Au(x) cinéma(s) du 7 au 13 octobre 2020

Bonjour à tous  !
 
Ce  dimanche 11 octobre  Entretoiles vous  invite à une soirée avec deux films : à 17h45  Rocks de Sarah Gavron, un film pêchu, lumineux, poignant, un concentré d'énergie et d'humanité solidaire, et   à 20h Adolescentes de Sébastien Lifshitz, un véritable bain de jouvence, un grand film drôle, poignant, essentiel. Venez nombreux !
Un apéritif  personnalisé sera servi entre les deux films, mais étant donné les préconisations anti- covid aucune contribution n'est demandée aux spectateurs.
Voici aussi les prochains rendez-vous que nous vous avons concoctés : Le mardi 3 novembre, une soirée cinéma "spéciale élections américaines" avec 2 films ....américains : The climb de Mickaël Angelo Corvino, une comédie légère, centrée sur une amitié cabossée, et I am not your negro de Raoul Peck, un magnifique documentaire sur l'histoire des Etats Unis et sa population noire. Enfin le dimanche 15 novembre, La femme des steppes, le flic et l'oeuf de Wang Quanan, une comédie mongole, un pur bijou, une oeuvre atypique d'une beauté à vriller l'âme.
Nous comptons sur vous pour venir partager avec nous tous ces beaux films.
A CGR cette semaine toujours à l'affiche Blackbird (aussi au Luc) un film américain où le réalisateur  Roger Michell offre à Susan Sarandon un nouveau rôle bouleversant. Pas de films dans le cadre du cine -club en ce moment.
 
A Lorgues vous pourrez voir Ondine  ( aussi au Vox) de Christian Petzold, un film envoûtant d'une grâce infinie que ponctue la divine musique de Bach et Lil buck, Real Swan de  Louis Wallecanun un documentaire, rythmé et passionnant qui nous raconte le destin exceptionnel d'un gamin.
A Salernes ils nous proposent:  Enorme de Sophie Letourneur, un conte charmant et piquant, drôle et décalé, sur le désir de paternité et Systeme K  un documentaire absolument incroyable de Renaud Barret, qui décrit la puissance de la création artistique dans un pays, la République démocratique du Congo, encore étranglé par les stigmates d’une guerre tragique.
 
Au Luc : Eleonore de Hamro Hamzawi   le portrait touchant et nostalgique d'une éternelle ado qui refuse la normalité  
 
Au Vox parmi les nouveautés  Yalda, la nuit du pardon un grand film iranien de Massoud Backhshid et toujours à l'affiche Les héros ne meurent jamais de Aude Léa Rapin, un film drôle et déroutant qui nous distille le cinéma comme devoir de mémoire, et qui confirme le talent d'Adèle Haenel Josep de Aurel, un magnifique et poignant film d'animation, pour adultes, sur la retraite des républicains espagnols fuyant le franquisme vers la France Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait d'Emmanuel Mouret, peintre du sentiment amoureux, Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal : un film et une actrice irrésistible 
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Bonne semaine de cinéma ! Reprenez vos habitudes de cinéphiles : allez au cinéma !
L'équipe d'Entretoiles .
 

ROCKS

Sarah GAVRON - GB 2019 1h33mn VOSTF - avec Bukky Bakray, Kosar Ali, D’angelou Osei Kissiedu, Shaneigha-Monik Greyson, Ruby Stokes... Scénario de Theresa Ikoko et Claire Wilson.

Un film aussi pêchu et lumineux que poignant, concentré d’énergie et d’humanité solidaire. Rocks nous parle d’une Angleterre merveilleusement bariolée, métissée et donne une voix, des voix, à « la moitié » féminine et invisible du monde. Et c’est d’autant plus vrai que le film est le fruit d’un travail collaboratif atypique (comme on l’explique plus bas) qui lui confère une authenticité enthousiasmante…
Olushola, en voilà un joli prénom qui parle de voyage, de contrées lointaines, alors que la jeune fille de quinze ans est une pure londonienne… Olushola que toute sa bande d’amies soudées et hautes en couleurs surnomment Rocks. Taillée comme elle est, toujours à faire la pitre, à coup de réparties irrésistibles, on ne peut songer une seconde que quoi que ce soit puisse l’ébranler. C’est sur ses solides épaules que son petit frère Emmanuel, 7 ans, vient se réconforter… et sur ces mêmes épaules que sa propre mère va s’appuyer, une fois de plus. Rocks s’y est habituée, assurant quand il faut assurer, jouant les mamans auprès de son frérot quand la véritable fait défaut. Elle sait que ça passera… Et avec un optimisme farouche, comme toujours, Rocks avance sans baisser les bras et sans rien dire à qui que ce soit… Emmanuel, malin et vif comme un singe, suit le mouvement. Quelle belle complicité entre ces deux-là ! Tout un temps nul ne se doutera des chamboulements qui se produisent dans la vie de la jeune fille. Seule la perspicace et attentive Soumaya, nouvelle arrivée dans le pays, ne sera pas dupe et essaiera d’extirper des confidences à Rocks : autant essayer de faire parler une pierre…

C’est un scénario tel qu’un adulte n’aurait pu l’imaginer seul. Il y aurait plaqué sa logique, sa rationalité, oubliant la part d’illusions de l’enfance, typique de cette période de la vie où l’on est déjà sortie du monde des petites sans être complètement entrée dans celui raisonnable et formaté des grandes. Exercice difficile de parler d’une génération autre que la sienne, sans la surplomber ou la trahir, en ne projetant pas ses propres fantasmes ou nostalgies.
La réalisatrice et ses deux co-scénaristes ont construit le récit, son style, ses mots, avec les adolescentes du film, dont la plupart sont actrices pour la première fois. Elles ont été écoutées, valorisées, mises à l’aise par cette équipe très féminine (sublime chef opératrice française : Hélène Louvart). Durant les nombreux ateliers qui ont précédé l’écriture, les filles ont fourni le matériau, leurs anecdotes, pour bâtir ensemble le scénario. Le résultat est bluffant, parfaitement maîtrisé, le fruit d’une alchimie délicate pleine de fraîcheur et de profondeur. Cette bande de filles est vivifiante, les regards de ces adolescentes ne sont pas corrompus par celui dominant des adultes, les clichés. Elle se moquent bien de la couleur d’une peau, d’un accent, d’un voile, d’un milieu social. Elles adorent papoter de leurs différences, de leurs ressemblances, de leurs religions, goûter aux petits plats venus d’ailleurs, se plonger dans des cultures qui ne sont pas les leurs. Ici à East London, elles partagent les mêmes rires, l’envie de se trémousser, la même soif de liberté, la capacité de rêver.

C’est charmeur, spirituel, emballant, et on se demande pourquoi on ne voit pas plus souvent à l’écran ces véritables melting-pots bouillonnants qui sont tellement plus représentatifs de notre époque que l’intelligentsia pâlichonne et vieillissante qui accapare la parole. Un enseignant londonien constatait que sur les 30 jeunes de sa classe, 27 avaient des grands-parents qui n’étaient pas nés au Royaume-Uni. Pourquoi cela transparait-il si peu dans nos médias, à l’écran ? Mais les temps changent : on dirait qu’il y a comme une nouvelle vague bigarrée et joyeuse qui s’annonce, et ça fait du bien !  (Utopia)
CGR soirée Entretoiles  dim11/17H45
 

ADOLESCENTES

Sébastien LIFSHITZ - documentaire France 2019 2h15mn - avec Emma et Anaïs, Anaïs et Emma...

Sébastien Lifshitz est un super-héros, il a le don de se rendre invisible. Comment expliquer sinon qu’il parvienne si bien à se fondre dans le décor. Sa caméra se fait si discrète que ceux qu'elle filme semblent oublier jusqu’à son existence. On imagine la délicatesse du cinéaste, sa patience hors norme pour parvenir à saisir tant d’instants subtils, criants de vérité. Au sommet de son art, il nous offre ici une plongée au cœur de l’adolescence, un véritable bain de jouvence. Comme dans ses précédents et magnifiques documentaires – Les Invisibles (justement !), Bambi (disponible en Vidéo en Poche), Les Vies de Thérèse –, il nous dévoile une humanité sans fards tout en restant à une distance respectueuse, jamais voyeuse. Il trouve toujours le ton juste, attentif à ne pas déflorer trop de l’intimité de ses protagonistes tout en nous les rendant incroyablement proches.
Si, lors des premiers repérages, le réalisateur avait prévu de suivre les pas d’un jeune garçon, le voilà qui bifurque et se met à filmer deux adolescentes, Emma et Anaïs, qu'il va suivre pendant cinq ans. Et c'est d'abord ce temps long qui rend le film exceptionnel. Voir les deux filles, au long de ces cinq années, de l’entrée au collège à l’heure du redoutable baccalauréat, s’épanouir sous nos yeux, abandonner leurs chrysalides, va devenir tout aussi prenant qu’émouvant. Cette chronique initiatique du passage de l’enfance à l’âge adulte, qui capte l’essence de notre époque, témoin de l’évolution de notre société, se révèle de bout en bout passionnante, pleine de surprises et de chocs imprévus.

Tout débute dans une sous-préfecture de province, Brive, une de ces belles endormies qui semblent épargnées par le trop plein de violence. Nos deux jouvencelles ont alors treize ans. Si Emma y grandit dans un milieu plutôt bourgeois et favorisé, Anaïs fait partie d’une classe populaire qui n’a pas spontanément un accès facile à la culture. Alors que tout pourrait les séparer, il est clair que ces deux-là s’attirent comme deux aimants et se complètent merveilleusement. Il n’est pas une journée sans qu’elles badinent, se consolent, commentent, refassent le monde, imaginent le futur tantôt de façon amusée, tantôt de façon angoissée. Comment ne pas l’être entre les injonctions des parents, celles des professeurs, le poids du regard social sur la jeunesse et leur propre regard sur elles-mêmes, qui n'est pas forcément le moins sévère ? Quand l’une râle, l’autre la taquine. Quand l’une sombre, l’autre l'aide à se redresser. Et sans cesse ces rôles s’inversent. C’est une amitié d’âmes sœurs, qui se pardonnent tout, se comprennent bien au-delà des mots et des convenances. On s’amuse de leurs étonnements un brin naïfs, pour, l’instant d'après, se retrouver scotché par tant de maturité et de perspicacité. On se pique à rêver avec elles à ce que deviendront leurs vies. Quand la caméra s’invite dans leurs demeures respectives, on les découvre différentes, se confiant à leurs mamans, puis agacées, agaçantes… inquiètes, quelle que soit leur éducation… Et là on s’interroge sur le déterminisme social. Emma et Anaïs ont beau avoir l’âge de tous les possibles, on perçoit que les dés ont été pipés dès le berceau. Mais qu’importe, il suffira de voir les airs outrés qu’adopte Anaïs, de l’entendre s’exclamer avec son accent chantant : « Sport à 8h ? Non mais j’ai une tête à faire du sport à 8h ? » pour pouffer de rire à notre tour et tout oublier. D’autant que garçons et filles, après s’être longtemps croisés dans les rues de la petite ville comme des planètes que tout oppose, commencent à s’épier du coin de l’œil, émus, même si chacun se cherche et fanfaronne un peu…

Tandis que l’on accédait benoîtement à une forme d’universalité charmante, le destin viendra bouleverser sans ménagement ces petites histoires particulières, rattrapées par la grande histoire. On n’en dira pas plus sur ce très grand film, aussi drôle que poignant, essentiel.  (Utopia)
 
CGR soirée Entretoiles  dim11/20h
 
LORGUES     mer7/19h     lun12/17h
 
BLACKBIRD

Roger MICHELL - USA 2020 1h38mn VOSTF - avec Susan Sarandon, Kate Winslet, Sam Neill, Mia Wasikowka, Rainn Wilson, Lindsay Duncan, Bex Taylor-Klaus, Anson Boon... Écrit par Christian Thorpe, d’après le scénario de Bille August

 

 

Une grande réunion de famille s’annonce dans cette belle résidence de campagne et on se sent en terrain connu : après tout, « Fête de famille », c’était le titre d’un film français (réalisé par Cédric Kahn) sorti il n’y pas si longtemps… C’est chouette les histoires de tribus qui se rassemblent, ça nous rappelle forcément quelque chose, ça nous parle toujours de nous, de ceux qu’on connaît ou qu’on a connu, qu’on aime ou qu’on a aimés.
Lily et Paul, couple vieillissant mais visiblement toujours complice et amoureux, s’apprête à accueillir celles et ceux qui comptent pour eux : Jennifer, la fille aînée, responsable, organisée, sans doute trop, arrive la première avec son mari Michael, grand gars gentil comme tout qui semble un peu à la remorque de sa maîtresse femme, et leur fils de 15 ans, Jonathan, tête à claques juste ce qu’il faut pour un adolescent de son âge, mais à l’intelligence et à la sensibilité vives, de toute évidence. La fille cadette, Anna, est tout l’inverse de sa sœur : bordélique, instable, à fleur de peau. Elle est accompagnée de Chris, ex-petite amie redevenue d’actualité, qui n’a pas oublié non plus d’être futée. Il y a même une invitée surprise : Liz, la meilleure vieille amie de Lily, et qui la connaît sans doute mieux que personne.
Ils sont venus, ils sont tous là, avec leurs bagages pour le week-end et… autre chose qu’on n’attend pas vraiment dans de telles circonstances : une gravité, une tristesse même, dont il faut dire qu’elles sont présentes depuis les premières images du film. Car c’est ici qu’il faut révéler le motif de cette réunion. Et c’est ici que vous pouvez arrêter de lire ce texte si vous souhaitez ne pas savoir – mais vous aurez du mal parce que la bande annonce est très explicite et que la presse le sera tout autant, et c’est logique parce que c’est le sujet central du film, son cœur, sa force.
Si toute la famille et la meilleure amie sont réunies, c’est pour fêter le dernier week-end de la vie de Lily. Elle est atteinte d’une maladie dégénérative incurable, elle le sait, elle a décidé en toute conscience de ne pas attendre que cette saloperie la prive du contrôle de son corps et de son esprit, elle a choisi de mourir tant qu’elle est encore en vie, pleinement. Elle a fixé le jour, ce sera lundi, c’est après-demain, c’est maintenant. Paul s’est procuré le produit létal via internet, il connaît la dose nécessaire – il est médecin –, il préparera le verre, il sera évidemment à ses côtés quand Lily le boira.
Tout le monde est au courant de la décision de Lily, tout le monde l’a acceptée. C’était la condition sine qua non à cette fête de départ. Mais entre accepter l’idée et se retrouver face-à-face avec sa réalité, sa concrétisation, il y a plus qu’un pas, un gouffre qui s’ouvre sous les pieds de ceux qui sont là par amour pour cette femme remarquable. Chacun va réagir comme il peut, les failles vont se révéler, les contradictions se faire jour, les relations exploser pour éventuellement se renforcer, les caractères se forger. Le film réussit parfaitement ce portrait de groupe en risque permanent de déséquilibre, ne sacrifie aucun des personnages qui ont tous une véritable épaisseur et une belle capacité à nous surprendre. Il y a presque autant de séquences drôles que de moments bouleversants, c’est la vie dans tout son foisonnement qui s’exprime à chaque instant, sans que jamais on oublie la mort dont on ne peut pas dire qu’elle attend son heure puisque ce n’est pas elle qui l’a choisie.   (Utopia)  
 
CGR jeu8 et mar12/17h50 (VF)   ven9/17h50  Lun11/17H50 (VO)
LE LUC   mer7/21h  ven9/18h    dim11/16h  
 

   ONDINE

Écrit et réalisé par Christian PETZOLD - Allemagne 2020 1h30 VOSTF - avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz...

 
« Vous, êtres humains ! Vous, monstres ! » Vous qui ne connaissez rien de l’amour d’une nymphe, fuyez ! » C’est ainsi que pourrait démarrer cette atypique et fantastique histoire qui va tout à la fois nous immerger dans le Berlin actuel et dans son Histoire, ou encore dans la mythologie germanique. Et c’est un beau pari de nous intriguer sans nous perdre, en parvenant à ne pas nous noyer sous la masse des informations passionnantes que le film distille entre les lignes et qui donnent envie de filer baguenauder dans les rues de la capitale allemande et dans ses musées. Sans complexe, il musarde entre réalisme parfaitement terre-à-terre et univers presque féérique, en tout cas bien moins rationnel. Et c’est un délice de se laisser bercer par les flots de son imaginaire fécond.

Pour incarner Ondine et Christoph, les deux protagonistes principaux de l’aventure, Christian Petzold – sans doute le plus passionnant des réalisateurs allemands contemporains – reprend les acteurs de son film précédent, le génial Transit. C'est un bonheur de retrouver Franz Rogowski, toujours aussi désarmant et impressionnant de violence rentrée, d’intensité retenue, et la lumineuse et inquiétante Paula Beer dont la beauté transperce l’écran. Leur couple touche au mythe et incarne les amours impossibles, prisonnières du destin et du temps qui les rattrapent…
Dès la première scène, on se demande si Ondine, sous ses airs de rousse naïade, n’est pas un peu folle. Après tout, annoncer froidement à son amoureux, en cette matinée ensoleillée à la terrasse d’un café, qu'il va devoir mourir puisqu'il la quitte… n’est pas une attitude très moderne et ouverte à une époque ou l’on peut changer d’amant comme de portable. Les temps où l’on se promettait la fidélité pour l’éternité, où l’on n’hésitait pas à empoisonner ou à poignarder ses rivales, semblent un brin révolus, non ? D’ailleurs Johannes, à qui elle demande de l’attendre une petite demi-heure le temps qu’elle aille travailler, s’éclipsera à l’anglaise sitôt qu’elle aura les talons tournés, sans manifester trop de remords.

Quand Ondine reviendra au café, elle le cherchera désespérément et ce sera pour se casser le nez sur Christoph, un garçon sorti tout droit de nulle part, tel un mirage inespéré. À compter de cet instant, elle le suivra follement, inconsidérément, comme s’il était le rivage où se poser, la bouée ultime à laquelle se raccrocher pour échapper à sa destinée. Entre cette historienne spécialisée dans l’urbanisme et le scaphandrier subjugué, qui la ramènera vers son élément aquatique, se tisse immédiatement un fil lumineux, évident. Les voilà qui se découvrent, goûtent la saveur d’un baiser, puis d’un autre encore, avant d’aller plonger dans la sensualité des algues, taquiner le silure qui contemple les hommes et leur vanité depuis les eaux sombres et inquiétantes dans lesquelles travaille Christoph, chargé de s'assurer de la solidité des fondations des ponts. Leur passion naissante sera d’abord sans vagues, loin des embruns, des tempêtes dévastatrices. Elle se nourrira de tendresse et d’espoir. Mais les fantômes surgis du passé referont surface, menaçant de faire chavirer la fragile embarcation qui transporte ces deux cœurs esseulés enfin réunis…

Mais Ondine est aussi, comme on l’a dit, une historienne, une jeune femme avec les deux pieds bien campés dans son époque. Cela constitue un excellent prétexte pour l’écouter animer quelques trop rapides et passionnantes conférences devant des petits groupes venus du monde entier. On découvre ainsi, devant les maquettes immenses de Berlin reconstitué à différentes périodes, ce que fut cette ville, comment elle naquit, comment elle fut en partie détruite, pour parvenir en définitive à renaître de ses cendres… Un peu à la manière de son héroïne…
Vous l'aurez compris, le film est envoûtant, d'une grâce infinie que ponctue la divine musique de Bach (concerto pour clavecin en ré mineur BWV 974, 2e mouvement, joué au piano par Vikingur Olafsson).  (Utopia
LORGUES     mer7/21h15  ven9/17h   dim11/20h15 lun12/19h40
LE VOX    VF   mer7/18h30 ven9/18h45     lun12/16h40
                      VO  jeu8/18h30  dim11/18h15   mar13/18h45
     
 

LIL’ BUCK, REAL SWAN

Louis WALLECAN - documentaire USA 2019 1h25mn VOSTF - avec Lil’Buck, Spike Jonze, Benjamin Millepied, Yo-Yo Ma...

Dans les quartiers pauvres de Memphis, le fait même de se servir de la moindre parcelle de bitume pour laisser s’exprimer son corps est sans aucun doute l’une des sources d’évasion les plus saines et salvatrices qui soient. Une vraie manière de communiquer, à l’image de Charles Riley alias Lil’ Buck, incarnation surdouée et bondissante d’une pluie de jeunes ados afro-américains qui ont fait de leur danse, baptisée jookin’, un véritable langage corporel. Une façon de s’affirmer et d’avoir confiance en soi, tout en inspirant le respect des autres car dans ce milieu souvent hostile où les gangs n’hésitent pas à utiliser la violence pour défendre leur territoire, il était urgent pour la jeunesse de se réinventer, de se réincarner même, pour ne pas être rattrapée par les lois de l’asphalte, comme tant de pères et de grands frères avant eux.

Prodige autodidacte, incroyablement léger sur ses pieds et d’une flexibilité folle, Lil’ Buck rend presque l’impossible facile, usant avec ludisme et inventivité de tous les éléments qui l’entourent. Le film s’intéresse aux origines du jeune homme – passé de figure populaire locale à véritable star du net –, à sa détermination et sa volonté de fusionner les techniques de la danse hip hop et celles de la danse classique.
Mais le film ne s’arrête pas au simple portrait du prodige, il va aussi à la rencontre des gens et des lieux de Memphis qui ont nourri et inspiré le danseur, à l’image du Crystal Palace, lieu hybride entre patinoire et boîte de nuit, où l’on se retrouve le samedi soir, seul ou en groupe, pour danser en patins à roulette. Il y a aussi ces immenses parkings de la ville où les jeunes Noirs se donnent rendez-vous à la tombée de la nuit pour faire la fête au son des derniers titres de trap à la mode, ou bien encore cette école de danse classique et ses professeurs qui ont encouragé et soutenu Lil’ Buck tout au long de son parcours. Amateur de danse ou pas, venez découvrir en salle ce prodigieux danseur, nous sommes prêts à parier que jamais vous ne l’oublierez !   (Utopia)
 
  LORGUES  ven 9/21h05    sam10 et dim11/18h      lun12/21h0
 
ÉNORME

 

Sophie LETOURNEUR - France 2020 1h41 - avec Marina Foïs, Jonathan Cohen, Jacqueline Kakou, Ayala Cousteau... Scénario de Sophie Letourneur et Mathias Gavarry.

 Claire, pianiste de renommée internationale, a la quarantaine rugissante. Altière, fière et bosseuse, sûre de son talent, elle fait vibrer des salles de concerts enthousiastes aux quatre coins du globe. Autant elle est vive, fonceuse et perfectionniste dans son art, autant la vie quotidienne lui semble une terre étrangère à la langue inconnue, parsemée d’inextricables contingences matérielles et d’obscures obligations tantôt sociales, tantôt administratives devant lesquelles elle a vite fait de perdre pied... Les choses étant tout de même bien faites, pour lui permettre d’avancer dans ce brouillard, Claire a trouvé en Frédéric la perle rare : mari passionné, agent intraitable, secrétaire méticuleux, garde du corps intransigeant, comptable scrupuleux, amant attentif, ami plein d’humour... Des billets d’avions aux contrats de concerts, des courses alimentaires aux prises de rendez-vous, des essayages de robes à la prise de sa pilule contraceptive, il gère, assume, organise, règle dans les moindres détails une vie qu’elle peut dès lors traverser comme en apesanteur, libérée de toute contrainte, en se consacrant exclusivement à la musique.
Cette belle mécanique bien huilée, qui reproduit en négatif le schéma habituel de la femme de tête et de ménage totalement dévouée au bien être de son « grand homme » (artiste, scientifique, politique...), aurait pu permettre à nos deux tourtereaux-voyageurs de filer des jours heureux ainsi que le parfait amour si, par un de ces hasards dont la Providence et les scénaristes ont le secret, Frédéric ne s’était pas retrouvé au cours d’un vol de nuit à assister maladroitement (mais avec succès) un toubib pour un accouchement un peu précipité. Dès lors, rien ne sera plus comme avant. Le désir de paternité va devenir pour lui une obsession grandissante, tandis que Claire, dont la fibre maternelle n’est pas extrêmement développée, ne comprend pas bien pour quelle impérieuse raison il faudrait transformer leur couple en famille, avec des conséquences pour le moins incertaines sur sa carrière professionnelle. D’autant que, jusqu’à preuve du contraire, c’est bien SON ventre qui deviendrait le laboratoire difforme de cette transformation familiale. Rongé par son obsession, Frédéric va tout tenter pour parvenir à ses fins – jusqu’à, puisqu’il a la main dessus, jouer les apprentis-sorciers avec la contraception de sa compagne...
Impeccablement écrite, la comédie flirte en permanence avec un malaise diffus mais pas si désagréable. Le parti-pris initial, l’inversion des positions femme-homme dans la représentation du couple (occidental) traditionnel, est rapidement posé et sa logique poussée au maximum donne lieu, parfois subtilement, parfois avec une grâce réjouissante d’éléphant dans un magasin de porcelaine, à des effets comiques irrésistibles et salutaires – et Marina Foïs et Jonathan Cohen s’en donnent visiblement à cœur joie, dans des registres très différents. Avec, c’est un peu la signature des films de Sophie Letourneur, cette délicieuse sensation de liberté, d’imparable légèreté, cette impression d’improvisation permanente qui habille de naturel des situations de plus en plus improbables et ahurissantes à mesure que le film avance. Le masque renfermé de Claire, Buster Keaton féminin et lunaire, met bien ses quatre-vingt-dix minutes à se lézarder, sous les assauts du jeu exubérant de son partenaire, pitre décomplexé qui paraîtrait presque en roue libre si, au détour d’une phrase, d’un regard, on n’était régulièrement ra- mené au sérieux, à la gravité de ce qui se joue. Mine de rien, outre les relations de couple et de genre, la réalisatrice retourne contre la société l’injonction millénaire du désir de maternité. Et brode un conte aussi charmant que piquant qui dit avec une grande justesse les enjeux de la dépossession du corps de la femme pendant la grossesse. Une comédie instructive valant mieux qu’un long discours, on applaudit. (Utopia) 
 
SALERNES  ven9 et sam10 /18h      mar13/20h30
 

SYSTÈME K

Renaud BARRET - documentaire France / RDC 2019 1h34mn VOSTF -

En 2010, on découvrait avec enthousiasme, grâce à un épatant documentaire de Renaud Barret et Florent de La Tullaye, le staff Benda Bilili, une bande de joyeux paralytiques de Kinshasa, musiciens des rues, armés d'instruments home made à partir de trois bouts de ficelle et de trois morceaux de ferraille, qui dégageaient plus d'énergie qu'un Mick Jagger sous speed. Le film Benda Bilili montrait aussi le chaos indescriptible d'une ville tentaculaire où la notion de services publics semblait avoir été totalement oubliée, mais dont la population semblait prête à tout pour vivre jour et nuit à 100 à l'heure comme si demain était pour le moins incertain. Rien d'étonnant dans un pays qui a connu durant vingt ans une des plus terribles guerres civiles de l'histoire de l'humanité, dans une indifférence occidentale flagrante.
Renaud Barret, durablement fasciné par la vitalité de Kinshasa, nous plonge cette fois-ci au cœur de la scène hétéroclite des performeurs et plasticiens de rue qui, par leur pratique artistique quotidienne et totalement indépendante, questionnent tous les maux de leur pays, avec un espoir plus que ténu de pouvoir un jour vivre de leur art.
Et vous allez tomber en amour de ces personnages : Freddy Tsimba, qui réalise des sculptures gigantesques et superbes avec les douilles et machettes qui ont massacré ses compatriotes, Béni Baras, SDF métis congolo-belge qui crée des œuvres à partir de déchets en attendant de prouver sa nationalité belge, ou Géraldine Tobe, qui revient en permanence dans ses peintures sur le traumatisme de l'exorcisme qu'elle a subi enfant. Avec un talent et un courage magnifiques, ils dénoncent pêle-mêle le pillage par les multinationales et quelques possédants des immenses ressources en matières premières de leur pays, la corruption de la classe dirigeante, les guerres fratricides, le rôle délétère des évangélistes, de plus en plus puissants.
Et leur infatigable subversion force l'admiration et donne une bonne dose d'espoir en l'humanité.(Utopia) 
SALERNES   sam 10 / 20h30   lun12/18h
 
ÉLÉONORE

Écrit et réalisé par Hamro HAMZAWI - France 2020 1h25mn - avec Nora Hamzawi, Dominque Raymond, André Marcon, Julia Faure...

Vous l’ignorez sans doute, mais sachez que l’élaboration d’une gazette telle que celle que vous tenez entre vos mains est une grande aventure. Une sorte de « telenovela » qui dure depuis plus de trente ans dont les épisodes seraient reconduits toutes les cinq semaines avec une dramaturgie bien menée. Il y a le film illégitime, qui, tel le fils du même nom, revient dans la grille après avoir été mis au banc de toute la famille utopienne. Il y a les héros identifiés « incontournables » à qui l’on déroule le tapis rouge (plein de séances). Sans oublier moult rebondissements (des films dont la sortie est décalée à des jours lointains plus cléments pour le cinéma), des revirements de situation, des portes qui claquent, des engueulades légendaires, des réconciliations quand les avis sont partagés. Comme dans les bonnes séries, certains épisodes sont essentiels, d’autres plus anecdotiques. Dans une bonne gazette Utopia, certains films sont fondamentaux, importants, nous portent, nous font rêver ou penser, et d’autres, plus mineurs, nous font juste et tout simplement plaisir. Alors quand on a vu Éléonore, perdu au milieu de pas mal d’excellents films mais pas toujours des plus fendards, on s’est dit qu’il assumerait parfaitement ce rôle du film sympathique et léger, sans prétention, sans ambition démesurée, un film qui apporterait à l’ensemble de la programmation une petite touche colorée, festive, légère.

À plus de trente ans passés, Éléonore est un vrai boulet pour sa famille. Pas de boulot durable, pas de petit ami durable, elle vit dans un studio aux allures de caravane et se comporte comme une éternelle ado : une vie quelque peu dissolue, sans horaires fixes, baskets et jeans troués… Si elle assume plutôt bien cette vie de bohème, sa mère et sa sœur aînée, pour lesquelles « si à 30 ans t’as pas un mari et un joli bébé, t’as raté ta vie », voudraient bien la faire rentrer dans le moule.
Plus par lassitude et pour avoir la paix que par réelle motivation, Éléonore se laisse finalement coacher pour devenir la parfaite trentenaire, elle qui se rêvait plutôt en parfaite auteure de romans. Sexy, dynamique, la voilà donc embarquée dans une maison d’éditions de récits de charme pour devenir l’assistante d’un patron moins coriace qui n’y paraît (André Marcon, toujours excellent). Le vernis ne va pas tenir bien longtemps et n’en déplaise à sa frangine qui a tout réussi (du moins en est-elle convaincue), le naturel va revenir façon boomerang, parce qu’à trop vouloir rentrer dans le moule, on finit par devenir une pauvre quiche. (Utopia)  

Comme Laetitia Doesch enchantait Jeune femme, Nora Hamzawi campe cette Éléonore avec un charme fou, avec drôlerie et désinvolture. À prendre tout simplement. 
LE LUC   mer7/16h   sam10/18h30  dim11/14h

YALDA, la nuit du pardon

Écrit et réalisé par Massoud BAKHSHI - Iran / France 2019 1h29mn VOSTF - avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi, Fereshteh Sadre Orafaee...

 
En Iran, la loi du talion reste de mise mais ne se limite pas au fameux « œil pour œil, dent pour dent ». Elle correspond également au droit de vie ou de mort accordé à la famille d’une victime, celui d’absoudre un accusé et d’obtenir une compensation financière, le fameux « prix du sang ». Retransmis à la télévision, ces simili-procès donnent lieu à des scènes incroyables, inenvisageables dans un pays où règnerait l’État de droit. C’est ce dont s’est inspiré Massoud Bakhshi – déjà réalisateur en 2012 d’Une famille respectable qui, bien que jamais diffusé en Iran, lui a valu les pires ennuis dans son pays – pour écrire cette fiction et il n’est pas inutile de le préciser tant la situation décrite dans le film peut paraître aussi ubuesque que surréaliste. 
Tout se passe durant la plus longue nuit de l’année, celle du solstice d’hiver : Yalda, une fête millénaire zoroastrienne, tellement enracinée que l’Islam a dû s’en accommoder. Un moment de liesse donc, où l’on se retrouve entre amis, en famille, on récite des poèmes, on écoute les contes des aînés. Il n’y aurait pas là de quoi faire vibrer le téléspectateur moyen, mais quand des producteurs s’en emparent, cela peut donner des moments de télé-réalité très folichons. Ce soir-là les spectateurs de l’émission Le Plaisir du pardon vont être tenus en haleine par la confrontation de deux femmes : la toute jeune Maryam, jugée pour meurtre, et Mona, la fille quarantenaire de la victime, qui a donc le choix entre pardonner à l’accusée ou entériner sa condamnation à mort…
C’est un duel de choc, un duel à coups d’émotions, à armes inégales, qui va donc se jouer sous le regard de tous, entre deux pages de publicités, un reportage à la con et le dernier clip d’un chanteur à la mode. D’abord il y a la tension due au retard de Mona qui se fait attendre, ne répond pas aux appels. Elle finit par arriver et le suspense monte, pendu aux lèvres de cette femme sûre d’elle, à son regard sévère qui ne semble pas vouloir brader le coût de la mort d’un père, une mort dont on peine à comprendre les circonstances. Mais ce qui nous interroge le plus profondément, c’est bel et bien la place du simple quidam face à de telles scènes, la fascination qu’elles exercent sur le spectateur, qui l’empêche de zapper ailleurs. « Pire qu’un loup, l’homme est un charognard pour l’homme ! » semblent susurrer les micros, nous crier la lumière crue du plateau de tournage. Un univers tapageur, de bruit abêtissant et de fausse bonhommie. Tout un remue-ménage halluciné, trop violent pour l’accusée d’à peine 22 ans, qui a tellement plus l’air d’une victime que d’une criminelle. Est-ce vrai ? La suite nous le dira peut-être… En face, Mona est belle et glaciale, on comprend qu’elles n’appartiennent pas à la même classe sociale et que, quoi qu’il advienne, les perdantes seront toujours les mêmes.
Cette loi du talion en direct, ce huis-clos saisissant capture et met en lumière la société iranienne. On ne pourra s’empêcher de se dire que les coupables véritables ne sont ni sur ce plateau télé, ni devant leur téléviseur, mais bien planqués dans les arcanes d’un pouvoir édictant les lois d’un monde qui accepte toujours le principe des « mariages temporaires » et qui condamne au silence la voix des femmes.(Utopia) 
VOX Fréjus : mercredi 7/ 15h50, 21h  jeudi 8/ 15h, 20h, vendredi 9/ 14h30, 18h30, 20h45, samedi 10/ 14h, 18h30, 21h, dimanche 11/15h50  20h15,  lundi 12/17h30, 20h, mardi 13/ 14h30, 18h30 20h30  
 

LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT

Écrit et réalisé par Emmanuel MOURET - France 2020 2h02mn - avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Emilie Dequenne, Vincent Macaigne, Jenna Thiam, Guillaume Gouix.

 
« Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. Comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. » (Roland Barthes, Fragments du discours amoureux)

Dans la filmographie d’Emmanuel Mouret, il y aura incontestablement un avant et un après Mademoiselle de Joncquières. D’abord parce que ce film aura donné au réalisateur une belle notoriété par son succès public et critique, mais surtout parce qu’il semble avoir agi comme un puissant activateur de son cinéma, révélant le meilleur de son talent, affirmant sa maîtrise de la mise en scène, offrant un solide écrin pour son écriture, si particulière, si littéraire.
Qui l’a suivi depuis ses premiers films  pourra incontestablement mesurer le chemin parcouru et se rendre à l’évidence qu’il fait aujourd’hui partie des grands peintres/cinéastes du sentiment amoureux. Qui demeure, pris sous toutes ses formes et à travers toutes ses lumières, une inépuisable source d’inspiration. Et quand il s’exprime à travers le regard espiègle et kaléidoscopique d’Emmanuel Mouret, c’est une fois encore un ravissement. Parce qu’il faut bien l’admettre : quand le texte est beau, minutieusement travaillé, sans pour autant sonner faux, ou creux, ou pédant, c’est du miel pour nos oreilles. Qui entraînent nos yeux dans la danse. Et de miel, en ce moment, on en a bien besoin.
Mademoiselle de Joncquières nous montrait des personnages éminemment modernes bien qu’en costumes du xviiie siècle, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait raconte des couples d’aujourd’hui qui n’auraient pas déparé dans les salons éclairés à la bougie d’un siècle révolu. Ils possèdent tous un art de se raconter, une affinité singulière pour penser et décrire ce qu’ils ressentent qui semblent venus d’une autre époque. Une époque où l’art de la conversation n’avait pas abandonné le terrain au tout numérique, une époque où l’on tendait vraiment l’oreille à ces fragments d’un discours peut-être déjà, ou pas tout à fait encore, « amoureux ».
Comme souvent, le cinéaste a pris le parti non pas d’une seule narration, mais d’un entrelacement de récits qui se choquent, se croisent, s’interrogent et s’interpellent, comme une poupée russe révélerait ses multiples secrets.
Daphné, enceinte de quelques mois, est en vacances avec François, amoureux d’il y a peu. Contraint de s’absenter quelques jours pour son travail, François la laisse seule accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’a jamais vu… Un garçon tout ce qu’il y a de plus charmant, délicieusement timide, et quelque peu impressionné par la sémillante future mère.
Chacun se livre alors et les histoires se déroulent. Comment Maxime est tombé amoureux de Victoire qui a craqué pour son meilleur ami Gaspard… Comment Daphné, éperdue secrètement d’un réalisateur charismatique, est tombée sous le charme de François, un homme marié… Et comment Louise, épouse bafouée, a fièrement réécrit l’histoire de sa propre trahison.
Au son délicieux d’une Valse d’Adieu de Chopin, d’une Arabesque de Debussy ou d’une Sonate de Hayden, on en saura bien plus encore… Ce que chacun a dit sans le faire, ce que chacune a fait sans oser le dire… Tous les personnages, sentimentaux, cruels, lâches ou flamboyants, sont animés d’un même élan amoureux et pour cela, on leur pardonnera tout.

« Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, ce titre évoque pour moi l’un des grands plaisirs du cinéma, celui qui consiste à confronter un personnage à ses paroles : fera-t-il ce qu’il a dit ? Est-il vraiment celui qu’il prétend être ? Le suspense au cinéma peut aussi être créé par la parole et c’est au spectateur de s’amuser à mesurer l’écart entre celle-ci et les actions qui suivront. » (Emmanuel Mouret)

VOX Fréjus : mercredi 7/ 15h45,  jeudi 8/ 17h30  vendredi 9/ 14h30, samedi 10/ 16h, dimanche 11/ 15h40    mardi 13/ 14h30

   ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES

 

Écrit et réalisé par Caroline VIGNAL - France 2020 1h35mn - avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Marc Fraize, Jean-Pierre Martins...

 

« Une nuit je m’endors avec lui / Mais je sais qu’on nous l’interdit / Et je sens la fièvre qui me mord / Sans que j’aie l’ombre d’un remords / Et l’aurore m’apporte le sommeil / Je ne veux pas qu’arrive le soleil / Quand je prends sa tête entre mes mains / Je vous jure que j’ai du chagrin… » (Véronique Sanson, Amoureuse)

Là vous vous dites que le chroniqueur d’Utopia, ce boomer vieillissant, profite des trois colonnes qui lui sont imparties dans la gazette pour recycler une vieille chanson de 1976 qui a dû bercer sa prime jeunesse… Eh bien non, chère lectrice, cher lecteur, ravale tes sarcasmes, cette chanson d’amour iconique des années 70 est le prétexte d’une des scènes d’introduction les plus étrangement drôles vues dans une comédie française depuis bien longtemps. Car c’est cette chanson qu’Antoinette, pétulante institutrice quadragénaire, a décidé de faire chanter à sa classe de CM pour la fête de fin d’année de l’école. Un choix pour le moins décalé, voire totalement incongru, autant que la robe en lamé de l’enseignante, totalement habitée par les paroles de Véronique Sanson. On comprend mieux quand, un moment plus tard, Antoinette est rejointe en catimini par Vladimir, le père d’une de ces élèves, avec qui elle entretient de toute évidence une relation aussi adultérine que passionnée : c’est à lui qu’Amoureuse était adressée…

Antoinette jubile à l’idée d’une semaine de vacances en amoureux promise par son amant. Sauf que l’épouse de Vladimir a prévu une surprise qui contrecarre tous leurs plans : une randonnée familiale dans les Cévennes, sur les traces de Stevenson et de son fameux journal de voyage. Antoinette encaisse le coup mais ne fait pas de scène, Vladimir pense s’en être tiré à bon compte, sans tapage. Mais en fait l’amante déçue décide de ne pas lâcher l’affaire et de s’élancer sur les traces cévenoles de son chéri !
C’est en parfaite Parisienne absolument pas préparée qu’Antoinette débarque dans les Cévennes et se confronte à ce monde étrange de randonneurs chevronnés, rompus aux rituels de la marche au long cours. Pour sa part elle a choisi l’option « avec âne » et se retrouve flanquée d’un quadrupède bâté répondant (si l’on ose dire) au nom de Patrick qui, comme tous ses congénères insoumis de nature, ne chemine que lorsqu’il le veut bien.

Au-delà des gags cocasses liés à l’inadaptation totale d’Antoinette à la randonnée, au-delà de sa relation compliquée avec Patrick, au-delà de la situation vaudevillesque de la maîtresse malheureuse qui va finir par croiser la petite famille de son amant, au-delà du charme bien réel de la balade, le film s’avère beaucoup plus profond et délicat qu’une simple comédie décalée. Car au long des sentiers, au fil des paysages qui changent insensiblement à la vitesse du pas laissant toute sa place à la méditation, à mesure que les rencontres impromptues s’enchaînent, Antoinette se reconstruit, redéfinit son rapport à la vie, aux hommes. Et le film prend des accents aussi touchants que poétiques, aussi mélancoliques que burlesques.
On ne saurait conclure sans dire tout ce que le film doit à son actrice principale, la formidable Laure Calamy, qui trouve ici le grand rôle qui la met définitivement en lumière. Laure Calamy, c’est le mélange quasi unique dans le cinéma français d’un potentiel comique ravageur, d’une sensualité solaire digne des actrices italiennes de la dolce vita et d’un talent exceptionnel pour décliner toute la gamme des sentiments. Elle est irrésistible, et le film avec elle. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 7/ 16h15, 20h30, jeudi 8/17h30 vendredi 9 /16h15 20h30, samedi 10 / 16h15, 20h45, dimanche 11 /16h15  20h, lundi 12 /1 17h30 mardi 13/ 16h15

 LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS

 

Aude Léa RAPIN - France / Bosnie Herzégovine 2019 1h25mn VOSTF - avec Adèle Haenel, Jonathan Couzinié, Antonia Buresi, Hasija Boric, Vesna Stilinovic... Scénario d’Aude Léa Rapin, avec la collaboration de Jonathan Couzinié.

 Sur le balcon de son appartement, Joachim raconte à son amie Alice une histoire assez incroyable qui vient de lui arriver et qui le trouble au plus haut point : au tournant d’une rue, il s’est fait apostropher par un mendiant assis sur le trottoir. Sans sommation, l’homme lui a hurlé : « Tu t’appelles Zoran, tu étais un monstre, un assassin et tu es mort le 21 août 1983 en Bosnie ! ». Si Joachim est secoué à l’extrême, c’est que le 21 août 1983 est très précisément la date de sa propre naissance. De là à imaginer qu’il pourrait être la réincarnation de ce Zoran criminel de guerre, il n’y a qu’un pas… qu’il semble prêt à franchir.
Cette confession est filmée de bout en bout par la caméra tremblotante d’Alice, cinéaste documentariste de son état, qui capture la réalité presque par réflexe, et qui connaît bien l’ex-Yougoslavie pour y avoir déjà tourné un film. Les deux amis n’y réfléchissent pas à deux fois : ils vont se rendre en Bosnie et se lancer sur les traces du défunt Zoran…
Les Héros ne meurent jamais fonctionnera donc sur une mise en abyme astucieuse : le film se construit autour du faux tournage d’un faux documentaire cherchant à établir la réalité de l’existence de Zoran et à percer le mystère de sa supposée réincarnation en Joachim. Le spectateur épousera le regard de Paul, caméraman invisible dans le faux film et chef-opérateur du vrai (Paul Guilhaume). Alice s’improvise metteuse en scène du réel, cherchant à fabriquer son récit de toutes pièces. La caméra doit embellir le récit, à la recherche du plan parfait (enfermée dans le coffre d’une voiture pour filmer Alice et Joachim au loin, par exemple). Pourtant, elle ne s’arrête jamais de filmer, et se transforme en témoin accidentel du réel, qui révèle toute l’humanité de ces personnages. La barrière de la langue et l’inattendu constituent alors un ressort comique, accentué par le volontarisme têtu et un peu gauche d’Adèle Haenel et la naïveté de la monteuse son Antonia Buresi.
Derrière ce dispositif hyper-réaliste, le fantastique refait surface. Lors d’une soirée dans un bar en Bosnie, la musique ne fait que cracher. La caméra, elle, s’éteint parfois. Comme si le matériel était brouillé par des interférences surnaturelles. Les morts hantent le récit. La Bosnie, marquée par la guerre, ressasse inlassablement son histoire et celle de ceux qui l’ont quittée.

Joachim est à la recherche de sa propre mort, qu’il va mettre en scène, comme maître de son propre destin. Surgit alors une idée d’une douce poésie. Le cinéma emprisonne les morts pour les rendre vivants, et les faire exister éternellement. La réincarnation existe dans l’image qui capture des instants de vie, animant des corps qui bougent, pleurent et rient. Le cinéma comme souvenir, comme devoir de mémoire, comme spectre du temps. Les Héros ne meurent jamais traduit le besoin insatiable de l’humanité de se raconter des histoires. Un objet déroutant, intrigant, parfois drôle, et qui confirme, s’il le fallait encore, l’immense talent d’Adèle Haenel.
(d’après A. Dall'omo, lebleudumiroir.fr) 
 Vox Fréjus : : mercredi 7/ 14h, jeudi 8/16h40 vendredi 9 /17h  dimanche 11 /14h lundi 12 /1 18h35 mardi 13/ 17h 
 

JOSEP

Réalisé par AUREL - film d'animation France / Espagne 2020 1h20mn VOSTF - avec les voix de Sergi Lopez, Gérard Hernandez, Bruno Solo, François Morel, Valérie Lemercier, Sophia Aram... Scénario de Jean-Louis Milesi.
TRÈS REMARQUABLE FILM D’ANIMATION RÉSOLUMENT POUR ADULTES.

 

 

En quelques années, Aurel est devenu un dessinateur incontournable. Cela n’aura pas échappé aux lecteurs du Canard Enchaîné, du Monde (Diplomatique ou pas), de Politis… ni aux passionnés de BD. Le sujet de son premier et splendide long-métrage, plus encore qu’un récit historique, est un vibrant hommage et la rencontre en filigrane avec un autre dessinateur : Josep Bartoli. Mais aussi la rencontre véritable d’un petit-fils avec son grand-père : un gendarme tellement représentatif de ces héros ordinaires restés dans l’ombre de la Grande Histoire, celle qu’écrivent les vainqueurs dans des manuels qui ont fâcheusement tendance à oublier ou minimiser ses parties honteuses ou peu glorieuses. Quand on parle de la période 39/45, on évoque rarement La Retirada, et pourtant : elle parvint jusque sur nos plages et dans nos campagnes, où l’on parqua dans des camps qu’on peut dire de concentration les résistants républicains espagnols venus chercher refuge chez nous…
Février 1939. Des hommes marchent dans la neige, seuls ou en petites bandes, émaciés, affamés, parfois blessés. La traversée des Pyrénées est rude en plein hiver. Pas un seul oiseau ne chante dans les arbres secs et creux… Ils seront des centaines, ils seront des milliers à marcher ainsi jusqu’en France. Là où ils croyaient trouver un havre pour reprendre des forces, ils ne trouveront que désolation. Parmi eux, un bel homme au regard expressif et au nez aquilin. Il s’appelle Josep Bartolí et ne rêve que de rejoindre Maria, son épouse, qui porte son enfant. Comment ce dessinateur de presse de renom, ce résistant de la première heure, aurait-il pu imaginer qu’après avoir combattu et fui le franquisme, serait parqué à Argelès-sur-mer, insulté et traité comme un malfrat ? Aveuglément les gardiens de camp suivent la tendance du moment, reléguant leur cerveau au vestiaire, se laissant aller à leurs plus bas instincts, cédant à cet effet de bande qui peut rendre très con le plus pondéré des bonshommes. Pourtant une nouvelle recrue fera modestement un pas de côté. Il faut un vrai courage pour sortir du rang, ne pas céder au conformisme ambiant, au courant de pensée dominant. Un courage qu’on n’aurait pas su déceler sur la bouille joviale de notre bon gendarme consciencieux, un courage que lui-même ne revendiquera jamais. Progressivement, malgré son respect des règles et des ordres, il éprouve un respect admiratif, solidaire pour ces détenus supposés être la lie de l’humanité. En particulier pour Josep… C’est ainsi qu’une amitié mutuelle va naître entre les deux hommes, mettant à mal les conceptions simplistes du sens du devoir. Obéir pour honorer sa fonction, certes, mais que faire quand cela va à l’encontre de ce pourquoi on s’est engagé ? Comme, par exemple, la défense de la veuve et de l’orphelin, ou les valeurs de la république ? Découvrir que ces « rouges » contre lesquels se déchaîne la France de Daladier sont en fait de véritables justes, des humains avant tout, va être un sacré choc…
L’utilisation des couleurs est subtile et mouvante : réduites à la portion congrue – comme la ration des prisonniers – lors des séquences dans les camps, elles se font exubérantes lors de la rencontre avec Frida Kahlo… Tout une symbolique, tout un langage, qui s’émancipe des mots, les sublime, dans le souci de ne pas se substituer à Josep, de ne surtout pas le trahir…
Pour aborder ce vaste sujet, on passe par la tête d’un adolescent contemporain, aimant les tags et le rap, un peu saoulé à l’idée de venir visiter son grand-père, ancien gendarme. Il ne sait pas encore à quel point il va être passionné par ce que son aïeul va lui raconter. Avant que s’anime à l’écran ce magnifique Josep, le spectateur est un peu comme cet ado : il ne sait pas encore… (Utopia)

 

 

Vox Fréjus : mercredi 7/ 14h 17h45, 19h20   jeudi 8/15h   20h30   vendredi 9 /14h30 18h50, samedi 10 / 14h 15h40, 19h20   dimanche11/14h 18h15  lundi12/15h 20h30   mardi13/14h30  18h50  20h45
 

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