Au(x) cinéma(s) du 8 au 14 juin

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Bonjour à tous !

Commençons par l'événement Entretoiles de la semaine : nous vous proposons de venir voir avec nous La Sapienza d'Eugène Green, un film "simple et profond", "un miracle païen", "une totale évidence", "un film qui procure les mêmes effets qu'une cure de rajeunissement"... bref : ne manquez pas ce film lundi 13 juin à 20 heures au Bucéphale !  (et on peut apporter son petit coussin : les sièges sont un peu durs !!!).

CGR, cette semaine, nous propose Fritz Bauer, un héros allemand de Lars Kraume, un film très intéressant sur l'attitude de l'Allemagne et ses paradoxes au lendemain de la guerre. Sinon, vous pouvez aller au Vox à Fréjus voir Folles de Joie, film italien de Paolo Virzi, "une échappée belle qui, on l'espère, vous rendra fous de joie à votre tour"
A Lorgues, à Salernes ou à Fréjus, allez voir Julieta de Pedro Almodovar.... A Lorgues aussi il y a Visite ou Mémoires et confessions de Manoel de Oliveira, une sorte de "biographie posthume", tourné en 1981 mais qui sort seulement maintenant.
Au Lido de Saint Raphaël, Elle de Verhoeven, avec une performance d’actrice (Isabelle Huppert, impressionnante..). Et toujours Café Society de Woody Allen, et l’inénarrable Ma Loute de Bruno Dumont.

N'oubliez pas de noter la proposition suivante d' Entretoiles : le 3 juillet (et non 26 juin comme nous l'avions annoncé) au CGR, une soirée sur le thème "Portraits d'hommes" (pour faire pendant à une de nos précédentes soirées "Portraits de femmes"), avec 2 films: "L'homme qui répare les femmes" de Thierry Michel, ou l'histoire radicale du médecin congolais Denis Mukwege, et "L'histoire du géant timide", film islandais de Dagur Kari, une ode à l'homme dans ce qu'il a de plus beau ! avec bien sûr; l'apéritif Entretoiles entre les deux ! Cette séance terminera la saison avant les vacances d'été !

Voilà ! et puis nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

Et à lundi pour La Sapienza !

PROGRAMMATION DU 8 AU 14 JUIN 2016

Affiche
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La Sapienza
Écrit et réalisé par Eugène GREEN
France / Italie 2014 1h44mn VOSTF
avec Fabrizio Rongione, Christelle Prot Landman, Ludovico Succio, Arianna Nastro...
Photographie somptueuse de Raphaël O'Byrne • Musique envoûtante de Claudio Monteverdi
Limpidité et apaisement font de La Sapienza une totale évidence. Le nouveau film d'Eugène Green fait partie de ces œuvres qui – de manière très difficile à expliquer, par une sorte de miracle païen – concilient les contraires. Plus il simplifie, plus il gagne en profondeur. Plus sa mise en scène est formelle, plus elle éveille l'émotion. Avec leur diction surannée et leur caractère précieux, les films de Green semblent surgir d'un autre âge : c'est justement ce qui séduit d'emblée à la vision de La Sapienza. Car on y décèle vite, derrière un réjouissant plaisir de conter, une immense sincérité et une attention assez rare aux itinéraires humains. C'est dire qu'il vaut la peine, en tant que spectateur du film, d'en accepter les très spécifiques procédés. Il faut simplement se laisser emmener sur les traces de la reconstruction de ce couple de cinquantenaires formé par Alexandre (interprété par Fabrizio Rongione), un célèbre architecte en pleine remise en question professionnelle et sentimentale, et sa femme Aliénor (Christelle Prot) qui l'accompagne en Italie à la recherche des ressources qui leur permettront d'aimer à nouveau... lire la suite
Une séance unique au Bucéphale (Boulevard de la liberté) : lundi 13 juin à 20h
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Fritz Bauer, un héros allemand
Réalisé par Lars KRAUME
Allemagne 2015 1h46mn VOSTF
avec Burghart Klaussner, Ronald Zehrfeld, Lilith Stangenberg, Jörg Schüttauf, Sebastian Blomberg...
Scénario de Lars Kraume et Olivier Guez
70 ans après la chute du régime nazi, le cinéma allemand n'a pas fini d'explorer les zones d'ombre de cette sinistre période. Entreprise pédagogique ô combien louable qui nous donne en plus des films passionnants. Dans Le Labyrinthe du silence, on découvrait fugitivement la figure de Fritz Bauer, Juif allemand devenu procureur au tout début des années 1930, arrêté sous le régime hitlérien, mais qui parvint à fuir vers le Danemark puis la Suède avant de revenir exercer ses fonctions dans la nouvelle Allemagne prétendument débarrassée du nazisme. Fritz Bauer (interprété par un comédien magnifique : Burghart Klaussner, inoubliable pasteur dans Le Ruban blanc de Michael Haneke) est aujourd'hui le personnage central d'un film qui raconte des événements qui se sont déroulés près de dix ans avant ceux relatés dans Le Labyrinthe du silence... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 8 et mardi 14 à 11h, jeudi 9 à 14h, vendredi 10 et samedi 11 à 18h, dimanche 12 à 20h et lundi 13 à 11h45
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Café Society
Écrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2016 1h36mn VOSTF
avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Blake Lively, Steve Carrell, Corey Stoll, Parker Posey, Ken Stott, Anna Camp...
Film d'ouverture, Festival de Cannes 2016
C'est la troisième fois que Woody Allen fait l'ouverture du Festival de Cannes. Un record de plus à son actif. En 2002 c'était avec Hollywood ending et en 2011 avec Midnight in Paris, un des films les plus savoureux de sa dernière période. Il se trouve que Café Society, tout comme Midnight, nous transporte dans un passé revisité par le magicien Allen, avec toute la fantaisie dont il est capable et juste ce qu'il faut de nostalgie (ici les années 30 à Hollywood, là les années 20 à Saint-Germain des Prés). On a le droit d'y voir un heureux présage… New York, dans les années 30 donc. Coincé entre des parents en perpétuelle bagarre, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d'étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l'engager comme coursier... lire la suite
CGR (Draguignan) : jeudi 9, vendredi 10, lundi 13 et mardi 14 à 11h15
Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 et jeudi 9 en VF à 13h50 et VO à 18h05 - vendredi 10  à 16h10 en VF et et samedi 11 à 13h50 en VF - dimanche 12 à 18h15 en VO - lundi 13 à 16h15 en VO - mardi 14 à 18h30 en VO
Affiche
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Ma Loute
Écrit et réalisé par Bruno DUMONT
France 2016 2h02mn
avec Fabrice Luchini, Valeria Bruni-Tedeschi, Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Brandon Lavievillle, Raph, Didier Despres, Thierry Lavieville, Caroline Carbonnier...
Sélection officielle, en compétition, Festival de Cannes 2016
C'est l'apothéose de la transformation d'un cinéaste que l'on savait magnifiquement inspiré mais que d'aucuns trouvaient plombant (Fabrice Luchini, qui a pas mal hésité avant d'accepter de tourner dans Ma Loute, le désignait d'ailleurs comme « un Rohmer austère, ou un Truffaut qui ne voulait pas faire d'entrées ! »). Bruno Dumont, cinéaste nordiste primé à Cannes pour L'Humanité et Flandres, admiré pour La Vie de Jésus ou Hors Satan, autant de films splendides mais n'invitant en effet pas franchement à la rigolade, est devenu le roi de la comédie policière déglinguée depuis P'tit Quinquin, mini série pour Arte où des sales gosses, sorte de Club des Cinq ch'ti et trash, suivaient l'enquête maladroite de flics d'opérette sur des crimes commis entre les blockhaus de la Côte d'Opale. Ma loute creuse ce sillon en l'amplifiant, en lui donnant une dimension dantesque : c'est à la fois tordant et terrifiant... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 9 à 18h15, samedi 11 à 16h10, dimanche 12, lundi 13 et mardi 14 à 15h45
Affiche
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Folles de Joie
Réalisé par Paolo VIRZI
Italie 2016 2h VOSTF
avec Valeria Bruni-Tedeschi, Micaella Ramazzotti, Anna Galiena, Valentina Carnelutti...
Scénario de Francesca Archibugi et Paolo Virzi. Festival de Cannes 2016, Quinzaine des Réalisateurs
Pour une fois les traducteurs de titres ont eu le verbe heureux. Folles de joie, elles le sont définitivement, les deux héroïnes de ce film qui navigue entre rires et larmes avec un égal bonheur. Et la joie qu'elles n'auront de cesse de rechercher empruntera des chemins nécessitant une bonne dose de douce dinguerie, quand ce ne sera pas tout simplement de l'inconscience. Béatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif, aujourd'hui on dit bipolaire. Donatella est une jeune femme fragile et introvertie, au corps meurtri et tatoué. On comprendra plus tard d'où lui viennent l'atèle qu'elle porte sur la jambe et les marques sur son visage renfrogné. La rencontre de ces deux caractères va se faire sur un quiproquo mais on sent immédiatement que le courant est passé et qu'une forme de tendresse réciproque vient de voir le jour. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient donc d'amitié. Une après-midi, elles décident – enfin, surtout Béatrice – de s'enfuir, bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu'est le monde des gens « sains »... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 15h45, 18h15 et 20h45 - jeudi 9, vendredi 10, samedi 11 et dimanche 12 à 13h50, 16h10 et 20h45 - lundi 13 et mardi 14 à 13h50, 18h20 et 20h45
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A War
Écrit et réalisé par Tobias LINDHOLM
Danemark 2015 2h VOSTF
avec Pilou Asbaek, Tuva Novotny, Dar Salim, Soren Malling, Charlotte Munck...
Dans le petit matin gris, une troupe progresse à travers un massif montagneux. Des ombres que l'on pourrait prendre pour de paisibles randonneurs si elles n'étaient arnachées comme des chevaliers teutoniques. Nous sommes en Afghanistan et nous cheminons avec précaution aux côtés d'un petit groupe d'hommes membres du corps expéditionnaire danois en charge de protéger les populations et de maintenir l'ordre dans les villes et les campagnes. Une simple opération de police, comme l'affirmaient sans rire les autorités françaises au beau temps des colonies, elles-mêmes en charge à l'époque du maintien de l'ordre en Algérie. Hier, les Aurès avec l'armée française, aujourd'hui la province de Helmand avec l'armée danoise. Mêmes contreforts escarpés, même végétation chiche, même villages misérables accrochés à la montagne, mêmes opérations de police qui tentent de taire leur nom alors qu'il s'agit bien d'une guerre... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi8, jeudi 9 et vendredi 10 à 13h50, samedi 11 à15h50, dimanche 12 à 18h30, lundi 13 et mardi 14 à 16h05
Affiche
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Julieta
Écrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR
Espagne 2016 1h36mn VOSTF
avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Rossy de Palma, Dario Grandinetti, Michelle Jenner, Pilar Castro...
« Il est possible que l'austérité soit à partir de maintenant ma voie… » Pedro Almodovar. Le nouveau film de Pedro Almodovar a été dans un premier temps fraîchement accueilli en Espagne (il faut dire aussi que sont entrés en ligne de comptes des paramètres largement extra-cinématographiques : mais que diable allait-il faire dans cette galère panaméenne ?), les critiques lui reprochant justement sa froideur, sa distance, son manque d'émotion manifeste, regrettant la fantaisie, la loufoquerie, le sens de la provocation du Almodovar des débuts – dont on a connu une résurgence pas vraiment convaincante avec Les Amants passagers – ou alors le sens du mélodrame flamboyant qui emportait ses œuvres de la maturité. Et puis, au fur et mesure que les spectateurs – professionnels ou amateurs – voient le film à tête reposée, sans a priori, il semble bien que la tendance est en train de s'inverser, que les réactions se font de plus en plus positives, voire assez enthousiastes, rapprochant ce Julieta de La Fleur de mon secret, un des films les plus beaux – et des plus retenus – du réalisateur... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 16h10, jedui 9 à 16h10 en VF et 20h45 en VO - vendredi 10 à 16h50 en VF et 18h05 en VO - samedi 11 à 18h30 en VO - dimanche 12 à 16h15 et 20h45 en VO - lundi 13 à 18h15 en VF - mardi 14 à16h15 en VF et 20h45 en VO
Lorgues : mercredi 8 et lundi 13 à 21h - samedi 11 à 19h
Salernes : jeudi 9 à 21h - vendredi 10  à 18h et samedi 11 à 21h
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L’Origine de la violence
Réalisé par Elie Chouraqui
France 2016 1h50mn
avec Michel Bouquet, Richard Berry, Stanley Weber...
Lors d’un voyage en Allemagne, un jeune professeur, Nathan Fabre, découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie. De retour en France, le souvenir de cette photographie ne cesse de l’obséder. Face au silence de son père, il décide alors de se pencher sur l’histoire de sa propre famille. Les secrets qu’il y découvre bouleversent son existence. À l’issue de sa quête, Nathan comprendra que le passé, même enfoui au plus profond des mémoires, finit toujours par ressurgir...Pouvons-nous parler de L’Origine de la violence sans évoquer les difficultés rencontrées par Elie Chouraqui pour financer son film ? La réponse est clairement "non" tant la persévérance et la ténacité du cinéaste transpire tout au long du film et contribue en partie à sa réussite... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 15h45, jeudi 9 et vendredi 10 à 15h50, samedi 11, dimanche 12, lundi 13 et mardi 14 à 13h50
Le Coeur régulier : Affiche
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Elle
Écrit et réalisé par Paul Verhoeven
Pays-Bas 2016 2h10mn
avec Isabelle Huppert, Charles Berling, Anne Consigny, Virginie Efira, Laurent Lafitte...
Tordu, drôle, choquant, réjouissant... Elle signe le retour d’un Verhoeven plus que jamais passé maître dans l’art de déranger. Mais plus que de la provocation, cette satire sociale ambiguë bascule en cours de route sur un axe cosmique et universel. Une composition d’une grande maîtrise. Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer... lire la suite
Lido (Saint-Raphael) : mercredi 8 et dimanche 12 à 18h30 et 21h15 - jeudi 9, lundi 13 et mardi 14 à 16h et 20h45 - vendredi 10 à 16h - samedi 11 à 18h30 et 21h45
Affiche
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Visite ou Mémoires et confessions
Réalisé par Manoel de OLIVEIRA
Portugal 1982 1h09mn VOSTF
avec Manoel De Oliveira, Teresa Madruga, Maria Oliveira, Urbano Tavares Rodrigues...
Cas inédit dans l’histoire du cinéma, Visite ou Mémoires et confessions est ce que l’on serait tenté d’appeler une autobiographie posthume. Manoel de Oliveira tourne ce film en 1981 avec pour ordre de ne le montrer qu’après sa mort. Le grand cinéaste portugais est alors âgé de 73 ans, il a déjà réalisé six longs métrages et de nombreux autres films au cours d’une carrière débutée en 1931. Il est en pleine forme, déborde de travail et ne sait pas qu’il lui reste encore 34 ans à vivre et près de 25 films à faire (dont ses plus grandes œuvres : Val Abraham, Le Soulier de satin, Non ou la vaine gloire de commander…). Ce n’est donc pas l’approche de la mort qui initie cette autobiographie mais un événement précis : la perte de la demeure familiale qu’il a fait construire au début de son mariage en 1941 et qu’il est contraint de vendre pour faire face aux difficultés financières de l’usine de textile de sa famille. Manoel de Oliveira fait partie de ces artistes chez qui la vie et l’œuvre s’embrassent de manière particulièrement inextricable. Quarante ans de vie dans ce lieu sont sur le point de le quitter... lire la suite
Lorgues : dimanche 12 à 21h et lundi 13 à 19h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

La Sapienza
Écrit et réalisé par Eugène GREEN
France / Italie 2014 1h44mn VOSTF
avec Fabrizio Rongione, Christelle Prot Landman, Ludovico Succio, Arianna Nastro...
Photographie somptueuse de Raphaël O'Byrne • Musique envoûtante de Claudio Monteverdi

Limpidité et apaisement font de La Sapienza une totale évidence. Le nouveau film d'Eugène Green fait partie de ces œuvres qui – de manière très difficile à expliquer, par une sorte de miracle païen – concilient les contraires. Plus il simplifie, plus il gagne en profondeur. Plus sa mise en scène est formelle, plus elle éveille l'émotion. Avec leur diction surannée et leur caractère précieux, les films de Green semblent surgir d'un autre âge : c'est justement ce qui séduit d'emblée à la vision de La Sapienza. Car on y décèle vite, derrière un réjouissant plaisir de conter, une immense sincérité et une attention assez rare aux itinéraires humains. C'est dire qu'il vaut la peine, en tant que spectateur du film, d'en accepter les très spécifiques procédés. Il faut simplement se laisser emmener sur les traces de la reconstruction de ce couple de cinquantenaires formé par Alexandre (interprété par Fabrizio Rongione), un célèbre architecte en pleine remise en question professionnelle et sentimentale, et sa femme Aliénor (Christelle Prot) qui l'accompagne en Italie à la recherche des ressources qui leur permettront d'aimer à nouveau.

C'est par l'ironie et la satire qu'Eugène Green ouvre son film. En quelques scènes aussi froides que cocasses, la société contemporaine y montre son visage le plus aberrant. Lors d'une navrante remise de récompense pour l'ensemble de son œuvre ou quand les membres de la commission de son nouveau projet poussent l'absurdité jusqu'à lui demander de raser l'existant pour créer un jardin sur une dalle de béton, Alexandre reste sans voix. Lui qui a œuvré dans le modernisme le plus radical est arrivé au bout du chemin. Il ressent alors le besoin de retourner en Italie, aux origines de son amour pour l'architecture et avec l'espoir de rédiger un livre sur son maître Francesco Borromini (architecte baroque du xviie siècle, contemporain du Bernin). Discrète mais clairvoyante, Aliénor comprend avant lui qu'il n'est pas seulement question d'architecture, mais qu'il lui faut le suivre pour reconstruire leur amour érodé. Commence alors un voyage dans une Italie somptueuse, dont le passé lointain servira de fondation à ces deux êtres à la reconquête d'eux-mêmes.
Arrivés à Stresa, sur les rives du Lac Majeur, ils font la connaissance de deux jeunes frère et sœur. Elle est malade, en proie à des malaises inexpliqués ; il est étudiant en architecture, plein d'idéal et avide de savoir. Eugène Green exploite intelligemment toutes les facettes de ce quatuor : en posant alternativement les deux couples en miroir, en filiation mère-fille ou père-fils, ou encore en relation professeur-apprenti lors de plusieurs splendides visites de bâtiments commentées par Alexandre. Frère et sœur deviennent pour Alexandre et Aliénor une présence quasi fantomatique, dévoilant leur blessure passée et figurant en même temps la possibilité d'un avenir. C'est alors que La Sapienza parvient à évoquer avec une force incroyable l'essence de ce qui peut se partager entre des êtres.

Le cinéma d'Eugène Green, amoureux athée de l'art baroque, est empreint d'une forme de transcendance. Alexandre le comprend à son retour en Italie : la question fondamentale est la façon dont on laisse entrer la lumière. La beauté de La Sapienza est tout aussi manifeste et impalpable. Le plus bel exemple en est peut-être le changement dans le visage de Christelle Prot et Fabrizio Rongione. Eugène Green les filme toujours de la même manière du début à la fin : enserrés face caméra et statiques dans un cadre rigoureusement symétrique. Mais peu à peu, leurs yeux s'illuminent jusqu'à atteindre leur point d'incandescence à la fin du film. Ce regard-là figure parmi les plus belles choses qu'un acteur ait un jour à offrir.


Une séance unique au Bucéphale (Boulevard de la liberté) : lundi 13 juin à 20h


Fritz Bauer, un héros allemand
Réalisé par Lars KRAUME
Allemagne 2015 1h46mn VOSTF
avec Burghart Klaussner, Ronald Zehrfeld, Lilith Stangenberg, Jörg Schüttauf, Sebastian Blomberg...
Scénario de Lars Kraume et Olivier Guez

70 ans après la chute du régime nazi, le cinéma allemand n'a pas fini d'explorer les zones d'ombre de cette sinistre période. Entreprise pédagogique ô combien louable qui nous donne en plus des films passionnants : tout récemment, Elser, un héros ordinaire d'Oliver Hirschbiegel réhabilitait la mémoire du premier (et unique !) civil à avoir tenté d'assassiner Adolf Hitler en 1939. Quelques mois auparavant, Le Labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli revenait sur les efforts menés au début des années 1960 par les procureurs de Francfort pour porter devant les tribunaux les responsables SS qui avaient « travaillé » au camp d'Auschwitz, efforts largement entravés par une méconnaissance des camps dans l'opinion publique, au diapason de la doctrine du chancelier Adenauer prônant l'oubli au nom de la réconciliation, et par la présence d'anciens fonctionnaires nazis au sein de l'administration judiciaire. Dans Le Labyrinthe du silence, on découvrait fugitivement la figure de Fritz Bauer, Juif allemand devenu procureur au tout début des années 1930, arrêté sous le régime hitlérien, mais qui parvint à fuir vers le Danemark puis la Suède avant de revenir exercer ses fonctions dans la nouvelle Allemagne prétendument débarrassée du nazisme. Fritz Bauer (interprété par un comédien magnifique : Burghart Klaussner, inoubliable pasteur dans Le Ruban blanc de Michael Haneke) est aujourd'hui le personnage central d'un film qui raconte des événements qui se sont déroulés près de dix ans avant ceux relatés dans Le Labyrinthe du silence.

Nous sommes en 1952. Le rugueux mais chaleureux Fritz Bauer, magistrat atypique et médiatique, est à la tête d'une escouade de jeunes procureurs dont le but est de tenter de retrouver les anciens responsables nazis, non pas par souci de vengeance mais pour s'assurer de la construction de l'avenir dans une société démocratique. Retrouver les nazis n'est pas très compliqué puisqu'ils sont encore présents à tous les niveaux des administrations, des directions des grandes entreprises, mais ce qui l'est plus est de rassembler des preuves de leur culpabilité dans un contexte où les anciens tenants du pouvoir meurtrier se serrent les coudes. Les enquêtes piétinent, les jeunes substituts se font rudoyer par Fritz Bauer qui ne supporte pas leur manque de zèle… Et puis, cadeau du ciel, arrive une lettre d'un ressortissant allemand en Argentine, indiquant que peut-être s'y trouve Adolf Eichmann, l'horrible concepteur de la solution finale et de toute sa logistique mortifère. Ne faisant plus confiance aux autorités allemandes gangrenées par les complicités nazies, le procureur général Bauer va commettre l'impensable en appelant au secours les services secrets d'Israël, initiative qui s'apparentait clairement, pour la justice allemande, à de la haute trahison.

On connait la suite : l'enlèvement et le rapatriement d'Eichmann à Jérusalem pour un procès qui fera date – pour tout savoir et comprendre sur cet épisode essentiel, on vous renvoie à l'extraordinaire film documentaire d'Eyal Sivan et Rony Brauman, Un Spécialiste. Thriller politique et historique palpitant, le film raconte avec brio la quête de justice et le combat du procureur que la raison d'état a tenté d'entraver – en vain heureusement –, au mépris de la mémoire de millions de victimes.
Sur un plan apparemment plus anecdotique mais finalement éclairant, le film évoque aussi la question de l'homosexualité : Fritz Bauer était gay, ce qui faillit lui coûter son poste et son enquête… On découvre une Allemagne des années 1950 toujours soumise au terrible Paragraphe 175, édité à l'époque nazie, qui punissait de prison toute personne convaincue de pratiques homosexuelles. On perçoit bien ainsi toutes les ambiguïtés de cette Allemagne post nazie, pas encore totalement prête à son examen de conscience et à un plein exercice de la démocratie.(Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 8 et mardi 14 à 11h, jeudi 9 à 14h, vendredi 10 et samedi 11 à 18h, dimanche 12 à 20h et lundi 13 à 11h45

Café Society
AfficheÉcrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2016 1h36mn VOSTF
avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Blake Lively, Steve Carrell, Corey Stoll, Parker Posey, Ken Stott, Anna Camp...
Film d'ouverture, Festival de Cannes 2016

C'est la troisième fois que Woody Allen fait l'ouverture du Festival de Cannes. Un record de plus à son actif. En 2002 c'était avec Hollywood ending et en 2011 avec Midnight in Paris, un des films les plus savoureux de sa dernière période. Il se trouve que Café Society, tout comme Midnight, nous transporte dans un passé revisité par le magicien Allen, avec toute la fantaisie dont il est capable et juste ce qu'il faut de nostalgie (ici les années 30 à Hollywood, là les années 20 à Saint-Germain des Prés). On a le droit d'y voir un heureux présage…
New York, dans les années 30 donc. Coincé entre des parents en perpétuelle bagarre, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d'étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l'engager comme coursier.
À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux de Vonnie, l'assistante de son oncle. Malheureusement, la belle n'est pas libre et il doit se contenter de son amitié. Jusqu'au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l'horizon s'éclaire pour Bobby et l'amour semble à portée de main…

Quant au « Café society » du titre, il s'agit d'un club très prisé de l'époque, où se retrouvaient stars et mécènes du cinéma, ainsi que les derniers talents du jazz, dont on imagine bien qu'il va irriguer la bande son du film.
Depuis qu'il ne fait plus l'acteur (sauf occasionnellement pour les autres), Woody Allen ne se prive pas pour choisir ce qui se fait de mieux parmi les comédiens du cinéma américain actuel. Il dirige ici les formidables Jesse Eisenberg et Kristen Stewart, entourés de quelques pointures telles que Steve Carrell ou Parker Posey.


CGR (Draguignan) : jeudi 9, vendredi 10, lundi 13 et mardi 14 à 11h15

Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 et jeudi 9 en VF à 13h50 et VO à 18h05 - vendredi 10  à 16h10 en VF et et samedi 11 à 13h50 en VF - dimanche 12 à 18h15 en VO - lundi 13 à 16h15 en VO - mardi 14 à 18h30 en VO



Ma Loute
Écrit et réalisé par Bruno DUMONT
France 2016 2h02mn
avec Fabrice Luchini, Valeria Bruni-Tedeschi, Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Brandon Lavievillle, Raph, Didier Despres, Thierry Lavieville, Caroline Carbonnier...
Sélection officielle, en compétition, Festival de Cannes 2016. Photographie magnifique de Guillaume Deffontaines

C'est l'apothéose de la transformation d'un cinéaste que l'on savait magnifiquement inspiré mais que d'aucuns trouvaient plombant (Fabrice Luchini, qui a pas mal hésité avant d'accepter de tourner dans Ma Loute, le désignait d'ailleurs comme « un Rohmer austère, ou un Truffaut qui ne voulait pas faire d'entrées ! »). Bruno Dumont, cinéaste nordiste primé à Cannes pour L'Humanité et Flandres, admiré pour La Vie de Jésus ou Hors Satan, autant de films splendides mais n'invitant en effet pas franchement à la rigolade, est devenu le roi de la comédie policière déglinguée depuis P'tit Quinquin, mini série pour Arte où des sales gosses, sorte de Club des Cinq ch'ti et trash, suivaient l'enquête maladroite de flics d'opérette sur des crimes commis entre les blockhaus de la Côte d'Opale. Ma loute creuse ce sillon en l'amplifiant, en lui donnant une dimension dantesque : c'est à la fois tordant et terrifiant.

Nous sommes en 1910 dans la baie de Slack, quelque part entre Boulogne sur Mer et Calais, lieu de villégiature estivale pour les bourgeois de la métropole lilloise qui viennent profiter des bains de mer et des falaises offrant une vue imprenable sur les côtes britanniques, 40 km en face. Les Van Peteghem font partie de ces envahisseurs privilégiés. André (Luchini), industriel pompeux qui se pique de son bon goût pour l'architecture et les automobiles, vient là accompagné de son épouse, la fragile Isabelle (Valeria Bruni-Tedeschi), de leur deux filles et de leur neveu Billie. Complèteront bientôt le tableau des bourgeois en vacances le frère de Madame, Christian, et la sœur de Monsieur, Aude.
Mais le séjour va être perturbé par de mystérieuses disparitions en série de touristes, sur lesquelles enquête un duo de limiers aussi gauches qu'imbéciles, l'éléphantesque inspecteur Machin et son maigre adjoint Malfoy, les Laurel et Hardy de la police locale. Se pourrait-il que les Beaufort, famille de pêcheurs de moules de la baie – qui, idée surréaliste, font aussi office de porteurs pour les estivants qui ne veulent pas se mouiller les pieds –, aient quelque chose à se reprocher ? La relation naissante entre Ma Loute, le fils des pêcheurs, et Billie Van Peteghem, qui s'habille en fille dès qu'il (elle ?) en a l'occasion et qui dégage un charme pour le moins troublant, a-t-elle un lien quelconque avec l'affaire ? Nous n'en dirons pas plus tant le scénario réserve quelques surprises… que nous qualifierons pudiquement de perturbantes…

Car Bruno reste Dumont et il ne faut évidemment pas vous attendre à une plaisante comédie familiale. Comme annoncé plus haut, Ma Loute est à la fois hilarant, jouant à fond le jeu du comique grotesque et dévastateur – on saluera ici la performance histrionesque des trois « vedettes » à qui Dumont fait subir un traitement de choc – et terrible, d'un pessimisme célinien. D'un côté la nullité vaniteuse de la bourgeoisie dégénérée, de l'autre la misère bornée des prolétaires. Ma Loute, c'est donc le mélange détonant de la caricature burlesque, de la comédie policière à la Gustave le Rouge, le créateur de Chéri Bibi, des brûlots antibourgeois d'un Octave Mirbeau (Journal d'une femme de chambre) ou d'un Georges Darien (Le Voleur) et de la cruauté visionnaire des maîtres de la peinture flamande comme Bosch et Brueghel. Ce qui nous amène tout naturellement à signaler la beauté renversante des images composées par Bruno Dumont et son chef opérateur Guillaume Deffontaines, qui nous offrent des plans magnifiques des paysages du Nord, lumière irréelle, couleurs pastels, horizon bas…


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Folles de Joie
Réalisé par Paolo VIRZI
Italie 2016 2h VOSTF
avec Valeria Bruni-Tedeschi, Micaella Ramazzotti, Anna Galiena, Valentina Carnelutti...
Scénario de Francesca Archibugi et Paolo Virzi. Festival de Cannes 2016, Quinzaine des Réalisateurs

Pour une fois les traducteurs de titres ont eu le verbe heureux. Folles de joie, elles le sont définitivement, les deux héroïnes de ce film qui navigue entre rires et larmes avec un égal bonheur. Et la joie qu'elles n'auront de cesse de rechercher empruntera des chemins nécessitant une bonne dose de douce dinguerie, quand ce ne sera pas tout simplement de l'inconscience.
Béatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif, aujourd'hui on dit bipolaire. Donatella est une jeune femme fragile et introvertie, au corps meurtri et tatoué. On comprendra plus tard d'où lui viennent l'atèle qu'elle porte sur la jambe et les marques sur son visage renfrogné. La rencontre de ces deux caractères va se faire sur un quiproquo mais on sent immédiatement que le courant est passé et qu'une forme de tendresse réciproque vient de voir le jour. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient donc d'amitié. Une après-midi, elles décident – enfin, surtout Béatrice – de s'enfuir, bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu'est le monde des gens « sains ».

Il fallait un certain culot pour embrasser un tel thème sans avoir peur de faire rire. Mais attention, pas un rire moqueur ou pire encore cynique. Bien au contraire, Paolo Virzi nous offre l'occasion d'un rire salvateur et sincère. Un rire qui vient comme une libération, comme un sort jeté à la tête du malheur qui guette nos deux folles et qui a déjà une bonne longueur d'avance. Le réalisateur signe une œuvre tendre, sans pathos ni caricature, qui aborde avec autant d'intelligence que d'humour le sujet sensible de l'internement et de la normalité. Mais surtout il dresse un portrait amoureux de ces héroïnes ordinaires, de ces femmes qui se battent, se débattent, pour vivre et gagner leur part de joie et de bonheur.
Et on peut parier que l'aventure n'aurait pas été aussi heureuse sans l'immense talent de ses deux interprètes.
Sans du tout minimiser la performance de Micaella Ramazzotti, Valéria Bruni-Tedeschi, déjà présente dans le précédent film du réalisateur, Les Opportunistes – et qu'on peut voir aussi dans le détonnant Ma Loute de Bruno Dumont –, livre sans doute une de ses plus belles performances. Elle porte le film, littéralement, y insuffle une force, un rythme et une énergie qui entrainent tout et tous sur son passage. Elle est enthousiaste aussi bien que désespérée mais jamais vaincue ni à court d'une de ses idées génialement dévastatrices. Et la comédienne démontre ici toute l'étendue de son talent comique.
Les deux actrices construisent un duo que l'on a l'habitude de voir formé par des hommes : l'auguste et le clown blanc. Deux amochées de la vie, issues de milieux sociaux diamétralement opposés, trahies par les hommes et partageant un savoir quasi encyclopédique en matière de pharmacopée. Une sorte de Thelma et Louise de la psychiatrie, une échappée belle, qui on l'espère vous rendra fous de joie à votre tour.


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A War
Écrit et réalisé par Tobias LINDHOLM
Danemark 2015 2h VOSTF
avec Pilou Asbaek, Tuva Novotny, Dar Salim, Soren Malling, Charlotte Munck...

Dans le petit matin gris, une troupe progresse à travers un massif montagneux. Des ombres que l'on pourrait prendre pour de paisibles randonneurs si elles n'étaient arnachées comme des chevaliers teutoniques. Nous sommes en Afghanistan et nous cheminons avec précaution aux côtés d'un petit groupe d'hommes membres du corps expéditionnaire danois en charge de protéger les populations et de maintenir l'ordre dans les villes et les campagnes. Une simple opération de police, comme l'affirmaient sans rire les autorités françaises au beau temps des colonies, elles-mêmes en charge à l'époque du maintien de l'ordre en Algérie. Hier, les Aurès avec l'armée française, aujourd'hui la province de Helmand avec l'armée danoise. Mêmes contreforts escarpés, même végétation chiche, même villages misérables accrochés à la montagne, mêmes opérations de police qui tentent de taire leur nom alors qu'il s'agit bien d'une guerre.
A war d'ailleurs, dès les premières images, nous enfonce bien cette évidence dans le crâne. Une explosion violente éclate comme pour nous confirmer que l'on ne joue pas un remake de La Grande vadrouille. Un des hommes du petit groupe vient de sauter sur une mine, posée la nuit précédente par les talibans. Nous sommes loin de l'imagerie bonhomme d'Hollywood véhiculée par les exploits d'Audie Murphie, le soldat le plus décoré de la seconde guerre mondiale où les choses guerrières se passaient à l'écran comme à la parade, « vivez jeune, mourez jeune et faites un beau cadavre » disait James Dean.

Rien de tout cela dans la situation décrite en ouverture du film. Dans un plan aussi sec que la caillasse alentour, se vide de son sang un jeune corps qui tressaille, les yeux chargés d'effroi à l'approche de la mort. Une chose tellement incongrue à cet âge de la vie, pendant que tout autour s'affolent les copains qui découvrent avec stupeur que la guerre peut tuer, tandis que se déploie la mobilisation du ban et de l'arrière ban de la chaîne de commandement pour disputer les restes pantelants du gamin à la camarde.
Rien de tel, se prend on à penser, que des instants semblables pour comprendre toute l'absurdité d'un tel conflit. Mais que venait-il faire dans cette galère, cet heureux rejeton d'un petit pays fait pour le bonheur alors qu'il aurait été tellement plus simple et moins cruel de ne pas la faire cette guerre en le laissant mourir, soixante ans plus tard, dans son lit.
Alors, bien sûr, on sait que, là ou ailleurs, il n'est plus d'usage d'enseigner l'histoire à nos chères têtes blondes. Mais quand même, nier à ce point la spécificité de l'Afghanistan relève d'une singulière ignorance de son histoire, car, excusez du peu, ce pays et ses habitants d'une incroyable rudesse se montrèrent toujours rétifs à toute forme d'intrusion au point que même le Royaume Uni, la puissance coloniale championne toutes catégories, dont on disait que le soleil ne se couchait jamais sur son empire, dut plier bagage craintivement à la fin du xixe siècle devant la résistance acharnée des autochtones. Un siècle plus tard, on se souvient aussi que les Soviétiques, appelés au secours par le régime communiste de Babrak Karmal, durent aussi se retirer après un conflit qui laissa l'ogre russe parfaitement chancelant. Plus près de nous encore, on sait combien les Américains, après avoir contribué à chasser les Russes, sont eux-mêmes largement tenus en échec par les talibans et il ne fait aucun doute qu'ils seront eux-mêmes appelés un jour à quitter le pays.

On peut, du coup, s'interroger sur les raisons qui poussèrent ce petit pays d'Europe du Nord à embarquer des troupes dans une pareille aventure et ce d'autant plus qu'engoncé dans son humanisme et son respect de l'état de droit, ce pays de cocagne n'était pas le plus armé pour affronter un conflit dans lequel tous les coups sont permis, même les plus tordus. L'histoire en effet nous rappelle aussi de quoi furent capables Anglais, Russes et Américains dans leurs guerres coloniales pour imposer leurs lois. Et c'est tout le sujet de ce film ardent et généreux : comment ce petit pays, pétri d'humanité et de respect des droits de l'homme, peut-il s'inscrire sans perdre son âme dans une guerre d'une barbarie absolue faite sur mesure pour des barbares.

Le Vox (Fréjus) : mercredi8, jeudi 9 et vendredi 10 à 13h50, samedi 11 à15h50, dimanche 12 à 18h30, lundi 13 et mardi 14 à 16h05

L'Origine de la violence
Afficher l'image d'origineRéalisé par Elie Chouraqui
France 2016 1h50mn VOSTF
avec Michel Bouquet, Richard Berry, Stanley Weber...

Lors d’un voyage en Allemagne, un jeune professeur, Nathan Fabre, découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie. De retour en France, le souvenir de cette photographie ne cesse de l’obséder. Face au silence de son père, il décide alors de se pencher sur l’histoire de sa propre famille. Les secrets qu’il y découvre bouleversent son existence. À l’issue de sa quête, Nathan comprendra que le passé, même enfoui au plus profond des mémoires, finit toujours par ressurgir...Pouvons-nous parler de L’Origine de la violence sans évoquer les difficultés rencontrées par Elie Chouraqui pour financer son film ? La réponse est clairement "non" tant la persévérance et la ténacité du cinéaste transpire tout au long du film et contribue en partie à sa réussite. Car devant la réticence des producteurs français actuels, plus enclins à se jeter sur le premier divertissement de comédie venu que de se risquer sur des sujets graves moins bankable, il aura fallu le combat d’un cinéaste passionné et déterminé à aboutir. L’entrevue ci-dessous, où il faisait alors appel à l’investissement des internautes, illustre parfaitement cet état d’esprit et constitue une belle introduction au film.Mais cette rage au ventre salutaire ne suffit évidemment pas à faire de L’Origine de la violence un très bon film. il y a avant tout une matière première de bonne facture, en l’occurrence, le livre de Fabrice Humbert (prix Renaudot poche 2010) dont est tiré le film, et dont le duo, formé du cinéaste et de l’écrivain, a su soutirer la quintessence avec intelligence. Ainsi, même si le film met un certain temps à se mettre en place, à présenter tous les personnages, il prend rapidement de l’ampleur à l’image de la 7ème symphonie de Beethoven qui l’accompagne tout le long. Dès lors qu’il nous plonge dans le Paris occupé, puis lorsque l’action se déplace dans le camp de concentration de Buchenwald (où les séquences ont réellement été filmées !), il ouvre des tiroirs, en referme d’autres et le spectateur restera captivé jusqu’à la fin par cette quête de vérité. Alors, certes, certaines révélations sont attendues et ne fonctionnent pas complètement, mais est-ce bien là l’essentiel ?
    Trop conditionnés que nous sommes à ingurgiter des thrillers (films ou séries) où la traque d’un coupable et la révélation de son identité est souvent le cœur de l’intrigue, le cinéaste nous rappelle que la vie est souvent plus nuancée et conclut son film avec finesse, sans aucun manichéisme, nous signifiant qu’il est bien trop facile, pour la génération d’aujourd’hui de juger des actes passés, à une époque ou devenir un monstre était à la portée de tous. Car finalement, aurions-nous eu, nous-mêmes, la présence d’esprit de ne pas en devenir un ? Pas sûr. L’autre grande force du film est son interprétation. Stanley Weber, en jeune adulte torturé, alterne excès de rage et moments de calme avec justesse au coté de l’actrice allemande Miriam Stein. Tous deux forment un couple iconique à travers lequel le cinéaste semble vouloir nous indiquer que le mal-être est finalement similaire entre les descendants de victimes et de bourreaux. Quant à César Chouraqui (fils de), il incarne parfaitement ce jeune juif charmeur et insouciant au destin tragique et ne volerait pas sa place à la prochaine cérémonie qui porte son prénom.
    Nous passerons sur la prestation de Richard Berry, plutôt en retrait, mais nous ne pouvons pas évoquer la distribution sans parler de la performance incroyable de Michel Bouquet, en patriarche, qui illumine d’une aura éclatante les quelques scènes dans lesquelles il apparait et prouve qu’à 90 ans, il reste un immense acteur.

Finalement cette violence, enfouie au fin fond de l’âme du protagoniste central, et qui s’échappe de temps à autre, de manière inconsciente, comme de la vapeur à travers une soupape, d’où vient-elle exactement ? Probablement de ce trop plein de silence et du sentiment d’avoir à traverser la vie sans en connaitre son origine. Car lorsque nous effectuons un voyage, quel qu’il soit, il est bien difficile de savoir si nous sommes sur le bon chemin sans en connaitre son point de départ. (àvoiràlire)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 15h45, jeudi 9 et vendredi 10 à 15h50, samedi 11, dimanche 12, lundi 13 et mardi 14 à 13h50

Julieta
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgÉcrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR
Espagne 2016 1h36mn VOSTF
avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Rossy de Palma, Dario Grandinetti, Michelle Jenner, Pilar Castro...

« Il est possible que l'austérité soit à partir de maintenant ma voie… » Pedro Almodovar

Le nouveau film de Pedro Almodovar a été dans un premier temps fraîchement accueilli en Espagne (il faut dire aussi que sont entrés en ligne de comptes des paramètres largement extra-cinématographiques : mais que diable allait-il faire dans cette galère panaméenne ?), les critiques lui reprochant justement sa froideur, sa distance, son manque d'émotion manifeste, regrettant la fantaisie, la loufoquerie, le sens de la provocation du Almodovar des débuts – dont on a connu une résurgence pas vraiment convaincante avec Les Amants passagers – ou alors le sens du mélodrame flamboyant qui emportait ses œuvres de la maturité.

Et puis, au fur et mesure que les spectateurs – professionnels ou amateurs – voient le film à tête reposée, sans a priori, il semble bien que la tendance est en train de s'inverser, que les réactions se font de plus en plus positives, voire assez enthousiastes, rapprochant ce Julieta de La Fleur de mon secret, un des films les plus beaux – et des plus retenus – du réalisateur.
Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía, la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt.
Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.

Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 8 à 16h10, jedui 9 à 16h10 en VF et 20h45 en VO - vendredi 10 à 16h50 en VF et 18h05 en VO - samedi 11 à 18h30 en VO - dimanche 12 à 16h15 et 20h45 en VO - lundi 13 à 18h15 en VF - mardi 14 à16h15 en VF et 20h45 en VO

Lorgues : mercredi 8 et lundi 13 à 21h - samedi 11 à 19h

Salernes : jeudi 9 à 21h - vendredi 10  à 18h et samedi 11 à 21h


Elle
Réalisé par Paul Verhoeven
Pays-Bas 2016 2h10mn
avec Isabelle Huppert, Charles Berling, Anne Consigny, Virginie Efira, Laurent Lafitte...

Tordu, drôle, choquant, réjouissant... Elle signe le retour d’un Verhoeven plus que jamais passé maître dans l’art de déranger. Mais plus que de la provocation, cette satire sociale ambiguë bascule en cours de route sur un axe cosmique et universel. Une composition d’une grande maîtrise.

 Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.Dix ans - une éternité - que l’on n’avait pas croisé l’insoumis Paul Verhoeven, lui dont le précédent film distribué en salles, Black Book, signait le retour aux Pays-Bas, sa terre natale. Fatigué de subvertir Hollywood, ses mythes et ses utopies, le papa de Robocop renaît encore une fois avec Elle. Et bonne nouvelle : les concessions lui sont toujours aussi impensables dans cette production sous bannière française. Mené tambour battant par Isabelle Huppert, le film est une adaptation d’un roman de Philippe Djian, Oh... (Prix Interallié 2012). Œuvre tranchante à tel point raccordée au style de Verhoeven qu’elle laissait craindre la superficialité, du moins la tautologie. Fort heureusement, la rencontre entre le néerlandais et Huppert fait vite oublier ces quelques réserves : la corrélation du duo est celle d’un artiste et de sa muse. D’autre part, le parfum de scandale et le dynamitage de la bonne conscience ne sont pas les seuls points de convergence de Elle. Car Verhoeven, lassé d’offrir comme il le fait souvent à ses spectateurs de quoi exorciser leur amoralité refoulée, explore cette fois d’autres territoires infiniment plus vertigineux. D’où une structure polymorphe complexe. Tout à la fois thriller, drame social que comédie grotesque, Elle est le récit d’une double transmutation fracassante : celle du cinéma de Verhoeven, puis celle d’Isabelle Huppert. Le "hollandais violent" trouve en l’actrice le porte-étendard absolu de sa provocation. Une association fructueuse à laquelle il fallait s’attendre, mais qui atteint des sommets d’inventivité étourdissants, dentelés d’ambigüité et d’inconfort. Réduire cependant Elle à une simple hybridation synthétique des précédentes fulgurances du cinéaste ne serait pas lui faire honneur. L’Eros et le Thanatos, composantes séminales de Verhoeven, servent toujours à sonder une question plus tortueuse - ici les relents de la vieille bourgeoisie française. Même si ses petites manies transgressives continuent d’imprégner le moindre plan et la moindre tournure de phrase. Mais une transfiguration plus implacable a lieu cette fois, comme si le réalisateur s’égayait de sa propre mythologie, déconstruisant son système de pensée jusqu’à l’absurde. Michelle - la Elle du titre - est une dirigeante de société de jeux vidéo, espace professionnel connu pour sa misogynie crasse. Cette femme caractérise de façon assez fantasque à elle seule toutes les attributions les plus formatées de la féminité : mère d’un garçon à la petite amie tyrannique, elle est séparée d’un écrivain raté, l’amante du compagnon de sa meilleure amie et associée, mais aussi la fille d’un tueur en série sur le point de trépasser derrière les barreaux. Sa mère, nymphomane notoire, n’accepte quant à elle pas de faner. Un jour qu’elle se trouve seule chez elle, Michelle est agressée puis violée par un homme à cagoule noire - la scène est foudroyante et impitoyable. Elle reprend conscience allongée dans les débris de verre de la porte, caresse son chat - personnage clé et presque magique de Elle - puis prend un bain, mais choisit résolument et en silence de continuer sa vie comme si de rien n’était. Ces tâches de sang rouges écarlates qui tranchent à la surface avec la mousse blanche du bain, seul témoignage de son sexe meurtri, seront l’unique cri d’alarme allégorique de cette femme a priori inébranlable. Alors que l’on pourrait imaginer Michelle devenir dès lors l’héroïne d’un thriller-Cluedo où l’entourage serait petit à petit passé au crible par celle-ci, Verhoeven en décide autrement. "Elle" ne sera pas la protagoniste tétanisée dans l’attente infinie et angoissée d’une possible récidive, mais fera au contraire tout pour inverser les rôles. Où la chassée devient chasseresse.Plutôt que de percevoir en ces viols répétés un possible plaisir tordu de la part de Michelle, il s’avère nécessaire de déplacer le curseur. Cette femme au demeurant insubmersible souffre intérieurement, bien que Verhoeven choisisse de passer outre la psychologie pour ne s’en tenir qu’à son combat. C’est la virulence et le caractère insoutenable des outrages sexuels qui pousse Michelle à se détacher d’elle-même et à ne plus se focaliser que sur sa vengeance. "Elle", cette autre en elle lui permettant de faire abstraction de ce cauchemar, va agir comme un réceptacle. Comme si les atrocités vécues glissaient vers un inconscient passif-actif. Dans cette configuration, Michelle va ainsi passer de victime à prédateur. Comme les mantes religieuses de Spetters, Basic Instinct et autres Showgirls, Michelle reprend peu à peu le contrôle, dans une recherche de pouvoir symbolique assez stupéfiante. Qu’importent finalement pour elle les affres de la violence sexuelle, la souffrance n’est plus qu’un lointain souvenir, dès lors qu’il est question de domination. Sans doute la posture royale et mutique de son chat, seul témoin insensible des viols, aura-t-il insufflé à Michelle cette dynamique prédatrice. À noter que Verhoeven multiplie les allégories à ce niveau, notamment lorsque le félin profite de l’état d’inconscience d’un moineau pour l’éventrer.
Réduits à l’état d’objets inertes et emasculés, les hommes ne représentent bientôt plus pour Michelle que des cosses tributaires de sa toute-puissance - voir la scène dans la cave de l’orgasme se poursuivant longtemps après l’éjaculation de l’oppresseur. Il faudrait décidément être aveugle pour continuer à dénoncer une quelconque complaisance sexiste chez Verhoeven. À mesure que Michelle achève sa mutation - que seule Isabelle Huppert était à même de retranscrire - et reprend le contrôle sur son environnement social, le cinéaste passe d’une dynamique glaciale et sardonique à de la fable pure. Deux transformations viennent alors de s’achever : celle de Michelle et du réalisateur, passé pour l’une de victime à reine inflexible des hommes, pour l’autre de chantre d’un monde inhumain à logisticien de la métamorphose. Quelque chose d’infiniment vivant, de presque biologique, ressort de cette vision du sang et des sécrétions conjuguées de la sorte, à l’instar des pendus de La Chair et le Sang. Usant du rire, de la peur, du mauvais goût - voir les scènes de jeu vidéo désopilantes - et de la honte comme d’un matériau malléable à l’infini, cette nouvelle satire sociale de Verhoeven prend une tournure presque cosmique. Nous attendions cela depuis fort longtemps. (àvoiràlire)


Le Lido (Saint-Raphael) : mercredi 8 et dimanche 12 à 18h30 et 21h15 - jeudi 9, lundi 13 et mardi 14 à 16h et 20h45 - vendredi 10 à 16h - samedi 11 à 18h30 et 21h45


Visite ou Mémoires et confessions
NAHIDRéalisé par Manoel de OLIVEIRA
Portugal 1982 1h09mn VOSTF
avec Manoel De Oliveira, Teresa Madruga, Maria Oliveira, Urbano Tavares Rodrigues...

Cas inédit dans l’histoire du cinéma, Visite ou Mémoires et confessions est ce que l’on serait tenté d’appeler une autobiographie posthume. Manoel de Oliveira tourne ce film en 1981 avec pour ordre de ne le montrer qu’après sa mort. Le grand cinéaste portugais est alors âgé de 73 ans, il a déjà réalisé six longs métrages et de nombreux autres films au cours d’une carrière débutée en 1931. Il est en pleine forme, déborde de travail et ne sait pas qu’il lui reste encore 34 ans à vivre et près de 25 films à faire (dont ses plus grandes œuvres : Val Abraham, Le Soulier de satin, Non ou la vaine gloire de commander…).
Ce n’est donc pas l’approche de la mort qui initie cette autobiographie mais un événement précis : la perte de la demeure familiale qu’il a fait construire au début de son mariage en 1941 et qu’il est contraint de vendre pour faire face aux difficultés financières de l’usine de textile de sa famille. Manoel de Oliveira fait partie de ces artistes chez qui la vie et l’œuvre s’embrassent de manière particulièrement inextricable. Quarante ans de vie dans ce lieu sont sur le point de le quitter. Il n’est donc pas étonnant que ce film sur sa maison parle autant de son histoire, de son cinéma, de sa famille, de son pays. Pas étonnant non plus, quand on connaît l’amour de Oliveira pour la poésie, que la perte occasionne la création et la pulsion de vie dont ce petit film est empli.

Sur les hauteurs de Porto, le spectateur aborde la splendide villa à travers les yeux d’un couple qui découvre les lieux. Leurs interrogations sont les nôtres : à qui appartient cette bâtisse ? Pourquoi est-elle vide et pourtant parfaitement meublée, décorée, habitée ? Quel est cet objet et que représente ce tableau ? Leur visite indiscrète fait de nous leur alter ego et nous invite à nous imprégner de ce lieu, de son architecture, de sa présence. En parallèle de ce procédé narratif, Manoel de Oliveira apparaît ponctuellement dans son bureau. Il s’y filme, seul, face caméra, nous parle et nous projette des petits films personnels qui content quelques lignes de son histoire familiale et intime. Entre ces deux récits s’élabore une délicate résonance qui forme une méditation, modeste et profonde, sur les thèmes récurrents de son cinéma : les souvenirs, l’amour des femmes, le sens de l’art et la beauté de la vie.

Visite ou Mémoires et confessions est un film atypique sur la charge affective puissante des lieux qu’on habite. En nous invitant à entrer dans sa maison au moment où il en part, Manoel de Oliveira charge son film d’une certaine étrangeté. L’image volontairement posthume d’un homme qui sait qu’il ne sera plus là, associée à la présence fantomatique des lieux, ne fait que renforcer le trouble. On a souvent vu en Oliveira quelqu’un d’obsédé par la mort mais ce film, juvénile à l’échelle de sa carrière, permet d’affiner son idée du cinéma comme esthétique de l’absence. Rien de morbide ici, au contraire : tout éclot après la disparition.

Lorgues : dimanche 12 à 21h et lundi 13 à 19h

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358 chemin du peyrard
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