Billets de entretoiles

Au(x) cinéma(s) du 19 au 25 juin 2019

Bonjour à tous !
 
Ce dimanche, le 23 juin, Entretoiles vous propose la dernière soirée de cette année scolaire. Nous finissons en beauté avec un chef d’œuvre :  Douleur et gloire de Pedro Almodovar, un de ses plus beaux films, dit-on,  pour lequel Antonio Banderas a obtenu le Prix d'interprétation masculine. En septembre, nous espérons vous proposer quelques autres films primés au festival de Cannes cette année.... A suivre !

Cette semaine le film ciné-club diffusé par CGR est Ma vie avec John F. Donavan , de Xavier Dolan,  un récit fascinant d'un romantisme échevelé. Ce sera ensuite pour les 3 prochaines semaines : Le silence des autresLa lutte des classes et L 'adieu à la nuit.
 
Au Vox à Fréjus  ne ratez pas la Palme d'or 2019 : Parasite du cinéaste coréen Bong Joon-ho, un film qui fait l 'unanimité de la critique , virtuose, brillant, alternant la comédie ,l’horreur, la fable sociale et le polar et  le jeune Ahmed (aussi à Lorgues)  des frères Dardenne , portrait d'un adolescent pris entre les idéaux de pureté de son imam et les appels de la vie,  Un havre de paixun film israélien qui dénonce une société de la virilité qui nie la sensibilité, les failles et les traumatismes au profit d'une apologie de la force brute et du courage, . Lune de miel film roumain de Ioana Iricaru où elle décrit le difficile parcours des exilés dans un pays devenu paranoïaque, Noureev de Ralph Fiennes, les débuts de Rudolph Noureev, danseur d’exception, et Lourdes de Thierry Demaezière, formidable documentaire à ne surtout pas manquer.
 
A Salernes, Le cercle des petits philosophes de Cécile Denjean, qui nous montre des ateliers de philosophie auprès des enfants mis en place par Frédéric Lenoir, et Sibel de Cagla Zencinci, très jolie fable contemporaine.

A Cotignac, 68, mon père et les clousde Samuel Bigiaou, superbe documentaire et Tremblements de Jayro Bustamante, qui dénonce une société où la religion a pris la place du pouvoir politique. A Cotignac aussi, vous pouvez profiter cet été du festival Les toiles du Sud, du 19 juillet au 22 aout, dont voici le lien pour avoir tous les détails du programme : les-toiles-du-sud.com

Cette année, la 10ème édition du Festival du Court métrage aura lieu les 25, 26 et 27 juillet, encore de belles soirées sous les étoiles à prévoir au Théâtre de Verdure à Tourtour pour célébrer cet anniversaire !

Une belle équipe de bénévoles se mobilise pour assurer le succès de cette fête cinématographique, car " CourtsCourts " est un moment festif, convivial, à but culturel, un rendez - vous dédié au court - métrage qui attire de plus en plus de cinéphiles, et d'amateurs du 7ème Art. Voici le lien pour le programme détaillé : festivalcourtscourts.fr

Enfin, nous vous signalons dès à présent que CGR programme aussi à partir de septembre des films du patrimoine, peu récents ou anciens : nous vous en donnerons le détail au fur et à mesure !

Vous recevrez encore notre mail la semaine prochaine, puis ce sera terminé jusqu'à la rentrée !

Bonne semaine de cinéma!
 
 Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

DOULEUR ET GLOIRE

Écrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR - Espagne 2019 1h53mn VOSTF - avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia, Nora Navas, Julieta Serrano… et Penélope Cruz... Festival de Cannes 2019 : Prix du meilleur acteur pour Antonio Banderas.
Disons le d'emblée, avec enthousiasme : Douleur et gloire est l'un des plus beaux films de Pedro Almodovar, et probablement le plus intime, le plus personnel. Un film ample et maîtrisé, superbement écrit et construit, d'une élégance formelle, d'une puissance évocatrice renversantes, touchant à la perfection dans son interprétation, dans son image, dans sa musique, dans sa direction artistique, dans ses dialogues, dans ses ellipses… et dans l'assemblage fluide de tous ces éléments ! Antonio Banderas (extraordinaire) y campe le célèbre cinéaste Salvador Mallo, alter-ego d'Almodovar qui lui a prêté ses costumes pittoresques, sa coupe de cheveux et jusqu'à son propre mobilier… Sans oublier sa douleur, condensé de maux physiques, existentiels, émotionnels, psychologiques. Une douleur qui tiraille quasiment chacun de ses gestes, y compris artistiques. Comment créer quand la souffrance n'est plus un moteur, mais une entrave ? Comment ne pas douter quand la gloire confine au déclin ? Salvador, ainsi pris en étau entre son manque d'inspiration, le sentiment d'avoir déçu et son anatomie malade, plonge dans ses souvenirs pour trouver le repos et reprendre goût au présent. 
D'abord pris dans l'apesanteur amniotique d'une piscine, les yeux fermés, Salvador se rappelle un des plus beaux moments qu'il ait vécus : sa mère Jacinta, joyeuse au bord de la rivière, chante au diapason d'autres lavandières et étend le linge fraîchement lavé sur les joncs et la menthe. Le petit garçon d'alors ne peut cacher sa fascination pour cette mère d'après-guerre, dont la beauté voluptueuse transcende la rusticité de l'époque. Les cheveux en bataille, le sourire éclatant, la prunelle ténébreuse… Le récit est bousculé puis revient au présent. Celui d'un homme qui a vécu. Celui d'un homme qui a souffert. Puis viennent d'autres souvenirs. Son premier amour, la douleur de la rupture qui suivit, l'écriture comme seule thérapie pour oublier l'inoubliable, la découverte précoce du cinéma et du vide, la difficulté de se séparer des passions qui donnent à la vie sens et espoir.

Flashback. Salvador émigre avec ses parents à Paterna, un village près de Valence où ils espèrent trouver la prospérité. Ils s’installent dans une grotte troglodyte – le temple de son enfance. On porte l'eau dans des seaux, Jacinta reprise des chaussettes avec un œuf de couture, symbole ultime de résurrection et de vie. Qui sert astucieusement à relier, dans la narration, le fil du passé et celui du présent. Soit l'enfance des années 60, la maturité triomphante des années 80 à Madrid et Salvador de nos jours, isolé, dépressif, victime de plusieurs maux, retiré du monde et du cinéma.
Ne vous méprenez pas, Douleur et gloire n'a rien de cérébral, rien d'élitiste. Au contraire : c'est une œuvre lumineuse, cathartique, qui tire admirablement parti des ressources de la fiction – de ces « coïncidences » qui n'arrivent que dans les films (ou presque). Tel le premier amant de Salvador tombant par hasard sur sa pièce de théâtre disant tout de son remord face à leur rupture… Ce même amant qui dira : « Il n'y a pas un film de toi que je n'aie pas vu », comme soulagé de voir que leur histoire continue à vivre, par des évocations, des réminiscences en images. Encore coïncidence, avec la réapparition mystérieuse d'un portrait de Salvador en train de lire un livre dans la grotte de Paterna. Il a neuf ans. Les murs blanchis à la chaux contrastent avec les fleurs en pots, les carreaux de ciment multicolores aux motifs matissiens. La lumière zénithale achève de donner au cadre une dimension fantasmagorique. Un jeune maçon – amateur de peinture – contemple Salvador, fasciné par la scène, et décide de le dessiner sur un sac de ciment, puis d’emporter le croquis pour le mettre en couleurs chez lui. La candeur mêlée au désir inavouable des deux garçons est d'une telle intensité que Salvador perd connaissance, comme foudroyé. Au-delà des deux histoires d'amour qui marquèrent le héros et vont ici trouver une issue dans la fiction, ce sont les regrets vis-à-vis de sa mère qui vont s'effacer dans un délicieux retournement final. Les douleurs, ainsi exorcisées, finissent par apparaître mineures, quand elles ne sont pas directement moquées…
Douleur et gloire continue donc d'affirmer cette liberté qui a toujours défini le cinéma d'Almodóvar, par sa manière de multiplier les mises en abyme, d'éclater la narration entre le passé et le présent, entre l'auto-fiction et l'imaginaire. Sans jamais perdre de vue la beauté, ni l'émotion. O. J.   (Utopia)
 
Soirée Entretoiles au CGR dimanche 23 à 20h
Vox Fréjus : mercredi 19 15h45, jeudi 20 15h50, samedi 22 et mardi 25 18h30
Lorgues : samedi 22 20h15, lundi 24 19h
 
 

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

(The Death and life of John F. Donovan) Xavier DOLAN - Canada 2018 2h03 VOSTF - avec Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Chris Zylka... Scénario de Xavier Dolan et Jacob Tiernay.

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVANÀ chacun ses idoles d’enfance et d’adolescence, qui prennent une importance démesurée, au-delà du raisonnable – le cœur… vous connaissez le refrain. Moi, à 11 ans, je suis tombé raide amoureux de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci en la voyant rafler le premier 10 de l’histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j’en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais…
Petite parenthèse perso pour vous parler du nouveau bijou du prodige Xavier Dolan, son premier film anglophone. En deux parties séparées d’une dizaine d’années, Dolan nous raconte l’histoire – qui aurait pu être autobiographique – du jeune Rupert Turner, 11 ans et vivant à Londres au début de l’intrigue, qui entretient pendant plusieurs années une correspondance amicale avec l’acteur de séries américain John F. Donovan, jusqu’à sa mort mystérieuse. Dans le présent du film, dix ans plus tard donc, Rupert, devenu à son tour acteur, répond à une journaliste à l’occasion de la publication de sa correspondance avec John F. Donovan. Et nous découvrons son histoire au cours de flash-back successifs…
Rupert, alors enfant acteur, est déjà venu à New York avec sa mère. Dans l’hôtel où ils sont descendus, il attend avec une impatience insoutenable une lettre, un signe de son ami et idole John F. Donovan, qu’il va peut-être enfin rencontrer. C’est alors qu’il apprend à la télévision la découverte du corps sans vie de l’acteur et cette nouvelle lui brise le cœur. La suite du film, à travers le récit de Rupert adulte, revient sur ces deux vies parallèles séparées par l’Atlantique. Si le film est aussi bouleversant, c’est que la personnalité du jeune réalisateur québécois se retrouve tout autant dans le personnage de Rupert que dans celui de John F. Donovan. Dolan fut comme Rupert un enfant acteur (il joua dans des publicités puis dans des séries), probablement incompris de ses camarades, déjà moqué pour son univers imaginaire et son attirance naissante pour les garçons. Parallèlement le destin de John F. Donovan, héros de série adulé des jeunes fans et du petit milieu de Hollywood, obligé de simuler sa vie au point d’épouser pour de faux sa meilleure amie afin de dissimuler ses passions homosexuelles, mentant à ses fans, à sa propre famille et à lui-même, est celui qu’aurait pu connaître Dolan s’il n’avait pas choisi d’assumer son statut si particulier et sa singularité.

Pour construire et incarner ce récit fascinant, d’un romantisme échevelé, à l’émotion contagieuse, Dolan a réuni un casting hors normes, en premier lieu Kit Harrington, le John Snow adoré des fans de la série Game of Thrones, parfait collage en acteur de séries tourmenté, miné par l’obligation qui lui est faite de correspondre à son image publique. À ses côtés, Natalie Portman est magnifique dans le rôle de la mère de Rupert, actrice frustrée qui reporte sur son fils ses aspirations : Dolan, roi du mélo, lui offre une grandiose scène de retrouvailles sur la chanson Stand by Me ; et puis Kathy Bates, géniale en agent de stars à la fois cynique et attachante, Susan Sarandon en mère mûre colérique et alcoolique, personnage typiquement dolanien, et enfin le jeune Jacob Tremblay, étonnamment sobre et pourtant expressif.
Plus « classique », plus économe que les précédents films de Dolan en prouesses de mises en scène pour mieux se concentrer sur le récit, Ma vie avec John F. Donovan ajoute une pierre, plus polie, aux arêtes moins vives, à une œuvre en construction, profondément personnelle et touchante. (Utopia)

Film ciné-club CGR : mercredi 19 15h40, jeudi 20 et lundi 24 11h, vendredi 21, dimanche 23, mardi 25 17h40

PARASITE 
Écrit et réalisé par BONG Joon-ho - Corée du Sud 2019 2h12VOSTF - avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Choi Woo-shik, Park So-dam, Chang Hyae-jin... 
Palme d'or au Festival de Cannes 2019.
 
En deux décennies, Bong Joon-Ho s’est imposé comme un des réalisateurs majeurs du cinéma asiatique. Grâce à ce qu'on appelle des films de genre (polar, fantastique, thriller) qui ont toujours laissé une belle place à la sensibilité et à l’humour. Punchy, émouvants, drolatiques, un brin sanguinolents… tels le virtuose Memories of murder, le délirant The Host, les terriblement touchants Motheret Okja… Ce nouvel opus, Parasite, ne déchoit pas, ni ne déçoit, tout au contraire. Il confirme que la panoplie du cinéaste est décidément très riche et que son œil aiguisé n’hésite pas à lacérer profondément la société à deux vitesses dans laquelle ses personnages évoluent. Il frappe fort avec cette critique sociale puissante et déjantée : on navigue entre satire grinçante, comédie relevée et thriller un brin surréaliste. On n'a plus qu’à se laisser porter et surprendre par le récit magnifiquement mis en scène et filmé. La radiographie de notre époque est saisissante, l’intrigue rondement portée par un casting excellent, à commencer par le complice habituel Song Kang-ho.

Dans l’opulent Séoul, à la pointe du progrès et de l’électronique, une partie de la population vit pourtant plus bas que terre, à peine mieux lotie que les cafards qui grouillent dans les recoins sombres et moites de la ville. La famille Ki fait partie de ces rase-mottes : balayée par la crise économique, obligée de vivre dans un sous-sol qui serait sordide et glauque sans leurs rires et leurs chahuts incessants. On aime à se charrier, on aime à se bousculer, on s’aime tout court. Ils sont obligés de se serrer les coudes, entassés qu'il sont dans cet espace plus digne d’une boîte à chaussures que d’un appartement pour quatre personnes. Pourtant l’indigence et la promiscuité ne semblent pouvoir venir à bout de la tendresse familiale. Si chacun a fait le deuil de quelque chose, il le dissimule sous une couche de jovialité et tout est prétexte à se marrer. Chez eux, chaque instant semble grand-guignolesque et hilarant. Il faut les voir se débattre en chœur pour assembler des tonnes de boîtes à pizza (le petit boulot du moment), courir en brandissant leurs portables à la recherche d’un réseau téléphonique fainéant. Ou encore se laisser fumiger comme de vulgaires vermines dans l’espoir que celles-ci crèveront les premières… Mais quand la poisse vous colle vraiment aux basques, même l’espoir devient un piètre compagnon.
Il faudrait un quasi miracle pour désengluer les Ki de la mouise environnante. Et il va advenir. Un ancien camarade de classe va proposer à Ki-woo (le grand frère) de le remplacer pour des cours d’anglais dans la richissime famille des Park. N’y voyez pas-là un acte désintéressé, c’est juste que, secrètement amoureux de son élève, il décide de la confier au seul être qui ne risque pas de lui faire ombrage, au plus miteux de ses copains, donc Ki-Woo, auquel il a l’indélicatesse de l’avouer. Peu importe, c’est une occase inespérée ! La famille Ki trépigne d’impatience, s’affaire, dégote au fiston un costume de circonstance, lui bricole un faux diplôme impeccable.

Fin prêt, chaleureusement recommandé, Ki-woo pénètre dans la demeure somptueuse de ses futurs employeurs. Leur jardin, d’un vert arrogant, semble flotter au dessus des contingences du pauvre monde, tel un ilot paradisiaque. Décidément, même le ciel des riches est plus bleu et ignore jusqu’à l’existence des gratte-ciels, évanouis comme par enchantement. Dans cette maison d’architecte, nulle faute de goût, sauf peut-être la rébarbative gouvernante allergique aux pêches et le capricieux petit dernier qui se prend pour un Indien. Madame Park se révèle fantasque, Mademoiselle Park délicieuse, Monsieur Park plus que sympathique. Tous ont l’aisance naturelle des classes supérieures. Confiants, aucun n’imagine que ce discret jeune homme vient de mettre un pied dans la porte et que toute la ribambelle des Ki va le rejoindre progressivement, usant de stratagèmes diaboliques. Nul n'y perdrait et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, au-dessus de la tête de chaque Ki, ne flottait comme un étrange parfum indélébile… L'odeur de la pauvreté, prête à les trahir. Le mépris de classe n’étant jamais bien loin, on anticipe une pétaudière prête à exploser à tout instant. Et on ne sera pas déçu ! La chute de cette fable contemporaine délirante sera inénarrable ! (Utopia)
 
Vox (Fréjus) : mercredi 19 et lundi 24 14h, 17h, 20h, jeudi 20 14h30, 17h45, 20h30, vendredi 21 14h, 18h, 20h45, samedi 22 15h50, 18h20, 21h, dimanche 23 15h40, 18h15, 20h50, mardi 25 14h30, 17h45, 20h30
 
 

LE JEUNE AHMED

Écrit et réalisé par Jean-Pierre et Luc DARDENNE - Belgique 2019 1h24 - avec Idir Ben Addi, Olivier Bonnaud, Myriem Akheddiou, Victoria Bluck, Claire Bodson, Othmane Moumen... Festival de Cannes 2019, Sélection officielle, en compétition
 

Le jeune Ahmed, 13 ans, la caméra puissante et discrète ne le lâche pas un instant. Désarmée par les choix de son petit protagoniste, elle se fait même insistante, prête à l’épauler s’il chute. Elle se tient à l’affût de ses moindres soupirs, plus criants que des mots. Elle ne loupe aucun souffle des personnages, nous laisse à peine le temps de reprendre le nôtre. Ce n’est pas tant l’action qui est mise en scène ici, mais bel et bien l’impuissance des adultes qui gravitent autour de ce jeune Ahmed à l’âme impénétrable. C’est pourtant un gentil garçon qui évolue sous nos yeux. Il transpire la bonne volonté. Poli, il s’applique à être celui qu’on lui demande d’être, même trop. Car la voix prépondérante dans sa tête n’est plus celle de cette enseignante remarquable qui ne s’économise pas pour élever les mômes du quartier au dessus de leur condition sociale. Ni celle de cette mère imparfaite comme toutes mais prête à tout pour ses enfants. Ni celle des copains, jugés insuffisamment pieux. La voix prépondérante ne sera même plus celle de l’imam intégriste qu’Ahmed s’était mis à suivre aveuglément. Tous seront dépassés par cet élève, ce fils, ce disciple. La voix prépondérante ne sera bientôt plus que celle de Dieu lui-même, ou plutôt celle d’un Coran revisité pour pousser à la haine plutôt qu’à l’amour.
C’est simple de détourner un adolescent qui se cherche et redoute les changements de son corps, c’est presque trop facile d’utiliser sa peur de ne pas être à la hauteur. Quand on a treize ans, on a soif d’absolu. Quand on a treize ans, on a des certitudes, refuges illusoires. Quand on a treize ans, on ne mesure pas toutes les conséquences de ses mots et de ses actes. On connaît peu la fragilité de l’existence ou on ne veut pas la voir, car elle aussi fait peur.
C’est ainsi qu’entre deux révisions, deux prières, Ahmed va avoir la volonté d’un geste brave, pour purifier son monde et se faire une place dans l’autre, auprès de son cousin mort au jihad et glorifié comme martyr. L’imam au verbe haut lui semble soudain bien pleutre, l’heure venue de passer à l’action. Ahmed s’apprête donc à le faire avec ses maigres moyens, mais une détermination farouche. Quelques connexions internet plus tard, le voilà prêt à commettre un acte aussi irréparable que stupide. Tout autour, sans imaginer l’impensable, les adultes s’inquiètent, désemparés de voir leurs bonnes vieilles recettes inopérantes face à l’adolescent en pleine ébullition intérieure, devenu indocile et qui se pense en droit de leur donner des leçons. Placé en centre fermé, entouré d’éducateurs redoutablement patients, respectueux et aguerris, Ahmed refusera d’abord toutes les mains tendues, s’enfermant dans son mutisme, refusant jeux, travaux à la ferme et tout contact avec cette vie organique où pourtant une jeune adolescente drôle et sensuelle le dévore des yeux… La suite ? On l’espère, tout autant qu’on la redoute.
S’il nous exaspère, s’il nous effraie, jamais on ne parviendra à détester Ahmed. C’est toute la force du cinéma des Dardenne, toute la force de ce film qui nous laisse avec la vision indélébile d’un gosse mal dégauchi qui fait ses ablutions, de ses gestes répétitifs, presque des tocs, de sa fragilité adolescente, de sa démarche mal assurée, de ses pieds introvertis, rentrés en dedans comme s’ils ne pouvaient aller vers le monde, s’ouvrir à lui. Avec son popotin un peu trop présent qui lui donne de dos des courbes androgynes, Ahmed n’a pas fini de nous déconcerter. Pas si loin de ce qu’on était à cet âge-là, pas si loin de tous les ados que l’on croise dans la rue, dans nos vies.(Utopia)
Lorgues : samedi 22 16h, dimanche 23 zt lundi 24 21h10
Vox Fréjus : dimanche 23 13h30

NOUREEV

Ralph FIENNES - GB 2018 2h07 VOSTF - avec Oleg Ivenko, Adèle Exarchopoulos, Chulpan Khamatova, Ralph Fiennes, Raphaël Personnaz, Alexei Morozov, Olivier Rabourdin... Scénario de David Hare, d'après le livre Noureev, une vie de Julie Kavanagh

NOUREEVS’il est un personnage romanesque, c’est bien Rudolf Noureev : un danseur d’exception, une étoile filante qui influença d’une façon phénoménale la danse masculine, perturba radicalement les codes du ballet, fascina des générations d’amateurs et continue aujourd’hui encore à inspirer nombre d’artistes. En plus il était beau : « Du fauve il avait le regard brûlant et le mouvement aussi » dira de lui Christine Ockrent pour annoncer sa disparition en pleine gloire en 1993… âgé d’à peine 54 ans. 

Le film ne dit pas toute sa vie, mais ses débuts à Leningrad (Saint-Pétersbourg), sa rencontre avec Alexandre Pushkin, professeur de danse respectueux et respecté qui joua un rôle déterminant dans l’évolution du jeune prodige jusqu’au moment où sa vie bascula radicalement… 
Son père, commissaire politique de l’Armée rouge, avait disparu alors qu’il avait trois ans, laissant sa famille dans une précarité qui lui laissa durablement un insatiable appétit de richesse et de reconnaissance. Il avait une énergie folle, en réaction, peut-être, à un complexe d’infériorité chronique. Pauvre, venu tardivement à la danse, il avait le sentiment qu’il devait « faire tenir six années en trois » pour rattraper son retard. Ralph Fiennes a toujours été fasciné par le personnage, fasciné aussi par la Russie dont il parle la langue et s’il prend grand soin à reproduire scrupuleusement le contexte, il se donne à lui-même le rôle d’Alexandre Pushkin, prof dont la bienveillante tolérance a compté dans l’affirmation du talent de Noureev.

1961, nous sommes en pleine guerre froide. C’est à contre cœur que la Russie soviétique autorise Noureev à sortir de ses frontières pour se produire à l’Opéra de Paris avec le ballet du Mariinsky, encadré de près par le KGB complètement dépassé. « Il n’entend rien à la politique » avait dit son directeur de troupe pour rassurer les autorités, échaudées par les insoumissions et les frasques de ce danseur fantasque. Mais à peine la représentation terminée, Noureev échappe à cette surveillance trop visible, pour le simple plaisir de flâner en toute liberté dans Paris ou faire la fête avec les danseurs français… Probable qu’il n’avait rien calculé à l’avance, dit Fiennes : « les Soviétiques, en lui mettant la pression, l’ont poussé à faire le choix de rester en France ». En arrivant à Paris, lui qui n’a connu que l’univers gris de la pauvreté, est instantanément fasciné par la ville, sa liberté festive, cette foultitude d’amis avec qui il peut s’exprimer en toute sincérité, sans contrainte… Au moment du voyage de retour vers la mère patrie, alors même qu’il s’apprête à embarquer dans l’avion, il fait volte face, se précipite vers deux gendarmes à qui il demande protection et supplie la France de le garder, soutenu par ses nouveaux amis… On imagine qu’il n’a pas été commode de parvenir à trouver le comédien capable d’exprimer l’incandescence du tempérament de Noureev. C’est finalement dans la troupe nationale du Tatarstan que Fiennes, après de longs mois de recherche, a fini par dénicher Oleg Ivenko, danseur lui-même, n’ayant jamais joué la comédie, mais étonnant de ressemblance physique avec son modèle… 

« Restait à être spontané et à s’investir émotionnellement »… dit encore Fiennes. C’est ce que réussit Oleg Ivenko, avec une classe et une fougue emballantes… et un talent de danseur époustouflant – les scènes de danse ne sont pas très nombreuses dans le film mais elles sont exaltantes. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 19 16h, 20h30, jeudi 20 14h, 18h15, 20h30, vendredi 21 14h, 16h, 20h30, samedi 22 14h, 18h30, 21h, dimanche 2314h, 20h30, lundi 24 15h50, 18h15, 20h45, mardi 25 16h, 20h45

UN HAVRE DE PAIX

Écrit et réalisé par Yona ROZENKIER - Israël 2018 1h31mn VOSTF - avec les trois frères Rozenkier : Yœl, Micha, Yona, Claudia Dulitchi, Miki Marmor...

 
 
Le cinéma est friand de réunions de famille, avec leur lot d'engueulades, de mises au point… et d'émotion également. Dans Un havre de paix, plusieurs éléments rendent encore plus explosives ces retrouvailles de trois frères (Itai, Yoav, Avishai) venus enterrer leur père. Nous sommes en 2006, dans un kibboutz près de la frontière libanaise, en proie donc avec la menace quotidienne de se prendre une roquette sur la figure… Et puis Avishai, le benjamin, doit partir à la guerre dans quelques jours – ce qu'on déjà connu ses deux grands frères. La tension est palpable, la peur aussi malgré la véritable préparation militaire dirigée par Itai. D'autant plus que Yoav avait fui le kibboutz pour Tel-Aviv, laissant à ses frères et à sa mère le soin de s'occuper d'un père moribond. 

Un havre de paix n'est pas un film sur la guerre, ni directement sur Israël. Le film dénonce de manière plus universelle une société de la virilité qui nie la sensibilité, les failles et les traumatismes au profit d'une apologie de la force brute et du courage. Dans le contexte spécifiquement israélien, cette virilité exacerbée, dénuée de toute psychologie, trouve dans l'armée et dans la guerre sa meilleure expression. Il est question de rites de passage : petits, les enfants devaient braver les vagues et plonger dans une grotte sous-marine ; grands, c'est l'engagement dans Tsahal et le baptême du feu. Cet ode à la virilité archaïque se poursuit de génération en génération, avec l'aval passif des mères, et si on ne s'y soumet pas, on passe immédiatement pour un lâche. Avishai va devoir choisir : soit suivre Itai, le fils fidèle qui cherche à l'endurcir et aller se battre, soit tout abandonner et suivre Yoav qui s'est rebellé et a fui.

Tourné dans le kibboutz même où les frères Rozenkiel ont vécu, Un havre de paix est un film de famille – ce qui lui donne un supplément de force et de sincérité. (denizor, senscritique.com)
 
Vox Fréjus : mercredi 19 et vendredi 21 14h, 18h30, jeudi 20 16h30, 20h45, samedi 22 13h55, 21h, dimanche 23 16h, 20h45, lundi 24 16h, mardi 25 16h25, 20h45

LUNE DE MIEL

Ioana URICARU - Roumanie 2018 1h28mn VOSTF - avec Mălina Manovici, Dylan Smith, Steve Bacic, Milan Hurduc... Scénario de Ioana Uricaru et Tatiana Ionascu.
Quand on est Roumaine, venue travailler aux États Unis et qu’on s’est trouvé un potentiel mari natif américain, on est immédiatement suspectée de tricher pour intégrer à tout prix le pays de l’oncle Sam. Surtout si on est jolie, que le mec claudique un peu et n’est pas tout à fait un prince charmant. La suspicieuse administration yankee a tôt fait de venir farfouiller dans vos affaires, persuadée que tous les coups sont permis pour obtenir une green card. Ce qui n’est pas forcément faux par ailleurs, car l’humain a cette fâcheuse tendance à se battre pour survivre et tendre vers une vie meilleure. Mais dans le cas de Mara et Daniel, il est clair que ces deux-là s’aiment, ça se voit mieux que le nez de Cyrano au milieu de sa figure. Leur couple fraîchement constitué fait plaisir à voir. Attentifs l’un à l’autre, francs, avec l’envie de s’épauler longtemps, fidèles. D’humain à humain, la bénédiction leur est immédiatement accordée… mais pas d’humain à fonctionnaire du bureau de l'immigration… Celui qui les reçoit l’un après l’autre n’a pas l’air bien commode. C’est au tour de Mara, peu rassurée, malgré les encouragements de Daniel. La voilà qui pénètre dans le bureau impersonnel pour un premier tête à tête. « Et comment vous êtes-vous rencontrés ? Et au lit, ça va comment, au lit ? » Je force le trait, mais à peine : la frêle souris tétanisée qui joue sa vie face au matou bien nourri qui la scrute, guette les moindres failles, prêt à bondir. Obligation est faite de répondre, avec la peur au ventre de faire un faux pas ou que ses propos soient dévoyés, tout en restant polie devant le tout puissant représentant de l’état, quoi qu’il puisse insinuer. Et tout ça, évidemment dans une langue qui n’est pas la sienne. Mara s’en sort formidablement bien : sa diction est fluide, son petit accent roumain est plus charmant que gênant, elle développe même ses explications dans un vocabulaire qui dépasse celui du Ricain pur jus qu’elle a en face.
 
C’est que depuis des mois, elle exerce sa profession d'infirmière dans un hôpital de la ville, prévenante, dévouée, tellement à l’écoute et attentive à ses patients qu’elle a fini par être séduite par l’un d’eux : Daniel évidemment. Dont elle est tombée amoureuse… mais pas avant d'être convaincue d'avoir tiré le bon numéro !
 
Le rendez-vous administratif se termine, ce devrait être le dernier puisque tout est en règle… Mais on découvrira bientôt que son interlocuteur est un sacré tordu qui va se servir de son pouvoir pour ferrer sa proie. Que faire quand celui qui possède la clef de votre tranquillité est un type abject ?
 
Mais pour l’instant, Ioana quitte le bureau de l'immigration le cœur en paix. Il est temps d’aller chercher Dragos, son fils de 9 ans, à l’aéroport. Après les mois de séparation, les retrouvailles sont aussi émues que joyeuses. On pleure et on rit. Daniel se débrouille comme un chef, se montre patient, n'en fait pas trop, et très vite une belle complicité va naître entre lui et Dragos. La famille est en bonne voie de (re)construction. C’est tendre. C’est beau. C’est sans compter l’ombre du fonctionnaire qui plane…
 
Pour son premier film, la réalisatrice Ioana Uricaru raconte quelque chose qui lui est essentiel. À travers l’histoire de Mara, elle décrit le difficile parcours des exilés dans un pays devenu paranoïaque. Elle parle avec justesse de la vulnérabilité des immigrées dont elle fit partie, du sentiment d’injustice. Un point de vue d'une rare sensibilité, qui nous vient de l’intérieur et parle d’un sujet rarement abordé, presque tabou. Les exploiteurs sont parfois planqués au cœur du système démocratique qu'ils sont censés représenter…(Utopia)
 
Vox Fréjus : mercredi 19 13h50, 18h, jeudi 20, dimanche 23, lundi 24 et mardi 25 14h, vendredi 21 18h, samedi 22 16h25

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Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 juin 2019

Bonjour à tous !
Tout d'abord, prenez note des 2 prochaines (et 2 dernières avant les vacances) soirées Entretoiles : le dimanche 16 juin ce sera une soirée cinéma italien avec Santiago Italia de Nanni Moretti, qui empoigne de façon puissante et touchante, le sujet du coup d’état au Chili, en 1973, e,t dans un tout autre genre, Fortunata de Sergio Castellitto, portrait solaire d'une Antigone moderne. Le dimanche suivant, le 23 juin, nous vous proposons Douleur et gloire de Pedro Almodovar, un de ses plus beaux films, dit-on, et pour lequel Antonio Banderas a obtenu le Prix d'interprétation masculine (Cette semaine, vous pouvez voir ce film à Salernes, au Luc et au Vox). En septembre, nous espérons vous proposer quelques autres films primés au festival de Cannes cette année.... A suivre !
 
Cette semaine le film ciné-club proposé par CGR est Marie Stuart, reine d’Écossede Josie Rourke, un film historique qui charme par la splendeur des images mais qui est aussi très intéressant sur le fond.
 
CGR propose aussi cette semaine un Festival du film japonais, le festival Hanabi. Il y a un pass pour l'ensemble des films ou bien les films peuvent être pris à l'unité. Plusieurs ont déjà été proposés par Entretoiles cette année. Si vous les avez manqués, profitez-en ! : Je veux manger ton pancréas de Ushijima, nouvelle fleur du cinéma d'animation japonais, Passion 1er film d'Hamaguchi, et déjà observation du sentiment amoureux (aussi à Lorgues), Asako I et II de Hamaguchi, une histoire d'amour qui est tout sauf une simple bluette, Senses I, II, III, IV et V, toujours de Hamaguchi, une splendide chronique d'émancipation, et Night is short, walk on girl de Masaaki Yuasa, une histoire d'adolescence et d'amour.
CGR vous propose aussi La cité de la peur de Alain Berberian, une ode à la bêtise pure et dure que les adeptes des Nuls apprécieront !
 
A Lorgues, allez voir L'affaire Brassens, une enquête musicale, et à Salernes, Je choisis de vivre de Nans Thamassey et Damien Boyer, documentaire sur la résilience après le deuil.
 

 A Cotignac, le magnifique documentaire de Thierry Demaizière, Lourdes. Ne fuyez pas au prétexte que vous n'avez pas la foi, ou que vous en avez marre des documentaires. Vous passerez à côté d'un film magnifique qui a su emballer les plus anticléricaux, et les plus sceptiques. et le Chant de la forêt de Nader Messora, le beau conflit d'un jeune home e pris entre sa culture ancestrale et le monde occidental.

 
Au Vox  Le jeune Ahmed des frères Dardenne , portrait d'un adolescent pris entre les idéaux de pureté de son imam et les appels de la vie, , Sybil de Justine Triet , film sélectionné au Festival de Cannes avec une Virginie Efira époustouflante, 90'S de Jonah Hill, à l'authenticité saisissante, Petra de Jaime Rosales, vénéneux et captivant, et Piranhas de Claudio Giovannesi, radiographie effarante d'une génération perdue.
 
Les prochains films de ciné club seront , Ma vie avec John f donavan ,  Nos vies formidablesLe silence des autresLa lutte des classes et L 'adieu à la nuit.
 
Bonne semaine de cinéma à tous ! Allez au cinéma !!
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 

MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSE

(Mary queen of Scots) Josie ROURKE - GB/USA 2018 2h05 VOSTF - avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Jœ Alwyn, David Tennant, Guy Pearce... Scénario de Beau Willimon et Alexandra Byrne, d'après le livre de John Guy.
MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSEProduction somptueuse, impressionnantes vues aériennes de sites naturels d’Écosse, magnifiques costumes… Marie Stuart, reine d'Écosse est un film d’époque qui charme d'abord par la splendeur de ses images, le faste de la reconstitution historique. Mais le retour au xvie siècle proposé par la réalisatrice Josie Rourke est également très intéressant sur le fond.

Le récit débute en 1561, alors que Marie Stuart (Saoirse Ronan), reine d’Écosse, rentre d’exil après douze ans en France – où elle a épousé en 1558 le roi François II, mort prématurément deux ans plus tard. S’ensuit une bataille épique, non pas sur les champs de bataille, mais au sein même de la cour. La monarque, qui n’a pas vingt ans, ne fait pas l’unanimité.
Il faut dire que l’Écosse est tiraillée entre catholiques et protestants, que son indépendance est en jeu et que sa destinée dépend de cette reine revenue veuve et sans descendants. En Angleterre, la montée récente au trône d’une autre jeune reine, Élisabeth Ire (Margot Robbie), est l'occasion d'une rare rivalité toute féminine au sommet. À travers les deux jeunes femmes culmine le choc entre deux dynasties, les Stuart et les Tudor.Teinté de géopolitique et de féminisme, le film brille de ses couleurs actuelles : il arrive en salles au moment où le Brexit déchire la Grande-Bretagne. Il y a 450 ans, l’Angleterre protestante cherchait à prendre le contrôle de l’île. Marie Stuart, un temps reine de France en tant qu’épouse de François II, est la dernière figure de l’Écosse catholique et continentale.
Le cinéma n’a jamais été chiche de films sur cette époque – Elizabeth (1998), avec Cate Blanchett, demeure sans doute le titre le plus connu. Le premier long métrage de fiction de Josie Rourke, femme de théâtre, donne lieu à un fascinant duel à distance entre deux femmes de pouvoir qui se distinguent jusque dans leur manière d’affronter la cohorte d’hommes censés les conseiller.
Le récit est mené subtilement et rend bien compte de la complexité de la situation : entre les Stuart et les Tudor, c’est presque blanc bonnet, bonnet blanc. La réalisation s’appuie sur un habile montage qui intercale scènes dans les Highlands et à la cour de Londres. Conçu comme un suspense, le film aboutit à un face-à-face entre les deux protagonistes et la mise en scène de cette rencontre est un délice, tant elle se déroule comme un lent dévoilement à travers un labyrinthe de toiles blanches. Saoirse Ronan et Margot Robbie incarnent leurs rôles avec un bel aplomb et une intensité saisissante.
Le portrait de cette Marie d’Écosse, femme de tête prête à rompre avec les coutumes, a quelque chose de neuf, de profondément original malgré les figures imposées du film historique : le traitement adopté ici, qui se méfie de la romance et ne recule pas devant l'expression de la violence, évite de colorer de rose le pouvoir au féminin.
Peut-être les connaisseurs reprocheront-ils au film de se ranger trop ouvertement du côté de Marie Stuart : sans en faire la belle héroïne sans peur et sans reproche, le récit la montre comme la grande victime d’une machination. Le film s’ouvre et se conclut d’ailleurs par sa décapitation. Avec un dernier geste vestimentaire plein d’audace : l’apparition d’une éclatante robe rouge. (Utopia)
Film ciné club CGR mercredi 5,et samedi 8 18h10, jeudi 6 et lundi 10 11h, vendredi 7 16h10, dimanche 9 13h25


FESTIVAL CGR HANABI :
 

Je veux manger ton pancréas

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Shinichiro Ushijima
avec Mahiro Takasugi, Lynn
En salles le 21 Août - Japon - 1h48
Sakura est une lycéenne populaire et pleine de vie. Tout l’opposé d’un de ses camarades solitaires qui, tombant par mégarde sur son journal intime, découvre qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre… Unis par ce secret, ils se rapprochent et s’apprivoisent. Sakura lui fait alors une proposition : vivre ensemble toute une vie en accéléré, le temps d’un printemps.
Voilà un titre qui effraiera ceux qui ne s’intéressent pas au sens caché du pancréas, joli petit organe tout de jaune vêtu qui, sans relâche, nous donne chaque jour les moyens de prendre ce qu’il y a de meilleur dans les aliments. Sans lui pour créer cette fameuse insuline qui transforme le sucre en énergie, nous serions simplement incapables de vivre ! Haru, timide et fermé aux autres ne pouvait précisément pas faire plus belle déclaration à Sakura : « Je veux manger ton pancréas ». Dixit : « Tu m’apprends à me déployer, à m’emplir d’amour, et je t’aime à ce point que je ne peux plus vivre sans toi ». Remarquable adaptation du best seller éponyme de Yoru Sumino, cette nouvelle fleur du cinéma d’animation japonais n’est pas prête de faner dans les esprits. Peut-être rendra-t-elle même éternels vos printemps intérieurs, quand elle rappelle que le destin est autant affaire de choix que de hasard. Bien loin d’une triste fatalité, où tout se jouerait entre le blanc, le noir et l’hiver… Son sujet est donc immense, au service d’un éclatant apprentissage – celui de l’amitié, de l’amour, de la joie.
Le monde de Sakura est rose, jamais morose, comme l’est d’abord celui de Haru. Son euphorie naturelle, que les cerisiers en fleurs encadrent tout du long du film, marque son passage avec éclat. Même en cherchant bien, pas le moindre nuage dans le ciel bleu de la jeune fille. Elle rayonne avec toute l’humanité qui est la sienne. L’ensoleillement des scènes extérieures, l’éclairage des scènes intérieures, laissent sa silhouette surgir en contre-jour, aussi fugace qu’un reflet d’aurore. A contrario, Haru avance dans un monde fait de pluie et de nuit. Comme si l’existence était vouée à n’être qu’un mauvais bulletin météo, si inondée qu’après tout, pourquoi pas se noyer dans des livres ? Jusqu’au jour où il tombe par hasard sur un journal intime dans un hôpital. Celui de Sakura. Elle gardait ce secret pour elle, mais elle est condamnée à une floraison aussi brève que celle des cerisiers…
En le découvrant, Haru va permettre toutes les libérations – celle de Sakura, qui n’aura plus à porter seule le fardeau de sa disparition imminente, et la sienne. Entraîné dans les mille aventures de cette âme-soeur improbable, plus que jamais partante pour engloutir des plâtrées de pâtes et se laisser aller à des jeux aussi drôles qu’équivoques, il frôlera la lumière à son tour, comme dans cette scène (sublime) d’une nuit foudroyée par des feux d’artifice. C’est au fond l’histoire du soleil qui a rendez-vous avec la lune, à l’instar de Your name (2016) de Makoto Shinkai. « Quand on croit qu’il est loin, il est là près de nous ». Rendant l’éclipse forcément inévitable. Sakura le dira elle-même à Haru : « Le jour où tu as déclaré vouloir que je vive, tu m’as métamorphosée d’être banal en être important. Peut-être attendais-je pendant ces 17 années d’être importante à tes yeux, tout comme les cerisiers attendent le printemps ». Preuve en est que la vie, quelqu’elle soit, mérite d’être vécue. Ce sont donc nos liens avec les autres qui nous façonnent : l’histoire de Sakura et Haru, en révélant si finement tant de vérités profondes, a le pouvoir de rendre heureux. O. J.
CGR : mercredi 5 16h
 
 

PASSION

Ecrit et réalisé par Ryūsuke HAMAGUCHI - Japon 2008 1h55VOSTF - avec Ryuta Okamoto, Aoba Kawai, Nao Okabe, Kiyohiko Shibukawa, Fusako Urabe...
PASSIONQuelques mois après le très beau Asako , arrive sur les écrans Passion le tout premier long métrage de Ryūsuke Hamaguchi réalisé à la fin de ses études de cinéma en 2008.
Depuis Senses, son œuvre fleuve qui l’a révélé en France l’an dernier, Hamaguchi s’est affirmé par la finesse de son observation du sentiment amoureux, ses scénarios aux multiples personnages et une certaine intensité dans la représentation des affects, à contre-courant de l’idée de pudeur parfois associée au cinéma japonais. Passion montre que ces traits caractéristiques sont présents dès son premier film, où l’on suit les détours amoureux de trois jeunes couples d’amis. La force du cinéma d’Hamaguchi est de fouiller en profondeur les sentiments de ses personnages tout en leur laissant une étonnante capacité de revirement. Les personnages d’Hamaguchi sont toujours moteurs de changements inattendus, voire impulsifs, qui forcent les autres à redéfinir leur position face au groupe. 
Tout commence lors d’un dîner dans un restaurant chic. La professeure de mathématiques Kaho y fête son 29e anniversaire avec son petit ami Tomoya, un bel universitaire, et leurs amis proches. Il y a là Kenichiro, accompagné de son amie Sanae, et Takeshi avec sa femme enceinte Marie. Ce soir-là, Kaho et Tomoya annoncent qu’ils vont se marier. Takeshi et Marie, le couple le plus mature des trois, semble très heureux. Mais s’en suit un mini-drame lorsque Kenichiro lance : « Kaho, j’attendrai que tu divorces pour me marier avec toi ». Sanae court se réfugier aux toilettes. Mais le plus étonnant, peut-être, est la réaction des futurs mariés eux-mêmes. Ni Kaho, ni Tomoya ne semblent réellement convaincus par leur déclaration d’amour. Cette annonce ouvre une brèche qui, comme la disparition d’un personnage dans Senses et Asako I&II, va toucher l’ensemble du groupe et révéler les fragilités de chacun. 
L’incident clos et le dîner terminé, les femmes laissent les hommes passer la soirée entre eux. Au fil de la nuit, Tomoya, Kenichiro et Takeshi se retrouvent dans l’appartement de Takako, la maîtresse de Kenichiro. Leurs discussions vont mettre au grand jour leurs failles. En présence de Takako, Kenichiro devra préciser ses sentiments pour Kaho et Sanae. Takeshi, si fier de sa qualité de mari modèle et de sa future paternité, verra ses convictions vaciller au cours d’une discussion sur la fidélité avec Hana, l’amie de Takako. Quant à Tomoya, si brillant en façade et socialement distingué, est-il réellement capable d’aimer Kaho ou qui que ce soit ?
Très dialogué, encore incertain parfois dans sa mise en scène, ce premier film de Ryūsuke Hamaguchi pose les bases de sa conception des sentiments. Les affects opèrent par soubresauts qui causent des percées d’amour mais aussi de cruauté et de violence. Les femmes, qu’on pourrait croire en retrait, sont au contraire des personnages très volontaires, parfaitement actrices de leur vies sentimentales. Une scène en particulier, peut-être, éclaire le cœur du film. Le lendemain de la soirée, Kaho s’entretient avec ses élèves de la disparition d’une d’entre eux, victime d’intimidation prolongée. « Les gens ne sont pas transparents, nous ne pouvons pas voir à travers » dit-elle. Dans une société japonaise si codée, où l’individu compte moins que le groupe, tout le cinéma d’Hamaguchi est de traquer cette opacité, les sentiments cachés et les intentions inavouées. (Utopia)

CGR jeudi 6 20h

Lorgues mercredi 5 20h, samedi 8 18h, dimanche 9 21h
 

ASAKO 1 & 2

Ryûsuke HAMAGUCHI - Japon 2018 1h59mn VOSTF - avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto, Rio Yamashita... Scénario de Sachiko Tanaka et Ryûsuke Hamaguchi, d'après le roman de Tomoka Shibasaki.
ASAKO 1 & 2Parce qu’un jour Baku apparaît. Parce qu’Asako est une grande amoureuse. Parce que Ryûsuke Hamaguchi n’a probablement rien à apprendre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, indétrônable, éternel. Et parce que chaque mot d’Asako à Baku résonne avec une acoustique rare : celle d’un cri d’amour murmuré. Tout cela annonçait la couleur d’une sidération lorsque le fantasque Baku, sans crier gare, disparaît du jour au lendemain… Sans cette absence, Asako aurait été indemne, hermétique à sa propre compréhension. Avec : elle aura été (I) et sera (II). Puis en aimera un autre : quoiqu'un sosie. Un clin d’œil au chef d’œuvre de Buñuel, Cet obscur objet du désir. Mais aussi remake inversé du Vertigo d’Hitchcock où ce n’est plus James Stewart qui modèle Kim Novak pour en faire le sosie, mais Asako qui choisit un sosie et ne le change pas. Qu’elle est bleue, cette rencontre orange…

Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Ryûsuke Hamaguchi après dix années d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme l’accès d’Hamaguchi au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas, stationne derrière une muraille en béton. L’a-t-il d'ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire pour finalement faire le choix de l'urgence, de l'évacuation permanente : la temporalité du rêve étant ce qu'elle est… Le Baku étant une créature mythique du folklore qui se nourrit des rêves et des cauchemars. 
Le film a beau être vu deux fois, trois fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Ici, les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années… 

On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d'autant plus ce qu'elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d'une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu'aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c'est beau » d'être vivace, ambivalent, d'échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l'esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D'affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d'avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu'Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l'interpréter d'apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d'oser rester fidèle à soi. (Utopia)
CGR : dimanche 9 à 14h
 

SENSES

Ryusuke HAMAGUCHI - Japon 2015 5h VOSTF - avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara, Rira Kawamura... Scénario de Ryusuke Hamaguchi, Tadashi Nohara et Tomoyoki Takahashi

5 ÉPISODES PROPOSÉS EN 3 PROGRAMMES
SENSES 1 & 2, durée 2h20
SENSES 3 & 4, durée 1h25
SENSES 5, durée 1h15
Il est impératif de voir les épisodes dans l'ordre.


SENSESÀ quoi rêvent les femmes japonaises d’aujourd’hui ? À avoir plus de temps pour elles. Senses leur donne celui nécessaire pour se retrouver dans une splendide chronique d’émancipation…
Au Japon, 100 000 personnes disparaissent chaque année sans laisser de traces. On les appelle les « évaporés ». C'est ce qui va se passer avec Jun : du jour au lendemain elle disparaît, elle s'évapore, laissant ses trois meilleures amies dans le désarroi. Sa disparition va entraîner un séisme intime en chacune d’elles, les amenant à questionner leur amitié comme leurs vies respectives. Car Jun était le pilier du groupe, celle qui leur avait permis de toutes se rencontrer…

Ryusuke Hamaguchi donne une ampleur inédite à la situation en libérant une parole trop longtemps mise en sourdine. Sans rien montrer d’une hystérie généralisée ou d’actes physiques extrêmes, le chamboulement émotionnel n’en est pas moins intense. Il est à la source de remous intérieurs qui vont pousser les héroïnes à se poser des questions essentielles, à même de changer la destinée de chacune, parce que les réponses apportées s’émancipent du poids moral de toute une société. Comment aimer ? Peut-on avoir confiance en l’autre ? Doit-on tout se dire ? Ai-je la vie que je souhaite ? Des interrogations qui reflètent bien la perplexité affective dans laquelle flottent les sociétés contemporaines… Senses les remet au centre de tout, rappelant la nécessité d’une interaction sociale, quelle qu’en soit la forme.
Pour éviter des réponses toutes faites, Hamaguchi prend le temps d’une analyse collective, notamment par le biais du séminaire d’un artiste-activiste (baptisé « écouter son centre ») auquel participe la bande d’amies, parmi d'autres. Celui-ci va avoir un effet cathartique imprévu…

Hamaguchi filme avec une rare acuité les dynamiques de groupe qui transparaissent. Chaque personnage laisse éclore, dans des successions de gestes faussement anodins, des traits de caractères et des secrets enfouis, faisant éclater les faux-semblants, mettant à jour tout un système de mensonges et de dissimulations liés au statut et à la condition féminine, dans un monde qui persiste à vouloir les contraindre dans des codes et des schémas patriarcaux (pas propres au Japon mais dont les aspects paraissent ici inouïs de notre point de vue occidental et biaisé…). Il y a quelque chose du cinéma de John Cassavetes dans la maîtrise du jeu d’acteur improvisé, le faisant passer pour parfaitement naturel à l’écran…
Cinq épisodes ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes et leur rendre une parole trop longtemps empêchée. Vivre ainsi au plus près des émotions des personnages est un privilège suffisamment rare pour qu’on s’en délecte pleinement. À la fin de Senses, cette impression de quitter quatre amies proches, avec leurs qualités et leurs défauts, nous ferait presque espérer une suite à ce récit fleuve, galvanisant, prenant et toujours passionnant.(Utopia)
CGR : I et II vendredi 7 18h, III et IV lundi 10 18h, V lundi 10 20h


NIGHT IS SHORT, WALK ON GIRL  de Masaaki Yuasa
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C’est l’histoire d’une nuit, dont l’écoulement dépend de la perception de chacun : elle semble se prolonger indéfiniment, étant le lieu de péripéties se succédant sans atteindre l’essoufflement ; certains voient sur leur montre les jours passer à l’allure de secondes, tandis que ce sont des années qui filent sur le cadran des plus vieux. Pourtant, elle ne dure pour le spectateur rationnel qu’une heure trente. Et c’est cette durée qui semble être la plus proche de ce que vit la fille aux cheveux noirs (Kurokami no Otome) qui rappelle gentiment au vieil homme se remémorant avec nostalgie un concours de boisson que celui-ci a eu lieu il y a quelques instants seulement. Une fille et un jeune homme (Senpai), deux facettes d’un personnage principal multiforme facilitant le processus d’identification du spectateur, si tant est que celui-ci cherche encore un point où s’ancrer, et qu’il ne s’est pas déjà laissé sombrer dans cette nuit folle et sans repères. Car contrairement aux apparences, non, les carpes koïs du vieux pervers n’ont pas disparu, l’ouragan qui les avait emportées les amène providentiellement jusqu’à la scène finale du théâtre illégal, afin que le contact simultané de leurs écailles et du cuir chevelu du Don et de l’assistante reproduise le coup de foudre qu’avait provoqué une première fois la chute des pommes écarlates.
Pour être plus clair, c’est une nuit de printemps ou d’été, une nuit où il semble faire chaud mais durant laquelle un rhume violent sévit. La fièvre qui se propage à l’ensemble de la ville est bien pratique : il suffit de contaminer les autres avec son amour pour que celui-ci prenne chez eux. C’est une myriade de microbes, de couleurs et de voix qui anime cette nuit aux scènes invraisemblables, s’éternisant parfois avant de laisser place à une transition abrupte.Inutile de louer la qualité des visuels ou de l’animation, déjà le kotatsu ambulant quitte l’emplacement 34, il ne leur reste qu’une assiette de takoyakis et deux pintes vides, le script de cette partie est déjà terminé, rédigé dans l’urgence et dans l’inspiration naturellement issue de la situation dont elle dessine en même temps les futurs possibles. Les plans du Senpai sont toujours déjoués par le caractère imprévisible des événements, la rationalité ne parvenant à se faire une place que comme composante du sensoriel. Le tribunal des plans d’action du moi est ainsi envahi par un régiment de Johnnys (pas celui-là) faisant déborder l’instinct du jeune homme fébrile, dont le délire ne parvient pas pour autant à repousser celle sur qui aucun signe d’ivresse ne semble se manifester. Comme si les cocktails engloutis étaient bus par la ville elle-même, épargnant ainsi son ange gardien qui de chevet en chevet va s’assurer du bien-être des fiévreux.
On te reconnaît Ra Ta Ta Tami, tous tes personnages sont là, et pourtant ce ne sont pas les mêmes. Ou peut-être ont-ils simplement décidé de changer de tenue et de voix pour passer une nuit de plus en notre compagnie, de nouveau imprégnée de cette atmosphère de rose-colored campus life, où Ozu s’amuse cette fois à se faire passer pour un dieu. Yukio Mishima a-t-il vraiment exprimé son désamour de l’œuvre d’Osamu Dazai face à ce dernier ? Maintenant que les deux auteurs ont choisi de quitter le monde physique, les mots abandonnés dans leurs sillons créent des liens dans la brocante universelle qui les réunit, lieu parmi tant d’autres où cette nuit qui pourrait être infinie se poursuit.
Eh bien, qu’elle ne cesse pas, tant que toutes les fantaisies qu’elle doit rendre réelles ne le sont pas devenues. Qu’il y ait des défis à relever, des opportunités à saisir, ou simplement une nuit à savourer, il suffit de se laisser emporter pour entrevoir un monde de possibles trop souvent différés qui nous emporte en son sein sans présenter de menu, nous laissant ainsi libres de goûter à toutes sortes de plats (mais tous sont épicés) (Xeno)
 CGR mardi 11 18h
LA CITE DE LA PEUR, de Alain Berberian
 
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Odile Deray, attachée de presse, vient au Festival de Cannes pour présenter le film "Red is Dead". Malheureusement, celui-ci est d’une telle faiblesse que personne ne souhaite en faire l’écho. Mais lorsque les projectionnistes du long-métrage en question meurent chacun leur tour dans d’étranges circonstances, "Red is dead" bénéficie d’une incroyable publicité. Serge Karamazov est alors chargé de protéger le nouveau projectionniste du film... Chantal Lauby en attachée de presse vénale et maladroite, Alain Chabat en garde du corps trompettiste et dostoïevskien (ceux qui ont vu le film comprendront), Dominique Farrugia en acteur abruti qui « vomit quand il est super content » : la triade gagnante annonce la couleur de la fausse "comédie familiale" d’Alain Berbérian. Rarement l’appellation ô combien galvaudée de "film culte" s’est autant justifiée que pour La cité de la peur, sommet de débilité (voulue !) dans l’horizon de la comédie française, maintes fois imité, jamais égalé. Pourquoi culte ? Parce que, plus de quinze ans après sa sortie, on est toujours capable de réciter par blocs ses répliques hilarantes ; parce que, génération après génération, de nouveaux amateurs viennent grossir sa horde de fans déjà conséquente : si, à sa sortie en 1994, le film pouvait capitaliser sur le succès télé des Nuls, alors en plein boom, il a depuis fédéré des fans plus jeunes qui n’ont pourtant jamais connu des émissions comme Objectif Nul ou le JTN. Bien sûr, le film a pris un petit coup de vieux, un charme un peu kitsch qui ne lui va d’ailleurs pas si mal, puisque tout, ici, est du domaine de la parodie et du grotesque. La singularité et la réussite de La cité de la peur tiennent surtout du fait que les Nuls s’inscrivent moins dans une "qualité française" chauvine, qui ferait vieillir le film prématurément, que dans une tradition comique plutôt anglo-saxonne, des Monty Python (le nonsense élégant) aux ZAZ (le jusqu’au-boutisme du gag qui tache). Le maigre fil narratif (un tueur en série terrorise le Festival de Cannes et favorise le succès d’un film d’horreur minable) n’est que prétexte à une avalanche de gags, ce qui apparaît évidemment un peu facile ; mais le point de départ factice est largement compensé par la force comique déployée tout au long du métrage, véritable éclat de rire d’1h39 où même le générique de fin est à se tordre. Parce qu’il faut un sacré talent, un sacré culot et surtout une sacrée foi dans l’humour pour tenir aussi bien la distance, piochant avec frénésie dans tous les champs possibles du gag : runnings gags, gags absurdes, gags scato, gags visuels, gags parodiques (le film cite Terminator, Basic Instinct, Pretty Woman, Bad Taste...), gags authentiquement "nuls"... Un véritable festival, sans mauvais jeu de mots ! Les Nuls osent tout, n’ont peur de rien et voient large, uniquement guidés par la logique du "une minute = un gag", projet qui, somme toute, ne manque pas de noblesse : il s’agit de divertir, voilà tout, et de le faire bien. Difficile alors de recenser toutes les perles de La Cité de la peur, même si la danse torride du duo Chabat/Darmon (la Carioca finale, un bonheur), la séquence essentielle à Vera Cruz ou encore la célèbre histoire de whisky et de doigts risquent fort de rester encore longtemps dans les annales de la connerie, sans parler de répliques immortelles telles que « Barrez-vous cons de mimes ! » ou « Pluto c’est le chien de Mickey ». Les interprètes, petits ou grands rôles, viennent d’horizons assez divers du ciné français (on trouve aussi bien Gérard Darmon et Eddy Mitchell que Bacri et Sam Karmann, jusqu’à l’hommage posthume à Bruno Carette, le quatrième Nul) et participent au carré à la jouissance de l’ensemble : si on s’amuse autant devant La Cité de la peur, c’est aussi parce que les acteurs eux-mêmes semblent s’amuser comme des gosses ! On l’aura compris, même s’il peut toujours y avoir des réfractaires à cette ode à la bêtise pure et dure (ça peut se comprendre), difficile de résister à une telle recette, que Chabat réemploya avec succès dans son Astérix, huit ans plus tard. « Youpi, dansons la Carioca... » (Avoiràlire)
CGR dimanche 9 20h
 

COCORICO MONSIEUR POULET

Jean ROUCH - documentaire France 1974 1h32mn - avec Damouré Zika, Lam Ibrahim Dia, Tallou Mouzourane, Baba Noré, Moussa Diallo...
COCORICO MONSIEUR POULETDans une 2CV bringuebalante, Lam, surnommé M. Poulet, s’en va en brousse chercher les poulets qu’il vendra à Niamey. Assisté de Tallou et Damouré, il espère faire des affaires juteuses. Mais les imprévus s’accumulent, les poulets sont introuvables… « Ce film a peut-être été le plus drôle à faire. Lam avait proposé un documentaire sur le commerce du poulet, nous décidons d’en faire un film de fiction. Nous avons été dépassés dans l’improvisation par les incidents : la voiture de Lam n’avait ni freins, ni phares, ni papiers. Ses pannes continuelles modifiaient sans cesse le scénario prévu […]. Alors l’invention était continuelle et nous n’avions aucune autre raison de nous arrêter que le manque de pellicule ou le fou rire qui faisait trembler dangereusement micros et caméras. » Jean Rouch.
La Redonne Flayosquet : mercredi 12 juin 20h Ciné-soupe
 
 
 
L'AFFAIRE BRASSENS
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En octobre 2011, on a célébré les 30 ans de la mort de Georges Brassens.
30 ans que son œuvre lui survit et démontre l’incroyable popularité de son auteur.
Imaginé par Jean Bonnefon, L’affaire Brassens est un spectacle qui met en scène quatre complices de Georges Brassens supposés se retrouver à la barre d’un tribunal pour défendre leur chef de bande.
Claude Villers, l’inoubliable Président du Tribunal des Flagrants Délires sur France Inter, prête sa voix (en off), à un juge qui va chercher à comprendre le mystère qui entoure Brassens. Comment un artiste aussi marginal peut-il, en fin de compte, être aussi consensuel ? Comment peut-on à la fois railler la religion, l’ordre établi, faire l’apologie des voyous et des putains et devenir une icône de la culture française ?
C’est donc un tour de chant scénarisé qui visite l’œuvre de Brassens, en parcourant les divers thèmes qu’il a abordés au cours de sa carrière : L’amour, la mort, l’amitié, les poètes, les révoltes… Autant de sujets qui inspirèrent à Brassens des chansons géniales et populaires : Margot, les bancs publics, la supplique, l’auvergnat, les copains d’abord, Le temps ne fait rien à l’affaire … Le plus dur, est de choisir parmi tant de chefs d’œuvre.
Forts de l’expérience d’un précédent spectacle, les musiciens du groupe abordent les arrangements des chansons, avec le respect de la composition et de l’harmonie, en y posant toutefois leur touche personnelle : polyphonie, swing, percussions légères…
Le Président Villers, mène les débats, mais le public sera finalement le seul juge des quatre complices…. « L’audience est ouverte… Faites entrer les prévenus ! »


 Lorgues mercredi 5 18h, samedi 8 20h15

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Au(x) cinéma(s) du 29 mai au 4 juin 2019

Bonjour à tous !

 
La prochaine soirée Entretoiles aura lieu le  dimanche  16 juin avec  deux  film italiens: un documentaire de Nanni Moretti  Santiago, Italia  et un film de Sorgio Castellito  Fortunata.
 
Cette semaine pas de film en ciné club . Les  prochains films  seront :  Marie Stuart reine d 'Ecosse, Ma vie avec John F donavan ,  Nos vies formidables, Le silence des autres, La lutte des classes et L 'adieu à la nuit.
 
A Lorgues vous pourrez  un documentaire de Samuel Bigiaoui  68, mon père et les clousun regard pudique et modeste, qui en dit long sur les relations filiales, et bien plus encore sur une époque qui entendait faire rimer liberté avec égalité, et égalité avec fraternité, Mais vous êtes fou, d'Audrey Diwan une subtile reflexion sur le couple, El reino  de Sorogoyen  un thriller politique ultra tendu, mis en scène avec virtuosité  et un documentaire français Les arbres remarquables.
 
A Salernes mais aussi au Vox le dernier Almodovar Douleur et gloire où le grand cinéaste nous livre un bouleversant autoportrait semi-fictif et offre au comédien Antonio Banderas son meilleur rôle et Debout de Stephane Haskell l’histoire d’un drame surmonté et d’une envie d’œuvrer pour le bien commun en transmettant un trésor.
 
Au Vox Petra  où  non-dits et violence psychologique sont la colonne vertébrale de ce film du réalisateur espagnol Jaime  Rosales, Le jeune Ahmed  des frères Dardenne , portrait d'un adolescent pris entre les idéaux de pureté de son imam et les appels de la vie , Sybil  de Justine Triet , film sélectionné au Festival de Cannes avec une Virginie Efira époustouflante et The dead don't die réalisé par Jim Jarmush  sur un thème mythique du cinéma fantastique : les morts vivants.
 
Bonne semaine de cinéma!
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 
 

68, MON PÈRE ET LES CLOUS

Samuel BIGIAOUI - documentaire France 2019 1h24mn -
Le monde est immense et toujours surprenant : pas une planète, pas une galaxie, pas un coin de notre terre qui, de l'infiniment grand à l'infiniment petit, ne déploie une diversité que les plus grands explorateurs, savants, docteurs en machin chose ne cessent de découvrir… Plus ils étudient ces espaces infinis, cherchent, fourrent leur nez dans tous les recoins les plus éloignés d'un univers qui ne cesse de se déployer et plus l'horizon se déplace. On le supputait déjà, depuis notre petit carré d'ignorance : plus on sait et plus on découvre que l'on ne sait rien.
Il en va de même pour le cinoche : les sources d'inspirations ne sont pas près de se tarir et plus on plonge dans l'intime et plus on flirte avec l'universel et plus le cinéma surprend par sa capacité de renouvellement. Tenez, par exemple, ce film-là, 68, mon père et les clous  
C'est une petite quincaillerie qui ne paie pas de mine, en plein cœur du Quartier latin, rue Monge. On y trouve tout ce qui est nécessaire pour installer le quotidien basique d'une vie, depuis les pitons pour tableaux aux cartons pour collectionneur de papillons.
Cette boutique, où toutes sortes de destins se croisent, est d'abord un havre d'humanité : on vient s'y ressourcer, y papoter pour se changer les idées, faire le plein de chaleur humaine avec un patron qui lui non plus ne paie pas de mine, mais est une source inépuisable d'étonnement. Qu'est ce qui a pu pousser à choisir de vendre des clous, il y a 30 ans, ce sympathique Jean qui s'apprête à plier boutique ? Militant de la gauche prolétarienne, engagé jusqu'au trognon, intellectuel diplômé de partout… il aurait pu prétendre à un rôle de premier de cordée, comme dirait l'autre.
Depuis, il n'a cessé de faire de ce lieu ordinaire un point de ralliement pour une humanité de proximité aussi diverse et riche que banale, aussi anonyme qu'attachante : un boucher trotskiste, un tireur d'élite russe qui a fui son pays, une immigrée croate, une bourgeoise… De tous les milieux, de tous les pays, de tous les âges. C'est son fils qui le filme, le poursuit de questions dans les recoins de son magasin, capte les échanges sans en modifier le cours…
Dans cette boutique au bric-à-brac magique se croise l'incroyable diversité de la fourmilière humaine et les récits de vies des uns et des autres brassent avec humour quelques vérités fondamentales, racontent l'histoire d'une époque mouvante entrecoupée de drôleries et de moments d'émotion. Ici on parle cinéma, politique, bricolage, société. On y partage un café, les pâtisseries de fin de Ramadan. On y philosophe tout en brassant les petites contrariétés de base. Les meilleurs copains de Jean sont des vieux militants, intellectuels de haut vol ayant fait le choix d'une vie modeste, curieux de tout, toujours bienveillants, jamais amers. La poignée de salariés qui travaillent dans la boutique essuient une larme et racontent l'attachement au lieu, leur amitié pour Jean, le rôle qu'il a joué dans leur vie… Zora rigole : vous seriez un bon psychanalyste, revendique d'avoir le monopole du balai et son fils ironise sur son mauvais sens des affaires, le fric perdu. Les clients se désolent de voir disparaître cette caverne d'Ali Baba qui leur fournissait des clous et tant d'autres choses, escamotent leur émotion dans une pirouette.
Samuel, le réalisateur et fils de Jean, filme avec sa tête, son cœur et beaucoup de talent, le montage est vif et signifiant. Il y a de la tendresse et de la fierté quand la caméra regarde son père partir vers sa nouvelle vie, ne reniant rien de l'ancienne, une vie qui ne devait rien au hasard mais à des choix, faite de sens et nourrie de belles rencontres. Superbe !  (Utopia)
 
LORGUES
mer. 29 mai / 18h00         lun. 03 juin / 18h00

 

MAIS VOUS ÊTES FOUS

Audrey DIWAN - France 2018 1h37mn - avec Pio Marmaï, Céline Salette, Nailia Harzoune, Maxence Tual, Valérie Donzelli, Carole Franck... Scénario d’Audrey Diwan et Marcia Romano.
 
Ça commence comme si de rien n’était, le hasard d’une rencontre, une soirée entre amis qui s’est prolongée un peu trop tardivement, un petit coup de mou dans l’existence, un coup de cafard, ou de fatigue. Le premier pas est toujours le plus facile, le plus festif, celui qui ne fait pas peur, parce que l’on croit, à tort, que la maîtrise est là, solide comme un rempart. Romain est passé depuis longtemps de l’autre côté et il est maintenant bien installé dans une relation toxique avec son addiction. Elle est là, au quotidien, dans son ombre, le suivant pas à pas au travail, à la maison, en ville. Le jour elle l’accompagne et lui donne de l’énergie, la nuit elle le visite, sans prévenir, l’enfermant dans de terribles insomnies. Comme un vieille copine collante qui fait semblant de ne pas comprendre que sa présence est devenue pénible, elle s’accroche et s’obstine mais rien n’y fait : Romain ne peut plus se débarrasser d’elle.

Et puis un jour, c’est l’accident, sa plus jeune fille fait une crise d’épilepsie dont on met très vite en évidence la cause : un taux élevé de substances prohibées. Pour sa femme Camille, c’est un cataclysme, elle découvre que l’homme qu’elle aime, qu’elle croyait si bien connaître, avec lequel elle a construit sa vie lui a caché pendant des années sa dépendance. Pire que tout : sa conduite a mis leurs enfants en danger. Très vite, la procédure judiciaire se met en action, parce que des mineurs sont concernés et qu’ils doivent avant tout être protégés et Camille, elle-même, a peut-être une part de responsabilité… Qui peut jurer qu’elle n’est pas, elle aussi, une droguée ?
Séparée de son conjoint, puis de ses enfants, Camille va devoir faire face et comprendre comment ils ont pu en arriver là et surtout, comment elle a pu laisser son homme s’enfermer seul dans un mensonge qui a tout détruit à petit feu. Comment renouer le dialogue quand la confiance est brisée ? Comment apprendre à vivre sous le regard inquisiteur de la famille, des amis, de la société qui ont tôt fait d’enfermer Romain dans son statut de coupable ? Comment poursuivre une relation alors qu’une autre, l’addiction, s’est invitée dans leur couple, maîtresse indésirable dont les traces du passage ne peuvent s’effacer.

C’est sous cette angle du rapport amoureux malmené que l’addiction est ici traitée et ce premier film va essentiellement s’attacher à la relation entre Camille et Romain, l’épreuve endurée par chacun d’eux, seul avec sa peine, puis la délicate reconstruction d’un avenir commun. Sans jugement moral, sans fascination déplacée, Audrey Diwan filme l’addiction comme ce qu’elle est : un poison vicieux qui est, avant de devenir destructeur, un puissant exhausteur de plaisir, de puissance, de confiance et elle montre bien comment Romain, homme a priori brillant et bien installé dans sa vie, a pu y trouver un soutien pour surmonter ses failles, ses faiblesses, ses blessures. Alors qu’on l’a quitté il y a peu dans un registre comique (En liberté !), Pio Marmaï montre ici une autre facette de son talent, plus sombre, plus dramatique. Face à lui, Céline Salette, forte et délicate, passionnée et révoltée, incarne un magnifique personnage féminin, entre la glace et le feu.   (Utopia)
 
LORGUES
 mer. 29 mai / 16h00      sam. 01 juin / 16h00       dim. 02 juin / 21h00
 
EL REINO
Rodrigo SOROGOYEN - Espagne 2018 2h11mn VOSTF - avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, José Maria Pou, Nacho Fresneda, Ana Wagener, Barbara Lennie... Scénario   d'Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen.
 
 
« La corruption politique en Espagne – et surtout, la totale impunité de ses leaders depuis une dizaine d’années – nous a laissés, ma co-scénariste Isabel Peña et moi, d’abord perplexes, indignés puis déprimés, et enfin presque anesthésiés. C’est la répétition des affaires de corruption de ces dernières années qui nous a décidés à raconter cette histoire. Comme dans Que Dios nos perdone, nous voulions faire un thriller, un film à suspense qui accroche le spectateur mais qui parle aussi des êtres humains et de leur noirceur. »  L’action démarre dans un restaurant de luxe, autour d’un plateau de fruits de mer débordant de gambas plus énormes et plus rouges que partout ailleurs. Ici l’herbe est plus verte que partout ailleurs ! On ingurgite goguenards et sans s’extasier les vins millésimés, la cuisine fine, on se gausse, on critique les absents, on trame des complots avec des airs entendus. Il nous faut un moment pour comprendre qu’on est dans la cour des grands, des puissants de ce monde, parmi lesquels une seule et unique femme. Tellement sûrs d’eux, de leur impunité éternellement acquise qu’ils en finissent par oublier d’être discrets. C’est à l’heure du digestif, quand sort de l’ombre un petit carnet où sont alignés les comptes occultes de campagne, qu’on sait définitivement qu’on est dans une grande famille politique. Laquelle ? Ce ne sera jamais dit… Les scénaristes ont pris soin de doter le parti fictif du film des mêmes caractéristiques que les formations politiques qui s’affrontaient en Espagne en 2007, année où se situe l’action. 
 
Pour Manuel López-Vidal (Antonio de la Torre, juste parfait !), l’un des cadors de la petite bande plus habituée aux yachts qu’au métro, l’avenir s'annonce radieux. C’est au moment où il est sur le point de satisfaire son ambition galopante, de passer à la direction nationale, qu’un bon gros scandale dévoilé par la presse va éclater : malversations, corruption, compte d’initiés… Alors qu’ils nageaient tous dans les mêmes eaux glauques et profondes, Manuel va vite comprendre que c'est sur lui seul que la nasse risque de se refermer. Ses alliés de jadis auront tôt fait de charger sa barque pour se défausser et ne pas sombrer avec lui. Mais notre bouc émissaire n’a pas dit son dernier mot…mme dans Que Dios nos perdone, nous voulions faire un thriller, un film à suspense qui accroche le spectateur mais qui parle aussi des êtres humains et de leur noirceur. »  (Utopia)
 
LORGUES   
sam. 01 juin / 20h00        lun. 03 juin / 20h00
 
 

LES ARBRES REMARQUABLES, un patrimoine à protéger

Un film de Jean-Pierre Duval, Georges Feterman et Caroline Breton - documentaire France 2019 1h30mn - Avec la participation de Alain Baraton, Delphine Batho, Denis Cheissoux, Francis Hallé, Béatrice Rizzo, Yann Wehrling... avec l'association A.R.B.R.E.S



 
 
On a tous en nous un souvenir d'arbre. Remarquable parce qu'il nous a marqué. Comme ce souvenir très fort d'une photo prise à l'orée des années 90 sous un chêne planté majestueusement sur la place de la mairie du village. Toute une ribambelle de gamins rassemblés autour du tronc, grimés pour le bicentenaire de la révolution. On n'avait que 4 ans, mais ce souvenir là, de la prise de cette photo, de cet arbre là, est aussi vif et frais qu'un bourgeon laissant bientôt place à une tendre feuille. On a aussi le souvenir d'une plaque près du tronc énorme de ce branchu et au moment où on écrit ces lignes, on apprend qu'il y est mentionné : « Arbre remarquable ».
Majestueux, millénaires, insolites, liés à une légende ou tout simplement beaux, les arbres en imposent dans le règne végétal comme les tortues dans le monde animal : pouvant vivre plus que centenaires, ils ont quelque chose d'immuable, d'éternel – et on les sait porteurs d'une mémoire commune qu'il faut à tout prix préserver. Le film, remarquablement écrit et réalisé à six mains, nous emmène dans un captivant tour de France et d’Outre-mer de ces arbres si particuliers. La diversité de ces ancêtres vénérables se dévoile sous nos yeux entre forêts et campagne, villes et montagnes. Certains d’entre eux paraîtront un peu « jeunes », ne dépassant pas les 300 ans. Les plus vieux cèdres ou catalpas, séquoias ou tulipiers ont tout simplement l’âge de leur arrivée en Europe ! Oliviers, Châtaigniers, Chênes, Ifs, Tilleuls, Zamana, et tant d’autres sont eux aussi au rendez-vous. Ne vous pressez pas. Ils seront encore là quand vous passerez les voir. Pour eux, le temps n’a pas la même dimension.  (Utopia)
 
LORGUES    vendredi 31 /19h30
 

DOULEUR ET GLOIRE

Écrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR - Espagne 2019 1h53mn VOSTF - avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia, Nora Navas, Julieta Serrano… et Penélope Cruz... Festival de Cannes 2019, Sélection officielle, en compétition.

 
 
 
 Disons le d'emblée, avec enthousiasme : Douleur et gloire est l'un des plus beaux films de Pedro Almodovar, et probablement le plus intime, le plus personnel. Un film ample et maîtrisé, superbement écrit et construit, d'une élégance formelle, d'une puissance évocatrice renversantes, touchant à la perfection dans son interprétation, dans son image, dans sa musique, dans sa direction artistique, dans ses dialogues, dans ses ellipses… et dans l'assemblage fluide de tous ces éléments !
Antonio Banderas (extraordinaire) y campe le célèbre cinéaste Salvador Mallo, alter-ego d'Almodovar qui lui a prêté ses costumes pittoresques, sa coupe de cheveux et jusqu'à son propre mobilier… Sans oublier sa douleur, condensé de maux physiques, existentiels, émotionnels, psychologiques. Une douleur qui tiraille quasiment chacun de ses gestes, y compris artistiques. Comment créer quand la souffrance n'est plus un moteur, mais une entrave ? Comment ne pas douter quand la gloire confine au déclin ? Salvador, ainsi pris en étau entre son manque d'inspiration, le sentiment d'avoir déçu et son anatomie malade, plonge dans ses souvenirs pour trouver le repos et reprendre goût au présent. 
D'abord pris dans l'apesanteur amniotique d'une piscine, les yeux fermés, Salvador se rappelle un des plus beaux moments qu'il ait vécus : sa mère Jacinta, joyeuse au bord de la rivière, chante au diapason d'autres lavandières et étend le linge fraîchement lavé sur les joncs et la menthe. Le petit garçon d'alors ne peut cacher sa fascination pour cette mère d'après-guerre, dont la beauté voluptueuse transcende la rusticité de l'époque. Les cheveux en bataille, le sourire éclatant, la prunelle ténébreuse… Le récit est bousculé puis revient au présent. Celui d'un homme qui a vécu. Celui d'un homme qui a souffert. Puis viennent d'autres souvenirs. Son premier amour, la douleur de la rupture qui suivit, l'écriture comme seule thérapie pour oublier l'inoubliable, la découverte précoce du cinéma et du vide, la difficulté de se séparer des passions qui donnent à la vie sens et espoir.

Flashback. Salvador émigre avec ses parents à Paterna, un village près de Valence où ils espèrent trouver la prospérité. Ils s’installent dans une grotte troglodyte – le temple de son enfance. On porte l'eau dans des seaux, Jacinta reprise des chaussettes avec un œuf de couture, symbole ultime de résurrection et de vie. Qui sert astucieusement à relier, dans la narration, le fil du passé et celui du présent. Soit l'enfance des années 60, la maturité triomphante des années 80 à Madrid et Salvador de nos jours, isolé, dépressif, victime de plusieurs maux, retiré du monde et du cinéma.
Ne vous méprenez pas, Douleur et gloire n'a rien de cérébral, rien d'élitiste. Au contraire : c'est une œuvre lumineuse, cathartique, qui tire admirablement parti des ressources de la fiction – de ces « coïncidences » qui n'arrivent que dans les films (ou presque). Tel le premier amant de Salvador tombant par hasard sur sa pièce de théâtre disant tout de son remord face à leur rupture… Ce même amant qui dira : « Il n'y a pas un film de toi que je n'aie pas vu », comme soulagé de voir que leur histoire continue à vivre, par des évocations, des réminiscences en images. Encore coïncidence, avec la réapparition mystérieuse d'un portrait de Salvador en train de lire un livre dans la grotte de Paterna. Il a neuf ans. Les murs blanchis à la chaux contrastent avec les fleurs en pots, les carreaux de ciment multicolores aux motifs matissiens. La lumière zénithale achève de donner au cadre une dimension fantasmagorique. Un jeune maçon – amateur de peinture – contemple Salvador, fasciné par la scène, et décide de le dessiner sur un sac de ciment, puis d’emporter le croquis pour le mettre en couleurs chez lui. La candeur mêlée au désir inavouable des deux garçons est d'une telle intensité que Salvador perd connaissance, comme foudroyé. Au-delà des deux histoires d'amour qui marquèrent le héros et vont ici trouver une issue dans la fiction, ce sont les regrets vis-à-vis de sa mère qui vont s'effacer dans un délicieux retournement final. Les douleurs, ainsi exorcisées, finissent par apparaître mineures, quand elles ne sont pas directement moquées…

Douleur et gloire continue donc d'affirmer cette liberté qui a toujours défini le cinéma d'Almodóvar, par sa manière de multiplier les mises en abyme, d'éclater la narration entre le passé et le présent, entre l'auto-fiction et l'imaginaire. Sans jamais perdre de vue la beauté, ni l'émotion. O. J.   (Utopia)
 
SALERNES
 mer. 29 mai / 18h00     ven 31/18h et 21h    sam1juin /18h    dim2/18h        lun3/18h et 21h    mar4/21h
 
LE VOX 
VF : mer29/15h45      jeu30/15h45      sam1/18h15           dim2/13h50    /13h50   mar4/16h
V.O :mer29/18h15      jeu30/20h45      ven31/13h50  18h15     sam1/13h50  21h     dim2/18h10  20h30   lun3/18h15  mar4/18h15
 
 

DEBOUT

Stéphane Haskell - documentaire France 2019 1h25mn VOSTF - avec la voix de Raphaël Personnaz...
 
La quarantaine, jeune réalisateur photographe, Stéphane Haskell brûle la vie par les deux bouts. Alcool, excès en tous genre… Un soir, il se retrouve paralysé, incapable de bouger. Transporté à l'hôpital, on lui diagnostique un syndrome de la queue de cheval – une garcerie neurologique peu commune qui, malgré son nom sympathique, laisse durablement de sales séquelles et handicape parfois à vie ceux qui en sont porteurs. Après plusieurs opérations, il réussit péniblement à marcher, perclus de douleurs. Des mois de rééducation, des années de souffrance. Jusqu'à ce qu'une rencontre change le cours de son destin… une rencontre avec le yoga. Thérèse Poulsen, une professeure le convainc de la suivre en Allemagne où elle donne des cours dans un centre spirituel. Elle l’initie aux postures de base et à la philosophie du yoga. De là, un début de victoire, même infime, une voie s’ouvre à lui : la guérison est peut-être possible.
Caméra au poing, Stéphane Haskell part à la rencontre de ceux pour qui le yoga représente une forme de libération. Libération des contraintes imposés par le corps, acceptation de la privation de liberté pour des détenus de la prison de San Quentin aux État-Unis, manière d'évacuer les traumatismes au Kenya… 

« Le yoga est la forme moderne de la liberté : pour un ouvrier face à la machine, un prisonnier face à l’absurdité du monde carcéral, aux pauvres pour s’abstraire de la misère, un malade face à l’enfer de la souffrance… Nous sommes tous prisonniers de quelque chose. Le Yoga est la forme moderne d’accès à une certaine liberté. » (Stéphane Haskell, extrait de Respire • Ed. Michel Lafon)    (Utopia)

SALERNES
sam1juin /21h  
 

PETRA

Jaime ROSALES - Espagne 2018 1h47mn VOSTF - avec Barbara Lennie, Alex Brendemühl, Joan Botey, Marisa Paredes... Scénario de Jaime Rosales, Michel Gatzambide et Clara Roquet.
C’est là, au sommet des collines qui dominent les vignes, que la brune Petra vient chercher une sorte de rédemption, loin de tout mysticisme. Sous couvert de participer à une résidence d’artiste, elle débarque par un beau matin clair dans les pattes d’un plasticien qui aurait l’âge d’être son père. La renommée internationale de Jaume Navarro en impose déjà à la jeunette subjuguée, sans même qu’elle l’ait rencontré. Il va vite s’avérer que notre souricette est tombée dans la tanière d’un raminagrobis expérimenté dans l’art et la manière de torturer longuement ses proies. Oh pas physiquement, non ! Notre patriarche est plus subtil, plus pervers… Il se plait à ferrer intellectuellement ses disciples, à les humilier doucement, à les égratigner verbalement jusqu’à les faire abjurer toute estime de soi.
 
L’accueil dans sa grande propriété cossue est roide. Marisa, sa compagne, peu engageante, se révèle aigrie et cassante comme le sont les êtres dominés, prompts à évacuer leur haine retenue sur la première bouc-émissaire venue. On ne sait si elle met en garde Petra par solidarité féminine ou pour protéger ses arrières et sa cage dorée. Toutes deux se regardent en chiennes de faïence, guettant les pas du maître, jalousant l’attention qu’il pourrait porter à l'autre. Elles se reniflent mutuellement, jaugeant les failles de la potentielle adversaire, prêtes à dégainer leurs crocs. Elles pourraient tout aussi bien être deux alliées ou rivales piégées dans la maison de Barbe bleue, chacune se demandant laquelle est la première capable de vendre la peau de l’autre pour épargner la sienne. Leur ton policé peine à cacher leur stratégie guerrière. 
 
L’espace d’un souffle glacial, on songe avec effroi à quel point il est facile de passer du statut de victime à celui de tortionnaire. L’inconstance humaine nous glace les sangs. Quand Petra déclare rechercher la vérité dans l’art, Marisa la questionne sur ceux qui mentent. Quand Petra affirme que l’argent ne l’intéresse pas, Marisa lui rétorque que la seule chose que Jaume peut lui apprendre est pourtant comment en gagner. De fait le grand artiste est en tous points un être détestable. Même son fils le décrira un peu plus tard comme un être hybride et cruel. Tous ceux qui surnagent dans l’aréopage du grand mâle dominant y tiennent un rôle ambigu et peu reluisant.
 
Pourtant Petra, obstinée, malgré les propos malveillants qui fusent de tous bords, va étonnement ne pas lâcher l’affaire, même si les mots que lui décoche Jaume sont choisis pour la blesser profondément. Petra est un personnage complexe, imprévisible, qui essaie de dissimuler son besoin de reconnaissance sous une assurance de façade. Que cherche-t-elle, qui est elle vraiment ? Elle semble courir aveuglément après un idéal inaccessible, comme animée par une forme de recherche identitaire, encore tout endolorie par la perte de sa mère. Progressivement les doutes s’invitent, vénéneux. Dans ce microcosme toxique, on se prend à douter de tout. On ne sait plus si on est dans la froide réalité alors même que chaque piste suggérée se distord constamment, fuyant la lumière sereine du jour. C’est trouble, hypnotique, tout à fait captivant…
 
Barbara Lennie excelle dans le rôle-titre, tandis que les trop courtes apparitions de Marisa Paredes transpercent l’écran. Ensemble elles forment un duo impeccable qui progressivement s’impose, défie l’ordre établi. Le récit est orchestré de façon magistrale par Jaime Rosales (découvert il y a douze ans avec le très beau La Soledad), qui amène chaque retournement avec une précision millimétrée et une élégance folle. (Utopia)
 
LE  VOX
mer29/18h20     jeu30/16h15    ven31/20h45  sam1/18h20     dim2/18h10
 
 

LE JEUNE AHMED

Écrit et réalisé par Jean-Pierre et Luc DARDENNE - Belgique 2019 1h24 - avec Idir Ben Addi, Olivier Bonnaud, Myriem Akheddiou, Victoria Bluck, Claire Bodson, Othmane Moumen... Festival de Cannes 2019, Sélection officielle, en compétition
 




Le jeune Ahmed, 13 ans, la caméra puissante et discrète ne le lâche pas un instant. Désarmée par les choix de son petit protagoniste, elle se fait même insistante, prête à l’épauler s’il chute. Elle se tient à l’affût de ses moindres soupirs, plus criants que des mots. Elle ne loupe aucun souffle des personnages, nous laisse à peine le temps de reprendre le nôtre. Ce n’est pas tant l’action qui est mise en scène ici, mais bel et bien l’impuissance des adultes qui gravitent autour de ce jeune Ahmed à l’âme impénétrable. C’est pourtant un gentil garçon qui évolue sous nos yeux. Il transpire la bonne volonté. Poli, il s’applique à être celui qu’on lui demande d’être, même trop. Car la voix prépondérante dans sa tête n’est plus celle de cette enseignante remarquable qui ne s’économise pas pour élever les mômes du quartier au dessus de leur condition sociale. Ni celle de cette mère imparfaite comme toutes mais prête à tout pour ses enfants. Ni celle des copains, jugés insuffisamment pieux. La voix prépondérante ne sera même plus celle de l’imam intégriste qu’Ahmed s’était mis à suivre aveuglément. Tous seront dépassés par cet élève, ce fils, ce disciple. La voix prépondérante ne sera bientôt plus que celle de Dieu lui-même, ou plutôt celle d’un Coran revisité pour pousser à la haine plutôt qu’à l’amour.


C’est simple de détourner un adolescent qui se cherche et redoute les changements de son corps, c’est presque trop facile d’utiliser sa peur de ne pas être à la hauteur. Quand on a treize ans, on a soif d’absolu. Quand on a treize ans, on a des certitudes, refuges illusoires. Quand on a treize ans, on ne mesure pas toutes les conséquences de ses mots et de ses actes. On connaît peu la fragilité de l’existence ou on ne veut pas la voir, car elle aussi fait peur.


C’est ainsi qu’entre deux révisions, deux prières, Ahmed va avoir la volonté d’un geste brave, pour purifier son monde et se faire une place dans l’autre, auprès de son cousin mort au jihad et glorifié comme martyr. L’imam au verbe haut lui semble soudain bien pleutre, l’heure venue de passer à l’action. Ahmed s’apprête donc à le faire avec ses maigres moyens, mais une détermination farouche. Quelques connexions internet plus tard, le voilà prêt à commettre un acte aussi irréparable que stupide. Tout autour, sans imaginer l’impensable, les adultes s’inquiètent, désemparés de voir leurs bonnes vieilles recettes inopérantes face à l’adolescent en pleine ébullition intérieure, devenu indocile et qui se pense en droit de leur donner des leçons. Placé en centre fermé, entouré d’éducateurs redoutablement patients, respectueux et aguerris, Ahmed refusera d’abord toutes les mains tendues, s’enfermant dans son mutisme, refusant jeux, travaux à la ferme et tout contact avec cette vie organique où pourtant une jeune adolescente drôle et sensuelle le dévore des yeux… La suite ? On l’espère, tout autant qu’on la redoute.


S’il nous exaspère, s’il nous effraie, jamais on ne parviendra à détester Ahmed. C’est toute la force du cinéma des Dardenne, toute la force de ce film qui nous laisse avec la vision indélébile d’un gosse mal dégauchi qui fait ses ablutions, de ses gestes répétitifs, presque des tocs, de sa fragilité adolescente, de sa démarche mal assurée, de ses pieds introvertis, rentrés en dedans comme s’ils ne pouvaient aller vers le monde, s’ouvrir à lui. Avec son popotin un peu trop présent qui lui donne de dos des courbes androgynes, Ahmed n’a pas fini de nous déconcerter. Pas si loin de ce qu’on était à cet âge-là, pas si loin de tous les ados que l’on croise dans la rue, dans nos vies.(Utopia)


LE VOX       mer29/  13h50 18H30 20h45      jeu30/13h50 16h15 18h15      ven31/  13h50 16h15 20h45     sam1/ 13h50 16h15 18h30    dim2/ 16h15 18h15     lun3/13h50 16h15 18h      mar4/ 13h50 16h15 20h45 


  
 

SIBYL

Justine TRIET - France 2019 1h40mn - avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Hulliel, Niels Schneider, Sandra Hüller, Laure Calamy... Scénario de Justine Triet et Arthur Harari. Festival de Cannes 2019, Sélection officielle, en compétition.


Écrire l'éloge de Sybil, c'est d'abord clamer celui de Virginie Efira, absolument incroyable, irrésistible dans le rôle titre. Virginie Efira qui s'impose film après film comme une comédienne exceptionnelle dans tous les registres, que ce soit dans la pure comédie – Caprice, d'Emmanuel Mouret, Victoria, de Justine Triet déjà – ou dans une veine plus dramatique – Elle, de Paul Verhoeven, en second rôle capital, et plus encore Un amour impossible, de Catherine Corsini. Bref la magnifique Virginie Efira constitue à elle seule une bonne raison de voir le nouveau film de Justine Triet, qui elle aussi s'impose à vitesse grand V comme une réalisatrice importante dans le cinéma français.


Sibyl est une psychanalyste qui a décidé de mettre son divan au garde-meuble pour se consacrer à la littérature. Mais il lui faut bien reconnaître que ce changement de vie est laborieux et s'accompagne d'un défilé de patients désespérés, qui vivent très mal ce qu'ils considèrent comme un abandon. Et ça se complique encore quand une jeune actrice suicidaire l'appelle au secours alors qu'elle est face à un choix cornélien : avorter ou pas de l'enfant qu'elle attend de son partenaire à l'écran, marié à la réalisatrice du film qu'elle est en train de tourner ! Et si ce n'était que ça… Sibyl a une vie de famille jamais simple, avec une sœur gentiment caractérielle et fantasque, et surtout elle ne parvient pas à tourner la page d'un amour perdu, qui lui a laissé un enfant.
Comme dans ses précédents films, Justine Triet passe du rire aux larmes, jongle avec les situations extrêmes et absurdes, entremêle les pistes et les récits, le récit réel se mêlant à celui d'un roman en cours, de quoi nous égarer pour mieux nous retrouver, usant de ses thèmes récurrents : les enfants et les responsabilités maternelles, le chaos des sentiments amoureux, l'absurdité de certains milieux professionnels comme celui du cinéma.


D'ailleurs, s'échappant dans une seconde partie des milieux urbains, le scénario nous emmène à Stromboli, la fabuleuse ile éolienne volcanique à l'imaginaire si cinématographique depuis le film de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman. C'est sur cette île mythique que se déroule le tournage qui voit la jeune Margot se débattre entre son partenaire-amant et sa réalisatrice-rivale, tandis que Sibyl est censée soutenir psychologiquement la jeune actrice. Ce décor de carte postale à la fois merveilleusement concret et irréel est parfait pour faire exploser les sentiments les plus extrêmes.
Au cœur de ce grandiose chaos, les actrices déroulent leur talent fou, autour de la reine Virginie : Laure Calamy, qui fait une formidable sœur tourmentée, l'Allemande Sandra Hüller, (l'extraordinaire Inès de Toni Erdmann), la réalisatrice et femme trompée, qui tente de garder son professionnalisme et ne va pas vraiment y arriver, et Adèle Exarchopoulos, parfaite dans le rôle de la jeune femme en proie à un dilemme impossible.(Utopia)


LE VOX   mer29 /13h50  16h  20h45      jeu30/ 13h50  16h30 20h45     ven31/16h15  18h30  20h45      sam1/ 13h50 16h 21h      dim2/ 13h50 16h 20h30  lun3/16h10 20h30  mar4/13h45 18h30 20h45

 

THE DEAD DON’T DIE

Écrit et réalisé par Jim JARMUSH - USA 2019 1h45mn VOSTF - avec Bill Murray, Adam Driver, Selena Gomez, Chloë Sevigny, Tilda Swinton, Carol Kane, Steve Buscemi, Tom Waits, Iggy Pop, Danny Glover, RZA... Festival de Cannes 2019, Film d'ouverture, en compétition.

 
 
Après sa magnifique variation sur les vampires – le divinement mélancolique Only lovers left alive –, pas étonnant finalement que le grand Jim Jarmush consacre un film à un autre thème mythique du cinéma fantastique : les morts vivants. Ce sera donc le bien titré The Dead don't die qui visiblement aborde le sujet sur le registre de la comédie loufoque en même temps que furieusement caustique sur les us et coutumes d'une certaine Amérique profonde repliée sur ses fondamentaux toxiques…
Et mazette, quel générique ! Ils sont venus, ils sont tous là… Le vieux complice Bill Murray, le nouveau disciple Adam Driver, et Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Selena Gomez, Carol Kane, sans oublier les valeureux Steve Buscemi et Danny Glover, ni la famille musicale avec Tom Waits, Iggy Pop, RZA… C'est ce qu'il est convenu d'appeler un casting de rêve, ou le « plus grand casting jamais démembré » comme le dit un des slogans du film… 
 Il y a quelque chose de pourri dans la sereine bourgade de Centerville. En tout cas, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires improbables et les animaux commencent à avoir des comportements bizarres. Personne ne sait vraiment pourquoi, personne ne comprend ce qu'il arrive. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’événement terrifiant qui est sur le point de s’abattre sur Centerville : THE DEAD DON’T DIE – les morts veulent s'offrir un rab de vie, les cadavres sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux habitants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les Centervillais (Centervillois ? Centervilliens ?). Et il n'est pas exclu qu'elle soit perdue d'avance (Utopia)
 
LE VOX   jeu30/20h45      ven31/15h50         lun3/20h30  mar4 20h45
 
 






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Au(x) cinéma(s) du 10 au 16 avril 2019

 

Bonjour à tous !
 
Nous sommes en pleine vacances de printemps, donc d'une part, pas de film en ciné-club au CGR, et d'autre part, pas de mail Entretoiles la semaine prochaine : nous nous retrouverons le 24 avril. !
 
Tout d'abord un aperçu des soirées organisées  par  Entretoiles après les vacances scolaires. Dimanche 28  avril vous pourrez voir le film irlandais  Rosie Davis, soutenu par l'association Habitat et humanisme, avec une présentation de cette association et de  sa réalisation sur Draguignan et la semaine suivante le dimanche 5 mai nous vous proposerons une soirée à thème  : Adolescence et reconnaissance avec 2 films: Les Moissonneurs et Sibel et bien sûr  un apéritif entre les deux.
Les prochains films de ciné club à partir du 24 avril seront La Favorite, Jusqu'à la garde, Vice ,Grâce à Dieu , Ma vie avec John F. Donovan, Marie Stuart et Nos vies formidables.
 
Cette semaine, dans le programme ordinaire de  CGR et à Lorgues, Rebelles de Allan Mauduit, un film jubilatoire, irrévérencieux, dans l'esprit Groland, enlevé par un trio féminin épatant, Celle que vous croyez de Safy Nebbou, un thriller psychologique qui nous aspire, à Lorgues, ainsi que Sunset de Lazlo Nemes, la recherche de la vérité dans le Budapest du début du XXème siècle.
A Salernes et au Vox, Green book de Peter Farrelly, une grande comédie humaniste et politique, servie par deux comédiens absolument parfaits dans leurs rôles. A Salernes, toujours, le dernier film de Xavier Dolan Ma Vie avec  John F. Donavan un récit fascinant, d'un romantisme échevelé et à l'émotion contagieuse et Marie Stuart, reine d’Écosse de Josie Rourke, conçu comme un film à suspens, magnifique reconstitution historique. A Cotignac, C'est ça l'amour de Claire Burger où Bouli Lanners campe parfaitement un père déboussolé avec ses 2 filles, alors que la mère a quitté le toit familial.
Au Vox, à Fréjus, Le vent de la liberté de Michael Bully Herbig, une palpitante course contre la montre, quand le roman d'aventure rejoint la grande Histoire, La lutte des classes, de Michel Leclerc qui raconte avec humour et de façon caricaturale les problématiques rencontrées par des parents de banlieue parisienne, Blanche comme neige de Anne Fontaine, un récit qui déborde d'humour et d'esprit, résolument et joyeusement féministe, Tel Aviv on fire, de Sameh Zoabi, une comédie alerte qui nous livre une vision on ne peut plus pertinente des relations entre Israéliens et Palestiniens, Les oiseaux de passage de Ciro Guerra, une magnifique intrigue romanesque et enfin  Un coup de maître, de Gaston Duprat une fable irrésistible et un constat lucide sur les dérives de l'art contemporain par le réalisateur de "Citoyen d'honneur". 

 

 Bonne semaine de cinéma ! allez au cinéma !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

REBELLES

Écrit et réalisé par Allan MAUDUIT - France 2018 1h45 - avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy, Simon Abkarian... Scénario de Jérémie Guez et Allan Mauduit.

REBELLESSi vous n’aimez que les choses délicates, les œuvres raffinées, le bon goût, les bons mots… Si vous avez frémi au phrasé exquis et subtil de Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières et si la soie, le velours, le satin apportent à votre quotidien toute la douceur et la délicatesse dont vous avez besoin pour vous épanouir… et bien, n’achetez pas de place pour venir voir Rebelles. Vous risqueriez d’être furieusement en colère contre nous (dans le meilleur des cas), voire de subir un choc cinématographique aigu, et chacun sait qu’un CCA peut être au moins aussi grave qu’un anaphylactique. Car de dentelles, de rubans fleuris, d’alexandrins, dans ce film, il n’y en a point. Alors quoi ? On a retourné notre veste en tweed à Utopia ? On aime le gros rouge qui tache quand vous aviez toujours cru que nous ne jurions que par les vins bio naturels sans sulfites ni phosphates, élevés en cuve centenaire au clair de (pleine) lune ? Non, pas du tout. 

On a beau aimer le cinéma haut perché, défendre les auteurs et les œuvres complexes, nous avons toujours été assez friands (peut-être pas la majorité de nos troupes, mais quand même) de ce cinéma irrévérencieux et mal poli qui flirte parfois avec le mauvais goût mais parvient à nous rendre sympathiques les pires sans foi ni loi, parce qu’ils sont toujours du côté des oubliés, des petites gens, des besogneux, et que leurs aventures, même répréhensibles, ont toujours le goût de la revanche sur les injustices de la vie, ses dominations, qu’elles soient sociales ou de genre.
Nous sommes avec Rebelles bien plus dans un esprit Groland, ou celui des premiers films d’Albert Dupontel que du côté de Ken Loach et ça décoiffe sévère, à grands coups de truelle. C’est assez jubilatoire, souvent très drôle, et c’est enlevé par un trio féminin pétaradant qui vaut à lui seul le détour et fonctionne à plein régime, façon feu d’artifice. Alors oui, bien sûr, ça tache un peu, et non, ce n’est pas la grande classe, mais si vous acceptez de mettre votre bon goût légendaire (vous venez chez nous quand même et ça, c’est un signe qui ne trompe pas) de côté, l’effet poilade est garanti. 
Quand elle débarque du Sud de la France, sa valise en carton au bout de ses ongles impeccablement manucurés, en faisant la tronche parce qu’obligée de retourner vivre chez maman dans ses Hauts de France natals, Sandra ne se doute pas encore qu’elle va bientôt devenir riche, très riche. Elle ne connaît pas non plus celles qui deviendront ses deux complices à la vie, à la mort : Nadine, flegmatique ouvrière qui entretient un mari paresseux mais qui cache sous son tablier le costume d’une Bonnie Parker, et Marilyn, mère célibataire punk et survoltée, prête à dézinguer la terre entière pour une bonne cuite. Il sera question de boîtes de conserves, en très grande quantité, de la bande des Belges avec lesquels il vaut mieux ne pas trop faire les marioles, et d’un sac bourré de biftons, « le début des emmerdes », comme dirait Nadine, clown blanc de la bande, la plus ancrée dans le réel, la plus lucide.

Allan Mauduit filme la conserverie de poisson, les docks de Boulogne-sur-Mer ou le camping en hiver comme s’il s’agissait d’un décor de western, sans méchanceté gratuite, avec un sens du comique de situation explosif, et il nous rend ses trois héroïnes, quoi qu’immorales, cogneuses, hargneuses… très attachantes car symboles d’un Girl Power décoiffant. Plus jamais vous ne regarderez une boîte de thon du même œil, ni une porte de vestiaire… on en recause.(Utopia)

CGR : tous les jours à 11h10

Lorgues : mercredi 10 18h, dimanche 14 21h, lundi 15 17h

 

CELLE QUE VOUS CROYEZ

Safy NEBBOU - France 2018 1h41mn - avec Juliette Binoche, François Civil, Nicole Garcia, Guillaume Gouix, Charles Berling, Marie-Ange Casta... Scénario de Safy Nebbou et Julie Peyr, d’après le roman de Camille Laurens.

CELLE QUE VOUS CROYEZElles en ont fait, du chemin, les nanas, depuis les soutifs brûlés… Conquérir des postes de pouvoir, refuser la domination masculine, choisir d’avoir (ou pas) des enfants, les faire seules et tenter d’être avec talent sur tous les fronts : au boulot, au lit, à la sortie de l’école, devant les fourneaux, et dans les dîners mondains. Elles se sont libérées, sans doute, et c’est tant mieux. Pourtant une autre forme d’aliénation s’est insidieusement glissée dans les cerveaux, sournoise, pernicieuse, d’autant plus difficile à combattre qu’elle est le fruit d’une injonction intime, nourrie par l’air du temps, distillée par les revues, la mode, sur un ton souvent enjôleur comme si tout cela n’était pas si grave. Il faut être désirable, en forme et garder les siennes bien fermes, être comme si le temps n’avait pas de prise, ni les grossesses, ni la fatigue, ni les coups durs de l’existence.

Claire tente de composer avec tout ça et ne s’en sort finalement pas si mal. Larguée par l’homme de sa vie, elle vit seule depuis maintenant suffisamment longtemps pour supporter la déception d’avoir été trahie et jongle entre son boulot de maître de conférence, sa vie de mère et une relation exclusivement sensuelle avec un homme bien plus jeune qu’elle. Elle a beau se dire intérieurement qu’elle pourrait être sa mère, qu’elle n’a plus forcément tous les atouts pour garder contre son corps de femme de cinquante ans ce beau gosse musclé et plein de fougue, elle fait comme si le temps pouvait suspendre son vol, ne gardant que le meilleur sans les remords. 
Mais jeunesse se lasse… et Claire se retrouve sur la touche, non pas bannie, mais simplement écartée, comme un beau joujou auquel l’enfant aurait fini de s’intéresser, parce que la vitrine propose bien d’autres choses plus alléchantes.
Comme Claire vit avec son temps et qu’elle n’est pas la dernière des cruches pour surfer dans ce vaste monde parallèle que sont les réseaux sociaux, elle va s’inventer un double pour espionner son amant négligent par l’intermédiaire de son meilleur pote, photographe de son état. 
Elle va devenir Clara, jeune, forcément très jolie et pas conne.
Devenir autre est d’une facilité déconcertante et la proie va mordre à l’hameçon… tellement bien qu’une relation virtuelle entre les deux (presque) jeunes gens va s’installer. Prise à son propre jeu, Claire va jouir de ce nouveau statut, grisée par le mirage d’être redevenue jeune, désirable, attirante, fusse au prix du mensonge, de la manipulation et des faux semblants.
Tout cela va mal se terminer, bien sûr, car on ne peut pas être celle que vous croyez sans se perdre dans les jeux de miroirs, sans troubler les eaux de sa propre identité pour finalement se noyer dans un océan virtuel qui cache sous ses allures de carte postale idyllique les méandres d’un gouffre digne du triangle des Bermudes.

De forme initialement assez classique, le film n’est pas tout à fait non plus celui que l’on croit, plus malin, plus retors et plus complexe qui n’y paraît de prime abord. Banal portrait d’une femme mûre comme on dit pudiquement (sauf que bon, quand même, c’est Juliette Binoche et elle est canon), le récit se mue doucement en thriller au cœur duquel le spectateur lui-même va être aspiré, sans trop savoir finalement de quelle réalité il est ici question. Celle de Claire maître de conférence qui veut être aimée pour ce qu’elle est ? Celle de Claire racontant son histoire machiavélique dans le bureau d’une psychiatre (Nicole Garcia, impec) ou celle de Claire qui écrit son histoire pour exorciser ses démons ? (Utopia)

Lorgues : mercredi 10 20h, lundi 15 19h

 

SUNSET

Laszlo NEMES - Hongrie 2018 2h21 VOSTF - avec Juli Jakab, Vlad Ivanov, Evelin Dobos, Marcin Czarnik... Scénario de Lazlo Nemes, Clara Royer et Matthieu Taponier.

SUNSETEn 2015, Le Fils de Saul, premier film du jeune László Nemes, entraînait les spectateurs dans un voyage éprouvant et mémorable, suivant, à l’aide de longs plans-séquences, le parcours d’un prisonnier du camp de concentration d’Auschwitz, des dortoirs crasseux jusqu’aux tranchées servant de charniers. Accueil triomphal à Cannes, Grand Prix du jury conforté quelques mois plus tard par l'Oscar du Meilleur film étranger. De quoi permettre au cinéaste hongrois de se lancer sans difficulté dans un nouveau projet, mais aussi de lui coller une pression phénoménale sur les épaules, car ce second film était forcément attendu au tournant.
Pour Sunset, il opte à peu près pour le même procédé, suivant le personnage principal dans une ville de Budapest labyrinthique, en 1913. Cette fois, il ne filme pas un univers de souffrance et de mort, mais un monde en pleine déliquescence, une société agonisante, brûlant ses derniers feux avant le chaos.
La caméra ne quitte pratiquement pas Irisz Leiter (lumineuse et grave Juli Jakab), qui revient à Budapest après plusieurs années passées hors du pays. Enfant, elle avait été envoyée suivre une formation de modiste. Aujourd’hui adulte, elle souhaite se faire engager dans le magasin de chapeaux que ses parents avaient fondé, et qui a été repris, après leur mort tragique, par leur employé, Oszkar Brill. Mais celui-ci, non seulement refuse de l’engager, mais lui fait comprendre qu’elle n’est pas la bienvenue dans cette ville.
Le même soir, la jeune femme est rudoyée par un homme à la recherche d’un certain Kalman Leiter, qui pourrait être son frère. Intriguée, elle décide de rester à Budapest et de partir elle aussi à sa recherche. Elle découvre rapidement que Kalman est recherché pour le meurtre d’un notable, et considéré comme l’un des chefs de file des anarchistes. Pour le retrouver, elle va devoir s’aventurer dans les bas-fonds de la ville…

Laszlo Nemes veut montrer toutes les facettes de cette ville tumultueuse, qui constitue, au début du xxe siècle, l’un des lieux les plus importants d’Europe. En 1913, l’Empire Austro-Hongrois est en effet à son apogée. Il règne sur une douzaine de pays, rassemblant différents peuples, différentes cultures et les partisans de tous les grands mouvements politiques, de l’extrême-droite à l’extrême gauche, qui vont marquer le vingtième siècle. Cette diversité se retrouve à Budapest, mais reléguée dans la marge, sous le regard méprisant des notables locaux et l’indifférence de l’empereur, qui vit coupé du peuple dans son palais viennois.
La mise en scène montre bien le clivage de cette ville, faisant cohabiter la grande bourgeoisie – la clientèle du magasin Leiter – et les groupuscules révolutionnaires, cachés dans les bas-fonds.

Irisz est le trait d’union entre les deux mondes. Mais elle est aussi complètement étrangère à cette société, à cette ville qu’elle a quitté alors qu’elle n’avait que deux ans. Elle les découvre en même temps que le spectateur, qui voit à travers son regard. Elle est à la fois fascinée par cet environnement bouillonnant et perplexe face aux mystères qui entourent la ville. Partout règne une atmosphère de conspiration, de lourds secrets, plus Irisz s’approche de ce qu’elle pense être la vérité, plus le mystère s’épaissit. Et quand elle comprend finalement les conséquences de cette agitation politique, dans les tranchées entre la France et l’Allemagne, il est déjà trop tard.
La mise en scène de László Nemes, remarquable, accompagne cette prise de conscience progressive, passant de mouvements de caméra élégants, réglés comme des valses viennoises, « nobles » d’un point de vue purement artistique, à des prises de vue plus brutes, plus brusques, évoquant autant le chaos social et politique que le trouble qui gagne peu à peu Irisz, à mesure qu’elle réalise la décadence de l’Empire et la perversité des notables du pays…(anglesdevues.com)

Lorgues : samedi 13 20h, lundi 15 21h

 

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10mn VOSTF - avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

GREEN BOOKUn mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!

Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…

Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique.(merci à J. Goldberg, Les Inrockuptibles)

Salernes : jeudi 11 20h30 en vo

Vox Fréjus : en vf samedi 13 et mardi 16 16h10 et dimanche 14 18h30

 

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

(The Death and life of John F. Donovan) Xavier DOLAN - Canada 2018 2h03 VOSTF - avec Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Chris Zylka... Scénario de Xavier Dolan et Jacob Tiernay.
 
 
À chacun ses idoles d’enfance et d’adolescence, qui prennent une importance démesurée, au-delà du raisonnable – le cœur… vous connaissez le refrain. Moi, à 11 ans, je suis tombé raide amoureux de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci en la voyant rafler le premier 10 de l’histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j’en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais…

Petite parenthèse perso pour vous parler du nouveau bijou du prodige Xavier Dolan, son premier film anglophone. En deux parties séparées d’une dizaine d’années, Dolan nous raconte l’histoire – qui aurait pu être autobiographique – du jeune Rupert Turner, 11 ans et vivant à Londres au début de l’intrigue, qui entretient pendant plusieurs années une correspondance amicale avec l’acteur de séries américain John F. Donovan, jusqu’à sa mort mystérieuse. Dans le présent du film, dix ans plus tard donc, Rupert, devenu à son tour acteur, répond à une journaliste à l’occasion de la publication de sa correspondance avec John F. Donovan. Et nous découvrons son histoire au cours de flash-back successifs…
Rupert, alors enfant acteur, est déjà venu à New York avec sa mère. Dans l’hôtel où ils sont descendus, il attend avec une impatience insoutenable une lettre, un signe de son ami et idole John F. Donovan, qu’il va peut-être enfin rencontrer. C’est alors qu’il apprend à la télévision la découverte du corps sans vie de l’acteur et cette nouvelle lui brise le cœur. La suite du film, à travers le récit de Rupert adulte, revient sur ces deux vies parallèles séparées par l’Atlantique. Si le film est aussi bouleversant, c’est que la personnalité du jeune réalisateur québécois se retrouve tout autant dans le personnage de Rupert que dans celui de John F. Donovan. Dolan fut comme Rupert un enfant acteur (il joua dans des publicités puis dans des séries), probablement incompris de ses camarades, déjà moqué pour son univers imaginaire et son attirance naissante pour les garçons. Parallèlement le destin de John F. Donovan, héros de série adulé des jeunes fans et du petit milieu de Hollywood, obligé de simuler sa vie au point d’épouser pour de faux sa meilleure amie afin de dissimuler ses passions homosexuelles, mentant à ses fans, à sa propre famille et à lui-même, est celui qu’aurait pu connaître Dolan s’il n’avait pas choisi d’assumer son statut si particulier et sa singularité.

Pour construire et incarner ce récit fascinant, d’un romantisme échevelé, à l’émotion contagieuse, Dolan a réuni un casting hors normes, en premier lieu Kit Harrington, le John Snow adoré des fans de la série Game of Thrones, parfait collage en acteur de séries tourmenté, miné par l’obligation qui lui est faite de correspondre à son image publique. À ses côtés, Natalie Portman est magnifique dans le rôle de la mère de Rupert, actrice frustrée qui reporte sur son fils ses aspirations : Dolan, roi du mélo, lui offre une grandiose scène de retrouvailles sur la chanson Stand by Me ; et puis Kathy Bates, géniale en agent de stars à la fois cynique et attachante, Susan Sarandon en mère mûre colérique et alcoolique, personnage typiquement dolanien, et enfin le jeune Jacob Tremblay, étonnamment sobre et pourtant expressif.
Plus « classique », plus économe que les précédents films de Dolan en prouesses de mises en scène pour mieux se concentrer sur le récit, Ma vie avec John F. Donovan ajoute une pierre, plus polie, aux arêtes moins vives, à une œuvre en construction, profondément personnelle et touchante.  (Utopia)
Salernes : vendredi 12 et mardi 16 18h, samedi 13 et lundi 15 20h30

 

MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSE

(Mary queen of Scots) Josie ROURKE - GB/USA 2018 2h05 VOSTF - avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Jœ Alwyn, David Tennant, Guy Pearce... Scénario de Beau Willimon et Alexandra Byrne, d'après le livre de John Guy.

MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSEProduction somptueuse, impressionnantes vues aériennes de sites naturels d’Écosse, magnifiques costumes… Marie Stuart, reine d'Écosse est un film d’époque qui charme d'abord par la splendeur de ses images, le faste de la reconstitution historique. Mais le retour au xvie siècle proposé par la réalisatrice Josie Rourke est également très intéressant sur le fond.

Le récit débute en 1561, alors que Marie Stuart (Saoirse Ronan), reine d’Écosse, rentre d’exil après douze ans en France – où elle a épousé en 1558 le roi François II, mort prématurément deux ans plus tard. S’ensuit une bataille épique, non pas sur les champs de bataille, mais au sein même de la cour. La monarque, qui n’a pas vingt ans, ne fait pas l’unanimité.
Il faut dire que l’Écosse est tiraillée entre catholiques et protestants, que son indépendance est en jeu et que sa destinée dépend de cette reine revenue veuve et sans descendants. En Angleterre, la montée récente au trône d’une autre jeune reine, Élisabeth Ire (Margot Robbie), est l'occasion d'une rare rivalité toute féminine au sommet. À travers les deux jeunes femmes culmine le choc entre deux dynasties, les Stuart et les Tudor.
Teinté de géopolitique et de féminisme, le film brille de ses couleurs actuelles : il arrive en salles au moment où le Brexit déchire la Grande-Bretagne. Il y a 450 ans, l’Angleterre protestante cherchait à prendre le contrôle de l’île. Marie Stuart, un temps reine de France en tant qu’épouse de François II, est la dernière figure de l’Écosse catholique et continentale.

Le cinéma n’a jamais été chiche de films sur cette époque – Elizabeth (1998), avec Cate Blanchett, demeure sans doute le titre le plus connu. Le premier long métrage de fiction de Josie Rourke, femme de théâtre, donne lieu à un fascinant duel à distance entre deux femmes de pouvoir qui se distinguent jusque dans leur manière d’affronter la cohorte d’hommes censés les conseiller.
Le récit est mené subtilement et rend bien compte de la complexité de la situation : entre les Stuart et les Tudor, c’est presque blanc bonnet, bonnet blanc. La réalisation s’appuie sur un habile montage qui intercale scènes dans les Highlands et à la cour de Londres. Conçu comme un suspense, le film aboutit à un face-à-face entre les deux protagonistes et la mise en scène de cette rencontre est un délice, tant elle se déroule comme un lent dévoilement à travers un labyrinthe de toiles blanches. Saoirse Ronan et Margot Robbie incarnent leurs rôles avec un bel aplomb et une intensité saisissante.
Le portrait de cette Marie d’Écosse, femme de tête prête à rompre avec les coutumes, a quelque chose de neuf, de profondément original malgré les figures imposées du film historique : le traitement adopté ici, qui se méfie de la romance et ne recule pas devant l'expression de la violence, évite de colorer de rose le pouvoir au féminin.

Peut-être les connaisseurs reprocheront-ils au film de se ranger trop ouvertement du côté de Marie Stuart : sans en faire la belle héroïne sans peur et sans reproche, le récit la montre comme la grande victime d’une machination. Le film s’ouvre et se conclut d’ailleurs par sa décapitation. Avec un dernier geste vestimentaire plein d’audace : l’apparition d’une éclatante robe rouge. (Utopia)

Salernes : vendredi 12 20h30

C’EST ÇA L’AMOUR

Écrit et réalisé par Claire BURGER - France 2018 1h38 - avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg, Antonia Buresi, Cécile Remy Boutang...

C’EST ÇA L’AMOURBouli Lanners, évidemment ! Voilà un film qui colle parfaitement à cet acteur qu’on apprécie particulièrement. Mario est un gars tout en douceur, avec un côté « ours » un peu perdu, un peu maladroit. Pourtant, ce n’est pas la bonne volonté qui lui manque, à ce père que Bouli campe admirablement. Mais la bonne volonté ne fait malheureusement pas tout. Il serait ce qu'on appelle un « papa poule », alors que la mère de ses filles serait plutôt du style « maman coq »… L'expression n'existe pas et pour cause ! La mère, bien évidemment, ne peut pas se passer de sa progéniture, la mère ne peut pas régner sur la basse-cour, prendre du recul, puis son envol en oubliant de couver la chair de sa chair. C’est bien ce que nous apprennent nos livres d’école, non ? Tandis qu’un père, c’est fort, viril, ça n’a pas de doute, ça ne peut pas être hystérique, ça domine forcément toute chose et surtout ses sentiments…
Pour son premier film en solo, l’indocile co-réalisatrice de Party girl bouscule cette fois encore les codes, les interroge finement, en évitant les clichés. Tandis que Mario, fragile, surnage dans un flot de sentiments qui débordent, la mère de ses filles, Armelle, plante là son petit monde, sans un regard en arrière semble-t-il. Mère indigne ? Ou juste une femme indépendante, qui prend les mêmes libertés qu’un homme ? Voilà notre Mario tout paumé… Oh ! Pas sur les tâches matérielles, non. On a dit qu’on n'était pas dans les clichés ! La cuisine, les courses, le ménage… même si certaines corvées ne sont pas sa tasse de thé, il assure, peu ou prou. Non, c'est affectivement que Mario est largué, incapable de vivre seul, de même l’imaginer. La présence d’Armelle lui manque, ses rires, sa manière de voir les choses, de dédramatiser… Son être entier lui manque. Elle est partie. Il aurait pu la regarder des heures faire ses bagages, sans exiger d’explication. Juste en acceptant ses choix, en essayant de la comprendre, de lui dire qu’il allait l’attendre toujours et tout le temps. 

Savoir laisser partir ceux qu’on aime… c'est ça aussi l’amour. Dans les faits, ça ne se passe pas tout à fait comme ça. Mario cherche à combler le vide de l’absence. Il guette impatiemment son retour, il guette Armelle tout court. Il voulait lui laisser le temps, surtout être patient… Il n’y tient plus. Il l’appelle… Une fois, deux fois… lui laisse message sur message, prétextant le mal être des enfants pour essayer de camoufler maladroitement le sien. Il a beau essayer de se distraire, se cultiver, se concentrer sur le quotidien, sur ses filles… Ah là là ! Celles-là sacrées donzelles ! Entre l’une, Niki, à quelques encablures de la majorité, qui semble toute prête à s’envoler du nid (elle aussi ! Non, pas elle !)… et la cadette de 14 ans, Frida, qui se cherche, provoque, se découvre des attirances qu’elle n’est pas bien sûre de savoir assumer, mais surtout des sentiments plus grands qu’elle, tellement difficiles à confier à son géniteur. On se sent tellement incomprise à cet âge, ou on a tellement peur de l’être. La maisonnée est comme une pétaudière prête à exploser alors que Mario discrètement implose. Pourtant ils s’aiment ces trois-là. Et cette mère absente dans le fond également les aime, même si sa manière de le vivre est en train de changer. 

Ce sont parfois les enfants qui finissent par faire grandir les parents. Ce sont parfois ceux à qui on pensait apprendre à nager qui vous apprennent à le faire. Mario n’aura pas le choix. Mais ce qu’il restera de tout ça, malgré les coups de gueule, les instants de crise, c’est une infinie tendresse, une grande complicité. C’est beaucoup ça, l’amour…

Cotignac : jeudi 11 18h30 et 20h30

LE VENT DE LA LIBERTÉ

Michael Bully HERBIG - Allemagne 2018 2h06 VOSTF - avec Friedrich Mücke, Karoline Schuch, David Kross, Alicia von Rittberg, Thomas Kretschmann... Scénario de Kit Hopkins, Thilo Röshceisen et Michael Bully..

LE VENT DE LA LIBERTÉIci l’Histoire (avec le grand H qu’elle mérite) prend des allures de roman d’aventure ! Tout ce à quoi vous allez assister est à peu de choses près la stricte et incroyable vérité ! Nul cinéaste ayant les pieds sur terre ne se serait hasardé à imaginer un scénario aussi dingue sur fond de guerre froide. 
1979. Le bloc de l’Ouest et celui de l’Est s’observent en chiens de faïence, prêts à se sauter à la gorge à la moindre incartade. L’Allemagne, coupée en deux tels les lobes d’un cerveau devenu schizophrène, est au centre de l’attention. C’est non seulement un pays qu’on a divisé, mais des familles entières se trouvent séparées par un mur bâti à la hâte. Tandis que le gouvernement est-allemand le présente comme « le rempart antifasciste », celui de l’Ouest le rebaptise le « mur de la honte ». Durant vingt-huit années, le mur de Berlin remplira son office : empêcher les citoyens de la RDA de fuir en RFA. Du moins globalement, car on sait que nulle frontière, nul péril ne dissuaderont jamais indéfiniment les plus déterminés, ceux qui ont faim ou sont assoiffés de liberté. C’est la sempiternelle loi de la survie humaine qui se joue encore aujourd’hui aux portes de la Méditerranée. Et ce qui était légitime pour un Allemand de l’Est à l’époque ne l’est pas moins pour une Syrienne ou un Érythréen de nos jours… Mais c’est une autre histoire…

Dans leur petite bourgade est-allemande, les deux familles Strelzyk et Wetzel ne rêvent que d’une chose : passer à l’Ouest, tous ensemble évidemment ! Les deux couples, flanqués de leurs jeunes enfants, sont amis depuis si longtemps… Ce n’est pas que leur situation matérielle soit mauvaise, mais ils étouffent dans cette ambiance de délation constante, où chacun épie ses voisins, redoutant en permanence de voir débarquer chez soi l’infernale Stasi… Pour un oui, pour un nom, le moindre pet de travers. Cela semble sans fin et les exigences capricieuses des membres du parti ne cessent de proliférer ainsi que de nouvelles règles qui en découlent, kafkaïennes et délirantes. Alors partir, vite ! Pour retrouver la mère restée de l’autre côté de la frontière, pour éviter un service militaire violent pour le grand fiston, ne plus craindre qu’on lave le cerveau du petit dernier… Chaque couple a ses raisons, toutes aussi bonnes. Donc partir, oui ! Mais partir comment ? Franchir par voie de terre une frontière gardée par des barbelés et des militaires armés jusqu’aux dents : impossible ! Oublions la mer (inexistante ici). On comprend vite qu’il ne reste qu’une seule voie : celle des airs. Et c’est là que va germer dans la tête des deux pères de famille l’idée complètement folle d’un moyen de locomotion hors normes : une montgolfière !

Peter Strelzyk ayant de solides notions de physique et de mathématiques, Günter Wetzel étant un fin couturier, tous deux bricoleurs hors pair, ils vont s’atteler à la périlleuse tâche de fabriquer un ballon de 32 mètres de haut en essayant de ne pas se faire repérer ! Mais rassembler puis assembler en toute discrétion 1245 m2 de tissus de toutes origines ne va pas être une mince affaire. Elle ne l’est d’ailleurs toujours pas à notre époque si l’on en croit l’équipe du film, qui a intégralement reconstitué les montgolfières de l’époque pour les faire voler. À un détail prêt : ils n’ont pas eu sur le dos un fin limier de la Stasi bien déterminé à leur mettre le grappin dessus ! Car la première tentative maladroite de grande évasion va échouer et mettre la puce à l’oreille du redoutable lieutenant Seidel. C’est ainsi que commence une palpitante course contre la montre… (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 10 vo 15h50 et 21h, vf 18h25, jeudi 11 vo 16h15, vf 21h, vendredi 12 vf 13h40, 18h20, vo 21h, samedi 13 vo 13h40, 21h, vf 18h30, dimanche 14 vf 13h40, vo 20h30, lundi 15 vo 13h40, 21h et vf 16h10, mardi 16 vf 13h40, vo 20h45

 

LA LUTTE DES CLASSES

Michel LECLERC - France 2019 1h45 - avec Leïla Bekhti, Edouard Baeri, Ramzy Bedia, Baya Kasmi, Laurent Capelluto, Claudia Tagbo... Scénario de Michel Leclerc et de Baya Kasmi.
 
Après l'excellent Le Nom des gens, qui voyait l'irrésistible Sara Forestier se dévouer corps et âme (au sens propre) à la rééducation des électeurs égarés à droite, Michel Leclerc et sa co-scénariste Baya Kasmi s'affirment avec ce savoureux La Lutte des classes comme les dignes héritiers de la causticité, de la lucidité politique de la grande comédie italienne, celle de Risi ou de Scola…

La Lutte des classes – titre à double détente puisqu'il sera aussi question dans le film de carte scolaire – va nous narrer les élans et les contradictions d'un couple de gentils bourgeois progressistes de l'Est parisien. Sofia est une jeune et brillante avocate « issue de la diversité », comme on dit en novlangue… Elle est en couple avec Paul, musicien paisiblement punk attaché à ses convictions d'il y a trente ans comme à son perfecto, qui cultive avec une forme de génie une absence totale d'ambition sociale ou économique. Il a d'ailleurs pour principale fonction d'être le père de Corentin, activité certes prenante mais qui lui laisse le loisir de donner des concerts improbables devant des migrants dubitatifs…
Sofia et Paul sont à un tournant de leur vie, puisqu'ils ont décidé de déménager de leur petit appartement parisien vers une jolie maisonnette à Bagnolet, ville de banlieue où Sofia a grandi. Ils sont heureux de vivre désormais dans une commune populaire dont l'environnement immédiat et le voisinage, ainsi que l'école Jean Jaurès où va entrer Corentin, nourriront leur idéal de mixité sociale… Tout va donc bien dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où un nouvel incident à l'école incite de nombreux parents parmi les plus aisés à sortir leur rejeton du public pour les placer dans un établissement privé. Si bien que, pour appeler un chat un chat, Corentin devient le seul enfant blanc de sa classe. Notre couple se trouve devant un choix cornélien : résister et mettre en application leurs idées à l’épreuve de la réalité ou faire comme leurs amis, choisir la sécurité et la facilité de l’endogamie sociale en inscrivant Corentin dans le privé.

Michel Leclerc et Baya Kasmi – mari et femme à la ville – ont nourri le scénario de leur propre expérience et décortiquent avec une joyeuse lucidité les contradictions et les hypocrisies de leur classe. Il semble bien que, quoi qu'on y fasse, les gens de catégories sociales et raciales différentes vivent côte-à-côte mais pas vraiment ensemble, ne se rencontrant que superficiellement à la sortie de l'école. Leclerc et Kasmi en profitent pour brosser toute une galerie de personnages savoureux : Monsieur Toledano, le Juif totalement parano qui truffe sa maison de systèmes de sécurité (formidable Laurent Capelluto), ou encore l'insupportable militante écolo locale jamais avare en réunions publiques et en grandes leçons sur tout (notamment dans une scène hilarante où elle tente de convaincre du mérite de la biodynamie un couple qui voulait juste avoir accès au jardin partagé)… Et puis il y a l'impayable duo formé par l'institutrice stressée, qui n'ose pas s'exprimer simplement face à ses élèves et préfère user d'une improbable novlangue de bois (hilarante Baya Kasmi elle-même), et le directeur cowboy, qui mène à l'inverse ses élèves comme une bande de quartier, formidablement et drolatiquement incarné par Ramzy Bedia.

Tout en faisant le constat de cette incommunicabilité des classes dans un monde qui voudrait nier la différence au nom d'une pseudo laïcité et d'une égalité toujours affichée mais jamais appliquée, Baya Kasmi et Michel Leclerc ont l'intelligence de ne jamais juger leurs personnages, de les faire exister dans leur complexité et leur richesse, offrant donc à chacun le chemin de la réflexion et de l'ouverture sur l'autre, premier pas vers ce foutu vivre ensemble.  (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 10 13h40, 20h45, jeudi 11 16h15, 21h, vendredi 12 13h40, 17h50, samedi 13 15h45, 18h45, dimanche 14 13h4, 18h30, lundi 15 13h40, 18h45, mardi 16 16h10, 21h

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Au(x) cinéma(s) du 3 au 9 avril 2019

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord un aperçu des soirées organisées  par  Entretoiles après les vacances scolaires. Dimanche 28  avril vous pourrez voir le film irlandais  Rosie Davis, soutenu par l'association Habitat et humanisme, avec une présentation de cette association et de  sa réalisation sur Draguignan.

La semaine suivante le dimanche 5 mai nous vous proposerons une soirée à thème  : Adolescence et reconnaissance avec 2 films : Les Moissonneurs et Sibel et bien sûr  un apéritif entre les deux.
Les prochains films de ciné club à partir du 24 avril seront La Favorite, Jusqu'à la garde, Vice ,Grâce à Dieu , Ma vie avec John F. Donovan, Marie Stuart et Nos vies formidables.
A CGR cette semaine pas de film en ciné-club. Dans le cadre d'un ciné debat vous pourrez voir un documentaire franco-italien Un paese di Calabria  sur les bouleversements apportés par l'arrivée de 200 Kurdes dans un village de Calabre.
A Lorgues un film italien  Euforia, où dans une Italie stupéfiante d’argent et de désinvolture, la fraternité et l’amour sont mis à l’honneur, un film turc Sibel  (aussi au Vox et bientôt diffusé par Entretoiles) de Cagla Zencirci, une jolie fable contemporaine et le dernier film de Xavier Dolan Ma Vie avec  John F. Donavanun récit fascinant, d'un romantisme échevelé et à l'émotion contagieuse.
 
A Cotignac un documentaire  Le grain et l'ivraie  où Solanas grand réalisateur argentin a décidé de prendre à bras le corps un mal terrible qui gangrène son pays : son modèle agro-industriel  et le dernier film de François Ozon Grâce à Dieu où il se risque à traiter de la pédophile dans l'église de façon crue et réaliste.
Au Vox parmi les nouveautés de la semaine La lutte des classesqui raconte avec humour et de façon caricaturale les problématiques rencontrés par des parents de banlieue parisienne, Tel Aviv on fireune comédie alerte qui nous livre une vision on ne peut plus pertinente des relations entre Israeliens et Palestiniens,  El Reino un film à suspense qui traite de la corruption politique en Espagne et Un coup de maîtreune fable irrésistible et un constat lucide sur les dérives de l'art contemporain par le réalisateur de "Citoyen d'honneur".
 
N.B: il n'y aura pas de mail Entretoiles la deuxieme semaine des vacances.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 
UN PAESE DI CALABRIA

Shu AIELLO et Catherine CATELLA - Italie/France 2016 1h34mn

 

C'est une bouffée d'espoir, un souffle d'optimisme qui nous arrivent de Calabre, cette pointe de la botte italienne, pas touristique pour une lire, contrairement à la Sicile toute proche. Plus précisément d'un petit village à l'intérieur des terres, Riace. Un village frappé, comme beaucoup d'autres dans le coin, par un exode rural qui ne date pas d'hier, dans cette région agricole et pauvre qui fut longtemps une très importante terre d'émigration, grossissant une diaspora calabraise particulièrement nombreuse en France, mais surtout aux Etats Unis – au point que les Calabrais sont plus nombreux hors d'Italie que dans leur région d'origine.

 

A Riace, il s'est passé à la fin des années 1990 quelque chose d'improbable qui a inversé la tendance : un premier arrivage de 200 Kurdes sur les côtes, à quelques kilomètres. Et au lieu du rejet, ou de la simple compassion, l'idée de génie des habitants et de l'incroyable maire, Domenico Lucano : considérer les nouveaux arrivants comme une véritable chance pour le village et leur proposer de s'installer tous en réhabilitant les maisons abandonnées. Un coup de jeune salutaire pour la petite communauté, à l'époque largement composée de retraités ! Pas loin de vingt ans plus tard, Riace est devenu un exemple mondial d'accueil intelligent des migrants, qui ont grandement contribué à faire renaitre un village dans une société recomposée, respectueuse autant des traditions que des cultures des nouveaux arrivants…

 

Les deux réalisatrices marseillaises Catherine Catella et Shu Aiello se sont immergées au cœur de cette passionnante expérience en se nourrissant de leur origines calabraises. Elles superposent aux images d'aujourd'hui le récit en voix off de la grand-mère de l'une d'elles, partie de Calabre dans les années 1930 pour rejoindre le Sud de la France, rappelant intelligemment qu'autrefois les immigrés c'étaient eux, ces Italiens qui sont aujourd'hui confrontés à l'arrivée massive des migrants…

 

La caméra attentive et discrète des deux réalisatrices sait capter le quotidien tantôt drôle, tantôt touchant de cette cohabitation heureuse : autour d'un jeu de dames, la complicité entre un vieux Calabrais parlant à peine italien et un des premiers Kurdes arrivés au village ; ces messes improbables dans un pays très catholique où le curé, pourtant peu enclin à l'œcuménisme, a fini par inviter chacun à s'exprimer selon sa religion ou sa culture ; l'effervescence créée par des enfants fraichement arrivés d'Egypte ou de Syrie dans une école autrefois moribonde… Sans angélisme (le film ne fait l'impasse ni sur la menace de la n'drangheta, l'implacable mafia calabraise, ni sur l'aspiration d'une partie des plus jeunes migrants à quitter Riace pour les grandes villes), Paese di Calabria est une formidable leçon d'optimisme pragmatique et humaniste à l'encontre de tant de politiques d'exclusion démagogues.

 

CGR   jeu4/20h

 
EUFORIA

Valeria GOLINO - Italie 2018 1h55 VOSTF - avec Riccardo Scamarcio, Valerio Mastandrea, Jasmine Trinca, Isabella Ferrari, Valentina Servi... Scénario de Valeria Golino, Francesca Marciano et Valia Santella.

 
La nature est ainsi faite : le même milieu, la même éducation, le même environnement, le même amour filial, les mêmes vacances au bord de mer, les mêmes châteaux de sable et pourtant… quoi de plus dissemblables que deux frères ? Ces deux-là étaient proches, ils ont partagé beaucoup, les rires de l’enfance, les secrets de l’adolescence. Et puis la vie a posé sa sentence sur ces deux destinées et le temps a fait le reste, œuvrant doucement vers un délitement du lien, quand la tendresse s’effiloche au gré des visites qui s’espacent et se font de plus en plus rares, au fil de ce constat qui s’impose comme une évidence : deux mondes qui ne se connaissent ni ne se comprennent plus.

Matteo et Ettore ont tracé chacun leur route, suivi des trajectoires qui ne se rencontrent plus. Ettore, l’aîné, n’a jamais quitté la région de son enfance, il est devenu enseignant, il s’est marié, a eu une fille, a quitté sa femme et puis est retombé amoureux. Matteo quant à lui vit depuis longtemps à Rome où il est entrepreneur à succès, avec toute la panoplie du golden boy qu’il campe avec nonchalance et, il faut bien le dire, une arrogance plutôt agaçante. Un appartement luxueux avec terrasse et vue sublime sur la ville éternelle, un chauffeur, quelques fidèles amis pour beaucoup faire la fête et de l’argent, énormément, suffisamment pour satisfaire ses moindres désirs : des amants, de la coke et des excès en tous genres.
Quand il apprend que son frère est gravement malade et qu’il doit venir à Rome pour des examens, Matteo décide de l’héberger chez lui, sans se poser la moindre question. Fidèle à ce qu’il est, au fond de lui : en enfant trop gâté qui veut partager un bout de son trésor et des facilités que la chance et la vie ont placées sur sa route. L’autre rechigne, et puis accepte, plus sans doute pour qu’on lui fiche la paix que par véritable envie de mêler sa mauvaise humeur aux bulles de champagne, aux œuvres d’art, aux moelleux canapés de cet appartement bien trop luxueux pour lui. Chacun pourtant va essayer d’entrer dans l’univers de l’autre, maladroitement, sans en avoir les clés ni les codes, avançant à tâtons sur cette nouvelle route commune qu’ils tentent de reconstruire, en s'appuyant sur les souvenirs de leur enfance perdue. 

C’est cette histoire que la caméra de Valeria Golino va saisir au vol pour nous. Elle balance entre l’amertume d’une situation forcément tragique, car la mort rode, inéluctablement, et la tendresse retrouvée, la saveur revenue des rires et des regards complices. Suivant ce pas de deux hésitant, elle ne quitte pas des yeux ses deux personnages, qu’elle les suive au plus près en plans très serrés ou qu’elle les filme dans des séquences plus larges qui racontent aussi la lumière singulière et la beauté de Rome. Matteo solaire, voulant brûler la vie de tous côtés, un caractère parfois abject mais un vrai cœur d’or, Ettore plus secret, plus tourmenté, presque fantomatique, errant comme une ombre dans un monde qu’il ne reconnaît déjà plus : ces deux astres semblent pourtant ne pas pouvoir tourner l’un sans l’autre. Tout ceci est conté avec beaucoup de justesse et de pudeur, celle que les petits garçons apprennent bien sagement mais qui entrave aussi leur cœur, quand ils sont devenus grands .(Utopia)
 
LORGUES    ven5/18h       lun8/21h
 

SIBEL

Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI - Turquie 2018 1h35 VOSTF - avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolçak Kostendil, Meral Çetinkaya... Scénario de Çagla Zencirci, Ramata Sy et Guillaume Giovanetti.

 
C’est un petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante qui s’agrippe aux pentes des montagnes abruptes. C’est la beauté à l’état brut qui s’étale sous nos yeux. On croit sentir l’air vivifiant des sommets, l’odeur de terre qui s’évapore au petit matin, celle de l'herbe fraîchement coupée. Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant comme les rochers qui les surplombent. Pas besoin de cours de compostage, ni même de briquet pour allumer un feu, on vit depuis toujours avec la nature et on a appris à s’apprivoiser mutuellement, à interpréter le moindre bruissement. Le son porte loin. 
Le nom de ce microcosme, Kusköy, « le village des oiseaux », conduirait à penser que ce sont leurs gazouillements qu’on perçoit au loin, pourtant il n’en est rien : ce sont ceux des humains. Ici chacun parle et comprend la langue sifflée. Ce n’est pas un simple code, comme le morse. À travers elle on peut tout se dire. Elle s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés. « Pfiou fiou, tsui, tsui ! » = « le repas est prêt, c’est l’heure de rentrer ! »… Malgré les portables qui essaient de la détrôner, on y revient toujours, quand le réseau fait défaut sur ces hauteurs encore mal desservies par les bienfaits (?) de la modernité. Mais quand partout les portables passeront ? On frissonne à l’idée de penser qu’un jour la langue sifflée fera partie des langues mortes. Mais pour Sibel, qui est muette, elle restera la seule possibilité de communiquer avec son monde.

Présence charismatique, Sibel est réellement magnifique, avec son regard gris acier qui darde sous sa brune chevelure. On admire sa silhouette fine et musclée qu’on sent forgée par une volonté farouche. Pourtant son handicap fait que nulle mère ne la réclame pour son fils en mariage. Est-ce un drame ? Sans doute, pour les mauvaises langues. Mais pour Sibel, c’est comme une bénédiction qui lui a permis de grandir libre, sans qu’on veuille la caser et l’engrosser au plus vite, la rivant à un avenir imposé. Puisqu’elle n’a pas le choix, Sibel a appris à transformer ses faiblesses en forces et accepte de ne ressembler à aucune autre. Avec son fusil constamment à l’épaule, elle a l’air d’une guerrière indomptable. Une indépendance qui fait sans doute peur aux hommes. Elle a beau être vaillante, serviable, joyeuse, et belle, rien n’y fait, elle se retrouve toujours marginalisée, moquée, rejetée. Particulièrement par les autres femmes, engluées dans leurs superstitions, sans une once de compassion. Seule Narim, la vieille folle esseulée qui vit loin du hameau, dans une cahute sommaire, prend plaisir à l’accueillir. Sibel aime l’aider à tailler son bois, lui apporter quelques vivres après ses dures journées au champ. Écouter ses délires, apprendre les légendes, celle du rocher aux mariés, sous lequel toujours la femme ermite attend patiemment le retour de son amoureux parti il y a des décennies… Narim est le second être qui jamais ne la maltraite, avec son père, le respecté Emin, épicier, maire du village. Entre eux règne une belle complicité.
Mais la situation va basculer quand Sibel, en soif de reconnaissance, se met en tête de détruire, seule, le loup qui sévit dans les bois. Elle le traque, à l’affut de la moindre trace… Soudain, elle se sent à son tour épiée… Quelqu'un rôde dans les bois…

Dans le fond c’est une très jolie fable contemporaine ancrée dans une région anachronique. L’actrice qui interprète Sibel est d’autant plus époustouflante quand on sait que pour le rôle, elle a appris spécialement l'incroyable langue sifflée : sacrée performance !  (Utopia)
 
LORGUES   mer3/ 20h15       lun8/18h
LE VOX    jeu4/18H30    dim7/16h    lun8/20h45    mar9/13h45
 

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

(The Death and life of John F. Donovan) Xavier DOLAN - Canada 2018 2h03 VOSTF - avec Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Chris Zylka... Scénario de Xavier Dolan et Jacob Tiernay.

 
 

À chacun ses idoles d’enfance et d’adolescence, qui prennent une importance démesurée, au-delà du raisonnable – le cœur… vous connaissez le refrain. Moi, à 11 ans, je suis tombé raide amoureux de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci en la voyant rafler le premier 10 de l’histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j’en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais…

Petite parenthèse perso pour vous parler du nouveau bijou du prodige Xavier Dolan, son premier film anglophone. En deux parties séparées d’une dizaine d’années, Dolan nous raconte l’histoire – qui aurait pu être autobiographique – du jeune Rupert Turner, 11 ans et vivant à Londres au début de l’intrigue, qui entretient pendant plusieurs années une correspondance amicale avec l’acteur de séries américain John F. Donovan, jusqu’à sa mort mystérieuse. Dans le présent du film, dix ans plus tard donc, Rupert, devenu à son tour acteur, répond à une journaliste à l’occasion de la publication de sa correspondance avec John F. Donovan. Et nous découvrons son histoire au cours de flash-back successifs…
Rupert, alors enfant acteur, est déjà venu à New York avec sa mère. Dans l’hôtel où ils sont descendus, il attend avec une impatience insoutenable une lettre, un signe de son ami et idole John F. Donovan, qu’il va peut-être enfin rencontrer. C’est alors qu’il apprend à la télévision la découverte du corps sans vie de l’acteur et cette nouvelle lui brise le cœur. La suite du film, à travers le récit de Rupert adulte, revient sur ces deux vies parallèles séparées par l’Atlantique. Si le film est aussi bouleversant, c’est que la personnalité du jeune réalisateur québécois se retrouve tout autant dans le personnage de Rupert que dans celui de John F. Donovan. Dolan fut comme Rupert un enfant acteur (il joua dans des publicités puis dans des séries), probablement incompris de ses camarades, déjà moqué pour son univers imaginaire et son attirance naissante pour les garçons. Parallèlement le destin de John F. Donovan, héros de série adulé des jeunes fans et du petit milieu de Hollywood, obligé de simuler sa vie au point d’épouser pour de faux sa meilleure amie afin de dissimuler ses passions homosexuelles, mentant à ses fans, à sa propre famille et à lui-même, est celui qu’aurait pu connaître Dolan s’il n’avait pas choisi d’assumer son statut si particulier et sa singularité.

Pour construire et incarner ce récit fascinant, d’un romantisme échevelé, à l’émotion contagieuse, Dolan a réuni un casting hors normes, en premier lieu Kit Harrington, le John Snow adoré des fans de la série Game of Thrones, parfait collage en acteur de séries tourmenté, miné par l’obligation qui lui est faite de correspondre à son image publique. À ses côtés, Natalie Portman est magnifique dans le rôle de la mère de Rupert, actrice frustrée qui reporte sur son fils ses aspirations : Dolan, roi du mélo, lui offre une grandiose scène de retrouvailles sur la chanson Stand by Me ; et puis Kathy Bates, géniale en agent de stars à la fois cynique et attachante, Susan Sarandon en mère mûre colérique et alcoolique, personnage typiquement dolanien, et enfin le jeune Jacob Tremblay, étonnamment sobre et pourtant expressif.
Plus « classique », plus économe que les précédents films de Dolan en prouesses de mises en scène pour mieux se concentrer sur le récit, Ma vie avec John F. Donovan ajoute une pierre, plus polie, aux arêtes moins vives, à une œuvre en construction, profondément personnelle et touchante.  (Utopia)

 

LORGUES    ven5/20h15(vf)   sam6/18h15       dim7/19h

 

 

LE GRAIN ET L'IVRAIE

Fernando SOLANAS - documentaire Argentine 2018 1h37 VOSTF -

 

 
 
Fernando Solanas, grand cinéaste argentin (surtout connu chez nous pour ses films des années 80-90 : Tangos, l'exil de Gardel, Le Sud, Le Voyage, Le Nuage…), a accompagné durant toute sa vie, toute sa carrière, les soubresauts de l'histoire tourmentée de son pays. Désormais sénateur, Solanas a décidé de prendre à bras le corps un mal terrible qui gangrène son pays : son modèle agro-industriel. L'Argentine est désormais presque exclusivement dévolue à la culture du soja, la plupart du temps transgénique, sur des milliers d'hectares d'un seul tenant après que les forêts primaires aient été sauvagement détruites. Le modèle va de pair avec l'utilisation intensive des intrants chimiques et des pesticides, avec notamment des doses massives de glyphosate, dans le plus parfait mépris des ouvriers agricoles obligés de manipuler le produit aussi bien que des populations environnantes.

Fernando Solanas a parcouru sept provinces du pays pour constater et montrer les effets environnementaux et humains du désastre mais aussi aller à la rencontre de ceux qui parviennent à résister : bien sûr il y a ces images terribles de la forêt millénaire du Chaco, rasée sur des kilomètres pour laisser la place au soja, au grand désespoir des Indiens Wichí qui perdent ainsi leurs terres et leur source de vie et se voient ainsi réduits à la misère. Il y a aussi toutes ces victimes du glyphosate : ouvriers frappés par des cancers, enfants malformés… Mais on voit également ces paysans qui reprennent en main leur destin : céréaliers bio qui trouvent succès et prospérité, communautés qui résistent et traînent Monsanto devant la justice. Et parfois ça marche, comme dans la banlieue de Córdoba où une usine de Monsanto n'a pu s'implanter face à la mobilisation des habitants. Unis, tout est possible !(Utopia)
 
COTIGNAC  sam 6/21h

 

GRÂCE À DIEU

Écrit et réalisé par François OZON - France 2018 2h17mn - avec Melvil Poupaud, Swann Arlaud, Denis Ménochet, Eric Caravaca, Josiane Balasko, Aurélia Petit, Hélène Vincent, Bernard Verley, François Marthou

 

Ne rien laisser au hasard, ne rien céder au pathos. Refuser le manichéisme autant que les raccourcis, ne pas tomber dans la caricature, fuir les clichés. Frapper fort, mais avec une implacable justesse, sans appel, sans échappatoire, sans possibilité aucune ni de minimiser, ni de tergiverser : voilà la chair, puissante, du nouveau film de François Ozon. Et c’est un grand film, un film important. Il faut par ailleurs une audace certaine pour se lancer dans une fiction inspirée de faits on ne peut plus réels, en ne changeant ni les noms des protagonistes, ni les dates, ni les lieux, ni les témoignages. Grâce à Dieu aborde donc de front les actes criminels de pédophilie commis au sein de l’évêché de Lyon par le Père Preynat dans les années 1980 et 1990, et met en évidence le silence complice de l’Église et en particulier celui de Monseigneur Philippe Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002. Redisons le mot : le résultat à l'écran est implacable.

 

Le film commence aux côtés d'Alexandre. Il a la quarantaine, vit à Lyon avec sa femme et ses cinq enfants. C’est une famille bourgeoise, catholique pratiquante, attachée à ses valeurs, unie, aimante, se rendant avec conviction à la messe du dimanche. Un jour, par hasard, Alexandre découvre que le prêtre qui a abusé de lui lorsqu’il était jeune scout officie toujours auprès d’enfants. Choqué, mais aussi porté par les paroles du nouveau pape progressiste, François, il décide de s’adresser aux autorités ecclésiastiques pour demander des explications. Sans le savoir, il vient d’ouvrir la boîte de Pandore, qui renferme, outre les monstruosités d’un homme qui a abusé pendant des années de dizaines de jeunes garçons placés sous son autorité, toute la mécanique du silence qui a insidieusement été mise en place par la hiérarchie de l'Église, par les familles, par la société.Face au manque évident de réactivité de l’Évêché, parce qu’il croit sincèrement à la vertu de la parole et qu’il demeure viscéralement attaché aux valeurs chrétiennes, Alexandre va aller plus loin et chercher d’autres témoignages. Un, puis un autre, et un troisième lui parviennent : parmi les anciens scouts du groupe Saint-Luc, nombreux sont ceux à avoir subi les attouchements, et parfois plus, du père Preynat, homme d’Eglise charismatique et terrible prédateur sexuel 

 

Le film s’attache alors à raconter la création, dans un élan où fraternité et douleur se rassemblent, de l’association « La parole libérée » : en portant l’affaire sur la place publique, en demandant des comptes à l’église sur son silence, en voulant que justice soit faite, les victimes vont faire céder le verrou qui a cadenassé des décennies de honte, relâchant dans les esprits les torrent de souffrance qui, enfin, va pouvoir être dite et entendue. Et l’image, symbolique, de ces adultes accompagnant les enfants trahis qu’ils étaient dans ce délicat cheminement est tout simplement bouleversante. 

 

Alexandre s’est construit tant bien que mal une identité avec ce fardeau, trouvant le salut dans l’amour d’une famille et dans la foi. Mais Gilles n’a jamais pu s’extirper de la peur, de la culpabilité, ni en finir avec cette rage sourde qui distille encore en lui tant de violence. François, de son côté, a enfoui le secret dans un recoin bien planqué de sa mémoire, bouffant du curé comme on prend un antidote au poison. Certaines familles ont essayé de protester et ont renoncé devant l'impossibilité de se faire entendre, d'autres ont su et se sont tues, d’autres ont détourné le regard, d’autres encore ont minimisé les faits…

 

Porté par un trio de comédiens remarquables, Grâce à dieu a l’intelligence de placer au centre de son propos la dimension humaine et la question du droit, de la justice, sans éluder les questions spirituelles et morales que le sujet implique.

 

COTIGNAC  lun 8/20h30

 

LA LUTTE DES CLASSES

Michel LECLERC - France 2019 1h45 - avec Leïla Bekhti, Edouard Baeri, Ramzy Bedia, Baya Kasmi, Laurent Capelluto, Claudia Tagbo... Scénario de Michel Leclerc et de Baya Kasmi.

 
Après l'excellent Le Nom des gens, qui voyait l'irrésistible Sara Forestier se dévouer corps et âme (au sens propre) à la rééducation des électeurs égarés à droite, Michel Leclerc et sa co-scénariste Baya Kasmi s'affirment avec ce savoureux La Lutte des classes comme les dignes héritiers de la causticité, de la lucidité politique de la grande comédie italienne, celle de Risi ou de Scola…


La Lutte des classes – titre à double détente puisqu'il sera aussi question dans le film de carte scolaire – va nous narrer les élans et les contradictions d'un couple de gentils bourgeois progressistes de l'Est parisien. Sofia est une jeune et brillante avocate « issue de la diversité », comme on dit en novlangue… Elle est en couple avec Paul, musicien paisiblement punk attaché à ses convictions d'il y a trente ans comme à son perfecto, qui cultive avec une forme de génie une absence totale d'ambition sociale ou économique. Il a d'ailleurs pour principale fonction d'être le père de Corentin, activité certes prenante mais qui lui laisse le loisir de donner des concerts improbables devant des migrants dubitatifs…
Sofia et Paul sont à un tournant de leur vie, puisqu'ils ont décidé de déménager de leur petit appartement parisien vers une jolie maisonnette à Bagnolet, ville de banlieue où Sofia a grandi. Ils sont heureux de vivre désormais dans une commune populaire dont l'environnement immédiat et le voisinage, ainsi que l'école Jean Jaurès où va entrer Corentin, nourriront leur idéal de mixité sociale… Tout va donc bien dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où un nouvel incident à l'école incite de nombreux parents parmi les plus aisés à sortir leur rejeton du public pour les placer dans un établissement privé. Si bien que, pour appeler un chat un chat, Corentin devient le seul enfant blanc de sa classe. Notre couple se trouve devant un choix cornélien : résister et mettre en application leurs idées à l’épreuve de la réalité ou faire comme leurs amis, choisir la sécurité et la facilité de l’endogamie sociale en inscrivant Corentin dans le privé.

Michel Leclerc et Baya Kasmi – mari et femme à la ville – ont nourri le scénario de leur propre expérience et décortiquent avec une joyeuse lucidité les contradictions et les hypocrisies de leur classe. Il semble bien que, quoi qu'on y fasse, les gens de catégories sociales et raciales différentes vivent côte-à-côte mais pas vraiment ensemble, ne se rencontrant que superficiellement à la sortie de l'école. Leclerc et Kasmi en profitent pour brosser toute une galerie de personnages savoureux : Monsieur Toledano, le Juif totalement parano qui truffe sa maison de systèmes de sécurité (formidable Laurent Capelluto), ou encore l'insupportable militante écolo locale jamais avare en réunions publiques et en grandes leçons sur tout (notamment dans une scène hilarante où elle tente de convaincre du mérite de la biodynamie un couple qui voulait juste avoir accès au jardin partagé)… Et puis il y a l'impayable duo formé par l'institutrice stressée, qui n'ose pas s'exprimer simplement face à ses élèves et préfère user d'une improbable novlangue de bois (hilarante Baya Kasmi elle-même), et le directeur cowboy, qui mène à l'inverse ses élèves comme une bande de quartier, formidablement et drolatiquement incarné par Ramzy Bedia.

Tout en faisant le constat de cette incommunicabilité des classes dans un monde qui voudrait nier la différence au nom d'une pseudo laïcité et d'une égalité toujours affichée mais jamais appliquée, Baya Kasmi et Michel Leclerc ont l'intelligence de ne jamais juger leurs personnages, de les faire exister dans leur complexité et leur richesse, offrant donc à chacun le chemin de la réflexion et de l'ouverture sur l'autre, premier pas vers ce foutu vivre ensemble.  

LE VOX   mer3/13h45  16h  18h15  20h45        jeu4/  13h45   18h15  20h30       ven5/  16h  18h30  21h    sam6/  13h45  18h30  21h         dim7/16h15    18h25  20h40    lun8/16h  18h30  20h45   mar9/13h45  18h30  20h45

 

TEL AVIV ON FIRE

Sameh ZOABI - Israël 2018 1h40 VOSTF - avec Kais Nashif, Lubna Azabal, Maisa Abd Elhadi, Yaniv Biton... Scénario de Sameh Zoabi et Dan Kleinman.

Si vous ne ratez jamais l'épisode quotidien de votre soap opéra préféré, ce film est évidemment fait pour vous. Si au contraire vous détestez le genre, ne passez pas pour autant à côté de Tel Aviv on fire, comédie alerte qui, en brodant un scénario malin autour d'un improbable feuilleton télévisé, nous livre une vision on ne peut plus pertinente des relations intenables entre Israéliens et Palestiniens. 
 
Nous voici donc en Israël où le célèbre soap opéra arabe Tel Aviv on fire est suivi assidûment dans toutes les chaumières. Ne nous leurrons pas, la plupart des spectateurs sont des spectatrices, pendues à cette intrigue plus que rocambolesque qui narre les aventures d'une espionne palestinienne, amoureuse transie d'un général israélien pendant la Guerre des Six jours, en 1967. 
 
Salam, charmant Palestinien de trente ans quelque peu tête en l'air voire complètement à l'ouest, vit à Jérusalem et travaille comme stagiaire sur le feuilleton produit à Ramallah par son oncle. Pour rejoindre les studios de télévision, il doit chaque jour passer par un check-point israélien pas franchement commode. Un soir, rentrant chez lui avec le scénario du dernier épisode sous le bras, il se fait arrêter par Assi, le commandant du poste, grand fan de la série. Pour tenter de se dépêtrer au plus vite de ce contrôle inopiné, Salam joue la carte de la célébrité, affirmant qu'il est le scénariste principal (alors qu'il n'est que simple conseiller sur les scènes en hébreu) et qu'il doit vite rentrer chez lui peaufiner le script. Mais Assi, dont la femme est encore plus accro que lui à Tel Aviv on fire, ne compte pas en rester là : il saisit le manuscrit, décide de le lui rendre le lendemain matin rempli d'annotations et d'idées de son cru pour transformer la série de l'intérieur et en faire basculer l'intrigue du bon côté, juif plutôt qu'arabe, et soyons honnête, un peu aussi pour faire plaisir à sa femme. Et là vous vous dites : catastrophe…
 
De retour sur le tournage, surprise ! Les idées sont considérées comme géniales et Salam se voit confier, à l'essai, le titre de scénariste en chef de la série ! Ainsi va se créer entre nos deux drôles de compères une relation des plus étonnantes. Ils réécrivent le scénario de chaque épisode au check-point, Assi imposant au passage quelques lubies personnelles : mettre une photo de lui en arrière-plan pour que sa femme puisse le voir dans un des épisodes…
Jusqu'à ce jour funeste où la chaîne de télé annonce la fin prochaine de Tel Aviv on fire… Coincé entre le colonel de Tsahal, les soutiens arabes et les désirs des producteurs, Salam va donc devoir puiser au fond de son génie créateur et abattre son coup de maître final…
Sameh Zoabi n'a pas choisi la facilité en abordant le conflit israélo-palestinien sur un mode comique et pourtant ça fonctionne, grâce à un scénario réglé comme une horloge. La mise en scène joue habilement des codes du soap opéra comme du film à suspense, dessine parfaitement ses personnages et nous laisse pantois quant à la façon dont Salam va se tirer de toute cette affaire. En fait la grande intelligence du film est de ramener le conflit à une échelle humaine. 
Tel Aviv on fire, le feuilleton, joue le rôle d'une caricature, jusqu'au moment où il renvoie tous les personnages à une vérité qu'ils ne voulaient pas forcément voir. Quant à Tel Aviv on fire, le film, il nous rend attachants des êtres incapables de s'entendre mais qui se réunissent et vibrent à l'unisson devant un programme télé niaiseux… Quand dérisoire rime avec espoir…
 
LE VOX   mer3/13h45   18h30  20h45        jeu4/  13h45   16h  20h45       ven5/  13h45 15h50  18h    sam6/  13h45  18h30  21h         dim7/13h45    18h  20h40    lun8/13h45  18h55     mar9/16h  18h15qaw  20h45
 

EL REINO

Rodrigo SOROGOYEN - Espagne 2018 2h11VOSTF - avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, José Maria Pou, Nacho Fresneda, Ana Wagener, Barbara Lennie... Scénario d'Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen.

« La corruption politique en Espagne – et surtout, la totale impunité de ses leaders depuis une dizaine d’années – nous a laissés, ma co-scénariste Isabel Peña et moi, d’abord perplexes, indignés puis déprimés, et enfin presque anesthésiés. C’est la répétition des affaires de corruption de ces dernières années qui nous a décidés à raconter cette histoire. Comme dans Que Dios nos perdone, nous voulions faire un thriller, un film à suspense qui accroche le spectateur mais qui parle aussi des êtres humains et de leur noirceur. »
 
Le royaume (el reino) est donc celui, peu reluisant mais palpitant, du dessous des cartes, des magouilles politicardes. L’idée de génie du film est de ne pas aborder son sujet de façon classique et de choisir comme protagoniste principal celui qui a tout pour être un anti-héros, d’adopter son angle de vue, de le marquer constamment à la culotte. Au fur et à mesure que son univers s’effondre, on est pris par la tension d’une fuite en avant de plus en plus vertigineuse qui s’accélère inexorablement. L’excellente bande son (musique d’Olivier Arson), omniprésente, contribue à électriser l’atmosphère, à nous clouer à nos sièges. Le travail de l’image (signé Alex de Pablo), tout aussi brillant, renforce encore le sentiment de malaise, nous propulsant d’un univers clinquant à celui, introverti, du protagoniste qui perd progressivement pied. On colle à son rythme : analyser, réfléchir, réagir toujours plus vite… Comme lui on finit par ne plus respirer, pris dans un étau entre ce qui pourrait être la réalité ou le fruit de son imagination. On est entrainé par un tel tourbillon qu’on finirait presque par avoir de l’empathie pour ce pourri qui nous hérisse pourtant. Par ressentir dans nos chairs, plus que par comprendre, pourquoi des mecs pourtant intelligents, quand ils sont pris la main dans le sac, s’enferrent contre toute évidence à mentir… Si cela se passe en Espagne, je vous jure « les yeux dans les yeux » que cela nous rappellera furieusement quelques scandales à la française !
 
L’action démarre dans un restaurant de luxe, autour d’un plateau de fruits de mer débordant de gambas plus énormes et plus rouges que partout ailleurs. Ici l’herbe est plus verte que partout ailleurs ! On ingurgite goguenards et sans s’extasier les vins millésimés, la cuisine fine, on se gausse, on critique les absents, on trame des complots avec des airs entendus. Il nous faut un moment pour comprendre qu’on est dans la cour des grands, des puissants de ce monde, parmi lesquels une seule et unique femme. Tellement sûrs d’eux, de leur impunité éternellement acquise qu’ils en finissent par oublier d’être discrets. C’est à l’heure du digestif, quand sort de l’ombre un petit carnet où sont alignés les comptes occultes de campagne, qu’on sait définitivement qu’on est dans une grande famille politique. Laquelle ? Ce ne sera jamais dit… Les scénaristes ont pris soin de doter le parti fictif du film des mêmes caractéristiques que les formations politiques qui s’affrontaient en Espagne en 2007, année où se situe l’action. 
 
Pour Manuel López-Vidal (Antonio de la Torre, juste parfait !), l’un des cadors de la petite bande plus habituée aux yachts qu’au métro, l’avenir s'annonce radieux. C’est au moment où il est sur le point de satisfaire son ambition galopante, de passer à la direction nationale, qu’un bon gros scandale dévoilé par la presse va éclater : malversations, corruption, compte d’initiés… Alors qu’ils nageaient tous dans les mêmes eaux glauques et profondes, Manuel va vite comprendre que c'est sur lui seul que la nasse risque de se refermer. Ses alliés de jadis auront tôt fait de charger sa barque pour se défausser et ne pas sombrer avec lui. Mais notre bouc émissaire n’a pas dit son dernier mot…
LE VOX      lun8/20h
UN COUP DE MAÎTRE

(MI OBRA MAESTRA) Gaston DUPRAT - Argentine 2018 1h41mn VOSTF - avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo, Andrea Frigerio... Scénario d'Andres Duprat.

 
 
 
Une savoureuse comédie argentine à l'humour grinçant à souhait, voilà qui fait un bien fou par les temps qui courent ! On est heureux de retrouver dans Un coup de maître la patte de Gaston Duprat, réalisateur avec Mariano Cohn de l'excellent Citoyen d'honneur (disponible en Vidéo en Poche), on retrouve aussi le jeu subtil de Guillermo Francella (El Clan, Dans ses yeux) et on découvre, dans le rôle du peintre bougon, l’incroyable Luis Brandoni, un comédien qui est aussi un homme politique : pour une fois que ce n’est pas l’inverse ! Un sacré bonhomme ! Cible de la Triple A (Alianza Anticommunista Argentina) dans les années 70, il fut enlevé par ce sinistre escadron de la mort mais jamais ne baissa les bras…

Un peu comme Renzo Nervi, le personnage qu’il incarne. « Bougon » ai-je écrit précédemment ? Le mot est faible, le qualificatif est mesquin. Renzo est le nihilisme incarné et c'est pour ça qu'il nous fait rire : parce qu'il est insupportable. Râleur, aigri, désabusé, goujat, vaniteux, capricieux… Qu’oublié-je ? J’hésite entre pingre ou ruiné… mais après tout est-ce incompatible ? Bref, un spécimen qu’on ne mettrait pour rien au monde dans son lit ou dans son carnet d’amis… Pourtant ! Non seulement il a la plus jolie des amantes (aussi fraîche qu’il est défraîchi) mais au plus creux de sa décadence de peintre has been l’accompagne (non sans sourciller) Arturo Silva, son fidèle galeriste. Quels liens invisibles les attachent si profondément l’un à l’autre ? Ceux d’un prédateur des mers et de son poisson pilote ? Ou ceux d’une amitié aussi vache que profonde, mais semble-t-il parvenue au bout du rouleau ? Car enfin, qui supporterait plus longtemps les frasques de Renzo, gloire déchue des années 80, sa suffisance cabocharde, son refus de la moindre concession ? Vieil ours mal léché qui campe sur ses positions tel un chêne prêt à rompre plutôt que de plier, sans se soucier d’entraîner dans sa chute ses plus fidèles alliés, qu’on finit par plaindre tout en ne pouvant s’empêcher de rire. On se pique au jeu, comme hypnotisé par ce petit monde au bord de l’indigestion à force d’avaler des couleuvres, projeté avec eux au cœur d’une pétaudière prête à exploser. Reste à savoir quand et quel sera l’élément déclencheur… 
La belle exaspérée de n’avoir en retour de son amour que des miettes désabusées ? L’allumé aux dreadlocks qui débarque dans l’antre du barbouilleur, prêt à se sacrifier pour devenir « son disciple » ? Le susnommé galeriste Arturo, las d’essayer de caser les toiles décotées du génie tombé en désuétude ? À quoi cela tient-il d’être considéré comme « in », « cool », « à la page » ? Le temps de prononcer ces expressions et les voilà tout aussi démodées que nos coqueluches de la décennie précédente. Transparait la tartufferie des marchands d’art, et leur cynisme quand ils en viennent à se demander s'il ne faut pas qu'un artiste soit mort pour que son œuvre se vende. De là à avoir envie de trucider l’ours pour vendre plus cher sa peau…
La première scène donne le « la » et nous entraîne dans une chute de Charybde en Scylla en même temps que les protagonistes, et chapeau bas si vous devinez jusqu’où cela nous entrainera !
En filigrane, une Argentine émouvante et clinquante qui se drape dans un positivisme désenchanté, à moins que ce ne soit dans un pessimisme optimiste : il faudrait inventer un nouveau mot pour mieux la décrire, entre saudade déchirante et ironie désopilante. Et on laissera le dernier mot à Renzo : « Quand un pays entier pose son cul devant la télé pour regarder 22 millionnaires courir derrière un ballon, c’est sans espoir. »  
 
LE VOX      mardi 9/20h30 
 
 

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Au(x) cinéma(s) du 27 mars au 2 avril 2019

Bonjour à tous !
Nous vous retrouvons après notre festival de cinéma asiatique, qui a été un succès, avec des films vraiment intéressants, un intervenant passionnant, et un buffet bon et copieux ! Vous avez été 345 à venir pendant ce festival !
 
Cette semaine en ciné club à CGR, Ben is back de Peter Hedges, qui nous peint l'amour d'une mère qui veut sauver son fils. Dans la programmation ordinaire de CGR, vous pouvez voir aussi Rebelles de Allan Mauduit, un film politiquement incorrect et résolument féministe qui donne un coup de fouet à la comédie française (aussi à Salernes et Le Luc) et Green book de Peter Farrely, une comédie humaniste et politique pleine de saveurs (aussi au Vox) . Les prochains films en ciné-club (après les vacances) seront   la Favorite, Jusqu'à la garde, Vice et Grâce à Dieu .
Cette semaine, Colibris vous propose Futur d'espoir de Guillaume Thébault, un joli film qui milite pour une agriculture alternative (CGR et Fréjus)
A Lorgues, à Cotignac et au Vox,  un film chinois Les Éternelsune fresque ambitieuse qui parle de passion, de sacrifice, de résilience et qui captive par sa description d 'une Chine contemporaine tourmentée. A Lorgues, Une intime conviction de Antoine Raimbault, un film fort sur la justice et ses doutes, Marie Stuart, reine d'Écosse  de Josie Rourke deux destins de femmes fortes qui affrontent, différemment, la domination masculine, la trahison, le poids de la religion(aussi à Cotignac et au Vox).
A Cotignac seulement Le silence des autres de Robert Bahar, enquête su le silence de l'après franco. et Dernier Amour de Benoit Jacquot  inspiré des Mémoires de Casanova (aussi au Vox).
Au Vox, Companeros de Alvaro Brechnier, un film puissant sur la dictature en Uruguay dans les années 1970,   le dernier film  de Xavier Dolan  Ma vie avec John F. Donavan (également à Cotignac) un récit fascinant, d'un romantisme échevelé et à l'émotion contagieuse, Sibel de Cagla Zencirci, une jolie fable contemporaine, et Maguy Marin l'urgence d'agir, un documentaire de David Marbouch, sur la danse, la transmission et l'urgence d'agir.

 
Bonne  semaine de cinéma!

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

BEN IS BACK de Peter Hedges avec Julia RobertsKathryn NewtonLucas Hedges

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La veille de Noël, Ben, 19 ans, revient dans sa famille après plusieurs mois d’absence. Sa mère, Holly, l’accueille à bras ouverts tout en redoutant qu’il ne cède une fois de plus à ses addictions. Commence alors une nuit qui va mettre à rude épreuve l’amour inconditionnel de cette mère prête à tout pour protéger son fils. Ben Is Back est parsemé d’éclats de vérité. Lorsque Ben (Lucas Hedges), dépendant à l’héroïne, surgit au domicile familial, dans une maison cossue d’une lointaine banlieue américaine, son beau-père afro-américain (Courtney B. Vance), furieux de voir le jeune homme rompre de nouveau l’un des innombrables pactes conclus avec les siens, demande : « Est-ce qu’on aurait donné autant de deuxièmes chances à un jeune Noir ? » Ce à quoi la mère de Ben, Holly (Julia Roberts), répond : « Ne recommence pas. » Il y a là, et dans quelques autres séquences, l’esquisse d’un film qui prendrait de la hauteur pour évoquer l’épidémie d’addiction aux opioïdes qui ravage les Etats-Unis. Le reste du temps, Peter Hedges (père de Lucas) s’en tient aux figures du drame familial, agençant son film autour de la figure de Holly, à laquelle Julia ­Roberts prête tout son talent et un peu plus. Ce supplément donne souvent l’impression d’être destiné aux votants de l’académie qui décerne les Oscars. Les craintes et les aveuglements d’une mère sont dans un premier temps contenus dans les confins de la famille. Ben Is Back ressemble alors à un film indépendant sur le plateau duquel se serait invitée une immense star qui s’autorise les effets dignes de son statut – spectaculaires. L’effet distrait parfois du propos du film. Il arrive aussi que ces excès et la modestie et la ténacité de Lucas Hedges (que l’on avait découvert dans Manchester by the Sea) s’harmonisent. Le garçon d’une vingtaine d’années, qui est censé ne pas quitter la sober living house où l’ont placé ses parents, est revenu pour passer Noël avec les siens – sa mère, son beau-père, sa sœur (Kathryn Newton à qui incombe le rôle de la sceptique) et les deux jeunes enfants des deux premiers.

Le contraste entre la frénésie d’illuminations, de consommation et de célébrations qui saisit une petite ville américaine dans les heures qui précèdent le 25 décembre, et le noir bagage de mensonges et de ruines que trimballe Ben opère souvent. On distingue les mécanismes de cette épidémie dont l’origine n’est pas à chercher dans le trafic international mais dans les pratiques médicales (Holly prend à partie le médecin qui a prescrit des analgésiques à son fils adolescent), et – grâce à la sobriété de Lucas Hedges – la destruction morale d’un jeune homme.

La seconde partie du film est occupée par une errance nocturne dans les bas-fonds d’une ville dont la plupart des habitants ne soupçonnent pas l’existence. Mais l’artifice de scénario qu’emploie Peter Hedges (qui a également écrit le film) pour faire ­rebondir Holly et Ben de repaires de dealers en squats sordides manque de vraisemblance, produit des situations convenues empruntées au cinéma de genre. La chronique familiale vire au suspense et l’on ne peut se défendre de l’impression que le metteur en scène a manqué de ­confiance en son public. Plutôt que de fouiller les plaies qu’inflige l’addiction à une famille, il a préféré poser la question en termes vieux comme Hollywood : l’amour d’une mère sauvera-t-il son fils

Thomas Sotinel Le Monde

CGR en ciné-club : Tous les jours à 18h10

 

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10mn  - avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

GREEN BOOKUn mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!

Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…

Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique.
(merci à J. Goldberg, Les Inrockuptibles)

CGR en VF : Tous les jours sauf dimanche : 10h40

Vox Fréjus : mercredi 27 VF 20h, jeudi 28 VO 17h50 vendredi 29 VF 20h45, samedi 30 VO 18h15, lundi 1er 17h45 VF mardi 2 VO 20h45

Futur d'espoir de Guillaume Thébault

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Un joli film qui milite pour une agriculture alternative

«Futur d'espoir» est un film-documentaire (1 h 30) qui suit le parcours de Guillaume Thébault au travers d'une quinzaine d'entretiens avec des personnes qui proposent des solutions aux systèmes agricoles actuels : un économiste (Serge Latouche), un disciple gandhien (Rajagopal Puthan Veetil), un botaniste et écrivain (Gilles Clément), des maraîchers bio, une gardienne de semences, un responsable de magasin bio, un scientifique (Gilles-Eric Séralini), un enseignant, un agriculteur biodynamique, un permaculteur, un conseiller en maraîchage et une personne qui anime des jardins partagés. Guillaume met en avant les actions positives de ces personnes (leur expérience et leur savoir) et pose la question suivante : les méthodes d'agricultures dites alternatives peuvent-elles réellement nourrir l'humanité de manière durable ? Prix Greenpeace et sélection officielle du Festival du Film Vert 2017, ce film essaye d'apporter des solutions à un monde agricole touché par les problèmes économiques et environnementaux. 

CGR : proposé par Colibris vendredi 29 20h

Vox Fréjus : jeudi 28 20h

 

REBELLES

Écrit et réalisé par Allan MAUDUIT - France 2018 1h45mn - avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy, Simon Abkarian... Scénario de Jérémie Guez et Allan Mauduit.

REBELLESSi vous n’aimez que les choses délicates, les œuvres raffinées, le bon goût, les bons mots… Si vous avez frémi au phrasé exquis et subtil de Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières et si la soie, le velours, le satin apportent à votre quotidien toute la douceur et la délicatesse dont vous avez besoin pour vous épanouir… et bien, n’achetez pas de place pour venir voir Rebelles. Vous risqueriez d’être furieusement en colère contre nous (dans le meilleur des cas), voire de subir un choc cinématographique aigu, et chacun sait qu’un CCA peut être au moins aussi grave qu’un anaphylactique. Car de dentelles, de rubans fleuris, d’alexandrins, dans ce film, il n’y en a point. Alors quoi ? On a retourné notre veste en tweed à Utopia ? On aime le gros rouge qui tache quand vous aviez toujours cru que nous ne jurions que par les vins bio naturels sans sulfites ni phosphates, élevés en cuve centenaire au clair de (pleine) lune ? Non, pas du tout. 
On a beau aimer le cinéma haut perché, défendre les Auteurs et les œuvres complexes, nous avons toujours été assez friands (peut-être pas la majorité de nos troupes, mais quand même) de ce cinéma irrévérencieux et mal poli qui flirte parfois avec le mauvais goût mais parvient à nous rendre sympathiques les pires sans foi ni loi, parce qu’ils sont toujours du côté des oubliés, des petites gens, des besogneux, et que leurs aventures, même répréhensibles, ont toujours le goût de la revanche sur les injustices de la vie, ses dominations, qu’elles soient sociales ou de genre.

Nous sommes avec Rebelles bien plus dans un esprit Groland, ou celui des premiers films d’Albert Dupontel que du côté de Ken Loach et ça décoiffe sévère, à grands coups de truelle. C’est assez jubilatoire, souvent très drôle, et c’est enlevé par un trio féminin pétaradant qui vaut à lui seul le détour et fonctionne à plein régime, façon feu d’artifice. Alors oui, bien sûr, ça tache un peu, et non, ce n’est pas la grande classe, mais si vous acceptez de mettre votre bon goût légendaire (vous venez chez nous quand même et ça, c’est un signe qui ne trompe pas) de côté, l’effet poilade est garanti. 
Quand elle débarque du Sud de la France, sa valise en carton au bout de ses ongles impeccablement manucurés, en faisant la tronche parce qu’obligée de retourner vivre chez maman dans ses Hauts de France natals, Sandra ne se doute pas encore qu’elle va bientôt devenir riche, très riche. Elle ne connaît pas non plus celles qui deviendront ses deux complices à la vie, à la mort : Nadine, flegmatique ouvrière qui entretient un mari paresseux mais qui cache sous son tablier le costume d’une Bonnie Parker, et Marilyn, mère célibataire punk et survoltée, prête à dézinguer la terre entière pour une bonne cuite. Il sera question de boîtes de conserves, en très grande quantité, de la bande des Belges avec lesquels il vaut mieux ne pas trop faire les marioles, et d’un sac bourré de biftons, « le début des emmerdes », comme dirait Nadine, clown blanc de la bande, la plus ancrée dans le réel, la plus lucide.

Allan Mauduit filme la conserverie de poisson, les docks de Boulogne-sur-Mer ou le camping en hiver comme s’il s’agissait d’un décor de western, sans méchanceté gratuite, avec un sens du comique de situation explosif, et il nous rend ses trois héroïnes, quoiqu’immorales, cogneuses, hargneuses… très attachantes car symboles d’un Girl Power décoiffant. Plus jamais vous ne regarderez une boîte de thon du même œil, ni une porte de vestiaire… on en recause.

CGR : mercredi 27 et dimanche 31 16h10 et 18h20, jeudi 28 10h55 et 18h, vendredi 29 et mardi 2 13h40, 16h10 et 18h, samedi 30 et lundi 1er 10h55, 18h et 20h

Salernes : mercredi 27 18h, dimanche 31 16h, lundi 1er 20h30

Le Luc : mercredi 27 et vendredi 29 21h, et samedi 30 18h30

 

 

LES ÉTERNELS

Écrit et réalisé par JIA Zhang-Ke - Chine 2018 2h15 VOSTF - avec Zhao Tao, Liao Fan, Xu Zheng, Casper Liang... 

LES ÉTERNELSNul doute, Jia Zhang-ke est décidément un des cinéastes majeurs de notre temps. Les Éternels, son huitième long métrage de fiction, en est une preuve – éclatante – supplémentaire. Œuvre subtile, riche par son propos, elle foisonne de références cinématographiques, sociales, dont certaines échapperont à notre culture occidentale, mais qu’importe ! Cette véritable épopée romantique d’un couple de gangsters a tout pour être mythique. Chaque niveau de lecture est aussi excitant que passionnant. Ce n’est qu’un régal supplémentaire d’interpréter les pistes moins évidentes qui échappent à nos oreilles latines, telle la diversité des dialectes employés dans le film. Ils reflètent les multiples visages d’une Chine loin d’être uniforme, ainsi que la distance initiatique parcourue par les protagonistes tout au long de l’intrigue, qui démarre dans le Nord froid et aride, se poursuit dans le Sud-Ouest chaud et humide, pour s’achever dans le lointain Xinjiang (au Nord Ouest). Ce sont ainsi plus de 7700 kilomètres qui défilent sous nos yeux. Les paysages, personnages à part entière, viennent en contrepoint du récit qui procède par étapes entre chaleur humaine et douches froides, grandeur et décadence, humour inénarrable et cynisme décapant. 
Mais une des clefs de décryptage réside dans le titre chinois : « Ernü » (fils et filles) de « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », n’évoque pas grand chose pour nous, mais fait référence pour les sinologues à un véritable concept séculaire. Le Jianghu désigne, dans la littérature, une société hétéroclite parallèle à celle traditionnelle de la Chine impériale. Il englobait autant les combattants, les chevaliers et moines errants, les artistes… que les bandits, les prostituées et j’en passe… Par extension, tous ceux qui vivent en marge, défient l’ordre dominant, qu’ils soient mal vus ou admirés, dans la plus généreuse des ambivalences. Car, dans le fond, tout est question de point de vue : Robin des bois, les résistants, les mutins… étaient tout autant des criminels, des parias aux yeux des rois, qu’ils étaient des héros aux yeux des miséreux auxquels ils redistribuaient une part de butin, tout comme le font certaines mafias… 

Quand Qiao rencontre Bin, elle est une jeune fille sans vague, au regard pétillant et grave. Issue de la classe ouvrière du Xinjiang, elle porte à bout de bras son père mineur pas si vieux mais déjà usé. Bin n’est qu’un petit caïd de la pègre locale, pur fruit de l’incontournable Jianghu. Deux mondes si lointains, si proches. Alliance fulgurante entre la glace et le feu, les eaux dormantes et celles des rivières déchaînées. Seule femme au milieu de tous ces hommes, Qiao sait déjà s’en faire respecter tout en vivant poliment dans l’ombre du sien. C’est un univers rude, aux principes moraux exigeants mais paradoxaux, dans lequel bonté et vengeance, douceur et violence s’entremêlent, inextricables.
D’emblée tout nous fascine. D’emblée on pressent que la vie du jeune couple ne sera pas un long fleuve tranquille. Les éternels, c’est peut-être justement ce qu’ils ne sont pas. Mais ils en sont à cette étape d’une vie où on se sent tellement vivant et fort qu’on se croirait presque invincible, même face à la mort.

Le temps attends son heure pour nous prouver l’inverse. Qiao et Bin n’auront jamais d’enfants. Ils vivront heureux, un temps, jusqu’à la fusillade. Ce jour-là, Qiao n’écoute que son cœur pour défendre son amoureux, arme au point. Elle le protégera jusque devant le tribunal, jurant son innocence. Cinq ans de taule… Cinq ans à attendre un geste en retour de sa loyauté… À sa sortie, plus rien ne sera pareil, mais rien ne sera comme on le croit. De retournements de situation en coups du sort, il est impossible d’anticiper le scénario, qui compose en filigrane la fresque d’une Chine en plein bouleversement économique et idéologique au début du xxie siècle.
Entre l’intensité de jeu de Zhao Tao (Qiao), actrice fétiche et épouse du réalisateur, celle impeccable de son partenaire Liao Fan, les images somptueuses concoctée par l’impressionnant Éric Gautier (directeur de la photographie), on ressort des Éternels formidablement bousculés et émus. Si seulement nos vies pouvaient être (allusion au titre « international » du film : Ash is purest white) aussi pures que la blancheur des cendres des volcans… (Utopia)

Lorgues : mercredi 27 et vendredi 29 20h10, lundi 1er 20h30

Cotignac : dimanche 31 18h

Vox Fréjus : mercredi 27 17h50, lundi 1er 17h45, mardi 2 16h

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Au(x) cinéma(s) du 20 au 26 mars 2019

Bonjour à tous,
 
Cette semaine ne manquez pas à CGR l’événement de notre saison cinématographique  le FESTIVAL DE CINÉMA ASIATIQUE, qu'Entretoiles vous propose sur 3 jours: les 22, 23 et 24 mars :
La série complète de Senses,  de Hamaguchiune splendide chronique d'émancipation au Japon, en 5 épisodes qui ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes. A la fin des Senses, on a l'impression de quitter quatre amies proches. C'est un récit fleuve, galvanisant, prenant et passionnant. Épisodes 1 et 2 : vendredi 22 à 18h et épisodes 3, 4 et 5 dimanche 24 à 17h

The spy gone North, de Jong-bin Yoon, un thriller coréen, sur le thème du double jeu, qui flirte avec la mort, et qui se savoure en tant que leçon d'histoire traitée à la manière d'un pur film d'espionnage. Samedi 23 mars à 18 h.

Une affaire de famille de Kore Eda, Palme d'or au Festival de Cannes, l'émerveillement d'être happé par les choses simples de la vie d'une famille qui pourtant, vit de rapines et de petits trafics... Dimanche 24 mars à 21h30
 
- L'intervention de Bastian Meiressonne, spécialiste du cinéma asiatique, Directeur artistique du festival de cinéma asiatique de Vesoul (90 films), dimanche 24 mars à 21 h et après Une affaire de famille.
- Buffet apéritif asiatique, offert par Entretoiles, dans le hall de CGR, dimanche 24 mars à 19h45
 
Vous pouvez dès à présent acheter à CGR le Pass du Festival, pour l'ensemble des films ( Prix adhérent = 22€ et non adhérent = 34€ ). Les prix des films à l'unité sont comme d'habitude : adhérent 4€90 et non adhérent 9€90.. Voici le lien pour acheter le pass par internet 
 
Nous vous espérons nombreux à venir partager ces beaux moments de cinéma avec nous !  
  
Cette semaine pas de films de ciné club à CGR. Les prochains seront  Ben is back, la Favorite, Jusqu'à la garde, Vice et Grâce à Dieu .Dans le programme normal  Rebelles,un film politiquement incorrect et résolument feministe qui donne un coup de fouet à la comédie française

 
A Lorgues vous pourrez voir un documentaire franco-libanais  Kabullywood , un manifeste bienfaisant en faveur de la culture et des libertés, My beautiful Boy,une histoire émouvante d'un père tentant d arracher son fils à la drogue et Long Way Home, le portrait pudique et poignant d’une jeunesse abandonnée dans un angle mort de l’Amérique  
Au Luc   Stan & Ollie de Jon S. Bair, un  biopic émaillé de numéros amusants qui évoque avec nostalgie la période précédant la séparation des comédiens .
Au Vox (aussi au Luc) un film de Josie Rourke Marie Stuart, reine d'Ecosse deux destins de femmes fortes qui affrontent, différemment, la domination masculine, la trahison, le poids de la religion, le dernier film  de Xavier Dolan  Ma vie avec John F. Donavan (également à Cotignac) un récit fascinant, d'un romantisme échevelé et à l'émotion contagieuse, Dernier Amour de Benoit Jacquot  inspiré des Mémoires de Casanova, un film chinois Les Eternelsune fresque ambitieuse qui parle de passion, de sacrifice, de résilience et qui captive par sa description d 'une Chine contemporaine tourmentée, Santiago Italia un documentaire de Nano Moretti, qui relate avec intelligence le parcours vers l Italie de nombreux réfugiés chiliens après le coup d'état militaire du 11 septembre 1976 et  Venez donc prendre le café chez nous une comédie italienne, un conte cruel un brin pervers.
 
Bonne  semaine de cinéma!

 Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

SENSES    1 et 2   3 et 4   5

Ryusuke HAMAGUCHI - Japon 2015 5h VOSTF - avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara, Rira Kawamura... Scénario de Ryusuke Hamaguchi, Tadashi Nohara et Tomoyoki Takahashi.

 
À quoi rêvent les femmes japonaises d’aujourd’hui ? À avoir plus de temps pour elles. Senses leur donne celui nécessaire pour se retrouver dans une splendide chronique d’émancipation… Au Japon, 100 000 personnes disparaissent chaque année sans laisser de traces. On les appelle les « évaporés ». C'est ce qui va se passer avec Jun : du jour au lendemain elle disparaît, elle s'évapore, laissant ses trois meilleures amies dans le désarroi. Sa disparition va entraîner un séisme intime en chacune d’elles, les amenant à questionner leur amitié comme leurs vies respectives. Car Jun était le pilier du groupe, celle qui leur avait permis de toutes se rencontrer…

Ryûsuke Hamaguchi donne une ampleur inédite à la situation en libérant une parole trop longtemps mise en sourdine. Sans rien montrer d’une hystérie généralisée ou d’actes physiques extrêmes, le chamboulement émotionnel n’en est pas moins intense. Il est à la source de remous intérieurs qui vont pousser les héroïnes à se poser des questions essentielles, à même de changer la destinée de chacune, parce que les réponses apportées s’émancipent du poids moral de toute une société. Comment aimer ? Peut-on avoir confiance en l’autre ? Doit-on tout se dire ? Ai-je la vie que je souhaite ? Des interrogations qui reflètent bien la perplexité affective dans laquelle flottent les sociétés contemporaines… Senses les remet au centre de tout, rappelant la nécessité d’une interaction sociale, quelle qu’en soit la forme.
Pour éviter des réponses toutes faites, Hamaguchi prend le temps d’une analyse collective, notamment par le biais du séminaire d’un artiste-activiste (baptisé « écouter son centre ») auquel participe la bande d’amies, parmi d'autres. Celui-ci va avoir un effet cathartique imprévu…

Hamaguchi filme avec une rare acuité les dynamiques de groupe qui transparaissent. Chaque personnage laisse éclore, dans des successions de gestes faussement anodins, des traits de caractères et des secrets enfouis, faisant éclater les faux-semblants, mettant à jour tout un système de mensonges et de dissimulations liés au statut et à la condition féminine, dans un monde qui persiste à vouloir les contraindre dans des codes et des schémas patriarcaux (pas propres au Japon mais dont les aspects paraissent ici inouïs de notre point de vue occidental et biaisé…). Il y a quelque chose du cinéma de John Cassavetes dans la maîtrise du jeu d’acteur improvisé, le faisant passer pour parfaitement naturel à l’écran…
Cinq épisodes ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes et leur rendre une parole trop longtemps empêchée. Vivre ainsi au plus près des émotions des personnages est un privilège suffisamment rare pour qu’on s’en délecte pleinement. À la fin de Senses, cette impression de quitter quatre amies proches, avec leurs qualités et leurs défauts, nous ferait presque espérer une suite à ce récit fleuve, galvanisant, prenant et toujours passionnant.  (Utopia)
 
CGR SOIREE ENTRETOILES   Épisodes 1 et 2 : vendredi 22 à 18h         épisodes 3, 4 et 5 dimanche 24 à 17h
 

THE SPY GONE NORTH

Écrit et réalisé par Jong-bin YOON - Corée du Sud 2018 2h21mn VOSTF - avec Jung-min Hwang, Sung-min Lee, Ji-hoon Ju, Jin-woong Jo... L'ÉTRANGE FESTIVAL 2018 : Grand Prix du Jury et Prix du Public
 
Prenant place au début des années 90, The Spy gone north débute de manière efficace en envoyant en mission l’agent sud-coréen See Young s’infiltrer en Corée du Nord afin de dénicher une information capitale au sujet de l’arme nucléaire. À cet instant, la Corée du Sud est dans le flou total : les voisins du Nord seraient-ils déjà en sa possession ? La première partie du film, très immersive, nous rappelle instantanément l’époque du thriller paranoïaque des années 70. See Young devra devenir un homme d’affaires et la moindre erreur pourrait lui coûter très cher. Dès son arrivée en Corée du Nord, il sait pertinemment qu’il va être surveillé, d’où les nombreux micros cachés un peu partout qu'il a trouvés dans sa chambre d’hôtel. Pour ferrer le gros poisson, il devra jouer double jeu afin de solidifier toujours plus une couverture très fragile, quitte à flirter avec la mort.
 
Cette histoire – vraie – dite de l’espion appelé « Black Venus », passionnante au demeurant, s’avère bien vite une sorte de prétexte pour mieux plonger au cœur des relations glaciales entre les deux Corées. Le Nord nous est montré en guerre, sous le joug de la dictature qui y règne encore aujourd’hui, tandis que le Sud tente de faire bouger les choses, de se développer et de prospérer. Alors que le stratagème commercial porte ses fruits et que l’agent See Young approche finalement le général Kim-Jong-Il (père de l’actuel Kim-Jong-Un), la mission va prendre une tout autre tournure lorsque les masques commencent à tomber. Ces échanges avec le général sont travaillés dans la mise en scène tout en tension, alors qu’un ou deux éléments penchent du côté du burlesque, mélange détonant dont est coutumier le cinéma coréen. La ressemblance du comédien interprétant le général est bluffante et la reconstitution impeccable.
 
Ample, de par sa longueur et le lyrisme de sa mise en scène, assez éloigné des polars retors et violents qui sont également la marque du cinéma coréen, ce Spy gone north se savoure en tant que leçon d’histoire traitée à la manière d’un pur film d’espionnage à l’ancienne, où les filatures et les champs/contre-champs serrés remplacent les courses-poursuites et les bastons. Le film s'impose ainsi comme l’un des rares et des meilleurs à traiter des relations complexes entre les deux Corées depuis le Joint Security Area de Park Chan-Wook, programmé chez nous l'été dernier. (Utopia)
 
 CGR SOIREE ENTRETOILES      Samedi 23 mars à 18 h.  
 

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA - Japon 2018 2h01mn VOSTF - avec Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka, Kilin Kiki... Palme d'Or, Festival de Cannes 2018.
 
 
Si ce n’est un miracle, c’est pour le moins un émerveillement ! D’un film à l’autre, avec les mêmes ingrédients principaux, le délicat Kore-Eda parvient à inventer de nouvelles recettes subtiles et purement délicieuses. Sans se lasser, sans nous lasser, il explore toujours plus intensément ces liens qui nous unissent, se font, se défont… Thématique quasi obsessionnelle sur la filiation, le lignage avec laquelle il parvient à se renouveler, à nous surprendre. Le titre ici nous met fatalement sur la piste, nous sommes bien dans l’univers de prédilection du cinéaste nippon, celui de I wish, Tel père, tel fils, Notre petite sœur, Après la tempête… Une fois de plus nous allons être happés, passionnés par ces choses simples de la vie, ces infimes miracles sans fin qui ne disent pas leur nom mais bousculent les êtres, les animent, aident à ne pas sombrer et à avancer. 

Quand on y songe, c’est une chose insensée que de vils libéraux de tous poils essaient de nous faire croire que les pires canailles de notre société sont les pauvres hères qui se débrouillent pour gruger les allocations familiales, les impôts ou ces grands temples de la consommation que sont les grandes surfaces… Le pauvre, le misérable comme dirait Hugo, est par nature suspecté d’être filou malhonnête ou flemmard inemployable. Ces inepties prospèrent chez nous, elles fleurissent visiblement aussi au Japon, ainsi sans doute que partout ailleurs dans le monde… Et bien je serais prête à parier que, mises bout à bout, toutes les petites combines des gens modestes de par le monde ne représentent guère que l’argent de poche de quelques grandes fortunes mondiales, si ce n’est d’une seule !

Alors quitte à être mis au ban de la société, autant ne pas l’être pour rien, surtout quand on n'a guère le choix. Que faire quand l’avenir n’a pas d’horizon ? Si ce n’est essayer de survivre sans s’embarrasser de plus de principes que ceux qui pratiquent éhontément l’exil fiscal à grande échelle. C’est ainsi que, modestement, la famille Shibata tout entière, passée experte dans l’art du système D, fauche, traficote, bricole, grenouille… Sous la houlette d’Osamu, le père, attentif et jovial, chacun de ses membres apprend l’art de la débrouille en faisant parfois preuve d’une remarquable inventivité. L’application des plus jeunes à perfectionner leurs techniques de vol à l’étalage fait plaisir à voir ! À cette école forcée de la vie, chacun devient plus malin qu’un singe. Le soir venu, on se rassemble, on rigole beaucoup, on se dorlote tendrement en partageant le butin modique autour de l’adorable grand-mère (l’extraordinaire actrice Kirin Kiki) qu’on ne laisserait pour rien au monde dans un EHPAD aseptisé, même si on en avait les moyens. 

Au milieu des grands immeubles, la minuscule maison hors d’âge des Shibata fait l’effet d’un havre précaire, mais goulument vivant, où s’entassent heureusement la mère qui cuisine, sa fille qui tapine légèrement, les autres qui rapinent… C’est mal, sans doute, amoral diront certains. Mais est-ce qu’une société richissime qui n’offre que des miettes et aucune perspective aux pauvres qu’elle créée ne l’est pas plus encore ? On a beau condamner, on s’attache progressivement à ces personnages de peu et leurs péchés nous semblent soudains véniels. D’autant plus quand Osamu et son jeune fils Shota ramènent un soir à la maison une toute petite fille, une frêle créature tétanisée par le froid de la nuit, la violence de ses parents qui ne la désiraient pas, alors qu'elle est si craquante ! Et même si on n’a guère les moyens de nourrir une bouche supplémentaire, personne n’a le cœur de la ramener sur le balcon glacial de l’immeuble sinistre qui lui servait de refuge… 
L’histoire de ce petit oisillon recueilli, de cette famille hors cadre, devient alors comme une parabole, un conte moderne à la morale cinglante : Kore-Eda cachait de la paille de fer sous son gant de velours…  (Utopia)
 
 CGR SOIREE ENTRETOILES    Dimanche 24 mars à 21h30

 

REBELLES

Écrit et réalisé par Allan MAUDUIT - France 2018 1h45mn - avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy, Simon Abkarian... Scénario de Jérémie Guez et Allan Mauduit.

 
 
 
Si vous n’aimez que les choses délicates, les œuvres raffinées, le bon goût, les bons mots… Si vous avez frémi au phrasé exquis et subtil de Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières et si la soie, le velours, le satin apportent à votre quotidien toute la douceur et la délicatesse dont vous avez besoin pour vous épanouir… et bien, n’achetez pas de place pour venir voir Rebelles. Vous risqueriez d’être furieusement en colère contre nous (dans le meilleur des cas), voire de subir un choc cinématographique aigu, et chacun sait qu’un CCA peut être au moins aussi grave qu’un anaphylactique. Car de dentelles, de rubans fleuris, d’alexandrins, dans ce film, il n’y en a point. Alors quoi ? On a retourné notre veste en tweed à Utopia ? On aime le gros rouge qui tache quand vous aviez toujours cru que nous ne jurions que par les vins bio naturels sans sulfites ni phosphates, élevés en cuve centenaire au clair de (pleine) lune ? Non, pas du tout. 
On a beau aimer le cinéma haut perché, défendre les Auteurs et les œuvres complexes, nous avons toujours été assez friands (peut-être pas la majorité de nos troupes, mais quand même) de ce cinéma irrévérencieux et mal poli qui flirte parfois avec le mauvais goût mais parvient à nous rendre sympathiques les pires sans foi ni loi, parce qu’ils sont toujours du côté des oubliés, des petites gens, des besogneux, et que leurs aventures, même répréhensibles, ont toujours le goût de la revanche sur les injustices de la vie, ses dominations, qu’elles soient sociales ou de genre.

Nous sommes avec Rebelles bien plus dans un esprit Groland, ou celui des premiers films d’Albert Dupontel que du côté de Ken Loach et ça décoiffe sévère, à grands coups de truelle. C’est assez jubilatoire, souvent très drôle, et c’est enlevé par un trio féminin pétaradant qui vaut à lui seul le détour et fonctionne à plein régime, façon feu d’artifice. Alors oui, bien sûr, ça tache un peu, et non, ce n’est pas la grande classe, mais si vous acceptez de mettre votre bon goût légendaire (vous venez chez nous quand même et ça, c’est un signe qui ne trompe pas) de côté, l’effet poilade est garanti. 
Quand elle débarque du Sud de la France, sa valise en carton au bout de ses ongles impeccablement manucurés, en faisant la tronche parce qu’obligée de retourner vivre chez maman dans ses Hauts de France natals, Sandra ne se doute pas encore qu’elle va bientôt devenir riche, très riche. Elle ne connaît pas non plus celles qui deviendront ses deux complices à la vie, à la mort : Nadine, flegmatique ouvrière qui entretient un mari paresseux mais qui cache sous son tablier le costume d’une Bonnie Parker, et Marilyn, mère célibataire punk et survoltée, prête à dézinguer la terre entière pour une bonne cuite. Il sera question de boîtes de conserves, en très grande quantité, de la bande des Belges avec lesquels il vaut mieux ne pas trop faire les marioles, et d’un sac bourré de biftons, « le début des emmerdes », comme dirait Nadine, clown blanc de la bande, la plus ancrée dans le réel, la plus lucide.(Utopia)
CGR      mer20 jeu21 lun25 mar26/ 10h15  15h55  17h45  19h45          ven22/10H45  15H55  17H45         sam23 et dim24/10H45  15H55  19h45
 
 

KABULLYWOOD

Écrit et réalisé par Louis MEUNIER - documentaire France/Afghanistan 2018 1h25mn VOSTF - avec Roya Heydari, Omid Rawendah, Ghulam Reza Rajabi...
C’est un geste banal pour nous, pour vous : pousser les portes d’un cinéma et s’ouvrir au vaste monde. Rêver, penser, rire, voyager, se faire peur dans l’obscurité de la salle, partageant avec autrui ce moment précieux où intime et collectif font sens, le regard rivé dans la même direction, celle de l’écran blanc. 
Pourtant, dans quelques zones livrées au fanatisme, à l’obscurantisme, à la guerre, avoir tout simplement l’idée du cinéma peut s’avérer extrêmement dangereux. Mais la jeunesse a pour elle des armes insoupçonnées, qui peuvent relever les défis les plus fous : la soif d’art et de liberté, l’envie de la joie partagée, l’espérance de lendemains plus justes et plus colorés.
A Kaboul en Afghanistan, quatre étudiants décident d’accomplir un projet audacieux et complètement fou : rénover un vieux cinéma abandonné qui a miraculeusement survécu à 30 ans de guerre. Comme un acte de résistance contre le fondamentalisme des talibans, ils vont aller au bout de leur rêve, prenant d’incroyables risques, se mettant à dos leur famille ou leur entourage, risquant tout pour la musique, la peinture, le cinéma.
Inspiré par l’expérience du réalisateur Louis Meunier, parti en 2002 vivre en Afghanistan, où il restera 10 ans, Kabullywood est un merveilleux hommage à la jeunesse afghane qui se bat pour la liberté d’expression en même temps qu’un témoignage dramatique sur le joug imposé par les talibans.Le film a été très compliqué à tourner : l’équipe a été la cible de nombreuses attaques armées, et un attentat a mis fin à la rénovation, bien réelle, du cinéma Aryub. Cette urgence se ressent à l’écran, et la réalité croise la fiction, parfois maladroitement, dans une réalisation qui raconte aussi, en arrière plan, la société afghane contemporaine, la formidable effervescence culturelle qui régnait avant l’arrivée des talibans. A lui seul, le portrait bouleversant de l’opérateur de l’ancien cinéma, qui raconte comment il a enterré des bobines de film pour les sauver de la folie meurtrière des fous de Dieu, mérite de voir ce film. Pour sa sincérité, pour son militantisme, pour son portrait de celles et ceux prêts à tout pour défendre la cultures sous toutes ses formes, Kabullywood force l’admiration et les quatre jeunes comédiens sont remarquables et furieusement attachants. (Utopia)
 
LORGUES    mer20/20h30     jeu21/16h
 
MY BEAUTIFUL BOY
Felix van Groeningen USA 2H01avec Steve Carell, Thimothé Chalamet ,Mauret Tierney

Trois ans après Belgica, le réalisateur des plébiscités La Merditude des Choses et Alabama Monroe poursuit son ascension et signe son premier film américain. Avec My Beautiful Boy, le flamand Felix van Groeningen s’attaque à un drame dur et poignant racontant l’histoire douloureuse d’un père qui s’est battu sans relâche, encore et encore pendant plus de dix ans, pour sortir son fils de l’enfer de la drogue. Produit par Plan B, la société de Brad Pitt, My Beautiful Boy est l’adaptation de deux romans conjugués en un seul long-métrage. D’un côté, celui de David Sheff, le père en question ici interprété par Steve Carrell, qui avait raconté ce combat difficile dans un livre de mémoires particulièrement bouleversant. De l’autre, celui de Nic Sheff, son fils incarné dans My Beautiful Boy par l’étoile montante Timothée Chalamet, qui avait également publié un livre parallèlement à celui de son paternel, où il racontait la tragédie de son addiction.  
 
Dans un style très différent, My Beautiful Boy pourrait bien venir se ranger aux côtés des plus grands films témoignant du fléau de la drogue, sur l’étagère où reposent les Panique à Niddle ParkTrainspotting et autre Requiem for a Dream. L’apport du film de Van Groeningen au genre, en plus de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle la drogue est souvent associée à la précarité et aux bas-fonds de grandes villes, est d’apporter un nouvel éclairage sur ce Mal en explorant non pas le combat d’un jeune homme ou sa tentative de reconstruction après des années de déchéances (ce qui a été fait mainte et mainte fois), mais d’observer conjointement l’addiction, les tentatives pour s’en sortir, l’espoir et les rechutes, le tout à travers le prisme d’une famille toute entière ébranlée par cet engrenage infernal. Et plus qu’un simple pamphlet contre la drogue, My Beautiful Boyde devenir une histoire d’amour filiale, une histoire de résilience et de fatalisme, mais aussi une histoire questionnant les rapports parents-enfants et l’éducation via le portrait de ce père impliqué en plein désarroi qui s’interroge sur les liens forts et complices créés avec son fils et qui semblent se retourner contre lui aujourd’hui 
 Incarnée par deux immenses comédiens qui offrent des interprétations viscérales et dévastatrices de conviction (Chalamet brille encore et mention à Steve Carrell dont c’est clairement l’année du sacre après ses fabuleuses performances dans Marwen et le prochain Vice), l’histoire de My Beautiful Boy est une déflagration émotionnelle dont la dureté est à aller chercher dans le réalisme que tente d’entretenir Van Groeningen pour traiter son sujet. En mêlant à son drame le portrait d’un adolescent qui essaie de comprendre sa souffrance et pourquoi il a vrillé, et celui d’un père qui cherche où il a pu échouer, My Beautiful Boy s’enrichit constamment en s’efforçant d’explorer, même brièvement, toutes les pistes et directions qui s’offrent à lui. A ce titre, peut-être que le film aurait mérité davantage de longueur pour justement avoir le loisir de devenir une fresque cinématographique plus ample et totale. Mais déjà en deux heures, Van Groeningen arrive à faire beaucoup avec un mélodrame qui remue en profondeur  (Mondociné)
 
LORGUES   mer20//18h
 

LONG WAY HOME

(Night comes on) Jordana SPIRO - USA 2018 1h27mn VOSTF - avec Dominique Fishback, Tatum Marilyn Hall, Max Casella, John Jelks, James McDaniel... Scénario de Jordana Spiro et Angelica Nwandu.
 
Splendide premier film sensible et organique ! Jordana Spiro (jusque là actrice) filme juste et intensément aussi bien ses personnages principaux que ceux qui passent furtivement à l’arrière plan, avec un respect et une pudeur palpables. En quelques plans bien sentis, elle dresse le portrait d’une ville, Philadelphie, d’un pays, d’une époque, les siens. Il en résulte ce petit joyau percutant qui, tout en empruntant la voie bien balisée du road-movie, progressivement la transcende, nous surprend en nous emmenant plus loin, en terres inconnues, pourtant tellement proches, intimes et universelles. Elle donne à comprendre l’intérieur de cœurs partis à la dérive, avides d’une difficile rédemption  
Le film s’amorce par quelques instants sensuels, impressionnistes : froissements d’étoffes, la chaleur d’un lit où l’on se love, petite, entre deux parents, un ventre rond qui présage la venue d’un nouveau bébé, le bruit de l’océan au loin, qui n’est autre, en définitive, que le ronronnement des voitures… En peu de mots, on devine que la famille LaMere n’a pas les moyens de ses rêves balnéaires.
 
Puis la caméra subrepticement glisse dans un univers clos, une cellule grise dont Angel LaMere s’apprête à sortir, la veille de ses dix huit ans. Malgré le cadre rigide de l’établissement pénitentiaire pour mineurs, ceux qui l’entourent semblent bienveillants, désireux de proposer des pistes vers un avenir improbable, essayant malgré tout de l’aiguiller sans grands moyens et sans grand espoir de réussite. Une mère morte, un père assassin, une petite sœur de dix ans, Abby, placée dans une énième famille d’accueil peu encline à accueillir la plus grande désormais majeure, nul havre de paix en vue où se réfugier… le proche avenir d'Angel a tout de la rue sans issue.
La première bouffée d’air frais hors les murs se passe sous un soleil qui irradie de solitude, et ce n’est pas le vide intersidéral de la messagerie du portable enfin rechargé qui va la meubler. Mis à part son contrôleur judiciaire et sa sœurette, tous semblent avoir lâché l’affaire. Pourtant Angel efface en bloc tous les messages d’Abby. Et ça fait un pincement au cœur : tant d’espérance transparaissait dans la petite voix enjouée qui, patiemment, persiste à demander des nouvelles au seul être qui lui reste. On se dit que ces deux-là pourraient se réchauffer, se reconstruire ensemble. On pense Angel bien insensible ou inconsciente avant de commencer à comprendre. Elle est tout au contraire extrêmement lucide. Sous ses airs arrogants, assurés, son fatalisme, elle planque une grande vulnérabilité et un profond désarroi. Marginalisée, stigmatisée, elle n’a plus rien à offrir de bon à ceux qu’elle aime, craignant de les corrompre tel le fruit gâté qui contamine le reste du panier. Et puis, elle a ce projet inavouable, périlleux, insensé dont nul ne doit se douter, dont elle doit éloigner Abby pour la protéger. Mais, ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’Abby en est la clef et que sans son aide elle ne pourra pas remonter la piste de celui qu’elle recherche…

Nous voilà embarqués avec elles, au gré des rencontres incertaines. La grande faisant tout pour garder une distance, la petite faisant tout pour la rompre. Une relation tout aussi bancale que magique rendue crédible grâce au jeu de deux actrices fabuleuses et forcément débutantes, vu leur âge. Tatum (qui interprète merveilleusement Abby) a été découverte lors d’une compétition de step dance, Dominique Fishback (Angel) a été nommée aux IT Award pour la Meilleure Performance Solo dans son one-woman-show intitulé Subverted sur la destruction de l’identité black aux Etats-Unis, dans lequel elle interprète 22 personnages ! Le duo cathartique fonctionne à merveille, tour à tour joyeux ou poignant, toujours extrêmement crédible et touchant, partant ensemble pour pêcher la tendresse… Une petite merveille !  (Utopia)
LORGUES   mer20/16h
 
 
 

STAN & OLLIE

Jon S. Baird - GB/USA 2018 1h40mn VOSTF - Scénario de Jeff Pope, d'après le livre Laurel and Hardy : The British Tours de A. J. Marriot.
 
 
1953. Laurel et Hardy, le plus grand duo comique de tous les temps, se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre. Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble. Mais leurs capacités à se faire rire mutuellement et à se réinventer vont leur permettre de reconquérir le public, et renouer avec le succès. Même si le spectre du passé et de nouvelles épreuves ébranlent la solidité de leur duo, cette tournée est l’occasion unique de réaliser à quel point, humainement, ils comptent l’un pour l’autre…

C’est peut-être le duo comique le plus drôle que le cinéma ait connu à sa grande époque des clowns de l’écran. Laurel et Hardy, c’est plus d’une centaine de films en 30 ans de carrière, entre 1921 et 1952. Une œuvre monumentale qui les a propulsés sur le toit du monde. Ils étaient populaires, ils étaient gentils, ils étaient drôles, et Stan et Ollie leur rend un vibrant hommage à travers un biopic centré sur les années de la fin et du déclin, alors qu’ils pouvaient mesurer aux portes de l’oubli, le poids de leur légende qui les raccrochait encore aux cœurs des spectateurs du monde entier. 
 
Stan et Ollie, c’est l’histoire de deux mythes, l’histoire d’un duo hilarant, l’histoire d’une amitié bouleversante, et un regard mélancolique sur la triste disparition de ces légendes du cinéma balayées par la modernité et l’attrait du jeunisme. Classique dans sa confection accompagnée d’un doux académisme feutré, le film de Jon S. Baird est la démonstration d’un biopic réussi, exercice jamais évident. Le cinéaste trouve le parfait dosage entre tous les ingrédients qui composent sa savoureuse recette. Par son humour imparable, Stan et Ollie nous plonge littéralement dans l’univers des comédies de Laurel et Hardy, ressuscitant leurs meilleurs gags et parvenant à les intégrer à merveille dans un film bourré d’imagination et de trouvailles scénaristiques. En regardant un film sur Laurel et Hardy, on en vient à avoir l’impression de regarder du Laurel et Hardy, chose facilitée par l’immense prestation du tandem John C. Reilly et Steve Coogan, le premier sublimant l’innocente bonhommie touchante d’Oliver Hardy et le second régalant en reprenant à son compte la candide maladresse de Stan Laurel.

Mais plus qu’un simple déroulé factuel alternant rire, émotion, légèreté et mélancolie, Stan et Ollie surprend par sa capacité à prendre de l’épaisseur au fur et à mesure qu’il nous conte l’histoire du duo Laurel et Hardy. En creux de cette balade tragicomique tournant autour de l’amitié indéfectible de deux inséparables du septième art, Jon S. Baird saisit avec justesse un regard sur la vieillesse, le temps qui passe -immuable et inarrêtable-, la condition de l’artiste, la vie et les regrets. Des sujets sérieux traités avec un ton parfois empreint d’une amertume littéralement déchirante, mais qui est compensé par une générosité humoristique débordante, laquelle rythme avec savoir-faire un biopic dont la belle intelligence se cache dans ses plus petits recoins, avec tact, tendresse, subtilité et discrétion. Tout simplement magnifique, un film que l’on aurait aimé voir aux Oscars.( Utopia NicolasRieux sur Mondociné)
 
LE LUC     mer20/18h30   sam23/ 21h   dim24/16h30
 


MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSE

(Mary queen of Scots) Josie ROURKE - GB/USA 2018 2h05mn VOSTF - avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Jœ Alwyn, David Tennant, Guy Pearce... Scénario de Beau Willimon et Alexandra Byrne, d'après le livre de John Guy.
 
Voilà une nouvelle reine qui descend de son piédestal, exhumée de nos livres d’histoire pour apparaître plus complexe à l’écran, plus humaine et contemporaine que ne la momifiaient nos leçons moult fois rabâchées. Décidément, les cinéastes, ces temps derniers, prennent un malin plaisir à farfouiller dans les jupons illustres du passé, dans ces destinées qui nous faisaient rêver petits avant qu’on découvre le revers de la médaille, les têtes qui tombent, la violence sanguinaire des prétendants aux trônes, mais aussi la place de ces femmes tout autant souveraines que prisonnières de leurs cours. Après les récents L’Échange des princesses ou La Favorite – et dans un tout autre genre –, c’est une Marie Stuart comme on ne se l’imaginait guère que l’on découvre dans ce film à la fois spectaculaire et subtil, fastueux dans sa reconstitution historique et intelligent dans son développement. Pourtant, le personnage de Marie 1re d’Ecosse n’aura cessé durant presque cinq siècles de fasciner les auteurs et c’est tout naturellement cette figure emblématique que choisit pour son premier film Josie Rourke, débutante au cinéma mais très connue et appréciée dans le monde du théâtre londonien.
 
C’est que la personnalité de Marie et son parcours sont aussi atypiques que romanesques, avant de la conduire à une fin tragique. En définitive, celle qui faillit devenir triplement reine finit, en quelque sorte, par être triplement décapitée, tant le bourreau qui tenait la hache était ivre. Mais ne commençons pas par le début de la fin…

D’abord reine d’Écosse par la naissance, puis de France par son mariage avec François II, Marie Stuart aspirera toute sa vie à devenir souveraine d’Angleterre, bien que la place soit occupée par sa cousine Élisabeth 1ère, qui refusera de reconnaitre sa légitimité. Dans le fond, les deux souveraines partagèrent toujours la même ambition qui les divisa : regrouper leurs deux pays. Aucune n’étant prête à plier le genou devant l’autre, une haine jalouse ne cessera de grandir entre ces deux femmes d’exception qui avaient sans doute tout pour se comprendre et s’aimer. Une haine attisée par leurs entourages respectifs, prêts à toutes les trahisons pour étancher leur soif de pouvoir. Et c’est à ce duel par procuration entre les deux reines que le récit s’attache, exaltant, passionné. L’une et l’autre aux prises avec un alter ego fantasmé, toutes deux accablées par le poids de leur couronne, entourées de mâles qui n’ont d’autre désir que de les détrôner. On s’empresserait bien vite de les engrosser si on pouvait, histoire de dominer leur ventre et la scène politique, de les reléguer à des rôles de pantins, de femmes de paille, subalternes. Ni l’une ni l’autre ne sont dupes. Et s’il serait tentant de baisser la garde, de se reposer un peu sur les épaules bien charpentées d’un homme, chacune à sa manière résiste, cultivant son indépendance. Même ténacité, même détermination, deux intelligences vives, deux femmes d’une grâce inouïe, dressées pour surplomber le monde. Chacune composant avec ses failles, camouflant sa vulnérabilité. Élisabeth avec son ventre stérile qui l’empêche de consolider sa dynastie. Marie avec avec ses élans du cœur mal maîtrisés, imprudente jusqu’à prêter le flanc à ses détracteurs. La douce rêveuse, qui se croyait capable de réunifier protestants et catholiques, ira de Charybde en Scylla…

Il fallait tout le talent de Saoirse Ronan pour interpréter Marie Stuart et celui de Margot Robbie pour lui tenir tête. Incandescentes, elles composent à l’écran un duo indissociable, comme les deux faces d’une même pièce, destinées à ne jamais se rencontrer. (Utopia)
 
LE VOX   VF mer20/15h40   lun25/15h50   mar26/13h505    V.O SAM23/16H30
LE LUC     mer20/21h   sam23/18h30   dim24/16h  
 
 

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

(The Death and life of John F. Donovan) Xavier DOLAN - Canada 2018 2h03mn VOSTF - avec Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Chris Zylka... Scénario de Xavier Dolan et Jacob Tiernay.
À chacun ses idoles d'enfance et d'adolescence, qui prennent une importance démesurée, au delà du raisonnable – le cœur… vous connaissez le refrain. Moi, à 11 ans, je suis tombé raide amoureux de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci en la voyant rafler le premier 10 de l'histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j'en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais…

Cette introduction perso pour vous parler du nouveau petit bijou du prodige Xavier Dolan, son premier film anglophone. En deux parties séparées d'une dizaine d'années, Dolan nous raconte l'histoire qui aurait pu être autobiographique du jeune Rupert Turner, 11 ans et vivant à Londres au début de l'intrigue, qui entretient pendant plusieurs années une correspondance amicale avec l'acteur de séries américain John F. Donovan, jusqu'à sa mort mystérieuse. Dans le présent du film, dix ans plus tard donc, Rupert, devenu à son tour acteur, répond à une journaliste à l'occasion de la publication de sa correspondance avec John F.Donovan. Et nous découvrons son histoire au cours de flash-back successifs…

Rupert, alors enfant acteur, est déjà venu à New York avec sa mère. Dans l'hôtel où ils sont descendus, il attend avec une impatience insoutenable une lettre, un signe de son ami et idole John F Donovan, qu'il va peut être enfin rencontrer. C'est alors qu'il apprend à la télévision la découverte du corps sans vie de l'acteur et cette nouvelle lui brise le cœur. La suite du film, à travers le récit de Rupert adulte, revient sur ces deux vies parallèles séparées par l'Atlantique. Si le film est aussi bouleversant, c'est que la personnalité du jeune réalisateur québécois se retrouve tout autant dans le personnage de Rupert que dans celui de John F. Donovan. Dolan fut comme Rupert un enfant acteur (il joua dans des publicités puis dans des séries), probablement incompris de ses camarades, déjà moqué pour son univers imaginaire et son attirance naissante pour les garçons. Parallèlement le destin de John.F.Donovan, héros de série adulé des jeunes fans et du petit milieu de Hollywood, obligé de simuler sa vie au point d'épouser pour de faux sa meilleure amie pour dissimuler ses passions homosexuelles, mentant à ses fans, à sa propre famille et à lui même, est celui qu'aurait pu connaître Dolan s'il n'avait pas choisi d'assumer son statut si particulier et sa singularité.

Pour construire et incarner ce récit fascinant, d'un romantisme échevelé, à l'émotion contagieuse, Dolan a réuni un casting hors normes, en premier lieu Kit Harington, le John Snow adoré des fans de la série Game of Thrones, parfait collage en acteur de séries tourmenté, miné par l'obligation qui lui est faite de correspondre à son image publique. À ses côtés, Natalie Portman est magnifique dans le rôle de la mère de Rupert, actrice frustrée qui reporte sur son fils ses aspirations : Dolan, roi du mélo, lui offre une grandiose scène grandiose sur la chanson Stand by Me ; et puis Kathy Bates, géniale en agent de stars à la fois cynique et attachante, Susan Sarandon en mère mûre colérique et alcoolique, personnage typiquement dolanien, et enfin le jeune Jacob Tremblay, étonnamment sobre et pourtant expressif.
Plus « classique », plus économe que les précédents films de Dolan en prouesses de mises en scène pour mieux se concentrer sur le récit, Ma vie avec John F. Donovan ajoute une pierre, plus polie, aux arêtes moins vives, à une œuvre en construction, profondément personnelle et touchante.    (Utopia)
LE VOX   VF          mer20/  13H50  20H45      jeu21/14h    ven22/13h50    sam23/21h    dim24/13h50  20h45    lun25/13h50    mar26/18h15   
                  V.O          jeu21/18h    ven22/21H    sam23/14h    dim24/18H15    lun25/18h15   mar26/13h50   20H45
COTIGNAC    ven22/20h30

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Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 mars 2019

EntretoilesBonjour à tous !

Avant tout un petit rappel  du programme  du FESTIVAL DE CINÉMA ASIATIQUE, qu'Entretoiles vous propose bientôt, les 22, 23 et 24 mars :
 

La série complète de Senses,  de Hamaguchiune splendide chronique d'émancipation au Japon, en 5 épisodes qui ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes. A la fin des Senses, on a l'impression de quitter quatre amies proches. C'est un récit fleuve, galvanisant, prenant et passionnant. Épisodes 1 et 2 : vendredi 22 à 18h et épisodes 3, 4 et 5 dimanche 24 à 17h

The spy gone North, de Jong-bin Yoon, un thriller coréen, sur le thème du double jeu, qui flirte avec la mort, et qui se savoure en tant que leçon d'histoire traitée à la manière d'un pur film d'espionnage. Samedi 23 mars à 18 h.

Une affaire de famille de Kore Eda, Palme d'or au Festival de Cannes, l'émerveillement d'être happé par les choses simples de la vie d'une famille qui pourtant, vit de rapines et de petits trafics... Dimanche 24 mars à 21h30

- L'intervention de Bastian Meiressonne, spécialiste du cinéma asiatique, Directeur artistique du festival de cinéma asiatique de Vesoul (90 films), dimanche 24 mars à 21 h et après Une affaire de famille.

- Buffet apéritif asiatique, offert par Entretoiles, dans le hall de CGR, dimanche 24 mars à 19h45

Vous pouvez dès à présent acheter à CGR le Pass du Festival, pour l'ensemble des films ( Prix adhérent = 22€ et non adhérent = 34€ ). Les prix des films à l'unité sont comme d'habitude : adhérent 4€90 et non adhérent 9€90.. Voici le lien pour acheter le pass par internet  
 
Nous vous espérons nombreux à venir partager ces beaux moments de cinéma avec nous !    
 
Cette semaine  à CGR  ne manquez pas dans le cadre du ciné-club  Border un film suédois , conte naturaliste stupéfiant, qui brouille les frontières entre l’homme et la bête  et dans leur programme normal le Mystère Henri Pick  (aussi au Luc)de Rémi Bezançon et Vanessa Portal,  une comédie d'enquête efficace et pétillante . Dans le cadre d'une soirée organisée par Colibri vous est proposé en séance unique  un documentaire: Grande Synthe la ville où tout se joue , ville aujourd’hui en pointe sur les questions de transition écologique.  (également projeté au Vox)

 

 

Les films de ciné club à venir sont: Ben is back, la Favorite, Jusqu'à la garde, Vice et Grâce à Dieu.
Cette semaine à Lorgues a lieu le festival Cin'Edison  du 15 au 22 mars. Vous pourrez y voir My beautiful Boy,une histoire émouvante d'un père tentant d arracher son fils à la drogue, Long Way Homele portrait pudique et poignant d’une jeunesse abandonnée dans un angle mort de l’Amérique, Impulso, un regard vivant sur une personnalité explosive et entière, Sophia Antipolis,une fiction anthropologique sur fond de lutte des classes dans la région Paca qui parvient à mélanger, avec une indéniable synergie, le polar social et la réflexion politique et une comédie savoureuse : Champions  du réalisateur espagnol Javier Fesser
 
A Salernes(aussi au Luc et au Vox)) ne manquez pas Grâce à Dieu le dernier film de François Ozon où il se risque à traiter de la pédophile dans l 'église de façon crue et réaliste et  Fortuna  méditation poétique et lumineuse qui interroge sur l’ouverture à l’autre.
Au Luc vous pourrez voir La chute de l 'empire américain de Denys Arcand où  le temps d’un polar rocambolesque, il épingle une société obsédée par l’argent.
Au Vox  parmi les nouveaux films le dernier de Xavier Dolan  Ma vie avec John F. Donavan, un récit fascinant, d'un romantisme échevelé, à l'émotion contagieuse et Tout ce qu 'il me reste de la révolution, premier film de Judith Davis qui  signe une comédie enlevée où la jeunesse reprend les choses en main et où l’intime et le politique s’interrogent 

 

Bonne semaine de cinéma et à bientôt !

 


 Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

BORDER

Ali ABBASI - Suède 2018 1h50mn VOSTF - avec Eva Melander, Eero Milonoff, Jörgen Thorsson, Viktor Akerblom... Scénario d'Ali Abbasi, Isabella Eklöf et John Ajvide Lindiqvist, d'après son romanFESTIVAL DE CANNES 2018 : GRAND PRIX UN CERTAIN REGARD.

C'est un film hors normes, qui déroute et dérange autant qu'il émerveille. Au fil d'un récit sans cesse surprenant qui part d'une d'une réalité présentant toutes les caractéristiques de l'ordinaire pour basculer dans le fantastique, Border est une formidable fable politique sur l'altérité, l'acceptation de la différence, de l'autre, même quand celui-ci semble inquiétant et monstrueux, une invitation permanente à gratter derrière les apparences, qui fait cheminer le spectateur par tous les sentiments et tous les états. Il y a fort à parier qu'Ali Abbasi, cinéaste d'origine iranienne exilé dans la froide Scandinavie, a du puiser dans son propre destin de quoi nourrir le fascinant récit de Tina, admirablement interprétée par la splendide et méconnaissable – extraordinaire travail de maquillage – Eva Melander. 

Tina a un physique étrange, et disons-le, avec ses traits bestiaux, un visage réellement disgracieux. Tellement différent qu’on se demande – et cette première réaction nous démontre immédiatement à quel point le propos du film est essentiel ! – comment son père, qu’elle visite tendrement en maison de retraite, ou ses collègues de travail, arrivent à la regarder sans ciller… Tina est employée des douanes : la meilleure pour renifler, au sens propre, narines dilatées comme une louve, non seulement les substances illicites que tentent de faire passer les voyageurs qui descendent du ferry, mais, surtout, leurs… émotions. Quand ils transpirent la honte, la peur, la culpabilité, Tina le sent, et ne se trompe jamais. La police sollicite même son « super pouvoir » pour débusquer, dans un immeuble, des pédophiles qui ont l’air au-dessus de tout soupçons. Oui, ce couple de trentenaires apparemment cool sont des ordures, elle en est sûre et certaine. Des humains qui ne méritent aucune pitié…
Un jour, à son poste de douane, passe un homme qui lui ressemble : un physique aussi dérangeant qu’elle, une manière de bouger, de regarder, de sentir de tous ses sens… Tina aurait-elle, enfin, trouvé son semblable ? Intriguée, fascinée, elle le piste, et le découvre, dans les bois, à l'aise comme un animal qui retrouverait son milieu naturel… Commence, alors, dans les décors naturels de la forêt qui borde la petite maison de Tina, une relation sauvage, très surprenante, où Tina va découvrir ce qu’elle est, en réalité : un véritable choc existentiel pour elle, et cinématographique pour nous, où un lac, un orage, la pleine lune sont autant d’éléments qui poussent à la métamorphose, dans la douleur comme le plaisir.

Si les surprises sont de taille, elles ne sont jamais gratuites dans ce deuxième long métrage d’Ali Abbasi (son premier, Shelley, est resté inédit chez nous) : le cinéaste interroge, comme rarement, à la manière d’un drôle de thriller, d’un conte à la fois naturaliste et fou, les notions d’humanité et d’animalité, et leurs frontières (Border ou Gräns, le titre original suédois). Il adapte un roman de John Ajvide Lindqvist, l’auteur suédois qui avait déjà inspiré le remarquable Morse, de Tomas Alfredson, où le vampirisme prenait des formes quotidiennes. Ici (mais, pas question de trop en dire), une autre figure mythologique, passe pour être, non pas l’avenir de l’homme, mais à la fois son bourreau, et sa forme la plus pure. Car si la nature humaine est monstrueuse, il ne reste, peut-être, que les monstres pour nous faire la leçon… (d'après G. OdicinoTélérama)  
 
CGR ciné club mer13 et sam16/ 18h       jeu14 ven15  lun18 mar19/11h
 

LE MYSTÈRE HENRI PICK

Écrit et réalisé par Rémi BEZANÇON et Vanessa PORTAL - France 2018 1h40mn - avec Camille Cottin, Fabrice Luchini, Alice Isaaz, Bastien Bouillon... D'après le roman de David Foenkinos.

Quand vous êtes un jeune auteur, que vous avez passé des années à peaufiner votre manuscrit et que, alléluia, il est publié par un gros ou petit éditeur, pensez-vous que les choses soient terminées ? Non. Il faut passer l'épreuve de la critique, et plus particulièrement affronter les jugements péremptoires de Jean-Michel Rouche, chroniqueur télé à succès qui taille des costards ou encense les nouveaux romans publiés. Autant dire que si vous espérez un succès de librairie, il vaut mieux que Jean-Mi ait aimé votre bouquin. 
Pendant qu'à Paris il prépare sa prochaine émission – et qu'accessoirement il comprend que sa femme est en train de le quitter –, dans un petit village de Bretagne, une jeune éditrice au sourire enfantin mais aux dents un peu pointues tombe sur une bien étrange bibliothèque, dite « des manuscrits non publiés ». Elle y découvre ce qui lui paraît être une pépite, Les Dernières heures d'une histoire d'amour, qui mêle l'agonie d'une passion amoureuse et celle de Pouchkine, le grand poète et dramaturge russe. Elle pressent qu'elle tient là un gros succès et en effet, bingo ! Dès sa publication, le livre fait un carton. On salue unanimement l'intelligence, le brio de l'écriture autant que la prouesse littéraire de mêler deux tragiques destinées dans un style qui est celui des plus grands… Il y a en outre un mystère autour de l'auteur de ce chef d'œuvre impromptu : le roman est signé Henri Pick, décédé deux ans auparavant et connu uniquement comme le propriétaire de la pizzeria du petit village à la fameuse bibliothèque. Énigme supplémentaire : selon sa femme, Henri, un homme discret et on ne peut plus simple, n'a jamais lu un livre ni écrit une ligne de sa vie, pas même le menu sur l'ardoise de son restaurant…
Bref, c'est typiquement le genre de buzz dont le petit milieu est friand et l'affaire commence à faire naître les plus folles rumeurs sur le cas Henri Picq : l'histoire de la littérature regorge d'exemples où de grands auteurs se sont cachés derrière un pseudo et il y a bien des maîtres du genre qui ont vécu d'autres vies que la leur pour écrire en secret…
Pour Jean-Michel Rouche, sceptique par principe, l'histoire ne tient pas la route et il est persuadé que le prétendu mystère n'est qu'une vaste imposture pour faire vendre. Il décide alors de partir en Bretagne pour mener l'enquête et lever le voile sur cette mystification, plus ou moins secondé par Joséphine, la fille de l’énigmatique Henri Pick.
Alors la voilà l'équation, simple et efficace comme un best seller qu'on lit d'une traite : Luchini + Foenkinos, ça donne une comédie façon enquête littéraire furieusement efficace et pétillante.
CGR   mer13 jeu14 ven15 sam16 /10h40 13h35 15h45 20h05
          dim17 lun18 mar19/9h 10h40 13h35 15h45 20h05
LE LUC  mer13/18h30    ven15/19h   sam16/21h  dim17/16h30  
 

GRANDE SYNTHE, LA VILLE OÙ TOUT SE JOUE

Béatrice Camura-Jaud - documentaire France 2018 1h30mn -

 

 
Ville-champignon sortie de terre au mitant des années 60 pour accompagner le fort développement de l'industrie sidérurgique de la zone de Dunkerque, Grande-Synthe compte aujourd'hui un peu moins de 25000 habitants et semble un concentré des crises majeures - environnementale, sociale, humanitaire - auxquelles nos sociétés doivent faire face. Grande-Synthe, c'est la proximité de quatorze usines classées Seveso et de la centrale nucléaire de Gravelines, un taux de chômage record et, sur le chemin qui mêne à Calais, un point de passage obligé pour les réfugiés en route vers l'Eldorado britannique. Béatrice Camura-Jaud, productrice, réalisatrice, est tombée en amour pourrait-on dire pour ce territoire déshérité parmi les déshérités et le concentré d'humanité et d'énergie qu'elle y a rencontré. Son film est un témoignage admiratif du travail, de l'engagement de femmes et d'hommes qu'elle met un point d'honneur à filmer de la plus belle des façons possibles.

Que peut le politique ? Contrairement aux bêtises qu'on entend avec insistance ça et là (le fameux « L'État ne peut pas tout » qui irrigue le discours politique, de Lionel Jospin à Emmanuel Macron), pour peu qu'il se retrousse les manches et voit un chouïa plus loin que sa réélection, le politique peut beaucoup. Crise migratoire, pollution industrielle, chômage : sous l’impulsion du maire Damien Carême, les citoyens, associations et pouvoirs publics œuvrent à trouver des solutions, avec enthousiasme et humanisme. La ville de Grande-Synthe, aujourd’hui en pointe sur les questions de transition écologique, devient un vrai laboratoire du futur.    (Utopia)
 
CGR   ven15/20H
LE VOX  sam16/20h
 
MY BEAUTIFUL BOY

Felix van Groeningen USA 2H01avec Steve Carell, Thimothé Chalamet ,Mauret Tierney


Trois ans après Belgica, le réalisateur des plébiscités La Merditude des Choses et Alabama Monroe poursuit son ascension et signe son premier film américain. Avec My Beautiful Boy, le flamand Felix van Groeningen s’attaque à un drame dur et poignant racontant l’histoire douloureuse d’un père qui s’est battu sans relâche, encore et encore pendant plus de dix ans, pour sortir son fils de l’enfer de la drogue. Produit par Plan B, la société de Brad Pitt, My Beautiful Boy est l’adaptation de deux romans conjugués en un seul long-métrage. D’un côté, celui de David Sheff, le père en question ici interprété par Steve Carrell, qui avait raconté ce combat difficile dans un livre de mémoires particulièrement bouleversant. De l’autre, celui de Nic Sheff, son fils incarné dans My Beautiful Boy par l’étoile montante Timothée Chalamet, qui avait également publié un livre parallèlement à celui de son paternel, où il racontait la tragédie de son addiction.  

Dans un style très différent, My Beautiful Boy pourrait bien venir se ranger aux côtés des plus grands films témoignant du fléau de la drogue, sur l’étagère où reposent les Panique à Niddle ParkTrainspotting et autre Requiem for a Dream. L’apport du film de Van Groeningen au genre, en plus de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle la drogue est souvent associée à la précarité et aux bas-fonds de grandes villes, est d’apporter un nouvel éclairage sur ce Mal en explorant non pas le combat d’un jeune homme ou sa tentative de reconstruction après des années de déchéances (ce qui a été fait mainte et mainte fois), mais d’observer conjointement l’addiction, les tentatives pour s’en sortir, l’espoir et les rechutes, le tout à travers le prisme d’une famille toute entière ébranlée par cet engrenage infernal. Et plus qu’un simple pamphlet contre la drogue, My Beautiful Boyde devenir une histoire d’amour filiale, une histoire de résilience et de fatalisme, mais aussi une histoire questionnant les rapports parents-enfants et l’éducation via le portrait de ce père impliqué en plein désarroi qui s’interroge sur les liens forts et complices créés avec son fils et qui semblent se retourner contre lui aujourd’hui 
 Incarnée par deux immenses comédiens qui offrent des interprétations viscérales et dévastatrices de conviction (Chalamet brille encore et mention à Steve Carrell dont c’est clairement l’année du sacre après ses fabuleuses performances dans Marwen et le prochain Vice), l’histoire de My Beautiful Boy est une déflagration émotionnelle dont la dureté est à aller chercher dans le réalisme que tente d’entretenir Van Groeningen pour traiter son sujet. En mêlant à son drame le portrait d’un adolescent qui essaie de comprendre sa souffrance et pourquoi il a vrillé, et celui d’un père qui cherche où il a pu échouer, My Beautiful Boy s’enrichit constamment en s’efforçant d’explorer, même brièvement, toutes les pistes et directions qui s’offrent à lui. A ce titre, peut-être que le film aurait mérité davantage de longueur pour justement avoir le loisir de devenir une fresque cinématographique plus ample et totale. Mais déjà en deux heures, Van Groeningen arrive à faire beaucoup avec un mélodrame qui remue en profondeur (Mondociné)
LORGUES    dim 17/18h

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Au(x) cinéma(s) du 27 février au 5 mars 2019

EntretoilesBonjour à tous !

L'événement de la semaine, c'est le film  Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passion, qu'Entretoiles vous propose comme prélude à notre mini festival sur le cinéma asiatique les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !

Le film ciné-club de CGR est Une femme d'exception, portrait d'une femme brillante luttant pour une justice  égalitaire.

A  Lorgues vous pourrez voir Nous les coyottes, de Hanna Ladoul, d'une fraîcheur exceptionnelle, Tout ce qu'il me reste de la révolution, de Judith Davis, refus joyeux du No future, et Green book de Peter Farrelly, inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse et humour les liens entre race et classe aux Etats Unis.(aussi à Salernes et Fréjus) 

A Salernes, on vous propose Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi, chronique familiale à l'humour grinçant, et Le grand bain de Gilles Lelouche, fable sociale à la Full monty.

A Cotignac, ce sera Une intime conviction, une fiction haltante qui conduit à réfléchir sur les ambivalences de l'institution judiciaire et de ses serviteurs,My beautiful boy de Felix van Groeningen, une histoire d'amour filial et de résilience (aussi au Luc), La dernière folie de Claire Darling, de Julie Bertuccelli, qui doit faire le deuil de toute une vie, et Deux fils de Félix Moati : un père et ses deux fils : parfois les rôles s'inversent !

Au Vox parmi les sorties de la semaine le dernier film de François Ozon Grâce à Dieu où il se risque à traiter de la pédophile dans l 'église de façon crue et réaliste, Euforia de Valeria Golino, où deux frères que tout oppose vont apprendre à se découvrir et à s'aimer, Celle que vous croyez de Safy Nebbou thriller étrange sur le thème de : quelle réalité ?, Mary Stuart, reine d’Écosse, de Josy Rourke, magnifique reconstitution historique, intéressante sur le fond aussi,et La favorite de Yorgos Lanthimos, délicieuse tragicomédie

Les prochains films de ciné club (après les vacances...) seront: , Doubles vies, Border et Ben is back.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

ASAKO 1 & 2

Ryûsuke HAMAGUCHI - Japon 2018 1h59mn VOSTF - avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto, Rio Yamashita... Scénario de Sachiko Tanaka et Ryûsuke Hamaguchi, d'après le roman de Tomoka Shibasaki.

 

ASAKO 1 & 2Parce qu’un jour Baku apparaît. Parce qu’Asako est une grande amoureuse. Parce que Ryûsuke Hamaguchi n’a probablement rien à apprendre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, indétrônable, éternel. Et parce que chaque mot d’Asako à Baku résonne avec une acoustique rare : celle d’un cri d’amour murmuré. Tout cela annonçait la couleur d’une sidération lorsque le fantasque Baku, sans crier gare, disparaît du jour au lendemain… Sans cette absence, Asako aurait été indemne, hermétique à sa propre compréhension. Avec : elle aura été (I) et sera (II). Puis en aimera un autre : quoiqu'un sosie. Un clin d’œil au chef d’œuvre de Buñuel, Cet obscur objet du désir. Mais aussi remake inversé du Vertigo d’Hitchcock où ce n’est plus James Stewart qui modèle Kim Novak pour en faire le sosie, mais Asako qui choisit un sosie et ne le change pas. Qu’elle est bleue, cette rencontre orange…

Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Ryûsuke Hamaguchi après dix années d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme l’accès d’Hamaguchi au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas, stationne derrière une muraille en béton. L’a-t-il d'ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire pour finalement faire le choix de l'urgence, de l'évacuation permanente : la temporalité du rêve étant ce qu'elle est… Le Baku étant une créature mythique du folklore qui se nourrit des rêves et des cauchemars. 
Le film a beau être vu deux fois, trois fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Ici, les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années… 

On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d'autant plus ce qu'elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d'une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu'aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c'est beau » d'être vivace, ambivalent, d'échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l'esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D'affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d'avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu'Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l'interpréter d'apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d'oser rester fidèle à soi. (Utopia)

Séance Entretoiles au CGR : dimanche 3 mars à 20h

 

UNE FEMME D'EXCEPTION

Mimi LEDER - USA 2018 2h VOSTF - avec Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Kathy Bates... Scénario de Daniel Stiepleman.

 
 
La femme d'exception du titre, c'est Ruth Bader Ginsburg, désormais élue juge à la Cour suprême des États-Unis, au grand dam de Donald Trump qui aimerait tant l’en dégager. Il faut le comprendre : existe-t-il pour lui adversaire plus redoutable qu’un esprit brillant qui, sans être millionnaire, sans acheter personne, est plus populaire que lui et le restera certainement plus longtemps après sa disparition que bien des présidents des États Unis de l’impitoyable Amérique. À 85 ans, elle est devenue la coqueluche de plusieurs générations. Une véritable icône du pop art, indémodable, indétrônable. Ruth est sans doute la seule juge au monde à avoir des mugs à son effigie, des tee-shirts, des pins ! On la représente en Wonder Woman, avec une couronne sur la tête, voire en madone ! Certain-e-s vont jusqu’à faire tatouer son portrait sur leur chair tendre. Mais au-delà de ce qui peut sembler un effet de mode, il y a la reconnaissance de tout un peuple pour celle qui a lutté, continue de lutter contre toutes les formes de discrimination et a fait progresser les droits des femmes, des minorités raciales, des gays…
Le film cueille Ruth au moment où elle est encore étudiante à Harvard. Les filles qui étudient le droit sont rares et ce n’est pas le doyen de la faculté qui les met à l’aise quand la première question qui lui brûle les lèvres est : « Et pourquoi (sous entendu : comment osez-vous ?) occuper une place qui est dévolue à l’homme ? ». Alors que les huit autres étudiantes rougissent d’humiliation, de colère rentrée, Ruth, malicieuse, affichant le plus doux des sourires polis, le renverra poliment à ses fourneaux. Oui elle est femme, oui elle est mère, oui elle est juive ! Et alors ? Si la Constitution ne lui donne pas les mêmes droits que ses congénères, c’est qu’il faut la changer ! Rien que ça ! Et si le combat doit prendre le temps d’une vie, ce sera la sienne !
Et tandis que, le soir, elle jongle avec les langes du bébé, les cours à potasser, celui qu’elle aime, qui l’épaule, qui va tomber gravement malade. Il y aurait de quoi baisser les bras. Mais c’est à se demander où ce petit brin de femme va puiser sa force… Non mais ! C’est tout de même pas un vulgaire cancer qui aura sa peau ni celle de son bonhomme ! Ce n’est qu’une donnée supplémentaire qu’elle intègre dans son agenda : bébé, cours, hôpital, aller supplier le doyen d’assister en parallèle aux cours que rate son époux pour qu’il ne perde pas son année… Waouh ! Rien que ça, ça scotche ! Mais ce n’est que le début d’une grande carrière dans laquelle elle arrivera par des moyens détournés à monter les échelons. Leçon numéro 1 : si tu jettes RBG par la porte, elle reviendra par la fenêtre, ou par la cheminée : car après tout, dans quel article de loi est-il inscrit que le rôle de Père-Noël est interdit aux dames ? 
Si le scénariste du film rend si bien hommage à cette magnifique juriste, héroïne des temps modernes, c’est qu’il est son propre neveu. Pour l'anecdote, quand il l’a appelée pour lui demander l’autorisation d’écrire sur elle, RBG lui a répondu, taquine : « Si c’est ça que tu as envie de faire de tes journées… ». Et elle ne lui fera pas de concession. Il veut dresser son panégyrique ? Soit, elle en fera un outil de plus au service de ses convictions : bouger les marques, abattre les préjugés et pour cela il faut viser où ça fait mal, avec élégance. Ses plus belles armes seront toujours ses traits d’esprits redoutables(Utopia)  
CGR : mercredi 27 et dimanche 3n15h50, jeudi 28, vendredi 1, samedi 2, lundi 4 et mardi 5 18h
Lorgues : mercredi 27 13h15

NOUS LES COYOTES

Écrit et réalisé par Hanna LADOUL et Marco LA VIA - France/USA 2018 1h27mn VOSTF - avec Morgan Saylor, McCaul Lombardi, Betsy Brandt, Khleo Thomas...

NOUS LES COYOTESC'est un premier film étonnant et tout à fait français dans sa production, réalisé par le duo Hanna Ladoul et Marco La Via, qui investit avec une fraîcheur euphorisante et un réel brio un cadre emblématique, un lieu de fantasme de cinéma absolu : Los Angeles et son quartier mythique de Hollywood, la colline de tous les espoirs très souvent déçus, de tous les extrêmes, de toutes les chimères, de toutes les illusions perdues à l'aube d'une nuit de fête trop dispendieuse. L'envers du décor, ce sont ces dizaines, ces centaines de tentes de SDF qui s'alignent à l'ombre des palmiers dans les quartiers oubliés des guides touristiques…

Nous les coyotes, référence au petit canidé à la sale réputation qui pullule sur les hauteurs de Los Angeles, est l'histoire au demeurant toute simple d'un jeune couple du Midwest qui déboule à bord de son 4x4 hors d'âge dans la cité des Anges, plein d'espoir dans un avenir qui s'annonce dans leur esprit forcément radieux au soleil de la Californie. Lui est un peu artiste et poète, pas franchement un winner né, et préfère la poésie française au Nasdaq. Elle est un chouia plus pragmatique, et après une petite expérience dans le monde de la musique, elle a dégoté un entretien d'embauche dans une maison de disques qui a pignon sur rue. Elle a une tante sur place qui peut les héberger dans un premier temps, et pour elle ça ne fait pas un pli : elle pourra rapidement leur dégoter un petit home sweet home avec son premier salaire… Mais évidemment rien ne va se passer comme prévu. La tante s'avère une donneuse de leçons insupportable qui critique à tout va le dilettantisme du petit ami, et l'entretien d'embauche ne se déroule pas vraiment comme espéré (séquence aussi drôle que terrible avec deux représentants branchouilles de la start-up nation mondialisée qui feraient presque regretter les bons vieux patrons paternalistes du temps de la lutte des classes).

Le film dépasse bien sûr la spécificité du rêve californien en décrivant avec émotion et justesse les espoirs, les déceptions, mais aussi le ressaisissement d'un tout jeune couple (remarquablement interprété par Morgan Saylor et McCaul Lombardi) porté par un amour profond et une confiance mutuelle qui leur permettent d'affronter les déconvenues et même les aléas plus sérieux alors qu'ils débutent à peine dans vie, et cela pourrait se passer dans n'importe quelle grande métropole du monde.

Nous les coyotes révèle ainsi la cruauté de la ville, son idéologie du fric roi, qui ne laisse leur place qu'aux gens déjà bien nés comme le révèle la scène ubuesque de l'entretien d'embauche et qui ne fait que précariser les plus faibles, un monde où tout n'est qu'illusion, où un DJ souriant confie à son pote qu'il dort en fait dans sa voiture une fois la fête finie… Mais la beauté du film est de montrer aussi que, face à ces logiques impitoyables, on peut tracer sa voie sans forcément écraser l'autre : c'est ainsi que le jeune héros va réussir à faire son trou grâce à sa connaissance du poète français Francis Ponge, pied de nez savoureux dans un pays où la culture n'est pas forcément une priorité… Au final un premier film lucide, intelligent et lumineux, qui est par ailleurs un miroir du destin de son couple de jeunes réalisateurs qui sont allés tenter l'aventure américaine. (Utopia)

Lorgues : mercredi 27 20h

 

TOUT CE QU'IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION

Judith DAVIS - France 2018 1h28mn - avec Judith Davis, Malik Zidi, Claire Dumas, Mireille Perrier, Nadir Legrand, Simon Bakhouch... Scénario de Judith Davis et Cécile Vargaftig.

TOUT CE QU'IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION« C’est une fille bien campée sur ses deux jambes… Jolie fleur du mois de mai ou fruit sauvage… Qui nous donne envie de vivre, qui donne envie de la suivre… jusqu’au bout ! » Qui se souvient encore des refrains de ces lendemains prometteurs qui chantaient au soleil ? Georges Moustaki, sans la nommer, nous parlait alors de la révolution permanente. 
Cinquante ans plus tard, c’est à ces idéologies, leurs mythes, à un monticule de trahisons et de déceptions que s’attaque de façon complètement hilarante et pertinente le premier film en tant que réalisatrice de l’actrice Judith Davis. Comme quoi le rire n’a jamais empêché la réflexion, ni la tendresse, bien au contraire ! Et comme par hasard, c’est Agat Films, société dont fait partie Robert Guédiguian, qui a produit ce joli remède à la mélancolie ! L’occasion de leur rendre hommage et de leur dire combien une fois de plus ils ne se sont pas trompés. Tout ce qu’il me reste de la révolution est un film formidable, gorgé d’une intelligence et d'une énergie qui mettent du baume au cœur et donnent la niaque d’avancer !

Mais commençons par le commencement… Angèle, silhouette rousse d’éternelle révoltée, est de celles qui n’abdiquent jamais. Son dessin favori est sans doute ce doigt d’honneur qu’elle placarde sur les distributeurs de billets, les publicités débiles ou sexistes. Ça ne change pas la face du monde, mais qu’est-ce que ça fait du bien, cette modeste contestation du quotidien ! Sa colère légitime l’aide à se tenir droite dans les pire moments, elle en fait son carburant. En même temps, côté cœur c’est la Bérézina. Avoir grandi dans l’ombre écrasante de la génération 68 ne laisse pas grand place à la construction individuelle. Scander « L’intime est dérisoire face à l’action publique et citoyenne ! » laisse peu d’espace aux discours amoureux. 
Alors que sa grande sœur, plus cynique, en a soupé des engagements militants de ses parents, Angèle baigne inlassablement dans les idéaux d’alors, qu’elle a fait siens. Pas de concessions à la société de consommation, au capitalisme, aux dominants ! Sus à l’ennemi, plus grand il est, plus glorieux sera le combat ! Chaque jour elle se prend une nouvelle portière dans la figure, une nouvelle désillusion, un revers de manche, chaque jour elle trébuche maladroitement. Qu’importe, elle a la fougue de ceux qui se sentent investis par de justes causes ! Chaque matin elle se redresse et se redressera toujours, bien décidée à lutter contre la misère, l’exploitation, à œuvrer pour un monde meilleur ! Comme Simon, son père, qui ne s’est jamais avoué vaincu, ni pute, ni soumis. Il faut la voir arborant fièrement sa Chapka soviétique en plein Paris, affublée comme un arbre de Noël alors qu’elle débarque chez lui, puisque ses bons patrons urbanistes de gauche viennent de la virer. Pourtant elle y croyait ! Elle se sentait pousser des ailes pour transformer l’espace public, remettre l’humain au cœur de la ville. Des mots, encore des mots, toujours des mots… Face à une société qui se désagrège, que reste-t-il de tout cela, dites-le moi ?

Mais le désarroi est vite digéré ! Ce qui triomphe, c’est la force vitale, la joie en tant qu’énergie réparatrice, libératrice. Et c’est cet héritage que nous lègue Tout ce qui me reste de la révolution : malgré le constat cinglant qu’il dresse de notre époque, ce qu’on retiendra c’est son refus joyeux du No Future ! (Utopia)

Lorgues : vendredi 1 19h, samedi 2 18h, lundi 4 17h

 

 

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10 VOSTF - avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

 

 
 
Un mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!

Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…

Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique..( Goldberg, Les Inrockuptibles)  
 
Lorgues : mercredi 27 15h30, dimanche 3 18h, lundi 4 20h50
Salernes : mercredi 27 18h, lundi 4 20h30
Vox Fréjus : jeudi 28 et mardi 5 18h30, dimanche 3 15h40

 

LE GRAND BAIN

Gilles LELLOUCHE - France 2018 2h02mn - avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Pœlvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Félix Moati, Jonathan Zacaï, Alban Ivanov, Mélanie Doutey... Scénario de Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini.

LE GRAND BAINTout le monde l’attendait au tournant, prêt à lui tailler un costard en bonne et due forme. La critique cinéphile en particulier et puis aussi, il faut bien se mettre dans le sac, les programmateurs des salles art et essai ; bref, toute une assemblée qui aime bien, entre deux tressages de lauriers à des films turcs de 3h, casser un peu de sucre sur le dos de quelques malheureux réalisateurs, se moquant joyeusement, et parfois avec une plume acerbe, de leurs films. Gilles Lellouche entrait pile poil dans la case : « comédien qui passe à la réalisation et qui va se faire descendre par la critique ». On a toujours eu le sentiment que ses choix d’acteur l’avaient jusqu’alors cantonné un peu systématiquement dans le rôle du pote un peu lourdingue, du beauf un peu macho dans des comédies pas toujours très finaudes (excepté peut-être son interprétation touchante du mari perdu et assassiné dans le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller), et donc, en toute logique, on se disait que son passage à la réalisation en solo (il a déjà co-signé 2 films) resterait dans cette veine. Grosse, très grosse erreur d’appréciation. Parce que comme un retour du bâton qu’on était prêt à lever sur son film, voilà que nous nous sommes pris de plein fouet et sans semonce son Grand bain. La claque fut d’autant plus inattendue que nous nous surprîmes à la trouver fort à notre goût, agréable, drôle, tendre et bien ficelée, dotée d’une écriture précise et rythmée, d’une mise en scène vive et intelligente. Rien à voir avec le brouillon maladroit auquel nous nous attendions : on avait sous les yeux un petit bijou efficace et touchant d’humanité, avec ce dosage presque parfait entre franche comédie et fable douce amère à la mélancolie sous-jacente, celle qui vous cueille sans prévenir et vous laisse ce sentiment d’avoir gravé durablement, quelque part dans un coin de rétine, un doux, joyeux et tendre moment de cinéma.

Bertrand est au chômage. Depuis trop longtemps. Il a perdu le goût d’à peu près tout hormis celui des cachetons et trimballe sa carcasse entre la cuisine, le salon et, les soirs où il se sent aventurier, la rue jusqu’à laquelle il ose descendre pour sortir la poubelle. Bref, c’est la grosse déprime. Au détour d’une sortie piscine, il va tomber sur un improbable club de natation synchronisée masculine, rien que ça. Et comme les nageurs en question ont l’air aussi – sinon encore plus – dépressifs que lui et que le groupe cherche des nouvelles recrues, il va sauter le pas et enfiler son slip de bain. Coaché par une ancienne championne qui cache à peine son blues sous des tirades enflammées empruntées à la littérature classique ou des volutes de clope qu’elle distille assise en tailleur sur le plongeoir, le groupe des sirènes est un sacré patchwork : Laurent (Guillaume Canet), en colère contre tout, Marcus (Benoît Pœlvoorde), glandeur majestueux dont l’entreprise est en faillite (forcément), Simon (Jean-Hugues Anglade), rockeur vieillissant qui rêve d’être David Bowie, et Thierry (Philippe Katerine), grand poète devant la lune. Ensemble, ils assument leurs bedaines autant que leurs échecs existentiels, ils révèlent leurs cannes de serin velues autant que leurs blessures intimes. Mais il faut un défi, bien sûr, pour révéler les talents enfouis et pour que la belle équipe se bricole une fraternité à toute épreuve : qu’à cela ne tienne, ce sera le championnat du monde !

On rit beaucoup, dans l’eau de ce Grand bain, on rit avec ces mecs ultra sensibles prêts à tout pour réussir un joli mouvement de gambettes ou un porté qui ait de la gueule. Avec ces nanas mi-mamans, mi-matons qui vont les dresser pour obtenir le meilleur d’eux. Sans vulgarité (ou presque quand elle sort de la bouche de Leïla Bekhti, entraineuse tétraplégique et sadique), avec une bienveillance sincère pour cette bande de mâles cabossés, Gilles Lellouche réussit le pari d’une fable sociale à la Full Monty (parce que chacun a sa manière est un exclu faute d’avoir su entrer dans le moule : celui du monde du travail, du couple, de la famille, de l’industrie du disque…) qui dépote. (Utopia)

Salernes : vendredi 1 18h et dimanche 3 16h

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Au(x) cinéma(s) du 20 au 26 février 2019

EntretoilesBonjour à tous !

Cette semaine encore CGR ne propose pas de film ciné club pour cause de vacances scolaires. La  prochaine soirée Entretoiles   aura lieu le 3 mars avec  Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passioncomme prélude à notre mini festival sur le cinéma asiatique les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !

A  Lorgues vous pourrez voir Une femme d'exception (bientôt en cineclub à CGR), portrait d'une femme brillante luttant pour une justice égalitaire, Ulysse et Mona , rencontre de deux solitudes qui interroge sur le sens de la famille et la puissance de l' amitié et L'incroyable histoire du facteur Cheval, une aventure généreuse et terrienne.

A Salernes, on vous propose La Mule en V.O,  thriller  qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon.

A Cotignac Doubles vies (bientôt en cineclub à CGR) ,  Olivier Assayas égratigne le milieu de l édition parisienne avec une légèreté bienvenue et Colette de West Moreland qui restitue l'histoire de l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. 

Au Luc (au Vox aussi) Green book de Peter Farrelly, inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse et humour les liens entre race et classe aux Etats Unis.

Au Vox parmi les sorties de la semaine le dernier film de François Ozon Grâce à Dieu où il se risque à traiter de la pédophile dans l 'église de façon crue et réaliste, Une intime conviction, une fiction haltante qui conduit à réfléchir sur les ambivalences de l'institution judiciaire et de ses serviteurs, Euforia de Valeria Golino, où deux frères que tout oppose vont apprendre à se découvrir et à s'aimer et le film d'animation Minuscule 2un émerveillement total, doublé d’un appel à l’ouverture à l’autre et à l'émancipation.


Les prochains films de ciné club (après les vacances...) seront: Une femme d'exception, Doubles vies, Border et Ben is back.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

UNE FEMME D'EXCEPTION

Mimi LEDER - USA 2018 2h VOSTF - avec Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Kathy Bates... Scénario de Daniel Stiepleman.

 
La femme d'exception du titre, c'est Ruth Bader Ginsburg, désormais élue juge à la Cour suprême des États-Unis, au grand dam de Donald Trump qui aimerait tant l’en dégager. Il faut le comprendre : existe-t-il pour lui adversaire plus redoutable qu’un esprit brillant qui, sans être millionnaire, sans acheter personne, est plus populaire que lui et le restera certainement plus longtemps après sa disparition que bien des présidents des États Unis de l’impitoyable Amérique. À 85 ans, elle est devenue la coqueluche de plusieurs générations. Une véritable icône du pop art, indémodable, indétrônable. Ruth est sans doute la seule juge au monde à avoir des mugs à son effigie, des tee-shirts, des pins ! On la représente en Wonder Woman, avec une couronne sur la tête, voire en madone ! Certain-e-s vont jusqu’à faire tatouer son portrait sur leur chair tendre. Mais au-delà de ce qui peut sembler un effet de mode, il y a la reconnaissance de tout un peuple pour celle qui a lutté, continue de lutter contre toutes les formes de discrimination et a fait progresser les droits des femmes, des minorités raciales, des gays…
Le film cueille Ruth au moment où elle est encore étudiante à Harvard. Les filles qui étudient le droit sont rares et ce n’est pas le doyen de la faculté qui les met à l’aise quand la première question qui lui brûle les lèvres est : « Et pourquoi (sous entendu : comment osez-vous ?) occuper une place qui est dévolue à l’homme ? ». Alors que les huit autres étudiantes rougissent d’humiliation, de colère rentrée, Ruth, malicieuse, affichant le plus doux des sourires polis, le renverra poliment à ses fourneaux. Oui elle est femme, oui elle est mère, oui elle est juive ! Et alors ? Si la Constitution ne lui donne pas les mêmes droits que ses congénères, c’est qu’il faut la changer ! Rien que ça ! Et si le combat doit prendre le temps d’une vie, ce sera la sienne !
Et tandis que, le soir, elle jongle avec les langes du bébé, les cours à potasser, celui qu’elle aime, qui l’épaule, qui va tomber gravement malade. Il y aurait de quoi baisser les bras. Mais c’est à se demander où ce petit brin de femme va puiser sa force… Non mais ! C’est tout de même pas un vulgaire cancer qui aura sa peau ni celle de son bonhomme ! Ce n’est qu’une donnée supplémentaire qu’elle intègre dans son agenda : bébé, cours, hôpital, aller supplier le doyen d’assister en parallèle aux cours que rate son époux pour qu’il ne perde pas son année… Waouh ! Rien que ça, ça scotche ! Mais ce n’est que le début d’une grande carrière dans laquelle elle arrivera par des moyens détournés à monter les échelons. Leçon numéro 1 : si tu jettes RBG par la porte, elle reviendra par la fenêtre, ou par la cheminée : car après tout, dans quel article de loi est-il inscrit que le rôle de Père-Noël est interdit aux dames ? 
Si le scénariste du film rend si bien hommage à cette magnifique juriste, héroïne des temps modernes, c’est qu’il est son propre neveu. Pour l'anecdote, quand il l’a appelée pour lui demander l’autorisation d’écrire sur elle, RBG lui a répondu, taquine : « Si c’est ça que tu as envie de faire de tes journées… ». Et elle ne lui fera pas de concession. Il veut dresser son panégyrique ? Soit, elle en fera un outil de plus au service de ses convictions : bouger les marques, abattre les préjugés et pour cela il faut viser où ça fait mal, avec élégance. Ses plus belles armes seront toujours ses traits d’esprits redoutables(Utopia)  
LORGUES    
mer. 20 févr. / 18h55       ven. 22 févr. / 21h05      sam. 23 févr. / 19h50   dim. 24 févr. / 18h00

ULYSSE ET MONA

Écrit et réalisé par Sébastien Betbeder - France 2019 1h22mn - avec Manal Issa, Eric Cantona, Mathis Romani, Quentin Dolmaire, Marie Vialle, Joël Cantona...

En quelques films, l’intrigant Sébastien Betbeder a su imposer un univers singulier, fait de personnages décalés, solitaires parfois un peu inadaptés au flux continu de nos mondes trop pressés. Un zeste de Tati pour les fulgurances dans l’absurde, un soupçon de Jarmusch pour une sorte de poésie désenchantée. Mais si on identifie une patte Betbeder, le cinéaste peut surprendre d’un film à l’autre : 2 automnes, 3 hivers (disponible en Vidéo en Poche) était une comédie nonchalante autour d’un célibataire un peu à côté de la plaque parfaitement incarné par Vincent Macaigne, tandis que Le Voyage au Groenland était un projet fou, intégralement tourné dans l’immense île danoise vers laquelle deux jeunes parisiens peu adaptés aux confins arctiques décidaient de partir pour changer de vie.

Depuis Marie et les naufragés, dans lequel il lui avait donné le rôle d’un écrivain carrément flippant, frappé d’hypersensibilité aux ondes électriques, exilé sur l’île de Groix, Sébastien Betbeder semble avoir trouvé son acteur fétiche : Eric Cantona, l’ancien « King Eric », héros footballistique de Manchester United devenu comédien singulier, au physique marmoréen, idéal pour les rôles d’ours gentiment asocial. Il incarne ici Ulysse, artiste contemporain qui eut son petit succès avant de se résoudre à tout arrêter pour se réfugier en ermite, en compagnie de son chien, dans un manoir délabré de la campagne percheronne. Son seul défouloir est le terrain de tennis où il affronte, dans une scène qui pourrait sortir de Mon Oncle ou Playtime, une machine à balles. Mais deux événements vont venir perturber ce projet de retraite avant l’heure : l’irruption d’une jeune étudiante des beaux-arts fan de l’artiste qu’il était, bien décidée à le faire sortir de sa retraite et à devenir son assistante coûte que coûte ; et l’annonce d’une sale maladie qui va le faire revenir à l’essentiel, en l’occurrence gagner le pardon de tous les proches, ex-femme, enfant, frère, qu’il a abandonnés ou blessés. Et la visite non désirée de l’étudiante va se transformer en un road-movie rural vers le passé et ses fantômes.

Sébastien Betbeder utilise parfaitement ses deux comédiens principaux – aux côtés d’Eric Cantona, la jeune franco-libanaise Manal Issa, révélée par Danielle Arbid dans Peur de Rienpuis confirmée dans Nocturama de Bertrand Bonello, exploite formidablement sa fraîcheur mutine tout comme sa détermination – ainsi qu’une galerie savoureuse de personnages secondaires. Il imagine des scènes parfois génialement absurdes – comme celle d’un braquage de station service qui ne tourne pas comme prévu –, jouant autant sur le registre comique que dramatique, notamment dans les scènes de retrouvailles entre Ulysse et ses proches (avec la présence du propre frère de Eric Cantona, Joël). Se tisse ainsi une comédie absurde de la vie, où le personnage d’Ulysse, splendide clown triste, retisse des liens avec ceux dont il a été séparé. Et Cantona, qui nous fait rire dans la première partie du film, devient peu à peu bouleversant et s’avère définitivement un comédien d’un talent à l’égal de celui qui le faisait briller aux yeux des supporters mancuniens.(Utopia)  
LORGUES    
  ven. 22 févr. / 17h15      sam. 23 févr. / 18h05   lun25  / 21h05

L'INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

Niels TAVERNIER - France 2018 1h48mn - avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq, Florence Thomassin, Zélie Rixhon, Natacha Lindinger... Scénario de Fanny Desmarès, Nils Tavernier et Laurent Bertoni.

On connaît tous, peut-être sans toujours savoir le nommer ni le situer, cet étrange et saisissant monument, ce palais aux formes singulières, ni tout à fait bâtiment, ni tout à fait sculpture, amoncellement harmonieux de pierres, de colonnes, de statues et de tours comme tout droit sorties d’un conte oriental. Mais si l’on sait le destin tragique d’un Van Gogh ou les passions d’un Rodin, on aura du mal à raconter l’histoire du créateur de cette œuvre unique et hors-norme, un homme simple et ordinaire qui ne se voyait pas lui-même comme un artiste. Avec ce film, Niels Tavernier comble nos lacunes et nous raconte le destin incroyable d’un taiseux solitaire, facteur de son état mais poète dans l’âme. Jacques Gamblin campe un facteur Cheval plus vrai que nature, visage émacié, regard un peu fou perdu dans les paysages lointains de son imaginaire et inspiration dévorante pour l’œuvre de toute une vie. Il donne à l’homme toute la complexité de ses silences et au créateur toute la passion de son projet, mais surtout, il retranscrit avec une grande justesse ce que devait être le caractère de ce singulier bonhomme à l’aune de son palais : un cœur pur, encore perché dans l’arbre naïf de l’enfance, un esprit vif et drôle ayant plus le goût de l’écrit que celui du langage et un grand amoureux de la Nature, les deux pieds dans la Terre mais la tête dans les étoiles. Mais entrons plutôt dans le palais…

Nous sommes à la fin du xixe siècle, à Hauterives, petit village de la Drôme. Ferdinand Cheval est facteur et fait tous les jours sa tournée à pieds, 33 kilomètres de chemins escarpés, de ruisseaux, de bois, de prairies qu’il parcourt les sens aux aguets, attentif au moindre chant d’oiseau. L’homme est effacé et peu à l’aise en compagnie de ses semblables dont il semble ne pas comprendre les codes et les usages. La nature, sa beauté, sa pureté, ses surprises et ses trésors, lui offre tout ce dont il a besoin pour être heureux. Peu de temps après la disparition tragique de sa femme et la séparation d’avec son jeune fils, il fait la connaissance de Philomène, une jeune veuve dont il va s’éprendre. Une fille naîtra de cette union, Alice.

Au cours de l’une de ses tournées, il butte sur une pierre, manquant de tomber. Attiré par sa forme curieuse, il la ramasse et la glisse dans sa poche pour mieux la regarder à tête reposée. Ce sera « la pierre d’achoppement », celle sur laquelle il va bâtir son œuvre. Car par amour pour Alice, sa fille chérie, il a déjà en tête les contours de ce sublime Palais, fruit de son imagination, de ses lectures sur des pays lointains et de la contemplation des cartes postales exotiques qu’il achemine chaque jour jusqu’à leurs destinataires. Tout en restant facteur, il commence alors la construction de ce Palais Idéal, travaillant la nuit, charriant des cailloux dans sa besace, un panier, une brouette, inventant des techniques pour que son œuvre soit robuste, montant des échafaudages et faisant fi de tous les sarcasmes de ceux qui le prennent pour un fou. Absorbé tout entier par cette tâche qui le nourrit et l’habite, lui l’architecte, le maître d’œuvre, l’ouvrier, lui l’homme simple, le père aimant, le facteur Cheval crée le monde dans lequel il veut vivre. Une mosquée, un temple hindou, des animaux, un chalet suisse, un balcon, des escaliers, une cascade, des géants… la liste est infinie et montre toute l’audace et toute la curiosité de ce modeste facteur qui inventa, sans le savoir, l’art brut.  (Utopia)
 
LORGUES    
mer. 20 févr. / 16h50       ven. 22 févr. / 19h      sam. 23 févr. / 16h  lun25/ / 19h

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VOSTF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

 

 
Nous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient. (Utopia)
 
SALERNES   V.O
mer. 20 févr. / 16H       jeu 21/18h    ven. 22 févr. / 20h30      sam. 23 févr. / 16h  dim. 24 févr. / 18h00   mar 26  / 18H

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Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 février 2019

Bonjour à tous !

Cette semaine pas d’événement Entretoiles, et pas non plus de film ciné club, pour cause de vacances scolaires. Notre  prochaine soirée  aura lieu le 3 mars avec  Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passion, comme prélude à notre mini festival sur le cinéma asiatique les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !

 

Voici les films que vous propose  CGR  à partir de mercredi : Green book de Peter Farrelly (également au Vox), inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse (et d'humour, ce qui ne gâche rien)  les liens entre race et classe aux États UnisLa mule de Clint Eastwood,  thriller magnifique qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon,  Les Invisibles  de Louis Julien Petit (au Vox aussi), une comédie sociale savoureuse qui  parle avec humour et sans pathos de la difficulté de survivre dans la rue quand on est une femme, et des bienfaits de la solidarité.

Vous pouvez vivre cette semaine au rythme de la danse : CGR vous propose une seule soirée avec La la land de Damien Chazelle, une vraie bouffée de bonheur, et à Salernes, vendredi et samedi, vous pouvez enchaîner Le grand bal de Lætitia Carton, un film où nous sommes touchés par la grâce et secoués par les sourires, et Impulso de Emilo Belmonte qui nous donne à voir le travail de la danseuse de flamenco, impulsive et charnelle, Rocio Molina..

 

A Lorgues, allez voir L'amour debout de Michael Dacheux, une histoire d'amour, d'art et de courage.


Au Vox Deux fils de Felix Moati, un 1er film délicat et mature, Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi, chronique sociale entre humour franc et humour grinçant,  My beautiful boy une histoire émouvante d'un père tentant d arracher son fils à la drogue, La dernière folie de Claire 
Darling , une tragédie douce amère et émouvante dans laquelle Catherine Deneuve rayonne. Edmond de Alexis Michalikqui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des  pièces les plus célèbres du théâtre français ,et enfin, Colette de West Moreland qui restitue l'histoire de l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. 

Les prochains films de ciné club (après les vacances...) seront: Une femme d'exception Doubles viesBorder et Ben is back.

Ce n'est pas du cinéma, mais c'est tout de même de la projection : allez voir à la Chapelle de l'Observance, à Draguignan, confortablement installés dans des chaises longues, des images numériques projetées sur les voutes et les murs ! C'est gratuit, c'est beau, et c'est ouvert du mardi au samedi de 10h à 17h.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

 

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10 VOSTF - avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

 

 
 
Un mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!

Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…

Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique..( Goldberg, Les Inrockuptibles)  
CGR  ( en VF)  mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15, samedi 16, dimanche 17, lundi 18, mardi 19 : 22h             
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 13 VF 13h45, VO 18h20, jeudi 14 VO 15h45, VF 21h, vendredi 15 VF 15h35, 18h30,samedi 16 VF 16h10 VO 21h, dimanche 17 VF 15h50, VO 20h30, lundi 18 VF 13h45, VO 18h15, mardi 19 VF 15h40, VO 21h

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

 
Nous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient. (Utopia)
CGR ( en VF)  tous les jours à 15h45 et 22h10
 
 

LES INVISIBLES

Louis-Julien PETIT - France 2018 1h43mn - avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Déborah Lukumuena, Pablo Pauly, Sarah Suco... Scénario de Louis-Julien Petit et Marion Doussot 
 

Tout comme Discount, le premier film de Louis-Julien Petit qu'on avait déjà beaucoup aimé (celui-ci est encore mieux !), Les Invisibles est un film jubilatoire, drôle et résolument politique, au sens le plus noble du terme. Décidément la filmographie de ce jeune réalisateur est bien partie pour remonter les bretelles aux injustices sociales sans avoir l’air d’y toucher, en usant d’armes universelles telles le rire, l’humanité… On sort de son film heureuses et grandis, remplis de courage, pleines d’envies. Celles avant tout de ne pas baisser les bras et de regarder devant soi avec toujours plus d’empathie.

Fortes en gueules ou gueules brisées, elles sont là. Même si la bonne société essaie de ne pas les voir. Habituées à se sentir transparentes, elles se gomment, se fondent dans la grisaille de la ville. Être vues, ce peut être le début des emmerdes. Tant et si bien que certaines en ont même perdu l’envie d’être belles. Et pourtant, belles, elles le sont, plus que la ménagère standard ou la séductrice mini-jupée sur trois étages ! On a affaire à de de la drôlesse qui a vécu, qui a du chien, du caractère, ou tout au contraire à la douceur incarnée qui a cessé de se faire confiance, qui s’est effacée face aux siens. Ce sont des foultitudes de femmes toutes uniques, leurs corps nous le raconte ainsi que les traits de leur visage, sculptés par leur combat quotidien, la rue, le temps qui attaquent chaque être. Elles ont la magnificence fragile de celles qui ont réussi à surnager.
Ce film qui fait chaud au cœur et à l'intelligence s’ancre dans une réalité qui ne devrait pas avoir droit de cité dans les pays civilisés, celle des femmes précaires, SDF qui arpentent nos villes dans une indifférence assassine. Tout pourrait paraître sombre et pourtant ça ne l’est pas ! Surtout quand au fin fond d’un quartier, des mains se tendent, patientes, inespérées, celles d’autres femmes tout aussi invisibles, des travailleuses sociales qui, malgré les faibles moyens mis à leur disposition, s’acharnent à redonner un peu de dignité, de reconnaissance à celles qui n’y croient guère. Il suffit parfois d’une douche, d’un repas chaud, pour réchauffer les sourires et leur permettre de repartir plus loin qu’on n’aurait cru. 
L’action se passe dans un de ces centres dits sociaux qui accueillent le jour les laissées pour compte. C’est Angélique, jeune gouailleuse intrépide (Déborah Lukumuena, une des actrices de Divines qui ne cesse de l’être), qui ouvre les grilles de l’Envol, le matin. Voilà la frêle structure submergée par le flot de celles qui rêvent de parler de leur nuit de galères solitaires. Ici, on accueille, tout en gardant ses distances. Pas question de se retrouver noyées dans la misère du pauvre monde, l’empathie n’est possible qu’en se protégeant un peu. Pourtant on sent bien que la barrière de protection est ténue, prête à rompre. Comment résister à ces sourires timides sous lesquels émergent des blessures tenaces, des envies de revanche magnifiques ? Toutes ces sans-abri ont un nom inventé pour voiler leur véritable identité : Edith (Piaf), Brigitte (Bardot ? Lahaie ? Macron en dernier choix ?), Lady Dy, Simone (Veil), Marie-Josée (Nat), Mimy (Mathy)… Aucune n’est apaisée, d’aucunes font semblant d’être calmes, plus versatiles que le lait sur le gaz, toujours prêtes à mettre le feu ou à s’embraser. Elles peuvent se montrer tour à tour aimables, détestables, admirables. On ne sait plus. Même Manu, la responsable pourtant aguerrie du centre, et ses collègues ne savent plus. Une chose est sûre : malgré les agacements, les déceptions, le jour où l’administration aveugle va décider de fermer le centre, l’équipe entière fera front, quitte à passer de l’autre côté de la barrière.
On ne vous en dit pas plus. C’est un film qui se vit plus qu’il ne se pense, un appel au courage. Même dévalué, le moindre des êtres vaudra plus qu’une action Natixis, il y aura toujours un poing pour se lever, une parole solidaire pour s’élever. C’est beau, c’est drôle, véridique, c’est du grand Petit (Louis-Julien). Décidément ces invisibles nous font rire, nous émeuvent tout en échappant aux clichés. C’est une belle réussite, vibrante, vivante, remarquablement interprétée par une pléiade d’actrices investies, professionnelles ou non.
  (Utopia)

CGR :mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15, samedi 16, lundi 18 et mardi 19 à 10h55

LE VOX  : jeudi 14 à 16h10 et lundi 18 à 18h45

LA LA LAND

Ecrit et réalisé par Damien CHAZELLE - USA 2016 2h08mn VF - avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...

LA LA LANDDu haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a un talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dents dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les mille et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor. 

La la land, c’est la comédie musicale comme on n'osait plus la rêver, c’est un étalon lancé à cent kilomètres heure sur la piste de danse étoilée. Ce ne serait que cela, ce serait déjà très bien, mais quand le cavalier qui tient les rênes est un type passionné de musique, brillant, audacieux, fougueux, il devient vite évident que l'on est ici un niveau au-dessus et qu’au-delà du simple film de genre, c’est bien un pan tout entier de l’âge d’or du cinéma hollywoodien que le bougre a décidé de parcourir à bride abattue. La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune.

C’est l’histoire de Mia et de Sebastian… Elle est serveuse dans un café niché au creux d’imposants décors d’un grand studio hollywoodien et court obstinément les castings dans l’attente du grand rôle. Il est pianiste de jazz, fan de Thelonius Monk mais pour l'heure il est surtout fauché et doit cachetonner en attendant d’accomplir son rêve : reprendre une mythique boîte de jazz à son compte et y jouer toute la musique qu’il aime. Entre eux, l'indifférence voire le mépris d'abord… avant les étincelles !
Embrassant avec délice tous les clichés, jonglant avec les références les plus prestigieuses – de Chantons sous la pluie à La Fureur de vivre en passant par Un américain à Paris, West Side Story ou les mélos flamboyants à la Douglas Sirk, sans oublier quelques clins d'œil admiratifs autant qu'affectueux à Jacques Demy – La la land parvient pourtant à tout réinventer. Les codes, dont il se moque avec tendresse, les chansons, traditionnelles mais souvent détournées avec humour, les décors, sublimes dans leur écrin de carton pâte mais qui jamais ne font toc, et les deux protagonistes, clichés sur pattes (la jeune serveuse qui veut percer à Hollywood, le musicien idéaliste et un peu dédaigneux qui se veut l’héritier des plus grands) mais terriblement humains. Même le récit, dont la trame est classique, parvient à nous surprendre grâce à une construction singulière (la toute dernière partie du film est en cela une belle trouvaille).

S’il s’agit plus d’un hommage abouti que d’une véritable révolution cinématographique, La la land est une vraie bouffée de bonheur, colorée, enjouée, rythmée, qui vous prend par la taille, vous entraîne dans la danse et ne vous lâche qu’au bout de deux heures… Ou qui ne vous lâche pas, la la la…(Utopia)

CGR : une seule séance jeudi 14 à 20h

 

LE GRAND BAL

Laetitia CARTON - documentaire France 2018 1h39mn -

LE GRAND BALCe film entraînant est bien plus qu'une invitation à la danse, il en dépasse largement le cadre tout en ne parlant que d’elle. Il nous donne à voir à quel point faire la fête est un acte rassembleur dans une société où tout semble fait pour séparer les citoyens et les générations. Au Grand bal, on ne parque pas les vieux loin des jeunes, on se mêle goulument, flottant au dessus des idées préconçues. Entre deux rondes on se pose même des questions sur les relations hommes / femmes, sur le féminisme. Car après tout, où est-il écrit que ces messieurs doivent toujours mener la valse et est-ce qu’ils n’en seraient pas un peu las ? Pendant les sept jours et les huit nuits de cette grande messe annuelle qui rassemble deux mille personnes venues d’un peu partout en Europe, on refait le monde à l’image d’une humanité accueillante, curieuse de l’autre. Et l’affaire est moins superficielle qu’on ne pourrait le croire ! S’il est question ici de mazurkas, de bourrées, de pizzicatas […], vous qui ne dansez pas, ou vous qui dansez le rock’n roll, le tango, la salsa (et que sais-je encore) : accourez ! Vous ne repartirez pas les mains, ni le cœur, ni la cervelle vides de cette heure trente neuf de grâce pure !
C’est également un film d’une intense intimité, celle qui s’immisce entre deux être qui s’enlacent pour quelques instants fugaces avant de repartir dans l’immense marée humaine. Le Grand Bal devient alors un personnage à part entière, « un grand corps collectif respirant à l’unisson ». Laetitia Carton a su saisir les fulgurances de ce monde tout en nuances, de cette aventure à la fois collective et profondément individuelle sans jamais être intrusive. Et si la jeune réalisatrice en parle si bien, c’est qu’un beau jour, elle est tombée dedans sans que rien ne l’y prédestine, si ce n’est peut-être les paroles de sa grand-mère qui la firent rêver petite en lui contant l’exaltation de ses premières guinches. Sa caméra épouse respectueusement et sans faux pas ceux des danseurs, en nous laissant partager l’intensité de ces quasi moments de transe dans lesquels les esprits partent à l’abandon de soi. Progressivement, cela ressemble presque à une forme de méditation heureuse qui emporte chacun dans un tourbillon où plus rien ne compte hormis le dialogue des corps, leur osmose. Alors qu’après avoir été à son comble la pression redescend enfin, les larmes coulent parfois, resurgit la peur de l’abandon, celle de ne pas être invité(e)… 
Tout comme dans ses précédents films (J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd ou Edmond un portrait de Baudoin…) Laetitia Carton procède par touches subtiles et délicates, filme la moindre des choses avec une grande profondeur de champ, une grande profondeur d’âme. Son texte qui guide nos pas dans ce cercle passionnel d’initiés est tout bonnement magnifique, sensible. On est touché par la grâce de ce que les gestes dévoilent parfois malgré eux. Secoués par nos sourires, on en ressort tout simplement joyeux en se demandant : « Et si c’était ça le bonheur ? Cette joie vitale, instinctive, pure qui fait vibrer chaque fibre de nos êtres ? » (Utopia)

Salernes : vendredi 15 et lundi 18 à 18h, samedi 16 à 20h30

 

 

IMPULSO

Emilio BELMONTE - Espagne 2018 1h45 VOSTF -

IMPULSOImpulsive, charnelle, sauvage, dotée d’une technique qui éblouit, la danseuse Rocío Molina est devenue l’une des danseuses (contemporaines ? elle n’aime pas toujours qu’on l’appelle comme ça...) au monde les plus admirées aujourd’hui. Poussant les limites de la danse et des arts visuels, peu de danseurs ont osé transgresser à ce point les thèmes classiques du flamenco tels que, l’origine magique du duende, le regard vers le passé et ses lois immuables, le deuil, la tragédie ou encore la domination masculine… Rocío Molina, quant à elle, s’intéresse à la sexualité féminine, la notion de limites et leurs dépassements, l’humour, la mythologie ou la poésie du quotidien. 

Lorsque le réalisateur Emilio Belmonte la rencontre en 2015, il découvre une femme qui a soif de collaborations artistiques diverses avec des danseurs, vidéastes, musiciens, architectes… Après avoir longuement échangé sur leurs parcours respectifs, leurs méthodes de création, sur le silence, le risque et le désir comme moteurs de la création, le projet de consacrer un film sur l’émergence du geste flamenco arrivait à point nommé. 
Ce bio-doc exceptionnel suit donc Rocío Molina pendant la création d’un nouveau spectacle au Théâtre National de Chaillot à Paris. Les répétitions et les performances alternent avec des entrevues avec des membres de la famille, des amis, des collègues et des musiciens accompagnateurs.

Rocío Molina, considérée comme l’une des meilleures bailaoras d’aujourd’hui, veut donner au flamenco un sentiment d’urgence contemporaine. Pellicule de plastique plutôt que robe tachetée volumineuse classique, elle frappe et se balance sur le sol de la scène tel un insecte géant.(Utopia)

Salernes : vendredi 15 à 20h30, et dimanche 17 à 18h

 

L'AMOUR DEBOUT

Écrit et réalisé par Michaël DACHEUX - France 2018 1h25mn - avec Paul Delbreil, Adèle Csech, Samuel Fasse, Jean-Christophe Marti, Thibaut Destouches, Shirley Mirande, Pascal Cervo, Françoise Lebrun...

L'AMOUR DEBOUTCette histoire pourrait se dérouler dans un roman de Balzac. Cette fois, les Illusions perdues sont celles de Martin et Léa, deux jeunes provinciaux qui viennent de se séparer et qui montent à Paris pour se trouver une place. Mais comment se reconstruire après l'échec du premier amour ? Et que signifie entrer de plain-pied dans le monde adulte ? A l'intérieur de soi, il y a aussi un être mystérieux que l'on ne connaît pas.
Martin et Léa ne sont pas des héros modernes. Il y a en eux quelque chose de romantique, qui résiste à l'air du temps, à son obsession de réussite et d'efficacité. Ce sont des êtres sensibles, doux et délicats, qui avancent à leur rythme. Ils aiment parler de films, de livres, de musique ; l'art est un espace de liberté ; certaines œuvres sont pour eux des rencontres essentielles, qui ont le pouvoir de les aider à se comprendre, à mûrir.
Il est aussi question de courage. Celui de faire son « saut dans l'existence », d'accepter les désirs enfouis, d'être sincère avec soi-même. Pour Martin, il s'agit entre autres de faire son premier film, de se lancer dans une vie de création. Une vie exaltante, mais éprouvante aussi. Comme dirait Jérôme, son ami, « avoir la gnaque tous les matins, ça ne va pas forcément de soi. »
Pour filmer ces jeunes gens, il fallait une mise en scène à leur image, élégante, épurée et sans effets appuyés, généreuse avec le spectateur, qui le laisse libre de ses émotions, libre de se laisser porter par la musicalité du film, de s'y retrouver au gré de ses propres souvenirs de jeunesse, comme dans les grands romans d'apprentissage. (les cinéastes de l'ACID)

Ce n’est pas dans n’importe quelle famille du cinéma français que Michaël Dacheux vient mettre ses pas : il s’agit de celle qu’on a coutume d’appeler « La Nouvelle Vague » et, parmi les réalisateurs rattachés à cette famille, l’influence la plus évidente est celle d’Eric Rohmer, en particulier dans sa période des Contes des quatre saisons : dans le jeu des comédiens, dans le récit du film, dans ce parcours initiatique de Léa et de Martin, avec les atermoiements amoureux de ces deux jeunes adultes et les difficultés rencontrées pour trouver leur place dans la société. Ce n’est sans doute pas un hasard, mais plutôt un clin d’œil, si L’Amour debout se déroule justement le temps de quatre saisons ! Toutefois, on ne peut manquer de penser aussi à Jean Eustache, avec la séquence du film où Martin va assister à une projection de La Maman et la putain à la Cinémathèque, une projection en présence de Pierre Lhomme, le directeur de la photographie du film, et de Françoise Lebrun, l’actrice principale… (critique-film.fr)

Lorgues : samedi 16 16h15, dimanche 17 20h10, lundi 18 19h10

 

DEUX FILS

Félix MOATI - France 2018 1h30 - avec Vincent Lacoste, Benoît Pœlvoorde, Mathieu Capella, Anaïs Demoustier, Noémie Lvosky, Patrick D’Assumçao... Scénario de Félix Moati et Florence Seyvos.

DEUX FILSIl y a quelque chose de Woody Allen dans le film de Félix Moati. Est-ce la musique, délicieusement jazzy ? Ou bien cette manière particulière de filmer la ville comme on filme une amoureuse ? À moins que ce ne soit cette tonalité vive et langoureuse qui swingue entre tragique et nonchalance, comme si le pire était toujours à craindre mais que la tendresse pouvait éclore à la moindre des occasions. Avec ses maladresses touchantes et ses hésitations mélancoliques, c’est un premier film délicat et étonnamment mature, qui aurait pu facilement se noyer dans la verve charismatique et envahissante de ses deux comédiens principaux (Poelvoorde et Lacoste) mais qui réussit pourtant un subtil dosage où chaque personnage tient sa place, sans bousculer ni faire de l’ombre aux autres. Lacoste est impeccable (quelle série pour lui ! Plaire, aimer et courir vite, Première année, Amanda, Deux fils…), Poelvoorde a rarement été aussi touchant et discret et le jeune Mathieu Capella est génial de naturel et d’audace.
Il a beau être un brillant psychiatre, Joseph ne fait pourtant pas l'économie d'une très grosse crise existentielle. De celle qui vous retourne le cerveau en moins de temps qu’il n’en faut pour décider de tout plaquer, le cabinet, les patients, la renommée, et oser enfin vivre son vieux rêve : devenir écrivain. Quant au talent, c’est une autre affaire.
Il a beau être très charmant et étudiant prometteur, Joachim, son fils aîné, n’en est pas pour autant épargné par un chagrin d’amour balèze comme un 4 tonnes qui l’a figé tout net dans un état de procrastination chronique qui l’empêche de commencer ou de terminer quoi que ce soit, et surtout sa thèse, au grand désespoir de son directeur de recherche, affligé par un si beau gâchis.

Et entre les deux il y a Ivan, 13 ans, latiniste convaincu de la force d’un « rosa rosae rosam », collégien hors norme qui est très très en colère face au spectacle désolant de cet effondrement en bonne et dûe forme des deux modèles qui avaient jusqu’à présent guidé sa jeune vie.
Ils sont père et fils, mais pourraient tout aussi bien être les trois âges de la vie d’un seul homme. L’adolescent fougueux et passionné, le cœur encore pur et l’âme incandescente, porté par le sens de l'absolu et une quête mystique. Le jeune homme désinvolte en pleine incertitude identitaire qui ne sait pas encore de quelle écorce sera construite sa vie et qui, déjà, sombre dans la nostalgie. Et l’homme mûr qui assiste passivement au départ de ceux qu’il aime (la toute première scène du film raconte avec force et pudeur tout le chagrin d’un deuil) et s’interroge sur ses erreurs passées et le temps qu’il lui reste (ou pas) pour enfin s’accomplir.
Ils sont un père et ses deux fils, mais à l'occasion les rôles s’inversent, parce que les enfants ont quelquefois bien plus de sagesse et de lucidité que les grandes personnes, et que les grands ont eux aussi peur du noir ou besoin d’être tenus par la main.
Et les femmes dans tout ça ? Elle brillent de mille feux, tout en étant souvent les grandes absentes. C’est Suzanne, le grand amour de Joachim qu’il ne peut oublier. C’est la mère qui est partie il y a si longtemps et dont l’ombre plane comme un fantôme. C’est la jeune prof de Latin (délicieuse Anaïs Demoustier), libre et sensuelle, fragile et diablement indépendante.

Au fil des grands espoirs perdus et des petites victoires sur l’existence, à coups de gueule, à coups de blues, dans les étreintes maladroites et les silences complices, ces trois-là tentent de dire « je t’aime » et ça nous parle.(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 et samedi 16 13h45, 18h45, 21h, jeudi 14 13h45, 18h15, 21h, vendredi 15 et lundi 18 13h45, 18h10, dimanche 17 13h45, 16h20, 21h, mardi 19 13h45, 16h15, 18h30

MY BEAUTIFUL BOY

Felix van Groeningen USA 2H01avec Steve Carell, Thimothé Chalamet ,Mauret Tierney

 


Trois ans après Belgica, le réalisateur des plébiscités La Merditude des Choses et Alabama Monroe poursuit son ascension et signe son premier film américain. Avec My Beautiful Boy, le flamand Felix van Groeningen s’attaque à un drame dur et poignant racontant l’histoire douloureuse d’un père qui s’est battu sans relâche, encore et encore pendant plus de dix ans, pour sortir son fils de l’enfer de la drogue. Produit par Plan B, la société de Brad Pitt, My Beautiful Boy est l’adaptation de deux romans conjugués en un seul long-métrage. D’un côté, celui de David Sheff, le père en question ici interprété par Steve Carrell, qui avait raconté ce combat difficile dans un livre de mémoires particulièrement bouleversant. De l’autre, celui de Nic Sheff, son fils incarné dans My Beautiful Boy par l’étoile montante Timothée Chalamet, qui avait également publié un livre parallèlement à celui de son paternel, où il racontait la tragédie de son addiction.  

Dans un style très différent, My Beautiful Boy pourrait bien venir se ranger aux côtés des plus grands films témoignant du fléau de la drogue, sur l’étagère où reposent les Panique à Niddle ParkTrainspotting et autre Requiem for a Dream. L’apport du film de Van Groeningen au genre, en plus de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle la drogue est souvent associée à la précarité et aux bas-fonds de grandes villes, est d’apporter un nouvel éclairage sur ce Mal en explorant non pas le combat d’un jeune homme ou sa tentative de reconstruction après des années de déchéances (ce qui a été fait mainte et mainte fois), mais d’observer conjointement l’addiction, les tentatives pour s’en sortir, l’espoir et les rechutes, le tout à travers le prisme d’une famille toute entière ébranlée par cet engrenage infernal. Et plus qu’un simple pamphlet contre la drogue, My Beautiful Boyde devenir une histoire d’amour filiale, une histoire de résilience et de fatalisme, mais aussi une histoire questionnant les rapports parents-enfants et l’éducation via le portrait de ce père impliqué en plein désarroi qui s’interroge sur les liens forts et complices créés avec son fils et qui semblent se retourner contre lui aujourd’hui 
 Incarnée par deux immenses comédiens qui offrent des interprétations viscérales et dévastatrices de conviction (Chalamet brille encore et mention à Steve Carrell dont c’est clairement l’année du sacre après ses fabuleuses performances dans Marwen et le prochain Vice), l’histoire de My Beautiful Boy est une déflagration émotionnelle dont la dureté est à aller chercher dans le réalisme que tente d’entretenir Van Groeningen pour traiter son sujet. En mêlant à son drame le portrait d’un adolescent qui essaie de comprendre sa souffrance et pourquoi il a vrillé, et celui d’un père qui cherche où il a pu échouer, My Beautiful Boy s’enrichit constamment en s’efforçant d’explorer, même brièvement, toutes les pistes et directions qui s’offrent à lui. A ce titre, peut-être que le film aurait mérité davantage de longueur pour justement avoir le loisir de devenir une fresque cinématographique plus ample et totale. Mais déjà en deux heures, Van Groeningen arrive à faire beaucoup avec un mélodrame qui remue en profondeur (Mondociné)
LE VOX : mercredi 13 VF 16h20 VO 20h45, jeudi 14 VO 18h30, vendredi 15 VF 15h55 VO 21h, samedi 16 VF 13h45, VO 18h30, dimanche 17 VF 20h30, lundi 18 VF 16h20, VO 21h, mardi 19 VF 13h45 VO 20h45

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Au(x) cinéma(s) du 30 janvier au 5 février 2019

Bonjour à tous !
 
Une semaine très riche en cinéma : vous pouvez aisément passer votre temps à aller voir des films tous meilleurs les uns que les autres !
Commençons par le début : Entretoiles vous propose une soirée ce dimanche 3 février pour venir voir avec nous  Qui a tué Lady Winsley de Hiner Saleem (aussi à Lorgues), une œuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables
 
Notez aussi notre soirée suivante le 3 mars qui sera Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passion, et le mini festival sur le cinéma asiatique, qui aura lieu les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !
 
L'association Colibris vous invite, elle, vendredi 1er février à voir Le temps des forêts de François-Xavier Drouet, un documentaire saisissant, sans concession sur l'état de nos forêt. 
En ciné-club, CGR nous propose Les confins du monde de Guillaume Nicloux, la quête existentielle d'un lieutenant français pendant la guerre d'Indochine de 1945. Par ailleurs, dans sa programmation ordinaire, CGR a plusieurs très bons films qu'il serait dommage de manquer : Green book de Peter Farrelly (en VF), inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse les liens entre race et classe aux États Unis, La mule de Clint Eastwood, (avec même une séance en VO !), un thriller magnifique qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon,  L'incroyable histoire du facteur Cheval de Nils tavernier, une aventure généreuse et terrienne,  Les Invisibles  de Louis Julien Petit (Discount), une comédie sociale savoureuse qui  parle avec humour et sans pathos de la difficulté de survivre dans la rue quand on est une femme.(aussi au Vox, à Lorgues, à Cotignac),  Edmond de Alexis Michalik, (aussi au Vox, Salernes et Le Luc),  qui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des pièces les plus célèbres du théâtre français,  et enfin Bohemian rhapsody de Brian Singer un biopic bien ficelé sur le groupe Queen et son chanteur Freddie Mercury. 
 
A Lorgues, L'homme Fidèle de Louis Garel, sac de nœuds amoureux inspiré de la Seconde surprise de l'amour de Marivaux.
 
Au Vox, ne manquez pas Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi, une critique sociale cinglante, entre rires et grincements. Doubles vies de Olivier Assayas, une comédie morale filmée comme un thriller et Colette de West Moreland qui restitue l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque.
 
A Salernes, Au bout des doigts de Ludovic Bernard, avec beaucoup d'émotions dans l'apprentissage du piano à haut niveau et à Cotignac Wildlife un film américain qui décrit la monotonie provinciale à travers le regard d'un adolescent impuissant face aux tensions entre ses parents.
 
Les prochains films de ciné club seront: une femme d'exception , Doubles vies, Border et Ben is back.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

QUI A TUÉ LADY WINSLEY ?

Hiner SALEEM - France / Turquie 2018 1h40mn VOSTF - avec Mehmet Kurtulus, Ergün Kuyucu, Ezgi Mola, Turgay Aydin... Scénario de Véronique Wüthrich et Hiner Sa

Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land (disponible en Vidéo en Poche !), qui était une sorte de western revisité. Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a dû le fuir à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l'empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes…
 Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, Hiner Saleem adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications. Quand une enquête piétine alors qu'elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ? Voilà donc Fergan qui vogue vers Büyükada, scrutant l’horizon tel Corto Maltese partant pour une course lointaine… 
Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Ceux qui connaissent l’endroit y verront un premier clin d’œil : Büyükada n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’Istanbul ! Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales accueillent l’intrus en grande pompe, comme il se doit, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser arbitrairement un innocent.Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d'un seul et unique indice : une goute de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin. Tout parait si simple avec les technologies modernes : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu, sinon ce ne serait pas marrant. Pour parvenir à ses fins, Fergan va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, à commencer par celles de la pauvre vétérinaire locale, soudain mise à toutes les sauces  (Utopia)
 
Soirée Entretoiles au CGR : dimanche 3 février 20h
Lorgues : mercredi 30 21h, dimanche 3 20h05, lundi 4 19h

 

LES CONFINS DU MONDE

Guillaume Nicloux - France 2018 1h43 - avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran, Gérard Depardieu, François Négret... Scénario de Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour.

LES CONFINS DU MONDELes Confins du monde nous transporte dans l’Indochine française de 1945. Une période de transition confuse, où il y a plusieurs forces en présence, où les ennemis changent au gré des événements. Les Japonais, qui avaient violemment repris le pays après le coup de force de 1945, se retirent finalement, laissant le champ libre aux indépendantistes vietnamiens. C’est dans ce contexte trouble que surgit le lieutenant français, Robert Tassen. Son frère est mort devant ses yeux, dans un massacre perpétré par un lieutenant sanguinaire d’Hô Chi Minh. Retrouver cette figure du mal pour se venger, telle est son obsession.
C’est donc une guerre intime et parallèle à l’intérieur d’une autre guerre. C’est aussi une sorte de polar existentiel, poisseux, moite, aux confins de la folie, un pied dans la boue du conflit, un autre dans la fantasmagorie. Difficile de ne pas penser à la longue nouvelle de Conrad, Au cœur des ténèbres, matrice de nombreux films de guerre « hallucinés » et notamment Apocalypse now de Coppola, qui a forcément marqué Guillaume Nicloux. A travers Les Confins du monde, on pénètre dans un monde où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes.
Il n’y a quasiment pas de coup de feu, mais de la peur et de la hantise. Des coups tordus, de la honte, du désir caché. Du romantisme morbide aussi, lié au culte de la virilité, à la fascination qu’exerce malgré tout la guerre, si violente soit-elle. Nicloux montre des états extrêmes, l’extase atteinte grâce à l’opium. Des moments d’attente, teintée de nostalgie : « Le métro me manque » confie du haut d’un mirador le soldat Cavagna, le plus proche ami de Tassen.
Et puis un salut est possible, lorsque Tassen rencontre l’amour, en la personne d’une prostituée indochinoise…
La guerre comme révélateur humain, c'est bien sûr une quasi-constante des films de guerre, mais l'intérêt de ce film, c'est la concomitance de ce thème avec celui de la quête du cinéaste. Si Nicloux n'a évidemment pas vécu le conflit indochinois, on ressent bien le parallélisme entre la quête existentielle de son personnage et sa propre recherche artistique, entre l'aventure de la guerre et l'aventure de ce tournage (toutes proportions gardées, cela va sans dire). Comme Tassen, Nicloux est déplacé, déphasé, déterritorialisé, déraciné de son milieu habituel et cela se sent dans sa mise en scène, attentive aux lieux, aux gens, aux décors naturels, à la chaleur, à l'humidité, à la lumière de ces confins à mille lieues de la France. On pourrait presque sentir à travers son filmage les parfums, la sueur, le sang, comme si la caméra elle-même transpirait.

Les Confins du monde est un film puissamment physique, sensualiste, climatologique : on le doit à la nature, bien sûr, mais aussi aux acteurs, vraiment remarquables d'intensité, de présence, de Gaspard Ulliel à Guillaume Gouix, de la superbe nouvelle venue Lang-Khé Tran à Gérard Depardieu qui imprime sa marque et son génie en une seule scène. Il parait que Nicloux a créé cette scène tardivement, juste pour le plaisir des deux compères de retravailler ensemble. C'est là une excellente raison de faire du cinéma et qui contribue à rendre ce film particulièrement attachant.

(d'après J. Morice, Télérama, et S/ Kaganski, Les Inrockuptibles)

Film ciné-club CGR : mercredi 30 10h45, jeudi 31, vendredi 1, samedi 2, dimanche 3, lundi 4 18h

 

LE TEMPS DES FORÊTS

François-Xavier DROUET - documentaire France 2018 1h43mn -

LE TEMPS DES FORÊTSLa forêt, c'est magique. On s'y enfonce avec un sentiment d'excitation, préparant l'aventure de s'engager hors des sentiers connus et la peur confuse de s'y perdre. Et une impression d'apaisement ouaté tellement les bruits, les odeurs, le paysage, ne se laissent pas découvrir à plus de dix pas. Sans même parler du contact, doux et rugueux, de l'écorce des arbres…
Ça ne vous avait pas immédiatement sauté aux yeux – pas plus qu'aux oreilles ou aux narines. Là où, autrefois, la vie bruissait de mille insectes, mille essences végétales, dans une généreuse anarchie auto-régulée, on peut aujourd'hui se balader au milieu des arbres sans entendre le moindre chant d'oiseau, sans que l'odeur d'humus vienne nous chatouiller la narine – et traverser, à perte de vue, des alignements de pins, bien espacés, bien rangés, bien propres, bien tous de la même espèce. C'est là, tout d'abord, que le film de François-Xavier Drouet nous emmène. Dans ces drôles de forêts qui n'en sont plus vraiment – plutôt des plantations. D'ailleurs on ne parle plus de gestion de la forêt, mais d'exploitation. 

Vous l'avez compris : comme dans tous les domaines dans lesquels l'Homme fourre son nez, la sylviculture n'échappe pas aux sacro-saintes exigences d'efficacité et de rentabilité. L'offre s'aligne sur la demande, en qualité et en quantité. Le marché demande du pin, c'est la mode, ça pousse vite, c'est facile à travailler. Aussi sec (on parle quand même encore en décennies), les forêts, landes et campagnes françaises se transforment en pinèdes. Toutes sur le même modèle productiviste, toutes plantées de la même essence : pour l'heure, le Douglas, extraordinaire modèle de pin nord-américain, du genre robuste (résistant aux pesticides) et à la croissance ultra-rapide (beaucoup plus rapide en tous cas que ses lointains cousins européens). Adieu, la diversité, adieu l'écosystème, sacrifiés sur l'autel du Profit.
Comme dans tous les types d'exploitations agricoles, le modèle productiviste s'est imposé à la sylviculture. Monoculture, évidemment, et mécanisation radicale, violente, de la filière, qui transforme les acteurs en prestataires et coupe le lien qui reliait les hommes aux arbres. Il faut aujourd'hui, montre en main, moins de cinq minutes pour abattre, écorcer et débiter un Douglas. Évidemment, la machine capable d'un tel prodige a un coût tel que son propriétaire est condamné, pour finir de la payer, à abattre les arbres à la chaîne. Pendant ce temps, Patrick, bûcheron, armé de sa tronçonneuse à 1500 euros, s’éclate autant qu’il transpire. Entre deux arbres abattus, il nous parle de sa liberté, de la satisfaction de ne rien devoir à sa banque, du plaisir de passer ses journées dans une forêt. Une forêt, avec ses broussailles, ses champignons, sa faune… Ne faisant guère le poids face au rouleau-compresseur, Patrick serait le représentant d'une espèce en voie d'extinction ?

D'une exploitation l'autre, Le Temps des forêts, dresse un constat saisissant, sans concession, de l'état de nos forêts. Le film raconte, de l'abattage à la scierie, la légitime inquiétude d'une filière peu à peu déshumanisée, ainsi que la tout aussi légitime colère des gardes forestiers transformés par leur administration de tutelle en comptables esseulés d'une matière première à faire fructifier. Tout cela serait d'une tristesse infinie, mais heureusement, à l'instar du bûcheron Patrick, François-Xavier Drouet oppose au système mortifère une kyrielle d'expériences alternatives, d'actions concrètes qui n'ont d'autre but que d'en contrecarrer les effets. Face à la logique néolibérale et sa responsabilité dans la destruction des écosystèmes, elles parient sur le temps long, préservent ce qui peut l'être et, indéfectiblement du côté des arbres, de l'humus, des biches et des oiseaux, préparent, joyeusement, l'avenir. (avec la participation involontaire mais précieuse de Manouk Borzakian, géographe, rédacteur pour Libération du blog Géographie et cinéma).

Présenté par Colibris au CGR : Vendredi 1er 20h

 

LES INVISIBLES

Louis-Julien PETIT - France 2018 1h43mn - avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Déborah Lukumuena, Pablo Pauly, Sarah Suco... Scénario de Louis-Julien Petit et Marion Doussot.

 
Tout comme Discount, le premier film de Louis-Julien Petit qu'on avait déjà beaucoup aimé (celui-ci est encore mieux !), Les Invisibles est un film jubilatoire, drôle et résolument politique, au sens le plus noble du terme. Décidément la filmographie de ce jeune réalisateur est bien partie pour remonter les bretelles aux injustices sociales sans avoir l’air d’y toucher, en usant d’armes universelles telles le rire, l’humanité… On sort de son film heureuses et grandis, remplis de courage, pleines d’envies. Celles avant tout de ne pas baisser les bras et de regarder devant soi avec toujours plus d’empathie.
Fortes en gueules ou gueules brisées, elles sont là. Même si la bonne société essaie de ne pas les voir. Habituées à se sentir transparentes, elles se gomment, se fondent dans la grisaille de la ville. Être vues, ce peut être le début des emmerdes. Tant et si bien que certaines en ont même perdu l’envie d’être belles. Et pourtant, belles, elles le sont, plus que la ménagère standard ou la séductrice mini-jupée sur trois étages ! On a affaire à de de la drôlesse qui a vécu, qui a du chien, du caractère, ou tout au contraire à la douceur incarnée qui a cessé de se faire confiance, qui s’est effacée face aux siens. Ce sont des foultitudes de femmes toutes uniques, leurs corps nous le raconte ainsi que les traits de leur visage, sculptés par leur combat quotidien, la rue, le temps qui attaquent chaque être. Elles ont la magnificence fragile de celles qui ont réussi à surnager.
Ce film qui fait chaud au cœur et à l'intelligence s’ancre dans une réalité qui ne devrait pas avoir droit de cité dans les pays civilisés, celle des femmes précaires, SDF qui arpentent nos villes dans une indifférence assassine. Tout pourrait paraître sombre et pourtant ça ne l’est pas ! Surtout quand au fin fond d’un quartier, des mains se tendent, patientes, inespérées, celles d’autres femmes tout aussi invisibles, des travailleuses sociales qui, malgré les faibles moyens mis à leur disposition, s’acharnent à redonner un peu de dignité, de reconnaissance à celles qui n’y croient guère. Il suffit parfois d’une douche, d’un repas chaud, pour réchauffer les sourires et leur permettre de repartir plus loin qu’on n’aurait cru. 
L’action se passe dans un de ces centres dits sociaux qui accueillent le jour les laissées pour compte. C’est Angélique, jeune gouailleuse intrépide (Déborah Lukumuena, une des actrices de Divines qui ne cesse de l’être), qui ouvre les grilles de l’Envol, le matin. Voilà la frêle structure submergée par le flot de celles qui rêvent de parler de leur nuit de galères solitaires. Ici, on accueille, tout en gardant ses distances. Pas question de se retrouver noyées dans la misère du pauvre monde, l’empathie n’est possible qu’en se protégeant un peu. Pourtant on sent bien que la barrière de protection est ténue, prête à rompre. Comment résister à ces sourires timides sous lesquels émergent des blessures tenaces, des envies de revanche magnifiques ? Toutes ces sans-abri ont un nom inventé pour voiler leur véritable identité : Edith (Piaf), Brigitte (Bardot ? Lahaie ? Macron en dernier choix ?), Lady Dy, Simone (Veil), Marie-Josée (Nat), Mimy (Mathy)… Aucune n’est apaisée, d’aucunes font semblant d’être calmes, plus versatiles que le lait sur le gaz, toujours prêtes à mettre le feu ou à s’embraser. Elles peuvent se montrer tour à tour aimables, détestables, admirables. On ne sait plus. Même Manu, la responsable pourtant aguerrie du centre, et ses collègues ne savent plus. Une chose est sûre : malgré les agacements, les déceptions, le jour où l’administration aveugle va décider de fermer le centre, l’équipe entière fera front, quitte à passer de l’autre côté de la barrière.
On ne vous en dit pas plus. C’est un film qui se vit plus qu’il ne se pense, un appel au courage. Même dévalué, le moindre des êtres vaudra plus qu’une action Natixis, il y aura toujours un poing pour se lever, une parole solidaire pour s’élever. C’est beau, c’est drôle, véridique, c’est du grand Petit (Louis-Julien). Décidément ces invisibles nous font rire, nous émeuvent tout en échappant aux clichés. C’est une belle réussite, vibrante, vivante, remarquablement interprétée par une pléiade d’actrices investies, professionnelles ou non.  (Utopia)
CGR : mercredi 30 et lundi 4 : 18h15, 20h20, 22h25, jeudi 31, samedi 2 et mardi 5 : 13h50, 18h15, 20h20, 22h25, vendredi 1er 13h50, 18h15, 22h25, dimanche 3 13h50, 18h15, 20h20
Vox Fréjus : mercredi 30 18h15, jeudi 31 13h45, 20h30, vendredi 1er 15h55, 18h30, samedi 2 16h15, 21h, dimanche 3 16h, 20h30, lundi 4 16h05, 20h, mardi 5 16h05, 20h30
Lorgues : mercredi 30 19h, vendredi 1er 17h, samedi 2 16h, lundi 4 21h
Cotignac: lundi 4 18h

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10 VF- avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

GREEN BOOKUn mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!
Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…
Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique.(merci à J. Goldberg, Les Inrockuptibles)

CGR : mercredi 30samedi 2, dimanche 3 10h50, 15h15, 19h50, jeudi 31, mardi 5 10h50, 13h15, 16h30, 19h50, vendredi 1er 10h50, 13h15, 16h30, lundi 4  10h50, 16h30, 19h50

 

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VOSTF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

LA MULENous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient.

CGR : mercredi 30, lundi 4 et mardi 5 10h40, 13h20, 15h40, 17h45, 20h05, 22h30 (VF), jeudi 31 10h40, 13h20, 15h40, 17h45, 22h30 (VF) et 20h05 (VO), vendredi 1er, samedi 2 et dimanche 3 en VF 10h40, 13h20, 15h40, 20h05, 22h30

 

L’INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

De Nils Tavernier Avec Jacques GamblinLætitia CastaBernard Le CoqFlorence ThomassinNatacha Lindinger , Français 2019 : 1h45mn

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Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : "Le Palais idéal". Au cœur de la Drôme, ce département de la région Auvergne-Rhône-Alpes aux portes du soleil, se dresse un monument de douze mètres de hauteur et de vingt-six mètres de long, unique au monde, construit en dépit de toute règle d’architecture mais néanmoins reconnu comme une œuvre de l’art naïf et classé au titre des Monuments Historiques le 2 septembre 1969 par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Une œuvre aussi inclassable qu’universelle nommé le Palais idéal à qui Ferdinand Cheval dit le Facteur Cheval consacra 33 ans de sa vie. Ferdinand Cheval naît en 1836 dans le petit village de Charmes tout proche de Hauterives. Après avoir été boulanger, puis ouvrier agricole, il devient facteur en 1867. En 1878, il est affecté à Hauterives où il effectue quotidiennement, à travers la campagne, une tournée de plus de trente kilomètres. Lors de ses longues heures de marche, il imagine un palais féerique. En 1879, année de la naissance de sa fille Alice, au cours de sa distribution de courrier, son pied bute sur une pierre qui l’envoie dans le fossé. Toujours curieux des richesses de la nature, il observe l’objet responsable de sa chute et constate qu’il est entouré de belles pierres à la forme particulière (certaines évoquent des caricatures, d’autres des animaux). Aidé de sa fidèle brouette, il décide d’en ramasser un grand nombre dans l’espoir de pouvoir donner jour à son projet. Si la nature se fait sculpteur, lui décide de devenir maçon et architecte. Inspiré par la nature, les cartes postales et les magazines illustrés qu’il distribue, il bâtit seul ce palais de rêve peuplé d’un incroyable bestiaire - pieuvre, biche, caïman, éléphant, pélican, ours, oiseaux… Mais aussi des géants, des fées, des personnages mythologiques ou encore des cascades, des architectures de tous les continents. Pour son voisinage, il n’est qu’un pauvre illuminé mais l’amour pour sa fille et son désir d’ailleurs lui permettront de passer outre ces quolibets. Réaffirmant, après De toutes nos forces sa volonté de donner la parole à de doux rêveurs un peu lunaires habituellement peu mis en lumière, Niels Tavernier construit un récit pudique qui avance doucement au rythme de son héros, entre ténacité et humilité. Autour d’un être hors norme doté d’une force décuplée pour affronter l’adversité, il nous conte l’histoire extraordinaire d’un homme simple et introverti qui, malgré les innombrables épreuves que la vie lui inflige, trouve le courage de réaliser son rêve au point de pouvoir être considéré aujourd’hui comme un héros de cinéma. Une fois passé le stade de l’admiration face à la réalisation d’un projet aussi pharaonique, force est de constater que le mystère reste entier sur les raisons qui ont poussé cet homme taiseux et presque analphabète, plus à l’aise au milieu des oiseaux que des hommes, à s’acharner à bâtir, dans la souffrance et le mépris, cet incroyable édifice. C’est finalement la part de folie associée à un doux grain de poésie, dont le réalisateur entoure délicatement cet asocial attachant, qui nous ouvre les portes de sa richesse intrinsèque, sublimée par un Jacques Gamblin totalement habité par son rôle. Il a appris la texture des pierres et restitue à la perfection le maniement des outils. Le visage émacié, la moustache drue, vêtu de l’uniforme du facteur, il a le talent de nous convaincre seulement d’un geste ou d’un regard qu’il est réellement Ferdinand Cheval, cet homme capable de rester de marbre tout en véhiculant d’intenses moments d’émotion. A ses côtés, la magnificence d’une Lætitia Casta tout en retenue jette un voile de tendresse partagée sur cette rude épopée. Des seconds rôles efficaces, de Natacha Lindinger qui irradie l’écran à Florence Thomassin d’une poésie décalée en passant par Bernard Le Coq, toujours entre humour et douceur, complètent avec justesse cette aventure généreuse et terrienne qui bénéficie également de la beauté majestueuse mais jamais tapageuse (à l’image du jeu des acteurs) des paysages de la Drôme. (àvoiràlire)

CGR : mercredi 30 et lundi 4 10h50, 17h45, jeudi 31 10h50, 15h50, vendredi 1er, samedi 2, dimanche 3 10h50, 15h50, 17h45, mardi 5 18h

Cotignac : jeudi 31 18h et vendredi 1er 20h30

 

 

EDMOND

Écrit et réalisé par Alexis MICHALIK - France 2019 1h52mn - avec Olivier Gourmet, Thomas Solivérès, Simon Abkarian Dominique Pinon, Jean-Michel Martial, Alice de Lencquesaing,Clémentine Célarié, Lucie Boujenah, Igor Gotsman, Mathilde Seigner... D’après la pièce de théâtre d’Alexis Michalik.
 
 À la manière de Feydeau, quand les portes claquent, quand les amants se planquent dans les placards et que les grandes bourgeoises s’évanouissent dans leurs robes de satin en poussant des longs « ohhhhhhhh !!! », Edmond raconte avec un panache éclatant et tonitruant l’incroyable genèse d’une des plus célèbres œuvres du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Dans ce film inspiré de sa propre pièce (énorme succès, moult Molières), Alexis Michalik fait le choix d’un ton et d’une mise en scène résolument burlesques, lorgnant de manière assumée vers ces vaudevilles à succès qui faisaient se gondoler le tout Paris de la fin du xixe siècle, quand le théâtre était encore le divertissement le plus populaire avant que le cinématographe ne vienne le détrôner. Alors oui, les décors en carton pâte, oui les comédiens qui s’en donnent à cœur joie sans retenue et oui encore les dialogues ciselés, affutés, calibrés pour la scène et le public… Il n’empêche : le résultat est des plus réjouissants et saura, nous en sommes certains, ravir tous les enseignants de collège qui étudient la pièce d’Edmond Rostand et tous ceux qui gardent un souvenir ému d’un certain film ou de l’une des nombreuses interprétations de l’œuvre sur scène. Quel bonheur tout de même que de se retrouver petite souris sous les planches de la scène du Théâtre de la porte Saint-Martin et suivre, scène après scène, vers après vers, rature après rature, l’écriture de ce chef-d’œuvre de la langue française.
 
Paris, décembre 1897. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Malgré l’interprétation de sa dernière œuvre par la très grande Sarah Bernard (Clémentine Célarié, délicieuse), star absolue de l’époque, il est en passe de devenir un artiste maudit. On rit du sérieux de ses vers, tellement ringards, à l’heure où Georges Feydeau triomphe avec son Dindon et son verbe à l’humour aérien . Mais la grande Sarah, qui s’est entichée de ce jeune poète qu’elle affuble d’un « mon » affectueux et protecteur, lui a organisé un rendez-vous avec le grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet flamboyant), célèbre comédien qui vient de claquer la porte du Français (autrement dit la Comédie Française) à qui elle a promis une nouvelle pièce dont il interpréterait le rôle principal, une pièce écrite donc, par le jeune Edmond. Mais Edmond n’a plus d’inspiration et donc rien de bien concret à proposer à Coquelin… rien, sauf quelques idées en vrac : des vers, forcément et toujours, un personnage haut en couleur, l’esprit fin, le cœur pur et la fougue au bout de l’épée, et des Gascons… On écrira la pièce au fur et à mesure des premières répétitions pour que tout soit prêt pour la fin d’année, c’est à dire dans quelques semaines !
 
Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des tentations d’une belle costumière, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac. L’histoire écrira le reste…(Utopia)
CGR : tous les jours à 16h
Vox Fréjus : jeudi 31 15h55, vendredi 1er et dimanche 3 16h, samedi 2 16h10, lundi 4 13h45, mardi 5 13h50, 18h10
Salernes : jeudi 31 et mardi 5 18h, samedi 2 20h30
Le Luc : mercredi 30 18h, vendredi 1er 18h30, samedi 2 16h
 
BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VF- Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

BOHEMIAN RHAPSODY

Surpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.
Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration…

CGR : Tous les jours à 21h50

 

L’HOMME FIDÈLE

Louis GARREL - France 2018 1h15mn - avec Laetitia Casta, Louis Garrel, Joseph Engel, Lily-Rose Depp...

L’HOMME FIDÈLELa première scène, donne le « la », impossible à dévoiler sans déflorer la surprise, cependant le ton est affiché : léger, drôle et cruel. Un détonnant mélange dans lequel Laetitia Casta excelle, resplendissante. Elle est Marianne, l’inconstante par laquelle arrivent les jeux de dupes, de l'amour et du hasard…
Abel aimait Marianne, Marianne aimait Paul, Ève encore gamine aimait Abel secrètement, comme on aime un fantasme, un idéal masculin inaccessible… Un Abel (Louis Garrel, séducteur arrosé, au meilleur de son jeu) balloté au gré des femmes et des rencontres. Un Abel hilarant et touchant avec ses airs de cocker constamment résigné, incapable de contrarier celle qu’il aime, même au risque de la perdre. 
Dix ans passent… avant que Marianne, qui s’est mise en ménage avec le père de son enfant, ne refasse surface, en veuve éplorée. Évidemment Abel immédiatement va vouloir la consoler, la reconquérir. Tandis qu’Ève (Lily-Rose Depp en ingénue diabolique), la petite sœur du défunt, devenue enfin grande et désirable, se met à courir après lui, prête à déclarer la guerre à sa rivale. Mais si l’une a la jeunesse pour elle, la cuisse ferme et des yeux de biche, l’autre a l’expérience qui sied aux renardes prêtes à tout pour défendre leurs territoires et les proies qu’elles ont conquises. Voilà, les ingrédients de l’intrigue en place, un sac de nœuds digne de La Seconde surprise de l’amour de Marivaux, dont le scénario s’est de prime abord inspiré. Jean-Louis Carrière et Louis Garrel rendent hommage au génial dramaturge, tout en s’en émancipant. Chaque scène ciselée au cordeau en appelle une autre qui vient nous surprendre. Toutes s’enchainent avec une fluidité efficace, jouissive. L’Homme fidèle se grignote ainci comme un petit quatre heure, une friandise craquante qui fera le bonheur des coquettes et des galants, bien plus subtile qu’il n’y parait. Une heure quinze de simple bonheur à ne pas bouder. 

Enfin il serait totalement injuste d’oublier de citer le jeune acteur Joseph Engel dans le rôle du fils de Marianne, âgé d’une dizaine d’années. Tout bonnement solaire, il crée une zone d’ombre sans concession autour de chaque personnage, même celui de sa propre mère. Il est celui auquel on ne peut rien cacher. Il distille le doute dans les pensées des adultes, les manipule. Petit bonhomme loin des clichés rebattus sur l’enfance innocente, il aime à conspirer, joue les détectives, nous ouvre des fenêtres vers d’autres perspectives, d’autres interprétations plus sombres qui finissent par nous hanter. Et si rien n’était ce que l’on a cru ? Et si ce qu’on prenait pour de simples badinages pouvaient révéler de sordides histoires sans cœur. Comme lui on finit par poursuivre la piste de coupables sans foi ni loi, d’empoisonneuses sans vergogne mais néanmoins séduisantes… Un monde imaginaire bien plus palpitant que la pure réalité. Joseph réussit à nous propulser avec délices dans sa bulle d’observateur souvent impuissant, jamais neutre. Et on se réjouit de ses espiègleries perspicaces qui bousculent les adultes, les font douter de tout.

Lorgues : mercredi 30 et lundi 4 à 17h30

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Au(x) cinéma(s) du 16 au 22 janvier 2019

Bonjour à tous,
 
Voici pour bien commencer l'année, une semaine dense en bons films, grâce à la Semaine du cinéma Télérama à Lorgues et Fréjus : vous avez le choix !
Notez tout d'abord notre prochaine soirée Entretoiles, le dimanche 27 Janvier, sur le thème Musique et liberté avec 2 films Cold War  de  Pawel Pawlikovsk et Leto de Kirill Serebrennikov. Ces 2 films ont en commun d'être superbement filmés en noir et blanc et de traiter de la difficile liberté musicale et amoureuse dans les pays de l'Est au temps du communisme. Bien sûr, entre les 2 films, Entretoiles vous proposera son traditionnel apéritif.
Notez aussi, puisque, n'est-ce pas, vous avez sorti vos agendas, le mini festival sur le cinéma asiatique, qui aura lieu les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous espérons aussi vous y proposer une petite conférence sur ces réalisateurs, et un buffet asiatique de fête !
 
Cette semaine dans le cadre du ciné club,  CGR nous propose Nos batailles de Guillaume Senez, qui nous apporte une vivifiante bouffée d'humanité (aussi au Vox).  Les prochains films de ciné club seront  Maya et Les confins du monde .Et Colibris nous attend vendredi pour le film Après demain de Cyril Dion et Laura Nouhalat, pour recenser les évolutions récentes de l'énergie citoyenne.
CGR vous propose dans sa programmation ordinaire plusieurs films qui valent le coup d'être vus : L'incroyable histoire du facteur Cheval de Nils tavernier, une aventure généreuse et terrienne, Edmond de Alexis Michalik, qui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des pièces les plus célèbres du théâtre français, et enfin Bohemian rhapsody de Brian Singer un biopic bien ficelé sur le groupe Queen et son chanteur Freddie Mercury.
 
A Lorgues on peut voir Une affaire de famille (aussi à Fréjus, Salernes et Le Luc) (si on ne veut pas attendre notre festival), The rider de Chloé Zhao, film magnifique sur la faiblesse et la force (aussi à Fréjus), L'île aux chiens  de Wes Anderson (aussi à Fréjus), une fable drôle et intelligente, Leto de Kiril Serebrennikov (aussi à Fréjus et Cotignac) (et si on ne veut/peut pas attendre la soirée Entretoiles le 27 janvier), La mort de Staline de Armando Iannucci, production absurde, hilarante et terrifiante ( aussi à Fréjus), Une pluie sans fin de Dong Yue (aussi à Fréjus), une enquête policière qui mène le héros bien loin...  
 
Au Vox  En Liberté  la délicieuse fantaisie burlesque de Pierre Salvadori,  Asako 1 et 2 de Hamgushi un film intime et délié sur l'amour et la passion, , Qui a tué Lady Winsley une oeuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables, Colette de West Moreland qui restitue l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. et enfin Amanda de Mickhaël Hers, le bouleversement après la destruction.
A Cotignac Un beau voyou de Lucas Bernard, un polar atypique.
 
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

NOS BATAILLES

Guillaume SENEZ - France/Belgique 2018 1h38 - avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay... Scénario de Guillaume Senez et Raphaëlle Desplechin.

NOS BATAILLESPersonne n’est encore levé dans la maisonnée, pas même le jour. Mioches, épouse, tous dorment encore à poings fermés quand Olivier (Romain Duris, parfait) prend le volant dans la nuit finissante. Sans avoir vu l'aube, nous voilà engloutis dans la grisaille d’un entrepôt éclairé par la seule lumière artificielle de néons impitoyables. Malgré le froid qui règne et qui oblige chaque employé à rester emmitouflé à longueur de service, il n’y a rien de plus glacial que le bureau chauffé d’Agathe, la DRH implacable. C’est là qu’Olivier, qui est chef d’équipe, prend la parole pour essayer de défendre Jean-Luc, un de ses camarades dont elle lui annonce le licenciement. Protestations vaines face à un simple rouage qui ne fait qu’appliquer les décisions d’une invisible direction. Quelques instants plus tard, Olivier ne trouvera pas la force de regarder Jean-Luc dans les yeux, louvoyant, n’osant rien lui avouer tant il est dur d’assumer son impuissance face à un système où la philanthropie n’est pas de mise. 
Retour au bercail… La petite commune est déjà plongée dans le noir. Les enfants installés dans leurs lits douillets résistent au sommeil comme s’ils espéraient secrètement entrapercevoir leur père… Entre temps on aura vu leur mère Laura se démener patiemment avec son lot quotidien : aller au rendez-vous chez la pédiatre, cuisiner, bichonner, jouer, surveiller la toilette, raconter des fables aux creux des oreillers pour aider le marchand de sable… Répondre avec un sourire un peu usé qu’elle va bien à celles qu’elle croise et qui s’inquiètent d’elle… Ce sont toujours les autres femmes qui lui posent cette question, devinant sans doute dans son regard une fragilité familière qu’elle essaie de dissimuler. Olivier, lui, tout occupé à se battre, important aux yeux de ses collègues qu’il essaie de défendre contre un patronat trop gourmand, n’a pas le temps de voir tout ça. 
C’est sans un mot, sans un adieu, sans laisser de piste que Laura va disparaître soudainement dans la nature… Plantant là tout son petit monde inquiet, ceux qu’elle aime, jusqu’à ses propres mômes. La caméra compréhensive ne la jugera jamais, lui accordant le droit de partir sans être considérée comme une mauvaise mère, respectant son choix. Dès lors, tout prendra une autre résonance. Les derniers mots dits, les dernières histoires racontées aux petits, Rose et Elliot, les « je t’aime… tu es belle » prononcés par ces derniers comme s’ils avaient perçu la faille, le départ à la dérive de leur maman, son sentiment de culpabilité, et voulu la soutenir à leur modeste manière. 
Chacun à compter de cette minute va devoir s’adapter, solidaire, grandir plus vite, les enfants comme leur paternel qui devra apprendre à cuisiner plus qu’un bol de céréales. Olivier découvre les méandres de l’intendance familiale, subissant seul ce qu’ils affrontaient à deux, comprenant progressivement les difficultés auxquelles était confrontée quotidiennement sa compagne. Le voici à son tour balloté entre plusieurs batailles : celle de la lutte syndicale qui doit continuer, celle de maintenir sa famille à flots, celle de retrouver Laura, celle de rester la tête haute dans cette petite ville où tout le monde semble avoir grandi ensemble, se tutoie, jusqu’au policier sensé mener l’enquête pour retrouver la disparue…
Il y a du vécu dans tout cela, le ton du film ne trompe pas. Derrière la caméra on sent le regard d’un père qui a connu ce parcours du combattant, appris à mieux regarder les autres. Sa bonhomie communicative bouscule une société où il est facile de sombrer dans l’incommunicabilité mais où toujours il y aura des hommes et des femmes pour se serrer les coudes. On sort réjoui de ce récit qui ne donne pas de leçons, accepte chaque personnage tel qu’il est avec ses limites, ses beautés. Tout un monde dont on perçoit les motivations et qui, malgré ses craintes et ses regrets, avance fièrement avec et grâce aux autres. Vivifiante bouffée d’humanité qui réchauffe les cœurs malmenés par la vie. (utopia)

Ciné club CGR : mercredi 16 et dimanche 20 17h45, jeudi 17 et mardi 22 15h30, lundi 21 13h45

Vox Fréjus : vendredi 18 18h15, samedi 19 16h, dimanche 20 20h45, mardi 22 17h55

 

APRÈS « DEMAIN »

Cyril Dion et Laure Noualhat - documentaire France 2018 1h20 -

APRÈS « DEMAIN »Produit pour la télévision comme complément à la première diffusion de Demain, ce film revient sur le succès phénoménal du documentaire.
Cyril Dion est cette fois-ci accompagné de son amie Laure Noualhat, enquêtrice sur les fronts de l'écologie. Elle est sceptique quant à la capacité des micro-initiatives à avoir un réel impact face au dérèglement climatique. Ensemble, ils partent à la recherche des actions inspirées par le documentaire, essayant de trouver celles qui marchent, durent et peuvent ainsi inventer un nouveau récit pour l'humanité…
Entre autres champs, le documentaire apporte un regard actualisé sur les dynamiques citoyennes et souligne les évolutions récentes de l’énergie citoyenne : de plus en plus de projets, des installations de plus en plus significatives et une nouvelle histoire de l’énergie qui s’écrit localement, entre les citoyens et les collectivités. (Utopia)

CGR présenté par Colibris : vendredi 18 à 20h

 

 

L’INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

De Nils Tavernier Avec Jacques GamblinLætitia CastaBernard Le CoqFlorence ThomassinNatacha Lindinger , Français 2019 : 1h45mn

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Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : "Le Palais idéal". Au cœur de la Drôme, ce département de la région Auvergne-Rhône-Alpes aux portes du soleil, se dresse un monument de douze mètres de hauteur et de vingt-six mètres de long, unique au monde, construit en dépit de toute règle d’architecture mais néanmoins reconnu comme une œuvre de l’art naïf et classé au titre des Monuments Historiques le 2 septembre 1969 par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Une œuvre aussi inclassable qu’universelle nommé le Palais idéal à qui Ferdinand Cheval dit le Facteur Cheval consacra 33 ans de sa vie. Ferdinand Cheval naît en 1836 dans le petit village de Charmes tout proche de Hauterives. Après avoir été boulanger, puis ouvrier agricole, il devient facteur en 1867. En 1878, il est affecté à Hauterives où il effectue quotidiennement, à travers la campagne, une tournée de plus de trente kilomètres. Lors de ses longues heures de marche, il imagine un palais féerique. En 1879, année de la naissance de sa fille Alice, au cours de sa distribution de courrier, son pied bute sur une pierre qui l’envoie dans le fossé. Toujours curieux des richesses de la nature, il observe l’objet responsable de sa chute et constate qu’il est entouré de belles pierres à la forme particulière (certaines évoquent des caricatures, d’autres des animaux). Aidé de sa fidèle brouette, il décide d’en ramasser un grand nombre dans l’espoir de pouvoir donner jour à son projet. Si la nature se fait sculpteur, lui décide de devenir maçon et architecte. Inspiré par la nature, les cartes postales et les magazines illustrés qu’il distribue, il bâtit seul ce palais de rêve peuplé d’un incroyable bestiaire - pieuvre, biche, caïman, éléphant, pélican, ours, oiseaux… Mais aussi des géants, des fées, des personnages mythologiques ou encore des cascades, des architectures de tous les continents. Pour son voisinage, il n’est qu’un pauvre illuminé mais l’amour pour sa fille et son désir d’ailleurs lui permettront de passer outre ces quolibets. Réaffirmant, après De toutes nos forces sa volonté de donner la parole à de doux rêveurs un peu lunaires habituellement peu mis en lumière, Niels Tavernier construit un récit pudique qui avance doucement au rythme de son héros, entre ténacité et humilité. Autour d’un être hors norme doté d’une force décuplée pour affronter l’adversité, il nous conte l’histoire extraordinaire d’un homme simple et introverti qui, malgré les innombrables épreuves que la vie lui inflige, trouve le courage de réaliser son rêve au point de pouvoir être considéré aujourd’hui comme un héros de cinéma. Une fois passé le stade de l’admiration face à la réalisation d’un projet aussi pharaonique, force est de constater que le mystère reste entier sur les raisons qui ont poussé cet homme taiseux et presque analphabète, plus à l’aise au milieu des oiseaux que des hommes, à s’acharner à bâtir, dans la souffrance et le mépris, cet incroyable édifice. C’est finalement la part de folie associée à un doux grain de poésie, dont le réalisateur entoure délicatement cet asocial attachant, qui nous ouvre les portes de sa richesse intrinsèque, sublimée par un Jacques Gamblin totalement habité par son rôle. Il a appris la texture des pierres et restitue à la perfection le maniement des outils. Le visage émacié, la moustache drue, vêtu de l’uniforme du facteur, il a le talent de nous convaincre seulement d’un geste ou d’un regard qu’il est réellement Ferdinand Cheval, cet homme capable de rester de marbre tout en véhiculant d’intenses moments d’émotion. A ses côtés, la magnificence d’une Lætitia Casta tout en retenue jette un voile de tendresse partagée sur cette rude épopée. Des seconds rôles efficaces, de Natacha Lindinger qui irradie l’écran à Florence Thomassin d’une poésie décalée en passant par Bernard Le Coq, toujours entre humour et douceur, complètent avec justesse cette aventure généreuse et terrienne qui bénéficie également de la beauté majestueuse mais jamais tapageuse (à l’image du jeu des acteurs) des paysages de la Drôme. (àvoiràlire)

CGR : mercredi 16, jeudi 17, vendredi 18, samedi 19, lundi 21 et mardi 22 10h45, 13h25, 15h40, 17h45, 20h - dimanche 20 13h25; 15h40,17h45, 20h

 

 

EDMOND

Écrit et réalisé par Alexis MICHALIK - France 2019 1h52mn - avec Olivier Gourmet, Thomas Solivérès, Simon Abkarian Dominique Pinon, Jean-Michel Martial, Alice de Lencquesaing, Clémentine Célarié, Lucie Boujenah, Igor Gotsman, Mathilde Seigner... D’après la pièce de théâtre d’Alexis Michalik.

EDMONDÀ la manière de Feydeau, quand les portes claquent, quand les amants se planquent dans les placards et que les grandes bourgeoises s’évanouissent dans leurs robes de satin en poussant des longs « ohhhhhhhh !!! », Edmond raconte avec un panache éclatant et tonitruant l’incroyable genèse d’une des plus célèbres œuvres du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Dans ce film inspiré de sa propre pièce (énorme succès, moult Molières), Alexis Michalik fait le choix d’un ton et d’une mise en scène résolument burlesques, lorgnant de manière assumée vers ces vaudevilles à succès qui faisaient se gondoler le tout Paris de la fin du xixe siècle, quand le théâtre était encore le divertissement le plus populaire avant que le cinématographe ne vienne le détrôner. Alors oui, les décors en carton pâte, oui les comédiens qui s’en donnent à cœur joie sans retenue et oui encore les dialogues ciselés, affutés, calibrés pour la scène et le public… Il n’empêche : le résultat est des plus réjouissants et saura, nous en sommes certains, ravir tous les enseignants de collège qui étudient la pièce d’Edmond Rostand et tous ceux qui gardent un souvenir ému d’un certain film ou de l’une des nombreuses interprétations de l’œuvre sur scène. Quel bonheur tout de même que de se retrouver petite souris sous les planches de la scène du Théâtre de la porte Saint-Martin et suivre, scène après scène, vers après vers, rature après rature, l’écriture de ce chef-d’œuvre de la langue française.

Paris, décembre 1897. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Malgré l’interprétation de sa dernière œuvre par la très grande Sarah Bernard (Clémentine Célarié, délicieuse), star absolue de l’époque, il est en passe de devenir un artiste maudit. On rit du sérieux de ses vers, tellement ringards, à l’heure où Georges Feydeau triomphe avec son Dindon et son verbe à l’humour aérien . Mais la grande Sarah, qui s’est entichée de ce jeune poète qu’elle affuble d’un « mon » affectueux et protecteur, lui a organisé un rendez-vous avec le grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet flamboyant), célèbre comédien qui vient de claquer la porte du Français (autrement dit la Comédie Française) à qui elle a promis une nouvelle pièce dont il interpréterait le rôle principal, une pièce écrite donc, par le jeune Edmond. Mais Edmond n’a plus d’inspiration et donc rien de bien concret à proposer à Coquelin… rien, sauf quelques idées en vrac : des vers, forcément et toujours, un personnage haut en couleur, l’esprit fin, le cœur pur et la fougue au bout de l’épée, et des Gascons… On écrira la pièce au fur et à mesure des premières répétitions pour que tout soit prêt pour la fin d’année, c’est à dire dans quelques semaines !

Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des tentations d’une belle costumière, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac. L’histoire écrira le reste…(Utopia)

CGR : mercredi 16 et dimanche 20 13h20, 15h45, 19h50 - jeudi 17 et mardi 22 11h, 13h20, 15h45 - vendredi 18 11h, 13h20 - samedi 19 15h45, 19h50 - lundi 21 11h, 13h20, 15h45, 19h50

 

BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VF- Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

BOHEMIAN RHAPSODYSurpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.
Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration…

CGR : tous les jours 17h40

 

THE RIDER

de Chloé Zhao- USA 2017 1h45mn VOSTF - avec Brady Jandreau, Mooney, Tim Jandreau, Lilly Jandreau, Leroy Pourier, Tanner Langdeau, James Calhoon Lane Scott, Caemron Wright... Grand Prix – Festival du cinéma américain de Deauville 2017.

THE RIDER« Je crois qu’il est très important que le féminisme ne se borne pas à inculquer aux filles qu’elles doivent se montrer plus fortes. Il faut aussi apprendre aux garçons qu’ils ont le droit d’être vulnérables. » Chloé Zhao

Nous avons découvert Chloé Zhao il y a deux ans avec le splendide Les Chansons que mes frères m'ont apprises, immersion dans la vie d'adolescents d'une réserve d'indiens Lakota. Au-delà du sujet passionnant et quasi-inédit dans le cinéma américain, ce qui frappait et bouleversait était le dispositif cinématographique imaginé par Chloé Zhao : plutôt que de faire un documentaire ou une fiction, elle choisissait une voie intermédiaire, construisant avec la communauté lakota le scénario d'une fiction où chacun rejouait son propre rôle, sa propre histoire même quand celle-ci était extrêmement douloureuse (une maison incendiée, le suicide d'un proche, etc.). Et le film prenait de ce fait une dimension impressionnante, dégageant une extraordinaire sensation d'authenticité tout en faisant preuve d'un romanesque digne des meilleurs westerns.

Lors du tournage de ce premier film, Chloé Zhao avait rencontré Brady Jandreau, un jeune cowboy vivant dans la réserve, concurrent émérite de rodéo, dompteur incroyable d'étalons sauvages, un de ces hommes mythiques qui savent parler à l'oreille des chevaux. Un garçon fascinant en soi, une rencontre marquante, mais pas de quoi sans doute en faire un film… Et puis un jour Bradley a fait une mauvaise chute, son cheval a eu la mauvaise idée de lui donner un coup de sabot qui lui a fracassé la boite crânienne, le laissant pour mort. Bradley a survécu mais il lui a été formellement interdit de remonter sur un cheval. Un conseil qu'il a été incapable de suivre, puisque pour lui, monter à cheval est aussi essentiel que respirer ! Cette fois Chloé Zhao tenait son film, un drame qui résume le mythe américain, celui d'un jeune homme qui préfère risquer sa vie plutôt que de ne pas suivre sa destinée. 
Dès la première séquence on découvre la cicatrice de Bradley qui partage son crâne en deux. Bradley, le champion de rodéo adulé mais convalescent, qui s'est résolu à accepter un petit boulot de caissier au supermarché. Bradley qui passe des soirées avec ses potes apprentis cowboys, qui évidemment minimisent la gravité de sa blessure et espèrent le voir remonter en selle. Bradley qui revoit, nostalgique, les vidéos ses exploits alors que sa jeune sœur aimante, probablement atteinte d'un syndrome d'Asperger, lui colle sur tout le corps des autocollants. Mais Bradley qui est aussi lucide quand il rend visite à son meilleur ami, bloqué dans un centre de rééducation, paralysé et en partie mutique, qui lui ne se remettra jamais de sa chute et à qui il rappelle le bon vieux temps : scènes absolument bouleversantes.

The Rider est un film magnifique, à la fois sur le mythe de l'homme américain, ses valeurs, son incapacité à accepter la fragilité, mais aussi à travers lui sur ces gens des états oubliés de l'Amérique profonde qui ont élu Trump pour retrouver par de mauvais moyens et de manière illusoire leur dignité perdue : Chloé Zhao, la jeune chinoise adoptée par l'Amérique, New-yorkaise progressiste, leur rend un très bel hommage, sans amertume. Sa mise en scène est somptueuse, aussi évocatrice quand elle montre en plan large les magnifiques soleils couchants sur les Badlands où apparaissent les cavaliers à horizon que lorsqu'elle saisit en plan serré les gestes méthodiques de la préparation des chevaux, les approches tendres de Bradley pour entrer en contact avec un mustang sauvage effrayé.

Lorgues : vendredi 18 18h30, dimanche 20 18h

Vox Fréjus : mercredi 16 16h, jeudi 17 15h55, vendredi 18 20h30, samedi 19 18h15

 

 

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA - Japon 2018 2h01 VOSTF - avec Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka, Kilin Kiki... PALME D'OR, FESTIVAL DE CANNES 2018.

 
 
Si ce n’est un miracle, c’est pour le moins un émerveillement ! D’un film à l’autre, avec les mêmes ingrédients principaux, le délicat Kore-Eda parvient à inventer de nouvelles recettes subtiles et purement délicieuses. Sans se lasser, sans nous lasser, il explore toujours plus intensément ces liens qui nous unissent, se font, se défont… Thématique quasi obsessionnelle sur la filiation, le lignage avec laquelle il parvient à se renouveler, à nous surprendre. Le titre ici nous met fatalement sur la piste, nous sommes bien dans l’univers de prédilection du cinéaste nippon, celui de I wish, Tel père, tel fils, Notre petite sœur, Après la tempête… Une fois de plus nous allons être happés, passionnés par ces choses simples de la vie, ces infimes miracles sans fin qui ne disent pas leur nom mais bousculent les êtres, les animent, aident à ne pas sombrer et à avancer. 

Quand on y songe, c’est une chose insensée que de vils libéraux de tous poils essaient de nous faire croire que les pires canailles de notre société sont les pauvres hères qui se débrouillent pour gruger les allocations familiales, les impôts ou ces grands temples de la consommation que sont les grandes surfaces… Le pauvre, le misérable comme dirait Hugo, est par nature suspecté d’être filou malhonnête ou flemmard inemployable. Ces inepties prospèrent chez nous, elles fleurissent visiblement aussi au Japon, ainsi sans doute que partout ailleurs dans le monde… Et bien je serais prête à parier que, mises bout à bout, toutes les petites combines des gens modestes de par le monde ne représentent guère que l’argent de poche de quelques grandes fortunes mondiales, si ce n’est d’une seule !
Alors quitte à être mis au ban de la société, autant ne pas l’être pour rien, surtout quand on n'a guère le choix. Que faire quand l’avenir n’a pas d’horizon ? Si ce n’est essayer de survivre sans s’embarrasser de plus de principes que ceux qui pratiquent éhontément l’exil fiscal à grande échelle. C’est ainsi que, modestement, la famille Shibata tout entière, passée experte dans l’art du système D, fauche, traficote, bricole, grenouille… Sous la houlette d’Osamu, le père, attentif et jovial, chacun de ses membres apprend l’art de la débrouille en faisant parfois preuve d’une remarquable inventivité. L’application des plus jeunes à perfectionner leurs techniques de vol à l’étalage fait plaisir à voir ! À cette école forcée de la vie, chacun devient plus malin qu’un singe. Le soir venu, on se rassemble, on rigole beaucoup, on se dorlote tendrement en partageant le butin modique autour de l’adorable grand-mère (l’extraordinaire actrice Kirin Kiki) qu’on ne laisserait pour rien au monde dans un EHPAD aseptisé, même si on en avait les moyens. 

Au milieu des grands immeubles, la minuscule maison hors d’âge des Shibata fait l’effet d’un havre précaire, mais goulument vivant, où s’entassent heureusement la mère qui cuisine, sa fille qui tapine légèrement, les autres qui rapinent… C’est mal, sans doute, amoral diront certains. Mais est-ce qu’une société richissime qui n’offre que des miettes et aucune perspective aux pauvres qu’elle créée ne l’est pas plus encore ? On a beau condamner, on s’attache progressivement à ces personnages de peu et leurs péchés nous semblent soudains véniels. D’autant plus quand Osamu et son jeune fils Shota ramènent un soir à la maison une toute petite fille, une frêle créature tétanisée par le froid de la nuit, la violence de ses parents qui ne la désiraient pas, alors qu'elle est si craquante ! Et même si on n’a guère les moyens de nourrir une bouche supplémentaire, personne n’a le cœur de la ramener sur le balcon glacial de l’immeuble sinistre qui lui servait de refuge… 
L’histoire de ce petit oisillon recueilli, de cette famille hors cadre, devient alors comme une parabole, un conte moderne à la morale cinglante : Kore-Eda cachait de la paille de fer sous son gant de velours… Utopia
Lorgues : vendredi 18 16h10, dimanche 20 20h
Vox Fréjus : dimanche 20 20h
Salernes : mercredi 16 20h30, mardi 22 18h
Le Luc : jeudi 17 18h30, samedi 19 21h
 

L'ÎLE AUX CHIENS

(Island of dogs) Wes ANDERSON - film d'animation USA 2017 1h41mn - Scénario de Wes Anderson, Roman Coppola, Jason Schwartzman et Kunichi Nomura. SUPERBE FILM D'ANIMATION CERTES, MAIS PAS POUR LES ENFANTS AVANT 10/12 ANS - VOSTF et VF.

L'ÎLE AUX CHIENSL'Île aux chiens est une merveille qui prouve, après le déjà formidable Fantastic Mr Fox (mais L'Île aux chiens est plus adulte), que Wes Anderson est un maître du cinéma d'animation : ce moyen d'expression particulier est un terrain idéal pour son invention débordante, sa fantaisie tendre, sa poésie loufoque, sa philosophie candide. C'est évidemment l'animation qui permet à Wes Anderson de faire exister Chief, Rex, King, Boss, Duke ou Spots… ces chiens follement courageux, débrouillards, tchatcheurs, gouailleurs, et finalement bien plus sensés que ces humains vaniteux qui croient tout savoir sur tout… Nous sommes ici devant une réussite majeure du cinéaste, qui enchantera tous ceux qui sont sensibles à son univers unique, qu'il vive à travers des personnages en chair et en os ou à travers des marionnettes.

L'action nous transporte dans futur proche au Japon, pays où c’est plutôt le chat qui est vénéré : le « maneki-neko 招き猫 », qui apporte bonheur et prospérité. En raison d’une épidémie de grippe canine, le Maire de Megasaki, le très sec et autoritaire Kobayashi, ordonne par décret la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville. Envoyés sur l’Ile poubelle, lieu de stockage des détritus plus ou moins biodégradables de la cité, les chiens de toutes races et de toutes conditions sociales se retrouvent ainsi livrés à eux-mêmes et à leurs questions existentielles, contraints de survivre en nombre dans cet espace clos bientôt appelé « L’île aux chiens ». 
Mais débarque un jour en avion le jeune Atari Kobayashi, bien décidé à braver tous les interdits pour retrouver son compagnon Spots. Aidé par une bande de cinq chiens aussi intrépides qu'attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville. Pendant ce temps, à Megasaki, la résistance pro-canine s’organise et un éminent scientifique cherche l’antidote à la grippe. Et arrivé là, on ne vous a presque rien dit…

C'est drôle, intelligent, profond sans en avoir l'air et plastiquement sublime. Écrit à huit mains, en hommage à un grand cinéaste japonais : « Akira Kurosawa et ses modestes équipes de coauteurs travaillaient ensemble à l’élaboration des scénarios », explique Wes Anderson. « C’est une pratique également assez courante dans le cinéma italien : les films sont écrits à plusieurs autour d’une table. On a essayé de s’en inspirer à notre façon ». Le résultat est là : un film d'aventures captivant qui est aussi une fable d'anticipation, un conte politique, une échappée poétique… Une familière sensation de foisonnement, d'imagination en ébullition, saisit le spectateur de L'Île aux chiens, comme souvent dans les films de Wes Anderson où chaque dialogue aux petits oignons, chaque plan millimétré, bien que chargés de références, semblent n'appartenir qu'à lui, ainsi que ce délicieux mélange de nostalgie et de modernité.
Nous nous refusons à croire qu'une éventuelle allergie au cinéma d'animation pourrait vous amener à vous priver de ce film absolument emballant, ce serait un gâchis sans nom. (Utopia)
 

 Lorgues : samedi 19 et dimanche 20 16h

Vox Fréjus : mercredi 16 et samedi 19 13h50

 

LETO

(L’ÉTÉ) Kirill SEREBRENNIKOV - Russie 2018 2h09mn VOSTF - avec Teo Yoo, Romain Bilyk, Irina Starshenbaum, Filipp Avdejev, Julia Aug... Scénario de Kirill Serebrennikov, Lily et Mikhail IdovFestival de Cannes 2018 : Sélection officielle, en compétition.

LETOLeningrad, 1980 (ce n'est qu'en 1991 que la ville reprendra le nom de Saint Petersbourg). Nous sommes sous le règne du marmoréen Brejnev, à cette époque où la grande confédération des républiques soviétiques a perdu de sa superbe autant à l'extérieur qu'à l'intérieur, où plus personne ne croit réellement au modèle du communisme étatique, mais où le pouvoir tient encore d'une main de fer toute opposition et toute velléité d'occidentalisation, autant dans les mœurs que dans l'économie. Autant dire que le peuple russe vit dans une triste léthargie.
Et pourtant la première séquence de ce remarquable Leto contraste avec ce cliché terne et grisailleux de l'Union soviétique des années 80. On y voit un groupe de jeunes filles escaladant une échelle à l'arrière d'un groupe d'immeubles pour se glisser par un fenestron dans ce qui s'avère être un des rares clubs de rock tolérés. Sur scène, pseudos Ray Ban et dégaine cuir, se déchaîne l'idole des jeunes filles Mike Naumenko. Mais attention : dans la salle, pas question d'exprimer trop ostensiblement sa passion pour le rock, point de slam, pogo ni même gesticulations diverses, des émissaires stipendiés du régime étant là pour contrôler toute effusion excessive. Plus tard tout le monde se retrouve au bord du lac, c'est l'été (« leto », le titre du film), on chante encore, on flirte, les filles sont belles et les garçons pas mal non plus. Parmi eux le timide et étrange Viktor, au visage eurasien, qui lui aussi veut percer sur la scène rock. Il a un vrai talent et fascine Natasha, la compagne de l'inconstant Mike qui va néanmoins le prendre sous son aile, ami et rival à la foi. Ainsi se noue un étonnant trio à la « Jules et Jim », à la fois amoureux et artistique.

Leto, dans un noir et blanc sublime, décrit avec beaucoup de justesse et d'empathie ces jeunes qui étouffent sous la chape soviétique et qui déploient une formidable énergie pour construire leur liberté artistique et amoureuse. Un monde où l'on peut passer des nuits entières à deviser, entassés dans un appartement, sur le sens des paroles de Lou Reed, où l'on boit et fume beaucoup, où l'on s'aime, un monde qui échappe, en dépit de la répression, aux diktats du pouvoir. Le film est d'ailleurs directement inspiré du destin des deux leaders de la scène rock du Leningrad des années 80, Mike Naumenko et Viktor Tsoi. Et si la curiosité vous prend d'aller voir les quelques vidéos existantes de leurs concerts, vous observerez le mimétisme réel entre les deux acteurs et leurs modèles. L'apprenti dépassera d'ailleurs le maître dans la mémoire du rock n'roll.

Toute cette liberté qui exulte par chacun des plans et des musiques du film est d'autant plus paradoxale qu'il a été réalisé par un Kirill Serebrinnikov assigné à résidence dans son appartement, pour une obscure affaire de détournement de subventions. Imaginer que ce film si lumineux, si énergique a été finalisé à distance par un gars enfermé dans quelques dizaines de mètres carrés est particulièrement savoureux. L'ironie du sort étant que cette ode à la liberté qui évoque la Russie brejnevienne étouffante trouve un parfait écho dans celle d'aujourd'hui, encore plus cadenassée par le joug poutinien. Les punkettes moscovites persécutées de Pussy Riot feront peut être dans 30 ans l'objet d'un film aussi réussi… (Utoipa)

Lorgues : mercredi 16 20h05, lundi 21 16h

Vox Fréjus : samedi 19 20h30, dimanche 20 18h10, lundi 21 20h, mardi 22 13h50

Cotignac : Jeudi 17 18h et 20h30

 

LA MORT DE STALINE

Armando IANNUCCI - GB 2017 1h48mn VOSTF - avec Steve Buscemi, Jeffrey Tambor, Olga Kurylenko, Jason Isaacs, Simon Russell Beale, Paddy Considine, Rupert Friend, Michael Palin (ex Monty Python)... D'après la bande dessinée française de Fabien Nury et Thierry Robin.

LA MORT DE STALINEDur de passer du Jeune Karl Marx, programmé l'année dernière à Utopia, à La Mort de Staline. De l'aimable philosophie à l'abominable barbarie. Et comment s'y prendre avec un client qui affichait au compteur, au moment de son dernier souffle, la bagatelle de 5 millions d'exécutions, plus 5 millions d'individus envoyés, avec des fortunes diverses, au goulag, sans oublier les 9 millions de petits propriétaires paysans emportés par la famine suite aux réquisitions. Comment s'y prendre si ce n'est par la farce ? L'inimaginable en effet dans cette histoire est que cette Mort de Staline hilariously british, loin de toute désolation funèbre ou de toute compassion, relève plus du Dr Folamour de Kubrick, avec son cow-boy chevauchant sa bombe atomique, que de la tragédie funèbre.
On se souvient au passage de cette blague qui courait au bon vieux temps dans les pays communistes à l'évocation de ces arrestations à l'heure du laitier : « Boum boum ! Tapait le poing sur la porte ! Ouvrez ! faisait la grosse voix à l'extérieur. Qui est-ce ? gémissait alors plaintivement la petite voix à l'intérieur. Gestapo !… criait la voix dehors. Ouf ! se rassurait alors la petite voix. » C'est sur ce mode, en effet, que nous est racontée la mort de Staline : un énorme malentendu avec une idéologie devenue caricature. « Ils nous vendront la corde pour les pendre » avait dit Lénine. Force est de constater que ses successeurs surent en faire entre eux-mêmes un aussi mauvais usage. 

Dès les premières images de cette mort annoncée, la messe est d'ailleurs dite. Nous sommes dans un de ces temples soviétiques dressés à la gloire de la culture, où se donnent des concerts de musique classique. La représentation vient de se terminer et déjà le public se disperse. A la régie, deux techniciens somnolent en attendant d'aller se coucher. Nous sommes le 3 mars 1953 et soudain le téléphone sonne : au bout du fil, une voix impérieuse annonce que le camarade Staline exige que lui soit livré dans les plus brefs délais l'enregistrement du concert. Panique à bord. Nos deux lascars, quasiment assoupis derrière leur console, n'ont pas enregistré la moindre note. L'ombre du goulag se profile… Il faut rattraper dans la rue les spectateurs, en retrouver d'autres pour remplir la salle : balayeurs, ouvriers de nuit sur le chemin de leur travail, ivrognes qui cuvent leur vodka dans le ruisseau… et trouver à l'arrache un chef d'orchestre qui croit mourir de peur quand les hommes de la milice frappent à sa porte. 
À la même heure, après avoir réuni au Kremlin le présidium pour évoquer une nouvelle affaire de complot – la routine, quoi –, Staline emprunte une des trois limousines devant le mener à sa datcha de Kontsevo près de Moscou, les deux autres étant des leurres occupés par des sosies, chaque voiture prenant chaque soir des chemins différents. Après un repas sur le pouce avec quatre de ses ministres encore en état de grâce, il monte se coucher dans une de ses sept chambres, toutes fermées par une porte blindée gardée par deux officiers du NKVD (les six autres aussi bien sûr). Pendant ce temps, le concert et son enregistrement ont repris dans l'angoisse générale alors que, derrière la porte blindée, va se jouer le destin de l'URSS…

Alors, bravo et merci à Armando Iannucci, réalisateur écossais de son état, de nous offrir le régal de découvrir un Nikita Khrouchtchev sous les traits de Steve Buscemi et un Molotov sous ceux de l'ex Monty Python Michael Palin dans une production absurde, hilarante et terrifiante où tout ce petit monde soviétique épouse sans sourciller la langue de Shakespeare. (Utopia)

Lorgues : samedi 19 18h, lundi 21 18h30

Vox Fréjus : jeudi 17 20h15, vendredi 18 16h, dimanche 20 13h45, lundi 21 16h10

 

 

UNE PLUIE SANS FIN

Écrit et réalisé par DONG YUE - Chine 2017 1h57mn VOSTF - Grand Prix du Festival international du Film Policier de Beaune 2018.

UNE PLUIE SANS FIN1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong par la Grande Bretagne, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, chef de la sécurité d’une vieille usine dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.

Premier film d'une maîtrise impressionnante, Une pluie sans fin tire sa force de sa formidable puissance visuelle mise au service de la profondeur de son propos. En même temps qu'il déroule les avancées et les impasses d'une enquête marquée du sceau de l'absurde et du dérisoire, Dong Yue n’hésite pas à présenter en sous texte une Chine industrielle en pleine transition vers un capitalisme d'état qui ne dit jamais son nom. Le film devient petit à petit une étude captivante sur les changements économiques et sociaux et les conséquences sur ses habitants.
Alors évidemment, la comparaison avec un certain film coréen du nom de Momeries of murder vient plusieurs fois à l'esprit. Et on ne croit pas se tromper en avançant que le film de Bong Joon-ho a inspiré Dong Yue. On y retrouve la même atmosphère lourde, la pluie qui emprisonne les personnages par sa présence constante. Mais Une pluie sans fin se détache petit à petit de son illustre prédécesseur : là où Bong Joon-ho utilisait l’absurde et l’humour pour désamorcer la descente aux enfers, Dong Yue reste dans la tragédie (il y a un côté shakespearien dans la destinée de Yu Guowei), aidé par une magnifique photographie sombre et désaturée.

Yu Guowei n’est pas un inspecteur à proprement dit. Il travaille à l’usine, en tant que chef de la sécurité. Quand il se présente au début du film (construit en flash-back) il traduit son nom en « résidu inutile d’une nation glorieuse », s'identifiant comme une victime collatérale de la modernisation, identification renforcée par les derniers plans du film. Lorsqu’il n’attrape pas les petits voleurs de l’usine où il travaille, Yu s’imagine en vrai détective. C’est avec toute la bonne volonté possible qu’il s’attaque à l’enquête sur le tueur en série, ne pouvant compter que sur son obstination, se mettant lui-même en danger, notamment lors d'une magnifique course poursuite sous la pluie. Mais il va tomber de haut, s’apercevoir petit à petit qu’il n’est pas si doué que ça pour résoudre des énigmes criminelles… Sa vie part en vrille, en une sorte de spirale infernale qu'il est incapable d'arrêter…
Jusqu'à un final parfaitement cohérent avec la tonalité noire du récit, Une pluie sans fin exprime magnifiquement le désenchantement de son héros, qui est aussi celui de son réalisateur : autant en emporte la pluie… (Utopia)

Lorgues : jeudi 17 16h, lundi 21 20h35

Vox Fréjus : mercredi 16, samedi 19 18h15, lundi 21 13h45, mardi 22 20h

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Au(x) cinéma(s) du 9 au 15 janvier 2019

Bonjour à tous,
 
Avant toutes choses,  Entretoiles vous souhaite une excellente année 2019 avec de belles surprises cinématographiques .Cette année encore nous essaierons de vous offrir un programme de cinéma alléchant  en vous proposant  chaque mois des soirées à thèmes et au printemps un  festival  sur trois jours.
Notre première soirée aura lieu ce dimanche 13 janvier à 20h  avec un film unique .Ce sera I feel good de Délépine et Kerven , une comédie loufoque et sensible sur les illusions perdues du communisme et les bienfaits de l 'utopie inventée par l abbé Pierre.
Notez bien que si vous voulez prendre votre adhésion pour l'année 2019 nous serons dans le hall 30 minutes avant le début de la séance. Merci de ne pas arriver au dernier moment!
Le dimanche 27 Janvier Entretoiles vous proposera sa soirée à thème avec 2 films Cold War  de  Pawel Pawlikovsk et Leto de Kirill Serebrennikov.
 
Cette semaine dans le cadre du ciné club CGR nous propose En Liberté ( aussi à Lorgues) la délicieuse fantaisie burlesque de Pierre Salvadori.  Les prochains films de ciné club seront Nos BataillesMayaet Les confins du monde.
 
A Lorgues on peut voir Les mauvaises herbesune comédie singulière burlesque et émouvante.  
A Cotignac Monsieurun film indien  sur l amour impossible entre un jeune maître indien et sa domestique qui n'élude rien de la dure réalité des castes, Au bout des doigts une sucess story sur une reinsertion réussie pour les amoureux de Rachmaninov et de feel good movie et enfin la palme d'or Une affaire de famille (aussi au Vox et à Salernes). Notez d'ores et déjà que vous pourrez voir ce film au printemps dans le cadre d'un événement organisé par Entretoiles à CGR.
Au Vox Maya, un film discrètement contemplatif  sur le retour à la vie d'un grand reporter rescapé des geôles syriennes, Asako 1 et 2 de Hamgushi un film intime et délié sur l'amour et la passion, Le temps des grâcesune enquête patiente, butineuse une déambulation à travers champs, Une femme d'exceptionfilm tiré d'une histoire vraie c'est le portrait d'une femme brillante luttant pour une justice égalitaire, Qui a tué Lady Winsley une oeuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables et L'homme fidèlede et avec Louis Garrel, une étude sentimentale finement biseautée.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma 
 
I FEEL GOOD

Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN - France 2018 1h43mn - avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jo Dahan, Lou Castel, Jean-Benoît Ugeux, Jean-François Landon, Jana Bittnerova, Elsa Foucaud, Marius Bertram...

 
« Il n'y a pas de grand pays sans de grands patrons » proclame le slogan évidemment sarcastique sur l'affiche, au-dessus d'un Jean Dujardin conquérant de l'inutile, marchant au bord d'une route en peignoir de bain sans doute chouravé dans un hôtel de luxe quitté à la cloche de bois... Le duo Delépine & Kervern, le plus utopien des duos franco-grolandais, fait semblant de prendre pour héros un apprenti-winner, un hâbleur qui ne jure que par le Cac 40, un adepte du culte de la réussite et du pognon roi pour mieux chanter la gloire modeste des compagnons du village Emmaüs de Lescar-Pau, champions de la démerde constructive et de l'économie durable sur le tas, de la conscience collective et de la solidarité active, du chacun pour tous et des lendemains qui chanteront peut-être un peu plus joyeusement si tout le monde y met du sien...

On va donc suivre Jacques, bon à rien patenté en perpétuelle recherche de l'idée géniale qui le rendra super riche mais pour l'heure fauché comme les blés et carrément SDF. Il n'a d'autre choix que de venir squatter chez sa grande sœur Monique (Yolande bien sûr), qu'il n'a pas vue depuis des lustres et qui dirige aujourd'hui une communauté Emmaüs près de Pau. Monique lui offre bien sûr gite et couvert, en échange de sa participation aux activités de la communauté... Tu parles ! Le Jacques va très vite se consacrer à un projet d'enrichissement aussi fumeux que d'habitude... inspiré par quelques trombines cabossées de compagnons guère épargnés par les épreuves d'une vie à la dure, il imagine de créer une agence de chirurgie esthétique low-cost, une sorte d'EasyJet du lifting qu'il va baptiser du nom imparable de « I feel good » !
 
Il va réussir à baratiner une demi-douzaine de villageois (pas vraiment dupes, on le verra plus tard) et à les embarquer dans un voyage désorganisé – 100% low-cost lui aussi – vers la Roumanie et la Bulgarie, contrées supposées être à la chirurgie plastique ce qu'est la Hongrie à la pratique des soins dentaires : le paradis du hard-discount. Vous vous doutez bien que le périple va se révéler aussi improbable que burlesque et que les velléités entrepreneuriales de Jacques vont tourner en eau de boudin. Mais vous n'imaginez pas les péripéties que notre groupe va traverser, et encore moins le résultat concret du relooking extrême dont va bénéficier un de ses membres…  Utopia
 
CGR SOIREE ENTRETOILES 20H
 
 
MAUVAISES HERBES

Écrit et réalisé par KHEIRON - France 2018 1h40mn - avec Kheiron, Louison Blivet, Adil Dehbi, Hakou Benosmane, Youssouf Wague, Ouassima Zrouki, Catherine Deneuve, André Dussolier...

 

Un film qui cite en préambule Victor Hugo ne peut pas être un mauvais film. Mes amis, retenez ceci : il n’y a ni mauvaises herbes, ni de mauvais hommes. Il n’y a que des mauvais cultivateurs ». C’est donc à lui que vous devez de trouver ce film (vu depuis et apprécié aussi par nous-mêmes) en bonne place dans cette gazette :

Si le film est pétri de bonnes intentions, il est suffisamment enlevé, drôle, fantaisiste, et sa foi en l’humain réjouira les éternels optimistes que vous êtes. On est séduit par la vivacité des dialogues, la fantaisie des situations qui en font une comédie populaire bien au-dessus du lot.
Si Nous trois ou rien, le premier film de Kheiron, était directement inspiré de l’histoire de ses parents, c’est sur sa propre expérience d’éducateur qu’il se penche. Mauvaises herbes est avant tout un message fort, parce que non péremptoire et non donneur de leçons, sur l’éducation, la jeunesse, le temps qui file et les secondes chances qu’il ne faut pas rater.

Waël (Kheiron lui-même) vit avec Monique (Catherine Deneuve) de petites arnaques en banlieue parisienne jusqu’au jour où ils tombent sur Victor (André Dussolier) victime médusée de leur « arnaque au caddie » (idée géniale qu’on vous déconseille de reproduire). Une arnaque de trop qui va les conduire à soutenir bénévolement Victor, qui gère une association venant en aide à des jeunes sortis du système scolaire pour des raisons diverses (absentéisme, insolences, port d’armes…).
Inhérents à ce genre de comédie populaire (non, ce n’est pas un gros mot !) les clichés sont balayés par le comique des situations ou par l’émotion que Kheiron y fait naître sans crier gare. On est saisi dès qu’il change de registre et filme à la bonne distance, et avec pudeur, un ado en souffrance dont il recueille les confessions.

On aurait pu craindre que Kheiron laisse ses apprentis-comédiens en rade… mais il ne se laisse pas subjuguer par les deux « monuments » du cinéma qui occupent le haut de l’affiche et porte sur eux le même bienveillant et généreux regard que sur un André Dussolier charmeur et charmé, offrant à chacun une fine partition entre rire et larmes.  Utopia
 
LORGUES      mer 9/19h         ven 11 et lun 14//21h05      sam12 et dim 13/20h15
 

EN LIBERTÉ !

Pierre SALVADORI - France 2018 1h47mn - avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard, Jackee Toto... Scénario de Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit.

 
Mais dieu que ça fait du bien ! En liberté ! est LE film qui va tout à la fois ensoleiller durablement vos journées, vous réveiller les zygomatiques et vous réconcilier avec la comédie française. En vérité je vous le dis, avec Pierre Salvadori, qui signe là son neuvième film (oui, neuf films réalisés en 25 ans de métier, on ne peut pas dire qu'il bâcle les produits à la chaîne, le Pierrot), c'est comme une vivifiante bouffée d'air pur qui souffle sur notre cinéma fabriqué en France. C'est officiel : la comédie made in France n'est donc pas condamnée à la moche grassitude et à la beauferie décomplexée. Elle peut être élégante, vive, alerte et généreuse. Elle peut enthousiasmer et déclencher de francs éclats de rires sans nous prendre pour des quiches ni des jambons. Même, sans faire l'intello de service, on redécouvre que la comédie, si elle s'appuie nécessairement sur des ressorts comiques, des effets de surprise, sur l'efficacité de l'écriture et la précision de la mise en scène, peut également, sans que ce soit ni un gros mot ni un pensum, parier sur l'intelligence des spectateurs.
Chaque soir, pour l'endormir, Yvonne raconte à son fils les extraordinaires aventures du Capitaine Santi, son héros de papa. Super-flic, incorruptible, quasi-invincible, le capitaine Santi défait d'une main une cohorte de truands armés jusqu'aux dents tandis que, de l'autre et sans bouger les oreilles, il réduit à l'impuissance une ribambelle de musculeux dealers. Même en mauvaise posture, le Capitaine Santi se tire avec panache des pires situations, avec légèreté, avec humour. Dans les histoires d'Yvonne, le Capitaine Santi, c'est la force incarnée, la classe faite homme, une parfaite élégance doublée d'un si séduisant côté voyou. Il faut dire que dans la vraie vie, le Capitaine Santi est réellement devenu un héros. Flic d'exception bravement tombé au combat, statufié de bronze au cœur de la cité pour services rendus à la Ville, héros définitif dont la veuve, Yvonne, donc, fliquette elle-même, s'efforce de garder vivace le souvenir dans le cœur de leur enfant. Et chaque soir, le temps d'une histoire, le Capitaine Santi revit les épisodes un brin romancés et terrasse sans coup férir l'hydre du crime et de la corruption. Et le chérubin s'endort.
Ce qui est embêtant malgré tout, avec les contes pour enfants, c'est qu'ils cadrent rarement avec le réel. Et même lorsqu'on le tient précautionneusement à distance, même en mettant toute l'énergie du monde à ne pas voir ce qui devrait vous crever les yeux, le réel finit immanquablement par vouloir jaillir hors du placard où on espérait bien qu'il finirait par se faire définitivement oublier. Au moment où on s'y attend le moins et avec des effets dévastateurs. Et c'est au hasard de l'interrogatoire plutôt anodin d'un suspect embarrassé impliqué dans une affaire pas bien méchante, qu'Yvonne met à jour la véritable nature de son héros de mari. Un secret de polichinelle pour ses proches, hors sa famille : le panache du défunt preux chevalier de la Maison Poulaga n'avait, dans la vraie (de vraie) vie, pas exactement la blancheur Persil. Pourri de chez pourri, plus corrompu qu'une armée de politiciens niçois dans un roman de Patrick Raynal, le « héros » s'est indûment enrichi, a pris du galon, s'est fabriqué une aura de justicier en faisant plonger au besoin des innocents pour masquer ses coups foireux. D'abord dévastée, puis enragée, Yvonne décide qu'il est de son devoir de réparer les méfaits de son compagnon défunt. Et de faire éclater au grand jour la vérité. Mais quelle vérité ?

Si on vous a brièvement planté le décor, raconté à la volée les premières minutes de l'intrigue, promis-juré, on n'en dira pas plus. Ce serait pécher. Emmené par une Adèle Haenel survoltée, dont on n'aurait jamais soupçonné l'abattage comique, le film déploie plusieurs pistes, tresse ensemble une comédie burlesque, une comédie policière, une comédie romantique, un pastiche de film d'action, et parvient au tour de force de n'en négliger aucun. Et cerise sur le gâteau, on se laisse entraîner de bon cœur dans ce tourbillon irrésistible, joyeux, sans jamais être dupe de la gravité qu'il enrobe. Comme dans toute comédie réussie, Pierre Salvadori habille en effet de légèreté et d'effets comiques des situations qui, racontées différemment, feraient pleurer Marc et Margot dans leurs chaumières. Des histoires de mensonges, de tromperies, de deuil, des secrets inracontables, des vies à (re)construire, le sens du mal et le pouvoir – peut-être – de l'amour. La galerie de personnages, génialement typés sans jamais être caricaturaux, porte ces questionnements, ces mal-êtres, ces espérances et ces désirs. Ils entourent la belle, l'incroyable Yvonne, l'accompagnent dans ses errances et l'emmènent vers l'improbable – ou l'impossible – résolution de son projet. Le plaisir des comédiens, de Adèle Haenel à Audrey Tautou en passant par Vincent Elbaz, Damien Bonnard et Pio Marmai, est communicatif. Pas une fausse note, pas une erreur de casting, ils nous embarquent sans coup férir dans l'univers grave et dingue de Pierre Salvadori – en liberté, totalement, merveilleusement.  Utopia
CGR CINE CLUB        mer9/  sam  et dim /17h50        jeu10  ven 11  lun14 et mar 15/15h50    
LORGUES      mer 9/21hh         ven 11 et lun 14//19h     sam12/20h15 
 

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA - Japon 2018 2h01 VOSTF - avec Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka, Kilin Kiki... PALME D'OR, FESTIVAL DE CANNES 2018.

 
Si ce n’est un miracle, c’est pour le moins un émerveillement ! D’un film à l’autre, avec les mêmes ingrédients principaux, le délicat Kore-Eda parvient à inventer de nouvelles recettes subtiles et purement délicieuses. Sans se lasser, sans nous lasser, il explore toujours plus intensément ces liens qui nous unissent, se font, se défont… Thématique quasi obsessionnelle sur la filiation, le lignage avec laquelle il parvient à se renouveler, à nous surprendre. Le titre ici nous met fatalement sur la piste, nous sommes bien dans l’univers de prédilection du cinéaste nippon, celui de I wish, Tel père, tel fils, Notre petite sœur, Après la tempête… Une fois de plus nous allons être happés, passionnés par ces choses simples de la vie, ces infimes miracles sans fin qui ne disent pas leur nom mais bousculent les êtres, les animent, aident à ne pas sombrer et à avancer. 

Quand on y songe, c’est une chose insensée que de vils libéraux de tous poils essaient de nous faire croire que les pires canailles de notre société sont les pauvres hères qui se débrouillent pour gruger les allocations familiales, les impôts ou ces grands temples de la consommation que sont les grandes surfaces… Le pauvre, le misérable comme dirait Hugo, est par nature suspecté d’être filou malhonnête ou flemmard inemployable. Ces inepties prospèrent chez nous, elles fleurissent visiblement aussi au Japon, ainsi sans doute que partout ailleurs dans le monde… Et bien je serais prête à parier que, mises bout à bout, toutes les petites combines des gens modestes de par le monde ne représentent guère que l’argent de poche de quelques grandes fortunes mondiales, si ce n’est d’une seule !
Alors quitte à être mis au ban de la société, autant ne pas l’être pour rien, surtout quand on n'a guère le choix. Que faire quand l’avenir n’a pas d’horizon ? Si ce n’est essayer de survivre sans s’embarrasser de plus de principes que ceux qui pratiquent éhontément l’exil fiscal à grande échelle. C’est ainsi que, modestement, la famille Shibata tout entière, passée experte dans l’art du système D, fauche, traficote, bricole, grenouille… Sous la houlette d’Osamu, le père, attentif et jovial, chacun de ses membres apprend l’art de la débrouille en faisant parfois preuve d’une remarquable inventivité. L’application des plus jeunes à perfectionner leurs techniques de vol à l’étalage fait plaisir à voir ! À cette école forcée de la vie, chacun devient plus malin qu’un singe. Le soir venu, on se rassemble, on rigole beaucoup, on se dorlote tendrement en partageant le butin modique autour de l’adorable grand-mère (l’extraordinaire actrice Kirin Kiki) qu’on ne laisserait pour rien au monde dans un EHPAD aseptisé, même si on en avait les moyens. 

Au milieu des grands immeubles, la minuscule maison hors d’âge des Shibata fait l’effet d’un havre précaire, mais goulument vivant, où s’entassent heureusement la mère qui cuisine, sa fille qui tapine légèrement, les autres qui rapinent… C’est mal, sans doute, amoral diront certains. Mais est-ce qu’une société richissime qui n’offre que des miettes et aucune perspective aux pauvres qu’elle créée ne l’est pas plus encore ? On a beau condamner, on s’attache progressivement à ces personnages de peu et leurs péchés nous semblent soudains véniels. D’autant plus quand Osamu et son jeune fils Shota ramènent un soir à la maison une toute petite fille, une frêle créature tétanisée par le froid de la nuit, la violence de ses parents qui ne la désiraient pas, alors qu'elle est si craquante ! Et même si on n’a guère les moyens de nourrir une bouche supplémentaire, personne n’a le cœur de la ramener sur le balcon glacial de l’immeuble sinistre qui lui servait de refuge… 
L’histoire de ce petit oisillon recueilli, de cette famille hors cadre, devient alors comme une parabole, un conte moderne à la morale cinglante : Kore-Eda cachait de la paille de fer sous son gant de velours… Utopia
 
COTIGNAC     Jeu10/18h et 20h30
LE VOX     mer9/15h45 et 18h    jeu10/18h      ven11/18h20    sam012/18h15   dim013/15h45 et 18h  lun14/ 16h et mar15/20h30
SALERNES   jeu10/20h30    sam12/21h     lun14/18h
 
 

MONSIEUR

Écrit et réalisé par Rohena GERA - Inde 2018 1h39mn VOSTF - avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni, Rahul Vohra, Divya Seth Shah.

 
Au creux de l’hiver, rien de tel qu’un film ensoleillé tout droit venu du pays des saris pour réchauffer nos sens engourdis. Monsieur est une gourmandise, aussi tendrement colorée et épicée qu’un subtil tandori. Ne reniant nullement les codes du cinéma populaire bollywoodien, il en élargit le champ, s’attaque aux carcans de la société indienne contemporaine dans un remarquable équilibre entre compréhension et dénonciation des traditions. Pour sa première fiction, la réalisatrice Rohena Gera s’attaque aux plafonds de verre et aux cages dorées de son pays natal, bousculant les convenances en douceur. 

Quand Ratna arrive à Bombay, c’est comme une bouffée d’incognito salutaire pour la villageoise qu'elle a toujours été. Ici son passé ne lui colle plus aux babouches. Non qu’il soit si terrible, mais il est des préjugés ancestraux qui persistent dans son village d’origine où chacun épie les faits et gestes des voisins, surtout ceux des voisines, des filles, des cousines… Impossible d’échapper aux injonctions des parents, à l'obsession du qu’en dira-t-on dans un bled où tout le monde vous a vu grandir. Arriver dans l’immense capitale du Maharashtra procure dès lors une véritable sensation de liberté. Ici une veuve pas trop éplorée (mariage de raison oblige) peut remettre des bijoux sans qu’on l’accuse de trahir son défunt mari, sans passer pour une dévergondée. On devine qu’elles sont nombreuses à être venues à la ville chercher une forme de rédemption, ou tout simplement la possibilité de respirer, l’espoir d’avancer vers un futur plus ouvert. Mais l’anonymat offert par cette grande marée humaine ne résout pas tout. Il y a au moins une chose à laquelle nul n’échappe : sa condition sociale. Pas plus qu’on échappe à son genre.
Mais Ratna est loin d’être une victime soumise. Sous ses dehors dociles se cache une volonté inflexible qui va progressivement attirer l’attention de son nouveau maître, Ashwin. Bel homme languide, il est le fruit d’une classe supérieure qui persistera toujours à mépriser les humbles. Chez ces gens-là, on ne marie pas les torchons avec les serviettes et les domestiques sont constamment renvoyées à leur rang de serpillère, de petit électro-ménager humain interchangeable. Autant dire qu’Ashwin ne prête d'abord pas plus d’attention à sa nouvelle employée qu’aux tapis de son salon. Ils appartiennent à deux mondes opposés, deux planètes faites pour ne jamais se rencontrer, chacune rivée à son orbite, mue par des forces immuables. Chacun-e connait sa place et se garde de la remettre en question.
Ce qui va faire la différence, c’est l'intelligence vive de Ratna. Elle observe, analyse sans disserter, anticipe les demandes et finit par comprendre son patron à demi-mots, mieux que quiconque. Elle perçoit son profond désarroi. La grandiloquence du paraître s’effrite. Bien calfeutré sous l’opulence, elle découvre le microcosme étriqué dans lequel Arshwin évolue à petits pas déjà vieux, du sofa au bureau, de son appartement frigide à sa luxueuse voiture climatisée. Dans le fond lui aussi n’est qu’un rouage, un mâle reproducteur prédestiné à perpétuer la dynastie familiale grâce à un mariage digne de son rang. Son avenir est tout bouché, alors que celui de Ratna est peuplé de tissus chatoyants, de marchés bruyants, de pousses verdoyantes, en un mot d’humanité. Il semble tout soudain qu’elle a tout à rêver, pas grand chose à perdre. Sans mot dire, l’obéissante servante creuse son sillon, avec ténacité, forçant le respect, même celui d’Arshwin, à son corps défendant. L’un et l’autre commencent alors à s’épier, sans jamais oser se frôler… C’est d’un romantisme fou !

Cela pourrait être l’histoire banale d’un amour empêché qui laisserait un souvenir larmoyant et tragique. Mais dans un ordre si bien établi, nul clan n’a besoin de s’interposer entre les amoureux. Pas de poison, pas de poignards, pas de larmes… pas d’autres armes que les mots. Des mots qui enferment mais qui permettent aussi parfois de se libérer…  Utopia
 
COTIGNAC    lun14/20h30 
 

AU BOUT DES DOIGTS

Ludovic BERNARD - France 2018 1h45mn - Avec Lambert Wilson, Jules Benchetrit, Kristin Scott Thomas, André Marcon, Karidja Touré, Michel Jonasz... Scénario de Johanne Bernard et Ludovic Bernard.

 
nous avait embarqué il y a un peu plus d’un an aux pieds de l’Himalaya, avec la comédie L’ascension, succès que l’on sait, qui racontait l’histoire folle (et vraie) d’un petit gars de banlieue sans aucune expérience en alpinisme, qui s’attaquait à la face de l’Everest pour éblouir l'élue de son cœur. Avec des paysages beaucoup moins spectaculaires et un cadre plus intimiste, Ludovic Bernard renoue ici avec un thème qui lui est cher, celui du plafond de verre, ce concept au nom explicite qui laisse les classes (sociales, culturelles, économiques) bien étanches les unes aux autres, manière invisible de reproduire les schémas les plus stéréotypés entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont, et ceux qui n’ont pas… mais heureusement, le cinéma est là pour détricoter tout cela et laisser voir d’autres champs du possible, là par l’alpinisme ou les concours d’éloquence (voir le film Le brio), ici par la force de la musique et d’un clavier de piano.

Dans son grand appartement parisien cossu où il aime à savourer un verre de grand millésime le soir en rentrant du travail, Pierre Geitner masque mal sa tristesse latente et son désarroi… depuis quelque temps, il est sur la sellette et il se pourrait bien que la direction du Conservatoire où il est directeur musical veuille signer, dans un large sourire, la fin de sa carrière. Pas assez de recrutement, plus assez de prestigieux élèves, de la trempe de ceux qui, bien dressés, peuvent prétendre à de prestigieux concours internationaux et par la même redorer le blason de la maison par un premier prix. 
Dans le hall glacial et animée de la Gare du Nord, on a mis un piano pour que celle ou celui qui le souhaite puisse jouer, pour soi, pour les autres, par plaisir, pour pratiquer. Quand il tombe par hasard sur ce jeune garçon et quand il écoute, fasciné, le morceau qu’il interprète, il sait immédiatement qu’il tient là une pépite rare et brute. Mathieu joue avec la grâce de ceux qui n’ont rien à gagner et rien à perdre, il joue comme il respire : par besoin vital, par nécessité, comme par nature. Mathieu vient d’un milieu où l’on ne prend pas des cours de piano, où l’on ne rêve pas de premier prix de solfège, où l’on ne fréquente pas des harpistes ni des premiers violons. Persuadé qu’il tient là le souffle qui va redonner du sens à son métier et remettre un peu de passion et de fougue dans sa vie, Pierre va se mettre en tête de faire rentrer le petit gars de banlieue dans sa prestigieuse école. Le faux hasard d’un travail d’intérêt général et la pugnacité d’une enseignante aussi exigeante qu’ intransigeante (Kristin Scott Thomas) écriront la suite de la partition. Fougueux, fier et sauvage, défiant les règles et l’autorité, Mathieu va découvrir alors un univers dont il ignore tous les codes.

Du piano, du piano, encore du piano et beaucoup d’émotion, celle que la musique porte au delà des notes, pour ceux qui donnent et pour ceux qui reçoivent… Utopia
 
COTIGNAC    ven 11/20h30
 

MAYA

Écrit et réalisé par Mia HANSEN-LOVE - France 2018 1h45mn VOSTF- avec Roman Kolinka, Aarshi Banerjee, Alex Descas, Judith Chemla, Johanna Ter Steege

« Aucun monde n’est plus réel qu’un autre ». En partant tourner en Inde, Mia Hansen-Løve ne fait pas mystère de ses intentions de sonder le voile des illusions. Culpabilité, sentiment de vide, poids du passé, découverte de nouveaux territoires, beauté intemporelle du monde, sentiments purs et manœuvres de l’ombre, guerre et amour : le long métrage parcourt souterrainement une multitude de thèmes sous l’enveloppe d’une intrigue tissée autour du fil de la reconstruction psychologique d’un reporter de guerre occidental traumatisé et de sa rencontre à Goa avec une jeune femme indienne. L’occasion d’un voyage au long cours, romanesque et magnifiquement mis en scène, à travers lequel la réalisatrice fait s’incarner les conflits intérieurs en un personnage de témoin accro à la violence de son métier et tentant de se ressourcer et de renaître.

« Je m’épanouis dans l’action, pas dans la parole ; ni psychanalyse, ni bouquin. Ma thérapie ne passe pas par ça. » Rapatrié à Paris après quatre mois de captivité en Syrie, Gabriel est meurtri. Simulacres d’exécution, sévices, déplacements forcés, cris des autres détenus, sentiment de culpabilité d’avoir laissé un collègue derrière lui : à part avec Fred, autre journaliste libéré en même temps que lui, il n’arrive à échanger avec personne, se sentant vide et faisant le vide autour de lui. Il décide alors de partir en Inde, un pays dont on découvrira plus tard qu’il y a vécu les sept premières années de sa vie et où sa mère est restée, pilotant une ONG à Mumbai.
Mais c’est à Goa que Gabriel s’installe, dans un bungalow en bord de mer tout en retapant une petite maison à la campagne, sillonnant en solitaire et en scooter les environs, hantant les bars pour des aventures sans lendemain. Une latence, ponctuée de rappels à son passé douloureux, qui va prendre une nouvelle direction lorsqu’il rencontre Maya, la fille adolescente (de passage à Goa, au milieu d’études entre Londres et Sidney) de son parrain Monty, propriétaire d’un hôtel de luxe niché dans une nature paradisiaque. Au fil du temps qui passe entrecoupé par les périples de Gabriel à la découverte de l’Inde, une attirance se développe tandis que commencent à planer d’étranges menaces…

C'est une belle histoire d’amour dont Mia Hansen-Løve sait à merveille saisir toutes les étapes en donnant le temps de s’installer aux nuances de son vaste récit, Maya est un film visuellement très riche et esthétiquement très accompli, la cinéaste ayant de toute évidence une connaissance approfondie des splendeurs de l’Inde.(F. Lemercier, Cineuropa)  Utopia
LE VOX   mer9  ven11 et dim13 /18h15       jeu10 et ven 11/16h10   lun14 et mar 15/18h20 jeu 10/20h0  mar 15/13h45
 

ASAKO 1 & 2

Ryûsuke HAMAGUCHI - Japon 2018 1h59mn VOSTF - avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto, Rio Yamashita... Scénario de Sachiko Tanaka et Ryûsuke Hamaguchi, d'après le roman de Tomoka Shibasaki.

 
Parce qu’un jour Baku apparaît. Parce qu’Asako est une grande amoureuse. Parce que Ryûsuke Hamaguchi n’a probablement rien à apprendre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, indétrônable, éternel. Et parce que chaque mot d’Asako à Baku résonne avec une acoustique rare : celle d’un cri d’amour murmuré. Tout cela annonçait la couleur d’une sidération lorsque le fantasque Baku, sans crier gare, disparaît du jour au lendemain… Sans cette absence, Asako aurait été indemne, hermétique à sa propre compréhension. Avec : elle aura été (I) et sera (II). Puis en aimera un autre : quoiqu'un sosie. Un clin d’œil au chef d’œuvre de Buñuel, Cet obscur objet du désir. Mais aussi remake inversé du Vertigo d’Hitchcock où ce n’est plus James Stewart qui modèle Kim Novak pour en faire le sosie, mais Asako qui choisit un sosie et ne le change pas. Qu’elle est bleue, cette rencontre orange…
Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Ryûsuke Hamaguchi après dix années d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme l’accès d’Hamaguchi au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas, stationne derrière une muraille en béton. L’a-t-il d'ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire pour finalement faire le choix de l'urgence, de l'évacuation permanente : la temporalité du rêve étant ce qu'elle est… Le Baku étant une créature mythique du folklore qui se nourrit des rêves et des cauchemars. 
Le film a beau être vu deux fois, trois fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Ici, les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années… 
On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d'autant plus ce qu'elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d'une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu'aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c'est beau » d'être vivace, ambivalent, d'échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l'esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D'affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d'avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu'Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l'interpréter d'apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d'oser rester fidèle à soi.   Utopia
 
LE VOX     mer9 /13h45 et 20h30   jeu10/ 15h35 et 20h30  ven11/ 13h45 et 20h45  sam12/20h45  dim 13/13h45 et 20h30  lun14/15h25 et 20h  mar15/15h25 et 18h
 

LE TEMPS DES GRÂCES

Dominique MARCHAIS - documentaire France 2009 2h03mn -

 

Un superbe documentaire qui nous parle de l’impasse du monde agricole et par là même de notre rapport à la terre qui nous nourrit. Qui le fait sans leçon péremptoire, en laissant le temps de la parole aux paysans, agronomes, paysagistes qui tous dressent un constat terrible mais qui, tous, ont une esquisse de solution, si le courage politique combiné à un réel engagement des consom’acteurs sont de la partie.
Utopia a largement défendu Herbe, portrait éclairant des éleveurs laitiers bretons en plein paradoxe. Mais ce n’était un petit bout de la lorgnette… Dominique Marchais s’avoue totalement novice dans le monde rural. Il n’est pas ingénieur agronome, comme Olivier Porte, le réalisateur de Herbe, il n’a pas côtoyé durant plus de trois décennies les paysans comme Depardon. Il se revendique promeneur, amoureux des paysages façonnés par l’agriculture, à l’image des romanciers romantiques allemands pour qui la nature était une source d’inspiration infinie. Avec une légitime candeur, il veut juste comprendre pourquoi ce monde rural se bouleverse à vue d’œil, et ne semble pas tourner très rond. Pourquoi les haies et les chemins creux se sont raréfiés, pour laisser place à des paysage ouverts de champs à perte de vue ? Pourquoi les sols sont-ils morts ? Pourquoi le travail de la terre ne nourrit-il plus son homme, condamnant beaucoup d’agriculteurs à abandonner ou les obligeant à une double activité ?
Pour tenter de répondre à ces interrogations, Dominique Marchais ne s’est ni cantonné à une seule région (son road-movie rural nous conduit des riches plaines céréalières de l’Yonne au causses cévenoles qui font du si bon fromage persillé, en passant par les plateaux limousins et leurs splendides vaches rousses), ni à un seul type d’interlocuteurs. Bien sûr il rencontre de nombreux paysans (céréaliers, éleveurs laitiers bio, éleveurs ovins revendiquant leur lien avec l’industrie), mais aussi ceux qui pensent l’agriculture de demain et analysent les erreurs passées ou présentes : économiste, agronome, ou simple écrivain comme le génial Pierre Bergounioux, poète lucide et indispensable du monde paysan. Tous ces gens ont des parcours et des choix parfois radicalement différents et pourtant leur constat est sans appel : il faut faire, s’il est encore temps, un grand rétropédalage. Nos sols ont été totalement lessivés et détruits par une surproduction terrifiante et l’usage répété des intrants chimiques, et toute la technologie du monde ne fera bientôt plus rien pour les sauver et continuer à produire. On est fasciné de voir les microbiologistes analyser la teneur d’un sol de Champagne en micro organismes et comprendre pourquoi une vigne se meurt. Et pourtant les solutions, nos scientifiques les ont : il « suffirait » de reconstituer les haies, pourvoyeuses en matières ligneuses et champignons capables de reconstituer les sols. Economiquement, alors que les primes agricoles sont remises en cause et que les marges de la grande distribution ruinent les paysans, alors que l’installation de jeunes agriculteurs est devenue presque impossible à cause de la spéculation immobilière (habitat aussi bien que zones commerciales) et des blocages du syndicat agricole majoritaire, Marc Dufumier, génial enseignant à Agro Paris Tech, a aussi les réponses : sortir enfin du cycle infernal de la course à la production, justifiée par le mythe selon lequel la France devrait nourrir le monde (même si cela doit ruiner les paysans des pays du Sud), défendre des cultures à forte valeur ajoutée (notre camembert et notre champagne n’auront jamais de concurrents sérieux) et les circuits courts indépendants de la grande distribution.
Au bout de ce passionnant voyage, qui a en outre le mérite non négligeable de rendre esthétiquement « grâce » à la beauté des campagnes françaises, on se sent pris de l'irrésistible envie, en ces temps électoraux, de pousser nos candidats à prendre enfin les engagements qui s’imposent, alors que l’agriculture,pourtant source même de vie semble, étonnamment absente de leurs préoccupations.     Utopia
LE VOX      ven 11/20h 
 

UNE FEMME D'EXCEPTION

Mimi LEDER - USA 2018 2h VOSTF - avec Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Kathy Bates... Scénario de Daniel Stiepleman.

 

 

 
La femme d'exception du titre, c'est Ruth Bader Ginsburg, désormais élue juge à la Cour suprême des États-Unis, au grand dam de Donald Trump qui aimerait tant l’en dégager. Il faut le comprendre : existe-t-il pour lui adversaire plus redoutable qu’un esprit brillant qui, sans être millionnaire, sans acheter personne, est plus populaire que lui et le restera certainement plus longtemps après sa disparition que bien des présidents des États Unis de l’impitoyable Amérique. À 85 ans, elle est devenue la coqueluche de plusieurs générations. Une véritable icône du pop art, indémodable, indétrônable. Ruth est sans doute la seule juge au monde à avoir des mugs à son effigie, des tee-shirts, des pins ! On la représente en Wonder Woman, avec une couronne sur la tête, voire en madone ! Certain-e-s vont jusqu’à faire tatouer son portrait sur leur chair tendre. Mais au-delà de ce qui peut sembler un effet de mode, il y a la reconnaissance de tout un peuple pour celle qui a lutté, continue de lutter contre toutes les formes de discrimination et a fait progresser les droits des femmes, des minorités raciales, des gays…
Le film cueille Ruth au moment où elle est encore étudiante à Harvard. Les filles qui étudient le droit sont rares et ce n’est pas le doyen de la faculté qui les met à l’aise quand la première question qui lui brûle les lèvres est : « Et pourquoi (sous entendu : comment osez-vous ?) occuper une place qui est dévolue à l’homme ? ». Alors que les huit autres étudiantes rougissent d’humiliation, de colère rentrée, Ruth, malicieuse, affichant le plus doux des sourires polis, le renverra poliment à ses fourneaux. Oui elle est femme, oui elle est mère, oui elle est juive ! Et alors ? Si la Constitution ne lui donne pas les mêmes droits que ses congénères, c’est qu’il faut la changer ! Rien que ça ! Et si le combat doit prendre le temps d’une vie, ce sera la sienne !
Et tandis que, le soir, elle jongle avec les langes du bébé, les cours à potasser, celui qu’elle aime, qui l’épaule, qui va tomber gravement malade. Il y aurait de quoi baisser les bras. Mais c’est à se demander où ce petit brin de femme va puiser sa force… Non mais ! C’est tout de même pas un vulgaire cancer qui aura sa peau ni celle de son bonhomme ! Ce n’est qu’une donnée supplémentaire qu’elle intègre dans son agenda : bébé, cours, hôpital, aller supplier le doyen d’assister en parallèle aux cours que rate son époux pour qu’il ne perde pas son année… Waouh ! Rien que ça, ça scotche ! Mais ce n’est que le début d’une grande carrière dans laquelle elle arrivera par des moyens détournés à monter les échelons. Leçon numéro 1 : si tu jettes RBG par la porte, elle reviendra par la fenêtre, ou par la cheminée : car après tout, dans quel article de loi est-il inscrit que le rôle de Père-Noël est interdit aux dames ? 
Si le scénariste du film rend si bien hommage à cette magnifique juriste, héroïne des temps modernes, c’est qu’il est son propre neveu. Pour l'anecdote, quand il l’a appelée pour lui demander l’autorisation d’écrire sur elle, RBG lui a répondu, taquine : « Si c’est ça que tu as envie de faire de tes journées… ». Et elle ne lui fera pas de concession. Il veut dresser son panégyrique ? Soit, elle en fera un outil de plus au service de ses convictions : bouger les marques, abattre les préjugés et pour cela il faut viser où ça fait mal, avec élégance. Ses plus belles armes seront toujours ses traits d’esprits redoutables !  Utopia
 
LE VOX       mer9/20h30        jeu10/13h45       ven11/13h20   sam12/15h45    dim13/20h30          lun14/13h45  / et mar15/15h55
 
 

QUI A TUÉ LADY WINSLEY ?

Hiner SALEEM - France / Turquie 2018 1h40mn VOSTF - avec Mehmet Kurtulus, Ergün Kuyucu, Ezgi Mola, Turgay Aydin... Scénario de Véronique Wüthrich et Hiner Sa

 

Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land (disponible en Vidéo en Poche !), qui était une sorte de western revisité. Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a dû le fuir à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l'empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes…
 Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, Hiner Saleem adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications. Quand une enquête piétine alors qu'elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ? Voilà donc Fergan qui vogue vers Büyükada, scrutant l’horizon tel Corto Maltese partant pour une course lointaine… 
Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Ceux qui connaissent l’endroit y verront un premier clin d’œil : Büyükada n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’Istanbul ! Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales accueillent l’intrus en grande pompe, comme il se doit, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser arbitrairement un innocent.Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d'un seul et unique indice : une goute de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin. Tout parait si simple avec les technologies modernes : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu, sinon ce ne serait pas marrant. Pour parvenir à ses fins, Fergan va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, à commencer par celles de la pauvre vétérinaire locale, soudain mise à toutes les sauces  Utopia
 
LE VOX           mer9/216h10        jeu10/18h30       ven11/18h05   sam12/14H    dim13/16h10          lun14/20H30  / et mar15/13H45

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Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 décembre 2018

Bonjour à tous !
 
Cette semaine, CGR vous propose en ciné-club Le cahier noir de Valeria Sarmiento, portrait subtil et passionnant d'une Europe de fin de siècle...Solidaire Var Est et Migrnats Var Est vous proposent seulement jeudi soir, Libre de Michel Toesca, un documentaire galvanisant sur la question des migrants. Dans le programme ordinaire de CGR, plusieurs films intéressants : Pupille de Jeanne Herry, un film dont on sort avec un peu plus de foi en l'humanité, Mauvaises herbes de Kheiron Tabib (Nous trois ou rien), un film positif sur le bien vivre ensemble,  Bohemian rhapsody de Brian Singer, (en VF) un biopic intéressant sur le groupe Queen et sur leur chanteur Freddie Mercury et  Le grand bain de Gilles Lelouche qui réussit le pari d'une fable drôle sur plusieurs des aspects de nos vies (aussi à Salernes)
Au Vox, à Fréjus,Colibris propose Après demain de Cyril Dion qui réactualise le célèbre film Demain. Dans la programmation normale, Les confins du monde de Guillaume Nicloux, un film particulièrement attachant sur l'Indochine de 1945,  Les chatouilles de Andréa Bescard et Eric Metayer, une histoire de résilience longue et difficile à construire (bientôt au CGR),  Amanda où  Mikhael Hers signe un film délicat et un hymne à la vie ( à Cotignac aussi), Voyage à Yoshino  où Naomi Kawase fascinée par le Japon ,explore la nature en prenant tout son temps, Un amour impossible, de Catherine Corsini adaptation éponyme du roman de Christine Angot qui raconte l'histoire d'une femme - sa mère- sur plusieurs décennies et  Les filles du soleil de Eva Husson, un film précis, subjectif et efficace sur les combattantes du Kurdistan,
A Lorgues, allez voir La fête est finie de Marie Gareil Weiss, proposé par les Cinés débats citoyens, sur le thème de l'addiction et suivi d'un débat animé par 2 professionnels de ce secteur. Dans le programme ordinaire, on peut voir Un homme pressé de Hervé Mimran : les turpitudes de Luchini en homme d'affaires nimbé de réussite sociale : plus dure sera la chute ! et Heureux comme Lazzaro de Alice Rohrwacher, une fable ludique et profonde sur nos Eden perdus
 
 
Entretoiles vous propose une dernière soirée le dimanche 16 décembre avec le film d'Abdellatif Kechiche, Mektoub my love, qui nous entraîne 3 heures durant dans un tourbillon de corps festifs et sensuels, pour nous faire partager l'été d'un groupe de jeunes gens, à Séte. Pour ceux qui veulent renouveler leur carte pour 2019, nous serons dans le hall, une heure à l'avance à 18h30. Ne venez pas juste à l'heure du film (19h30) si vous voulez vous la faire renouveler ! merci !
 
La semaine prochaine, le film ciné-club  pour finir l'année sera Les chatouilles de Andrea Brescard.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

LE CAHIER NOIR

 

Pour ces marivaudages et ses secrets de famille empreints de trahisons, la réalisatrice Valeria Sarmiento brosse le portrait subtil et passionnant d’une Europe de fin de siècle, le XVIIIème siècle, avec la grâce et la délicatesse de Philippe Watteau ou Jean-Honoré Fragonard.Le récit des aventures, au crépuscule du XVIIIe siècle, d’un couple singulier formé par un petit orphelin aux origines mystérieuses et sa jeune nourrice italienne à la naissance pareillement incertaine. Ils nous entraînent dans leur sillage à travers l’Europe : Rome, Paris, Parme, Venise, Londres... Toujours suivis, dans l’ombre et pour d’obscures raisons, par un Calabrais patibulaire et un inquiétant cardinal, ils nous font côtoyer de ténébreuses intrigues au Vatican, le marivaudage à la cour de Versailles, les affres d’une passion fatale, un funeste duel et les convulsions de la Révolution française. Quand on aborde une telle œuvre cinématographique, il est difficile de résister à l’évocation de sa réalisatrice. Valeria Sarmiento est d’origine chilienne. Elle est rentrée dans le cinéma par l’intermédiaire de Raoul Ruiz dont elle était non seulement la compagne, mais aussi la monteuse de ses films. Elle terminera même la dernière œuvre de Ruiz,après la disparition soudaine du cinéaste de génie. Elle cumule ainsi une filmographie impressionnante depuis les années 1972, autant au cinéma qu’à la télévision, où elle alterna séries et téléfilms. Valeria Sarmiento n’en est donc pas à son coup d’essai. Une évidence qui vient immédiatement à l’esprit en visionnant ce Cahier noir tellement l’œuvre se montre aboutie, dans la conduite du récit comme dans son traitement esthétique.

Car Le Cahier noir est d’une impressionnante beauté. Pas un plan n’échappe à une réflexion profonde et méticuleuse sur la lumière, la couleur, le son, la photographie et la position de la caméra. La réalisatrice réussit le pari risqué de donner à voir une variété de pays européens, comme la France, l’Italie et l’Angleterre, via le prisme exclusif d’appartements luxueux de personnages riches, de leurs jardins et déambulations en calèches. Le choix est donc fait d’une mise en scène résolument sobre où, par exemple, la Révolution française est montrée, non pas dans une tempête d’effets spéciaux et de figurants, mais dans les passages discrets de quelques soldats ou de citoyens sur les bords des routes. Il n’en demeure pas moins que la violence de la guerre, la cruauté des sentiments parcourent d’un bout à l’autre cette histoire de passion, sans que jamais la réalisatrice n’ait besoin d’en faire la démonstration.

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Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle. Le romantisme du siècle à venir affleure lentement à travers les personnages, et notamment celui de la nourrice, interprétée par Lou de Laâge, lumineuse et sensible. Celle-ci incarne la fin annoncée du rationalisme des Lumières et cède à la mélancolie des paysages et le bouleversement des émotions. Même la guerre civile qui brutalise la France est l’occasion d’exprimer le destin d’une héroïne de roman pour cette jeune femme, absolument magnifique, qui s’égare entre une maternité avortée, des amours empêchées et une paternité obscure. Contre toute attente, Stanislas Merhar incarne un cardinal sombre et intriguant. Le fameux cahier noir dont il est mention dans la première séquence devient pour son personnage le témoin de l’histoire des capitales européennes de l’époque, où il tente de se sauver de ses propres démons et de protéger cette fragile nourrice d’elle-même. Il est un caméléon de la noblesse, capable de se transformer en religieux, en marchand et même en révolutionnaire bourgeois.

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On saluera le travail merveilleux qui est apporté à la confection des costumes et des décors. Un film historique ne saurait souffrir d’une pénurie de moyens, sauf à verser dans le mauvais goût. Ici, une attention extraordinaire est donnée aux intérieurs des appartements, aux couloirs napoléoniens, aux jardins à la française ou à l’anglaise, et aux robes que portent les actrices. On perçoit bien l"ambition artistique qui cherche, non pas tant le réalisme historique, que la description de la confusion des sentiments à la façon d’un roman. La réalisatrice s’attache à rendre chaque séquence la plus parfaite possible, jusqu’à cette scène finale où les cheveux de l’héroïne se fondent à l’écorce d’un arbre, symbolisant finalement, qu’en dehors de l’Art et du Beau, les choses sont sans importance.(àvoiràlire)

Ciné-club CGR : mercredi 5 16h15, vendredi 7 10h45, samedi 8 22h10, lundi 10 15h45, mardi 11 13h45

 

 

LIBRE

Michel TOESCA - documentaire France 2018 1h40mn - avec l’incroyable Cédric Herrou et tous les résistants de la Roya Citoyenne... Sélection en séance spéciale au Festival de Cannes 2018.

LIBREDerrière le glamour, les tapis rouges, les stars futiles d’un jour, les fêtes dispendieuses, les tractations dérisoires pour tel film survendu, le festival de Cannes sait aussi se faire acteur du débat citoyen, une caisse de résonance des luttes face aux pouvoirs dominants. Dans un département totalement contrôlé par la droite la plus réactionnaire et la plus rance, cette droite qui fait la course à l’échalote des préjugés racistes avec le Front National, le pire cauchemar de Christian Estrosi et Eric Ciotti a monté les marches avec tous les honneurs. Le cauchemar en question, c’est un simple paysan producteur d’olives, Cédric Herrou, qui ne se voyait pas vraiment délinquant multirécidiviste et abonné aux tribunaux, un homme qui avait simplement accroché au cœur un sens inébranlable de la solidarité. Il se trouve que sa vallée et son village de Breil sur Roya, autrefois totalement inconnus du grand public, accrochés à la frontière italienne et bien loin des fastes de la Côte d’Azur pourtant voisine, est un des passages empruntés par les migrants venant d’Italie en quête de vie meilleure. Cédric Herrou commence à en aider quelques uns, leur offrant une étape sur leur long périple. Le terrain est grand, ils sont de plus en plus nombreux, puis comme il faut aller vers les grandes villes pour faire les démarches administratives, il les aide aussi à voyager massivement par train vers Nice ou Marseille. Depuis, comme nombre de ses compagnons et bien qu’en principe le délit de solidarité n’existe pas, il est poursuivi par la justice. Mais alors que certains renoncent quand les premières amendes ou gardes à vue tombent, lui ne se laisse pas intimider, galvanisé par des soutiens toujours plus importants (tiens on voit l’ami dessinateur Edmond Baudoin, figure de la gauche niçoise) et une reconnaissance médiatique dont il se serait bien passé parfois, allant jusqu’à un article du New York Times.

Le réalisateur Michel Toesca est juste un ami et voisin, qui a quitté Paris pour son petit coin de paradis, et face aux aventures et déboires de son ami, il a décidé depuis deux ans de le suivre et de raconter ses luttes en toute simplicité. Et c’est juste drôle, galvanisant, ça vous emporte le cœur et vous fait dire que tout, malgré la justice toujours du même côté, les politiques de plus en plus contaminés par les idées d’extrême droite, tout est néanmoins encore possible. (Utopia)

CGR présenté par Solidaires Var est et Migrants Var est : jeudi 6 à 20h, suivi d'un débat

 

PUPILLE

Écrit et réalisé par Jeanne HERRY - France 2018 1h55 - avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Elodie Bouchez, Olivia Côte, Stefi Selma, Miou-Miou...

PUPILLEOn pourrait vous dire que c’est un film sur l’accouchement sous X. Vous allez dire « pffff , super festif ! » en mode ironique. Ou alors, on pourrait dire que c’est un film sur le long et complexe processus d’adoption et « mouais, bof » sera peut-être votre réponse… Si on vous dit que dans ce film il y a des assistantes sociales, des psychologues, des éducateurs spécialisés, des infirmières, des familles d’accueil, des parents en manque d’enfant, une mère célibataire, est ce que cela vous donnera envie ? Pas sûr…

Bon alors, on efface tout, on recommence… C’est l’histoire d’une rencontre, celle d’un bébé avec le monde. Ce bébé, comme tous les bébés depuis la nuit des temps, n’a rien demandé à personne mais le voilà. Il se trouve que ce bébé-là n’est pas un enfant désiré. Sa mère biologique n’a pas voulu ou pu comprendre ce qui lui arrivait, n’a pas cherché non plus à arrêter le processus de procréation, et lorsqu’elle arrive à l’hôpital, largement à terme, sa décision de ne pas garder l’enfant est prise. Dès lors, une machinerie peu ordinaire, mêlant humain, administratif et juridique, se met en action pour accompagner cet être dans le monde, ce « né sous X » dont l’Etat est désormais seul responsable, le temps de lui trouver une famille : c’est l’histoire de ce film.
C’est comme une course de relais : chaque protagoniste de l’histoire de cet enfant va apporter sa pierre à la construction fragile de ses premiers jours et faire tout pour qu’il se sente en sécurité, lui le bébé « abandonné ». Chacun a sa place, chacun a ses mots, ses gestes et son rôle à jouer dans ce roman de vie qui s’écrit. Chacun sait parfaitement ce qu’il doit faire, dans quel cadre s’inscrit son action et son unique objectif : le bien être de l’enfant. Elle est très belle et très touchante, cette chaîne humaine qui se met en ordre de marche autour de ce minuscule individu. La sage femme qui le met au monde, le personnel hospitalier qui va le bercer, le nourrir les premiers jours, puis l’assistante sociale qui va expliquer à sa mère biologique le processus enclenché, enfin l’éducatrice qui fera le lien entre le monde clos et protégé de l’hôpital et le monde extérieur. Puis, au bout de la course, la famille d’accueil qui veillera avec bienveillance et tendresse sur ses premières semaines et enfin, en ligne d’arrivée pour un nouveau départ, la rencontre avec le foyer qui deviendra le sien.

Filmée avec une grande justesse, cette quête à la fois très simple et extraordinairement puissante dans laquelle chaque protagoniste va se lancer est racontée à la manière d’un périple humain haletant et captivant. Nous allons suivre pas à pas, avec quelques allers-retours dans le passé, ces femmes et ces hommes qui font la grandeur du service public et dont le travail consiste à accompagner ce pupille de la meilleure manière possible jusqu’à sa famille d’adoption. La réalisatrice s’attache à raconter l’histoire dans chacune de ses composantes, ne laissant rien ni personne sur le carreau et c’est bien cette approche multiple, qui va du plus petit sourire d’une aide soignante au moment de l’accouchement jusqu’au premier regard de la mère adoptive sur son bébé, qui fait la grande force du film. On comprend vite, par la tonalité des premières scènes, que rien n’a été laissé au hasard et que derrière les mots, les gestes des personnages, se cache une longue et minutieuse documentation. Le film gagne ainsi en crédibilité et ne s’égare jamais sur des voies trop romanesques ou moralisatrices. Bien sûr, il faut la part de fiction, la petite touche drôle ou tendre qui relance le récit et emporte l’adhésion du spectateur. Le duo Kiberlain / Lellouche assume parfaitement cette fonction ; elle dans un personnage d’éducatrice forte en tête et addict aux bonbons chimiques, lui homme au foyer, papa d’adoption, pro du baby-phone et du portage ventral. En sortant du film, on a un peu plus de tendresse dans la tête et un peu plus de foi en l’humanité et ça, par les temps qui courent, c’est à ne pas gâcher. (Utopia)

CGR : tous les jours à 11h10, 14h, 16h20, 19h50, 22h10

 

 

MAUVAISES HERBES

De Kheiron Tabib avec : André DussollierCatherine DeneuveAlban LenoirKheiron

 novembre 2018: 1h40mn

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Waël, un ancien enfant des rues, vit en banlieue parisienne de petites arnaques qu’il commet avec Monique, une femme à la retraite qui tient visiblement beaucoup à lui. Sa vie prend un tournant le jour où un ami de cette dernière, Victor, lui offre, sur insistance de Monique, un petit job bénévole dans son centre d’enfants exclus du système scolaire. Waël se retrouve peu à peu responsable d’un groupe de six adolescents expulsés pour absentéisme, insolence ou encore port d’arme. De cette rencontre explosive entre « mauvaises herbes » va naître un véritable miracle. Trois après Nous trois ou rien inspiré de la vie de ses parents fuyant dans les années 80 la révolution islamique dans l’Iran de Khomeini puis prenant en charge les problèmes sociaux de la banlieue parisienne dans laquelle ils s’installent, Kheiron exploite à nouveau une tranche autobiographique pour défendre le respect mutuel et surtout l’importance de l’éducation et de la transmission. En effet, avant de devenir l’humoriste qui a fait les beaux jours de Canal+ dans la série Bref, celui qui est aussi rappeur, acteur et réalisateur a travaillé, durant quatre ans, en tant qu’ éducateur pour aider les jeunes à renouer avec l’école. Solidement ancrée entre deux temporalités bien distinctes mais totalement complémentaires démarre alors une tendre histoire pimentée d’un bel élan de solidarité. D’incessants flash-back nous éclairent sur le passé douloureux de ce jeune Waël (Kheiron), arnaqueur au grand cœur, et sur les liens qui l’unissent indéfectiblement à celle qui lui sert de bonne fée (Catherine Deneuve) pendant que la découverte d’un monde peu enclin à s’apitoyer sur le sort de ceux qui restent au bord de la route pousse ce personnage bien plus pétri d’humanité qu’il n’en a l’air à mettre son expérience personnelle au service de ceux qui ont eu moins de chance que lui. Maniant d’une main de maître humour et gravité, notre réalisateur-scénariste a le talent de trouver la profondeur juste nécessaire dès qu’il s’agit d’aborder des thèmes forts mais aussi d’émailler d’une douce malice des situations épiques. S’appuyant sur des dialogues intelligemment ciselés et jamais moralisateurs, la narration fait la part belle à cette jeunesse attachante et douée mais en rupture de repères qui découvre les vertus de la solidarité et de la rédemption. Plutôt que de stigmatiser la violence des cités, elle préfère souligner la vitalité de ses personnages et leur énergie à aller de l’avant, faisant de cette histoire un hymne à la vie et à l’espoir. Même si quelques clichés surgissent au détour d’une scène, et même si la surenchère de bons sentiments ternit quelque peu la bonne tenue de ce conte social, la générosité et la bonne humeur qui en émanent compensent largement ces petits travers. Reste l’immense plaisir de retrouver ce couple inattendu formé d’un Dussollier au mieux de sa forme et d’une Deneuve qui semble avoir décidé de troquer définitivement ses tenues de grande bourgeoise pour endosser, avec une joie non feinte, les oripeaux colorés de la classe laborieuse. Un duo de comédiens confirmés qui ne répugne pas à s’afficher aux côtés de l’excellent Alban Lenoir, l’une des valeurs montantes du cinéma et des rappeurs Médine et Fianso. Ce casting joyeux et métissé se met au service d’un film positif pour rendre hommage au message du bien vivre-ensemble cher à son auteur. Une belle leçon de vie à partager sans modération ! (àvoiràlire)

CGR : mercredi 5, vendredi 7 et mardi 11 22h30, samedi 8, dimanche 9 et lundi 10 20h20

Vox (Fréjus) : mercredi 5, samedi 8 16h - jeudi 6 15h50 - vendredi 7, lundi 10 13h45 - dimanche 9 13h50 - mardi 11 18h20

Le Luc : mercredi 5 21h, jeudi 6 18h, samedi 8 16h30, dimanche 9 18h30

 

 

BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VOSTF - Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

Surpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.

Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

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Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration… (utopia)

CGR EN VF : mercredi , jeudi 6, samedi 8, lundi 10 13h35, 19h40 - vendredi 7 13h35 - dimanche 9, mardi 11 19h40

 

 

 

LE GRAND BAIN

Gilles LELLOUCHE - France 2018 2h02mn - avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Pœlvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Félix Moati, Jonathan Zacaï, Alban Ivanov, Mélanie Doutey... Scénario de Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini.

Tout le monde l’attendait au tournant, prêt à lui tailler un costard en bonne et due forme. La critique cinéphile en particulier et puis aussi, il faut bien se mettre dans le sac, les programmateurs des salles art et essai ; bref, toute une assemblée qui aime bien, entre deux tressages de lauriers à des films turcs de 3h, casser un peu de sucre sur le dos de quelques malheureux réalisateurs, se moquant joyeusement, et parfois avec une plume acerbe, de leurs films. Gilles Lellouche entrait pile poil dans la case : « comédien qui passe à la réalisation et qui va se faire descendre par la critique ». On a toujours eu le sentiment que ses choix d’acteur l’avaient jusqu’alors cantonné un peu systématiquement dans le rôle du pote un peu lourdingue, du beauf un peu macho dans des comédies pas toujours très finaudes (excepté peut-être son interprétation touchante du mari perdu et assassiné dans le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller), et donc, en toute logique, on se disait que son passage à la réalisation en solo (il a déjà co-signé 2 films) resterait dans cette veine. Grosse, très grosse erreur d’appréciation. Parce que comme un retour du bâton qu’on était prêt à lever sur son film, voilà que nous nous sommes pris de plein fouet et sans semonce son Grand bain. La claque fut d’autant plus inattendue que nous nous surprîmes à la trouver fort à notre goût, agréable, drôle, tendre et bien ficelée, dotée d’une écriture précise et rythmée, d’une mise en scène vive et intelligente. Rien à voir avec le brouillon maladroit auquel nous nous attendions : on avait sous les yeux un petit bijou efficace et touchant d’humanité, avec ce dosage presque parfait entre franche comédie et fable douce amère à la mélancolie sous-jacente, celle qui vous cueille sans prévenir et vous laisse ce sentiment d’avoir gravé durablement, quelque part dans un coin de rétine, un doux, joyeux et tendre moment de cinéma.

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Bertrand est au chômage. Depuis trop longtemps. Il a perdu le goût d’à peu près tout hormis celui des cachetons et trimballe sa carcasse entre la cuisine, le salon et, les soirs où il se sent aventurier, la rue jusqu’à laquelle il ose descendre pour sortir la poubelle. Bref, c’est la grosse déprime. Au détour d’une sortie piscine, il va tomber sur un improbable club de natation synchronisée masculine, rien que ça. Et comme les nageurs en question ont l’air aussi – sinon encore plus – dépressifs que lui et que le groupe cherche des nouvelles recrues, il va sauter le pas et enfiler son slip de bain. Coaché par une ancienne championne qui cache à peine son blues sous des tirades enflammées empruntées à la littérature classique ou des volutes de clope qu’elle distille assise en tailleur sur le plongeoir, le groupe des sirènes est un sacré patchwork : Laurent (Guillaume Canet), en colère contre tout, Marcus (Benoît Pœlvoorde), glandeur majestueux dont l’entreprise est en faillite (forcément), Simon (Jean-Hugues Anglade), rockeur vieillissant qui rêve d’être David Bowie, et Thierry (Philippe Katerine), grand poète devant la lune. Ensemble, ils assument leurs bedaines autant que leurs échecs existentiels, ils révèlent leurs cannes de serin velues autant que leurs blessures intimes. Mais il faut un défi, bien sûr, pour révéler les talents enfouis et pour que la belle équipe se bricole une fraternité à toute épreuve : qu’à cela ne tienne, ce sera le championnat du monde !

On rit beaucoup, dans l’eau de ce Grand bain, on rit avec ces mecs ultra sensibles prêts à tout pour réussir un joli mouvement de gambettes ou un porté qui ait de la gueule. Avec ces nanas mi-mamans, mi-matons qui vont les dresser pour obtenir le meilleur d’eux. Sans vulgarité (ou presque quand elle sort de la bouche de Leïla Bekhti, entraineuse tétraplégique et sadique), avec une bienveillance sincère pour cette bande de mâles cabossés, Gilles Lellouche réussit le pari d’une fable sociale à la Full Monty (parce que chacun a sa manière est un exclu faute d’avoir su entrer dans le moule : celui du monde du travail, du couple, de la famille, de l’industrie du disque…) qui dépote. (Utopia)

 CGR Draguignan : mercredi 5, jeudi 6, vendredi 7, dimanche 9, lundi 10, mardi 11 22h10

Salernes : mercredi 5 18h30

 

APRÈS « DEMAIN »

Cyril Dion et Laure Noualhat - documentaire France 2018 1h20 -

APRÈS « DEMAIN »Produit pour la télévision comme complément à la première diffusion de Demain, ce film revient sur le succès phénoménal du documentaire.
Cyril Dion est cette fois-ci accompagné de son amie Laure Noualhat, enquêtrice sur les fronts de l'écologie. Elle est sceptique quant à la capacité des micro-initiatives à avoir un réel impact face au dérèglement climatique. Ensemble, ils partent à la recherche des actions inspirées par le documentaire, essayant de trouver celles qui marchent, durent et peuvent ainsi inventer un nouveau récit pour l'humanité…
Entre autres champs, le documentaire apporte un regard actualisé sur les dynamiques citoyennes et souligne les évolutions récentes de l’énergie citoyenne : de plus en plus de projets, des installations de plus en plus significatives et une nouvelle histoire de l’énergie qui s’écrit localement, entre les citoyens et les collectivités.(Utopia)

Vox (Fréjus) : présenté par Colibris jeudi 6 20h 

 

LES CONFINS DU MONDE

Guillaume Nicloux - France 2018 1h43 - avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran, Gérard Depardieu, François Négret... Scénario de Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour.

LES CONFINS DU MONDELes Confins du monde nous transporte dans l’Indochine française de 1945. Une période de transition confuse, où il y a plusieurs forces en présence, où les ennemis changent au gré des événements. Les Japonais, qui avaient violemment repris le pays après le coup de force de 1945, se retirent finalement, laissant le champ libre aux indépendantistes vietnamiens. C’est dans ce contexte trouble que surgit le lieutenant français, Robert Tassen. Son frère est mort devant ses yeux, dans un massacre perpétré par un lieutenant sanguinaire d’Hô Chi Minh. Retrouver cette figure du mal pour se venger, telle est son obsession.
C’est donc une guerre intime et parallèle à l’intérieur d’une autre guerre. C’est aussi une sorte de polar existentiel, poisseux, moite, aux confins de la folie, un pied dans la boue du conflit, un autre dans la fantasmagorie. Difficile de ne pas penser à la longue nouvelle de Conrad, Au cœur des ténèbres, matrice de nombreux films de guerre « hallucinés » et notamment Apocalypse now de Coppola, qui a forcément marqué Guillaume Nicloux. A travers Les Confins du monde, on pénètre dans un monde où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes.
Il n’y a quasiment pas de coup de feu, mais de la peur et de la hantise. Des coups tordus, de la honte, du désir caché. Du romantisme morbide aussi, lié au culte de la virilité, à la fascination qu’exerce malgré tout la guerre, si violente soit-elle. Nicloux montre des états extrêmes, l’extase atteinte grâce à l’opium. Des moments d’attente, teintée de nostalgie : « Le métro me manque » confie du haut d’un mirador le soldat Cavagna, le plus proche ami de Tassen.
Et puis un salut est possible, lorsque Tassen rencontre l’amour, en la personne d’une prostituée indochinoise…
La guerre comme révélateur humain, c'est bien sûr une quasi-constante des films de guerre, mais l'intérêt de ce film, c'est la concomitance de ce thème avec celui de la quête du cinéaste. Si Nicloux n'a évidemment pas vécu le conflit indochinois, on ressent bien le parallélisme entre la quête existentielle de son personnage et sa propre recherche artistique, entre l'aventure de la guerre et l'aventure de ce tournage (toutes proportions gardées, cela va sans dire). Comme Tassen, Nicloux est déplacé, déphasé, déterritorialisé, déraciné de son milieu habituel et cela se sent dans sa mise en scène, attentive aux lieux, aux gens, aux décors naturels, à la chaleur, à l'humidité, à la lumière de ces confins à mille lieues de la France. On pourrait presque sentir à travers son filmage les parfums, la sueur, le sang, comme si la caméra elle-même transpirait.
Les Confins du monde est un film puissamment physique, sensualiste, climatologique : on le doit à la nature, bien sûr, mais aussi aux acteurs, vraiment remarquables d'intensité, de présence, de Gaspard Ulliel à Guillaume Gouix, de la superbe nouvelle venue Lang-Khé Tran à Gérard Depardieu qui imprime sa marque et son génie en une seule scène. Il parait que Nicloux a créé cette scène tardivement, juste pour le plaisir des deux compères de retravailler ensemble. C'est là une excellente raison de faire du cinéma et qui contribue à rendre ce film particulièrement attachant.

(d'après J. Morice, Télérama, et S/ Kaganski, Les Inrockuptibles)

Vox (Fréjus) : mercredi 5, samedi 8 et mardi 11 13h50, 18h15, 20h45 - jeudi 6 13h45, 17h50, 20h30 - vendredi 7 15h50, 17h55, 20h45 - dimanche 9 13h50, 15h55, 20h30 - lundi 10 13h45, 15h50, 20h45

 

 

 

 

 

LES CHATOUILLES

Écrit et réalisé par Andréa BESCOND et Eric MÉTAYER - France 2018 1h43 - avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Gringe, Carole Franck, Gregory Montel, Ariane Ascaride...

Solaire, lunaire, libre… Les Chatouilles, c’est comme une boule d’énergie chaleureuse, lumineuse prête à exploser de tous ses feux pour venir éclairer les recoins cachés de l’enfance. Le film nous ramène à la nôtre, à nos pudeurs, à nos joies et frayeurs. On y passe par tous les états d’esprit, d’âme, chamboulés par tant de douceur, d’espièglerie, de regards justes sur l’innocence, la culpabilité, l’impuissance. On y sourit, on y rit beaucoup et chaque malheur se transforme en tremplin vers la résilience et le bonheur. En transcendant son histoire personnelle, Andréa Bescond en a fait un antidote universel contre le silence. Courageusement elle va débusquer la crasse que d’autres auraient volontiers laissée planquée sous le lourd tapis des apparences. Elle affronte la noirceur sans s’y engluer, en sautillant de son pas léger de danseuse révoltée, brillante. C’est infiniment libérateur, réjouissant, en un mot salutaire.

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Tout débute donc dans une enfance qui sans être dorée n’en n’est pas moins bienheureuse, entourée d’adultes attentifs et s’efforçant d’être de bons parents. Des gens d’une classe ni trop modeste, ni trop friquée, éternels bosseurs désireux d’offrir à leur progéniture une sécurité matérielle douillette. Quand la petite Odette dit aimer la danse, ils la soutiennent à leur mesure, la poussent sans rechigner vers un milieu qui n’est pas le leur, vers cette évidence passionnelle qui deviendra sa planche pour surfer sur les tempêtes de la vie. Mais cela, nul ne le sait encore, tout comme nul n’imagine que le diable est déjà dans la place sous les allures angéliques d’un séduisant garçon. Gilbert est le meilleur ami de la famille, un compagnon fidèle, présent, toujours prêt à rendre service. Son aisance naturelle, sa culture, son élégante épouse, ses marmots élevés au cordeau, tout en lui justifie la confiance que les parents d’Odette lui portent. Et personne n’imagine le mal quand on lui confie la petite pour les vacances. Un personnage d’autant plus troublant qu’il est très finement interprété par le magistral Pierre Deladonchamps, la classe personnifiée, qui accepte de se fondre dans la peau d’une créature glaçante.
Les chatouilles, ce sont ces jeux de mains ingénus qui tissent une relation complice entre les êtres, d’adulte à adulte, d’enfant à enfant, d’enfant à adulte, d’adulte à enfant… Taquineries inégales entre le mieux aguerri et le plus chatouilleux, entre le plus fort et le plus faible, celui qui maîtrise, celui qui ne peut que subir. Bien dosées, elles font mourir de rire ou de tendresse lâchée. Trop poussées, elles font parfois pleurer, intenables, insupportables. Des « chatouilles », c’est ainsi que Gilbert qualifiera ses gestes soudain moins chastes qui entraîneront Odette, alors âgée de 8 ans, loin de son corps, comme flottant au dessus, anesthésiée pour ne plus sentir la peur et la honte qui monte, montera encore en camouflant les serviettes éponges souillées. Seule dans sa bulle fantasmée, elle se raccrochera à ses rêves comme d’autres se raccrochent à une bouée. Elle virevoltera, danseuse étoile dans les pas de Noureev, se dépassant, propulsée loin du sol par sa rage de vivre. Entraînant sa vie dans un tourbillon exalté et sans limites, jusqu’au moment où, à bout de souffle, elle pourra enfin affronter le regard des autres et surtout les obliger à regarder.

Beau, poignant, le film vient nous cueillir de manière irrésistible, bousculer nos manières de voir et dire les choses irrémédiablement. Karin Viard, dans le rôle de la mère qui a enseveli ses propres failles sous une carapace d’une dureté effrayante, est d’une justesse absolue. Clovis Cornillac, dans celui du père inoffensif confronté à l’impensable, est bouleversant. Carole Franck, en psy dépassée par le témoignage de sa patiente, est inénarrable et touchante. Quant à la jeune Cyrille Mairesse, qui incarne Odette petite, elle est à la fois bouleversante et radieuse. Sans oublier tous les autres acteurs et toute l'équipe technique que l’on sent entièrement investis auprès des réalisateurs pour aboutir à un film aussi brillant que nécessaire.(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 16h10, jeudi 6 8h25, vendredi 7 et mardi 11 13h50

 

AMANDA

Mickhaël HERS - France 2018 1h47 - avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophelia Kolb, Marianne Basler, Greta Scacchi... Scénario de Mikhaël Hers et Maud Ameline.

AMANDADécouvert avec le beau Memory lane puis l'encore plus beau Ce sentiment de l’été, Mikhaël Hers signe une fois encore un film délicat, un hymne à la vie qui est aussi une déclaration d’amour à Paris, filmé comme à travers le filtre invisible de sa devise « fluctuat nec mergitur », comme si la grâce, la poésie, la beauté simple devaient toujours surmonter toutes les tempêtes.
Amanda est jolie comme un cœur, gourmande et un peu rondelette, avec des yeux d’un bleu très clair dans lesquels on peut voir des étoiles, celles d’une gamine de 8, 9 ans, insouciante et rêveuse. Amanda habite seule avec sa mère Léna, professeure d’Anglais, dans un de ces quartiers de Paris où il fait bon vivre. Elle a son univers à portée de main : la boulangerie pour acheter les douceurs, l’école pas très loin, une place et un peu de verdure. Amandine ne connaît pas son père, mais dans sa vie, il y a un chouette gars formidable qu’elle connaît depuis toujours : c’est David, le frère cadet de sa mère, tonton aux allures de grand cousin qui vient souvent la chercher à la sortie d’école, parfois avec un peu de retard, au grand désespoir de Léna. David est lui aussi parisien, il a des allures d’éternel étudiant mais il travaille, cumulant plusieurs petits boulots, un peu jardinier pour les espaces verts de la ville, un peu concierge pour le compte d’un propriétaire qui loue ses appartements à des touristes. Une vie un peu incertaine qui lui convient parfaitement, il n’a pas besoin de plus, pas pour le moment. À 24 ans, il a bien le temps de se prendre le chou avec un quotidien millimétré, un prêt immobilier, une fiancée, des mômes et tout le stress qui va avec. Là il profite des arbres de Paris qui offrent au grimpeur une vue imprenable, des grands boulevards qu’il parcourt effrontément à bicyclette, de sa frangine avec qui il aime partager un café, au coin de la fenêtre. La vie pourrait ainsi s’écouler, Amanda grandirait, Léna trouverait peut-être un nouvel amoureux (pas un homme marié cette fois), et David emmènerait sa nièce faire du vélo sur les bords de la Seine.

Mais même quand l’air est doux, même quand les rayons du soleil caressent les visages des gens heureux attablés aux terrasses des cafés, même quand l’herbe chatouille les pieds nus de ceux qui se sont assis dans l’herbe pour un pique-nique entre amis, le pire peut arriver. Et le pire, c’est cette seconde où tout bascule, où l’homme se fait loup, ou fou, ou diable, ou tout cela en même temps, quand le bonheur fugace vire au cauchemar.
En une fraction de seconde, tout va voler en éclats. Et comment ramasser les morceaux quand on a le cœur brisé ? Comment y voir clair quand les larmes ont tout flouté ? Comment survivre à quelqu'un qu'on aime et qu'on vient de perdre à tout jamais ?

C’est la première fois que les attentats de Paris de novembre 2015 sont aussi explicitement évoqués dans une fiction et ça fait un drôle d’effet. Par la complicité tendre qui unit Amanda à David, par la fusion aimante qui relie Amanda à sa mère, il y a entre nous et ces personnages une proximité qui nous touche profondément… Et la bascule du film nous bouleverse parce qu’il n’y a rien de trop montré ou de trop expliqué, rien de déplacé, tout sonne juste. Alors la froideur de la situation, implacable, contraste avec la douceur de l’amour orphelin qui reste là, tétanisé, mais bel et bien vivant. Car c’est bien vers la vie que se tourne résolument ce film, la vie pétillante et colorée, comme les yeux d’Amanda (Utoppia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 16h10, 18h, 20h - jeudi 6 13h50 - vendredi 7 18h15 - dimanche 9 13h45, 18h35, lundi 10 16h05, mardi 11 16h

Cotignac : vendredi 7 20h30

 

VOYAGE À YOSHINO

Écrit et réalisé par Naomi KAWASE - Japon 2018 1h49 VOSTF - avec Juliette Binoche, Masatochi Nagase, Takanori Iwata, Mari Natsuki...

VOYAGE À YOSHINOVoyage à Yoshino raconte l'histoire de Jeanne (Juliette Binoche), une écrivaine française qui se rend au Japon, dans les montagnes de Yoshino, pour chercher la plante une plante, une herbe médicinale unique qui pousse tous les 997 ans et à laquelle on attribue la vertu de pouvoir mettre fin à l'angoisse, la faiblesse et la souffrance existentielle qui est le propre de la condition humaine. Pour Jeanne, ce voyage est aussi l'occasion d'un retour troublant sur son passé : il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour, qui s'est terminé tragiquement et dont elle ne s'est jamais tout à fait remise…
Dans sa quête, Jeanne rencontre Tomo (Masatoshi Nagase, qui tourne pour la troisième fois avec Naomi Kawase), un garde forestier qui s'occupe d'Aki (Mari Natsuki), une sage locale qui semble communiquer directement avec les esprits des arbres. Le lien entre les personnages est, on le devine, profond et transcendental, bien que l'arrivée d'une étrangère en ces lieux causent des remous qui annoncent une grande transformation prochaine.

On ne peut pas ne pas se laisser transporter par le talent de Namo Kawase dès qu'il s'agit de dépeindre ce décor naturel luxuriant dans toute sa splendeur. La forêt devient un personnage à part entière, peut-être le plus important. C'est elle qui conditionne l'état mental et émotionnel des personnages et son esprit semble palpable à chaque instant…
Naomi Kawase a toujours été fascinée par la nature, par son Japon traditionnel et ses réminiscences, qu’elle explore en prenant tout son temps, envoûtée par une feuille, des racines, le vent dans les hautes branches, les plantes qui laissent s’échapper les gouttes de pluie… C’est dans cette nature qu’elle pousse ses personnages, à ne pas seulement la traverser mais à ne faire qu’un avec, dans un parachèvement philosophique empruntant au bouddhisme, où la mort est une nécessité incontournable pour la renaissance, sous une forme indéterminée. (merci à lebleudumiroir.fr)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 13h50, 20h45 - jeudi 6 16h10 - vendredi 7 et lundi 10 16h - dimanche 9 18h15, 20h45 - mardi 11 16h, 20h45

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Au(x) cinéma(s) du 7 au 13 novembre 2018

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord un rappel de nos prochaines soirées. Le 18 novembre nous aurons en séance unique le Poirier sauvage réalisé par Nuri Bilge Ceylan, réalisateur turc qui avait eu la palme d'or avec le film Winter Sleep.
Le 2 décembre aura lieu la soirée avec deux films : Girl  et Leave no trace avec l'apéritif habituel entre les deux.  Et pour clore l'année 2018 le 16 décembre vous pourrez voir Mektoub my Love le dernier film d' Abdellatif Kechiche.
Cette semaine à  CGR  dans le cadre du ciné club ils nous proposent Blackkklansman, le dernier Spike lee:  souvent très drôle et  volontairement provocateur le film n'en demeure pas moins plein de suspense, radical et militant et dans leur programmation de la semaine : L'homme pressé inspiré du drame qu'a vécu un grand patron d'industrie Christian Streiff , incarné par Fabrice Lucchini .
A Lorgues Girl (que vous pourrez voir bientôt début décembre à CGR dans le cadre d'une soirée organisée par Entretoiles) un  portrait naturaliste, factuel, donc cru, d'une adolescente transgenre en quête d accomplissement professionnel et Dakini un premier film qui nous vient du Bouthan .
Au Vox  Un amour impossible, adaptation éponyme du roman de Christine Angot qui raconte l'histoire d'une femme - sa mère- sur plusieurs décennies,  le procès contre Mandela et les autres, un documentaire qui met en lumière le courage des combattants anti-apartheid dans l’Afrique du Sud des années 50, En liberté ( aussi à Cotignac), un chassé croisé ébouriffant de drôlerie , Cold war ’histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais  gangrené par la montée du stalinisme.
Enfin à Salernes  Under the tree , une comédie noire islandaise à mi chemin entre féroce satire sociale et thriller glaçant.
 
 

 

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Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 
 
 

BLACKKKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

 

 

 

 

 

Mais bon sang qu'on est  heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansmanné de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai ! Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil Rights Act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquée de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement une distance entre la théorie de l’égalité des Afros-américains et la mise en pratique en terme de droits, de traitement et de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolué de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

 Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques .(Utopia)

 

 

 CGR  mer 7/22h05    jeu/20h   ven 10h45   sam 22h05    lun 17h45

 

UN HOMME PRESSÉ

Écrit et réalisé par Hervé MIMRAN - France 2018 1h40mn - avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder, Yves Jacques, Micha Lescot... Scénario d’Hervé Mimran et Hélène Fillière, d’après le livre de Christian Streiff.

Que l’on soit inconditionnel de Fabrice Luchini ou pas, qu’il vous agace, vous éblouisse ou vous laisse de marbre, nul ne peut contester son talent hors pair quand il s’agit de manier les mots, ceux des autres en particulier, ou les siens, qu’il sait si parfaitement agrémenter de citations distillées avec gourmandise. Il est sans doute l’un des seuls comédiens français à maîtriser aussi bien cet art oratoire, l’un des seul aussi à le mettre en avant dans chacun de ses films, quelle que soit la nature du récit ou le profil de son personnage.
« Ce serait un film où Fabrice Luchini serait incapable d’aligner deux mots » ! On se dit bien que c’est le genre d’idée un peu saugrenue qui a dû jaillir de l’esprit des scénaristes d’Un homme pressé, flairant là, et à raison, la matière première d’un numéro d’équilibriste dont l’acteur a le secret. Luchini qui a perdu de sa superbe ? Pas tout à fait, car même quand il s’emmêle les pinceaux, même quand il perd ses mots, le maître le fait avec panache et virtuosité, avec ce timbre de voix reconnaissable entre tous. Impossible donc de séparer cette comédie de son interprète principal, il est la colonne vertébrale du film, sur qui tout repose, vous voilà prévenus.

Ce n’est donc pas un mystère, Alain est un homme pressé. Ce n’est pas qu’il subisse le rythme de sa vie sans pouvoir rien faire pour le ralentir, non, il est pressé et il aime ça. Il ne vit d’ailleurs que pour ça : courir, du matin jusqu’au soir, et remettre ça le jour suivant, et puis celui d’après et cela depuis des années. Alain n’est pas marathonien mais homme d’affaires, secteur industriel, le genre à se déplacer avec chauffeur, le genre à avoir des costards taillés sur mesure et un bureau avec vue sur le monde qu’il domine, forcément, du haut de son arrogance. Enfin, ça, c’est la version « Valeurs Actuelles » du type. Car côté pile, c’est un autre visage. Il vit seul, forcément, avec sa fille qu’il a négligé toute son enfance, forcément, et qui lui en veut à mort, bien évidemment. 
Mais les bonnes choses ont toujours une fin et il en est des hommes d’affaires comme des entreprises cotées au Cac 40 : parfois, le système défaille, le train de la belle réussite capitaliste déraille et se mange le décor, emportant la belle moquette du bureau, les couvertures de magazines et les pompes italiennes à deux smics. Dans le monde merveilleux du business, ça s’appelle une crise financière ou un krach boursier, dans le monde merveilleux du cerveau survolté d’Alain, ça s’appelle un AVC.
Voilà donc notre homme passablement dans les choux, ne pouvant plus prononcer deux mots sans se prendre les pieds dedans, cafouillant, hésitant, buttant et trébuchant sur le vocabulaire le plus basique qu’il va joyeusement se réapproprier en mode almanach vermot. Heureusement, il croise la route d’une orthophoniste dévouée qui va tenter de l’aider à remettre consonnes et voyelles en place.

L’histoire est bien entendu écrite d’avance : sans son arrogance, sans sa superbe, sans ses qualités oratoires, le bonhomme va tomber de son piédestal, se retrouver à poil, pile sur la face qu’il avait jusqu’alors négligée, celle de sa vraie nature. Luchini est à la hauteur de l’exercice qui lui est demandé : être drôle avec les mots, en faire beaucoup, mais point trop quand même. Il excelle dans ce numéro de clown brillant qui tombe le masque et aligne son texte, même quand il n’a pas de sens, avec une facilité déconcertante qui fait mouche à tous les coups. C’est sûr, ce type est capable de vous réciter l’annuaire comme s’il s’agissait d’À la recherche du temps perdu !  (Utopia)
 
CGR 
tous les jours  à partir de mer 7/ 11h  13h50  16h  18  h  20h10  22h20

 

DAKINI

Écrit et réalisé par Dechen RODER - Bouthan 2016 1h58mn VOSTF - avec Amyang Jamtsho Wangchuk, Sonam Tashi Choden, Chencho Dorji

C’est un film comme un voyage… un voyage aux confins d’un monde troublant et mystérieux, un monde où la spiritualité est tout sauf un vain mot. Ici, sur les terres du Bouthan, le détective Kinley enquête sur une bien étrange disparition, celle d’une nonne bouddiste, figure emblématique d’un monastère. Au village, tout le monde lui parle d’une certaine Choden, une jeune femme à la beauté troublante qui serait en réalité une « sorcière » et se serait volatilisée en même temps que la victime… Au fil de ses recherches, il va croiser sa route, comme un hasard, et nouer une alliance houleuse avec elle. Mais le hasard existe-t-il vraiment ? Ne serait-ce pas plutôt un signe du destin ? Et qui se cache vraiment derrière cette femme au charme envoûtant ? N’a t elle pas des pouvoirs surnaturels ? Au gré de leur voyage, Choden va lui raconter l’histoire des « Dakinis », ces femmes éveillées, bouddhistes, dotées pouvoir et d’une profonde sagesse… Kinley croit alors entrevoir la résolution de l’enquête.

« La “dakini” est un personnage difficile à dépeindre, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Le terme fait généralement référence à des femmes bouddhistes éveillées, de pouvoir et de sagesse. Mais il peut définir bien plus. Les dakinis peuvent être des humaines, des déités ou encore des divinités, selon leur histoire et la façon dont on l’interprète. On nous dit même que les dakinis peuvent être en chacun de nous.
« Ayant grandi au Bhoutan, j’ai eu la chance d’entendre de nombreuses histoires de dakinis racontées par ma mère. La plupart du temps, dans le Bhoutan moderne, les histoires sur les dakinis ne se propagent plus vraiment, laissant ironiquement leur place au gène masculin dans les histoires de notre passé.
« Lorsque j’ai pu rencontrer une femme qui avait ce pouvoir de dakini, j’ai compris que ces histoires étaient bien plus que des fresques sur les murs des temples ou des textes dans les vieux écrits. Ce sont des faits réels de la force féminine, de leur bravoure de leur compassion et de leur sagesse. Le devoir de mémoire et d’acceptation des dakinis devient de plus en plus important. En tant que bouthanaise, en tant que femme et en tant qu’humaine. Et pour Kinley accepter les dakinis est peut-être le seul moyen de commencer à comprendre son enquête.
« Au Bhoutan, la littérature et les médias nous ont habitués à un regard masculin, et cela m’a incitée à choisir un homme comme protagoniste de cette compréhension et découverte. Je n’ai jamais été éveillée et je n’ai jamais aspiré à le devenir. Je serais incapable de raconter l’histoire de l’illumination, mais peut-être celle de sa rencontre. » Dechen Roden(Utopia)

 

LORGUES

 

ven 9/18h15  lun12/18h35

 

GIRL

Lukas DHONT - Belgique 2018 1h45mn - avec l'extraordinaire Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart, Tijmen Govaerts, Katelijne Dhaenens... Scénario de Lukas Dhont et Angelo TijssensFestival de Cannes 2018 : Caméra d’or – Prix de la Critique Internationale – Prix d'interprétation Un certain regard pour Victor Polster.

 

 

C'est un premier film magistral qui voit l'avènement d'un grand cinéaste et d'un grand acteur qui est tout autant une grande actrice. Le divin Victor Polster qui incarne Lara (et en a l'âge) est avant tout danseur mais ce serait vraiment dommage pour le cinéma s'il cessait de tourner…
Rigueur, ténacité, féminité, témérité… autant de qualités que Lara doit cultiver pour atteindre son inaccessible rêve : devenir danseuse étoile ! Il lui faudra même plus encore : le goût du sacrifice. Pourtant Lara, la douce, la studieuse, la gracieuse Lara, du haut de ses 15 ans, a déjà tout pour devenir une superbe jeune femme sauf… un petit appendice superflu entre les jambes, qui l’a faite garçon dans son corps alors qu’elle se sait fille dans sa tête, un grain de sable qui enraye ses projets de vie et qu’elle doit éradiquer. C’est un véritable parcours de la combattante qu’elle mène avec acharnement, faisant fi des obstacles, obstinément, se moquant des moqueries, essayant d’ignorer les regards qui la toisent. Lara force notre respect. Sa famille aussi d’ailleurs : tous s’arc-boutent la tête haute pour défendre cette fille pas tout à fait comme les autres, l’épaulant sans faiblir dans l’adversité, en particulier son père Mathias (Arieh Worthalter, exceptionnel). Admirable en tous points, il s’efforce de ne pas céder aux angoisses légitimes qui le transpercent parfois devant le choix définitif de son enfant, faisant taire sa peur face à l’opération irréversible qui sonnera le glas d’un possible retour en arrière. Peut-être aura-t-il fallu du temps à Mathias pour comprendre, accepter mais si le doute l’assaille, jamais il ne le fait peser sur les jeunes épaules de Lara, ni n’essaie de la convaincre. Mû par une confiance absolue en sa progéniture, il incarne à lui seul cet amour inconditionnel qui choisi d’accompagner plutôt que de gouverner.

Plongés dans l’intimité de la petite famille monoparentale, nous sommes bluffés par tant d’ouverture d’esprit, de tolérance, même si elles ne font pas tout, même si Lara ne mesure pas toujours la chance qu’elle a d’être tombée dans un foyer capable d’une telle qualité d’écoute. Même Milo, son cadet, qui n’a pourtant pas encore l’âge de raison, semble accepter sans broncher que son grand frère soit en définitive une grande sœur. Il apparaît comme une évidence que Lara est celle qui apporte le supplément d’âme féminine qui manquait à la maisonnée. Les câlins du soir qu’elle prodigue à son petit frère ont une saveur maternelle rassurante dans laquelle il peut s’endormir réconforté, sans craindre le loup qui rôde dans les bois sombres des contes. 
Alors que sonne l’heure d’une nouvelle rentrée scolaire, c’est un nouveau départ qui s’annonce. Lara, qui vient d’être acceptée (à l’essai) dans une des plus prestigieuse école de danse de Belgique, est dans les starting-blocks. Elle a huit semaines pour démontrer à l’établissement qu’elle pourra se mettre au niveau des autres ballerines qui ont démarré la danse classique bien plus jeunes. Lara piaffe également d’impatience face aux effets du traitement hormonal qui tardent à être flagrants. Chaque jour elle guette les métamorphoses de son corps trop grand qu’elle s’apprête à torturer pour qu’il rentre dans le moule de ses désirs. Avec un acharnement violent, voilà notre donzelle qui s’escrime à faire des pirouettes ambitieuses, refuse de voir le monde autrement qu’à hauteur de pointes…Tandis que son entourage suit comme il peut…

Jamais film ne fut si proche d’un corps adolescent en pleine mutation, de sa réalité. Il imprègne jusqu’à nos chairs de son mal-être intégral mais surtout de sa fougue impérieuse à vouloir corriger certaines erreurs de la nature, quel qu'en soit le prix à payer. C'est très beau, c'est très fort et particulièrement émouvant. Un premier film en tous points remarquable, décidément. Utopia

 

LORGUES

mer7/ 18h     ven9/21h15    sam/16h   dim/20h    lun/21

 

UN AMOUR IMPOSSIBLE

Catherine CORSINI - France 2018 2h15 - avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth, Coralie Russier... Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss, d'après le roman de Christine Angot.

 

C’est une chanson qui rôde dans les têtes… « Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour… ». Remontent à la surface les souvenirs : « … un amour éternel et banal, qui apporte chaque jour tout le bien tout le mal… Avec les soirées d’angoisse et les matins merveilleux »… Une ritournelle qui guide les pas de Rachel et Philippe sur le parquet de leur premier bal, enlacés et émus, oublieux de la foule, tourbillonnant au gré des caprices d’une « flamme qui enflamme sans brûler ». Comme dans le livre de Christine Angot, c’est la voix neutre de Chantal, l’enfant devenue adulte issue de cette union, qui met en scène leur rencontre « inévitable ». Tout ce qui semble alors simple et limpide ne va cesser de se brouiller et on va être projeté bien au-delà d’une amourette classique. Dans son sillage, c’est l’histoire de toute une époque, d’un climat, de la place des femmes, d’une lutte des classes sourde, peu avouable.


Quand Rachel croise Philippe pour la première fois, elle travaille déjà depuis des années à la sécurité sociale. Lui est fils de bourgeois. Il occupe un premier emploi de traducteur après des années d’études, mais avance déjà avec l’aisance de ceux qui surplombent le monde. Premiers baisers délicats, ébats passionnés. Très rapidement Philippe énonce les règles. Il n’a pas l’intention de se marier, pas plus que de rester à Châteauroux. Rachel, elle, se gorge de tout ce qu’il lui fait découvrir, curieuse d’une culture à laquelle elle n’avait jamais eu accès. Elle aime jusqu’à oublier de se protéger. « Il était rentré dans sa vie, elle ne le voyait pas en sortir » constate la voix off… On pressent le drame. Pourtant il n’aura pas lieu. Du moins, pas celui-là, pas celui que l’on croit. Il n’y aura ni pleurs, ni cris, ni guerre déclarée, quand Philippe partira. Il ne laissera à Rachel que de bons souvenirs et un ventre qui ne cesse de gonfler. Naîtra Chantal. Chaque jour Rachel cultivera pour elle l’image d’un père merveilleux, aimant. De loin en loin, elle insistera pour que Philippe vienne voir son enfant, pour qu’il en soit le père, même à distance. Et surtout pour qu’il lui donne son nom…

C’est le portrait avant tout d’une femme surprenante, faussement docile, non violente, aimante, forte sous son éternelle douceur. Un être digne qui avance la tête haute, assumant résolument son statut de fille-mère à une époque où cela était impensable, assumant le fruit d’un amour qu’elle ne reniera jamais. C’est aussi l’histoire d’un jardin d’Eden perdu à jamais, d’une violence faite à une petite fille qui deviendra une écrivaine et fera de ses mots une arme universelle. Il y en eut rarement de plus justes pour parler de la passion fusionnelle qui unit et sépare mères et filles. Car le véritable amour impossible, c’est aussi sans doute celui-là.
C’est fort, c’est beau, ça nous cueille-là où on ne l’attendait pas. C’est de l’Angot, c’est du Corsini ! C’est puissant comme l’était La Belle saison, le précédent film de la réalisatrice. C’est porté par des acteurs inspirés : Virginie Efira est une Rachel tout bonnement sublime, atemporelle. Les actrices qui donnent chair à Chantal à tous les âges de sa vie (elles sont quatre) sont justes et spécialement l'adolescente Estelle Lescure (une véritable révélation !). Quand à Niels Shneider, il porte dans son jeu la touche assassine, celle qui nous fait frémir et nous tient en haleine tout au long du récit. On a beau percevoir le revers cynique et pervers de son personnage, il n’en reste pas moins attirant, il incarne la séduction absolue, celle contre laquelle ni Rachel, ni Chantal ne sont armées pour lui résister. Le serions-nous nous-mêmes ?  (Utopia)

 

LE VOX

 Mer  7/13h50  18h  20h45

jeu 8 / 13h50  17h  20h

ven 9/13h50  17h  20h45

 sam 10/13h50  16h  20h45  

dim 11/  15h50  20h15

lun12/ 14h 17h 20h

 mar 13/15h40 18h20 20h30

 

LE PROCÈS CONTRE MANDELA ET LES AUTRES

Nicolas CHAMPEAUX et Gilles PORTE - documentaire France / Afrique du Sud 2018 1h45 VOSTF - Dessins et animation de OERD.

 
Il y a des hommes qu’on n’oublie pas, des paroles qui résonnent bien au-delà de leur temps. Quand on entend la voix de Mandela, on sait instinctivement qu’elle restera. Mandela, l’apartheid, l’ANC… on a l’impression de connaître… Une certitude qui explose en plein vol dès qu’on pénètre dans l’enceinte du tribunal de Pretoria qui, au terme d'un procès qui dura d'octobre 1963 à juin1964, condamna Nelson Mandela et sept de ses huit co-accusés, dont l’Histoire et le bon sens populaire n’auraient jamais dû oublier les noms. Comme eux, nous voilà minuscules et démunis face aux bras menaçants d’une justice partiale qui semble, dès les premiers instants du réquisitoire, avoir déjà tranché leurs cas et bientôt leurs têtes. Les chefs d’inculpation tombent tels d'implacables couperets : destruction, sabotage, attentat, violence contre la nation et ses fonctionnaires, actions menées au prétexte douteux d’émanciper quelques « semi-barbares » colorés du « soi-disant joug de la domination de l’homme blanc »…
Mais là où le commun des mortels aurait fait profil bas et appelé à la clémence, les accusés, contre l’avis même de leurs avocats, décident de plaider non coupables. Ensemble, déléguant Mandela comme porte-parole, ils retournent la situation, s’attaquent à leurs accusateurs, leur procès devient dès lors celui de l’apartheid. Désormais tout un pays a les yeux rivés sur eux et nous avec. Le récit est de bout en bout palpitant, prenant, bouleversant. 

Ce film formidable tient du miracle quand on sait que du célèbre procès de Rivonia, il ne restait que peu de traces accessibles. Il aura fallu plus de cinquante ans et le travail acharné de chercheurs de l’INA pour que les archives sonores soient enfin restaurées. Aucune image : juste des mots, rien que des mots, mais quels mots ! Ils dégagent toujours la même puissance, on les écoute le souffle retenu pour ne pas en perdre un seul.
Ce ne sont pas uniquement deux réalisateurs talentueux qui nous restituent ce pan essentiel de notre histoire, qui restera désormais gravé au plus profond de nos âmes, indélébile… C’est toute une équipe de virtuoses qui mettent leur art de la narration au service d’un même engagement : porter la voix de ces hommes, de ces femmes, de ces familles hors du commun. Se substituant aux images manquantes, les somptueux dessins de Oerd, qu’on croirait tracés au fusain, tantôt narratifs, tantôt abstraits, drapent l’atmosphère d’un noir d’encre intemporel, sans se départir d’une note d’humour salutaire, pendant que la musique d’Aurélien Chouzenoux nous plonge dans une ambiance sonore plus juste que nature. Une symbiose mise en valeur par le travail de la monteuse Alexandra Strauss (celle de I am not your negro…) qui jongle avec maestria entre images d’archives, animation, interviews récentes des avocats, des épouses, des enfants, des trois accusés toujours vivants… Ensemble ils tissent un pont entre les époques, donnent chair aux personnages qui nous deviennent aussitôt familiers. Avec eux, on s’indigne. Avec eux, on frémit, on subit l’humiliation. Avec eux, on se révolte et on envie de lever le point en criant « Amandla ! ». 
On a beau savoir qu’on est devant un film documentaire, on le dévore comme une fiction palpitante, il en a d’ailleurs tous les ingrédients. Son intrigue est puissante, on y croise de vrais méchants, de vrais justes et de renversantes histoires d’amour… Un hommage magnifique à ces combattants irréductibles.  (Utopia)

LE VOX

ven 9/18h30   et  lun/20h

 

EN LIBERTÉ !

Pierre SALVADORI - France 2018 1h47mn - avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard, Jackee Toto... Scénario de Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit.

Mais dieu que ça fait du bien ! En liberté ! est LE film qui va tout à la fois ensoleiller durablement vos journées, vous réveiller les zygomatiques et vous réconcilier avec la comédie française. En vérité je vous le dis, avec Pierre Salvadori, qui signe là son neuvième film (oui, neuf films réalisés en 25 ans de métier, on ne peut pas dire qu'il bâcle les produits à la chaîne, le Pierrot), c'est comme une vivifiante bouffée d'air pur qui souffle sur notre cinéma fabriqué en France. C'est officiel : la comédie made in France n'est donc pas condamnée à la moche grassitude et à la beauferie décomplexée. Elle peut être élégante, vive, alerte et généreuse. Elle peut enthousiasmer et déclencher de francs éclats de rires sans nous prendre pour des quiches ni des jambons. Même, sans faire l'intello de service, on redécouvre que la comédie, si elle s'appuie nécessairement sur des ressorts comiques, des effets de surprise, sur l'efficacité de l'écriture et la précision de la mise en scène, peut également, sans que ce soit ni un gros mot ni un pensum, parier sur l'intelligence des spectateurs.

Chaque soir, pour l'endormir, Yvonne raconte à son fils les extraordinaires aventures du Capitaine Santi, son héros de papa. Super-flic, incorruptible, quasi-invincible, le capitaine Santi défait d'une main une cohorte de truands armés jusqu'aux dents tandis que, de l'autre et sans bouger les oreilles, il réduit à l'impuissance une ribambelle de musculeux dealers. Même en mauvaise posture, le Capitaine Santi se tire avec panache des pires situations, avec légèreté, avec humour. Dans les histoires d'Yvonne, le Capitaine Santi, c'est la force incarnée, la classe faite homme, une parfaite élégance doublée d'un si séduisant côté voyou. Il faut dire que dans la vraie vie, le Capitaine Santi est réellement devenu un héros. Flic d'exception bravement tombé au combat, statufié de bronze au cœur de la cité pour services rendus à la Ville, héros définitif dont la veuve, Yvonne, donc, fliquette elle-même, s'efforce de garder vivace le souvenir dans le cœur de leur enfant. Et chaque soir, le temps d'une histoire, le Capitaine Santi revit les épisodes un brin romancés et terrasse sans coup férir l'hydre du crime et de la corruption. Et le chérubin s'endort.
Ce qui est embêtant malgré tout, avec les contes pour enfants, c'est qu'ils cadrent rarement avec le réel. Et même lorsqu'on le tient précautionneusement à distance, même en mettant toute l'énergie du monde à ne pas voir ce qui devrait vous crever les yeux, le réel finit immanquablement par vouloir jaillir hors du placard où on espérait bien qu'il finirait par se faire définitivement oublier. Au moment où on s'y attend le moins et avec des effets dévastateurs. Et c'est au hasard de l'interrogatoire plutôt anodin d'un suspect embarrassé impliqué dans une affaire pas bien méchante, qu'Yvonne met à jour la véritable nature de son héros de mari. Un secret de polichinelle pour ses proches, hors sa famille : le panache du défunt preux chevalier de la Maison Poulaga n'avait, dans la vraie (de vraie) vie, pas exactement la blancheur Persil. Pourri de chez pourri, plus corrompu qu'une armée de politiciens niçois dans un roman de Patrick Raynal, le « héros » s'est indûment enrichi, a pris du galon, s'est fabriqué une aura de justicier en faisant plonger au besoin des innocents pour masquer ses coups foireux. D'abord dévastée, puis enragée, Yvonne décide qu'il est de son devoir de réparer les méfaits de son compagnon défunt. Et de faire éclater au grand jour la vérité. Mais quelle vérité ?

Si on vous a brièvement planté le décor, raconté à la volée les premières minutes de l'intrigue, promis-juré, on n'en dira pas plus. Ce serait pécher. Emmené par une Adèle Haenel survoltée, dont on n'aurait jamais soupçonné l'abattage comique, le film déploie plusieurs pistes, tresse ensemble une comédie burlesque, une comédie policière, une comédie romantique, un pastiche de film d'action, et parvient au tour de force de n'en négliger aucun. Et cerise sur le gâteau, on se laisse entraîner de bon cœur dans ce tourbillon irrésistible, joyeux, sans jamais être dupe de la gravité qu'il enrobe. Comme dans toute comédie réussie, Pierre Salvadori habille en effet de légèreté et d'effets comiques des situations qui, racontées différemment, feraient pleurer Marc et Margot dans leurs chaumières. Des histoires de mensonges, de tromperies, de deuil, des secrets inracontables, des vies à (re)construire, le sens du mal et le pouvoir – peut-être – de l'amour. La galerie de personnages, génialement typés sans jamais être caricaturaux, porte ces questionnements, ces mal-êtres, ces espérances et ces désirs. Ils entourent la belle, l'incroyable Yvonne, l'accompagnent dans ses errances et l'emmènent vers l'improbable – ou l'impossible – résolution de son projet. Le plaisir des comédiens, de Adèle Haenel à Audrey Tautou en passant par Vincent Elbaz, Damien Bonnard et Pio Marmai, est communicatif. Pas une fausse note, pas une erreur de casting, ils nous embarquent sans coup férir dans l'univers grave et dingue de Pierre Salvadori – en liberté, totalement, merveilleusement.  (Utopia)
 
LE VOX    mer 7/13H50  18H  20H45      jeu/13h50  15h45  18h05     ven 13h50 16h  21h   sam/16h30  18h15    21h    dim/15h40  18h15  20h45   lun/13h50  17h50  20h     mar/13h50  16h  21h
 
COTIGNAC      jeu8/20h30  
 

COLD WAR

Pawel PAWLIKOWSKI - Pologne 2018 1h27 VOSTF - avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza, Borys Szyc... Scénario de Pawel Pawlikowski, Janusz Glowacki et Piotr BorkowskiFESTIVAL DE CANNES 2018 : PRIX DE LA MISE EN SCÈNE

Cold war, c’est l’histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais progressivement gangrené par la montée du stalinisme. C’est aussi une véritable fresque amoureuse, et musicale (la musique est quasiment le troisième personnage principal du film), qui démarre à l’âge d’or du rock’n roll pour venir s’évanouir sur la grève des désillusions. 
Nous sommes dans les années 1950, la Pologne, en ruines, essaie de panser ses blessures et de se relever progressivement de la guerre. Zula est blonde, coquine, magnifique, et elle a un beau brin de voix. Quand Wiktor, qui dirige la meilleure école de musiques traditionnelles du pays, la recrute pour chanter dans les chœurs, il en tombe instantanément amoureux. Un amour qui ne se démentira pas durant les quinze années suivantes, mais qui restera éternellement impossible à vivre. Ils n’ont ni les mêmes ambitions, ni les mêmes codes, pas plus que la même origine socio-culturelle. Pourtant tout cela s’estompe dans leurs ébats, leur passion qui s’enflamme. Mais est-ce suffisant pour les river toute une vie l’un à l’autre ? Alors que Wiktor ne rêve que de fuir en cachette un pays qui lui interdit de jouer la musique qu’il aime (le jazz, symbole culturel de l’ennemi impérialiste américain), Zula, plus pragmatique, balance entre franchir ce pas périlleux ou rester douillettement rivée au pays, à ses racines, à ses véritables chances de réussir dans le système.

Wiktor a pourtant tout prévu, tout organisé, tout payé pour que sa belle passe à l'Ouest avec lui. Ce jour-là, il l’attend à la gare, le cœur battant, guettant désespérément sa renversante silhouette. Ce jour-là, Zula lui pose un cuisant lapin, difficile à digérer, même s'il peut comprendre le joug de la peur qui règne sur leur pays devenu liberticide.
Wiktor se retrouve donc exilé, esseulé, partant à la dérive d’une Europe suspicieuse qui subit les conséquences d’une guerre froide silencieuse mais bien réelle. On va le suivre, de Paris à Berlin en passant par quelques autres capitales, plongé dans une vie où seule compte la musique. De piano-bar en salle de concert, joueur de jazz émérite, mais dans le fond si peu reconnu. Zula, de son côté, va poursuivre sa carrière au sein de la fameuse troupe Mazurek, donnant des foultitudes de concerts sous surveillance, dans son pays ou un peu partout en Europe, applaudie, célébrée mais jamais libre.
Au fil de leurs pérégrinations, l’un et l’autre se guettent, se rencontrent, se séparent, avec toujours cette impossibilité de voir leurs errances et leurs cœurs enfin apaisés.

Toute l’histoire se décline dans des noirs et blancs magistraux, des passages musicaux somptueux. Un régal pour les mélomanes et les esthètes. Un voyage à travers une époque, qui navigue d’ellipse en ellipse pour aboutir à un film envoûtant, d’une grande beauté formelle. 
Il n'est pas anecdotique de signaler que les prénoms des protagonistes sont ceux des propres parents du réalisateur et que l'épopée des Zula et Wiktor du film est proche de celle des Wiktor et Zula de la vraie vie. Et le groupe musical folklorique de la fiction est une référence à peine déguisée au chœur Mazowsze, une véritable institution en Pologne, dont les prestations étaient largement diffusées par la radio et la télévision d'État. « C’était la musique officielle du peuple. On ne pouvait pas y échapper. »(Utopia)
 
LE VOX    
 mer7/ 16h05  20h45      jeu/13h50   20h15      ven/16h30  18/10   sam/13h50 18h45      dim/13h50  18h30    lun /13h50  18h15        mar/13h50 et 20h45
 

UNDER THE TREE

Hafsteinn Gunnar SIGUROSSON - Islande 2017 1h30mn VOSTF - avec Steinþór Hróar Steinþórsson, Edda Björgvinsdóttir, Sigurður Sigurjónsson... Scénario de Hafsteinn Gunnar Sigurosson et Huldar Breiofjöro.

 

ette nuit-là, à l’heure où les braves aspirent à jouir d’un repos bien mérité, Agnes et Alti tournent et se retournent dans leur plumard conjugal. Impossible de dormir ! C’est que les ébats enthousiastes de leurs voisins d’immeuble sont difficiles à ignorer. D’autres en auraient fait leurs choux gras et répondu sans se faire prier à un si bel appel lubrique. Après tout, quitte à ne pas fermer l’œil, autant en profiter pour se livrer à quelques galipettes polissonnes, non ? Mais au lieu de cela, notre couple de trentenaires s’offusque, agacé, Agnes enfonçant plus profondément ses boules Quies dans ses oreilles, Alti s’éclipsant discrètement de leur couche pour aller se distraire devant son écran d’ordinateur. De quelle manière ? Vous le découvrirez en même temps que sa petite femme, tellement outrée qu’elle le flanquera à la porte en moins de temps qu’il ne le faut pour l’écrire, dans une première scène savoureusement grinçante.

Voilà Alti piteusement chassé de son home sweet home, contraint de débarquer la queue entre les jambes dans le pavillon régressif de ses parents, en attendant désespérément que sa moitié se calme, lui laisse sinon regagner le bercail du moins voir leur gamine. Mais le foyer parental s’avère être le contraire du havre de paix bienveillant espéré. Alti comprend qu’il cabote en eaux minées : en plus de ses propres conflits, le voilà submergé par ceux qu’attise sa mère Inga avec les habitants de la maison mitoyenne, en particulier sa pulpeuse voisine Eybjörg. Deux femmes tellement dissemblables ! L’une est encore jeune, l'autre plus, l'une s’entretient, l’autre pas, l’une aime son chien, l’autre son chat, l’une s’étale au soleil, l’autre se tapit dans l’ombre. Et c’est sur l’arbre majestueux qui orne le jardin d’Inga que va se cristalliser leur haine galopante : alors que l’une tient à lui comme à la prunelle de ses yeux, l’autre n’aura de cesse de vouloir l'élaguer, de faire couper les branches qui contrarient ses séances de bronzette. 
De sous-entendus venimeux en insultes larvées, jusqu’à en arriver à des expédients dramatiquement ridicules (lancers de crottes, attaques de nains de jardins…), la tension s’amplifiera, déraisonnable et contagieuse. Les hommes de chaque maisonnée, moins vindicatifs dans un premier temps, prendront part à leur tour à cet engrenage infernal. Impossible d’échapper à cette escalade de bêtise vertigineuse qui aboutira à un paroxysme férocement jubilatoire. Notre rire deviendra jaune face à l’obstination des personnages, leur incapacité à prendre un recul rédempteur. Celui auquel les exhorte pourtant la poignante supplique que chante la chorale du mari d’Inga : « Respire doucement, respire profondément, inhale le givre, aspire les ténèbres… pour que fonde la glace, pour que revivent les prairies, que rechantent les peuples ». Macache !
On ne peut que se projeter dans ce miroir tendu qui réfléchit nos propres mesquineries, nous incite à prendre la hauteur dont seul le vénérable ancêtre feuillu, qui surplombe cette nef des nabots devenus fous, semble capable. 

C’est une fable grinçante à la morale puissante, dans le sillage des sagas islandaises impitoyables qui ont forgé l’esprit des habitants de l’île aux reliefs aussi doux que contondants. Point de hauts faits d’armes ici, le malin se tapit de façon prosaïque dans les petites rancœurs tenaces du quotidien, celles qu’on laisse proliférer au lieu de les balayer d’un revers de main salutaire. Dès les premiers instants, on est fasciné par cette humanité si familière qui choisit de dramatiser chaque incident au lieu de le prendre à la légère. Par quelle distorsion de l’esprit certains yeux sont-ils condamnés à voir des poutres là où ne nichent pourtant que d’insignifiantes pailles ? Perceptions faussées qui déforment la réalité, la rendant grotesque et menaçante alors qu’elle n’était rien de tout cela. Under the tree(Sous l’arbre pour les non anglophones résolus) est décidément un film qui déploie une stratégie intellectuelle un brin sadique mais parfaitement réjouissante.  (Utopia)

 

SALERNES

jeu9/ 18h et sam 11 ET LUN 12/20H30/ 20h30

 

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 
5 € pour l'adhésion ordinaire valable jusqu'au 31/12/2018 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Au(x) cinéma(s) du 24 au 30 octobre 2018

Bonjour à tous !
 
Pendant les vacances  CGR ne passe pas de film dans le cadre du ciné club, mais vous pouvez déjà noter les prochains événements que vous propose Entretoiles. Le 18 novembre nous aurons en séance unique Le Poirier sauvage réalisé par Nuri Bilge Ceylan qui avait eu la palme d'or avec le film Winter Sleep.
Le 2 décembre aura lieu la soirée avec deux films : Girl  et Leave no trace avec l'apéritif habituel entre les deux.  Et pour clore l'année 2018 le 16 décembre vous pourrez voir Mektoub my Love le dernier film d' Abdellatif Kechiche.
 
Cette semaine à Lorgues (et aussi à Cotignac) sont à l'affiche L'amour flou .film dans lequel  Romane Bohringer et Philippe Rebbot mettent en scène (dans tous les sens du terme) leur séparation,ce qui donne une libre improvisation chaotique et enlevée. ,une sorte de rupture, chaleureuse, drôle et mélancolique,  Amin  un film sensible et politique sur la solitude des hommes immigrés, Sheherazade , film brûlant sur un petit miracle : l'éclosion d'un amour là où il n'y en a plus trace et Thunder Road  film dans lequel  entre deuil, divorce et tracas quotidiens, un jeune flic se débat avec sa névrose d'échec.
 
A Salernes Le grand bain où Gilles Lellouche réussit le pari d’une fable sociale à la Full Monty et  Nos batailles (au Vox  et au Luc aussi),un drame social qui trouve le ton juste pour parler de paternité, de famille et de travail, bref de la vie.
 
Au Vox (aussi à Cotignac) Girl  un film lumineux, pudique et profond sur cette période délicate qu’est l’adolescence, surtout lorsque l’on est une fille née dans un corps de garçon, Mademoiselle De Jonquières où
dans une adaptation d'un récit de Diderot aux dialogues ciselés, Emmanuel Mouret scrute à la loupe les sentiments de ses personnages blessés et Cold War, histoire d’une impossible liberté dans un pays aimé mais progressivement gangrené par la montée du stalinisme .
 
NB : la semaine prochaine en raison des vacances scolaires il n'y aura pas de newsletter.La prochaine sera diffusée le 7 novembre.
 
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 
AMOUR FLOU

Écrit, réalisé et interprété par Romane BORHINGER et Philippe REBBOT - France 2018 1h37mn - avec aussi Rose et Raoul Rebbot-Bohringer, Reda Kateb, Clémentine Autain, Vincent Berger, Astrid, Lou et Richard Bohringer, Aurélia Petit, Riton Liebman... 

 

Si vous rêviez d’une belle rencontre, voilà qu’elle vous tombe dans les bras sous les traits de L'Amour flou ! Impossible de résister à cette fable familiale contemporaine qui s’avère être un merveilleux antidote à la morosité, à la mesquinerie, à la bêtise. Tous les ingrédients y sont pour réconcilier durablement les pires misanthropes avec l’humanité. Sans mentir, cela va même vous rabibocher avec le bon vieux tube de Michel Delpech qui berce l’éveil de la maisonnée Rebbot-Bohringer de la plus délicate manière. Il est tôt… La sonnerie des réveils extirpe chacun du monde des songes. Les enfants en se blottissant dans les bras de papa et maman ont encore cette odeur de sommeil caramélisée qui sent bon la tendresse. Et de celle-là, il n’en manque pas, on n’en doute pas un seul instant.

Seulement voilà : après dix années révolues, long et heureux temps de vie commune, deux adorables mioches pondus, Romane et Philippe réalisent qu’ils ne s’aiment plus… C’est venu insidieusement, sans qu’ils osent se l’avouer à eux-mêmes… Puis ça s’est enkysté dans un recoin de leur conscience, comme une évidence dont ils refusent d’affronter les conséquences. Ils avaient tellement rêvé vieillir ensemble, voir grandir les mômes, commenter conjointement les premiers poils aux pattes de Raoul, l’éclosion des émois amoureux de Rose et vice-versa… Mais chacun, sans qu’il se décide à le dire à son partenaire, en est à ce point de saturation qui annonce qu’il n’y aura plus de retour en arrière, qu’il leur faudra bientôt enterrer sous un monceau de souvenirs leurs amours mortes. Pourtant taquineries et rires fusent encore et, malgré quelques piques, persistent une complicité simple et immédiate, une attention à l’autre réjouissante. Tout cela est raconté sans pathos, avec une bonne rasade d’humour, dans une scène fendarde où chacun dévoile ses états d’âmes à sa psy respective, la voix de Philippe faisant écho à celle de Romane, sans qu’ils le sachent, les émotions de l’une rejoignant les préoccupations de l’autre. Les cœurs ont beau se séparer, les âmes restent parfois sœurs à jamais.
Dans la famille Bohringer-Rebbot, le choix est vite fait de mettre son ego de côté, de ne pas sombrer dans des lamentations morbides. Ici, c’est la vie avant tout ! Laisser les détails au diable, préserver l’essentiel, refuser la bassesse « …et les bassets qui puent ! » provoquerait Romane, on vous laisse découvrir pourquoi… Mais cette dernière, désireuse de ne pas disperser la petite famille aux quatre vents, va avoir une idée lumineuse et entraîner toute sa smalah loin des sentiers pour filles dociles. On vous la raconte, cette idée ? Ben non ! Le film est-là pour ça !

Vous l’aurez remarqué, noms et prénoms des protagonistes sont aussi ceux des acteurs. Ici fiction et réalité fricotent intimement ensemble, distillent un doute délicieux dont on sort émoustillé et ravi. Quelle part est vécue ? Quelle part est inventée ? Ce qui ne l’est pas en tout cas, c’est cette truculence anarchiste, ce respect d’autrui qui illumine chaque instant du scénario. On se reconnait dans l’univers clownesque de ces drôles d’oiseaux qui osent l’autodérision, assument leurs travers respectifs. On admire leur sagesse. La voie qu’ils montrent fait fi du qu’en-dira-t-on, invite à une forme de désobéissance sociale salutaire. 
Pour l’aventure, Romane et Philippe ont mis en scène une bonne part de leur tribu intime. On y retrouve pelle mêle : Richard Bohringer dans son véritable rôle de père, sa débordante compagne, la délicieuse Lou en casse-couille prolifique. Clémentine Autain y apparait telle une naïade tout droit sortie des fantasmes de Philippe Rebbot… Sans oublier la présence du craquant Reda Kateb qui cabotine sous le regard énamouré de Paulo, son inséparable compagnon à poil ras. Bref tout cela est éminemment réjouissant et on ressort de cette séparation généreuse heureux comme Ulysse d’avoir entrepris ce beau voyage qui rend ces olibrius tellement attachants et familiers. Une bien belle leçon de vie sur la manière de transformer un échec en totale réussite où la poésie s’invite toute seule au détour de dialogues ciselés.  ( Utopia)
 
LORGUES    mer 24/21H10     ven26/17h    dim28/20h     lun29/19h
COTIGNAC    dim28/18H
 

AMIN

Philippe FAUCON - France 2018 1h30mn - avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Marème N'Diaye, Fantine Harduin... Scénario de Yasmina Nini-Faucon, Philippe Faucon et Mustapha Kharmoudi.

 

Amin, un nouveau titre-prénom – mais le premier masculin – pour une nouvelle merveille du réalisateur de Sabine, de Samia, de Fatima… Un seul prénom pour en évoquer tant d’autres. Philippe Faucon part une nouvelle fois d’un personnage unique pour élargir notre champ de vision jusqu’à faire un film presque choral, qui brosse le portrait d’une société complexe, touchante et désaxée. À travers la solitude d’un homme, il nous parle de notre propre solitude et de celle commune à tous les déracinés. C’est beau et simple. Jamais il n’y a place pour la grandiloquence ou le misérabilisme stériles. Le récit procède par touches humbles et précises qui laissent la part belle aux spectateurs et aux personnages, leur offrant la liberté d’évoluer, de réfléchir par eux-mêmes, de s’arrêter en chemin ou de continuer toujours plus loin. C’est comme un vent d’humanité vivifiante qui passe, jamais n’arrête sa course mais nous procure de quoi respirer avec ampleur. 

Il n’en fallait pas plus à Gabrielle pour tomber amoureuse : voir cette tristesse humaine taiseuse, cette intensité sans calcul émaner de ce beau corps d’ébène. Il en fallait beaucoup plus à Amin pour s’éprendre d’une blanche, même craquante, alors que sa famille restée « au pays » compte tant sur lui. Il fallait bien neuf années de quasi séparation, d’incompréhension dans la froidure de l’exil, loin de sa femme Aïcha, de ses enfants, pour qu’un jour tout commence à vaciller. Cette fois-là, quand il retourne les voir au Sénégal, offrant à la communauté tout le fruit de son travail, on perçoit combien la situation est rude. Pour son épouse, certes, à qui il manque tant… Pour sa progéniture qui ne connait presque rien de ce père absent. Mais c’est tout aussi rude pour l’homme qu’il est. Ce sont de simples mots qui lui lacèrent le cœur, un genre de reproches qu’il se fait déjà à lui-même, mais lesquels, une fois prononcés ouvertement par d’autres, deviennent assassins. Comme toujours, Amin n’en dit rien, encaisse, mais on est transpercé par une profonde injustice : s’il n’est jamais physiquement aux côtés des siens, il est constamment là à œuvrer pour eux. Sa vie s’est rétrécie et ne se limite plus qu’à leur offrir sa force de travail. Les mots en son honneur semblent soudain bien creux et presque âpres. Nul ne ne lui adresse un mot de soutien compréhensif, ne s’inquiète de ce qu’il endure au loin… Après cette parenthèse trop courte, il lui faut retourner vivre dans son terrier à Saint Denis avec les autres travailleurs immigrés comme lui. Un monde d’homme esseulés, loin des femmes, survivants sans tendresse. 
C’est un chantier de plus qui conduit notre ouvrier en bâtiment, Amin, dans le petit pavillon de Gabrielle (Emmanuelle Devos, actrice fabuleuse, subtile…). Infirmière de profession, elle se débat, tout aussi isolée que lui dans sa vie, entre garde alternée, ex-mari culpabilisateur qui ne la lâche pas d’une semelle, travail harassant… Il y a comme un poids qui s’acharne sur les poitrines de ces deux solitaires.   ( Utopia)
LORGUES    mer 24 et lun 29/17h     ven26/19h   sam 27/20h   dim28/20h     lun29/19h  
 

SHÉHÉRAZADE

Jean-Bernard MARLIN - France 2018 1h46mn - avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout, Kader Benchoudar, Nabila Ait Amer... Scénario de Jean-Bernard Marlin et Catherine Paillé.

 
Les quartiers Nord de Marseille. Les petits délinquants qui sortent de prison. Les jeunes filles qui vendent leur corps faute d'avoir pu trouver meilleure place au soleil… Ne fuyez pas devant la supposée dureté de son univers, Shéhérazade est une pépite qui brille des mille et un éclats jaillissant de la grâce brute de ses tout jeunes comédiens et du talent évident d'un jeune réalisateur, Jean-Bernard Marlin, déjà repéré grâce à ses courts-métrages. À partir d’un travail documentaire qu’il a entrepris depuis quelques années dans le milieu de la prostitution des mineurs à Marseille, ville où il a grandi, et s'inspirant d’un fait divers récent, il raconte ici l’histoire d’amour entre Zachary, 17 ans, et Shéhérazade, jeune prostituée rencontrée à sa sortie de prison.

Avec une énergie folle et une profonde tendresse pour ses personnages qu'il ne jugera jamais, le réalisateur tord le cou à la tentation du pseudo-réalisme documentaire et de l’apitoiement pour raconter une histoire d’amour fou entre deux adolescents propulsés dans un monde de violence au cœur d'une cité gangrenée comme tant d'autres par la pègre, le chômage et les inégalités sociales. Cela pourrait être glauque, s'enfoncer dans la crasse des chambres de passe minables, s'enliser dans les règlements de compte au ras du trottoir, c'est au contraire un film qui avance pas à pas vers la lumière, guidé par un espoir qui fait jaillir comme par miracle l'amour pur du plus vil des terreaux.
La grande force du film réside dans le refus de faire la distinction entre cinéma de genre et cinéma de poésie, dans la volonté de s'affranchir des clichés du polar à la française aussi bien que des bonnes manières du cinéma d’auteur. Shéhérazade opte pour une stylisation virtuose arrachée à des conditions très précaires de tournage, entre ambiances nocturnes sous haute tension et comédiens non professionnels.
Zachary sort de prison. Sa mère n'est pas là et on sent bien, dès cette première scène, que sous ses airs de petite brute qui se la joue Scarface, il y a un minot qui n'espère rien d'autre qu’on l’enfouisse sous des tonnes de tendresse. Zonant dans son quartier, retrouvant ses anciens potes, il ne peut que constater ce terrible état de fait : rien n'a changé dehors, les petits trafics se poursuivent, personne ne lui a réservé une meilleure place dans le monde, personne ne l'attend. Autour de lui, une jeunesse résignée vivote, se marre un peu, se débrouille comme elle le peut sous le soleil. Et puis il y a les filles, très jeunes pour certaines mais déjà cabossées par des heures de bitume, des nuits sans sommeil et des repas approximatifs. Où sont les adultes ? Parents maltraitants ou simplement négligents, absents, lointains, ils ne sont pas à leurs côtés. Il y a bien cette travailleuse sociale qui tente du mieux qu’elle le peut et avec ses moyens de raccrocher Zak à un projet de vie, mais on sent bien que la tâche est immense et peut-être même déjà perdue d’avance.

Mais il y a donc Shéhérazade, beauté sauvage et naturelle, farouche, pas commode, gamine grandie trop vite qui cache elle aussi, sous son regard trop maquillée de fille facile et ses phrases toutes faites sorties d’un mauvais film et apprises pour le travail, un cœur brisé qui ne demande qu’à être recollé.
Ces Roméo et Juliette vont tenter de s’aimer en dépit d’un monde de sauvages, s’aimer pour tenter de se sauver. Et tant pis si le théâtre de leur histoire n’est pas un balcon qui sent le jasmin mais une rue de mauvaise vie… au fond, ils ont toute la leur devant eux. Un premier film fort, lyrique et brûlant.   ( Utopia)
LORGUES    mer 24 /19h     ven26/21h   sam 27/15h 50  dim28/20h     lun29/21h  
 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31mn VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

 
Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dans Thunder Road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». (utopia) 
 
LORGUES      sam 27 et  dim28/20h     lun29/19h   
 
 

LE GRAND BAIN

 
Gilles LELLOUCHE - France 2018 2h02mn - avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Pœlvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Félix Moati, Jonathan Zacaï, Alban Ivanov, Mélanie Doutey... Scénario de Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini
 
 
Tout le monde l’attendait au tournant, prêt à lui tailler un costard en bonne et due forme. La critique cinéphile en particulier et puis aussi, il faut bien se mettre dans le sac, les programmateurs des salles art et essai ; bref, toute une assemblée qui aime bien, entre deux tressages de lauriers à des films turcs de 3h, casser un peu de sucre sur le dos de quelques malheureux réalisateurs, se moquant joyeusement, et parfois avec une plume acerbe, de leurs films. Gilles Lellouche entrait pile poil dans la case : « comédien qui passe à la réalisation et qui va se faire descendre par la critique ». On a toujours eu le sentiment que ses choix d’acteur l’avaient jusqu’alors cantonné un peu systématiquement dans le rôle du pote un peu lourdingue, du beauf un peu macho dans des comédies pas toujours très finaudes (excepté peut-être son interprétation touchante du mari perdu et assassiné dans le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller), et donc, en toute logique, on se disait que son passage à la réalisation en solo (il a déjà co-signé 2 films) resterait dans cette veine. Grosse, très grosse erreur d’appréciation. Parce que comme un retour du bâton qu’on était prêt à lever sur son film, voilà que nous nous sommes pris de plein fouet et sans semonce son Grand bain. La claque fut d’autant plus inattendue que nous nous surprîmes à la trouver fort à notre goût, agréable, drôle, tendre et bien ficelée, dotée d’une écriture précise et rythmée, d’une mise en scène vive et intelligente. Rien à voir avec le brouillon maladroit auquel nous nous attendions : on avait sous les yeux un petit bijou efficace et touchant d’humanité, avec ce dosage presque parfait entre franche comédie et fable douce amère à la mélancolie sous-jacente, celle qui vous cueille sans prévenir et vous laisse ce sentiment d’avoir gravé durablement, quelque part dans un coin de rétine, un doux, joyeux et tendre moment de cinéma.

Bertrand est au chômage. Depuis trop longtemps. Il a perdu le goût d’à peu près tout hormis celui des cachetons et trimballe sa carcasse entre la cuisine, le salon et, les soirs où il se sent aventurier, la rue jusqu’à laquelle il ose descendre pour sortir la poubelle. Bref, c’est la grosse déprime. Au détour d’une sortie piscine, il va tomber sur un improbable club de natation synchronisée masculine, rien que ça. Et comme les nageurs en question ont l’air aussi – sinon encore plus – dépressifs que lui et que le gro