, de deuil, des secrets inracontables, des vies à (re)construire, le sens du mal et le pouvoir – peut-être – de l'amour. La galerie de personnages, génialement typés sans jamais être caricaturaux, porte ces questionnements, ces mal-êtres, ces espérances et ces désirs. Ils entourent la belle, l'incroyable Yvonne, l'accompagnent dans ses errances et l'emmènent vers l'improbable – ou l'impossible – résolution de son projet. Le plaisir des comédiens, de Adèle Haenel à Audrey Tautou en passant par Vincent Elbaz, Damien Bonnard et Pio Marmai, est communicatif. Pas une fausse note, pas une erreur de casting, ils nous embarquent sans coup férir dans l'univers grave et dingue de Pierre Salvadori – en liberté, totalement, merveilleusement.  (Utopia)
 
LE VOX    mer 7/13H50  18H  20H45      jeu/13h50  15h45  18h05     ven 13h50 16h  21h   sam/16h30  18h15    21h    dim/15h40  18h15  20h45   lun/13h50  17h50  20h     mar/13h50  16h  21h
 
COTIGNAC      jeu8/20h30  
 

COLD WAR

Pawel PAWLIKOWSKI - Pologne 2018 1h27 VOSTF - avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza, Borys Szyc... Scénario de Pawel Pawlikowski, Janusz Glowacki et Piotr BorkowskiFESTIVAL DE CANNES 2018 : PRIX DE LA MISE EN SCÈNE

Cold war, c’est l’histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais progressivement gangrené par la montée du stalinisme. C’est aussi une véritable fresque amoureuse, et musicale (la musique est quasiment le troisième personnage principal du film), qui démarre à l’âge d’or du rock’n roll pour venir s’évanouir sur la grève des désillusions. 
Nous sommes dans les années 1950, la Pologne, en ruines, essaie de panser ses blessures et de se relever progressivement de la guerre. Zula est blonde, coquine, magnifique, et elle a un beau brin de voix. Quand Wiktor, qui dirige la meilleure école de musiques traditionnelles du pays, la recrute pour chanter dans les chœurs, il en tombe instantanément amoureux. Un amour qui ne se démentira pas durant les quinze années suivantes, mais qui restera éternellement impossible à vivre. Ils n’ont ni les mêmes ambitions, ni les mêmes codes, pas plus que la même origine socio-culturelle. Pourtant tout cela s’estompe dans leurs ébats, leur passion qui s’enflamme. Mais est-ce suffisant pour les river toute une vie l’un à l’autre ? Alors que Wiktor ne rêve que de fuir en cachette un pays qui lui interdit de jouer la musique qu’il aime (le jazz, symbole culturel de l’ennemi impérialiste américain), Zula, plus pragmatique, balance entre franchir ce pas périlleux ou rester douillettement rivée au pays, à ses racines, à ses véritables chances de réussir dans le système.

Wiktor a pourtant tout prévu, tout organisé, tout payé pour que sa belle passe à l'Ouest avec lui. Ce jour-là, il l’attend à la gare, le cœur battant, guettant désespérément sa renversante silhouette. Ce jour-là, Zula lui pose un cuisant lapin, difficile à digérer, même s'il peut comprendre le joug de la peur qui règne sur leur pays devenu liberticide.
Wiktor se retrouve donc exilé, esseulé, partant à la dérive d’une Europe suspicieuse qui subit les conséquences d’une guerre froide silencieuse mais bien réelle. On va le suivre, de Paris à Berlin en passant par quelques autres capitales, plongé dans une vie où seule compte la musique. De piano-bar en salle de concert, joueur de jazz émérite, mais dans le fond si peu reconnu. Zula, de son côté, va poursuivre sa carrière au sein de la fameuse troupe Mazurek, donnant des foultitudes de concerts sous surveillance, dans son pays ou un peu partout en Europe, applaudie, célébrée mais jamais libre.
Au fil de leurs pérégrinations, l’un et l’autre se guettent, se rencontrent, se séparent, avec toujours cette impossibilité de voir leurs errances et leurs cœurs enfin apaisés.

Toute l’histoire se décline dans des noirs et blancs magistraux, des passages musicaux somptueux. Un régal pour les mélomanes et les esthètes. Un voyage à travers une époque, qui navigue d’ellipse en ellipse pour aboutir à un film envoûtant, d’une grande beauté formelle. 
Il n'est pas anecdotique de signaler que les prénoms des protagonistes sont ceux des propres parents du réalisateur et que l'épopée des Zula et Wiktor du film est proche de celle des Wiktor et Zula de la vraie vie. Et le groupe musical folklorique de la fiction est une référence à peine déguisée au chœur Mazowsze, une véritable institution en Pologne, dont les prestations étaient largement diffusées par la radio et la télévision d'État. « C’était la musique officielle du peuple. On ne pouvait pas y échapper. »(Utopia)
 
LE VOX    
 mer7/ 16h05  20h45      jeu/13h50   20h15      ven/16h30  18/10   sam/13h50 18h45      dim/13h50  18h30    lun /13h50  18h15        mar/13h50 et 20h45
 

UNDER THE TREE

Hafsteinn Gunnar SIGUROSSON - Islande 2017 1h30mn VOSTF - avec Steinþór Hróar Steinþórsson, Edda Björgvinsdóttir, Sigurður Sigurjónsson... Scénario de Hafsteinn Gunnar Sigurosson et Huldar Breiofjöro.

 

ette nuit-là, à l’heure où les braves aspirent à jouir d’un repos bien mérité, Agnes et Alti tournent et se retournent dans leur plumard conjugal. Impossible de dormir ! C’est que les ébats enthousiastes de leurs voisins d’immeuble sont difficiles à ignorer. D’autres en auraient fait leurs choux gras et répondu sans se faire prier à un si bel appel lubrique. Après tout, quitte à ne pas fermer l’œil, autant en profiter pour se livrer à quelques galipettes polissonnes, non ? Mais au lieu de cela, notre couple de trentenaires s’offusque, agacé, Agnes enfonçant plus profondément ses boules Quies dans ses oreilles, Alti s’éclipsant discrètement de leur couche pour aller se distraire devant son écran d’ordinateur. De quelle manière ? Vous le découvrirez en même temps que sa petite femme, tellement outrée qu’elle le flanquera à la porte en moins de temps qu’il ne le faut pour l’écrire, dans une première scène savoureusement grinçante.

Voilà Alti piteusement chassé de son home sweet home, contraint de débarquer la queue entre les jambes dans le pavillon régressif de ses parents, en attendant désespérément que sa moitié se calme, lui laisse sinon regagner le bercail du moins voir leur gamine. Mais le foyer parental s’avère être le contraire du havre de paix bienveillant espéré. Alti comprend qu’il cabote en eaux minées : en plus de ses propres conflits, le voilà submergé par ceux qu’attise sa mère Inga avec les habitants de la maison mitoyenne, en particulier sa pulpeuse voisine Eybjörg. Deux femmes tellement dissemblables ! L’une est encore jeune, l'autre plus, l'une s’entretient, l’autre pas, l’une aime son chien, l’autre son chat, l’une s’étale au soleil, l’autre se tapit dans l’ombre. Et c’est sur l’arbre majestueux qui orne le jardin d’Inga que va se cristalliser leur haine galopante : alors que l’une tient à lui comme à la prunelle de ses yeux, l’autre n’aura de cesse de vouloir l'élaguer, de faire couper les branches qui contrarient ses séances de bronzette. 
De sous-entendus venimeux en insultes larvées, jusqu’à en arriver à des expédients dramatiquement ridicules (lancers de crottes, attaques de nains de jardins…), la tension s’amplifiera, déraisonnable et contagieuse. Les hommes de chaque maisonnée, moins vindicatifs dans un premier temps, prendront part à leur tour à cet engrenage infernal. Impossible d’échapper à cette escalade de bêtise vertigineuse qui aboutira à un paroxysme férocement jubilatoire. Notre rire deviendra jaune face à l’obstination des personnages, leur incapacité à prendre un recul rédempteur. Celui auquel les exhorte pourtant la poignante supplique que chante la chorale du mari d’Inga : « Respire doucement, respire profondément, inhale le givre, aspire les ténèbres… pour que fonde la glace, pour que revivent les prairies, que rechantent les peuples ». Macache !
On ne peut que se projeter dans ce miroir tendu qui réfléchit nos propres mesquineries, nous incite à prendre la hauteur dont seul le vénérable ancêtre feuillu, qui surplombe cette nef des nabots devenus fous, semble capable. 

C’est une fable grinçante à la morale puissante, dans le sillage des sagas islandaises impitoyables qui ont forgé l’esprit des habitants de l’île aux reliefs aussi doux que contondants. Point de hauts faits d’armes ici, le malin se tapit de façon prosaïque dans les petites rancœurs tenaces du quotidien, celles qu’on laisse proliférer au lieu de les balayer d’un revers de main salutaire. Dès les premiers instants, on est fasciné par cette humanité si familière qui choisit de dramatiser chaque incident au lieu de le prendre à la légère. Par quelle distorsion de l’esprit certains yeux sont-ils condamnés à voir des poutres là où ne nichent pourtant que d’insignifiantes pailles ? Perceptions faussées qui déforment la réalité, la rendant grotesque et menaçante alors qu’elle n’était rien de tout cela. Under the tree(Sous l’arbre pour les non anglophones résolus) est décidément un film qui déploie une stratégie intellectuelle un brin sadique mais parfaitement réjouissante.  (Utopia)

 

SALERNES

jeu9/ 18h et sam 11 ET LUN 12/20H30/ 20h30

 

 

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358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
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