Au(x) cinéma(s) du 8 au 14 novembre 2017

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Comme nous vous l’annoncions la semaine dernière Entretoiles vous propose dimanche 12 novembre  à 18h et 20h 30 sur le thème “Films noirs” Le Caire Confidentiel de Tarek Saleh, film policier passionnant qui joue et gagne sur plusieurs tableaux, et K.O. de Fabrice Gobert, film noir, romanesque fantastique et efficace en diable(films qui auraient du être projetés le 10 septembre). Et bien sûr, l'apéritif Entretoiles entre les 2 films !

Au CGR dans le cadre du ciné-club pour ceux qui avaient manqué la soirée Entretoiles nouvelle diffusion de 120 battements par minute.

Dans les salles aux alentours à Lorgues et au Vox Brooklyn Yiddish un film délicat et émouvant, récompensé au festival de Deauville. A Lorgues  on peut voir aussi Téhéran Tabou film d animation où à travers le destin de trois femmes et un musicien, Ali Soozandeh brocarde une théocratie hypocrite et schizophrène. Au Vox un documentaire sur la notion d’interêt général: L’interêt genéral et moi.

A Cotignac le dernier Polanski Une Histoire Vraie, adaptation d’un roman de Delphine De Vigan et Détroit le film de Kathryn Bigelow  très impressionnant.  Enfin au Luc Numéro Une où Tonie Marshall rend compte avec mordant des jeux de domination avec une Emmanuelle Devos parfaite.
 
Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)
 
Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

PROGRAMMATION DU 8 AU 14 NOVEMBRE 2017

 

Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
LE CAIRE CONFIDENTIEL
Écrit et réalisé par Tarek SALEH
Egypte/Suède 2016 1h50mn VOSTF
avec Fares Fares, Ger Duany, Slimane Dazi, Mohamed Yousry, Hichem Yacouby, Hania Amar, Yasser Ali Maher...
Grand Prix, Festival de Sundance 2016 • Grand Prix, Beaune 2017, Festival international du film policier.
Le titre donné par le distributeur français à cet excellent polar entièrement tourné au Caire est tout sauf anodin et particulièrement bien choisi : les amateurs du genre pensent immédiatement à L.A. Confidential de James Elroy et à son adaptation cinématographique très réussie, dont l'intrigue policière était indissociable de la radiographie sans complaisance du Los Angeles rutilant et pourri des années 50, gangréné par la violence, le racisme, l'anti-communisme et la corruption. Ici c'est Le Caire qui est soumis au même détecteur de mensonges, de combines, d'hypocrisies, de comportements mafieux.
Nous sommes en 2011, peu après la révolution tunisienne de Jasmin qui a vu l'indéboulonnable dictateur Ben Ali chuter face à la détermination de la population, et peu avant ce qu'on appellera plus tard les mobilisations de la place Tahrir, esplanade centrale du Caire où se rassembleront des dizaines de milliers de manifestants qui finiront par obtenir l’abdication du président égyptien Moubarak. Mais on loin d'en être là...
lire la suite
Soirée Entretoiles : Dimanche 12 à 18h au CGR
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
K.O.
Réalisé par Fabrice GOBERT
France 2017 1h55mn
avec Laurent Lafitte, Chiaria Mastroianni, Pio Marmaï, Zita Hanrot, Clotilde Hesme, Jean-François Sivadier...
Scénario de Fabrice Gobert et Valentine Arnaud.
Allez les amis, il va falloir changer un peu vos habitudes, accepter d’emprunter l’autre chemin, celui qui vous mène dans un endroit inconnu, peut-être même dans un endroit où vous ne voulez pas aller. Une fois n’est pas coutume, il va falloir suivre un salaud, un magnifique salaud, un beau salaud comme on les aime au cinéma, un salaud qu’on va adorer détester, puis qu’on va finalement se surprendre à aimer, c’est bien là tout l’intérêt de ce petit jeu de pistes. Et des pistes, dans K.O., il y en a, suffisamment pour vous prendre à témoin, pour vous faire gagner un temps d’avance sur les personnages, mais suffisamment aussi pour vous perdre, vous égarer dans une histoire digne d’un bon polar, quand la page se tourne fébrilement avec la petite boule d’excitation au ventre qui signe l’efficacité du récit. C’est un film de genre, noir bien ficelé, qui vous entraine dans un scénario à facettes dont chacune brille d’un éclat puissant, attirant par sa force machiavélique le pauvre spectateur, le baladant au gré des rebondissements dans un récit complexe où la vérité n’est bien entendu jamais là où l’on croit. Aux manettes de cette vaste entreprise, un réalisateur qui sait bien jouer avec les nerfs du spectateurs puisque créateur de la série Les Revenants, singulière saga au charme venimeux où, déjà, la frontière entre le bon et le mauvais, le premier et le second degré, le vrai et le faux, l’imaginaire et le réel s’effaçait sous la complexité humaine... lire la suite
Soirée Entretoiles : CGR Dimanche 12 à 20h30
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
120 BATTEMENTS PAR MINUTE
Réalisé par Robin CAMPILLO
France 2017 2h20mn
avec Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Mehdi Touré, Aloïse Sauvage, Simon Bourgade...
Scénario de Robin Campillo et Philippe Mangeot. Festival de Cannes 2017 : Grand Prix et Prix de la Critique internationale.
C'est un film à la fois énergique et bouleversant qui raconte – sachant que le réalisateur et le co-scénariste furent partie prenante de l'histoire – ce que fut l'aventure d'Act-Up, cette association née au début des années 1990 pour défendre les droits et la visibilité des personnes atteintes du virus du Sida. L'aventure intense d'une bande de jeunes garçons et filles tous unis contre une maladie mortelle inconnue, apparue à la fin des années 80 et qui devait décimer en une décennie toute une partie de la communauté homosexuelle mais aussi des populations marginalisées (toxicomanes, prostitué(e)s, personnes incarcérées).
Les militants d'Act-Up (et le film par capillarité) n'étaient ni larmoyants ni tristes (même si les décès réguliers de leurs compagnons les affectaient), mais bien au contraire combattaient et souhaitaient continuer à danser, faire la fête et aimer. Ils menaient des actions spectaculaires qui choquaient l'opinion publique tout en la réveillant, en l'informant : sur l'inaction des pouvoirs publics, sur la réalité de la maladie, sur la duplicité des laboratoires pharmaceutiques spéculant sur la mort. Ce faisant ils vivaient leurs passions à cent à l'heure, dans une course contre la montre et la grande faucheuse...
lire la suite
CGR (Draguignan) : mer 8/10h45, jeu 9/13h30, ven 10 et sam 11/22h15, lun 19h30, mar 10h40
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Brooklyn Yiddish
Réalisé par Joshua Z WEINSTEIN
USA 2017 1h22mn VOSTF
avec Menashe Lustig, Ruben Niborski, Yœl Weisshaus, Meyer Schwartz...
Scénario de Joshua Z. Weinstein, Alex Lipschultz et Musa Syeed. Festival du Cinéma Américain de Deauville 2017 : Prix du Jury
Voilà un très joli film, extrêmement attachant, qui réussit à nous toucher profondément tout en s'intéressant à une communauté fermée sur elle-même, presque impénétrable. Une preuve de plus que certains sujets sont universels et qu'on peut s'adresser au monde entier à partir de territoires et de personnages absolument singuliers.
Bienvenue à Borough Park, au sud de Brooklyn, New-York city. Le quartier est en grande partie le fief des Juifs ultra-orthodoxes qui y vivent en relative autarcie. Parmi tous ces hommes en habit noir et couvre-chefs traditionnels, la caméra s'attache à celui qui sera notre « héros » : Menashe, physique rondouillard et démarche pataude. Menashe est le modeste employé d'une supérette casher, un peu maladroit et inconstant, régulièrement tancé par son sinistre patron pour ses erreurs et ses retards, assez fréquents il faut bien le dire...
lire la suite
Lorgues : sam 11 / 18h15 VOST, dim 12 / 16h15 VOST, lun 13 / 19h15
Le Vox (Fréjus) : Mer 08 15:40, Jeu 09 16:05 20:00, Ven 10 13:45 16:40, Sam 11 15:40, Dim 12 15:30 20:15, Lun 13 13:45 20:00, Mar 14 16:15 18:15
Résultat de recherche d'images pour "affiche chaque jour est une fete"
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Téhéran Tabou
Écrit et réalisé par Ali SOOZANDEH
Film d'animation Iran/Allemagne 2017 1h36mn VOSTF
Téhéran n’est pas celle que vous croyez. Ni prude, ni soumise, pas plus que délurée. Disons plutôt qu’elle est un peu tout cela à la fois. C’est une vie à deux vitesses que la ville offre à ses habitants. En public, ils se montrent rangés, policés, moralisateurs. À l’abri des regards, chacun lâche ses démons. Sous les portraits des ayatollahs, sages comme des images, défilent les scènes les plus scabreuses. On aime boire, prendre des substances illicites, baiser. Mais ayant dit cela, on sombrerait vite dans les clichés pour touristes voyeurs alors que Téhéran tabou est tout l’inverse. Le film est une satire sociale incisive qui n’a pas froid aux yeux quand il dénonce crument la corruption qui règne à tous les étages. Il n’épargne ni les juges, ni les flics, ni les mollahs trop gras pour être des ascètes… lire la suite
Lorgues : mer 8 / 19h15, lun 13 / 21h00 
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
L’intérêt général et moi
Réalisé par Sophie METRICH et Julien MILANESI
Documentaire France 2015 1h21mn
Un film éclairant, tonique, vivant et sensible, sur la notion d'intérêt général et plus particulièrement sur la construction du discours politique par les oligarques autour de cette notion pour nous convaincre du bien fondé de ces grands projets. On a envie de dire : enfin ! C'est un vaste débat qu'ouvrent nos deux réalisateurs et le sujet a dû être bien difficile et délicat à appréhender, de manière objective, puisqu'ils se sont durant plusieurs années opposés à la construction de l'autoroute Langon-Pau. Mais pari lancé et réussi sans doute aussi parce qu'en tant que miltants, justement, ils n'oublient pas de nous rappeler, et c'est un des grands intérêts de leur film, que derrière de froides décisions ce sont des vies, des territoires, des espaces naturels qui sont détruits ou devront l'être... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : ven10/ 20h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
D'après une Histoire Vraie
Réalisé par Roman POLANSKI
France 2017 1h40mn
avec Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez, Josée Dayan, Noémie Lvovsky, Brigitte Roüan...
Scénario de Roman Polanski et Olivier Assayas, d'après le roman de Delphine Le Vigan
Un regard de prédatrice, des lèvres de vamp… Elle (sublime Éva Green) a la beauté heureuse de celles qui n’ont pas besoin d’artifices pour la mettre en valeur. Énigmatique créature, d’emblée envoûtante, presque trop parfaite pour être vraie. « Elle » ! Le pronom sonne comme un absolu féminin, faussement modeste dans son laconisme. Il colle bien à la façon cavalière dont cette séductrice aborde sans ambages Delphine Dayrieux, écrivaine dont la renommée incite pourtant à la déférence. Se croyant enfin seule, aspirant à quelques instants de répit après une interminable séance de dédicaces, Delphine fusille tout d’abord d’une œillade noire et agacée cette présence surgie de nulle part qui lui glisse : « Allez, un dernier petit effort pour votre grande admiratrice… » On se dit qu’elle devrait l’envoyer paître, on s’étonne qu’elle ne réagisse pas, qu'elle se laisse hypnotiser par le regard vert félin de la belle inconnue à la voix profonde, par son phrasé lent et majestueux... lire la suite
Cotignac : lun 13/ 18h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Numéro Une
Réalisé par Tonie MARSHALL
France 2017 1h50mn
avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry, Samy Frey, Benjamin Biolay, Francine Bergé, Anne Azoulay, John Lynch, Bernard Verley, Jérôme Deschamps...
Scénario de Tonie Marshall et Marion Doucet, avec la collaboration de Raphaëlle Bacqué
Ils ont beau être des milliards, les hommes sont fragiles quand leur destin tient dans le creux de mains invisibles ! Peut-être est-ce pour fuir cette réalité que certains ont besoin de se sentir puissants et partent à la conquête du pouvoir. Ils ne sont que quelques uns à parvenir au sommet, qui défendent jalousement leur pré carré. Nous voilà dans un de leurs fiefs, à Paris. Les hautes tours phalliques de La Défense fendent le ciel comme si elles voulaient posséder la lune. Derrière leurs murs de verre, les centre névralgiques d’imposantes entreprises cotées en bourse se gorgent de richesses sur le dos du pauvre monde. Leurs cadres supérieurs – qui peuvent rarement s’encadrer les uns les autres – s’affairent à des tâches nébuleuses. Un microcosme étranger au commun des mortels que nous sommes, mais qui pour autant ne va pas nous laisser insensible et va vite devenir captivant... lire la suite
Le Luc : mer 8 / 16h, jeu 9/ 18h30, dim 12/16h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

LE CAIRE CONFIDENTIEL
Écrit et réalisé par Tarek SALEH
Egypte/Suède 2016 1h50mn VOSTF
avec Fares Fares, Ger Duany, Slimane Dazi, Mohamed Yousry, Hichem Yacouby, Hania Amar, Yasser Ali Maher...
Grand Prix, Festival de Sundance 2016 • Grand Prix, Beaune 2017, Festival international du film policier.

Le titre donné par le distributeur français à cet excellent polar entièrement tourné au Caire est tout sauf anodin et particulièrement bien choisi : les amateurs du genre pensent immédiatement à L.A. Confidential de James Elroy et à son adaptation cinématographique très réussie, dont l'intrigue policière était indissociable de la radiographie sans complaisance du Los Angeles rutilant et pourri des années 50, gangréné par la violence, le racisme, l'anti-communisme et la corruption. Ici c'est Le Caire qui est soumis au même détecteur de mensonges, de combines, d'hypocrisies, de comportements mafieux.
Nous sommes en 2011, peu après la révolution tunisienne de Jasmin qui a vu l'indéboulonnable dictateur Ben Ali chuter face à la détermination de la population, et peu avant ce qu'on appellera plus tard les mobilisations de la place Tahrir, esplanade centrale du Caire où se rassembleront des dizaines de milliers de manifestants qui finiront par obtenir l’abdication du président égyptien Moubarak. Mais on loin d'en être là…
Nourredine est un de ces policiers qui arpentent la nuit les rues survoltées de la mégalopole égyptienne, moins pour protéger les citoyens que pour rançonner petits commerçants et magouilleurs en tous genres à qui lui et ses collègues assurent protection contre rétribution. Car dans l'Egypte de Moubarak, où la police et encore plus la Sécurité nationale sont toutes puissantes, chaque citoyen a intégré la corruption comme un fait normal. Noureddine n'est ni meilleur ni pire que les autres : à quoi bon ne pas profiter de sa position quand tout le système vous y incite, et que personne ne semble devoir vous réfréner ? Il est même probable qu'il n'a pas le choix, c'est le principe de toutes les dictatures et de tous les systèmes mafieux : quand le crime et les abus de pouvoir deviennent la norme, ne pas y participer devient dangereux.
Mais ce soir-là n'est pas comme les autres : on découvre le corps sans vie d'une chanteuse dans une suite du prestigieux Nile Hilton. Une femme de chambre soudanaise désormais introuvable semble avoir été témoin du meurtre. Pour Noureddine et ses collègues, la course contre la montre débute pour trouver la jeune femme en fuite avant que les meurtriers ne la fassent taire définitivement.
L'affaire va se corser quand il s'avère qu'un homme d'affaires proche de l'entourage de Moubarak pourrait être lié au meurtre. Pour une fois, Nourredine décide de ne pas enterrer une affaire délicate pour le régime, pour une fois il choisit de ne pas en profiter pour monnayer son inaction. Pourquoi ? Une soudaine bouffée de conscience professionnelle ? Un réveil politique dans un contexte pré-insurrectionnel ? Les beaux yeux de la troublante Gina, chanteuse tunisienne amie de la victime ? En tout cas il va se retrouver pris dans un dangereux engrenage…
Maitrisant parfaitement les ressorts du polar, Tarek Saleh nous offre avec son inspecteur Noureddine un formidable personnage de anti-héros, qu'il fait se débattre dans un contexte historique, politique, social… superbement décrit. Rien que dans cette scène emblématique où on voit les policiers essayant de contenir les manifestants se retourner sans hésiter contre les snipers de Moubarak qui commencent à tirer sur la foule, on saisit le climat révolutionnaire du moment, on sait que le pays va basculer…
Pas étonnant que ce film remarquable ait remporté la récompense suprême dans deux festivals aussi différents que celui du film indépendant de Sundance (créé par Robert Redford) et celui du film policier de Beaune : Le Caire Confidentiel joue et gagne sur plusieurs tableaux, c'est pour ça qu'il est singulier et passionnant. (Utopia)


Soirée Entretoiles : Dimanche 12 à 18h au CGR

K.O.
Réalisé par Fabrice GOBERT
France 2017 1h55mn
avec Laurent Lafitte, Chiaria Mastroianni, Pio Marmaï, Zita Hanrot, Clotilde Hesme, Jean-François Sivadier...
Scénario de Fabrice Gobert et Valentine Arnaud.

Allez les amis, il va falloir changer un peu vos habitudes, accepter d’emprunter l’autre chemin, celui qui vous mène dans un endroit inconnu, peut-être même dans un endroit où vous ne voulez pas aller. Une fois n’est pas coutume, il va falloir suivre un salaud, un magnifique salaud, un beau salaud comme on les aime au cinéma, un salaud qu’on va adorer détester, puis qu’on va finalement se surprendre à aimer, c’est bien là tout l’intérêt de ce petit jeu de pistes. Et des pistes, dans K.O., il y en a, suffisamment pour vous prendre à témoin, pour vous faire gagner un temps d’avance sur les personnages, mais suffisamment aussi pour vous perdre, vous égarer dans une histoire digne d’un bon polar, quand la page se tourne fébrilement avec la petite boule d’excitation au ventre qui signe l’efficacité du récit. C’est un film de genre, noir bien ficelé, qui vous entraine dans un scénario à facettes dont chacune brille d’un éclat puissant, attirant par sa force machiavélique le pauvre spectateur, le baladant au gré des rebondissements dans un récit complexe où la vérité n’est bien entendu jamais là où l’on croit. Aux manettes de cette vaste entreprise, un réalisateur qui sait bien jouer avec les nerfs du spectateurs puisque créateur de la série Les Revenants, singulière saga au charme venimeux où, déjà, la frontière entre le bon et le mauvais, le premier et le second degré, le vrai et le faux, l’imaginaire et le réel s’effaçait sous la complexité humaine. Après Simon Werner a disparu, son premier long métrage, Fabrice Gobert signe là un film ambitieux et fait preuve d’une étonnante maîtrise dans la mise est scène (ne serait-ce que dans le choix du cinémascope qui donne aux images une force particulière).
Le salaud, c’est Antoine Leconte, homme de télévision, homme de pouvoir qui a toutes les qualités requises pour le job : arrogant, dominateur, cynique, incapable de la moindre empathie avec son entourage qu’il n'oublie jamais d'humilier avec le sourire, histoire d’asseoir son pouvoir. Il règne, avec sa gueule de beau gosse et son sourire carnassier, sur toute une petite cour mais lorsqu’il rentre le soir dans sa belle et vaste demeure des quartiers chics, croyez-vous qu’il tombe la veste pour enfiler les pantoufle du gentil mari doux et aimant ? Non, il est toujours le même salaud. Sa femme d’ailleurs, largement cocufiée, va le quitter tant elle est au bout du rouleau.
Des types comme ça ont des ennemis, forcément, et forcément un jour, c’est la tuile. Antoine se retrouve plongé dans un coma profond… Quand il en sort, tout a l'air pareil mais les choses ont changé. On ne le reconnaît plus comme avant, il y a moins de courbettes, il semble avoir moins d’autorité, mois d’ascendant sur les autres… Et pourtant son univers est toujours là, bien en place ! Le soir, quand il se présente à la grille de sa maison des beaux quartiers, pour enfin rentrer chez lui, le code ne fonctionne plus. En fait ce sont tous les codes d’Antoine qui ne fonctionnent plus…
Commence alors une descente aux enfers, ou dans un autre monde, pas un monde parallèle, non, le monde qui était à côté de lui et que, du haut de son arrogance, il ne voyait pas… Mais peut-être que non, peut-être que tout cela n’était qu’un rêve, peut-être qu’il est fou, peut-être qu’il s’agit d’un vaste complot, à moins que…
Il y a milles vies dans celle d’Antoine Leconte et mille interprétation de ce K.O. qui s’ancre à la fois dans une approche sociétale du monde du travail, ses rapports de domination et de castes, mais aussi dans une vision plus romanesque : celle de l’âme, de la reconquête de l’amour perdu, sans oublier bien entendu le fantastique. Efficace en diable. (Utopia)


Soirée Entretoiles : CGR Dimanche 12 à 20h30

120 BATTEMENTS PAR MINUTE
Réalisé par Robin CAMPILLO
France 2017 2h20mn
avec Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Mehdi Touré, Aloïse Sauvage, Simon Bourgade...
Scénario de Robin Campillo et Philippe Mangeot. Festival de Cannes 2017 : Grand Prix et Prix de la Critique internationale.

C'est un film à la fois énergique et bouleversant qui raconte – sachant que le réalisateur et le co-scénariste furent partie prenante de l'histoire – ce que fut l'aventure d'Act-Up, cette association née au début des années 1990 pour défendre les droits et la visibilité des personnes atteintes du virus du Sida. L'aventure intense d'une bande de jeunes garçons et filles tous unis contre une maladie mortelle inconnue, apparue à la fin des années 80 et qui devait décimer en une décennie toute une partie de la communauté homosexuelle mais aussi des populations marginalisées (toxicomanes, prostitué(e)s, personnes incarcérées).
Les militants d'Act-Up (et le film par capillarité) n'étaient ni larmoyants ni tristes (même si les décès réguliers de leurs compagnons les affectaient), mais bien au contraire combattaient et souhaitaient continuer à danser, faire la fête et aimer. Ils menaient des actions spectaculaires qui choquaient l'opinion publique tout en la réveillant, en l'informant : sur l'inaction des pouvoirs publics, sur la réalité de la maladie, sur la duplicité des laboratoires pharmaceutiques spéculant sur la mort. Ce faisant ils vivaient leurs passions à cent à l'heure, dans une course contre la montre et la grande faucheuse.
Si ce film est à ce point emballant, enthousiasmant, transportant, c'est peut-être parce qu'il est exceptionnel de voir réunis dans une même œuvre la force du politique, de la lutte commune et la puissance individuelle de personnages magnifiquement campés, aussi impliqués dans le combat d'Act-Up que dans leurs histoires d'amour à la vie à la mort.
Dans 120 Battements par minute, on voit des réunions d'amphi enflammées au cours desquelles les militants se déchirent pour le choix de la stratégie à mener, les plus radicaux s'opposant toujours aux plus pragmatiques. Et c'est passionnant de découvrir le frémissement des idées en marche. On voit des actions choc, parfois réussies, parfois ratées, parce que la lutte se nourrit aussi de la leçon des échecs. Mais on voit aussi naître une magnifique d'histoire d'amour entre un jeune militant radical se sachant malade – et dont la colère n'a d'égale que sa rage de vivre – et un garçon épargné par le virus qui, amoureux comme on peut l'être une ou deux fois dans sa vie, veut mener son histoire jusqu'au bout… et c'est waouuuuuch ! Mais jamais cette histoire individuelle n'affadit la lutte collective, à l'inverse elle la fait vibrer, l'irradie jusqu'au bout, jusqu'à un final que je ne veux évidemment pas vous gâcher.
120 battements par minute – le titre fait allusion au rythme de la musique house qui enflamma autant les nuits parisiennes que les manifestations d'Act-Up, les premières à se doter d'énormes camions sono –, porté par des acteurs pour la plupart inconnus (à l'exception d'Adèle Haenel) mais sublimes (notamment l'incroyable Nahuel Perez Biscayart, qui incarne le plus écorché vif des militants) est une leçon de vie, bien au-delà du Sida ou de la question homosexuelle, une ode formidable à la vitalité de la lutte pour revendiquer nos choix individuels de vie. (Utopia)


CGR (Draguignan) : mer 8/10h45, jeu 9/13h30, ven 10 et sam 11/22h15, lun 19h30, mar 10h40

Brooklyn Yiddish
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Joshua Z WEINSTEIN
USA 2017 1h22mn VOSTF
avec Menashe Lustig, Ruben Niborski, Yœl Weisshaus, Meyer Schwartz...
Scénario de Joshua Z. Weinstein, Alex Lipschultz et Musa Syeed. Festival du Cinéma Américain de Deauville 2017 : Prix du Jury

Voilà un très joli film, extrêmement attachant, qui réussit à nous toucher profondément tout en s'intéressant à une communauté fermée sur elle-même, presque impénétrable. Une preuve de plus que certains sujets sont universels et qu'on peut s'adresser au monde entier à partir de territoires et de personnages absolument singuliers.
Bienvenue à Borough Park, au sud de Brooklyn, New-York city. Le quartier est en grande partie le fief des Juifs ultra-orthodoxes qui y vivent en relative autarcie. Parmi tous ces hommes en habit noir et couvre-chefs traditionnels, la caméra s'attache à celui qui sera notre « héros » : Menashe, physique rondouillard et démarche pataude. Menashe est le modeste employé d'une supérette casher, un peu maladroit et inconstant, régulièrement tancé par son sinistre patron pour ses erreurs et ses retards, assez fréquents il faut bien le dire. Menashe est veuf depuis un an, il a un fils d'une dizaine d'années, l'adorable Ruben. Mais la tradition hassidique dit qu'un veuf, surtout quand il est pauvre, doit trouver une nouvelle épouse avant de récupérer la garde de son enfant, confié en attendant à des parents proches, en l'occurrence la sœur et le beau-frère. Mais Menashe n'a pas le cœur à chercher une nouvelle compagne, et les rendez-vous galants arrangés par les marieuses tournent au fiasco absolu. Il va donc négocier avec le rabbin de sa communauté une semaine à l'essai pour avoir seul la garde de son fils et prouver qu'il est un véritable Mensch, un homme un vrai en yiddish…

Mais les choses ne vont évidemment pas se passer comme il l'espérait : dépassé par son travail et les heures supplémentaires qu'on lui impose, il a toutes les peines du monde à respecter le rythme d'un écolier de 10 ans, par ailleurs il croule sous les dettes, le dîner qu'il s'obstine à vouloir organiser en mémoire de sa femme n'est pas une franche réussite, et il a une fâcheuse tendance à abuser de la boisson à la moindre fête pour oublier ses soucis… Tant et si bien que son fils va être tenté de retourner chez ses oncle et tante, pourtant pas marrants !
Le film de Joshua Weinstein frappe d'abord par son authenticité. Entièrement tourné en yiddish, il décrit avec une précision documentaire les us et coutumes de cette communauté méconnue, sans tomber dans les clichés, sans en occulter les travers : la manière notamment dont sont traitées les femmes, reléguées aux tâches ménagères, interdites par exemple de conduire, mais aussi – et Menashe en est la première victime – le poids exorbitant du groupe qui contrôle absolument tout de la vie privée et familiale, qui juge et condamne.

Mais le film nous touche surtout grâce aux personnages de Menashe et de son fils. Et pour cause : Joshua Weinstein s'était vu interdire par la communauté hassidique de tourner un documentaire sur elle, avant de rencontrer Menashe Lustig, qui lui a raconté sa propre histoire de commis d'épicerie, veuf et en proie aux problèmes de garde de son fils. Weinstein a alors décidé de tourner cette fiction avec ces acteurs non professionnels rejouant des situations directement adaptées de leur propre vie.
Profitant de la stature chaplinesque de Menashe, figure burlesque de l'éternel maladroit qui sait aussi émouvoir par sa douleur de veuf et de père empêché, Weinstein va largement au-delà de l'aspect documentaire et nous donne un très beau film sur le deuil et sur le lien père-fils.(Utopia)


Lorgues : sam 11 / 18h15 VOST, dim 12 / 16h15 VOST, lun 13 / 19h15
Le Vox (Fréjus) : Mer 08 15:40, Jeu 09 16:05 20:00, Ven 10 13:45 16:40, Sam 11 15:40, Dim 12 15:30 20:15, Lun 13 13:45 20:00, Mar 14 16:15 18:15

 

 

Téhéran Tabou
TÉHÉRAN TABOUÉcrit et réalisé par Ali SOOZANDEH
Film d'animation Iran/Allemagne 2017 1h36mn VOSTF

 

Téhéran n’est pas celle que vous croyez. Ni prude, ni soumise, pas plus que délurée. Disons plutôt qu’elle est un peu tout cela à la fois. C’est une vie à deux vitesses que la ville offre à ses habitants. En public, ils se montrent rangés, policés, moralisateurs. À l’abri des regards, chacun lâche ses démons. Sous les portraits des ayatollahs, sages comme des images, défilent les scènes les plus scabreuses. On aime boire, prendre des substances illicites, baiser. Mais ayant dit cela, on sombrerait vite dans les clichés pour touristes voyeurs alors que Téhéran tabou est tout l’inverse. Le film est une satire sociale incisive qui n’a pas froid aux yeux quand il dénonce crument la corruption qui règne à tous les étages. Il n’épargne ni les juges, ni les flics, ni les mollahs trop gras pour être des ascètes…
Le dicton qui qualifierait le mieux le rapport du réalisateur à sa terre natale serait le fameux « qui aime bien châtie bien ». C’est un film fougueux, courageux, sombre, qu’il nous offre. S’y côtoient la beauté, la désillusion, la révolte qui monte. On comprend dès les premiers plans qu’il était impensable de tourner en direct dans le pays des gardiens de la révolution. Judicieusement, Ali Soozandeh, qui était déjà un professionnel de l’animation, a choisi la technique de la rotoscopie (utilisée par exemple dans Valse avec Bachir ou La Passion Van Gogh…) afin de mettre en scène ses protagonistes. En partant de prises de vue réelles et en redessinant les acteurs, les décors… il peut restituer fidèlement l’ambiance particulière d’une capitale en perpétuelle ébullition sans risquer la censure. Les reflets de la ville se font et se défont dans les flaques, dans les imaginaires, tour à tour glauques ou chatoyants, comme pour mieux souligner la violence subie par ses maillons faibles au risque de choquer quelques amoureux du majestueux pays complexe et accueillant qu’est l’Iran.

La première scène donne le ton. Une dame au regard désabusé monte dans un taxi avec son jeune fils handicapé. Mais ce n'est pas elle pas la cliente, c’est le chauffeur qui devra payer ses services. Le môme à l’arrière n’a d’autre choix que le silence. Il est le témoin muet, l’alibi d’une mère qui se prostitue pour leur survie. Plus loin une épouse qui ne rêve que de travailler honnêtement ne peut pas être embauchée sans l’autorisation que son mari, pourtant en taule, lui refuse. Il y a aussi cette jouvencelle prête à se faire opérer illicitement pour retrouver son hymen perdu dans un instant d’égarement. Puis cette autre qui enchaîne les avortements en cachette… Sans le soutien social d’une famille, ou du sexe fort, les voilà toutes jetées en pâture entre des mains peu scrupuleuses, baladeuses. À Téhéran, savoir dire non est plus utile que savoir respirer.
Pourtant qu’elles sont belles, ces Iraniennes avec leurs gestes gracieux, leurs longs doigts effilés qui réajustent machinalement leur foulard à longueur de temps. Jeunes filles en fleur, mamans ou putains, toutes dépendent du bon vouloir des hommes. Mais le pouvoir de ces derniers semble bien amer. On ne les sens pas plus libérés et épanouis que celles sur lesquelles ils l’exercent éhontément. L’hypocrisie qui règne, souveraine, est la porte ouverte à toutes les formes de chantage, d’esclavage, de trafics qu’aucun Dieu ne bénirait.
Parfois un rayon de soleil, une envolée poétique procurent une bouffée d’air frais. Sans oublier les séances de photos cocasses où un photographe pince-sans-rire s’évertue à changer l’arrière plan comme si le sort de ses clients en dépendait : « C’est pour un service public ? Alors mieux vaut mettre du noir en fond ». Mais il ne suffit pas de gratter le vernis d’une société vérolée pour la rendre vertueuse et pour certains la seule échappatoire sera la fuite…(Utopia)


Lorgues : mer 8 / 19h15, lun 13 / 21h00

L’intérêt général et moi

 

Réalisé par Sophie METRICH et Julien MILANESI
Documentaire France 2015 1h21mn

Un film éclairant, tonique, vivant et sensible, sur la notion d'intérêt général et plus particulièrement sur la construction du discours politique par les oligarques autour de cette notion pour nous convaincre du bien fondé de ces grands projets. On a envie de dire : enfin !
C'est un vaste débat qu'ouvrent nos deux réalisateurs et le sujet a dû être bien difficile et délicat à appréhender, de manière objective, puisqu'ils se sont durant plusieurs années opposés à la construction de l'autoroute Langon-Pau. Mais pari lancé et réussi sans doute aussi parce qu'en tant que miltants, justement, ils n'oublient pas de nous rappeler, et c'est un des grands intérêts de leur film, que derrière de froides décisions ce sont des vies, des territoires, des espaces naturels qui sont détruits ou devront l'être.

Pour illustrer leur sujet, ils ont choisi trois grands projets : l'A65 citée plus haut, construite et vide, le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes vieux de plus de 40 ans et un projet ferroviaire pharaonique, la LGV GPSO. Et ils ont rassemblé des interviews de gens touchés dans leur quotidien, d'élus, de dirigeants politiques nationaux et locaux, d'associatifs engagés, de militants, de journalistes, de fonctionnaires… À travers ces différentes interventions, ils soulignent l'importance de la parole, de l'écoute, du lien social et nous engagent à nous questionner : qui détermine l'intérêt général ? Comment ? Suis-je concerné ? Consulté ? Les processus décisionnaires sont pointés du doigt et l'on en vient à se demander au fond : qu’est-ce qu’une démocratie au xxie siècle ? Quelle société organise-t-elle ? (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : ven10/ 20h

 

D'après une Histoire Vraie
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Roman POLANSKI
France 2017 1h40mn
avec Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez, Josée Dayan, Noémie Lvovsky, Brigitte Roüan...
Scénario de Roman Polanski et Olivier Assayas, d'après le roman de Delphine Le Vigan

Un regard de prédatrice, des lèvres de vamp… Elle (sublime Éva Green) a la beauté heureuse de celles qui n’ont pas besoin d’artifices pour la mettre en valeur. Énigmatique créature, d’emblée envoûtante, presque trop parfaite pour être vraie. « Elle » ! Le pronom sonne comme un absolu féminin, faussement modeste dans son laconisme. Il colle bien à la façon cavalière dont cette séductrice aborde sans ambages Delphine Dayrieux, écrivaine dont la renommée incite pourtant à la déférence. Se croyant enfin seule, aspirant à quelques instants de répit après une interminable séance de dédicaces, Delphine fusille tout d’abord d’une œillade noire et agacée cette présence surgie de nulle part qui lui glisse : « Allez, un dernier petit effort pour votre grande admiratrice… » On se dit qu’elle devrait l’envoyer paître, on s’étonne qu’elle ne réagisse pas, qu'elle se laisse hypnotiser par le regard vert félin de la belle inconnue à la voix profonde, par son phrasé lent et majestueux. Devant elle sa volonté, ses réticences semblent se briser aussi facilement que la nuque d’une souris sous les crocs puissants d’un fauve. Voilà Delphine benoitement séduite et nous diablement troublé-es, suspectant quelque maraboutage diabolique.

Mais vite nous voilà rassuré-es et amusé-e-s par cette bonne farce sardonique où nous piègent Assayas et Polanski. Loin de nous servir du réchauffé, du déjà vu, ils se moquent insidieusement des codes, les embrouillent de façon suffisamment joviale pour que se confondent vessies et lanternes sans qu’on y voie goutte.
La complicité sensuelle qui se dégage de la relation entre les deux femmes devient rapidement envoûtante, fusionnelle, comme celles de deux âmes sœurs qui auraient attendu toute une vie pour ne faire qu’une. « Elle » sait écouter, Elle sait conseiller, Elle sait dorloter, coacher si nécessaire. Elle peut tout faire pour la romancière qu’Elle adule, comprend mieux que quiconque. Brillante en toutes choses, Elle s’impose progressivement dans la vie de l’auteure tel un placébo réparateur, capable de panser toutes ses blessures égotiques. Delphine, qui sort d’une phase d’écriture douloureuse, tétanisée par la peur de la page blanche, se repose avec bonheur sur cette amie inattendue, qui envahit progressivement ses pensées, ses moments d’indispensable solitude. François, le mari de Delphine, s’inquiète de la voir se transformer. Il a l’intuition que quelque chose commence à dérailler, quelque chose qui finit par devenir tangible mais qu’il n’a pas le temps de complètement analyser car il lui faut repartir vers de nouveaux congrès internationaux, de nouvelles importantes interviews, trop dévoré par son travail d’éminent critique littéraire. Car, bien sûr, tout se passe dans un milieu élitiste, presque consanguin, un entre-soi qui exclut les misérables, les incultes, les médiocres. Une intelligentsia qui se gargarise d’elle-même, s’auto-congratule perpétuellement, mais dont tous les membres semblent terriblement s’ennuyer sans oser se l’avouer. Ici nul ne se renouvelle. Hormis cette étrange intruse qui procède finement à un tri de plus en plus méthodique dans l’entourage désabusé de son idole qui pourrait bien devenir sa victime. Pour mieux la ferrer, la vicieuse manipulatrice ira jusqu’à feindre l’éloignement, au grand désarroi d'une Delphine se sentant plus vide que jamais, telle une toxico attendant sa dose devenue aussi indispensable que l’air qu’elle respire.

Et ce n’est bien sûr qu’un début. Il ne reste plus qu’à se laisser aller sans bouder son plaisir, en acceptant de se laisser enferrer dans un délicieux malaise, perturbant mais diablement séduisant, aussi troublant que les deux actrices, tour-à-tour.

Cotignac : lun 13/ 18h

Numéro Une
Réalisé par Tonie MARSHALL
France 2017 1h50mn
avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry, Samy Frey, Benjamin Biolay, Francine Bergé, Anne Azoulay, John Lynch, Bernard Verley, Jérôme Deschamps...
Scénario de Tonie Marshall et Marion Doucet, avec la collaboration de Raphaëlle Bacqué

Ils ont beau être des milliards, les hommes sont fragiles quand leur destin tient dans le creux de mains invisibles ! Peut-être est-ce pour fuir cette réalité que certains ont besoin de se sentir puissants et partent à la conquête du pouvoir. Ils ne sont que quelques uns à parvenir au sommet, qui défendent jalousement leur pré carré. Nous voilà dans un de leurs fiefs, à Paris. Les hautes tours phalliques de La Défense fendent le ciel comme si elles voulaient posséder la lune. Derrière leurs murs de verre, les centre névralgiques d’imposantes entreprises cotées en bourse se gorgent de richesses sur le dos du pauvre monde. Leurs cadres supérieurs – qui peuvent rarement s’encadrer les uns les autres – s’affairent à des tâches nébuleuses. Un microcosme étranger au commun des mortels que nous sommes, mais qui pour autant ne va pas nous laisser insensible et va vite devenir captivant.

Quel que soit l’échelon des décideurs, il reste toujours des marches à gravir, des rivaux à surveiller. La vie n’est pas un long fleuve tranquille pour ces hommes qui supervisent le monde. Mais, me direz-vous : et les femmes ? Mes pauvres, si vous saviez ! Les ovaires, dans une hiérarchie, c’est comme l’oxygène : ça se raréfie avec l’altitude ! À ces hauteurs-là, les oiselles que l’on croise ne sont bien souvent que des assistantes. La règle a ses exceptions, Emmanuelle Blachey (alias Devos, impeccable) en est une, seule gonzesse à siéger au comité exécutif d'un géant français de l’énergie. On imagine qu’il lui aura fallu faire preuve d’excellence – en l'occurrence la compétence ne suffit pas – pour être acceptée dans ce sérail masculin rarement pénétré par le sexe faible. Mais parvenir un tel niveau est une chose, encore faut-il savoir s’y maintenir. Le prix à payer dans cet univers impitoyable est de flirter constamment avec la perfection, de faire plus qu’il ne sera jamais demandé à aucun gonze, ce dont Emmanuelle semble se satisfaire avec un naturel désarmant. Tout dans cette quinquagénaire radieuse témoigne de sa fierté bien placée et du désir de ne jamais déchoir. Au dessus de la mêlée, elle s’attache à agir avec noblesse. Jamais elle ne prête le flanc aux attaques, ni ne se départit de son calme devant ses détracteurs que son sourire bienveillant et la pertinence de ses analyses achèvent de désarmer. Quant à son regard d’un gris translucide, il ne scille plus face aux mesquineries sexistes de ces messieurs qui tentent de l’égratigner. Tant et si bien que sa force tranquille fait figure de pilier sur lequel son supérieur peut se reposer, ce qui ne manque pas de susciter quelques nouvelles jalousies. Mais avec une bonne dose d’humour, tout est vite oublié, surtout la nuit tombée, quand Emmanuelle s’en retourne auprès de son compagnon et de sa fille.
Toutefois l’histoire va vite se corser, toujours plus palpitante, lorsque les membres d’un étrange et influent réseau féministe, « Olympe », vont se rapprocher de notre héroïne, la pousser à briguer la tête d’Antea et devenir ainsi la première femme PDG d’un groupe du CAC40… Un poste férocement convoité pour lequel les clans rivaux ne s’interdiront aucun coup bas. La descente dans les dessous douteux et inavouables de la quête du pouvoir devient alors vertigineuse.

Tonie Marshall filme de manière efficace et élégante tant ses personnages que leur environnement. Elle parvient à restituer tout aussi fidèlement l’ambiance d’une salle de conseil que celle d’une plate-forme éolienne au milieu de l’océan. Le récit est émaillé d’anecdotes véritables glanées auprès de cadres dirigeantes. Le propos très réaliste et renseigné vise juste, dresse un constat redoutable et troublant, qui suscitera de saines polémiques. Le récit tout en tension donne au film des allures de thriller capitaliste d’anticipation, parce qu’à l’heure où je vous cause, je gagnerais à parier qu’il n’y a toujours pas l’ombre d’un jupon à un tel niveau de décision. (Le CAC40 triche : 3 femmes y apparaissent sans être PDG, leur rôle a été castré du P exercé par un homme). (utopia).

Le Luc : mer 8 / 16h, jeu 9/ 18h30, dim 12/16h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :

×