Aux cinémas du 13 au 19 juin 2018

Bonjour à tous  !
Cette semaine ne fera pas date pour l'abondance de propositions dans notre région !

Ce n'est pas une raison pour manquer le dimanche 24 juin, la dernière soirée Entretoiles de cette année scolaire, sur le thème "films israéliens",   avec deux  deux films: Foxtrot et Les destinées d‘Asher et bien sûr l'apéritif offert par Entretoiles entre les deux.
 
Cette semaine à CGR, dans le cadre du ciné-club, Trois Visages, beau film iranien de Jafar Panahi, éloge de l'expression artistique, sur le thème de l'entrave et de l'empêchement, un beau film, tourné dans des conditions particulièrement courageuses. Dommage, toutefois, que CGR persiste à ne mettre que des horaires impraticables pour la plupart des gens ! (On peut le voir aussi au Vox et à Cotignac)  Dans le programme ordinaire de CGR, on peut toujours voir Volontaire de Sophie Filières ( (et au Vox), qui filme l'univers militaire et les rapports de force et de séduction entre les personnages.
Les films en ciné club à CGR, d'ici les vacances, seront : Mes provinciales, Plaire, aimer et courir vite.

Au Vox, Gueule d'ange un film fort , tendu et poignant de Vanessa Filho (et à Cotignac), et  Senses 5 de Ruyusuke Hamaguchi, une expérience cinématographique unique.
Et enfin à Salernes,  L’Homme qui tua Don Quichotte le film truculent de l ‘ex-Monthy Python Terry Gillian. Et rien qui retienne notre attention dans les autres salles !

 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net
et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !
 

EVERYBODY KNOWS

Ecrit et réalisé par Asghar FARHADI - Espagne/France 2018 2h12mn VOSTF - avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin, Eduard Fernandez, Barbara Lennie... Festival de Cannes 2018 : Film d’ouverture.

 

EVERYBODY KNOWSC’est au cour d’un voyage dans le Sud de l’Espagne que le réalisateur d’Une Séparation, Le Client (disponibles en Vidéo en Poche), Le Passé… a eu l’idée du film, au détour d’un fait divers. Pendant quinze ans, cet embryon d'histoire a poursuivi Ashgar Farhadi en arrière plan de chacun de ses films, comme un rengaine entêtante, jusqu’au jour où il décida finalement de s'y attaquer sérieusement et d'en faire un vrai scénario. Un scénario écrit et pensé par le cinéaste iranien en farsi, puis traduit minutieusement en espagnol. « Pendant toutes ces années, je ne pensais qu’à l’Espagne »… A voir le résultat, on constate à quel point Farhadi s’est imprégné de la culture, des odeurs, des sons, de la vitalité, de la lumière de l’Espagne : Everybody knows (nouvelle démonstration de l'impérialisme de la langue anglaise) respire, vit, et vibre comme un film espagnol.
Nous sommes dans le Sud du pays, dans un petit village rythmé par le ding-dong du clocher de l’Église, qui partage la place centrale avec le bar-restaurant. Les vignes ne sont pas loin, inondées de soleil. Ce matin-là, le bar est en effervescence. On y célèbrera demain un mariage et la fête promet d’être belle : il y aura le soleil, le vin de Paco, les cousins éloignés, l’orchestre, la musique et le sourire de Laura, la sœur de la mariée, qui a fait le déplacement avec ses deux enfants depuis l’Argentine où elle vit désormais. Pour Laura l’exilée, c’est l’occasion de renouer avec ses racines espagnoles.
C’est la première partie du film, elle est bruyante, joyeuse et mélancolique, comme le sont parfois les fêtes de familles où l’on constate, aussi, au détour d’une étreinte, que le temps a passé trop vite sur ceux que l’on aime. Asghar Farhadi, dans cette exposition de ses personnages, prend le temps de s’arrêter sur chacun, révélant en filigrane, par petites touches impressionnistes, les petites failles, les regards complices ou plus distants. Celle ou celui qui prendra la peine de bien observer pourra déjà lire, ici, les prémisses de la tragédie qui va advenir.
La deuxième partie du film, la plus longue et la plus intense, nous plonge avec brutalité dans un autre monde, sur un registre bien différent et pour ainsi dire dans un autre film, beaucoup plus sombre. Car un événement inattendu et violent va arriver, ébranlant d'un seul choc tout l’édifice familial, révélant les crispations, réveillant les vieux démons, ceux du passé, ceux qu’on ne voulait surtout pas inviter aux noces.
Tout le talent d’Asghar Farhadi se déploie doucement, sûrement, avec la sérénité tranquille de ceux qui savent parfaitement où ils nous mènent, ne lâchant jamais du regard aucun de ses personnages, en dépit de leurs travers ou de leurs petitesse. Il faut un vrai talent de chef d’orchestre – rythme, tempo, ruptures, direction d’acteurs – pour réussir de la sorte à faire exister autant de protagonistes sans jamais les juger et encore moins les condamner, tout en maintenant le spectateur en haleine. C’est sans doute la grande force du cinéma de Farhadi, et on la retrouve dans chacun de ses films, qu’ils se passent à Téhéran, à Paris ou au fin fond de l’Andalousie : un regard jamais moralisateur qui offre aux personnages (et donc aux comédiens, tous formidables) la possibilité de s’exprimer et aux spectateurs de décider.(Utopia)

CGR ciné club : mercredi 13 10h55, jeudi 14 13h40, samedi 16 10h55, lundi 18 16h20, mardi 19 10h55

Vox (Fréjus) : mercredi 13 15h55, vendredi 15 et mardi 19 16h, samedi 16 13h50

VOLONTAIRE

Sophie FILIERES - France 2018 1h40mn - avec Diane Rouxel, Lambert Wilson, Corentin Fila, Alex Descas, Josiane Balasko, Hélène Filières... Scénario d’Hélène Filières et Mathias Gavarry.

VOLONTAIRERien ne prédisposait la jeune et jolie Laure à intégrer la Marine Nationale française. Ni son pedigree : fille d’une célèbre comédienne de théâtre que l’on imagine plutôt engagée à gauche et allergique à tout ce qui porte uniforme (Josiane Balasko, impeccable). Ni son gabarit : petite taille, gracile comme un moineau, des allures de fillette perdue. Rien autour d’elle ne semble non plus l’orienter vers ce choix : pas de fiancé engagé, pas de grand-père mort au combat, pas de fascination particulière pour l’ordre, la discipline, les armes. Mais chacun a ses raisons et Laura gardera les siennes, ne cherchant pas à se justifier, affirmant avec force son choix que rien ne semble pouvoir ébranler.
La voici donc engagée sur une base militaire face à l’océan où son parcours brillant et ses diplômes de lettres et de langues lui ouvrent les portes des bureaux de la direction de l’école. Tout en réalisant son apprentissage, elle devient l’assistante du commandant Rivière, numéro deux de la base. Secrétaire, gratte-papier, elle est celle qui doit rédiger des mémos « nets et précis » en 3 ou 4 pages selon la demande, ni une ligne de plus, ni une de moins. Car le redouté commandant a tout du militaire psychorigide droit dans ses bottes, il n’aime ni les bavardages inutiles, ni les à peu près et surtout pas quand ça déborde. Assis l’un en face de l’autre, chacun derrière son bureau, séparés par une baie vitrée, on pourrait se croire dans un aquarium : là où deux espèces que tout sépare se toisent et s’observent, se tournent autour, chacun sur ses gardes, prêt à montrer les dents.

Laure s’acclimate facilement à cet univers d’ordre, de discipline et de règles ultra codifiées et hiérarchisées, elle va très vite piger le fonctionnement de l’institution, son langage, ses abréviations, ses non-dits. Très vite aussi, elle éprouve une fascination pour le commandant Rivière… Quel homme se cache derrière l’uniforme impeccable ? Quelles tempêtes, quels sentiments sont enfouis sous son crâne impeccablement brossé ? Quelle est sa vie ? Qui est-il vraiment ?
Rivière de son côté, surnommé « le Moine » tant son abnégation pour la Marine est totale, ne parvient pas à percer les motivations de la jeune fille et semble lui aussi comme aimanté par sa singulière détermination, ses airs de chat sauvage. Son regard bleu cache des nerfs d’acier et une efficacité redoutable… Laure a quelque chose d’une machine de guerre. Quand la jeune fille veut intégrer une formation spéciale réservées aux hommes, elle va devoir obtenir l’aval de Rivière. La première manche de la bataille commence alors…

Zone de pouvoir, de rapports de forces, de discipline aveugle et de dévouement sans condition, l’univers militaire est un champ d’observation singulier pour un cinéaste qui choisit d’y placer ses personnages. Hélène Filières le filme sans fascination particulière, sans jugement politique ou moral non plus, laissant simplement évoluer les protagonistes, les filmant au plus près comme pour mieux capter leur souffle, puis donnant de larges plans aux décors comme pour mieux montrer la puissance du cadre dans lequel ils évoluent. Dans ce jeu complexe et ambivalent fait de séduction, de craintes et d’attirance trouble, les frontières des relations sont bien moins nettes, concises et définies que les règles de la Marine Nationale. Lambert Wilson est parfait dans ce rôle sur mesure et le représentants de la jeune garde, Diane Rouxel et Corentin Fila, sont eux aussi parfaits. (Utopia)

CGR : mercredi 13 17h40, jeudi 14, vendredi 15, lundi 18 11h10, 13h30, 15h35, 17h40, samedi 16 et dimanche 17 11h05 et 17h40, mardi 19 13h30, 15h35, 17h'à

Vox (Fréjus) : mercredi 6 et vendredi 8 13h50, 15h55 et 21h, jeudi 7 15h, 18h30 et 21h, samedi 9, dimanche 10 et lundi 11 13h50, 18h30 et 21h, mardi 12 13h50, 16h15 et 21h

TROIS VISAGES

Écrit et réalisé par Jafar PANAHI - Iran 2018 1h40mn VOSTF - avec Benaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei, Maedeh Erteghaei... Festival de Cannes 2018 : Prix du meilleur scénario.

TROIS
VISAGESL’Iran est de toute évidence un pays prodigieux et son cinéma en est la meilleure preuve. Ainsi Jafar Panahi : l’acuité de son regard sur les maux de la société iranienne, associée à la grâce et à l’humour qu’il sait conférer à son insolence, règle très rapidement son cas auprès des autorités. Lesquelles commencent par interdire ses films, avant de lui interdire carrément de les tourner lorsque le réalisateur rejoint les opposants à l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad. Emprisonné puis jugé en 2010, condamné à six ans de prison et à une interdiction de tourner la moindre image durant vingt ans, il est depuis lors assigné à résidence… Mais aucune de ces mesures de rétorsion n’a réussi à empêcher Jafar Panahi de tourner des films et de les faire sortir du pays, selon des voies mystérieuses qui n’appartiennent qu’à lui… Depuis lors, Ceci n’est pas un film (2011), Pardé (2013) ou Taxi Téhéran  ont, chacun à leur manière, mis en scène l’enfermement du cinéaste acculé à l’inaction et s’employant à la contourner, sur un ton où le tragique le dispute à la malice, avec pour enjeu l’affirmation opiniâtre de sa survie, comme homme et comme artiste…

Une célèbre actrice de télé iranienne, Benaz Jafari, reçoit sur son téléphone une vidéo macabre, à l’authenticité incertaine : une jeune fille inconnue, empêchée par ses parents de suivre sa vocation de comédienne, se pend dans une grotte tout en l’appelant personnellement à l’aide… Bouleversée, la vedette (dans son propre rôle) plaque son tournage en cours et persuade son vieil ami, le réalisateur Jafar Panahi (dans son propre rôle aussi) de partir enquêter sur les lieux de la tragédie, dans les montagnes du Nord-Ouest iranien.
Rien qu’à l’énoncé de cette intrigue, on retrouve quelques ingrédients du grand cinéma iranien de naguère : le mélange inextricable de fiction et de réalité (avec ses mises en abyme) ; la voiture semblable à un studio ambulant ; le reflet du sort injuste fait aux femmes ; l’ombre du suicide, réponse ultime à une société oppressante où l’art est fort mal vu… Jafar Panahi est bien l’héritier de l’immense Abbas Kiarostami, mort en 2016, dont il fut l’assistant. Trois visages est le premier film du disciple tourné après la mort du maître. C’est un hommage émouvant à son œuvre, dont plusieurs films clés sont cités au détour du récit, notamment le sublime Goût de la cerise.

Avec modestie, avec les moyens du bord, mais aussi avec beaucoup d’humour, Jafar Panahi actualise donc tous les thèmes et les motifs légués par Kiarostami. Le village montagnard où débarquent la vedette et le cinéaste s’y prête parfaitement, avec ses traditions ancestrales et sa jeunesse en révolte sourde. Il y a même, dans une minuscule demeure à l’écart, une chanteuse-actrice d’avant la révolution islamique (1979), vivant comme une recluse. Dans le plus beau moment du film, on aperçoit de loin, après la tombée de la nuit, par la fenêtre de la maisonnette, trois silhouettes danser joyeusement : une activité proscrite en Iran.
Éloge des actrices (trois générations sont évoquées), et de l’expression artistique en général, le film traite aussi, et peut-être avant tout, de l’empêchement et de l’entrave. Jafar Panahi, qui avait tourné son précédent film, Taxi Téhéran, entièrement à l’abri de son véhicule, a, cette fois, une plaisanterie terrible, déclinant une invitation à dormir dans une maison du village : « C’est encore dans ma voiture que je suis le plus en sécurité ! » (d’après J. Mandelbaum dans Le Monde et L. Guichard dans Télérama)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 16h15, 18h30, 21h, jeudi 14 15h, 17h45, 21h, vendredi 15, 13h50, 16H, 18h30, samedi 16 et dimanche 17 13h50, 18h30, 21h, lundi 18 15H, 18h15, 21h

Cotignac : Dimanche 17 18h

 

 

GUEULE D'ANGE

Vanessa FILHO - France 2018 1h48mn - avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir, Amélie Daure, Stéphane Rideau... Scénario de Vanessa Filho et Diastème. Festival de Cannes 2018, Sélection Un certain regard.

 

GUEULE D'ANGEC'est l'histoire de Marlène et de Gueule d'ange. Une mère qui élève seule sa fille de huit ans qu'elle n'appelle que par ce surnom. Une relation forte, mais compliquée, déglinguée par le comportement erratique d'une jeune femme qui a du mal à assumer sa maternité, ses affaires de cœur, sa vie…
Quand on découvre Marlène, on devine qu'elle rentre tard d'une fête et qu'elle a célébré, en buvant plus de raison, quelque chose d'important. « J'ai assuré, j'ai assuré ! » répète-t-elle à sa fille, comme si elle avait passé un entretien et qu'elle avait décroché un boulot. En fait elle a trouvé un nouveau mec, elle va se marier. Pendant la préparation de la cérémonie, la tension est palpable, la mariée est fébrile, c'est normal. Après tout c'est sa cinquième chance de trouver l'homme de sa vie, comme elle le dira au cours du repas, dans une scène étonnante, remarquablement écrite, qui aurait sûrement été hilarante si la réalisatrice n'avait pas réussi à faire poindre les signaux du naufrage qui va immanquablement arriver.
On sent bien que Marlène n'est pas une mauvaise personne : elle aime sa fille, elle le lui dit et c'est sans aucun doute sincère, elle ne se rend pas compte à quel point la vie qu'elle lui fait mener peut être déséquilibrée, angoissante, périlleuse… C'est une nana paumée comme il y en a certainement des milliers, avec un horizon culturel limité aux émissions de télé-réalité débilitantes. Des filles grandies dans les années 1990 et 2000, durant lesquelles des générations de gamines – n'oublions pas les gamins pour autant – se sont fait farcir le cerveau de l'idée que chacun pouvait du jour au lendemain mener la vie d'une certaine jet set relatée dans des feuilles de choux plus ou moins à scandale. Et ce uniquement parce qu'elles avaient un joli minois et un corps idoine. En deux mots, parce qu'elles avaient un look de bimbo. C'est un peu ça Marlène, l'alcool en plus, à forte dose. Dans des milieux plus aisés, elle aurait pris de la cocaïne, c'est plus chic… Et puis un soir, Marlène disparaît sans prévenir et laisse sa fille se débrouiller, seule. Commence alors pour la gamine une période d'errance qui va révéler son incroyable énergie, sa force vitale…

 Vanessa Filho signe un premier film fort, tendu et poignant, photographié magnifiquement par Guillaume Schiffman. Elle offre aussi à Marion Cotillard la possibilité d'une performance hors normes qui, s'il en était encore besoin, confirme son immense talent (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 13h50, samedi 16 16h15, dimanche 17 16h10

Cotignac : jeudi 14 20h30

 

 

SENSES 5

Ryusuke HAMAGUCHI - Japon 2015 5h VOSTF - avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara, Rira Kawamura... Scénario de Ryusuke Hamaguchi, Tadashi Nohara et Tomoyoki Takahashi.
 

SENSESÀ quoi rêvent les femmes japonaises d’aujourd’hui ? À avoir plus de temps pour elles. Senses leur donne celui nécessaire pour se retrouver dans une splendide chronique d’émancipation…
Au Japon, 100 000 personnes disparaissent chaque année sans laisser de traces. On les appelle les « évaporés ». C'est ce qui va se passer avec Jun : du jour au lendemain elle disparaît, elle s'évapore, laissant ses trois meilleures amies dans le désarroi. Sa disparition va entraîner un séisme intime en chacune d’elles, les amenant à questionner leur amitié comme leurs vies respectives. Car Jun était le pilier du groupe, celle qui leur avait permis de toutes se rencontrer…

Ryusuke Hamaguchi donne une ampleur inédite à la situation en libérant une parole trop longtemps mise en sourdine. Sans rien montrer d’une hystérie généralisée ou d’actes physiques extrêmes, le chamboulement émotionnel n’en est pas moins intense. Il est à la source de remous intérieurs qui vont pousser les héroïnes à se poser des questions essentielles, à même de changer la destinée de chacune, parce que les réponses apportées s’émancipent du poids moral de toute une société. Comment aimer ? Peut-on avoir confiance en l’autre ? Doit-on tout se dire ? Ai-je la vie que je souhaite ? Des interrogations qui reflètent bien la perplexité affective dans laquelle flottent les sociétés contemporaines… Senses les remet au centre de tout, rappelant la nécessité d’une interaction sociale, quelle qu’en soit la forme.
Pour éviter des réponses toutes faites, Hamaguchi prend le temps d’une analyse collective, notamment par le biais du séminaire d’un artiste-activiste (baptisé « écouter son centre ») auquel participe la bande d’amies, parmi d'autres. Celui-ci va avoir un effet cathartique imprévu…

Hamaguchi filme avec une rare acuité les dynamiques de groupe qui transparaissent. Chaque personnage laisse éclore, dans des successions de gestes faussement anodins, des traits de caractères et des secrets enfouis, faisant éclater les faux-semblants, mettant à jour tout un système de mensonges et de dissimulations liés au statut et à la condition féminine, dans un monde qui persiste à vouloir les contraindre dans des codes et des schémas patriarcaux (pas propres au Japon mais dont les aspects paraissent ici inouïs de notre point de vue occidental et biaisé…). Il y a quelque chose du cinéma de John Cassavetes dans la maîtrise du jeu d’acteur improvisé, le faisant passer pour parfaitement naturel à l’écran…
Cinq épisodes ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes et leur rendre une parole trop longtemps empêchée. Vivre ainsi au plus près des émotions des personnages est un privilège suffisamment rare pour qu’on s’en délecte pleinement. À la fin de Senses, cette impression de quitter quatre amies proches, avec leurs qualités et leurs défauts, nous ferait presque espérer une suite à ce récit fleuve, galvanisant, prenant et toujours passionnant.

VOX (Fréjus) : mercredi 13 et samedi 16 18h45, vendredi 15 et mardi 19 19H, dimanche 17 20h30

 

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE

(The Man who killed Don Quixote) Terry GILLIAM - GB 2018 2h11mn VOSTF - avec Jonathan Pryce, Adam Driver, Olga Kurylenko, Stellan Skarsgard, Rossy de Palma, Sergi Lopez... Scénario de Terry Gilliam et Tony Grisoni, d'après le roman de Miguel de Cervantes.

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE« Certains disent que je suis fou, que je suis seulement habité par mes illusions. Mon nom est Don Quichotte, je ne peux pas mourir. »

On n'osait même plus y croire : le Don Quichotte de Terry Gilliam arrive enfin sur nos écrans ! 25 ans que le Monty Python visionnaire poursuivait son rêve fou, son projet dantesque de porter au cinéma le chef d'œuvre de Miguel de Cervantes, 25 ans sous le signe des espoirs ravagés et de la malédiction implacable – Gilliam n'est d'ailleurs pas le seul cinéaste à avoir sué sang et eau face à Don Quichotte ; on ne citera qu'un seul de ses collègues en galère et pas des moindres : Orson Welles lui-même qui laissa le sien inachevé après y avoir travaillé plus ou moins assidûment pendant les trente dernières années de sa vie…

Pour en revenir à Gilliam, on se souvient de la première concrétisation avortée, du tournage entamé en 2000 avec Jean Rochefort dans le rôle du chevalier à la triste figure et Johnny Depp dans celui de son valet au bon sens inébranlable. Un tournage qui tourna au désastre : pluies diluviennes, maladie de Rochefort, survol constant du plateau par des avions militaires, incapacité du réalisateur à maîtriser les événements… On s'en souvient d'autant mieux que ce déchirant naufrage donna naissance à un excellent documentaire, Lost in la Mancha, programmé dans nos salles.
Gilliam aurait pu être découragé par ce cuisant échec mais non, il est reparti au combat contre les moulins à vent, il a bataillé et frappé à la porte de moult producteurs pour trouver les moyens de remettre son film en chantier. Il y est finalement parvenu, il a réussi à tourner en 2017 l'intégralité de son adaptation avec un nouveau tandem bougrement alléchant : Jonathan Pryce (son complice de Brazil) et Adam Driver. Et même si la malédiction a semblé une nouvelle fois étendre son voile noir à travers une sombre histoire d'argent et de droits non respectés, L'Homme qui tua Don Quichotte n'est plus un rêve, n'est plus une chimère mais bel et bien un film qui va être projeté en clôture du Festival de Cannes 2018 et que nous programmerons dans la foulée.

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? L’amour triomphera-t-il de tout ? (Utopia)

Salernes : jeudi 14, vendredi 15 et dimanche 17 18h, samedi 16 21h

 

 

 

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