Billets de entretoiles

Au(x) cinéma(s) du 20 au 26 février 2019

EntretoilesBonjour à tous !

Cette semaine encore CGR ne propose pas de film ciné club pour cause de vacances scolaires. La  prochaine soirée Entretoiles   aura lieu le 3 mars avec  Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passioncomme prélude à notre mini festival sur le cinéma asiatique les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !

A  Lorgues vous pourrez voir Une femme d'exception (bientôt en cineclub à CGR), portrait d'une femme brillante luttant pour une justice égalitaire, Ulysse et Mona , rencontre de deux solitudes qui interroge sur le sens de la famille et la puissance de l' amitié et L'incroyable histoire du facteur Cheval, une aventure généreuse et terrienne.

A Salernes, on vous propose La Mule en V.O,  thriller  qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon.

A Cotignac Doubles vies (bientôt en cineclub à CGR) ,  Olivier Assayas égratigne le milieu de l édition parisienne avec une légèreté bienvenue et Colette de West Moreland qui restitue l'histoire de l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. 

Au Luc (au Vox aussi) Green book de Peter Farrelly, inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse et humour les liens entre race et classe aux Etats Unis.

Au Vox parmi les sorties de la semaine le dernier film de François Ozon Grâce à Dieu où il se risque à traiter de la pédophile dans l 'église de façon crue et réaliste, Une intime conviction, une fiction haltante qui conduit à réfléchir sur les ambivalences de l'institution judiciaire et de ses serviteurs, Euforia de Valeria Golino, où deux frères que tout oppose vont apprendre à se découvrir et à s'aimer et le film d'animation Minuscule 2un émerveillement total, doublé d’un appel à l’ouverture à l’autre et à l'émancipation.


Les prochains films de ciné club (après les vacances...) seront: Une femme d'exception, Doubles vies, Border et Ben is back.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

UNE FEMME D'EXCEPTION

Mimi LEDER - USA 2018 2h VOSTF - avec Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Kathy Bates... Scénario de Daniel Stiepleman.

 
La femme d'exception du titre, c'est Ruth Bader Ginsburg, désormais élue juge à la Cour suprême des États-Unis, au grand dam de Donald Trump qui aimerait tant l’en dégager. Il faut le comprendre : existe-t-il pour lui adversaire plus redoutable qu’un esprit brillant qui, sans être millionnaire, sans acheter personne, est plus populaire que lui et le restera certainement plus longtemps après sa disparition que bien des présidents des États Unis de l’impitoyable Amérique. À 85 ans, elle est devenue la coqueluche de plusieurs générations. Une véritable icône du pop art, indémodable, indétrônable. Ruth est sans doute la seule juge au monde à avoir des mugs à son effigie, des tee-shirts, des pins ! On la représente en Wonder Woman, avec une couronne sur la tête, voire en madone ! Certain-e-s vont jusqu’à faire tatouer son portrait sur leur chair tendre. Mais au-delà de ce qui peut sembler un effet de mode, il y a la reconnaissance de tout un peuple pour celle qui a lutté, continue de lutter contre toutes les formes de discrimination et a fait progresser les droits des femmes, des minorités raciales, des gays…
Le film cueille Ruth au moment où elle est encore étudiante à Harvard. Les filles qui étudient le droit sont rares et ce n’est pas le doyen de la faculté qui les met à l’aise quand la première question qui lui brûle les lèvres est : « Et pourquoi (sous entendu : comment osez-vous ?) occuper une place qui est dévolue à l’homme ? ». Alors que les huit autres étudiantes rougissent d’humiliation, de colère rentrée, Ruth, malicieuse, affichant le plus doux des sourires polis, le renverra poliment à ses fourneaux. Oui elle est femme, oui elle est mère, oui elle est juive ! Et alors ? Si la Constitution ne lui donne pas les mêmes droits que ses congénères, c’est qu’il faut la changer ! Rien que ça ! Et si le combat doit prendre le temps d’une vie, ce sera la sienne !
Et tandis que, le soir, elle jongle avec les langes du bébé, les cours à potasser, celui qu’elle aime, qui l’épaule, qui va tomber gravement malade. Il y aurait de quoi baisser les bras. Mais c’est à se demander où ce petit brin de femme va puiser sa force… Non mais ! C’est tout de même pas un vulgaire cancer qui aura sa peau ni celle de son bonhomme ! Ce n’est qu’une donnée supplémentaire qu’elle intègre dans son agenda : bébé, cours, hôpital, aller supplier le doyen d’assister en parallèle aux cours que rate son époux pour qu’il ne perde pas son année… Waouh ! Rien que ça, ça scotche ! Mais ce n’est que le début d’une grande carrière dans laquelle elle arrivera par des moyens détournés à monter les échelons. Leçon numéro 1 : si tu jettes RBG par la porte, elle reviendra par la fenêtre, ou par la cheminée : car après tout, dans quel article de loi est-il inscrit que le rôle de Père-Noël est interdit aux dames ? 
Si le scénariste du film rend si bien hommage à cette magnifique juriste, héroïne des temps modernes, c’est qu’il est son propre neveu. Pour l'anecdote, quand il l’a appelée pour lui demander l’autorisation d’écrire sur elle, RBG lui a répondu, taquine : « Si c’est ça que tu as envie de faire de tes journées… ». Et elle ne lui fera pas de concession. Il veut dresser son panégyrique ? Soit, elle en fera un outil de plus au service de ses convictions : bouger les marques, abattre les préjugés et pour cela il faut viser où ça fait mal, avec élégance. Ses plus belles armes seront toujours ses traits d’esprits redoutables(Utopia)  
LORGUES    
mer. 20 févr. / 18h55       ven. 22 févr. / 21h05      sam. 23 févr. / 19h50   dim. 24 févr. / 18h00

ULYSSE ET MONA

Écrit et réalisé par Sébastien Betbeder - France 2019 1h22mn - avec Manal Issa, Eric Cantona, Mathis Romani, Quentin Dolmaire, Marie Vialle, Joël Cantona...

En quelques films, l’intrigant Sébastien Betbeder a su imposer un univers singulier, fait de personnages décalés, solitaires parfois un peu inadaptés au flux continu de nos mondes trop pressés. Un zeste de Tati pour les fulgurances dans l’absurde, un soupçon de Jarmusch pour une sorte de poésie désenchantée. Mais si on identifie une patte Betbeder, le cinéaste peut surprendre d’un film à l’autre : 2 automnes, 3 hivers (disponible en Vidéo en Poche) était une comédie nonchalante autour d’un célibataire un peu à côté de la plaque parfaitement incarné par Vincent Macaigne, tandis que Le Voyage au Groenland était un projet fou, intégralement tourné dans l’immense île danoise vers laquelle deux jeunes parisiens peu adaptés aux confins arctiques décidaient de partir pour changer de vie.

Depuis Marie et les naufragés, dans lequel il lui avait donné le rôle d’un écrivain carrément flippant, frappé d’hypersensibilité aux ondes électriques, exilé sur l’île de Groix, Sébastien Betbeder semble avoir trouvé son acteur fétiche : Eric Cantona, l’ancien « King Eric », héros footballistique de Manchester United devenu comédien singulier, au physique marmoréen, idéal pour les rôles d’ours gentiment asocial. Il incarne ici Ulysse, artiste contemporain qui eut son petit succès avant de se résoudre à tout arrêter pour se réfugier en ermite, en compagnie de son chien, dans un manoir délabré de la campagne percheronne. Son seul défouloir est le terrain de tennis où il affronte, dans une scène qui pourrait sortir de Mon Oncle ou Playtime, une machine à balles. Mais deux événements vont venir perturber ce projet de retraite avant l’heure : l’irruption d’une jeune étudiante des beaux-arts fan de l’artiste qu’il était, bien décidée à le faire sortir de sa retraite et à devenir son assistante coûte que coûte ; et l’annonce d’une sale maladie qui va le faire revenir à l’essentiel, en l’occurrence gagner le pardon de tous les proches, ex-femme, enfant, frère, qu’il a abandonnés ou blessés. Et la visite non désirée de l’étudiante va se transformer en un road-movie rural vers le passé et ses fantômes.

Sébastien Betbeder utilise parfaitement ses deux comédiens principaux – aux côtés d’Eric Cantona, la jeune franco-libanaise Manal Issa, révélée par Danielle Arbid dans Peur de Rienpuis confirmée dans Nocturama de Bertrand Bonello, exploite formidablement sa fraîcheur mutine tout comme sa détermination – ainsi qu’une galerie savoureuse de personnages secondaires. Il imagine des scènes parfois génialement absurdes – comme celle d’un braquage de station service qui ne tourne pas comme prévu –, jouant autant sur le registre comique que dramatique, notamment dans les scènes de retrouvailles entre Ulysse et ses proches (avec la présence du propre frère de Eric Cantona, Joël). Se tisse ainsi une comédie absurde de la vie, où le personnage d’Ulysse, splendide clown triste, retisse des liens avec ceux dont il a été séparé. Et Cantona, qui nous fait rire dans la première partie du film, devient peu à peu bouleversant et s’avère définitivement un comédien d’un talent à l’égal de celui qui le faisait briller aux yeux des supporters mancuniens.(Utopia)  
LORGUES    
  ven. 22 févr. / 17h15      sam. 23 févr. / 18h05   lun25  / 21h05

L'INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

Niels TAVERNIER - France 2018 1h48mn - avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq, Florence Thomassin, Zélie Rixhon, Natacha Lindinger... Scénario de Fanny Desmarès, Nils Tavernier et Laurent Bertoni.

On connaît tous, peut-être sans toujours savoir le nommer ni le situer, cet étrange et saisissant monument, ce palais aux formes singulières, ni tout à fait bâtiment, ni tout à fait sculpture, amoncellement harmonieux de pierres, de colonnes, de statues et de tours comme tout droit sorties d’un conte oriental. Mais si l’on sait le destin tragique d’un Van Gogh ou les passions d’un Rodin, on aura du mal à raconter l’histoire du créateur de cette œuvre unique et hors-norme, un homme simple et ordinaire qui ne se voyait pas lui-même comme un artiste. Avec ce film, Niels Tavernier comble nos lacunes et nous raconte le destin incroyable d’un taiseux solitaire, facteur de son état mais poète dans l’âme. Jacques Gamblin campe un facteur Cheval plus vrai que nature, visage émacié, regard un peu fou perdu dans les paysages lointains de son imaginaire et inspiration dévorante pour l’œuvre de toute une vie. Il donne à l’homme toute la complexité de ses silences et au créateur toute la passion de son projet, mais surtout, il retranscrit avec une grande justesse ce que devait être le caractère de ce singulier bonhomme à l’aune de son palais : un cœur pur, encore perché dans l’arbre naïf de l’enfance, un esprit vif et drôle ayant plus le goût de l’écrit que celui du langage et un grand amoureux de la Nature, les deux pieds dans la Terre mais la tête dans les étoiles. Mais entrons plutôt dans le palais…

Nous sommes à la fin du xixe siècle, à Hauterives, petit village de la Drôme. Ferdinand Cheval est facteur et fait tous les jours sa tournée à pieds, 33 kilomètres de chemins escarpés, de ruisseaux, de bois, de prairies qu’il parcourt les sens aux aguets, attentif au moindre chant d’oiseau. L’homme est effacé et peu à l’aise en compagnie de ses semblables dont il semble ne pas comprendre les codes et les usages. La nature, sa beauté, sa pureté, ses surprises et ses trésors, lui offre tout ce dont il a besoin pour être heureux. Peu de temps après la disparition tragique de sa femme et la séparation d’avec son jeune fils, il fait la connaissance de Philomène, une jeune veuve dont il va s’éprendre. Une fille naîtra de cette union, Alice.

Au cours de l’une de ses tournées, il butte sur une pierre, manquant de tomber. Attiré par sa forme curieuse, il la ramasse et la glisse dans sa poche pour mieux la regarder à tête reposée. Ce sera « la pierre d’achoppement », celle sur laquelle il va bâtir son œuvre. Car par amour pour Alice, sa fille chérie, il a déjà en tête les contours de ce sublime Palais, fruit de son imagination, de ses lectures sur des pays lointains et de la contemplation des cartes postales exotiques qu’il achemine chaque jour jusqu’à leurs destinataires. Tout en restant facteur, il commence alors la construction de ce Palais Idéal, travaillant la nuit, charriant des cailloux dans sa besace, un panier, une brouette, inventant des techniques pour que son œuvre soit robuste, montant des échafaudages et faisant fi de tous les sarcasmes de ceux qui le prennent pour un fou. Absorbé tout entier par cette tâche qui le nourrit et l’habite, lui l’architecte, le maître d’œuvre, l’ouvrier, lui l’homme simple, le père aimant, le facteur Cheval crée le monde dans lequel il veut vivre. Une mosquée, un temple hindou, des animaux, un chalet suisse, un balcon, des escaliers, une cascade, des géants… la liste est infinie et montre toute l’audace et toute la curiosité de ce modeste facteur qui inventa, sans le savoir, l’art brut.  (Utopia)
 
LORGUES    
mer. 20 févr. / 16h50       ven. 22 févr. / 19h      sam. 23 févr. / 16h  lun25/ / 19h

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VOSTF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

 

 
Nous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient. (Utopia)
 
SALERNES   V.O
mer. 20 févr. / 16H       jeu 21/18h    ven. 22 févr. / 20h30      sam. 23 févr. / 16h  dim. 24 févr. / 18h00   mar 26  / 18H

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Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 février 2019

Bonjour à tous !

Cette semaine pas d’événement Entretoiles, et pas non plus de film ciné club, pour cause de vacances scolaires. Notre  prochaine soirée  aura lieu le 3 mars avec  Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passion, comme prélude à notre mini festival sur le cinéma asiatique les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !

 

Voici les films que vous propose  CGR  à partir de mercredi : Green book de Peter Farrelly (également au Vox), inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse (et d'humour, ce qui ne gâche rien)  les liens entre race et classe aux États UnisLa mule de Clint Eastwood,  thriller magnifique qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon,  Les Invisibles  de Louis Julien Petit (au Vox aussi), une comédie sociale savoureuse qui  parle avec humour et sans pathos de la difficulté de survivre dans la rue quand on est une femme, et des bienfaits de la solidarité.

Vous pouvez vivre cette semaine au rythme de la danse : CGR vous propose une seule soirée avec La la land de Damien Chazelle, une vraie bouffée de bonheur, et à Salernes, vendredi et samedi, vous pouvez enchaîner Le grand bal de Lætitia Carton, un film où nous sommes touchés par la grâce et secoués par les sourires, et Impulso de Emilo Belmonte qui nous donne à voir le travail de la danseuse de flamenco, impulsive et charnelle, Rocio Molina..

 

A Lorgues, allez voir L'amour debout de Michael Dacheux, une histoire d'amour, d'art et de courage.


Au Vox Deux fils de Felix Moati, un 1er film délicat et mature, Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi, chronique sociale entre humour franc et humour grinçant,  My beautiful boy une histoire émouvante d'un père tentant d arracher son fils à la drogue, La dernière folie de Claire 
Darling , une tragédie douce amère et émouvante dans laquelle Catherine Deneuve rayonne. Edmond de Alexis Michalikqui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des  pièces les plus célèbres du théâtre français ,et enfin, Colette de West Moreland qui restitue l'histoire de l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. 

Les prochains films de ciné club (après les vacances...) seront: Une femme d'exception Doubles viesBorder et Ben is back.

Ce n'est pas du cinéma, mais c'est tout de même de la projection : allez voir à la Chapelle de l'Observance, à Draguignan, confortablement installés dans des chaises longues, des images numériques projetées sur les voutes et les murs ! C'est gratuit, c'est beau, et c'est ouvert du mardi au samedi de 10h à 17h.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

 

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10 VOSTF - avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

 

 
 
Un mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!

Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…

Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique..( Goldberg, Les Inrockuptibles)  
CGR  ( en VF)  mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15, samedi 16, dimanche 17, lundi 18, mardi 19 : 22h             
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 13 VF 13h45, VO 18h20, jeudi 14 VO 15h45, VF 21h, vendredi 15 VF 15h35, 18h30,samedi 16 VF 16h10 VO 21h, dimanche 17 VF 15h50, VO 20h30, lundi 18 VF 13h45, VO 18h15, mardi 19 VF 15h40, VO 21h

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

 
Nous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient. (Utopia)
CGR ( en VF)  tous les jours à 15h45 et 22h10
 
 

LES INVISIBLES

Louis-Julien PETIT - France 2018 1h43mn - avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Déborah Lukumuena, Pablo Pauly, Sarah Suco... Scénario de Louis-Julien Petit et Marion Doussot 
 

Tout comme Discount, le premier film de Louis-Julien Petit qu'on avait déjà beaucoup aimé (celui-ci est encore mieux !), Les Invisibles est un film jubilatoire, drôle et résolument politique, au sens le plus noble du terme. Décidément la filmographie de ce jeune réalisateur est bien partie pour remonter les bretelles aux injustices sociales sans avoir l’air d’y toucher, en usant d’armes universelles telles le rire, l’humanité… On sort de son film heureuses et grandis, remplis de courage, pleines d’envies. Celles avant tout de ne pas baisser les bras et de regarder devant soi avec toujours plus d’empathie.

Fortes en gueules ou gueules brisées, elles sont là. Même si la bonne société essaie de ne pas les voir. Habituées à se sentir transparentes, elles se gomment, se fondent dans la grisaille de la ville. Être vues, ce peut être le début des emmerdes. Tant et si bien que certaines en ont même perdu l’envie d’être belles. Et pourtant, belles, elles le sont, plus que la ménagère standard ou la séductrice mini-jupée sur trois étages ! On a affaire à de de la drôlesse qui a vécu, qui a du chien, du caractère, ou tout au contraire à la douceur incarnée qui a cessé de se faire confiance, qui s’est effacée face aux siens. Ce sont des foultitudes de femmes toutes uniques, leurs corps nous le raconte ainsi que les traits de leur visage, sculptés par leur combat quotidien, la rue, le temps qui attaquent chaque être. Elles ont la magnificence fragile de celles qui ont réussi à surnager.
Ce film qui fait chaud au cœur et à l'intelligence s’ancre dans une réalité qui ne devrait pas avoir droit de cité dans les pays civilisés, celle des femmes précaires, SDF qui arpentent nos villes dans une indifférence assassine. Tout pourrait paraître sombre et pourtant ça ne l’est pas ! Surtout quand au fin fond d’un quartier, des mains se tendent, patientes, inespérées, celles d’autres femmes tout aussi invisibles, des travailleuses sociales qui, malgré les faibles moyens mis à leur disposition, s’acharnent à redonner un peu de dignité, de reconnaissance à celles qui n’y croient guère. Il suffit parfois d’une douche, d’un repas chaud, pour réchauffer les sourires et leur permettre de repartir plus loin qu’on n’aurait cru. 
L’action se passe dans un de ces centres dits sociaux qui accueillent le jour les laissées pour compte. C’est Angélique, jeune gouailleuse intrépide (Déborah Lukumuena, une des actrices de Divines qui ne cesse de l’être), qui ouvre les grilles de l’Envol, le matin. Voilà la frêle structure submergée par le flot de celles qui rêvent de parler de leur nuit de galères solitaires. Ici, on accueille, tout en gardant ses distances. Pas question de se retrouver noyées dans la misère du pauvre monde, l’empathie n’est possible qu’en se protégeant un peu. Pourtant on sent bien que la barrière de protection est ténue, prête à rompre. Comment résister à ces sourires timides sous lesquels émergent des blessures tenaces, des envies de revanche magnifiques ? Toutes ces sans-abri ont un nom inventé pour voiler leur véritable identité : Edith (Piaf), Brigitte (Bardot ? Lahaie ? Macron en dernier choix ?), Lady Dy, Simone (Veil), Marie-Josée (Nat), Mimy (Mathy)… Aucune n’est apaisée, d’aucunes font semblant d’être calmes, plus versatiles que le lait sur le gaz, toujours prêtes à mettre le feu ou à s’embraser. Elles peuvent se montrer tour à tour aimables, détestables, admirables. On ne sait plus. Même Manu, la responsable pourtant aguerrie du centre, et ses collègues ne savent plus. Une chose est sûre : malgré les agacements, les déceptions, le jour où l’administration aveugle va décider de fermer le centre, l’équipe entière fera front, quitte à passer de l’autre côté de la barrière.
On ne vous en dit pas plus. C’est un film qui se vit plus qu’il ne se pense, un appel au courage. Même dévalué, le moindre des êtres vaudra plus qu’une action Natixis, il y aura toujours un poing pour se lever, une parole solidaire pour s’élever. C’est beau, c’est drôle, véridique, c’est du grand Petit (Louis-Julien). Décidément ces invisibles nous font rire, nous émeuvent tout en échappant aux clichés. C’est une belle réussite, vibrante, vivante, remarquablement interprétée par une pléiade d’actrices investies, professionnelles ou non.
  (Utopia)

CGR :mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15, samedi 16, lundi 18 et mardi 19 à 10h55

LE VOX  : jeudi 14 à 16h10 et lundi 18 à 18h45

LA LA LAND

Ecrit et réalisé par Damien CHAZELLE - USA 2016 2h08mn VF - avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...

LA LA LANDDu haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a un talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dents dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les mille et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor. 

La la land, c’est la comédie musicale comme on n'osait plus la rêver, c’est un étalon lancé à cent kilomètres heure sur la piste de danse étoilée. Ce ne serait que cela, ce serait déjà très bien, mais quand le cavalier qui tient les rênes est un type passionné de musique, brillant, audacieux, fougueux, il devient vite évident que l'on est ici un niveau au-dessus et qu’au-delà du simple film de genre, c’est bien un pan tout entier de l’âge d’or du cinéma hollywoodien que le bougre a décidé de parcourir à bride abattue. La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune.

C’est l’histoire de Mia et de Sebastian… Elle est serveuse dans un café niché au creux d’imposants décors d’un grand studio hollywoodien et court obstinément les castings dans l’attente du grand rôle. Il est pianiste de jazz, fan de Thelonius Monk mais pour l'heure il est surtout fauché et doit cachetonner en attendant d’accomplir son rêve : reprendre une mythique boîte de jazz à son compte et y jouer toute la musique qu’il aime. Entre eux, l'indifférence voire le mépris d'abord… avant les étincelles !
Embrassant avec délice tous les clichés, jonglant avec les références les plus prestigieuses – de Chantons sous la pluie à La Fureur de vivre en passant par Un américain à Paris, West Side Story ou les mélos flamboyants à la Douglas Sirk, sans oublier quelques clins d'œil admiratifs autant qu'affectueux à Jacques Demy – La la land parvient pourtant à tout réinventer. Les codes, dont il se moque avec tendresse, les chansons, traditionnelles mais souvent détournées avec humour, les décors, sublimes dans leur écrin de carton pâte mais qui jamais ne font toc, et les deux protagonistes, clichés sur pattes (la jeune serveuse qui veut percer à Hollywood, le musicien idéaliste et un peu dédaigneux qui se veut l’héritier des plus grands) mais terriblement humains. Même le récit, dont la trame est classique, parvient à nous surprendre grâce à une construction singulière (la toute dernière partie du film est en cela une belle trouvaille).

S’il s’agit plus d’un hommage abouti que d’une véritable révolution cinématographique, La la land est une vraie bouffée de bonheur, colorée, enjouée, rythmée, qui vous prend par la taille, vous entraîne dans la danse et ne vous lâche qu’au bout de deux heures… Ou qui ne vous lâche pas, la la la…(Utopia)

CGR : une seule séance jeudi 14 à 20h

 

LE GRAND BAL

Laetitia CARTON - documentaire France 2018 1h39mn -

LE GRAND BALCe film entraînant est bien plus qu'une invitation à la danse, il en dépasse largement le cadre tout en ne parlant que d’elle. Il nous donne à voir à quel point faire la fête est un acte rassembleur dans une société où tout semble fait pour séparer les citoyens et les générations. Au Grand bal, on ne parque pas les vieux loin des jeunes, on se mêle goulument, flottant au dessus des idées préconçues. Entre deux rondes on se pose même des questions sur les relations hommes / femmes, sur le féminisme. Car après tout, où est-il écrit que ces messieurs doivent toujours mener la valse et est-ce qu’ils n’en seraient pas un peu las ? Pendant les sept jours et les huit nuits de cette grande messe annuelle qui rassemble deux mille personnes venues d’un peu partout en Europe, on refait le monde à l’image d’une humanité accueillante, curieuse de l’autre. Et l’affaire est moins superficielle qu’on ne pourrait le croire ! S’il est question ici de mazurkas, de bourrées, de pizzicatas […], vous qui ne dansez pas, ou vous qui dansez le rock’n roll, le tango, la salsa (et que sais-je encore) : accourez ! Vous ne repartirez pas les mains, ni le cœur, ni la cervelle vides de cette heure trente neuf de grâce pure !
C’est également un film d’une intense intimité, celle qui s’immisce entre deux être qui s’enlacent pour quelques instants fugaces avant de repartir dans l’immense marée humaine. Le Grand Bal devient alors un personnage à part entière, « un grand corps collectif respirant à l’unisson ». Laetitia Carton a su saisir les fulgurances de ce monde tout en nuances, de cette aventure à la fois collective et profondément individuelle sans jamais être intrusive. Et si la jeune réalisatrice en parle si bien, c’est qu’un beau jour, elle est tombée dedans sans que rien ne l’y prédestine, si ce n’est peut-être les paroles de sa grand-mère qui la firent rêver petite en lui contant l’exaltation de ses premières guinches. Sa caméra épouse respectueusement et sans faux pas ceux des danseurs, en nous laissant partager l’intensité de ces quasi moments de transe dans lesquels les esprits partent à l’abandon de soi. Progressivement, cela ressemble presque à une forme de méditation heureuse qui emporte chacun dans un tourbillon où plus rien ne compte hormis le dialogue des corps, leur osmose. Alors qu’après avoir été à son comble la pression redescend enfin, les larmes coulent parfois, resurgit la peur de l’abandon, celle de ne pas être invité(e)… 
Tout comme dans ses précédents films (J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd ou Edmond un portrait de Baudoin…) Laetitia Carton procède par touches subtiles et délicates, filme la moindre des choses avec une grande profondeur de champ, une grande profondeur d’âme. Son texte qui guide nos pas dans ce cercle passionnel d’initiés est tout bonnement magnifique, sensible. On est touché par la grâce de ce que les gestes dévoilent parfois malgré eux. Secoués par nos sourires, on en ressort tout simplement joyeux en se demandant : « Et si c’était ça le bonheur ? Cette joie vitale, instinctive, pure qui fait vibrer chaque fibre de nos êtres ? » (Utopia)

Salernes : vendredi 15 et lundi 18 à 18h, samedi 16 à 20h30

 

 

IMPULSO

Emilio BELMONTE - Espagne 2018 1h45 VOSTF -

IMPULSOImpulsive, charnelle, sauvage, dotée d’une technique qui éblouit, la danseuse Rocío Molina est devenue l’une des danseuses (contemporaines ? elle n’aime pas toujours qu’on l’appelle comme ça...) au monde les plus admirées aujourd’hui. Poussant les limites de la danse et des arts visuels, peu de danseurs ont osé transgresser à ce point les thèmes classiques du flamenco tels que, l’origine magique du duende, le regard vers le passé et ses lois immuables, le deuil, la tragédie ou encore la domination masculine… Rocío Molina, quant à elle, s’intéresse à la sexualité féminine, la notion de limites et leurs dépassements, l’humour, la mythologie ou la poésie du quotidien. 

Lorsque le réalisateur Emilio Belmonte la rencontre en 2015, il découvre une femme qui a soif de collaborations artistiques diverses avec des danseurs, vidéastes, musiciens, architectes… Après avoir longuement échangé sur leurs parcours respectifs, leurs méthodes de création, sur le silence, le risque et le désir comme moteurs de la création, le projet de consacrer un film sur l’émergence du geste flamenco arrivait à point nommé. 
Ce bio-doc exceptionnel suit donc Rocío Molina pendant la création d’un nouveau spectacle au Théâtre National de Chaillot à Paris. Les répétitions et les performances alternent avec des entrevues avec des membres de la famille, des amis, des collègues et des musiciens accompagnateurs.

Rocío Molina, considérée comme l’une des meilleures bailaoras d’aujourd’hui, veut donner au flamenco un sentiment d’urgence contemporaine. Pellicule de plastique plutôt que robe tachetée volumineuse classique, elle frappe et se balance sur le sol de la scène tel un insecte géant.(Utopia)

Salernes : vendredi 15 à 20h30, et dimanche 17 à 18h

 

L'AMOUR DEBOUT

Écrit et réalisé par Michaël DACHEUX - France 2018 1h25mn - avec Paul Delbreil, Adèle Csech, Samuel Fasse, Jean-Christophe Marti, Thibaut Destouches, Shirley Mirande, Pascal Cervo, Françoise Lebrun...

L'AMOUR DEBOUTCette histoire pourrait se dérouler dans un roman de Balzac. Cette fois, les Illusions perdues sont celles de Martin et Léa, deux jeunes provinciaux qui viennent de se séparer et qui montent à Paris pour se trouver une place. Mais comment se reconstruire après l'échec du premier amour ? Et que signifie entrer de plain-pied dans le monde adulte ? A l'intérieur de soi, il y a aussi un être mystérieux que l'on ne connaît pas.
Martin et Léa ne sont pas des héros modernes. Il y a en eux quelque chose de romantique, qui résiste à l'air du temps, à son obsession de réussite et d'efficacité. Ce sont des êtres sensibles, doux et délicats, qui avancent à leur rythme. Ils aiment parler de films, de livres, de musique ; l'art est un espace de liberté ; certaines œuvres sont pour eux des rencontres essentielles, qui ont le pouvoir de les aider à se comprendre, à mûrir.
Il est aussi question de courage. Celui de faire son « saut dans l'existence », d'accepter les désirs enfouis, d'être sincère avec soi-même. Pour Martin, il s'agit entre autres de faire son premier film, de se lancer dans une vie de création. Une vie exaltante, mais éprouvante aussi. Comme dirait Jérôme, son ami, « avoir la gnaque tous les matins, ça ne va pas forcément de soi. »
Pour filmer ces jeunes gens, il fallait une mise en scène à leur image, élégante, épurée et sans effets appuyés, généreuse avec le spectateur, qui le laisse libre de ses émotions, libre de se laisser porter par la musicalité du film, de s'y retrouver au gré de ses propres souvenirs de jeunesse, comme dans les grands romans d'apprentissage. (les cinéastes de l'ACID)

Ce n’est pas dans n’importe quelle famille du cinéma français que Michaël Dacheux vient mettre ses pas : il s’agit de celle qu’on a coutume d’appeler « La Nouvelle Vague » et, parmi les réalisateurs rattachés à cette famille, l’influence la plus évidente est celle d’Eric Rohmer, en particulier dans sa période des Contes des quatre saisons : dans le jeu des comédiens, dans le récit du film, dans ce parcours initiatique de Léa et de Martin, avec les atermoiements amoureux de ces deux jeunes adultes et les difficultés rencontrées pour trouver leur place dans la société. Ce n’est sans doute pas un hasard, mais plutôt un clin d’œil, si L’Amour debout se déroule justement le temps de quatre saisons ! Toutefois, on ne peut manquer de penser aussi à Jean Eustache, avec la séquence du film où Martin va assister à une projection de La Maman et la putain à la Cinémathèque, une projection en présence de Pierre Lhomme, le directeur de la photographie du film, et de Françoise Lebrun, l’actrice principale… (critique-film.fr)

Lorgues : samedi 16 16h15, dimanche 17 20h10, lundi 18 19h10

 

DEUX FILS

Félix MOATI - France 2018 1h30 - avec Vincent Lacoste, Benoît Pœlvoorde, Mathieu Capella, Anaïs Demoustier, Noémie Lvosky, Patrick D’Assumçao... Scénario de Félix Moati et Florence Seyvos.

DEUX FILSIl y a quelque chose de Woody Allen dans le film de Félix Moati. Est-ce la musique, délicieusement jazzy ? Ou bien cette manière particulière de filmer la ville comme on filme une amoureuse ? À moins que ce ne soit cette tonalité vive et langoureuse qui swingue entre tragique et nonchalance, comme si le pire était toujours à craindre mais que la tendresse pouvait éclore à la moindre des occasions. Avec ses maladresses touchantes et ses hésitations mélancoliques, c’est un premier film délicat et étonnamment mature, qui aurait pu facilement se noyer dans la verve charismatique et envahissante de ses deux comédiens principaux (Poelvoorde et Lacoste) mais qui réussit pourtant un subtil dosage où chaque personnage tient sa place, sans bousculer ni faire de l’ombre aux autres. Lacoste est impeccable (quelle série pour lui ! Plaire, aimer et courir vite, Première année, Amanda, Deux fils…), Poelvoorde a rarement été aussi touchant et discret et le jeune Mathieu Capella est génial de naturel et d’audace.
Il a beau être un brillant psychiatre, Joseph ne fait pourtant pas l'économie d'une très grosse crise existentielle. De celle qui vous retourne le cerveau en moins de temps qu’il n’en faut pour décider de tout plaquer, le cabinet, les patients, la renommée, et oser enfin vivre son vieux rêve : devenir écrivain. Quant au talent, c’est une autre affaire.
Il a beau être très charmant et étudiant prometteur, Joachim, son fils aîné, n’en est pas pour autant épargné par un chagrin d’amour balèze comme un 4 tonnes qui l’a figé tout net dans un état de procrastination chronique qui l’empêche de commencer ou de terminer quoi que ce soit, et surtout sa thèse, au grand désespoir de son directeur de recherche, affligé par un si beau gâchis.

Et entre les deux il y a Ivan, 13 ans, latiniste convaincu de la force d’un « rosa rosae rosam », collégien hors norme qui est très très en colère face au spectacle désolant de cet effondrement en bonne et dûe forme des deux modèles qui avaient jusqu’à présent guidé sa jeune vie.
Ils sont père et fils, mais pourraient tout aussi bien être les trois âges de la vie d’un seul homme. L’adolescent fougueux et passionné, le cœur encore pur et l’âme incandescente, porté par le sens de l'absolu et une quête mystique. Le jeune homme désinvolte en pleine incertitude identitaire qui ne sait pas encore de quelle écorce sera construite sa vie et qui, déjà, sombre dans la nostalgie. Et l’homme mûr qui assiste passivement au départ de ceux qu’il aime (la toute première scène du film raconte avec force et pudeur tout le chagrin d’un deuil) et s’interroge sur ses erreurs passées et le temps qu’il lui reste (ou pas) pour enfin s’accomplir.
Ils sont un père et ses deux fils, mais à l'occasion les rôles s’inversent, parce que les enfants ont quelquefois bien plus de sagesse et de lucidité que les grandes personnes, et que les grands ont eux aussi peur du noir ou besoin d’être tenus par la main.
Et les femmes dans tout ça ? Elle brillent de mille feux, tout en étant souvent les grandes absentes. C’est Suzanne, le grand amour de Joachim qu’il ne peut oublier. C’est la mère qui est partie il y a si longtemps et dont l’ombre plane comme un fantôme. C’est la jeune prof de Latin (délicieuse Anaïs Demoustier), libre et sensuelle, fragile et diablement indépendante.

Au fil des grands espoirs perdus et des petites victoires sur l’existence, à coups de gueule, à coups de blues, dans les étreintes maladroites et les silences complices, ces trois-là tentent de dire « je t’aime » et ça nous parle.(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 et samedi 16 13h45, 18h45, 21h, jeudi 14 13h45, 18h15, 21h, vendredi 15 et lundi 18 13h45, 18h10, dimanche 17 13h45, 16h20, 21h, mardi 19 13h45, 16h15, 18h30

MY BEAUTIFUL BOY

Felix van Groeningen USA 2H01avec Steve Carell, Thimothé Chalamet ,Mauret Tierney

 


Trois ans après Belgica, le réalisateur des plébiscités La Merditude des Choses et Alabama Monroe poursuit son ascension et signe son premier film américain. Avec My Beautiful Boy, le flamand Felix van Groeningen s’attaque à un drame dur et poignant racontant l’histoire douloureuse d’un père qui s’est battu sans relâche, encore et encore pendant plus de dix ans, pour sortir son fils de l’enfer de la drogue. Produit par Plan B, la société de Brad Pitt, My Beautiful Boy est l’adaptation de deux romans conjugués en un seul long-métrage. D’un côté, celui de David Sheff, le père en question ici interprété par Steve Carrell, qui avait raconté ce combat difficile dans un livre de mémoires particulièrement bouleversant. De l’autre, celui de Nic Sheff, son fils incarné dans My Beautiful Boy par l’étoile montante Timothée Chalamet, qui avait également publié un livre parallèlement à celui de son paternel, où il racontait la tragédie de son addiction.  

Dans un style très différent, My Beautiful Boy pourrait bien venir se ranger aux côtés des plus grands films témoignant du fléau de la drogue, sur l’étagère où reposent les Panique à Niddle ParkTrainspotting et autre Requiem for a Dream. L’apport du film de Van Groeningen au genre, en plus de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle la drogue est souvent associée à la précarité et aux bas-fonds de grandes villes, est d’apporter un nouvel éclairage sur ce Mal en explorant non pas le combat d’un jeune homme ou sa tentative de reconstruction après des années de déchéances (ce qui a été fait mainte et mainte fois), mais d’observer conjointement l’addiction, les tentatives pour s’en sortir, l’espoir et les rechutes, le tout à travers le prisme d’une famille toute entière ébranlée par cet engrenage infernal. Et plus qu’un simple pamphlet contre la drogue, My Beautiful Boyde devenir une histoire d’amour filiale, une histoire de résilience et de fatalisme, mais aussi une histoire questionnant les rapports parents-enfants et l’éducation via le portrait de ce père impliqué en plein désarroi qui s’interroge sur les liens forts et complices créés avec son fils et qui semblent se retourner contre lui aujourd’hui 
 Incarnée par deux immenses comédiens qui offrent des interprétations viscérales et dévastatrices de conviction (Chalamet brille encore et mention à Steve Carrell dont c’est clairement l’année du sacre après ses fabuleuses performances dans Marwen et le prochain Vice), l’histoire de My Beautiful Boy est une déflagration émotionnelle dont la dureté est à aller chercher dans le réalisme que tente d’entretenir Van Groeningen pour traiter son sujet. En mêlant à son drame le portrait d’un adolescent qui essaie de comprendre sa souffrance et pourquoi il a vrillé, et celui d’un père qui cherche où il a pu échouer, My Beautiful Boy s’enrichit constamment en s’efforçant d’explorer, même brièvement, toutes les pistes et directions qui s’offrent à lui. A ce titre, peut-être que le film aurait mérité davantage de longueur pour justement avoir le loisir de devenir une fresque cinématographique plus ample et totale. Mais déjà en deux heures, Van Groeningen arrive à faire beaucoup avec un mélodrame qui remue en profondeur (Mondociné)
LE VOX : mercredi 13 VF 16h20 VO 20h45, jeudi 14 VO 18h30, vendredi 15 VF 15h55 VO 21h, samedi 16 VF 13h45, VO 18h30, dimanche 17 VF 20h30, lundi 18 VF 16h20, VO 21h, mardi 19 VF 13h45 VO 20h45

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Au(x) cinéma(s) du 30 janvier au 5 février 2019

Bonjour à tous !
 
Une semaine très riche en cinéma : vous pouvez aisément passer votre temps à aller voir des films tous meilleurs les uns que les autres !
Commençons par le début : Entretoiles vous propose une soirée ce dimanche 3 février pour venir voir avec nous  Qui a tué Lady Winsley de Hiner Saleem (aussi à Lorgues), une œuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables
 
Notez aussi notre soirée suivante le 3 mars qui sera Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passion, et le mini festival sur le cinéma asiatique, qui aura lieu les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !
 
L'association Colibris vous invite, elle, vendredi 1er février à voir Le temps des forêts de François-Xavier Drouet, un documentaire saisissant, sans concession sur l'état de nos forêt. 
En ciné-club, CGR nous propose Les confins du monde de Guillaume Nicloux, la quête existentielle d'un lieutenant français pendant la guerre d'Indochine de 1945. Par ailleurs, dans sa programmation ordinaire, CGR a plusieurs très bons films qu'il serait dommage de manquer : Green book de Peter Farrelly (en VF), inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse les liens entre race et classe aux États Unis, La mule de Clint Eastwood, (avec même une séance en VO !), un thriller magnifique qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon,  L'incroyable histoire du facteur Cheval de Nils tavernier, une aventure généreuse et terrienne,  Les Invisibles  de Louis Julien Petit (Discount), une comédie sociale savoureuse qui  parle avec humour et sans pathos de la difficulté de survivre dans la rue quand on est une femme.(aussi au Vox, à Lorgues, à Cotignac),  Edmond de Alexis Michalik, (aussi au Vox, Salernes et Le Luc),  qui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des pièces les plus célèbres du théâtre français,  et enfin Bohemian rhapsody de Brian Singer un biopic bien ficelé sur le groupe Queen et son chanteur Freddie Mercury. 
 
A Lorgues, L'homme Fidèle de Louis Garel, sac de nœuds amoureux inspiré de la Seconde surprise de l'amour de Marivaux.
 
Au Vox, ne manquez pas Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi, une critique sociale cinglante, entre rires et grincements. Doubles vies de Olivier Assayas, une comédie morale filmée comme un thriller et Colette de West Moreland qui restitue l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque.
 
A Salernes, Au bout des doigts de Ludovic Bernard, avec beaucoup d'émotions dans l'apprentissage du piano à haut niveau et à Cotignac Wildlife un film américain qui décrit la monotonie provinciale à travers le regard d'un adolescent impuissant face aux tensions entre ses parents.
 
Les prochains films de ciné club seront: une femme d'exception , Doubles vies, Border et Ben is back.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

QUI A TUÉ LADY WINSLEY ?

Hiner SALEEM - France / Turquie 2018 1h40mn VOSTF - avec Mehmet Kurtulus, Ergün Kuyucu, Ezgi Mola, Turgay Aydin... Scénario de Véronique Wüthrich et Hiner Sa

Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land (disponible en Vidéo en Poche !), qui était une sorte de western revisité. Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a dû le fuir à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l'empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes…
 Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, Hiner Saleem adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications. Quand une enquête piétine alors qu'elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ? Voilà donc Fergan qui vogue vers Büyükada, scrutant l’horizon tel Corto Maltese partant pour une course lointaine… 
Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Ceux qui connaissent l’endroit y verront un premier clin d’œil : Büyükada n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’Istanbul ! Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales accueillent l’intrus en grande pompe, comme il se doit, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser arbitrairement un innocent.Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d'un seul et unique indice : une goute de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin. Tout parait si simple avec les technologies modernes : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu, sinon ce ne serait pas marrant. Pour parvenir à ses fins, Fergan va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, à commencer par celles de la pauvre vétérinaire locale, soudain mise à toutes les sauces  (Utopia)
 
Soirée Entretoiles au CGR : dimanche 3 février 20h
Lorgues : mercredi 30 21h, dimanche 3 20h05, lundi 4 19h

 

LES CONFINS DU MONDE

Guillaume Nicloux - France 2018 1h43 - avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran, Gérard Depardieu, François Négret... Scénario de Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour.

LES CONFINS DU MONDELes Confins du monde nous transporte dans l’Indochine française de 1945. Une période de transition confuse, où il y a plusieurs forces en présence, où les ennemis changent au gré des événements. Les Japonais, qui avaient violemment repris le pays après le coup de force de 1945, se retirent finalement, laissant le champ libre aux indépendantistes vietnamiens. C’est dans ce contexte trouble que surgit le lieutenant français, Robert Tassen. Son frère est mort devant ses yeux, dans un massacre perpétré par un lieutenant sanguinaire d’Hô Chi Minh. Retrouver cette figure du mal pour se venger, telle est son obsession.
C’est donc une guerre intime et parallèle à l’intérieur d’une autre guerre. C’est aussi une sorte de polar existentiel, poisseux, moite, aux confins de la folie, un pied dans la boue du conflit, un autre dans la fantasmagorie. Difficile de ne pas penser à la longue nouvelle de Conrad, Au cœur des ténèbres, matrice de nombreux films de guerre « hallucinés » et notamment Apocalypse now de Coppola, qui a forcément marqué Guillaume Nicloux. A travers Les Confins du monde, on pénètre dans un monde où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes.
Il n’y a quasiment pas de coup de feu, mais de la peur et de la hantise. Des coups tordus, de la honte, du désir caché. Du romantisme morbide aussi, lié au culte de la virilité, à la fascination qu’exerce malgré tout la guerre, si violente soit-elle. Nicloux montre des états extrêmes, l’extase atteinte grâce à l’opium. Des moments d’attente, teintée de nostalgie : « Le métro me manque » confie du haut d’un mirador le soldat Cavagna, le plus proche ami de Tassen.
Et puis un salut est possible, lorsque Tassen rencontre l’amour, en la personne d’une prostituée indochinoise…
La guerre comme révélateur humain, c'est bien sûr une quasi-constante des films de guerre, mais l'intérêt de ce film, c'est la concomitance de ce thème avec celui de la quête du cinéaste. Si Nicloux n'a évidemment pas vécu le conflit indochinois, on ressent bien le parallélisme entre la quête existentielle de son personnage et sa propre recherche artistique, entre l'aventure de la guerre et l'aventure de ce tournage (toutes proportions gardées, cela va sans dire). Comme Tassen, Nicloux est déplacé, déphasé, déterritorialisé, déraciné de son milieu habituel et cela se sent dans sa mise en scène, attentive aux lieux, aux gens, aux décors naturels, à la chaleur, à l'humidité, à la lumière de ces confins à mille lieues de la France. On pourrait presque sentir à travers son filmage les parfums, la sueur, le sang, comme si la caméra elle-même transpirait.

Les Confins du monde est un film puissamment physique, sensualiste, climatologique : on le doit à la nature, bien sûr, mais aussi aux acteurs, vraiment remarquables d'intensité, de présence, de Gaspard Ulliel à Guillaume Gouix, de la superbe nouvelle venue Lang-Khé Tran à Gérard Depardieu qui imprime sa marque et son génie en une seule scène. Il parait que Nicloux a créé cette scène tardivement, juste pour le plaisir des deux compères de retravailler ensemble. C'est là une excellente raison de faire du cinéma et qui contribue à rendre ce film particulièrement attachant.

(d'après J. Morice, Télérama, et S/ Kaganski, Les Inrockuptibles)

Film ciné-club CGR : mercredi 30 10h45, jeudi 31, vendredi 1, samedi 2, dimanche 3, lundi 4 18h

 

LE TEMPS DES FORÊTS

François-Xavier DROUET - documentaire France 2018 1h43mn -

LE TEMPS DES FORÊTSLa forêt, c'est magique. On s'y enfonce avec un sentiment d'excitation, préparant l'aventure de s'engager hors des sentiers connus et la peur confuse de s'y perdre. Et une impression d'apaisement ouaté tellement les bruits, les odeurs, le paysage, ne se laissent pas découvrir à plus de dix pas. Sans même parler du contact, doux et rugueux, de l'écorce des arbres…
Ça ne vous avait pas immédiatement sauté aux yeux – pas plus qu'aux oreilles ou aux narines. Là où, autrefois, la vie bruissait de mille insectes, mille essences végétales, dans une généreuse anarchie auto-régulée, on peut aujourd'hui se balader au milieu des arbres sans entendre le moindre chant d'oiseau, sans que l'odeur d'humus vienne nous chatouiller la narine – et traverser, à perte de vue, des alignements de pins, bien espacés, bien rangés, bien propres, bien tous de la même espèce. C'est là, tout d'abord, que le film de François-Xavier Drouet nous emmène. Dans ces drôles de forêts qui n'en sont plus vraiment – plutôt des plantations. D'ailleurs on ne parle plus de gestion de la forêt, mais d'exploitation. 

Vous l'avez compris : comme dans tous les domaines dans lesquels l'Homme fourre son nez, la sylviculture n'échappe pas aux sacro-saintes exigences d'efficacité et de rentabilité. L'offre s'aligne sur la demande, en qualité et en quantité. Le marché demande du pin, c'est la mode, ça pousse vite, c'est facile à travailler. Aussi sec (on parle quand même encore en décennies), les forêts, landes et campagnes françaises se transforment en pinèdes. Toutes sur le même modèle productiviste, toutes plantées de la même essence : pour l'heure, le Douglas, extraordinaire modèle de pin nord-américain, du genre robuste (résistant aux pesticides) et à la croissance ultra-rapide (beaucoup plus rapide en tous cas que ses lointains cousins européens). Adieu, la diversité, adieu l'écosystème, sacrifiés sur l'autel du Profit.
Comme dans tous les types d'exploitations agricoles, le modèle productiviste s'est imposé à la sylviculture. Monoculture, évidemment, et mécanisation radicale, violente, de la filière, qui transforme les acteurs en prestataires et coupe le lien qui reliait les hommes aux arbres. Il faut aujourd'hui, montre en main, moins de cinq minutes pour abattre, écorcer et débiter un Douglas. Évidemment, la machine capable d'un tel prodige a un coût tel que son propriétaire est condamné, pour finir de la payer, à abattre les arbres à la chaîne. Pendant ce temps, Patrick, bûcheron, armé de sa tronçonneuse à 1500 euros, s’éclate autant qu’il transpire. Entre deux arbres abattus, il nous parle de sa liberté, de la satisfaction de ne rien devoir à sa banque, du plaisir de passer ses journées dans une forêt. Une forêt, avec ses broussailles, ses champignons, sa faune… Ne faisant guère le poids face au rouleau-compresseur, Patrick serait le représentant d'une espèce en voie d'extinction ?

D'une exploitation l'autre, Le Temps des forêts, dresse un constat saisissant, sans concession, de l'état de nos forêts. Le film raconte, de l'abattage à la scierie, la légitime inquiétude d'une filière peu à peu déshumanisée, ainsi que la tout aussi légitime colère des gardes forestiers transformés par leur administration de tutelle en comptables esseulés d'une matière première à faire fructifier. Tout cela serait d'une tristesse infinie, mais heureusement, à l'instar du bûcheron Patrick, François-Xavier Drouet oppose au système mortifère une kyrielle d'expériences alternatives, d'actions concrètes qui n'ont d'autre but que d'en contrecarrer les effets. Face à la logique néolibérale et sa responsabilité dans la destruction des écosystèmes, elles parient sur le temps long, préservent ce qui peut l'être et, indéfectiblement du côté des arbres, de l'humus, des biches et des oiseaux, préparent, joyeusement, l'avenir. (avec la participation involontaire mais précieuse de Manouk Borzakian, géographe, rédacteur pour Libération du blog Géographie et cinéma).

Présenté par Colibris au CGR : Vendredi 1er 20h

 

LES INVISIBLES

Louis-Julien PETIT - France 2018 1h43mn - avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Déborah Lukumuena, Pablo Pauly, Sarah Suco... Scénario de Louis-Julien Petit et Marion Doussot.

 
Tout comme Discount, le premier film de Louis-Julien Petit qu'on avait déjà beaucoup aimé (celui-ci est encore mieux !), Les Invisibles est un film jubilatoire, drôle et résolument politique, au sens le plus noble du terme. Décidément la filmographie de ce jeune réalisateur est bien partie pour remonter les bretelles aux injustices sociales sans avoir l’air d’y toucher, en usant d’armes universelles telles le rire, l’humanité… On sort de son film heureuses et grandis, remplis de courage, pleines d’envies. Celles avant tout de ne pas baisser les bras et de regarder devant soi avec toujours plus d’empathie.
Fortes en gueules ou gueules brisées, elles sont là. Même si la bonne société essaie de ne pas les voir. Habituées à se sentir transparentes, elles se gomment, se fondent dans la grisaille de la ville. Être vues, ce peut être le début des emmerdes. Tant et si bien que certaines en ont même perdu l’envie d’être belles. Et pourtant, belles, elles le sont, plus que la ménagère standard ou la séductrice mini-jupée sur trois étages ! On a affaire à de de la drôlesse qui a vécu, qui a du chien, du caractère, ou tout au contraire à la douceur incarnée qui a cessé de se faire confiance, qui s’est effacée face aux siens. Ce sont des foultitudes de femmes toutes uniques, leurs corps nous le raconte ainsi que les traits de leur visage, sculptés par leur combat quotidien, la rue, le temps qui attaquent chaque être. Elles ont la magnificence fragile de celles qui ont réussi à surnager.
Ce film qui fait chaud au cœur et à l'intelligence s’ancre dans une réalité qui ne devrait pas avoir droit de cité dans les pays civilisés, celle des femmes précaires, SDF qui arpentent nos villes dans une indifférence assassine. Tout pourrait paraître sombre et pourtant ça ne l’est pas ! Surtout quand au fin fond d’un quartier, des mains se tendent, patientes, inespérées, celles d’autres femmes tout aussi invisibles, des travailleuses sociales qui, malgré les faibles moyens mis à leur disposition, s’acharnent à redonner un peu de dignité, de reconnaissance à celles qui n’y croient guère. Il suffit parfois d’une douche, d’un repas chaud, pour réchauffer les sourires et leur permettre de repartir plus loin qu’on n’aurait cru. 
L’action se passe dans un de ces centres dits sociaux qui accueillent le jour les laissées pour compte. C’est Angélique, jeune gouailleuse intrépide (Déborah Lukumuena, une des actrices de Divines qui ne cesse de l’être), qui ouvre les grilles de l’Envol, le matin. Voilà la frêle structure submergée par le flot de celles qui rêvent de parler de leur nuit de galères solitaires. Ici, on accueille, tout en gardant ses distances. Pas question de se retrouver noyées dans la misère du pauvre monde, l’empathie n’est possible qu’en se protégeant un peu. Pourtant on sent bien que la barrière de protection est ténue, prête à rompre. Comment résister à ces sourires timides sous lesquels émergent des blessures tenaces, des envies de revanche magnifiques ? Toutes ces sans-abri ont un nom inventé pour voiler leur véritable identité : Edith (Piaf), Brigitte (Bardot ? Lahaie ? Macron en dernier choix ?), Lady Dy, Simone (Veil), Marie-Josée (Nat), Mimy (Mathy)… Aucune n’est apaisée, d’aucunes font semblant d’être calmes, plus versatiles que le lait sur le gaz, toujours prêtes à mettre le feu ou à s’embraser. Elles peuvent se montrer tour à tour aimables, détestables, admirables. On ne sait plus. Même Manu, la responsable pourtant aguerrie du centre, et ses collègues ne savent plus. Une chose est sûre : malgré les agacements, les déceptions, le jour où l’administration aveugle va décider de fermer le centre, l’équipe entière fera front, quitte à passer de l’autre côté de la barrière.
On ne vous en dit pas plus. C’est un film qui se vit plus qu’il ne se pense, un appel au courage. Même dévalué, le moindre des êtres vaudra plus qu’une action Natixis, il y aura toujours un poing pour se lever, une parole solidaire pour s’élever. C’est beau, c’est drôle, véridique, c’est du grand Petit (Louis-Julien). Décidément ces invisibles nous font rire, nous émeuvent tout en échappant aux clichés. C’est une belle réussite, vibrante, vivante, remarquablement interprétée par une pléiade d’actrices investies, professionnelles ou non.  (Utopia)
CGR : mercredi 30 et lundi 4 : 18h15, 20h20, 22h25, jeudi 31, samedi 2 et mardi 5 : 13h50, 18h15, 20h20, 22h25, vendredi 1er 13h50, 18h15, 22h25, dimanche 3 13h50, 18h15, 20h20
Vox Fréjus : mercredi 30 18h15, jeudi 31 13h45, 20h30, vendredi 1er 15h55, 18h30, samedi 2 16h15, 21h, dimanche 3 16h, 20h30, lundi 4 16h05, 20h, mardi 5 16h05, 20h30
Lorgues : mercredi 30 19h, vendredi 1er 17h, samedi 2 16h, lundi 4 21h
Cotignac: lundi 4 18h

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10 VF- avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

GREEN BOOKUn mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!
Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…
Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique.(merci à J. Goldberg, Les Inrockuptibles)

CGR : mercredi 30samedi 2, dimanche 3 10h50, 15h15, 19h50, jeudi 31, mardi 5 10h50, 13h15, 16h30, 19h50, vendredi 1er 10h50, 13h15, 16h30, lundi 4  10h50, 16h30, 19h50

 

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VOSTF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

LA MULENous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient.

CGR : mercredi 30, lundi 4 et mardi 5 10h40, 13h20, 15h40, 17h45, 20h05, 22h30 (VF), jeudi 31 10h40, 13h20, 15h40, 17h45, 22h30 (VF) et 20h05 (VO), vendredi 1er, samedi 2 et dimanche 3 en VF 10h40, 13h20, 15h40, 20h05, 22h30

 

L’INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

De Nils Tavernier Avec Jacques GamblinLætitia CastaBernard Le CoqFlorence ThomassinNatacha Lindinger , Français 2019 : 1h45mn

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Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : "Le Palais idéal". Au cœur de la Drôme, ce département de la région Auvergne-Rhône-Alpes aux portes du soleil, se dresse un monument de douze mètres de hauteur et de vingt-six mètres de long, unique au monde, construit en dépit de toute règle d’architecture mais néanmoins reconnu comme une œuvre de l’art naïf et classé au titre des Monuments Historiques le 2 septembre 1969 par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Une œuvre aussi inclassable qu’universelle nommé le Palais idéal à qui Ferdinand Cheval dit le Facteur Cheval consacra 33 ans de sa vie. Ferdinand Cheval naît en 1836 dans le petit village de Charmes tout proche de Hauterives. Après avoir été boulanger, puis ouvrier agricole, il devient facteur en 1867. En 1878, il est affecté à Hauterives où il effectue quotidiennement, à travers la campagne, une tournée de plus de trente kilomètres. Lors de ses longues heures de marche, il imagine un palais féerique. En 1879, année de la naissance de sa fille Alice, au cours de sa distribution de courrier, son pied bute sur une pierre qui l’envoie dans le fossé. Toujours curieux des richesses de la nature, il observe l’objet responsable de sa chute et constate qu’il est entouré de belles pierres à la forme particulière (certaines évoquent des caricatures, d’autres des animaux). Aidé de sa fidèle brouette, il décide d’en ramasser un grand nombre dans l’espoir de pouvoir donner jour à son projet. Si la nature se fait sculpteur, lui décide de devenir maçon et architecte. Inspiré par la nature, les cartes postales et les magazines illustrés qu’il distribue, il bâtit seul ce palais de rêve peuplé d’un incroyable bestiaire - pieuvre, biche, caïman, éléphant, pélican, ours, oiseaux… Mais aussi des géants, des fées, des personnages mythologiques ou encore des cascades, des architectures de tous les continents. Pour son voisinage, il n’est qu’un pauvre illuminé mais l’amour pour sa fille et son désir d’ailleurs lui permettront de passer outre ces quolibets. Réaffirmant, après De toutes nos forces sa volonté de donner la parole à de doux rêveurs un peu lunaires habituellement peu mis en lumière, Niels Tavernier construit un récit pudique qui avance doucement au rythme de son héros, entre ténacité et humilité. Autour d’un être hors norme doté d’une force décuplée pour affronter l’adversité, il nous conte l’histoire extraordinaire d’un homme simple et introverti qui, malgré les innombrables épreuves que la vie lui inflige, trouve le courage de réaliser son rêve au point de pouvoir être considéré aujourd’hui comme un héros de cinéma. Une fois passé le stade de l’admiration face à la réalisation d’un projet aussi pharaonique, force est de constater que le mystère reste entier sur les raisons qui ont poussé cet homme taiseux et presque analphabète, plus à l’aise au milieu des oiseaux que des hommes, à s’acharner à bâtir, dans la souffrance et le mépris, cet incroyable édifice. C’est finalement la part de folie associée à un doux grain de poésie, dont le réalisateur entoure délicatement cet asocial attachant, qui nous ouvre les portes de sa richesse intrinsèque, sublimée par un Jacques Gamblin totalement habité par son rôle. Il a appris la texture des pierres et restitue à la perfection le maniement des outils. Le visage émacié, la moustache drue, vêtu de l’uniforme du facteur, il a le talent de nous convaincre seulement d’un geste ou d’un regard qu’il est réellement Ferdinand Cheval, cet homme capable de rester de marbre tout en véhiculant d’intenses moments d’émotion. A ses côtés, la magnificence d’une Lætitia Casta tout en retenue jette un voile de tendresse partagée sur cette rude épopée. Des seconds rôles efficaces, de Natacha Lindinger qui irradie l’écran à Florence Thomassin d’une poésie décalée en passant par Bernard Le Coq, toujours entre humour et douceur, complètent avec justesse cette aventure généreuse et terrienne qui bénéficie également de la beauté majestueuse mais jamais tapageuse (à l’image du jeu des acteurs) des paysages de la Drôme. (àvoiràlire)

CGR : mercredi 30 et lundi 4 10h50, 17h45, jeudi 31 10h50, 15h50, vendredi 1er, samedi 2, dimanche 3 10h50, 15h50, 17h45, mardi 5 18h

Cotignac : jeudi 31 18h et vendredi 1er 20h30

 

 

EDMOND

Écrit et réalisé par Alexis MICHALIK - France 2019 1h52mn - avec Olivier Gourmet, Thomas Solivérès, Simon Abkarian Dominique Pinon, Jean-Michel Martial, Alice de Lencquesaing,Clémentine Célarié, Lucie Boujenah, Igor Gotsman, Mathilde Seigner... D’après la pièce de théâtre d’Alexis Michalik.
 
 À la manière de Feydeau, quand les portes claquent, quand les amants se planquent dans les placards et que les grandes bourgeoises s’évanouissent dans leurs robes de satin en poussant des longs « ohhhhhhhh !!! », Edmond raconte avec un panache éclatant et tonitruant l’incroyable genèse d’une des plus célèbres œuvres du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Dans ce film inspiré de sa propre pièce (énorme succès, moult Molières), Alexis Michalik fait le choix d’un ton et d’une mise en scène résolument burlesques, lorgnant de manière assumée vers ces vaudevilles à succès qui faisaient se gondoler le tout Paris de la fin du xixe siècle, quand le théâtre était encore le divertissement le plus populaire avant que le cinématographe ne vienne le détrôner. Alors oui, les décors en carton pâte, oui les comédiens qui s’en donnent à cœur joie sans retenue et oui encore les dialogues ciselés, affutés, calibrés pour la scène et le public… Il n’empêche : le résultat est des plus réjouissants et saura, nous en sommes certains, ravir tous les enseignants de collège qui étudient la pièce d’Edmond Rostand et tous ceux qui gardent un souvenir ému d’un certain film ou de l’une des nombreuses interprétations de l’œuvre sur scène. Quel bonheur tout de même que de se retrouver petite souris sous les planches de la scène du Théâtre de la porte Saint-Martin et suivre, scène après scène, vers après vers, rature après rature, l’écriture de ce chef-d’œuvre de la langue française.
 
Paris, décembre 1897. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Malgré l’interprétation de sa dernière œuvre par la très grande Sarah Bernard (Clémentine Célarié, délicieuse), star absolue de l’époque, il est en passe de devenir un artiste maudit. On rit du sérieux de ses vers, tellement ringards, à l’heure où Georges Feydeau triomphe avec son Dindon et son verbe à l’humour aérien . Mais la grande Sarah, qui s’est entichée de ce jeune poète qu’elle affuble d’un « mon » affectueux et protecteur, lui a organisé un rendez-vous avec le grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet flamboyant), célèbre comédien qui vient de claquer la porte du Français (autrement dit la Comédie Française) à qui elle a promis une nouvelle pièce dont il interpréterait le rôle principal, une pièce écrite donc, par le jeune Edmond. Mais Edmond n’a plus d’inspiration et donc rien de bien concret à proposer à Coquelin… rien, sauf quelques idées en vrac : des vers, forcément et toujours, un personnage haut en couleur, l’esprit fin, le cœur pur et la fougue au bout de l’épée, et des Gascons… On écrira la pièce au fur et à mesure des premières répétitions pour que tout soit prêt pour la fin d’année, c’est à dire dans quelques semaines !
 
Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des tentations d’une belle costumière, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac. L’histoire écrira le reste…(Utopia)
CGR : tous les jours à 16h
Vox Fréjus : jeudi 31 15h55, vendredi 1er et dimanche 3 16h, samedi 2 16h10, lundi 4 13h45, mardi 5 13h50, 18h10
Salernes : jeudi 31 et mardi 5 18h, samedi 2 20h30
Le Luc : mercredi 30 18h, vendredi 1er 18h30, samedi 2 16h
 
BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VF- Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

BOHEMIAN RHAPSODY

Surpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.
Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration…

CGR : Tous les jours à 21h50

 

L’HOMME FIDÈLE

Louis GARREL - France 2018 1h15mn - avec Laetitia Casta, Louis Garrel, Joseph Engel, Lily-Rose Depp...

L’HOMME FIDÈLELa première scène, donne le « la », impossible à dévoiler sans déflorer la surprise, cependant le ton est affiché : léger, drôle et cruel. Un détonnant mélange dans lequel Laetitia Casta excelle, resplendissante. Elle est Marianne, l’inconstante par laquelle arrivent les jeux de dupes, de l'amour et du hasard…
Abel aimait Marianne, Marianne aimait Paul, Ève encore gamine aimait Abel secrètement, comme on aime un fantasme, un idéal masculin inaccessible… Un Abel (Louis Garrel, séducteur arrosé, au meilleur de son jeu) balloté au gré des femmes et des rencontres. Un Abel hilarant et touchant avec ses airs de cocker constamment résigné, incapable de contrarier celle qu’il aime, même au risque de la perdre. 
Dix ans passent… avant que Marianne, qui s’est mise en ménage avec le père de son enfant, ne refasse surface, en veuve éplorée. Évidemment Abel immédiatement va vouloir la consoler, la reconquérir. Tandis qu’Ève (Lily-Rose Depp en ingénue diabolique), la petite sœur du défunt, devenue enfin grande et désirable, se met à courir après lui, prête à déclarer la guerre à sa rivale. Mais si l’une a la jeunesse pour elle, la cuisse ferme et des yeux de biche, l’autre a l’expérience qui sied aux renardes prêtes à tout pour défendre leurs territoires et les proies qu’elles ont conquises. Voilà, les ingrédients de l’intrigue en place, un sac de nœuds digne de La Seconde surprise de l’amour de Marivaux, dont le scénario s’est de prime abord inspiré. Jean-Louis Carrière et Louis Garrel rendent hommage au génial dramaturge, tout en s’en émancipant. Chaque scène ciselée au cordeau en appelle une autre qui vient nous surprendre. Toutes s’enchainent avec une fluidité efficace, jouissive. L’Homme fidèle se grignote ainci comme un petit quatre heure, une friandise craquante qui fera le bonheur des coquettes et des galants, bien plus subtile qu’il n’y parait. Une heure quinze de simple bonheur à ne pas bouder. 

Enfin il serait totalement injuste d’oublier de citer le jeune acteur Joseph Engel dans le rôle du fils de Marianne, âgé d’une dizaine d’années. Tout bonnement solaire, il crée une zone d’ombre sans concession autour de chaque personnage, même celui de sa propre mère. Il est celui auquel on ne peut rien cacher. Il distille le doute dans les pensées des adultes, les manipule. Petit bonhomme loin des clichés rebattus sur l’enfance innocente, il aime à conspirer, joue les détectives, nous ouvre des fenêtres vers d’autres perspectives, d’autres interprétations plus sombres qui finissent par nous hanter. Et si rien n’était ce que l’on a cru ? Et si ce qu’on prenait pour de simples badinages pouvaient révéler de sordides histoires sans cœur. Comme lui on finit par poursuivre la piste de coupables sans foi ni loi, d’empoisonneuses sans vergogne mais néanmoins séduisantes… Un monde imaginaire bien plus palpitant que la pure réalité. Joseph réussit à nous propulser avec délices dans sa bulle d’observateur souvent impuissant, jamais neutre. Et on se réjouit de ses espiègleries perspicaces qui bousculent les adultes, les font douter de tout.

Lorgues : mercredi 30 et lundi 4 à 17h30

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Au(x) cinéma(s) du 16 au 22 janvier 2019

Bonjour à tous,
 
Voici pour bien commencer l'année, une semaine dense en bons films, grâce à la Semaine du cinéma Télérama à Lorgues et Fréjus : vous avez le choix !
Notez tout d'abord notre prochaine soirée Entretoiles, le dimanche 27 Janvier, sur le thème Musique et liberté avec 2 films Cold War  de  Pawel Pawlikovsk et Leto de Kirill Serebrennikov. Ces 2 films ont en commun d'être superbement filmés en noir et blanc et de traiter de la difficile liberté musicale et amoureuse dans les pays de l'Est au temps du communisme. Bien sûr, entre les 2 films, Entretoiles vous proposera son traditionnel apéritif.
Notez aussi, puisque, n'est-ce pas, vous avez sorti vos agendas, le mini festival sur le cinéma asiatique, qui aura lieu les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous espérons aussi vous y proposer une petite conférence sur ces réalisateurs, et un buffet asiatique de fête !
 
Cette semaine dans le cadre du ciné club,  CGR nous propose Nos batailles de Guillaume Senez, qui nous apporte une vivifiante bouffée d'humanité (aussi au Vox).  Les prochains films de ciné club seront  Maya et Les confins du monde .Et Colibris nous attend vendredi pour le film Après demain de Cyril Dion et Laura Nouhalat, pour recenser les évolutions récentes de l'énergie citoyenne.
CGR vous propose dans sa programmation ordinaire plusieurs films qui valent le coup d'être vus : L'incroyable histoire du facteur Cheval de Nils tavernier, une aventure généreuse et terrienne, Edmond de Alexis Michalik, qui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des pièces les plus célèbres du théâtre français, et enfin Bohemian rhapsody de Brian Singer un biopic bien ficelé sur le groupe Queen et son chanteur Freddie Mercury.
 
A Lorgues on peut voir Une affaire de famille (aussi à Fréjus, Salernes et Le Luc) (si on ne veut pas attendre notre festival), The rider de Chloé Zhao, film magnifique sur la faiblesse et la force (aussi à Fréjus), L'île aux chiens  de Wes Anderson (aussi à Fréjus), une fable drôle et intelligente, Leto de Kiril Serebrennikov (aussi à Fréjus et Cotignac) (et si on ne veut/peut pas attendre la soirée Entretoiles le 27 janvier), La mort de Staline de Armando Iannucci, production absurde, hilarante et terrifiante ( aussi à Fréjus), Une pluie sans fin de Dong Yue (aussi à Fréjus), une enquête policière qui mène le héros bien loin...  
 
Au Vox  En Liberté  la délicieuse fantaisie burlesque de Pierre Salvadori,  Asako 1 et 2 de Hamgushi un film intime et délié sur l'amour et la passion, , Qui a tué Lady Winsley une oeuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables, Colette de West Moreland qui restitue l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. et enfin Amanda de Mickhaël Hers, le bouleversement après la destruction.
A Cotignac Un beau voyou de Lucas Bernard, un polar atypique.
 
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

NOS BATAILLES

Guillaume SENEZ - France/Belgique 2018 1h38 - avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay... Scénario de Guillaume Senez et Raphaëlle Desplechin.

NOS BATAILLESPersonne n’est encore levé dans la maisonnée, pas même le jour. Mioches, épouse, tous dorment encore à poings fermés quand Olivier (Romain Duris, parfait) prend le volant dans la nuit finissante. Sans avoir vu l'aube, nous voilà engloutis dans la grisaille d’un entrepôt éclairé par la seule lumière artificielle de néons impitoyables. Malgré le froid qui règne et qui oblige chaque employé à rester emmitouflé à longueur de service, il n’y a rien de plus glacial que le bureau chauffé d’Agathe, la DRH implacable. C’est là qu’Olivier, qui est chef d’équipe, prend la parole pour essayer de défendre Jean-Luc, un de ses camarades dont elle lui annonce le licenciement. Protestations vaines face à un simple rouage qui ne fait qu’appliquer les décisions d’une invisible direction. Quelques instants plus tard, Olivier ne trouvera pas la force de regarder Jean-Luc dans les yeux, louvoyant, n’osant rien lui avouer tant il est dur d’assumer son impuissance face à un système où la philanthropie n’est pas de mise. 
Retour au bercail… La petite commune est déjà plongée dans le noir. Les enfants installés dans leurs lits douillets résistent au sommeil comme s’ils espéraient secrètement entrapercevoir leur père… Entre temps on aura vu leur mère Laura se démener patiemment avec son lot quotidien : aller au rendez-vous chez la pédiatre, cuisiner, bichonner, jouer, surveiller la toilette, raconter des fables aux creux des oreillers pour aider le marchand de sable… Répondre avec un sourire un peu usé qu’elle va bien à celles qu’elle croise et qui s’inquiètent d’elle… Ce sont toujours les autres femmes qui lui posent cette question, devinant sans doute dans son regard une fragilité familière qu’elle essaie de dissimuler. Olivier, lui, tout occupé à se battre, important aux yeux de ses collègues qu’il essaie de défendre contre un patronat trop gourmand, n’a pas le temps de voir tout ça. 
C’est sans un mot, sans un adieu, sans laisser de piste que Laura va disparaître soudainement dans la nature… Plantant là tout son petit monde inquiet, ceux qu’elle aime, jusqu’à ses propres mômes. La caméra compréhensive ne la jugera jamais, lui accordant le droit de partir sans être considérée comme une mauvaise mère, respectant son choix. Dès lors, tout prendra une autre résonance. Les derniers mots dits, les dernières histoires racontées aux petits, Rose et Elliot, les « je t’aime… tu es belle » prononcés par ces derniers comme s’ils avaient perçu la faille, le départ à la dérive de leur maman, son sentiment de culpabilité, et voulu la soutenir à leur modeste manière. 
Chacun à compter de cette minute va devoir s’adapter, solidaire, grandir plus vite, les enfants comme leur paternel qui devra apprendre à cuisiner plus qu’un bol de céréales. Olivier découvre les méandres de l’intendance familiale, subissant seul ce qu’ils affrontaient à deux, comprenant progressivement les difficultés auxquelles était confrontée quotidiennement sa compagne. Le voici à son tour balloté entre plusieurs batailles : celle de la lutte syndicale qui doit continuer, celle de maintenir sa famille à flots, celle de retrouver Laura, celle de rester la tête haute dans cette petite ville où tout le monde semble avoir grandi ensemble, se tutoie, jusqu’au policier sensé mener l’enquête pour retrouver la disparue…
Il y a du vécu dans tout cela, le ton du film ne trompe pas. Derrière la caméra on sent le regard d’un père qui a connu ce parcours du combattant, appris à mieux regarder les autres. Sa bonhomie communicative bouscule une société où il est facile de sombrer dans l’incommunicabilité mais où toujours il y aura des hommes et des femmes pour se serrer les coudes. On sort réjoui de ce récit qui ne donne pas de leçons, accepte chaque personnage tel qu’il est avec ses limites, ses beautés. Tout un monde dont on perçoit les motivations et qui, malgré ses craintes et ses regrets, avance fièrement avec et grâce aux autres. Vivifiante bouffée d’humanité qui réchauffe les cœurs malmenés par la vie. (utopia)

Ciné club CGR : mercredi 16 et dimanche 20 17h45, jeudi 17 et mardi 22 15h30, lundi 21 13h45

Vox Fréjus : vendredi 18 18h15, samedi 19 16h, dimanche 20 20h45, mardi 22 17h55

 

APRÈS « DEMAIN »

Cyril Dion et Laure Noualhat - documentaire France 2018 1h20 -

APRÈS « DEMAIN »Produit pour la télévision comme complément à la première diffusion de Demain, ce film revient sur le succès phénoménal du documentaire.
Cyril Dion est cette fois-ci accompagné de son amie Laure Noualhat, enquêtrice sur les fronts de l'écologie. Elle est sceptique quant à la capacité des micro-initiatives à avoir un réel impact face au dérèglement climatique. Ensemble, ils partent à la recherche des actions inspirées par le documentaire, essayant de trouver celles qui marchent, durent et peuvent ainsi inventer un nouveau récit pour l'humanité…
Entre autres champs, le documentaire apporte un regard actualisé sur les dynamiques citoyennes et souligne les évolutions récentes de l’énergie citoyenne : de plus en plus de projets, des installations de plus en plus significatives et une nouvelle histoire de l’énergie qui s’écrit localement, entre les citoyens et les collectivités. (Utopia)

CGR présenté par Colibris : vendredi 18 à 20h

 

 

L’INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

De Nils Tavernier Avec Jacques GamblinLætitia CastaBernard Le CoqFlorence ThomassinNatacha Lindinger , Français 2019 : 1h45mn

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Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : "Le Palais idéal". Au cœur de la Drôme, ce département de la région Auvergne-Rhône-Alpes aux portes du soleil, se dresse un monument de douze mètres de hauteur et de vingt-six mètres de long, unique au monde, construit en dépit de toute règle d’architecture mais néanmoins reconnu comme une œuvre de l’art naïf et classé au titre des Monuments Historiques le 2 septembre 1969 par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Une œuvre aussi inclassable qu’universelle nommé le Palais idéal à qui Ferdinand Cheval dit le Facteur Cheval consacra 33 ans de sa vie. Ferdinand Cheval naît en 1836 dans le petit village de Charmes tout proche de Hauterives. Après avoir été boulanger, puis ouvrier agricole, il devient facteur en 1867. En 1878, il est affecté à Hauterives où il effectue quotidiennement, à travers la campagne, une tournée de plus de trente kilomètres. Lors de ses longues heures de marche, il imagine un palais féerique. En 1879, année de la naissance de sa fille Alice, au cours de sa distribution de courrier, son pied bute sur une pierre qui l’envoie dans le fossé. Toujours curieux des richesses de la nature, il observe l’objet responsable de sa chute et constate qu’il est entouré de belles pierres à la forme particulière (certaines évoquent des caricatures, d’autres des animaux). Aidé de sa fidèle brouette, il décide d’en ramasser un grand nombre dans l’espoir de pouvoir donner jour à son projet. Si la nature se fait sculpteur, lui décide de devenir maçon et architecte. Inspiré par la nature, les cartes postales et les magazines illustrés qu’il distribue, il bâtit seul ce palais de rêve peuplé d’un incroyable bestiaire - pieuvre, biche, caïman, éléphant, pélican, ours, oiseaux… Mais aussi des géants, des fées, des personnages mythologiques ou encore des cascades, des architectures de tous les continents. Pour son voisinage, il n’est qu’un pauvre illuminé mais l’amour pour sa fille et son désir d’ailleurs lui permettront de passer outre ces quolibets. Réaffirmant, après De toutes nos forces sa volonté de donner la parole à de doux rêveurs un peu lunaires habituellement peu mis en lumière, Niels Tavernier construit un récit pudique qui avance doucement au rythme de son héros, entre ténacité et humilité. Autour d’un être hors norme doté d’une force décuplée pour affronter l’adversité, il nous conte l’histoire extraordinaire d’un homme simple et introverti qui, malgré les innombrables épreuves que la vie lui inflige, trouve le courage de réaliser son rêve au point de pouvoir être considéré aujourd’hui comme un héros de cinéma. Une fois passé le stade de l’admiration face à la réalisation d’un projet aussi pharaonique, force est de constater que le mystère reste entier sur les raisons qui ont poussé cet homme taiseux et presque analphabète, plus à l’aise au milieu des oiseaux que des hommes, à s’acharner à bâtir, dans la souffrance et le mépris, cet incroyable édifice. C’est finalement la part de folie associée à un doux grain de poésie, dont le réalisateur entoure délicatement cet asocial attachant, qui nous ouvre les portes de sa richesse intrinsèque, sublimée par un Jacques Gamblin totalement habité par son rôle. Il a appris la texture des pierres et restitue à la perfection le maniement des outils. Le visage émacié, la moustache drue, vêtu de l’uniforme du facteur, il a le talent de nous convaincre seulement d’un geste ou d’un regard qu’il est réellement Ferdinand Cheval, cet homme capable de rester de marbre tout en véhiculant d’intenses moments d’émotion. A ses côtés, la magnificence d’une Lætitia Casta tout en retenue jette un voile de tendresse partagée sur cette rude épopée. Des seconds rôles efficaces, de Natacha Lindinger qui irradie l’écran à Florence Thomassin d’une poésie décalée en passant par Bernard Le Coq, toujours entre humour et douceur, complètent avec justesse cette aventure généreuse et terrienne qui bénéficie également de la beauté majestueuse mais jamais tapageuse (à l’image du jeu des acteurs) des paysages de la Drôme. (àvoiràlire)

CGR : mercredi 16, jeudi 17, vendredi 18, samedi 19, lundi 21 et mardi 22 10h45, 13h25, 15h40, 17h45, 20h - dimanche 20 13h25; 15h40,17h45, 20h

 

 

EDMOND

Écrit et réalisé par Alexis MICHALIK - France 2019 1h52mn - avec Olivier Gourmet, Thomas Solivérès, Simon Abkarian Dominique Pinon, Jean-Michel Martial, Alice de Lencquesaing, Clémentine Célarié, Lucie Boujenah, Igor Gotsman, Mathilde Seigner... D’après la pièce de théâtre d’Alexis Michalik.

EDMONDÀ la manière de Feydeau, quand les portes claquent, quand les amants se planquent dans les placards et que les grandes bourgeoises s’évanouissent dans leurs robes de satin en poussant des longs « ohhhhhhhh !!! », Edmond raconte avec un panache éclatant et tonitruant l’incroyable genèse d’une des plus célèbres œuvres du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Dans ce film inspiré de sa propre pièce (énorme succès, moult Molières), Alexis Michalik fait le choix d’un ton et d’une mise en scène résolument burlesques, lorgnant de manière assumée vers ces vaudevilles à succès qui faisaient se gondoler le tout Paris de la fin du xixe siècle, quand le théâtre était encore le divertissement le plus populaire avant que le cinématographe ne vienne le détrôner. Alors oui, les décors en carton pâte, oui les comédiens qui s’en donnent à cœur joie sans retenue et oui encore les dialogues ciselés, affutés, calibrés pour la scène et le public… Il n’empêche : le résultat est des plus réjouissants et saura, nous en sommes certains, ravir tous les enseignants de collège qui étudient la pièce d’Edmond Rostand et tous ceux qui gardent un souvenir ému d’un certain film ou de l’une des nombreuses interprétations de l’œuvre sur scène. Quel bonheur tout de même que de se retrouver petite souris sous les planches de la scène du Théâtre de la porte Saint-Martin et suivre, scène après scène, vers après vers, rature après rature, l’écriture de ce chef-d’œuvre de la langue française.

Paris, décembre 1897. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Malgré l’interprétation de sa dernière œuvre par la très grande Sarah Bernard (Clémentine Célarié, délicieuse), star absolue de l’époque, il est en passe de devenir un artiste maudit. On rit du sérieux de ses vers, tellement ringards, à l’heure où Georges Feydeau triomphe avec son Dindon et son verbe à l’humour aérien . Mais la grande Sarah, qui s’est entichée de ce jeune poète qu’elle affuble d’un « mon » affectueux et protecteur, lui a organisé un rendez-vous avec le grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet flamboyant), célèbre comédien qui vient de claquer la porte du Français (autrement dit la Comédie Française) à qui elle a promis une nouvelle pièce dont il interpréterait le rôle principal, une pièce écrite donc, par le jeune Edmond. Mais Edmond n’a plus d’inspiration et donc rien de bien concret à proposer à Coquelin… rien, sauf quelques idées en vrac : des vers, forcément et toujours, un personnage haut en couleur, l’esprit fin, le cœur pur et la fougue au bout de l’épée, et des Gascons… On écrira la pièce au fur et à mesure des premières répétitions pour que tout soit prêt pour la fin d’année, c’est à dire dans quelques semaines !

Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des tentations d’une belle costumière, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac. L’histoire écrira le reste…(Utopia)

CGR : mercredi 16 et dimanche 20 13h20, 15h45, 19h50 - jeudi 17 et mardi 22 11h, 13h20, 15h45 - vendredi 18 11h, 13h20 - samedi 19 15h45, 19h50 - lundi 21 11h, 13h20, 15h45, 19h50

 

BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VF- Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

BOHEMIAN RHAPSODYSurpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.
Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration…

CGR : tous les jours 17h40

 

THE RIDER

de Chloé Zhao- USA 2017 1h45mn VOSTF - avec Brady Jandreau, Mooney, Tim Jandreau, Lilly Jandreau, Leroy Pourier, Tanner Langdeau, James Calhoon Lane Scott, Caemron Wright... Grand Prix – Festival du cinéma américain de Deauville 2017.

THE RIDER« Je crois qu’il est très important que le féminisme ne se borne pas à inculquer aux filles qu’elles doivent se montrer plus fortes. Il faut aussi apprendre aux garçons qu’ils ont le droit d’être vulnérables. » Chloé Zhao

Nous avons découvert Chloé Zhao il y a deux ans avec le splendide Les Chansons que mes frères m'ont apprises, immersion dans la vie d'adolescents d'une réserve d'indiens Lakota. Au-delà du sujet passionnant et quasi-inédit dans le cinéma américain, ce qui frappait et bouleversait était le dispositif cinématographique imaginé par Chloé Zhao : plutôt que de faire un documentaire ou une fiction, elle choisissait une voie intermédiaire, construisant avec la communauté lakota le scénario d'une fiction où chacun rejouait son propre rôle, sa propre histoire même quand celle-ci était extrêmement douloureuse (une maison incendiée, le suicide d'un proche, etc.). Et le film prenait de ce fait une dimension impressionnante, dégageant une extraordinaire sensation d'authenticité tout en faisant preuve d'un romanesque digne des meilleurs westerns.

Lors du tournage de ce premier film, Chloé Zhao avait rencontré Brady Jandreau, un jeune cowboy vivant dans la réserve, concurrent émérite de rodéo, dompteur incroyable d'étalons sauvages, un de ces hommes mythiques qui savent parler à l'oreille des chevaux. Un garçon fascinant en soi, une rencontre marquante, mais pas de quoi sans doute en faire un film… Et puis un jour Bradley a fait une mauvaise chute, son cheval a eu la mauvaise idée de lui donner un coup de sabot qui lui a fracassé la boite crânienne, le laissant pour mort. Bradley a survécu mais il lui a été formellement interdit de remonter sur un cheval. Un conseil qu'il a été incapable de suivre, puisque pour lui, monter à cheval est aussi essentiel que respirer ! Cette fois Chloé Zhao tenait son film, un drame qui résume le mythe américain, celui d'un jeune homme qui préfère risquer sa vie plutôt que de ne pas suivre sa destinée. 
Dès la première séquence on découvre la cicatrice de Bradley qui partage son crâne en deux. Bradley, le champion de rodéo adulé mais convalescent, qui s'est résolu à accepter un petit boulot de caissier au supermarché. Bradley qui passe des soirées avec ses potes apprentis cowboys, qui évidemment minimisent la gravité de sa blessure et espèrent le voir remonter en selle. Bradley qui revoit, nostalgique, les vidéos ses exploits alors que sa jeune sœur aimante, probablement atteinte d'un syndrome d'Asperger, lui colle sur tout le corps des autocollants. Mais Bradley qui est aussi lucide quand il rend visite à son meilleur ami, bloqué dans un centre de rééducation, paralysé et en partie mutique, qui lui ne se remettra jamais de sa chute et à qui il rappelle le bon vieux temps : scènes absolument bouleversantes.

The Rider est un film magnifique, à la fois sur le mythe de l'homme américain, ses valeurs, son incapacité à accepter la fragilité, mais aussi à travers lui sur ces gens des états oubliés de l'Amérique profonde qui ont élu Trump pour retrouver par de mauvais moyens et de manière illusoire leur dignité perdue : Chloé Zhao, la jeune chinoise adoptée par l'Amérique, New-yorkaise progressiste, leur rend un très bel hommage, sans amertume. Sa mise en scène est somptueuse, aussi évocatrice quand elle montre en plan large les magnifiques soleils couchants sur les Badlands où apparaissent les cavaliers à horizon que lorsqu'elle saisit en plan serré les gestes méthodiques de la préparation des chevaux, les approches tendres de Bradley pour entrer en contact avec un mustang sauvage effrayé.

Lorgues : vendredi 18 18h30, dimanche 20 18h

Vox Fréjus : mercredi 16 16h, jeudi 17 15h55, vendredi 18 20h30, samedi 19 18h15

 

 

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA - Japon 2018 2h01 VOSTF - avec Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka, Kilin Kiki... PALME D'OR, FESTIVAL DE CANNES 2018.

 
 
Si ce n’est un miracle, c’est pour le moins un émerveillement ! D’un film à l’autre, avec les mêmes ingrédients principaux, le délicat Kore-Eda parvient à inventer de nouvelles recettes subtiles et purement délicieuses. Sans se lasser, sans nous lasser, il explore toujours plus intensément ces liens qui nous unissent, se font, se défont… Thématique quasi obsessionnelle sur la filiation, le lignage avec laquelle il parvient à se renouveler, à nous surprendre. Le titre ici nous met fatalement sur la piste, nous sommes bien dans l’univers de prédilection du cinéaste nippon, celui de I wish, Tel père, tel fils, Notre petite sœur, Après la tempête… Une fois de plus nous allons être happés, passionnés par ces choses simples de la vie, ces infimes miracles sans fin qui ne disent pas leur nom mais bousculent les êtres, les animent, aident à ne pas sombrer et à avancer. 

Quand on y songe, c’est une chose insensée que de vils libéraux de tous poils essaient de nous faire croire que les pires canailles de notre société sont les pauvres hères qui se débrouillent pour gruger les allocations familiales, les impôts ou ces grands temples de la consommation que sont les grandes surfaces… Le pauvre, le misérable comme dirait Hugo, est par nature suspecté d’être filou malhonnête ou flemmard inemployable. Ces inepties prospèrent chez nous, elles fleurissent visiblement aussi au Japon, ainsi sans doute que partout ailleurs dans le monde… Et bien je serais prête à parier que, mises bout à bout, toutes les petites combines des gens modestes de par le monde ne représentent guère que l’argent de poche de quelques grandes fortunes mondiales, si ce n’est d’une seule !
Alors quitte à être mis au ban de la société, autant ne pas l’être pour rien, surtout quand on n'a guère le choix. Que faire quand l’avenir n’a pas d’horizon ? Si ce n’est essayer de survivre sans s’embarrasser de plus de principes que ceux qui pratiquent éhontément l’exil fiscal à grande échelle. C’est ainsi que, modestement, la famille Shibata tout entière, passée experte dans l’art du système D, fauche, traficote, bricole, grenouille… Sous la houlette d’Osamu, le père, attentif et jovial, chacun de ses membres apprend l’art de la débrouille en faisant parfois preuve d’une remarquable inventivité. L’application des plus jeunes à perfectionner leurs techniques de vol à l’étalage fait plaisir à voir ! À cette école forcée de la vie, chacun devient plus malin qu’un singe. Le soir venu, on se rassemble, on rigole beaucoup, on se dorlote tendrement en partageant le butin modique autour de l’adorable grand-mère (l’extraordinaire actrice Kirin Kiki) qu’on ne laisserait pour rien au monde dans un EHPAD aseptisé, même si on en avait les moyens. 

Au milieu des grands immeubles, la minuscule maison hors d’âge des Shibata fait l’effet d’un havre précaire, mais goulument vivant, où s’entassent heureusement la mère qui cuisine, sa fille qui tapine légèrement, les autres qui rapinent… C’est mal, sans doute, amoral diront certains. Mais est-ce qu’une société richissime qui n’offre que des miettes et aucune perspective aux pauvres qu’elle créée ne l’est pas plus encore ? On a beau condamner, on s’attache progressivement à ces personnages de peu et leurs péchés nous semblent soudains véniels. D’autant plus quand Osamu et son jeune fils Shota ramènent un soir à la maison une toute petite fille, une frêle créature tétanisée par le froid de la nuit, la violence de ses parents qui ne la désiraient pas, alors qu'elle est si craquante ! Et même si on n’a guère les moyens de nourrir une bouche supplémentaire, personne n’a le cœur de la ramener sur le balcon glacial de l’immeuble sinistre qui lui servait de refuge… 
L’histoire de ce petit oisillon recueilli, de cette famille hors cadre, devient alors comme une parabole, un conte moderne à la morale cinglante : Kore-Eda cachait de la paille de fer sous son gant de velours… Utopia
Lorgues : vendredi 18 16h10, dimanche 20 20h
Vox Fréjus : dimanche 20 20h
Salernes : mercredi 16 20h30, mardi 22 18h
Le Luc : jeudi 17 18h30, samedi 19 21h
 

L'ÎLE AUX CHIENS

(Island of dogs) Wes ANDERSON - film d'animation USA 2017 1h41mn - Scénario de Wes Anderson, Roman Coppola, Jason Schwartzman et Kunichi Nomura. SUPERBE FILM D'ANIMATION CERTES, MAIS PAS POUR LES ENFANTS AVANT 10/12 ANS - VOSTF et VF.

L'ÎLE AUX CHIENSL'Île aux chiens est une merveille qui prouve, après le déjà formidable Fantastic Mr Fox (mais L'Île aux chiens est plus adulte), que Wes Anderson est un maître du cinéma d'animation : ce moyen d'expression particulier est un terrain idéal pour son invention débordante, sa fantaisie tendre, sa poésie loufoque, sa philosophie candide. C'est évidemment l'animation qui permet à Wes Anderson de faire exister Chief, Rex, King, Boss, Duke ou Spots… ces chiens follement courageux, débrouillards, tchatcheurs, gouailleurs, et finalement bien plus sensés que ces humains vaniteux qui croient tout savoir sur tout… Nous sommes ici devant une réussite majeure du cinéaste, qui enchantera tous ceux qui sont sensibles à son univers unique, qu'il vive à travers des personnages en chair et en os ou à travers des marionnettes.

L'action nous transporte dans futur proche au Japon, pays où c’est plutôt le chat qui est vénéré : le « maneki-neko 招き猫 », qui apporte bonheur et prospérité. En raison d’une épidémie de grippe canine, le Maire de Megasaki, le très sec et autoritaire Kobayashi, ordonne par décret la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville. Envoyés sur l’Ile poubelle, lieu de stockage des détritus plus ou moins biodégradables de la cité, les chiens de toutes races et de toutes conditions sociales se retrouvent ainsi livrés à eux-mêmes et à leurs questions existentielles, contraints de survivre en nombre dans cet espace clos bientôt appelé « L’île aux chiens ». 
Mais débarque un jour en avion le jeune Atari Kobayashi, bien décidé à braver tous les interdits pour retrouver son compagnon Spots. Aidé par une bande de cinq chiens aussi intrépides qu'attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville. Pendant ce temps, à Megasaki, la résistance pro-canine s’organise et un éminent scientifique cherche l’antidote à la grippe. Et arrivé là, on ne vous a presque rien dit…

C'est drôle, intelligent, profond sans en avoir l'air et plastiquement sublime. Écrit à huit mains, en hommage à un grand cinéaste japonais : « Akira Kurosawa et ses modestes équipes de coauteurs travaillaient ensemble à l’élaboration des scénarios », explique Wes Anderson. « C’est une pratique également assez courante dans le cinéma italien : les films sont écrits à plusieurs autour d’une table. On a essayé de s’en inspirer à notre façon ». Le résultat est là : un film d'aventures captivant qui est aussi une fable d'anticipation, un conte politique, une échappée poétique… Une familière sensation de foisonnement, d'imagination en ébullition, saisit le spectateur de L'Île aux chiens, comme souvent dans les films de Wes Anderson où chaque dialogue aux petits oignons, chaque plan millimétré, bien que chargés de références, semblent n'appartenir qu'à lui, ainsi que ce délicieux mélange de nostalgie et de modernité.
Nous nous refusons à croire qu'une éventuelle allergie au cinéma d'animation pourrait vous amener à vous priver de ce film absolument emballant, ce serait un gâchis sans nom. (Utopia)
 

 Lorgues : samedi 19 et dimanche 20 16h

Vox Fréjus : mercredi 16 et samedi 19 13h50

 

LETO

(L’ÉTÉ) Kirill SEREBRENNIKOV - Russie 2018 2h09mn VOSTF - avec Teo Yoo, Romain Bilyk, Irina Starshenbaum, Filipp Avdejev, Julia Aug... Scénario de Kirill Serebrennikov, Lily et Mikhail IdovFestival de Cannes 2018 : Sélection officielle, en compétition.

LETOLeningrad, 1980 (ce n'est qu'en 1991 que la ville reprendra le nom de Saint Petersbourg). Nous sommes sous le règne du marmoréen Brejnev, à cette époque où la grande confédération des républiques soviétiques a perdu de sa superbe autant à l'extérieur qu'à l'intérieur, où plus personne ne croit réellement au modèle du communisme étatique, mais où le pouvoir tient encore d'une main de fer toute opposition et toute velléité d'occidentalisation, autant dans les mœurs que dans l'économie. Autant dire que le peuple russe vit dans une triste léthargie.
Et pourtant la première séquence de ce remarquable Leto contraste avec ce cliché terne et grisailleux de l'Union soviétique des années 80. On y voit un groupe de jeunes filles escaladant une échelle à l'arrière d'un groupe d'immeubles pour se glisser par un fenestron dans ce qui s'avère être un des rares clubs de rock tolérés. Sur scène, pseudos Ray Ban et dégaine cuir, se déchaîne l'idole des jeunes filles Mike Naumenko. Mais attention : dans la salle, pas question d'exprimer trop ostensiblement sa passion pour le rock, point de slam, pogo ni même gesticulations diverses, des émissaires stipendiés du régime étant là pour contrôler toute effusion excessive. Plus tard tout le monde se retrouve au bord du lac, c'est l'été (« leto », le titre du film), on chante encore, on flirte, les filles sont belles et les garçons pas mal non plus. Parmi eux le timide et étrange Viktor, au visage eurasien, qui lui aussi veut percer sur la scène rock. Il a un vrai talent et fascine Natasha, la compagne de l'inconstant Mike qui va néanmoins le prendre sous son aile, ami et rival à la foi. Ainsi se noue un étonnant trio à la « Jules et Jim », à la fois amoureux et artistique.

Leto, dans un noir et blanc sublime, décrit avec beaucoup de justesse et d'empathie ces jeunes qui étouffent sous la chape soviétique et qui déploient une formidable énergie pour construire leur liberté artistique et amoureuse. Un monde où l'on peut passer des nuits entières à deviser, entassés dans un appartement, sur le sens des paroles de Lou Reed, où l'on boit et fume beaucoup, où l'on s'aime, un monde qui échappe, en dépit de la répression, aux diktats du pouvoir. Le film est d'ailleurs directement inspiré du destin des deux leaders de la scène rock du Leningrad des années 80, Mike Naumenko et Viktor Tsoi. Et si la curiosité vous prend d'aller voir les quelques vidéos existantes de leurs concerts, vous observerez le mimétisme réel entre les deux acteurs et leurs modèles. L'apprenti dépassera d'ailleurs le maître dans la mémoire du rock n'roll.

Toute cette liberté qui exulte par chacun des plans et des musiques du film est d'autant plus paradoxale qu'il a été réalisé par un Kirill Serebrinnikov assigné à résidence dans son appartement, pour une obscure affaire de détournement de subventions. Imaginer que ce film si lumineux, si énergique a été finalisé à distance par un gars enfermé dans quelques dizaines de mètres carrés est particulièrement savoureux. L'ironie du sort étant que cette ode à la liberté qui évoque la Russie brejnevienne étouffante trouve un parfait écho dans celle d'aujourd'hui, encore plus cadenassée par le joug poutinien. Les punkettes moscovites persécutées de Pussy Riot feront peut être dans 30 ans l'objet d'un film aussi réussi… (Utoipa)

Lorgues : mercredi 16 20h05, lundi 21 16h

Vox Fréjus : samedi 19 20h30, dimanche 20 18h10, lundi 21 20h, mardi 22 13h50

Cotignac : Jeudi 17 18h et 20h30

 

LA MORT DE STALINE

Armando IANNUCCI - GB 2017 1h48mn VOSTF - avec Steve Buscemi, Jeffrey Tambor, Olga Kurylenko, Jason Isaacs, Simon Russell Beale, Paddy Considine, Rupert Friend, Michael Palin (ex Monty Python)... D'après la bande dessinée française de Fabien Nury et Thierry Robin.

LA MORT DE STALINEDur de passer du Jeune Karl Marx, programmé l'année dernière à Utopia, à La Mort de Staline. De l'aimable philosophie à l'abominable barbarie. Et comment s'y prendre avec un client qui affichait au compteur, au moment de son dernier souffle, la bagatelle de 5 millions d'exécutions, plus 5 millions d'individus envoyés, avec des fortunes diverses, au goulag, sans oublier les 9 millions de petits propriétaires paysans emportés par la famine suite aux réquisitions. Comment s'y prendre si ce n'est par la farce ? L'inimaginable en effet dans cette histoire est que cette Mort de Staline hilariously british, loin de toute désolation funèbre ou de toute compassion, relève plus du Dr Folamour de Kubrick, avec son cow-boy chevauchant sa bombe atomique, que de la tragédie funèbre.
On se souvient au passage de cette blague qui courait au bon vieux temps dans les pays communistes à l'évocation de ces arrestations à l'heure du laitier : « Boum boum ! Tapait le poing sur la porte ! Ouvrez ! faisait la grosse voix à l'extérieur. Qui est-ce ? gémissait alors plaintivement la petite voix à l'intérieur. Gestapo !… criait la voix dehors. Ouf ! se rassurait alors la petite voix. » C'est sur ce mode, en effet, que nous est racontée la mort de Staline : un énorme malentendu avec une idéologie devenue caricature. « Ils nous vendront la corde pour les pendre » avait dit Lénine. Force est de constater que ses successeurs surent en faire entre eux-mêmes un aussi mauvais usage. 

Dès les premières images de cette mort annoncée, la messe est d'ailleurs dite. Nous sommes dans un de ces temples soviétiques dressés à la gloire de la culture, où se donnent des concerts de musique classique. La représentation vient de se terminer et déjà le public se disperse. A la régie, deux techniciens somnolent en attendant d'aller se coucher. Nous sommes le 3 mars 1953 et soudain le téléphone sonne : au bout du fil, une voix impérieuse annonce que le camarade Staline exige que lui soit livré dans les plus brefs délais l'enregistrement du concert. Panique à bord. Nos deux lascars, quasiment assoupis derrière leur console, n'ont pas enregistré la moindre note. L'ombre du goulag se profile… Il faut rattraper dans la rue les spectateurs, en retrouver d'autres pour remplir la salle : balayeurs, ouvriers de nuit sur le chemin de leur travail, ivrognes qui cuvent leur vodka dans le ruisseau… et trouver à l'arrache un chef d'orchestre qui croit mourir de peur quand les hommes de la milice frappent à sa porte. 
À la même heure, après avoir réuni au Kremlin le présidium pour évoquer une nouvelle affaire de complot – la routine, quoi –, Staline emprunte une des trois limousines devant le mener à sa datcha de Kontsevo près de Moscou, les deux autres étant des leurres occupés par des sosies, chaque voiture prenant chaque soir des chemins différents. Après un repas sur le pouce avec quatre de ses ministres encore en état de grâce, il monte se coucher dans une de ses sept chambres, toutes fermées par une porte blindée gardée par deux officiers du NKVD (les six autres aussi bien sûr). Pendant ce temps, le concert et son enregistrement ont repris dans l'angoisse générale alors que, derrière la porte blindée, va se jouer le destin de l'URSS…

Alors, bravo et merci à Armando Iannucci, réalisateur écossais de son état, de nous offrir le régal de découvrir un Nikita Khrouchtchev sous les traits de Steve Buscemi et un Molotov sous ceux de l'ex Monty Python Michael Palin dans une production absurde, hilarante et terrifiante où tout ce petit monde soviétique épouse sans sourciller la langue de Shakespeare. (Utopia)

Lorgues : samedi 19 18h, lundi 21 18h30

Vox Fréjus : jeudi 17 20h15, vendredi 18 16h, dimanche 20 13h45, lundi 21 16h10

 

 

UNE PLUIE SANS FIN

Écrit et réalisé par DONG YUE - Chine 2017 1h57mn VOSTF - Grand Prix du Festival international du Film Policier de Beaune 2018.

UNE PLUIE SANS FIN1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong par la Grande Bretagne, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, chef de la sécurité d’une vieille usine dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.

Premier film d'une maîtrise impressionnante, Une pluie sans fin tire sa force de sa formidable puissance visuelle mise au service de la profondeur de son propos. En même temps qu'il déroule les avancées et les impasses d'une enquête marquée du sceau de l'absurde et du dérisoire, Dong Yue n’hésite pas à présenter en sous texte une Chine industrielle en pleine transition vers un capitalisme d'état qui ne dit jamais son nom. Le film devient petit à petit une étude captivante sur les changements économiques et sociaux et les conséquences sur ses habitants.
Alors évidemment, la comparaison avec un certain film coréen du nom de Momeries of murder vient plusieurs fois à l'esprit. Et on ne croit pas se tromper en avançant que le film de Bong Joon-ho a inspiré Dong Yue. On y retrouve la même atmosphère lourde, la pluie qui emprisonne les personnages par sa présence constante. Mais Une pluie sans fin se détache petit à petit de son illustre prédécesseur : là où Bong Joon-ho utilisait l’absurde et l’humour pour désamorcer la descente aux enfers, Dong Yue reste dans la tragédie (il y a un côté shakespearien dans la destinée de Yu Guowei), aidé par une magnifique photographie sombre et désaturée.

Yu Guowei n’est pas un inspecteur à proprement dit. Il travaille à l’usine, en tant que chef de la sécurité. Quand il se présente au début du film (construit en flash-back) il traduit son nom en « résidu inutile d’une nation glorieuse », s'identifiant comme une victime collatérale de la modernisation, identification renforcée par les derniers plans du film. Lorsqu’il n’attrape pas les petits voleurs de l’usine où il travaille, Yu s’imagine en vrai détective. C’est avec toute la bonne volonté possible qu’il s’attaque à l’enquête sur le tueur en série, ne pouvant compter que sur son obstination, se mettant lui-même en danger, notamment lors d'une magnifique course poursuite sous la pluie. Mais il va tomber de haut, s’apercevoir petit à petit qu’il n’est pas si doué que ça pour résoudre des énigmes criminelles… Sa vie part en vrille, en une sorte de spirale infernale qu'il est incapable d'arrêter…
Jusqu'à un final parfaitement cohérent avec la tonalité noire du récit, Une pluie sans fin exprime magnifiquement le désenchantement de son héros, qui est aussi celui de son réalisateur : autant en emporte la pluie… (Utopia)

Lorgues : jeudi 17 16h, lundi 21 20h35

Vox Fréjus : mercredi 16, samedi 19 18h15, lundi 21 13h45, mardi 22 20h

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Au(x) cinéma(s) du 9 au 15 janvier 2019

Bonjour à tous,
 
Avant toutes choses,  Entretoiles vous souhaite une excellente année 2019 avec de belles surprises cinématographiques .Cette année encore nous essaierons de vous offrir un programme de cinéma alléchant  en vous proposant  chaque mois des soirées à thèmes et au printemps un  festival  sur trois jours.
Notre première soirée aura lieu ce dimanche 13 janvier à 20h  avec un film unique .Ce sera I feel good de Délépine et Kerven , une comédie loufoque et sensible sur les illusions perdues du communisme et les bienfaits de l 'utopie inventée par l abbé Pierre.
Notez bien que si vous voulez prendre votre adhésion pour l'année 2019 nous serons dans le hall 30 minutes avant le début de la séance. Merci de ne pas arriver au dernier moment!
Le dimanche 27 Janvier Entretoiles vous proposera sa soirée à thème avec 2 films Cold War  de  Pawel Pawlikovsk et Leto de Kirill Serebrennikov.
 
Cette semaine dans le cadre du ciné club CGR nous propose En Liberté ( aussi à Lorgues) la délicieuse fantaisie burlesque de Pierre Salvadori.  Les prochains films de ciné club seront Nos BataillesMayaet Les confins du monde.
 
A Lorgues on peut voir Les mauvaises herbesune comédie singulière burlesque et émouvante.  
A Cotignac Monsieurun film indien  sur l amour impossible entre un jeune maître indien et sa domestique qui n'élude rien de la dure réalité des castes, Au bout des doigts une sucess story sur une reinsertion réussie pour les amoureux de Rachmaninov et de feel good movie et enfin la palme d'or Une affaire de famille (aussi au Vox et à Salernes). Notez d'ores et déjà que vous pourrez voir ce film au printemps dans le cadre d'un événement organisé par Entretoiles à CGR.
Au Vox Maya, un film discrètement contemplatif  sur le retour à la vie d'un grand reporter rescapé des geôles syriennes, Asako 1 et 2 de Hamgushi un film intime et délié sur l'amour et la passion, Le temps des grâcesune enquête patiente, butineuse une déambulation à travers champs, Une femme d'exceptionfilm tiré d'une histoire vraie c'est le portrait d'une femme brillante luttant pour une justice égalitaire, Qui a tué Lady Winsley une oeuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables et L'homme fidèlede et avec Louis Garrel, une étude sentimentale finement biseautée.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma 
 
I FEEL GOOD

Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN - France 2018 1h43mn - avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jo Dahan, Lou Castel, Jean-Benoît Ugeux, Jean-François Landon, Jana Bittnerova, Elsa Foucaud, Marius Bertram...

 
« Il n'y a pas de grand pays sans de grands patrons » proclame le slogan évidemment sarcastique sur l'affiche, au-dessus d'un Jean Dujardin conquérant de l'inutile, marchant au bord d'une route en peignoir de bain sans doute chouravé dans un hôtel de luxe quitté à la cloche de bois... Le duo Delépine & Kervern, le plus utopien des duos franco-grolandais, fait semblant de prendre pour héros un apprenti-winner, un hâbleur qui ne jure que par le Cac 40, un adepte du culte de la réussite et du pognon roi pour mieux chanter la gloire modeste des compagnons du village Emmaüs de Lescar-Pau, champions de la démerde constructive et de l'économie durable sur le tas, de la conscience collective et de la solidarité active, du chacun pour tous et des lendemains qui chanteront peut-être un peu plus joyeusement si tout le monde y met du sien...

On va donc suivre Jacques, bon à rien patenté en perpétuelle recherche de l'idée géniale qui le rendra super riche mais pour l'heure fauché comme les blés et carrément SDF. Il n'a d'autre choix que de venir squatter chez sa grande sœur Monique (Yolande bien sûr), qu'il n'a pas vue depuis des lustres et qui dirige aujourd'hui une communauté Emmaüs près de Pau. Monique lui offre bien sûr gite et couvert, en échange de sa participation aux activités de la communauté... Tu parles ! Le Jacques va très vite se consacrer à un projet d'enrichissement aussi fumeux que d'habitude... inspiré par quelques trombines cabossées de compagnons guère épargnés par les épreuves d'une vie à la dure, il imagine de créer une agence de chirurgie esthétique low-cost, une sorte d'EasyJet du lifting qu'il va baptiser du nom imparable de « I feel good » !
 
Il va réussir à baratiner une demi-douzaine de villageois (pas vraiment dupes, on le verra plus tard) et à les embarquer dans un voyage désorganisé – 100% low-cost lui aussi – vers la Roumanie et la Bulgarie, contrées supposées être à la chirurgie plastique ce qu'est la Hongrie à la pratique des soins dentaires : le paradis du hard-discount. Vous vous doutez bien que le périple va se révéler aussi improbable que burlesque et que les velléités entrepreneuriales de Jacques vont tourner en eau de boudin. Mais vous n'imaginez pas les péripéties que notre groupe va traverser, et encore moins le résultat concret du relooking extrême dont va bénéficier un de ses membres…  Utopia
 
CGR SOIREE ENTRETOILES 20H
 
 
MAUVAISES HERBES

Écrit et réalisé par KHEIRON - France 2018 1h40mn - avec Kheiron, Louison Blivet, Adil Dehbi, Hakou Benosmane, Youssouf Wague, Ouassima Zrouki, Catherine Deneuve, André Dussolier...

 

Un film qui cite en préambule Victor Hugo ne peut pas être un mauvais film. Mes amis, retenez ceci : il n’y a ni mauvaises herbes, ni de mauvais hommes. Il n’y a que des mauvais cultivateurs ». C’est donc à lui que vous devez de trouver ce film (vu depuis et apprécié aussi par nous-mêmes) en bonne place dans cette gazette :

Si le film est pétri de bonnes intentions, il est suffisamment enlevé, drôle, fantaisiste, et sa foi en l’humain réjouira les éternels optimistes que vous êtes. On est séduit par la vivacité des dialogues, la fantaisie des situations qui en font une comédie populaire bien au-dessus du lot.
Si Nous trois ou rien, le premier film de Kheiron, était directement inspiré de l’histoire de ses parents, c’est sur sa propre expérience d’éducateur qu’il se penche. Mauvaises herbes est avant tout un message fort, parce que non péremptoire et non donneur de leçons, sur l’éducation, la jeunesse, le temps qui file et les secondes chances qu’il ne faut pas rater.

Waël (Kheiron lui-même) vit avec Monique (Catherine Deneuve) de petites arnaques en banlieue parisienne jusqu’au jour où ils tombent sur Victor (André Dussolier) victime médusée de leur « arnaque au caddie » (idée géniale qu’on vous déconseille de reproduire). Une arnaque de trop qui va les conduire à soutenir bénévolement Victor, qui gère une association venant en aide à des jeunes sortis du système scolaire pour des raisons diverses (absentéisme, insolences, port d’armes…).
Inhérents à ce genre de comédie populaire (non, ce n’est pas un gros mot !) les clichés sont balayés par le comique des situations ou par l’émotion que Kheiron y fait naître sans crier gare. On est saisi dès qu’il change de registre et filme à la bonne distance, et avec pudeur, un ado en souffrance dont il recueille les confessions.

On aurait pu craindre que Kheiron laisse ses apprentis-comédiens en rade… mais il ne se laisse pas subjuguer par les deux « monuments » du cinéma qui occupent le haut de l’affiche et porte sur eux le même bienveillant et généreux regard que sur un André Dussolier charmeur et charmé, offrant à chacun une fine partition entre rire et larmes.  Utopia
 
LORGUES      mer 9/19h         ven 11 et lun 14//21h05      sam12 et dim 13/20h15
 

EN LIBERTÉ !

Pierre SALVADORI - France 2018 1h47mn - avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard, Jackee Toto... Scénario de Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit.

 
Mais dieu que ça fait du bien ! En liberté ! est LE film qui va tout à la fois ensoleiller durablement vos journées, vous réveiller les zygomatiques et vous réconcilier avec la comédie française. En vérité je vous le dis, avec Pierre Salvadori, qui signe là son neuvième film (oui, neuf films réalisés en 25 ans de métier, on ne peut pas dire qu'il bâcle les produits à la chaîne, le Pierrot), c'est comme une vivifiante bouffée d'air pur qui souffle sur notre cinéma fabriqué en France. C'est officiel : la comédie made in France n'est donc pas condamnée à la moche grassitude et à la beauferie décomplexée. Elle peut être élégante, vive, alerte et généreuse. Elle peut enthousiasmer et déclencher de francs éclats de rires sans nous prendre pour des quiches ni des jambons. Même, sans faire l'intello de service, on redécouvre que la comédie, si elle s'appuie nécessairement sur des ressorts comiques, des effets de surprise, sur l'efficacité de l'écriture et la précision de la mise en scène, peut également, sans que ce soit ni un gros mot ni un pensum, parier sur l'intelligence des spectateurs.
Chaque soir, pour l'endormir, Yvonne raconte à son fils les extraordinaires aventures du Capitaine Santi, son héros de papa. Super-flic, incorruptible, quasi-invincible, le capitaine Santi défait d'une main une cohorte de truands armés jusqu'aux dents tandis que, de l'autre et sans bouger les oreilles, il réduit à l'impuissance une ribambelle de musculeux dealers. Même en mauvaise posture, le Capitaine Santi se tire avec panache des pires situations, avec légèreté, avec humour. Dans les histoires d'Yvonne, le Capitaine Santi, c'est la force incarnée, la classe faite homme, une parfaite élégance doublée d'un si séduisant côté voyou. Il faut dire que dans la vraie vie, le Capitaine Santi est réellement devenu un héros. Flic d'exception bravement tombé au combat, statufié de bronze au cœur de la cité pour services rendus à la Ville, héros définitif dont la veuve, Yvonne, donc, fliquette elle-même, s'efforce de garder vivace le souvenir dans le cœur de leur enfant. Et chaque soir, le temps d'une histoire, le Capitaine Santi revit les épisodes un brin romancés et terrasse sans coup férir l'hydre du crime et de la corruption. Et le chérubin s'endort.
Ce qui est embêtant malgré tout, avec les contes pour enfants, c'est qu'ils cadrent rarement avec le réel. Et même lorsqu'on le tient précautionneusement à distance, même en mettant toute l'énergie du monde à ne pas voir ce qui devrait vous crever les yeux, le réel finit immanquablement par vouloir jaillir hors du placard où on espérait bien qu'il finirait par se faire définitivement oublier. Au moment où on s'y attend le moins et avec des effets dévastateurs. Et c'est au hasard de l'interrogatoire plutôt anodin d'un suspect embarrassé impliqué dans une affaire pas bien méchante, qu'Yvonne met à jour la véritable nature de son héros de mari. Un secret de polichinelle pour ses proches, hors sa famille : le panache du défunt preux chevalier de la Maison Poulaga n'avait, dans la vraie (de vraie) vie, pas exactement la blancheur Persil. Pourri de chez pourri, plus corrompu qu'une armée de politiciens niçois dans un roman de Patrick Raynal, le « héros » s'est indûment enrichi, a pris du galon, s'est fabriqué une aura de justicier en faisant plonger au besoin des innocents pour masquer ses coups foireux. D'abord dévastée, puis enragée, Yvonne décide qu'il est de son devoir de réparer les méfaits de son compagnon défunt. Et de faire éclater au grand jour la vérité. Mais quelle vérité ?

Si on vous a brièvement planté le décor, raconté à la volée les premières minutes de l'intrigue, promis-juré, on n'en dira pas plus. Ce serait pécher. Emmené par une Adèle Haenel survoltée, dont on n'aurait jamais soupçonné l'abattage comique, le film déploie plusieurs pistes, tresse ensemble une comédie burlesque, une comédie policière, une comédie romantique, un pastiche de film d'action, et parvient au tour de force de n'en négliger aucun. Et cerise sur le gâteau, on se laisse entraîner de bon cœur dans ce tourbillon irrésistible, joyeux, sans jamais être dupe de la gravité qu'il enrobe. Comme dans toute comédie réussie, Pierre Salvadori habille en effet de légèreté et d'effets comiques des situations qui, racontées différemment, feraient pleurer Marc et Margot dans leurs chaumières. Des histoires de mensonges, de tromperies, de deuil, des secrets inracontables, des vies à (re)construire, le sens du mal et le pouvoir – peut-être – de l'amour. La galerie de personnages, génialement typés sans jamais être caricaturaux, porte ces questionnements, ces mal-êtres, ces espérances et ces désirs. Ils entourent la belle, l'incroyable Yvonne, l'accompagnent dans ses errances et l'emmènent vers l'improbable – ou l'impossible – résolution de son projet. Le plaisir des comédiens, de Adèle Haenel à Audrey Tautou en passant par Vincent Elbaz, Damien Bonnard et Pio Marmai, est communicatif. Pas une fausse note, pas une erreur de casting, ils nous embarquent sans coup férir dans l'univers grave et dingue de Pierre Salvadori – en liberté, totalement, merveilleusement.  Utopia
CGR CINE CLUB        mer9/  sam  et dim /17h50        jeu10  ven 11  lun14 et mar 15/15h50    
LORGUES      mer 9/21hh         ven 11 et lun 14//19h     sam12/20h15 
 

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA - Japon 2018 2h01 VOSTF - avec Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka, Kilin Kiki... PALME D'OR, FESTIVAL DE CANNES 2018.

 
Si ce n’est un miracle, c’est pour le moins un émerveillement ! D’un film à l’autre, avec les mêmes ingrédients principaux, le délicat Kore-Eda parvient à inventer de nouvelles recettes subtiles et purement délicieuses. Sans se lasser, sans nous lasser, il explore toujours plus intensément ces liens qui nous unissent, se font, se défont… Thématique quasi obsessionnelle sur la filiation, le lignage avec laquelle il parvient à se renouveler, à nous surprendre. Le titre ici nous met fatalement sur la piste, nous sommes bien dans l’univers de prédilection du cinéaste nippon, celui de I wish, Tel père, tel fils, Notre petite sœur, Après la tempête… Une fois de plus nous allons être happés, passionnés par ces choses simples de la vie, ces infimes miracles sans fin qui ne disent pas leur nom mais bousculent les êtres, les animent, aident à ne pas sombrer et à avancer. 

Quand on y songe, c’est une chose insensée que de vils libéraux de tous poils essaient de nous faire croire que les pires canailles de notre société sont les pauvres hères qui se débrouillent pour gruger les allocations familiales, les impôts ou ces grands temples de la consommation que sont les grandes surfaces… Le pauvre, le misérable comme dirait Hugo, est par nature suspecté d’être filou malhonnête ou flemmard inemployable. Ces inepties prospèrent chez nous, elles fleurissent visiblement aussi au Japon, ainsi sans doute que partout ailleurs dans le monde… Et bien je serais prête à parier que, mises bout à bout, toutes les petites combines des gens modestes de par le monde ne représentent guère que l’argent de poche de quelques grandes fortunes mondiales, si ce n’est d’une seule !
Alors quitte à être mis au ban de la société, autant ne pas l’être pour rien, surtout quand on n'a guère le choix. Que faire quand l’avenir n’a pas d’horizon ? Si ce n’est essayer de survivre sans s’embarrasser de plus de principes que ceux qui pratiquent éhontément l’exil fiscal à grande échelle. C’est ainsi que, modestement, la famille Shibata tout entière, passée experte dans l’art du système D, fauche, traficote, bricole, grenouille… Sous la houlette d’Osamu, le père, attentif et jovial, chacun de ses membres apprend l’art de la débrouille en faisant parfois preuve d’une remarquable inventivité. L’application des plus jeunes à perfectionner leurs techniques de vol à l’étalage fait plaisir à voir ! À cette école forcée de la vie, chacun devient plus malin qu’un singe. Le soir venu, on se rassemble, on rigole beaucoup, on se dorlote tendrement en partageant le butin modique autour de l’adorable grand-mère (l’extraordinaire actrice Kirin Kiki) qu’on ne laisserait pour rien au monde dans un EHPAD aseptisé, même si on en avait les moyens. 

Au milieu des grands immeubles, la minuscule maison hors d’âge des Shibata fait l’effet d’un havre précaire, mais goulument vivant, où s’entassent heureusement la mère qui cuisine, sa fille qui tapine légèrement, les autres qui rapinent… C’est mal, sans doute, amoral diront certains. Mais est-ce qu’une société richissime qui n’offre que des miettes et aucune perspective aux pauvres qu’elle créée ne l’est pas plus encore ? On a beau condamner, on s’attache progressivement à ces personnages de peu et leurs péchés nous semblent soudains véniels. D’autant plus quand Osamu et son jeune fils Shota ramènent un soir à la maison une toute petite fille, une frêle créature tétanisée par le froid de la nuit, la violence de ses parents qui ne la désiraient pas, alors qu'elle est si craquante ! Et même si on n’a guère les moyens de nourrir une bouche supplémentaire, personne n’a le cœur de la ramener sur le balcon glacial de l’immeuble sinistre qui lui servait de refuge… 
L’histoire de ce petit oisillon recueilli, de cette famille hors cadre, devient alors comme une parabole, un conte moderne à la morale cinglante : Kore-Eda cachait de la paille de fer sous son gant de velours… Utopia
 
COTIGNAC     Jeu10/18h et 20h30
LE VOX     mer9/15h45 et 18h    jeu10/18h      ven11/18h20    sam012/18h15   dim013/15h45 et 18h  lun14/ 16h et mar15/20h30
SALERNES   jeu10/20h30    sam12/21h     lun14/18h
 
 

MONSIEUR

Écrit et réalisé par Rohena GERA - Inde 2018 1h39mn VOSTF - avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni, Rahul Vohra, Divya Seth Shah.

 
Au creux de l’hiver, rien de tel qu’un film ensoleillé tout droit venu du pays des saris pour réchauffer nos sens engourdis. Monsieur est une gourmandise, aussi tendrement colorée et épicée qu’un subtil tandori. Ne reniant nullement les codes du cinéma populaire bollywoodien, il en élargit le champ, s’attaque aux carcans de la société indienne contemporaine dans un remarquable équilibre entre compréhension et dénonciation des traditions. Pour sa première fiction, la réalisatrice Rohena Gera s’attaque aux plafonds de verre et aux cages dorées de son pays natal, bousculant les convenances en douceur. 

Quand Ratna arrive à Bombay, c’est comme une bouffée d’incognito salutaire pour la villageoise qu'elle a toujours été. Ici son passé ne lui colle plus aux babouches. Non qu’il soit si terrible, mais il est des préjugés ancestraux qui persistent dans son village d’origine où chacun épie les faits et gestes des voisins, surtout ceux des voisines, des filles, des cousines… Impossible d’échapper aux injonctions des parents, à l'obsession du qu’en dira-t-on dans un bled où tout le monde vous a vu grandir. Arriver dans l’immense capitale du Maharashtra procure dès lors une véritable sensation de liberté. Ici une veuve pas trop éplorée (mariage de raison oblige) peut remettre des bijoux sans qu’on l’accuse de trahir son défunt mari, sans passer pour une dévergondée. On devine qu’elles sont nombreuses à être venues à la ville chercher une forme de rédemption, ou tout simplement la possibilité de respirer, l’espoir d’avancer vers un futur plus ouvert. Mais l’anonymat offert par cette grande marée humaine ne résout pas tout. Il y a au moins une chose à laquelle nul n’échappe : sa condition sociale. Pas plus qu’on échappe à son genre.
Mais Ratna est loin d’être une victime soumise. Sous ses dehors dociles se cache une volonté inflexible qui va progressivement attirer l’attention de son nouveau maître, Ashwin. Bel homme languide, il est le fruit d’une classe supérieure qui persistera toujours à mépriser les humbles. Chez ces gens-là, on ne marie pas les torchons avec les serviettes et les domestiques sont constamment renvoyées à leur rang de serpillère, de petit électro-ménager humain interchangeable. Autant dire qu’Ashwin ne prête d'abord pas plus d’attention à sa nouvelle employée qu’aux tapis de son salon. Ils appartiennent à deux mondes opposés, deux planètes faites pour ne jamais se rencontrer, chacune rivée à son orbite, mue par des forces immuables. Chacun-e connait sa place et se garde de la remettre en question.
Ce qui va faire la différence, c’est l'intelligence vive de Ratna. Elle observe, analyse sans disserter, anticipe les demandes et finit par comprendre son patron à demi-mots, mieux que quiconque. Elle perçoit son profond désarroi. La grandiloquence du paraître s’effrite. Bien calfeutré sous l’opulence, elle découvre le microcosme étriqué dans lequel Arshwin évolue à petits pas déjà vieux, du sofa au bureau, de son appartement frigide à sa luxueuse voiture climatisée. Dans le fond lui aussi n’est qu’un rouage, un mâle reproducteur prédestiné à perpétuer la dynastie familiale grâce à un mariage digne de son rang. Son avenir est tout bouché, alors que celui de Ratna est peuplé de tissus chatoyants, de marchés bruyants, de pousses verdoyantes, en un mot d’humanité. Il semble tout soudain qu’elle a tout à rêver, pas grand chose à perdre. Sans mot dire, l’obéissante servante creuse son sillon, avec ténacité, forçant le respect, même celui d’Arshwin, à son corps défendant. L’un et l’autre commencent alors à s’épier, sans jamais oser se frôler… C’est d’un romantisme fou !

Cela pourrait être l’histoire banale d’un amour empêché qui laisserait un souvenir larmoyant et tragique. Mais dans un ordre si bien établi, nul clan n’a besoin de s’interposer entre les amoureux. Pas de poison, pas de poignards, pas de larmes… pas d’autres armes que les mots. Des mots qui enferment mais qui permettent aussi parfois de se libérer…  Utopia
 
COTIGNAC    lun14/20h30 
 

AU BOUT DES DOIGTS

Ludovic BERNARD - France 2018 1h45mn - Avec Lambert Wilson, Jules Benchetrit, Kristin Scott Thomas, André Marcon, Karidja Touré, Michel Jonasz... Scénario de Johanne Bernard et Ludovic Bernard.

 
nous avait embarqué il y a un peu plus d’un an aux pieds de l’Himalaya, avec la comédie L’ascension, succès que l’on sait, qui racontait l’histoire folle (et vraie) d’un petit gars de banlieue sans aucune expérience en alpinisme, qui s’attaquait à la face de l’Everest pour éblouir l'élue de son cœur. Avec des paysages beaucoup moins spectaculaires et un cadre plus intimiste, Ludovic Bernard renoue ici avec un thème qui lui est cher, celui du plafond de verre, ce concept au nom explicite qui laisse les classes (sociales, culturelles, économiques) bien étanches les unes aux autres, manière invisible de reproduire les schémas les plus stéréotypés entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont, et ceux qui n’ont pas… mais heureusement, le cinéma est là pour détricoter tout cela et laisser voir d’autres champs du possible, là par l’alpinisme ou les concours d’éloquence (voir le film Le brio), ici par la force de la musique et d’un clavier de piano.

Dans son grand appartement parisien cossu où il aime à savourer un verre de grand millésime le soir en rentrant du travail, Pierre Geitner masque mal sa tristesse latente et son désarroi… depuis quelque temps, il est sur la sellette et il se pourrait bien que la direction du Conservatoire où il est directeur musical veuille signer, dans un large sourire, la fin de sa carrière. Pas assez de recrutement, plus assez de prestigieux élèves, de la trempe de ceux qui, bien dressés, peuvent prétendre à de prestigieux concours internationaux et par la même redorer le blason de la maison par un premier prix. 
Dans le hall glacial et animée de la Gare du Nord, on a mis un piano pour que celle ou celui qui le souhaite puisse jouer, pour soi, pour les autres, par plaisir, pour pratiquer. Quand il tombe par hasard sur ce jeune garçon et quand il écoute, fasciné, le morceau qu’il interprète, il sait immédiatement qu’il tient là une pépite rare et brute. Mathieu joue avec la grâce de ceux qui n’ont rien à gagner et rien à perdre, il joue comme il respire : par besoin vital, par nécessité, comme par nature. Mathieu vient d’un milieu où l’on ne prend pas des cours de piano, où l’on ne rêve pas de premier prix de solfège, où l’on ne fréquente pas des harpistes ni des premiers violons. Persuadé qu’il tient là le souffle qui va redonner du sens à son métier et remettre un peu de passion et de fougue dans sa vie, Pierre va se mettre en tête de faire rentrer le petit gars de banlieue dans sa prestigieuse école. Le faux hasard d’un travail d’intérêt général et la pugnacité d’une enseignante aussi exigeante qu’ intransigeante (Kristin Scott Thomas) écriront la suite de la partition. Fougueux, fier et sauvage, défiant les règles et l’autorité, Mathieu va découvrir alors un univers dont il ignore tous les codes.

Du piano, du piano, encore du piano et beaucoup d’émotion, celle que la musique porte au delà des notes, pour ceux qui donnent et pour ceux qui reçoivent… Utopia
 
COTIGNAC    ven 11/20h30
 

MAYA

Écrit et réalisé par Mia HANSEN-LOVE - France 2018 1h45mn VOSTF- avec Roman Kolinka, Aarshi Banerjee, Alex Descas, Judith Chemla, Johanna Ter Steege

« Aucun monde n’est plus réel qu’un autre ». En partant tourner en Inde, Mia Hansen-Løve ne fait pas mystère de ses intentions de sonder le voile des illusions. Culpabilité, sentiment de vide, poids du passé, découverte de nouveaux territoires, beauté intemporelle du monde, sentiments purs et manœuvres de l’ombre, guerre et amour : le long métrage parcourt souterrainement une multitude de thèmes sous l’enveloppe d’une intrigue tissée autour du fil de la reconstruction psychologique d’un reporter de guerre occidental traumatisé et de sa rencontre à Goa avec une jeune femme indienne. L’occasion d’un voyage au long cours, romanesque et magnifiquement mis en scène, à travers lequel la réalisatrice fait s’incarner les conflits intérieurs en un personnage de témoin accro à la violence de son métier et tentant de se ressourcer et de renaître.

« Je m’épanouis dans l’action, pas dans la parole ; ni psychanalyse, ni bouquin. Ma thérapie ne passe pas par ça. » Rapatrié à Paris après quatre mois de captivité en Syrie, Gabriel est meurtri. Simulacres d’exécution, sévices, déplacements forcés, cris des autres détenus, sentiment de culpabilité d’avoir laissé un collègue derrière lui : à part avec Fred, autre journaliste libéré en même temps que lui, il n’arrive à échanger avec personne, se sentant vide et faisant le vide autour de lui. Il décide alors de partir en Inde, un pays dont on découvrira plus tard qu’il y a vécu les sept premières années de sa vie et où sa mère est restée, pilotant une ONG à Mumbai.
Mais c’est à Goa que Gabriel s’installe, dans un bungalow en bord de mer tout en retapant une petite maison à la campagne, sillonnant en solitaire et en scooter les environs, hantant les bars pour des aventures sans lendemain. Une latence, ponctuée de rappels à son passé douloureux, qui va prendre une nouvelle direction lorsqu’il rencontre Maya, la fille adolescente (de passage à Goa, au milieu d’études entre Londres et Sidney) de son parrain Monty, propriétaire d’un hôtel de luxe niché dans une nature paradisiaque. Au fil du temps qui passe entrecoupé par les périples de Gabriel à la découverte de l’Inde, une attirance se développe tandis que commencent à planer d’étranges menaces…

C'est une belle histoire d’amour dont Mia Hansen-Løve sait à merveille saisir toutes les étapes en donnant le temps de s’installer aux nuances de son vaste récit, Maya est un film visuellement très riche et esthétiquement très accompli, la cinéaste ayant de toute évidence une connaissance approfondie des splendeurs de l’Inde.(F. Lemercier, Cineuropa)  Utopia
LE VOX   mer9  ven11 et dim13 /18h15       jeu10 et ven 11/16h10   lun14 et mar 15/18h20 jeu 10/20h0  mar 15/13h45
 

ASAKO 1 & 2

Ryûsuke HAMAGUCHI - Japon 2018 1h59mn VOSTF - avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto, Rio Yamashita... Scénario de Sachiko Tanaka et Ryûsuke Hamaguchi, d'après le roman de Tomoka Shibasaki.

 
Parce qu’un jour Baku apparaît. Parce qu’Asako est une grande amoureuse. Parce que Ryûsuke Hamaguchi n’a probablement rien à apprendre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, indétrônable, éternel. Et parce que chaque mot d’Asako à Baku résonne avec une acoustique rare : celle d’un cri d’amour murmuré. Tout cela annonçait la couleur d’une sidération lorsque le fantasque Baku, sans crier gare, disparaît du jour au lendemain… Sans cette absence, Asako aurait été indemne, hermétique à sa propre compréhension. Avec : elle aura été (I) et sera (II). Puis en aimera un autre : quoiqu'un sosie. Un clin d’œil au chef d’œuvre de Buñuel, Cet obscur objet du désir. Mais aussi remake inversé du Vertigo d’Hitchcock où ce n’est plus James Stewart qui modèle Kim Novak pour en faire le sosie, mais Asako qui choisit un sosie et ne le change pas. Qu’elle est bleue, cette rencontre orange…
Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Ryûsuke Hamaguchi après dix années d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme l’accès d’Hamaguchi au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas, stationne derrière une muraille en béton. L’a-t-il d'ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire pour finalement faire le choix de l'urgence, de l'évacuation permanente : la temporalité du rêve étant ce qu'elle est… Le Baku étant une créature mythique du folklore qui se nourrit des rêves et des cauchemars. 
Le film a beau être vu deux fois, trois fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Ici, les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années… 
On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d'autant plus ce qu'elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d'une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu'aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c'est beau » d'être vivace, ambivalent, d'échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l'esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D'affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d'avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu'Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l'interpréter d'apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d'oser rester fidèle à soi.   Utopia
 
LE VOX     mer9 /13h45 et 20h30   jeu10/ 15h35 et 20h30  ven11/ 13h45 et 20h45  sam12/20h45  dim 13/13h45 et 20h30  lun14/15h25 et 20h  mar15/15h25 et 18h
 

LE TEMPS DES GRÂCES

Dominique MARCHAIS - documentaire France 2009 2h03mn -

 

Un superbe documentaire qui nous parle de l’impasse du monde agricole et par là même de notre rapport à la terre qui nous nourrit. Qui le fait sans leçon péremptoire, en laissant le temps de la parole aux paysans, agronomes, paysagistes qui tous dressent un constat terrible mais qui, tous, ont une esquisse de solution, si le courage politique combiné à un réel engagement des consom’acteurs sont de la partie.
Utopia a largement défendu Herbe, portrait éclairant des éleveurs laitiers bretons en plein paradoxe. Mais ce n’était un petit bout de la lorgnette… Dominique Marchais s’avoue totalement novice dans le monde rural. Il n’est pas ingénieur agronome, comme Olivier Porte, le réalisateur de Herbe, il n’a pas côtoyé durant plus de trois décennies les paysans comme Depardon. Il se revendique promeneur, amoureux des paysages façonnés par l’agriculture, à l’image des romanciers romantiques allemands pour qui la nature était une source d’inspiration infinie. Avec une légitime candeur, il veut juste comprendre pourquoi ce monde rural se bouleverse à vue d’œil, et ne semble pas tourner très rond. Pourquoi les haies et les chemins creux se sont raréfiés, pour laisser place à des paysage ouverts de champs à perte de vue ? Pourquoi les sols sont-ils morts ? Pourquoi le travail de la terre ne nourrit-il plus son homme, condamnant beaucoup d’agriculteurs à abandonner ou les obligeant à une double activité ?
Pour tenter de répondre à ces interrogations, Dominique Marchais ne s’est ni cantonné à une seule région (son road-movie rural nous conduit des riches plaines céréalières de l’Yonne au causses cévenoles qui font du si bon fromage persillé, en passant par les plateaux limousins et leurs splendides vaches rousses), ni à un seul type d’interlocuteurs. Bien sûr il rencontre de nombreux paysans (céréaliers, éleveurs laitiers bio, éleveurs ovins revendiquant leur lien avec l’industrie), mais aussi ceux qui pensent l’agriculture de demain et analysent les erreurs passées ou présentes : économiste, agronome, ou simple écrivain comme le génial Pierre Bergounioux, poète lucide et indispensable du monde paysan. Tous ces gens ont des parcours et des choix parfois radicalement différents et pourtant leur constat est sans appel : il faut faire, s’il est encore temps, un grand rétropédalage. Nos sols ont été totalement lessivés et détruits par une surproduction terrifiante et l’usage répété des intrants chimiques, et toute la technologie du monde ne fera bientôt plus rien pour les sauver et continuer à produire. On est fasciné de voir les microbiologistes analyser la teneur d’un sol de Champagne en micro organismes et comprendre pourquoi une vigne se meurt. Et pourtant les solutions, nos scientifiques les ont : il « suffirait » de reconstituer les haies, pourvoyeuses en matières ligneuses et champignons capables de reconstituer les sols. Economiquement, alors que les primes agricoles sont remises en cause et que les marges de la grande distribution ruinent les paysans, alors que l’installation de jeunes agriculteurs est devenue presque impossible à cause de la spéculation immobilière (habitat aussi bien que zones commerciales) et des blocages du syndicat agricole majoritaire, Marc Dufumier, génial enseignant à Agro Paris Tech, a aussi les réponses : sortir enfin du cycle infernal de la course à la production, justifiée par le mythe selon lequel la France devrait nourrir le monde (même si cela doit ruiner les paysans des pays du Sud), défendre des cultures à forte valeur ajoutée (notre camembert et notre champagne n’auront jamais de concurrents sérieux) et les circuits courts indépendants de la grande distribution.
Au bout de ce passionnant voyage, qui a en outre le mérite non négligeable de rendre esthétiquement « grâce » à la beauté des campagnes françaises, on se sent pris de l'irrésistible envie, en ces temps électoraux, de pousser nos candidats à prendre enfin les engagements qui s’imposent, alors que l’agriculture,pourtant source même de vie semble, étonnamment absente de leurs préoccupations.     Utopia
LE VOX      ven 11/20h 
 

UNE FEMME D'EXCEPTION

Mimi LEDER - USA 2018 2h VOSTF - avec Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Kathy Bates... Scénario de Daniel Stiepleman.

 

 

 
La femme d'exception du titre, c'est Ruth Bader Ginsburg, désormais élue juge à la Cour suprême des États-Unis, au grand dam de Donald Trump qui aimerait tant l’en dégager. Il faut le comprendre : existe-t-il pour lui adversaire plus redoutable qu’un esprit brillant qui, sans être millionnaire, sans acheter personne, est plus populaire que lui et le restera certainement plus longtemps après sa disparition que bien des présidents des États Unis de l’impitoyable Amérique. À 85 ans, elle est devenue la coqueluche de plusieurs générations. Une véritable icône du pop art, indémodable, indétrônable. Ruth est sans doute la seule juge au monde à avoir des mugs à son effigie, des tee-shirts, des pins ! On la représente en Wonder Woman, avec une couronne sur la tête, voire en madone ! Certain-e-s vont jusqu’à faire tatouer son portrait sur leur chair tendre. Mais au-delà de ce qui peut sembler un effet de mode, il y a la reconnaissance de tout un peuple pour celle qui a lutté, continue de lutter contre toutes les formes de discrimination et a fait progresser les droits des femmes, des minorités raciales, des gays…
Le film cueille Ruth au moment où elle est encore étudiante à Harvard. Les filles qui étudient le droit sont rares et ce n’est pas le doyen de la faculté qui les met à l’aise quand la première question qui lui brûle les lèvres est : « Et pourquoi (sous entendu : comment osez-vous ?) occuper une place qui est dévolue à l’homme ? ». Alors que les huit autres étudiantes rougissent d’humiliation, de colère rentrée, Ruth, malicieuse, affichant le plus doux des sourires polis, le renverra poliment à ses fourneaux. Oui elle est femme, oui elle est mère, oui elle est juive ! Et alors ? Si la Constitution ne lui donne pas les mêmes droits que ses congénères, c’est qu’il faut la changer ! Rien que ça ! Et si le combat doit prendre le temps d’une vie, ce sera la sienne !
Et tandis que, le soir, elle jongle avec les langes du bébé, les cours à potasser, celui qu’elle aime, qui l’épaule, qui va tomber gravement malade. Il y aurait de quoi baisser les bras. Mais c’est à se demander où ce petit brin de femme va puiser sa force… Non mais ! C’est tout de même pas un vulgaire cancer qui aura sa peau ni celle de son bonhomme ! Ce n’est qu’une donnée supplémentaire qu’elle intègre dans son agenda : bébé, cours, hôpital, aller supplier le doyen d’assister en parallèle aux cours que rate son époux pour qu’il ne perde pas son année… Waouh ! Rien que ça, ça scotche ! Mais ce n’est que le début d’une grande carrière dans laquelle elle arrivera par des moyens détournés à monter les échelons. Leçon numéro 1 : si tu jettes RBG par la porte, elle reviendra par la fenêtre, ou par la cheminée : car après tout, dans quel article de loi est-il inscrit que le rôle de Père-Noël est interdit aux dames ? 
Si le scénariste du film rend si bien hommage à cette magnifique juriste, héroïne des temps modernes, c’est qu’il est son propre neveu. Pour l'anecdote, quand il l’a appelée pour lui demander l’autorisation d’écrire sur elle, RBG lui a répondu, taquine : « Si c’est ça que tu as envie de faire de tes journées… ». Et elle ne lui fera pas de concession. Il veut dresser son panégyrique ? Soit, elle en fera un outil de plus au service de ses convictions : bouger les marques, abattre les préjugés et pour cela il faut viser où ça fait mal, avec élégance. Ses plus belles armes seront toujours ses traits d’esprits redoutables !  Utopia
 
LE VOX       mer9/20h30        jeu10/13h45       ven11/13h20   sam12/15h45    dim13/20h30          lun14/13h45  / et mar15/15h55
 
 

QUI A TUÉ LADY WINSLEY ?

Hiner SALEEM - France / Turquie 2018 1h40mn VOSTF - avec Mehmet Kurtulus, Ergün Kuyucu, Ezgi Mola, Turgay Aydin... Scénario de Véronique Wüthrich et Hiner Sa

 

Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land (disponible en Vidéo en Poche !), qui était une sorte de western revisité. Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a dû le fuir à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l'empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes…
 Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, Hiner Saleem adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications. Quand une enquête piétine alors qu'elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ? Voilà donc Fergan qui vogue vers Büyükada, scrutant l’horizon tel Corto Maltese partant pour une course lointaine… 
Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Ceux qui connaissent l’endroit y verront un premier clin d’œil : Büyükada n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’Istanbul ! Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales accueillent l’intrus en grande pompe, comme il se doit, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser arbitrairement un innocent.Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d'un seul et unique indice : une goute de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin. Tout parait si simple avec les technologies modernes : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu, sinon ce ne serait pas marrant. Pour parvenir à ses fins, Fergan va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, à commencer par celles de la pauvre vétérinaire locale, soudain mise à toutes les sauces  Utopia
 
LE VOX           mer9/216h10        jeu10/18h30       ven11/18h05   sam12/14H    dim13/16h10          lun14/20H30  / et mar15/13H45

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Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 décembre 2018

Bonjour à tous !
 
Cette semaine, CGR vous propose en ciné-club Le cahier noir de Valeria Sarmiento, portrait subtil et passionnant d'une Europe de fin de siècle...Solidaire Var Est et Migrnats Var Est vous proposent seulement jeudi soir, Libre de Michel Toesca, un documentaire galvanisant sur la question des migrants. Dans le programme ordinaire de CGR, plusieurs films intéressants : Pupille de Jeanne Herry, un film dont on sort avec un peu plus de foi en l'humanité, Mauvaises herbes de Kheiron Tabib (Nous trois ou rien), un film positif sur le bien vivre ensemble,  Bohemian rhapsody de Brian Singer, (en VF) un biopic intéressant sur le groupe Queen et sur leur chanteur Freddie Mercury et  Le grand bain de Gilles Lelouche qui réussit le pari d'une fable drôle sur plusieurs des aspects de nos vies (aussi à Salernes)
Au Vox, à Fréjus,Colibris propose Après demain de Cyril Dion qui réactualise le célèbre film Demain. Dans la programmation normale, Les confins du monde de Guillaume Nicloux, un film particulièrement attachant sur l'Indochine de 1945,  Les chatouilles de Andréa Bescard et Eric Metayer, une histoire de résilience longue et difficile à construire (bientôt au CGR),  Amanda où  Mikhael Hers signe un film délicat et un hymne à la vie ( à Cotignac aussi), Voyage à Yoshino  où Naomi Kawase fascinée par le Japon ,explore la nature en prenant tout son temps, Un amour impossible, de Catherine Corsini adaptation éponyme du roman de Christine Angot qui raconte l'histoire d'une femme - sa mère- sur plusieurs décennies et  Les filles du soleil de Eva Husson, un film précis, subjectif et efficace sur les combattantes du Kurdistan,
A Lorgues, allez voir La fête est finie de Marie Gareil Weiss, proposé par les Cinés débats citoyens, sur le thème de l'addiction et suivi d'un débat animé par 2 professionnels de ce secteur. Dans le programme ordinaire, on peut voir Un homme pressé de Hervé Mimran : les turpitudes de Luchini en homme d'affaires nimbé de réussite sociale : plus dure sera la chute ! et Heureux comme Lazzaro de Alice Rohrwacher, une fable ludique et profonde sur nos Eden perdus
 
 
Entretoiles vous propose une dernière soirée le dimanche 16 décembre avec le film d'Abdellatif Kechiche, Mektoub my love, qui nous entraîne 3 heures durant dans un tourbillon de corps festifs et sensuels, pour nous faire partager l'été d'un groupe de jeunes gens, à Séte. Pour ceux qui veulent renouveler leur carte pour 2019, nous serons dans le hall, une heure à l'avance à 18h30. Ne venez pas juste à l'heure du film (19h30) si vous voulez vous la faire renouveler ! merci !
 
La semaine prochaine, le film ciné-club  pour finir l'année sera Les chatouilles de Andrea Brescard.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

LE CAHIER NOIR

 

Pour ces marivaudages et ses secrets de famille empreints de trahisons, la réalisatrice Valeria Sarmiento brosse le portrait subtil et passionnant d’une Europe de fin de siècle, le XVIIIème siècle, avec la grâce et la délicatesse de Philippe Watteau ou Jean-Honoré Fragonard.Le récit des aventures, au crépuscule du XVIIIe siècle, d’un couple singulier formé par un petit orphelin aux origines mystérieuses et sa jeune nourrice italienne à la naissance pareillement incertaine. Ils nous entraînent dans leur sillage à travers l’Europe : Rome, Paris, Parme, Venise, Londres... Toujours suivis, dans l’ombre et pour d’obscures raisons, par un Calabrais patibulaire et un inquiétant cardinal, ils nous font côtoyer de ténébreuses intrigues au Vatican, le marivaudage à la cour de Versailles, les affres d’une passion fatale, un funeste duel et les convulsions de la Révolution française. Quand on aborde une telle œuvre cinématographique, il est difficile de résister à l’évocation de sa réalisatrice. Valeria Sarmiento est d’origine chilienne. Elle est rentrée dans le cinéma par l’intermédiaire de Raoul Ruiz dont elle était non seulement la compagne, mais aussi la monteuse de ses films. Elle terminera même la dernière œuvre de Ruiz,après la disparition soudaine du cinéaste de génie. Elle cumule ainsi une filmographie impressionnante depuis les années 1972, autant au cinéma qu’à la télévision, où elle alterna séries et téléfilms. Valeria Sarmiento n’en est donc pas à son coup d’essai. Une évidence qui vient immédiatement à l’esprit en visionnant ce Cahier noir tellement l’œuvre se montre aboutie, dans la conduite du récit comme dans son traitement esthétique.

Car Le Cahier noir est d’une impressionnante beauté. Pas un plan n’échappe à une réflexion profonde et méticuleuse sur la lumière, la couleur, le son, la photographie et la position de la caméra. La réalisatrice réussit le pari risqué de donner à voir une variété de pays européens, comme la France, l’Italie et l’Angleterre, via le prisme exclusif d’appartements luxueux de personnages riches, de leurs jardins et déambulations en calèches. Le choix est donc fait d’une mise en scène résolument sobre où, par exemple, la Révolution française est montrée, non pas dans une tempête d’effets spéciaux et de figurants, mais dans les passages discrets de quelques soldats ou de citoyens sur les bords des routes. Il n’en demeure pas moins que la violence de la guerre, la cruauté des sentiments parcourent d’un bout à l’autre cette histoire de passion, sans que jamais la réalisatrice n’ait besoin d’en faire la démonstration.

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Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle. Le romantisme du siècle à venir affleure lentement à travers les personnages, et notamment celui de la nourrice, interprétée par Lou de Laâge, lumineuse et sensible. Celle-ci incarne la fin annoncée du rationalisme des Lumières et cède à la mélancolie des paysages et le bouleversement des émotions. Même la guerre civile qui brutalise la France est l’occasion d’exprimer le destin d’une héroïne de roman pour cette jeune femme, absolument magnifique, qui s’égare entre une maternité avortée, des amours empêchées et une paternité obscure. Contre toute attente, Stanislas Merhar incarne un cardinal sombre et intriguant. Le fameux cahier noir dont il est mention dans la première séquence devient pour son personnage le témoin de l’histoire des capitales européennes de l’époque, où il tente de se sauver de ses propres démons et de protéger cette fragile nourrice d’elle-même. Il est un caméléon de la noblesse, capable de se transformer en religieux, en marchand et même en révolutionnaire bourgeois.

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On saluera le travail merveilleux qui est apporté à la confection des costumes et des décors. Un film historique ne saurait souffrir d’une pénurie de moyens, sauf à verser dans le mauvais goût. Ici, une attention extraordinaire est donnée aux intérieurs des appartements, aux couloirs napoléoniens, aux jardins à la française ou à l’anglaise, et aux robes que portent les actrices. On perçoit bien l"ambition artistique qui cherche, non pas tant le réalisme historique, que la description de la confusion des sentiments à la façon d’un roman. La réalisatrice s’attache à rendre chaque séquence la plus parfaite possible, jusqu’à cette scène finale où les cheveux de l’héroïne se fondent à l’écorce d’un arbre, symbolisant finalement, qu’en dehors de l’Art et du Beau, les choses sont sans importance.(àvoiràlire)

Ciné-club CGR : mercredi 5 16h15, vendredi 7 10h45, samedi 8 22h10, lundi 10 15h45, mardi 11 13h45

 

 

LIBRE

Michel TOESCA - documentaire France 2018 1h40mn - avec l’incroyable Cédric Herrou et tous les résistants de la Roya Citoyenne... Sélection en séance spéciale au Festival de Cannes 2018.

LIBREDerrière le glamour, les tapis rouges, les stars futiles d’un jour, les fêtes dispendieuses, les tractations dérisoires pour tel film survendu, le festival de Cannes sait aussi se faire acteur du débat citoyen, une caisse de résonance des luttes face aux pouvoirs dominants. Dans un département totalement contrôlé par la droite la plus réactionnaire et la plus rance, cette droite qui fait la course à l’échalote des préjugés racistes avec le Front National, le pire cauchemar de Christian Estrosi et Eric Ciotti a monté les marches avec tous les honneurs. Le cauchemar en question, c’est un simple paysan producteur d’olives, Cédric Herrou, qui ne se voyait pas vraiment délinquant multirécidiviste et abonné aux tribunaux, un homme qui avait simplement accroché au cœur un sens inébranlable de la solidarité. Il se trouve que sa vallée et son village de Breil sur Roya, autrefois totalement inconnus du grand public, accrochés à la frontière italienne et bien loin des fastes de la Côte d’Azur pourtant voisine, est un des passages empruntés par les migrants venant d’Italie en quête de vie meilleure. Cédric Herrou commence à en aider quelques uns, leur offrant une étape sur leur long périple. Le terrain est grand, ils sont de plus en plus nombreux, puis comme il faut aller vers les grandes villes pour faire les démarches administratives, il les aide aussi à voyager massivement par train vers Nice ou Marseille. Depuis, comme nombre de ses compagnons et bien qu’en principe le délit de solidarité n’existe pas, il est poursuivi par la justice. Mais alors que certains renoncent quand les premières amendes ou gardes à vue tombent, lui ne se laisse pas intimider, galvanisé par des soutiens toujours plus importants (tiens on voit l’ami dessinateur Edmond Baudoin, figure de la gauche niçoise) et une reconnaissance médiatique dont il se serait bien passé parfois, allant jusqu’à un article du New York Times.

Le réalisateur Michel Toesca est juste un ami et voisin, qui a quitté Paris pour son petit coin de paradis, et face aux aventures et déboires de son ami, il a décidé depuis deux ans de le suivre et de raconter ses luttes en toute simplicité. Et c’est juste drôle, galvanisant, ça vous emporte le cœur et vous fait dire que tout, malgré la justice toujours du même côté, les politiques de plus en plus contaminés par les idées d’extrême droite, tout est néanmoins encore possible. (Utopia)

CGR présenté par Solidaires Var est et Migrants Var est : jeudi 6 à 20h, suivi d'un débat

 

PUPILLE

Écrit et réalisé par Jeanne HERRY - France 2018 1h55 - avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Elodie Bouchez, Olivia Côte, Stefi Selma, Miou-Miou...

PUPILLEOn pourrait vous dire que c’est un film sur l’accouchement sous X. Vous allez dire « pffff , super festif ! » en mode ironique. Ou alors, on pourrait dire que c’est un film sur le long et complexe processus d’adoption et « mouais, bof » sera peut-être votre réponse… Si on vous dit que dans ce film il y a des assistantes sociales, des psychologues, des éducateurs spécialisés, des infirmières, des familles d’accueil, des parents en manque d’enfant, une mère célibataire, est ce que cela vous donnera envie ? Pas sûr…

Bon alors, on efface tout, on recommence… C’est l’histoire d’une rencontre, celle d’un bébé avec le monde. Ce bébé, comme tous les bébés depuis la nuit des temps, n’a rien demandé à personne mais le voilà. Il se trouve que ce bébé-là n’est pas un enfant désiré. Sa mère biologique n’a pas voulu ou pu comprendre ce qui lui arrivait, n’a pas cherché non plus à arrêter le processus de procréation, et lorsqu’elle arrive à l’hôpital, largement à terme, sa décision de ne pas garder l’enfant est prise. Dès lors, une machinerie peu ordinaire, mêlant humain, administratif et juridique, se met en action pour accompagner cet être dans le monde, ce « né sous X » dont l’Etat est désormais seul responsable, le temps de lui trouver une famille : c’est l’histoire de ce film.
C’est comme une course de relais : chaque protagoniste de l’histoire de cet enfant va apporter sa pierre à la construction fragile de ses premiers jours et faire tout pour qu’il se sente en sécurité, lui le bébé « abandonné ». Chacun a sa place, chacun a ses mots, ses gestes et son rôle à jouer dans ce roman de vie qui s’écrit. Chacun sait parfaitement ce qu’il doit faire, dans quel cadre s’inscrit son action et son unique objectif : le bien être de l’enfant. Elle est très belle et très touchante, cette chaîne humaine qui se met en ordre de marche autour de ce minuscule individu. La sage femme qui le met au monde, le personnel hospitalier qui va le bercer, le nourrir les premiers jours, puis l’assistante sociale qui va expliquer à sa mère biologique le processus enclenché, enfin l’éducatrice qui fera le lien entre le monde clos et protégé de l’hôpital et le monde extérieur. Puis, au bout de la course, la famille d’accueil qui veillera avec bienveillance et tendresse sur ses premières semaines et enfin, en ligne d’arrivée pour un nouveau départ, la rencontre avec le foyer qui deviendra le sien.

Filmée avec une grande justesse, cette quête à la fois très simple et extraordinairement puissante dans laquelle chaque protagoniste va se lancer est racontée à la manière d’un périple humain haletant et captivant. Nous allons suivre pas à pas, avec quelques allers-retours dans le passé, ces femmes et ces hommes qui font la grandeur du service public et dont le travail consiste à accompagner ce pupille de la meilleure manière possible jusqu’à sa famille d’adoption. La réalisatrice s’attache à raconter l’histoire dans chacune de ses composantes, ne laissant rien ni personne sur le carreau et c’est bien cette approche multiple, qui va du plus petit sourire d’une aide soignante au moment de l’accouchement jusqu’au premier regard de la mère adoptive sur son bébé, qui fait la grande force du film. On comprend vite, par la tonalité des premières scènes, que rien n’a été laissé au hasard et que derrière les mots, les gestes des personnages, se cache une longue et minutieuse documentation. Le film gagne ainsi en crédibilité et ne s’égare jamais sur des voies trop romanesques ou moralisatrices. Bien sûr, il faut la part de fiction, la petite touche drôle ou tendre qui relance le récit et emporte l’adhésion du spectateur. Le duo Kiberlain / Lellouche assume parfaitement cette fonction ; elle dans un personnage d’éducatrice forte en tête et addict aux bonbons chimiques, lui homme au foyer, papa d’adoption, pro du baby-phone et du portage ventral. En sortant du film, on a un peu plus de tendresse dans la tête et un peu plus de foi en l’humanité et ça, par les temps qui courent, c’est à ne pas gâcher. (Utopia)

CGR : tous les jours à 11h10, 14h, 16h20, 19h50, 22h10

 

 

MAUVAISES HERBES

De Kheiron Tabib avec : André DussollierCatherine DeneuveAlban LenoirKheiron

 novembre 2018: 1h40mn

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Waël, un ancien enfant des rues, vit en banlieue parisienne de petites arnaques qu’il commet avec Monique, une femme à la retraite qui tient visiblement beaucoup à lui. Sa vie prend un tournant le jour où un ami de cette dernière, Victor, lui offre, sur insistance de Monique, un petit job bénévole dans son centre d’enfants exclus du système scolaire. Waël se retrouve peu à peu responsable d’un groupe de six adolescents expulsés pour absentéisme, insolence ou encore port d’arme. De cette rencontre explosive entre « mauvaises herbes » va naître un véritable miracle. Trois après Nous trois ou rien inspiré de la vie de ses parents fuyant dans les années 80 la révolution islamique dans l’Iran de Khomeini puis prenant en charge les problèmes sociaux de la banlieue parisienne dans laquelle ils s’installent, Kheiron exploite à nouveau une tranche autobiographique pour défendre le respect mutuel et surtout l’importance de l’éducation et de la transmission. En effet, avant de devenir l’humoriste qui a fait les beaux jours de Canal+ dans la série Bref, celui qui est aussi rappeur, acteur et réalisateur a travaillé, durant quatre ans, en tant qu’ éducateur pour aider les jeunes à renouer avec l’école. Solidement ancrée entre deux temporalités bien distinctes mais totalement complémentaires démarre alors une tendre histoire pimentée d’un bel élan de solidarité. D’incessants flash-back nous éclairent sur le passé douloureux de ce jeune Waël (Kheiron), arnaqueur au grand cœur, et sur les liens qui l’unissent indéfectiblement à celle qui lui sert de bonne fée (Catherine Deneuve) pendant que la découverte d’un monde peu enclin à s’apitoyer sur le sort de ceux qui restent au bord de la route pousse ce personnage bien plus pétri d’humanité qu’il n’en a l’air à mettre son expérience personnelle au service de ceux qui ont eu moins de chance que lui. Maniant d’une main de maître humour et gravité, notre réalisateur-scénariste a le talent de trouver la profondeur juste nécessaire dès qu’il s’agit d’aborder des thèmes forts mais aussi d’émailler d’une douce malice des situations épiques. S’appuyant sur des dialogues intelligemment ciselés et jamais moralisateurs, la narration fait la part belle à cette jeunesse attachante et douée mais en rupture de repères qui découvre les vertus de la solidarité et de la rédemption. Plutôt que de stigmatiser la violence des cités, elle préfère souligner la vitalité de ses personnages et leur énergie à aller de l’avant, faisant de cette histoire un hymne à la vie et à l’espoir. Même si quelques clichés surgissent au détour d’une scène, et même si la surenchère de bons sentiments ternit quelque peu la bonne tenue de ce conte social, la générosité et la bonne humeur qui en émanent compensent largement ces petits travers. Reste l’immense plaisir de retrouver ce couple inattendu formé d’un Dussollier au mieux de sa forme et d’une Deneuve qui semble avoir décidé de troquer définitivement ses tenues de grande bourgeoise pour endosser, avec une joie non feinte, les oripeaux colorés de la classe laborieuse. Un duo de comédiens confirmés qui ne répugne pas à s’afficher aux côtés de l’excellent Alban Lenoir, l’une des valeurs montantes du cinéma et des rappeurs Médine et Fianso. Ce casting joyeux et métissé se met au service d’un film positif pour rendre hommage au message du bien vivre-ensemble cher à son auteur. Une belle leçon de vie à partager sans modération ! (àvoiràlire)

CGR : mercredi 5, vendredi 7 et mardi 11 22h30, samedi 8, dimanche 9 et lundi 10 20h20

Vox (Fréjus) : mercredi 5, samedi 8 16h - jeudi 6 15h50 - vendredi 7, lundi 10 13h45 - dimanche 9 13h50 - mardi 11 18h20

Le Luc : mercredi 5 21h, jeudi 6 18h, samedi 8 16h30, dimanche 9 18h30

 

 

BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VOSTF - Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

Surpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.

Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

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Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration… (utopia)

CGR EN VF : mercredi , jeudi 6, samedi 8, lundi 10 13h35, 19h40 - vendredi 7 13h35 - dimanche 9, mardi 11 19h40

 

 

 

LE GRAND BAIN

Gilles LELLOUCHE - France 2018 2h02mn - avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Pœlvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Félix Moati, Jonathan Zacaï, Alban Ivanov, Mélanie Doutey... Scénario de Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini.

Tout le monde l’attendait au tournant, prêt à lui tailler un costard en bonne et due forme. La critique cinéphile en particulier et puis aussi, il faut bien se mettre dans le sac, les programmateurs des salles art et essai ; bref, toute une assemblée qui aime bien, entre deux tressages de lauriers à des films turcs de 3h, casser un peu de sucre sur le dos de quelques malheureux réalisateurs, se moquant joyeusement, et parfois avec une plume acerbe, de leurs films. Gilles Lellouche entrait pile poil dans la case : « comédien qui passe à la réalisation et qui va se faire descendre par la critique ». On a toujours eu le sentiment que ses choix d’acteur l’avaient jusqu’alors cantonné un peu systématiquement dans le rôle du pote un peu lourdingue, du beauf un peu macho dans des comédies pas toujours très finaudes (excepté peut-être son interprétation touchante du mari perdu et assassiné dans le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller), et donc, en toute logique, on se disait que son passage à la réalisation en solo (il a déjà co-signé 2 films) resterait dans cette veine. Grosse, très grosse erreur d’appréciation. Parce que comme un retour du bâton qu’on était prêt à lever sur son film, voilà que nous nous sommes pris de plein fouet et sans semonce son Grand bain. La claque fut d’autant plus inattendue que nous nous surprîmes à la trouver fort à notre goût, agréable, drôle, tendre et bien ficelée, dotée d’une écriture précise et rythmée, d’une mise en scène vive et intelligente. Rien à voir avec le brouillon maladroit auquel nous nous attendions : on avait sous les yeux un petit bijou efficace et touchant d’humanité, avec ce dosage presque parfait entre franche comédie et fable douce amère à la mélancolie sous-jacente, celle qui vous cueille sans prévenir et vous laisse ce sentiment d’avoir gravé durablement, quelque part dans un coin de rétine, un doux, joyeux et tendre moment de cinéma.

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Bertrand est au chômage. Depuis trop longtemps. Il a perdu le goût d’à peu près tout hormis celui des cachetons et trimballe sa carcasse entre la cuisine, le salon et, les soirs où il se sent aventurier, la rue jusqu’à laquelle il ose descendre pour sortir la poubelle. Bref, c’est la grosse déprime. Au détour d’une sortie piscine, il va tomber sur un improbable club de natation synchronisée masculine, rien que ça. Et comme les nageurs en question ont l’air aussi – sinon encore plus – dépressifs que lui et que le groupe cherche des nouvelles recrues, il va sauter le pas et enfiler son slip de bain. Coaché par une ancienne championne qui cache à peine son blues sous des tirades enflammées empruntées à la littérature classique ou des volutes de clope qu’elle distille assise en tailleur sur le plongeoir, le groupe des sirènes est un sacré patchwork : Laurent (Guillaume Canet), en colère contre tout, Marcus (Benoît Pœlvoorde), glandeur majestueux dont l’entreprise est en faillite (forcément), Simon (Jean-Hugues Anglade), rockeur vieillissant qui rêve d’être David Bowie, et Thierry (Philippe Katerine), grand poète devant la lune. Ensemble, ils assument leurs bedaines autant que leurs échecs existentiels, ils révèlent leurs cannes de serin velues autant que leurs blessures intimes. Mais il faut un défi, bien sûr, pour révéler les talents enfouis et pour que la belle équipe se bricole une fraternité à toute épreuve : qu’à cela ne tienne, ce sera le championnat du monde !

On rit beaucoup, dans l’eau de ce Grand bain, on rit avec ces mecs ultra sensibles prêts à tout pour réussir un joli mouvement de gambettes ou un porté qui ait de la gueule. Avec ces nanas mi-mamans, mi-matons qui vont les dresser pour obtenir le meilleur d’eux. Sans vulgarité (ou presque quand elle sort de la bouche de Leïla Bekhti, entraineuse tétraplégique et sadique), avec une bienveillance sincère pour cette bande de mâles cabossés, Gilles Lellouche réussit le pari d’une fable sociale à la Full Monty (parce que chacun a sa manière est un exclu faute d’avoir su entrer dans le moule : celui du monde du travail, du couple, de la famille, de l’industrie du disque…) qui dépote. (Utopia)

 CGR Draguignan : mercredi 5, jeudi 6, vendredi 7, dimanche 9, lundi 10, mardi 11 22h10

Salernes : mercredi 5 18h30

 

APRÈS « DEMAIN »

Cyril Dion et Laure Noualhat - documentaire France 2018 1h20 -

APRÈS « DEMAIN »Produit pour la télévision comme complément à la première diffusion de Demain, ce film revient sur le succès phénoménal du documentaire.
Cyril Dion est cette fois-ci accompagné de son amie Laure Noualhat, enquêtrice sur les fronts de l'écologie. Elle est sceptique quant à la capacité des micro-initiatives à avoir un réel impact face au dérèglement climatique. Ensemble, ils partent à la recherche des actions inspirées par le documentaire, essayant de trouver celles qui marchent, durent et peuvent ainsi inventer un nouveau récit pour l'humanité…
Entre autres champs, le documentaire apporte un regard actualisé sur les dynamiques citoyennes et souligne les évolutions récentes de l’énergie citoyenne : de plus en plus de projets, des installations de plus en plus significatives et une nouvelle histoire de l’énergie qui s’écrit localement, entre les citoyens et les collectivités.(Utopia)

Vox (Fréjus) : présenté par Colibris jeudi 6 20h 

 

LES CONFINS DU MONDE

Guillaume Nicloux - France 2018 1h43 - avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran, Gérard Depardieu, François Négret... Scénario de Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour.

LES CONFINS DU MONDELes Confins du monde nous transporte dans l’Indochine française de 1945. Une période de transition confuse, où il y a plusieurs forces en présence, où les ennemis changent au gré des événements. Les Japonais, qui avaient violemment repris le pays après le coup de force de 1945, se retirent finalement, laissant le champ libre aux indépendantistes vietnamiens. C’est dans ce contexte trouble que surgit le lieutenant français, Robert Tassen. Son frère est mort devant ses yeux, dans un massacre perpétré par un lieutenant sanguinaire d’Hô Chi Minh. Retrouver cette figure du mal pour se venger, telle est son obsession.
C’est donc une guerre intime et parallèle à l’intérieur d’une autre guerre. C’est aussi une sorte de polar existentiel, poisseux, moite, aux confins de la folie, un pied dans la boue du conflit, un autre dans la fantasmagorie. Difficile de ne pas penser à la longue nouvelle de Conrad, Au cœur des ténèbres, matrice de nombreux films de guerre « hallucinés » et notamment Apocalypse now de Coppola, qui a forcément marqué Guillaume Nicloux. A travers Les Confins du monde, on pénètre dans un monde où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes.
Il n’y a quasiment pas de coup de feu, mais de la peur et de la hantise. Des coups tordus, de la honte, du désir caché. Du romantisme morbide aussi, lié au culte de la virilité, à la fascination qu’exerce malgré tout la guerre, si violente soit-elle. Nicloux montre des états extrêmes, l’extase atteinte grâce à l’opium. Des moments d’attente, teintée de nostalgie : « Le métro me manque » confie du haut d’un mirador le soldat Cavagna, le plus proche ami de Tassen.
Et puis un salut est possible, lorsque Tassen rencontre l’amour, en la personne d’une prostituée indochinoise…
La guerre comme révélateur humain, c'est bien sûr une quasi-constante des films de guerre, mais l'intérêt de ce film, c'est la concomitance de ce thème avec celui de la quête du cinéaste. Si Nicloux n'a évidemment pas vécu le conflit indochinois, on ressent bien le parallélisme entre la quête existentielle de son personnage et sa propre recherche artistique, entre l'aventure de la guerre et l'aventure de ce tournage (toutes proportions gardées, cela va sans dire). Comme Tassen, Nicloux est déplacé, déphasé, déterritorialisé, déraciné de son milieu habituel et cela se sent dans sa mise en scène, attentive aux lieux, aux gens, aux décors naturels, à la chaleur, à l'humidité, à la lumière de ces confins à mille lieues de la France. On pourrait presque sentir à travers son filmage les parfums, la sueur, le sang, comme si la caméra elle-même transpirait.
Les Confins du monde est un film puissamment physique, sensualiste, climatologique : on le doit à la nature, bien sûr, mais aussi aux acteurs, vraiment remarquables d'intensité, de présence, de Gaspard Ulliel à Guillaume Gouix, de la superbe nouvelle venue Lang-Khé Tran à Gérard Depardieu qui imprime sa marque et son génie en une seule scène. Il parait que Nicloux a créé cette scène tardivement, juste pour le plaisir des deux compères de retravailler ensemble. C'est là une excellente raison de faire du cinéma et qui contribue à rendre ce film particulièrement attachant.

(d'après J. Morice, Télérama, et S/ Kaganski, Les Inrockuptibles)

Vox (Fréjus) : mercredi 5, samedi 8 et mardi 11 13h50, 18h15, 20h45 - jeudi 6 13h45, 17h50, 20h30 - vendredi 7 15h50, 17h55, 20h45 - dimanche 9 13h50, 15h55, 20h30 - lundi 10 13h45, 15h50, 20h45

 

 

 

 

 

LES CHATOUILLES

Écrit et réalisé par Andréa BESCOND et Eric MÉTAYER - France 2018 1h43 - avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Gringe, Carole Franck, Gregory Montel, Ariane Ascaride...

Solaire, lunaire, libre… Les Chatouilles, c’est comme une boule d’énergie chaleureuse, lumineuse prête à exploser de tous ses feux pour venir éclairer les recoins cachés de l’enfance. Le film nous ramène à la nôtre, à nos pudeurs, à nos joies et frayeurs. On y passe par tous les états d’esprit, d’âme, chamboulés par tant de douceur, d’espièglerie, de regards justes sur l’innocence, la culpabilité, l’impuissance. On y sourit, on y rit beaucoup et chaque malheur se transforme en tremplin vers la résilience et le bonheur. En transcendant son histoire personnelle, Andréa Bescond en a fait un antidote universel contre le silence. Courageusement elle va débusquer la crasse que d’autres auraient volontiers laissée planquée sous le lourd tapis des apparences. Elle affronte la noirceur sans s’y engluer, en sautillant de son pas léger de danseuse révoltée, brillante. C’est infiniment libérateur, réjouissant, en un mot salutaire.

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Tout débute donc dans une enfance qui sans être dorée n’en n’est pas moins bienheureuse, entourée d’adultes attentifs et s’efforçant d’être de bons parents. Des gens d’une classe ni trop modeste, ni trop friquée, éternels bosseurs désireux d’offrir à leur progéniture une sécurité matérielle douillette. Quand la petite Odette dit aimer la danse, ils la soutiennent à leur mesure, la poussent sans rechigner vers un milieu qui n’est pas le leur, vers cette évidence passionnelle qui deviendra sa planche pour surfer sur les tempêtes de la vie. Mais cela, nul ne le sait encore, tout comme nul n’imagine que le diable est déjà dans la place sous les allures angéliques d’un séduisant garçon. Gilbert est le meilleur ami de la famille, un compagnon fidèle, présent, toujours prêt à rendre service. Son aisance naturelle, sa culture, son élégante épouse, ses marmots élevés au cordeau, tout en lui justifie la confiance que les parents d’Odette lui portent. Et personne n’imagine le mal quand on lui confie la petite pour les vacances. Un personnage d’autant plus troublant qu’il est très finement interprété par le magistral Pierre Deladonchamps, la classe personnifiée, qui accepte de se fondre dans la peau d’une créature glaçante.
Les chatouilles, ce sont ces jeux de mains ingénus qui tissent une relation complice entre les êtres, d’adulte à adulte, d’enfant à enfant, d’enfant à adulte, d’adulte à enfant… Taquineries inégales entre le mieux aguerri et le plus chatouilleux, entre le plus fort et le plus faible, celui qui maîtrise, celui qui ne peut que subir. Bien dosées, elles font mourir de rire ou de tendresse lâchée. Trop poussées, elles font parfois pleurer, intenables, insupportables. Des « chatouilles », c’est ainsi que Gilbert qualifiera ses gestes soudain moins chastes qui entraîneront Odette, alors âgée de 8 ans, loin de son corps, comme flottant au dessus, anesthésiée pour ne plus sentir la peur et la honte qui monte, montera encore en camouflant les serviettes éponges souillées. Seule dans sa bulle fantasmée, elle se raccrochera à ses rêves comme d’autres se raccrochent à une bouée. Elle virevoltera, danseuse étoile dans les pas de Noureev, se dépassant, propulsée loin du sol par sa rage de vivre. Entraînant sa vie dans un tourbillon exalté et sans limites, jusqu’au moment où, à bout de souffle, elle pourra enfin affronter le regard des autres et surtout les obliger à regarder.

Beau, poignant, le film vient nous cueillir de manière irrésistible, bousculer nos manières de voir et dire les choses irrémédiablement. Karin Viard, dans le rôle de la mère qui a enseveli ses propres failles sous une carapace d’une dureté effrayante, est d’une justesse absolue. Clovis Cornillac, dans celui du père inoffensif confronté à l’impensable, est bouleversant. Carole Franck, en psy dépassée par le témoignage de sa patiente, est inénarrable et touchante. Quant à la jeune Cyrille Mairesse, qui incarne Odette petite, elle est à la fois bouleversante et radieuse. Sans oublier tous les autres acteurs et toute l'équipe technique que l’on sent entièrement investis auprès des réalisateurs pour aboutir à un film aussi brillant que nécessaire.(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 16h10, jeudi 6 8h25, vendredi 7 et mardi 11 13h50

 

AMANDA

Mickhaël HERS - France 2018 1h47 - avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophelia Kolb, Marianne Basler, Greta Scacchi... Scénario de Mikhaël Hers et Maud Ameline.

AMANDADécouvert avec le beau Memory lane puis l'encore plus beau Ce sentiment de l’été, Mikhaël Hers signe une fois encore un film délicat, un hymne à la vie qui est aussi une déclaration d’amour à Paris, filmé comme à travers le filtre invisible de sa devise « fluctuat nec mergitur », comme si la grâce, la poésie, la beauté simple devaient toujours surmonter toutes les tempêtes.
Amanda est jolie comme un cœur, gourmande et un peu rondelette, avec des yeux d’un bleu très clair dans lesquels on peut voir des étoiles, celles d’une gamine de 8, 9 ans, insouciante et rêveuse. Amanda habite seule avec sa mère Léna, professeure d’Anglais, dans un de ces quartiers de Paris où il fait bon vivre. Elle a son univers à portée de main : la boulangerie pour acheter les douceurs, l’école pas très loin, une place et un peu de verdure. Amandine ne connaît pas son père, mais dans sa vie, il y a un chouette gars formidable qu’elle connaît depuis toujours : c’est David, le frère cadet de sa mère, tonton aux allures de grand cousin qui vient souvent la chercher à la sortie d’école, parfois avec un peu de retard, au grand désespoir de Léna. David est lui aussi parisien, il a des allures d’éternel étudiant mais il travaille, cumulant plusieurs petits boulots, un peu jardinier pour les espaces verts de la ville, un peu concierge pour le compte d’un propriétaire qui loue ses appartements à des touristes. Une vie un peu incertaine qui lui convient parfaitement, il n’a pas besoin de plus, pas pour le moment. À 24 ans, il a bien le temps de se prendre le chou avec un quotidien millimétré, un prêt immobilier, une fiancée, des mômes et tout le stress qui va avec. Là il profite des arbres de Paris qui offrent au grimpeur une vue imprenable, des grands boulevards qu’il parcourt effrontément à bicyclette, de sa frangine avec qui il aime partager un café, au coin de la fenêtre. La vie pourrait ainsi s’écouler, Amanda grandirait, Léna trouverait peut-être un nouvel amoureux (pas un homme marié cette fois), et David emmènerait sa nièce faire du vélo sur les bords de la Seine.

Mais même quand l’air est doux, même quand les rayons du soleil caressent les visages des gens heureux attablés aux terrasses des cafés, même quand l’herbe chatouille les pieds nus de ceux qui se sont assis dans l’herbe pour un pique-nique entre amis, le pire peut arriver. Et le pire, c’est cette seconde où tout bascule, où l’homme se fait loup, ou fou, ou diable, ou tout cela en même temps, quand le bonheur fugace vire au cauchemar.
En une fraction de seconde, tout va voler en éclats. Et comment ramasser les morceaux quand on a le cœur brisé ? Comment y voir clair quand les larmes ont tout flouté ? Comment survivre à quelqu'un qu'on aime et qu'on vient de perdre à tout jamais ?

C’est la première fois que les attentats de Paris de novembre 2015 sont aussi explicitement évoqués dans une fiction et ça fait un drôle d’effet. Par la complicité tendre qui unit Amanda à David, par la fusion aimante qui relie Amanda à sa mère, il y a entre nous et ces personnages une proximité qui nous touche profondément… Et la bascule du film nous bouleverse parce qu’il n’y a rien de trop montré ou de trop expliqué, rien de déplacé, tout sonne juste. Alors la froideur de la situation, implacable, contraste avec la douceur de l’amour orphelin qui reste là, tétanisé, mais bel et bien vivant. Car c’est bien vers la vie que se tourne résolument ce film, la vie pétillante et colorée, comme les yeux d’Amanda (Utoppia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 16h10, 18h, 20h - jeudi 6 13h50 - vendredi 7 18h15 - dimanche 9 13h45, 18h35, lundi 10 16h05, mardi 11 16h

Cotignac : vendredi 7 20h30

 

VOYAGE À YOSHINO

Écrit et réalisé par Naomi KAWASE - Japon 2018 1h49 VOSTF - avec Juliette Binoche, Masatochi Nagase, Takanori Iwata, Mari Natsuki...

VOYAGE À YOSHINOVoyage à Yoshino raconte l'histoire de Jeanne (Juliette Binoche), une écrivaine française qui se rend au Japon, dans les montagnes de Yoshino, pour chercher la plante une plante, une herbe médicinale unique qui pousse tous les 997 ans et à laquelle on attribue la vertu de pouvoir mettre fin à l'angoisse, la faiblesse et la souffrance existentielle qui est le propre de la condition humaine. Pour Jeanne, ce voyage est aussi l'occasion d'un retour troublant sur son passé : il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour, qui s'est terminé tragiquement et dont elle ne s'est jamais tout à fait remise…
Dans sa quête, Jeanne rencontre Tomo (Masatoshi Nagase, qui tourne pour la troisième fois avec Naomi Kawase), un garde forestier qui s'occupe d'Aki (Mari Natsuki), une sage locale qui semble communiquer directement avec les esprits des arbres. Le lien entre les personnages est, on le devine, profond et transcendental, bien que l'arrivée d'une étrangère en ces lieux causent des remous qui annoncent une grande transformation prochaine.

On ne peut pas ne pas se laisser transporter par le talent de Namo Kawase dès qu'il s'agit de dépeindre ce décor naturel luxuriant dans toute sa splendeur. La forêt devient un personnage à part entière, peut-être le plus important. C'est elle qui conditionne l'état mental et émotionnel des personnages et son esprit semble palpable à chaque instant…
Naomi Kawase a toujours été fascinée par la nature, par son Japon traditionnel et ses réminiscences, qu’elle explore en prenant tout son temps, envoûtée par une feuille, des racines, le vent dans les hautes branches, les plantes qui laissent s’échapper les gouttes de pluie… C’est dans cette nature qu’elle pousse ses personnages, à ne pas seulement la traverser mais à ne faire qu’un avec, dans un parachèvement philosophique empruntant au bouddhisme, où la mort est une nécessité incontournable pour la renaissance, sous une forme indéterminée. (merci à lebleudumiroir.fr)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 13h50, 20h45 - jeudi 6 16h10 - vendredi 7 et lundi 10 16h - dimanche 9 18h15, 20h45 - mardi 11 16h, 20h45

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Au(x) cinéma(s) du 7 au 13 novembre 2018

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord un rappel de nos prochaines soirées. Le 18 novembre nous aurons en séance unique le Poirier sauvage réalisé par Nuri Bilge Ceylan, réalisateur turc qui avait eu la palme d'or avec le film Winter Sleep.
Le 2 décembre aura lieu la soirée avec deux films : Girl  et Leave no trace avec l'apéritif habituel entre les deux.  Et pour clore l'année 2018 le 16 décembre vous pourrez voir Mektoub my Love le dernier film d' Abdellatif Kechiche.
Cette semaine à  CGR  dans le cadre du ciné club ils nous proposent Blackkklansman, le dernier Spike lee:  souvent très drôle et  volontairement provocateur le film n'en demeure pas moins plein de suspense, radical et militant et dans leur programmation de la semaine : L'homme pressé inspiré du drame qu'a vécu un grand patron d'industrie Christian Streiff , incarné par Fabrice Lucchini .
A Lorgues Girl (que vous pourrez voir bientôt début décembre à CGR dans le cadre d'une soirée organisée par Entretoiles) un  portrait naturaliste, factuel, donc cru, d'une adolescente transgenre en quête d accomplissement professionnel et Dakini un premier film qui nous vient du Bouthan .
Au Vox  Un amour impossible, adaptation éponyme du roman de Christine Angot qui raconte l'histoire d'une femme - sa mère- sur plusieurs décennies,  le procès contre Mandela et les autres, un documentaire qui met en lumière le courage des combattants anti-apartheid dans l’Afrique du Sud des années 50, En liberté ( aussi à Cotignac), un chassé croisé ébouriffant de drôlerie , Cold war ’histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais  gangrené par la montée du stalinisme.
Enfin à Salernes  Under the tree , une comédie noire islandaise à mi chemin entre féroce satire sociale et thriller glaçant.
 
 

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 
 
 

BLACKKKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

 

 

 

 

 

Mais bon sang qu'on est  heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansmanné de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai ! Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil Rights Act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquée de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement une distance entre la théorie de l’égalité des Afros-américains et la mise en pratique en terme de droits, de traitement et de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolué de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

 Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques .(Utopia)

 

 

 CGR  mer 7/22h05    jeu/20h   ven 10h45   sam 22h05    lun 17h45

 

UN HOMME PRESSÉ

Écrit et réalisé par Hervé MIMRAN - France 2018 1h40mn - avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder, Yves Jacques, Micha Lescot... Scénario d’Hervé Mimran et Hélène Fillière, d’après le livre de Christian Streiff.

Que l’on soit inconditionnel de Fabrice Luchini ou pas, qu’il vous agace, vous éblouisse ou vous laisse de marbre, nul ne peut contester son talent hors pair quand il s’agit de manier les mots, ceux des autres en particulier, ou les siens, qu’il sait si parfaitement agrémenter de citations distillées avec gourmandise. Il est sans doute l’un des seuls comédiens français à maîtriser aussi bien cet art oratoire, l’un des seul aussi à le mettre en avant dans chacun de ses films, quelle que soit la nature du récit ou le profil de son personnage.
« Ce serait un film où Fabrice Luchini serait incapable d’aligner deux mots » ! On se dit bien que c’est le genre d’idée un peu saugrenue qui a dû jaillir de l’esprit des scénaristes d’Un homme pressé, flairant là, et à raison, la matière première d’un numéro d’équilibriste dont l’acteur a le secret. Luchini qui a perdu de sa superbe ? Pas tout à fait, car même quand il s’emmêle les pinceaux, même quand il perd ses mots, le maître le fait avec panache et virtuosité, avec ce timbre de voix reconnaissable entre tous. Impossible donc de séparer cette comédie de son interprète principal, il est la colonne vertébrale du film, sur qui tout repose, vous voilà prévenus.

Ce n’est donc pas un mystère, Alain est un homme pressé. Ce n’est pas qu’il subisse le rythme de sa vie sans pouvoir rien faire pour le ralentir, non, il est pressé et il aime ça. Il ne vit d’ailleurs que pour ça : courir, du matin jusqu’au soir, et remettre ça le jour suivant, et puis celui d’après et cela depuis des années. Alain n’est pas marathonien mais homme d’affaires, secteur industriel, le genre à se déplacer avec chauffeur, le genre à avoir des costards taillés sur mesure et un bureau avec vue sur le monde qu’il domine, forcément, du haut de son arrogance. Enfin, ça, c’est la version « Valeurs Actuelles » du type. Car côté pile, c’est un autre visage. Il vit seul, forcément, avec sa fille qu’il a négligé toute son enfance, forcément, et qui lui en veut à mort, bien évidemment. 
Mais les bonnes choses ont toujours une fin et il en est des hommes d’affaires comme des entreprises cotées au Cac 40 : parfois, le système défaille, le train de la belle réussite capitaliste déraille et se mange le décor, emportant la belle moquette du bureau, les couvertures de magazines et les pompes italiennes à deux smics. Dans le monde merveilleux du business, ça s’appelle une crise financière ou un krach boursier, dans le monde merveilleux du cerveau survolté d’Alain, ça s’appelle un AVC.
Voilà donc notre homme passablement dans les choux, ne pouvant plus prononcer deux mots sans se prendre les pieds dedans, cafouillant, hésitant, buttant et trébuchant sur le vocabulaire le plus basique qu’il va joyeusement se réapproprier en mode almanach vermot. Heureusement, il croise la route d’une orthophoniste dévouée qui va tenter de l’aider à remettre consonnes et voyelles en place.

L’histoire est bien entendu écrite d’avance : sans son arrogance, sans sa superbe, sans ses qualités oratoires, le bonhomme va tomber de son piédestal, se retrouver à poil, pile sur la face qu’il avait jusqu’alors négligée, celle de sa vraie nature. Luchini est à la hauteur de l’exercice qui lui est demandé : être drôle avec les mots, en faire beaucoup, mais point trop quand même. Il excelle dans ce numéro de clown brillant qui tombe le masque et aligne son texte, même quand il n’a pas de sens, avec une facilité déconcertante qui fait mouche à tous les coups. C’est sûr, ce type est capable de vous réciter l’annuaire comme s’il s’agissait d’À la recherche du temps perdu !  (Utopia)
 
CGR 
tous les jours  à partir de mer 7/ 11h  13h50  16h  18  h  20h10  22h20

 

DAKINI

Écrit et réalisé par Dechen RODER - Bouthan 2016 1h58mn VOSTF - avec Amyang Jamtsho Wangchuk, Sonam Tashi Choden, Chencho Dorji

C’est un film comme un voyage… un voyage aux confins d’un monde troublant et mystérieux, un monde où la spiritualité est tout sauf un vain mot. Ici, sur les terres du Bouthan, le détective Kinley enquête sur une bien étrange disparition, celle d’une nonne bouddiste, figure emblématique d’un monastère. Au village, tout le monde lui parle d’une certaine Choden, une jeune femme à la beauté troublante qui serait en réalité une « sorcière » et se serait volatilisée en même temps que la victime… Au fil de ses recherches, il va croiser sa route, comme un hasard, et nouer une alliance houleuse avec elle. Mais le hasard existe-t-il vraiment ? Ne serait-ce pas plutôt un signe du destin ? Et qui se cache vraiment derrière cette femme au charme envoûtant ? N’a t elle pas des pouvoirs surnaturels ? Au gré de leur voyage, Choden va lui raconter l’histoire des « Dakinis », ces femmes éveillées, bouddhistes, dotées pouvoir et d’une profonde sagesse… Kinley croit alors entrevoir la résolution de l’enquête.

« La “dakini” est un personnage difficile à dépeindre, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Le terme fait généralement référence à des femmes bouddhistes éveillées, de pouvoir et de sagesse. Mais il peut définir bien plus. Les dakinis peuvent être des humaines, des déités ou encore des divinités, selon leur histoire et la façon dont on l’interprète. On nous dit même que les dakinis peuvent être en chacun de nous.
« Ayant grandi au Bhoutan, j’ai eu la chance d’entendre de nombreuses histoires de dakinis racontées par ma mère. La plupart du temps, dans le Bhoutan moderne, les histoires sur les dakinis ne se propagent plus vraiment, laissant ironiquement leur place au gène masculin dans les histoires de notre passé.
« Lorsque j’ai pu rencontrer une femme qui avait ce pouvoir de dakini, j’ai compris que ces histoires étaient bien plus que des fresques sur les murs des temples ou des textes dans les vieux écrits. Ce sont des faits réels de la force féminine, de leur bravoure de leur compassion et de leur sagesse. Le devoir de mémoire et d’acceptation des dakinis devient de plus en plus important. En tant que bouthanaise, en tant que femme et en tant qu’humaine. Et pour Kinley accepter les dakinis est peut-être le seul moyen de commencer à comprendre son enquête.
« Au Bhoutan, la littérature et les médias nous ont habitués à un regard masculin, et cela m’a incitée à choisir un homme comme protagoniste de cette compréhension et découverte. Je n’ai jamais été éveillée et je n’ai jamais aspiré à le devenir. Je serais incapable de raconter l’histoire de l’illumination, mais peut-être celle de sa rencontre. » Dechen Roden(Utopia)

 

LORGUES

 

ven 9/18h15  lun12/18h35

 

GIRL

Lukas DHONT - Belgique 2018 1h45mn - avec l'extraordinaire Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart, Tijmen Govaerts, Katelijne Dhaenens... Scénario de Lukas Dhont et Angelo TijssensFestival de Cannes 2018 : Caméra d’or – Prix de la Critique Internationale – Prix d'interprétation Un certain regard pour Victor Polster.

 

 

C'est un premier film magistral qui voit l'avènement d'un grand cinéaste et d'un grand acteur qui est tout autant une grande actrice. Le divin Victor Polster qui incarne Lara (et en a l'âge) est avant tout danseur mais ce serait vraiment dommage pour le cinéma s'il cessait de tourner…
Rigueur, ténacité, féminité, témérité… autant de qualités que Lara doit cultiver pour atteindre son inaccessible rêve : devenir danseuse étoile ! Il lui faudra même plus encore : le goût du sacrifice. Pourtant Lara, la douce, la studieuse, la gracieuse Lara, du haut de ses 15 ans, a déjà tout pour devenir une superbe jeune femme sauf… un petit appendice superflu entre les jambes, qui l’a faite garçon dans son corps alors qu’elle se sait fille dans sa tête, un grain de sable qui enraye ses projets de vie et qu’elle doit éradiquer. C’est un véritable parcours de la combattante qu’elle mène avec acharnement, faisant fi des obstacles, obstinément, se moquant des moqueries, essayant d’ignorer les regards qui la toisent. Lara force notre respect. Sa famille aussi d’ailleurs : tous s’arc-boutent la tête haute pour défendre cette fille pas tout à fait comme les autres, l’épaulant sans faiblir dans l’adversité, en particulier son père Mathias (Arieh Worthalter, exceptionnel). Admirable en tous points, il s’efforce de ne pas céder aux angoisses légitimes qui le transpercent parfois devant le choix définitif de son enfant, faisant taire sa peur face à l’opération irréversible qui sonnera le glas d’un possible retour en arrière. Peut-être aura-t-il fallu du temps à Mathias pour comprendre, accepter mais si le doute l’assaille, jamais il ne le fait peser sur les jeunes épaules de Lara, ni n’essaie de la convaincre. Mû par une confiance absolue en sa progéniture, il incarne à lui seul cet amour inconditionnel qui choisi d’accompagner plutôt que de gouverner.

Plongés dans l’intimité de la petite famille monoparentale, nous sommes bluffés par tant d’ouverture d’esprit, de tolérance, même si elles ne font pas tout, même si Lara ne mesure pas toujours la chance qu’elle a d’être tombée dans un foyer capable d’une telle qualité d’écoute. Même Milo, son cadet, qui n’a pourtant pas encore l’âge de raison, semble accepter sans broncher que son grand frère soit en définitive une grande sœur. Il apparaît comme une évidence que Lara est celle qui apporte le supplément d’âme féminine qui manquait à la maisonnée. Les câlins du soir qu’elle prodigue à son petit frère ont une saveur maternelle rassurante dans laquelle il peut s’endormir réconforté, sans craindre le loup qui rôde dans les bois sombres des contes. 
Alors que sonne l’heure d’une nouvelle rentrée scolaire, c’est un nouveau départ qui s’annonce. Lara, qui vient d’être acceptée (à l’essai) dans une des plus prestigieuse école de danse de Belgique, est dans les starting-blocks. Elle a huit semaines pour démontrer à l’établissement qu’elle pourra se mettre au niveau des autres ballerines qui ont démarré la danse classique bien plus jeunes. Lara piaffe également d’impatience face aux effets du traitement hormonal qui tardent à être flagrants. Chaque jour elle guette les métamorphoses de son corps trop grand qu’elle s’apprête à torturer pour qu’il rentre dans le moule de ses désirs. Avec un acharnement violent, voilà notre donzelle qui s’escrime à faire des pirouettes ambitieuses, refuse de voir le monde autrement qu’à hauteur de pointes…Tandis que son entourage suit comme il peut…

Jamais film ne fut si proche d’un corps adolescent en pleine mutation, de sa réalité. Il imprègne jusqu’à nos chairs de son mal-être intégral mais surtout de sa fougue impérieuse à vouloir corriger certaines erreurs de la nature, quel qu'en soit le prix à payer. C'est très beau, c'est très fort et particulièrement émouvant. Un premier film en tous points remarquable, décidément. Utopia

 

LORGUES

mer7/ 18h     ven9/21h15    sam/16h   dim/20h    lun/21

 

UN AMOUR IMPOSSIBLE

Catherine CORSINI - France 2018 2h15 - avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth, Coralie Russier... Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss, d'après le roman de Christine Angot.

 

C’est une chanson qui rôde dans les têtes… « Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour… ». Remontent à la surface les souvenirs : « … un amour éternel et banal, qui apporte chaque jour tout le bien tout le mal… Avec les soirées d’angoisse et les matins merveilleux »… Une ritournelle qui guide les pas de Rachel et Philippe sur le parquet de leur premier bal, enlacés et émus, oublieux de la foule, tourbillonnant au gré des caprices d’une « flamme qui enflamme sans brûler ». Comme dans le livre de Christine Angot, c’est la voix neutre de Chantal, l’enfant devenue adulte issue de cette union, qui met en scène leur rencontre « inévitable ». Tout ce qui semble alors simple et limpide ne va cesser de se brouiller et on va être projeté bien au-delà d’une amourette classique. Dans son sillage, c’est l’histoire de toute une époque, d’un climat, de la place des femmes, d’une lutte des classes sourde, peu avouable.


Quand Rachel croise Philippe pour la première fois, elle travaille déjà depuis des années à la sécurité sociale. Lui est fils de bourgeois. Il occupe un premier emploi de traducteur après des années d’études, mais avance déjà avec l’aisance de ceux qui surplombent le monde. Premiers baisers délicats, ébats passionnés. Très rapidement Philippe énonce les règles. Il n’a pas l’intention de se marier, pas plus que de rester à Châteauroux. Rachel, elle, se gorge de tout ce qu’il lui fait découvrir, curieuse d’une culture à laquelle elle n’avait jamais eu accès. Elle aime jusqu’à oublier de se protéger. « Il était rentré dans sa vie, elle ne le voyait pas en sortir » constate la voix off… On pressent le drame. Pourtant il n’aura pas lieu. Du moins, pas celui-là, pas celui que l’on croit. Il n’y aura ni pleurs, ni cris, ni guerre déclarée, quand Philippe partira. Il ne laissera à Rachel que de bons souvenirs et un ventre qui ne cesse de gonfler. Naîtra Chantal. Chaque jour Rachel cultivera pour elle l’image d’un père merveilleux, aimant. De loin en loin, elle insistera pour que Philippe vienne voir son enfant, pour qu’il en soit le père, même à distance. Et surtout pour qu’il lui donne son nom…

C’est le portrait avant tout d’une femme surprenante, faussement docile, non violente, aimante, forte sous son éternelle douceur. Un être digne qui avance la tête haute, assumant résolument son statut de fille-mère à une époque où cela était impensable, assumant le fruit d’un amour qu’elle ne reniera jamais. C’est aussi l’histoire d’un jardin d’Eden perdu à jamais, d’une violence faite à une petite fille qui deviendra une écrivaine et fera de ses mots une arme universelle. Il y en eut rarement de plus justes pour parler de la passion fusionnelle qui unit et sépare mères et filles. Car le véritable amour impossible, c’est aussi sans doute celui-là.
C’est fort, c’est beau, ça nous cueille-là où on ne l’attendait pas. C’est de l’Angot, c’est du Corsini ! C’est puissant comme l’était La Belle saison, le précédent film de la réalisatrice. C’est porté par des acteurs inspirés : Virginie Efira est une Rachel tout bonnement sublime, atemporelle. Les actrices qui donnent chair à Chantal à tous les âges de sa vie (elles sont quatre) sont justes et spécialement l'adolescente Estelle Lescure (une véritable révélation !). Quand à Niels Shneider, il porte dans son jeu la touche assassine, celle qui nous fait frémir et nous tient en haleine tout au long du récit. On a beau percevoir le revers cynique et pervers de son personnage, il n’en reste pas moins attirant, il incarne la séduction absolue, celle contre laquelle ni Rachel, ni Chantal ne sont armées pour lui résister. Le serions-nous nous-mêmes ?  (Utopia)

 

LE VOX

 Mer  7/13h50  18h  20h45

jeu 8 / 13h50  17h  20h

ven 9/13h50  17h  20h45

 sam 10/13h50  16h  20h45  

dim 11/  15h50  20h15

lun12/ 14h 17h 20h

 mar 13/15h40 18h20 20h30

 

LE PROCÈS CONTRE MANDELA ET LES AUTRES

Nicolas CHAMPEAUX et Gilles PORTE - documentaire France / Afrique du Sud 2018 1h45 VOSTF - Dessins et animation de OERD.

 
Il y a des hommes qu’on n’oublie pas, des paroles qui résonnent bien au-delà de leur temps. Quand on entend la voix de Mandela, on sait instinctivement qu’elle restera. Mandela, l’apartheid, l’ANC… on a l’impression de connaître… Une certitude qui explose en plein vol dès qu’on pénètre dans l’enceinte du tribunal de Pretoria qui, au terme d'un procès qui dura d'octobre 1963 à juin1964, condamna Nelson Mandela et sept de ses huit co-accusés, dont l’Histoire et le bon sens populaire n’auraient jamais dû oublier les noms. Comme eux, nous voilà minuscules et démunis face aux bras menaçants d’une justice partiale qui semble, dès les premiers instants du réquisitoire, avoir déjà tranché leurs cas et bientôt leurs têtes. Les chefs d’inculpation tombent tels d'implacables couperets : destruction, sabotage, attentat, violence contre la nation et ses fonctionnaires, actions menées au prétexte douteux d’émanciper quelques « semi-barbares » colorés du « soi-disant joug de la domination de l’homme blanc »…
Mais là où le commun des mortels aurait fait profil bas et appelé à la clémence, les accusés, contre l’avis même de leurs avocats, décident de plaider non coupables. Ensemble, déléguant Mandela comme porte-parole, ils retournent la situation, s’attaquent à leurs accusateurs, leur procès devient dès lors celui de l’apartheid. Désormais tout un pays a les yeux rivés sur eux et nous avec. Le récit est de bout en bout palpitant, prenant, bouleversant. 

Ce film formidable tient du miracle quand on sait que du célèbre procès de Rivonia, il ne restait que peu de traces accessibles. Il aura fallu plus de cinquante ans et le travail acharné de chercheurs de l’INA pour que les archives sonores soient enfin restaurées. Aucune image : juste des mots, rien que des mots, mais quels mots ! Ils dégagent toujours la même puissance, on les écoute le souffle retenu pour ne pas en perdre un seul.
Ce ne sont pas uniquement deux réalisateurs talentueux qui nous restituent ce pan essentiel de notre histoire, qui restera désormais gravé au plus profond de nos âmes, indélébile… C’est toute une équipe de virtuoses qui mettent leur art de la narration au service d’un même engagement : porter la voix de ces hommes, de ces femmes, de ces familles hors du commun. Se substituant aux images manquantes, les somptueux dessins de Oerd, qu’on croirait tracés au fusain, tantôt narratifs, tantôt abstraits, drapent l’atmosphère d’un noir d’encre intemporel, sans se départir d’une note d’humour salutaire, pendant que la musique d’Aurélien Chouzenoux nous plonge dans une ambiance sonore plus juste que nature. Une symbiose mise en valeur par le travail de la monteuse Alexandra Strauss (celle de I am not your negro…) qui jongle avec maestria entre images d’archives, animation, interviews récentes des avocats, des épouses, des enfants, des trois accusés toujours vivants… Ensemble ils tissent un pont entre les époques, donnent chair aux personnages qui nous deviennent aussitôt familiers. Avec eux, on s’indigne. Avec eux, on frémit, on subit l’humiliation. Avec eux, on se révolte et on envie de lever le point en criant « Amandla ! ». 
On a beau savoir qu’on est devant un film documentaire, on le dévore comme une fiction palpitante, il en a d’ailleurs tous les ingrédients. Son intrigue est puissante, on y croise de vrais méchants, de vrais justes et de renversantes histoires d’amour… Un hommage magnifique à ces combattants irréductibles.  (Utopia)

LE VOX

ven 9/18h30   et  lun/20h

 

EN LIBERTÉ !

Pierre SALVADORI - France 2018 1h47mn - avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard, Jackee Toto... Scénario de Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit.

Mais dieu que ça fait du bien ! En liberté ! est LE film qui va tout à la fois ensoleiller durablement vos journées, vous réveiller les zygomatiques et vous réconcilier avec la comédie française. En vérité je vous le dis, avec Pierre Salvadori, qui signe là son neuvième film (oui, neuf films réalisés en 25 ans de métier, on ne peut pas dire qu'il bâcle les produits à la chaîne, le Pierrot), c'est comme une vivifiante bouffée d'air pur qui souffle sur notre cinéma fabriqué en France. C'est officiel : la comédie made in France n'est donc pas condamnée à la moche grassitude et à la beauferie décomplexée. Elle peut être élégante, vive, alerte et généreuse. Elle peut enthousiasmer et déclencher de francs éclats de rires sans nous prendre pour des quiches ni des jambons. Même, sans faire l'intello de service, on redécouvre que la comédie, si elle s'appuie nécessairement sur des ressorts comiques, des effets de surprise, sur l'efficacité de l'écriture et la précision de la mise en scène, peut également, sans que ce soit ni un gros mot ni un pensum, parier sur l'intelligence des spectateurs.

Chaque soir, pour l'endormir, Yvonne raconte à son fils les extraordinaires aventures du Capitaine Santi, son héros de papa. Super-flic, incorruptible, quasi-invincible, le capitaine Santi défait d'une main une cohorte de truands armés jusqu'aux dents tandis que, de l'autre et sans bouger les oreilles, il réduit à l'impuissance une ribambelle de musculeux dealers. Même en mauvaise posture, le Capitaine Santi se tire avec panache des pires situations, avec légèreté, avec humour. Dans les histoires d'Yvonne, le Capitaine Santi, c'est la force incarnée, la classe faite homme, une parfaite élégance doublée d'un si séduisant côté voyou. Il faut dire que dans la vraie vie, le Capitaine Santi est réellement devenu un héros. Flic d'exception bravement tombé au combat, statufié de bronze au cœur de la cité pour services rendus à la Ville, héros définitif dont la veuve, Yvonne, donc, fliquette elle-même, s'efforce de garder vivace le souvenir dans le cœur de leur enfant. Et chaque soir, le temps d'une histoire, le Capitaine Santi revit les épisodes un brin romancés et terrasse sans coup férir l'hydre du crime et de la corruption. Et le chérubin s'endort.
Ce qui est embêtant malgré tout, avec les contes pour enfants, c'est qu'ils cadrent rarement avec le réel. Et même lorsqu'on le tient précautionneusement à distance, même en mettant toute l'énergie du monde à ne pas voir ce qui devrait vous crever les yeux, le réel finit immanquablement par vouloir jaillir hors du placard où on espérait bien qu'il finirait par se faire définitivement oublier. Au moment où on s'y attend le moins et avec des effets dévastateurs. Et c'est au hasard de l'interrogatoire plutôt anodin d'un suspect embarrassé impliqué dans une affaire pas bien méchante, qu'Yvonne met à jour la véritable nature de son héros de mari. Un secret de polichinelle pour ses proches, hors sa famille : le panache du défunt preux chevalier de la Maison Poulaga n'avait, dans la vraie (de vraie) vie, pas exactement la blancheur Persil. Pourri de chez pourri, plus corrompu qu'une armée de politiciens niçois dans un roman de Patrick Raynal, le « héros » s'est indûment enrichi, a pris du galon, s'est fabriqué une aura de justicier en faisant plonger au besoin des innocents pour masquer ses coups foireux. D'abord dévastée, puis enragée, Yvonne décide qu'il est de son devoir de réparer les méfaits de son compagnon défunt. Et de faire éclater au grand jour la vérité. Mais quelle vérité ?

Si on vous a brièvement planté le décor, raconté à la volée les premières minutes de l'intrigue, promis-juré, on n'en dira pas plus. Ce serait pécher. Emmené par une Adèle Haenel survoltée, dont on n'aurait jamais soupçonné l'abattage comique, le film déploie plusieurs pistes, tresse ensemble une comédie burlesque, une comédie policière, une comédie romantique, un pastiche de film d'action, et parvient au tour de force de n'en négliger aucun. Et cerise sur le gâteau, on se laisse entraîner de bon cœur dans ce tourbillon irrésistible, joyeux, sans jamais être dupe de la gravité qu'il enrobe. Comme dans toute comédie réussie, Pierre Salvadori habille en effet de légèreté et d'effets comiques des situations qui, racontées différemment, feraient pleurer Marc et Margot dans leurs chaumières. Des histoires de mensonges, de tromperies, de deuil, des secrets inracontables, des vies à (re)construire, le sens du mal et le pouvoir – peut-être – de l'amour. La galerie de personnages, génialement typés sans jamais être caricaturaux, porte ces questionnements, ces mal-êtres, ces espérances et ces désirs. Ils entourent la belle, l'incroyable Yvonne, l'accompagnent dans ses errances et l'emmènent vers l'improbable – ou l'impossible – résolution de son projet. Le plaisir des comédiens, de Adèle Haenel à Audrey Tautou en passant par Vincent Elbaz, Damien Bonnard et Pio Marmai, est communicatif. Pas une fausse note, pas une erreur de casting, ils nous embarquent sans coup férir dans l'univers grave et dingue de Pierre Salvadori – en liberté, totalement, merveilleusement.  (Utopia)
 
LE VOX    mer 7/13H50  18H  20H45      jeu/13h50  15h45  18h05     ven 13h50 16h  21h   sam/16h30  18h15    21h    dim/15h40  18h15  20h45   lun/13h50  17h50  20h     mar/13h50  16h  21h
 
COTIGNAC      jeu8/20h30  
 

COLD WAR

Pawel PAWLIKOWSKI - Pologne 2018 1h27 VOSTF - avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza, Borys Szyc... Scénario de Pawel Pawlikowski, Janusz Glowacki et Piotr BorkowskiFESTIVAL DE CANNES 2018 : PRIX DE LA MISE EN SCÈNE

Cold war, c’est l’histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais progressivement gangrené par la montée du stalinisme. C’est aussi une véritable fresque amoureuse, et musicale (la musique est quasiment le troisième personnage principal du film), qui démarre à l’âge d’or du rock’n roll pour venir s’évanouir sur la grève des désillusions. 
Nous sommes dans les années 1950, la Pologne, en ruines, essaie de panser ses blessures et de se relever progressivement de la guerre. Zula est blonde, coquine, magnifique, et elle a un beau brin de voix. Quand Wiktor, qui dirige la meilleure école de musiques traditionnelles du pays, la recrute pour chanter dans les chœurs, il en tombe instantanément amoureux. Un amour qui ne se démentira pas durant les quinze années suivantes, mais qui restera éternellement impossible à vivre. Ils n’ont ni les mêmes ambitions, ni les mêmes codes, pas plus que la même origine socio-culturelle. Pourtant tout cela s’estompe dans leurs ébats, leur passion qui s’enflamme. Mais est-ce suffisant pour les river toute une vie l’un à l’autre ? Alors que Wiktor ne rêve que de fuir en cachette un pays qui lui interdit de jouer la musique qu’il aime (le jazz, symbole culturel de l’ennemi impérialiste américain), Zula, plus pragmatique, balance entre franchir ce pas périlleux ou rester douillettement rivée au pays, à ses racines, à ses véritables chances de réussir dans le système.

Wiktor a pourtant tout prévu, tout organisé, tout payé pour que sa belle passe à l'Ouest avec lui. Ce jour-là, il l’attend à la gare, le cœur battant, guettant désespérément sa renversante silhouette. Ce jour-là, Zula lui pose un cuisant lapin, difficile à digérer, même s'il peut comprendre le joug de la peur qui règne sur leur pays devenu liberticide.
Wiktor se retrouve donc exilé, esseulé, partant à la dérive d’une Europe suspicieuse qui subit les conséquences d’une guerre froide silencieuse mais bien réelle. On va le suivre, de Paris à Berlin en passant par quelques autres capitales, plongé dans une vie où seule compte la musique. De piano-bar en salle de concert, joueur de jazz émérite, mais dans le fond si peu reconnu. Zula, de son côté, va poursuivre sa carrière au sein de la fameuse troupe Mazurek, donnant des foultitudes de concerts sous surveillance, dans son pays ou un peu partout en Europe, applaudie, célébrée mais jamais libre.
Au fil de leurs pérégrinations, l’un et l’autre se guettent, se rencontrent, se séparent, avec toujours cette impossibilité de voir leurs errances et leurs cœurs enfin apaisés.

Toute l’histoire se décline dans des noirs et blancs magistraux, des passages musicaux somptueux. Un régal pour les mélomanes et les esthètes. Un voyage à travers une époque, qui navigue d’ellipse en ellipse pour aboutir à un film envoûtant, d’une grande beauté formelle. 
Il n'est pas anecdotique de signaler que les prénoms des protagonistes sont ceux des propres parents du réalisateur et que l'épopée des Zula et Wiktor du film est proche de celle des Wiktor et Zula de la vraie vie. Et le groupe musical folklorique de la fiction est une référence à peine déguisée au chœur Mazowsze, une véritable institution en Pologne, dont les prestations étaient largement diffusées par la radio et la télévision d'État. « C’était la musique officielle du peuple. On ne pouvait pas y échapper. »(Utopia)
 
LE VOX    
 mer7/ 16h05  20h45      jeu/13h50   20h15      ven/16h30  18/10   sam/13h50 18h45      dim/13h50  18h30    lun /13h50  18h15        mar/13h50 et 20h45
 

UNDER THE TREE

Hafsteinn Gunnar SIGUROSSON - Islande 2017 1h30mn VOSTF - avec Steinþór Hróar Steinþórsson, Edda Björgvinsdóttir, Sigurður Sigurjónsson... Scénario de Hafsteinn Gunnar Sigurosson et Huldar Breiofjöro.

 

ette nuit-là, à l’heure où les braves aspirent à jouir d’un repos bien mérité, Agnes et Alti tournent et se retournent dans leur plumard conjugal. Impossible de dormir ! C’est que les ébats enthousiastes de leurs voisins d’immeuble sont difficiles à ignorer. D’autres en auraient fait leurs choux gras et répondu sans se faire prier à un si bel appel lubrique. Après tout, quitte à ne pas fermer l’œil, autant en profiter pour se livrer à quelques galipettes polissonnes, non ? Mais au lieu de cela, notre couple de trentenaires s’offusque, agacé, Agnes enfonçant plus profondément ses boules Quies dans ses oreilles, Alti s’éclipsant discrètement de leur couche pour aller se distraire devant son écran d’ordinateur. De quelle manière ? Vous le découvrirez en même temps que sa petite femme, tellement outrée qu’elle le flanquera à la porte en moins de temps qu’il ne le faut pour l’écrire, dans une première scène savoureusement grinçante.

Voilà Alti piteusement chassé de son home sweet home, contraint de débarquer la queue entre les jambes dans le pavillon régressif de ses parents, en attendant désespérément que sa moitié se calme, lui laisse sinon regagner le bercail du moins voir leur gamine. Mais le foyer parental s’avère être le contraire du havre de paix bienveillant espéré. Alti comprend qu’il cabote en eaux minées : en plus de ses propres conflits, le voilà submergé par ceux qu’attise sa mère Inga avec les habitants de la maison mitoyenne, en particulier sa pulpeuse voisine Eybjörg. Deux femmes tellement dissemblables ! L’une est encore jeune, l'autre plus, l'une s’entretient, l’autre pas, l’une aime son chien, l’autre son chat, l’une s’étale au soleil, l’autre se tapit dans l’ombre. Et c’est sur l’arbre majestueux qui orne le jardin d’Inga que va se cristalliser leur haine galopante : alors que l’une tient à lui comme à la prunelle de ses yeux, l’autre n’aura de cesse de vouloir l'élaguer, de faire couper les branches qui contrarient ses séances de bronzette. 
De sous-entendus venimeux en insultes larvées, jusqu’à en arriver à des expédients dramatiquement ridicules (lancers de crottes, attaques de nains de jardins…), la tension s’amplifiera, déraisonnable et contagieuse. Les hommes de chaque maisonnée, moins vindicatifs dans un premier temps, prendront part à leur tour à cet engrenage infernal. Impossible d’échapper à cette escalade de bêtise vertigineuse qui aboutira à un paroxysme férocement jubilatoire. Notre rire deviendra jaune face à l’obstination des personnages, leur incapacité à prendre un recul rédempteur. Celui auquel les exhorte pourtant la poignante supplique que chante la chorale du mari d’Inga : « Respire doucement, respire profondément, inhale le givre, aspire les ténèbres… pour que fonde la glace, pour que revivent les prairies, que rechantent les peuples ». Macache !
On ne peut que se projeter dans ce miroir tendu qui réfléchit nos propres mesquineries, nous incite à prendre la hauteur dont seul le vénérable ancêtre feuillu, qui surplombe cette nef des nabots devenus fous, semble capable. 

C’est une fable grinçante à la morale puissante, dans le sillage des sagas islandaises impitoyables qui ont forgé l’esprit des habitants de l’île aux reliefs aussi doux que contondants. Point de hauts faits d’armes ici, le malin se tapit de façon prosaïque dans les petites rancœurs tenaces du quotidien, celles qu’on laisse proliférer au lieu de les balayer d’un revers de main salutaire. Dès les premiers instants, on est fasciné par cette humanité si familière qui choisit de dramatiser chaque incident au lieu de le prendre à la légère. Par quelle distorsion de l’esprit certains yeux sont-ils condamnés à voir des poutres là où ne nichent pourtant que d’insignifiantes pailles ? Perceptions faussées qui déforment la réalité, la rendant grotesque et menaçante alors qu’elle n’était rien de tout cela. Under the tree(Sous l’arbre pour les non anglophones résolus) est décidément un film qui déploie une stratégie intellectuelle un brin sadique mais parfaitement réjouissante.  (Utopia)

 

SALERNES

jeu9/ 18h et sam 11 ET LUN 12/20H30/ 20h30

 

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 
5 € pour l'adhésion ordinaire valable jusqu'au 31/12/2018 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Au(x) cinéma(s) du 24 au 30 octobre 2018

Bonjour à tous !
 
Pendant les vacances  CGR ne passe pas de film dans le cadre du ciné club, mais vous pouvez déjà noter les prochains événements que vous propose Entretoiles. Le 18 novembre nous aurons en séance unique Le Poirier sauvage réalisé par Nuri Bilge Ceylan qui avait eu la palme d'or avec le film Winter Sleep.
Le 2 décembre aura lieu la soirée avec deux films : Girl  et Leave no trace avec l'apéritif habituel entre les deux.  Et pour clore l'année 2018 le 16 décembre vous pourrez voir Mektoub my Love le dernier film d' Abdellatif Kechiche.
 
Cette semaine à Lorgues (et aussi à Cotignac) sont à l'affiche L'amour flou .film dans lequel  Romane Bohringer et Philippe Rebbot mettent en scène (dans tous les sens du terme) leur séparation,ce qui donne une libre improvisation chaotique et enlevée. ,une sorte de rupture, chaleureuse, drôle et mélancolique,  Amin  un film sensible et politique sur la solitude des hommes immigrés, Sheherazade , film brûlant sur un petit miracle : l'éclosion d'un amour là où il n'y en a plus trace et Thunder Road  film dans lequel  entre deuil, divorce et tracas quotidiens, un jeune flic se débat avec sa névrose d'échec.
 
A Salernes Le grand bain où Gilles Lellouche réussit le pari d’une fable sociale à la Full Monty et  Nos batailles (au Vox  et au Luc aussi),un drame social qui trouve le ton juste pour parler de paternité, de famille et de travail, bref de la vie.
 
Au Vox (aussi à Cotignac) Girl  un film lumineux, pudique et profond sur cette période délicate qu’est l’adolescence, surtout lorsque l’on est une fille née dans un corps de garçon, Mademoiselle De Jonquières où
dans une adaptation d'un récit de Diderot aux dialogues ciselés, Emmanuel Mouret scrute à la loupe les sentiments de ses personnages blessés et Cold War, histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais progressivement gangrené par la montée du stalinisme .
 
NB : la semaine prochaine en raison des vacances scolaires il n'y aura pas de newsletter.La prochaine sera diffusée le 7 novembre.
 
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 
AMOUR FLOU

Écrit, réalisé et interprété par Romane BORHINGER et Philippe REBBOT - France 2018 1h37mn - avec aussi Rose et Raoul Rebbot-Bohringer, Reda Kateb, Clémentine Autain, Vincent Berger, Astrid, Lou et Richard Bohringer, Aurélia Petit, Riton Liebman... 

 

Si vous rêviez d’une belle rencontre, voilà qu’elle vous tombe dans les bras sous les traits de L'Amour flou ! Impossible de résister à cette fable familiale contemporaine qui s’avère être un merveilleux antidote à la morosité, à la mesquinerie, à la bêtise. Tous les ingrédients y sont pour réconcilier durablement les pires misanthropes avec l’humanité. Sans mentir, cela va même vous rabibocher avec le bon vieux tube de Michel Delpech qui berce l’éveil de la maisonnée Rebbot-Bohringer de la plus délicate manière. Il est tôt… La sonnerie des réveils extirpe chacun du monde des songes. Les enfants en se blottissant dans les bras de papa et maman ont encore cette odeur de sommeil caramélisée qui sent bon la tendresse. Et de celle-là, il n’en manque pas, on n’en doute pas un seul instant.

Seulement voilà : après dix années révolues, long et heureux temps de vie commune, deux adorables mioches pondus, Romane et Philippe réalisent qu’ils ne s’aiment plus… C’est venu insidieusement, sans qu’ils osent se l’avouer à eux-mêmes… Puis ça s’est enkysté dans un recoin de leur conscience, comme une évidence dont ils refusent d’affronter les conséquences. Ils avaient tellement rêvé vieillir ensemble, voir grandir les mômes, commenter conjointement les premiers poils aux pattes de Raoul, l’éclosion des émois amoureux de Rose et vice-versa… Mais chacun, sans qu’il se décide à le dire à son partenaire, en est à ce point de saturation qui annonce qu’il n’y aura plus de retour en arrière, qu’il leur faudra bientôt enterrer sous un monceau de souvenirs leurs amours mortes. Pourtant taquineries et rires fusent encore et, malgré quelques piques, persistent une complicité simple et immédiate, une attention à l’autre réjouissante. Tout cela est raconté sans pathos, avec une bonne rasade d’humour, dans une scène fendarde où chacun dévoile ses états d’âmes à sa psy respective, la voix de Philippe faisant écho à celle de Romane, sans qu’ils le sachent, les émotions de l’une rejoignant les préoccupations de l’autre. Les cœurs ont beau se séparer, les âmes restent parfois sœurs à jamais.
Dans la famille Bohringer-Rebbot, le choix est vite fait de mettre son ego de côté, de ne pas sombrer dans des lamentations morbides. Ici, c’est la vie avant tout ! Laisser les détails au diable, préserver l’essentiel, refuser la bassesse « …et les bassets qui puent ! » provoquerait Romane, on vous laisse découvrir pourquoi… Mais cette dernière, désireuse de ne pas disperser la petite famille aux quatre vents, va avoir une idée lumineuse et entraîner toute sa smalah loin des sentiers pour filles dociles. On vous la raconte, cette idée ? Ben non ! Le film est-là pour ça !

Vous l’aurez remarqué, noms et prénoms des protagonistes sont aussi ceux des acteurs. Ici fiction et réalité fricotent intimement ensemble, distillent un doute délicieux dont on sort émoustillé et ravi. Quelle part est vécue ? Quelle part est inventée ? Ce qui ne l’est pas en tout cas, c’est cette truculence anarchiste, ce respect d’autrui qui illumine chaque instant du scénario. On se reconnait dans l’univers clownesque de ces drôles d’oiseaux qui osent l’autodérision, assument leurs travers respectifs. On admire leur sagesse. La voie qu’ils montrent fait fi du qu’en-dira-t-on, invite à une forme de désobéissance sociale salutaire. 
Pour l’aventure, Romane et Philippe ont mis en scène une bonne part de leur tribu intime. On y retrouve pelle mêle : Richard Bohringer dans son véritable rôle de père, sa débordante compagne, la délicieuse Lou en casse-couille prolifique. Clémentine Autain y apparait telle une naïade tout droit sortie des fantasmes de Philippe Rebbot… Sans oublier la présence du craquant Reda Kateb qui cabotine sous le regard énamouré de Paulo, son inséparable compagnon à poil ras. Bref tout cela est éminemment réjouissant et on ressort de cette séparation généreuse heureux comme Ulysse d’avoir entrepris ce beau voyage qui rend ces olibrius tellement attachants et familiers. Une bien belle leçon de vie sur la manière de transformer un échec en totale réussite où la poésie s’invite toute seule au détour de dialogues ciselés.  ( Utopia)
 
LORGUES    mer 24/21H10     ven26/17h    dim28/20h     lun29/19h
COTIGNAC    dim28/18H
 

AMIN

Philippe FAUCON - France 2018 1h30mn - avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Marème N'Diaye, Fantine Harduin... Scénario de Yasmina Nini-Faucon, Philippe Faucon et Mustapha Kharmoudi.

 

Amin, un nouveau titre-prénom – mais le premier masculin – pour une nouvelle merveille du réalisateur de Sabine, de Samia, de Fatima… Un seul prénom pour en évoquer tant d’autres. Philippe Faucon part une nouvelle fois d’un personnage unique pour élargir notre champ de vision jusqu’à faire un film presque choral, qui brosse le portrait d’une société complexe, touchante et désaxée. À travers la solitude d’un homme, il nous parle de notre propre solitude et de celle commune à tous les déracinés. C’est beau et simple. Jamais il n’y a place pour la grandiloquence ou le misérabilisme stériles. Le récit procède par touches humbles et précises qui laissent la part belle aux spectateurs et aux personnages, leur offrant la liberté d’évoluer, de réfléchir par eux-mêmes, de s’arrêter en chemin ou de continuer toujours plus loin. C’est comme un vent d’humanité vivifiante qui passe, jamais n’arrête sa course mais nous procure de quoi respirer avec ampleur. 

Il n’en fallait pas plus à Gabrielle pour tomber amoureuse : voir cette tristesse humaine taiseuse, cette intensité sans calcul émaner de ce beau corps d’ébène. Il en fallait beaucoup plus à Amin pour s’éprendre d’une blanche, même craquante, alors que sa famille restée « au pays » compte tant sur lui. Il fallait bien neuf années de quasi séparation, d’incompréhension dans la froidure de l’exil, loin de sa femme Aïcha, de ses enfants, pour qu’un jour tout commence à vaciller. Cette fois-là, quand il retourne les voir au Sénégal, offrant à la communauté tout le fruit de son travail, on perçoit combien la situation est rude. Pour son épouse, certes, à qui il manque tant… Pour sa progéniture qui ne connait presque rien de ce père absent. Mais c’est tout aussi rude pour l’homme qu’il est. Ce sont de simples mots qui lui lacèrent le cœur, un genre de reproches qu’il se fait déjà à lui-même, mais lesquels, une fois prononcés ouvertement par d’autres, deviennent assassins. Comme toujours, Amin n’en dit rien, encaisse, mais on est transpercé par une profonde injustice : s’il n’est jamais physiquement aux côtés des siens, il est constamment là à œuvrer pour eux. Sa vie s’est rétrécie et ne se limite plus qu’à leur offrir sa force de travail. Les mots en son honneur semblent soudain bien creux et presque âpres. Nul ne ne lui adresse un mot de soutien compréhensif, ne s’inquiète de ce qu’il endure au loin… Après cette parenthèse trop courte, il lui faut retourner vivre dans son terrier à Saint Denis avec les autres travailleurs immigrés comme lui. Un monde d’homme esseulés, loin des femmes, survivants sans tendresse. 
C’est un chantier de plus qui conduit notre ouvrier en bâtiment, Amin, dans le petit pavillon de Gabrielle (Emmanuelle Devos, actrice fabuleuse, subtile…). Infirmière de profession, elle se débat, tout aussi isolée que lui dans sa vie, entre garde alternée, ex-mari culpabilisateur qui ne la lâche pas d’une semelle, travail harassant… Il y a comme un poids qui s’acharne sur les poitrines de ces deux solitaires.   ( Utopia)
LORGUES    mer 24 et lun 29/17h     ven26/19h   sam 27/20h   dim28/20h     lun29/19h  
 

SHÉHÉRAZADE

Jean-Bernard MARLIN - France 2018 1h46mn - avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout, Kader Benchoudar, Nabila Ait Amer... Scénario de Jean-Bernard Marlin et Catherine Paillé.

 
Les quartiers Nord de Marseille. Les petits délinquants qui sortent de prison. Les jeunes filles qui vendent leur corps faute d'avoir pu trouver meilleure place au soleil… Ne fuyez pas devant la supposée dureté de son univers, Shéhérazade est une pépite qui brille des mille et un éclats jaillissant de la grâce brute de ses tout jeunes comédiens et du talent évident d'un jeune réalisateur, Jean-Bernard Marlin, déjà repéré grâce à ses courts-métrages. À partir d’un travail documentaire qu’il a entrepris depuis quelques années dans le milieu de la prostitution des mineurs à Marseille, ville où il a grandi, et s'inspirant d’un fait divers récent, il raconte ici l’histoire d’amour entre Zachary, 17 ans, et Shéhérazade, jeune prostituée rencontrée à sa sortie de prison.

Avec une énergie folle et une profonde tendresse pour ses personnages qu'il ne jugera jamais, le réalisateur tord le cou à la tentation du pseudo-réalisme documentaire et de l’apitoiement pour raconter une histoire d’amour fou entre deux adolescents propulsés dans un monde de violence au cœur d'une cité gangrenée comme tant d'autres par la pègre, le chômage et les inégalités sociales. Cela pourrait être glauque, s'enfoncer dans la crasse des chambres de passe minables, s'enliser dans les règlements de compte au ras du trottoir, c'est au contraire un film qui avance pas à pas vers la lumière, guidé par un espoir qui fait jaillir comme par miracle l'amour pur du plus vil des terreaux.
La grande force du film réside dans le refus de faire la distinction entre cinéma de genre et cinéma de poésie, dans la volonté de s'affranchir des clichés du polar à la française aussi bien que des bonnes manières du cinéma d’auteur. Shéhérazade opte pour une stylisation virtuose arrachée à des conditions très précaires de tournage, entre ambiances nocturnes sous haute tension et comédiens non professionnels.
Zachary sort de prison. Sa mère n'est pas là et on sent bien, dès cette première scène, que sous ses airs de petite brute qui se la joue Scarface, il y a un minot qui n'espère rien d'autre qu’on l’enfouisse sous des tonnes de tendresse. Zonant dans son quartier, retrouvant ses anciens potes, il ne peut que constater ce terrible état de fait : rien n'a changé dehors, les petits trafics se poursuivent, personne ne lui a réservé une meilleure place dans le monde, personne ne l'attend. Autour de lui, une jeunesse résignée vivote, se marre un peu, se débrouille comme elle le peut sous le soleil. Et puis il y a les filles, très jeunes pour certaines mais déjà cabossées par des heures de bitume, des nuits sans sommeil et des repas approximatifs. Où sont les adultes ? Parents maltraitants ou simplement négligents, absents, lointains, ils ne sont pas à leurs côtés. Il y a bien cette travailleuse sociale qui tente du mieux qu’elle le peut et avec ses moyens de raccrocher Zak à un projet de vie, mais on sent bien que la tâche est immense et peut-être même déjà perdue d’avance.

Mais il y a donc Shéhérazade, beauté sauvage et naturelle, farouche, pas commode, gamine grandie trop vite qui cache elle aussi, sous son regard trop maquillée de fille facile et ses phrases toutes faites sorties d’un mauvais film et apprises pour le travail, un cœur brisé qui ne demande qu’à être recollé.
Ces Roméo et Juliette vont tenter de s’aimer en dépit d’un monde de sauvages, s’aimer pour tenter de se sauver. Et tant pis si le théâtre de leur histoire n’est pas un balcon qui sent le jasmin mais une rue de mauvaise vie… au fond, ils ont toute la leur devant eux. Un premier film fort, lyrique et brûlant.   ( Utopia)
LORGUES    mer 24 /19h     ven26/21h   sam 27/15h 50  dim28/20h     lun29/21h  
 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31mn VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

 
Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dans Thunder Road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». (utopia) 
 
LORGUES      sam 27 et  dim28/20h     lun29/19h   
 
 

LE GRAND BAIN

 
Gilles LELLOUCHE - France 2018 2h02mn - avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Pœlvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Félix Moati, Jonathan Zacaï, Alban Ivanov, Mélanie Doutey... Scénario de Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini
 
 
Tout le monde l’attendait au tournant, prêt à lui tailler un costard en bonne et due forme. La critique cinéphile en particulier et puis aussi, il faut bien se mettre dans le sac, les programmateurs des salles art et essai ; bref, toute une assemblée qui aime bien, entre deux tressages de lauriers à des films turcs de 3h, casser un peu de sucre sur le dos de quelques malheureux réalisateurs, se moquant joyeusement, et parfois avec une plume acerbe, de leurs films. Gilles Lellouche entrait pile poil dans la case : « comédien qui passe à la réalisation et qui va se faire descendre par la critique ». On a toujours eu le sentiment que ses choix d’acteur l’avaient jusqu’alors cantonné un peu systématiquement dans le rôle du pote un peu lourdingue, du beauf un peu macho dans des comédies pas toujours très finaudes (excepté peut-être son interprétation touchante du mari perdu et assassiné dans le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller), et donc, en toute logique, on se disait que son passage à la réalisation en solo (il a déjà co-signé 2 films) resterait dans cette veine. Grosse, très grosse erreur d’appréciation. Parce que comme un retour du bâton qu’on était prêt à lever sur son film, voilà que nous nous sommes pris de plein fouet et sans semonce son Grand bain. La claque fut d’autant plus inattendue que nous nous surprîmes à la trouver fort à notre goût, agréable, drôle, tendre et bien ficelée, dotée d’une écriture précise et rythmée, d’une mise en scène vive et intelligente. Rien à voir avec le brouillon maladroit auquel nous nous attendions : on avait sous les yeux un petit bijou efficace et touchant d’humanité, avec ce dosage presque parfait entre franche comédie et fable douce amère à la mélancolie sous-jacente, celle qui vous cueille sans prévenir et vous laisse ce sentiment d’avoir gravé durablement, quelque part dans un coin de rétine, un doux, joyeux et tendre moment de cinéma.

Bertrand est au chômage. Depuis trop longtemps. Il a perdu le goût d’à peu près tout hormis celui des cachetons et trimballe sa carcasse entre la cuisine, le salon et, les soirs où il se sent aventurier, la rue jusqu’à laquelle il ose descendre pour sortir la poubelle. Bref, c’est la grosse déprime. Au détour d’une sortie piscine, il va tomber sur un improbable club de natation synchronisée masculine, rien que ça. Et comme les nageurs en question ont l’air aussi – sinon encore plus – dépressifs que lui et que le groupe cherche des nouvelles recrues, il va sauter le pas et enfiler son slip de bain. Coaché par une ancienne championne qui cache à peine son blues sous des tirades enflammées empruntées à la littérature classique ou des volutes de clope qu’elle distille assise en tailleur sur le plongeoir, le groupe des sirènes est un sacré patchwork : Laurent (Guillaume Canet), en colère contre tout, Marcus (Benoît Pœlvoorde), glandeur majestueux dont l’entreprise est en faillite (forcément), Simon (Jean-Hugues Anglade), rockeur vieillissant qui rêve d’être David Bowie, et Thierry (Philippe Katerine), grand poète devant la lune. Ensemble, ils assument leurs bedaines autant que leurs échecs existentiels, ils révèlent leurs cannes de serin velues autant que leurs blessures intimes. Mais il faut un défi, bien sûr, pour révéler les talents enfouis et pour que la belle équipe se bricole une fraternité à toute épreuve : qu’à cela ne tienne, ce sera le championnat du monde !

On rit beaucoup, dans l’eau de ce Grand bain, on rit avec ces mecs ultra sensibles prêts à tout pour réussir un joli mouvement de gambettes ou un porté qui ait de la gueule. Avec ces nanas mi-mamans, mi-matons qui vont les dresser pour obtenir le meilleur d’eux. Sans vulgarité (ou presque quand elle sort de la bouche de Leïla Bekhti, entraineuse tétraplégique et sadique), avec une bienveillance sincère pour cette bande de mâles cabossés, Gilles Lellouche réussit le pari d’une fable sociale à la Full Monty (parce que chacun a sa manière est un exclu faute d’avoir su entrer dans le moule : celui du monde du travail, du couple, de la famille, de l’industrie du disque…) qui dépote.  (utopia) 
 
 
 SALERNES   mer 24/16 et sam 27 / 18h       ven26/20h30  dim 28 et lun 29 /20h30  mar30/16h
 

NOS BATAILLES

Guillaume SENEZ - France/Belgique 2018 1h38mn - avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay... Scénario de Guillaume Senez et Raphaëlle Desplechin.

 
Personne n’est encore levé dans la maisonnée, pas même le jour. Mioches, épouse, tous dorment encore à poings fermés quand Olivier (Romain Duris, parfait) prend le volant dans la nuit finissante. Sans avoir vu l'aube, nous voilà engloutis dans la grisaille d’un entrepôt éclairé par la seule lumière artificielle de néons impitoyables. Malgré le froid qui règne et qui oblige chaque employé à rester emmitouflé à longueur de service, il n’y a rien de plus glacial que le bureau chauffé d’Agathe, la DRH implacable. C’est là qu’Olivier, qui est chef d’équipe, prend la parole pour essayer de défendre Jean-Luc, un de ses camarades dont elle lui annonce le licenciement. Protestations vaines face à un simple rouage qui ne fait qu’appliquer les décisions d’une invisible direction. Quelques instants plus tard, Olivier ne trouvera pas la force de regarder Jean-Luc dans les yeux, louvoyant, n’osant rien lui avouer tant il est dur d’assumer son impuissance face à un système où la philanthropie n’est pas de mise.

Retour au bercail… La petite commune est déjà plongée dans le noir. Les enfants installés dans leurs lits douillets résistent au sommeil comme s’ils espéraient secrètement entrapercevoir leur père… Entre temps on aura vu leur mère Laura se démener patiemment avec son lot quotidien : aller au rendez-vous chez la pédiatre, cuisiner, bichonner, jouer, surveiller la toilette, raconter des fables aux creux des oreillers pour aider le marchand de sable… Répondre avec un sourire un peu usé qu’elle va bien à celles qu’elle croise et qui s’inquiètent d’elle… Ce sont toujours les autres femmes qui lui posent cette question, devinant sans doute dans son regard une fragilité familière qu’elle essaie de dissimuler. Olivier, lui, tout occupé à se battre, important aux yeux de ses collègues qu’il essaie de défendre contre un patronat trop gourmand, n’a pas le temps de voir tout ça. 
C’est sans un mot, sans un adieu, sans laisser de piste que Laura va disparaître soudainement dans la nature… Plantant là tout son petit monde inquiet, ceux qu’elle aime, jusqu’à ses propres mômes. La caméra compréhensive ne la jugera jamais, lui accordant le droit de partir sans être considérée comme une mauvaise mère, respectant son choix. Dès lors, tout prendra une autre résonance. Les derniers mots dits, les dernières histoires racontées aux petits, Rose et Elliot, les « je t’aime… tu es belle » prononcés par ces derniers comme s’ils avaient perçu la faille, le départ à la dérive de leur maman, son sentiment de culpabilité, et voulu la soutenir à leur modeste manière.
Chacun à compter de cette minute va devoir s’adapter, solidaire, grandir plus vite, les enfants comme leur paternel qui devra apprendre à cuisiner plus qu’un bol de céréales. Olivier découvre les méandres de l’intendance familiale, subissant seul ce qu’ils affrontaient à deux, comprenant progressivement les difficultés auxquelles était confrontée quotidiennement sa compagne. Le voici à son tour balloté entre plusieurs batailles : celle de la lutte syndicale qui doit continuer, celle de maintenir sa famille à flots, celle de retrouver Laura, celle de rester la tête haute dans cette petite ville où tout le monde semble avoir grandi ensemble, se tutoie, jusqu’au policier sensé mener l’enquête pour retrouver la disparue…

Il y a du vécu dans tout cela, le ton du film ne trompe pas. Derrière la caméra on sent le regard d’un père qui a connu ce parcours du combattant, appris à mieux regarder les autres. Sa bonhommie communicative bouscule une société où il est facile sombrer dans l’incommunicabilité mais où toujours il y aura des hommes et des femmes pour se serrer les coudes. On sort réjoui de ce récit qui ne donne pas de leçons, accepte chaque personnage tel qu’il est avec ses limites, ses beautés. Tout un monde dont on perçoit les motivations et qui, malgré ses craintes et ses regrets, avance fièrement avec et grâce aux autres. Vivifiante bouffée d’humanité qui réchauffe les cœurs malmenés par la vie.   (utopia) 
 
SALERNES          jeu25 et sam 27 / 20h30       ven26 et mar30/18h 
LE VOX                      ven 26 et dim28/ 16h15       mar 30/18h30
LE LUC                mer 24/16h  jeu25/18h
 

GIRL

Lukas DHONT - Belgique 2018 1h45mn - avec l'extraordinaire Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart, Tijmen Govaerts, Katelijne Dhaenens... Scénario de Lukas Dhont et Angelo Tijssens.

Oubliez le garçon. Cherchez la fille. Lara en est une, cela crève les yeux. Cheveux blonds mi-longs, sourire lumineux, silhouette de danseuse classique. Pourtant, Lara cherche la fille qui est en elle. Elle est née garçon et commence à peine son traitement hormonal pour bloquer la puberté et féminiser son corps, à l’âge de 15 ans. En attendant de se faire construire un vagin, elle aplatit son pénis sous de larges sparadraps. Jusqu’au jour où…
C’est l’histoire d’une adolescente sous tension. Pourquoi Lara semble-t-elle mélancolique, alors qu’elle pourrait être la plus heureuse des jeunes filles en transition ? Lara est acceptée comme elle est, aussi bien à la maison qu’à ses cours de danse. Elle est suivie par un « psy » qui lui répète : « Quand je vous regarde, je vois une fille. » Son père est tendre, aimant, réconfortant, pas macho pour un sou, et admirablement interprété par Arieh Worthalter – la mère n’existe pas dans le film.
Pourtant, Lara est mal dans sa tête et dans son corps. Elle désespère de voir pousser ses seins, elle a les orteils en sang dans ses chaussons. Mais elle doit tenir. Lara est un bloc de souffrance sur ses pointes : elle est souvent filmée debout. Droite comme un i, Lara fait le trajet dans le métro, tient la barre dans le studio de danse, virevolte jusqu’au vertige ; elle est encore debout devant le miroir de sa chambre à scruter son corps. La répétition de ces plans a le mérite de faire entrer le spectateur dans la vie quotidienne, voire intime, de Lara. Mais la caméra n’est pas voyeuse.

Il a fallu du temps au réalisateur pour trouver sa « ballerina girl ». Il a fini par choisir un jeune danseur au visage d’ange, l’acteur Victor Polster, qui incarne à merveille la douce radicalité du film. Dans Girl, la transition sexuelle de l’adolescente, sujet sensible, ne fait pas débat. Elle est simplement « accompagnée » sur le plan médical, psychologique et affectif. La seule question qui compte est la suivante : comment devenir soi-même, quitte à remettre en cause les normes ? Qu’est-ce qui fait que l’on se sent homme, femme, ou en dehors de ces catégories ? Girl est en ce sens un film politique, sans être militant…(C. Fabre, Le Monde) Utopia
 
COTIGNAC   jeu 25/20h30
LE VOX 
jeu 25/16h   18h15  20h45
ven26/14h  18h30
sam27/16h  18h30
dim28/16h15   18h45
lun29/16h15   20h45
mar 30/16h15  18h30  21h

 

MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES

Écrit et réalisé par Emmanuel MOURET - France 2018 1h49mn - avec Cécile de France, Edouard Baer, Laure Calamy, Natalia Dontcheva... Scénario librement inspiré d’un épisode de Jacques le fataliste, de Denis Diderot.  
 
 
Ils lui vont si bien, à Emmanuel Mouret, les mots de Diderot. Ils s’invitent avec une évidence déconcertante dans son univers et se glissent dans son cinéma comme s’ils avaient toujours été là, cachés dans les recoins de ses précédents films, attendant l’instant propice pour se révéler et nous sortir le grand jeu. La passion, la raison, les tourments du cœur, les têtes qu’il fait tourner, les folies qu’il provoque : la voilà la grande histoire, celle qui traverse sa filmographie et habite avec humour et fraîcheur chacun de ses personnages. Ils lui vont si bien, à Emmanuel Mouret, les mots de Diderot, et quel bonheur de voir l’intelligence avec laquelle ses comédiens les font leurs, comme une délicieuse déclaration d’amour à la majesté de la langue française, aux subtilités de sa syntaxe, à la beauté de ses sonorités.
Mais enfin, aussi, quelle modernité ! Les mots du xviiie chantent à nos oreilles avec une incroyable justesse, révélant des personnages féminins au sommet de leur liberté, au premier rang desquels l’époustouflante Madame de la Pommeraye (Cécile de France comme on ne l’a jamais vue), féministe avant l’heure qui ne veut rien moins, par son projet de vengeance, que faire justice à toutes les femmes trahies et blessées.

Mais avant d’être blessée au plus profond de son amour et de sa vanité, Madame de la Pommeraye est une jeune veuve retirée du monde et de ses futilités. Par choix, parce que ses réflexions sur la société des hommes l'a amenée à cette décision radicale. Seule dans sa grande demeure perdue au milieu d’un parc ciselé par un jardinier hors pair, elle profite de la compagnie du Marquis des Arcis, libre penseur, esprit vif autant qu’espiègle et bien connu pour ses nombreuses conquêtes amoureuse. On le dit séducteur effréné, il se dit cœur sincère, naturellement disposé à être séduit. Entre les deux, des heures et des heures de conversation, de ces joutes verbales de très haute voltige qui conjuguent avec délice le charme d’un bon mot, les raisonnements les plus pointus, d’espiègles et subtiles tournures qui sont comme des caresses glissées en douce sous la nappe en dentelle à l’heure du thé. Il lui fait la cour, avec une ardente patience, une douce obstination, elle résiste, longtemps, forte de ses résolutions, puis finit pas céder (comment en effet est-il possible de résister au charme et à la voix d’Edouard Baer ?). Après le temps de la raison, vient donc celui de la passion et puis les fleurs se fanent… C’est bien là l’éternel refrain, la triste destinée des fougueuses relations.
Décidée à se venger de cette tristement banale extinction des feux, Madame de la Pommeraye va le faire avec un talent incendiaire, profitant de la mauvaise situation d’une autre veuve, Madame de Joncquières, et de la beauté irradiante et juvénile de sa fille... 

Ne craignez ni cynisme, ni machiavélisme, Diderot ne manie ni l’un ni l’autre. Il y aura certes un peu de cruauté, un soupçon de désinvolture, beaucoup de manipulations et une juste dose de mensonges… mais l’amour au final, restera toujours le moteur, bienveillant ou fourbe, de toutes ces intrigues. En tout cas, pas une seule fois vous n’allez vous ennuyer dans les dorures des salons ou les allées des parcs fleuris : vous serez emporté par ce tourbillon d’intelligence et de raffinement, stimulé par la grâce des dialogues, exalté par la démesure des sentiments et de leur expression. Les personnages féminins, portés par des comédiennes singulières, chacune avec son style, sa fougue ou sa discrétion, forment un quatuor renversant. Quant à Edouard Baer, son naturel est confondant et il parle la langue du xviiie siècle comme si c’était la sienne… mais d’ailleurs, c’est un peu la sienne.  (Utopia)
LE VOX 
jeu 25/16h    dim28/16h    lun 29/16h10
 
 

COLD WAR

Pawel PAWLIKOWSKI - Pologne 2018 1h27mn VOSTF - avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza, Borys Szyc... Scénario de Pawel Pawlikowski, Janusz Glowacki et Piotr BorkowskiFESTIVAL DE CANNES 2018 : PRIX DE LA MISE EN SCÈNE.

 
Cold war, c’est l’histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais progressivement gangrené par la montée du stalinisme. C’est aussi une véritable fresque amoureuse, et musicale (la musique est quasiment le troisième personnage principal du film), qui démarre à l’âge d’or du rock’n roll pour venir s’évanouir sur la grève des désillusions. Nous sommes dans les années 1950, la Pologne, en ruines, essaie de panser ses blessures et de se relever progressivement de la guerre. Zula est blonde, coquine, magnifique, et elle a un beau brin de voix. Quand Wiktor, qui dirige la meilleure école de musiques traditionnelles du pays, la recrute pour chanter dans les chœurs, il en tombe instantanément amoureux. Un amour qui ne se démentira pas durant les quinze années suivantes, mais qui restera éternellement impossible à vivre. Ils n’ont ni les mêmes ambitions, ni les mêmes codes, pas plus que la même origine socio-culturelle. Pourtant tout cela s’estompe dans leurs ébats, leur passion qui s’enflamme. Mais est-ce suffisant pour les river toute une vie l’un à l’autre ? Alors que Wiktor ne rêve que de fuir en cachette un pays qui lui interdit de jouer la musique qu’il aime (le jazz, symbole culturel de l’ennemi impérialiste américain), Zula, plus pragmatique, balance entre franchir ce pas périlleux ou rester douillettement rivée au pays, à ses racines, à ses véritables chances de réussir dans le système.

Wiktor a pourtant tout prévu, tout organisé, tout payé pour que sa belle passe à l'Ouest avec lui. Ce jour-là, il l’attend à la gare, le cœur battant, guettant désespérément sa renversante silhouette. Ce jour-là, Zula lui pose un cuisant lapin, difficile à digérer, même s'il peut comprendre le joug de la peur qui règne sur leur pays devenu liberticide. Wiktor se retrouve donc exilé, esseulé, partant à la dérive d’une Europe suspicieuse qui subit les conséquences d’une guerre froide silencieuse mais bien réelle. On va le suivre, de Paris à Berlin en passant par quelques autres capitales, plongé dans une vie où seule compte la musique. De piano bar en salle de concert, joueur de jazz émérite, mais dans le fond si peu reconnu. Zula, de son côté, va poursuivre sa carrière au sein de la fameuse troupe Mazurek, donnant des foultitudes de concerts sous surveillance, dans son pays ou un peu partout en Europe, applaudie, célébrée mais jamais libre. 
Au fil de leurs pérégrinations, l’un et l’autre se guettent, se rencontrent, se séparent, avec toujours cette impossibilité de voir leurs errances et leurs cœurs enfin apaisés. Toute l’histoire se décline dans des noirs et blancs magistraux, des passages musicaux somptueux. Un régal pour les mélomanes et les esthètes. Un voyage à travers une époque, qui navigue d’ellipse en ellipse pour aboutir à un film envoûtant, d’une grande beauté formelle.

Il n'est pas anecdotique de signaler que les prénoms des protagonistes sont ceux des propres parents du réalisateur et que l'épopée des Zula et Wiktor du film est proche de celle des Wiktor et Zula de la vraie vie. Et le groupe musical folklorique de la fiction est une référence à peine déguisée au chœur Mazowsze, une véritable institution en Pologne, dont les prestations étaient largement diffusées par la radio et la télévision d'état. « C’était la musique officielle du peuple. On ne pouvait pas y échapper. » Utopia 
 
LE VOX
 mer 24 et jeu25/ / 14h 18h30 20h45
ven 26/14:00  16:00  21h
sam 27/14:00h   18:30 h
dim 28/14h 18h30 20h45
lun 29 /14h  18:10h   20:00h 
 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
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5 € pour l'adhésion ordinaire valable jusqu'au 31/12/2018 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Aux cinémas du 17 au 23 octobre

Bonjour à tous !
 
Cette semaine  pas de film en ciné-club  dans la programmation de CGR.
 
À Lorgues vous pourrez voir Rakifi de Wanuri Kahiu un premier film kenyan  plein d'optimisme sur un amour lesbien, défiant la censure et les clichés sur l'Afrique et Les Frères Sisters (également à Salernesoù dans ce film Audiard nous offre plus qu'un western : un conte cruel, doublé d'une réflexion terrassante sur la banalité du mal. 
 
À Cotignac ils nous proposent Le temps des forêts un documentaire édifiant  qui se penche sur l’essor destructeur de la filière du bois en France.
 
À Salernes Woman at war  une fable écologique burlesque et étonnante portée par une héroïne épatante.
 
Au Luc L'amour flou  film dans lequel  Romane Bohringer et Philippe Rebbot mettent en scène (dans tous les sens du terme) leur séparation. Ce qui donne une libre improvisation chaotique et enlevée. Une sorte de rupture, chaleureuse, marrante et mélancolique et Un peuple et son roi  un film à la fois austère et lyrique, qui englobe intelligemment l'histoire et le présent dans une même réflexion.
 
Au Vox voici les nouveautés de la semaine : Capharnaüm qui retrace d'un enfant en quête d 'identité qui se rebelle contre la vie qu'on cherche à lui imposer,  Leave no trace film qui livre avec finesse une réflexion sur la difficulté à vivre en société et sur l’émancipation. Fortuna méditation poétique et lumineuse sur une question d actualité et I feel good , la nouvelle comédie de Delepine et Kerven pleine d’humour et de tendresse. 
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com


Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 
RAFIKI

Wanuri KAHIU - Kenya 2018 1h22mn VOSTF - avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Jimmi Gathu, Nin Wacera... Scénario de Wanuri Kahiu et Jenna Bass, d'après la nouvelle Jambula tree de Monica Arac de Nyeko.

 

RAFIKICe film est une sorte de miracle, arraché à la morale et à la censure d'un pays, le Kenya, qui l'a d'ailleurs interdit de projection sur son territoire au prétexte qu'il « légitime l'homosexualité ». Rafiki est une superbe histoire d'amour, filmée avec une grâce fiévreuse, une fougue colorée, une fantaisie pop qui emportent tout sur leur passage, entre Kena et Ziki, deux adolescentes de Naïrobi dont les pères, politiciens, s'opposent dans une campagne électorale.
Kena, corps longiligne dissimulé dans des pantalons et des sweats informes, casquette sur la tête et allure de garçon manqué, ne fréquente pas plus que cela les filles de son âge ; leur préférant plutôt les garçons avec qui elle joue au foot, et surtout Blacksta, son pote, son meilleur ami. Ziki, formes généreuses, robes à fleurs coupées bien au-dessus du genou, de longues nattes gainées de fils multicolores, traîne au contraire sa dégaine de Lolita des rues, flanquée de deux copines. Bonbon rose affriolant, l’air frondeur, aguicheuse par jeu, Ziki s’attendrit au passage de Kena.

Wanuri Kahiu suit cette rencontre, les regards qui se soutiennent plus qu’à l’ordinaire, plus qu’il ne le faudrait en tout cas dans ce pays où les hommes, la société, l’église condamnent les attirances homosexuelles. La réalisatrice saisit les sourires qui éclairent les visages avant que le premier baiser ne soit encore advenu mais dont la perspective, acquise par un consentement implicite, annonce le bonheur à venir. La caméra s’autorise à filmer de très près les visages, le grain de la peau, la douceur de la caresse avec la même infinie délicatesse que les deux jeunes filles mettent à se découvrir. Une délicatesse qui, très vite, se heurte à la violence de l’interdit, à la réaction des familles, de l’entourage et du voisinage…
C’est en faisant se frotter la douceur d’un amour et la brutalité de l’environnement dans lequel il ne peut s’épanouir que Wanuri Kahiu défend son propos, sans avoir jamais besoin de le revendiquer. Dans cette Afrique dont elle montre le conservatisme et le rôle restreint accordé aux femmes – destinées à devenir avant tout de bonnes épouses –, elle aura glissé une autre image. Plus moderne, joyeuse, optimiste et tendre. (d'après V. Cauhapé, Le Monde)
« Avec d’autres artistes, nous avons créé le collectif Afrobubblegum, dont l’ambition est de créer des images “fun, féroces et frivoles”. C’est né de l’envie de lutter contre l’idée que la création africaine est forcément sérieuse. Certains pensent que les gens ont un accès limité à l’art et que par conséquent il faudrait que les œuvres aient une dimension nationaliste ou fassent passer un message. Or, nous sommes convaincus que l’imagination n’est pas un luxe mais une nécessité, c’est la façon dont nous vivons le monde, c’est comme ça qu’on crée une culture et une identité. Avec Afrobubblegum, il y a donc l’idée de la création pour l’amour de la création, et aussi le fait que les Africains doivent se voir comme des gens pleins de joie et d’espoir".Anuri Kahiu (Utopia)

 

LORGUES  ven 19/ 17h   sam18/20h15   lun19/19  

 

LES FRÈRES SISTERS

Écrit et réalisé par Jacques AUDIARD - France / USA 2018 1h57mn VOSTF - avec Joaquin Phœnix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Rutger Hauer... D'après le roman de Patrick de Witt.

 

LES FRÈRES SISTERSLa tentation du cinéma américain. L'envie de quitter son territoire de « confort » et de partir ailleurs, à l'assaut du mythe… Le pari était aussi excitant que risqué. Jacques Audiard le réussit haut la main en faisant siens, avec une maîtrise impressionnante, l'univers et les codes du western pour nous offrir un film aussi passionnant et incarné que pouvaient l'être les très français De battre mon cœur s'est arrêté ou Un prophète. Scénario au cordeau (adapté d'un formidable roman, qu'on vous recommande !) mise en scène aussi ample que les paysages qu'elle embrasse, personnages qui vous agrippent dès les premières minutes interprétés par des acteurs exceptionnels, tout est réuni, tout fonctionne, on marche à fond.

La scène inaugurale est d’une beauté et d’une force à couper le souffle. Au milieu de la nuit, l’éclair glaçant des coups de feu déchire l’obscurité. Seuls deux hommes semblent savoir où ils vont et pourquoi ils sont là, hurlant entre deux salves quelques indications sur ce qu’il convient de faire dans une telle situation. On le comprend très vite, ces deux-là ne sont ni des enfants de chœur, ni venus pour faire causette mais bien pour régler quelques comptes, ce qui, à cette époque et en ces contrées, se fait de la manière très expéditive. 
Eli et Charlie Sisters parcourent l'Oregon au service du Commodore, puissant et respecté notable dont ils exécutent les basses œuvres avec un sens aigu de la précision et un goût prononcé pour le travail bien fait. Si Eli, le plus jeune des deux frères, ne se pose guère de questions sur le devenir de sa carrière, son espérance de vie ou la possibilité de faire autre chose de ses dix doigts, on sent bien que Charlie, l’aîné, en a soupé des cadavres et des chevauchées avec le diable et rêve d’une retraite paisible, au coin du feu, quelque part dans une ferme où une certaine institutrice, douce et bienveillante, s’occuperait de panser ses blessures d’âme et de corps.
Mais savent-ils faire autre chose, les frères Sisters, que jouer du flingue ou des poings face à moins malins qu'eux deux réunis ? Pas sûr et ce n’est pas avec cette mission-là qu’ils vont trouver la voie de la reconversion professionnelle. Ils sont sont chargés de suivre la trace d’un certain Morris, détective privé de son état, lui-même sur les pas de l’homme à abattre, Hermann Kermit Warm. Pour qui ? Le Commodore. Pourquoi ? Sur cette question je resterai muette comme la grande faucheuse.
 

Mais ça bien sûr, c’est l’intrigue façon préambule. Le scénario ne se contentera pas d’une banale histoire de règlements de comptes, de quelques courses poursuites sur des canassons épuisés ou de scènes de mitraille derrière un bar. Car dans Les Frères Sisters, chacun veut pouvoir cultiver sa part de lumière, chacun veut bâtir, à la force de son imagination, de ses talents ou de ses audaces, son propre mythe, petit ou grand qu’importe, pourvu qu'il ait les contours de ses rêves. Pour l’un ce sera la fortune dans le ruée vers l'or, pour l’autre la promesse d'un parfum de femme laissé sur un châle, pour celui-là la possibilité d’un monde plus fraternel, pour le dernier la simple contemplation d'une contrée farouchement belle et sauvage. Epopée fraternelle avec des bons, des brutes, des truands et des idéalistes, le film parvient à dépasser l'exercice de style pour atteindre l'excellence. On aime tout chez les frères Sisters et chez ceux qui gravitent autour : leur ton, leur style, leurs mots et leur tendresse brute. Car nous sommes convaincus que la joie et l’espoir peuvent transformer les gens. » (Utopia)

 

 
 
LORGUES  mer 17/20h     ven 19/ 18h50    sam18/18h  dim 18h

SALERNES   jeu 18 et dim 21/18h      ven 19 et lun22/ 20h30   mar 23 18h

 

 

LE TEMPS DES FORÊTS

François-Xavier DROUET - documentaire France 2018 1h43mn -

 

LE TEMPS DES FORÊTSLa forêt, c'est magique. On s'y enfonce avec un sentiment d'excitation, préparant l'aventure de s'engager hors des sentiers connus et la peur confuse de s'y perdre. Et une impression d'apaisement ouaté tellement les bruits, les odeurs, le paysage, ne se laissent pas découvrir à plus de dix pas. Sans même parler du contact, doux et rugueux, de l'écorce des arbres…
Ça ne vous avait pas immédiatement sauté aux yeux – pas plus qu'aux oreilles ou aux narines. Là où, autrefois, la vie bruissait de mille insectes, mille essences végétales, dans une généreuse anarchie auto-régulée, on peut aujourd'hui se balader au milieu des arbres sans entendre le moindre chant d'oiseau, sans que l'odeur d'humus vienne nous chatouiller la narine – et traverser, à perte de vue, des alignements de pins, bien espacés, bien rangés, bien propres, bien tous de la même espèce. C'est là, tout d'abord, que le film de François-Xavier Drouet nous emmène. Dans ces drôles de forêts qui n'en sont plus vraiment – plutôt des plantations. D'ailleurs on ne parle plus de gestion de la forêt, mais d'exploitation. 

Vous l'avez compris : comme dans tous les domaines dans lesquels l'Homme fourre son nez, la sylviculture n'échappe pas aux sacro-saintes exigences d'efficacité et de rentabilité. L'offre s'aligne sur la demande, en qualité et en quantité. Le marché demande du pin, c'est la mode, ça pousse vite, c'est facile à travailler. Aussi sec (on parle quand même encore en décennies), les forêts, landes et campagnes françaises se transforment en pinèdes. Toutes sur le même modèle productiviste, toutes plantées de la même essence : pour l'heure, le Douglas, extraordinaire modèle de pin nord-américain, du genre robuste (résistant aux pesticides) et à la croissance ultra-rapide (beaucoup plus rapide en tous cas que ses lointains cousins européens). Adieu, la diversité, adieu l'écosystème, sacrifiés sur l'autel du Profit.
Comme dans tous les types d'exploitations agricoles, le modèle productiviste s'est imposé à la sylviculture. Monoculture, évidemment, et mécanisation radicale, violente, de la filière, qui transforme les acteurs en prestataires et coupe le lien qui reliait les hommes aux arbres. Il faut aujourd'hui, montre en main, moins de cinq minutes pour abattre, écorcer et débiter un Douglas. Évidemment, la machine capable d'un tel prodige a un coût tel que son propriétaire est condamné, pour finir de la payer, à abattre les arbres à la chaîne. Pendant ce temps, Patrick, bûcheron, armé de sa tronçonneuse à 1500 euros, s’éclate autant qu’il transpire. Entre deux arbres abattus, il nous parle de sa liberté, de la satisfaction de ne rien devoir à sa banque, du plaisir de passer ses journées dans une forêt. Une forêt, avec ses broussailles, ses champignons, sa faune… Ne faisant guère le poids face au rouleau-compresseur, Patrick serait le représentant d'une espèce en voie d'extinction ?

D'une exploitation l'autre, Le Temps des forêts, dresse un constat saisissant, sans concession, de l'état de nos forêts. Le film raconte, de l'abattage à la scierie, la légitime inquiétude d'une filière peu à peu déshumanisée, ainsi que la tout aussi légitime colère des gardes forestiers transformés par leur administration de tutelle en comptables esseulés d'une matière première à faire fructifier. Tout cela serait d'une tristesse infinie, mais heureusement, à l'instar du bûcheron Patrick, François-Xavier Drouet oppose au système mortifère une kyrielle d'expériences alternatives, d'actions concrètes qui n'ont d'autre but que d'en contrecarrer les effets. Face à la logique néolibérale et sa responsabilité dans la destruction des écosystèmes, elles parient sur le temps long, préservent ce qui peut l'être et, indéfectiblement du côté des arbres, de l'humus, des biches et des oiseaux, préparent, joyeusement, l'avenir. (avec la participation involontaire mais précieuse de Manouk Borzakian, géographe, rédacteur pour Libération du blog Géographie et cinéma).UTOPIA

 

COTIGNAC     dim 21 /18h30

 

 

WOMAN AT WAR

Benedikt ERLINGSSON - Islande 2018 1h41mn VOSTF - avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen, Omar Guöjonsson, Johann Siguröarson... Scénario de Benedikt Erlilngsson et Olafur Egill Egilsson.

 

WOMAN AT WARC'est le grand souffle d'air frais de notre été, un film épatant, vivifiant, impertinent qui nous transporte dans des paysages grandioses (bon sang que l'Islande est belle !), aux basques de personnages formidablement attachants, au fil d'un récit aussi malicieux que jubilatoire, qui nous entretient sans jamais se prendre au sérieux de la nécessité de la résistance subversive et du plaisir fou qu'on prend à la pratiquer. Effet euphorisant garanti !

Halla est grande. Elle est cette belle cinquantenaire en pleine forme qui tend la corde de son arc pour s'attaquer aux lignes électriques, petite silhouette endiablée perdue au milieu de la toundra, dans un paysage de rêve battu par les vents. Traits concentrés, regard d’acier, sourire en coin, elle a la carrure d’une amazone (mais pas touche à ses seins !). Malgré son barda de campeuse contemporaine, elle a la grâce d’une déesse chasseresse, une Artemis des temps modernes. Pourtant rien de sa carapace guerrière ne parvient à camoufler son côté burlesque, généreux, amoureux de la vie. Son pendant masculin serait un hybride de Don Quichotte et du petit David défiant Goliath.
Mais dans la vie d’Halla, point de géant, ni de moulins à l’horizon, son ennemi c’est la finance et dans son cas ce n’est pas une promesse électorale, d'ailleurs elle ne s’en vante pas : elle serait la dernière à le dire de manière aussi grandiloquente, alors qu’elle est la première à passer à l’action. Quand l’industrie de l’aluminium contamine son pays, souille sa nature virginale, Halla s’en va saborder les pylônes électriques qui alimentent ses usines. Peu importe que son combat soit celui du pot de terre contre le pot de métal. De petits en grands sabotages, la voilà devenue, pour l’opinion publique, l’insaisissable et énigmatique « Femme des montagnes ». Celle qui galope à travers les champs de lave, solitaire au geste sûr, pour échapper aux autorités qui déploient leurs forces armées surdimensionnés. Au grand dam du gouvernement islandais et de la multinationale qui cherche à s’implanter, elle représente le minuscule grain de sable agaçant qui grippe à lui seul le rouleau compresseur du progrès aveugle, qui le ridiculise. C’est tout aussi palpitant que réjouissant de la suivre dans ses cavales à travers monts et rivières d’opales, poursuivie par des hordes d’hommes armés jusqu’aux dents. On se pique au jeu, on frémit, on a peur et pourtant on se marre avec elle. Car jamais elle ne se départit de son humour ravageur.

Et quand enfin sa mission est accomplie, on jubile de la voir enfin se fondre anonymement dans la masse, sereine après avoir échappé à ses poursuivants déchaînés. Qui penserait que cette chef de chorale si tranquille, cette yogi bienheureuse, est recherchée par toute la police de son pays ? Elle se reposerait d’ailleurs volontiers dans ses pénates, telle une célibataire endurcie caressant le secret désir de pouponner un enfant né d'une autre, goûtant les joies simples de l’existence, comme le font ses amis et sa sœur jumelle, auxquels elle cache sa double vie. Son seul « complice » est un chanteur de la chorale, haut fonctionnaire idéaliste mais de plus en plus inquiet de la tournure des événements, qui essaie de la dissuader de continuer. En vain, fort heureusement !

Non seulement l’histoire est exaltante, mais le récit est brillant, émaillé de surprises, comme ces deux trios, l'un de musiciens de jazz, l'autre de chanteuses folkloriques, qui surgissent dans les moments et les lieux les plus incongrus, faisant écho aux états d’âme d’Halla, tels des Jiminy Cricket de sa conscience. Il y a ces personnages croisés au hasard de ses virées activistes : le cyclotouriste qui fait un coupable idéal à répétition pour une police qui ne fait pas dans le détail, le solide fermier barbu qui se déclare son « cousin présumé » et qui lui donnera un fier coup de main dans les situations les plus périlleuses… Il y a aussi ces moments de pure grâce où l’univers entier semble flotter avec notre héroïne dans la matrice accueillante d’une grotte aux eaux chaudes. Il y a, bien sûr, ces images sublimes, l’œil de la caméra qui voyage constamment dans les paysages de l’infiniment grand à l’infiniment petit, nous faisant prendre d’infimes morceaux de lichen pour d’exotiques plantes exubérantes. 
Cette fable révolutionnaire magique a tôt fait de devenir une ode aux héros ordinaires de toutes les époques et surtout de la nôtre. Mais peut-être les plus admirables dans l’histoire sont-ils les producteurs : « C’est vraiment très courageux pour une société d'assurance de soutenir un film sur le sabotage… », dit le réalisateur. Quand je vous dis qu’il est malicieux !UTOPIA

 

SALERNES   sam20/21h    lun 22/18h   mar23/20h30

 

 

L’AMOUR FLOU

Écrit, réalisé et interprété par Romane BORHINGER et Philippe REBBOT - France 2018 1h37mn - avec aussi Rose et Raoul Rebbot-Bohringer, Reda Kateb, Clémentine Autain, Vincent Berger, Astrid, Lou et Richard Bohringer, Aurélia Petit, Riton Liebman...

 

L’AMOUR FLOUSi vous rêviez d’une belle rencontre, voilà qu’elle vous tombe dans les bras sous les traits de L'Amour flou ! Impossible de résister à cette fable familiale contemporaine qui s’avère être un merveilleux antidote à la morosité, à la mesquinerie, à la bêtise. Tous les ingrédients y sont pour réconcilier durablement les pires misanthropes avec l’humanité. Sans mentir, cela va même vous rabibocher avec le bon vieux tube de Michel Delpech qui berce l’éveil de la maisonnée Rebbot-Bohringer de la plus délicate manière. Il est tôt… La sonnerie des réveils extirpe chacun du monde des songes. Les enfants en se blottissant dans les bras de papa et maman ont encore cette odeur de sommeil caramélisée qui sent bon la tendresse. Et de celle-là, il n’en manque pas, on n’en doute pas un seul instant.

Seulement voilà : après dix années révolues, long et heureux temps de vie commune, deux adorables mioches pondus, Romane et Philippe réalisent qu’ils ne s’aiment plus… C’est venu insidieusement, sans qu’ils osent se l’avouer à eux-mêmes… Puis ça s’est enkysté dans un recoin de leur conscience, comme une évidence dont ils refusent d’affronter les conséquences. Ils avaient tellement rêvé vieillir ensemble, voir grandir les mômes, commenter conjointement les premiers poils aux pattes de Raoul, l’éclosion des émois amoureux de Rose et vice-versa… Mais chacun, sans qu’il se décide à le dire à son partenaire, en est à ce point de saturation qui annonce qu’il n’y aura plus de retour en arrière, qu’il leur faudra bientôt enterrer sous un monceau de souvenirs leurs amours mortes. Pourtant taquineries et rires fusent encore et, malgré quelques piques, persistent une complicité simple et immédiate, une attention à l’autre réjouissante. Tout cela est raconté sans pathos, avec une bonne rasade d’humour, dans une scène fendarde où chacun dévoile ses états d’âmes à sa psy respective, la voix de Philippe faisant écho à celle de Romane, sans qu’ils le sachent, les émotions de l’une rejoignant les préoccupations de l’autre. Les cœurs ont beau se séparer, les âmes restent parfois sœurs à jamais.
Dans la famille Bohringer-Rebbot, le choix est vite fait de mettre son ego de côté, de ne pas sombrer dans des lamentations morbides. Ici, c’est la vie avant tout ! Laisser les détails au diable, préserver l’essentiel, refuser la bassesse « …et les bassets qui puent ! » provoquerait Romane, on vous laisse découvrir pourquoi… Mais cette dernière, désireuse de ne pas disperser la petite famille aux quatre vents, va avoir une idée lumineuse et entraîner toute sa smalah loin des sentiers pour filles dociles. On vous la raconte, cette idée ? Ben non ! Le film est-là pour ça !

Vous l’aurez remarqué, noms et prénoms des protagonistes sont aussi ceux des acteurs. Ici fiction et réalité fricotent intimement ensemble, distillent un doute délicieux dont on sort émoustillé et ravi. Quelle part est vécue ? Quelle part est inventée ? Ce qui ne l’est pas en tout cas, c’est cette truculence anarchiste, ce respect d’autrui qui illumine chaque instant du scénario. On se reconnait dans l’univers clownesque de ces drôles d’oiseaux qui osent l’autodérision, assument leurs travers respectifs. On admire leur sagesse. La voie qu’ils montrent fait fi du qu’en-dira-t-on, invite à une forme de désobéissance sociale salutaire. 
Pour l’aventure, Romane et Philippe ont mis en scène une bonne part de leur tribu intime. On y retrouve pelle mêle : Richard Bohringer dans son véritable rôle de père, sa débordante compagne, la délicieuse Lou en casse-couille prolifique. Clémentine Autain y apparait telle une naïade tout droit sortie des fantasmes de Philippe Rebbot… Sans oublier la présence du craquant Reda Kateb qui cabotine sous le regard énamouré de Paulo, son inséparable compagnon à poil ras. Bref tout cela est éminemment réjouissant et on ressort de cette séparation généreuse heureux comme Ulysse d’avoir entrepris ce beau voyage qui rend ces olibrius tellement attachants et familiers. Une bien belle leçon de vie sur la manière de transformer un échec en totale réussite où la poésie s’invite toute seule au détour de dialogues ciselés.UTOPIA

 

LE LUC       mer17/ 18h30  sam20/21h  lun21/18h30

 

UN PEUPLE ET SON ROI

Écrit et réalisé par Pierre SCHOELLER - France 2018 2h - avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Laurent Lafitte, Louis Garrel, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Céline Salette, Denis Lavant... Conseillers historiques : Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau, Timothy Tackett et Haïm Burstin.

 

UN PEUPLE ET SON ROIAprès le magistral L'Exercice de l’État, c'est une autre plongée dans la pratique politique et l'exercice de la démocratie que nous offre Pierre Schoeller, confirmant son ambition et sa place à part dans le cinéma français actuel. Un peuple et son roi embrasse la Révolution française depuis la prise de la Bastille jusqu'à l'exécution de Louis XVI, soit quatre années ou presque qui ont amené par la révolte organisée à la mise à bas d'un ordre ancien, et que nous allons vivre entre la fièvre populaire et travailleuse du faubourg Saint-Martin et les lieux de la « grande Histoire » : Versailles, les Tuileries, l'Assemblée nationale, le Champ-de-Mars.

« La Révolution française est un moment unique dans l’Histoire. Deux cent cinquante ans plus tard, son écho est encore présent dans nos vies, nos sociétés, notre imaginaire. C’est dire qu’en faisant ce film, nous allons vers tout autre chose qu’une histoire passée, nous allons à la rencontre de femmes et d’hommes dont l’engagement, les espoirs ou les blessures, ont été d’une telle intensité qu’ils sont encore palpitants deux siècles plus tard.
« Avec Un peuple et son roi, j’ai voulu raconter une Révolution française loin des débats idéologiques, une révolution à hauteur d’hommes, d’enfants, et surtout de femmes. Les personnages féminins occupent une place centrale dans le récit. Je voulais également filmer la Révolution française sous l’angle de l’engagement populaire, du peuple des faubourgs.
« Le film est centré sur le destin politique du Roi. En 1789, il est le Père de la Nation, l’élu divin. En juin 1791, il fuit et est rattrapé. En septembre, il est maintenu chef de l’exécutif d’une monarchie constitutionnelle. L’été 1792, il est démis et emprisonné. L’automne, il est jugé pour trahison et crimes. L’hiver, il est condamné. Le 21 janvier 1793, sa tête tombe place de la Révolution. 
« Au cours de ces trois années, tout un royaume bascule, tout un peuple conquiert sa souveraineté. Durant l’écriture, je me suis basé sur un usage constant et systématique des archives (toutes en consultation libre sur internet, en majorité sur le site BnF/Gallica). J’ai eu le bonheur de bénéficier de multiples conseils et de lectures détaillées du projet par cinq historiens : les français Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau ; l’américain Timothy Tackett et l’italien Haïm Burstin… La finalité de cette recherche historique allait bien au-delà d’un souci d’exactitude. Tout en proposant l’incarnation des grandes journées révolutionnaires, j’ai cherché à y insuffler de la vie, de la chair. Un peuple et son roi est avant tout un film sur les émotions, les émotions d’un peuple entré en révolution. Je voulais que le spectateur garde en lui le sentiment d’avoir traversé une expérience unique, comme seule une révolution peut le procurer. Avec des visions, des grands discours, des rires au milieu des larmes. Des naissances, après le deuil. Des destins qui basculent en une parole. Des insurgés qui tombent le fusil à la main. Des conquêtes qui seront plus fortes que les blessures. »UTOPIA

 

LE LUC  mer17/16h   jeu18/18h

 

CAPHARNAÜM

Nadine LABAKI - Liban/ France 2018 2h03mn VOSTF - avec Zain Al Rafeea, Kawathar Al Haddad, Yordanos Shiferow, Boluwatif Treasure Bankole, Fadi Kamel Yousef, Cedra Izam, Nadine Labaki... Scénario de Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Michelle Kesrouani et Khaled MouzanarPRIX DU JURY, FESTIVAL DE CANNES 201

CAPHARNAÜMIl y a des regards de cinéma qui ne vous quittent pas, des regards qui laissent une trace profonde, bien des films et bien des années après. Au-delà des récits, au-delà des personnages dont on oubliera les noms, la force de ces regards restera gravée, comme la marque d’une sincérité qui transcende la fiction, d'une humanité qui touche et qui bouleverse. Vous n’oublierez pas de sitôt le regard de Zain, ni celui de sa sœur Sahar, ni celui de Yonas. Ils représentent à eux trois une communauté invisible dont les membres survivent aux quatre coins du monde, celle des enfants perdus, négligés, malmenés par les conflits, les guerres ou juste l’extrême misère. Des enfants qui n’ont pas les livres pour le savoir ni pour les rêves, qui n'ont pas l’insouciance, parfois même pas la tendresse, ni le lait, ni le pain. C’est pour eux que Nadine Labaki dit avoir voulu faire ce film, pour ces gamins oubliés dont le passage sur terre est parfois éphémère, ne laissant pas de trace, même pas celle d’un papier d’identité. Le sujet est immense, ambitieux, tentaculaire et brasse dans son sillage bien d’autres thèmes tout aussi complexes dont un film ne peut pas venir à bout. Mais la réalisatrice semble n’avoir peur de rien, portée par une sincérité à toute épreuve qui défiera tout : les critiques blasées comme les mauvais procès, les piques qui ne manqueront pas de lui être lancées pour fustiger sa naïveté ou son penchant pour l'émotion.

Plongée pendants trois années dans son sujet, dans les rues de sa ville, Beyrouth, elle a rencontré des centaines de gamins, des centaines d’adultes qui survivent dans un monde qui ne veut pas d’eux et qui ne les voit même plus. Capharnaüm, c’est cette gigantesque fourmilière qui ne s’arrête jamais, cette ville de violence et de poussière qui avale, mâche et recrache ses habitants, ceux d'ici mais surtout ceux d'ailleurs, un immense bazar à ciel ouvert qui vit en autarcie, avec ses trafics, ses règles et ses codes, loin des zones de confort qui ne sont pourtant jamais très loin, à quelques frontières près.
C'est à hauteur d'enfant que nous allons entrer dans ce drôle de monde. Cet enfant, c’est Zain, douze ans. Il intente un procès à ses propres parents. Le chef d'accusation ? L'avoir mis au monde. C’est le point de départ d’une histoire comme un coup au ventre et l’on va suivre, à travers les rues de Beyrouth, l'errance de ce gamin dans un univers absurde et sauvage dont il refuse la fatalité, avec la candeur de son âge.

Il faut prendre Capharnaüm comme un conte splendide et cruel, avec des ogres et des mères mal aimantes, avec des traitres qui vont vouloir abuser de l'innocence de Zain, mais avec aussi une fée bienveillante qui prendra soin de lui. À travers le personnage de Rahil, jeune réfugiée Eryhtréenne vivant seule avec son bébé et qui va accueillir Zain, c’est la fraternité faite femme que la réalisatrice veut nous montrer, une façon de dire que tout n’est peut-être pas perdu. En faisant de ces oubliés (tous interprétés par des non professionnels aux histoires similaires à celles de leur personnages) les héros magnifiques de cette histoire forte et bouleversante, Nadine Labaki nous tend un miroir sans concession sur la manière dont notre monde accepte, passif et résigné, les horreurs dont il est quotidiennement le théâtre. Le constat est sans doute d’autant plus terrible quand l'indifférence frappe le sort réservé aux enfants, que ce soit dans les quartiers pauvres de Beyrouth, sur une plage de Méditerranée, en Cissjordanie ou à Alep  UTOPIA

 

LE  VOX

 

mer 17 et dim 21/ 14h  18h15 20h45

Jeu 18/14H 18H 20H45

ven 19/14h 18h30 21h

sam20/14h 16h15 21h

lun 22 /14h 18h15 20h

mar 23/14h 18h30 21h

 

I FEEL GOOD

 

Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN - France 2018 1h43mn - avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jo Dahan, Lou Castel, Jean-Benoît Ugeux, Jean-François Landon, Jana Bittnerova, Elsa Foucaud, Marius Bertram, et les compagnons du village Emmaüs de Lescar-Pau...

 

I FEEL GOOD« Il n'y a pas de grand pays sans de grands patrons » proclame le slogan évidemment sarcastique sur l'affiche, au-dessus d'un Jean Dujardin conquérant de l'inutile, marchant vaillamment au bord d'une route en peignoir et pantoufles de bain, sans doute chouravés dans un hôtel de luxe quitté à la cloche de bois… Le duo Delépine et Kervern, le plus utopien des tandems franco-grolandais, fait semblant de prendre pour héros un apprenti-winner qui n'a jamais rien appris de ses débâcles successives, un hâbleur qui ne jure que par le Cac 40 mais qui n'a jamais fait grand chose de ses 10 doigts, un adepte du culte de la réussite et du pognon roi qui n'a jamais réussi qu'à être le prince de la foirade… pour mieux chanter la gloire modeste des compagnons du village Emmaüs de Lescar-Pau, champions de la démerde constructive et de l'économie durable sur le tas, de la conscience collective et de la solidarité active, du chacun pour tous et des lendemains qui chanteront peut-être un peu plus joyeusement si tout le monde y met du sien…
On découvre donc Jacques, bon à rien patenté en perpétuelle recherche de l'idée géniale qui le rendra super riche mais pour l'heure fauché comme les blés et carrément SDF. Ayant brûlé tous ses vaisseaux fantômes et filouté tout ce qui pouvait l'être, il n'a d'autre choix que de venir squatter chez sa grande sœur Monique (Yolande bien sûr), qu'il n'a pas vue depuis des lustres et qui dirige aujourd'hui une communauté Emmaüs près de Pau.
Monique lui offre bien sûr gite et couvert, en échange de sa participation aux activités du village, qui déborde d'ateliers de toute sorte. Tu parles ! Le Jacques incorrigible, après avoir fait semblant de s'intéresser à la vie foisonnante de cette incroyable enclave toujours productive mais jamais productiviste, va très vite retomber dans ses travers et se consacrer à un projet d'enrichissement personnel aussi fumeux que d'habitude : inspiré par quelques trombines cabossées de compagnons guère épargnés par les épreuves d'une vie à la dure, il imagine de créer une agence de chirurgie esthétique low-cost, une sorte d'EasyJet du lifting qu'il va baptiser du nom imparable de « I feel good » !
Il va réussir à baratiner une demi-douzaine de villageois (pas vraiment dupes, on le verra plus tard) et à les embarquer dans un voyage désorganisé – 100% low-cost lui aussi – vers la Roumanie et la Bulgarie, contrées supposées être à la chirurgie plastique ce qu'est la Hongrie à la pratique des soins dentaires : le paradis du hard-discount. Vous vous doutez bien que le périple va se révéler aussi improbable que burlesque et que les velléités entrepreneuriales de Jacques vont tourner en eau de boudin. Mais vous n'imaginez pas les péripéties que notre groupe va traverser, et encore moins le résultat concret du relooking extrême dont va bénéficier un de ses membres…UTOPIA

 

LE VOX

mer17  jeu18 et sam20/16h15                                            

ven19 et mar 23/ 21h

dim21/ 20h45

lun 22/18h30

 

LEAVE NO TRACE

Debra GRANIK - USA 2018 1h47mn VOSTF - avec Ben Foster, Thomasin Harcourt McKenzie, Jeff Kober, Isaiah Stone, Dale Dickey... Scénario de Debra Granik et Anne Rosellini, d’après le roman L’Abandon de Peter Rock.

 

 
 
Vous êtes sans aucun doute nombreux à ne pas avoir oublié le beau et touchant Captain Fantastic dans lequel Viggo Mortensen incarnait un père intrépide se battant pour que sa famille puisse vivre au cœur de la nature, hors du monde capitaliste et normatif, ignorant l'école officielle pour pratiquer l'apprentissage de la vie au grand air et l'éducation grâce à la lecture et la discussion des textes des grands penseurs. Il est possible aussi que vous n'ayez pas oublié le splendide Winter's bone, sorti en 2011, qui révélait la toute jeune actrice Jennifer Lawrence dans le rôle d'une adolescente, fille d'un père délinquant en fuite, qui se battait seule au cœur des forêts du Missouri pour garder sa maison et sauver ses petits frères. La brillante réalisatrice de Winter's bone, c'était Debra Granik, qui revient aujourd'hui avec ce Leave no trace absolument emballant, adapté d'un roman lui même inspiré par un fait divers bien réel qui pourrait rappeler furieusement l'intrigue de Captain Fantastic, et c'est ainsi que nous retombons sur nos pattes…

Nous sommes aux abords de Portland, capitale de l'Oregon, sur la côte Pacifique, une métropole bordée de majestueuses forêts primaires appréciées des Américains amoureux plus ou moins sincères de la nature. Personne ne sait qu'aux confins les plus inaccessibles du parc, loin des randonneurs urbains qui en fréquentent les futaies le week-end, vivent une adolescente et son père, Tom et Will, dans la quasi-clandestinité, en presque totale autonomie, cultivant un petit potager forestier, ayant acquis sur le tas moult techniques pour recueillir l'eau de pluie ou faire du feu en économisant le propane, s'aventurant le plus rarement possible jusqu'au centre de Portland, uniquement pour récupérer la pension de Will et acheter les produits de première nécessité. On comprend que l'homme est un vétéran, probablement brisé par une des nombreuses guerres moyen-orientales que l'armée américaine a menées jusqu'à l'absurde. On comprend aussi qu'au-delà de la survie au jour le jour, il assure une bonne éducation à sa fille malgré les conditions spartiates. Et on voit qu'il existe une vraie complicité, une profonde tendresse entre les deux. Tout pourrait continuer ainsi s'ils n'étaient pas un jour surpris par la police, puis confiés aux services sociaux, qui sont bien obligés de constater la bonne santé et le bon niveau d'éducation de Tom et décident de les installer dans un mobile-home à proximité d'un haras où Wille pourrait travailler. Pour l'adolescente, c'est la découverte d'une nouvelle vie, qui malheureusement ressemble pour le père à une oppression quotidienne…

Leave no trace, dont le titre évoque cette volonté farouche de fuir la société de consommation que le père rejette, est l'histoire d'une magnifique relation père-fille en même qu'une belle réflexion sur ces chemins de traverse que chacun peut un jour décider d'explorer, qu'il soit poussé par les aléas de la vie ou porté par la réflexion philosophique ou politique. Debra Granik filme cette démarche de retrait de la société sans manichéisme ni angélisme, en fait ressentir les dimensions exaltantes mais aussi les limites, quand le besoin de relations sociales est plus fort que la volonté de rompre avec les modèles dominants et qu'une voie médiane peut surgir. Leave no trace est un formidable voyage dans cette Amérique qu'on aime, celle des hobos qui traversaient le pays dans les wagons de la Grande Dépression, celle de ces poètes qui n'ont pas voulu rompre avec les idéaux des années 70 et ont reconstruit à leur façon, au cœur de paysages grandioses et rescapés de la surexploitation environnante, une autre façon de vivre. Les images sont donc superbes, le récit est aussi passionnant qu'émouvant et on s'attache pour le compte au duo merveilleusement incarné par Ben Foster (vu l'an dernier chez nous dans Comancheria) et la toute jeune et déjà impressionnante Harcourt McKenzie, véritable révélation venue de Nouvelle Zélande.  UTOPIA
 
LE VOX
jeu 18 et mar 22/18h15
jeu 18 et ven19/16h
lun22/20h45
 

FORTUNA

 

Écrit et réalisé par Germinal ROAUX - Suisse 2018 1h46mn - avec Bruno Ganz, Kidist Siyum Beza, Patrick D'Assumçao, Assefa Zerihun Gudetta

 

Filmé dans un noir et blanc particulièrement expressif, le récit se campe dans un modeste monastère suisse perdu dans les montagnes. Un havre de paix : ici les hommes de Dieu prient, contemplent le silence, communient avec la nature et les plus infimes de ses occupants, méditent dans la solitude partagée. Alors, évidemment, la frêle silhouette féminine qui gravit la pente détonne. Petite jeune fille marron de peau, emmitouflée dans des vêtements plus larges qu’elle, Fortuna impose sa présence grave. Elle va d'abord à l'étable et on ne comprend pas le sens véritable de ce qu’elle murmure à l’oreille de l’âne de la compagnie, ni plus tard à la statue de la vierge Marie. La détresse qui émane de son regard insondable devient bouleversante quand elle déclare au bourricot qu’il est son seul ami et à la madone figée qu’elle est sa seule protection. À ces deux-là, elle dit bien plus qu’aux occupants du monastère qui essaient sincèrement de la comprendre et de l’aider, s’inquiétant de sa santé, de son devenir, de la rareté de ses mots…

Fortuna, jeune érythréenne, est une rescapée d’une mer Méditerranée devenue meurtrière malgré elle, et le monastère est devenu son refuge. Si la petite communauté religieuse a décidé de porter assistance à ceux qui sont venus échouer à ses portes, il n’est pas si simple d’accueillir ces personnes venues de tous les horizons, de toutes les obédiences, qui trimballent parfois des ribambelles de gamins.
Quand les flics débarquent, tous s’affolent, se tassent sur eux-même ou se révoltent. Alors que chaque réfugié finit par se plier aux solutions envisagées, Fortuna, qui est mineure, refuse tout en bloc et s’accroche au monastère comme une moule à son rocher. Il faudra des trésors de patience pour qu’elle accepte de dévoiler sa vérité, bien plus complexe que les vagues clichés qu’on pourrait imaginer…  UTOPIA
 
LE VOX   dim21/18h
 
Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

 

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 
5 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Aux cinémas du 10 au 16 octobre

Bonjour à tous !

Cette semaine ne ratez pas la soirée ENTRETOILES  spéciale « polars » dimanche 14 octobre avec à 18H un film danois The  Guilty , huis clos glacial et tendu,  un premier film d'une efficacité redoutable, qui brille et surprend par sa maîtrise et à 20H30  un film chinois Une pluie sans fin un premier film époustouflant de maîtrise.   Ces deux films ont été primés au festival de Beaune 2018. Entre les deux films Il y aura comme de coutume un apéritif offert par Entretoiles  et si vous apportez un plat sucré ou  salé il sera le bienvenu.

Notez déjà notre prochain rendez vous le 18 novembre avec le film du réalisateur de Winter Sleep Le Poirier sauvage à 18h.

Au CGR ainsi qu’à Lorgues, vous pourrez voir dans le cadre du ciné-club, De chaque instant un temoignage précieux sur le quotidien des soignants.

A Lorgues, Fortuna méditation poétique et lumineuse sur une question d actualité, Blackkklansman, le dernier Spike lee, un thriller qui prend aux tripes,  Libre ( aussi à Salernes ) un documentaire qui cerne avec acuité les aberrations de la machine bureaucratique.

A Cotignac on vous propose Thunder Road un premier film pour Jim Cummings où il révèle un talent rare pour le tragi-comique décapant et Donbass où  le réalisateur Loznitsa mêle comédie bouffonne et drame de guerre pour dénoncer les dérives de la corruption.

Au Vox seulement 2 films nouveaux par rapport à la semaine dernières : Girl ce portrait naturaliste, factuel, donc cru, d'un.e adolescent.e transgenre en quête d accomplissement professionnel est une réussite et Dilili à Paris un film d’animation en sortie nationale.

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

THE GUILTY

Écrit et réalisé par Gustav MÖLLER - Danemark 2018 1h25mn VOSTF - avec Jakob Cedergren et les voix de Jessica Dinnage, Omar Shargawi, Jakob Ulrik Lohmann... Festival international du Film Policier de Beaune 2018 : Prix de la critique.

Asger Holm est flic. Il répond au 112, le numéro d'urgence de la police danoise. Goguenard lorsqu'il comprend que l'homme qu'il a au bout du fil se trouvait en plein quartier des prostituées quand il s'est fait voler un ordinateur dans sa voiture, excédé quand un videur de boîte de nuit lui parle comme à un chien… mais surtout las de se trouver relégué dans ce centre d'appel. Car Asger est un flic de terrain et s'il se trouve pendu à ce téléphone, c'est qu'il a été l'objet d'une mise au placard. D'ailleurs, une conversation avec son ancien supérieur nous apprend qu'il devrait reprendre son poste très vite, après son procès qui aura lieu le lendemain et qui ne devrait être qu'une formalité. Et puis, juste avant qu'il ne cède son casque d'écoute à la relève de nuit, il y a cet appel d'une femme, Iben, enlevée en voiture par son ex-époux. Elle parvient à tromper la vigilance de son kidnappeur en faisant comme si elle appelait sa petite fille laissée à la maison, mais la conversation est interrompue. Refusant le simple rôle de passeur censé être le sien, Asger, qui, c'est le moins que l'on puisse dire, n'a pas une confiance exagérée dans l'efficacité de ses collègues de terrain, va tenter de prendre les choses en main. Pour lui, l'urgence est d'autant plus grande que l'ancien compagnon d'Iben a un casier, déjà condamné pour violences…

À partir de ce moment et sans jamais nous faire sortir de ce centre d'appel, le réalisateur Gustav Möller, avec une maîtrise exceptionnelle pour un premier long métrage, va nous maintenir en haleine jusqu'au dénouement de cette narration en temps réel. Il bénéficie pour cela de deux atouts maîtres. D'abord l'acteur danois Jakob Cedergren, impressionnant du début à la fin, nous faisant découvrir au fur et à mesure un personnage de flic à la fois primaire et complexe, inquiétant et généreux, cynique et sincère. Ensuite un travail exceptionnel sur le son et les voix des comédiens qu'on entend à l'autre bout du fil, qui fait exploser les limites spatiales de ce centre téléphonique, faisant du hors champ un film à part entière. Nous sommes avec Iben dans la voiture, avec sa fille Mathilde dans sa chambre… sans jamais les voir à l'écran.

Le titre est de toute évidence plus ambigu qu'il n'y paraît. Qui est coupable ? Y en a-t-il plusieurs ? De quel crime s'agit-il ? Y en a-t-il eu plusieurs ? En tout cas, quand on parle de culpabilité dans un film policier, on pense enquête, action, fausse piste, aveux ou confession, voire rédemption. Par le truchement d'un téléphone, tous ces critères du genre sont ici présents mais subtilement décalés pour nous offrir pendant 85 minutes qu'on ne voit pas passer un film original et passionnant.(Utopia)

 

CGR soirée Entretoiles dimanche 14 à 18h

UNE PLUIE SANS FIN

Écrit et réalisé par DONG YUE - Chine 2017 1h57mn VOSTF - Grand Prix du Festival international du Film Policier de Beaune 2018.

1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong par la Grande Bretagne, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, chef de la sécurité d’une vieille usine dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.

Premier film d'une maîtrise impressionnante, Une pluie sans fin tire sa force de sa formidable puissance visuelle mise au service de la profondeur de son propos. En même temps qu'il déroule les avancées et les impasses d'une enquête marquée du sceau de l'absurde et du dérisoire, Dong Yue n’hésite pas à présenter en sous texte une Chine industrielle en pleine transition vers un capitalisme d'état qui ne dit jamais son nom. Le film devient petit à petit une étude captivante sur les changements économiques et sociaux et les conséquences sur ses habitants.
Alors évidemment, la comparaison avec un certain film coréen du nom de Memories of murder vient plusieurs fois à l'esprit. Et on ne croit pas se tromper en avançant que le film de Bong Joon-ho a inspiré Dong Yue. On y retrouve la même atmosphère lourde, la pluie qui emprisonne les personnages par sa présence constante. Mais Une pluie sans fin se détache petit à petit de son illustre prédécesseur : là où Bong Joon-ho utilisait l’absurde et l’humour pour désamorcer la descente aux enfers, Dong Yue reste dans la tragédie (il y a un côté shakespearien dans la destinée de Yu Guowei), aidé par une magnifique photographie sombre et désaturée.

Yu Guowei n’est pas un inspecteur à proprement dit. Il travaille à l’usine, en tant que chef de la sécurité. Quand il se présente au début du film (construit en flash-back) il traduit son nom en « résidu inutile d’une nation glorieuse », s'identifiant comme une victime collatérale de la modernisation, identification renforcée par les derniers plans du film. Lorsqu’il n’attrape pas les petits voleurs de l’usine où il travaille, Yu s’imagine en vrai détective. C’est avec toute la bonne volonté possible qu’il s’attaque à l’enquête sur le tueur en série, ne pouvant compter que sur son obstination, se mettant lui-même en danger, notamment lors d'une magnifique course poursuite sous la pluie. Mais il va tomber de haut, s’apercevoir petit à petit qu’il n’est pas si doué que ça pour résoudre des énigmes criminelles… Sa vie part en vrille, en une sorte de spirale infernale qu'il est incapable d'arrêter…
Jusqu'à un final parfaitement cohérent avec la tonalité noire du récit, Une pluie sans fin exprime magnifiquement le désenchantement de son héros, qui est aussi celui de son réalisateur : autant en emporte la pluie… Utopia

 

CGR soirée Entretoiles dimanche 14 octobre à 20h30

 

DE CHAQUE INSTANT

Écrit et réalisé par Nicolas PHILIBERT - documentaire France 2018 1h45mn -

Grâce à une qualité de regard qui est la marque des grands cinéastes, grâce à une attention de chaque instant (c’est le cas de le dire !) aux êtres, aux situations, aux lieux, chaque nouveau film de Nicolas Philibert est une aventure délicate qui nous conduit dans les coulisses de notre propre monde. Souvenez-vous de La Ville Louvre, Le Pays des sourds, La Moindre des choses, Être et avoir, La Maison de la radio : chacun est l’occasion d’un périple passionnant, d’un voyage en terre inconnue alors même qu’on croyait connaître le sujet abordé, l’univers exploré. Le plus souvent on découvre avec passion des gens ordinaires, qui font taire leur ego, qui s’effacent derrière leur tâche, qui, à leur modeste mesure, réenchantent le monde, le rende un peu meilleur.

Dans ce nouvel opus, il est question des infirmières, ces soignantes de l’ombre, ou plus précisément des infirmières en formation : elles sont chaque année des dizaines de milliers à se lancer dans les études qui leur permettront d’accéder à ce métier qu’elles ont choisi. Il est aussi question des futurs infirmiers mais nous parlerons de tous au féminin, nous ferons – tout comme le réalisateur – une entorse à la grammaire, car si le masculin l’emporte dans la langue française, il est incontestables que les seringues sont tenues ici majoritairement par des mains de femmes. Leurs gestes paraissent déjà si fluides et naturels qu’on n’imagine guère ce qu’ils représentent d’efforts et d’apprentissage . Ce sont des parcours de combattantes qui débutent donc dans des Instituts de Formation en Soins Infirmiers (ici celui de la Croix Saint Simon). On entre en catimini parmi celles qui vont nous étonner par leur acharnement à vouloir obtenir le droit d’exercer un métier qui ne sera jamais rémunéré à la hauteur de sa pénibilité ni de ses lourdes responsabilités. Les salariées du secteur médical affrontent chaque jour la fragilité de l’humaine condition, elles se doivent d’apprendre sans relâche un métier qui exigera d’elles une attention de chaque instant.
Patiemment, avec beaucoup de douceur, mais sans faire de cadeau, les professeurs, infirmières elles-mêmes, montrent, expliquent, transmettent aux élèves les bons gestes, scrutent chaque détail, traquent inlassablement les plus infimes erreurs… Malgré les éclats de rire qui fusent par moments, l’humour qui permet d’exorciser les peurs, aucune n’oublie qu’entre leurs mains se trouve la vie. Puis vient l’heure aussi excitante que terrible, après s’être exercées sur les mannequins, de prodiguer des soins à de véritables personnes. On pénètre alors dans l’hôpital, ce lieu qui unit soignants et malades dans un même combat, même si les enjeux ne sont pas également partagés. 
Progressivement, on s’attache à celles que la caméra suit avec un respect complice, montrant avec pudeur juste ce qu’il faut de courage, d’angoisses, de douleurs, de doutes… afin qu’on s’identifie à chaque personne croisée. Et de ces petits croquis pris sur le vif, de cette somme de sourires bienveillants, de ces larmes lâchées ou retenues, prend forme un magnifique portrait collectif lumineux, qui donne foi en l’humanité. 

« Depuis un moment je tournais autour de l’idée d’un film sur ce sujet, quand la providence m’a envoyé faire des repérages : en janvier 2016, une embolie m’a conduit tout droit aux urgences puis dans un service de soins intensifs. Ça a été le déclic. Une fois requinqué, j’ai décidé de faire ce film, en hommage aux personnels soignants, en particulier aux infirmières et infirmiers. » N. Philibert (Utopia)

 

 

CGR  mer 10/ 22h10  jeu 11/20h  ven 12/20h lun 14/13h30 mar 16/10h45

LORGUES  mer 10/20h05  lun15/19h

 

 

 

FORTUNA

Écrit et réalisé par Germinal ROAUX - Suisse 2018 1h46mn - avec Bruno Ganz, Kidist Siyum Beza, Patrick D'Assumçao, Assefa Zerihun Gudetta.

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Filmé dans un noir et blanc particulièrement expressif, le récit se campe dans un modeste monastère suisse perdu dans les montagnes. Un havre de paix : ici les hommes de Dieu prient, contemplent le silence, communient avec la nature et les plus infimes de ses occupants, méditent dans la solitude partagée. Alors, évidemment, la frêle silhouette féminine qui gravit la pente détonne. Petite jeune fille marron de peau, emmitouflée dans des vêtements plus larges qu’elle, Fortuna impose sa présence grave. Elle va d'abord à l'étable et on ne comprend pas le sens véritable de ce qu’elle murmure à l’oreille de l’âne de la compagnie, ni plus tard à la statue de la vierge Marie. La détresse qui émane de son regard insondable devient bouleversante quand elle déclare au bourricot qu’il est son seul ami et à la madone figée qu’elle est sa seule protection. À ces deux-là, elle dit bien plus qu’aux occupants du monastère qui essaient sincèrement de la comprendre et de l’aider, s’inquiétant de sa santé, de son devenir, de la rareté de ses mots…

Fortuna, jeune érythréenne, est une rescapée d’une mer Méditerranée devenue meurtrière malgré elle, et le monastère est devenu son refuge. Si la petite communauté religieuse a décidé de porter assistance à ceux qui sont venus échouer à ses portes, il n’est pas si simple d’accueillir ces personnes venues de tous les horizons, de toutes les obédiences, qui trimballent parfois des ribambelles de gamins.
Quand les flics débarquent, tous s’affolent, se tassent sur eux-même ou se révoltent. Alors que chaque réfugié finit par se plier aux solutions envisagées, Fortuna, qui est mineure, refuse tout en bloc et s’accroche au monastère comme une moule à son rocher. Il faudra des trésors de patience pour qu’elle accepte de dévoiler sa vérité, bien plus complexe que les vagues clichés qu’on pourrait imaginer… Utopia

 

LORGUES     mer 10 / 18h00    sam 13 / 20h35 lun 15 / 21h05

BLACKkKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

Mais bon sang qu'on est heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansmanné de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai !

Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil rights act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquées de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement loin de la théorie de l'égalité des Afro-américains à la mise en pratique en terme de droits, de traitement, de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolués de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques aux USA. Parsemant les dialogues d'allusions (très peu) voilées à l'actualité trumpienne, et amenant in fine le film sur le terrain de la terrifiante actualité, le Doctor Spike signe un magnifique pamphlet politique qui mérite, haut la main, son Prix cannois – pour être parvenu, en deux heures, avec talent et humour, à ranimer la flamme de notre indignation.  Utopia

 

LORGUES        ven 12 / 17h00 sam 13 / 18h00 dim 14 / 18h00

 

LIBRE

Michel TOESCA - documentaire France 2018 1h40mn - avec l’incroyable Cédric Herrou et tous les résistants de la Roya Citoyenne... Sélection en séance spéciale au Festival de Cannes 2018.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le festival de Cannes n’a pas commencé et déjà nous nous esbaudissons, nous trépignons d’impatience à l’idée de cette séance qui fera symboliquement date dans l’histoire du festival, et qui s’annonce jubilatoire, touchante et surtout éminemment politique, rappelant s’il en était besoin, que derrière le glamour, les tapis rouges, les stars futiles d’un jour, les fêtes dispendieuses, les tractations dérisoires pour tel film survendu, le festival sait aussi se faire acteur du débat citoyen, une caisse de résonance des luttes face aux pouvoirs dominants. Imaginez à Cannes, la vitrine d’un département totalement contrôlé par la droite la plus réactionnaire et la plus rance, celle du pilote de moto rentré en politique Estrosi, et du tout petit par la taille et l’esprit Eric Ciotti, cette droite qui fait la course à l’échalote des préjugés racistes avec le Front National : leur pire cauchemar va monter les marches avec tous les honneurs. 

Le cauchemar en question, c’est un simple paysan producteur d’olives, Cédric Herrou, qui ne se voyait pas vraiment délinquant multirécidiviste et abonné aux tribunaux, un homme qui avait simplement accroché au cœur un sens inébranlable de la solidarité. Il se trouve que sa vallée et son village de Breil sur Roya, autrefois totalement inconnus du grand public, accrochés à la frontière italienne et bien loin des fastes de la Côte d’Azur pourtant voisine, est un des passages empruntés par les migrants venant d’Italie en quête de vie meilleure. Cédric Herrou commence à en aider quelques uns, leur offrant une étape sur leur long périple. Le terrain est grand, ils sont de plus en plus nombreux, puis comme il faut aller vers les grandes villes pour faire les démarches administratives, il les aide aussi à voyager massivement par train vers Nice ou Marseille. Depuis, comme nombre de ses compagnons et bien qu’en principe le délit de solidarité n’existe pas, il est poursuivi par la justice. Mais alors que certains renoncent quand les premières amendes ou gardes à vue tombent, lui ne se laisse pas intimider, galvanisé par des soutiens toujours plus importants (tiens on voit l’ami dessinateur Edmond Baudoin, figure de la gauche niçoise) et une reconnaissance médiatique dont il se serait bien passé parfois, allant jusqu’à un article du New York Times.

Le réalisateur Michel Toesca est juste un ami et voisin, qui a quitté Paris pour son petit coin de paradis, et face aux aventures et déboires de son ami, il a décidé depuis deux ans de le suivre et de raconter ses luttes en toute simplicité. Et c’est juste drôle, galvanisant, ça vous emporte le cœur et vous fait dire que tout, malgré la justice toujours du même côté, les politiques de plus en plus contaminés par les idées d’extrême droite, tout est néanmoins encore possible. Utopia

LORGUES       ven 12 / 20h00  sam 13 / 16h00  dim 14 / 20h35  lun 15 / 17h00

SALERNES     sam 13/20h30  dim14/18h  lun 15/20h30  mar16/18h

 

 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31mn VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dans Thunder Road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». Utopia

 

COTIGNAC lun 15/18h

 

 

DONBASS

Écrit et réalisé par Sergei LOZNITSA - Ukraine 2018 2h01mn VOSTF - avec Tamara Yatsenko, Boris Kamorzin, Liudmila Smorodina, Olesya Zhurakovkaya, Sergei Russkin

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Sans rire, les pires inventions humaines, sont sans doute les frontières et la guerre ! Le titre du film, Donbass, est le nom de la région écartelée entre l’Ukraine et la Russie et dans laquelle continue de se déchaîner un conflit interminable entre partisans de l'Ukraine indépendante et pro-Russes. On se doute dès lors que ce nouvel opus de Sergei Loznitsa sera à l’instar des tiraillements de son pays : sans concession, ni armistice. Le réalisateur visionnaire des impressionnants My joyDans la brumeet Une femme douce compose une mise en scène explosive et morcèle son attaque pamphlétaire en douze chapitres mordants et enlevés qui fusent comme autant de fables immorales, tantôt abracadabrantes ou absurdes, mais toujours décapantes.
Pourquoi douze ? Nombre symbolique qu’on pourrait interpréter de bien des manières, comme un cercle vicieux dont on a du mal à sortir, celui du temps, les douze mois qui s’enchaînent et finissent par se ressembler. Mais peut-être est-ce surtout une allusion au bombardement contre un barrage de l'armée, dans l'Est séparatiste pro-russe, qui en 2015 toucha un bus, faisant douze victimes civiles, ce qui déclencha une vague de mobilisation portée par le slogan « Je suis Volnovakha », nom de la localité où se déroula le drame… D’ailleurs une des premières scènes se passe précisément autour d’un bus criblé d’impacts de balles, mais ceux qui courent en tous sens sont des figurants que l’on a vu se faire maquiller. 

Rapidement on ne distingue plus les acteurs des simples passants, les militaires des civils ou de la police… Ainsi la mascarade se retrouve intiment imbriquée au réalisme de situations cauchemardesques… Les personnages sont outrés, parfois grotesques, tout comme la comédie inhumaine qui prend corps sous notre regard fasciné. Le réalisateur s’émancipe magistralement des schémas narratifs préétablis pour s’octroyer une liberté de ton jubilatoire.
Nous voilà propulsés dans la grande confusion qui règne au sein d'une nation devenue schizophrène, où chacun peut jouer de redoutables doubles jeux… Un système devenu cynique où ceux qui sont punis ne sont parfois pas les plus coupables. Autant dire que les parties sont perdues d’avance pour les citoyens suffisamment naïfs pour rester honnêtes. Désormais tous les coups sont permis et de tous les protagonistes, il n’y en aura pas un pour rattraper l’autre. On se trouvera tour-à-tour embarqué avec des nurses médusées, en train de se faire rouler dans la farine par un notable faisant semblant de lutter contre la prévarication… Puis avec des journalistes prêts à tout pour vendre un article à sensation, des vamps à deux balles, des bombes qui explosent, aussi joliment filmées que de somptueux feux d’artifices, un mariage déprimant où le blanc ne restera pas longtemps immaculé, des lynchages au sens propre comme au figuré… Ici tout est faux, tout est vrai, et parmi ces êtres, il devient impossible de trier le bon grain de l’ivraie et puis… à quoi bon ? La vodka se boira, quoiqu’il arrive, jusqu’à la lie. Où sont les justes, où sont les corrompus ? Qui sont les braves, qui sont les lâches ? Tantôt bourreau, tantôt victime, chacun survit comme il peut.

Et quand Sergeï Loznista, par ailleurs excellent documentariste qui a longtemps chroniqué la révolution ukrainienne, déclare que chaque situation, toute grand guignolesque soit-elle à l’écran, a été « inspirée d’événements réels », cela fait d’autant plus froid dans le dos… Un véritable casse-tête russo-ukrainien, un marasme tel qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Utopia

 

COTIGNAC jeu 11/20h30

 

 

GIRL

Lukas DHONT - Belgique 2018 1h45mn - avec l'extraordinaire Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart, Tijmen Govaerts, Katelijne Dhaenens... Scénario de Lukas Dhont et Angelo TijssensFestival de Cannes 2018 : Caméra d’or – Prix de la Critique Internationale – Prix d'interprétation Un certain regard pour Victor Polster.

C'est un premier film magistral qui voit l'avènement d'un grand cinéaste et d'un grand acteur qui est tout autant une grande actrice. Le divin Victor Polster qui incarne Lara (et en a l'âge) est avant tout danseur mais ce serait vraiment dommage pour le cinéma s'il cessait de tourner…
Rigueur, ténacité, féminité, témérité… autant de qualités que Lara doit cultiver pour atteindre son inaccessible rêve : devenir danseuse étoile ! Il lui faudra même plus encore : le goût du sacrifice. Pourtant Lara, la douce, la studieuse, la gracieuse Lara, du haut de ses 15 ans, a déjà tout pour devenir une superbe jeune femme sauf… un petit appendice superflu entre les jambes, qui l’a faite garçon dans son corps alors qu’elle se sait fille dans sa tête, un grain de sable qui enraye ses projets de vie et qu’elle doit éradiquer. C’est un véritable parcours de la combattante qu’elle mène avec acharnement, faisant fi des obstacles, obstinément, se moquant des moqueries, essayant d’ignorer les regards qui la toisent. Lara force notre respect. Sa famille aussi d’ailleurs : tous s’arc-boutent la tête haute pour défendre cette fille pas tout à fait comme les autres, l’épaulant sans faiblir dans l’adversité, en particulier son père Mathias (Arieh Worthalter, exceptionnel). Admirable en tous points, il s’efforce de ne pas céder aux angoisses légitimes qui le transpercent parfois devant le choix définitif de son enfant, faisant taire sa peur face à l’opération irréversible qui sonnera le glas d’un possible retour en arrière. Peut-être aura-t-il fallu du temps à Mathias pour comprendre, accepter mais si le doute l’assaille, jamais il ne le fait peser sur les jeunes épaules de Lara, ni n’essaie de la convaincre. Mû par une confiance absolue en sa progéniture, il incarne à lui seul cet amour inconditionnel qui choisi d’accompagner plutôt que de gouverner.

Plongés dans l’intimité de la petite famille monoparentale, nous sommes bluffés par tant d’ouverture d’esprit, de tolérance, même si elles ne font pas tout, même si Lara ne mesure pas toujours la chance qu’elle a d’être tombée dans un foyer capable d’une telle qualité d’écoute. Même Milo, son cadet, qui n’a pourtant pas encore l’âge de raison, semble accepter sans broncher que son grand frère soit en définitive une grande sœur. Il apparaît comme une évidence que Lara est celle qui apporte le supplément d’âme féminine qui manquait à la maisonnée. Les câlins du soir qu’elle prodigue à son petit frère ont une saveur maternelle rassurante dans laquelle il peut s’endormir réconforté, sans craindre le loup qui rôde dans les bois sombres des contes. 
Alors que sonne l’heure d’une nouvelle rentrée scolaire, c’est un nouveau départ qui s’annonce. Lara, qui vient d’être acceptée (à l’essai) dans une des plus prestigieuse école de danse de Belgique, est dans les starting-blocks. Elle a huit semaines pour démontrer à l’établissement qu’elle pourra se mettre au niveau des autres ballerines qui ont démarré la danse classique bien plus jeunes. Lara piaffe également d’impatience face aux effets du traitement hormonal qui tardent à être flagrants. Chaque jour elle guette les métamorphoses de son corps trop grand qu’elle s’apprête à torturer pour qu’il rentre dans le moule de ses désirs. Avec un acharnement violent, voilà notre donzelle qui s’escrime à faire des pirouettes ambitieuses, refuse de voir le monde autrement qu’à hauteur de pointes…Tandis que son entourage suit comme il peut…

Jamais film ne fut si proche d’un corps adolescent en pleine mutation, de sa réalité. Il imprègne jusqu’à nos chairs de son mal-être intégral mais surtout de sa fougue impérieuse à vouloir corriger certaines erreurs de la nature, quel qu'en soit le prix à payer. C'est très beau, c'est très fort et particulièrement émouvant. Un premier film en tous points remarquable, décidément. Utopia

 

LE VOX

 

Mer 10/14h 18h20 20h15

Jeu11/ 14h 18h20 20h30

Ven 12/16h15  18h30 21h

Sam13/ 14h 18h30 21h

Dim 14/16h05 18h20 20h30

Lun15/14h 18h15 20h30

Mar 16/14h 18h30 21h

 

 

DILILI À PARIS

Écrit et réalisé par Michel OCELOT - film d'animation France 2018 1h35mn - avec les voix de Prunelle Charles-Ambron, Enzo Ratsito, Natalie Dessay...

Chaque nouvel opus de Michel Ocelot réveille dans les cervelles une légère nostalgie qui résiste au temps qui passe. On aimerait tellement retrouver l’émerveillement tenace des premiers pas du petit Kirikou qu’on serait capable de faire la fine bouche devant les œuvres suivantes de son créateur ! Quoi ? Bouder Dilili ? Impossible ! La nouvelle héroïne d’Ocelot ferait fondre les pires récalcitrants grâce à son charme désuet et sa candeur virginale. D’ailleurs, dans le Paris de la Belle époque, rien ni personne ne semble pouvoir lui résister ! Partout où passe la petite métisse, sa bonne humeur, son sens de la répartie viennent à bout des obstacles et font oublier sa couleur de peau. Car le temps n’est pas bien loin où les « colorés » comme on les désigne alors, étaient encore des esclaves. Lutter constamment contre l’ignorance d’autrui a visiblement forgé l’esprit vif de la jeune kanake. Ce n’est pas avec de l’agressivité qu’elle enferre ses détracteurs, mais avec une arme bien plus fatale : la politesse ! C’est ainsi qu’elle force le respect de chacun : une révérence, une parole gentille, un regard désarmant de douceur et de perspicacité. On est prêt à parier que les chérubin(e)s qui verront le film se gargariseront longtemps de son « Enchantée, je suis heureuse de vous rencontrer… », petite formule qui tourne en boucle, telle une ritournelle tout aussi appliquée qu’un brin comique tant elle pourrait devenir obséquieuse. 
Mais quand on n'a pas la bonne couleur de peau, face à une nation blanche qui fantasme sur le dos des « sauvages », mieux vaut tout faire pour montrer qu’on ne l’est pas et que la noirceur n’est pas synonyme de crasse. Dilili nous semble bien vite plus civilisée que certains Parisiens qui la dévisagent du haut de leur bêtise. À cet égard, la première scène étonnante, qu’on vous laisse découvrir, laisse en fond de gorge un arrière goût dérangeant qui fera appréhender la suite du récit avec un autre regard.


Vous l’aurez compris, Dilili à Paris n’est pas un dessin animé simpliste, il ne prend pas les mioches pour des imbéciles. Sous ses allures joviales, il leur propose une vraie réflexion sur le rejet de l’autre, le racisme, l’intégrisme. Mais à côté de cette fable politique et féministe (osons le mot : enfin une héroïne féminine intelligente dans laquelle les petites filles peuvent se projeter !), c’est aussi une ode inconditionnelle au Paris de la bien nommée « Belle époque ». Toute l’intrigue haletante est aussi un génial prétexte pour (re)découvrir avec émerveillement la capitale, lui rendre hommage, la sublimer. C’est une véritable déclaration d’amour aux arts, à la richesse culturelle, au monde intellectuel vibrant, polymorphe des années 1900. 
C’est la rencontre de Dilili avec Orel, un beau gosse aux allures de jeune premier, conducteur de triporteur de son état, qui va rendre l’exploration de la ville possible dans ses moindres recoins : depuis ses plus imposants monuments jusqu’à ses dessous inavouables et cachés, tels les égouts. Rapidement Orel et Dilili forment un duo inséparable, à l’allure improbable (le garçon est tout aussi élancé que notre gracieuse Dilili est courte sur pattes). C’est à la hauteur des humbles que la visite féérique débute et qu’on va côtoyer comme par enchantement les plus prestigieux personnages d’alors, que l’histoire n’a pas oubliés : de Marie Curie à Sarah Bernard, en passant par Louise Michel… et tous les grands scientifiques, philosophes, artistes, qu’on croise dans un tourbillon palpitant.
Tout irait donc pour le mieux pour Dilili si, dans l’ombre de ce séjour lumineux, ne planait une terrible menace, un terrible complot orchestré par les affreux mal-maîtres qui kidnappent à tour de bras d’innocentes petites filles. Un mystère que notre couple d’intrépides va évidemment s’attacher à vouloir éclaircir.

Dilili à Paris est un film somptueux, un régal non seulement pour les yeux, l’intelligence, mais aussi aussi pour les oreilles grâce à la présence incomparable de Nathalie Dessay qui incarne la grande cantatrice Emma Calvé, grâce aussi à toutes les chansons des rues qui enjolivent les plus ternes quartiers.

 

LE VOX

 

Mer 10/ 14h 16h10 20h30

Jeu 11/ 14h 18h 20h30

Ven 12 /14h 18h15 20h30

sam 13 /14h 16h10 20h45

dim 14 /14h 16h10 20h45

lun15/14h 18h 20h30

mar 16/14h 16h10 20h30

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 
5 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

 

Aux cinémas du 26 septembre au 2 octobre 2018

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord, cette semaine, venez nous rejoindre dimanche 30 pour la soirée que nous vous proposons avec En guerre de Stéphane Brizé, un grand film politique, humain et bouleversant.
 
En ciné club, CGR vous propose Une valse dans les allées (aussi à Cotignac) de Thomas Stuber, à l'ambiance subtile et émouvante et vendredi Philippe Gaud et Olivier Sitruk vous présenteront Tazzeka, un conte optimiste .. Vous avez aussi le choix avec Les frères sisters, de Jacques Audiard, un formidable western où tout est réuni, tout fonctionne : on marche à fond (en VF), Sans oublier Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré.
 
Cette semaine, au Vox à Fréjus : Un peuple et son roi de Pierre Schoeller, ou la plongée dans la fièvre populaire et les lieux du pouvoir pendant la révolution française, Shéhérazade de Jean Bernard marlin, un film fort, lyrique et brulant, l'amour dans un monde de brutes, Thunder Road où Jim Cummings nous embarque dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud, qui a tout du cauchemar éveillé. , Wim Wenders a eu carte blanche du Vatican pour faire,un film avec le pape : Le pape François, homme de parole Laura Bipari raconte un drôle de drame mené par 3 personnages féminins dans Ma filleSofia ,de Meryem Benm'Barek, est  un 1er film percutant et  et Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan, une fresque familiale intimiste qui est un chef d’œuvre . A Lorgues, ce sera Mademoiselle de Joncquières  de Emmanuel Mouret, un tourbillon d'intelligence et de raffinement, stimulé par la grâce des dialogues. A Salernes, allez voir  3 jours à Quiberon de Emily Ataf, magnifique portrait d'une femme magnifique,  Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes  et Une femme fantastique de Seabastian Lelio, ours d'argent du meilleur scénario au Festival de Berlin 2017. A Cotignac, on nous propose aussi  ,Burningde Lee Chang Dong est une réussite impressionnante, 

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

EN GUERRE

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Stéphane BRIZÉ - France 2018 1h53 - avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey, Olivier Lemaire, Isabelle Rufin... Scénario de Stéphane Brizé et Olivier Gorce, avec la collaboration de Xavier Mathieu, Ralph Blindauer et Olivier LemaireFestival de Cannes 2018 : Sélection officielle, en compétition.

En guerre, le nouveau film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon (il faut citer les deux ensemble tant leur travail en commun, leur complicité font partie intégrante du processus de fabrication et de la réussite de leurs films) s'inscrit dans la droite ligne de La Loi du marché, qui a marqué les esprits il y a trois ans. Dans La Loi du marché (Brizé a décidément le sens du titre qui frappe !), Vincent Lindon incarnait un prolo taiseux qui ne croyait pas ou plus à la lutte et se résignait à son injuste licenciement. Dans En guerre, son personnage de Laurent Amédéo est complètement à l'opposé : il parle, bien et fort, et il lutte de toutes ses forces. Il est le leader syndical de l'usine Perrin, une entreprise de pièces automobiles du Lot et Garonne que la maison mère située en Allemagne décide de fermer, non pas parce qu'elle est en difficulté mais simplement parce qu'elle ne rapporte pas suffisamment de dividendes aux yeux de ses actionnaires. Avec une rigueur exemplaire, en créant une tension dramatique captivante, Brizé va décortiquer toutes les étapes du combat incarné magnifiquement par Vincent Lindon et autour de lui des dizaines de comédiens non professionnels (pour la plupart des syndicalistes) : la mobilisation et la solidarité des ouvriers dans la grève et l'occupation avant que les premiers doutes s'installent, les tentatives de conciliation juridique et d'interpellation politique jusqu'aux plus haut sommets de l'Etat, puis les premières désillusions, les premières divisions avec ceux qui veulent se garantir avant tout des indemnités de départ élevées, puis le désespoir qui gagne, avec le risque de l'explosion d'une violence largement compréhensible. Tout sonne juste : les situations, les relations entre les protagonistes, les rapports de force… Grâce sans doute à la collaboration au scénario d'un trio qui en connait un rayon sur la question : Xavier Mathieu, Ralph Blindauer et Olivier Lemaire (ce dernier joue d'ailleurs un syndicaliste dans le film).

Brizé filme avec autant de force la parole en action – celle formatée et implacable de la logique capitalistique face à celle digne, chargée de bon sens et de colère, des ouvriers – que les moments d'affrontement, filmés et sonorisés (musique remarquable de Bertrand Blessing) comme une montée inexorable de la tension mais aussi de la force de l'union. La démonstration est terrible : l'arsenal juridique favorise outrageusement le grand patronat qui peut licencier même si l'entreprise est bénéficiaire et qui, s'il est obligé de proposer une vente, peut refuser sans arguments un repreneur pourtant jugé crédible par les experts. Face à cette omnipotence, l'impuissance du politique est patente, même quand il se montre individuellement bienveillant, comme c'est le cas du conseiller social de l'Elysée qui ne peut rien faire face à la détermination cynique du dirigeant allemand du groupe.
En parallèle le film dénonce clairement, en une démarche que n'aurait pas reniée Bourdieu, le traitement médiatique du conflit – le récit est scandé par plusieurs reportages télévisés –, notamment la manière dont est montrée la violence quand elle éclate : sous son seul aspect spectaculaire et « délinquant », au complet détriment de l'analyse des causes qui ont amené inéluctablement à ces conséquences. Un grand film bouleversant et profondément humain, un grand film politique, un grand film qui va nous marquer durablement.

« Krzysztof Kieślowski disait qu’il avait arrêté le documentaire pour enfin accéder à des endroits où sa caméra de documentariste ne lui permettait pas d’accéder. Je l’exprimerais de la même manière. La fiction me donne la possibilité d’être là où il serait souvent impossible d’être avec le documentaire. Je pense à des réunions auxquelles il est quasiment impossible d’assister, notamment celles avec le conseiller social du Président de la République. Donc, après avoir recueilli une énorme documentation, je traite la matière qui m’intéresse, je creuse ce qui me semble important, j’élague ce qui me le semble moins pour mon récit, je structure et je construis de manière à mettre précisément en lumière ce sur quoi je veux insister. Il s’agit alors pour la fiction – dans ce type de récit – de passer une sorte d’accord avec le réel pour ne pas le travestir. Et cet accord, il faut le respecter de la première à la dernière minute, sans aucune concession. » Stéphane Brizé (Utopia)

Séance Entretoiles au CGR : une seule séance dimanche 30 septembre à 20h

 

 

UNE VALSE DANS LES ALLÉES

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Thomas STUBER - Allemagne 2017 2h05mn VOSTF - avec Franz Rogowski, Sandra Hüller, Peter Kurth, Andreas Leupold, Ramona Kunze-Libnow... Scénario de Thomas Stuber et Clemens Meyer, d'après sa nouvelle In the aisles.

Les allées du titre sont celles d’un hypermarché discount. S’il n’y pousse aucune pâquerette, elles ne sont pas, vous le verrez vite, dénuées de romance, ni de poésie. D’ailleurs la scène d’ouverture donne le « la » quand, sur l’air du Beau Danube bleu, les chariots élévateurs glissent en cadence. Ce mélange des genres, des époques, celle de Strauss et celle de la robotique, rend la scène à la fois atemporelle et légèrement surréaliste. Tout cela semble tellement harmonieux, simple. Faussement… Christian (le charismatique Franz Rogowski, vu dernièrement dans Transit), qui vient tout juste d’être embauché et effectue ses premiers pas dans les coulisses de la grande distribution, le découvrira bientôt, à son corps défendant. D’abord manutentionnaire à tout faire, il lui faudra faire ses preuves, gravir pas à pas les échelons, avant d’espérer conduire un de ces engins pas si faciles à manier. Et puis la comédie humaine qui se joue dans ce petit monde en autarcie tient plus du purgatoire que du paradis terrestre. Entre les allées s’enkyste une sorte de guerre froide, chaque zone a ses règles, ses codes, ses alliés, ses ennemis… comme autant de pays distincts. Tant et si bien qu’avant d’y faire ses premiers pas, il est préférable d’en connaître les frontières, d’enregistrer les stratégies géopolitiques de chaque territoire pour être sûr de ne pas pénétrer en terrain miné par des pétards mouillés. Car bien sûr, malgré les airs importants qu’on se donne, et ce qu’on en dit, nul piège ici n’est réellement mortel, mis à part ceux tendus par le libéralisme. Peut-être ces pantomimes n’ont-elles pour seule motivation que de se sentir exister dans un lieu déshumanisé où la solitude, tapie dans l’ombre, guette sa prochaine victime. 


Quoi qu’il en soit, les caristes des conserves ne fréquentent pas ceux des boissons, ni ceux des primeurs… étant bien entendu que tous ces frères et sœurs ennemis entretiennent des relations glaciales avec ceux du stock des surgelés (rebaptisé « Sibérie »). Aussi neutre que la Belgique durant la seconde guerre mondiale, seul le rayon des friandises semble faire l’unanimité. Ce qui est de bonne augure pour Christian qui vient d’y voir passer Marion. Coup de foudre d’autant plus pratique que peu de rayonnages métalliques les séparent. Les deux, sans s’adresser de prime abord la parole (faut dire que Christian est plutôt du genre taiseux endurci), se découvrent ainsi à la dérobée, avec cet air de ne pas y toucher qu’ont les grands timides ou les grands échaudés. Prémices d’une belle romance entre deux paquets de cookies et trois boîtes de sardines…
Christian se doute bien que Marion (formidable Sandra Hüller, l'héroïne de Toni Erdmann) est de dix ans son aînée, qu’elle a sans doute une vie ailleurs… Mais que lui importe ! Quelque chose l’attire irrésistiblement vers cette femme au charme douloureux qui le taquine à qui mieux mieux. C’est d’autant plus facile que Christian est un « bleu » particulièrement gauche qui bouscule tout ce qui a le malheur de se trouver sur son passage quand il s’essaie au transpalette électrique, qui n’est pourtant que la première étape avant même espérer grimper sur un gerbeur à double mât… Toute l'équipe commence à apprécier le nouveau venu, ses paroles rares et son sens de l'humour bien accroché. Surtout Bruno qui, malgré ses airs bourrus, maternerait presque ce drôle de vilain petit canard obéissant qui cache méticuleusement sous son uniforme ses tatouages comme le patron le lui a demandé…

Ce très beau film séduit par son ambiance aussi subtile que profondément émouvante : une mélancolie que vient éclairer la petite flamme chaude de l'humanité, de la fraternité, de la tendresse. (Utopia)

Ciné club CGR : mercredi 26 et vendredi 28 10h45, jeudi 27 et mardi 2 14h, samedi 29 22h

Cotignac : vendredi 28 20h45

 

 

TAZZEKA

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De Jean-Philippe GaudFrançaisMarocain, avec : Olivier SitrukMadi BelemOuidad Elma

Élevé par sa grand-mère qui lui transmet le goût et les secrets de la cuisine traditionnelle, Elias grandit au cœur d’un village marocain, Tazzeka. Quelques années plus tard, la rencontre avec un grand chef cuisinier parisien et l’irruption de la belle Salma dans son quotidien va bouleverser sa vie et le décider à partir pour la France… À Paris, Elias fait l’expérience de la pauvreté et du travail précaire des immigrés clandestins. Il découvre aussi les saveurs de l’amitié grâce à Souleymane, qui saura raviver sa passion pour la cuisine.

Ça commence et ça finit (presque) par la même situation : Elias lit un livre de cuisine à voix haute. Il le lit enfant, le récite même, écorchant les mots dans une langue qu’il maîtrise mal. Dans les dernières images, il le lit à Souleymane, camarade de galère à Paris. Entre les deux, il y a tout un parcours initiatique, avec des ellipses importantes (le voyage jusqu’à la France, la réussite) qui impulsent une précipitation dans un rythme plutôt alangui. C’est que Jean-Philippe Gaud (dont c’est le premier film de fiction après diverses collaborations) prend le temps d’installer la vie paisible du village, vie à peine troublée par des caprices (quand Youssef, patron de l’épicerie dans laquelle il cuisine, refuse d’acheter des aliments recherchés), et surtout la visite de Salma, que son père a envoyée au bled pour « lui apprendre la vie ». D’une existence si calme, presque endormie, Elias finit par se lasser quand il croise par hasard la route d’un cuisinier célèbre. Toute cette partie, relativement idyllique, a le charme des chroniques naïves peuplées de personnages typés : la grand-mère aimante, le patron bourru au bon cœur, et ces clients pittoresques qui forment par moments un chœur drolatique. Seule ombre au tableau, délicatement évoquée mais qui joue un rôle d’aimant-repoussoir, la mort du frère dans le détroit de Gibraltar.

La seconde partie, dont on pense qu’elle sera plus dure, est fondée sur la désillusion et le principe de réalité : en quelques images, le cinéaste peint la cruauté d’une vie illégale à Paris, dont on ne verra rien qui la mette en valeur ; les personnages se situent dans l’envers de la ville lumière. Elias, qui se voulait grand cuisinier, végète en travaillant au noir. Que ce soit la chasse à l’emploi ou la peur de la police, Gaud parvient à montrer un monde de peur et d’instabilité sans forcer le trait. On est très loin d’un pamphlet ou d’un film sociologique, d’autant que très vite on retombe dans les bons sentiments avec la gouaille généreuse de Souleymane et la chaleur de sa famille. Pour être franc, Tazzeka (c’est le nom du village de départ au Maroc) souffre un peu de cet amas de bonté et le parcours d’Elias a quelque chose du conte irréel. Le cinéaste privilégie les aspects positifs, au risque d’une excessive candeur. Mais ce parti pris accepté, on trouve suffisamment de beautés pour ne pas s’ennuyer ni décrocher : que ce soit les paysages marocains ou les différentes scènes de repas, il y a un indiscutable savoir-faire, une gentillesse jamais mièvre qui peuvent séduire.

Tazzeka n’est pas le premier film à mettre en valeur la gastronomie : on pense aux Délices de Tokyo, au Festin de Babette entre mille. On pense surtout à La graine et le mulet, à ce désir fou d’ouvrir un restaurant dans des conditions difficiles. Mais Jean-Philippe Gaud trouve sa petite musique, charmante à défaut d’être enthousiasmante, et, si sa mise en scène n’est pas toujours très inspirée, au moins quelques idées, comme le fait de ne jamais montrer les policiers, faisant d’eux des abstractions dangereuses, rehaussent-elles l’ensemble.

Ce conte généreux, véritable ode à la cuisine, est attachant par son regard résolument optimiste.(àvoiràlire)

 

 CGR : une seule séance en présence du réalisateur Jean Philippe Gaud et de l'acteur Olivier Sitruk le vendredi 27 septembre à 20h

 

LES FRÈRES SISTERS

Écrit et réalisé par Jacques AUDIARD - France / USA 2018 1h57mn VF uniquement- avec Joaquin Phœnix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Rutger Hauer... D'après le roman de Patrick de Witt.

LES FRÈRES SISTERS

La tentation du cinéma américain. L'envie de quitter son territoire de « confort » et de partir ailleurs, à l'assaut du mythe… Le pari était aussi excitant que risqué. Jacques Audiard le réussit haut la main en faisant siens, avec une maîtrise impressionnante, l'univers et les codes du western pour nous offrir un film aussi passionnant et incarné que pouvaient l'être les très français De battre mon cœur s'est arrêté ou Un prophète. Scénario au cordeau (adapté d'un formidable roman, qu'on vous recommande !) mise en scène aussi ample que les paysages qu'elle embrasse, personnages qui vous agrippent dès les premières minutes interprétés par des acteurs exceptionnels, tout est réuni, tout fonctionne, on marche à fond.

La scène inaugurale est d’une beauté et d’une force à couper le souffle. Au milieu de la nuit, l’éclair glaçant des coups de feu déchire l’obscurité. Seuls deux hommes semblent savoir où ils vont et pourquoi ils sont là, hurlant entre deux salves quelques indications sur ce qu’il convient de faire dans une telle situation. On le comprend très vite, ces deux-là ne sont ni des enfants de chœur, ni venus pour faire causette mais bien pour régler quelques comptes, ce qui, à cette époque et en ces contrées, se fait de la manière très expéditive. 
Eli et Charlie Sisters parcourent l'Oregon au service du Commodore, puissant et respecté notable dont ils exécutent les basses œuvres avec un sens aigu de la précision et un goût prononcé pour le travail bien fait. Si Eli, le plus jeune des deux frères, ne se pose guère de questions sur le devenir de sa carrière, son espérance de vie ou la possibilité de faire autre chose de ses dix doigts, on sent bien que Charlie, l’aîné, en a soupé des cadavres et des chevauchées avec le diable et rêve d’une retraite paisible, au coin du feu, quelque part dans une ferme où une certaine institutrice, douce et bienveillante, s’occuperait de panser ses blessures d’âme et de corps.
Mais savent-ils faire autre chose, les frères Sisters, que jouer du flingue ou des poings face à moins malins qu'eux deux réunis ? Pas sûr et ce n’est pas avec cette mission-là qu’ils vont trouver la voie de la reconversion professionnelle. Ils sont sont chargés de suivre la trace d’un certain Morris, détective privé de son état, lui-même sur les pas de l’homme à abattre, Hermann Kermit Warm. Pour qui ? Le Commodore. Pourquoi ? Sur cette question je resterai muette comme la grande faucheuse.

Mais ça bien sûr, c’est l’intrigue façon préambule. Le scénario ne se contentera pas d’une banale histoire de règlements de comptes, de quelques courses poursuites sur des canassons épuisés ou de scènes de mitraille derrière un bar. Car dans Les Frères Sisters, chacun veut pouvoir cultiver sa part de lumière, chacun veut bâtir, à la force de son imagination, de ses talents ou de ses audaces, son propre mythe, petit ou grand qu’importe, pourvu qu'il ait les contours de ses rêves. Pour l’un ce sera la fortune dans le ruée vers l'or, pour l’autre la promesse d'un parfum de femme laissé sur un châle, pour celui-là la possibilité d’un monde plus fraternel, pour le dernier la simple contemplation d'une contrée farouchement belle et sauvage. Epopée fraternelle avec des bons, des brutes, des truands et des idéalistes, le film parvient à dépasser l'exercice de style pour atteindre l'excellence. On aime tout chez les frères Sisters et chez ceux qui gravitent autour : leur ton, leur style, leurs mots et leur tendresse brute. (Utopia)

CGR : mercredi 26 14h, 16h20, 19h40, 22h, jeudi 27, vendredi 28, samedi 29, dimanche 30 à 10h45, 14h, 16h20, 19h40, 22h, lundi 1er 10h45, 14h, 16h20, 22h, mardi 2 10h45, 14h, 16h20, 19h40, 22h

 

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : Tous les jours 17h50

 

UN PEUPLE ET SON ROI

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Écrit et réalisé par Pierre SCHOELLER - France 2018 2h - avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Laurent Lafitte, Louis Garrel, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Céline Salette, Denis Lavant... Conseillers historiques : Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau, Timothy Tackett et Haïm Burstin.

Après le magistral L'Exercice de l’État, c'est une autre plongée dans la pratique politique et l'exercice de la démocratie que nous offre Pierre Schoeller, confirmant son ambition et sa place à part dans le cinéma français actuel. Un peuple et son roi embrasse la Révolution française depuis la prise de la Bastille jusqu'à l'exécution de Louis XVI, soit quatre années ou presque qui ont amené par la révolte organisée à la mise à bas d'un ordre ancien, et que nous allons vivre entre la fièvre populaire et travailleuse du faubourg Saint-Martin et les lieux de la « grande Histoire » : Versailles, les Tuileries, l'Assemblée nationale, le Champ-de-Mars.

« La Révolution française est un moment unique dans l’Histoire. Deux cent cinquante ans plus tard, son écho est encore présent dans nos vies, nos sociétés, notre imaginaire. C’est dire qu’en faisant ce film, nous allons vers tout autre chose qu’une histoire passée, nous allons à la rencontre de femmes et d’hommes dont l’engagement, les espoirs ou les blessures, ont été d’une telle intensité qu’ils sont encore palpitants deux siècles plus tard.
« Avec Un peuple et son roi, j’ai voulu raconter une Révolution française loin des débats idéologiques, une révolution à hauteur d’hommes, d’enfants, et surtout de femmes. Les personnages féminins occupent une place centrale dans le récit. Je voulais également filmer la Révolution française sous l’angle de l’engagement populaire, du peuple des faubourgs.
« Le film est centré sur le destin politique du Roi. En 1789, il est le Père de la Nation, l’élu divin. En juin 1791, il fuit et est rattrapé. En septembre, il est maintenu chef de l’exécutif d’une monarchie constitutionnelle. L’été 1792, il est démis et emprisonné. L’automne, il est jugé pour trahison et crimes. L’hiver, il est condamné. Le 21 janvier 1793, sa tête tombe place de la Révolution. 
« Au cours de ces trois années, tout un royaume bascule, tout un peuple conquiert sa souveraineté. Durant l’écriture, je me suis basé sur un usage constant et systématique des archives (toutes en consultation libre sur internet, en majorité sur le site BnF/Gallica). J’ai eu le bonheur de bénéficier de multiples conseils et de lectures détaillées du projet par cinq historiens : les français Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau ; l’américain Timothy Tackett et l’italien Haïm Burstin… La finalité de cette recherche historique allait bien au-delà d’un souci d’exactitude. Tout en proposant l’incarnation des grandes journées révolutionnaires, j’ai cherché à y insuffler de la vie, de la chair. Un peuple et son roi est avant tout un film sur les émotions, les émotions d’un peuple entré en révolution. Je voulais que le spectateur garde en lui le sentiment d’avoir traversé une expérience unique, comme seule une révolution peut le procurer. Avec des visions, des grands discours, des rires au milieu des larmes. Des naissances, après le deuil. Des destins qui basculent en une parole. Des insurgés qui tombent le fusil à la main. Des conquêtes qui seront plus fortes que les blessures. » (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 26 et samedi 29 13h50, 18h15, 21h, jeudi 27, dimanche 30, lundi 1er 13h50, 18h15, 20h45, vendredi 28, mardi 2 15h45, 18h15, 21h

 

SHÉHÉRAZADE

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Jean-Bernard MARLIN - France 2018 1h46 - avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout, Kader Benchoudar, Nabila Ait Amer... Scénario de Jean-Bernard Marlin et Catherine Paillé.

Les quartiers Nord de Marseille. Les petits délinquants qui sortent de prison. Les jeunes filles qui vendent leur corps faute d'avoir pu trouver meilleure place au soleil… Ne fuyez pas devant la supposée dureté de son univers, Shéhérazade est une pépite qui brille des mille et un éclats jaillissant de la grâce brute de ses tout jeunes comédiens et du talent évident d'un jeune réalisateur, Jean-Bernard Marlin, déjà repéré grâce à ses courts-métrages. À partir d’un travail documentaire qu’il a entrepris depuis quelques années dans le milieu de la prostitution des mineurs à Marseille, ville où il a grandi, et s'inspirant d’un fait divers récent, il raconte ici l’histoire d’amour entre Zachary, 17 ans, et Shéhérazade, jeune prostituée rencontrée à sa sortie de prison.
Avec une énergie folle et une profonde tendresse pour ses personnages qu'il ne jugera jamais, le réalisateur tord le cou à la tentation du pseudo-réalisme documentaire et de l’apitoiement pour raconter une histoire d’amour fou entre deux adolescents propulsés dans un monde de violence au cœur d'une cité gangrenée comme tant d'autres par la pègre, le chômage et les inégalités sociales. Cela pourrait être glauque, s'enfoncer dans la crasse des chambres de passe minables, s'enliser dans les règlements de compte au ras du trottoir, c'est au contraire un film qui avance pas à pas vers la lumière, guidé par un espoir qui fait jaillir comme par miracle l'amour pur du plus vil des terreaux.
La grande force du film réside dans le refus de faire la distinction entre cinéma de genre et cinéma de poésie, dans la volonté de s'affranchir des clichés du polar à la française aussi bien que des bonnes manières du cinéma d’auteur. Shéhérazade opte pour une stylisation virtuose arrachée à des conditions très précaires de tournage, entre ambiances nocturnes sous haute tension et comédiens non professionnels.
Zachary sort de prison. Sa mère n'est pas là et on sent bien, dès cette première scène, que sous ses airs de petite brute qui se la joue Scarface, il y a un minot qui n'espère rien d'autre qu’on l’enfouisse sous des tonnes de tendresse. Zonant dans son quartier, retrouvant ses anciens potes, il ne peut que constater ce terrible état de fait : rien n'a changé dehors, les petits trafics se poursuivent, personne ne lui a réservé une meilleure place dans le monde, personne ne l'attend. Autour de lui, une jeunesse résignée vivote, se marre un peu, se débrouille comme elle le peut sous le soleil. Et puis il y a les filles, très jeunes pour certaines mais déjà cabossées par des heures de bitume, des nuits sans sommeil et des repas approximatifs. Où sont les adultes ? Parents maltraitants ou simplement négligents, absents, lointains, ils ne sont pas à leurs côtés. Il y a bien cette travailleuse sociale qui tente du mieux qu’elle le peut et avec ses moyens de raccrocher Zak à un projet de vie, mais on sent bien que la tâche est immense et peut-être même déjà perdue d’avance.

Mais il y a donc Shéhérazade, beauté sauvage et naturelle, farouche, pas commode, gamine grandie trop vite qui cache elle aussi, sous son regard trop maquillée de fille facile et ses phrases toutes faites sorties d’un mauvais film et apprises pour le travail, un cœur brisé qui ne demande qu’à être recollé.
Ces Roméo et Juliette vont tenter de s’aimer en dépit d’un monde de sauvages, s’aimer pour tenter de se sauver. Et tant pis si le théâtre de leur histoire n’est pas un balcon qui sent le jasmin mais une rue de mauvaise vie… au fond, ils ont toute la leur devant eux. Un premier film fort, lyrique et brûlant. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 26 13h50, 18h15, 21h, jeudi 27 13h50, 16h15, 20h45, vendredi 28 13h50, 16h15, samedi 29 13h50, 18h30, 21h, dimanche 30 13h50, 18h30, lundi 1er 13h50, 20h45, mardi 2 13h50, 21h

 

 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31 VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

 

Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dans Thunder road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 26, jeudi 27, dimanche 30 16h15, vendredi 28 13h50, samedi 29 15h35, lundi 1er 16h20, mardi 2 21h

 

 

LE PAPE FRANÇOIS, UN HOMME DE PAROLE

Wim WENDERS - documentaire Italie 2018 1h36mn

 

Ça vous en bouche un coin : la bouille du pape dans la gazette d’Utopia et qui plus est pour un film commandé par le Vatican lui-même à Wim Wenders...... J'en connais plus d'un parmi vous chez qui la simple évocation de l'Église, ses pompes et ses œuvres, provoque une crise d'urticaire et qui s'étonnent déjà qu'on recommande et qu'on loue ce film. Certains cinéphiles, pourtant fans du cinéaste, sont prêts à renier Wenders pour avoir réalisé un documentaire où il ne cache pas être tombé sous le charme d'un pape qu'il apprécie pour son choix de rompre avec la prudence et la tiédeur habituelle de l'Église. Un pape qui choisit François d'Assise comme modèle, refuse les signes extérieurs de richesse, préfère habiter dans un endroit relativement modeste plutôt que sous les ors du Vatican, plaide la bienveillance pour tous (qui suis-je pour juger ?), prêche écologie et décroissance, fait inscrire dans le Catéchisme une condamnation claire de la peine de mort (jusqu'alors, l'Église l'admettait dans certains cas) et voit sa popularité baisser dans les sondages pour avoir rappelé sans relâche la nécessité d'accueillir les migrants, apportant dernièrement son soutien à l'Église italienne qui s'oppose de plus en plus à la politique anti-immigration de Matteo Salvini... Ce pape-là dérange l'ordre établi, certes, assurément !

Pas assez ! diront certains, mais on perçoit bien dans le film qu'au plus haut de la hiérarchie de l'institution, il énerve ferme, et les fidèles les plus conservateurs de l'église ont du mal à retenir leurs critiques, à deux doigts de remettre en cause la sacro-sainte infaillibilité papale. Quant aux chefs d'État qui défilent pour lui donner l'accolade, on voit bien qu'ils s'agacent, dans les coulisses, de ses discours sur l'immigration, l'écologie, la dictature de l'économie et les excès du libéralisme... 
Il serait néanmoins excessif de prétendre comme certains médias américains que ce pape-là est « marxiste »... Mais c'est égal, à une époque où un cynisme grinçant est devenu le style dominant, où l'individualisme et la vision à court terme sont partagés par le plus grand nombre, il est plutôt bienfaisant d'entendre le « souverain pontife » défendre comme une évidence « le bien commun », une gestion durable et économe des bienfaits de notre mère nature, suggérant aux cardinaux rassemblés de se mettre au diapason de son modèle François d'Assise en réduisant leur consommation à ce qui leur est nécessaire...
On le suit dans ses voyages, notamment en Amérique Latine, au contact direct des gens, qu'il aime toucher, qu'il aime embrasser... et il y a une chaleur sincère dans ces échanges chaleureux dont on voit bien qu'ils ne datent pas d'hier et qu'il est là comme un poisson dans l'eau.

Wenders avoue que dans ses rêves les plus fous, il n'aurait jamais imaginé faire un jour un film sur un pape... Il a fallu une conversation avec le responsable de la communication du Vatican, grand connaisseur du cinéma, pour qu'il se décide : « il ne m'a donné aucune consigne, ni sur le type de film, ni sur le concept, la production devait être indépendante, j'avais carte blanche. C'était très excitant ». Tout lui était ouvert. Plutôt qu'une biographie, il a choisi de faire le film « avec » le pape, où sa parole prend une place essentielle, directe, sans filtre, spontanée... François livre ses convictions, comme à bâtons rompus, avec un humour qu'on n'attendait pas ici, et un sens de la communication sans faille, loin du personnage imposant que la fonction évoque : n'est-il pas un des représentants de la plus grande religion du monde (on recense deux milliards et demi de chrétiens, dont la moitié de catholiques) ? Une parole qui compte même pour les mécréants qui reconnaîtront là le sceau même du bon sens paysan : « avec des films, on ne peut pas changer fondamentalement le monde, mais l'idée du monde, oui ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 26, lundi 1er, mardi 2 16h10, jeudi 27 18h30

 

MA FILLE

(FIGLIA MIA) Laura BISPURI - Italie 2018 1h37mn VOSTF - avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu, Udo Kier... Scénario de Francesca Manieri et Laura Bispuri.

 

Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon œil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Tout commence par un rodéo. Une fête locale où Vittoria rencontre pour la première fois Angelica. Il n’y a pas que les cowboys qui vont être secoués dans Figlia mia. Plus encore que les personnages, ce sont nos attentes et nos conventions (celles sur la femme, la famille, l’éducation…) que Laura Bispuri va bousculer sans ménagement. Tout comme dans son précédent film, le mystérieux Vierge sous serment, la réalisatrice nous montre une féminité qui se construit loin des clichés, et nous présente sous un jour tout à fait normal une situation qui pourrait pourtant faire se dresser les cheveux sur les têtes les plus coincées. Sans introduction explicative, elle nous met d’emblée sur la selle et zou : plongés dans le quotidien de ces trois personnages féminins, à nous d’essayer de deviner qui est la mère et qui est la fille, qui éduque qui dans ce drôle de drame.
Opposant la sage Valéria Golino à l’exubérante Alba Rohrwacher (une fois de plus géniale, cette fois-ci dans le rôle d’une épave sexy-déglinguée), Figlia mia fait mine d’utiliser les antagonismes de la comédie. Bispuri fait mine également de respecter les archétypes de la femme italienne. Sauf qu’ici la maman et la putain ne sont là pour personne d’autre que leur fille, et les mecs peuvent bien aller se faire voir. Vittoria et ses deux mamans vivent en effet dans un monde presque sans hommes : à l’image du père taiseux de la fillette, ceux-ci existent, sont même bien écrits, mais sont complètement satellites à l’intrigue ou ne servent que de plans cul anonymes. Ce qui se trame ici ne les concerne pas. Le mystérieux secret qui lie les trois héroïnes, c’est une affaire de femmes.
Figlia mia n’est pourtant pas une comédie. On n’y perd jamais de vue les émotions à vif des protagonistes, même lorsque celles-ci sont sur le point d’être avalées par les décors de cette campagne sarde. Le temps de deux plans en miroir, Golino et Rohrwacher fondent chacune en larmes, l’une dans un nuage de poussière solaire, l’autre dans la clarté de la lune, l’effet est remarquable. Sans rien révéler, le scénario de Laura Bispuri lance surtout des pistes fort mélodramatiques, mais qui sont sans cesse contrebalancées par une subtilité d’écriture, ainsi qu‘une subtilité intellectuelle : ici, si les femmes luttent, ce n’est jamais pour un homme (ou pour une éventuelle transposition lesbienne). Face à leurs hommes-objets, ces femmes-là sont des sujets.

Pour toutes ces raisons, alors même qu’il n’est à aucun moment question d’homosexualité ou d’homoparentalité, il y a pour qui sait lire entre ces lignes-là quelque chose d’éminemment « queer » et subversif dans Figlia mia. Sous des apparences de mélo féminin des chaumières, le film nous raconte comment un vent de folie anarchique et enthousiasmant vient redistribuer les rôles familiaux. Un bien beau rodéo.

(G. Coutaut, filmdeculte.com)

Vox (Fréjus) : mercredi 26 18h30, jeudi 27 20h45, vendredi 28 et lundi 1er 18h15, samedi 29 et mardi 2 13h50

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Aux cinémas du 19 au 25 septembre 2018

Bonjour à tous !
Cette semaine, en ciné club, allez voir au CGR My Lady, de Richard Eyre, un film passionnant qui vous entraîne avec délice dans les méandres de l'âme humaine... Vous avez aussi le choix avec Les frères sisters, de Jacques Audiard, un formidable western où tout est réuni, tout fonctionne : on marche à fond (en VF), Colibris vous propose ce vendredi Nul homme est une île, un documentaire de Dominique Marchais,(aussi au Vox),  un essai qui milite pour une façon différente de penser. La semaine suivante, Philippe Gaud et Olivier Sitruk vous présenteront Tazzeka, un conte optimiste (aussi à Lorgues), Sans oublier Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré. En ciné club, la semaine prochaine ce sera Une valse dans les allées  de Thomas Stuber, Et nous terminerons le mois avec notre dernière proposition :  En guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, le 30 septembre.
 

Cette semaine, au Vox à Fréjus : Thunder Road où Jim Cummings nous embarque dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud, qui a tout du cauchemar éveill. , Wim Wenders a eu carte blanche du Vatican pour faire,un film avec le pape : Le pape François, homme de parole Laura Bipari raconte un drôle de drame mené par 3 personnages féminins dans Ma filleSofia ,de Meryem Benm'Barek, est  un 1er film percutant ,Burningde Lee Chang Dong est une réussite impressionnante, Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes, et Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan, une fresque familiale intimiste qui est un chef d’œuvre (aussi à Lorgues et Cotignac)

A Lorgues, il y a aussi le film Sauvage premier film de Camille Vidal Naquet, portrait d'un prostitué qui en aime un autre...

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

MY LADY

(THE CHILDREN ACT) Richard EYRE - GB 2018 1h45 VOSTF - avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fion Whitehead, Jason Watkins, Ben Chaplin... Scénario de Ian McEwan d’après son roman L'Intérêt de l'enfant (The Children act).

L’action se déroule dans un Londres sublimé, délicieux melting-pot d’histoire et de modernité, de démocratie et de monarchie. Elle s’immisce entre ses hautes tours, ses bâtiments vénérables, ses clochers et leurs querelles dont les plus sévères finissent communément par échouer devant la majestueuse Cour Royale de Justice du Royaume-Uni. C’est ici que siège une drôle de dame, Fiona Maye, l’élégance faite juge aux affaires familiales. Celle que tous appellent avec déférence « My Lady ». Un titre gagné à grand renfort d’heures passées derrière des monticules de dossiers, sans ménager sa peine, sans compter les heures. C’est le prix de l’excellence. Un travail quotidien acharné souvent passionnant, parfois ingrat, toujours angoissant. La peur de se tromper accompagne chaque sentence rendue… Une peur et tant d’autres sentiments qu’il a fallu apprendre à maîtriser et à cacher. On comprend que la charge est terrible : la magistrate au sommet du prétoire a tout d’une femme de marbre au sang froid. Et pourtant, si on la piquait, ne saignerait-elle pas ? Nous sommes après tout au pays de Shakespeare… 

La grande finesse du jeu d’Emma Thompson est de laisser transparaître, sous la cuirasse impénétrable que s’est forgé son personnage, les frémissements imperceptibles d’un cœur qui continue de battre malgré son ostensible détachement.
Ils ne sont pas nombreux à percevoir les émotions qui habitent Fiona Maye. Son rigorisme perpétuel la rendrait presque tyrannique envers son entourage qui fait pourtant tout pour l’épauler. À commencer par son greffier « so british ! » petit bonhomme d’une exquise courtoisie qui anticipe ses moindres faits et gestes, la dorlote sans le laisser paraître, comme s’il la vénérait secrètement. Et puis son charmant mari, Jack (le craquant Stanley Tucci), un homme fin, habitué depuis le temps à s’effacer, à ne récolter que des miettes de tendresse quand sa compagne en perpétuelle tension lâche la bride, ce qui n’arrive plus très souvent. Pourtant il lui réserve toujours ses sourires les plus doux, ses regards les plus tendres, son humour, sa compréhension. Mais aimer éperdument cette femme inaccessible, vampirisée par l’institution judiciaire, est un parcours du combattant qui est à deux doigts de venir à bout de sa résistance… 
Une affaire chassant l’autre, Fiona Maye se penche sur la vie des autres, négligeant la sienne. Impossible de prendre un temps pour elle-même alors qu’elle doit arbitrer un cas d’une urgence vitale : un jeune témoin de Jéhovah atteint d’une leucémie refuse (soutenu par ses parents) la transfusion de sang qui pourrait le sauver. Ce serait un gamin, l’affaire serait vite tranchée : le « Children act » qui fait prévaloir l’intérêt de l’enfant ferait figure de « formule magique », et sa demande serait refusée. Il serait majeur, son choix prévaudrait. Mais Adam (Fionn Whitehead, étoile montante du cinéma britannique) est entre deux âges, à quelques mois de la majorité. La juge pointilleuse veut pousser l’investigation plus loin : Adam, du haut de ses dix-sept ans, est-il pleinement conscient des conséquences de son choix ? Ce choix est-il vraiment le sien ou celui de son entourage ? L’adolescent ne pouvant comparaître, notre magistrate décide d’aller à son chevet avant de rendre son verdict. Une décision qui va défrayer la chronique. La presse s’en empare. L’Angleterre entière semble suspendue aux lèvres de Fiona, ajoutant un peu plus de pression sur ses épaules.

Sur son lit d’hôpital, Adam a une gueule d’ange déchu, fragile. Son intelligence vive séduit son monde, il n’est pas la victime naïve qu’on pourrait attendre. Quelques instants partagés avec l’impressionnante « My Lady » vont bouleverser leurs vies réciproques. Entre celui qui veut vivre les préceptes de sa religion et celle qui vit son métier comme un véritable sacerdoce se tisse un lien complexe qui instille dans leurs pensées des doutes tout aussi vivifiants que mortels. 
Sous des abords classiques, c’est un film passionnant, d’une élégance folle, servi par des acteurs formidables qui nous entraînent avec délice dans les méandres des âmes humaines. (Utopia)

CGR en ciné club : mercredi 19 13h50, jeudi 20 et mardi 25 10h45, samedi 22 17h45, dimanche 23 21h50, lundi 24 20h

LES FRÈRES SISTERS

Écrit et réalisé par Jacques AUDIARD - France / USA 2018 1h57mn VF uniquement- avec Joaquin Phœnix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Rutger Hauer... D'après le roman de Patrick de Witt.

LES FRÈRES SISTERS

La tentation du cinéma américain. L'envie de quitter son territoire de « confort » et de partir ailleurs, à l'assaut du mythe… Le pari était aussi excitant que risqué. Jacques Audiard le réussit haut la main en faisant siens, avec une maîtrise impressionnante, l'univers et les codes du western pour nous offrir un film aussi passionnant et incarné que pouvaient l'être les très français De battre mon cœur s'est arrêté ou Un prophète. Scénario au cordeau (adapté d'un formidable roman, qu'on vous recommande !) mise en scène aussi ample que les paysages qu'elle embrasse, personnages qui vous agrippent dès les premières minutes interprétés par des acteurs exceptionnels, tout est réuni, tout fonctionne, on marche à fond.

La scène inaugurale est d’une beauté et d’une force à couper le souffle. Au milieu de la nuit, l’éclair glaçant des coups de feu déchire l’obscurité. Seuls deux hommes semblent savoir où ils vont et pourquoi ils sont là, hurlant entre deux salves quelques indications sur ce qu’il convient de faire dans une telle situation. On le comprend très vite, ces deux-là ne sont ni des enfants de chœur, ni venus pour faire causette mais bien pour régler quelques comptes, ce qui, à cette époque et en ces contrées, se fait de la manière très expéditive. 
Eli et Charlie Sisters parcourent l'Oregon au service du Commodore, puissant et respecté notable dont ils exécutent les basses œuvres avec un sens aigu de la précision et un goût prononcé pour le travail bien fait. Si Eli, le plus jeune des deux frères, ne se pose guère de questions sur le devenir de sa carrière, son espérance de vie ou la possibilité de faire autre chose de ses dix doigts, on sent bien que Charlie, l’aîné, en a soupé des cadavres et des chevauchées avec le diable et rêve d’une retraite paisible, au coin du feu, quelque part dans une ferme où une certaine institutrice, douce et bienveillante, s’occuperait de panser ses blessures d’âme et de corps.
Mais savent-ils faire autre chose, les frères Sisters, que jouer du flingue ou des poings face à moins malins qu'eux deux réunis ? Pas sûr et ce n’est pas avec cette mission-là qu’ils vont trouver la voie de la reconversion professionnelle. Ils sont sont chargés de suivre la trace d’un certain Morris, détective privé de son état, lui-même sur les pas de l’homme à abattre, Hermann Kermit Warm. Pour qui ? Le Commodore. Pourquoi ? Sur cette question je resterai muette comme la grande faucheuse.

Mais ça bien sûr, c’est l’intrigue façon préambule. Le scénario ne se contentera pas d’une banale histoire de règlements de comptes, de quelques courses poursuites sur des canassons épuisés ou de scènes de mitraille derrière un bar. Car dans Les Frères Sisters, chacun veut pouvoir cultiver sa part de lumière, chacun veut bâtir, à la force de son imagination, de ses talents ou de ses audaces, son propre mythe, petit ou grand qu’importe, pourvu qu'il ait les contours de ses rêves. Pour l’un ce sera la fortune dans le ruée vers l'or, pour l’autre la promesse d'un parfum de femme laissé sur un châle, pour celui-là la possibilité d’un monde plus fraternel, pour le dernier la simple contemplation d'une contrée farouchement belle et sauvage. Epopée fraternelle avec des bons, des brutes, des truands et des idéalistes, le film parvient à dépasser l'exercice de style pour atteindre l'excellence. On aime tout chez les frères Sisters et chez ceux qui gravitent autour : leur ton, leur style, leurs mots et leur tendresse brute.

CGR : tous les jours 10h50, 14h, 16h20, 19h40, 22h

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : mercredi 19 17h55, jeudi 20, vendredi 21 et samedi 22 14h, 17h55, dimanche 23 10h45, lundi 24 10h45, 14h, 17h55, mardi 25 10h45, 17h55

 

NUL HOMME N’EST UNE ILE

 

Documentaire 2017 de Dominique Marchais

..« chaque homme est un morceau du continent, une partie de l’ensemble. » Nul Homme n’est une île est un voyage en Europe, de la Méditerranée aux Alpes, où l’on découvre des hommes et des femmes qui travaillent à faire vivre localement l’esprit de la démocratie et à produire le paysage du bon gouvernement. Des agriculteurs de la coopérative le Galline Felici en Sicile aux architectes, artisans et élus des Alpes suisses et du Voralberg en Autriche, tous font de la politique à partir de leur travail et se pensent un destin commun. Le local serait-il le dernier territoire de l’utopie ?

Ils veulent lutter pour une ­société plus solidaire, plus écologique, et le cinéma docu­mentaire peut soutenir leur action. Mais plus comme avant. Pour aller à la rencontre de ceux qui changent le monde, à l’échelle de leur village ou de leur région, Dominique Marchais change lui-même l’idée qu’on se fait d’un documentaire engagé. C’est à une expérience esthétique qu’il nous convie. Elle commence en Italie, au palais communal de Sienne, devant les fresques du bon et du mauvais gouvernement, peintes vers 1340.

Pour la première fois, explique l’his­torienne Chiara Frugoni, ne sont pas seulement représentés des rois et des fidèles serviteurs de l’Eglise mais des paysans, des artisans : des ­citoyens qui veulent décider de leur vie. Le bien commun est leur seul idéal. Mais la fresque montre aussi des paysages : la campagne désignée, pour la première fois aussi, comme pure beauté. D’un autre regard sur le monde peut naître un autre monde… Avec cette séduisante hypothèse en poche, Dominique Marchais voyage en Europe. En Sicile, il rencontre le créateur de la coopérative Le Galline felici, fier de ses fruits et légumes bio mais aussi de ses « poules heureuses » : rescapées des usines de ponte, elles sont devenues les symboles d’un combat contre un système économique qui broie, et qui bétonne aveuglément ces terres fertiles dont l’enlaidissement en dit long. En Suisse, en Autriche, des ­architectes se mobilisent contre l’exode, dans les vallées reculées, en créant des lieux collectifs qui mettent en valeur le talent des artisans et la beauté de l’environnement naturel.

Partout le cinéaste filme superbement le paysage, le parcourt à un rythme lent qui lie contemplation et ­réflexion. Comme le titre l’indique, avec cette manière presque philosophique d’en appeler à la solidarité, Nul homme n’est une île est un essai qui ­milite pour une façon différente de pen­­­ser. On y rencontre même les responsables du très sérieux Bureau des questions du futur, près du lac de Cons­tance. Un voyage étonnant et plein d’enseigne­ments. (Télérama)

CGR Draguignan : présenté par Colibris et suivi d'un échange : vendredi 21 à 20h

Vox (Fréjus) samedi 22 20h

TAZZEKA

Jean Philippe GAUD - Maroc/France 2017 1h40mn VOSTF - avec Madi Belem, Ouidad Elma, Adama Diop, Abbes Zahmani... Scénario de Jean-Philippe GAUD et Mariannick Bellot

De Jean-Philippe GaudFrançaisMarocain, avec : Olivier SitrukMadi BelemOuidad Elma

Élevé par sa grand-mère qui lui transmet le goût et les secrets de la cuisine traditionnelle, Elias grandit au cœur d’un village marocain, Tazzeka. Quelques années plus tard, la rencontre avec un grand chef cuisinier parisien et l’irruption de la belle Salma dans son quotidien va bouleverser sa vie et le décider à partir pour la France… À Paris, Elias fait l’expérience de la pauvreté et du travail précaire des immigrés clandestins. Il découvre aussi les saveurs de l’amitié grâce à Souleymane, qui saura raviver sa passion pour la cuisine.

Ça commence et ça finit (presque) par la même situation : Elias lit un livre de cuisine à voix haute. Il le lit enfant, le récite même, écorchant les mots dans une langue qu’il maîtrise mal. Dans les dernières images, il le lit à Souleymane, camarade de galère à Paris. Entre les deux, il y a tout un parcours initiatique, avec des ellipses importantes (le voyage jusqu’à la France, la réussite) qui impulsent une précipitation dans un rythme plutôt alangui. C’est que Jean-Philippe Gaud (dont c’est le premier film de fiction après diverses collaborations) prend le temps d’installer la vie paisible du village, vie à peine troublée par des caprices (quand Youssef, patron de l’épicerie dans laquelle il cuisine, refuse d’acheter des aliments recherchés), et surtout la visite de Salma, que son père a envoyée au bled pour « lui apprendre la vie ». D’une existence si calme, presque endormie, Elias finit par se lasser quand il croise par hasard la route d’un cuisinier célèbre. Toute cette partie, relativement idyllique, a le charme des chroniques naïves peuplées de personnages typés : la grand-mère aimante, le patron bourru au bon cœur, et ces clients pittoresques qui forment par moments un chœur drolatique. Seule ombre au tableau, délicatement évoquée mais qui joue un rôle d’aimant-repoussoir, la mort du frère dans le détroit de Gibraltar.

La seconde partie, dont on pense qu’elle sera plus dure, est fondée sur la désillusion et le principe de réalité : en quelques images, le cinéaste peint la cruauté d’une vie illégale à Paris, dont on ne verra rien qui la mette en valeur ; les personnages se situent dans l’envers de la ville lumière. Elias, qui se voulait grand cuisinier, végète en travaillant au noir. Que ce soit la chasse à l’emploi ou la peur de la police, Gaud parvient à montrer un monde de peur et d’instabilité sans forcer le trait. On est très loin d’un pamphlet ou d’un film sociologique, d’autant que très vite on retombe dans les bons sentiments avec la gouaille généreuse de Souleymane et la chaleur de sa famille. Pour être franc, Tazzeka (c’est le nom du village de départ au Maroc) souffre un peu de cet amas de bonté et le parcours d’Elias a quelque chose du conte irréel. Le cinéaste privilégie les aspects positifs, au risque d’une excessive candeur. Mais ce parti pris accepté, on trouve suffisamment de beautés pour ne pas s’ennuyer ni décrocher : que ce soit les paysages marocains ou les différentes scènes de repas, il y a un indiscutable savoir-faire, une gentillesse jamais mièvre qui peuvent séduire.

Tazzeka n’est pas le premier film à mettre en valeur la gastronomie : on pense aux Délices de Tokyo, au Festin de Babette entre mille. On pense surtout à La graine et le mulet, à ce désir fou d’ouvrir un restaurant dans des conditions difficiles. Mais Jean-Philippe Gaud trouve sa petite musique, charmante à défaut d’être enthousiasmante, et, si sa mise en scène n’est pas toujours très inspirée, au moins quelques idées, comme le fait de ne jamais montrer les policiers, faisant d’eux des abstractions dangereuses, rehaussent-elles l’ensemble.

Ce conte généreux, véritable ode à la cuisine, est attachant par son regard résolument optimiste.(àvoiràlire)

 

 CGR : une seule séance en présence du réalisateur Jean Philippe Gaud et de l'acteur Olivier Sitruk le vendredi 27 septembre à 20h

Lorgues : samedi 22 19h30

 

 

 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31 VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

 

Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dansThunder road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 19 et vendredi 21 16h, 20h45, jeudi 20 14h, 20h45, samedi 22 14h, 21h, dimanche 23 16h, 20h30, lundi 24 14h, 21h, mardi 25 16h, 18h30

 

LE PAPE FRANÇOIS, UN HOMME DE PAROLE

Wim WENDERS - documentaire Italie 2018 1h36mn

 

Ça vous en bouche un coin : la bouille du pape dans la gazette d’Utopia et qui plus est pour un film commandé par le Vatican lui-même à Wim Wenders...... J'en connais plus d'un parmi vous chez qui la simple évocation de l'Église, ses pompes et ses œuvres, provoque une crise d'urticaire et qui s'étonnent déjà qu'on recommande et qu'on loue ce film. Certains cinéphiles, pourtant fans du cinéaste, sont prêts à renier Wenders pour avoir réalisé un documentaire où il ne cache pas être tombé sous le charme d'un pape qu'il apprécie pour son choix de rompre avec la prudence et la tiédeur habituelle de l'Église. Un pape qui choisit François d'Assise comme modèle, refuse les signes extérieurs de richesse, préfère habiter dans un endroit relativement modeste plutôt que sous les ors du Vatican, plaide la bienveillance pour tous (qui suis-je pour juger ?), prêche écologie et décroissance, fait inscrire dans le Catéchisme une condamnation claire de la peine de mort (jusqu'alors, l'Église l'admettait dans certains cas) et voit sa popularité baisser dans les sondages pour avoir rappelé sans relâche la nécessité d'accueillir les migrants, apportant dernièrement son soutien à l'Église italienne qui s'oppose de plus en plus à la politique anti-immigration de Matteo Salvini... Ce pape-là dérange l'ordre établi, certes, assurément !

Pas assez ! diront certains, mais on perçoit bien dans le film qu'au plus haut de la hiérarchie de l'institution, il énerve ferme, et les fidèles les plus conservateurs de l'église ont du mal à retenir leurs critiques, à deux doigts de remettre en cause la sacro-sainte infaillibilité papale. Quant aux chefs d'État qui défilent pour lui donner l'accolade, on voit bien qu'ils s'agacent, dans les coulisses, de ses discours sur l'immigration, l'écologie, la dictature de l'économie et les excès du libéralisme... 
Il serait néanmoins excessif de prétendre comme certains médias américains que ce pape-là est « marxiste »... Mais c'est égal, à une époque où un cynisme grinçant est devenu le style dominant, où l'individualisme et la vision à court terme sont partagés par le plus grand nombre, il est plutôt bienfaisant d'entendre le « souverain pontife » défendre comme une évidence « le bien commun », une gestion durable et économe des bienfaits de notre mère nature, suggérant aux cardinaux rassemblés de se mettre au diapason de son modèle François d'Assise en réduisant leur consommation à ce qui leur est nécessaire...
On le suit dans ses voyages, notamment en Amérique Latine, au contact direct des gens, qu'il aime toucher, qu'il aime embrasser... et il y a une chaleur sincère dans ces échanges chaleureux dont on voit bien qu'ils ne datent pas d'hier et qu'il est là comme un poisson dans l'eau.

Wenders avoue que dans ses rêves les plus fous, il n'aurait jamais imaginé faire un jour un film sur un pape... Il a fallu une conversation avec le responsable de la communication du Vatican, grand connaisseur du cinéma, pour qu'il se décide : « il ne m'a donné aucune consigne, ni sur le type de film, ni sur le concept, la production devait être indépendante, j'avais carte blanche. C'était très excitant ». Tout lui était ouvert. Plutôt qu'une biographie, il a choisi de faire le film « avec » le pape, où sa parole prend une place essentielle, directe, sans filtre, spontanée... François livre ses convictions, comme à bâtons rompus, avec un humour qu'on n'attendait pas ici, et un sens de la communication sans faille, loin du personnage imposant que la fonction évoque : n'est-il pas un des représentants de la plus grande religion du monde (on recense deux milliards et demi de chrétiens, dont la moitié de catholiques) ? Une parole qui compte même pour les mécréants qui reconnaîtront là le sceau même du bon sens paysan : « avec des films, on ne peut pas changer fondamentalement le monde, mais l'idée du monde, oui ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 19 et vendredi 21 16h15, jeudi 20 et dimanche 23 14h, samedi 22, 14h, 16h, lundi 24 16h10, mardi 25 14h, 20h45

 

MA FILLE

(FIGLIA MIA) Laura BISPURI - Italie 2018 1h37mn VOSTF - avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu, Udo Kier... Scénario de Francesca Manieri et Laura Bispuri.

 

Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon œil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Tout commence par un rodéo. Une fête locale où Vittoria rencontre pour la première fois Angelica. Il n’y a pas que les cowboys qui vont être secoués dans Figlia mia. Plus encore que les personnages, ce sont nos attentes et nos conventions (celles sur la femme, la famille, l’éducation…) que Laura Bispuri va bousculer sans ménagement. Tout comme dans son précédent film, le mystérieux Vierge sous serment, la réalisatrice nous montre une féminité qui se construit loin des clichés, et nous présente sous un jour tout à fait normal une situation qui pourrait pourtant faire se dresser les cheveux sur les têtes les plus coincées. Sans introduction explicative, elle nous met d’emblée sur la selle et zou : plongés dans le quotidien de ces trois personnages féminins, à nous d’essayer de deviner qui est la mère et qui est la fille, qui éduque qui dans ce drôle de drame.
Opposant la sage Valéria Golino à l’exubérante Alba Rohrwacher (une fois de plus géniale, cette fois-ci dans le rôle d’une épave sexy-déglinguée), Figlia mia fait mine d’utiliser les antagonismes de la comédie. Bispuri fait mine également de respecter les archétypes de la femme italienne. Sauf qu’ici la maman et la putain ne sont là pour personne d’autre que leur fille, et les mecs peuvent bien aller se faire voir. Vittoria et ses deux mamans vivent en effet dans un monde presque sans hommes : à l’image du père taiseux de la fillette, ceux-ci existent, sont même bien écrits, mais sont complètement satellites à l’intrigue ou ne servent que de plans cul anonymes. Ce qui se trame ici ne les concerne pas. Le mystérieux secret qui lie les trois héroïnes, c’est une affaire de femmes.
Figlia mia n’est pourtant pas une comédie. On n’y perd jamais de vue les émotions à vif des protagonistes, même lorsque celles-ci sont sur le point d’être avalées par les décors de cette campagne sarde. Le temps de deux plans en miroir, Golino et Rohrwacher fondent chacune en larmes, l’une dans un nuage de poussière solaire, l’autre dans la clarté de la lune, l’effet est remarquable. Sans rien révéler, le scénario de Laura Bispuri lance surtout des pistes fort mélodramatiques, mais qui sont sans cesse contrebalancées par une subtilité d’écriture, ainsi qu‘une subtilité intellectuelle : ici, si les femmes luttent, ce n’est jamais pour un homme (ou pour une éventuelle transposition lesbienne). Face à leurs hommes-objets, ces femmes-là sont des sujets.

Pour toutes ces raisons, alors même qu’il n’est à aucun moment question d’homosexualité ou d’homoparentalité, il y a pour qui sait lire entre ces lignes-là quelque chose d’éminemment « queer » et subversif dans Figlia mia. Sous des apparences de mélo féminin des chaumières, le film nous raconte comment un vent de folie anarchique et enthousiasmant vient redistribuer les rôles familiaux. Un bien beau rodéo.

(G. Coutaut, filmdeculte.com)

Vox (Fréjus) : mercredi 19 14h, 18h, jedui 20 16h, 20h45, vendredi 21, dimanche 23 14h, 18h30, samedi 22 14h, 19h15, lundi 24 14h, 17h45, mardi 25 14h, 20h45

 

 

SOFIA

Écrit et réalisé par Meryem BENM'BAREK - Maroc/France 2018 1h20mn VOSTF - avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles...

 

C’est un Maroc complexe, que l’on voit peu au cinéma, que nous montre ce premier film percutant. Il commence par l’histoire presque banale d’une jeune fille, Sofia, pour embrasser des enjeux qui dépassent largement ceux du simple cadre familial. D’ailleurs, la première phrase du film donne le ton : ici, « sont passibles d’emprisonnement toutes personnes ayant des relations sexuelles hors mariage. »

Sofia… Avec ses airs maussades de chatte échaudée, on croirait presque qu’elle est une de ces « fatmas » embauchées au service d’une famille bourgeoise casablancaise tant on a du mal à deviner qu’elle en fait partie intégrante. Pourtant ce sont bien ses oncle et tante auxquels elle apporte les plats ; et la jolie demoiselle à leurs côtés, svelte et élégante, est bel et bien sa cousine Lena. Au premier coup d’œil, il semble clair que les deux jeunes femmes n’ont de commun que le nom et qu’elles ne sont pas de la même extraction sociale. Lena a l'élégance naturelle, un niveau culturel suffisant pour boucler ses études de médecine et devenir indépendante, l’aisance et l’assurance de celles qui sont bien nées. En témoignent son maquillage discret, ses vêtements occidentaux, tandis que Sofia transpire fébrile sous une Djellaba informe qui semble la prédestiner à une vie arrangée par d’autres. Lena ne lui prêterait d’ailleurs guère attention si elle ne se sentait investie de son rôle de future toubib. Car sa cousine a beau essayer de minimiser la chose, les grimaces que lui arrachent les maux de ventre qui régulièrement l’assaillent deviennent progressivement difficiles à dissimuler. Quand enfin elle se laisse examiner par Lena, à l’abri des regards, dans l’intimité de la cuisine, le diagnostic est cinglant : Sofia est enceinte, voire au bord d’accoucher. L’enfant à naître devenant une preuve criante que la jeune fille en fleur a fauté, hors mariage. Une grossesse tellement impensable et si peu désirée qu’elle ne l’a même pas ressentie, ni soupçonnée.

Prétextant l’amener à la pharmacie, Lena embarque sa cousine dans un périple palpitant entre hôpitaux, postes de police et bas quartiers de Casablanca dans l’espoir de trouver une solution tout en cachant la situation à la famille. Plus l’intrigue avance, monte en puissance, plus on mesure combien cette course contre la montre est désespérée. Trouver une main tendue dans un pays qui promet la geôle aux êtres secourables est quasiment peine perdue. C’est un poids terrible qui pèse tant sur les épaules des soignants qui pourraient être compatissants que sur celles des fonctionnaires qui collaborent peu ou prou à un système injustement répressif. Plus Sofia se tord de douleur sous l’effet des contractions, plus on doute qu’elle puisse trouver un havre où accoucher en paix. Et quand bien même, il lui faudrait encore dénoncer un géniteur ou un violeur dans l’espoir, si ce n’est d’éviter, du moins de réduire la sentence qui menace de s’abattre sur elle. Mais on devine qu'une peine acceptée et purgée ne serait même pas suffisante pour endiguer la vindicte populaire. Quelques instants de tendresse ou de désir chèrement payés ! se dit-on, mais rien ne sera, là encore, aussi simple qu'on l'imagine. 

L’histoire de Sofia, très réaliste, est l’occasion d’aller explorer les arcanes cachés d’une société qui, sous ses airs modernistes, maintient une partie de sa population (féminine comme masculine) dans des carcans séculaires. Le film devient alors dénonciation sociologique et politique, jamais démonstrative mais ô combien efficace. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 15, jeudi 16 18h30, vendredi 21 et mardi 25 14h, samedi 22 18h10, dimanche 23 20h30, lundi 24 15h55

 

BURNING

LEE Chang-Dong - Corée du Sud 2018 2h28 VOSTF - avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jeong-seo... Scénario de Lee Chang-Dong et Oh Jung-mi, d'après une nouvelle de Haruki MurakamiFestival de Cannes 2018, Prix de la Critique Internationale (Fipresci).

 

Lors du dernier Festival de Cannes, la presse internationale, quasi unanime, avait fait de Burning son grand favori pour la Palme d'or… le jury en a décidé autrement ! Mais peu importent les récompenses, le film du coréen Lee Chang-Dong est une réussite impressionnante. Transposant en Corée la nouvelle du grand écrivain japonais Haruki Murakami, Lee Chang-Dong nous donne une œuvre magnétique, aux images d'une beauté hypnotique. Dès qu’on y pénètre, on est rivé aux pas des personnages, qu’on n’a plus envie de lâcher. On s’attache à eux, à leurs errances, à leurs silences effarouchés. On est pris par un récit intrigant qui ne cesse, plus il avance, de gagner en densité. On est envoûté par la poésie qui s’immisce subtilement dans les détails infimes et improbables de la vie.

Tout commence par un coup de foudre, dans un endroit qui n’a rien de romantique, en plein quartier commercial de Séoul. Lee Jong-soo effectue une banale livraison pour son boulot lorsqu'une jeune femme de son âge, tous sourires dehors, le ferre de son regard espiègle, plus acéré qu’un hameçon. C’est qu’il faut drôlement insister pour se faire remarquer par ce charmant garçon qui semble passer un peu à côté de la vie et qui regarde d'ailleurs la fille d'un air hébété quand elle l’interpelle par son nom : entre eux un passé qu’il a oublié, à moins qu’il n’ait jamais existé ? Cette question nous titillera tout au long du film, entêtante, jusqu’à devenir obsessionnelle. En tout cas, à cet instant-là, devant un étal de gadgets clinquants, notre livreur tombe irrémédiablement sous le charme de celle qui dit être son ancienne camarade d’école. Plus tard dans la soirée, autour de quelques verres de bière et de soju, Jong-soo boit chaque parole, chaque geste de la pétillante Haemi tandis qu’elle se délecte de quartiers de mandarines imaginaires qu’elle épluche avec grâce, en fervente pratiquante de la pantomime… Entre ses mains, la réalité parait soudain plus virtuelle que les rêves, tant il lui suffit de la réinventer. 
Le jeune homme a à peine le temps de goûter à cette douce complicité naissante que la donzelle lui annonce son départ en Afrique, tout en lui demandant de veiller sur son appartement durant son absence. Bien que Jong-soo doive régler en parallèle une histoire familiale épineuse, il vient chaque jour, méticuleusement, changer l’eau d’un chat invisible… Il respire les parfums de la femme aimée, espère la chaleur de sa peau dans les froissements de ses draps. L’attente se fait lumineuse, à l’image de l’unique rayon de soleil fugace qui pénètre chaque jour un bref instant, par ricochet, dans le minuscule appartement. 
Mais quand Haemi revient de son périple, c’est quasiment au bras d’un autre garçon, aussi rayonnant que Gatsby le magnifique. Tout dans la vie semble sourire à Ben, rien ne peut lui résister. Il fréquente les beaux quartiers, occupe mystérieusement ses journées sans avoir l’air de travailler, roule dans une Porsche rutilante avec laquelle la vieille camionnette brinquebalante de Jong-soo ne saurait rivaliser. Entre les trois se tisse une relation ambiguë, à géométrie variable, presque élastique. Plus le récit avance, plus on comprend qu’on est loin d’avoir compris et émergent une foultitude de scénarios. C’est un film sans cesse intrigant, palpitant, qui à chaque virage qu’il prend se métamorphose en autre chose. Cerise sur le gâteau, c’est une plongée dans une Corée du Sud authentique, dans ses contrastes, ses contradictions. La populeuse Séoul transpire la solitude, ses tours dorées (celles de Gangnam) font toujours plus d’ombre aux quartiers qui plongent dans la précarité. Le high tech de la capitale flirte avec la pauvreté des terres agricoles alentour, depuis lesquelles on entend les borborygmes nord-coréens…(Utopia)

Vox (Fréjus) : jeudi 20 17h50, samedi 22 18h, lundi 24 18h10

 

BLACKkKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

 

Mais bon sang qu'on est heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansman né de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai !

Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil rights act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquées de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement loin de la théorie de l'égalité des Afro-américains à la mise en pratique en terme de droits, de traitement, de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolués de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques aux USA. Parsemant les dialogues d'allusions (très peu) voilées à l'actualité trumpienne, et amenant in fine le film sur le terrain de la terrifiante actualité, le Doctor Spike signe un magnifique pamphlet politique qui mérite, haut la main, son Prix cannois – pour être parvenu, en deux heures, avec talent et humour, à ranimer la flamme de notre indignation. (Utopia)

 Vox (Fréjus) : mercredi 19 et mardi 25 en VF 18h, vendredi 21 18h en VO, dimanche 23 17h50 en VO

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Au(x) cinéma(s) du 12 au 18 septembre 2018

Bonjour à tous !
 

Après la belle soirée de ce lundi, en compagnie de Patrice Gautier, le réalisateur, et Patrick Chesnais, l'acteur, de Moi et le Che, ceux d'entre vous qui n'ont pas eu le plaisir d'être avec nous, pourront le voir cette semaine dans la programmation ciné club  de CGR !

Ce  dimanche 16, nous vous attendons de nouveau pour notre 1ère soirée à thème de l'année "Jeunes et américains" avec La route sauvage de Audrew Haighune quête et un voyage bouleversants,  et Katie says goodbye de Wayne Roberts, un vrai coup de cœur,  avec, bien sûr notre apéritif Entretoiles entre les deux films.

En ciné club, ces 2 prochaines semaines, nous aurons My Lady de Richard Eyre, puis Une valse dans les allées  de Thomas Stuber, Et nous terminerons le mois avec notre dernière proposition :  En guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, le 30 septembre

A la fin du mois, le 27 septembre, toujours au CGR, le réalisateur Jean Philippe Gaud et l'acteur Olivier Sitruk vous présenteront le film Tazzeka.

Dans la programmation ordinaire des cinémas, au CGR, vous pouvez voir aussi Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré.

 

Cette semaine, le reste des films est presque entièrement au Vox à Fréjus : Thunder road où Jim Cummings nous embarque dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud, qui a tout du cauchemar éveillé, Wim Wenders a eu carte blanche du Vatican pour faire,un film avec le pape : Le pape François, homme de parole Laura Bipari raconte un drôle de drame mené par 3 personnages féminins dans Ma filleSofia ,de Meryem Benm'Barek, est  un 1er film percutant ,Burningde Lee Chang Dong est une réussite impressionnante, Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes, et Mon tissu préféré de Gaya Jiji, un très beau film franco-syrien, reliant l'intimité de l’héroïne à son pays.

 

A Lorgues, allez voir  l’inénarrable Woman at war de Benedikt Erlingsson, un récit brillant et émaillé de surprises, seul film cette semaine.

Et à Cotignac, My lady de Richard Eyre, film passionnant et élégant,

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

 

LA ROUTE SAUVAGE

(Lean on Pete) Écrit et réalisé par Andrew HAIGH - USA 2017 2h01mn VOSTF - avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Travis Fimmel, Thomas Mann (II)... D'après le roman de Willy Vlautin.

 

Comme le magnifique The RiderLa Route sauvage trouve son ancrage et son inspiration dans les paysages et les mythes ô combien cinématographiques du western et nous entraîne dans un splendide voyage dans le Grand Ouest américain, adaptant un roman du folk singer de l'Oregon Willy Vlautin. Au cœur du récit, le jeune Charley, 15 ans, laissé à lui même par un père inconstant, fêtard et séducteur, aimant sans doute mais plus encore irresponsable. Charley retrouve goût à la vie et espoir dans un avenir jusque là mal barré quand il croise le chemin de Del, entraîneur de chevaux de courses qui lui propose un petit boulot. Charley se construit là une famille de substitution, avec également Bonnie, une jeune femme jockey désabusée, brisée par les chutes et par les déceptions de la vie. Mais surtout l'adolescent se prend d'affection pour Lean on Pete (c'est le titre original du film), un vieux cheval qui dispute sans doute ses dernières courses et qui risque bien d'être rapidement conduit à l'abattoir : le milieu des courses n'est pas tendre avec les chevaux devenus inutiles… Mais Charley ne va pas laisser faire : quand il sent que le sort funeste de Lean on Pete est scellé, il se lance avec lui dans une fuite aventureuse à travers les montagnes et les étendues arides du Nord-Ouest américain, à la recherche d'une tante adorée dont la vie l'a séparé.

La Route sauvage, dont le titre français sonne comme celui d'un western de John Ford ou d'Henri Hattaway, est un grand beau film à la fois exaltant et désenchanté. Andrew Haigh décrit bien l'univers agité et pathétique des courses de chevaux de deuxième zone, petits gagnants et grands perdants, avec ses entraîneurs magouilleurs dont on ne sait trop si on doit les trouver antipathiques ou pittoresques. Mais on trouve en contrepoint, aussi bien dans le regard usé mais qui veut encore y croire de Bonnie que dans l'œil neuf et candide de Charley, le profond amour des chevaux qui les habite et qu'ils nous transmettent. Et puis il y a le plaisir du voyage dans ces espaces où nulle frontière d'Etat ne semble pouvoir vous arrêter, de la balade dans ces immensités qui font partie intégrante de l'histoire du cinéma américain et de l'amour qu'on lui porte, ici magnifiées par le travail remarquable du directeur de la photographie.

C'est aussi et surtout le film d'une reconstruction, celle de Charley (impressionnante interprétation du jeune Charlie Plummer, récompensé dans plusieurs festivals), adolescent formidablement attachant qui, avant de basculer dans l'âge adulte dont il pressent bien tous les renoncements qui l'accompagnent, veut retrouver coûte que coûte la chaleur d'un foyer incarné par cette tante perdue dont il cherche inlassablement la trace à l'autre bout de l'Etat, autant dire à l'autre bout du monde. Et cette quête est aussi bouleversante que le voyage lui-même. (Utopia)

CGR dimanche 16 septembre à 18h

 

KATIE SAYS GOODBYE

Écrit et réalisé par Wayne ROBERTS - USA 2016 1h26mn VOSTF - avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Chris Lowell, Mireille Enos, Jim Belushi, Mary Steenburgen...

 

Coup de cœur unanime de l’équipe d’Utopia (ce n'est pas si fréquent !) pour ce premier film. Olivia Cooke est une irrésistible, une inoubliable Katie. On sort de Katie says goodbye en état de grâce, encouragés à ne jamais baisser les bras quoiqu’il advienne, à l’instar de l’étonnante protagoniste de l’histoire. 
Qu'y-a-t-il de plus joli chez Katie ? Son sourire angélique qui dévoile de séduisantes fossettes ? Son regard lumineux qui semble rendre le monde plus doux en un battement de cils ? Sa gracieuse silhouette qui se découpe au dessus des herbes rabougries, roussies par le soleil ? Qu’importe ! On est immédiatement conquis. Au beau milieu de n’importe où, Katie semble avoir poussé telle une improbable fleur sur le bitume aride. C’est d’un pas décidé et sautillant qu’elle aborde son parcours journalier au bord de l’interminable route qui la conduit du mobile home, où elle vit à l'étroit avec sa mère Tracey, au petit restaurant routier dans lequel elle bosse comme serveuse. Ici il n’y a rien d’autre, si ce n’est une station essence et quelques maisons en dur pour les mieux nantis qu’elle. Un microcosme fantomatique, hors du temps, perdu dans l’immensité des paysages désertiques de l’Arizona. Seuls les rares camions qui défilent semblent témoigner qu’un ailleurs est possible.

Ici, dans cette communauté isolée et poussiéreuse, battue par les vents, nul ne peut échapper longtemps au regard d’autrui. Même ceux qui feignent de l’ignorer savent comment Katie arrondit ses fins de mois. Si elles ne sont pas celles d’un père, les figures masculines ne font pas défaut dans sa vie. Elle n’y voit pas de mal, non qu’elle soit naïve, mais la chose fait partie depuis toujours de son quotidien : les gémissements des mâles, ceux de sa mère, si proche, si lointaine… Sans une once de malice, Katie donne à qui sait donner, à qui lui donne. Perpétuellement vêtue de son petit tablier blanc et de son uniforme rose comme s’ils étaient ses uniques vêtements, entre deux services, elle amasse quelques précieux billets supplémentaires grâce à des passes rapides qui n’empêchent pas la tendresse, comme c’est le cas avec Bear, un gros nounours de camionneur, en âge d’être son père, qui la couverait presque. Bear c’est plus qu’un simple client, c’est un confident, une épaule rassurante, un de ceux qui la respectent, la voient telle qu’elle est, généreuse, toujours prête à faire le bien, mais pas forcément tel qu’on l'enseigne à l’église ou dans les leçons de morale. Katie est une juste qui ne s’embarrasse pas de préjugés. Si son travail est avant tout alimentaire, elle y trouve comme une seconde famille, peut-être même sa seule famille sans que ce soit énoncé, la patronne de la gargote, Maybelle, étant tellement plus prévenante et attentionnée, bref en un mot plus « maternelle » envers Katie que son immature génitrice perpétuellement empêtrée dans ses histoires de fesses. Pourtant sa fille, inoxydable optimiste, jamais ne la juge, ne la condamne. Au contraire, c’est elle qui dorlote, qui écoute, fait à manger, rapporte l’argent pour permettre à leur duo de survivre. Là où d’autres auraient baissé les bras, pris dans la nasse de ce lourd quotidien, Katie avance radieuse et s’escrime à mettre secrètement assez d’argent de côté pour se payer un aller sans retour vers un eldorado meilleur, avec pour seul bagage l’espoir inaltérable de ses dix sept ans.

Mais la vie, sous les traits d’un beau brun ténébreux quasi mutique, Bruno, va venir chambouler ses sens et ses plans. Pour la première fois Katie aime et va découvrir que c’est une chose bien plus compliquée qu’elle ne l’aurait pensé. D’autant que ce qui aurait dû être un premier amour idyllique va vite être terni par l’empreinte d’un entourage impitoyable et malveillant envers celle qui pourtant est la bienveillance incarnée. On frémit pour elle en la voyant si fragile et désarmée. On constatera bientôt qu’il est des batailles qui se mènent sans armes. 

CGR : dimanche 16 septembre à 20h30

Moi et le Che, de Patrice Gautier (France, 1h30). Scénario: P. Gautier. Avec Patrick Chesnais, Fanny Cottençon, Laurent Bateau, Michel Aumont..

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Un prof d’université soixante-huitard, en plein doute existentiel, cherche à savoir s’il a trahi ses idéaux de jeunesse. Patrice Gautier signe une petite comédie anar, où Patrick Chesnais s’amuse comme un gamin.

« L’avenir, c’est l’art d’accommoder les restes. » Tel est le slogan de cette comédie, mineure mais sympathique, sur la perte des illusions. Trente-trois ans après son premier long métrage pour le cinéma (L’Amour ou presque), Patrice Gautier imagine un prof d’université soixante-huitard à l’heure du bilan. Loin de se réduire à du bavardage, cette interrogation existentielle prend la forme d’une mini-enquête autour d’une photographie d’Ernesto « Che » Guevara prise en Bolivie en 1967 – c’est la meilleure idée du film. Le héros n’y apparaît pas, alors qu’il est persuadé d’avoir assisté à la scène. Paradoxalement, sa présence pourrait faire de lui un traître puisque, raconte-t-il, figure sur le cliché celui qui a vendu le héros de la révolution cubaine à la CIA. Lequel devient pure allégorie des idéaux de jeunesse.

Le réalisateur, habitué aux normes de la télévision – il y a fait l’essentiel de sa carrière –, profite de l’occasion pour se libérer des dogmes scénaristiques. Son film repose sur une succession de saynètes foutraques et une narration distanciée : les proches de l’enseignant lui rendent successivement visite dans son appartement, vidé après le départ de sa femme, et multiplient les adresses à la caméra. Moi et le Che aurait, bien sûr, mérité d’être resserré. Pourtant l’écriture de Gautier, brouillonne mais toujours spontanée, lui donne une sorte de fraîcheur anar.

Dans ce rôle d’intellectuel grincheux fan de rock, Patrick Chesnais cabotine joyeusement : il s’amuse, lui aussi, comme un gamin. Pour son one-man-show en quasi-huis clos, il est épaulé par de vieux briscards (Michel AumontMohamed FellagPhilippe Nahon). Qu’il soit aussi l’alter ego du cinéaste donne à ce long métrage des allures de comédie générationnelle. (Télérama)

CGR : mercredi 12 11h, jeudi 13 18h, vendredi 14 et mardi 18 16h30, lundi 17 19h50

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça  fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : mercredi 12, jeudi 13 et samedi 15 16h, 17h55, 19h50 - vendredi 14, dimanche 16, lundi 17 à 16h, 17h55 - mardi 18 17h55, 19h50

 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31 VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dans Thunder road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 12 et samedi 15 13h45, 17h30, 21h15, jeudi 13 13h45, , 20h30, vendredi 14 14h, 18h, 21h15, dimanche 16 14h, 21h15, lundi 17 13h45, 17h20, 21h, mardi 18 14h, 17h30, 19h25

 

LE PAPE FRANÇOIS, UN HOMME DE PAROLE

Wim WENDERS - documentaire Italie 2018 1h36mn

Ça vous en bouche un coin : la bouille du pape dans la gazette d’Utopia et qui plus est pour un film commandé par le Vatican lui-même à Wim Wenders...... J'en connais plus d'un parmi vous chez qui la simple évocation de l'Église, ses pompes et ses œuvres, provoque une crise d'urticaire et qui s'étonnent déjà qu'on recommande et qu'on loue ce film. Certains cinéphiles, pourtant fans du cinéaste, sont prêts à renier Wenders pour avoir réalisé un documentaire où il ne cache pas être tombé sous le charme d'un pape qu'il apprécie pour son choix de rompre avec la prudence et la tiédeur habituelle de l'Église. Un pape qui choisit François d'Assise comme modèle, refuse les signes extérieurs de richesse, préfère habiter dans un endroit relativement modeste plutôt que sous les ors du Vatican, plaide la bienveillance pour tous (qui suis-je pour juger ?), prêche écologie et décroissance, fait inscrire dans le Catéchisme une condamnation claire de la peine de mort (jusqu'alors, l'Église l'admettait dans certains cas) et voit sa popularité baisser dans les sondages pour avoir rappelé sans relâche la nécessité d'accueillir les migrants, apportant dernièrement son soutien à l'Église italienne qui s'oppose de plus en plus à la politique anti-immigration de Matteo Salvini... Ce pape-là dérange l'ordre établi, certes, assurément !

Pas assez ! diront certains, mais on perçoit bien dans le film qu'au plus haut de la hiérarchie de l'institution, il énerve ferme, et les fidèles les plus conservateurs de l'église ont du mal à retenir leurs critiques, à deux doigts de remettre en cause la sacro-sainte infaillibilité papale. Quant aux chefs d'État qui défilent pour lui donner l'accolade, on voit bien qu'ils s'agacent, dans les coulisses, de ses discours sur l'immigration, l'écologie, la dictature de l'économie et les excès du libéralisme... 
Il serait néanmoins excessif de prétendre comme certains médias américains que ce pape-là est « marxiste »... Mais c'est égal, à une époque où un cynisme grinçant est devenu le style dominant, où l'individualisme et la vision à court terme sont partagés par le plus grand nombre, il est plutôt bienfaisant d'entendre le « souverain pontife » défendre comme une évidence « le bien commun », une gestion durable et économe des bienfaits de notre mère nature, suggérant aux cardinaux rassemblés de se mettre au diapason de son modèle François d'Assise en réduisant leur consommation à ce qui leur est nécessaire...
On le suit dans ses voyages, notamment en Amérique Latine, au contact direct des gens, qu'il aime toucher, qu'il aime embrasser... et il y a une chaleur sincère dans ces échanges chaleureux dont on voit bien qu'ils ne datent pas d'hier et qu'il est là comme un poisson dans l'eau.

Wenders avoue que dans ses rêves les plus fous, il n'aurait jamais imaginé faire un jour un film sur un pape... Il a fallu une conversation avec le responsable de la communication du Vatican, grand connaisseur du cinéma, pour qu'il se décide : « il ne m'a donné aucune consigne, ni sur le type de film, ni sur le concept, la production devait être indépendante, j'avais carte blanche. C'était très excitant ». Tout lui était ouvert. Plutôt qu'une biographie, il a choisi de faire le film « avec » le pape, où sa parole prend une place essentielle, directe, sans filtre, spontanée... François livre ses convictions, comme à bâtons rompus, avec un humour qu'on n'attendait pas ici, et un sens de la communication sans faille, loin du personnage imposant que la fonction évoque : n'est-il pas un des représentants de la plus grande religion du monde (on recense deux milliards et demi de chrétiens, dont la moitié de catholiques) ? Une parole qui compte même pour les mécréants qui reconnaîtront là le sceau même du bon sens paysan : « avec des films, on ne peut pas changer fondamentalement le monde, mais l'idée du monde, oui ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 12 et samedi 15 en VF 13h45, 18h45, 21h, jeudi 13 en VF 13h45, 15h45, 20h30, vendredi 14 VF 14h, VO 20h, dimanche 16 en VF, 14h, 16h, 21h, lundi 17 en VF 13h45, 20h30, mardi 18 en VF 14h, 18h45, 21h

 

MA FILLE

(FIGLIA MIA) Laura BISPURI - Italie 2018 1h37mn VOSTF - avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu, Udo Kier... Scénario de Francesca Manieri et Laura Bispuri.

Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon œil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Tout commence par un rodéo. Une fête locale où Vittoria rencontre pour la première fois Angelica. Il n’y a pas que les cowboys qui vont être secoués dans Figlia mia. Plus encore que les personnages, ce sont nos attentes et nos conventions (celles sur la femme, la famille, l’éducation…) que Laura Bispuri va bousculer sans ménagement. Tout comme dans son précédent film, le mystérieux Vierge sous serment, la réalisatrice nous montre une féminité qui se construit loin des clichés, et nous présente sous un jour tout à fait normal une situation qui pourrait pourtant faire se dresser les cheveux sur les têtes les plus coincées. Sans introduction explicative, elle nous met d’emblée sur la selle et zou : plongés dans le quotidien de ces trois personnages féminins, à nous d’essayer de deviner qui est la mère et qui est la fille, qui éduque qui dans ce drôle de drame.
Opposant la sage Valéria Golino à l’exubérante Alba Rohrwacher (une fois de plus géniale, cette fois-ci dans le rôle d’une épave sexy-déglinguée), Figlia mia fait mine d’utiliser les antagonismes de la comédie. Bispuri fait mine également de respecter les archétypes de la femme italienne. Sauf qu’ici la maman et la putain ne sont là pour personne d’autre que leur fille, et les mecs peuvent bien aller se faire voir. Vittoria et ses deux mamans vivent en effet dans un monde presque sans hommes : à l’image du père taiseux de la fillette, ceux-ci existent, sont même bien écrits, mais sont complètement satellites à l’intrigue ou ne servent que de plans cul anonymes. Ce qui se trame ici ne les concerne pas. Le mystérieux secret qui lie les trois héroïnes, c’est une affaire de femmes.
Figlia mia n’est pourtant pas une comédie. On n’y perd jamais de vue les émotions à vif des protagonistes, même lorsque celles-ci sont sur le point d’être avalées par les décors de cette campagne sarde. Le temps de deux plans en miroir, Golino et Rohrwacher fondent chacune en larmes, l’une dans un nuage de poussière solaire, l’autre dans la clarté de la lune, l’effet est remarquable. Sans rien révéler, le scénario de Laura Bispuri lance surtout des pistes fort mélodramatiques, mais qui sont sans cesse contrebalancées par une subtilité d’écriture, ainsi qu‘une subtilité intellectuelle : ici, si les femmes luttent, ce n’est jamais pour un homme (ou pour une éventuelle transposition lesbienne). Face à leurs hommes-objets, ces femmes-là sont des sujets.

Pour toutes ces raisons, alors même qu’il n’est à aucun moment question d’homosexualité ou d’homoparentalité, il y a pour qui sait lire entre ces lignes-là quelque chose d’éminemment « queer » et subversif dans Figlia mia. Sous des apparences de mélo féminin des chaumières, le film nous raconte comment un vent de folie anarchique et enthousiasmant vient redistribuer les rôles familiaux. Un bien beau rodéo.

(G. Coutaut, filmdeculte.com)

Vox (Fréjus) : mercredi 12 et samedi 15 13h45, 16h, 19h30, jeudi 13 13h45, 18h30, vendredi 14 14h, 15h50, 19h30, dimanche 16 14h, 15h45, 19h30, lundi 17 13h45, 15h50, 19h15, mardi 18 14h, 21h

 

 

SOFIA

Écrit et réalisé par Meryem BENM'BAREK - Maroc/France 2018 1h20mn VOSTF - avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles...

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C’est un Maroc complexe, que l’on voit peu au cinéma, que nous montre ce premier film percutant. Il commence par l’histoire presque banale d’une jeune fille, Sofia, pour embrasser des enjeux qui dépassent largement ceux du simple cadre familial. D’ailleurs, la première phrase du film donne le ton : ici, « sont passibles d’emprisonnement toutes personnes ayant des relations sexuelles hors mariage. »

Sofia… Avec ses airs maussades de chatte échaudée, on croirait presque qu’elle est une de ces « fatmas » embauchées au service d’une famille bourgeoise casablancaise tant on a du mal à deviner qu’elle en fait partie intégrante. Pourtant ce sont bien ses oncle et tante auxquels elle apporte les plats ; et la jolie demoiselle à leurs côtés, svelte et élégante, est bel et bien sa cousine Lena. Au premier coup d’œil, il semble clair que les deux jeunes femmes n’ont de commun que le nom et qu’elles ne sont pas de la même extraction sociale. Lena a l'élégance naturelle, un niveau culturel suffisant pour boucler ses études de médecine et devenir indépendante, l’aisance et l’assurance de celles qui sont bien nées. En témoignent son maquillage discret, ses vêtements occidentaux, tandis que Sofia transpire fébrile sous une Djellaba informe qui semble la prédestiner à une vie arrangée par d’autres. Lena ne lui prêterait d’ailleurs guère attention si elle ne se sentait investie de son rôle de future toubib. Car sa cousine a beau essayer de minimiser la chose, les grimaces que lui arrachent les maux de ventre qui régulièrement l’assaillent deviennent progressivement difficiles à dissimuler. Quand enfin elle se laisse examiner par Lena, à l’abri des regards, dans l’intimité de la cuisine, le diagnostic est cinglant : Sofia est enceinte, voire au bord d’accoucher. L’enfant à naître devenant une preuve criante que la jeune fille en fleur a fauté, hors mariage. Une grossesse tellement impensable et si peu désirée qu’elle ne l’a même pas ressentie, ni soupçonnée.

Prétextant l’amener à la pharmacie, Lena embarque sa cousine dans un périple palpitant entre hôpitaux, postes de police et bas quartiers de Casablanca dans l’espoir de trouver une solution tout en cachant la situation à la famille. Plus l’intrigue avance, monte en puissance, plus on mesure combien cette course contre la montre est désespérée. Trouver une main tendue dans un pays qui promet la geôle aux êtres secourables est quasiment peine perdue. C’est un poids terrible qui pèse tant sur les épaules des soignants qui pourraient être compatissants que sur celles des fonctionnaires qui collaborent peu ou prou à un système injustement répressif. Plus Sofia se tord de douleur sous l’effet des contractions, plus on doute qu’elle puisse trouver un havre où accoucher en paix. Et quand bien même, il lui faudrait encore dénoncer un géniteur ou un violeur dans l’espoir, si ce n’est d’éviter, du moins de réduire la sentence qui menace de s’abattre sur elle. Mais on devine qu'une peine acceptée et purgée ne serait même pas suffisante pour endiguer la vindicte populaire. Quelques instants de tendresse ou de désir chèrement payés ! se dit-on, mais rien ne sera, là encore, aussi simple qu'on l'imagine. 

L’histoire de Sofia, très réaliste, est l’occasion d’aller explorer les arcanes cachés d’une société qui, sous ses airs modernistes, maintient une partie de sa population (féminine comme masculine) dans des carcans séculaires. Le film devient alors dénonciation sociologique et politique, jamais démonstrative mais ô combien efficace. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 12 15h40, 18h, jeudi 13 15h45, 20h30, vendredi 14 16h10, 18h30, samedi 15 15h30, 1h, dimanche 16 16h, 21h, lundi 17 16h30, 18h10, mardi 18 15h40, 21h15

 

BURNING

LEE Chang-Dong - Corée du Sud 2018 2h28 VOSTF - avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jeong-seo... Scénario de Lee Chang-Dong et Oh Jung-mi, d'après une nouvelle de Haruki MurakamiFestival de Cannes 2018, Prix de la Critique Internationale (Fipresci).

Lors du dernier Festival de Cannes, la presse internationale, quasi unanime, avait fait de Burning son grand favori pour la Palme d'or… le jury en a décidé autrement ! Mais peu importent les récompenses, le film du coréen Lee Chang-Dong est une réussite impressionnante. Transposant en Corée la nouvelle du grand écrivain japonais Haruki Murakami, Lee Chang-Dong nous donne une œuvre magnétique, aux images d'une beauté hypnotique. Dès qu’on y pénètre, on est rivé aux pas des personnages, qu’on n’a plus envie de lâcher. On s’attache à eux, à leurs errances, à leurs silences effarouchés. On est pris par un récit intrigant qui ne cesse, plus il avance, de gagner en densité. On est envoûté par la poésie qui s’immisce subtilement dans les détails infimes et improbables de la vie.

Tout commence par un coup de foudre, dans un endroit qui n’a rien de romantique, en plein quartier commercial de Séoul. Lee Jong-soo effectue une banale livraison pour son boulot lorsqu'une jeune femme de son âge, tous sourires dehors, le ferre de son regard espiègle, plus acéré qu’un hameçon. C’est qu’il faut drôlement insister pour se faire remarquer par ce charmant garçon qui semble passer un peu à côté de la vie et qui regarde d'ailleurs la fille d'un air hébété quand elle l’interpelle par son nom : entre eux un passé qu’il a oublié, à moins qu’il n’ait jamais existé ? Cette question nous titillera tout au long du film, entêtante, jusqu’à devenir obsessionnelle. En tout cas, à cet instant-là, devant un étal de gadgets clinquants, notre livreur tombe irrémédiablement sous le charme de celle qui dit être son ancienne camarade d’école. Plus tard dans la soirée, autour de quelques verres de bière et de soju, Jong-soo boit chaque parole, chaque geste de la pétillante Haemi tandis qu’elle se délecte de quartiers de mandarines imaginaires qu’elle épluche avec grâce, en fervente pratiquante de la pantomime… Entre ses mains, la réalité parait soudain plus virtuelle que les rêves, tant il lui suffit de la réinventer. 
Le jeune homme a à peine le temps de goûter à cette douce complicité naissante que la donzelle lui annonce son départ en Afrique, tout en lui demandant de veiller sur son appartement durant son absence. Bien que Jong-soo doive régler en parallèle une histoire familiale épineuse, il vient chaque jour, méticuleusement, changer l’eau d’un chat invisible… Il respire les parfums de la femme aimée, espère la chaleur de sa peau dans les froissements de ses draps. L’attente se fait lumineuse, à l’image de l’unique rayon de soleil fugace qui pénètre chaque jour un bref instant, par ricochet, dans le minuscule appartement. 
Mais quand Haemi revient de son périple, c’est quasiment au bras d’un autre garçon, aussi rayonnant que Gatsby le magnifique. Tout dans la vie semble sourire à Ben, rien ne peut lui résister. Il fréquente les beaux quartiers, occupe mystérieusement ses journées sans avoir l’air de travailler, roule dans une Porsche rutilante avec laquelle la vieille camionnette brinquebalante de Jong-soo ne saurait rivaliser. Entre les trois se tisse une relation ambiguë, à géométrie variable, presque élastique. Plus le récit avance, plus on comprend qu’on est loin d’avoir compris et émergent une foultitude de scénarios. C’est un film sans cesse intrigant, palpitant, qui à chaque virage qu’il prend se métamorphose en autre chose. Cerise sur le gâteau, c’est une plongée dans une Corée du Sud authentique, dans ses contrastes, ses contradictions. La populeuse Séoul transpire la solitude, ses tours dorées (celles de Gangnam) font toujours plus d’ombre aux quartiers qui plongent dans la précarité. Le high tech de la capitale flirte avec la pauvreté des terres agricoles alentour, depuis lesquelles on entend les borborygmes nord-coréens…(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 12, samedi 15 et dimanche 16 18h, jeudi 13 et lundi 17 17h40, vendredi 14 20h30, mardi 18 15h55

 

BLACKkKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

 

Mais bon sang qu'on est heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansman né de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai !

Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil rights act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquées de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement loin de la théorie de l'égalité des Afro-américains à la mise en pratique en terme de droits, de traitement, de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolués de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques aux USA. Parsemant les dialogues d'allusions (très peu) voilées à l'actualité trumpienne, et amenant in fine le film sur le terrain de la terrifiante actualité, le Doctor Spike signe un magnifique pamphlet politique qui mérite, haut la main, son Prix cannois – pour être parvenu, en deux heures, avec talent et humour, à ranimer la flamme de notre indignation. (Utopia)

 Vox (Fréjus) : jeudi 13 17h45, vendredi 14 15h45, samedi 15 16h, dimanche 16 18h15, lundi 17 15h35, mardi 18 18h10

MON TISSU PRÉFÉRÉ

Gaya JIJI - France / Syrie 2018 1h36mn VOSTF - avec Manal Issa, Ula Tabari, Mariah Tannoury, Saad Lostan, Souraya Baghdadi, Metin Akdülger... Scénario de Gaya Jiji, avec la collaboration d'Eiji Yamazaki.

Nahla est une douce rêveuse. Seule dans l’intimité de sa chambrette, elle sort de leur cachette des nuisettes soigneusement pliées, des tenues sensuelles qu’elle ne saurait porter ouvertement dans sa vie quotidienne à Damas… Nous sommes en mars 2011, le carillon du printemps arabe sonne aux portes de la Syrie mais le quotidien semble s’être figé dans un hiver indélébile, où les femmes n’ont pas la place d’expérimenter, d’apprendre à connaître leurs corps. Déesses toutes-puissantes dans leurs foyers, mais si peu maîtresses de leurs destinés, de leurs émois, impossibles à dévoiler, encore plus à assouvir au grand jour. Le bouillonnement qui monte en Nahla est tout autant indicible. Qui pourrait l’entendre ? La transparente Myriam, sa sœur cadette, irrévocablement emmaillotée dans le carcan familial ? Sa benjamine, dont les coups de gueule ironiques résonnent comme l’espoir d’une génération nouvelle qui ne quémandera plus la permission d’exister ? Sa mère ? Elle n’a d’autre choix que de régner, omnipotente et roide, sur cette maisonnée sans mâle, seule garante de la morale et des traditions depuis la disparition de son mari. Leur vie, à toutes les quatre, semble confinée dans ce huis-clos au féminin, étouffant à force d'être rassurant. Pour Nahla aucune échappatoire. Son parcours se limite à un perpétuel aller-retour entre la boutique, où elle vend sans conviction des fringues à des clientes impossibles à satisfaire, et l’appartement familial.


Tout cela pourrait prendre fin avec l’entrée en lice de Samir, un prétendant syrien sérieux, qui demande un beau jour la main de Nahla, sans même l’avoir effleurée. Mais qu’importe ! Ce beau parti, médecin résidant en Amérique, semble tomber du ciel. Il représente une occasion inespérée de fuir vers un pays de libertés, loin de la guerre civile qui gronde… Mais Nahla a soudain la tête ailleurs, perturbée par la présence d’une drôle de dame qui vient emménager à l’étage du dessus… Elle s’appelle Jiji. Sa bouche est trop large, ses yeux trop grands, son verbe trop haut. Elle semble être passée de l’autre côté de la barrière, dans les strates inaccessibles d’une émancipation interdite aux gens dociles. Nahla, fascinée, l’observe à la dérobée… puis s’enhardit…

Ce très beau premier film, sans être autobiographique, plonge ses racines dans le vécu de la réalisatrice, son rapport à la Syrie, sa terre natale, qu’elle a fui sans retour possible. Loin de se lancer dans un pamphlet véhément, elle procède par petites touches, reliant l’intimité de son héroïne à l’histoire de son pays. Elle nous amène à ressentir l’enjeu politique majeur que représente la sexualité féminine, le climat oppressant qui pèse sur le ventre des femmes. Elle nous donne à voir le courage discret qu’elles déploient au quotidien…(Utopia)

 

Vox (Fréjus) : jeudi 13 16h, vendred et dimanche 16 17h30, lundi 17 20h, mardi  18 16h05

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Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 septembre 2018

Bonjour à tous !

Et voilà : Entretoiles vous retrouve après un bel été !

Et voici tout de suite nos propositions cinéphiles pour ce mois de rentrée : tout d'abord, nous vous donnons rendez-vous au CGR ce lundi 10 septembre à 20 heures, pour voir avec nous Moi et le Che, sympathique comédie sur la perte des illusions, de Patrice Gautier, en sa compagnie et celle de l'acteur Patrick Chesnais qui seront avec nous, tous les deux, lors de cette soirée, pour le présenter et animer le débat qui suivra. Venez nombreux et il est peut être prudent de réserver.

Quelques jours plus tard, le dimanche 16, nous vous attendons de nouveau pour notre 1ère soirée à thème de l'année "Jeunes et américains" avec La route sauvage de Audrew Haighune quête et un voyage boulversants,  et Katie says goodbye de Wayne Roberts, un vrai coup de cœur,  avec, bien sûr notre apéritif Entretoiles entre les deux films.

Et nous terminerons le mois avec En guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, le 30 septembre

Dans la programmation ordinaire des cinémas, au CGR, vous pouvez voir aussi Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré.

Au Vox, Sofia ,de Meryem Benm'Barek, un 1er film percutant, My lady de Richard Eyre, film passionnant et élégant, The Guilty de Gstav Moller, original et très prenant, Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes, et enfin l’inénarrable Woman at war de benedikt Erlingsson, un récit brillant et émaillé de surprises...

A Lorgues, allez voir Mary Shelley de Haifaaal-Mansour, qui va du bonheur au drame et Une pluie sans fin (que nous vous proposerons en octobre) de Dong Yue, un 1er film d'une maîtrise absolue.

Et pour terminer, vous trouverez ici aussi le programme de la rentrée du Ciné Soupe à La Redonne

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

Moi et le Che, de Patrice Gautier (France, 1h30). Scénario: P. Gautier. Avec Patrick Chesnais, Fanny Cottençon, Laurent Bateau, Michel Aumont..

Un prof d’université soixante-huitard, en plein doute existentiel, cherche à savoir s’il a trahi ses idéaux de jeunesse. Patrice Gautier signe une petite comédie anar, où Patrick Chesnais s’amuse comme un gamin.

« L’avenir, c’est l’art d’accommoder les restes. » Tel est le slogan de cette comédie, mineure mais sympathique, sur la perte des illusions. Trente-trois ans après son premier long métrage pour le cinéma (L’Amour ou presque), Patrice Gautier imagine un prof d’université soixante-huitard à l’heure du bilan. Loin de se réduire à du bavardage, cette interrogation existentielle prend la forme d’une mini-enquête autour d’une photographie d’Ernesto « Che » Guevara prise en Bolivie en 1967 – c’est la meilleure idée du film. Le héros n’y apparaît pas, alors qu’il est persuadé d’avoir assisté à la scène. Paradoxalement, sa présence pourrait faire de lui un traître puisque, raconte-t-il, figure sur le cliché celui qui a vendu le héros de la révolution cubaine à la CIA. Lequel devient pure allégorie des idéaux de jeunesse.

Le réalisateur, habitué aux normes de la télévision – il y a fait l’essentiel de sa carrière –, profite de l’occasion pour se libérer des dogmes scénaristiques. Son film repose sur une succession de saynètes foutraques et une narration distanciée : les proches de l’enseignant lui rendent successivement visite dans son appartement, vidé après le départ de sa femme, et multiplient les adresses à la caméra. Moi et le Che aurait, bien sûr, mérité d’être resserré. Pourtant l’écriture de Gautier, brouillonne mais toujours spontanée, lui donne une sorte de fraîcheur anar.

Dans ce rôle d’intellectuel grincheux fan de rock, Patrick Chesnais cabotine joyeusement : il s’amuse, lui aussi, comme un gamin. Pour son one-man-show en quasi-huis clos, il est épaulé par de vieux briscards (Michel AumontMohamed FellagPhilippe Nahon). Qu’il soit aussi l’alter ego du cinéaste donne à ce long métrage des allures de comédie générationnelle. (Télérama)

CGR : Une seule séance lundi 10 à 20h en présence du réalisateur Patrice Gautier et de l'acteur Patrick Chesnais. Il est utile de réserver.

 

LA ROUTE SAUVAGE

(Lean on Pete) Écrit et réalisé par Andrew HAIGH - USA 2017 2h01mn VOSTF - avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Travis Fimmel, Thomas Mann (II)... D'après le roman de Willy Vlautin.

Comme le magnifique The RiderLa Route sauvage trouve son ancrage et son inspiration dans les paysages et les mythes ô combien cinématographiques du western et nous entraîne dans un splendide voyage dans le Grand Ouest américain, adaptant un roman du folk singer de l'Oregon Willy Vlautin. Au cœur du récit, le jeune Charley, 15 ans, laissé à lui même par un père inconstant, fêtard et séducteur, aimant sans doute mais plus encore irresponsable. Charley retrouve goût à la vie et espoir dans un avenir jusque là mal barré quand il croise le chemin de Del, entraîneur de chevaux de courses qui lui propose un petit boulot. Charley se construit là une famille de substitution, avec également Bonnie, une jeune femme jockey désabusée, brisée par les chutes et par les déceptions de la vie. Mais surtout l'adolescent se prend d'affection pour Lean on Pete (c'est le titre original du film), un vieux cheval qui dispute sans doute ses dernières courses et qui risque bien d'être rapidement conduit à l'abattoir : le milieu des courses n'est pas tendre avec les chevaux devenus inutiles… Mais Charley ne va pas laisser faire : quand il sent que le sort funeste de Lean on Pete est scellé, il se lance avec lui dans une fuite aventureuse à travers les montagnes et les étendues arides du Nord-Ouest américain, à la recherche d'une tante adorée dont la vie l'a séparé.

La Route sauvage, dont le titre français sonne comme celui d'un western de John Ford ou d'Henri Hattaway, est un grand beau film à la fois exaltant et désenchanté. Andrew Haigh décrit bien l'univers agité et pathétique des courses de chevaux de deuxième zone, petits gagnants et grands perdants, avec ses entraîneurs magouilleurs dont on ne sait trop si on doit les trouver antipathiques ou pittoresques. Mais on trouve en contrepoint, aussi bien dans le regard usé mais qui veut encore y croire de Bonnie que dans l'œil neuf et candide de Charley, le profond amour des chevaux qui les habite et qu'ils nous transmettent. Et puis il y a le plaisir du voyage dans ces espaces où nulle frontière d'Etat ne semble pouvoir vous arrêter, de la balade dans ces immensités qui font partie intégrante de l'histoire du cinéma américain et de l'amour qu'on lui porte, ici magnifiées par le travail remarquable du directeur de la photographie.

C'est aussi et surtout le film d'une reconstruction, celle de Charley (impressionnante interprétation du jeune Charlie Plummer, récompensé dans plusieurs festivals), adolescent formidablement attachant qui, avant de basculer dans l'âge adulte dont il pressent bien tous les renoncements qui l'accompagnent, veut retrouver coûte que coûte la chaleur d'un foyer incarné par cette tante perdue dont il cherche inlassablement la trace à l'autre bout de l'Etat, autant dire à l'autre bout du monde. Et cette quête est aussi bouleversante que le voyage lui-même. (Utopia)

CGR dimanche 16 septembre à 18h

 

KATIE SAYS GOODBYE

Écrit et réalisé par Wayne ROBERTS - USA 2016 1h26mn VOSTF - avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Chris Lowell, Mireille Enos, Jim Belushi, Mary Steenburgen...

Coup de cœur unanime de l’équipe d’Utopia (ce n'est pas si fréquent !) pour ce premier film. Olivia Cooke est une irrésistible, une inoubliable Katie. On sort de Katie says goodbye en état de grâce, encouragés à ne jamais baisser les bras quoiqu’il advienne, à l’instar de l’étonnante protagoniste de l’histoire. 
Qu'y-a-t-il de plus joli chez Katie ? Son sourire angélique qui dévoile de séduisantes fossettes ? Son regard lumineux qui semble rendre le monde plus doux en un battement de cils ? Sa gracieuse silhouette qui se découpe au dessus des herbes rabougries, roussies par le soleil ? Qu’importe ! On est immédiatement conquis. Au beau milieu de n’importe où, Katie semble avoir poussé telle une improbable fleur sur le bitume aride. C’est d’un pas décidé et sautillant qu’elle aborde son parcours journalier au bord de l’interminable route qui la conduit du mobile home, où elle vit à l'étroit avec sa mère Tracey, au petit restaurant routier dans lequel elle bosse comme serveuse. Ici il n’y a rien d’autre, si ce n’est une station essence et quelques maisons en dur pour les mieux nantis qu’elle. Un microcosme fantomatique, hors du temps, perdu dans l’immensité des paysages désertiques de l’Arizona. Seuls les rares camions qui défilent semblent témoigner qu’un ailleurs est possible.

Ici, dans cette communauté isolée et poussiéreuse, battue par les vents, nul ne peut échapper longtemps au regard d’autrui. Même ceux qui feignent de l’ignorer savent comment Katie arrondit ses fins de mois. Si elles ne sont pas celles d’un père, les figures masculines ne font pas défaut dans sa vie. Elle n’y voit pas de mal, non qu’elle soit naïve, mais la chose fait partie depuis toujours de son quotidien : les gémissements des mâles, ceux de sa mère, si proche, si lointaine… Sans une once de malice, Katie donne à qui sait donner, à qui lui donne. Perpétuellement vêtue de son petit tablier blanc et de son uniforme rose comme s’ils étaient ses uniques vêtements, entre deux services, elle amasse quelques précieux billets supplémentaires grâce à des passes rapides qui n’empêchent pas la tendresse, comme c’est le cas avec Bear, un gros nounours de camionneur, en âge d’être son père, qui la couverait presque. Bear c’est plus qu’un simple client, c’est un confident, une épaule rassurante, un de ceux qui la respectent, la voient telle qu’elle est, généreuse, toujours prête à faire le bien, mais pas forcément tel qu’on l'enseigne à l’église ou dans les leçons de morale. Katie est une juste qui ne s’embarrasse pas de préjugés. Si son travail est avant tout alimentaire, elle y trouve comme une seconde famille, peut-être même sa seule famille sans que ce soit énoncé, la patronne de la gargote, Maybelle, étant tellement plus prévenante et attentionnée, bref en un mot plus « maternelle » envers Katie que son immature génitrice perpétuellement empêtrée dans ses histoires de fesses. Pourtant sa fille, inoxydable optimiste, jamais ne la juge, ne la condamne. Au contraire, c’est elle qui dorlote, qui écoute, fait à manger, rapporte l’argent pour permettre à leur duo de survivre. Là où d’autres auraient baissé les bras, pris dans la nasse de ce lourd quotidien, Katie avance radieuse et s’escrime à mettre secrètement assez d’argent de côté pour se payer un aller sans retour vers un eldorado meilleur, avec pour seul bagage l’espoir inaltérable de ses dix sept ans.

Mais la vie, sous les traits d’un beau brun ténébreux quasi mutique, Bruno, va venir chambouler ses sens et ses plans. Pour la première fois Katie aime et va découvrir que c’est une chose bien plus compliquée qu’elle ne l’aurait pensé. D’autant que ce qui aurait dû être un premier amour idyllique va vite être terni par l’empreinte d’un entourage impitoyable et malveillant envers celle qui pourtant est la bienveillance incarnée. On frémit pour elle en la voyant si fragile et désarmée. On constatera bientôt qu’il est des batailles qui se mènent sans armes. 

CGR : dimanche 16 septembre à 20h30

 

 

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça  fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : Tous les jours sauf lundi 10 : 14h, 16h, 17h55, 19h50 - Lundi 10 14h, 16h, 17h55

 

SOFIA

Écrit et réalisé par Meryem BENM'BAREK - Maroc/France 2018 1h20mn VOSTF - avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles...

C’est un Maroc complexe, que l’on voit peu au cinéma, que nous montre ce premier film percutant. Il commence par l’histoire presque banale d’une jeune fille, Sofia, pour embrasser des enjeux qui dépassent largement ceux du simple cadre familial. D’ailleurs, la première phrase du film donne le ton : ici, « sont passibles d’emprisonnement toutes personnes ayant des relations sexuelles hors mariage. »

Sofia… Avec ses airs maussades de chatte échaudée, on croirait presque qu’elle est une de ces « fatmas » embauchées au service d’une famille bourgeoise casablancaise tant on a du mal à deviner qu’elle en fait partie intégrante. Pourtant ce sont bien ses oncle et tante auxquels elle apporte les plats ; et la jolie demoiselle à leurs côtés, svelte et élégante, est bel et bien sa cousine Lena. Au premier coup d’œil, il semble clair que les deux jeunes femmes n’ont de commun que le nom et qu’elles ne sont pas de la même extraction sociale. Lena a l'élégance naturelle, un niveau culturel suffisant pour boucler ses études de médecine et devenir indépendante, l’aisance et l’assurance de celles qui sont bien nées. En témoignent son maquillage discret, ses vêtements occidentaux, tandis que Sofia transpire fébrile sous une Djellaba informe qui semble la prédestiner à une vie arrangée par d’autres. Lena ne lui prêterait d’ailleurs guère attention si elle ne se sentait investie de son rôle de future toubib. Car sa cousine a beau essayer de minimiser la chose, les grimaces que lui arrachent les maux de ventre qui régulièrement l’assaillent deviennent progressivement difficiles à dissimuler. Quand enfin elle se laisse examiner par Lena, à l’abri des regards, dans l’intimité de la cuisine, le diagnostic est cinglant : Sofia est enceinte, voire au bord d’accoucher. L’enfant à naître devenant une preuve criante que la jeune fille en fleur a fauté, hors mariage. Une grossesse tellement impensable et si peu désirée qu’elle ne l’a même pas ressentie, ni soupçonnée.

Prétextant l’amener à la pharmacie, Lena embarque sa cousine dans un périple palpitant entre hôpitaux, postes de police et bas quartiers de Casablanca dans l’espoir de trouver une solution tout en cachant la situation à la famille. Plus l’intrigue avance, monte en puissance, plus on mesure combien cette course contre la montre est désespérée. Trouver une main tendue dans un pays qui promet la geôle aux êtres secourables est quasiment peine perdue. C’est un poids terrible qui pèse tant sur les épaules des soignants qui pourraient être compatissants que sur celles des fonctionnaires qui collaborent peu ou prou à un système injustement répressif. Plus Sofia se tord de douleur sous l’effet des contractions, plus on doute qu’elle puisse trouver un havre où accoucher en paix. Et quand bien même, il lui faudrait encore dénoncer un géniteur ou un violeur dans l’espoir, si ce n’est d’éviter, du moins de réduire la sentence qui menace de s’abattre sur elle. Mais on devine qu'une peine acceptée et purgée ne serait même pas suffisante pour endiguer la vindicte populaire. Quelques instants de tendresse ou de désir chèrement payés ! se dit-on, mais rien ne sera, là encore, aussi simple qu'on l'imagine. 

L’histoire de Sofia, très réaliste, est l’occasion d’aller explorer les arcanes cachés d’une société qui, sous ses airs modernistes, maintient une partie de sa population (féminine comme masculine) dans des carcans séculaires. Le film devient alors dénonciation sociologique et politique, jamais démonstrative mais ô combien efficace. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 5 13h, 18h40, 21h - jeudi 6 13h50, 18h40, 20h45 - vendredi 7 13h50, 16h, 20h45 - samedi 8 13h50, 18h40, 20h45 - dimanche 9 et mardi 11 13h50, 18h40, 21h - lundi 10 13h50, 18h20, 21h

 

MY LADY

(THE CHILDREN ACT) Richard EYRE - GB 2018 1h45 VOSTF - avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fion Whitehead, Jason Watkins, Ben Chaplin... Scénario de Ian McEwan d’après son roman L'Intérêt de l'enfant (The Children act).

L’action se déroule dans un Londres sublimé, délicieux melting-pot d’histoire et de modernité, de démocratie et de monarchie. Elle s’immisce entre ses hautes tours, ses bâtiments vénérables, ses clochers et leurs querelles dont les plus sévères finissent communément par échouer devant la majestueuse Cour Royale de Justice du Royaume-Uni. C’est ici que siège une drôle de dame, Fiona Maye, l’élégance faite juge aux affaires familiales. Celle que tous appellent avec déférence « My Lady ». Un titre gagné à grand renfort d’heures passées derrière des monticules de dossiers, sans ménager sa peine, sans compter les heures. C’est le prix de l’excellence. Un travail quotidien acharné souvent passionnant, parfois ingrat, toujours angoissant. La peur de se tromper accompagne chaque sentence rendue… Une peur et tant d’autres sentiments qu’il a fallu apprendre à maîtriser et à cacher. On comprend que la charge est terrible : la magistrate au sommet du prétoire a tout d’une femme de marbre au sang froid. Et pourtant, si on la piquait, ne saignerait-elle pas ? Nous sommes après tout au pays de Shakespeare… 
La grande finesse du jeu d’Emma Thompson est de laisser transparaître, sous la cuirasse impénétrable que s’est forgé son personnage, les frémissements imperceptibles d’un cœur qui continue de battre malgré son ostensible détachement.
Ils ne sont pas nombreux à percevoir les émotions qui habitent Fiona Maye. Son rigorisme perpétuel la rendrait presque tyrannique envers son entourage qui fait pourtant tout pour l’épauler. À commencer par son greffier « so british ! » petit bonhomme d’une exquise courtoisie qui anticipe ses moindres faits et gestes, la dorlote sans le laisser paraître, comme s’il la vénérait secrètement. Et puis son charmant mari, Jack (le craquant Stanley Tucci), un homme fin, habitué depuis le temps à s’effacer, à ne récolter que des miettes de tendresse quand sa compagne en perpétuelle tension lâche la bride, ce qui n’arrive plus très souvent. Pourtant il lui réserve toujours ses sourires les plus doux, ses regards les plus tendres, son humour, sa compréhension. Mais aimer éperdument cette femme inaccessible, vampirisée par l’institution judiciaire, est un parcours du combattant qui est à deux doigts de venir à bout de sa résistance… 
Une affaire chassant l’autre, Fiona Maye se penche sur la vie des autres, négligeant la sienne. Impossible de prendre un temps pour elle-même alors qu’elle doit arbitrer un cas d’une urgence vitale : un jeune témoin de Jéhovah atteint d’une leucémie refuse (soutenu par ses parents) la transfusion de sang qui pourrait le sauver. Ce serait un gamin, l’affaire serait vite tranchée : le « Children act » qui fait prévaloir l’intérêt de l’enfant ferait figure de « formule magique », et sa demande serait refusée. Il serait majeur, son choix prévaudrait. Mais Adam (Fionn Whitehead, étoile montante du cinéma britannique) est entre deux âges, à quelques mois de la majorité. La juge pointilleuse veut pousser l’investigation plus loin : Adam, du haut de ses dix-sept ans, est-il pleinement conscient des conséquences de son choix ? Ce choix est-il vraiment le sien ou celui de son entourage ? L’adolescent ne pouvant comparaître, notre magistrate décide d’aller à son chevet avant de rendre son verdict. Une décision qui va défrayer la chronique. La presse s’en empare. L’Angleterre entière semble suspendue aux lèvres de Fiona, ajoutant un peu plus de pression sur ses épaules.

Sur son lit d’hôpital, Adam a une gueule d’ange déchu, fragile. Son intelligence vive séduit son monde, il n’est pas la victime naïve qu’on pourrait attendre. Quelques instants partagés avec l’impressionnante « My Lady » vont bouleverser leurs vies réciproques. Entre celui qui veut vivre les préceptes de sa religion et celle qui vit son métier comme un véritable sacerdoce se tisse un lien complexe qui instille dans leurs pensées des doutes tout aussi vivifiants que mortels. 
Sous des abords classiques, c’est un film passionnant, d’une élégance folle, servi par des acteurs formidables qui nous entraînent avec délice dans les méandres des âmes humaines. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 18h30 - jeudi 6, lundi 10 et mardi 11 13h50 - vendredi 7 16h30

 

THE GUILTY

Écrit et réalisé par Gustav MÖLLER - Danemark 2018 1h25 VOSTF - avec Jakob Cedergren et les voix de Jessica Dinnage, Omar Shargawi, Jakob Ulrik Lohmann... Festival international du Film Policier de Beaune 2018 : Prix de la critique.

Asger Holm est flic. Il répond au 112, le numéro d'urgence de la police danoise. Goguenard lorsqu'il comprend que l'homme qu'il a au bout du fil se trouvait en plein quartier des prostituées quand il s'est fait voler un ordinateur dans sa voiture, excédé quand un videur de boîte de nuit lui parle comme à un chien… mais surtout las de se trouver relégué dans ce centre d'appel. Car Asger est un flic de terrain et s'il se trouve pendu à ce téléphone, c'est qu'il a été l'objet d'une mise au placard. D'ailleurs, une conversation avec son ancien supérieur nous apprend qu'il devrait reprendre son poste très vite, après son procès qui aura lieu le lendemain et qui ne devrait être qu'une formalité. Et puis, juste avant qu'il ne cède son casque d'écoute à la relève de nuit, il y a cet appel d'une femme, Iben, enlevée en voiture par son ex-époux. Elle parvient à tromper la vigilance de son kidnappeur en faisant comme si elle appelait sa petite fille laissée à la maison, mais la conversation est interrompue. Refusant le simple rôle de passeur censé être le sien, Asger, qui, c'est le moins que l'on puisse dire, n'a pas une confiance exagérée dans l'efficacité de ses collègues de terrain, va tenter de prendre les choses en main. Pour lui, l'urgence est d'autant plus grande que l'ancien compagnon d'Iben a un casier, déjà condamné pour violences…

À partir de ce moment et sans jamais nous faire sortir de ce centre d'appel, le réalisateur Gustav Möller, avec une maîtrise exceptionnelle pour un premier long métrage, va nous maintenir en haleine jusqu'au dénouement de cette narration en temps réel. Il bénéficie pour cela de deux atouts maîtres. D'abord l'acteur danois Jakob Cedergren, impressionnant du début à la fin, nous faisant découvrir au fur et à mesure un personnage de flic à la fois primaire et complexe, inquiétant et généreux, cynique et sincère. Ensuite un travail exceptionnel sur le son et les voix des comédiens qu'on entend à l'autre bout du fil, qui fait exploser les limites spatiales de ce centre téléphonique, faisant du hors champ un film à part entière. Nous sommes avec Iben dans la voiture, avec sa fille Mathilde dans sa chambre… sans jamais les voir à l'écran.

Le titre est de toute évidence plus ambigu qu'il n'y paraît. Qui est coupable ? Y en a-t-il plusieurs ? De quel crime s'agit-il ? Y en a-t-il eu plusieurs ? En tout cas, quand on parle de culpabilité dans un film policier, on pense enquête, action, fausse piste, aveux ou confession, voire rédemption. Par le truchement d'un téléphone, tous ces critères du genre sont ici présents mais subtilement décalés pour nous offrir pendant 85 minutes qu'on ne voit pas passer un film original et passionnant. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 13h50 - dimanche 9 16h20 - mardi 11 19h10

 

WOMAN AT WAR

Benedikt ERLINGSSON - Islande 2018 1h41mn VOSTF - avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen, Omar Guöjonsson, Johann Siguröarson... Scénario de Benedikt Erlilngsson et Olafur Egill Egilsson.

 

C'est le grand souffle d'air frais de notre été, un film épatant, vivifiant, impertinent qui nous transporte dans des paysages grandioses (bon sang que l'Islande est belle !), aux basques de personnages formidablement attachants, au fil d'un récit aussi malicieux que jubilatoire, qui nous entretient sans jamais se prendre au sérieux de la nécessité de la résistance subversive et du plaisir fou qu'on prend à la pratiquer. Effet euphorisant garanti !

Halla est grande. Elle est cette belle cinquantenaire en pleine forme qui tend la corde de son arc pour s'attaquer aux lignes électriques, petite silhouette endiablée perdue au milieu de la toundra, dans un paysage de rêve battu par les vents. Traits concentrés, regard d’acier, sourire en coin, elle a la carrure d’une amazone (mais pas touche à ses seins !). Malgré son barda de campeuse contemporaine, elle a la grâce d’une déesse chasseresse, une Artemis des temps modernes. Pourtant rien de sa carapace guerrière ne parvient à camoufler son côté burlesque, généreux, amoureux de la vie. Son pendant masculin serait un hybride de Don Quichotte et du petit David défiant Goliath. Mais dans la vie d’Halla, point de géant, ni de moulins à l’horizon, son ennemi c’est la finance et dans son cas ce n’est pas une promesse électorale, d'ailleurs elle ne s’en vante pas : elle serait la dernière à le dire de manière aussi grandiloquente, alors qu’elle est la première à passer à l’action. Quand l’industrie de l’aluminium contamine son pays, souille sa nature virginale, Halla s’en va saborder les pylônes électriques qui alimentent ses usines. Peu importe que son combat soit celui du pot de terre contre le pot de métal. De petits en grands sabotages, la voilà devenue, pour l’opinion publique, l’insaisissable et énigmatique « Femme des montagnes ». Celle qui galope à travers les champs de lave, solitaire au geste sûr, pour échapper aux autorités qui déploient leurs forces armées surdimensionnés. Au grand dam du gouvernement islandais et de la multinationale qui cherche à s’implanter, elle représente le minuscule grain de sable agaçant qui grippe à lui seul le rouleau compresseur du progrès aveugle, qui le ridiculise. C’est tout aussi palpitant que réjouissant de la suivre dans ses cavales à travers monts et rivières d’opales, poursuivie par des hordes d’hommes armés jusqu’aux dents. On se pique au jeu, on frémit, on a peur et pourtant on se marre avec elle. Car jamais elle ne se départit de son humour ravageur.
Et quand enfin sa mission est accomplie, on jubile de la voir enfin se fondre anonymement dans la masse, sereine après avoir échappé à ses poursuivants déchaînés. Qui penserait que cette chef de chorale si tranquille, cette yogi bienheureuse, est recherchée par toute la police de son pays ? Elle se reposerait d’ailleurs volontiers dans ses pénates, telle une célibataire endurcie caressant le secret désir de pouponner un enfant né d'une autre, goûtant les joies simples de l’existence, comme le font ses amis et sa sœur jumelle, auxquels elle cache sa double vie. Son seul « complice » est un chanteur de la chorale, haut fonctionnaire idéaliste mais de plus en plus inquiet de la tournure des événements, qui essaie de la dissuader de continuer. En vain, fort heureusement !

Non seulement l’histoire est exaltante, mais le récit est brillant, émaillé de surprises, comme ces deux trios, l'un de musiciens de jazz, l'autre de chanteuses folkloriques, qui surgissent dans les moments et les lieux les plus incongrus, faisant écho aux états d’âme d’Halla, tels des Jiminy Cricket de sa conscience. Il y a ces personnages croisés au hasard de ses virées activistes : le cyclotouriste qui fait un coupable idéal à répétition pour une police qui ne fait pas dans le détail, le solide fermier barbu qui se déclare son « cousin présumé » et qui lui donnera un fier coup de main dans les situations les plus périlleuses… Il y a aussi ces moments de pure grâce où l’univers entier semble flotter avec notre héroïne dans la matrice accueillante d’une grotte aux eaux chaudes. Il y a, bien sûr, ces images sublimes, l’œil de la caméra qui voyage constamment dans les paysages de l’infiniment grand à l’infiniment petit, nous faisant prendre d’infimes morceaux de lichen pour d’exotiques plantes exubérantes. 
Cette fable révolutionnaire magique a tôt fait de devenir une ode aux héros ordinaires de toutes les époques et surtout de la nôtre. Mais peut-être les plus admirables dans l’histoire sont-ils les producteurs : « C’est vraiment très courageux pour une société d'assurance de soutenir un film sur le sabotage… », dit le réalisateur. Quand je vous dis qu’il est malicieux ! (Utopia)

Vox (Fréjus) : jeudi 6 16h, vendredi 7 et mardi 11 18h40 - dimanche 9 18h30 - lundi 10 20h

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Aux cinémas du 13 au 19 juin 2018

Bonjour à tous  !
Cette semaine ne fera pas date pour l'abondance de propositions dans notre région !

Ce n'est pas une raison pour manquer le dimanche 24 juin, la dernière soirée Entretoiles de cette année scolaire, sur le thème "films israéliens",   avec deux  deux films: Foxtrot et Les destinées d‘Asher et bien sûr l'apéritif offert par Entretoiles entre les deux.
 
Cette semaine à CGR, dans le cadre du ciné-club, Trois Visages, beau film iranien de Jafar Panahi, éloge de l'expression artistique, sur le thème de l'entrave et de l'empêchement, un beau film, tourné dans des conditions particulièrement courageuses. Dommage, toutefois, que CGR persiste à ne mettre que des horaires impraticables pour la plupart des gens ! (On peut le voir aussi au Vox et à Cotignac)  Dans le programme ordinaire de CGR, on peut toujours voir Volontaire de Sophie Filières ( (et au Vox), qui filme l'univers militaire et les rapports de force et de séduction entre les personnages.
Les films en ciné club à CGR, d'ici les vacances, seront : Mes provinciales, Plaire, aimer et courir vite.

Au Vox, Gueule d'ange un film fort , tendu et poignant de Vanessa Filho (et à Cotignac), et  Senses 5 de Ruyusuke Hamaguchi, une expérience cinématographique unique.
Et enfin à Salernes,  L’Homme qui tua Don Quichotte le film truculent de l ‘ex-Monthy Python Terry Gillian. Et rien qui retienne notre attention dans les autres salles !

 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net
et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !
 

EVERYBODY KNOWS

Ecrit et réalisé par Asghar FARHADI - Espagne/France 2018 2h12mn VOSTF - avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin, Eduard Fernandez, Barbara Lennie... Festival de Cannes 2018 : Film d’ouverture.

 

EVERYBODY KNOWSC’est au cour d’un voyage dans le Sud de l’Espagne que le réalisateur d’Une Séparation, Le Client (disponibles en Vidéo en Poche), Le Passé… a eu l’idée du film, au détour d’un fait divers. Pendant quinze ans, cet embryon d'histoire a poursuivi Ashgar Farhadi en arrière plan de chacun de ses films, comme un rengaine entêtante, jusqu’au jour où il décida finalement de s'y attaquer sérieusement et d'en faire un vrai scénario. Un scénario écrit et pensé par le cinéaste iranien en farsi, puis traduit minutieusement en espagnol. « Pendant toutes ces années, je ne pensais qu’à l’Espagne »… A voir le résultat, on constate à quel point Farhadi s’est imprégné de la culture, des odeurs, des sons, de la vitalité, de la lumière de l’Espagne : Everybody knows (nouvelle démonstration de l'impérialisme de la langue anglaise) respire, vit, et vibre comme un film espagnol.
Nous sommes dans le Sud du pays, dans un petit village rythmé par le ding-dong du clocher de l’Église, qui partage la place centrale avec le bar-restaurant. Les vignes ne sont pas loin, inondées de soleil. Ce matin-là, le bar est en effervescence. On y célèbrera demain un mariage et la fête promet d’être belle : il y aura le soleil, le vin de Paco, les cousins éloignés, l’orchestre, la musique et le sourire de Laura, la sœur de la mariée, qui a fait le déplacement avec ses deux enfants depuis l’Argentine où elle vit désormais. Pour Laura l’exilée, c’est l’occasion de renouer avec ses racines espagnoles.
C’est la première partie du film, elle est bruyante, joyeuse et mélancolique, comme le sont parfois les fêtes de familles où l’on constate, aussi, au détour d’une étreinte, que le temps a passé trop vite sur ceux que l’on aime. Asghar Farhadi, dans cette exposition de ses personnages, prend le temps de s’arrêter sur chacun, révélant en filigrane, par petites touches impressionnistes, les petites failles, les regards complices ou plus distants. Celle ou celui qui prendra la peine de bien observer pourra déjà lire, ici, les prémisses de la tragédie qui va advenir.
La deuxième partie du film, la plus longue et la plus intense, nous plonge avec brutalité dans un autre monde, sur un registre bien différent et pour ainsi dire dans un autre film, beaucoup plus sombre. Car un événement inattendu et violent va arriver, ébranlant d'un seul choc tout l’édifice familial, révélant les crispations, réveillant les vieux démons, ceux du passé, ceux qu’on ne voulait surtout pas inviter aux noces.
Tout le talent d’Asghar Farhadi se déploie doucement, sûrement, avec la sérénité tranquille de ceux qui savent parfaitement où ils nous mènent, ne lâchant jamais du regard aucun de ses personnages, en dépit de leurs travers ou de leurs petitesse. Il faut un vrai talent de chef d’orchestre – rythme, tempo, ruptures, direction d’acteurs – pour réussir de la sorte à faire exister autant de protagonistes sans jamais les juger et encore moins les condamner, tout en maintenant le spectateur en haleine. C’est sans doute la grande force du cinéma de Farhadi, et on la retrouve dans chacun de ses films, qu’ils se passent à Téhéran, à Paris ou au fin fond de l’Andalousie : un regard jamais moralisateur qui offre aux personnages (et donc aux comédiens, tous formidables) la possibilité de s’exprimer et aux spectateurs de décider.(Utopia)

CGR ciné club : mercredi 13 10h55, jeudi 14 13h40, samedi 16 10h55, lundi 18 16h20, mardi 19 10h55

Vox (Fréjus) : mercredi 13 15h55, vendredi 15 et mardi 19 16h, samedi 16 13h50

VOLONTAIRE

Sophie FILIERES - France 2018 1h40mn - avec Diane Rouxel, Lambert Wilson, Corentin Fila, Alex Descas, Josiane Balasko, Hélène Filières... Scénario d’Hélène Filières et Mathias Gavarry.

VOLONTAIRERien ne prédisposait la jeune et jolie Laure à intégrer la Marine Nationale française. Ni son pedigree : fille d’une célèbre comédienne de théâtre que l’on imagine plutôt engagée à gauche et allergique à tout ce qui porte uniforme (Josiane Balasko, impeccable). Ni son gabarit : petite taille, gracile comme un moineau, des allures de fillette perdue. Rien autour d’elle ne semble non plus l’orienter vers ce choix : pas de fiancé engagé, pas de grand-père mort au combat, pas de fascination particulière pour l’ordre, la discipline, les armes. Mais chacun a ses raisons et Laura gardera les siennes, ne cherchant pas à se justifier, affirmant avec force son choix que rien ne semble pouvoir ébranler.
La voici donc engagée sur une base militaire face à l’océan où son parcours brillant et ses diplômes de lettres et de langues lui ouvrent les portes des bureaux de la direction de l’école. Tout en réalisant son apprentissage, elle devient l’assistante du commandant Rivière, numéro deux de la base. Secrétaire, gratte-papier, elle est celle qui doit rédiger des mémos « nets et précis » en 3 ou 4 pages selon la demande, ni une ligne de plus, ni une de moins. Car le redouté commandant a tout du militaire psychorigide droit dans ses bottes, il n’aime ni les bavardages inutiles, ni les à peu près et surtout pas quand ça déborde. Assis l’un en face de l’autre, chacun derrière son bureau, séparés par une baie vitrée, on pourrait se croire dans un aquarium : là où deux espèces que tout sépare se toisent et s’observent, se tournent autour, chacun sur ses gardes, prêt à montrer les dents.

Laure s’acclimate facilement à cet univers d’ordre, de discipline et de règles ultra codifiées et hiérarchisées, elle va très vite piger le fonctionnement de l’institution, son langage, ses abréviations, ses non-dits. Très vite aussi, elle éprouve une fascination pour le commandant Rivière… Quel homme se cache derrière l’uniforme impeccable ? Quelles tempêtes, quels sentiments sont enfouis sous son crâne impeccablement brossé ? Quelle est sa vie ? Qui est-il vraiment ?
Rivière de son côté, surnommé « le Moine » tant son abnégation pour la Marine est totale, ne parvient pas à percer les motivations de la jeune fille et semble lui aussi comme aimanté par sa singulière détermination, ses airs de chat sauvage. Son regard bleu cache des nerfs d’acier et une efficacité redoutable… Laure a quelque chose d’une machine de guerre. Quand la jeune fille veut intégrer une formation spéciale réservées aux hommes, elle va devoir obtenir l’aval de Rivière. La première manche de la bataille commence alors…

Zone de pouvoir, de rapports de forces, de discipline aveugle et de dévouement sans condition, l’univers militaire est un champ d’observation singulier pour un cinéaste qui choisit d’y placer ses personnages. Hélène Filières le filme sans fascination particulière, sans jugement politique ou moral non plus, laissant simplement évoluer les protagonistes, les filmant au plus près comme pour mieux capter leur souffle, puis donnant de larges plans aux décors comme pour mieux montrer la puissance du cadre dans lequel ils évoluent. Dans ce jeu complexe et ambivalent fait de séduction, de craintes et d’attirance trouble, les frontières des relations sont bien moins nettes, concises et définies que les règles de la Marine Nationale. Lambert Wilson est parfait dans ce rôle sur mesure et le représentants de la jeune garde, Diane Rouxel et Corentin Fila, sont eux aussi parfaits. (Utopia)

CGR : mercredi 13 17h40, jeudi 14, vendredi 15, lundi 18 11h10, 13h30, 15h35, 17h40, samedi 16 et dimanche 17 11h05 et 17h40, mardi 19 13h30, 15h35, 17h'à

Vox (Fréjus) : mercredi 6 et vendredi 8 13h50, 15h55 et 21h, jeudi 7 15h, 18h30 et 21h, samedi 9, dimanche 10 et lundi 11 13h50, 18h30 et 21h, mardi 12 13h50, 16h15 et 21h

TROIS VISAGES

Écrit et réalisé par Jafar PANAHI - Iran 2018 1h40mn VOSTF - avec Benaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei, Maedeh Erteghaei... Festival de Cannes 2018 : Prix du meilleur scénario.

TROIS
VISAGESL’Iran est de toute évidence un pays prodigieux et son cinéma en est la meilleure preuve. Ainsi Jafar Panahi : l’acuité de son regard sur les maux de la société iranienne, associée à la grâce et à l’humour qu’il sait conférer à son insolence, règle très rapidement son cas auprès des autorités. Lesquelles commencent par interdire ses films, avant de lui interdire carrément de les tourner lorsque le réalisateur rejoint les opposants à l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad. Emprisonné puis jugé en 2010, condamné à six ans de prison et à une interdiction de tourner la moindre image durant vingt ans, il est depuis lors assigné à résidence… Mais aucune de ces mesures de rétorsion n’a réussi à empêcher Jafar Panahi de tourner des films et de les faire sortir du pays, selon des voies mystérieuses qui n’appartiennent qu’à lui… Depuis lors, Ceci n’est pas un film (2011), Pardé (2013) ou Taxi Téhéran  ont, chacun à leur manière, mis en scène l’enfermement du cinéaste acculé à l’inaction et s’employant à la contourner, sur un ton où le tragique le dispute à la malice, avec pour enjeu l’affirmation opiniâtre de sa survie, comme homme et comme artiste…

Une célèbre actrice de télé iranienne, Benaz Jafari, reçoit sur son téléphone une vidéo macabre, à l’authenticité incertaine : une jeune fille inconnue, empêchée par ses parents de suivre sa vocation de comédienne, se pend dans une grotte tout en l’appelant personnellement à l’aide… Bouleversée, la vedette (dans son propre rôle) plaque son tournage en cours et persuade son vieil ami, le réalisateur Jafar Panahi (dans son propre rôle aussi) de partir enquêter sur les lieux de la tragédie, dans les montagnes du Nord-Ouest iranien.
Rien qu’à l’énoncé de cette intrigue, on retrouve quelques ingrédients du grand cinéma iranien de naguère : le mélange inextricable de fiction et de réalité (avec ses mises en abyme) ; la voiture semblable à un studio ambulant ; le reflet du sort injuste fait aux femmes ; l’ombre du suicide, réponse ultime à une société oppressante où l’art est fort mal vu… Jafar Panahi est bien l’héritier de l’immense Abbas Kiarostami, mort en 2016, dont il fut l’assistant. Trois visages est le premier film du disciple tourné après la mort du maître. C’est un hommage émouvant à son œuvre, dont plusieurs films clés sont cités au détour du récit, notamment le sublime Goût de la cerise.

Avec modestie, avec les moyens du bord, mais aussi avec beaucoup d’humour, Jafar Panahi actualise donc tous les thèmes et les motifs légués par Kiarostami. Le village montagnard où débarquent la vedette et le cinéaste s’y prête parfaitement, avec ses traditions ancestrales et sa jeunesse en révolte sourde. Il y a même, dans une minuscule demeure à l’écart, une chanteuse-actrice d’avant la révolution islamique (1979), vivant comme une recluse. Dans le plus beau moment du film, on aperçoit de loin, après la tombée de la nuit, par la fenêtre de la maisonnette, trois silhouettes danser joyeusement : une activité proscrite en Iran.
Éloge des actrices (trois générations sont évoquées), et de l’expression artistique en général, le film traite aussi, et peut-être avant tout, de l’empêchement et de l’entrave. Jafar Panahi, qui avait tourné son précédent film, Taxi Téhéran, entièrement à l’abri de son véhicule, a, cette fois, une plaisanterie terrible, déclinant une invitation à dormir dans une maison du village : « C’est encore dans ma voiture que je suis le plus en sécurité ! » (d’après J. Mandelbaum dans Le Monde et L. Guichard dans Télérama)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 16h15, 18h30, 21h, jeudi 14 15h, 17h45, 21h, vendredi 15, 13h50, 16H, 18h30, samedi 16 et dimanche 17 13h50, 18h30, 21h, lundi 18 15H, 18h15, 21h

Cotignac : Dimanche 17 18h

 

 

GUEULE D'ANGE

Vanessa FILHO - France 2018 1h48mn - avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir, Amélie Daure, Stéphane Rideau... Scénario de Vanessa Filho et Diastème. Festival de Cannes 2018, Sélection Un certain regard.

 

GUEULE D'ANGEC'est l'histoire de Marlène et de Gueule d'ange. Une mère qui élève seule sa fille de huit ans qu'elle n'appelle que par ce surnom. Une relation forte, mais compliquée, déglinguée par le comportement erratique d'une jeune femme qui a du mal à assumer sa maternité, ses affaires de cœur, sa vie…
Quand on découvre Marlène, on devine qu'elle rentre tard d'une fête et qu'elle a célébré, en buvant plus de raison, quelque chose d'important. « J'ai assuré, j'ai assuré ! » répète-t-elle à sa fille, comme si elle avait passé un entretien et qu'elle avait décroché un boulot. En fait elle a trouvé un nouveau mec, elle va se marier. Pendant la préparation de la cérémonie, la tension est palpable, la mariée est fébrile, c'est normal. Après tout c'est sa cinquième chance de trouver l'homme de sa vie, comme elle le dira au cours du repas, dans une scène étonnante, remarquablement écrite, qui aurait sûrement été hilarante si la réalisatrice n'avait pas réussi à faire poindre les signaux du naufrage qui va immanquablement arriver.
On sent bien que Marlène n'est pas une mauvaise personne : elle aime sa fille, elle le lui dit et c'est sans aucun doute sincère, elle ne se rend pas compte à quel point la vie qu'elle lui fait mener peut être déséquilibrée, angoissante, périlleuse… C'est une nana paumée comme il y en a certainement des milliers, avec un horizon culturel limité aux émissions de télé-réalité débilitantes. Des filles grandies dans les années 1990 et 2000, durant lesquelles des générations de gamines – n'oublions pas les gamins pour autant – se sont fait farcir le cerveau de l'idée que chacun pouvait du jour au lendemain mener la vie d'une certaine jet set relatée dans des feuilles de choux plus ou moins à scandale. Et ce uniquement parce qu'elles avaient un joli minois et un corps idoine. En deux mots, parce qu'elles avaient un look de bimbo. C'est un peu ça Marlène, l'alcool en plus, à forte dose. Dans des milieux plus aisés, elle aurait pris de la cocaïne, c'est plus chic… Et puis un soir, Marlène disparaît sans prévenir et laisse sa fille se débrouiller, seule. Commence alors pour la gamine une période d'errance qui va révéler son incroyable énergie, sa force vitale…

 Vanessa Filho signe un premier film fort, tendu et poignant, photographié magnifiquement par Guillaume Schiffman. Elle offre aussi à Marion Cotillard la possibilité d'une performance hors normes qui, s'il en était encore besoin, confirme son immense talent (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 13h50, samedi 16 16h15, dimanche 17 16h10

Cotignac : jeudi 14 20h30

 

 

SENSES 5

Ryusuke HAMAGUCHI - Japon 2015 5h VOSTF - avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara, Rira Kawamura... Scénario de Ryusuke Hamaguchi, Tadashi Nohara et Tomoyoki Takahashi.
 

SENSESÀ quoi rêvent les femmes japonaises d’aujourd’hui ? À avoir plus de temps pour elles. Senses leur donne celui nécessaire pour se retrouver dans une splendide chronique d’émancipation…
Au Japon, 100 000 personnes disparaissent chaque année sans laisser de traces. On les appelle les « évaporés ». C'est ce qui va se passer avec Jun : du jour au lendemain elle disparaît, elle s'évapore, laissant ses trois meilleures amies dans le désarroi. Sa disparition va entraîner un séisme intime en chacune d’elles, les amenant à questionner leur amitié comme leurs vies respectives. Car Jun était le pilier du groupe, celle qui leur avait permis de toutes se rencontrer…

Ryusuke Hamaguchi donne une ampleur inédite à la situation en libérant une parole trop longtemps mise en sourdine. Sans rien montrer d’une hystérie généralisée ou d’actes physiques extrêmes, le chamboulement émotionnel n’en est pas moins intense. Il est à la source de remous intérieurs qui vont pousser les héroïnes à se poser des questions essentielles, à même de changer la destinée de chacune, parce que les réponses apportées s’émancipent du poids moral de toute une société. Comment aimer ? Peut-on avoir confiance en l’autre ? Doit-on tout se dire ? Ai-je la vie que je souhaite ? Des interrogations qui reflètent bien la perplexité affective dans laquelle flottent les sociétés contemporaines… Senses les remet au centre de tout, rappelant la nécessité d’une interaction sociale, quelle qu’en soit la forme.
Pour éviter des réponses toutes faites, Hamaguchi prend le temps d’une analyse collective, notamment par le biais du séminaire d’un artiste-activiste (baptisé « écouter son centre ») auquel participe la bande d’amies, parmi d'autres. Celui-ci va avoir un effet cathartique imprévu…

Hamaguchi filme avec une rare acuité les dynamiques de groupe qui transparaissent. Chaque personnage laisse éclore, dans des successions de gestes faussement anodins, des traits de caractères et des secrets enfouis, faisant éclater les faux-semblants, mettant à jour tout un système de mensonges et de dissimulations liés au statut et à la condition féminine, dans un monde qui persiste à vouloir les contraindre dans des codes et des schémas patriarcaux (pas propres au Japon mais dont les aspects paraissent ici inouïs de notre point de vue occidental et biaisé…). Il y a quelque chose du cinéma de John Cassavetes dans la maîtrise du jeu d’acteur improvisé, le faisant passer pour parfaitement naturel à l’écran…
Cinq épisodes ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes et leur rendre une parole trop longtemps empêchée. Vivre ainsi au plus près des émotions des personnages est un privilège suffisamment rare pour qu’on s’en délecte pleinement. À la fin de Senses, cette impression de quitter quatre amies proches, avec leurs qualités et leurs défauts, nous ferait presque espérer une suite à ce récit fleuve, galvanisant, prenant et toujours passionnant.

VOX (Fréjus) : mercredi 13 et samedi 16 18h45, vendredi 15 et mardi 19 19H, dimanche 17 20h30

 

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE

(The Man who killed Don Quixote) Terry GILLIAM - GB 2018 2h11mn VOSTF - avec Jonathan Pryce, Adam Driver, Olga Kurylenko, Stellan Skarsgard, Rossy de Palma, Sergi Lopez... Scénario de Terry Gilliam et Tony Grisoni, d'après le roman de Miguel de Cervantes.

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE« Certains disent que je suis fou, que je suis seulement habité par mes illusions. Mon nom est Don Quichotte, je ne peux pas mourir. »

On n'osait même plus y croire : le Don Quichotte de Terry Gilliam arrive enfin sur nos écrans ! 25 ans que le Monty Python visionnaire poursuivait son rêve fou, son projet dantesque de porter au cinéma le chef d'œuvre de Miguel de Cervantes, 25 ans sous le signe des espoirs ravagés et de la malédiction implacable – Gilliam n'est d'ailleurs pas le seul cinéaste à avoir sué sang et eau face à Don Quichotte ; on ne citera qu'un seul de ses collègues en galère et pas des moindres : Orson Welles lui-même qui laissa le sien inachevé après y avoir travaillé plus ou moins assidûment pendant les trente dernières années de sa vie…

Pour en revenir à Gilliam, on se souvient de la première concrétisation avortée, du tournage entamé en 2000 avec Jean Rochefort dans le rôle du chevalier à la triste figure et Johnny Depp dans celui de son valet au bon sens inébranlable. Un tournage qui tourna au désastre : pluies diluviennes, maladie de Rochefort, survol constant du plateau par des avions militaires, incapacité du réalisateur à maîtriser les événements… On s'en souvient d'autant mieux que ce déchirant naufrage donna naissance à un excellent documentaire, Lost in la Mancha, programmé dans nos salles.
Gilliam aurait pu être découragé par ce cuisant échec mais non, il est reparti au combat contre les moulins à vent, il a bataillé et frappé à la porte de moult producteurs pour trouver les moyens de remettre son film en chantier. Il y est finalement parvenu, il a réussi à tourner en 2017 l'intégralité de son adaptation avec un nouveau tandem bougrement alléchant : Jonathan Pryce (son complice de Brazil) et Adam Driver. Et même si la malédiction a semblé une nouvelle fois étendre son voile noir à travers une sombre histoire d'argent et de droits non respectés, L'Homme qui tua Don Quichotte n'est plus un rêve, n'est plus une chimère mais bel et bien un film qui va être projeté en clôture du Festival de Cannes 2018 et que nous programmerons dans la foulée.

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? L’amour triomphera-t-il de tout ? (Utopia)

Salernes : jeudi 14, vendredi 15 et dimanche 17 18h, samedi 16 21h

 

 

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

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358 chemin du peyrard
83300 Draguignan
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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Au(x) cinéma(s) du 16 au 22 mai 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Notez tout d'abord dans vos agendas les prochaines soirées Entretoiles : L'Insulte de Zad Doueiri, le dimanche 27 mai, un film d'une intelligence rare où la grande Histoire se nourrit des petites histoires... et le 10 juin,  L'île aux chiens de Wes Anderson, une fable haletante entre cynisme et soif de justice.

Notez aussi les films en ciné club au CGR ces prochaines semaines : Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, La Prière de Cédric Kahn, Razzia  de Nabil Ayouch et Everybody knows de Asghar Farhadi. Que du bonheur !
 
Voyons maintenant le programme de la semaine : au CGR, en ciné club, c'est Eva de Benoit Jacquot, la fascination d'un être pour un autre, et qui le conduit à sa perte. Au Vox, à Fréjus, Everybody knows de Asghar Farhadi, film d'ouverture du festival de Cannes, une fête de mariage où les démons du passé s'invitent et nous tiennent en haleine jusqu'à la fin, Plaire, Aimer et Courir vite de Christophe Honoré, film sélectionné au festival de Cannes, une épopée amoureuse fredonnée entre rires et larmes, L'Île aux chiens de Wes Anderson, une fable sur une guerre haletante entre  cynisme et  soif de justice.  Comme des Rois de Xabi Molia, chronique sociale et comédie, un film épatant et généreux, La place publique d'Agnès Jaoui, un portrait drôle, grinçant et néanmoins bienveillant de notre époque (aussi à Salernes) et Candelaria, film cubain de Johnny Hendrix Hinestroza, un joli film d'amour du 3ème âge, généreux, drôle et vivifiant (aussi à Lorgues).
A Lorgues, nous avons aussi Sonate pour Roos de Boudewijn Koole, film émouvant sur l'incapacité des êtres à se rencontrer et à Salernes The Third Murder de Kore-Eda, qui abandonne la chronique familiale pour se consacrer à un drame judiciaire avec le même sens aigu de l'observation.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

EVA

Réalisé par Benoît Jacquot (2018) Avec Isabelle Huppert (Eva) , Gaspard Ulliel (Bertrand Valade) , Julia Roy ...

 

Au(x) cinéma(s) du 11 au 17 avril 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Cette semaine, beaucoup de beaux films à voir, comme souvent finalement !
Tout d'abord, l'événement de la semaine c'est la soirée Entretoiles le  dimanche 15 avril  sur le thème "Partir ?" avec Une Saison en France de Mahamat Saleh Haroun, le nouveau film d'un des plus grands cinéastes africains et Les Bienheureux de Sofia Djama où l'on voit que le cinéma algérien n'a pas fini de nous surprendre par sa profondeur, sa délicatesse et sa complexité, avec, bien sûr, l'apéritif Entretoiles entre les deux ! A ce sujet, nous vous incitons vivement à apporter votre contribution au buffet, quelque chose à grignoter et partager !
Par ailleurs, un membre d'Entretoiles se tiendra dans le hall pour ceux qui voudraient adhérer ou renouveler leur adhésion.

À CGR, vous pouvez voir  dans le cadre du ciné club Gaspard va au mariage d'Anthony Cordier, douce comédie décalée. Colibris nous propose L'Intelligence des arbres de Guido Tölke et Julia Antel qui explore les modes de communication des arbres avec un peu (trop ?) d'anthropomorphisme. Et dans la programmation ordinaire, on peut voir (au Luc aussi) Ready Player One de Steven Spielberg, un pur divertissement palpitant !
À noter que les prochains films à venir seront  La Forme de l’eau  et Eva.

Au Vox, à Fréjus, vous pouvez voir L'Île aux chiens de Wes Anderson, drôle, intelligent, profond, et plastiquement sublime, Kings de Deniz Gemize Ergüven qui nous avait régalés avec Mustang et qui revient avec la même vitalité et la même fougue du récit, Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, observateur des passions des corps et des âmes (à Cotignac aussi), La Mort de Staline de Armando Lanucci, habile mélange d'humour noir, de cynisme et de loufoquerie, interdit en Russie, et Madame Hyde de Serge Bozon, fable sur la transmission.

À Lorgues, La Belle et la Belle de Sophie Fillières, un conte ludique et charmant, Moi, Tonya de Craig Gillepsie, véritable tragédie contemporaine, Tesnota, une vie à l'étroit de Kantemir Balagov, film sec, tendu, et sans artifice, et Frost de Sharunas Bartras d'une admirable beauté.

À Salernes, Lady Bird de Greta Gerwig, joli film sur le passage de l'adolescence à la vie d'adulte et Hostiles de Scott Cooper (aussi à Cotignac), un western grave et majestueux.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Notez aussi dans vos agendas la journée du 12 mai qui verra se tenir La saison 1 d'Entrelivres, résurrection des Escapades littéraires, avec tout au long de la journée, rencontres avec des écrivains, éditeurs, libraires etc...journée qui se finira au CGR par un film :  Fuocoammare, par delà Lampedusa de Gianfranco Rosi. Vous recevrez prochainement la programmation détaillée de la journée sur vos boîtes mail.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

PROGRAMMATION DU 11 AU 17 AVRIL 2018

 

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Une Saison en France
Écrit et réalisé par Mahamat-Saleh HAROUN
C'est le nouveau film, tourné en France, d'un des plus grands cinéastes africains actuels. Après avoir sublimé et exploré sans complaisance, dans plusieurs films mémorables (Daratt, saison sèche, Un homme qui crie, Grigris), la réalité et les fictions de son Tchad natal, Mahamat-Saleh Haroun, qui vit le plus souvent en France, a pensé qu'il fallait maintenant qu'il « questionne la mémoire de l'exil qui se fabrique ici, qu'il montre des visages qu'on ne voit pas souvent dans le cinéma dominant. » C'est ainsi qu'il consacre aujourd'hui ce beau film à ceux qui ont quitté l'Afrique pour échapper à la guerre ou au désespoir économique et qui tentent de trouver une place dans un pays qui se revendique de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, un pays qui sut être le refuge de bien des exilés. C'est donc l'histoire d'Abbas, qui était professeur de français en Centrafrique et qui a fui avec sa famille la guerre civile dans son pays, un pays artificiellement créé, marqué par l'impérialisme français et ses fantoches... lire la suite
Soirée Entretoiles CGR : dimanche 15 avril 18h
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Les Bienheureux
Ecrit et réalisé par Sofia DJAMA
Après En attendant les hirondelles, le cinéma algérien n’en finit pas de nous surprendre par sa profondeur, sa délicatesse et sa complexité. Avec Les Bienheureux, c’est encore une autre histoire de l’Algérie qui s'exprime, qui nous raconte les blessures et les drames, les espoirs et les déceptions d’une société traversée par des vents contraires : la fougue d’une jeunesse qui se cherche et se perd parfois, les désillusions des adultes qui ont connu le goût des utopies, mais aussi celui du sang. Les « bienheureux » du film ne le sont pas parce qu'ils seraient nés sous une bonne étoile, ni parce qu’ils auraient eu un destin hors norme, ils le sont car vivants, tout simplement. L’histoire se passe sur une journée et une nuit, à Alger, si belle, si mystérieuse quelque que soit la lumière qui l’éclaire ; elle prend corps à travers plusieurs protagonistes, de différentes générations et origines sociales... lire la suite
Soirée Entretoiles CGR : dimanche 15 avril à 20h30
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Gaspard va au mariage
Réalisé par Antony Cordier
France 2018 1h43mn
avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret...
Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir. Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance... lire la suite
Ciné-club CGR : mercredi 11 à 17h40, jeudi 12 à 11h, vendredi 13 à 19h50, samedi 14 à 14h et lundi 16à 22h
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L'Intelligence des Arbres
Réalisé par Guido Tölke et Julia Dordel
Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s'occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Il a écrit le bestseller "La Vie Secrète des Arbres" (vendu à plus d'1 million d'exemplaires) qui a émerveillé les amoureux de la nature. Ses affirmations ont été confirmées par des scientifiques à l'Université du "British Columbia" au Canada. Ce documentaire montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte. Les racines : voilà le secret et le mystère des hommes, mais aussi la clé de la compréhension des arbres... lire la suite
Proposé par Colibris au CGR : jeudi 12 avril à 20h
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L'Île aux chiens
Réalisé par Wes ANDERSON
L'Île aux chiens est une merveille qui prouve, après le déjà formidable Fantastic Mr Fox (mais L'Île aux chiens est plus adulte), que Wes Anderson est un maître du cinéma d'animation : ce moyen d'expression particulier est un terrain idéal pour son invention débordante, sa fantaisie tendre, sa poésie loufoque, sa philosophie candide. C'est évidemment l'animation qui permet à Wes Anderson de faire exister Chief, Rex, King, Boss, Duke ou Spots… ces chiens follement courageux, débrouillards, tchatcheurs, gouailleurs, et finalement bien plus sensés que ces humains vaniteux qui croient tout savoir sur tout… Nous sommes ici devant une réussite majeure du cinéaste, qui enchantera tous ceux qui sont sensibles à son univers unique, qu'il vive à travers des personnages en chair et en os ou à travers des marionnettes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 11 VF à 13h50, 18h15 et VO à 20h45, jeudi 12 VF 16h10, 20h30 VO 18h15, vendredi 13 VF 13h50, 18h30 et VO 21h, samedi 14 VF 13h40, 18h30, VO 15h35, dimanche 15 VF 16h, 18h15, VO 20h30, lundi 16 VF 15h40, 17h50, VO 20h, mercredi 17 VF 16h05, 21h, VO 18h30
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Kings
Écrit et réalisé par Deniz GAMZE ERGÜVEN
On se souvient du très joli et très primé Mustang, le premier film de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven. Si Kings est très différent, il y a malgré tout un réel cousinage. On retrouve la même vitalité des personnages, une fougue du récit, une thématique qui résonne comme une urgence vitale. La cinéaste adopte le point de vue des laissés pour compte : celui des jeunes filles turques dans l’un, celui des minorités ethniques américaines dans l’autre. Et si dans Kings on a parfois l’impression de nager en plein délire, le plus délirant, justement, est que rien n’y est inventé… À commencer par le personnage principal, la pétillante Millie… Difficile d’imaginer plus pêchue qu’elle. Une drôlesse au grand cœur prête à ramasser tous les mômes errants. Et dans son quartier de South Central (Los Angeles) dans les années 90, les mioches paumés, ce n'est pas ce qui manque. De sorte que, lorsqu’on pénètre chez Millie, ça fiche le tournis tellement ça vit ! ... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 11 13h50, 18h30, 20h45, jeudi 12 16h40, 18h30, 20h30, vendredi 13 13h40, 18h50, 21h, samedi 14 13h40, 17h40, 21h35, dimanche 15 14h, 16h20, 21h10, lundi 16 13h50, 16h20, 21h, mardi 17 13h50, 18h30, 21h
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La Mort de Staline
Réalisé par Armando IANNUCCI
Dur de passer du Jeune Karl Marx, programmé l'année dernière à Utopia, à La Mort de Staline. De l'aimable philosophie à l'abominable barbarie. Et comment s'y prendre avec un client qui affichait au compteur, au moment de son dernier souffle, la bagatelle de 5 millions d'exécutions, plus 5 millions d'individus envoyés, avec des fortunes diverses, au goulag, sans oublier les 9 millions de petits propriétaires paysans emportés par la famine suite aux réquisitions. Comment s'y prendre si ce n'est par la farce ? L'inimaginable en effet dans cette histoire est que cette Mort de Staline hilariously british, loin de toute désolation funèbre ou de toute compassion, relève plus du Dr Folamour de Kubrick, avec son cow-boy chevauchant sa bombe atomique, que de la tragédie funèbre... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 11 15h50, 18h15, 20h45, jeudi 12 13h50, 18h20, vendredi 13 13h50, 18h25, 21h, samedi 14 15h30, 17h45, dimanche 15 15h50, 18h15, 20h30, lundi 16 15h50, 18h15, 20h45, mardi;17 13h50, 16h05, 21h
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Mektoub My Love : Canto Uno
Réalisé par Abdellatif KECHICHE
Au moment où l'on écrit ses lignes, les frimas de l'hiver glacent encore nos corps endormis, et voilà que déboule cet incroyable torrent visuel de soleil et de sensualité, une ode à la vie, à l'amour sans entraves, aux corps libérés. On est au cœur de l'été 1994, dans le Sud, plus précisément à Sète, cité portuaire et populaire chère au réalisateur. En cet été caniculaire, tout le monde écoute Supertramp, et tout le monde ne pense qu'à danser ou aller à la plage. Amine, qui fait ses études à Paris mais qui surtout se cherche (il écrit aussi des scénarios de cinéma), est revenu voir sa famille qui tient un restaurant tunisien/asiatique. Ce matin-là il chemine à vélo pour rendre une visite surprise à son amie Ophélie. Mais quand il arrive, des bruits provenant de la chambre ne laissent aucun doute, Ophélie est en train de faire l'amour : scène d'une intensité digne de celles que l'on pouvait voir dans La Vie d'Adèle. Amine attend que l’amant, son cousin Toni, s’en aille pour aller voir Ophélie laquelle est en principe promise à Clément – un marin du porte-avions Charles de Gaulle – même si elle avoue à Amine entretenir depuis longtemps une relation avec Toni... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 13 15h30
Cotignac : vendredi 13 20h30
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Madame Hyde
Écrit et réalisé par Serge BOZON
Après le déjà azimuté Tip Top, voici Madame Hyde, nouveau film de Serge Bozon, le grand inventeur de révoltes logiques. Ce qu’il présente lui-même comme un « film sur l'éducation » reprend ses grandes lignes au célèbre Dr Jekyll et Mr Hyde de Stevenson, en racontant l’histoire de Madame Géquil (Isabelle Huppert), une très maladroite professeure de physique, enseignant dans un lycée de banlieue. La mauvaise prof y affronte un mauvais élève, l’insolent Malik (Adda Senani), qui marche avec l’aide d’un déambulateur.
Le film raconte leur rencontre, le cheminement de leur changement mutuel, le périple d’un apprentissage en commun. Cela passe par un événement qui semble pourtant purement extérieur, objectif : une nuit, Madame Géquil prend la foudre dans son laboratoire, et la voici muée en Madame Hyde, « femme de feu » qui hante les cités la nuit sur les traces de Malik, et trouve pour son enseignement diurne une énergie soudaine et profitable...
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 11 16h, vendredi 13 16h15, lundi 16 13h50, mardi 17 13h
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Moi, Tonya
Réalisé par Craig GILLESPIE
Qui se souvient de Tonya Harding ? Bientôt vous ne serez pas près de l’oublier ! Grâce à ce film épatant qui raconte son histoire si particulière et va vous transporter dans un véritable tourbillon de vie ébouriffant. L'histoire d’une petite fille qui avait tout pour devenir, qui est même devenue l’espace d’un instant, envers et contre tout, la meilleure patineuse artistique du monde avant de tomber dans la disgrâce et dans l’oubli. Il faut dire que soudoyer une bande de crétins pour aller briser la jambe de sa rivale (Nancy Kerrigan) avant les jeux olympiques de 1994, ce n’était pas très fair play. Mais est-ce bien la vérité ? Où est-elle ? Existe-t-il une vérité univoque ? N’est-elle pas plus complexe que les médias l’ont décrété à l’époque ?
Remontée dans le temps qui commence façon faux documentaire. Face caméra : interview de la mère Harding. Interview de l’ex-mari Jeff Gillooly. Interview du garde du corps Shawn Eckhardt. Interview de Tonya…
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Lorgues : mercredi 11 19h, samedi 14 et dimanche 15 18h, lundi 16 21h
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La Belle et la Belle
Écrit et réalisé par Sophie FILLIERES
C’est un enchantement, que dis-je un enchantement, c’est un tour de magie, un ravissement, un conte, une fable, une promenade aussi ludique que charmante quelque part au Royaume des belles et des… belles. Sophie Fillières a un vrai talent pour nous embarquer dans des histoires a priori assez banales d’où va surgir, tel le lapin blanc du chapeau noir, une excentricité, un grain de folie, un truc complètement barré que ses héroïnes vont affronter avec ce détonnant mélange de douce naïveté et de sérieux, source de situations souvent extrêmement comiques. Elle embrasse ici tout de go un thème fantastique et nous embarque sans équipement ni précautions particulières dans une sorte de monde parallèle où tout devient possible parce que tout prend cœur et corps à travers des personnages pour lesquels elle déploie une précieuse et infinie tendresse... lire la suite
Lorgues : mercredi 11 17h, vendredi 13 21h25, samedi 14 20h20, dimanche 15 16h
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Tesnota – Une vie à l’étroit
Réalisé par Kantemir BALAGOV
C’est un coup d’éclat, un premier film d’une force époustouflante, de ceux que le cinéma – jeune ou mature – peut offrir de meilleur. Son jeune réalisateur Kantemir Balagov a retenu un fait divers survenu en 1998 (il n’avait alors que 7 ans) dans sa ville natale de Naltchik, capitale de Kabardino-Balkarie, une des sept républiques autonomes caucasiennes de Russie. Le film relate l’histoire d’une famille juive dont les enfants, Ilana l’électron libre et son frère cadet David, vont chercher la voie de l’émancipation sur fond de tensions politiques et ethniques dans le Caucase post-soviétique. Brillant dans sa forme, entier dans ses moindres recoins, Tesnota bouleverse par la densité du portrait qu’il dresse d’une jeunesse empêtrée dans des problèmes qui la précèdent. On retiendra longtemps le personnage d’Ilana, jeune femme d’une trempe hors du commun, lointaine cousine de la Rosetta des frères Dardenne, déterminée à échapper à tous les carcans... lire la suite
Lorgues : mercredi 11 21h20, vendredi 13 19h10, lundi 16 16h25
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Frost
Réalisé par Sharunas BARTAS
Venu de l’autre côté du froid, le lituanien Sharunas Bartas est le prince de la mélancolie fatale, du plan qui cristallise, des sentiments qui expirent, du monde qui s’efface. Bientôt trente ans que cette œuvre confidentielle, d’une admirable beauté formelle et d’une douleur sans fond, fait vivre cette couleur rare, ce blanc tremblant de la ténuité des choses et des êtres, sous le grand chapiteau du cinéma mondial… Un couple de jeunes Lituaniens se retrouve, un peu par hasard et au terme d’une décision hâtivement prise, au volant d’une camionnette bourrée de vivres et de vêtements à destination des militaires ukrainiens qui défendent le territoire national contre les séparatistes russes. Munis de quelques laissez-passer et de leur inexpérience en matière d’action humanitaire, ils ne se doutent pas qu’un long et pénible périple les attend jusqu’au front... lire la suite
Festival de cinéma de Lorgues : jeudi 29 20h
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Lady Bird
Écrit et réalisé par Greta GERWIG
Actrice, danseuse, scénariste, Greta Gerwig dévoile progressivement ses multiples talents et réalise un formidable premier film qui va casser la baraque. Les critiques américaines sont enthousiastes, les récompenses pleuvent, les premiers spectateurs outre-Atlantique sont emballés, le bouche à oreille est en marche… On vous attend !
Quand votre mère vous gonfle, ressasse toujours les mêmes rengaines, quoi faire d’autre que de sauter de la voiture en marche pour ne plus l’entendre ? C’est en tout cas ce que fait Christine ! Un brin radicale, la drôlesse (Saoirse Ronan, sincère, espiègle, bouleversante) et pourtant si touchante. À 17 ans, elle a l’âge de toutes les rêveries, de toutes les angoisses aussi. La peur de n’être rien, de ne rien devenir. Elle a aussi l’âge d’enquiquiner son monde, de vouloir le fuir, d’en avoir honte. Surtout ne pas se laisser emprisonner dans ses comportements petit-bourgeois, dans ses murs étroits, ceux de Sacramento que Christine rêve de quitter tout comme une bête à bon Dieu abandonne derrière elle sa chrysalide...
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Salernes : vendredi 13 18h et lundi 16 20h30
Affiche
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Hostiles
Écrit et réalisé par Scott Cooper
Un capitaine de cavalerie (Christian Bale), ancien combattant amer et austère, hanté par sa guerre contre les Amérindiens, reçoit l’ordre d’une mission à ses yeux cuisante : escorter un chef cheyenne emprisonné et très malade, jusque sur sa terre natale, au Montana. Sur leur route, le soldat et ses hommes croisent une femme (Rosamund Pike, la superlady glaçante de Gone Girl) dont la famille a été massacrée par des Comanches. Hagarde, elle se joint au convoi bizarre, composé de survivants comme elle. Le périple, lent, à travers des paysages amples et sauvages. Le souci de réalisme quant au dialecte et aux coutumes des Cheyennes. La violence qui peut surgir à tout moment, à l’extérieur ou à l’intérieur du groupe. Voilà ce qui fait l’attrait de ce western grave, majestueux, avec quelques touches d’emphase. Scott Cooper (Crazy Heart, Les Brasiers de la colère), auteur de cette histoire assez forte sur des ennemis de longue date contraints de faire alliance, accorde à chacun de ses héros une densité, un vécu qui éclairent leurs actes... lire la suite
Salernes : mercredi 11 18h, vendredi 13, samedi 14 et mardi 17 20h30
Cotignac : vendredi 13 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Une Saison en France
http://fr.web.img3.acsta.net/c_300_300/pictures/17/11/08/17/42/0357831.jpgÉcrit et réalisé par Mahamat-Saleh HAROUN
France 2017 1h41mn
avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys, Ibrahim Burama Darbœ, Bibi Tanga, Léonie Simaga...

C'est le nouveau film, tourné en France, d'un des plus grands cinéastes africains actuels. Après avoir sublimé et exploré sans complaisance, dans plusieurs films mémorables (Daratt, saison sèche, Un homme qui crie, Grigris), la réalité et les fictions de son Tchad natal, Mahamat-Saleh Haroun, qui vit le plus souvent en France, a pensé qu'il fallait maintenant qu'il « questionne la mémoire de l'exil qui se fabrique ici, qu'il montre des visages qu'on ne voit pas souvent dans le cinéma dominant. » C'est ainsi qu'il consacre aujourd'hui ce beau film à ceux qui ont quitté l'Afrique pour échapper à la guerre ou au désespoir économique et qui tentent de trouver une place dans un pays qui se revendique de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, un pays qui sut être le refuge de bien des exilés…
C'est donc l'histoire d'Abbas, qui était professeur de français en Centrafrique et qui a fui avec sa famille la guerre civile dans son pays, un pays artificiellement créé, marqué par l'impérialisme français et ses fantoches (souvenons-nous du tristement fameux Bokassa). L'épouse d'Abbas est morte en chemin – son fantôme hante nombre de ses nuits –, le laissant père esseulé de deux jeunes enfants, l'exubérante Asma et le discret Yacine. Sur ces ruines, Abbas tente de reconstruire sa vie à Paris, travaillant sur un marché où il a rencontré Carole, une fleuriste qui s'est attachée à cet homme courageux et cultivé. Comme son titre l'indique, le film se déroule sur une saison, un hiver qui sépare peut être l'espoir des désillusions, le temps de l'interminable attente administrative, entre le dépôt d'une demande et la réponse de la commission nationale du droit d'asile.

Une saison en France montre parfaitement les réalités quotidiennes de ces exilés, leur vie toujours en suspens : les enfants tentent d'avoir une vie d'élèves français comme les autres tout en sachant qu'elle sera rythmée par les déménagements intempestifs ; Abbas et son ami Étienne – également demandeur d'asile, intellectuel comme lui, qui a trouvé refuge dans une cabane de fortune – attendent tous deux désespérément de savoir enfin s'ils vont être régularisés ou expulsés, dans l'incapacité de faire quelque projet que ce soit, dans l'impossibilité de seulement s'engager dans une histoire d'amour. Carole, de son côté, attend elle aussi dans l'angoisse que la situation de l'homme qu'elle aime s'éclaircisse, pour construire avec lui un éventuel avenir.
Il est ici essentiellement question de dignité, celle qu'on tente de préserver malgré les conditions matérielles difficiles, malgré les humiliations, malgré les tracasseries de l'administration et de la police. Avec en permanence les questions qui taraudent : et si la vie ici était impossible ? Et s'ils avaient fait le mauvais choix, malgré la guerre là bas ? Et si le bonheur était ailleurs ?
Quand on regarde les implacables statistiques qui placent la France dans les derniers rangs des pays occidentaux pour l'accueil des réfugiés, on se dit tristement qu'on a une partie de la réponse. Et le film de Mahamet-Saleh Haroun paraît décidément salutaire. (Utopia)


Soirée Entretoiles CGR : dimanche 15 avril 18h

Les Bienheureux
I AM NOT YOUR NEGROEcrit et réalisé par Sofia DJAMA
Algérie / France 2017 1h42mn VOSTF
avec Sami Bouajila, Nadia Kaci, Faouzi Bensaïdi, Amine Lansari, Lyna Khoudri...

Après En attendant les hirondelles, le cinéma algérien n’en finit pas de nous surprendre par sa profondeur, sa délicatesse et sa complexité. Avec Les Bienheureux, c’est encore une autre histoire de l’Algérie qui s'exprime, qui nous raconte les blessures et les drames, les espoirs et les déceptions d’une société traversée par des vents contraires : la fougue d’une jeunesse qui se cherche et se perd parfois, les désillusions des adultes qui ont connu le goût des utopies, mais aussi celui du sang. Les « bienheureux » du film ne le sont pas parce qu'ils seraient nés sous une bonne étoile, ni parce qu’ils auraient eu un destin hors norme, ils le sont car vivants, tout simplement.

L’histoire se passe sur une journée et une nuit, à Alger, si belle, si mystérieuse quelque que soit la lumière qui l’éclaire ; elle prend corps à travers plusieurs protagonistes, de différentes générations et origines sociales. Il y a d’abord le couple bourgeois formé par Samir et Amal, d’anciens quatre-vingt-huitards, des militants qui ont participé en octobre 1988 aux émeutes qui ont conduit à la fin du parti unique et à l’ouverture démocratique. Pourtant, ils sont revenus de bien des rêves et espoirs et cette soirée d’anniversaire de leurs vingt ans de mariage a de tristes allures de bilan. Et puis il y a leur fils, Fahim, jeune adulte plus ancré dans le présent et dans sa ville, dans laquelle il erre avec ses amis étudiants, Reda et Feriel, avant de rejoindre des jeunes d’un tout autre milieu social, dans un quartier populaire, où l’humour, l’alcool et le shit – et pourquoi pas aussi la quête de spiritualité – aident à tuer l’ennui. Autour, dehors, il y a Alger. Une ville qui semble garder en elle le secret des morts, des disparus et porte comme un fardeau le poids des années d'une guerre civile que l’on tente d’oublier mais à laquelle chacun pense, toujours, tout le temps, tant elle a embarqué dans sa spirale de violence la société algérienne toute entière. L’avenir a du mal à se construire et c’est bien le portrait d’un pays figé dans un immobilisme déconcertant qui est ici brossé, sans concession… un pays si jeune mais dirigé par un gouvernement usé jusqu’à la corde.
Alger est donc bien le personnage central du film, avec des moments de déambulation dans ses rues folles, avec ses immeubles décrépis qui écrasent les personnages par un trop-plein d’histoire, avec sa sonorité contrastée entre le Taqwacore (une espèce de punk muslim hyper connecté au présent) et la chanson française engagée qui sent la naphtaline. Alger n’est pas qu’un cadre, elle est le centre d’attraction et de répulsion de chaque personnage : on regrette de ne pas l’avoir quittée à temps, on voudrait la fuir ou y rester enraciné à tout jamais, on la regarde avec tendresse, dégout ou amertume face à ce qu’elle est devenue et devant ce qu’elle ne sera jamais.

« Je voulais deux points de vue générationnels pour montrer les conséquences de la bigoterie et de la politique sur l’intimité des gens. Résignation pour les uns, cynisme pour les autres… Il y a les adultes qui avaient vingt ans en octobre 1988 lors du soulèvement populaire et leurs enfants âgés de vingt ans en 2008 (ma génération), période à laquelle se déroule l’histoire, quelques années, donc, après la guerre civile. Amal et Samir, les parents, veulent fêter leur vingtième anniversaire de mariage au restaurant. Mais cette nuit-là va les forcer à rompre avec ce rituel : ils vont devoir faire face à l’échec socio-politique dont ils sont en partie responsables en tant qu’ex-militants. Au même moment, Fahim et ses amis errent dans une Algérie différente, sous tension, mais dans laquelle ils trouvent des espaces de liberté, car, contrairement à leurs aînés, ils continuent de rêver en créant leurs propres codes, en vivant avec leur société et en essayant de s’y frayer un chemin sans la juger. En une nuit, je les confronte tous à des contretemps permanents… » Sofia Djama (critique utopia)


Soirée Entretoiles CGR : dimanche 15 avril à 20h30

Gaspard va au mariage

 

 

Réalisé par Antony Cordier
France 2018 1h43mn
avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret...

Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir. Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance...

Voici qu’on tient, au moins le temps d’un film, notre Wes Anderson français. Celui de La Famille Tenenbaum et d’A bord du Darjeeling Limited, qui mettait en scène des fratries de trentenaires inconsolables, en deuil de leurs dons enfantins et de leurs chastes amours incestueuses. La comparaison avec l’Américain ne s’arrête pas aux thèmes : avec Gaspard va au mariage, hanté par toutes sortes de chimères, le réalisateur Anthony Cordier accède à une drôlerie poétique absente de ses deux premiers longs métrages, Douches froides (2005) et Happy Few (2010).

Gaspard (Félix Moati) est un garçon d’aujourd’hui, encore libre comme l’air mais pas léger pour autant. Il s’est tenu, pendant des années, à l’écart de sa famille, qui tient un zoo dans le Limousin. Invité au remariage de son père et mal dans sa solitude, il convainc, en chemin, une fille paumée de tenir, pendant la noce, le rôle de sa petite amie. Laetitia Dosch, la révélation du récent Jeune Femme, aux accents imprévisibles et délicieusement énervants, permet alors au film de quitter, dès les premières minutes, les rails du naturalisme.

Sur place, la maison familiale, située au milieu du zoo, a tout d’un vieux coffre plein de jouets cassés. L’entreprise coule. Les souvenirs d’une mère radieuse (Elodie Bouchez), disparue top tôt, planent encore. La compagne du père, un infidèle compulsif, se ravise quant au mariage. Les frère et sœur restent englués dans leur enfance. Lui (Guillaume Gouix) se dévoue entièrement à ce zoo qu’il a toujours connu. Elle (Christa Théret) aussi, en s’identifiant, qui plus est, à une ourse dont elle garde en permanence la fourrure sur elle, façon Peau d’âne…

La proximité entre les hommes, les animaux et la nature, discrètement féerique, ou maléfique, renvoie sans cesse à l’univers des contes, transgressions incluses. De fait, chaque personnage se retrouve bientôt devant une frontière invisible, contraint à se métamorphoser. Et le film captera la dernière étreinte familiale avant la dispersion inévitable. Entre-temps, grâce à sa formidable troupe d’acteurs, Anthony Cordier accumule assez d’humour, de sensualité et d’énergie pour que cet enterrement, qui ne dit pas son nom, reste une fête. Des plus réussies. (Télérama)


Ciné-club CGR : mercredi 11 à 17h40, jeudi 12 à 11h, vendredi 13 à 19h50, samedi 14 à 14h et lundi 16à 22h

L'Intelligence des Arbres
Réalisé par Guido Tölke et Julia Dordel
Documentaire France 2016

Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s'occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Il a écrit le bestseller "La Vie Secrète des Arbres" (vendu à plus d'1 million d'exemplaires) qui a émerveillé les amoureux de la nature. Ses affirmations ont été confirmées par des scientifiques à l'Université du "British Columbia" au Canada. Ce documentaire montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte.

Les racines : voilà le secret et le mystère des hommes, mais aussi la clé de la compréhension des arbres. Une petite révolution scientifique popularisée par le forestier allemand Peter Wohlleben, auteur du best-seller La Vie secrète des arbres, dans lequel il prouve que les arbres sont des êtres sociaux, qui communiquent et se soutiennent entre eux par le système racinaire. L’empathie, le langage et même l’amitié sont des facultés que cet observateur, soutenu par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (Canada), prête depuis peu au monde végétal. Avec ses entretiens en pleine forêt, ce documentaire assume son côté pédagogique, dans la lignée du livre dont il est la déclinaison.(Télérama)


Proposé par Colibris au CGR : jeudi 12 avril à 20h

 

 

 

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Au(x) cinéma(s) du 28 mars au 3 avril 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Le festival de cinéma Amérique du sud que nous vous avons proposé avec la collaboration de CGR,  a été un franc succès, tant pour la fréquentation (325 spectateurs), que pour la qualité des films, les interventions intéressantes de Téo Saavedra et Francisco Tullu que nous remercions encore de leur participation, et enfin pour le magnifique buffet (à ce dernier sujet, si vous avez pris des photos, nous sommes preneurs) : nous réitérerons l'aventure !

N'oubliez pas de noter les 2 prochains rendez-vous Entretoiles : le dimanche 8 avril,  Ni juge ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant, avec la participation d'une magistrate, ancienne juge d'instruction, qui a accepté de débattre avec nous ; et le dimanche 15 avril, ce sera une soirée sur le thème "Partir ?" avec Les Bienheureux de Sofia Djama et Une Saison en France de Mahamat Saleh Haroun, avec, bien sûr, l'apéritif Entretoiles entre les deux !

Cette semaine en ciné-club au CGR, c'est  3 Billboards Les panneaux de la vengeance, de Martin McDonagh  un film remarquable, passionnant et surprenant. Colibris nous propose Sugarland, un documentaire très pédagogique sur le sucre de Damien Gameau. On peut aussi voir Tout le monde debout de Franck Dubosq (qu'on peut aussi voir à Salernes et au Luc), un film qui, comme Intouchable et Patients, parle avec intelligence et humour du handicap.
Les prochains films ciné-club de CGR sont  Phantom Thread et Gaspard va au mariage.

A Lorgues c’est le Festival Cin'Edison de 2018  : Mala Junta, un film chilen, l'histoire d'une amitié adolescente sur fond de conflit mapuche, L’œil du cyclone de Fred Schepisi sur les liens familiaux difficiles, Le Jeune Karl Marx, de Raoul Peck, film qui dégage une forte impression d'authenticité et Vent du Nord de Walid Mattar, un vrai road movie, au cœur de la mondialisation qui marche sur la tête !

Au Vox, à Fréjus, Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, un incroyable torrent de soleil et de sensualité, La Forme de l'eau  de Guillermo del Toro (à Salernes aussi), un beau conte gothique, chef d’œuvre du genre, La Prière de Cédric Kahn, lieu de la dernière chance et film où on passe sans cesse du doute à la conviction, le magnifique Razzia de Nabil Ayouch, un film qui emporte et captive, et enfin La Belle et la Belle  de Sophie Fillières, un enchantement !

A Salernes, Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, un récit qui se tend au fur et à mesure du déroulement du film, comme une toile aussi somptueuse que dangereuse et au Luc Call Me By Your Name de Luca Guadagnino, un film en état de grâce, d'une beauté radieuse et d'une sensualité enivrante !

Bonne semaine de cinéma ! Profitez bien de tous ces films. !

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 28 MARS AU 3 AVRIL 2018

 

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Sugarland
Réalisé par Damon GAMEAU
Documentaire Australie 2017 1h42mn VOSTF
avec Damon Gameau, Kyan Khohandi, Hugh Jackman, Stephen Fry, Isabel Lucas...
40 cuillères à café de sucre par jour pendant deux mois. Voici le régime que s'est imposé Damon Gameau, réalisateur australien et protagoniste-cobaye de Sugarland. Damon Gameau a choisi de débusquer les sucres cachés. Ceux que les professionnels de l'agroalimentaire ont très largement saupoudré sur les produits dits transformés. Pourquoi ? Pour en rehausser le goût à bas coût, le tout avec une étiquette « light », histoire de donner bonne conscience aux consommateurs. Entouré d'un nutritionniste, d'un médecin et d'un biologiste, le réalisateur a élaboré un régime drastique qui ne prévoit pas de le faire manger directement des morceaux de sucre ni de le gaver de sodas et de sucreries mais de ne lui faire consommer que ces aliments dits allégés. En pratique, 160 grammes de sucres par jour, essentiellement du saccharose et du sirop de glucose-fructose, des sucres particulièrement présents dans les céréales et boissons dites « light », les muesli étiquetés « sains », les smoothies et aussi les barres de céréales… qui, à elles seules, contiennent en général la ration journalière recommandée de sucres (soit de 20 à 30 g) !... lire la suite
CGR présenté par Colibris : jeudi 29 20h
Le Vox (Fréjus) : vendredi 30 20h
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3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Écrit et réalisé par Martin McDONAGH
USA 2017 1h55mn VOSTF
avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, John Hawkes...
Sous ce titre assez improbable, aussi bien dans sa version originale que dans sa demi traduction française, se cache un film formidablement réussi, doté d'un scénario remarquable en tous points, toujours passionnant, sans cesse surprenant – je défie quiconque de deviner le déroulement du récit et l'évolution des personnages – et qui s'avère d'une profondeur véritablement émouvante tout en distillant en permanence un humour noir ravageur. Les critiques vont sans doute évoquer les frères Coen et pour le coup la référence n'est pas usurpée : on pense à Fargo, on pense à No country for old men, on est bien à ce niveau-là !... lire la suite
Ciné-club CGR : mercredi 28 et lundi 2 20h, jeudi 29 et mardi 3 10h50, vendredi 30 22h10, samedi 31 13h30
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La Forme de l'eau
Réalisé par Guillermo del TORO
USA 2017 2h03mn VOSTF
avec Michael Shannon, Sally Hawkins, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer...
Scénario de Guillermo del Toro et Vanessa Taylor
C’est un conte gothique dont la beauté atteint une universalité et une résonance politique qui sont la marque des chefs-d’œuvre du genre. Brillant, drôle, enivrant, c’est sans doute le film le plus abouti de Guillermo del Toro, qui réussit l’alliance parfaite entre maîtrise du style et poésie de la narration. Femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental ultra-secret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée du reste monde qu’elle est muette. Sa vie est rythmée par ses horaires de travail, monotones, le tic tac de sa pendule, monocorde, le trajet en bus pour se rendre au labo, immuable, et ses petites habitudes de célibataire, plus ou moins avouables… Une existence qui n’est ni triste ni gaie, qui est juste la sienne et qu’embellit une foisonnante vie intérieure peuplée de rêves d’eau, de pas de danses et de séances de cinéma... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 29 18h, vendredi 3013h50, dimanche 1er 16h15, lundi 2 18h15
Salernes : vendredi 30 et dimanche 1er 18h
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Phantom Thread
Écrit et réalisé par Paul Thomas ANDERSON
USA 2017 2h10 VOSTF
avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Gleeson...
Impossible de parler de Phantom thread (littéralement « fil fantôme ») sans évoquer le travail remarquable du costumier Mark Bridges. Ses costumes étoffent admirablement le récit, ajoutent la réalité charnelle de la matière, l’évidence du détail au panache des acteurs, à la richesse de l’intrigue, à la classe de la mise en scène magistrale orchestrée par Paul Thomas Anderson. Tant Daniel Day-Lewis en couturier génial et torturé que Lesley Manville dans le rôle de sa sœur implacable et dévouée et que Vicky Krieps dans celui de l’amoureuse éperdue et follement déterminée portent subtilement le scénario et font de ce film une œuvre singulière, de haute volée. Un film classique de prime abord, qui s’installe lentement, se déguste à petites gorgées, pour se révéler finalement plus vénéneux qu’il n’y parait... lire la suite
Salernes : samedi 31 20h30
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Tout le monde debout
Écrit et réalisé par Franck Duboscq
France 2018 1h47mn 
avec Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Elsa Zylberstein...
Jocelyn, homme d’affaires en pleine réussite, est un dragueur et un menteur invétéré. Lassé d’être lui-même, il se retrouve malgré lui à séduire une jeune et jolie femme en se faisant passer pour un handicapé. Jusqu’au jour où elle lui présente sa sœur elle-même handicapée… Acteur, scénariste et réalisateur, Dubosc fait face à la tout aussi populaire Alexandra Lamy, et se moque gentiment de son image de playboy vieux et beau, sur fond de message bienveillant sur l’amour et le handicap. Gérard Darmon, Elsa Zylberstein (qui confirme son gros potentiel comique), Claude Brasseur ou encore la jolie Caroline Anglade complètent la distribution de ce conte moderne. « Tout le Monde Debout » sentait fort la lourdeur d’une comédie française imbuvable, comme on n’en voit que trop sur les écrans chaque année. La surprise n’en est donc que plus réjouissante quand se dessine à l’écran un autre film, finalement sympathique, engageant et agréable à regarder... lire la suite
CGR : mercredi 28,jeudi 29, lundi 2 : 10h50, 13h30, 15h40, 20h, 22h15 - vendredi 30 10h50, 13h30, 15h40, 20h - samedi 31 13h30, 15h40, 20h, 22h15 - dimanche 1er 10h50, 15h40, 20h, 22h15 - mardi 3 10h50, 13h30, 15h40, 22h15
Salernes : mercredi 28 et samedi 31 18h, vendredi 30 20h30, dimanche 1er 16h, mardi 3 18h et 20h30
Le Luc : mercredi 2 14h, samedi 31 et dimanche 1er 18h30
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Mektoub My Love : Canto Uno
Réalisé par Abdellatif KECHICHE
France / Italie 2017 2h55mn
avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Alexia Chardard, Lou Luttiau, Hafsia Herzi, Mel Einda...
Scénario d'Abdellatif Kechiche et Ghalia Lacroix, d'après le roman de François Bégaudeau
Au moment où l'on écrit ses lignes, les frimas de l'hiver glacent encore nos corps endormis, et voilà que déboule cet incroyable torrent visuel de soleil et de sensualité, une ode à la vie, à l'amour sans entraves, aux corps libérés. On est au cœur de l'été 1994, dans le Sud, plus précisément à Sète, cité portuaire et populaire chère au réalisateur. En cet été caniculaire, tout le monde écoute Supertramp, et tout le monde ne pense qu'à danser ou aller à la plage. Amine, qui fait ses études à Paris mais qui surtout se cherche (il écrit aussi des scénarios de cinéma), est revenu voir sa famille qui tient un restaurant tunisien/asiatique. Ce matin-là il chemine à vélo pour rendre une visite surprise à son amie Ophélie. Mais quand il arrive, des bruits provenant de la chambre ne laissent aucun doute, Ophélie est en train de faire l'amour : scène d'une intensité digne de celles que l'on pouvait voir dans La Vie d'Adèle. Amine attend que l’amant, son cousin Toni, s’en aille pour aller voir Ophélie laquelle est en principe promise à Clément – un marin du porte-avions Charles de Gaulle – même si elle avoue à Amine entretenir depuis longtemps une relation avec Toni... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 28 et vendredi 30 16h30, jeudi 29 et lundi 2 14h, samedi 31 17h30, dimanche 1er 17h50, mardi 3 14h et 20h30
Affiche
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La Prière
Réalisé par Cédric KAHN
France 2017 1h47mn
avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl, Louise Grimberg, Hanna Schygulla...
Scénario de Cédric Kahn, Fanny Burdino et Samuel Doux
C'est un endroit magique où l'air est pur, l'espace si profond qu'on n'en perçoit pas les limites : le regard se perd vers des sommets enneigés qui se fondent avec l'horizon. On devine qu'il est rude de vivre là, mais l'esprit et les sens semblent se dilater au contact d'une immensité qui modifie la perception qu'on a des autres, de soi-même et laisse un goût d'éternité. Vit là une petite communauté, créée il y a déjà longtemps par une religieuse hors normes, pour permettre à des âmes perdues de raccrocher avec l'humanité en trouvant refuge, réconfort et l'énergie nécessaire pour sortir de leur dépendance à toutes sortes de substances. Ceux qui viennent là on fait le choix de s'extraire de l'agitation, des sollicitations multiples de la ville. Ils ont le corps meurtri, l'esprit en capilotade, au bord de l'asphyxie. Pour eux c'est souvent la dernière chance de renouer avec l'espoir d'un avenir possible... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 28 14h, 18h15 - jeudi 29 16h05, 20h45 - vendredi 30 13h40, 16h10, 18h30 - samedi 31 13h40, 18h30 - dimanche 1er 13h40, 18h45 - lundi 2 13h40, 20h45 - mardi 2 16h10, 21h
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Razzia
Réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2017 1h59mn VOSTF
avec Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Dounia Binebine, Amine Ennaji, Abdelilah Rachid...
Scénario de Nabil Ayouch et Maryam Touzani
Récapitulons : que savons-nous vraiment du Maroc aujourd'hui ? D'accord, il a obtenu son indépendance en 1956… Et puis 150 000 tonnes de dattes y sont consommées tous les ans, personne n'ira dire le contraire… Il y a les cornes de gazelle, le Zaalouk et la Pastilla aussi… Sans oublier les dunes de Merzouga et les cascades d'Ouzoud… Et la ville de Casablanca à laquelle on pense forcément parfois, parce que c'est le titre du classique de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman… « Mais tout ça, c'est de la surface, une vague culture gé, ça ne nourrit pas son homme ». Aïe, nous avons affaire à un cas typique de curiosité et vous en demandez encore… Un seul remède : aller voir le nouveau film de Nabil Ayouch, foisonnant d'histoires et de paysages. Vous en sortirez avec la sensation d'avoir exploré ce pays sublime, dans ses dimensions aussi bien sociales que politiques et culturelles. Attention quand même à ne pas vous fouler une cheville sur l'Atlas… lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 28 15h50, 20h45 - jeudi 29 13h40, 18h15 - vendredi 30 et dimanche 1er 13h40 et 21h - samedi 31 16h05, 21h - lundi 2 15h50, 21h - mardi 3 13h40, 18h
Affiche
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La Belle et la Belle
Écrit et réalisé par Sophie FILLIERES
France 2017 1h36mn
avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud, Lucie Desclozaux, Brigitte Roüan, Aurélie Dupont...
C’est un enchantement, que dis-je un enchantement, c’est un tour de magie, un ravissement, un conte, une fable, une promenade aussi ludique que charmante quelque part au Royaume des belles et des… belles. Sophie Fillières a un vrai talent pour nous embarquer dans des histoires a priori assez banales d’où va surgir, tel le lapin blanc du chapeau noir, une excentricité, un grain de folie, un truc complètement barré que ses héroïnes vont affronter avec ce détonnant mélange de douce naïveté et de sérieux, source de situations souvent extrêmement comiques. Elle embrasse ici tout de go un thème fantastique et nous embarque sans équipement ni précautions particulières dans une sorte de monde parallèle où tout devient possible parce que tout prend cœur et corps à travers des personnages pour lesquels elle déploie une précieuse et infinie tendresse... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 28 et jeudi 29 16h05
Affiche
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L'Oeil du cyclone
Réalisé par Fred Schepisi
Australie 2013 2h04mn
avec Charlotte Rampling, Judy Davis, Geoffrey Rush...
Alors qu’Elizabeth Hunter fait un accident vasculaire cérébral, son fils et sa fille accourent de l’autre côté de la terre à son chevet, ranimant les anciennes frictions et rancœurs de la famille. Admettre leur propre personnalité et leur place vis-à-vis des autres est une lutte de chaque instant, de même que réussir à trouver la paix dans leur vie - leur propre œil du cyclone. Prix Nobel de littérature, l’écrivain australien Patrick White fut largement influencé par des auteurs comme James Joyce et Virginia Woolf. Ainsi, ses différents romans se fondent sur une narration originale qui ne tient pas compte des impératifs logiques, préférant se laisser porter par le flux de conscience des différents personnages. Rétive à l’adaptation, son œuvre passionne par sa capacité à saisir la complexité psychologique des personnages, tout en dressant un portrait sans concession des rapports familiaux... lire la suite
Festival de cinéma de Lorgues : jeudi 29 16h
Affiche
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Le Jeune Karl Marx
Réalisé par Raoul PECK
Allemagne/France 2017 1h58mn VOSTF
avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Hannah Steele, Olivier Gourmet, Alexander Scheer...
Scénario de Raoul Peck et Pascal Bonitzer
Coïncidence amusante, nous écrivons ces lignes peu de temps après que le magazine Challenges, une des publications préférées des possédants dynamiques, a publié une étude de la banque Natixis alertant les lecteurs de la possibilité imminente d’une révolte ouvrière face à « des inégalités de revenus toujours plus grandes, la déformation du partage des revenus en faveur du profit, l’accroissement de la pauvreté, la faible hausse du revenu réel depuis 2000 et la pression fiscale de plus en plus forte »… A croire qu’un pigiste marxiste s’est glissé dans la rédaction à la faveur de l’été. Se pourrait-il que même pour les médias libéraux, cette bonne vieille lutte des classes, théorisée par Marx et Engels il y a 170 ans, ringardisée depuis des décennies par le MEDEF et ses amis journalistes, soit finalement bel et bien d’actualité au point de faire trembler les actionnaires ?... lire la suite
Festival de cinéma de Lorgues : jeudi 29 20h
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Vent du Nord
Réalisé par Walid MATTAR
Belgique 2017 1h29mn
avec Philippe Rebbot, Corinne Masiero, Mohamed Amine Hamzaoui, Kacey Mottet Klein...
Scénario de Leyla Bouzid, Claude Le Pape et Walid Mattar
Rien de nouveau sous les embruns du Nord. Quand les délocalisations pleuvent sur l’avenir des hommes, leur horizon semble soudain tout bouché malgré la mer qui s’étend à perte de vue. Hervé Lepoutre, en grand dadais hébété, ne se rebelle même pas quand il apprend qu’il est viré et que l’usine qui l’embauche dans cette petite ville côtière en banlieue de Boulogne-sur-mer va fermer. Et lui qui attendait paisiblement sa retraite pour aller pêcher !
À quelques milliers de kilomètres de là, dans une autre petite ville côtière, en banlieue de Tunis, la même usine est relocalisée, prometteuse d’une nouvelle prospérité. Pour le jeune chômeur Foued, c'est pain béni. Le voilà qui retrouve un emploi, adoptant les mêmes gestes mécaniques que ceux qui ont fait le quotidien d’Hervé durant des dizaines d’années, sur les mêmes machines...
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Festival de cinéma de Lorgues : vendredi 30 16h
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Mala Junta
Écrit et réalisé par Claudia HUAIQUIMILLA
Chili 2017 1h29mn VOSTF
avec Andrew Bargsted, Francisco Perez-Banne, Eliseo Fernandez, Francisco Gavilan...
Voilà un petit bijou qui, à travers l'histoire d'un amitié adolescente, évoque un conflit méconnu et oublié, un film qui raconte une certaine réalité du Chili, celui qui n'a malheureusement pas renoncé à ses vieux fantômes des heures sombres de Pinochet, quand la police arrêtait, violentait, torturait, assassinait en toute impunité celles et ceux qui se mettaient en travers du pouvoir militaire. Le conflit en question, c’est le conflit mapuche, une lutte centenaire menée par cette minorité amérindienne qui n’a jamais totalement accepté la conquête espagnole sur les deux pays où elle est installée, le Sud du Chili et de l’Argentine. Les Mapuches revendiquent un statut d’autonomie pour leurs terres ancestrales, le respect de leur identité culturelle et surtout l’arrêt de l’exploitation des multinationales qui pillent les ressources naturelles du territoire tout en dévastant l’environnement... lire la suite
Festival de cinéma de Lorgues : jeudi 29 18h
Affiche
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Call Me By Your Name
Réalisé par Luca GUADAGNINO
USA/Italie 2017 2h10mn VOSTF
avec Arnie Hammer, Timothé Chalamet, Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel...
Scénario de James Ivory, d'après le roman d'André Aciman, titre français Plus tard ou jamais
Un film en état de grâce. Solaire, d'une beauté radieuse, d'une sensualité enivrante. Écrit par le vétéran James Ivory (oui, le réalisateur un peu oublié de Chambre avec vue, Retour à Howards End, Les Vestiges du jour…) d'après le roman d'André Aciman (par ailleurs éminent spécialiste de Proust, ce qui n'est pas anodin), Call me by your name transcende un sujet qui aurait pu rester banal – et un ancrage dans un milieu très bourgeois qui peut au départ irriter – pour faire naître une magnifique et assez bouleversante histoire d'amour et pour incarner une véritable philosophie de la vie, basée sur l'esprit d'ouverture, la soif de découverte, la bienveillance fondamentale vis-à-vis des êtres et des événements... lire la suite
Le Luc : mercredi 28 16h et jeudi 29 18h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Sugarland
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Damon GAMEAU
Documentaire Australie 2017 1h42mn VOSTF
avec Damon Gameau, Kyan Khohandi, Hugh Jackman, Stephen Fry, Isabel Lucas...

40 cuillères à café de sucre par jour pendant deux mois. Voici le régime que s'est imposé Damon Gameau, réalisateur australien et protagoniste-cobaye de Sugarland. Damon Gameau a choisi de débusquer les sucres cachés. Ceux que les professionnels de l'agroalimentaire ont très largement saupoudré sur les produits dits transformés. Pourquoi ? Pour en rehausser le goût à bas coût, le tout avec une étiquette « light », histoire de donner bonne conscience aux consommateurs.
Entouré d'un nutritionniste, d'un médecin et d'un biologiste, le réalisateur a élaboré un régime drastique qui ne prévoit pas de le faire manger directement des morceaux de sucre ni de le gaver de sodas et de sucreries mais de ne lui faire consommer que ces aliments dits allégés. En pratique, 160 grammes de sucres par jour, essentiellement du saccharose et du sirop de glucose-fructose, des sucres particulièrement présents dans les céréales et boissons dites « light », les muesli étiquetés « sains », les smoothies et aussi les barres de céréales… qui, à elles seules, contiennent en général la ration journalière recommandée de sucres (soit de 20 à 30 g) !

Avant le film, l’Australien est en forme : 76 kilos, un tour de taille de 84 cm et un bilan biologique tout à fait normal. 60 jours et 2.400 cuillères à café plus tard, son bilan de santé tourne au drame : plus 8,5 kilos sur la balance, 10 cm supplémentaires de tour de taille, des analyses sanguines annonçant l’installation d’un diabète de type 2, un foie devenu gras, des troubles de l’humeur… Le tout heureusement réversible en quelques semaines avec le retour à une alimentation équilibrée. Tout au long du film, des séquences historiques rappellent comment le gras a été diabolisé dès les années 1970, comment le sucre a été dans le même temps exonéré et évoquent les basses manœuvres sucrières, calquées sur celles de l’industrie tabac, comme l’a démontré une étude scientifique publiée en 2016 et comme l’a révélé le New York Times.
Pédagogique et en même temps très ludique, le film, au montage nerveux, aux couleurs saturées et aux effets spéciaux très réussis, s’achève sur un clip où l’acteur réalisateur métamorphosé en Mr Sugar, évolue dans les rayons d’un supermarché.

Le message est parfaitement clair : ne vous laissez pas abuser ni engluer par les promesses des étiquettes et réduisez votre consommation en sucres. Elle est en moyenne, dans nos pays industrialisés, de 100 grammes par jour, soit 36 kilos par an, c'est à dire quatre fois supérieure aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé.

(S. Riou-Milliot, Sciences et Avenir)


CGR présenté par Colibris : jeudi 29 20h
Le Vox (Fréjus) : vendredi 30 20h

 

 

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Écrit et réalisé par Martin McDONAGH
USA 2017 1h55mn VOSTF
avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, John Hawkes...

Sous ce titre assez improbable, aussi bien dans sa version originale que dans sa demi traduction française, se cache un film formidablement réussi, doté d'un scénario remarquable en tous points, toujours passionnant, sans cesse surprenant – je défie quiconque de deviner le déroulement du récit et l'évolution des personnages – et qui s'avère d'une profondeur véritablement émouvante tout en distillant en permanence un humour noir ravageur. Les critiques vont sans doute évoquer les frères Coen et pour le coup la référence n'est pas usurpée : on pense à Fargo, on pense à No country for old men, on est bien à ce niveau-là !

Mildred Hayes est une femme en colère. Et ça ne date pas d'aujourd'hui, ni même d'hier. On comprend vite que ça fait un sacré bout de temps que Mildred ronge son frein. Son bandana serré sur le front, ses surchemises de bûcheron, son air pas commode, elle ne les arbore pas depuis que sa fille est morte assassinée, non, on a l'impression que depuis toujours elle affiche cette allure de combattante. Depuis que son amoureux lui a mis des trempes, depuis qu'elle est femme et qu'il a fallu survivre. Mais il semble bien qu'aujourd'hui Mildred en a assez de subir, et que le temps de l'action est venu. Alors quand elle avise les trois panneaux publicitaires laissés à l'abandon sur la route qui mène à sa maison, juste à la sorte d'Ebbing dans le Missouri, elles se dit que, ma foi, ils pourraient bien servir à quelque chose, au lieu de simplement défigurer le paysage. Mildred décide illico de les louer et d'y afficher ce qu'elle a sur le cœur. À la vue de tous. Depuis des mois l'enquête sur la mort de sa fille n'avance pas d'un pouce : alors elle fait imprimer trois phrases vengeresses, une par panneau, visant nommément le chef de la police. Cet acte, qui pourrait passer pour une mauvaise farce ou une provocation inacceptable, question de point de vue, va bouleverser la vie de la paisible localité.

McDonagh nous embarque dans une bourgade du Midwest, dans cette Amérique profonde que l'on qualifie chez nous – sans doute de manière un peu simpliste – d'« Amérique de Trump », où il sera donc question de vengeance pour mieux en questionner le principe, mais aussi de rédemption, de pardon, d'agression de dentiste… et d'un certains nombre de coups tordus et de rebondissements inattendus, mais tout ça on vous laisse le plaisir de le découvrir.
Tous les personnages qui peuplent cette histoire sont caractérisés avec un soin égal et les comédiens choisis pour les incarner sont tous formidables. À commencer bien sûr par la fabuleuse, l'immense, la bouleversante Frances McDormand, qui joue cette mère ravagée par le chagrin d'avoir vu sa fille enlevée puis assassinée, rongée par la culpabilité d'avoir sans doute raté quelque chose et conduit sa gamine vers son funeste destin. Face à cette mère courage et cible de son courroux, le shérif Bill Willoughby, interprété par un Woody Harrelson magnifique de justesse et d'humanité. Un homme apprécié de tous, un homme fondamentalement honnête. Ce qui explique que les panneaux accusateurs de Mildred ne feront pas l'unanimité. Mais aussi son adjoint qui claironne à l'envie que son passe temps favori est la torture, de préférence sur des individus de couleur, interprété par Sam Rockwell dans un numéro de flic alcoolique et raciste aussi réussi que finalement touchant. (Utopia)


Ciné-club CGR : mercredi 28 et lundi 2 20h, jeudi 29 et mardi 3 10h50, vendredi 30 22h10, samedi 31 13h30

 La Forme de l'eau
LA FORME DE L'EAURéalisé par Guillermo del TORO
USA 2017 2h03mn VOSTF
avec Michael Shannon, Sally Hawkins, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer...
Scénario de Guillermo del Toro et Vanessa Taylor

C’est un conte gothique dont la beauté atteint une universalité et une résonance politique qui sont la marque des chefs-d’œuvre du genre. Brillant, drôle, enivrant, c’est sans doute le film le plus abouti de Guillermo del Toro, qui réussit l’alliance parfaite entre maîtrise du style et poésie de la narration.
Femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental ultra-secret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée du reste monde qu’elle est muette. Sa vie est rythmée par ses horaires de travail, monotones, le tic tac de sa pendule, monocorde, le trajet en bus pour se rendre au labo, immuable, et ses petites habitudes de célibataire, plus ou moins avouables… Une existence qui n’est ni triste ni gaie, qui est juste la sienne et qu’embellit une foisonnante vie intérieure peuplée de rêves d’eau, de pas de danses et de séances de cinéma.

Mais il va suffire d’un regard, un seul… Le motif romantique par excellence, le déclic d’une fraction de seconde qui va tout faire basculer, et l’amour va arriver, chamboulant tout sur son passage, traînant dans son sillage son cortège de malheurs car c’est bien connu : il n’y a pas d’amour heureux, à plus forte raison quand ceux qui s’aiment sont séparés par un peu plus qu’une simple lettre dans un code génétique. Le partenaire de coup de foudre, « l’actif » comme ses geôliers l’appellent, est une étrange créature mi-homme mi… non, ne rien dire, vous laisser découvrir.

Où est l’humain ? Qui est le monstre ? Guillermo del Toro interroge une fois encore cette thématique chère à son univers, dans la droite ligne du Tim Burton d'Edward aux mains d'argent. Del Toro retrouve ici la quintessence de son cinéma, qu’il avait atteinte dans son Labyrinthe de Pan. Le dispositif est d’ailleurs similaire : introduire dans un contexte historique tendu (l'Espagne au début du franquisme dans Le Labyrinthe, les États-Unis du début des années 60, en pleine guerre froide, dans Shape of water) un élément fantastique qui va exacerber les pires comme les meilleures attitudes humaines.

Mais là où