Au(x) cinéma(s) du 9 au 15 janvier 2019

Bonjour à tous,
 
Avant toutes choses,  Entretoiles vous souhaite une excellente année 2019 avec de belles surprises cinématographiques .Cette année encore nous essaierons de vous offrir un programme de cinéma alléchant  en vous proposant  chaque mois des soirées à thèmes et au printemps un  festival  sur trois jours.
Notre première soirée aura lieu ce dimanche 13 janvier à 20h  avec un film unique .Ce sera I feel good de Délépine et Kerven , une comédie loufoque et sensible sur les illusions perdues du communisme et les bienfaits de l 'utopie inventée par l abbé Pierre.
Notez bien que si vous voulez prendre votre adhésion pour l'année 2019 nous serons dans le hall 30 minutes avant le début de la séance. Merci de ne pas arriver au dernier moment!
Le dimanche 27 Janvier Entretoiles vous proposera sa soirée à thème avec 2 films Cold War  de  Pawel Pawlikovsk et Leto de Kirill Serebrennikov.
 
Cette semaine dans le cadre du ciné club CGR nous propose En Liberté ( aussi à Lorgues) la délicieuse fantaisie burlesque de Pierre Salvadori.  Les prochains films de ciné club seront Nos BataillesMayaet Les confins du monde.
 
A Lorgues on peut voir Les mauvaises herbesune comédie singulière burlesque et émouvante.  
A Cotignac Monsieurun film indien  sur l amour impossible entre un jeune maître indien et sa domestique qui n'élude rien de la dure réalité des castes, Au bout des doigts une sucess story sur une reinsertion réussie pour les amoureux de Rachmaninov et de feel good movie et enfin la palme d'or Une affaire de famille (aussi au Vox et à Salernes). Notez d'ores et déjà que vous pourrez voir ce film au printemps dans le cadre d'un événement organisé par Entretoiles à CGR.
Au Vox Maya, un film discrètement contemplatif  sur le retour à la vie d'un grand reporter rescapé des geôles syriennes, Asako 1 et 2 de Hamgushi un film intime et délié sur l'amour et la passion, Le temps des grâcesune enquête patiente, butineuse une déambulation à travers champs, Une femme d'exceptionfilm tiré d'une histoire vraie c'est le portrait d'une femme brillante luttant pour une justice égalitaire, Qui a tué Lady Winsley une oeuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables et L'homme fidèlede et avec Louis Garrel, une étude sentimentale finement biseautée.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma 
 
I FEEL GOOD

Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN - France 2018 1h43mn - avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jo Dahan, Lou Castel, Jean-Benoît Ugeux, Jean-François Landon, Jana Bittnerova, Elsa Foucaud, Marius Bertram...

 
« Il n'y a pas de grand pays sans de grands patrons » proclame le slogan évidemment sarcastique sur l'affiche, au-dessus d'un Jean Dujardin conquérant de l'inutile, marchant au bord d'une route en peignoir de bain sans doute chouravé dans un hôtel de luxe quitté à la cloche de bois... Le duo Delépine & Kervern, le plus utopien des duos franco-grolandais, fait semblant de prendre pour héros un apprenti-winner, un hâbleur qui ne jure que par le Cac 40, un adepte du culte de la réussite et du pognon roi pour mieux chanter la gloire modeste des compagnons du village Emmaüs de Lescar-Pau, champions de la démerde constructive et de l'économie durable sur le tas, de la conscience collective et de la solidarité active, du chacun pour tous et des lendemains qui chanteront peut-être un peu plus joyeusement si tout le monde y met du sien...

On va donc suivre Jacques, bon à rien patenté en perpétuelle recherche de l'idée géniale qui le rendra super riche mais pour l'heure fauché comme les blés et carrément SDF. Il n'a d'autre choix que de venir squatter chez sa grande sœur Monique (Yolande bien sûr), qu'il n'a pas vue depuis des lustres et qui dirige aujourd'hui une communauté Emmaüs près de Pau. Monique lui offre bien sûr gite et couvert, en échange de sa participation aux activités de la communauté... Tu parles ! Le Jacques va très vite se consacrer à un projet d'enrichissement aussi fumeux que d'habitude... inspiré par quelques trombines cabossées de compagnons guère épargnés par les épreuves d'une vie à la dure, il imagine de créer une agence de chirurgie esthétique low-cost, une sorte d'EasyJet du lifting qu'il va baptiser du nom imparable de « I feel good » !
 
Il va réussir à baratiner une demi-douzaine de villageois (pas vraiment dupes, on le verra plus tard) et à les embarquer dans un voyage désorganisé – 100% low-cost lui aussi – vers la Roumanie et la Bulgarie, contrées supposées être à la chirurgie plastique ce qu'est la Hongrie à la pratique des soins dentaires : le paradis du hard-discount. Vous vous doutez bien que le périple va se révéler aussi improbable que burlesque et que les velléités entrepreneuriales de Jacques vont tourner en eau de boudin. Mais vous n'imaginez pas les péripéties que notre groupe va traverser, et encore moins le résultat concret du relooking extrême dont va bénéficier un de ses membres…  Utopia
 
CGR SOIREE ENTRETOILES 20H
 
 
MAUVAISES HERBES

Écrit et réalisé par KHEIRON - France 2018 1h40mn - avec Kheiron, Louison Blivet, Adil Dehbi, Hakou Benosmane, Youssouf Wague, Ouassima Zrouki, Catherine Deneuve, André Dussolier...

 

Un film qui cite en préambule Victor Hugo ne peut pas être un mauvais film. Mes amis, retenez ceci : il n’y a ni mauvaises herbes, ni de mauvais hommes. Il n’y a que des mauvais cultivateurs ». C’est donc à lui que vous devez de trouver ce film (vu depuis et apprécié aussi par nous-mêmes) en bonne place dans cette gazette :

Si le film est pétri de bonnes intentions, il est suffisamment enlevé, drôle, fantaisiste, et sa foi en l’humain réjouira les éternels optimistes que vous êtes. On est séduit par la vivacité des dialogues, la fantaisie des situations qui en font une comédie populaire bien au-dessus du lot.
Si Nous trois ou rien, le premier film de Kheiron, était directement inspiré de l’histoire de ses parents, c’est sur sa propre expérience d’éducateur qu’il se penche. Mauvaises herbes est avant tout un message fort, parce que non péremptoire et non donneur de leçons, sur l’éducation, la jeunesse, le temps qui file et les secondes chances qu’il ne faut pas rater.

Waël (Kheiron lui-même) vit avec Monique (Catherine Deneuve) de petites arnaques en banlieue parisienne jusqu’au jour où ils tombent sur Victor (André Dussolier) victime médusée de leur « arnaque au caddie » (idée géniale qu’on vous déconseille de reproduire). Une arnaque de trop qui va les conduire à soutenir bénévolement Victor, qui gère une association venant en aide à des jeunes sortis du système scolaire pour des raisons diverses (absentéisme, insolences, port d’armes…).
Inhérents à ce genre de comédie populaire (non, ce n’est pas un gros mot !) les clichés sont balayés par le comique des situations ou par l’émotion que Kheiron y fait naître sans crier gare. On est saisi dès qu’il change de registre et filme à la bonne distance, et avec pudeur, un ado en souffrance dont il recueille les confessions.

On aurait pu craindre que Kheiron laisse ses apprentis-comédiens en rade… mais il ne se laisse pas subjuguer par les deux « monuments » du cinéma qui occupent le haut de l’affiche et porte sur eux le même bienveillant et généreux regard que sur un André Dussolier charmeur et charmé, offrant à chacun une fine partition entre rire et larmes.  Utopia
 
LORGUES      mer 9/19h         ven 11 et lun 14//21h05      sam12 et dim 13/20h15
 

EN LIBERTÉ !

Pierre SALVADORI - France 2018 1h47mn - avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard, Jackee Toto... Scénario de Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit.

 
Mais dieu que ça fait du bien ! En liberté ! est LE film qui va tout à la fois ensoleiller durablement vos journées, vous réveiller les zygomatiques et vous réconcilier avec la comédie française. En vérité je vous le dis, avec Pierre Salvadori, qui signe là son neuvième film (oui, neuf films réalisés en 25 ans de métier, on ne peut pas dire qu'il bâcle les produits à la chaîne, le Pierrot), c'est comme une vivifiante bouffée d'air pur qui souffle sur notre cinéma fabriqué en France. C'est officiel : la comédie made in France n'est donc pas condamnée à la moche grassitude et à la beauferie décomplexée. Elle peut être élégante, vive, alerte et généreuse. Elle peut enthousiasmer et déclencher de francs éclats de rires sans nous prendre pour des quiches ni des jambons. Même, sans faire l'intello de service, on redécouvre que la comédie, si elle s'appuie nécessairement sur des ressorts comiques, des effets de surprise, sur l'efficacité de l'écriture et la précision de la mise en scène, peut également, sans que ce soit ni un gros mot ni un pensum, parier sur l'intelligence des spectateurs.
Chaque soir, pour l'endormir, Yvonne raconte à son fils les extraordinaires aventures du Capitaine Santi, son héros de papa. Super-flic, incorruptible, quasi-invincible, le capitaine Santi défait d'une main une cohorte de truands armés jusqu'aux dents tandis que, de l'autre et sans bouger les oreilles, il réduit à l'impuissance une ribambelle de musculeux dealers. Même en mauvaise posture, le Capitaine Santi se tire avec panache des pires situations, avec légèreté, avec humour. Dans les histoires d'Yvonne, le Capitaine Santi, c'est la force incarnée, la classe faite homme, une parfaite élégance doublée d'un si séduisant côté voyou. Il faut dire que dans la vraie vie, le Capitaine Santi est réellement devenu un héros. Flic d'exception bravement tombé au combat, statufié de bronze au cœur de la cité pour services rendus à la Ville, héros définitif dont la veuve, Yvonne, donc, fliquette elle-même, s'efforce de garder vivace le souvenir dans le cœur de leur enfant. Et chaque soir, le temps d'une histoire, le Capitaine Santi revit les épisodes un brin romancés et terrasse sans coup férir l'hydre du crime et de la corruption. Et le chérubin s'endort.
Ce qui est embêtant malgré tout, avec les contes pour enfants, c'est qu'ils cadrent rarement avec le réel. Et même lorsqu'on le tient précautionneusement à distance, même en mettant toute l'énergie du monde à ne pas voir ce qui devrait vous crever les yeux, le réel finit immanquablement par vouloir jaillir hors du placard où on espérait bien qu'il finirait par se faire définitivement oublier. Au moment où on s'y attend le moins et avec des effets dévastateurs. Et c'est au hasard de l'interrogatoire plutôt anodin d'un suspect embarrassé impliqué dans une affaire pas bien méchante, qu'Yvonne met à jour la véritable nature de son héros de mari. Un secret de polichinelle pour ses proches, hors sa famille : le panache du défunt preux chevalier de la Maison Poulaga n'avait, dans la vraie (de vraie) vie, pas exactement la blancheur Persil. Pourri de chez pourri, plus corrompu qu'une armée de politiciens niçois dans un roman de Patrick Raynal, le « héros » s'est indûment enrichi, a pris du galon, s'est fabriqué une aura de justicier en faisant plonger au besoin des innocents pour masquer ses coups foireux. D'abord dévastée, puis enragée, Yvonne décide qu'il est de son devoir de réparer les méfaits de son compagnon défunt. Et de faire éclater au grand jour la vérité. Mais quelle vérité ?

Si on vous a brièvement planté le décor, raconté à la volée les premières minutes de l'intrigue, promis-juré, on n'en dira pas plus. Ce serait pécher. Emmené par une Adèle Haenel survoltée, dont on n'aurait jamais soupçonné l'abattage comique, le film déploie plusieurs pistes, tresse ensemble une comédie burlesque, une comédie policière, une comédie romantique, un pastiche de film d'action, et parvient au tour de force de n'en négliger aucun. Et cerise sur le gâteau, on se laisse entraîner de bon cœur dans ce tourbillon irrésistible, joyeux, sans jamais être dupe de la gravité qu'il enrobe. Comme dans toute comédie réussie, Pierre Salvadori habille en effet de légèreté et d'effets comiques des situations qui, racontées différemment, feraient pleurer Marc et Margot dans leurs chaumières. Des histoires de mensonges, de tromperies, de deuil, des secrets inracontables, des vies à (re)construire, le sens du mal et le pouvoir – peut-être – de l'amour. La galerie de personnages, génialement typés sans jamais être caricaturaux, porte ces questionnements, ces mal-êtres, ces espérances et ces désirs. Ils entourent la belle, l'incroyable Yvonne, l'accompagnent dans ses errances et l'emmènent vers l'improbable – ou l'impossible – résolution de son projet. Le plaisir des comédiens, de Adèle Haenel à Audrey Tautou en passant par Vincent Elbaz, Damien Bonnard et Pio Marmai, est communicatif. Pas une fausse note, pas une erreur de casting, ils nous embarquent sans coup férir dans l'univers grave et dingue de Pierre Salvadori – en liberté, totalement, merveilleusement.  Utopia
CGR CINE CLUB        mer9/  sam  et dim /17h50        jeu10  ven 11  lun14 et mar 15/15h50    
LORGUES      mer 9/21hh         ven 11 et lun 14//19h     sam12/20h15 
 

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA - Japon 2018 2h01 VOSTF - avec Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka, Kilin Kiki... PALME D'OR, FESTIVAL DE CANNES 2018.

 
Si ce n’est un miracle, c’est pour le moins un émerveillement ! D’un film à l’autre, avec les mêmes ingrédients principaux, le délicat Kore-Eda parvient à inventer de nouvelles recettes subtiles et purement délicieuses. Sans se lasser, sans nous lasser, il explore toujours plus intensément ces liens qui nous unissent, se font, se défont… Thématique quasi obsessionnelle sur la filiation, le lignage avec laquelle il parvient à se renouveler, à nous surprendre. Le titre ici nous met fatalement sur la piste, nous sommes bien dans l’univers de prédilection du cinéaste nippon, celui de I wish, Tel père, tel fils, Notre petite sœur, Après la tempête… Une fois de plus nous allons être happés, passionnés par ces choses simples de la vie, ces infimes miracles sans fin qui ne disent pas leur nom mais bousculent les êtres, les animent, aident à ne pas sombrer et à avancer. 

Quand on y songe, c’est une chose insensée que de vils libéraux de tous poils essaient de nous faire croire que les pires canailles de notre société sont les pauvres hères qui se débrouillent pour gruger les allocations familiales, les impôts ou ces grands temples de la consommation que sont les grandes surfaces… Le pauvre, le misérable comme dirait Hugo, est par nature suspecté d’être filou malhonnête ou flemmard inemployable. Ces inepties prospèrent chez nous, elles fleurissent visiblement aussi au Japon, ainsi sans doute que partout ailleurs dans le monde… Et bien je serais prête à parier que, mises bout à bout, toutes les petites combines des gens modestes de par le monde ne représentent guère que l’argent de poche de quelques grandes fortunes mondiales, si ce n’est d’une seule !
Alors quitte à être mis au ban de la société, autant ne pas l’être pour rien, surtout quand on n'a guère le choix. Que faire quand l’avenir n’a pas d’horizon ? Si ce n’est essayer de survivre sans s’embarrasser de plus de principes que ceux qui pratiquent éhontément l’exil fiscal à grande échelle. C’est ainsi que, modestement, la famille Shibata tout entière, passée experte dans l’art du système D, fauche, traficote, bricole, grenouille… Sous la houlette d’Osamu, le père, attentif et jovial, chacun de ses membres apprend l’art de la débrouille en faisant parfois preuve d’une remarquable inventivité. L’application des plus jeunes à perfectionner leurs techniques de vol à l’étalage fait plaisir à voir ! À cette école forcée de la vie, chacun devient plus malin qu’un singe. Le soir venu, on se rassemble, on rigole beaucoup, on se dorlote tendrement en partageant le butin modique autour de l’adorable grand-mère (l’extraordinaire actrice Kirin Kiki) qu’on ne laisserait pour rien au monde dans un EHPAD aseptisé, même si on en avait les moyens. 

Au milieu des grands immeubles, la minuscule maison hors d’âge des Shibata fait l’effet d’un havre précaire, mais goulument vivant, où s’entassent heureusement la mère qui cuisine, sa fille qui tapine légèrement, les autres qui rapinent… C’est mal, sans doute, amoral diront certains. Mais est-ce qu’une société richissime qui n’offre que des miettes et aucune perspective aux pauvres qu’elle créée ne l’est pas plus encore ? On a beau condamner, on s’attache progressivement à ces personnages de peu et leurs péchés nous semblent soudains véniels. D’autant plus quand Osamu et son jeune fils Shota ramènent un soir à la maison une toute petite fille, une frêle créature tétanisée par le froid de la nuit, la violence de ses parents qui ne la désiraient pas, alors qu'elle est si craquante ! Et même si on n’a guère les moyens de nourrir une bouche supplémentaire, personne n’a le cœur de la ramener sur le balcon glacial de l’immeuble sinistre qui lui servait de refuge… 
L’histoire de ce petit oisillon recueilli, de cette famille hors cadre, devient alors comme une parabole, un conte moderne à la morale cinglante : Kore-Eda cachait de la paille de fer sous son gant de velours… Utopia
 
COTIGNAC     Jeu10/18h et 20h30
LE VOX     mer9/15h45 et 18h    jeu10/18h      ven11/18h20    sam012/18h15   dim013/15h45 et 18h  lun14/ 16h et mar15/20h30
SALERNES   jeu10/20h30    sam12/21h     lun14/18h
 
 

MONSIEUR

Écrit et réalisé par Rohena GERA - Inde 2018 1h39mn VOSTF - avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni, Rahul Vohra, Divya Seth Shah.

 
Au creux de l’hiver, rien de tel qu’un film ensoleillé tout droit venu du pays des saris pour réchauffer nos sens engourdis. Monsieur est une gourmandise, aussi tendrement colorée et épicée qu’un subtil tandori. Ne reniant nullement les codes du cinéma populaire bollywoodien, il en élargit le champ, s’attaque aux carcans de la société indienne contemporaine dans un remarquable équilibre entre compréhension et dénonciation des traditions. Pour sa première fiction, la réalisatrice Rohena Gera s’attaque aux plafonds de verre et aux cages dorées de son pays natal, bousculant les convenances en douceur. 

Quand Ratna arrive à Bombay, c’est comme une bouffée d’incognito salutaire pour la villageoise qu'elle a toujours été. Ici son passé ne lui colle plus aux babouches. Non qu’il soit si terrible, mais il est des préjugés ancestraux qui persistent dans son village d’origine où chacun épie les faits et gestes des voisins, surtout ceux des voisines, des filles, des cousines… Impossible d’échapper aux injonctions des parents, à l'obsession du qu’en dira-t-on dans un bled où tout le monde vous a vu grandir. Arriver dans l’immense capitale du Maharashtra procure dès lors une véritable sensation de liberté. Ici une veuve pas trop éplorée (mariage de raison oblige) peut remettre des bijoux sans qu’on l’accuse de trahir son défunt mari, sans passer pour une dévergondée. On devine qu’elles sont nombreuses à être venues à la ville chercher une forme de rédemption, ou tout simplement la possibilité de respirer, l’espoir d’avancer vers un futur plus ouvert. Mais l’anonymat offert par cette grande marée humaine ne résout pas tout. Il y a au moins une chose à laquelle nul n’échappe : sa condition sociale. Pas plus qu’on échappe à son genre.
Mais Ratna est loin d’être une victime soumise. Sous ses dehors dociles se cache une volonté inflexible qui va progressivement attirer l’attention de son nouveau maître, Ashwin. Bel homme languide, il est le fruit d’une classe supérieure qui persistera toujours à mépriser les humbles. Chez ces gens-là, on ne marie pas les torchons avec les serviettes et les domestiques sont constamment renvoyées à leur rang de serpillère, de petit électro-ménager humain interchangeable. Autant dire qu’Ashwin ne prête d'abord pas plus d’attention à sa nouvelle employée qu’aux tapis de son salon. Ils appartiennent à deux mondes opposés, deux planètes faites pour ne jamais se rencontrer, chacune rivée à son orbite, mue par des forces immuables. Chacun-e connait sa place et se garde de la remettre en question.
Ce qui va faire la différence, c’est l'intelligence vive de Ratna. Elle observe, analyse sans disserter, anticipe les demandes et finit par comprendre son patron à demi-mots, mieux que quiconque. Elle perçoit son profond désarroi. La grandiloquence du paraître s’effrite. Bien calfeutré sous l’opulence, elle découvre le microcosme étriqué dans lequel Arshwin évolue à petits pas déjà vieux, du sofa au bureau, de son appartement frigide à sa luxueuse voiture climatisée. Dans le fond lui aussi n’est qu’un rouage, un mâle reproducteur prédestiné à perpétuer la dynastie familiale grâce à un mariage digne de son rang. Son avenir est tout bouché, alors que celui de Ratna est peuplé de tissus chatoyants, de marchés bruyants, de pousses verdoyantes, en un mot d’humanité. Il semble tout soudain qu’elle a tout à rêver, pas grand chose à perdre. Sans mot dire, l’obéissante servante creuse son sillon, avec ténacité, forçant le respect, même celui d’Arshwin, à son corps défendant. L’un et l’autre commencent alors à s’épier, sans jamais oser se frôler… C’est d’un romantisme fou !

Cela pourrait être l’histoire banale d’un amour empêché qui laisserait un souvenir larmoyant et tragique. Mais dans un ordre si bien établi, nul clan n’a besoin de s’interposer entre les amoureux. Pas de poison, pas de poignards, pas de larmes… pas d’autres armes que les mots. Des mots qui enferment mais qui permettent aussi parfois de se libérer…  Utopia
 
COTIGNAC    lun14/20h30 
 

AU BOUT DES DOIGTS

Ludovic BERNARD - France 2018 1h45mn - Avec Lambert Wilson, Jules Benchetrit, Kristin Scott Thomas, André Marcon, Karidja Touré, Michel Jonasz... Scénario de Johanne Bernard et Ludovic Bernard.

 
nous avait embarqué il y a un peu plus d’un an aux pieds de l’Himalaya, avec la comédie L’ascension, succès que l’on sait, qui racontait l’histoire folle (et vraie) d’un petit gars de banlieue sans aucune expérience en alpinisme, qui s’attaquait à la face de l’Everest pour éblouir l'élue de son cœur. Avec des paysages beaucoup moins spectaculaires et un cadre plus intimiste, Ludovic Bernard renoue ici avec un thème qui lui est cher, celui du plafond de verre, ce concept au nom explicite qui laisse les classes (sociales, culturelles, économiques) bien étanches les unes aux autres, manière invisible de reproduire les schémas les plus stéréotypés entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont, et ceux qui n’ont pas… mais heureusement, le cinéma est là pour détricoter tout cela et laisser voir d’autres champs du possible, là par l’alpinisme ou les concours d’éloquence (voir le film Le brio), ici par la force de la musique et d’un clavier de piano.

Dans son grand appartement parisien cossu où il aime à savourer un verre de grand millésime le soir en rentrant du travail, Pierre Geitner masque mal sa tristesse latente et son désarroi… depuis quelque temps, il est sur la sellette et il se pourrait bien que la direction du Conservatoire où il est directeur musical veuille signer, dans un large sourire, la fin de sa carrière. Pas assez de recrutement, plus assez de prestigieux élèves, de la trempe de ceux qui, bien dressés, peuvent prétendre à de prestigieux concours internationaux et par la même redorer le blason de la maison par un premier prix. 
Dans le hall glacial et animée de la Gare du Nord, on a mis un piano pour que celle ou celui qui le souhaite puisse jouer, pour soi, pour les autres, par plaisir, pour pratiquer. Quand il tombe par hasard sur ce jeune garçon et quand il écoute, fasciné, le morceau qu’il interprète, il sait immédiatement qu’il tient là une pépite rare et brute. Mathieu joue avec la grâce de ceux qui n’ont rien à gagner et rien à perdre, il joue comme il respire : par besoin vital, par nécessité, comme par nature. Mathieu vient d’un milieu où l’on ne prend pas des cours de piano, où l’on ne rêve pas de premier prix de solfège, où l’on ne fréquente pas des harpistes ni des premiers violons. Persuadé qu’il tient là le souffle qui va redonner du sens à son métier et remettre un peu de passion et de fougue dans sa vie, Pierre va se mettre en tête de faire rentrer le petit gars de banlieue dans sa prestigieuse école. Le faux hasard d’un travail d’intérêt général et la pugnacité d’une enseignante aussi exigeante qu’ intransigeante (Kristin Scott Thomas) écriront la suite de la partition. Fougueux, fier et sauvage, défiant les règles et l’autorité, Mathieu va découvrir alors un univers dont il ignore tous les codes.

Du piano, du piano, encore du piano et beaucoup d’émotion, celle que la musique porte au delà des notes, pour ceux qui donnent et pour ceux qui reçoivent… Utopia
 
COTIGNAC    ven 11/20h30
 

MAYA

Écrit et réalisé par Mia HANSEN-LOVE - France 2018 1h45mn VOSTF- avec Roman Kolinka, Aarshi Banerjee, Alex Descas, Judith Chemla, Johanna Ter Steege

« Aucun monde n’est plus réel qu’un autre ». En partant tourner en Inde, Mia Hansen-Løve ne fait pas mystère de ses intentions de sonder le voile des illusions. Culpabilité, sentiment de vide, poids du passé, découverte de nouveaux territoires, beauté intemporelle du monde, sentiments purs et manœuvres de l’ombre, guerre et amour : le long métrage parcourt souterrainement une multitude de thèmes sous l’enveloppe d’une intrigue tissée autour du fil de la reconstruction psychologique d’un reporter de guerre occidental traumatisé et de sa rencontre à Goa avec une jeune femme indienne. L’occasion d’un voyage au long cours, romanesque et magnifiquement mis en scène, à travers lequel la réalisatrice fait s’incarner les conflits intérieurs en un personnage de témoin accro à la violence de son métier et tentant de se ressourcer et de renaître.

« Je m’épanouis dans l’action, pas dans la parole ; ni psychanalyse, ni bouquin. Ma thérapie ne passe pas par ça. » Rapatrié à Paris après quatre mois de captivité en Syrie, Gabriel est meurtri. Simulacres d’exécution, sévices, déplacements forcés, cris des autres détenus, sentiment de culpabilité d’avoir laissé un collègue derrière lui : à part avec Fred, autre journaliste libéré en même temps que lui, il n’arrive à échanger avec personne, se sentant vide et faisant le vide autour de lui. Il décide alors de partir en Inde, un pays dont on découvrira plus tard qu’il y a vécu les sept premières années de sa vie et où sa mère est restée, pilotant une ONG à Mumbai.
Mais c’est à Goa que Gabriel s’installe, dans un bungalow en bord de mer tout en retapant une petite maison à la campagne, sillonnant en solitaire et en scooter les environs, hantant les bars pour des aventures sans lendemain. Une latence, ponctuée de rappels à son passé douloureux, qui va prendre une nouvelle direction lorsqu’il rencontre Maya, la fille adolescente (de passage à Goa, au milieu d’études entre Londres et Sidney) de son parrain Monty, propriétaire d’un hôtel de luxe niché dans une nature paradisiaque. Au fil du temps qui passe entrecoupé par les périples de Gabriel à la découverte de l’Inde, une attirance se développe tandis que commencent à planer d’étranges menaces…

C'est une belle histoire d’amour dont Mia Hansen-Løve sait à merveille saisir toutes les étapes en donnant le temps de s’installer aux nuances de son vaste récit, Maya est un film visuellement très riche et esthétiquement très accompli, la cinéaste ayant de toute évidence une connaissance approfondie des splendeurs de l’Inde.(F. Lemercier, Cineuropa)  Utopia
LE VOX   mer9  ven11 et dim13 /18h15       jeu10 et ven 11/16h10   lun14 et mar 15/18h20 jeu 10/20h0  mar 15/13h45
 

ASAKO 1 & 2

Ryûsuke HAMAGUCHI - Japon 2018 1h59mn VOSTF - avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto, Rio Yamashita... Scénario de Sachiko Tanaka et Ryûsuke Hamaguchi, d'après le roman de Tomoka Shibasaki.

 
Parce qu’un jour Baku apparaît. Parce qu’Asako est une grande amoureuse. Parce que Ryûsuke Hamaguchi n’a probablement rien à apprendre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, indétrônable, éternel. Et parce que chaque mot d’Asako à Baku résonne avec une acoustique rare : celle d’un cri d’amour murmuré. Tout cela annonçait la couleur d’une sidération lorsque le fantasque Baku, sans crier gare, disparaît du jour au lendemain… Sans cette absence, Asako aurait été indemne, hermétique à sa propre compréhension. Avec : elle aura été (I) et sera (II). Puis en aimera un autre : quoiqu'un sosie. Un clin d’œil au chef d’œuvre de Buñuel, Cet obscur objet du désir. Mais aussi remake inversé du Vertigo d’Hitchcock où ce n’est plus James Stewart qui modèle Kim Novak pour en faire le sosie, mais Asako qui choisit un sosie et ne le change pas. Qu’elle est bleue, cette rencontre orange…
Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Ryûsuke Hamaguchi après dix années d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme l’accès d’Hamaguchi au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas, stationne derrière une muraille en béton. L’a-t-il d'ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire pour finalement faire le choix de l'urgence, de l'évacuation permanente : la temporalité du rêve étant ce qu'elle est… Le Baku étant une créature mythique du folklore qui se nourrit des rêves et des cauchemars. 
Le film a beau être vu deux fois, trois fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Ici, les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années… 
On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d'autant plus ce qu'elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d'une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu'aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c'est beau » d'être vivace, ambivalent, d'échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l'esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D'affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d'avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu'Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l'interpréter d'apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d'oser rester fidèle à soi.   Utopia
 
LE VOX     mer9 /13h45 et 20h30   jeu10/ 15h35 et 20h30  ven11/ 13h45 et 20h45  sam12/20h45  dim 13/13h45 et 20h30  lun14/15h25 et 20h  mar15/15h25 et 18h
 

LE TEMPS DES GRÂCES

Dominique MARCHAIS - documentaire France 2009 2h03mn -

 

Un superbe documentaire qui nous parle de l’impasse du monde agricole et par là même de notre rapport à la terre qui nous nourrit. Qui le fait sans leçon péremptoire, en laissant le temps de la parole aux paysans, agronomes, paysagistes qui tous dressent un constat terrible mais qui, tous, ont une esquisse de solution, si le courage politique combiné à un réel engagement des consom’acteurs sont de la partie.
Utopia a largement défendu Herbe, portrait éclairant des éleveurs laitiers bretons en plein paradoxe. Mais ce n’était un petit bout de la lorgnette… Dominique Marchais s’avoue totalement novice dans le monde rural. Il n’est pas ingénieur agronome, comme Olivier Porte, le réalisateur de Herbe, il n’a pas côtoyé durant plus de trois décennies les paysans comme Depardon. Il se revendique promeneur, amoureux des paysages façonnés par l’agriculture, à l’image des romanciers romantiques allemands pour qui la nature était une source d’inspiration infinie. Avec une légitime candeur, il veut juste comprendre pourquoi ce monde rural se bouleverse à vue d’œil, et ne semble pas tourner très rond. Pourquoi les haies et les chemins creux se sont raréfiés, pour laisser place à des paysage ouverts de champs à perte de vue ? Pourquoi les sols sont-ils morts ? Pourquoi le travail de la terre ne nourrit-il plus son homme, condamnant beaucoup d’agriculteurs à abandonner ou les obligeant à une double activité ?
Pour tenter de répondre à ces interrogations, Dominique Marchais ne s’est ni cantonné à une seule région (son road-movie rural nous conduit des riches plaines céréalières de l’Yonne au causses cévenoles qui font du si bon fromage persillé, en passant par les plateaux limousins et leurs splendides vaches rousses), ni à un seul type d’interlocuteurs. Bien sûr il rencontre de nombreux paysans (céréaliers, éleveurs laitiers bio, éleveurs ovins revendiquant leur lien avec l’industrie), mais aussi ceux qui pensent l’agriculture de demain et analysent les erreurs passées ou présentes : économiste, agronome, ou simple écrivain comme le génial Pierre Bergounioux, poète lucide et indispensable du monde paysan. Tous ces gens ont des parcours et des choix parfois radicalement différents et pourtant leur constat est sans appel : il faut faire, s’il est encore temps, un grand rétropédalage. Nos sols ont été totalement lessivés et détruits par une surproduction terrifiante et l’usage répété des intrants chimiques, et toute la technologie du monde ne fera bientôt plus rien pour les sauver et continuer à produire. On est fasciné de voir les microbiologistes analyser la teneur d’un sol de Champagne en micro organismes et comprendre pourquoi une vigne se meurt. Et pourtant les solutions, nos scientifiques les ont : il « suffirait » de reconstituer les haies, pourvoyeuses en matières ligneuses et champignons capables de reconstituer les sols. Economiquement, alors que les primes agricoles sont remises en cause et que les marges de la grande distribution ruinent les paysans, alors que l’installation de jeunes agriculteurs est devenue presque impossible à cause de la spéculation immobilière (habitat aussi bien que zones commerciales) et des blocages du syndicat agricole majoritaire, Marc Dufumier, génial enseignant à Agro Paris Tech, a aussi les réponses : sortir enfin du cycle infernal de la course à la production, justifiée par le mythe selon lequel la France devrait nourrir le monde (même si cela doit ruiner les paysans des pays du Sud), défendre des cultures à forte valeur ajoutée (notre camembert et notre champagne n’auront jamais de concurrents sérieux) et les circuits courts indépendants de la grande distribution.
Au bout de ce passionnant voyage, qui a en outre le mérite non négligeable de rendre esthétiquement « grâce » à la beauté des campagnes françaises, on se sent pris de l'irrésistible envie, en ces temps électoraux, de pousser nos candidats à prendre enfin les engagements qui s’imposent, alors que l’agriculture,pourtant source même de vie semble, étonnamment absente de leurs préoccupations.     Utopia
LE VOX      ven 11/20h 
 

UNE FEMME D'EXCEPTION

Mimi LEDER - USA 2018 2h VOSTF - avec Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Kathy Bates... Scénario de Daniel Stiepleman.

 

 

 
La femme d'exception du titre, c'est Ruth Bader Ginsburg, désormais élue juge à la Cour suprême des États-Unis, au grand dam de Donald Trump qui aimerait tant l’en dégager. Il faut le comprendre : existe-t-il pour lui adversaire plus redoutable qu’un esprit brillant qui, sans être millionnaire, sans acheter personne, est plus populaire que lui et le restera certainement plus longtemps après sa disparition que bien des présidents des États Unis de l’impitoyable Amérique. À 85 ans, elle est devenue la coqueluche de plusieurs générations. Une véritable icône du pop art, indémodable, indétrônable. Ruth est sans doute la seule juge au monde à avoir des mugs à son effigie, des tee-shirts, des pins ! On la représente en Wonder Woman, avec une couronne sur la tête, voire en madone ! Certain-e-s vont jusqu’à faire tatouer son portrait sur leur chair tendre. Mais au-delà de ce qui peut sembler un effet de mode, il y a la reconnaissance de tout un peuple pour celle qui a lutté, continue de lutter contre toutes les formes de discrimination et a fait progresser les droits des femmes, des minorités raciales, des gays…
Le film cueille Ruth au moment où elle est encore étudiante à Harvard. Les filles qui étudient le droit sont rares et ce n’est pas le doyen de la faculté qui les met à l’aise quand la première question qui lui brûle les lèvres est : « Et pourquoi (sous entendu : comment osez-vous ?) occuper une place qui est dévolue à l’homme ? ». Alors que les huit autres étudiantes rougissent d’humiliation, de colère rentrée, Ruth, malicieuse, affichant le plus doux des sourires polis, le renverra poliment à ses fourneaux. Oui elle est femme, oui elle est mère, oui elle est juive ! Et alors ? Si la Constitution ne lui donne pas les mêmes droits que ses congénères, c’est qu’il faut la changer ! Rien que ça ! Et si le combat doit prendre le temps d’une vie, ce sera la sienne !
Et tandis que, le soir, elle jongle avec les langes du bébé, les cours à potasser, celui qu’elle aime, qui l’épaule, qui va tomber gravement malade. Il y aurait de quoi baisser les bras. Mais c’est à se demander où ce petit brin de femme va puiser sa force… Non mais ! C’est tout de même pas un vulgaire cancer qui aura sa peau ni celle de son bonhomme ! Ce n’est qu’une donnée supplémentaire qu’elle intègre dans son agenda : bébé, cours, hôpital, aller supplier le doyen d’assister en parallèle aux cours que rate son époux pour qu’il ne perde pas son année… Waouh ! Rien que ça, ça scotche ! Mais ce n’est que le début d’une grande carrière dans laquelle elle arrivera par des moyens détournés à monter les échelons. Leçon numéro 1 : si tu jettes RBG par la porte, elle reviendra par la fenêtre, ou par la cheminée : car après tout, dans quel article de loi est-il inscrit que le rôle de Père-Noël est interdit aux dames ? 
Si le scénariste du film rend si bien hommage à cette magnifique juriste, héroïne des temps modernes, c’est qu’il est son propre neveu. Pour l'anecdote, quand il l’a appelée pour lui demander l’autorisation d’écrire sur elle, RBG lui a répondu, taquine : « Si c’est ça que tu as envie de faire de tes journées… ». Et elle ne lui fera pas de concession. Il veut dresser son panégyrique ? Soit, elle en fera un outil de plus au service de ses convictions : bouger les marques, abattre les préjugés et pour cela il faut viser où ça fait mal, avec élégance. Ses plus belles armes seront toujours ses traits d’esprits redoutables !  Utopia
 
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QUI A TUÉ LADY WINSLEY ?

Hiner SALEEM - France / Turquie 2018 1h40mn VOSTF - avec Mehmet Kurtulus, Ergün Kuyucu, Ezgi Mola, Turgay Aydin... Scénario de Véronique Wüthrich et Hiner Sa

 

Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land (disponible en Vidéo en Poche !), qui était une sorte de western revisité. Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a dû le fuir à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l'empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes…
 Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, Hiner Saleem adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications. Quand une enquête piétine alors qu'elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ? Voilà donc Fergan qui vogue vers Büyükada, scrutant l’horizon tel Corto Maltese partant pour une course lointaine… 
Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Ceux qui connaissent l’endroit y verront un premier clin d’œil : Büyükada n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’Istanbul ! Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales accueillent l’intrus en grande pompe, comme il se doit, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser arbitrairement un innocent.Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d'un seul et unique indice : une goute de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin. Tout parait si simple avec les technologies modernes : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu, sinon ce ne serait pas marrant. Pour parvenir à ses fins, Fergan va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, à commencer par celles de la pauvre vétérinaire locale, soudain mise à toutes les sauces  Utopia
 
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L’HOMME FIDÈLE

Louis GARREL - France 2018 1h15mn - avec Laetitia Casta, Louis Garrel, Joseph Engel, Lily-Rose Depp...

 
 
la première scène, donne le « la », impossible à dévoiler sans déflorer la surprise, cependant le ton est affiché : léger, drôle et cruel. Un détonnant mélange dans lequel Laetitia Casta excelle, resplendissante. Elle est Marianne, l’inconstante par laquelle arrivent les jeux de dupes, de l'amour et du hasard…
Abel aimait Marianne, Marianne aimait Paul, Ève encore gamine aimait Abel secrètement, comme on aime un fantasme, un idéal masculin inaccessible… Un Abel (Louis Garrel, séducteur arrosé, au meilleur de son jeu) balloté au gré des femmes et des rencontres. Un Abel hilarant et touchant avec ses airs de cocker constamment résigné, incapable de contrarier celle qu’il aime, même au risque de la perdre.   
Dix ans passent… avant que Marianne, qui s’est mise en ménage avec le père de son enfant, ne refasse surface, en veuve éplorée. Évidemment Abel immédiatement va vouloir la consoler, la reconquérir. Tandis qu’Ève (Lily-Rose Depp en ingénue diabolique), la petite sœur du défunt, devenue enfin grande et désirable, se met à courir après lui, prête à déclarer la guerre à sa rivale. Mais si l’une a la jeunesse pour elle, la cuisse ferme et des yeux de biche, l’autre a l’expérience qui sied aux renardes prêtes à tout pour défendre leurs territoires et les proies qu’elles ont conquises. Voilà, les ingrédients de l’intrigue en place, un sac de nœuds digne de La Seconde surprise de l’amour de Marivaux, dont le scénario s’est de prime abord inspiré. Jean-Louis Carrière et Louis Garrel rendent hommage au génial dramaturge, tout en s’en émancipant. Chaque scène ciselée au cordeau en appelle une autre qui vient nous surprendre. Toutes s’enchainent avec une fluidité efficace, jouissive. L’Homme fidèle se grignote ainci comme un petit quatre heure, une friandise craquante qui fera le bonheur des coquettes et des galants, bien plus subtile qu’il n’y parait. Une heure quinze de simple bonheur à ne pas bouder. 

Enfin il serait totalement injuste d’oublier de citer le jeune acteur Joseph Engel dans le rôle du fils de Marianne, âgé d’une dizaine d’années. Tout bonnement solaire, il crée une zone d’ombre sans concession autour de chaque personnage, même celui de sa propre mère. Il est celui auquel on ne peut rien cacher. Il distille le doute dans les pensées des adultes, les manipule. Petit bonhomme loin des clichés rebattus sur l’enfance innocente, il aime à conspirer, joue les détectives, nous ouvre des fenêtres vers d’autres perspectives, d’autres interprétations plus sombres qui finissent par nous hanter. Et si rien n’était ce que l’on a cru ? Et si ce qu’on prenait pour de simples badinages pouvaient révéler de sordides histoires sans cœur. Comme lui on finit par poursuivre la piste de coupables sans foi ni loi, d’empoisonneuses sans vergogne mais néanmoins séduisantes… Un monde imaginaire bien plus palpitant que la pure réalité. Joseph réussit à nous propulser avec délices dans sa bulle d’observateur souvent impuissant, jamais neutre. Et on se réjouit de ses espiègleries perspicaces qui bousculent les adultes, les font douter de tout.   Utopia
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