Au(x) cinéma(s) du 9 au 15 mars

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Bonjour à tous !

Il y a  de quoi profiter, encore et toujours, avec la belle semaine de cinéma que nous vous proposons !
Commençons par vous rappeler la date du lundi 14 mars à 20h au Bucéphale où Entretoiles a le plaisir de vous proposer Apprenti Gigolo de John Tuturro, dont Utopia nous dit que c'est un film drôle, malin, et authentiquement romantique !

Ensuite, cette semaine, il ne faut pas manquer Les Innocentes de Anne Fontaine que vous pouvez voir à Draguignan, au Vox et au Luc, un film "qui atteint une harmonie rare et positive".
Vous avez le choix aussi d'une moisson de films ici et là : The Revenant de Inarritu, récemment couronné, Ave César des frères Coen, controversé, mais pas si mal, le très sensible film iranien Nahid, et le flamboyant Belgica.
Ceux qui ont raté quelques perles de ces derniers mois, courrez voir ces films qui repassent cette semaine : My sweet peper landFatimaMustang ou encore Une seconde mère...
Rappelez vous de noter dans vos agendas les prochaines propositions d'Entretoiles qui valent toutes leur pesant d'or ! le 17 avril une première proposition avec 2 films sur le thème "Résistance ou rébellion" avec  : Merci Patron de François Ruffin et Béliers de Grimur Hakonarson. Ensuite , le 24 avril, dans le cadre des Escapades littéraires sur le Liban : Chaque jour est une fête de Dima El Horr et Peur de rien de Danielle Arbid. Et enfin le 22 mai, sur le thème "Chanter, danser envers et contre tout" avec A peine j'ouvre les yeux de Leila Bouzid et Desert Dancer de Richard Raymond.
La semaine prochaine, nous pourrons avoir le bonheur de voir Anomalisa au CGR de Draguignan.

Nous vous informons aussi que les adhérents Entretoiles bénéficient maintenant du tarif réduit à 5€ au Vox de Fréjus sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h).
Enfin le Vox propose vendredi 11 mars un ciné concert avec à 20 h un groupe de musique qui revisite la musique de Ray Charles, suivi du film "Ray".

Voilà beaucoup de bonnes nouvelles cinématographiques, vous ne trouvez pas ?
Profitez en bien !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 9 AU 15 MARS 2016

 

Apprenti Gigolo : Affiche
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Apprenti Gigolo
Écrit et réalisé par John TURTURRO
USA 2013 1h30mn VOSTF
avec John Turturro, Woody Allen, Sharon Stone, Vanessa Paradis, Liev Schreiber, Sofia Vergara, Bob Balaban...
Les sourcilleux diront sans doute que le point de départ de Apprenti gigolo est un peu tiré par les cheveux, mais laissons les sourciller, c'est surtout très drôle : l'histoire de deux potes désargentés, un vieux libraire juif vivant au milieu d'incunables poussiéreux et un fleuriste italien à mi temps qui décident, pour résoudre leurs problèmes financiers, de s'associer pour un commerce fort particulier, l'un devenant le mac de l'autre qui se fera gigolo au service de femmes esseulées ou simplement en quête d'aventures pimentées.
C'est peut-être improbable mais ça fonctionne à fond : Apprenti gigolo est une comédie hilarante, l'occasion de voir à l'œuvre deux acteurs géniaux (et on parlera plus bas des dames, qui ne sont pas en reste) : dans le rôle du coiffeur Fioravante, John Turturro, acteur fétiche des Frères Cœn, qui signe aussi scénario et réalisation ; et face à lui, Woody Allen qui trouve ici un de ces rôles qui ont fait sa très grande gloire et notre très grand bonheur : celui du Juif new yorkais insupportablement baratineur, volontiers égocentrique, un peu magouilleur et très très marrant.
.. lire la suite
Bucéphale : une seule soirée Entretoiles lundi 14 mars à 20h
The Revenant : Affiche
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The Revenant
Réalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith d'après le roman de M. Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur

« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio... lire la suite
CGR (Draguignan) en VF (hélas) : tous les jours à 10h45, 13h30, 16h30, 19h30 et 22h
Ave, César! : Affiche
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Ave, César!
Écrit et réalisé par Joel et Ethan COEN
USA 2015 1h46mn VOSTF
avec Josh Brolin, George Clooney, Clancy Brown, Ralph Fiennes, Jonah Hill, Scarlett Johansson, Christophe Lambert, Frances McDormand, Tilda Swinton, Channing Tatum...
Festival de Berlin 2016, film d'ouverture
Parce que les frères Coen… quand même, les frères Coen ! Parce que le cinéma des frères Coen, c’est un peu comme la vinaigrette de ma belle-mère Michèle : personne n’a encore réussi à copier la recette originelle pour tenter d’égaler ce ton si singulier, ce sens inouï du rythme, cet humour, cette écriture qui brille autant par son intelligence que son sens absolu de la dérision. Alors oui, un nouveau film des frères Coen, surtout quand il s’agit d’une comédie en mode majeur, ça s’impose illico dans la gazette, ça prend directement sa place sans montrer son carton d’invitation ni sa patte blanche… Certes c’est une pratique qui pourrait sembler cavalière et que généralement, nous n’aimons pas trop à Utopia, mais c’est aussi le privilège des grands (comme ce fut le cas récemment avec Tarantino), des princes tout autant que des potes. Donc vous l’avez compris au bout de ces 1700 et quelques caractères : nous n’avons pas vu Ave César !, quasiment personne ne l'a vu d'ailleurs, puisque le film ne sortira aux Etats-Unis que le 5 Février... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 9 à 16h - jeudi 10 à 18h30 - vendredi 11 et mardi 15 à 20h45
Salernes : jeudi 10 à;20h30 et samedi 12 à 18h
Nahid : Affiche
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Nahid
Réalisé par Ida PANAHANDEH
Iran 2015 1h45mn VOSTF
avec Sareh Bayat, Pejman Bazeghi, Navid Mohammad Zadeh, Milad Hossein Pour...
Scénario d'Ida Panahandeh et Arsaian Amiri
Pour faire référence à un film iranien qui a connu un succès retentissant, on peut sans tricher dire que Nahid s'inscrit dans la droite ligne de Une séparation, d'Ashgar Farhadi (disponible en Vidéo en Poche, ainsi que trois autres de ses films iraniens). Dans Une séparation, on suivait le divorce douloureux et contrarié de Nader et Simin, une rupture dans laquelle venait interférer le combat de Reza, une femme de ménage accusant Nader de l'avoir violemment bousculée au point de compromettre sa grossesse. Cette femme de ménage était incarnée par une actrice exceptionnelle, Sareh Bayat, qui tient justement le rôle principal de Nahid ! Mais contrairement au film de Farhadi, où les personnages principaux appartenaient à un milieu plutôt aisé, Nahid est une jeune mère divorcée qui vit dans un petit port de la mer Caspienne et se débat pour sa survie quotidienne grâce à un petit travail de secrétariat. Elle se démène aussi pour avoir la garde de son fils au comportement difficile. Il faut dire que le père de l'enfant est un homme paradoxal, joueur invétéré et toxicomane irresponsable mais toujours amoureux de son ex-épouse et père aimant envers et contre tout... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 9 à 20h30 - jedui 10 à 16h05 - vendredi 11 à 15h50 - dimanche 13 à20h45 - mardi 15 à 16h10
Belgica : Affiche
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Belgica
Réalisé par Felix VAN GROENINGEN
Belgique 2015 2h07mn VOSTF
avec Stef Aerts, Tom Vermeir, Hélène De Vos, Charlotte Vandermeersch, Boris Van Severen...
Scénario de Arne Sierens et Felix Van Groeningen
Après La Merditude des choses et Alabama Monroe (César du meilleur film étranger 2014), voici le nouveau film de Felix Van Groeningen, Belgica. C'est le nom d'un club qui résonne comme celui de tout un pays. Mais c'est avant tout un rêve, celui de Jo, un fada de musique qui imagine transformer son modeste et assez miteux bar à Gand en temple du rock'n roll, en arche de Noé, pour les âmes échouées d'une époque qui déjà prédit à ses enfants des lendemains qui déchantent. Le frère de Jo, Frank, est aux antipodes de tout cela. Si le premier à l'air d'un gringalet un brin fragile, le second a une grande et belle gueule et les épaules carrées. Tâcheron de la vie, il tente de se montrer bon père de famille, loyal envers sa compagne Isabelle... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mercredi 9 à 18h10 et 20h40 - jedui 10 à 20h35 - vendredi 11 à 13h50 et 18h - samedi 12 à 20h45 - dimanche 13 à 13h45 - mardi 15 à 20h30
Les Innocentes : Affiche
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Les Innocentes
Réalisé par Anne FONTAINE
France 2016 1h55mn VOSTF
avec Lou De Laâge, Agata Buzek, Vincent Macaigne, Agata Kulesza, Joana Kulig...
Scénario de Sabrina B. Karine, Alice Vial, Anne Fontaine et Pascal Bonitzer, sur une idée de Philippe Maynial
Ce film est un moment de grâce. Et même davantage tant l'univers dans lequel il nous plonge nous confronte à quelque chose qui relève de cette émotion secrète et profonde que tout être humain éprouve un jour ou l'autre, particulièrement lorsqu'il est confronté à des situations d'exception : ce sentiment indicible que la vie est un grand mystère, tout comme la mort, cette découverte que, parfois, la question de la transcendance s'impose intensément à nous. Il nous a rarement été donné de voir exprimée au cinéma, avec une telle subtilité et une telle force, la complexité de la nature humaine et de ses aspirations les plus intimes, révélée ici par une histoire qui, pour être douloureuse, ne parvient pas à détruire la petite lumière d'espoir et de vie qui illumine une humanité déchirée, violentée, mais portée par un amour insubmersible qui la dépasse... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 9 et samedi 12 à 18h - jeudi 10 à 13h45 - vendredi 11 à 15h45 - dimanche 13 à 20h15 - lundi 14 à 20h
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 9 et samedi 12 à 16h10 - jeudi 10 à 20h30 - vendredi 11 à 13h50 - mardi 15 à 16h05
Le Luc : mercredi 9, jeudi 10 et samedi 12 à 18h
My Sweet Pepper Land : Affiche
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My Sweet Pepper Land
Écrit et réalisé par Hiner Saleem
Kurdistan/France 2013 1h35mn VOSTF
avec Golshifteh Farahani, Korkmaz Arslan, Suat Usta, Mir Murad Bedixran...
Scénario de Hiner Saleem et Antoine Lacomblez
Tokyo… Un quartier, excentré, banal et terne, s'il n'y avait… les cerisiers en fleurs ! Les voilà qui rivalisent d'exubérance, déployant de subtiles dentelles de pétales, saupoudrant d'un rose fragile le monde grisonnant des hommes. Ils donneraient presque des airs de village ancestral aux bâtisses bétonnées et sans charme. Mais le printemps peine à pénétrer dans certaines boutiques. Celle que tient Sentaro reste résolument insipide, à l'image de son gérant et de la pâte « an » des « dorayakis » qu'il cuisine… Vous ne connaissez pas les dorayakis ? Qu'importe, vous aurez tout le film pour les découvrir, vous pourlécher les babines et entendre votre ventre gargouiller… Mais ne croyez pas que vous avez affaire à un film culinaire : nous sommes dans l'univers de Naomi Kawase, avec sa douceur, sa subtilité habituelles, sa gourmandise de la vie. Ces dorayakis se révèlent être plus que de savoureuses pâtisseries, ils recèlent l'essence des choses, la saveur de l'enfance, l'attention aux autres, aux moindres petites choses. Ils sont une invitation à s'ancrer dans le présent, à aimer tout ce qui nous entoure, à jouir de la vie. Une ode au Carpe Diem... lire la suite
Lorgues : samedi 12 à 14h et dimanche 13 à 16h
Le Coeur régulier : Affiche
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Le Coeur régulier
Réalisé par Vanja D'ALCANTARA
France 2016 1h35 VOSTF
avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider, Fabrizio Rongione, Masanobu Ando...
Scénario de Vanja D'Alcantara, Gilles Taurand et Emmanuelle Beaugrand-Champagne, d'après le roman d'Olivier Adam
Parfois, quand on a envie que tout cesse, qu'on s'apprête à sauter dans le vide, apparaît une main secourable, qui redonne le courage d'avancer. Au dessus de falaises battues par les vents marins, dans le lointain Japon, s'agrippe une petite maison où veille Daïsuke, un homme entre deux âges, qui guette ceux qui n'ont plus le cœur à vivre. Dans sa bouche, ni jugement, ni mots de consolation. Il est juste une oreille qui écoute. Il a laissé derrière lui son étrange passé, la somme de toutes ses impuissances pour se placer du côté de la barrière où il peut encore tenter de faire bifurquer le cours des choses. Ni héros, ni gourou, il est là où il lui semble devoir être... lire la suite
Le Vox (Fréjus) en avant première : lundi 14 à 20h
A perfect day : affiche Joana Hadjithomas, Khalil Joreige
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A perfect day
Écrit et réalisé par Joana HADJITHOMAS et Khalil JOREIGE
Liban 2005 1h28mn VOSTF
avec Ziad Saad, Julia Kassar, Alexandra Kahwagi...
J’allais écrire que le personnage principal du film s’appelle Malek… Mais non : en fait, le personnage central de A perfect day, c’est Beyrouth, ville fascinante et multiple, moderne et archaïque, austère et libérée, foisonnante et secrète. Elle est ici filmée avec une sensualité magnifique, qui exalte les ambiances, les lumières, les odeurs presque… La ville est bien plus que le décor du film, elle en est l’âme, elle induit les comportements des protagonistes, elle accélère l’intrigue, elle est la chambre d’écho des sentiments. Rien que pour Beyrouth, pour la beauté charnelle, pour l’énergie vibrante qui émanent des images inspirées de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, il faut voir le film... lire la suite
Lorgues : jeudi 10 à 20h et vendredi 11 à 16h
Saint Amour : Affiche
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Saint Amour
Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN
France 2016 1h42mn
avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette, Chiara Mastroianni, Gustave Kervern, Solène Rigot, Michel Houellebecq, Ana Girardot, Andréa Ferréol, Izia Higelin...
Au moment de vous présenter ce Saint Amour, on se sent pris d'une envie de récapituler les prodiges déjà accomplis par le duo Delépine-Kervern. Avec Aaltra, ils ont convaincu des milliers d'handicapés qu'ils pouvaient traverser l'Europe en faisant chier un maximum de gens ; avec Avida, ils ont montré que le surréalisme bandait encore ; avec Louise Michel, ils ont montré la voie pour recentrer la lutte sociale sur l'exécution des patrons scélérats (au fait, voyez Merci Patron : François Ruffin propose une tout aussi hilarante variante) ; avec Mammuth, ils ont magnifié la revanche des retraités pauvres en mobylette ; avec Le Grand soir, ils ont réconcilié les punks à chiens et les vendeurs de literie (tous sont disponibles en Vidéo en Poche) ; enfin, dans Near Death Experience, ils rendaient justice aux cyclistes dépressifs tout en rendant sympa et génialement drôle le plus insupportable des écrivains : Michel Houellebecq… Six films, ça commence à pouvoir s'appeler une œuvre. Qui a une sacrée gueule ! Et autant vous dire que Saint Amour va ajouter une septième pierre précieuse à l'édifice ! Le rire le plus gargantuesque et les larmes les plus sensibles mêlés comme rarement. Si j'avais su qu'un jour je chialerais en écoutant le discours d'un éleveur de bœufs à un concours agricole... lire la suite
Cotignac : jeudi 10 et vendredi 11 à 20h30
Demain
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Demain
Réalisé par Cyril DION et Mélanie LAURENT
Documentaire France 2015 2h
Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jedui 10 à 16h10 - samedi 12 et dimanche 13 à 18h25 - mardi 15 à 13h50
Fatima
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Fatima
Écrit et réalisé par Philippe FAUCON
France 2015 1h19mn
avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele...
Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi
Fatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 10 à 13h50 et mardi 15 à 18h15
Les délices de Tokyo : Affiche
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Les Délices de Tokyo
Écrit et réalisé par Naomi KAWASE
Japon 2015 1h53mn VOSTF
avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida...
D'après le roman An, de Durian Sukegawa
Tokyo… Un quartier, excentré, banal et terne, s'il n'y avait… les cerisiers en fleurs ! Les voilà qui rivalisent d'exubérance, déployant de subtiles dentelles de pétales, saupoudrant d'un rose fragile le monde grisonnant des hommes. Ils donneraient presque des airs de village ancestral aux bâtisses bétonnées et sans charme. Mais le printemps peine à pénétrer dans certaines boutiques. Celle que tient Sentaro reste résolument insipide, à l'image de son gérant et de la pâte « an » des « dorayakis » qu'il cuisine… Vous ne connaissez pas les dorayakis ? Qu'importe, vous aurez tout le film pour les découvrir, vous pourlécher les babines et entendre votre ventre gargouiller… Mais ne croyez pas que vous avez affaire à un film culinaire : nous sommes dans l'univers de Naomi Kawase, avec sa douceur, sa subtilité habituelles, sa gourmandise de la vie. Ces dorayakis se révèlent être plus que de savoureuses pâtisseries, ils recèlent l'essence des choses, la saveur de l'enfance, l'attention aux autres, aux moindres petites choses. Ils sont une invitation à s'ancrer dans le présent, à aimer tout ce qui nous entoure, à jouir de la vie. Une ode au Carpe Diem... lire la suite
Cotignac : dimanche 13 à 18h
Tout en haut du monde : Affiche
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Tout en haut du monde
Film d'animation de Rémi CHAYÉ
France 2015 1h20mn
avec les voix de Christa Théret, Féodor Atkine, Thomas Sagols, Rémi Caillebot...
PRIX DU PUBLIC Festival du film d’animation d’Annecy 2015
1882… Plongée dans la majestueuse Saint Pétersbourg de l'époque, son palais de marbre, ses dorures, ses calèches et ses canaux romantiques… Un endroit digne d'un conte de fée !
Sacha a tout juste quatorze ans. Fruit d'une aristocratie russe cossue, notre candide blondinette semble avoir un avenir tout tracé. Sa famille, son père surtout, imagine lui trouver un beau parti qui renforcera encore sa position sociale. À l'âge où les jeunes filles en fleurs ne rêvent que de robes couleur de lune et de pantoufles de vair, Sacha rêve de coques, de haubans, de drisses, de cordages, de bastingages, de compas… bref de bateaux ! D'un surtout : le Davaï ! Un magnifique voilier conçu par son grand-père explorateur Ouloukine. Pour Sacha, c'est plus qu'une simple embarcation échouée dans la mythologie familiale, c'est le dernier lien qui la relie à celui qu'elle a tant aimé, le lien ténu de l'espoir.
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Cotignac: vendredi 11 à 18h
El Clan : Affiche
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El Clan
Écrit et réalisé par Pablo TRAPERO
Argentine 2015 1h48mn VOSTF
avec Guillermo Francella, Peter Lanzani, Lili Popovich, Giselle Motta, Franco Masini, Antonia Bengoechea, Stefania Kœssl, Gaston Cocchiarale...
Festival de Venise 2015 – Lion d'argent du Meilleur réalisateur
C'est tout autant un thriller palpitant qu'un conte cruel et terrible qui met en scène une famille apparemment modèle, pour qui les frontières entre le bien et le mal ont disparu dans un contexte historique bien particulier. El Clan raconte un fait divers bien réel, qui défraya la chronique au milieu des années 1980 dans l'Argentine fraichement sortie de l'abominable dictature des généraux. C'est l'histoire de la famille ou plutôt du clan Puccio, des gens bien sous tout rapport qui ont organisé consciencieusement l'enlèvement crapuleux, la séquestration et l'assassinat de plusieurs personnes, hommes d'affaires, jeunes gens de la bonne société, seulement coupables d'avoir une famille ou des proches susceptibles de pouvoir payer de bonnes rançons... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 12 à 20h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Apprenti Gigolo
APPRENTI GIGOLOÉcrit et réalisé par John TURTURRO
USA 2013 1h30mn VOSTF
avec John Turturro, Woody Allen, Sharon Stone, Vanessa Paradis, Liev Schreiber, Sofia Vergara, Bob Balaban...

Les sourcilleux diront sans doute que le point de départ de Apprenti gigolo est un peu tiré par les cheveux, mais laissons les sourciller, c'est surtout très drôle : l'histoire de deux potes désargentés, un vieux libraire juif vivant au milieu d'incunables poussiéreux et un fleuriste italien à mi temps qui décident, pour résoudre leurs problèmes financiers, de s'associer pour un commerce fort particulier, l'un devenant le mac de l'autre qui se fera gigolo au service de femmes esseulées ou simplement en quête d'aventures pimentées.
C'est peut-être improbable mais ça fonctionne à fond : Apprenti gigolo est une comédie hilarante, l'occasion de voir à l'œuvre deux acteurs géniaux (et on parlera plus bas des dames, qui ne sont pas en reste) : dans le rôle du coiffeur Fioravante, John Turturro, acteur fétiche des Frères Cœn, qui signe aussi scénario et réalisation ; et face à lui, Woody Allen, rien que ça, qui fait très rarement l'acteur devant la caméra des autres (qui joue même de moins en moins dans les siens) et qui trouve ici un de ces rôles qui ont fait sa très grande gloire et notre très grand bonheur : celui du Juif new yorkais insupportablement baratineur, volontiers égocentrique, un peu magouilleur et très très marrant. Ces deux funambules de la comédie nous entraînent sur leur fil, on marche, on court, on croit même à l'incroyable famille afro-américaine dont Murray (Woody Allen) est affublé, à tous ces gamins à coupe afro qu'il emmène vaillamment au terrain de basket…

Tout part d'une conversation à bâtons rompus entre Murray et sa dermatologue, la riche et fantasque Docteur Parker (Sharon Stone, splendide en femme dominatrice qui tombe la robe et le masque), qui lui révèle qu'elle cherche un homme pour faire une expérience à trois avec sa meilleure amie. Autant dire que cette confidence ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd et notre libraire sans le sou va s'employer à convaincre son fleuriste esthète et lunaire d'ami de devenir l'homme de la situation. Si Fioravante n'est pas forcément l'Apollon des catalogues d'escort-boys, il a une immense qualité : comprendre les femmes et être à leur écoute. Si bien qu'après le Docteur Parker, redevenue à son contact adolescente apeurée et à qui il donne entière satisfaction, ce sera Avigal (Vanessa Paradis, étonnante en femme hassidim et en anglais approximatif), veuve de rabbin qui toute sa vie a vécu dans le carcan du quartier ultra orthodoxe de Williamsburg à Brooklyn, qui n'a jamais été embrassée bien qu'elle ait eu plusieurs enfants : le contact d'un homme attentionné s'avère pour elle une expérience totalement nouvelle…

Car Apprenti gigolo ne se résume pas à son épatant duo d'acteurs – auquel il conviendrait d'ailleurs d'ajouter le désopilant Liev Schreiber en policier communautaire de la morale juive orthodoxe, amoureux d'Avigal et bien décidé à pas se la faire chiper par un bellâtre italo américain. Le film propose le très joli portrait de plusieurs femmes, dans toute leur diversité, dans toute leur complexité, chacune des clientes de Fioravante ayant son mystère, sa part d'ombre. Bref c'est drôle, c'est malin, c'est authentiquement romantique… Un petit plaisir délectable…


Bucéphale : une seule soirée Entretoiles lundi 14 mars à 20h


The Revenant
THE REVENANTRéalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith, d'après le roman de Michael Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur


« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio.
Depuis qu'il s'est mis à l'écriture de ses films avec Biutiful, Alejandro González Iñárritu a déployé ses ailes et confirme le tournant esthétique de Birdman. Mais ici, l'usage des plans séquences et de la courte focale est en parfaite cohérence avec l'histoire, on n'est plus dans l'exercice formaliste génial, son cinéma est devenu organique, respirant avec son histoire, ses personnages. C'est le résultat d'un tournage dans des conditions particulièrement difficiles (il rejoint les légendaires tournages d'Apocalypse Now et Sorcerer), en décors naturels, et dans l'ordre chronologique du film : « tout le monde était gelé, le matériel se brisait. Amener la caméra d'un point à un autre était un cauchemar. Les acteurs n'étaient pas en studio à rigoler devant des fonds verts. »

Hugh Glass était un « mountain man », un de ces trappeurs, explorateurs américains qui parcouraient les montagnes de l'Amérique du Nord au xixesiècle, motivés par le profit, chassant les castors et vendant leurs peaux. Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack, qui racontait l'histoire d'un de ces trappeurs, Johnson le mangeur-de-foie, fait aujourd'hui figure de conte pour enfant aux côtés deThe Revenant. Le film mêle deux épisodes qui ont fait la célébrité de Hugh Glass, durant l'expédition du général William Ashley remontant le Missouri. Le premier épisode est celui de la rencontre avec les indiens Arikaras, qui les pourchassèrent et auxquels il parvint à échapper, aidé ensuite par des Sioux pour rejoindre le fort. En 1823, lors d'une reconnaissance, Glass surprit une femelle grizzly, accompagnée de ses deux oursons, qui le chargea. Il réussit à tuer l'ours, mais très gravement blessé, fut laissé pour mort par les deux compagnons qui devaient rester à ses côtés. Sans armes, il parvint en six semaines à gagner Fort Kiowa, distant de plus de trois cents kilomètres. Glass se remettra ensuite en route pour traquer Bridger et Fitzgerald, et en tirer vengeance.

Resserrant la durée du récit originel, le film reprend en grande partie les épisodes de cette histoire pour en faire une aventure humaine dont la profondeur et la force en font dores et déjà un classique intemporel, hors catégories : « la souffrance est temporaire, un film est éternel » (Alejandro González Iñárritu, Golden Globes 2016).


CGR (Draguignan) en VF (hélas) : tous les jours à 10h45, 13h30, 16h30, 19h30 et 22h


Ave, César!
AVE CÉSAR !Écrit et réalisé par Joel et Ethan COEN
USA 2015 1h46mn VOSTF
avec Josh Brolin, George Clooney, Clancy Brown, Ralph Fiennes, Jonah Hill, Scarlett Johansson, Christophe Lambert, Frances McDormand, Tilda Swinton, Channing Tatum...
Festival de Berlin 2016, film d'ouverture

Allez, ça y est, c’est bon, on y croit, en 2016 on va enfin pouvoir se marrer en bonne compagnie ! Mais si, c’est possible : à partir du 17 Février, vous avez de bonnes chance de vous marrer. Bon, il n’est pas totalement exclu que vous réussissiez à rigoler avant cette date, pour peu que vous fassiez partie de cette catégorie de personnes qui pensent heureusement qu’on peut rire de tout, en toutes circonstances et en dépit d’un monde qui pousse plus à l’affliction, la révolte ou le désarroi qu’à la franche rigolade (un peu à la manière d’un génial François Morel, capable de livrer le 11 septembre 2015 une chronique ayant pour titre « 3615 code terroriste, le retour des Daechiens »). En tout cas, le 17 Février, le nouveau film des frères Coen déboule sur nos écrans et c’est sûr : ça va nous faire un bien fou.

Parce que les frères Coen… quand même, les frères Coen ! Parce que le cinéma des frères Coen, c’est un peu comme la vinaigrette de ma belle-mère Michèle : personne n’a encore réussi à copier la recette originelle pour tenter d’égaler ce ton si singulier, ce sens inouï du rythme, cet humour, cette écriture qui brille autant par son intelligence que son sens absolu de la dérision. Alors oui, un nouveau film des frères Coen, surtout quand il s’agit d’une comédie en mode majeur, ça s’impose illico dans la gazette, ça prend directement sa place sans montrer son carton d’invitation ni sa patte blanche… Certes c’est une pratique qui pourrait sembler cavalière et que généralement, nous n’aimons pas trop à Utopia, mais c’est aussi le privilège des grands (comme ce fut le cas récemment avec Tarantino), des princes tout autant que des potes. Donc vous l’avez compris au bout de ces 1700 et quelques caractères : nous n’avons pas vu Ave César !, quasiment personne ne l'a vu d'ailleurs, puisque le film ne sortira aux Etats-Unis que le 5 Février.

Cela faisait bien des années que ce film trottait dans le cerveau quadricéphale d’Ethan et de Joel, à la manière de ces vieux rêves que tout réalisateur nourrit secrètement, ce genre de projets qui s’éloignent, et reviennent, qui s’oublient un peu, et puis ressurgissent. Et un jour, tous les éléments s’emboîtent : le scénario, le casting, le budget, le timing. Et ça nous donne ça : une comédie qui se déroule dans les années 50, en plein âge d'or hollywoodien, au cœur d'un grand studio de cinéma florissant et mégalo à souhait, tendance Ben Hur, Cléopâtre ou Spartacus. Le récit narre la folle journée d'Eddie Mannix (le personnage a d'ailleurs réellement existé), un « fixer », l'homme à tout faire du studio incarné par Josh Brolin, chargé de retrouver l'acteur star Baird Whitlock (George Clooney, plus Clark Gablesque que jamais), engagé pour tourner dans un péplum baptisé « Ave César ! » mais kidnappé au bout de quelques jours de tournage par un mystérieux groupe de ravisseurs baptisé « Le futur », rien que ça…

Si vous êtes comme nous curieux et frétillants d’impatience, vous avez déjà sans doute regardé la bande-annonce qui est un pur régal et montre un George César denté et gominé dans un grand numéro d’auto-dérision dont il a le secret. Rendez-vous donc  pour cette comédie polardesque qui on l'espère, contrairement à certains, tiendra ses promesses.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 9 à 16h - jeudi 10 à 18h30 - vendredi 11 et mardi 15 à 20h45
Salernes : jeudi 10 à;20h30 et samedi 12 à 18h

Nahid
NAHIDRéalisé par Ida PANAHANDEH
Iran 2015 1h45mn VOSTF
avec Sareh Bayat, Pejman Bazeghi, Navid Mohammad Zadeh, Milad Hossein Pour...
Scénario d'Ida Panahandeh et Arsaian Amiri

Pour faire référence à un film iranien qui a connu un succès retentissant, on peut sans tricher dire que Nahid s'inscrit dans la droite ligne de Une séparation, d'Ashgar Farhadi (disponible en Vidéo en Poche, ainsi que trois autres de ses films iraniens). Dans Une séparation, on suivait le divorce douloureux et contrarié de Nader et Simin, une rupture dans laquelle venait interférer le combat de Reza, une femme de ménage accusant Nader de l'avoir violemment bousculée au point de compromettre sa grossesse. Cette femme de ménage était incarnée par une actrice exceptionnelle, Sareh Bayat, qui tient justement le rôle principal de Nahid ! Mais contrairement au film de Farhadi, où les personnages principaux appartenaient à un milieu plutôt aisé, Nahid est une jeune mère divorcée qui vit dans un petit port de la mer Caspienne et se débat pour sa survie quotidienne grâce à un petit travail de secrétariat. Elle se démène aussi pour avoir la garde de son fils au comportement difficile. Il faut dire que le père de l'enfant est un homme paradoxal, joueur invétéré et toxicomane irresponsable mais toujours amoureux de son ex-épouse et père aimant envers et contre tout…

C'est la complexité des situations, ainsi que les sentiments contradictoires des personnages qui font la richesse du film. Étrangeté de la loi iranienne : Nahid peut avoir la garde de l'enfant à condition de ne pas se remarier. Les choses se compliquent donc quand elle noue une relation durable avec Masoud, un élégant gérant d'hôtel qui accepte mal cette situation ubuesque et consent à se plier à une autre spécificité ubuesque de la loi : un mariage temporaire, qui permet aux intéressés de s'engager pour une heure ou quelques mois sans que cela soit inscrit dans les registres d’état civil ! Mais évidemment la chose va arriver jusqu'aux oreilles de l'ex-mari, d'autant que l'orgueil de Masoud supporte de plus en plus mal cette vie de secret.
La jeune réalisatrice Ida Panahandeh décrit à merveille les déchirements de Nahid, qui sont probablement ceux de bien des femmes divorcées en Iran, dénonçant au passage l'hypocrisie et le piège du mariage temporaire : Nahid est avant tout une mère courage prête à tout pour son enfant qui ne lui en est pas forcément reconnaissant, mais c'est aussi une amante passionnée qui aimerait vivre pleinement son amour, et parfois enfin une ex-épouse compatissante, qui sait que son ex-mari n'est pas seulement un monstre irresponsable. Sans compter qu'elle n'est pas complètement insensible à la flamme qu'il a toujours pour elle… Dans ce rôle à multiples facettes, Sareh Bayat est magnifique.

Ida Panahandeh, dont c'est la première fiction après plusieurs documentaires, a choisi de tourner son film en automne, dans l'atmosphère nuageuse et grise des bords de la mer Caspienne, au Nord de l'Iran. Elle a trouvé là le cadre parfait pour son très sensible et brillant théâtre des sentiments et des regrets. Une nouvelle grande réalisatrice iranienne est née…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 9 à 20h30 - jedui 10 à 16h05 - vendredi 11 à 15h50 - dimanche 13 à20h45 - mardi 15 à 16h10


Belgica
BELGICARéalisé par Felix VAN GROENINGEN
Belgique 2015 2h07mn VOSTF
avec Stef Aerts, Tom Vermeir, Hélène De Vos, Charlotte Vandermeersch, Boris Van Severen...
Scénario de Arne Sierens et Felix Van Groeningen

Après La Merditude des choses et Alabama Monroe (César du meilleur film étranger 2014), voici le nouveau film de Felix Van Groeningen, Belgica. C'est le nom d'un club qui résonne comme celui de tout un pays. Mais c'est avant tout un rêve, celui de Jo, un fada de musique qui imagine transformer son modeste et assez miteux bar à Gand en temple du rock'n roll, en arche de Noé, pour les âmes échouées d'une époque qui déjà prédit à ses enfants des lendemains qui déchantent. Le frère de Jo, Frank, est aux antipodes de tout cela. Si le premier à l'air d'un gringalet un brin fragile, le second a une grande et belle gueule et les épaules carrées. Tâcheron de la vie, il tente de se montrer bon père de famille, loyal envers sa compagne Isabelle…
Mais clairement il bout et tourne en rond comme un des chiens du chenil que le couple à monté pour gagner sa vie. Quand Jo lui fait visiter un local mitoyen de son bistrot, il ne lui faut pas longtemps pour rebondir sur l'idée de son cadet. Frank propose de devenir son associé, puis tente de convaincre Isabelle qui ne voit pas ça d'un très bon œil mais abdique devant la détermination farouche de son homme.Voilà les deux frangins qui s'affairent, rameutent les copains. Tous ensemble ils cassent les murs, font du béton, coulent des dalles, reconstruisent, s'acharnent sans compter leur peine, mouillent leurs chemises et les usent jusqu'à la corde… Et alors que leurs économies s'assèchent, voilà le « Belgica » presque prêt à fonctionner, n'attendant plus que le feu vert de la commission de sécurité. Le début des emmerdes, en quelque sorte, comme chacun sait…
Mais rien n'arrête l'improbable duo. L'inauguration démarre au son d'un délirant remix de « J'aime regarder les filles qui marchent sur la plage… » et cette première nuit va mettre le feu aux poudres ! Très vite le club devient un endroit incontournable, déjanté et chaleureux. Très vite aussi une jolie rousse, Marieke, tombe dans les bras de Jo. Tandis qu'Isabelle, coincée entre ses clebs et sa progéniture, se retrouve exclue des joyeuses sauteries… Ce sont les années 90, torrides, sexe, cocaïne and rock'n roll… Tout y passe ! Mais ce n'est que le début d'une épopée, une plongée dans les milieux moites et interlopes de la nuit, qui laissera des traces dans la ville comme dans la vie des deux frangins…

« Belgica, c'est l'histoire de milliers d'entrepreneurs : on grandit puis il faut abandonner ses rêves. À mes yeux le film raconte en filigrane combien notre société a changé en deux décennies, comment elle est devenue plus sévère et peut-être aussi comment elle a perdu ses idéaux. » dit le réalisateur.
Belgica s'inspire largement de l'histoire véridique du café-concert-discothèque « Le Charlatan », lieu mythique qu'ouvrit le père de Felix Van Grœningen, dans lequel ce dernier grandit et passa une partie de son adolescence. Mais avant même de savoir cela, on aurait juré qu'il y avait du vécu dans ce film. Ce n'est pas une boîte de nuit que construit Felix Van Grœningen avec sa bande de potes d'alors, mais une œuvre qui dépeint la grandeur et la décadence d'un monde un peu vain et en perte de vitesse. Et c'est à la fois dérangeant et touchant…
On ne peut terminer sans une mention très spéciale pour la génialissime bande son, crée par les frères Stephen et David Dewale (Soulwax et 2Many Dj's) qui sont allés jusqu'à former des groupes spécialement pour créer une ambiance sur mesure ! Percutante !

Le Vox (Fréjus) :mercredi 9 à 18h10 et 20h40 - jedui 10 à 20h35 - vendredi 11 à 13h50 et 18h - samedi 12 à 20h45 - dimanche 13 à 13h45 - mardi 15 à 20h30

Les Innocentes
LES INNOCENTESRéalisé par Anne FONTAINE
France 2016 1h55mn VOSTF
avec Lou De Laâge, Agata Buzek, Vincent Macaigne, Agata Kulesza, Joana Kulig...
Scénario de Sabrina B. Karine, Alice Vial, Anne Fontaine et Pascal Bonitzer, sur une idée de Philippe Maynial

Ce film est un moment de grâce. Et même davantage tant l'univers dans lequel il nous plonge nous confronte à quelque chose qui relève de cette émotion secrète et profonde que tout être humain éprouve un jour ou l'autre, particulièrement lorsqu'il est confronté à des situations d'exception : ce sentiment indicible que la vie est un grand mystère, tout comme la mort, cette découverte que, parfois, la question de la transcendance s'impose intensément à nous. Il nous a rarement été donné de voir exprimée au cinéma, avec une telle subtilité et une telle force, la complexité de la nature humaine et de ses aspirations les plus intimes, révélée ici par une histoire qui, pour être douloureuse, ne parvient pas à détruire la petite lumière d'espoir et de vie qui illumine une humanité déchirée, violentée, mais portée par un amour insubmersible qui la dépasse.
C'est plus qu'un beau film, c'est une expérience à la fois humaine et quasi spirituelle qui parvient à nous faire oublier qu'on a déjà vu certains des acteurs incarner d'autres personnages dans d'autres films, tant ils semblent ici uniques, portés par la cohérence d'un groupe qui se fond dans la réalité d'un autre temps, d'un autre pays. Le film a été tourné en Pologne, la plupart du temps dans un couvent désaffecté, avec des actrices (particulièrement inspirées) et acteurs polonais et français, dans des conditions de découverte mutuelle qui renforcent encore l'impression d'authenticité. Si l'histoire de départ est bien réelle – celle de Madeleine Pauliac, jeune et jolie Française, provisoire médecin-chef de l'hôpital de Varsovie en 1945 –, elle sert ici de révélateur à des relations aussi universelles qu'intemporelles qui prennent une intensité particulière dans le huis-clos de ce couvent austère, magnifié par les images de Caroline Champetier. La part faite aux chants grégoriens, interprétés essentiellement par les comédiennes, contribue au sentiment de sérénité, de plénitude si particulières à l'ambiance monastique qui contraste ici avec la violence de la situation.

1944 : la Pologne a été dévastée par l'occupation allemande. Tandis que les autochtones tentent de survivre, la Croix Rouge française s'est installée dans ce qu'il reste d'un hôpital pour soigner et rapatrier les Français qui se trouvent encore sur le territoire polonais. L'équipe médicale n'a pas pour mission de s'occuper des Polonais, et quand une jeune religieuse vient demander du secours, on l'éconduit dans un premier temps, mais Mathilde Beaulieu, interne de vingt-cinq ans, se laisse toucher par sa détresse et accepte de la suivre jusque dans son couvent, malgré l'interdiction qui lui est faite de s'éloigner du cadre de sa mission. Là, elle découvre une communauté de Bénédictines qui continuent à vivre leur vie de moniales, rythmée par les sept offices quotidiens, mais qui cachent dans la honte et le désarroi un secret terrible. Les soldats de l'armée rouge, suivant le reflux de l'armée allemande, ont pénétré dans le couvent à plusieurs reprises, brutalisé, violé les jeunes religieuses et certaines sont sur le point d'accoucher. La mère Abbesse est d'abord réticente à l'intervention de Mathilde, tant elle redoute que l'horreur de leur situation soit connue à l'extérieur du couvent. Mais peu à peu une relation se noue entre la médecin athée, engagée corps et âme au service des autres, et la trentaine de nonnes qu'elle va tenter d'aider autant que possible, s'immergeant dans leur quotidien, à l'écoute de leurs choix sans pour autant modifier ses orientations personnelles. Mettant sa propre vie en péril, elle préservera le plus longtemps possible leur secret, ne demandant que tardivement de l'aide au médecin qui lui est le plus proche et avec qui d'ailleurs elle a une de ces relations dont on imagine qu'elles sont inévitables dans ce genre de lieu et de situation, entre fraternité et désir, complicité et réconfort nécessaire…
Les Innocentes est bien plus que le récit prenant d'un moment d'histoire peu connu, le film rayonne de cette lumière intérieure qui caractérise ceux qu'une conviction profonde élève au dessus des contingences les plus difficiles, jusqu'à atteindre une sorte d'intensité harmonique rare et positive. (Utopia)

CGR (Draguignan) : mercredi 9 et samedi 12 à 18h - jeudi 10 à 13h45 - vendredi 11 à 15h45 - dimanche 13 à 20h15 - lundi 14 à 20h
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 9 et samedi 12 à 16h10 - jeudi 10 à 20h30 - vendredi 11 à 13h50 - mardi 15 à 16h05
Le Luc : mercredi 9, jeudi 10 et samedi 12 à 18h


My Sweet Pepper Land
MY SWEET PEPPER LANDRéalisé par Hiner Saleem
Kurdistan/France 2013 1h35mn VOSTF
avec Golshifteh Farahani, Korkmaz Arslan, Suat Usta, Mir Murad Bedixran...
Scénario de Hiner Saleem et Antoine Lacomblez

Quelle bonne bouffée de liberté ! Un petit bijou qui ne se refuse rien. Oscillant entre un western spaghetti à la mode Kurde et une critique sociale libertaire, féministe, jamais trop lourde ni maladroite. Hilarant, vif, efficace, grinçant… D'abord la beauté des vastes paysages qui se passe de commentaires et qui suffirait presque pour que, même sans l'histoire, on reste plongé des heures durant les yeux dans les yeux avec les montagnes du coin. Ensuite, les moments diantrement poétiques qui ponctuent le film, les sonorités du hang (sorte de steel drum inventé en Suisse en l'an 2000) sur lequel Govend tape pour se ressourcer, harmonieusement, subtilement, comme si elle introduisait peu à peu des notes de modernité dans cette région aux coutumes ancestrales.

Govend, c'est cette magnifique femme libre et indépendante venue faire l'école aux jeunes têtes brunes de ce no man's land cerné par trop de frontières pour rester longtemps paisible. Au carrefour de l'Irak, de l'Iran et de la Turquie… Lieu de passage de tous les trafics, de tous les combattants et maquisardes (dans ce domaine-là non plus les femmes ne sont pas en reste). Dans ce village perdu où l'on s'empresse de marier et d'engrosser au plus vite tout ce qui est en âge de l'être, Govend intrigue, dérange. Son indépendance bouscule l'ordre moral établi, « naturel », des choses. On préfèrerait un enseignant plus classique : un mec, quoi ! Si le célibat est accepté pour les hommes, il est suspect, contre-nature et inadmissible pour une femme. On commence par vouloir la caser, on continue par jaser, puis on finit par l'ostraciser. Et puisque droite et fière elle reste, libre envers et contre tous, les pressions commencent et les menaces fusent. Il lui faut une sacrée trempe, du courage, une énorme passion d'enseigner pour tenir bon. Si les hommes menaçants, peu habitués à ce qu'une femelle leur résiste, lui donnent envie de fuir, les mômes, malins et malicieux, lui donnent envie de s'accrocher : « Combien font un et un ? — Un et un ça fait 10, maîtresse. — Un plus un ? Tu es sûr que ça fait dix ? — Oui, maîtresse ! En tout cas dans ma famille un père et une mère, ça fait dix gosses ! »
Mais l'histoire ne commence pas avec Govend. L'histoire commence avec Baran, beau ténébreux, ancien combattant pour l'indépendance Kurde, qui claque la porte de l'armée devant l'absurdité de ce qu'elle est en train de devenir en temps de presque paix (je résiste avec peine à vous raconter la première scène, d'un burlesque cinglant). Revenu dans la vie civile, d'autres dangers le guettent qui lui semblent rapidement pires que n'importe quel autre : les prétendantes que veut lui imposer sa mère. Entre un mariage forcé et un poste périlleux dans la police, devinez ce que choisit notre homme ? Cela vous semblera sans doute étrange qu'un garçon intelligent en vienne à la même conclusion que le gorille de Brassens et pourtant ! Quand vous verrez la sélection maternelle, vous comprendrez aisément ! Voilà notre homme reparti vers de nouvelles aventures, nommé shérif d'un bled paumé dans les montagnes, un bled où sévit un terrible caïd local, Aziz Aga. Un bled où essaie de résister une belle institutrice… Et là, je ne vous fais pas un dessin : même un gorille aurait fait le bon choix !

N'ayez pas peur que ce soit mièvre, le film vous embarque au-delà des simples standards du genre, s'en joue, en déjoue les pièges. Il vous embarque bien au-delà pour vous raconter les hésitations d'un pays mutilé, qui doit retrouver ses marques, se reconstruire. Un petit régal d'énergie communicative et d’intelligence rieuse !

Lorgues : samedi 12 à 14h et dimanche 13 à 16h


Le Coeur régulier
LE COEUR RÉGULIERRéalisé par Vanja D'ALCANTARA
France 2016 1h35 VOSTF
avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider, Fabrizio Rongione, Masanobu Ando...
Scénario de Vanja D'Alcantara, Gilles Taurand et Emmanuelle Beaugrand-Champagne, d'après le roman d'Olivier Adam

Parfois, quand on a envie que tout cesse, qu'on s'apprête à sauter dans le vide, apparaît une main secourable, qui redonne le courage d'avancer. Au dessus de falaises battues par les vents marins, dans le lointain Japon, s'agrippe une petite maison où veille Daïsuke, un homme entre deux âges, qui guette ceux qui n'ont plus le cœur à vivre. Dans sa bouche, ni jugement, ni mots de consolation. Il est juste une oreille qui écoute. Il a laissé derrière lui son étrange passé, la somme de toutes ses impuissances pour se placer du côté de la barrière où il peut encore tenter de faire bifurquer le cours des choses. Ni héros, ni gourou, il est là où il lui semble devoir être.

Tout cela est étranger à Alice (Isabelle Carré), à son pays (la France), à sa réalité. Douillettement installée dans un quotidien impeccable : jolie maison design, sages chérubins, mari aimant (Léo). Chaque chose à sa place et pas plus de place pour la fantaisie que pour un grain de poussière. Alice pourrait être une illustration du poème de Jean Richepin : « Possédant pour tout cœur un viscère sans fièvre, un coucou régulier, et garanti dix ans ». Cette chose qui bat en elle, parfois un peu trop fort, qui brouille son regard sous ces cils disciplinés… elle évite d'y prêter attention et s'acharne à la faire taire. Nul soupir n'émane de ses lèvres sagement fardées et si tel était le cas, on imagine sans peine comment les braves gens de son entourage fondraient sur celle qui a tout pour être heureuse.
Elle se meut par habitude, sans conviction, comme si elle passait à côté de sa propre vie, à côté d'elle-même. Alors que Léo se régale de soirées fréquentées par des gens de sa condition sociale, triés sur le volet, il s'étonne de voir sa femme étrangement absente, en souffrance d'une chose qu'elle ne sait même pas nommer.

C'est dans ce couple qui s'étiole que déboule, sans crier gare, Nathan, le jeune frère d'Alice. Vif, indépendant, bohème, vivant de l'air du temps, n'ayant pas peur d'avouer ses faiblesses, ses sentiments, ivre d'un amour incommensurable pour la vie. C'est une brise rafraîchissante qui déferle dans la maisonnée. Tout semble soudain respirer : les meubles, la cuisine qui déborde soudain de casseroles pleine de pâte à crêpes, les gosses qui se lèchent les doigts, osant rire de tout, comme mus par un droit à la désobéissance… et Alice qui s'illumine soudain. C'est un joyeux bordel ! Tous se régalent, s'enthousiasment, mis à part Léo, sans doute jaloux de voir le frangin prodigue réussir là où lui-même échoue depuis trop longtemps.
Nathan parle de ses voyages, de ses rencontres, d'une en particulier qui l'a bouleversé. Mais tout en babillant, il voit ce que les autres ne savent pas voir et pose la seule vraie question : « T'es où ma sœur, mon Alice ? Tu restes là, coincée dans ta petite vie parfaite… » Alice va alors entreprendre un voyage qui la conduira tout au bord des falaises de Tojimbo, que son frère arpenta, là où l'espoir peut renaître parfois. Au bout de son cheminement elle trouvera quelque chose qu'elle n'attendait pas. Un roulement de plus en plus régulier, comme celui d'un cœur qui bat…


Le Vox (Fréjus) en avant première : lundi 14 à 20h


A perfect day
A PERFECT DAYÉcrit et réalisé par Joana HADJITHOMAS et Khalil JOREIGE
Liban 2005 1h28mn VOSTF
avec Ziad Saad, Julia Kassar, Alexandra Kahwagi...

J’allais écrire que le personnage principal du film s’appelle Malek… Mais non : en fait, le personnage central de A perfect day, c’est Beyrouth, ville fascinante et multiple, moderne et archaïque, austère et libérée, foisonnante et secrète. Elle est ici filmée avec une sensualité magnifique, qui exalte les ambiances, les lumières, les odeurs presque… La ville est bien plus que le décor du film, elle en est l’âme, elle induit les comportements des protagonistes, elle accélère l’intrigue, elle est la chambre d’écho des sentiments. Rien que pour Beyrouth, pour la beauté charnelle, pour l’énergie vibrante qui émanent des images inspirées de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, il faut voir le film.

Mais venons-en à Malek… C’est un jeune libanais d’aujourd’hui, qui tente de tracer sa voie dans un pays encore et toujours meurtri par son histoire récente. Malek est sans cesse en mouvement, avance, essaie de ne jamais s’arrêter, ne serait-ce que parce qu’il souffre du « syndrome de l’apnée du sommeil », si bien qu’il s’endort sitôt qu’il ne bouge pas. Mais s’il s’agite autant, c’est aussi pour ne pas se laisser engluer par un passé trop pesant.
Il vit encore avec sa mère qui, elle, s’est comme figée depuis des années, incapable de reprendre une vie normale depuis que son mari a disparu, il y a maintenant15 ans. C’est une histoire ordinaire à Beyrouth : 17000 personnes y ont disparu durant les années de guerre civile, entre 1975 et 1990. Ils sont sortis de chez eux un matin, un soir… et ne sont jamais revenus… Beyrouth est une ville en pleine reconstruction, pas très grande qui plus est, le sol est constamment foré, fouillé et pourtant on ne retrouve rien… Pas de charniers, pas de traces… La disparition entaîne une immobilisation, un gel de tous les biens familiaux dans l’attente d’un hypothétique retour du disparu (compte en banque, titres de propriété) et selon la loi, il revient aux familles de prendre la responsabilité de déclarer le disparu mort… Décision terrible à prendre, et même à envisager. Comment faire son deuil dans ces conditions ?
En ce jour, Malek a réussi à convaincre Claudia – appeler la mère par son prénom, c’est déjà lui redonner une vie propre, l’extraire de son rôle de veuve en suspens – de se rendre chez un avocat pour déclarer officiellement la mort du père. Tourner la page, regarder vers l’avenir tant qu’il est encore temps. Claudia tergiverse, tente de reculer une fois de plus l’échéance. Malek s’impatiente, s’agite de plus belle, se multiplie pour trouver le temps d’accompager sa mère chez l’homme de loi, de faire son boulot de chef de chantier, et de renouer le fil avec Zeina, la femme qu’il aime mais qui ne veut plus le voir. Il court partout et roule beaucoup, se fond dans Beyrouth, ses rues embouteillées, ses bars bondés, recherche Zeina dans l’espoir d’une seconde chance puis revient à sa mère qu’il ne veut pas lâcher tant qu’elle n’a pas franchi le pas décisif vers le retour à la vie. Et toujours, dès qu’il se pose, ce sommeil qui lui tombe dessus sans prévenir…
Vous l’aurez compris, A perfect day n’est pas un film de discours, les mots n’y ont que peu de place. C’est un film de sensations, de mouvements, de fluides qui circulent ou pas. Les images sont splendides sans jamais chercher l’esthétisme, souvent prises sur le vif, presque documentaires. Les émotions affleurent sans jamais être appelées, naturelles, intègres. Comme l’écrit Jérôme Provençal dans Les Inrockuptibles : « Cette chronique d’une disparition impossible à accepter, dans laquelle Beyrouth brille de mille feux, partage avec la chanson éponyme de Lou Reed un air de désespoir languide, un air vibrant, qui trotte par la tête et s’en va droit au cœur. » La référence à Lou Reed est l’occasion de souligner la remarquable bande son du film, panorama excitant de la scène musicale libanaise actuelle.

Lorgues : jeudi 10 à 20h et vendredi 11 à 16h


Saint Amour
SAINT AMOURÉcrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN
France 2016 1h42mn
avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette, Chiara Mastroianni, Gustave Kervern, Solène Rigot, Michel Houellebecq, Ana Girardot, Andréa Ferréol, Izia Higelin...

Au moment de vous présenter ce Saint Amour, on se sent pris d'une envie de récapituler les prodiges déjà accomplis par le duo Delépine-Kervern. Avec Aaltra, ils ont convaincu des milliers d'handicapés qu'ils pouvaient traverser l'Europe en faisant chier un maximum de gens ; avec Avida, ils ont montré que le surréalisme bandait encore ; avec Louise Michel, ils ont montré la voie pour recentrer la lutte sociale sur l'exécution des patrons scélérats (au fait, voyez Merci Patron : François Ruffin propose une tout aussi hilarante variante) ; avec Mammuth, ils ont magnifié la revanche des retraités pauvres en mobylette ; avec Le Grand soir, ils ont réconcilié les punks à chiens et les vendeurs de literie (tous sont disponibles en Vidéo en Poche) ; enfin, dans Near Death Experience, ils rendaient justice aux cyclistes dépressifs tout en rendant sympa et génialement drôle le plus insupportable des écrivains : Michel Houellebecq… Six films, ça commence à pouvoir s'appeler une œuvre. Qui a une sacrée gueule ! Et autant vous dire que Saint Amour va ajouter une septième pierre précieuse à l'édifice ! Le rire le plus gargantuesque et les larmes les plus sensibles mêlés comme rarement. Si j'avais su qu'un jour je chialerais en écoutant le discours d'un éleveur de bœufs à un concours agricole…

Parce qu'il faut vous dire que tout commence dans ce qui s'avère un magnifique lieu de cinéma : le salon de l'agriculture. Jean (Gérard Depardieu, grandiose), éleveur de bovins de compèt, et son fils Bruno (Benoit Poelvoorde, formidable avec le cheveu gras collé) participent comme tous les ans au Salon dans l'espoir que la médaille tant espérée viendra enfin récompenser leur taureau bien couillu. Mais Bruno n'y est pas… Tout ça le déprime. Il a la bonne quarantaine, bosse tout le temps dans la gadoue, se prend des vestes dès qu'il approche les filles et il n'est pas question pour lui de reprendre la ferme familiale. La seule chose qui le console, c'est de profiter de cette semaine parisienne pour faire la route des vins… à l'intérieur du salon… éclusant des godets à tous les stands de dégustation représentant les vignobles des régions françaises.
Face à cette situation pathétique, Jean va prendre les choses en main et embarque son grand fiston dépressif pour une vraie route des vins dans le taxi de Mike (Vincent Lacoste, parfait), jeune frimeur parisien, mythomane patenté. Un périple initiatique en forme de road movie drolatique, qui va permettre au père et au fils de renouer les liens au gré de rencontres détonantes : avec une jeune serveuse obsédée par la dette abyssale de la France, un hôtelier airbnb très inquiétant (le déjà nommé Michel Houellebecq, très très flippant), une cavalière pré-ménopausée en recherche immédiate de géniteurs… Tout ça agrémenté de bitures légendaires.

Il n'y a que Delépine et Kervern pour concilier avec autant de verve, d'invention, de poésie brute les scènes hilarantes, parfois délicieusement borderline, et les séquences d'émotion pure, notamment celles où le fils et le père se rapprochent envers et contre tout, ou encore celle où la superbe Céline Sallette chevauche le long de la Seine… Et mine de rien, sans larmoyer ni pérorer, cette truculente comédie se révèle un des plus beaux hommages qui soient au monde paysan (pas celui de l'agriculture industrielle, rassurez-vous !), à son courage, son sens de l'abnégation et de la transmission.

Cotignac : jeudi 10 et vendredi 11 à 20h30


Demain
DEMAIN !Cyril DION et Mélanie LAURENT
Documentaire France 2015 2h

Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements…


Loin de l'écologie triste et punitive, loin du discours sur le développement durable cher au greenwashing, vous allez voir un film formidable, vivant, enthousiasmant sur notre extraordinaire capacité à rebondir face à l'adversité, notre extraordinaire capacité à imaginer, notre extraordinaire capacité à faire. Mélanie Laurent et Cyril Dion sont allés rencontrer des gens passionnants à travers le monde, qui œuvrent au quotidien à ce changement indispensable : Inde, États-unis, Canada, Danemark, Allemagne, Islande, Scandinavie, Finlande, Grèce, France…
Le film est composé de cinq chapitres : agriculture, énergie, économie, démocratie et éducation. Construction intelligente et pédagogique, dans le meilleur sens du terme, qui nous montre bien que tout est lié, qu'il s'agit bien d'un problème politique, là aussi dans le sens noble du terme. Et il présente des actions, des alternatives concrètes qui sont mises en œuvre, avec succès, dans tous ces domaines. Mélanie Laurent : « Mises bout à bout, les initiatives comme la permaculture, les monnaies locales, les énergies renouvelables, dessinent un monde possible. Ce qui peut paraître démotivant, c’est qu’il ne s’agit que d’initiatives isolées, mais en même temps elles ne demandent qu’à être réunies ! Il y a déjà un monde qui tient la route, qui existe, où tout est possible. Des solutions sont déjà disponibles, dans tous les domaines, c’est forcément inspirant ! »

Tout s'enchaîne judicieusement et vient renforcer la certitude qu'il faut d'urgence opérer une rupture symbolique, mais aussi pratique avec notre système actuel fondé sur le pétrole et les autres énergies fossiles, sur le nucléaire, sur le productivisme, sur le consumérisme, sur la financiarisation de l'économie, sur l'éducation normative et compétitive…
Pas de doute, Cyril Dion, co-fondateur avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris, et Mélanie Laurent, actrice et réalisatrice, tous deux activistes pour un monde meilleur, ont réussi leur coup : sur les thématiques qu'il aborde, Demain est un film-somme, essentiel, un outil d'information et d'action qui est aussi un spectacle passionnant et exaltant.

Le Vox (Fréjus) : jedui 10 à 16h10 - samedi 12 et dimanche 13 à 18h25 - mardi 15 à 13h50


Fatima
FATIMAÉcrit et réalisé par Philippe FAUCON
France 2015 1h19mn

avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele..
Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi

Fatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !

Fatima, un prénom de princesse presque devenu un nom commun tant on l'associe aux dames de ménage corvéables à merci, prolétaires de l'ombre destinées à la serpillière. Notre Fatima ne rompt pas avec ce cliché. Le pâle sourire qui illumine son visage débonnaire, son allure de quarantenaire plantureuse, vêtue soigneusement mais sans souci d'effets de mode, son voile qui cache ses cheveux : tout contribue à en faire une Fatima semblable à ces milliers d'autres qu'on voit circuler dans l'indifférence générale de nos cités. Dans la grisaille du petit jour, elle semble presque glisser, anodine et frêle, pour aller travailler dans divers lieux où l'on s'adresse à elle avec une condescendance déshonorante (plus encore d'ailleurs pour ceux qui en font preuve que pour elle qui la subit). Le soir, rentrée à l'appartement, il lui reste encore à affronter l'arrogance de sa plus jeune fille, Souad, qui du haut de ses quinze ans la juge de manière tranchante. Comme si Fatima était le symbole de l'entrave à son intégration, l'empêcheuse de se normaliser en rond. Sa révolte se trompe d'ennemie, elle est le fruit d'une société qui l'incite à avoir honte d'une mère qui n'est bonne qu'à « laver la merde des Français » et qui ne sait même pas parler leur langue…
Heureusement, son aînée, Nesrine, remet un peu sa cadette en place. Elle connaît le prix de l'ascension sociale, les sacrifices maternels pour qu'elle parvienne jusqu'au concours de médecine… Tout un discours tellement ressassé par la voix haut perchée de Fatima que Souad le rejette en bloc et ne veut plus l'entendre. Elle mériterait bien des baffes parfois, et on aurait presque envie de secouer Fatima qu'on pourrait prendre tout d'abord, bêtement, comme le fait une bonne partie de son entourage, pour le prototype de la femme soumise. Progressivement on découvre combien on a tout faux, à quel point on est tombé dans le piège du délit de faciès et on fond d'admiration pour cette bonne femme à la volonté tenace, pour son obstination à ne céder ni à la violence ni au mépris qu'on lui renvoie de toutes parts. Elle a cette force insoupçonnable de celle qui n'a rien à prouver. On peut bien la prendre pour une imbécile, cela n'altère en rien ce qu'elle est, ses mérites. Si elle ne fait pas de vagues, c'est qu'elle reste tendue vers son but, ne s'en détourne jamais : amener ses filles vers un rivage qui l'a elle même rejetée ou en tout cas bien mal accueillie. Et la traversée est tellement semée d'embûches que dans la bataille, cette altruiste s'est tout simplement oubliée, sacrifiant une part d'elle-même.

Plus on rentre dans son intimité, plus on dépasse sa difficulté à s'exprimer, cette barrière de la langue qui crée un fossé infranchissable entre les humains, plus sa beauté intérieure se dévoile, irradie. Personnage complexe et subtil, à l'intelligence vive, aux propos pertinents. On souhaiterait tous avoir une telle Fatima dans sa vie ! Pour l'heure Philippe Faucon nous l'offre dans son film : ne la laissons pas passer !

Le Vox (Fréjus) : jeudi 10 à 13h50 et mardi 15 à 18h15


Les Délices de Tokyo
LES DÉLICES DE TOKYOÉcrit et réalisé par Naomi KAWASE
Japon 2015 1h53mn VOSTF
avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida...
D'après le roman An, de Durian Sukegawa

Tokyo… Un quartier, excentré, banal et terne, s'il n'y avait… les cerisiers en fleurs ! Les voilà qui rivalisent d'exubérance, déployant de subtiles dentelles de pétales, saupoudrant d'un rose fragile le monde grisonnant des hommes. Ils donneraient presque des airs de village ancestral aux bâtisses bétonnées et sans charme. Mais le printemps peine à pénétrer dans certaines boutiques. Celle que tient Sentaro reste résolument insipide, à l'image de son gérant et de la pâte « an » des « dorayakis » qu'il cuisine… Vous ne connaissez pas les dorayakis ? Qu'importe, vous aurez tout le film pour les découvrir, vous pourlécher les babines et entendre votre ventre gargouiller… Mais ne croyez pas que vous avez affaire à un film culinaire : nous sommes dans l'univers de Naomi Kawase, avec sa douceur, sa subtilité habituelles, sa gourmandise de la vie. Ces dorayakis se révèlent être plus que de savoureuses pâtisseries, ils recèlent l'essence des choses, la saveur de l'enfance, l'attention aux autres, aux moindres petites choses. Ils sont une invitation à s'ancrer dans le présent, à aimer tout ce qui nous entoure, à jouir de la vie. Une ode au Carpe Diem…

Mais revenons à Sentaro. Pour lui, les jours se suivent… Le réveil sonne l'heure de la clope qu'il fume, solitaire, sur une terrasse, avant de se mettre au boulot sans conviction. Des litres de pâte qu'il transforme en dizaines de petites crêpes pour les gosiers voraces d'une poignée de collégiennes qui les ingurgitent en se moquant de lui, de ses airs bougons. Seule Wakana semble prendre racine, une fois la nuée de ses copines passée. Elle n'a guère d'alternative puisque ses camarades filent vers des cours particuliers qu'elle n'a pas les moyens de s'offrir. Elle n'ose tout bonnement plus espérer accéder à l'université faute de l'argent nécessaire. C'est une drôle de complicité qui se tisse en silence entre le quadragénaire et la collégienne. La tristesse désabusée de ces deux égratignés de la vie n'a pas besoin de mots pour s'exprimer.
Les jours pourraient dériver ainsi longtemps encore, lorsqu'une drôle de petite vieille, hésitante et bancale, passe sa frimousse dans l'embrasure de la petite échoppe. Le patron cherche un commis pour l'aider ? Elle dit être la femme de la situation ! Sentaro refuse, la voyant trop âgée, trop abimée, trop tordue de la tête aux mains… Poliment il tente de la dissuader en lui parlant du salaire minable… Mais, chose saugrenue, ne voilà-t-il pas que la grand-mère, loin de se décourager, négocie son salaire encore à la baisse ! Sentaro ne sait plus comment s'en dépêtrer… D'autant que tous les jours la dame semble revenir à la charge jusqu'à l'obliger à goûter la délicieuse pâte « an » qu'elle a réalisée : un comble pour celui qui déteste le sucré ! Voilà comment Tokue va finir par imposer sa présence réjouissante dans le quartier, bouleverser la routine de Sentaro, à coup de savoir faire, à coup de savoir être. Elle semble ré-enchanter le monde partout où elle vient piétiner, hésitante et gauche. Étonnante Tokue qui sait écouter aussi bien les murmures des feuilles qui frissonnent que ceux du cœur des hommes ou des haricots rouges qui patientent dans la casserole.
Ceci n'est qu'un début, un prétexte ou presque, vous le découvrirez lorsque le film va basculer dans un tout autre registre évoquant un pan honteux de l'histoire nipponne… Et on comprend que l'indéracinable capacité d'émerveillement de Tokue a cru dans la fange d'un terrible passé. (Utopia)

Cotignac : dimanche 13 à 18h


Tout en haut du monde
TOUT EN HAUT DU MONDEFilm d'animation de Rémi CHAYÉ
France 2015 1h20mn
avec les voix de Christa Théret, Féodor Atkine, Thomas Sagols, Rémi Caillebot...
Scénario de Claire Paoletti Patricia Valeix. PRIX DU PUBLIC Festival du film d’animation d’Annecy 2015. Pour les enfants à partir de 7 ans. Musique originale de Jonathan Morali (Syd Matters)

1882… Plongée dans la majestueuse Saint Pétersbourg de l'époque, son palais de marbre, ses dorures, ses calèches et ses canaux romantiques… Un endroit digne d'un conte de fée !
Sacha a tout juste quatorze ans. Fruit d'une aristocratie russe cossue, notre candide blondinette semble avoir un avenir tout tracé. Sa famille, son père surtout, imagine lui trouver un beau parti qui renforcera encore sa position sociale. À l'âge où les jeunes filles en fleurs ne rêvent que de robes couleur de lune et de pantoufles de vair, Sacha rêve de coques, de haubans, de drisses, de cordages, de bastingages, de compas… bref de bateaux ! D'un surtout : le Davaï ! Un magnifique voilier conçu par son grand-père explorateur Ouloukine. Pour Sacha, c'est plus qu'une simple embarcation échouée dans la mythologie familiale, c'est le dernier lien qui la relie à celui qu'elle a tant aimé, le lien ténu de l'espoir…

Le monde imaginaire de Sacha a basculé le jour où Ouloukine, parti à la conquête du pôle nord, a été porté disparu avec son vaisseau pourtant réputé insubmersible (en général c'est un qualificatif qui ne porte pas chance, on se souvient du Titanic…). Dès lors, fidèle à la complicité qui les liait, Sacha s'est plongée dans les notes de son aïeul, a lu et relu ses écrits, est devenu sa plus fidèle experte, malgré son jeune âge… Elle s'est mise à étudier les cartes marines, à appris à compter en nœuds, en milles, à se diriger en plein large… En théorie, bien sûr… Car en pratique, le seul cap que son rang lui impose de tenir, c'est de devenir une future épouse présentable et soumise. D'ailleurs ce soir va être celui de son premier bal qui se doit de devenir inoubliable. Tous les facteurs sont réunis pour qu'elle puisse faire grande impression sur ses potentiels prétendants. Parée de ses plus beaux atours, Sacha esquisse donc docilement ses premiers pas de danse avec le neveu du Tsar, le Prince Tomsky… Ce qui doit rendre vertes de jalousie ses copines la laisse indifférente. Ce Prince-là n'est pas si charmant puisqu'il traite Ouloukine de vieux fou et se moque d'elle. Et c'est là que l'indomptable Sacha va commettre l'irréparable… ou plutôt en être injustement accusée… Et injustement punie…
Alors, en plein cœur de la nuit, Sacha prend une décision qui va changer le cours de sa vie. En cachette elle enfourche un cheval et met les voiles au sens figuré tout en espérant pouvoir le faire bientôt au sens propre. Direction la mer et ses embruns, le grand large et peut-être bien la banquise dans le sillage d'Ouloukine et du Davaï… Tout en haut du monde ! Voilà Sacha embarquée dans une terrible épopée, drôle, poétique, touchante où elle va commencer par se frotter à ceux qui n'appartiennent pas à sa classe sociale, à l'univers des vrais marins, ceux qui disent qu'une femme à bord, ça porte la poisse !

Vous l'aurez compris, on vous recommande plus que chaleureusement ce petit bijou d'animation enthousiasmant. Le choix du dessin tout en à-plats, celui de la musique qui, au lieu de tenter de coller absolument à l'ambiance de l'époque, ajoute une touche contemporaine bienvenue… C'est une œuvre limpide, intelligente, dans laquelle petits ou grands trouveront leur compte, chacun avec un niveau de lecture différent. Il parle tout autant d'aventure que de transmission, de passion ! (Utopia)


Cotignac: vendredi 11 à 18h


El Clan
EL CLANÉcrit et réalisé par Pablo TRAPERO
Argentine 2015 1h48mn VOSTF
avec Guillermo Francella, Peter Lanzani, Lili Popovich, Giselle Motta, Franco Masini, Antonia Bengoechea, Stefania Kœssl, Gaston Cocchiarale...
Festival de Venise 2015 – Lion d'argent du Meilleur réalisateur

C'est tout autant un thriller palpitant qu'un conte cruel et terrible qui met en scène une famille apparemment modèle, pour qui les frontières entre le bien et le mal ont disparu dans un contexte historique bien particulier. El Clan raconte un fait divers bien réel, qui défraya la chronique au milieu des années 1980 dans l'Argentine fraichement sortie de l'abominable dictature des généraux. C'est l'histoire de la famille ou plutôt du clan Puccio, des gens bien sous tout rapport qui ont organisé consciencieusement l'enlèvement crapuleux, la séquestration et l'assassinat de plusieurs personnes, hommes d'affaires, jeunes gens de la bonne société, seulement coupables d'avoir une famille ou des proches susceptibles de pouvoir payer de bonnes rançons.
Comment aurait-on pu soupçonner la respectable famille Puccio ? Elle habitait un des quartiers résidentiels les plus tranquilles de Buenos Aires. Le père, après avoir collaboré aux services de renseignement de l'Etat sous la dictature, était propriétaire d'une charcuterie-rôtisserie. Le fils était connu nationalement puisque jeune rugbyman espoir de la célèbre équipe nationale des Pumas qui venait de défaire les invincibles All Blacks. Il y avait également la mère, un fils plus jeune et deux filles. Qui aurait pu s'imaginer que ce foyer couvrait les cris de malheureuses victimes kidnappées puis séquestrées dans les combles ou au sous-sols ?
El Clan prend donc la forme et le rythme d'un thriller – on pense plus d'une fois à Scorsese, notamment dans l'utilisation de musiques pop contrastant avec des scènes angoissantes ou violentes – pour décrire avec une lucidité sans pitié la société argentine à un moment charnière, une sorte de zone grise où elle va connaître la fin de la dictature et le retour à la démocratie. Le film impressionne avant tout par ce qu'il faut bien appeler le charisme de son « anti-héros », Arquimedes, le père de famille, incarné à contre-emploi par Guillermo Francella, connu dans son pays pour des rôles comiques. A la fois désespérément calme, le regard bleu azur, froid et distant, le patriarche, sans être nullement impressionnant physiquement, est capable d'accès de violence inouïs et imprévisibles.

Le film se déroule entre 1982 et 1985, un peu avant et un peu après la chute des généraux. Il s'ouvre d'ailleurs sur une archive télévisuelle montrant un officiel qui déclare que la période des disparitions de personnes est révolue. Arquimedes Puccio était un ancien paramilitaire d’extrême droite avant l’avènement des généraux et devint un des agents dormants du régime sous la dictature. Pour nombre de ces barbouzes, la frontière entre répression officielle et crimes crapuleux devint rapidement ténue, si bien qu'à la chute des généraux, le basculement vers le banditisme fut tout à fait naturel. Dans ce climat délétère, l'acceptation d'une telle situation au sein de la famille, entre complicité active pour certains et déni pour d'autres, semble irréelle mais pourtant logique : la dictature avait généré des monstres qui pouvaient se manifester au sein de chaque foyer.
Dans la continuité de Pablo Larrain avec El Club ou de Patricio Guzman avec Le Bouton de nacre, le cinéma sud américain nous rappelle que les fantômes du passé ne sont jamais très loin, en Argentine comme au Chili, et toujours prêts à montrer leurs tristes figures.

Le Vox (Fréjus) : samedi 12 à 20h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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