Au(x) cinéma(s) du 9 au 15 septembre 2020

 

Bonjour à tous,

 
Comme nous vous l'avions annoncé la semaine dernière,  Entretoiles  vous proposera à partir du 17 septembre un premier petit festival, dont le thème est " les films primés à Berlin ". Par contre le programme a un peu changé, CGR n'étant pas en mesure de se procurer tous les films que nous avions sélectionnés. Voici donc ceux que vous pourrez voir : le jeudi 17 septembre à 20h :  Benni  un film allemand (prix Alfred Bauer à la Berlinale 2019)  un premier film  qui s'attache aux pas d'une fillette rejetée par sa mère et ballottée par l'aide sociale à l’enfance. Le jour suivant vendredi 18 septembre à 20h :Synonymes du cinéaste israelien Nadav Lapid  (Ours d'or en 2019) une remarquable fiction, politiquement et poétiquement très engagée. Ensuite  le dimanche 20 septembre  à 17h40 :Piranhas de Claudio Givannesi  (Ours d'argent à la Berlinale) une immersion saisissante dans l'univers des jeunes mafieux de Naples, adaptée du premier roman de Roberto Saviano. Enfin pour clore ce festival  un dernier film Dimanche 20 septembre à 20h30 : Never rarely sometimes away de Elisa Hittman (grand prix du jury en 2020) , un "bijou d'intelligence et de sensibilité" selon Utopia . Comme d'habitude un apéritif  sera offert entre ces deux films dans le respect des règles sanitaires anti -Covid.
 NB : Les adhérents d'Entretoiles pourront  acheter un Pass au prix de 16 euros pour ces 4 films.
 
A inscrire également dans vos agendas les prochaines soirées Entretoiles : le 4 Octobre: Eva en Août , le 11 octobre une soirée avec 2 films : Rocks et Adolescentes et le mardi 3 novembre une soirée spéciale élections américaines avec 2 films américains : The Climb et I am not your Negro. Voilà de quoi occuper les soirées d'automne !
 
Cette semaine à CGR toujours à l'affiche  Police d'Anne Fontaine, un film qui s'émancipe des a-priori, intelligemment construit, et servi par un trio d'acteurs incroyable, Petit pays (aussi au Luc) de Eric Barbier, une adaptation très fidèle et très réussie du roman de Gaël Faye, subtil mélange de douceur et de violence, de drame et de drôlerie, et  Énorme de Sophie Letourneur, un conte charmant et piquant, drôle et décalé, sur le désir de paternité. Enfin Effacer l'historique de Délépine et Kerven(aussi  à Lorgues et au luc), une charge satirique, hargneuse, revigorante et caricaturale contre les entreprises qui font commerce de nos données personnelles. 
A noter que pour le moment la situation actuelle ne permet pas à CGR de proposer des films dans le cadre du ciné-club
 
A Lorgues vous pourrez voir A Perfect Family un film danois de Malou Reyman inspiré d'une histoire personnelle et porté par l'interprétation éblouissante de sa jeune actrice principale
Les autres cinémas de la région (le Vox , Salernes et Cotignac) n'ont pas encore rouvert leurs portes.
 
Bonne semaine de cinéma ! Reprenez vos habitudes de cinéphiles : allez au cinéma !
L'équipe d'Entretoiles .
 
 
Transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 
 
POLICE

Anne FONTAINE - France 2020 1h38mn - avec Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois, Peyman Moaadi... Scénario d'Anne Fontaine et Claire Barre, d'après le roman de Hugo Boris.

POLICECe nouveau film d’Anne Fontaine vaudrait le coup rien que pour ses acteurs : Efira, Sy, Gadebois, quel trio ! Mais c’est en plus un film très intelligemment construit, qui réussit à s’émanciper des piètres représentations qu’on a souvent de la police, qu’on l’admire sans nuance ou qu’on appartienne au camp des anti-condés primaires.
La réalisatrice parvient, grâce à une écriture ciselée, à faire mouche, à tenir son propos de bout-en-bout sur un sujet qui avance pourtant en terrain glissant. Elle réussit à contourner la polémique, montre les hommes et les femmes sous les uniformes, sans les condamner, ni les porter au pinacle. Elle les ramène à leur condition d’humains imparfaits et fragiles, leur tend un miroir devant lequel ils ne peuvent échapper ni à leur conscience, ni à leurs responsabilités. C’est comme une audience où l’on écouterait les circonstances atténuantes sans qu’elles excusent les actes, mais où nul ne voudrait endosser le rôle de juge, surtout pas nous en tant que spectateurs.

Si seulement le scénario commençait par la fin avec trois flics anonymes en train de reconduire honteusement à la frontière un pauvre innocent n’ayant commis d'autre délit que celui d’être né dans le mauvais pays… notre camp serait vite choisi et on aurait tôt fait de mettre dans le même panier cette flicaille sans cœur. On ne percevrait peut-être pas monter de la même façon les doutes et les remords qui vont assaillir les protagonistes de cette micro-tragédie malaisante. Seulement il y a un avant… Un début de journée qui nous fait d'abord emboiter les pas de Virginie. Avant que la sonnerie du réveil ne se fasse entendre, il lui aura fallu pouponner le môme qui hurle dès potron minet, après avoir essayé de négocier mollement avec son compagnon pas très chaud pour se lever le premier. On comprendra vite combien leur relation s’est fragilisée et combien les heures supplémentaires sur lesquelles elle se jettera ce soir-là seront une fuite pour ne pas avoir à rentrer chez elle, à s’expliquer. Dans le désordre on suivra également Erik (Grégory Gadebois), qu'on aurait définitivement relégué, si on s’était contenté des apparences, dans la catégorie des machos grognons. Sans l’incursion dans son intimité peu glorieuse, il nous aurait paru passablement exécrable. Progressivement on touchera du doigt à quel point il est un être à la dérive qui se protège derrière des barricades illusoires, plus fragiles qu’il n’y parait. Quant à Aristide (Omar Sy), toujours en train de se poiler et de fanfaronner en se vantant de ses conquêtes, on découvrira l’ampleur de sa solitude, sa peur du vide, son impossibilité à construire quelque chose de paisible. Finement seront égratignés au passage les préconçus sur la banlieue, l’immigration, la couleur de peau, quand il se moquera avec tendresse de sa maîtresse (car il en a une, qu’on vous laisse découvrir). Trois gardiens d’une paix inaccessible même pour eux-mêmes, à la fois puissants et impuissants face à la dureté des situations. Une brigade sur laquelle plane les désillusions et sur laquelle elles planeront d’autant plus quand ils se retrouveront pris au piège d’une mission contraire à leurs engagements. Car après tout, on peut supposer – en tout cas espérer – que ceux qui s’investissent dans de tels métiers le font plus dans l’idée de défendre les victimes que de les envoyer au massacre.

Et ce soir-là, face au dilemme que leur impose une administration aveugle, on sentira germer les prémices d’une petite résistance ordinaire.(Utopia)

CGR Draguignan : mercredi 9 / 15h50ET20H   , jeudi 10/20H  vendredi 11/17h45 et 22h15, samedi 12/15h55,  20het 22h15, dimanche 13/15h55, 17h45 lun14/20h15   mar15/20h10 

PETIT PAYS

Écrit et réalisé par Éric BARBIER - France / Belgique 2020 1h51 VOSTF - avec Djibril Vanccoppenolle, Jean-Paul Rouve, Isabelle Kabano, Dayla de Medina, Veronika Varga... D'après le roman Petit pays de Gaël Faye (Prix Goncourt des Lycéens 2017).

PETIT PAYSAdaptation très fidèle et très réussie du roman, Petit pays a eu l’intelligence de garder le mode de narration choisi par Gaël Faye et de raconter cette histoire bouleversante à hauteur d’enfant, sans donner aux adultes plus de place qu’ils n’en ont dans le bouquin, les laissant certes présents mais toujours au second plan des événements. L’équilibre ainsi trouvé donne une formidable respiration à ce récit qui pourrait être douloureux, voire insupportable mais qui sait toujours, parce que porté par les enfants, demeurer dans la pudeur, la délicatesse, voir même l’humour. Un subtil alliage de douceur et de violence, de drame et de drôlerie émanent du film comme du roman. Et si vous êtes parents et/ou enseignants et que vous vous posez la question de savoir si ce film peut être montré à vos jeunes, la réponse est OUI, mille fois OUI parce qu’il permet justement d’aborder sans détour mais sans traumatisme inutile cette page tragique de l’Histoire de l’humanité où, dans l’indifférence quasi générale, près d’un million de personnes furent massacrées en 100 jours.
Mais avant cela, avant les appels de Radio Mille Collines, avant la folie, avant que la fureur n’emporte le destin ordinaire d’un môme et de sa famille, le jeune Gabriel fait les quatre-cents coups dans un petit coin de paradis qui a pour nom Burundi. Un petit pays, un petit bout d’Afrique coincé entre le Rwanda, le Congo et la Tanzanie où il vit avec son père français qui fait des affaires, sa petite sœur Ana et sa mère rwandaise de plus en plus absente du foyer. Une vie de môme à la Sempé, à la Doisneau avec l’école, les virées dans le vieux combi Volkswagen qui sert de repère à la bande de copains, les clopes fumées en douce et les mangues que l’on pique dans l’arbre généreux du voisin pour se faire quelques sous. L’enfance minuscule dans toute sa majesté, avec sa beauté immédiate, sa poésie, ses trahisons parfois et toute son insouciance. Mais le cocon va commencer à se fissurer. Le cocon familial quand les parents de Gaby, à force de trop se disputer, vont choisir de se séparer, puis celui de son petit pays quand un coup d’État va entraîner une guerre civile. Dès lors, la vie ne sera plus jamais la même. Et la violence, d’abord perçue au loin comme une rumeur sourde qui ne peut ni ne doit atteindre l’innocence de l’enfance, va peu à peu envahir l’espace de Gaby jusqu’à devenir un cri d’effroi. C’est le cri des Tutsis et des Hutus modérés de l’autre côté du fleuve, les cris de la famille maternelle… Dès lors tout va s’enchaîner… les copains ne vont plus avoir les mêmes jeux ni faire les mêmes blagues, les hommes vont se regarder d’un mauvais œil et de toutes parts, l’humanité va peu à peu se dissoudre dans le chaos de l’Histoire. (Utopia)

« J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. » Gaël Faye

CGR mer9/17H40 ven11/19h55  sam12/17h40  dim 13/11h et 19h55 lun14/15h50

LE LUC   ven11/18h  sam12/21h et dim13/18h30


 ÉNORME

Sophie LETOURNEUR - France 2020 1h41 - avec Marina Foïs, Jonathan Cohen, Jacqueline Kakou, Ayala Cousteau... Scénario de Sophie Letourneur et Mathias Gavarry.

ÉNORMEClaire, pianiste de renommée internationale, a la quarantaine rugissante. Altière, fière et bosseuse, sûre de son talent, elle fait vibrer des salles de concerts enthousiastes aux quatre coins du globe. Autant elle est vive, fonceuse et perfectionniste dans son art, autant la vie quotidienne lui semble une terre étrangère à la langue inconnue, parsemée d’inextricables contingences matérielles et d’obscures obligations tantôt sociales, tantôt administratives devant lesquelles elle a vite fait de perdre pied... Les choses étant tout de même bien faites, pour lui permettre d’avancer dans ce brouillard, Claire a trouvé en Frédéric la perle rare : mari passionné, agent intraitable, secrétaire méticuleux, garde du corps intransigeant, comptable scrupuleux, amant attentif, ami plein d’humour... Des billets d’avions aux contrats de concerts, des courses alimentaires aux prises de rendez-vous, des essayages de robes à la prise de sa pilule contraceptive, il gère, assume, organise, règle dans les moindres détails une vie qu’elle peut dès lors traverser comme en apesanteur, libérée de toute contrainte, en se consacrant exclusivement à la musique.
Cette belle mécanique bien huilée, qui reproduit en négatif le schéma habituel de la femme de tête et de ménage totalement dévouée au bien être de son « grand homme » (artiste, scientifique, politique...), aurait pu permettre à nos deux tourtereaux-voyageurs de filer des jours heureux ainsi que le parfait amour si, par un de ces hasards dont la Providence et les scénaristes ont le secret, Frédéric ne s’était pas retrouvé au cours d’un vol de nuit à assister maladroitement (mais avec succès) un toubib pour un accouchement un peu précipité. Dès lors, rien ne sera plus comme avant. Le désir de paternité va devenir pour lui une obsession grandissante, tandis que Claire, dont la fibre maternelle n’est pas extrêmement développée, ne comprend pas bien pour quelle impérieuse raison il faudrait transformer leur couple en famille, avec des conséquences pour le moins incertaines sur sa carrière professionnelle. D’autant que, jusqu’à preuve du contraire, c’est bien SON ventre qui deviendrait le laboratoire difforme de cette transformation familiale. Rongé par son obsession, Frédéric va tout tenter pour parvenir à ses fins – jusqu’à, puisqu’il a la main dessus, jouer les apprentis-sorciers avec la contraception de sa compagne...
Impeccablement écrite, la comédie flirte en permanence avec un malaise diffus mais pas si désagréable. Le parti-pris initial, l’inversion des positions femme-homme dans la représentation du couple (occidental) traditionnel, est rapidement posé et sa logique poussée au maximum donne lieu, parfois subtilement, parfois avec une grâce réjouissante d’éléphant dans un magasin de porcelaine, à des effets comiques irrésistibles et salutaires – et Marina Foïs et Jonathan Cohen s’en donnent visiblement à cœur joie, dans des registres très différents. Avec, c’est un peu la signature des films de Sophie Letourneur, cette délicieuse sensation de liberté, d’imparable légèreté, cette impression d’improvisation permanente qui habille de naturel des situations de plus en plus improbables et ahurissantes à mesure que le film avance. Le masque renfermé de Claire, Buster Keaton féminin et lunaire, met bien ses quatre-vingt-dix minutes à se lézarder, sous les assauts du jeu exubérant de son partenaire, pitre décomplexé qui paraîtrait presque en roue libre si, au détour d’une phrase, d’un regard, on n’était régulièrement ra- mené au sérieux, à la gravité de ce qui se joue. Mine de rien, outre les relations de couple et de genre, la réalisatrice retourne contre la société l’injonction millénaire du désir de maternité. Et brode un conte aussi charmant que piquant qui dit avec une grande justesse les enjeux de la dépossession du corps de la femme pendant la grossesse. Une comédie instructive valant mieux qu’un long discours, on applaudit. (Utopia)

CGR : mercredi 9/ 15h40 ET 18H,  jeudi 10/18H   20h, vendredi 11/ 18h, samedi 12/15h40 et 18h, , dimanche 13/18h   lun14  13h40  18h  mar15/18h

EFFACER L’HISTORIQUE

Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN - France 2020 1h46mn - avec Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corinne Masiero, entourés de Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, Vincent Dedienne, Philippe Rebbot, Michel Houellebecq...

EFFACER L’HISTORIQUEBenoît Delépine et Gustave Kervern poursuivent méthodiquement la mission qu’ils se sont donnée dès Aaltra en 2004, qui est de rendre justice, dans des brûlots rageurs pas vraiment tirés au cordeau, à toute une cohorte de petites gens oubliées du monde moderne et de ses représentations. Ouvrières au bord de la délocalisation, retraités sans pension, agriculteurs en fin de droits, cadres en rupture d’idéologie libérale, punks à chiens vieillissant sans chiens, handicapés teigneux et rancuniers, femmes, hommes, jeunes et vieux, même combat : tous entassés dans le même sac, celui des laissés-pour-compte… dont la bonne société a quand même besoin, ne serait-ce que pour s’en servir de repoussoir ou de marche-pied. Les films de nos Grolandais préférés mettent donc en scène des anti-héros prolétaires, en révolte maladroite contre les dysfonctionnements d’un monde imbécile dont ils ne comprennent pas, ou plus, les codes, un monde dont le but ultime est de les asservir et les pressurer au profit des puissants.

Marie, Bertrand et Christine, les trois pieds-nickelés de Effacer l’historique, habitent le même ensemble pavillonnaire, quelque part dans une vague zone péri-urbaine, un de ces coins de France où l’on a décoré avec amour les terre-pleins des ronds points qui desservent des centres commerciaux faits d’immenses hangars grisâtres habillés d’enseignes uniformes, tristes et bariolées. Marie, Christine et Bertrand le connaissent d’ailleurs bien, le rond-point de leur banlieue. C’est là qu’ils se sont rencontrés, cintrés dans leur gilet jaune, dans un moment d’euphorie collective autour d’un barbecue révolutionnaire – un moment où ils ont découvert que la fraternité et la solidarité n’étaient pas de vains mots perdus dans les hyperliens d’un dictionnaire en ligne. Ils les ont expérimentés et, la gueule de bois sociale dissipée, ils sont naturellement restés amis. Cabossés, usés, en rupture de ban sociale, sentimentale, familiale, professionnelle… la vie ne les a guère épargnés. Chacun se cramponne aux deux autres, en les croyant plus solides, plus fiables… des blagues. Ils basculent le jour où Marie se retrouve victime de chantage à la sextape de la part d’un godelureau dans le lit duquel une cuite carabinée l’a conduite à se glisser ; le jour où Bertrand perd pied entre le harcèlement dont sa fille est victime au lycée et la suave séduction algorithmée d’une vendeuse de véranda à crédit ; le jour où Christine, qui fait chauffeuse de VTC, se découvre l’esclave non seulement de son employeur mais surtout des notes, systématiquement minables, que lui décernent ses clients. Se voyant également broyés par le même système, Marie, Christine et Bertrand décident d’unir leurs maigres forces – et de s’adjoindre l’aide inattendue mais décisive de Dieu lui-même – pour remonter la chaîne de leurs malheurs et remettre les compteurs à zéro : le harceleur de Marie, ceux de la fille de Bertrand et les faiseurs d’étoiles de Christine.

Ainsi contée, la fable, aussi gafa que kafka-ïenne, aurait pu n’être qu’une charge satirique, hargneuse et revigorante, contre les entreprises tentaculaires qui ont bâti leurs empires en faisant commerce de nos fameuses « données personnelles ». Or, comme souvent sinon toujours chez Delépine et Kervern, c’est dans les marges, les fossés des routes, dans les pas de côté que s’écrivent les histoires et que se révèle l’humanité profonde des gens qu’ils filment. Si on ne rit pas à gorge déployée, si les quêtes insensées n’ont sans doute pas de résolution, ils ont à nouveau semé leurs petites graines d’ananars dans des récits drôles et généreux qui nous parlent simplement de nous. Et doucement instillé la certitude que pour tous les Marie, Christine et Bertrand de la terre, être libre, c’est se donner la maîtrise de son histoire, de son passé et de son avenir – le pouvoir aussi de prendre son temps, d'« effacer l’historique ». (Utopia)

CGR Draguignan : mer9/ 15h30, 20h10, jeudi 10 et ven11/17h45, samedi 12 13h40  et 17h45   dimanche 13/10h50 et 15h30    lundi 14 /13h45  mardi 14/ 17h45

 LE LUC   mer9 et ven11/21h sam12/18h  

LORGUES    mer9 et sam12/21h 

 

A PERFECT FAMILY

Écrit et réalisé par Malou REYMANN - Danemark 2020 1h37 VOSTF - avec Mikkel Boe Folsgaard, Kaya Toft Loholt, Neel Ronholt, Rigmor Ranthe

Vous aurez traduit le titre par vous-même, il y est question d’une famille parfaite. Ironie ? La perfection étant rarement de ce monde, on devine d’emblée un hic… Et pourtant… En avançant dans le récit, une fois le premier choc passé, on y découvrira plus d’interrogations tendres que de réponses tranchées, assaisonnées d’une bonne rasade d’humour, ce qui ne gâche rien. Malou Reymann s’est inspirée pour son premier film de sa propre histoire, pleinement assumée, et se place du point de vue de l’enfance qui observe ces drôles d’adultes s’efforçant d’endosser le rôle de « parents » avec toutes les obligations et tous les clichés qui sont censés aller avec. Une panoplie parfois inconfortable à porter, pour qui se cherche ou n’est pas complètement dans les clous…
À quel moment de l’existence est-on plus sensible aux regards d’autrui qu’à la pré-adolescence ? Cet âge inquiétant où règne un faux calme avant le tsunami des transformations, qui se feront à votre corps défendant, sans pouvoir ni anticiper, ni maîtriser ce qu’il va devenir. Drôle de pochette surprise dont on se serait bien passé. Il ne reste qu’à essayer de s’habituer aux protubérances qui poussent, supposées attirer le regard des garçons, mais bien peu ergonomiques quand il s’agit de jouer au foot. Le foot, c’est le grand plaisir d’Emma, blondinette plus du genre garçon manqué que fillette à petite robe et souliers vernis. À bas le rose bonbon symbole de délicatesse, de petite chose fragile, sage comme une image !
Emma n’est pas du style à sourire docile, comme on le verra. Pourtant tout va bien dans sa vie tranquille de gamine de la classe moyenne, élevée au lait de la tendresse humaine de ses deux parents. Ou plutôt tout allait bien… jusqu’à ce jour fatidique, celui où tout son train de vie, et celui de sa sœur, déraille entre deux bouchées de pizza. Il faut dire que leur mère, secouée par sa colère de femme abandonnée, son chagrin rentré, est bien incapable de modérer ses effets et n’y va pas par quatre chemins. Le glas, qui vient enterrer leur vie de famille harmonieuse, semble sonner par deux fois : « On va divorcer… » silence « … parce que Papa veut devenir une femme. »… Une perte de repères difficile à digérer en quelques secondes, de quoi vous faire détester à vie la pizza ! Pas un regard au père, Thomas, à la mine contrite, catastrophé par la brutalité de l’annonce, privé d’avoir pu préparer ses filles avec douceur… C’est un univers qui est atomisé, un autre à reconstruire et à apprivoiser.
Si l’aînée, Caroline, déjà en âge de s’envoler loin du nid, se montre moins féroce, Emma, elle, est révoltée. La séparation du couple semble même passer en définitive au second plan dans son imaginaire. Qu’est-ce qui est le plus bouleversant ? Cette sensation de perdre un père ? De se retrouver d’un coup avec deux mères ? Faire gober aux copines que cet individu mal fagoté, à l’aspect un brin risible avec ses trop grands pieds, est une femme ? Si l’esprit de Thomas a trouvé sa voie, il est encore engoncé dans les maladresses d’un corps qui se cherche et auquel il va lui falloir tout réapprendre. Plus vraiment Thomas, mais pas encore complètement Agnete, cette femme qu’il est en train de devenir. C’est une étrange chose que d’opérer une mue, en quelque sorte, en même temps que sa propre progéniture. C’en est une autre que de parvenir à le faire accepter à un âge où l’intégration sociale, le désir de se fondre dans le regard des autres ados sont si importants… Même s’il y a de l’amour et que la vie en bout de ligne recèle autant de tragédie que de comédie…(Utopia)
 
LORGUES ven 11/21h  lundi14/18h05

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535, route du Flayosquet
83780 Flayosc


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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera  droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.  
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