Au(x) cinéma(s) du 8 au 14 février

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Bonjour à tous !

Cette semaine, en ciné-club, au CGR, c'est : Réparer les vivants de Katell Quillévéré, un film pour les âmes sensibles, qui parle finalement du don de soi. . On peut voir aussi La La Land de Damien Chazelle (Whiplash) (en VF hélas), "une bouffée de bonheur".
Ne manquez pas de noter dans vos agendas la prochaine soirée Entretoiles, le dimanche 26 février sur le thème "Nos meilleurs amis", avec 2 films plutôt réjouissants (cette fois ci !), Le Teckel de Todd Solondz, savoureux et très pince sans rire, et Truman de Cesc Gay, du "pur bonheur".

a Au  Vox, allez voir Silence de Martin Scorcese, "un vrai miracle",  Tempête de sable, un film israélien de Elite Zexer, Neruda de Pablo Larrain,  "un récit trépidant et une mise en scène virtuose",  L'Ami, François d'Assise et ses frères de Renaud Fely et Arnaud Louvet, l'intrigue de la relation entre deux hommes, Jackie, un grand film de Pablo Larrain (Neruda), et Tanna de Bentley Dean et Martin Butler, un film qui mélange fiction poétique, document ethnographique et drame historique.
A Lorgues, cette semaine, on peut voir Ouvert la nuit de Edouard Baer, un film épique et joyeux et La cigale, le corbeau et les poulets de Olivier Azam et toute l'équipe de Merci Patron pour cette comédie documentaire.
Enfin à Cotignac, le magnifique Moonlight de Barry jenkins, sur la complexité des âmes et des sentiments, et le film sobre et touchant sur une période de la vie de Chet Baker : Born To Be Blue de Robert Bubeau.

Au CGR, les prochaines semaines en ciné-club, vous pourrez voir :  Manchester by the sea de Kenneth Lonergan, La Vallée des loups de Jean Michel Bertrand et Paterson de Jim Jarmush

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 8 AU 14 FÉVRIER

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Truman
Réalisé par Cesc GAY
Allemagne 2016 2h42mn VOSTF
avec Ricardo Darin, Javier Camara, Dolores Fonzi, Eduard Fernandez, Alex Brendemühl...
Scénario de Cesc Gay et Tomas Aragay
Truman, c'est un grand rouquin au museau sombre et au regard expressif, un clébard haut sur pattes plus humble et moins contrariant qu'un humain. Un de ceux qui semblent tout capter en un clin d'œil et qui, avec un simple soupir qui vise juste, vous remettent à votre place. S'il n'est pas le centre de l'histoire, il n'en est pas moins un enjeu et surtout un des éléments tendres et comiques qui la parsèment de respirations jubilatoires, de moments de grâce. Il est l'œil attentif qui suit chacun des gestes des hommes, semble les inciter à rester légers, à prendre le recul nécessaire face aux embûches de la vie. C'est sans doute pour cela que Julian (le follement séduisant et charismatique Ricardo Darin) le considère comme un véritable compagnon de vie. Inséparables comme les éléments d'un vieux couple qui n'auraient plus besoin de se parler pour se comprendre... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles dimanche 26 février à 18h
Affiche
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Le Teckel
Écrit et réalisé par Todd SOLONDZ
USA 2016 1h28mn VOSTF
avec Julie Delpy, Greta Gerwig, Kieran Culkin, Danny De Vito, Ellen Burstyn...
Quel plaisir délicieux – qu'on souhaiterait presque interdit – de retrouver la douloureuse tendresse et la délicate cruauté du grand Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat, Happiness, Life during war time pour ne citer que les plus aboutis de ses films, dont Le Teckel fait assurément partie). Avec au rendez vous ses obsessions récurrentes : l'incommunicabilité dans la société américaine, l'hypocrisie et l'égoïsme de ses concitoyens, la dérision de la condition humaine… Des thèmes traités évidemment avec l'humour formidablement grinçant qui est la signature du cinéaste.
Le fil directeur du film est un chien qui ne paie pas de mine : le teckel au profil tout en longueur, le genre de petit clebs qu'on qualifie volontiers de rase-motte, de boudin de porte, ou de grande saucisse. Le teckel du titre sera donc présent dans les quatre petites histoires distinctes qui composent le film, mettant en scène divers personnages représentant tous les âges de la vie – de l'enfant à la vieille femme.
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CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles dimanche 26 février à 20h30
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Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal
Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 8 à 17h45, jeudi 9, vendredi 10 et lundi 13 à 11h, mardi 14 à 22h20
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Silence
Réalisé par Martin Scorsese
USA 2016 2h41mn VOSTF
avec Liam Neeson , Andrew Garfield, Adam Driver...
Cette réflexion sur la foi est une magistrale leçon de cinéma, qui apaise dans sa ferveur et épate dans son intelligence, au-delà de tout prosélytisme déplacé. XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves. Scorsese met sous Silence ses ambitions commerciales avec son dernier long de 2h40m et délivre une oeuvre contemplative sur fond de sujet religieux austère, peu fédérateur. L’auteur revient au spirituel de La Dernière tentation du Christ ou de Kundun, délaissant l’action, ici inexistante, malgré la présence -toutefois rare à l’écran- de Liam Neeson au casting... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 et jeudi 9 à 13h45, 16h55 et 20h, vendredi 10 et mardi 14 à 14h, 17h15 et 20h30, samedi 11 à 13h45, 17h25 et 20h30, dimanche 12 et lundi 13 à 13h45, 16h55 et 20h
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La La Land
Ecrit et réalisé par Damien CHAZELLE
USA 2016 2h08mn
avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...
Du haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dent dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor... lire la suite
CGR (Draguignan) : en VF hélas,  mercredi 8 à 10h50, 13h30 et 19h50, jeudi 9 à 10h50, 16h30 et 19h50, vendredi 10 et samedi 11 à 10h50, 14h, 16h30 et 19h50, dimanche 12 à 14h, 16h30, 19h50 et 22h20, lundi 13 à 14h, 16h30 et 19h50, mardi 14 à 10h50, 14h, 16h30 et 19h50
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Tanna
Réalisé par Bentley DEAN et Martin BUTLER
Vanuatu / Australie 2015 1h44mn VOSTF
avec Marie Wawa, Mungau Dain, Marceline Rofit, Chef Charlie Kahla...
Écrit par Bentley Dean, Martin Butler et John Collee, en collaboration avec le peuple Yakel. Mostra de Venise, Semaine de la critique, Prix du Public.
Dain aime Wawa – et Wawa aime Dain. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils respirent le bonheur de vivre et d'être ensemble – à l'unisson d'une nature tout aussi belle, luxuriante et généreuse. Ils se retrouvent en cachette, un peu à l'écart de la rivière où les jeunes enfants s'ébattent bruyamment. Simplicité, beauté, poésie presque surnaturelle du paysage tropical. Wawa et Dain vivent dans ce qui, sur Terre, aujourd'hui, peut sans doute se rapprocher le plus d'une représentation possible du jardin d'Eden. Au milieu du Pacifique, un de ces derniers endroits du globe où les populations vivent en symbiose avec leur environnement : Tanna, une des grandes îles paradisiaques de l'archipel de Vanuatu, dominée par le volcan Yasur, en éruption permanente. Ce volcan, même s'il lui vaut largement sa renommée, c'est un peu la face sombre de l'île. C'est là, et à ses abords, que la végétation verdoyante cède la place à la roche volcanique, aride et noire ; là que, passée la douceur enchanteresse des arbres et des cascades, on entre dans un inquiétant paysage de désolation. Là pourtant qu'il est possible de se réfugier lorsqu' on est en rupture de ban avec la tribu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 9 à 20h, vendredi 10, samedi 11 et lundi 13 à 18h15, mardi 14 à 20h30
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L'Ami, François d'Assise et ses frères
Réalisé par Renaud FÉLY et Arnaud LOUVET
France 2016 1h27mn
avec Jérémie Renier, Elio Germano, Yannick Renier, Éric Caravaca, Marcello Mazzarella, Olivier Gourmet, Alba Rohrwacher...
Une première approche superficielle du film pourrait déclencher des réactions décontenancées, voire déçues : où est le François que nous connaissons ? Car il ne faut pas venir voir L’Ami, François d’Assise et ses frères dans l’idée d’y trouver une nouvelle Vie du Poverello. Nous découvrons d’abord une Fraternité partageant étroitement la vie des plus démunis. Une Fraternité qui puise dans la prière son unité et son amour du Christ pauvre. Au cœur de cette Fraternité, François est comme brûlé par le feu de l’Évangile. Vivre l’Évangile, la mettre en pratique de manière radicale au milieu des plus petits, des parias de notre société, voilà sa vie et sa Règle. François qui se fait saltimbanque, héraut de l’Évangile, au risque de rencontrer incompréhension et hostilité... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 16h, vendredi 10 à 14h et lundi 13 à 16h15
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Jackie
Réalisé par Pablo LARRAIN
USA/Chili 2016 1h40mn VOSTF
avec Natalie Portman, Peter Sasgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt...
Scénario de Noah Oppenheim. Prix du Scénario, Festival de Venise 2016 • Grand Prix, Festival de Toronto 2016
Un mois à peine après le formidable Neruda ( courez le voir si ce n'est pas déjà fait), un nouveau film de Pablo Larrain, un nouveau regard décalé et passionnant sur un personnage célèbre, une figure cette fois tellement médiatique qu'elle pourrait détourner du film le spectateur légitimement méfiant : il aurait tort, il se priverait d'un grand moment de cinéma brillant et suprêmement intelligent. Jackie nous fait vivre l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, et les quelques jours qui suivront, du point de vue de la rescapée abasourdie, de la veuve immédiatement transformée en icône planétaire... lire la suite
Le Vox (Fréjus) en VO : mercredi 8 à 17h50, jeudi 9 à 18h, vendredi 10, samedi 11, dimanche 12 et mardi 14 à 20h30, lundi 13 à 18h15
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Moonlight
Écrit et réalisé par Barry JENKINS
USA 2016 1h51mn VOSTF
avec Trevante Rhodes, Alex. R. Hibbert, Ashton Sanders, Mahershala Ali, Janelle Monae, Naomie Harris, André Holland...
D'après le livre de Tarell Alvin McCraney
Moonlight se passe exclusivement dans la communauté noire défavorisée de Miami, mais pas de confusion : on est à 10 000 lieux du film de ghetto avec guerre des gangs endémique et coups de flingue pour un bout de trottoir où vendre du crack. Moonlight captive et émeut en nous montrant avec sincérité et sensibilité l'évolution et la construction de l'identité d'un enfant au destin tourmenté. Un récit en trois volets où l'on suit Chiron dans le quartier de Liberty à Miami, d'abord à l'âge de neuf ans – il est alors surnommé Little – puis à seize ans en adolescent solitaire avant de le retrouver quand il est devenu un homme de vingt-cinq ans au physique impressionnant et à la prestance de caïd, mais cachant de toute évidence au plus profond quelques blessures jamais refermées... lire la suite
Cotignac : dimanche 12 à 18h
Affiche
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Born To Be Blue
Écrit et réalisé par Robert BUDREAU
Canada 2015 1h37mn VOSTF
avec Ethan Hawk, Carmen Ejogo, Calum Keith Rennie, Kevin Hanchard, Tony Nappo...
Pour évoquer la mélancolie sulfureuse et l’aura si particulière du grand trompettiste, rien ne pourra sans doute égaler le magnifique documentaire que lui consacra Bruce Weber, Let’s get lost, sorti sur les écrans quelques mois seulement après le suicide à Amsterdam de Chet Baker, puisque c'est bien de lui qu'il s'agit : Weber, photographe de formation et de profession, avait réussi à rendre compte de toute la complexité de ce personnage fascinant et totalement singulier, et dressait un portrait sous forme d’hommage qui ne passait toutefois pas sous silence les multiples zones d’ombres du personnage... lire la suite
Cotignac : vendredi 9 à 18h30
Affiche
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La Cigale, le corbeau et les poulets
Réalisé par Olivier AZAM
Documentaire France 2016 1h35mn
C’est une histoire qui ferait rigoler le plus sinistre des neurasthéniques : elle est tout ce qu’il y a de vraie et a néanmoins toutes les apparences d’une farce délirante et cocasse… On rit certes beaucoup à écouter les protagonistes du film se dépêtrer de cette affaire, mais on est aussi un brin admiratif de leur capacité à imposer tranquillement et avec bonne humeur leur volonté infatigable de résister à ce qui les défrise, irréductibles villageois qui mènent leur révolution tranquillement depuis un petit bled de l’Hérault.
L’histoire du film commence sous le règne de Sarkozy : un petit village de campagne, à deux pas de Montpellier, son clocher, sa mairie et… son bureau de tabac, atypique et animé, où tout le village passe et où se retrouve une poignée de trublions qui fourrent leur nez partout, affichent leurs convictions et publient une gazette qu’ils ont nommé La Commune. Rien ne saurait les faire taire tant l’exercice de l’expression démocratique fait partie de leurs gènes… D’aucuns les trouvent sacrément casses-burnes (ceux qui détiennent un embryon de pouvoir), mais pour plein d’autres, ils sont les indispensables « emmerdeurs jouissifs » qui empêchent l’enlisement des cervelles...
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Lorgues : mercredi 8  à 20h30
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Tempête de sable
Écrit et réalisé par Elite ZEXER
Israël 2016 1h28mn VOSTF
avec Lamis Ammar, Ruba Blal, Hitham Omari, Khadija Aladel...
Grand prix du jury, Festival de Sundance 2016
Première scène simple et réjouissante : un père, Suliman, confie le volant à sa fille Layla. On est sur une petite route poussiéreuse, perdue et interminable qui trace tout droit vers leur village dépareillé. Le désert du Néguev, on l'apercevra peu, aux antipodes de celui des cartes postales. La seule tempête qui va secouer cette petite communauté bédouine sera celle qui se déroulera au cœur des hommes. Ou plutôt dans la tête des femmes, omniprésentes, comme autant de minuscules grains de sable perdus et ballotés dans des mécanismes sociaux qui les dépassent. Ce n'est pas parce que l'histoire prend sa source au fin fond d'Israël, à la frontière de la Jordanie, qu'elle ne fera pas résonner en nous quelque chose d'étrangement familier... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 18h, jeudi 9 à 13h45, vendredi 10 et mardi 14 à 18h15, samedi 11 à 15h35, lundi 13 à 20h30
Le Coeur régulier : Affiche
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Neruda
Réalisé par Pablo LARRAIN
Chili 2016 1h48mn VOSTF
avec Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Mercedes Moran, Diego Munoz, Alfredo Castro...
Neruda est à la hauteur de Neruda. Neruda le film est à la (dé)mesure de Neruda le poète, le militant, l’homme politique, figure emblématique d’un Chili pensant, créant, résistant. Soyons clair : ceux qui espèrent un biopic classique retraçant la vie et la carrière du grand écrivain, compagnon de Garcia Lorca et de Picasso au moment de la Guerre d’Espagne, Prix Nobel de littérature en 1971, mort dans des circonstances suspectes peu de temps après le coup d’état de Pinochet… ceux-là resteront sur leur faim. Mais tous ceux qui sont sensibles à l’imagination, à l’invention, au romanesque, à la poésie – tous qualificatifs évidemment adaptés à l’œuvre de Pablo Neruda – seront autant que nous enthousiasmés par ce film magistral du très remarquable Pablo Larrain qui s’est imposé, en quelques films essentiels et radicaux, comme un observateur incisif de l’histoire troublée de son pays... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 9 à 17h45, dimanche 13 à 20h30 et mardi 14 à 18h15
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Ouvert la nuit
Réalisé par Edouard BAER
France 2016 1h40mn
avec Edouard Baer, Audrey Tautou, Sabrina Ouazani, Christophe Meynet, Jean-Michel Lami, Gregory Gadebois, Patrick Boshart, Marie-Ange Casta, Alka Balbir, Lionel Abelanski, Atem Kelif, Michel Galabru...
Scénario d’Edouard Baer et Benoit Graffin
Ouvert la nuit aurait pu s’appeler « Ouvrir les portes » (d’un théâtre, d’un cinéma, de chez soi) ou bien « Ouvrir une bouteille » (de champagne, de vin) voir même « Ouvrir son cœur »… Bref un titre généreux, avenant, engageant, un titre qui donne envie d’aller vers l’autre, vers l’inconnu, vers les lumières de la ville et de la nuit. Alors on va ouvrir tout ça en même temps – parce que c'est comme ça que la vie ne devrait jamais cesser d'être : ouverte comme une fenêtre – et suivre le facétieux, l’incorrigible, le séduisant… j’ai nommé l’inénarrable et incroyable Luigi... lire la suite
Lorgues : mercredi 8 et samedi 11 à 18h 


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Truman
Réalisé par Cesc GAY
Espagne 2015 1h46mn VOSTF
avec Ricardo Darin, Javier Camara, Dolores Fonzi, Eduard Fernandez, Alex Brendemühl...
Scénario de Cesc Gay et Tomas Aragay

Truman, c'est un grand rouquin au museau sombre et au regard expressif, un clébard haut sur pattes plus humble et moins contrariant qu'un humain. Un de ceux qui semblent tout capter en un clin d'œil et qui, avec un simple soupir qui vise juste, vous remettent à votre place. S'il n'est pas le centre de l'histoire, il n'en est pas moins un enjeu et surtout un des éléments tendres et comiques qui la parsèment de respirations jubilatoires, de moments de grâce. Il est l'œil attentif qui suit chacun des gestes des hommes, semble les inciter à rester légers, à prendre le recul nécessaire face aux embûches de la vie. C'est sans doute pour cela que Julian (le follement séduisant et charismatique Ricardo Darin) le considère comme un véritable compagnon de vie. Inséparables comme les éléments d'un vieux couple qui n'auraient plus besoin de se parler pour se comprendre.
Julian n'est pourtant pas un ermite misanthrope : aimer son chien ne l'empêche pas d'aimer les gens. Ici, à Madrid, il est entouré de potes fidèles, surtout son amie et ex-amoureuse Paula qui veille à distance, s'inquiète, solidaire, toujours prête à se rendre disponible où et quand il le faut. Et comme tous ceux qui veulent le bien des autres, parfois, elle sait ne pas ou ne veut plus écouter Julian, prête à se battre comme une louve pour le protéger, fut-ce à son corps défendant.

C'est ainsi que, sur un appel pressant de Paula, tout droit venu du lointain Québec et d'un lointain passé, débarque Tomas (Javier Camara, bien sûr impeccable) avec pour mission secrète d'infléchir une décision importante que doit prendre son vieil ami Julian… Les retrouvailles sont belles. Ni les années ni les océans qui les ont séparés ne semblent avoir ébranlé les fondements profonds d'une telle camaraderie. À travers les silences, les boutades, les provocations sans complaisance, transpirent un respect immense, une complicité qui ferait rêver tout le monde, sauf Truman, lequel ne voit pas d'un bon œil l'intrusion de cet inconnu qui perturbe son intimité avec son maître. Truman qui fait donc un peu la gueule à Tomas qui le lui rend bien. Et c'est fichtrement cocasse de voir le manège de ces deux-là dont le seul point commun semble être Julian…
Mais tout cela, dans le fond, n'est qu'une trame au second plan pour aller à l'essentiel, au cœur de nos humanités. Les véritables personnages de l'histoire, ce sont tous ces sentiments qui la traversent, la bouleversent. Nos peurs face à l'inconnu, à l'incompréhensible. L'acceptation des choix de ceux qu'on aimerait pouvoir garder toujours à nos côtés. La grande classe de ces amitiés profondes, indéfectibles, où l'on finit par prendre l'autre tel qu'il est sans rien attendre en retour.

Il fallait des êtres beaux, dignes, subtils, pleins d'humour pour parler de choses aussi profondes sans lourdeurs, sans fioritures superflues. Voilà deux grands acteurs réunis pour la première fois (ils étaient tous les deux au générique du précédent film de Cesc Gay, Les Hommes, de quoi parlent-ils ?, mais ils n'avaient aucune scène en commun). Et c'est du pur bonheur !


 CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles dimanche 26 février à 18h


Le Teckel
Écrit et réalisé par Todd SOLONDZ
USA 2016 1h28mn VOSTF
avec Julie Delpy, Greta Gerwig, Kieran Culkin, Danny De Vito, Ellen Burstyn...

 

Quel plaisir délicieux – qu'on souhaiterait presque interdit – de retrouver la douloureuse tendresse et la délicate cruauté du grand Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat, Happiness, Life during war time pour ne citer que les plus aboutis de ses films, dont Le Teckel fait assurément partie). Avec au rendez vous ses obsessions récurrentes : l'incommunicabilité dans la société américaine, l'hypocrisie et l'égoïsme de ses concitoyens, la dérision de la condition humaine… Des thèmes traités évidemment avec l'humour formidablement grinçant qui est la signature du cinéaste.
Le fil directeur du film est un chien qui ne paie pas de mine : le teckel au profil tout en longueur, le genre de petit clebs qu'on qualifie volontiers de rase-motte, de boudin de porte, ou de grande saucisse… Aux États-Unis, c'est d'ailleurs ainsi qu'on le désigne, « Wiener dog », titre original du film : et la « wiener », c'est la saucisse de Francfort qu'on entoure de pain mou pour faire les hot-dogs. C'est aussi un petit clin d'œil au personnage récurrent des films de Solondz, Dawn Wiener, que l'on découvrait ado complexée dans Bienvenue dans l'âge ingrat, puis un peu plus vieille dans Palindromes et qui est ici une grande fille un peu gauche incarnée par la toujours épatante Greta Gerwig.

Le teckel du titre sera donc présent dans les quatre petites histoires distinctes qui composent le film, mettant en scène divers personnages représentant tous les âges de la vie – de l'enfant à la vieille femme. Ça commence très fort puisque le premier maître est un petit garçon qui lutte contre la maladie, qui supporte courageusement les traîtements à répétition et à qui son père a offert ce chien pour le réconforter, l'encourager, lui faire plaisir… Sauf que le père et la mère du gamin sont d'insupportables bourgeois obsédés par la propreté, confits dans leurs habitudes et leur confort et absolument pas prêts à accepter la présence d'un chien dans leur quotidien.
Ce sera ensuite une jeune vétérinaire (Dawn Wiener / Greta Gerwig) un peu timide, un peu coincée, qui embarque un teckel malade et qui retombe amoureuse d'un ancien copain de fac torturé devenu un tantinet toxicomane. Puis viendra le tour d'un scénariste raté (excellent et trop rare Danny de Vito), prof désabusé dans une école de cinéma, haï de ses insupportables étudiants bouffis de prétention et étouffant sous l'esprit de sérieux. Et pour finir ce sera une vieille dame très riche et très malade (Ellen Burstyn, saisissante), dotée d'un sens suffisant de l'humour noir pour avoir appelé son teckel Cancer, qui est d'abord harcelée par sa nièce, actrice improbable et tapeuse chronique, puis assaillie par ses souvenirs qui viennent lui demander des comptes…

Chacun des épisodes, savoureux et très pince-sans-rire, est l'occasion pour Solondz de livrer une satire féroce des mœurs contemporaines : la futilité matérialiste des familles riches américaines (Julie Delpy parfaite en mère de famille upper classe à gifler) ; le vide existentiel des trentenaires solitaires ; la cruauté, l'hypocrisie et la suffisance du monde de l'enseignement du cinéma, sans oublier le ridicule achevé de celui de l'art contemporain ; la vacuité des vies passées à accumuler de la richesse… Comme toujours dans les Solondz réussis, c'est aussi tragique que jubilatoire. Et c'est par ailleurs d'une précision de mise en scène assez sidérante.


CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles dimanche 26 février à 20h30

Réparer les vivants

 

 

Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal

Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner.
Cela commence par un accident bête. Mais quel accident ne l'est pas ? De Simon on connait juste l'essentiel : il est aimé, il aime la vie, il est jeune et blond comme un ange. On sait aussi qu'il pousse le romanesque jusqu'à sortir de la piaule de sa petite amie par la fenêtre, tel un Roméo ayant volé quelques baisers. C'est le petit matin et il file rejoindre ses copains. Surfeurs unis comme des mousquetaires venus flirter avec des sensations exaltantes dans la fulgurance des éléments, peut-être pour mettre à l'épreuve cet élan vital qui bouillonne en eux. Puis c'est rassasiés d'émotions fortes, et heureux, qu'ils s'en retournent aborder les moments plus classiques de leur existence. L'ambiance dans la camionnette est apaisée, la musique les berce doucement, un peu trop… Jusqu'à s'endormir au volant…

On ne s'attardera pas sur le destin brisé de Simon, on n'exploitera pas les larmes légitimes qui pourraient en découler. Nul besoin de s'appesantir sur la tristesse de la famille. C'est au contraire l'énergie de vie qui va primer par delà la mort. On est dans le concret, le désir de réparer les vivants qui s'entend autant pour les patients que pour les soignants et pour les proches. Il va falloir d'abord aider les parents à comprendre la situation, essayer de leur dire avec délicatesse que Simon ne sera plus, mais que grâce à ses organes, des vies pourraient être améliorées ou sauvées, des vies d'inconnus qui le resteront à tout jamais… C'est toute une chaîne solidaire, bienveillante, qui se met en route pour accompagner chacun dans son cheminement et dont on va suivre un à un les maillons. De la simple infirmière au grand professeur, en passant par le plus humble brancardier, tous sont importants, quelque soit leur rôle. À l'instant même où ils apparaissent à l'écran, on s'y attache spontanément puis on accepte de les laisser disparaître sans nostalgie. Simples et irremplaçables vaguelettes d'une grande marée humaine, qui viennent miroiter dans la lumière, qu'on admire quelques instants avant qu'elles ne retournent se fondre dans l'anonymat d'une matrice universelle. Ce sont autant de petites mains admirables toujours prêtes à soigner, à perpétuer la vie, qui font preuve d'une humanité tout simplement intimidante.

Il fallait du talent, une équipe investie pour parvenir à ce sentiment de symbiose hors du temps, à cette forme de concentration et de calme dans l'urgence. C'est un film pour les âmes sensibles, sans une once de pathos gluant qui vienne dégouliner dans les interstices d'une scène. Nulle séquence choquante ou sanguinolente, aucun effet spectaculaire. Certes rien n'est tu ou caché, mais tout est distancié, feutré. On y parle bien sûr du don d'organe, mais plus encore du don de soi. (Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 8 à 17h45, jeudi 9, vendredi 10 et lundi 13 à 11h, mardi 14 à 22h20

Silence
Résultat de recherche d'images pour "scorsese silence allocine"Réalisé par Martin Scorsese
USA 2016 2h41mn VOSTF
avec Liam Neeson , Andrew Garfield, Adam Driver...

Cette réflexion sur la foi est une magistrale leçon de cinéma, qui apaise dans sa ferveur et épate dans son intelligence, au-delà de tout prosélytisme déplacé. XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves. Scorsese met sous Silence ses ambitions commerciales avec son dernier long de 2h40m et délivre une oeuvre contemplative sur fond de sujet religieux austère, peu fédérateur. L’auteur revient au spirituel de La Dernière tentation du Christ ou de Kundun, délaissant l’action, ici inexistante, malgré la présence -toutefois rare à l’écran- de Liam Neeson au casting. D’ailleurs point de bons sentiments chrétiens chers aux productions destinées aux apôtres du Tea Party américain, en lieu et place de leçon de catéchisme, Scorsese, le Croyant, délivre une profonde réflexion sur la foi qu’il met en scène au 17e siècle, dans un contexte historique insolite, le Japon médiéval, insoumis aux efforts de christianisation du Vatican.

Le thème est passionnant, nous ramenant aux heures noires d’une conquête du globe par les Européens, en guise de prémices à une forme de mondialisation du culte. Silence puise sa force dans l’accomplissement d’une union entre ténèbres et lumières, un big bang né du choc des cultures qui se résistent, des fois qui se contredisent. L’épopée quasi biblique pose son combat sur la terre nippone où les nouveaux Chrétiens, fraîchement convertis par les missionnaires du bout du monde, sont humiliés, torturés, jusqu’à la renonciation de leur foi, s’ils acceptent de renoncer au culte qu’ils devront insulter. Le supplice peut être plus élevé pour l’envahisseur catholique, crucifié, ou, comble de l’horreur pour le prêtre, forcé à se détourner de sa croyance, si, philosophiquement, il en est capable. En cela réside l’incroyable ressource narrative du film... la rétractation possible du croyant dans ses convictions comme suspense ultime. Un sujet de thriller original, où les mots, pensées et décisions sont extrêmement pesés, sur fond de souffrances sacrificielles, qui invitent à réfléchir. Scorsese, visiblement hanté par les atrocités commises au nom de la foi - massacres de Chrétiens, guerres aux impies, terrorisme... - substitue à notre époque la barbarie de la période impérialiste du christianisme chez les barbares japonais. A priori, la religion catholique y est dépeinte dans sa bonté et sa générosité... le grand inquisiteur est à trouver du côté du peuple à assouvir par sa croyance, un peuple éclaté en îles et villages où les ténèbres de l’isolement, de l’ignorance, et de la répression font régner un sentiment prégnant de peur. Las de tout manichéisme, Scorsese étire la pensée religieuse à son paroxysme, confrontant les dogmes, exposant les contradictions, et surtout faisant montre de la relativité des cultures et des cultes qu’il renvoie à l’intimité, à l’individualité, au respect des différences et du pluralisme, à notre époque où l’obscurantisme grandit pour réimposer les hiérarchies des cultes.

Il ressort de ce voyage plus métaphysique qu’ésotérique un formidable sentiment d’apaisement, où les convictions de chaque spectateur sont préservés, sur fond de cinéma total, celui d’un maître du visuel et de l’art narratif, qui arrive encore par nous surprendre par la puissance cinégénique de ses transes. Les nouvelles recrues que sont Andrew Garfield et Adam Driver épousent la rigueur de son cinéma, avec la même ferveur que des DiCaprio et De Niro en leurs temps.
Scorsese continue donc de régner comme un dieu sur le cinéma d’auteur américain, nonobstant le désaveu commercial du film aux USA. Silence est un vrai miracle. (àvoiràlire)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 et jeudi 9 à 13h45, 16h55 et 20h, vendredi 10 et mardi 14 à 14h, 17h15 et 20h30, samedi 11 à 13h45, 17h25 et 20h30, dimanche 12 et lundi 13 à 13h45, 16h55 et 20h


Tanna
Réalisé par Bentley DEAN et Martin BUTLER
Vanuatu / Australie 2015 1h44mn VOSTF
avec Marie Wawa, Mungau Dain, Marceline Rofit, Chef Charlie Kahla...
Écrit par Bentley Dean, Martin Butler et John Collee, en collaboration avec le peuple Yakel. Mostra de Venise, Semaine de la critique, Prix du Public. Directeur culturel : Jimmy Joseph NAKO

Dain aime Wawa – et Wawa aime Dain. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils respirent le bonheur de vivre et d'être ensemble – à l'unisson d'une nature tout aussi belle, luxuriante et généreuse. Ils se retrouvent en cachette, un peu à l'écart de la rivière où les jeunes enfants s'ébattent bruyamment. Simplicité, beauté, poésie presque surnaturelle du paysage tropical. Wawa et Dain vivent dans ce qui, sur Terre, aujourd'hui, peut sans doute se rapprocher le plus d'une représentation possible du jardin d'Eden. Au milieu du Pacifique, un de ces derniers endroits du globe où les populations vivent en symbiose avec leur environnement : Tanna, une des grandes îles paradisiaques de l'archipel de Vanuatu, dominée par le volcan Yasur, en éruption permanente. Ce volcan, même s'il lui vaut largement sa renommée, c'est un peu la face sombre de l'île. C'est là, et à ses abords, que la végétation verdoyante cède la place à la roche volcanique, aride et noire ; là que, passée la douceur enchanteresse des arbres et des cascades, on entre dans un inquiétant paysage de désolation. Là pourtant qu'il est possible de se réfugier lorsqu' on est en rupture de ban avec la tribu.

Car à Tanna comme à Vérone, la ferveur des amants n'est pas forcément raccord avec les intérêts familiaux, tribaux. Selon les traditions séculaires de la tribu Yakel, plutôt que de filer le parfait amour avec son Roméo, la belle Wawa devrait plutôt convoler avec le fils du chef de la tribu voisine – et ennemie – des Imedin. Histoire de sceller par un mariage de raison la paix entre les deux tribus. Il serait même urgemment temps, vu que les Imedin viennent (par ailleurs) de tuer un villageois Yakel. Il est donc intimé à Wawa de ranger ses sentiments derrière son pagne et de se sacrifier pour le bien de la communauté. Seulement Dain et Wawa ne l'entendent pas de cette oreille et s'enfuient dans la forêt.
Il y a plus ou moins trente ans, l'île de Tanna a réellement été le théâtre de cette histoire de Capulet et de Montaigu des antipodes. Un fait divers, une tragédie, dont l'issue est écrite dès les premières minutes du film, qui a suffisamment secoué les populations pour faire vaciller l'ordre social et a provoqué en 1987 un changement radical dans la « kastom » – les lois ancestrales de mariages arrangés.

Bentley Dean et Martin Butler, venus du cinéma documentaire, font avec Tanna (le film) le pari osé de sortir du travail ethnographique. Ils ont réécrit cet épisode fondateur avec les habitants de l'île, leur ont fait réinterpréter parfois leur propre rôle, on réinventé avec eux une façon de faire du cinéma, de raconter une histoire. Le résultat est à la hauteur de l'ambition du projet. Le film navigue finement entre fiction poétique, document ethnographique et drame historique. Il y a évidemment un pur plaisir à se laisser immerger dans la beauté des paysages et des personnages, à s'abreuver de codes culturels étrangers et pourtant incroyablement perceptibles. Il est doux de se laisser mener par ce récit quasi mythologique, mille fois raconté, mais à un rythme inhabituel et tellement revigorant. Il est formidable de se sentir à ce point ignorant, de plonger dans l'inconnu et d'en revenir émerveillé par mille découvertes. Avec Tanna, un vrai vent de liberté souffle sur le cinéma – et on parie que la belle et triste histoire de Dain et Wawa n'a pas fini de vous faire rêver.

Le Vox (Fréjus) : jeudi 9 à 20h, vendredi 10, samedi 11 et lundi 13 à 18h15, mardi 14 à 20h30

La La Land
Écrit et réalisé par Damien CHAZELLE
USA 2016 2h08mn
avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...

Du haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dent dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor.
La la land, c’est la comédie musicale comme on n'osait plus la rêver, c’est un étalon lancé à cent kilomètres heure sur la piste de danse étoilée. Ce ne serait que cela, ce serait déjà très bien, mais quand le cavalier qui tient les rênes est un type passionné de musique, brillant, audacieux, fougueux, il devient vite évident que l'on est ici un niveau au-dessus et qu’au-delà du simple film de genre, c’est bien un pan tout entier de l’âge d’or du cinéma hollywoodien que le bougre a décidé de parcourir à bride abattue. La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune.

C’est l’histoire de Mia et de Sebastian… Elle est serveuse dans un café niché au creux d’imposants décors d’un grand studio hollywoodien et court obstinément les castings dans l’attente du grand rôle. Il est pianiste de jazz, fan de Thelonius Monk mais pour l'heure il est surtout fauché et doit cachetonner en attendant d’accomplir son rêve : reprendre une mythique boîte de jazz à son compte et y jouer toute la musique qu’il aime. Entre eux, l'indifférence voire le mépris d'abord… avant les étincelles !
Embrassant avec délice tous les clichés, jonglant avec les références les plus prestigieuses – de Chantons sous la pluie à La Fureur de vivre en passant par Un américain à Paris, West Side Story ou les mélos flamboyants à la Douglas Sirk, sans oublier quelques clins d'œil admiratifs autant qu'affectueux à Jacques Demy – La la land parvient pourtant à tout réinventer. Les codes, dont il se moque avec tendresse, les chansons, traditionnelles mais souvent détournées avec humour, les décors, sublimes dans leur écrin de carton pâte mais qui jamais ne font toc, et les deux protagonistes, clichés sur pattes (la jeune serveuse qui veut percer à Hollywood, le musicien idéaliste et un peu dédaigneux qui se veut l’héritier des plus grands) mais terriblement humains. Même le récit, dont la trame est classique, parvient à nous surprendre grâce à une construction singulière (la toute dernière partie du film est en cela une belle trouvaille).

S’il s’agit plus d’un hommage abouti que d’une véritable révolution cinématographique, La la land est une vrai bouffée de bonheur, colorée, enjouée, rythmée, qui vous prend par la taille, vous entraîne dans la danse et ne vous lâche qu’au bout de deux heures… Ou qui ne vous lâche pas, la la la…

CGR (Draguignan) : en VF hélas,  mercredi 8 à 10h50, 13h30 et 19h50, jeudi 9 à 10h50, 16h30 et 19h50, vendredi 10 et samedi 11 à 10h50, 14h, 16h30 et 19h50, dimanche 12 à 14h, 16h30, 19h50 et 22h20, lundi 13 à 14h, 16h30 et 19h50, mardi 14 à 10h50, 14h, 16h30 et 19h50

L'Ami, François d'Assise et ses frères
Réalisé par Renaud FÉLY et Arnaud LOUVET
France 2016 1h27mn
avec Jérémie Renier, Elio Germano, Yannick Renier, Éric Caravaca, Marcello Mazzarella, Olivier Gourmet, Alba Rohrwacher...

Une première approche superficielle du film pourrait déclencher des réactions décontenancées, voire déçues : où est le François que nous connaissons ? Car il ne faut pas venir voir L’Ami, François d’Assise et ses frères dans l’idée d’y trouver une nouvelle Vie du Poverello.
Nous découvrons d’abord une Fraternité partageant étroitement la vie des plus démunis. Une Fraternité qui puise dans la prière son unité et son amour du Christ pauvre. Au cœur de cette Fraternité, François est comme brûlé par le feu de l’Évangile. Vivre l’Évangile, la mettre en pratique de manière radicale au milieu des plus petits, des parias de notre société, voilà sa vie et sa Règle. François qui se fait saltimbanque, héraut de l’Évangile, au risque de rencontrer incompréhension et hostilité.

Mais le cœur de l’intrigue est ailleurs. Le film choisit de mettre en lumière la relation entre deux hommes : François et Élie. Élie de Cortone, un de ses premiers disciples, est profondément attaché à François. Il veut l’aider à « réussir » son utopie fraternelle ; mais pour cela, il pense qu'il faut un minimum d’organisation afin de gagner en « efficacité », afin d'institutionnaliser ce style de vie. Elie veut le bien de François, même contre son propre gré. Il veut assurer le succès de l’ordre et du coup ne pas refuser, a priori, le rapport avec les hiérarchies ecclésiastiques, les compromis, les arrangements. Alors que François ne pense pas à l'après, Elie est habité par l'idée que les Franciscains doivent durer dans le temps.

Pourquoi cette ambition à première vue généreuse se heurte-t-elle au refus de François et à l’incompréhension des frères ? Qu’est-ce qu’Elie n’a donc pas compris de l’idéal évangélique de François ? De ces visions opposées naît un affrontement qui impliquera aussi leurs camarades. Le film laisse au spectateur le choix de sa propre position, en suggérant l’intemporalité d’un tel dilemme, par ailleurs plus que jamais d’actualité.

(Frère Nicolas Morin, ordre des Franciscains – Chiara Frugoni, historienne)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 16h, vendredi 10 à 14h et lundi 13 à 16h15

Jackie
Réalisé par Pablo LARRAIN
USA/Chili 2016 1h40mn VOSTF
avec Natalie Portman, Peter Sasgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt...
Scénario de Noah Oppenheim. Prix du Scénario, Festival de Venise 2016 • Grand Prix, Festival de Toronto 2016

Un mois à peine après le formidable Neruda ( courez le voir si ce n'est pas déjà fait), un nouveau film de Pablo Larrain, un nouveau regard décalé et passionnant sur un personnage célèbre, une figure cette fois tellement médiatique qu'elle pourrait détourner du film le spectateur légitimement méfiant : il aurait tort, il se priverait d'un grand moment de cinéma brillant et suprêmement intelligent. Jackie nous fait vivre l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, et les quelques jours qui suivront, du point de vue de la rescapée abasourdie, de la veuve immédiatement transformée en icône planétaire.

Un dispositif narratif particulièrement ingénieux permet d'appréhender la personnalité complexe de cette femme sous différents aspects et à différents moments. Deux scènes, dont on voit des extraits tout au long du film, sont à cet égard particulièrement éclairantes. D'abord, une émission de télé reconstituée qui montre, en noir et blanc, une Jackie à ses tout débuts de première dame, hésitante et touchante, proposer aux téléspectateurs une visite de la Maison Blanche et annoncer les travaux de restauration qu'elle souhaite mettre en œuvre. Ensuite, le rendez-vous qu'elle donne à un journaliste du magazine Life, quelques jours après l'assassinat de JF Kennedy. Elle en dira beaucoup lors de cet entretien, mais en laissera publier peu car son objectif est de commencer à bâtir la légende de son mari. Pour cela, elle doit rester maîtresse du jeu en donnant sa version des événements. Entre ces deux moments, on comprend que la petite débutante a beaucoup appris des règles de la communication moderne et de l'utilisation des médias. Les presque trois années passées à la Maison Blanche avaient en effet aguerri cette femme cultivée, qui parlait couramment l'anglais, le français, l'espagnol et l'italien. Il lui faudra néanmoins une force considérable pour organiser à sa façon, construction de la légende oblige, les funérailles de son mari, contre l'avis du conseiller du nouveau président Lyndon Johnson.

Natalie Portman, filmée de très près, présente dans toutes les scènes, est Jackie Kennedy. Inutile d'en dire davantage sur cette exceptionnelle performance. Les acteurs autour d'elle sont parfaits, de Peter Sarsgaard (Robert Kennedy) à Greta Gerwig, avec une mention spéciale pour John Hurt que l'on découvre en prêtre catholique dans une scène qui nous permet, au-delà des apparences exigées par la fonction de première dame, d'aller au plus profond de la personnalité de Jackie et de constater toute la lucidité qu'elle conserve sur son mariage, sur la personnalité de son mari et ce que signifiait d'entrer dans le clan Kennedy.

Un soin extraordinaire a été apporté à la reconstitution, décors, voitures, vêtements… Ce qui ne nous étonne pas d'un film tourné aux USA avec des moyens importants. Ce qui surprend davantage, c'est la qualité de la musique qui, au lieu de peser comme souvent, accompagne et souligne intelligemment.
On ne doute pas qu'un bon réalisateur américain aurait pu faire de cette histoire un bon film. Mais on ne doute pas non plus que nous n'aurions pas échappé à de pénibles couplets patriotiques. Ce n'est pas faire injure au pur talent de Pablo Larrain de prétendre qu'un Chilien, ne se faisant aucune illusion sur la politique américaine, était particulièrement bien placé pour que Jackie soit, non pas un film de plus sur un moment de l'histoire des États Unis, mais tout simplement un grand film.

Le Vox (Fréjus) en VO : mercredi 8 à 17h50, jeudi 9 à 18h, vendredi 10, samedi 11, dimanche 12 et mardi 14 à 20h30, lundi 13 à 18h15

Moonlight
JUSTE LA FIN DU MONDEÉcrit et réalisé par Barry JENKINS
USA 2016 1h51mn VOSTF
avec Trevante Rhodes, Alex. R. Hibbert, Ashton Sanders, Mahershala Ali, Janelle Monae, Naomie Harris, André Holland...
D'après le livre de Tarell Alvin McCraney

Moonlight se passe exclusivement dans la communauté noire défavorisée de Miami, mais pas de confusion : on est à 10 000 lieux du film de ghetto avec guerre des gangs endémique et coups de flingue pour un bout de trottoir où vendre du crack. Moonlight captive et émeut en nous montrant avec sincérité et sensibilité l'évolution et la construction de l'identité d'un enfant au destin tourmenté. Un récit en trois volets où l'on suit Chiron dans le quartier de Liberty à Miami, d'abord à l'âge de neuf ans – il est alors surnommé Little – puis à seize ans en adolescent solitaire avant de le retrouver quand il est devenu un homme de vingt-cinq ans au physique impressionnant et à la prestance de caïd, mais cachant de toute évidence au plus profond quelques blessures jamais refermées.

Quand on découvre Chiron, c'est un enfant apeuré qui fuit trois ou quatre petits durs en bermuda et se réfugie dans un de ces appartements abandonnés qui servent de planque aux dealers locaux. C'est ainsi que Chiron va rencontrer Juan, un vendeur de crack au grand cœur (ça « devrait » être un oxymore et pourtant…) qui va devenir pour quelques temps avec sa compagne Teresa – très beau personnage, soigné comme tous les seconds rôles du film – une famille de substitution qui permettra au gamin de trouver affection et confiance.

Moonlight, dont le titre évoque la lueur de la lune perçant l'obscurité de la nuit et de la vie, éclairant la part d'ombre de chacun, décrit de manière formidable comment un petit être grandit et se construit dans toutes ses contradictions alors qu'il est très mal parti dans la vie, enfermé dans une case par une prédestination sociale, culturelle, sexuelle dont il va tenter – ou pas – de se défaire avec l'aide des rencontres qui vont jalonner son parcours. Comment, dans une communauté où tout le monde se connait et où tout le monde obéit à des règles et à un contrôle social pas forcément propice à la liberté individuelle, un jeune garçon noir des quartiers pauvres peut s'affranchir des codes sociaux, de la masculinité revendiquée et presque obligatoire. Comment il peut faire exploser ce statut de souffre-douleur qui lui est assigné depuis l'enfance. Comment il peut concilier l'amour naturel pour sa mère en perdition et la préservation de son avenir. Comment il peut accepter l'amitié protectrice d'un dealer alors que celui ci fournit en produit mortifère sa propre mère. Moonlight est un film éminemment intelligent sur la complexité des âmes et des sentiments : celui qui vous protège et vous aime peut aussi contribuer à la perte de vos proches, celui que vous aimez peut s'avérer aussi votre bourreau malgré lui. Et il faut s'en débrouiller pour grandir.

Pour incarner toute la richesse ambigüe de cette destinée, le réalisateur a trouvé trois comédiens exceptionnels pour les trois périodes de la vie de son personnage principal, avec une palme du cœur à Trevante Rhodes qui incarne Chiron adulte, montagne de muscles incarnant parfaitement, à travers la sobriété du jeu, les blessures profondes et les sentiments intenses qui hantent ses nuits, avec notamment deux scènes bouleversantes de retrouvailles avec sa mère et un ami perdu de vue. Autre personnage fascinant du film : Miami, avec ses palmiers et son soleil permanent, incarnant dans l'imaginaire collectif le paradis subtropical pour retraités fortunés, dont Moonlight nous montre, derrière la beauté et les couleurs, les arrière-cours moins reluisantes, filmées dans un splendide Cinémascope.(Utopia)

Cotignac : dimanche 12 à 18h


Born To Be Blue

HARMONIUMÉcrit et réalisé par Robert BUDREAU
Canada 2015 1h37mn VOSTF
avec Ethan Hawk, Carmen Ejogo, Calum Keith Rennie, Kevin Hanchard, Tony Nappo...

Pour évoquer la mélancolie sulfureuse et l’aura si particulière du grand trompettiste, rien ne pourra sans doute égaler le magnifique documentaire que lui consacra Bruce Weber, Let’s get lost, sorti sur les écrans quelques mois seulement après le suicide à Amsterdam de Chet Baker, puisque c'est bien de lui qu'il s'agit : Weber, photographe de formation et de profession, avait réussi à rendre compte de toute la complexité de ce personnage fascinant et totalement singulier, et dressait un portrait sous forme d’hommage qui ne passait toutefois pas sous silence les multiples zones d’ombres du personnage.
Born to be blue est une fiction et la première – voire principale – difficulté était de trouver un comédien capable de transmettre à l’écran ne serait-ce qu'une parcelle de la force hypnotique du visage si particulier, traits saillants et regard fragile, du vrai Chet Baker. Et le pari est tenu, il y a quelque chose de bouleversant dans l’interprétation d’Ethan Hawke : sans vouloir à tout prix mimer Chet Baker, il parvient à retranscrire avec justesse le talent fou et la souffrance intime du musicien.

Le choix judicieux de n’aborder qu’une période limitée de la vie de Chet Baker, entre 1966 et 1973, période qui correspond à sa longue traversée du désert, donne au récit une force toute particulière et permet de condenser ainsi la singularité du musicien autant que les multiples contradictions de l’homme. Le scénario explore de manière subtile le passé de Baker (sa première femme, sa rivalité avec Miles Davis, la drogue…) puis s’attache assez rapidement à l’histoire d’amour avec sa seconde compagne, et sa tentative assez désespérée de résurrection musicale. On suit le couple en pleine errance et pauvreté, essayant de remonter la pente, l’un voulant retrouver sa gloire passée sans l’héroïne, l’autre tentant douloureusement de percer au cinéma.
Ethan Hawke incarne avec justesse l’immaturité et l’inconstance du personnage, en quête perpétuelle de reconnaissance et incapable à renoncer aux sirènes dangereuses de la drogue. La drogue (le speedball, mélange de cocaïne et d’héroïne), vecteur puissant de plaisir mortifère mais aussi moyen incontournable d’accéder à la musique.

Sans illusion bien sûr sur ces liaisons dangereuses, le film rappelle en filigrane que la défonce a fait partie intégrante de la vie de bien des génies du jazz, de Billy Holiday à Charlie Parker en passant par Miles Davis, ici montré comme l’éternel et génial rival de Baker. Tamisé de la même lumière bleutée – la classe pour un film en noir et blanc ! – que celle qui devait baigner les clubs de jazz de la Côte Est, Born to be blue assume avec élégance les promesses de son titre : un film sobre et touchant, bercé par la mélancolie d’un blues associé pour toujours à l’interprète de My funny Valentine.(Utopia)

Cotignac : vendredi 9 à 18h30


La Cigale, le corbeau et les poulets

LA CIGALE, LE CORBEAU ET LES POULETSRéalisé par Olivier AZAM
Documentaire France 2016 1h35mn

C’est une histoire qui ferait rigoler le plus sinistre des neurasthéniques : elle est tout ce qu’il y a de vraie et a néanmoins toutes les apparences d’une farce délirante et cocasse… On rit certes beaucoup à écouter les protagonistes du film se dépêtrer de cette affaire, mais on est aussi un brin admiratif de leur capacité à imposer tranquillement et avec bonne humeur leur volonté infatigable de résister à ce qui les défrise, irréductibles villageois qui mènent leur révolution tranquillement depuis un petit bled de l’Hérault.
L’histoire du film commence sous le règne de Sarkozy : un petit village de campagne, à deux pas de Montpellier, son clocher, sa mairie et… son bureau de tabac, atypique et animé, où tout le village passe et où se retrouve une poignée de trublions qui fourrent leur nez partout, affichent leurs convictions et publient une gazette qu’ils ont nommé La Commune. Rien ne saurait les faire taire tant l’exercice de l’expression démocratique fait partie de leurs gènes… D’aucuns les trouvent sacrément casses-burnes (ceux qui détiennent un embryon de pouvoir), mais pour plein d’autres, ils sont les indispensables « emmerdeurs jouissifs » qui empêchent l’enlisement des cervelles…

Depuis quelques temps, Sarkozy et ses proches reçoivent par la poste des lettres de menace d’un « corbeau » accompagnées de balles de 9mm… Branle-bas de combat, mobilisation générale dans la brigade anti-terroriste : tous les flics de France sont sur les dents avec pour priorité absolue de dénicher le (ou les ?) dangereux terroriste qui recycle ainsi ses balles perdues.
C’est une brigade entière qui va donc débarquer en force et aux aurores dans le bled de nos joyeux pépères contestataires, sans que le buraliste ait eu le temps d’enfiler son caleçon. Arrêtés, menottés, embarqués, cuisinés : Pierre Blondeau, Jeannot le Suisse, le Renard argenté sont soupçonnés d’être les terribles terroristes qui osent menacer le président de la République… Mais pourquoi eux ? Hein ? Je vous le demande…

C’est fendard et Daniel Mermet, complice de longue date d’Olivier Azam (Chomsky et Cie, Howard Zinn et plein d’autres collaborations pour Là-bas si j’y suis) a été le premier à faire venir la petite bande pour la fête de l’Huma (à écouter sur le site de Là-bas si j’y suis).(Utopia)

Lorgues : mercredi 8  à 20h30

Tempête de sable
PREMIER CONTACTÉcrit et réalisé par Elite ZEXER
Israël 2016 1h28mn VOSTF
avec Lamis Ammar, Ruba Blal, Hitham Omari, Khadija Aladel...
Grand prix du jury, Festival de Sundance 2016

Première scène simple et réjouissante : un père, Suliman, confie le volant à sa fille Layla. On est sur une petite route poussiéreuse, perdue et interminable qui trace tout droit vers leur village dépareillé. Le désert du Néguev, on l'apercevra peu, aux antipodes de celui des cartes postales. La seule tempête qui va secouer cette petite communauté bédouine sera celle qui se déroulera au cœur des hommes. Ou plutôt dans la tête des femmes, omniprésentes, comme autant de minuscules grains de sable perdus et ballotés dans des mécanismes sociaux qui les dépassent. Ce n'est pas parce que l'histoire prend sa source au fin fond d'Israël, à la frontière de la Jordanie, qu'elle ne fera pas résonner en nous quelque chose d'étrangement familier.
Entre le père et sa fille, à laquelle il apprend à conduire, transparaissent une complicité, une affection et une admiration indéfectibles. On devine que sous les traits de cette étudiante sérieuse se profile la promesse d'un avenir lumineux où les femmes auraient voix au chapitre, le choix de leur devenir, de leur carrière. Layla semble animée par une rage vitale, rentrée, maîtrisée, une volonté inaliénable qui lui permettront d'aller plus loin que ses ancêtres ne le pouvaient. On y croit ! On a envie d'y croire ! Bien sûr, lorsqu'on arrive près des demeures rapiécées, parfois miteuses, le père reprend le volant. Le doute fait une première brève incursion… Là les regards épient, les langues critiquent, les traditions reprennent le dessus. Il y a des choses qui ne se font pas, que l'on n'évoque pas, même si la modernité semble en marche.

La seconde fille de la famille c'est Tasnim, la cadette d'une douzaine d'années. Envers elle, le même lâcher prise semble régner. Privilège de l'âge ? De sa petite taille qui fait qu'on l'oublie ? De ses allures de garçon manqué ? Elle semble pouvoir traîner ses guêtres et ses oreilles un peu partout en se faisant oublier des adultes. C'est donc par elle que les informations arrivent parfois, de manière déconcertante. Trop spontanée et sans malice, la langue bien pendue, elle ne sait pas encore qu'il vaut parfois mieux se taire. Témoin malicieux et innocent qui fera naître bien des remous dans la maisonnée.
Et puis il y a la mère, Jalila, maîtresse femme, personnage qui n'a pas fini de nous étonner, peut-être le plus subtil, le plus profond. De prime abord elle apparaît plus rêche, moins progressiste que le père. Toujours en train de rappeler à l'ordre, de surveiller la mise de ses filles… qui comprendront plus tard la justesse et la portée de ses propos d'une lucidité douloureuse. Quand leurs vies et les rapports avec leur paternel vont basculer le jour où ce dernier ramène une seconde femme au village. Le jour des noces, c'est Jalila qui réceptionne dignement la jeune mariée au visage lourdement poudré de blanc, engoncée dans une robe naïvement immaculée. L'intruse aura le statut de seconde épouse tant que Jalila assurera celui de première. Amères sont les félicitations que les vaincus adressent aux vainqueurs.

Suliman met la dose pour accueillir sa nouvelle et beaucoup plus jeune compagne. La différence de traitement entre les deux maisonnées devient chaque jour plus criante. Mais si la cage de l'une est plus dorée que celle de l'autre, elle n'en reste pas moins liberticide. Rien n'est aussi simple et aucune de ces femmes, aux caractères ciselés par le vent et l'aridité de terres ingrates depuis des générations, ne l'ignore. Les victimes désignées sont parfois plus résistantes que leurs bourreaux et les bourreaux plus lâches et soumis qu'il n'y paraît. Tous et toutes complices d'un système archaïque, aux multiples facettes et aux rouages vicieux, contre lequel aucun pion du jeu ne peut gagner la partie seul.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 18h, jeudi 9 à 13h45, vendredi 10 et mardi 14 à 18h15, samedi 11 à 15h35, lundi 13 à 20h30


Neruda
Réalisé par Pablo LARRAIN
Chili 2016 1h48mn VOSTF
avec Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Mercedes Moran, Diego Munoz, Alfredo Castro...

Neruda est à la hauteur de Neruda. Neruda le film est à la (dé)mesure de Neruda le poète, le militant, l’homme politique, figure emblématique d’un Chili pensant, créant, résistant. Soyons clair : ceux qui espèrent un biopic classique retraçant la vie et la carrière du grand écrivain, compagnon de Garcia Lorca et de Picasso au moment de la Guerre d’Espagne, Prix Nobel de littérature en 1971, mort dans des circonstances suspectes peu de temps après le coup d’état de Pinochet… ceux-là resteront sur leur faim. Mais tous ceux qui sont sensibles à l’imagination, à l’invention, au romanesque, à la poésie – tous qualificatifs évidemment adaptés à l’œuvre de Pablo Neruda – seront autant que nous enthousiasmés par ce film magistral du très remarquable Pablo Larrain qui s’est imposé, en quelques films essentiels et radicaux, comme un observateur incisif de l’histoire troublée de son pays (Tony Manero sur l’ambiance de plomb à l’époque du régime de Pinochet sous protection américaine, Santiago 73 - en Vidéo en Poche, autour du coup d’Etat, No, sur la fin surprise du régime Pinochet, El Club, sur les sordides reliquats aujourd’hui du régime dictatorial).

Loin donc de toute tentative ampoulée de biographie plus ou moins exhaustive, le film s’attache à un épisode bien précis de la vie de Neruda quand, au lendemain de l’élection en 1946 du président Gabriel Gonzalez Videla, il devient, après l’avoir soutenu en tant que sénateur communiste, l’un de ses plus farouches opposants, suite au ralliement du dirigeant au camp américain dans la Guerre Froide naissante. Neruda, malgré un important soutien populaire et un parti communiste au sommet de sa puissance, va devoir fuir puisque le PC est bientôt interdit par le gouvernement et ses militants pourchassés.
L’anti-biopic de Larrain bouscule l’icône Neruda, décrivant, sans jamais oublier le génie littéraire ni la figure politique de premier plan, son égoïsme, sa mégalomanie, son goût du luxe et des fêtes dispendieuses contrastant avec la défense affichée de la classe ouvrière ainsi que le goût pour les prostituées malgré l’amour d’une épouse qui aura tout sacrifié pour lui. Le réalisateur et son scénariste ont de manière jubilatoire transformé cet épisode historique en un récit policier et d’aventures aux quatre coins du Chili. On suit un Neruda (Luis Gnecco) qui, avant de partir à l’étranger, fuit ses poursuivants à travers tout le pays, des maisons bourgeoises de Santiago jusqu’aux frimas de la Patagonie et aux bordels de Valparaiso en passant par les hauteurs enneigées des Andes. À ses trousses, un personnage de roman noir, l’inspecteur Peluchonneau (Gael Garcia Bernal), policier obsessionnel, habité par la légende d’un ancêtre qui aurait créé la police chilienne, tout aussi fasciné par sa proie que déterminé à la capturer. Un personnage résolument romanesque dont la voix off accompagne le récit (le texte écrit par le scénariste Guillermo Calderon est magnifique) et qui devient, en une mise en abyme vertigineuse, une sorte de création littéraire de Neruda lui-même.

Au fil d’un récit trépidant, porté par une mise en scène virtuose et des images d’une beauté souvent renversante, secoué par un humour irrévérencieux, habité par deux acteurs géniaux, Neruda est certes iconoclaste envers le héros national mais il est aussi et surtout un magnifique hommage à son génie poétique – la poésie est omniprésente tout au long du film, irriguant le texte en voix off déjà cité, transcendant des dialogues, des situations, des rebondissements d’une invention éblouissante. Et à travers l’histoire picaresque de la fuite de Neruda traqué par le policier Peluchonneau, Larrain préfigure la triste suite de l’histoire chilienne à laquelle il a consacré jusqu’ici son œuvre, le sinistre Augusto Pinochet apparaissant brièvement en jeune officier au regard bleu glacial, garde-chiourme en chef d’un camp d’internement.


Le Vox (Fréjus) : jeudi 9 à 17h45, dimanche 13 à 20h30 et mardi 14 à 18h15

Ouvert la nuit
Réalisé par Edouard BAER
France 2016 1h40mn
avec Edouard Baer, Audrey Tautou, Sabrina Ouazani, Christophe Meynet, Jean-Michel Lami, Gregory Gadebois, Patrick Boshart, Marie-Ange Casta, Alka Balbir, Lionel Abelanski, Atem Kelif, Michel Galabru...
Scénario d’Edouard Baer et Benoit Graffin

Ouvert la nuit aurait pu s’appeler « Ouvrir les portes » (d’un théâtre, d’un cinéma, de chez soi) ou bien « Ouvrir une bouteille » (de champagne, de vin) voir même « Ouvrir son cœur »… Bref un titre généreux, avenant, engageant, un titre qui donne envie d’aller vers l’autre, vers l’inconnu, vers les lumières de la ville et de la nuit. Alors on va ouvrir tout ça en même temps – parce que c'est comme ça que la vie ne devrait jamais cesser d'être : ouverte comme une fenêtre – et suivre le facétieux, l’incorrigible, le séduisant… j’ai nommé l’inénarrable et incroyable Luigi.

Luigi (Edouard toujours délicieusement Baer) est le directeur inspiré et définitivement imprévisible d’un théâtre parisien. C’est la veille de la première et sur scène, il n’y a pas que les rideaux de velours rouge qui sont tendus. Il n’y a plus un sou dans les caisses et l’équipe n’a pas été payée depuis… depuis trop longtemps. Ils ont beau tous aimer très fort ce sympathique Luigi de patron, ils ont beau aimer l’art avec un grand A, et le théâtre parisien privé, faut quand même pas pousser l’intermittent dans les orties. Grève générale donc. Pendant que dans la salle un célèbre metteur en scène excessivement japonais et son assistante-interprète complètement sadique tentent de mener à terme les ultimes répétitions, dussent-elles épuiser le grand Michel Galabru qui aimerait bien rentrer chez lui, Luigi, fidèle à lui-même, a totalement le contrôle de la situation. Rien ni personne, nippon ni gréviste, ni sa meilleure amie et administratrice, ni la nuit et encore moins Paris ne l’empêcheront de lever le rideau le lendemain pour la première représentation.

Le pognon n’est qu’une histoire d’argent et les histoires, Luigi, il maîtrise : scénario, dialogues, costumes et même la bande son, tout lui va, rien n’est grave, tout peut arriver y compris le meilleur, il suffit juste d’y croire. Assisté d’une stagiaire de Sciences-Po aussi rationnelle et stressée qu’il est zen et lunaire, aussi sûre de son jugement qu’il est à l’aise avec ses doutes, le voilà parti au cœur de la nuit en quête d’argent frais. Mais les vieux tours de passe-passe de Luigi, son baratin et ses blagues un peu lourdingues ont pris du plomb dans l’aile… Luigi n’est plus tout à fait le magicien de la nuit, le séducteur saltimbanque qu’il était, le monde autour de lui n’est plus tout à fait le même et les gens, ces autres qui l’inspirent, ont peut être envie d’avoir la paix, voir comme Michel d’aller se coucher.

Tourbillonnant, virevoltant, épique, mélancolique, joyeux, insomniaque, Ouvert la nuit est un film de mission qui ressemble à Cendrillon… passé minuit, le smoking du dandy redeviendra la tenue de travail du garçon de café et le carrosse doré une flûte en plastique contenant un champagne tiède… Mais chut… Luigi le doux, l’inconstant, le rêveur, l'irresponsable, le tchatcheur a peut-être un ultime tour dans sa poche trouée. Un homme qui, comme le poète Ferré, parle à un chimpanzé n’a peut-être pas encore dévoilé sa dernière tirade.


Lorgues : mercredi 8 et samedi 11 à 18h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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