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Billets de entretoiles

Au(x) cinéma(s) du 21 au 27 octobre 2020

Bonjour à tous !
 
Voici le mail Entretoiles de cette première semaine de vacances de Toussaint . Il n'y en aura pas la semaine prochaine, et nous vous donnons donc directement rendez-vous pour notre prochaine soirée le mardi 3 novembre. Ce sera une soirée cinéma "spéciale élections américaines" avec 2 films américains : The Climb de Mickaël Angelo Corvino, une comédie légère, centrée sur une amitié cabossée, et I am not your negro de Raoul Peck, un magnifique documentaire sur l'histoire des Etats Unis et sa population noire.
Le dimanche 15 novembre nous vous proposerons La femme des steppes, le flic et l'oeuf de Wang Quanan, une comédie mongole, un pur bijou, une oeuvre atypique d'une beauté à vriller l'âme.(sous réserve de confirmation par CGR)
Nous comptons sur vous pour venir partager avec nous tous ces films
 
Cette semaine à CGR, Adieu les cons où armé du scalpel aiguisé de la satire, Albert Dupontel le réalisateur est  parti une fois de plus pour lacérer le vernis de nos sociétés modernes violemment aseptisées. et dans la semaine suivante Basta capital, présenté par les Ciné débats citoyens, en présence du réalisateur (aussi à Salernes et au Vox)

A Lorgues vous pourrez voir Maternal de Maura Delpero, un film subtil et intense.
 
A Salernes, Mon cousin de Jan Kounen, dans un étonnant et détonant duo (aussi à Cotignac), et Eléonore de Hamro Hamzawiun film qui marie charme, drôlerie et désinvolture.
 
Au Luc Les héros ne meurent jamais de Aude Léa Rapin, déroutant et intrigant, Lupin III the first de Takashi Yamasaki où Lupin et sa bande rivalisent d'esprit et d'audace.
 
Au Vox à Fréjus  ne ratez pas Michel Ange de Andrei Konchalovsky qui nous brosse un Michel Ange puissant, magnifique, indomptable et indémodable, Chien pourri la vie à Paris,  Josep (aussi à Cotignac) de Aurel, un magnifique  film d'animation pour adultes sur la retraite des républicains espagnols fuyant le franquisme vers la France Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait d'Emmanuel Mouret, peintre du sentiment amoureux , Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal : un film et une actrice irrésistible,  Les apparences de Marc Fitoussi (aussi à Cotignac),où le jeu des apparences devient terrifiant, Drunk de Thomas Winterberg, un retour gagnant pour un film aussi enthousiasmant que désespéré, confirmant ainsi le retour au premier plan du cinéaste danois, et Yalda, la nuit du pardon un grand film iranien de Massoud Backhshid. 
 
Transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 
Bonne semaine de cinéma ! Continuez à aller voir des films !
L'équipe d'Entretoiles
 

THE CLIMB

Michael Angelo CORVINO - USA 2019 1h36 VOSTF - avec Kyle Marvin, Michael Angelo Corvino, Gayle Rankin, Talia Balsam, Judith Godrèche... Scénario de Michael Angelo Corvino et Kyle Marvin.


THE CLIMBÇa commencerait presque comme une blague nulle : « c’est l’histoire de deux Américains qui font du vélo sur les routes de France, et dont l’un avoue à l’autre qu’il a couché avec sa future femme… » ; et de fait lorsque Mike apprend à Kyle, son ami de toujours, qu’il entretient une relation avec sa promise, on s’attend à ce que ces deux-là en viennent aux mains, explication virile et chute triviale. Et puis non, rien de tout ça : les deux compères continuent l’ascension du Col de Vence… Oh bien sûr, Kyle menace bien d’étriper Mike si jamais il le rattrape – c’est justement pour ça que Mike a attendu un raidillon bien traître avant de passer aux aveux ! – mais il ne viendrait à l’idée d’aucun des deux de rompre ici leur relation. Dès cette scène d’ouverture, à la fois banale et fantasque par sa cocasserie, tout est dit ou presque de la nature du lien – un peu toxique mais indéfectible – qui rapproche ces deux olibrius par-delà les années.
Cette amitié cabossée, c’est le centre du film. Écrit par le réalisateur-acteur Michael Angelo Corvino avec la complicité de l’autre acteur principal Kyle Marvin, lointainement (on l’espère !) inspiré de leur propre amitié et nourri d’anecdotes plus ou moins autobiographiques, The Climb dresse le portrait d’un duo de trentenaires inséparables et que pourtant tout sépare, à commencer par leur caractère : Kyle, le bon gars, toujours prêt à recoller les morceaux, à
voir le bon côté des choses, à pardonner les excès de son alter-ego, et Mike, le passionnel, l’excessif, obstiné jusqu’à la déraison, le genre de type capable d’interrompre un mariage pendant le traditionnel échange de vœux pour s’opposer à l’union des tourtereaux parce qu’il considère que la demoiselle n’est pas à la hauteur de l’époux… Une bombe à retardement toujours prête à exploser, Mike, mais paradoxalement le plus fidèle des amis, prêt à attendre toute sa vie qu’on lui pardonne ses conneries plutôt que de tirer un trait sur Kyle. Ça en fait, du temps… … et le temps justement est l’autre grande affaire de ce film, celui qui passe pour les personnages – chaque scène ou presque est séparée de la suivante par un intermède musical censé figurer le passage des années et les variations de l’état psychologique des protagonistes – et celui de l’action elle-même : filmé en autant de plans-séquences que l’histoire compte de chapitres, The Climb nous immerge dans le chaos de leur quotidien, de leurs disputes, de leurs doutes, de leurs fous-rires, de leurs brouilles puis de leurs retrouvailles, alors qu’autour d’eux le monde change et vieillit : des mariages ratés, des parents disparus, des enfants qui grandissent… Ainsi, par l’élégance discrète de sa mise en scène, Corvino nous fait ressentir certains sentiments d’une profondeur et d’une subtilité qu’on ne s’attendait pas à trouver dans une comédie a priori aussi légère : celui de la vie qui passe, vous laisse un pincement mélancolique au cœur et un sourire un peu triste aux lèvres.

Admirateur déclaré du cinéma européen, Corvino est parvenu à extraire l’essence des comédies classiques du vieux continent, de Lubitsch, Monicelli, Tati et Etaix (les personnages visionnent un extrait du Grand amour !) pour l’injecter dans un canevas hérité des « screwball comedies » américaines. Et par on ne sait quel miracle, la greffe prend ! Alors, pour paraphraser un sage d’un autre temps, laissez-vous tenter par ce beau roman, cette belle histoire : une « bromance » d’aujourd’hui…(Utopia)
CGR  soirée Entretoiles spéciale "élections américaines" mardi 3 novembre 17h50
 

I AM NOT YOUR NEGRO

Raoul PECK - documentaire France / USA 2016 1h33mn VOSTF - Écrit par James Baldwin et Raoul Peck. Texte dit par Samuel L. Jackson.
I AM NOT YOUR NEGRO« Les détails et symboles de ta vie ont été construits selon un plan délibéré, destiné à t’amener à croire ce que les Blancs disent de toi. Tâche, s’il te plaît, de te souvenir que ce qu’ils croient, de même que ce qu’ils te font et t’obligent à supporter ne porte pas témoignage de ton infériorité mais de leur cruauté et de leur peur »
« Humainement, personnellement, la couleur n'existe pas, politiquement elle existe. » James Baldwin

Il est plus que jamais indispensable d'écouter la parole, de lire les mots de l'écrivain afro-américain James Baldwin (1924-1987), qui sont la chair et l'âme de ce magnifique documentaire réalisé de main de maître par le cinéaste haïtien Raoul Peck. Un film qui évoque l'histoire américaine à travers le destin tragique de trois leaders incontestés de la lutte des Noirs : Medgar Evers, mort assassiné le 12 Juin 1963. Malcolm X, mort assassiné le 21 Février 1965. Martin Luther King Jr, mort assassiné le 4 Avril 1968. À travers leur personnalité et leur parcours, à travers leur combat, à travers les pouvoirs, les puissances, les croyances, les préjugés qu'ils ont dû affronter, I am not your negro (quel titre !) nous donne un éclairage passionnant sur l'évolution et l'état actuel de nos sociétés.

James Baldwin, jeune écrivain ouvertement homosexuel, avait quitté les Etats Unis ségrégationnistes et homophobes pour rejoindre en 1948 le Paris Rive gauche et bohème de l'après guerre, bien plus ouvert. Mais au début des années 60, alors que débutait la lutte pour les droits civiques aux USA, il se lie d'amitié avec les trois leaders cités plus hauts, malgré leurs différences, malgré leurs divergences. Leurs assassinats (pour Medgar Evers, le jour même de le déclaration de John Kennedy sur les droits civiques !) inspirent le texte splendide qui accompagne le film en voix off et qui est le fil directeur reliant les images d'archives et les interviews de Baldwin lui-même. Une des premières séquences d'interview télé met en lumière, de manière tragiquement ironique, le profond ancrage de la pensée raciste ordinaire : ça se passe en 1965, un journaliste persuadé d'être bienveillant rappelle à son invité que « les Noirs ont connu de nombreux progrès récents, et qu'on les voit même dans les publicités » ! L'écrivain rétorque que tant qu'on parlera comme cela des Noirs, rien ne sera réglé…
Nombre d'images d'archives sont saisissantes… On croit avoir tout vu de la connerie crasse des théories racistes, mais dans cet extrait où une blanche ségrégationniste déclare que si Dieu peut pardonner le meurtre ou l'adultère, il ne pardonnera jamais la fin de la ségrégation à l'école… on se dit que la réalité peut dépasser la fiction. On citera encore ces images terrifiantes de visages – y compris d'enfants – déformés par la haine quand, en 1957, la jeune Dorothy Counts, 15 ans, est la première collégienne noire d'un Etat du Sud à tenter de rentrer dans un collège blanc, encadrée par des policiers qui la protègent.

Le film de Raoul Peck – réalisateur entre autres de Lumumba, splendide portrait du leader africain – restitue toute la grandeur, toute la dignité, toute l'intelligence du combat pour la justice et les droits civiques des Afro-américains, aujourd'hui confrontés au racisme de l'Etat Trump. Il n'est probablement pas indifférent que Raoul Peck soit haïtien, citoyen du premier pays à s'être libéré par ses propres moyens du joug colonial, face à ce qui était alors la première armée occidentale au monde, celle de Napoléon. Et comme le rappelait James Baldwin, la liberté ne se donne pas, elle se prend. C'est ce qu'on fait les Haïtiens, sans attendre l'abolition de l'esclavage accordé par les dominants. Black Lives Matter ! (Utopia)
 
CGR  soirée Entretoiles spéciale "élections américaines" mardi 3 novembre 20h20

ADIEU LES CONS

Écrit et réalisé par Albert DUPONTEL - France 2020 1h27 - avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié, Jacky Berroyer, Bouli Lanners, Philippe Uchan, Michel Vuillermoz, Laurent Stocker...
 
 
 
Quel titre ! À lui tout seul, il donne envie de foncer voir le film, sans rien en savoir de plus ! Et vous auriez raison ! Ce pourrait être la meilleure des résolutions : faire l’impasse sur le texte qui va suivre, vous fier à votre instinct, au choix de votre cinéma, à l’affiche très réussie qui annonce le trio de choc : Albert Dupontel – Virginie Efira – Nicolas Marié… Sans parler des rôles secondaires, truculents, grand-guignolesques, touchants. L’univers de Dupontel est plus que jamais méticuleusement indiscipliné, profondément libertaire, farouchement anticonformiste. Armé du scalpel aiguisé de la satire, le voilà parti une fois de plus pour lacérer le vernis de nos sociétés modernes violemment aseptisées.
Qu’est-ce donc qui cloche sous la chape policée de cette civilisation ultra-connectée, dans cette ville faussement intelligente ? Et dans le corps de Suze Trappet (merveilleuse Efira) ? Planqué derrière sa fonction déshumanisée, un médecin désabusé (interprété par Bouli Lanners dont les propos cliniques contrastent de façon drolatique avec sa bonhomie naturelle) va lui asséner benoîtement la terrible nouvelle : notre jolie coiffeuse dans la fleur de l’âge se meurt sans qu’elle le sente arriver. Irrémédiablement condamnée pour avoir trop consciencieusement coiffé et colorisé ses clientes, pour avoir sniffé moult vapeurs, laques, persulfates alcalins, dichlorométhane ! Ça défrise, non ? Chères spectatrices, si vous n’avez pas pitié de votre crâne, ayez pitié de votre capillicultrice préférée : renoncez à L’Oréal, parce qu’elle le vaut bien ! Pourrait-il y avoir une erreur de diagnostic ? Toubib Bouli de lancer : « C’est comme la police, quand elle se trompe, ça fait des dégâts ». C’est dit : le film ne sera pas tendre avec les forces de l’ordre…

Nous voilà projetés dans une ambiance loufoque qui navigue entre le noir grinçant d’un humour sans concession et la fraîcheur acidulée des contes de fée. La touche finale, c’est une bonne rasade de poésie pour y noyer avec élégance la désespérance du pauvre monde. Une fois le choc passé, Suze n’aura de cesse de retrouver avant qu’il ne soit trop tard l’enfant qu’on lui a arraché bien des années plus tôt, à son corps défendant…
Autre lieu, autre scène, dans une cité administrative ubuesque travaille JB (Dupontel, parfait dans la peau d’un bosseur obsessionnel et solitaire). Son rôle ? Renforcer la sécurité des systèmes informatiques qui régissent tout du sol au plafond, des ascenseurs aux coffres-forts. Dans son domaine c’est un cador. Normal diront les cons, il n’a que ça à faire, pas de vie privée, non rien de rien à regretter. Alors quand son supérieur le convoque pour le mettre sur le banc de touche, notre salarié docile va se déchaîner. Puisque c’est comme ça, il ne lui reste qu’une chose à faire : acheter un fusil ! Pour quoi faire ? Vous verrez bien. Mais sachez-le, plus intellectuel que manuel, il va rater son coup et pas qu’un peu ! Et ça va provoquer une sacrée pagaille…

Une coiffeuse qui a soif de vivre encore un peu, un informaticien trahi qui veut sans plus attendre mourir en fanfare ? Ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Et pourtant, ils se rencontrèrent bel et bien, grâce au hasard taquin qui veille l’air de rien sur les pires bras cassés. Bien sûr, on ne vous dira pas comment, pas plus qu’on ne vous racontera l’improbable parachutage de l’exceptionnel Monsieur Blin (inénarrable Marié) dans cette folle aventure qui, tout en nous faisant mourir de rire, nous tend un miroir déformant. Car évidemment Dupontel dresse le constat cinglant d’un monde absurde, le nôtre, qui marche sur la tête… Mais en grand romantique sombre, il nous colle aussi dans les pattes un manifeste tendre et touchant, un véritable hymne à l’amour fou. Et on n’est pas prêts d’oublier la manière dont Dupontel et Efira disent adieu aux cons ! (Utopia)
 
CGR : Tous les jours 14h, 16h, 18h15, 20h15, 22h15
 
 
 
 
CINE DEBAT CITOYEN : BASTA CAPITAL en présence du réalisateur
 
 
Basta Capital-Affiche.png
 
Synopsis: En 2020, dans un contexte social plus tendu que jamais, une communauté d'activistes perd l'un des leurs lors d'une manifestation, sous les coups des forces de l'ordre. Suite à ce drame, ils vont enlever des patrons du CAC40 pour forcer Emmanuel Macron à appliquer une réelle politique anticapitaliste.
Pour en savoir plus : https://www.destinydistribution.com/distribution/basta-capital/



CGR jeudi 29 à 20h, Vox Fréjus vendredi 30 à 20h, samedi 31 à Salernes à 20h

 

MATERNAL

Écrit et réalisé par Maura DELPERO - Argentine 2019 1h31mn VOSTF - avec Lidiya Liberman, Denise Carrizo, Agustina Malale, Isabella Cilia...
MATERNALC’est un film subtil et intense, aussi peu manichéen que possible, qui nous plonge au cœur d’un hogar religieux argentin, exclusivement féminin : foyer géré par des femmes (les religieuses), accueillant des filles mères adolescentes…
Lu et Fatima ont 17 ans et, comme toutes les autres pensionnaires, se dépatouillent mal de leur maternité récente : prises entre les pulsions bouillonnantes de vie des filles de leur âge et ces responsabilités nouvelles qu’elles ne savent par quel bout prendre, l’impossibilité de s’assumer économiquement les a poussées à chercher refuge dans cette austère demeure.
On pourrait s’étonner que les religieuses du hogar, ne réagissent pas plus aux tenues provocantes, aux maquillages exagérés, aux fugues de leurs jeunes pensionnaires : c’est que sous leurs airs un peu revêches, elles sont néanmoins des bienveillantes. La vieille directrice en a tant vu passer de toutes les couleurs qu’elle semble comprendre ce mal de vivre dont sa foi la préserve… sans pour autant l’aveugler : vouée à servir Dieu elle veille sur ses créatures, fussent-elles un peu perdues, respectueuse de leurs fragilités.

Quand Paola, novice à peine plus vieille que les jeunes mères qui sont là, déboule d’Italie (ce hogar a été créé par des religieuses italiennes) pour achever sa formation de religieuse et prononcer ses vœux, c’est comme un rayon de soleil qui pénètre l’univers étouffant de cet entre soi dont les enfants et les ventres ronds sont le centre. Lu vient de se tirer, ne supportant plus l’enfermement, entichée d’un garçon qu’on ne verra pas, illusion passagère d’un amour improbable… laissant à ses copines son adorable petite fille aussitôt éblouie par le sourire lumineux de Paola. Entre la petite fille délaissée et la jeune fiancée de Dieu, une relation douce s’installe, substitut maternel qui laisse deviner que pour être au bord de prononcer ses vœux, elle n’est pas exempte du désir d’être femme et que l’amour total de Dieu n’est pas antinomique d’un amour profond pour ces humains qu’il a tiré de la glaise… si l’on en croit la Bible.
Le principal personnage du film, au fond, c’est la maternité : absente pour les unes, trop précoce pour les autres, mais dans tous les cas, les femmes de ce foyer ont une relation complexe et ambiguë à leur enfant, à leur corps, aux autres : l’instinct maternel est il associé aux liens du sang ? La grande richesse du film est d’arriver avec empathie, compréhension fine mais à bonne distance, à capter les vibrations humaines entre attirance et doute, le désir d’être mère et la peur de l’être ou de ne pas savoir… ne prenant pas parti entre des sentiments contradictoires : l’humanité est ainsi, à la fois simple et complexe et ce film-là sait regarder sans juger, simple et profond.

C’est le premier film de fiction d’une jeune réalisatrice habituellement portée vers le documentaire et si elle franchit ici le pas, c’est que le sujet lui tient à cœur et que, pour des raisons diverses, elle connaît bien ce dont elle cause. Si elle a choisi des comédiennes professionnelles pour interpréter les religieuses, les jeunes mères trouvent là leur premier rôle, parfois très proche de leur propre vie, comme Lu, mère adolescente, elle-même née d’une adolescente.
Sans en avoir l’air, car le film est plaisant et l’interprétation superbe (une mention particulière à la petite fille de Lu), c’est un état des lieux d’un pays, l’Argentine, où l’avortement est toujours interdit et sévèrement puni : cliniques privées pour les riches, avortements clandestins (et donc dangereux) pour les pauvres… On pense à la situation qui prévalait en France avant que les filles du MLAC et d’autres se battent pour que la situation évolue. Une pensée émue au passage pour Gisèle Halimi qui vient de nous quitter. (Utopia)
Lorgues : mercredi 21 20h30, vendredi 23 17h,samedi 24 16h30

 

MON COUSIN

Jan KOUNEN - France 2019 1h44mn - avec Vincent Lindon, François Damiens, Pascale Arbillot, Alix Poisson... Scénario de Jan Kounen, Fabrice Roger-Lacan et Vincent Lindon.
MON COUSINPierre Pastié, c’est un genre de Bernard Arnault : le rejeton fortuné d’une grande famille dont le nom est à lui seul synonyme de réussite industrielle. Un gars né avec dans la bouche une cuiller en argent massif et dont l’activité consiste à faire fructifier la fortune reçue en héritage. En l’occurrence, Pierre est pédégé du Groupe Pastié, qui réunit les plus grandes marques internationales d’alcool mais aussi de grands crus classés. « Pastié : le goût du goût ». La devise familiale n’a pas seulement l’air ridicule : elle l’est. Nonobstant, notre Pierre, de contrat en réunion, d’assemblée en déplacements, court, vole, roule – court encore, le téléphone vissé à l’oreille et le point de croissance comme seul horizon.

Pas qu’on pense que c’est un fils à papa bien feignant (c’est sans doute là qu’il diffère de certains modèles), le moins qu’on puisse dire c’est qu’il mouille la chemise. Mais Pierre Pastié a un caillou dans son mocassin de luxe. Un caillou persistant qui se rappelle à lui tous les cinq ans. Car Pierre a hérité du bazar avec son cousin, Adrien, qui lui n’en a que fiche du « goût du goût » et du groupe Pastié. Rêveur, maladroit, d’une gentillesse spontanée, il soigne périodiquement son mal de vivre dans une clinique psychiatrique. Pour Pierre, Adrien, c’est « le fou ». Or, du « fou » il a besoin, tous les cinq ans, pour qu’il lui renouvelle devant notaire le mandat de gérer les affaires familiales. Il se trouve que cette fois, le groupe Pastié vacille et Pierre a un besoin vital de la signature de son cousin. Or Adrien est au plus mal et bien décidé à y mettre son nez, dans les affaires familiales, pour retrouver l’affection de Pierre. Pendant quelques jours, Adrien et Pierre vont donc cohabiter, poussés chacun par un besoin contradictoire de celui de l’autre. Et le contact des deux cousins, outre quelques étincelles, va produire des catastrophes en chaine.

Qu’on se le dise d’emblée : Mon cousin n’est résolument pas, du tout, le film le plus représentatif de l’œuvre de Jan Kounen. Plutôt adepte d’un cinéma au montage épileptique et nourri de prouesses visuelles (on lui doit aussi bien un Blueberry hermétique et halluciné qu’un documentaire fascinant sur le chamanisme amérindien), sa seule incursion à ce jour dans le domaine de la comédie, l’adaptation de 99 Francs de Beigbeder, ne le changeait guère de ses sujets (ni de sa forme) de prédilection. Or, ici, surprise ! À quelques rares scènes oniriques près et une séquence virtuose de crash aérien, on se pincerait pour y croire tellement il se trouve rangé, assagi, attentif à capter simplement l’humanité de ses personnages. Et on vous le dit tout net : ça lui va bien au teint. Il adapte sobrement sa mise en scène à la confrontation, tantôt douce et posée, tantôt raide et agressive, des cousins campés dans des registres très différents par Vincent Lindon et François Damiens, chacun évoluant à travers le regard de l’autre. Éberlué, ahuri, Pierre n’en finit pas de ronger son frein en observant la cascade de dégâts collatéraux que provoque l’irruption, comme un chien dans un jeu de quilles, du lunaire Adrien dans son environnement professionnel et familial. De son côté, le doux quoique dérangé Adrien est, suppose-t-on, susceptible à tout moment d’entrer en éruption : il observe avec une tristesse teintée de nostalgie les gesticulations d’un homme d’affaires qui lui semble totalement déconnecté de ses sentiments, voire des sensations humaines. Les compères, appairés par la force des choses, vont devoir voyager ensemble, traverser un nombre raisonnable d’épreuves et de catastrophes pour tenter de se retrouver, se reconstruire, chacun de son son côté, et renouer ensemble un lien qu’ils croyaient perdu. (Utopia)
Salernes : mercredi 21 et mardi 27 20h30, dimanche 25 et lundi 26 18h
Cotignac : jeudi 22 17h35 et vendredi 23 20h30

 

ÉLÉONORE

Écrit et réalisé par Hamro HAMZAWI - France 2020 1h25mn - avec Nora Hamzawi, Dominque Raymond, André Marcon, Julia Faure...
ÉLÉONOREVous l’ignorez sans doute, mais sachez que l’élaboration d’une gazette telle que celle que vous tenez entre vos mains est une grande aventure. Une sorte de « telenovela » qui dure depuis plus de trente ans dont les épisodes seraient reconduits toutes les cinq semaines avec une dramaturgie bien menée. Il y a le film illégitime, qui, tel le fils du même nom, revient dans la grille après avoir été mis au banc de toute la famille utopienne. Il y a les héros identifiés « incontournables » à qui l’on déroule le tapis rouge (plein de séances). Sans oublier moult rebondissements (des films dont la sortie est décalée à des jours lointains plus cléments pour le cinéma), des revirements de situation, des portes qui claquent, des engueulades légendaires, des réconciliations quand les avis sont partagés. Comme dans les bonnes séries, certains épisodes sont essentiels, d’autres plus anecdotiques. Dans une bonne gazette Utopia, certains films sont fondamentaux, importants, nous portent, nous font rêver ou penser, et d’autres, plus mineurs, nous font juste et tout simplement plaisir. Alors quand on a vu Éléonore, perdu au milieu de pas mal d’excellents films mais pas toujours des plus fendards, on s’est dit qu’il assumerait parfaitement ce rôle du film sympathique et léger, sans prétention, sans ambition démesurée, un film qui apporterait à l’ensemble de la programmation une petite touche colorée, festive, légère.

À plus de trente ans passés, Éléonore est un vrai boulet pour sa famille. Pas de boulot durable, pas de petit ami durable, elle vit dans un studio aux allures de caravane et se comporte comme une éternelle ado : une vie quelque peu dissolue, sans horaires fixes, baskets et jeans troués… Si elle assume plutôt bien cette vie de bohème, sa mère et sa sœur aînée, pour lesquelles « si à 30 ans t’as pas un mari et un joli bébé, t’as raté ta vie », voudraient bien la faire rentrer dans le moule.
Plus par lassitude et pour avoir la paix que par réelle motivation, Éléonore se laisse finalement coacher pour devenir la parfaite trentenaire, elle qui se rêvait plutôt en parfaite auteure de romans. Sexy, dynamique, la voilà donc embarquée dans une maison d’éditions de récits de charme pour devenir l’assistante d’un patron moins coriace qui n’y paraît (André Marcon, toujours excellent). Le vernis ne va pas tenir bien longtemps et n’en déplaise à sa frangine qui a tout réussi (du moins en est-elle convaincue), le naturel va revenir façon boomerang, parce qu’à trop vouloir rentrer dans le moule, on finit par devenir une pauvre quiche.

Comme Laetitia Doesch enchantait Jeune femme, Nora Hamzawi campe cette Éléonore avec un charme fou, avec drôlerie et désinvolture. À prendre tout simplement. (Utopia)
Salernes : vendredi 23 et samedi 24 20h30



 

LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS

Aude Léa RAPIN - France / Bosnie Herzégovine 2019 1h25mn VOSTF - avec Adèle Haenel, Jonathan Couzinié, Antonia Buresi, Hasija Boric, Vesna Stilinovic... Scénario d’Aude Léa Rapin, avec la collaboration de Jonathan Couzinié.
LES HÉROS NE MEURENT JAMAISSur le balcon de son appartement, Joachim raconte à son amie Alice une histoire assez incroyable qui vient de lui arriver et qui le trouble au plus haut point : au tournant d’une rue, il s’est fait apostropher par un mendiant assis sur le trottoir. Sans sommation, l’homme lui a hurlé : « Tu t’appelles Zoran, tu étais un monstre, un assassin et tu es mort le 21 août 1983 en Bosnie ! ». Si Joachim est secoué à l’extrême, c’est que le 21 août 1983 est très précisément la date de sa propre naissance. De là à imaginer qu’il pourrait être la réincarnation de ce Zoran criminel de guerre, il n’y a qu’un pas… qu’il semble prêt à franchir.
Cette confession est filmée de bout en bout par la caméra tremblotante d’Alice, cinéaste documentariste de son état, qui capture la réalité presque par réflexe, et qui connaît bien l’ex-Yougoslavie pour y avoir déjà tourné un film. Les deux amis n’y réfléchissent pas à deux fois : ils vont se rendre en Bosnie et se lancer sur les traces du défunt Zoran…

Les Héros ne meurent jamais fonctionnera donc sur une mise en abyme astucieuse : le film se construit autour du faux tournage d’un faux documentaire cherchant à établir la réalité de l’existence de Zoran et à percer le mystère de sa supposée réincarnation en Joachim. Le spectateur épousera le regard de Paul, caméraman invisible dans le faux film et chef-opérateur du vrai (Paul Guilhaume). Alice s’improvise metteuse en scène du réel, cherchant à fabriquer son récit de toutes pièces. La caméra doit embellir le récit, à la recherche du plan parfait (enfermée dans le coffre d’une voiture pour filmer Alice et Joachim au loin, par exemple). Pourtant, elle ne s’arrête jamais de filmer, et se transforme en témoin accidentel du réel, qui révèle toute l’humanité de ces personnages. La barrière de la langue et l’inattendu constituent alors un ressort comique, accentué par le volontarisme têtu et un peu gauche d’Adèle Haenel et la naïveté de la monteuse son Antonia Buresi.
Derrière ce dispositif hyper-réaliste, le fantastique refait surface. Lors d’une soirée dans un bar en Bosnie, la musique ne fait que cracher. La caméra, elle, s’éteint parfois. Comme si le matériel était brouillé par des interférences surnaturelles. Les morts hantent le récit. La Bosnie, marquée par la guerre, ressasse inlassablement son histoire et celle de ceux qui l’ont quittée.

Joachim est à la recherche de sa propre mort, qu’il va mettre en scène, comme maître de son propre destin. Surgit alors une idée d’une douce poésie. Le cinéma emprisonne les morts pour les rendre vivants, et les faire exister éternellement. La réincarnation existe dans l’image qui capture des instants de vie, animant des corps qui bougent, pleurent et rient. Le cinéma comme souvenir, comme devoir de mémoire, comme spectre du temps. Les Héros ne meurent jamais traduit le besoin insatiable de l’humanité de se raconter des histoires. Un objet déroutant, intrigant, parfois drôle, et qui confirme, s’il le fallait encore, l’immense talent d’Adèle Haenel. (d’après A. Dall'omo, lebleudumiroir.fr)
Le Luc : jeudi 22 et vendredi 23 18h

 

LUPIN III : The First

Écrit et réalisé par Takashi Yamazaki - film d'animation Japon 2020 1h33mn - D’après le manga de Monkey Punch et, lointainement, le personnage créé par Maurice Leblanc. À voir en famille ! Programmé en VF l'après-midi et en VOSTF en début de soirée.
LUPIN III : The FirstC’est bien lui, le plus grand des voleurs, qui déboule sur nos écrans… oui, mais c’est un gentleman, un tantinet dépoussiéré, mis au goût du jour de l’animation moderne, qui ne nous est pas tout à fait familier ni totalement inconnu. Lupin III : The First est le dernier-né des exploits bien croqués du gaillard : silhouette dégingandée et bobine malicieuse, ce dandy de la cambriole a hérité des talents et du charme associés à son nom – il n’est autre que le petit-fils du grand Arsène Lupin, le fameux héros de Maurice Leblanc.

Créé en 1967 par le mangaka Monkey Punch, l’intrépide rejeton de notre prince national de la chourave caracole dans de nombreux mangas et séries animées depuis le début des années 1970 – en France, il a longtemps sévi sur le petit écran sous le nom d'« Edgar de la cambriole » (Monkey Punch n’ayant jamais demandé aux héritiers Leblanc la permission d’utiliser l’illustre patronyme de Lupin). L’œuvre de Maurice Leblanc étant aujourd’hui tombée dans le domaine public, Lupin III a fièrement retrouvé le nom de son illustre papy, sans rien perdre de sa malice. Une fête à grand spectacle, portée par l’inventivité ludique d’un scénario qui doit moins à Maurice Leblanc qu’à l’univers d’Indiana Jones (à grand renfort d’inénarrables méchants nazis, de mystères archéologiques et de poursuites démentielles) avec un brin d’Homme de Rio. Une filiation très BD, joyeuse et assumée à la japonaise.

Et pour son retour au cinéma, le rejeton de la dynastie des « gentlemen cambrioleurs » s’aventure pour la première fois en France, au pays de son illustre arrière grand-père ! Associé à la jeune Laëtitia pour faire main basse sur un trésor que même Arsène Lupin (premier du nom) n’a jamais réussi à dérober. Entre pièges mortels, escapades aériennes et abracadabrantes évasions, Lupin et sa bande de casse-cou rivalisent d’esprit et d’audace dans ce long-métrage d’animation qui ravira autant les fans de la série légendaire, les amoureux des romans de Maurice Leblanc que les nouveaux venus de 7 à 77 ans ! (d’après Cécile Mury, Télérama)
Le Luc : samedi 24 16h, dimanche 25 14h

 

MICHEL-ANGE

(Il Peccato)
Andreï KONCHALOVSKY - Italie 2019 2h14 VOSTF - avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudiello, Orso Maria Guerrini.

Scénario d’Elena Kiseleva et Andreï Konchalovsky.
MICHEL-ANGECe n’est pas un film sur fond de renaissance que nous offre Andreï Konchalovsky, c’est la Renaissance elle-même, avec sa texture, son univers sensoriel, sonore, sans apparats superflus. Il tord le cou à tous les clichés à grand renfort de recherches, de conseils pris auprès d’historiens, de spécialistes de la période. C’est un travail de clan, de troupe à l’unisson, de petites mains virtuoses et invisibles, que Konchalovsky orchestre pour aboutir à un résultat aussi vrai que nature. On nous dirait que chausses, pourpoints, perruques […] sont d’époque, on y croirait aveuglément ! On n’imagine pas une seconde que rues, galeries, tavernes… aient été recréées pour les besoins d’un seul film… jusqu’au port de Carrare et à la Chapelle Sixtine qui ont été reproduits par une trentaine de maîtres artisans sculpteurs, charpentiers, peintres et plâtriers. Il y a comme une forme d’humilité orgueilleuse qui se tapit à l’arrière-plan pour s’effacer derrière l’essentiel, le sujet. Tout comme la rugosité du marbre s’est estompée au fil du temps derrière David, La Pietà, L’Esclave mourant… sculptures criantes d’humanité. Qui, en les admirant, se représente les solides paluches du sculpteur, ses colères insensées, sa truculence, son anxiété fébrile ? Et c’est tout cela que le réalisateur nous restitue, la substance d’un homme, son charisme, sa folie magnifique qui transcende ses parts d’ombre. On sort de l’expérience avec l’impression d’avoir été brinquebalés sur les routes caillouteuses de l’Italie de l’époque, entre Rome et ses provinces, d’avoir goûté à la poussière d’une carrière, d’avoir croisé l’insondable Michel-Ange, au moins une fois dans notre vie, jusqu’à pouvoir décrire l’odeur de l’homme, raconter sa peau burinée, ses regards taiseux, ses terribles tempêtes…
Nous voilà rendus au début du xvie siècle. La Florence d’alors est belle et terrible, tendre et violente. Michelangeo Buonarroti est déjà ce maître incontesté, et donc jalousé, qui attire les convoitises des puissants. Les mécènes capables d’engager des sommes importantes pour produire des œuvres imposantes ne sont pas si nombreux. Les artistes d’alors se les disputent, prêts à quelques bassesses pour récupérer les faveurs d’un clan qui les entretiendra à l’année et couvrira leurs frais. Enjeu d’autant plus important pour ceux qui sculptent, dont le matériau coûte cher à extraire, à transporter, à apprivoiser. Et c’est peut-être là le premier génie de Michel-Ange : comprendre la roche, ses veines, ses pulsations… Dévoiler ce que recèle la matière… Issu du milieu des artisans, il est du genre brut de décoffrage : il ne fait pas salon, inapte à se pomponner, à se parer de rubans, bien incapable d’une once de diplomatie. Pas plus capable de respecter les délais impartis, tant il est obnubilé par la poursuite d’un idéal divin inaccessible aux simples mortels. Rien n’est jamais assez parfait pour lui sembler achevé. Pourtant les puissants semblent prêts à tout lui pardonner, même sa crasse et ses ardeurs délirantes, son incapacité à gérer un budget. Étonnant de le découvrir sans le rond, constamment au seuil de la mendicité, celui dont l’œuvre n’a pourtant pas de prix. Cela l’amènera à bafouer ses engagements avec ses protecteurs historiques, la famille Della Rovere, pour céder aux injonctions de la famille De Medicis… Voilà notre homme tiraillé entre deux commanditaires, torturé par sa conscience, sa force vitale indomptable, ses hallucinations mystiques, ses ambiguïtés jalouses, dans un monde où la compassion n’a guère sa place…

C’est beau, puissant, d’une modernité folle… Fruit d’une rencontre platonique entre deux êtres inclassables, un réalisateur ancré dans notre époque et un Michel-Ange anguleux, à la fois minéral et organique, tout aussi indomptable qu’indémodable (Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 21 13h30, 20h, jeudi 22 15h, 20h, vendredi 23, dimanche 25 15h30, 18h, samedi 24 15h30, 20h30, lundi 26 15h, 20h, mardi 27 14h, 18h



 

CHIEN POURRI, LA VIE À PARIS

Programme de 5 courts films réalisés par Davy DURAND, avec la participation de PATAR et AUBIER - film d'animation France / Belgique 2019 1h - D’après les romans de Colas Gutman et Marc Boutavant. Pour les enfants à partir de 4 ans.
CHIEN POURRI, LA VIE À PARISGrande nouvelle pour nos jeunes spectateurs – et pour leurs parents, dont on sait pertinemment qu’ils se régalent des bouquins en prétendant faire la lecture à leurs petiots : l’inénarrable Chien pourri débarque au cinéma ! Né en 2009 de l’imagination débordante de l’écrivain Colas Gutman, ce chien des rues parisien généreux et candide a d’abord dû se contenter d’un second rôle dans un premier ouvrage avant de devenir à partir de 2013 la vedette à part entière de 13 romans écrits par Gutman et merveilleusement illustrés par Marc Boutavant. Treize pépites d’humour décalé et potache, d’observation tendre et amusée des travers de notre société, publiées par l’excellente maison d’édition L’École des loisirs. C’est donc un événement de découvrir cet univers chaleureux et hyper inventif adapté pour le grand écran (et le petit aussi sous la forme d’une série).

Il était donc une fois un chien parisien, naïf et passionné, appelé Chien Pourri. Persuadé que tous ceux qui l’entourent sont ses amis, il ne se méfie jamais des autres et prend tout au pied de la lettre. Il n’en est que plus drôle et attachant. Avec Chaplapla, son fidèle compagnon de gouttière, Chien Pourri arpente les rues de Paris la truffe au vent. Peu importe les catastrophes qu’il provoque, Chien Pourri retombe toujours sur ses pattes, tant et si bien que les autres chiens commencent à trouver ça louche ! (Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 21, vendredi 23, samedi 24, dimanche 25 et mardi 27 14h, jeudi 22 15h et 16h30,  lundi 26 15h



 
 
JOSEP
Réalisé par AUREL - film d'animation France / Espagne 2020 1h20mn VOSTF - avec les voix de Sergi Lopez, Gérard Hernandez, Bruno Solo, François Morel, Valérie Lemercier, Sophia Aram... Scénario de Jean-Louis Milesi.
TRÈS REMARQUABLE FILM D’ANIMATION RÉSOLUMENT POUR ADULTES.
En quelques années, Aurel est devenu un dessinateur incontournable. Cela n’aura pas échappé aux lecteurs du Canard Enchaîné, du Monde (Diplomatique ou pas), de Politis… ni aux passionnés de BD. Le sujet de son premier et splendide long-métrage, plus encore qu’un récit historique, est un vibrant hommage et la rencontre en filigrane avec un autre dessinateur : Josep Bartoli. Mais aussi la rencontre véritable d’un petit-fils avec son grand-père : un gendarme tellement représentatif de ces héros ordinaires restés dans l’ombre de la Grande Histoire, celle qu’écrivent les vainqueurs dans des manuels qui ont fâcheusement tendance à oublier ou minimiser ses parties honteuses ou peu glorieuses. Quand on parle de la période 39/45, on évoque rarement La Retirada, et pourtant : elle parvint jusque sur nos plages et dans nos campagnes, où l’on parqua dans des camps qu’on peut dire de concentration les résistants républicains espagnols venus chercher refuge chez nous…
Février 1939. Des hommes marchent dans la neige, seuls ou en petites bandes, émaciés, affamés, parfois blessés. La traversée des Pyrénées est rude en plein hiver. Pas un seul oiseau ne chante dans les arbres secs et creux… Ils seront des centaines, ils seront des milliers à marcher ainsi jusqu’en France. Là où ils croyaient trouver un havre pour reprendre des forces, ils ne trouveront que désolation. Parmi eux, un bel homme au regard expressif et au nez aquilin. Il s’appelle Josep Bartolí et ne rêve que de rejoindre Maria, son épouse, qui porte son enfant. Comment ce dessinateur de presse de renom, ce résistant de la première heure, aurait-il pu imaginer qu’après avoir combattu et fui le franquisme, serait parqué à Argelès-sur-mer, insulté et traité comme un malfrat ? Aveuglément les gardiens de camp suivent la tendance du moment, reléguant leur cerveau au vestiaire, se laissant aller à leurs plus bas instincts, cédant à cet effet de bande qui peut rendre très con le plus pondéré des bonshommes. Pourtant une nouvelle recrue fera modestement un pas de côté. Il faut un vrai courage pour sortir du rang, ne pas céder au conformisme ambiant, au courant de pensée dominant. Un courage qu’on n’aurait pas su déceler sur la bouille joviale de notre bon gendarme consciencieux, un courage que lui-même ne revendiquera jamais. Progressivement, malgré son respect des règles et des ordres, il éprouve un respect admiratif, solidaire pour ces détenus supposés être la lie de l’humanité. En particulier pour Josep… C’est ainsi qu’une amitié mutuelle va naître entre les deux hommes, mettant à mal les conceptions simplistes du sens du devoir. Obéir pour honorer sa fonction, certes, mais que faire quand cela va à l’encontre de ce pourquoi on s’est engagé ? Comme, par exemple, la défense de la veuve et de l’orphelin, ou les valeurs de la république ? Découvrir que ces « rouges » contre lesquels se déchaîne la France de Daladier sont en fait de véritables justes, des humains avant tout, va être un sacré choc…
L’utilisation des couleurs est subtile et mouvante : réduites à la portion congrue – comme la ration des prisonniers – lors des séquences dans les camps, elles se font exubérantes lors de la rencontre avec Frida Kahlo… Tout une symbolique, tout un langage, qui s’émancipe des mots, les sublime, dans le souci de ne pas se substituer à Josep, de ne surtout pas le trahir…
Pour aborder ce vaste sujet, on passe par la tête d’un adolescent contemporain, aimant les tags et le rap, un peu saoulé à l’idée de venir visiter son grand-père, ancien gendarme. Il ne sait pas encore à quel point il va être passionné par ce que son aïeul va lui raconter. Avant que s’anime à l’écran ce magnifique Josep, le spectateur est un peu comme cet ado : il ne sait pas encore… (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 21 16h20, 18h15, jeudi 22 17h45, vendredi 23 14h, samedi 24 16h20, dimanche 25 16h15 lundi 2616h25, mardi 27 14h, 16h40

Cotignac : dimanche 25 18h
 
 

LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT

Écrit et réalisé par Emmanuel MOURET - France 2020 2h02mn - avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Emilie Dequenne, Vincent Macaigne, Jenna Thiam, Guillaume Gouix.
 
 
« Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. Comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. » (Roland Barthes, Fragments du discours amoureux)
Dans la filmographie d’Emmanuel Mouret, il y aura incontestablement un avant et un après Mademoiselle de Joncquières. D’abord parce que ce film aura donné au réalisateur une belle notoriété par son succès public et critique, mais surtout parce qu’il semble avoir agi comme un puissant activateur de son cinéma, révélant le meilleur de son talent, affirmant sa maîtrise de la mise en scène, offrant un solide écrin pour son écriture, si particulière, si littéraire.
Qui l’a suivi depuis ses premiers films  pourra incontestablement mesurer le chemin parcouru et se rendre à l’évidence qu’il fait aujourd’hui partie des grands peintres/cinéastes du sentiment amoureux. Qui demeure, pris sous toutes ses formes et à travers toutes ses lumières, une inépuisable source d’inspiration. Et quand il s’exprime à travers le regard espiègle et kaléidoscopique d’Emmanuel Mouret, c’est une fois encore un ravissement. Parce qu’il faut bien l’admettre : quand le texte est beau, minutieusement travaillé, sans pour autant sonner faux, ou creux, ou pédant, c’est du miel pour nos oreilles. Qui entraînent nos yeux dans la danse. Et de miel, en ce moment, on en a bien besoin.
Mademoiselle de Joncquières nous montrait des personnages éminemment modernes bien qu’en costumes du xviiie siècle, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait raconte des couples d’aujourd’hui qui n’auraient pas déparé dans les salons éclairés à la bougie d’un siècle révolu. Ils possèdent tous un art de se raconter, une affinité singulière pour penser et décrire ce qu’ils ressentent qui semblent venus d’une autre époque. Une époque où l’art de la conversation n’avait pas abandonné le terrain au tout numérique, une époque où l’on tendait vraiment l’oreille à ces fragments d’un discours peut-être déjà, ou pas tout à fait encore, « amoureux ».
Comme souvent, le cinéaste a pris le parti non pas d’une seule narration, mais d’un entrelacement de récits qui se choquent, se croisent, s’interrogent et s’interpellent, comme une poupée russe révélerait ses multiples secrets.
Daphné, enceinte de quelques mois, est en vacances avec François, amoureux d’il y a peu. Contraint de s’absenter quelques jours pour son travail, François la laisse seule accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’a jamais vu… Un garçon tout ce qu’il y a de plus charmant, délicieusement timide, et quelque peu impressionné par la sémillante future mère.
Chacun se livre alors et les histoires se déroulent. Comment Maxime est tombé amoureux de Victoire qui a craqué pour son meilleur ami Gaspard… Comment Daphné, éperdue secrètement d’un réalisateur charismatique, est tombée sous le charme de François, un homme marié… Et comment Louise, épouse bafouée, a fièrement réécrit l’histoire de sa propre trahison.
Au son délicieux d’une Valse d’Adieu de Chopin, d’une Arabesque de Debussy ou d’une Sonate de Hayden, on en saura bien plus encore… Ce que chacun a dit sans le faire, ce que chacune a fait sans oser le dire… Tous les personnages, sentimentaux, cruels, lâches ou flamboyants, sont animés d’un même élan amoureux et pour cela, on leur pardonnera tout.(Utopia)

« Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, ce titre évoque pour moi l’un des grands plaisirs du cinéma, celui qui consiste à confronter un personnage à ses paroles : fera-t-il ce qu’il a dit ? Est-il vraiment celui qu’il prétend être ? Le suspense au cinéma peut aussi être créé par la parole et c’est au spectateur de s’amuser à mesurer l’écart entre celle-ci et les actions qui suivront. » (Emmanuel Mouret)
Fréjus Vox : vendredi 23 16h, lundi 26 17h20


 

ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES

Écrit et réalisé par Caroline VIGNAL - France 2020 1h35mn - avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Marc Fraize, Jean-Pierre Martins...
 
  « Une nuit je m’endors avec lui / Mais je sais qu’on nous l’interdit / Et je sens la fièvre qui me mord / Sans que j’aie l’ombre d’un remords / Et l’aurore m’apporte le sommeil / Je ne veux pas qu’arrive le soleil / Quand je prends sa tête entre mes mains / Je vous jure que j’ai du chagrin… » (Véronique Sanson, Amoureuse)

Là vous vous dites que le chroniqueur d’Utopia, ce boomer vieillissant, profite des trois colonnes qui lui sont imparties dans la gazette pour recycler une vieille chanson de 1976 qui a dû bercer sa prime jeunesse… Eh bien non, chère lectrice, cher lecteur, ravale tes sarcasmes, cette chanson d’amour iconique des années 70 est le prétexte d’une des scènes d’introduction les plus étrangement drôles vues dans une comédie française depuis bien longtemps. Car c’est cette chanson qu’Antoinette, pétulante institutrice quadragénaire, a décidé de faire chanter à sa classe de CM pour la fête de fin d’année de l’école. Un choix pour le moins décalé, voire totalement incongru, autant que la robe en lamé de l’enseignante, totalement habitée par les paroles de Véronique Sanson. On comprend mieux quand, un moment plus tard, Antoinette est rejointe en catimini par Vladimir, le père d’une de ces élèves, avec qui elle entretient de toute évidence une relation aussi adultérine que passionnée : c’est à lui qu’Amoureuse était adressée…

Antoinette jubile à l’idée d’une semaine de vacances en amoureux promise par son amant. Sauf que l’épouse de Vladimir a prévu une surprise qui contrecarre tous leurs plans : une randonnée familiale dans les Cévennes, sur les traces de Stevenson et de son fameux journal de voyage. Antoinette encaisse le coup mais ne fait pas de scène, Vladimir pense s’en être tiré à bon compte, sans tapage. Mais en fait l’amante déçue décide de ne pas lâcher l’affaire et de s’élancer sur les traces cévenoles de son chéri !
C’est en parfaite Parisienne absolument pas préparée qu’Antoinette débarque dans les Cévennes et se confronte à ce monde étrange de randonneurs chevronnés, rompus aux rituels de la marche au long cours. Pour sa part elle a choisi l’option « avec âne » et se retrouve flanquée d’un quadrupède bâté répondant (si l’on ose dire) au nom de Patrick qui, comme tous ses congénères insoumis de nature, ne chemine que lorsqu’il le veut bien.

Au-delà des gags cocasses liés à l’inadaptation totale d’Antoinette à la randonnée, au-delà de sa relation compliquée avec Patrick, au-delà de la situation vaudevillesque de la maîtresse malheureuse qui va finir par croiser la petite famille de son amant, au-delà du charme bien réel de la balade, le film s’avère beaucoup plus profond et délicat qu’une simple comédie décalée. Car au long des sentiers, au fil des paysages qui changent insensiblement à la vitesse du pas laissant toute sa place à la méditation, à mesure que les rencontres impromptues s’enchaînent, Antoinette se reconstruit, redéfinit son rapport à la vie, aux hommes. Et le film prend des accents aussi touchants que poétiques, aussi mélancoliques que burlesques.
On ne saurait conclure sans dire tout ce que le film doit à son actrice principale, la formidable Laure Calamy, qui trouve ici le grand rôle qui la met définitivement en lumière. Laure Calamy, c’est le mélange quasi unique dans le cinéma français d’un potentiel comique ravageur, d’une sensualité solaire digne des actrices italiennes de la dolce vita et d’un talent exceptionnel pour décliner toute la gamme des sentiments. Elle est irrésistible, et le film avec elle. (Utopia) 
 
Vox Fréjus : mercredi 21 14h, 20h30, jeudi 22 17h55, vendredi 23 et samedi 24 20h45, dimanche 25 14h, 20h45, lundi 26 18h10, mardi 27 20h45

LES APPARENCES

Écrit et réalisé par Marc FITOUSSI - France 2020 1h50mn - avec Karin Viard, Benjamin Biolay, Pascale Arbillot, Evelyne Buyle, Laetitia Dosch... Librement adapté du roman Trahie, de Karin Alvtegen.
 
Trompeuses, flatteuses, pernicieuses, elles font et défont les gloires et les réputations, elles importent tant mais valent finalement peu : les apparences…
Dans ce film âpre et parfaitement mené, Claude Chabrol est implicitement convié à la valse (viennoise), lui qui était passé maître dans la peinture cinglante et souvent très noire de ces milieux de bourgeoisie provinciale où le vernis cachait les desseins les plus vils, où les pires vacheries se faisaient avec de grands sourires et où, surtout, il fallait à tout prix et quoi qu’il en coûte les sauver, ces belles apparences.
Mais les temps ont changé et, mondialisation oblige, on a élargi le cercle du jeu de massacre : c’est au niveau européen que la partie se joue. A Vienne, les « expats », comme ils s’appellent entre eux, forment une petite communauté bien à part. On se reçoit chez les uns, puis chez les autres, on se retrouve dans les mêmes endroits chics, on va aux mêmes spectacles et l’on se sourit poliment devant la même grille de la mission française où l’on a inscrit, en toute évidence, sa progéniture. Une vie qui s’écoule au gré des mutations et où les seules grandes préoccupations de l’existence semblent être de trouver le bon plan pour dénicher la meilleure baguette de la ville, ou la meilleure recommandation pour récupérer la perle rare qui saura parfaitement découper et servir le saumon lors de la prochaine réception mondaine… Dans ce microcosme, les femmes ont un statut bien défini. Souvent simples épouses qui ont suivi la mutation de monsieur, elles assurent fièrement l’intendance, la gestion des relations, la déco de l’appartement de fonction, la scolarité des enfants et permettent au vernis social d’être impeccable et brillant en toutes circonstances. En France, elles seraient considérées comme de banales femmes au foyer, ici à Vienne, elles sont des privilégiées.

Eve semble évoluer avec la plus grande aisance dans ce bain bourgeois. Il faut dire qu’elle a une place de choix, en sa qualité d’épouse du célèbre chef d’orchestre Henri Montlibert, venu pour quelques saisons diriger le prestigieux orchestre symphonique de la ville. Au-delà de son rang, elle jouit d’un éclat supplémentaire, celui d’être associée à l’art, le noble, le grand, celui qui se hisse au-dessus de la plèbe. D’ailleurs, ce n’est pas tout à fait un hasard si Eve occupe aussi les fonctions de directrice de la bibliothèque française, histoire de bien cocher aussi la case « expat cultivée ».
Eve s’appelle en réalité Evelyne et à l’entendre converser de manière agacée avec sa maman, on sent bien qu’elle prend ici une revanche sur sa classe sociale d’origine, bien plus modeste que celle de ses amies, et qu’elle met du cœur et de l’énergie à se glisser dans la peau et le brushing de l’épouse bourgeoise modèle. Peine perdue pourtant… puisqu’elle découvre la plus que probable infidélité de son mari…
Le jeu des apparences s’exacerbe alors et il est terrifiant… Ce qu’elle va dire, ce qu’elle va manigancer, ce qu’elle va imaginer pour conserver son aura, sa réputation, pour garder la face et ne perdre aucune miette de tout ce qu’elle a acquis… tout ce déploiement de coups tordus va la mener sur un terrain aussi périlleux que boueux.
Mécanique et comédiens impeccables, seconds rôles brillants et un scénario mené parfois aux limites de la caricature (mais c’est volontaire), voilà un divertissement diablement efficace sur fond de thriller amoureux.  (Utopia)
  Fréjus Vox : samedi 24 18h15, dimanche 25 14h,lundi 26 17h45, mardi 27 20h45
Cotignac : lundi 26 20h30
 
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Victor THERY
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc

accompagné d'un chèque de 5 pour l'adhésion ordinaire valable du 21/10 /2020 au 31/12/2020 à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse  
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Au(x) cinéma(s) du 7 au 13 octobre 2020

Bonjour à tous  !
 
Ce  dimanche 11 octobre  Entretoiles vous  invite à une soirée avec deux films : à 17h45  Rocks de Sarah Gavron, un film pêchu, lumineux, poignant, un concentré d'énergie et d'humanité solidaire, et   à 20h Adolescentes de Sébastien Lifshitz, un véritable bain de jouvence, un grand film drôle, poignant, essentiel. Venez nombreux !
Un apéritif  personnalisé sera servi entre les deux films, mais étant donné les préconisations anti- covid aucune contribution n'est demandée aux spectateurs.
Voici aussi les prochains rendez-vous que nous vous avons concoctés : Le mardi 3 novembre, une soirée cinéma "spéciale élections américaines" avec 2 films ....américains : The climb de Mickaël Angelo Corvino, une comédie légère, centrée sur une amitié cabossée, et I am not your negro de Raoul Peck, un magnifique documentaire sur l'histoire des Etats Unis et sa population noire. Enfin le dimanche 15 novembre, La femme des steppes, le flic et l'oeuf de Wang Quanan, une comédie mongole, un pur bijou, une oeuvre atypique d'une beauté à vriller l'âme.
Nous comptons sur vous pour venir partager avec nous tous ces beaux films.
A CGR cette semaine toujours à l'affiche Blackbird (aussi au Luc) un film américain où le réalisateur  Roger Michell offre à Susan Sarandon un nouveau rôle bouleversant. Pas de films dans le cadre du cine -club en ce moment.
 
A Lorgues vous pourrez voir Ondine  ( aussi au Vox) de Christian Petzold, un film envoûtant d'une grâce infinie que ponctue la divine musique de Bach et Lil buck, Real Swan de  Louis Wallecanun un documentaire, rythmé et passionnant qui nous raconte le destin exceptionnel d'un gamin.
A Salernes ils nous proposent:  Enorme de Sophie Letourneur, un conte charmant et piquant, drôle et décalé, sur le désir de paternité et Systeme K  un documentaire absolument incroyable de Renaud Barret, qui décrit la puissance de la création artistique dans un pays, la République démocratique du Congo, encore étranglé par les stigmates d’une guerre tragique.
 
Au Luc : Eleonore de Hamro Hamzawi   le portrait touchant et nostalgique d'une éternelle ado qui refuse la normalité  
 
Au Vox parmi les nouveautés  Yalda, la nuit du pardon un grand film iranien de Massoud Backhshid et toujours à l'affiche Les héros ne meurent jamais de Aude Léa Rapin, un film drôle et déroutant qui nous distille le cinéma comme devoir de mémoire, et qui confirme le talent d'Adèle Haenel Josep de Aurel, un magnifique et poignant film d'animation, pour adultes, sur la retraite des républicains espagnols fuyant le franquisme vers la France Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait d'Emmanuel Mouret, peintre du sentiment amoureux, Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal : un film et une actrice irrésistible 
Transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 
Bonne semaine de cinéma ! Reprenez vos habitudes de cinéphiles : allez au cinéma !
L'équipe d'Entretoiles .
 

ROCKS

Sarah GAVRON - GB 2019 1h33mn VOSTF - avec Bukky Bakray, Kosar Ali, D’angelou Osei Kissiedu, Shaneigha-Monik Greyson, Ruby Stokes... Scénario de Theresa Ikoko et Claire Wilson.

Un film aussi pêchu et lumineux que poignant, concentré d’énergie et d’humanité solidaire. Rocks nous parle d’une Angleterre merveilleusement bariolée, métissée et donne une voix, des voix, à « la moitié » féminine et invisible du monde. Et c’est d’autant plus vrai que le film est le fruit d’un travail collaboratif atypique (comme on l’explique plus bas) qui lui confère une authenticité enthousiasmante…
Olushola, en voilà un joli prénom qui parle de voyage, de contrées lointaines, alors que la jeune fille de quinze ans est une pure londonienne… Olushola que toute sa bande d’amies soudées et hautes en couleurs surnomment Rocks. Taillée comme elle est, toujours à faire la pitre, à coup de réparties irrésistibles, on ne peut songer une seconde que quoi que ce soit puisse l’ébranler. C’est sur ses solides épaules que son petit frère Emmanuel, 7 ans, vient se réconforter… et sur ces mêmes épaules que sa propre mère va s’appuyer, une fois de plus. Rocks s’y est habituée, assurant quand il faut assurer, jouant les mamans auprès de son frérot quand la véritable fait défaut. Elle sait que ça passera… Et avec un optimisme farouche, comme toujours, Rocks avance sans baisser les bras et sans rien dire à qui que ce soit… Emmanuel, malin et vif comme un singe, suit le mouvement. Quelle belle complicité entre ces deux-là ! Tout un temps nul ne se doutera des chamboulements qui se produisent dans la vie de la jeune fille. Seule la perspicace et attentive Soumaya, nouvelle arrivée dans le pays, ne sera pas dupe et essaiera d’extirper des confidences à Rocks : autant essayer de faire parler une pierre…

C’est un scénario tel qu’un adulte n’aurait pu l’imaginer seul. Il y aurait plaqué sa logique, sa rationalité, oubliant la part d’illusions de l’enfance, typique de cette période de la vie où l’on est déjà sortie du monde des petites sans être complètement entrée dans celui raisonnable et formaté des grandes. Exercice difficile de parler d’une génération autre que la sienne, sans la surplomber ou la trahir, en ne projetant pas ses propres fantasmes ou nostalgies.
La réalisatrice et ses deux co-scénaristes ont construit le récit, son style, ses mots, avec les adolescentes du film, dont la plupart sont actrices pour la première fois. Elles ont été écoutées, valorisées, mises à l’aise par cette équipe très féminine (sublime chef opératrice française : Hélène Louvart). Durant les nombreux ateliers qui ont précédé l’écriture, les filles ont fourni le matériau, leurs anecdotes, pour bâtir ensemble le scénario. Le résultat est bluffant, parfaitement maîtrisé, le fruit d’une alchimie délicate pleine de fraîcheur et de profondeur. Cette bande de filles est vivifiante, les regards de ces adolescentes ne sont pas corrompus par celui dominant des adultes, les clichés. Elle se moquent bien de la couleur d’une peau, d’un accent, d’un voile, d’un milieu social. Elles adorent papoter de leurs différences, de leurs ressemblances, de leurs religions, goûter aux petits plats venus d’ailleurs, se plonger dans des cultures qui ne sont pas les leurs. Ici à East London, elles partagent les mêmes rires, l’envie de se trémousser, la même soif de liberté, la capacité de rêver.

C’est charmeur, spirituel, emballant, et on se demande pourquoi on ne voit pas plus souvent à l’écran ces véritables melting-pots bouillonnants qui sont tellement plus représentatifs de notre époque que l’intelligentsia pâlichonne et vieillissante qui accapare la parole. Un enseignant londonien constatait que sur les 30 jeunes de sa classe, 27 avaient des grands-parents qui n’étaient pas nés au Royaume-Uni. Pourquoi cela transparait-il si peu dans nos médias, à l’écran ? Mais les temps changent : on dirait qu’il y a comme une nouvelle vague bigarrée et joyeuse qui s’annonce, et ça fait du bien !  (Utopia)
CGR soirée Entretoiles  dim11/17H45
 

ADOLESCENTES

Sébastien LIFSHITZ - documentaire France 2019 2h15mn - avec Emma et Anaïs, Anaïs et Emma...

Sébastien Lifshitz est un super-héros, il a le don de se rendre invisible. Comment expliquer sinon qu’il parvienne si bien à se fondre dans le décor. Sa caméra se fait si discrète que ceux qu'elle filme semblent oublier jusqu’à son existence. On imagine la délicatesse du cinéaste, sa patience hors norme pour parvenir à saisir tant d’instants subtils, criants de vérité. Au sommet de son art, il nous offre ici une plongée au cœur de l’adolescence, un véritable bain de jouvence. Comme dans ses précédents et magnifiques documentaires – Les Invisibles (justement !), Bambi (disponible en Vidéo en Poche), Les Vies de Thérèse –, il nous dévoile une humanité sans fards tout en restant à une distance respectueuse, jamais voyeuse. Il trouve toujours le ton juste, attentif à ne pas déflorer trop de l’intimité de ses protagonistes tout en nous les rendant incroyablement proches.
Si, lors des premiers repérages, le réalisateur avait prévu de suivre les pas d’un jeune garçon, le voilà qui bifurque et se met à filmer deux adolescentes, Emma et Anaïs, qu'il va suivre pendant cinq ans. Et c'est d'abord ce temps long qui rend le film exceptionnel. Voir les deux filles, au long de ces cinq années, de l’entrée au collège à l’heure du redoutable baccalauréat, s’épanouir sous nos yeux, abandonner leurs chrysalides, va devenir tout aussi prenant qu’émouvant. Cette chronique initiatique du passage de l’enfance à l’âge adulte, qui capte l’essence de notre époque, témoin de l’évolution de notre société, se révèle de bout en bout passionnante, pleine de surprises et de chocs imprévus.

Tout débute dans une sous-préfecture de province, Brive, une de ces belles endormies qui semblent épargnées par le trop plein de violence. Nos deux jouvencelles ont alors treize ans. Si Emma y grandit dans un milieu plutôt bourgeois et favorisé, Anaïs fait partie d’une classe populaire qui n’a pas spontanément un accès facile à la culture. Alors que tout pourrait les séparer, il est clair que ces deux-là s’attirent comme deux aimants et se complètent merveilleusement. Il n’est pas une journée sans qu’elles badinent, se consolent, commentent, refassent le monde, imaginent le futur tantôt de façon amusée, tantôt de façon angoissée. Comment ne pas l’être entre les injonctions des parents, celles des professeurs, le poids du regard social sur la jeunesse et leur propre regard sur elles-mêmes, qui n'est pas forcément le moins sévère ? Quand l’une râle, l’autre la taquine. Quand l’une sombre, l’autre l'aide à se redresser. Et sans cesse ces rôles s’inversent. C’est une amitié d’âmes sœurs, qui se pardonnent tout, se comprennent bien au-delà des mots et des convenances. On s’amuse de leurs étonnements un brin naïfs, pour, l’instant d'après, se retrouver scotché par tant de maturité et de perspicacité. On se pique à rêver avec elles à ce que deviendront leurs vies. Quand la caméra s’invite dans leurs demeures respectives, on les découvre différentes, se confiant à leurs mamans, puis agacées, agaçantes… inquiètes, quelle que soit leur éducation… Et là on s’interroge sur le déterminisme social. Emma et Anaïs ont beau avoir l’âge de tous les possibles, on perçoit que les dés ont été pipés dès le berceau. Mais qu’importe, il suffira de voir les airs outrés qu’adopte Anaïs, de l’entendre s’exclamer avec son accent chantant : « Sport à 8h ? Non mais j’ai une tête à faire du sport à 8h ? » pour pouffer de rire à notre tour et tout oublier. D’autant que garçons et filles, après s’être longtemps croisés dans les rues de la petite ville comme des planètes que tout oppose, commencent à s’épier du coin de l’œil, émus, même si chacun se cherche et fanfaronne un peu…

Tandis que l’on accédait benoîtement à une forme d’universalité charmante, le destin viendra bouleverser sans ménagement ces petites histoires particulières, rattrapées par la grande histoire. On n’en dira pas plus sur ce très grand film, aussi drôle que poignant, essentiel.  (Utopia)
 
CGR soirée Entretoiles  dim11/20h
 
LORGUES     mer7/19h     lun12/17h
 
BLACKBIRD

Roger MICHELL - USA 2020 1h38mn VOSTF - avec Susan Sarandon, Kate Winslet, Sam Neill, Mia Wasikowka, Rainn Wilson, Lindsay Duncan, Bex Taylor-Klaus, Anson Boon... Écrit par Christian Thorpe, d’après le scénario de Bille August

 

 

Une grande réunion de famille s’annonce dans cette belle résidence de campagne et on se sent en terrain connu : après tout, « Fête de famille », c’était le titre d’un film français (réalisé par Cédric Kahn) sorti il n’y pas si longtemps… C’est chouette les histoires de tribus qui se rassemblent, ça nous rappelle forcément quelque chose, ça nous parle toujours de nous, de ceux qu’on connaît ou qu’on a connu, qu’on aime ou qu’on a aimés.
Lily et Paul, couple vieillissant mais visiblement toujours complice et amoureux, s’apprête à accueillir celles et ceux qui comptent pour eux : Jennifer, la fille aînée, responsable, organisée, sans doute trop, arrive la première avec son mari Michael, grand gars gentil comme tout qui semble un peu à la remorque de sa maîtresse femme, et leur fils de 15 ans, Jonathan, tête à claques juste ce qu’il faut pour un adolescent de son âge, mais à l’intelligence et à la sensibilité vives, de toute évidence. La fille cadette, Anna, est tout l’inverse de sa sœur : bordélique, instable, à fleur de peau. Elle est accompagnée de Chris, ex-petite amie redevenue d’actualité, qui n’a pas oublié non plus d’être futée. Il y a même une invitée surprise : Liz, la meilleure vieille amie de Lily, et qui la connaît sans doute mieux que personne.
Ils sont venus, ils sont tous là, avec leurs bagages pour le week-end et… autre chose qu’on n’attend pas vraiment dans de telles circonstances : une gravité, une tristesse même, dont il faut dire qu’elles sont présentes depuis les premières images du film. Car c’est ici qu’il faut révéler le motif de cette réunion. Et c’est ici que vous pouvez arrêter de lire ce texte si vous souhaitez ne pas savoir – mais vous aurez du mal parce que la bande annonce est très explicite et que la presse le sera tout autant, et c’est logique parce que c’est le sujet central du film, son cœur, sa force.
Si toute la famille et la meilleure amie sont réunies, c’est pour fêter le dernier week-end de la vie de Lily. Elle est atteinte d’une maladie dégénérative incurable, elle le sait, elle a décidé en toute conscience de ne pas attendre que cette saloperie la prive du contrôle de son corps et de son esprit, elle a choisi de mourir tant qu’elle est encore en vie, pleinement. Elle a fixé le jour, ce sera lundi, c’est après-demain, c’est maintenant. Paul s’est procuré le produit létal via internet, il connaît la dose nécessaire – il est médecin –, il préparera le verre, il sera évidemment à ses côtés quand Lily le boira.
Tout le monde est au courant de la décision de Lily, tout le monde l’a acceptée. C’était la condition sine qua non à cette fête de départ. Mais entre accepter l’idée et se retrouver face-à-face avec sa réalité, sa concrétisation, il y a plus qu’un pas, un gouffre qui s’ouvre sous les pieds de ceux qui sont là par amour pour cette femme remarquable. Chacun va réagir comme il peut, les failles vont se révéler, les contradictions se faire jour, les relations exploser pour éventuellement se renforcer, les caractères se forger. Le film réussit parfaitement ce portrait de groupe en risque permanent de déséquilibre, ne sacrifie aucun des personnages qui ont tous une véritable épaisseur et une belle capacité à nous surprendre. Il y a presque autant de séquences drôles que de moments bouleversants, c’est la vie dans tout son foisonnement qui s’exprime à chaque instant, sans que jamais on oublie la mort dont on ne peut pas dire qu’elle attend son heure puisque ce n’est pas elle qui l’a choisie.   (Utopia)  
 
CGR jeu8 et mar12/17h50 (VF)   ven9/17h50  Lun11/17H50 (VO)
LE LUC   mer7/21h  ven9/18h    dim11/16h  
 

   ONDINE

Écrit et réalisé par Christian PETZOLD - Allemagne 2020 1h30 VOSTF - avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz...

 
« Vous, êtres humains ! Vous, monstres ! » Vous qui ne connaissez rien de l’amour d’une nymphe, fuyez ! » C’est ainsi que pourrait démarrer cette atypique et fantastique histoire qui va tout à la fois nous immerger dans le Berlin actuel et dans son Histoire, ou encore dans la mythologie germanique. Et c’est un beau pari de nous intriguer sans nous perdre, en parvenant à ne pas nous noyer sous la masse des informations passionnantes que le film distille entre les lignes et qui donnent envie de filer baguenauder dans les rues de la capitale allemande et dans ses musées. Sans complexe, il musarde entre réalisme parfaitement terre-à-terre et univers presque féérique, en tout cas bien moins rationnel. Et c’est un délice de se laisser bercer par les flots de son imaginaire fécond.

Pour incarner Ondine et Christoph, les deux protagonistes principaux de l’aventure, Christian Petzold – sans doute le plus passionnant des réalisateurs allemands contemporains – reprend les acteurs de son film précédent, le génial Transit. C'est un bonheur de retrouver Franz Rogowski, toujours aussi désarmant et impressionnant de violence rentrée, d’intensité retenue, et la lumineuse et inquiétante Paula Beer dont la beauté transperce l’écran. Leur couple touche au mythe et incarne les amours impossibles, prisonnières du destin et du temps qui les rattrapent…
Dès la première scène, on se demande si Ondine, sous ses airs de rousse naïade, n’est pas un peu folle. Après tout, annoncer froidement à son amoureux, en cette matinée ensoleillée à la terrasse d’un café, qu'il va devoir mourir puisqu'il la quitte… n’est pas une attitude très moderne et ouverte à une époque ou l’on peut changer d’amant comme de portable. Les temps où l’on se promettait la fidélité pour l’éternité, où l’on n’hésitait pas à empoisonner ou à poignarder ses rivales, semblent un brin révolus, non ? D’ailleurs Johannes, à qui elle demande de l’attendre une petite demi-heure le temps qu’elle aille travailler, s’éclipsera à l’anglaise sitôt qu’elle aura les talons tournés, sans manifester trop de remords.

Quand Ondine reviendra au café, elle le cherchera désespérément et ce sera pour se casser le nez sur Christoph, un garçon sorti tout droit de nulle part, tel un mirage inespéré. À compter de cet instant, elle le suivra follement, inconsidérément, comme s’il était le rivage où se poser, la bouée ultime à laquelle se raccrocher pour échapper à sa destinée. Entre cette historienne spécialisée dans l’urbanisme et le scaphandrier subjugué, qui la ramènera vers son élément aquatique, se tisse immédiatement un fil lumineux, évident. Les voilà qui se découvrent, goûtent la saveur d’un baiser, puis d’un autre encore, avant d’aller plonger dans la sensualité des algues, taquiner le silure qui contemple les hommes et leur vanité depuis les eaux sombres et inquiétantes dans lesquelles travaille Christoph, chargé de s'assurer de la solidité des fondations des ponts. Leur passion naissante sera d’abord sans vagues, loin des embruns, des tempêtes dévastatrices. Elle se nourrira de tendresse et d’espoir. Mais les fantômes surgis du passé referont surface, menaçant de faire chavirer la fragile embarcation qui transporte ces deux cœurs esseulés enfin réunis…

Mais Ondine est aussi, comme on l’a dit, une historienne, une jeune femme avec les deux pieds bien campés dans son époque. Cela constitue un excellent prétexte pour l’écouter animer quelques trop rapides et passionnantes conférences devant des petits groupes venus du monde entier. On découvre ainsi, devant les maquettes immenses de Berlin reconstitué à différentes périodes, ce que fut cette ville, comment elle naquit, comment elle fut en partie détruite, pour parvenir en définitive à renaître de ses cendres… Un peu à la manière de son héroïne…
Vous l'aurez compris, le film est envoûtant, d'une grâce infinie que ponctue la divine musique de Bach (concerto pour clavecin en ré mineur BWV 974, 2e mouvement, joué au piano par Vikingur Olafsson).  (Utopia
LORGUES     mer7/21h15  ven9/17h   dim11/20h15 lun12/19h40
LE VOX    VF   mer7/18h30 ven9/18h45     lun12/16h40
                      VO  jeu8/18h30  dim11/18h15   mar13/18h45
     
 

LIL’ BUCK, REAL SWAN

Louis WALLECAN - documentaire USA 2019 1h25mn VOSTF - avec Lil’Buck, Spike Jonze, Benjamin Millepied, Yo-Yo Ma...

Dans les quartiers pauvres de Memphis, le fait même de se servir de la moindre parcelle de bitume pour laisser s’exprimer son corps est sans aucun doute l’une des sources d’évasion les plus saines et salvatrices qui soient. Une vraie manière de communiquer, à l’image de Charles Riley alias Lil’ Buck, incarnation surdouée et bondissante d’une pluie de jeunes ados afro-américains qui ont fait de leur danse, baptisée jookin’, un véritable langage corporel. Une façon de s’affirmer et d’avoir confiance en soi, tout en inspirant le respect des autres car dans ce milieu souvent hostile où les gangs n’hésitent pas à utiliser la violence pour défendre leur territoire, il était urgent pour la jeunesse de se réinventer, de se réincarner même, pour ne pas être rattrapée par les lois de l’asphalte, comme tant de pères et de grands frères avant eux.

Prodige autodidacte, incroyablement léger sur ses pieds et d’une flexibilité folle, Lil’ Buck rend presque l’impossible facile, usant avec ludisme et inventivité de tous les éléments qui l’entourent. Le film s’intéresse aux origines du jeune homme – passé de figure populaire locale à véritable star du net –, à sa détermination et sa volonté de fusionner les techniques de la danse hip hop et celles de la danse classique.
Mais le film ne s’arrête pas au simple portrait du prodige, il va aussi à la rencontre des gens et des lieux de Memphis qui ont nourri et inspiré le danseur, à l’image du Crystal Palace, lieu hybride entre patinoire et boîte de nuit, où l’on se retrouve le samedi soir, seul ou en groupe, pour danser en patins à roulette. Il y a aussi ces immenses parkings de la ville où les jeunes Noirs se donnent rendez-vous à la tombée de la nuit pour faire la fête au son des derniers titres de trap à la mode, ou bien encore cette école de danse classique et ses professeurs qui ont encouragé et soutenu Lil’ Buck tout au long de son parcours. Amateur de danse ou pas, venez découvrir en salle ce prodigieux danseur, nous sommes prêts à parier que jamais vous ne l’oublierez !   (Utopia)
 
  LORGUES  ven 9/21h05    sam10 et dim11/18h      lun12/21h0
 
ÉNORME

 

Sophie LETOURNEUR - France 2020 1h41 - avec Marina Foïs, Jonathan Cohen, Jacqueline Kakou, Ayala Cousteau... Scénario de Sophie Letourneur et Mathias Gavarry.

 Claire, pianiste de renommée internationale, a la quarantaine rugissante. Altière, fière et bosseuse, sûre de son talent, elle fait vibrer des salles de concerts enthousiastes aux quatre coins du globe. Autant elle est vive, fonceuse et perfectionniste dans son art, autant la vie quotidienne lui semble une terre étrangère à la langue inconnue, parsemée d’inextricables contingences matérielles et d’obscures obligations tantôt sociales, tantôt administratives devant lesquelles elle a vite fait de perdre pied... Les choses étant tout de même bien faites, pour lui permettre d’avancer dans ce brouillard, Claire a trouvé en Frédéric la perle rare : mari passionné, agent intraitable, secrétaire méticuleux, garde du corps intransigeant, comptable scrupuleux, amant attentif, ami plein d’humour... Des billets d’avions aux contrats de concerts, des courses alimentaires aux prises de rendez-vous, des essayages de robes à la prise de sa pilule contraceptive, il gère, assume, organise, règle dans les moindres détails une vie qu’elle peut dès lors traverser comme en apesanteur, libérée de toute contrainte, en se consacrant exclusivement à la musique.
Cette belle mécanique bien huilée, qui reproduit en négatif le schéma habituel de la femme de tête et de ménage totalement dévouée au bien être de son « grand homme » (artiste, scientifique, politique...), aurait pu permettre à nos deux tourtereaux-voyageurs de filer des jours heureux ainsi que le parfait amour si, par un de ces hasards dont la Providence et les scénaristes ont le secret, Frédéric ne s’était pas retrouvé au cours d’un vol de nuit à assister maladroitement (mais avec succès) un toubib pour un accouchement un peu précipité. Dès lors, rien ne sera plus comme avant. Le désir de paternité va devenir pour lui une obsession grandissante, tandis que Claire, dont la fibre maternelle n’est pas extrêmement développée, ne comprend pas bien pour quelle impérieuse raison il faudrait transformer leur couple en famille, avec des conséquences pour le moins incertaines sur sa carrière professionnelle. D’autant que, jusqu’à preuve du contraire, c’est bien SON ventre qui deviendrait le laboratoire difforme de cette transformation familiale. Rongé par son obsession, Frédéric va tout tenter pour parvenir à ses fins – jusqu’à, puisqu’il a la main dessus, jouer les apprentis-sorciers avec la contraception de sa compagne...
Impeccablement écrite, la comédie flirte en permanence avec un malaise diffus mais pas si désagréable. Le parti-pris initial, l’inversion des positions femme-homme dans la représentation du couple (occidental) traditionnel, est rapidement posé et sa logique poussée au maximum donne lieu, parfois subtilement, parfois avec une grâce réjouissante d’éléphant dans un magasin de porcelaine, à des effets comiques irrésistibles et salutaires – et Marina Foïs et Jonathan Cohen s’en donnent visiblement à cœur joie, dans des registres très différents. Avec, c’est un peu la signature des films de Sophie Letourneur, cette délicieuse sensation de liberté, d’imparable légèreté, cette impression d’improvisation permanente qui habille de naturel des situations de plus en plus improbables et ahurissantes à mesure que le film avance. Le masque renfermé de Claire, Buster Keaton féminin et lunaire, met bien ses quatre-vingt-dix minutes à se lézarder, sous les assauts du jeu exubérant de son partenaire, pitre décomplexé qui paraîtrait presque en roue libre si, au détour d’une phrase, d’un regard, on n’était régulièrement ra- mené au sérieux, à la gravité de ce qui se joue. Mine de rien, outre les relations de couple et de genre, la réalisatrice retourne contre la société l’injonction millénaire du désir de maternité. Et brode un conte aussi charmant que piquant qui dit avec une grande justesse les enjeux de la dépossession du corps de la femme pendant la grossesse. Une comédie instructive valant mieux qu’un long discours, on applaudit. (Utopia) 
 
SALERNES  ven9 et sam10 /18h      mar13/20h30
 

SYSTÈME K

Renaud BARRET - documentaire France / RDC 2019 1h34mn VOSTF -

En 2010, on découvrait avec enthousiasme, grâce à un épatant documentaire de Renaud Barret et Florent de La Tullaye, le staff Benda Bilili, une bande de joyeux paralytiques de Kinshasa, musiciens des rues, armés d'instruments home made à partir de trois bouts de ficelle et de trois morceaux de ferraille, qui dégageaient plus d'énergie qu'un Mick Jagger sous speed. Le film Benda Bilili montrait aussi le chaos indescriptible d'une ville tentaculaire où la notion de services publics semblait avoir été totalement oubliée, mais dont la population semblait prête à tout pour vivre jour et nuit à 100 à l'heure comme si demain était pour le moins incertain. Rien d'étonnant dans un pays qui a connu durant vingt ans une des plus terribles guerres civiles de l'histoire de l'humanité, dans une indifférence occidentale flagrante.
Renaud Barret, durablement fasciné par la vitalité de Kinshasa, nous plonge cette fois-ci au cœur de la scène hétéroclite des performeurs et plasticiens de rue qui, par leur pratique artistique quotidienne et totalement indépendante, questionnent tous les maux de leur pays, avec un espoir plus que ténu de pouvoir un jour vivre de leur art.
Et vous allez tomber en amour de ces personnages : Freddy Tsimba, qui réalise des sculptures gigantesques et superbes avec les douilles et machettes qui ont massacré ses compatriotes, Béni Baras, SDF métis congolo-belge qui crée des œuvres à partir de déchets en attendant de prouver sa nationalité belge, ou Géraldine Tobe, qui revient en permanence dans ses peintures sur le traumatisme de l'exorcisme qu'elle a subi enfant. Avec un talent et un courage magnifiques, ils dénoncent pêle-mêle le pillage par les multinationales et quelques possédants des immenses ressources en matières premières de leur pays, la corruption de la classe dirigeante, les guerres fratricides, le rôle délétère des évangélistes, de plus en plus puissants.
Et leur infatigable subversion force l'admiration et donne une bonne dose d'espoir en l'humanité.(Utopia) 
SALERNES   sam 10 / 20h30   lun12/18h
 
ÉLÉONORE

Écrit et réalisé par Hamro HAMZAWI - France 2020 1h25mn - avec Nora Hamzawi, Dominque Raymond, André Marcon, Julia Faure...

Vous l’ignorez sans doute, mais sachez que l’élaboration d’une gazette telle que celle que vous tenez entre vos mains est une grande aventure. Une sorte de « telenovela » qui dure depuis plus de trente ans dont les épisodes seraient reconduits toutes les cinq semaines avec une dramaturgie bien menée. Il y a le film illégitime, qui, tel le fils du même nom, revient dans la grille après avoir été mis au banc de toute la famille utopienne. Il y a les héros identifiés « incontournables » à qui l’on déroule le tapis rouge (plein de séances). Sans oublier moult rebondissements (des films dont la sortie est décalée à des jours lointains plus cléments pour le cinéma), des revirements de situation, des portes qui claquent, des engueulades légendaires, des réconciliations quand les avis sont partagés. Comme dans les bonnes séries, certains épisodes sont essentiels, d’autres plus anecdotiques. Dans une bonne gazette Utopia, certains films sont fondamentaux, importants, nous portent, nous font rêver ou penser, et d’autres, plus mineurs, nous font juste et tout simplement plaisir. Alors quand on a vu Éléonore, perdu au milieu de pas mal d’excellents films mais pas toujours des plus fendards, on s’est dit qu’il assumerait parfaitement ce rôle du film sympathique et léger, sans prétention, sans ambition démesurée, un film qui apporterait à l’ensemble de la programmation une petite touche colorée, festive, légère.

À plus de trente ans passés, Éléonore est un vrai boulet pour sa famille. Pas de boulot durable, pas de petit ami durable, elle vit dans un studio aux allures de caravane et se comporte comme une éternelle ado : une vie quelque peu dissolue, sans horaires fixes, baskets et jeans troués… Si elle assume plutôt bien cette vie de bohème, sa mère et sa sœur aînée, pour lesquelles « si à 30 ans t’as pas un mari et un joli bébé, t’as raté ta vie », voudraient bien la faire rentrer dans le moule.
Plus par lassitude et pour avoir la paix que par réelle motivation, Éléonore se laisse finalement coacher pour devenir la parfaite trentenaire, elle qui se rêvait plutôt en parfaite auteure de romans. Sexy, dynamique, la voilà donc embarquée dans une maison d’éditions de récits de charme pour devenir l’assistante d’un patron moins coriace qui n’y paraît (André Marcon, toujours excellent). Le vernis ne va pas tenir bien longtemps et n’en déplaise à sa frangine qui a tout réussi (du moins en est-elle convaincue), le naturel va revenir façon boomerang, parce qu’à trop vouloir rentrer dans le moule, on finit par devenir une pauvre quiche. (Utopia)  

Comme Laetitia Doesch enchantait Jeune femme, Nora Hamzawi campe cette Éléonore avec un charme fou, avec drôlerie et désinvolture. À prendre tout simplement. 
LE LUC   mer7/16h   sam10/18h30  dim11/14h

YALDA, la nuit du pardon

Écrit et réalisé par Massoud BAKHSHI - Iran / France 2019 1h29mn VOSTF - avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi, Fereshteh Sadre Orafaee...

 
En Iran, la loi du talion reste de mise mais ne se limite pas au fameux « œil pour œil, dent pour dent ». Elle correspond également au droit de vie ou de mort accordé à la famille d’une victime, celui d’absoudre un accusé et d’obtenir une compensation financière, le fameux « prix du sang ». Retransmis à la télévision, ces simili-procès donnent lieu à des scènes incroyables, inenvisageables dans un pays où règnerait l’État de droit. C’est ce dont s’est inspiré Massoud Bakhshi – déjà réalisateur en 2012 d’Une famille respectable qui, bien que jamais diffusé en Iran, lui a valu les pires ennuis dans son pays – pour écrire cette fiction et il n’est pas inutile de le préciser tant la situation décrite dans le film peut paraître aussi ubuesque que surréaliste. 
Tout se passe durant la plus longue nuit de l’année, celle du solstice d’hiver : Yalda, une fête millénaire zoroastrienne, tellement enracinée que l’Islam a dû s’en accommoder. Un moment de liesse donc, où l’on se retrouve entre amis, en famille, on récite des poèmes, on écoute les contes des aînés. Il n’y aurait pas là de quoi faire vibrer le téléspectateur moyen, mais quand des producteurs s’en emparent, cela peut donner des moments de télé-réalité très folichons. Ce soir-là les spectateurs de l’émission Le Plaisir du pardon vont être tenus en haleine par la confrontation de deux femmes : la toute jeune Maryam, jugée pour meurtre, et Mona, la fille quarantenaire de la victime, qui a donc le choix entre pardonner à l’accusée ou entériner sa condamnation à mort…
C’est un duel de choc, un duel à coups d’émotions, à armes inégales, qui va donc se jouer sous le regard de tous, entre deux pages de publicités, un reportage à la con et le dernier clip d’un chanteur à la mode. D’abord il y a la tension due au retard de Mona qui se fait attendre, ne répond pas aux appels. Elle finit par arriver et le suspense monte, pendu aux lèvres de cette femme sûre d’elle, à son regard sévère qui ne semble pas vouloir brader le coût de la mort d’un père, une mort dont on peine à comprendre les circonstances. Mais ce qui nous interroge le plus profondément, c’est bel et bien la place du simple quidam face à de telles scènes, la fascination qu’elles exercent sur le spectateur, qui l’empêche de zapper ailleurs. « Pire qu’un loup, l’homme est un charognard pour l’homme ! » semblent susurrer les micros, nous crier la lumière crue du plateau de tournage. Un univers tapageur, de bruit abêtissant et de fausse bonhommie. Tout un remue-ménage halluciné, trop violent pour l’accusée d’à peine 22 ans, qui a tellement plus l’air d’une victime que d’une criminelle. Est-ce vrai ? La suite nous le dira peut-être… En face, Mona est belle et glaciale, on comprend qu’elles n’appartiennent pas à la même classe sociale et que, quoi qu’il advienne, les perdantes seront toujours les mêmes.
Cette loi du talion en direct, ce huis-clos saisissant capture et met en lumière la société iranienne. On ne pourra s’empêcher de se dire que les coupables véritables ne sont ni sur ce plateau télé, ni devant leur téléviseur, mais bien planqués dans les arcanes d’un pouvoir édictant les lois d’un monde qui accepte toujours le principe des « mariages temporaires » et qui condamne au silence la voix des femmes.(Utopia) 
VOX Fréjus : mercredi 7/ 15h50, 21h  jeudi 8/ 15h, 20h, vendredi 9/ 14h30, 18h30, 20h45, samedi 10/ 14h, 18h30, 21h, dimanche 11/15h50  20h15,  lundi 12/17h30, 20h, mardi 13/ 14h30, 18h30 20h30  
 

LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT

Écrit et réalisé par Emmanuel MOURET - France 2020 2h02mn - avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Emilie Dequenne, Vincent Macaigne, Jenna Thiam, Guillaume Gouix.

 
« Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. Comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. » (Roland Barthes, Fragments du discours amoureux)

Dans la filmographie d’Emmanuel Mouret, il y aura incontestablement un avant et un après Mademoiselle de Joncquières. D’abord parce que ce film aura donné au réalisateur une belle notoriété par son succès public et critique, mais surtout parce qu’il semble avoir agi comme un puissant activateur de son cinéma, révélant le meilleur de son talent, affirmant sa maîtrise de la mise en scène, offrant un solide écrin pour son écriture, si particulière, si littéraire.
Qui l’a suivi depuis ses premiers films  pourra incontestablement mesurer le chemin parcouru et se rendre à l’évidence qu’il fait aujourd’hui partie des grands peintres/cinéastes du sentiment amoureux. Qui demeure, pris sous toutes ses formes et à travers toutes ses lumières, une inépuisable source d’inspiration. Et quand il s’exprime à travers le regard espiègle et kaléidoscopique d’Emmanuel Mouret, c’est une fois encore un ravissement. Parce qu’il faut bien l’admettre : quand le texte est beau, minutieusement travaillé, sans pour autant sonner faux, ou creux, ou pédant, c’est du miel pour nos oreilles. Qui entraînent nos yeux dans la danse. Et de miel, en ce moment, on en a bien besoin.
Mademoiselle de Joncquières nous montrait des personnages éminemment modernes bien qu’en costumes du xviiie siècle, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait raconte des couples d’aujourd’hui qui n’auraient pas déparé dans les salons éclairés à la bougie d’un siècle révolu. Ils possèdent tous un art de se raconter, une affinité singulière pour penser et décrire ce qu’ils ressentent qui semblent venus d’une autre époque. Une époque où l’art de la conversation n’avait pas abandonné le terrain au tout numérique, une époque où l’on tendait vraiment l’oreille à ces fragments d’un discours peut-être déjà, ou pas tout à fait encore, « amoureux ».
Comme souvent, le cinéaste a pris le parti non pas d’une seule narration, mais d’un entrelacement de récits qui se choquent, se croisent, s’interrogent et s’interpellent, comme une poupée russe révélerait ses multiples secrets.
Daphné, enceinte de quelques mois, est en vacances avec François, amoureux d’il y a peu. Contraint de s’absenter quelques jours pour son travail, François la laisse seule accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’a jamais vu… Un garçon tout ce qu’il y a de plus charmant, délicieusement timide, et quelque peu impressionné par la sémillante future mère.
Chacun se livre alors et les histoires se déroulent. Comment Maxime est tombé amoureux de Victoire qui a craqué pour son meilleur ami Gaspard… Comment Daphné, éperdue secrètement d’un réalisateur charismatique, est tombée sous le charme de François, un homme marié… Et comment Louise, épouse bafouée, a fièrement réécrit l’histoire de sa propre trahison.
Au son délicieux d’une Valse d’Adieu de Chopin, d’une Arabesque de Debussy ou d’une Sonate de Hayden, on en saura bien plus encore… Ce que chacun a dit sans le faire, ce que chacune a fait sans oser le dire… Tous les personnages, sentimentaux, cruels, lâches ou flamboyants, sont animés d’un même élan amoureux et pour cela, on leur pardonnera tout.

« Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, ce titre évoque pour moi l’un des grands plaisirs du cinéma, celui qui consiste à confronter un personnage à ses paroles : fera-t-il ce qu’il a dit ? Est-il vraiment celui qu’il prétend être ? Le suspense au cinéma peut aussi être créé par la parole et c’est au spectateur de s’amuser à mesurer l’écart entre celle-ci et les actions qui suivront. » (Emmanuel Mouret)

VOX Fréjus : mercredi 7/ 15h45,  jeudi 8/ 17h30  vendredi 9/ 14h30, samedi 10/ 16h, dimanche 11/ 15h40    mardi 13/ 14h30

   ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES

 

Écrit et réalisé par Caroline VIGNAL - France 2020 1h35mn - avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Marc Fraize, Jean-Pierre Martins...

 

« Une nuit je m’endors avec lui / Mais je sais qu’on nous l’interdit / Et je sens la fièvre qui me mord / Sans que j’aie l’ombre d’un remords / Et l’aurore m’apporte le sommeil / Je ne veux pas qu’arrive le soleil / Quand je prends sa tête entre mes mains / Je vous jure que j’ai du chagrin… » (Véronique Sanson, Amoureuse)

Là vous vous dites que le chroniqueur d’Utopia, ce boomer vieillissant, profite des trois colonnes qui lui sont imparties dans la gazette pour recycler une vieille chanson de 1976 qui a dû bercer sa prime jeunesse… Eh bien non, chère lectrice, cher lecteur, ravale tes sarcasmes, cette chanson d’amour iconique des années 70 est le prétexte d’une des scènes d’introduction les plus étrangement drôles vues dans une comédie française depuis bien longtemps. Car c’est cette chanson qu’Antoinette, pétulante institutrice quadragénaire, a décidé de faire chanter à sa classe de CM pour la fête de fin d’année de l’école. Un choix pour le moins décalé, voire totalement incongru, autant que la robe en lamé de l’enseignante, totalement habitée par les paroles de Véronique Sanson. On comprend mieux quand, un moment plus tard, Antoinette est rejointe en catimini par Vladimir, le père d’une de ces élèves, avec qui elle entretient de toute évidence une relation aussi adultérine que passionnée : c’est à lui qu’Amoureuse était adressée…

Antoinette jubile à l’idée d’une semaine de vacances en amoureux promise par son amant. Sauf que l’épouse de Vladimir a prévu une surprise qui contrecarre tous leurs plans : une randonnée familiale dans les Cévennes, sur les traces de Stevenson et de son fameux journal de voyage. Antoinette encaisse le coup mais ne fait pas de scène, Vladimir pense s’en être tiré à bon compte, sans tapage. Mais en fait l’amante déçue décide de ne pas lâcher l’affaire et de s’élancer sur les traces cévenoles de son chéri !
C’est en parfaite Parisienne absolument pas préparée qu’Antoinette débarque dans les Cévennes et se confronte à ce monde étrange de randonneurs chevronnés, rompus aux rituels de la marche au long cours. Pour sa part elle a choisi l’option « avec âne » et se retrouve flanquée d’un quadrupède bâté répondant (si l’on ose dire) au nom de Patrick qui, comme tous ses congénères insoumis de nature, ne chemine que lorsqu’il le veut bien.

Au-delà des gags cocasses liés à l’inadaptation totale d’Antoinette à la randonnée, au-delà de sa relation compliquée avec Patrick, au-delà de la situation vaudevillesque de la maîtresse malheureuse qui va finir par croiser la petite famille de son amant, au-delà du charme bien réel de la balade, le film s’avère beaucoup plus profond et délicat qu’une simple comédie décalée. Car au long des sentiers, au fil des paysages qui changent insensiblement à la vitesse du pas laissant toute sa place à la méditation, à mesure que les rencontres impromptues s’enchaînent, Antoinette se reconstruit, redéfinit son rapport à la vie, aux hommes. Et le film prend des accents aussi touchants que poétiques, aussi mélancoliques que burlesques.
On ne saurait conclure sans dire tout ce que le film doit à son actrice principale, la formidable Laure Calamy, qui trouve ici le grand rôle qui la met définitivement en lumière. Laure Calamy, c’est le mélange quasi unique dans le cinéma français d’un potentiel comique ravageur, d’une sensualité solaire digne des actrices italiennes de la dolce vita et d’un talent exceptionnel pour décliner toute la gamme des sentiments. Elle est irrésistible, et le film avec elle. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 7/ 16h15, 20h30, jeudi 8/17h30 vendredi 9 /16h15 20h30, samedi 10 / 16h15, 20h45, dimanche 11 /16h15  20h, lundi 12 /1 17h30 mardi 13/ 16h15

 LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS

 

Aude Léa RAPIN - France / Bosnie Herzégovine 2019 1h25mn VOSTF - avec Adèle Haenel, Jonathan Couzinié, Antonia Buresi, Hasija Boric, Vesna Stilinovic... Scénario d’Aude Léa Rapin, avec la collaboration de Jonathan Couzinié.

 Sur le balcon de son appartement, Joachim raconte à son amie Alice une histoire assez incroyable qui vient de lui arriver et qui le trouble au plus haut point : au tournant d’une rue, il s’est fait apostropher par un mendiant assis sur le trottoir. Sans sommation, l’homme lui a hurlé : « Tu t’appelles Zoran, tu étais un monstre, un assassin et tu es mort le 21 août 1983 en Bosnie ! ». Si Joachim est secoué à l’extrême, c’est que le 21 août 1983 est très précisément la date de sa propre naissance. De là à imaginer qu’il pourrait être la réincarnation de ce Zoran criminel de guerre, il n’y a qu’un pas… qu’il semble prêt à franchir.
Cette confession est filmée de bout en bout par la caméra tremblotante d’Alice, cinéaste documentariste de son état, qui capture la réalité presque par réflexe, et qui connaît bien l’ex-Yougoslavie pour y avoir déjà tourné un film. Les deux amis n’y réfléchissent pas à deux fois : ils vont se rendre en Bosnie et se lancer sur les traces du défunt Zoran…
Les Héros ne meurent jamais fonctionnera donc sur une mise en abyme astucieuse : le film se construit autour du faux tournage d’un faux documentaire cherchant à établir la réalité de l’existence de Zoran et à percer le mystère de sa supposée réincarnation en Joachim. Le spectateur épousera le regard de Paul, caméraman invisible dans le faux film et chef-opérateur du vrai (Paul Guilhaume). Alice s’improvise metteuse en scène du réel, cherchant à fabriquer son récit de toutes pièces. La caméra doit embellir le récit, à la recherche du plan parfait (enfermée dans le coffre d’une voiture pour filmer Alice et Joachim au loin, par exemple). Pourtant, elle ne s’arrête jamais de filmer, et se transforme en témoin accidentel du réel, qui révèle toute l’humanité de ces personnages. La barrière de la langue et l’inattendu constituent alors un ressort comique, accentué par le volontarisme têtu et un peu gauche d’Adèle Haenel et la naïveté de la monteuse son Antonia Buresi.
Derrière ce dispositif hyper-réaliste, le fantastique refait surface. Lors d’une soirée dans un bar en Bosnie, la musique ne fait que cracher. La caméra, elle, s’éteint parfois. Comme si le matériel était brouillé par des interférences surnaturelles. Les morts hantent le récit. La Bosnie, marquée par la guerre, ressasse inlassablement son histoire et celle de ceux qui l’ont quittée.

Joachim est à la recherche de sa propre mort, qu’il va mettre en scène, comme maître de son propre destin. Surgit alors une idée d’une douce poésie. Le cinéma emprisonne les morts pour les rendre vivants, et les faire exister éternellement. La réincarnation existe dans l’image qui capture des instants de vie, animant des corps qui bougent, pleurent et rient. Le cinéma comme souvenir, comme devoir de mémoire, comme spectre du temps. Les Héros ne meurent jamais traduit le besoin insatiable de l’humanité de se raconter des histoires. Un objet déroutant, intrigant, parfois drôle, et qui confirme, s’il le fallait encore, l’immense talent d’Adèle Haenel.
(d’après A. Dall'omo, lebleudumiroir.fr) 
 Vox Fréjus : : mercredi 7/ 14h, jeudi 8/16h40 vendredi 9 /17h  dimanche 11 /14h lundi 12 /1 18h35 mardi 13/ 17h 
 

JOSEP

Réalisé par AUREL - film d'animation France / Espagne 2020 1h20mn VOSTF - avec les voix de Sergi Lopez, Gérard Hernandez, Bruno Solo, François Morel, Valérie Lemercier, Sophia Aram... Scénario de Jean-Louis Milesi.
TRÈS REMARQUABLE FILM D’ANIMATION RÉSOLUMENT POUR ADULTES.

 

 

En quelques années, Aurel est devenu un dessinateur incontournable. Cela n’aura pas échappé aux lecteurs du Canard Enchaîné, du Monde (Diplomatique ou pas), de Politis… ni aux passionnés de BD. Le sujet de son premier et splendide long-métrage, plus encore qu’un récit historique, est un vibrant hommage et la rencontre en filigrane avec un autre dessinateur : Josep Bartoli. Mais aussi la rencontre véritable d’un petit-fils avec son grand-père : un gendarme tellement représentatif de ces héros ordinaires restés dans l’ombre de la Grande Histoire, celle qu’écrivent les vainqueurs dans des manuels qui ont fâcheusement tendance à oublier ou minimiser ses parties honteuses ou peu glorieuses. Quand on parle de la période 39/45, on évoque rarement La Retirada, et pourtant : elle parvint jusque sur nos plages et dans nos campagnes, où l’on parqua dans des camps qu’on peut dire de concentration les résistants républicains espagnols venus chercher refuge chez nous…
Février 1939. Des hommes marchent dans la neige, seuls ou en petites bandes, émaciés, affamés, parfois blessés. La traversée des Pyrénées est rude en plein hiver. Pas un seul oiseau ne chante dans les arbres secs et creux… Ils seront des centaines, ils seront des milliers à marcher ainsi jusqu’en France. Là où ils croyaient trouver un havre pour reprendre des forces, ils ne trouveront que désolation. Parmi eux, un bel homme au regard expressif et au nez aquilin. Il s’appelle Josep Bartolí et ne rêve que de rejoindre Maria, son épouse, qui porte son enfant. Comment ce dessinateur de presse de renom, ce résistant de la première heure, aurait-il pu imaginer qu’après avoir combattu et fui le franquisme, serait parqué à Argelès-sur-mer, insulté et traité comme un malfrat ? Aveuglément les gardiens de camp suivent la tendance du moment, reléguant leur cerveau au vestiaire, se laissant aller à leurs plus bas instincts, cédant à cet effet de bande qui peut rendre très con le plus pondéré des bonshommes. Pourtant une nouvelle recrue fera modestement un pas de côté. Il faut un vrai courage pour sortir du rang, ne pas céder au conformisme ambiant, au courant de pensée dominant. Un courage qu’on n’aurait pas su déceler sur la bouille joviale de notre bon gendarme consciencieux, un courage que lui-même ne revendiquera jamais. Progressivement, malgré son respect des règles et des ordres, il éprouve un respect admiratif, solidaire pour ces détenus supposés être la lie de l’humanité. En particulier pour Josep… C’est ainsi qu’une amitié mutuelle va naître entre les deux hommes, mettant à mal les conceptions simplistes du sens du devoir. Obéir pour honorer sa fonction, certes, mais que faire quand cela va à l’encontre de ce pourquoi on s’est engagé ? Comme, par exemple, la défense de la veuve et de l’orphelin, ou les valeurs de la république ? Découvrir que ces « rouges » contre lesquels se déchaîne la France de Daladier sont en fait de véritables justes, des humains avant tout, va être un sacré choc…
L’utilisation des couleurs est subtile et mouvante : réduites à la portion congrue – comme la ration des prisonniers – lors des séquences dans les camps, elles se font exubérantes lors de la rencontre avec Frida Kahlo… Tout une symbolique, tout un langage, qui s’émancipe des mots, les sublime, dans le souci de ne pas se substituer à Josep, de ne surtout pas le trahir…
Pour aborder ce vaste sujet, on passe par la tête d’un adolescent contemporain, aimant les tags et le rap, un peu saoulé à l’idée de venir visiter son grand-père, ancien gendarme. Il ne sait pas encore à quel point il va être passionné par ce que son aïeul va lui raconter. Avant que s’anime à l’écran ce magnifique Josep, le spectateur est un peu comme cet ado : il ne sait pas encore… (Utopia)

 

 

Vox Fréjus : mercredi 7/ 14h 17h45, 19h20   jeudi 8/15h   20h30   vendredi 9 /14h30 18h50, samedi 10 / 14h 15h40, 19h20   dimanche11/14h 18h15  lundi12/15h 20h30   mardi13/14h30  18h50  20h45
 

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535, route du Flayosquet
83780 Flayosc


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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera  droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, uniquement pour les films Entretoiles,, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.  
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Au(x) cinéma(s) du 30 septembre au 6 octobre 2020

Bonjour à tous !
 
Nous vous attendons nombreux pour la prochaine soirée Entretoiles que nous vous proposons ce dimanche 4 octobre à 20h avec le film Eva en aoûtde Jonas Trueba, un film d'une infinie douceur, Eva mise sur le hasard pour égayer sa vie et son été....
 
Voici aussi les prochains rendez-vous que nous vous avons concoctés : le 11 octobre à 17h45,  Rocks de Sarah Gavron, un film pêchu, lumineux, poignant, un concentré d'énergie et d'humanité solidaire, et le même jour à 20h Adolescentes de Sébastien Lifshitz, un véritable bain de jouvence, un grand film drôle, poignant, essentiel. Le mardi 3 novembre, une soirée cinéma "spéciale élections américaines" avec 2 films ....américains : The climb de Mickaël Angelo Corvino, une comédie légère, centrée sur une amitié cabossée, et I am not your negro de Raoul Peck, un magnifique documentaire sur l'histoire des Etats Unis et sa population noire. Enfin le dimanche 15 novembre, La femme des steppes, le flic et l'oeuf de Wang Quanan, une comédi mongole, un pur bijou, une oeuvre atypique d'une beauté à vriller l'âme.
Nous comptons sur vous pour venir partager avec nous tous ces beaux films !
 
Dans la programmation de CGR, Tenet de Christopher Nolan, un film de science fiction dont l'inversion du temps est le principe (aussi à Salernes),  Blackbird (en vf et vo selon horaires) un film américain où le réalisateur  Roger Michell offre à Susan Sarandon un nouveau rôle bouleversant.

A Lorgues,  deux films drôles et détendants :  Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal : un film et une actrice irrésistible (aussi au Luc et à Fréjus), et  Énorme de Sophie Letourneur, un conte charmant et piquant, drôle et décalé, sur le désir de paternité. Aussi Un soupçon d'amour de Paul Vecchiali, un mélodrame sur le triangle amoureux, et l'amour impossible.
 
A Salernes, Effacer l'historique de Délépine et Kerven , une charge satirique, hargneuse, revigorante et caricaturale contre les entreprises qui font commerce de nos données personnelles. 
 
Au Luc, Adolescentes, dont nous avons parlé plus haut, et Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait d'Emmanuel Mouret, peintre du sentiment amoureux.
 
Au Vox, Les héros ne meurent jamais de Aude Léa Rapin, un film drôle et déroutant qui nous distille le cinéma comme devoir de mémoire, et qui confirme le talent d'Adèle Haenel, Ondine de Christian Petzold, un film envoûtant et plein de grâce, rêve.
 et Josep de Aurel, un magnifique et poignant film d'animation, pour adultes, sur la retraite des républicains espagnols fuyant le franquisme vers la France....
 
Pour le moment, il n'y a plus de films ciné club à CGR : restriction des programmes pour cause de covid....
 
 Transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 Bonne semaine de cinéma ! Reprenez vos habitudes de cinéphiles : allez au cinéma !
L'équipe d'Entretoiles

EVA EN AOÛT

(La Virgen de augusto) Jonas TRUEBA - Espagne 2020 2h09mn VOSTF - avec Itsaso Arana, Vito Sanz, Isabelle Stoffel, Joe Manjon... Scénario de Jonas Trueba et Itsaso Arana.

EVA EN AOÛT

Dès le générique, la filiation avec Éric Rohmer saute aux yeux. Un prénom féminin et une mention calendaire dans le titre, un écran vermillon pour présenter l’émotive héroïne, jeune Madrilène qui choisit de passer le mois d'août dans la fournaise ; et surtout un proverbe : « Tout un chacun veut être lui-même, et moi de même », attribué au philosophe espagnol Agustin Garcia Calvo. Le cinquième film de Jonas Trueba – mais le premier à sortir en France – assume sans ambages sa dette envers le cinéaste du Rayon vert.
Eva (interprétée tout en délicatesse par Itsaso Arana, une révélation) mise sur le hasard – le grand sujet rohmérien – pour égayer sa vie et son été. Au gré des visites de musées et des déambulations nocturnes dans une ville désertée par ses habitants et livrée à la canicule et aux touristes, la jeune femme déboussolée va réussir à se composer une nouvelle bande d’amis éphémères.
Voilà un film d'une infinie douceur, qui prend son temps comme les vacances, souvent, l’autorisent. Les dialogues y sont tantôt légers, tantôt existentiels. La bienveillance de tous les personnages les uns envers les autres, même quand ils se croisent pour la première fois à la sortie d'un cinéma ou dans un bar, devient presque incongrue. L'absence de menace autour d'Eva renforce le mystère. La jeune femme n’est pas très bavarde, préfère écouter les autres. On ne saura rien de son passé. Tout juste apprend-on qu'elle a voulu, un temps, devenir actrice et qu'elle est « sur le point d'avoir 33 ans ». Sa pureté, sa fragilité ont quelque chose de sacré. Elle s’émeut aux larmes quand elle assiste à une procession du haut de son balcon.
Avoir des enfants ou pas. Voyager ou être un touriste dans son propre pays. Devenir une « vraie personne ». Comment vivre au présent et se poser des questions sur son avenir ? Un moment, Eva écoute le propriétaire de l'appartement qui lui est confié citer un historien du cinéma à propos des comédies hollywoodiennes des années 1930. Avec pour la première fois ces personnages de femmes déterminées, indépendantes, charismatiques à qui Barbara Stanwyck ou Katharine Hepburn offraient leur intelligence et pas seulement leurs jambes, dissimulées, pour la première fois, sous un pantalon. Eva est l’une des leurs.(J. Couston, Télérama)

CGR Séance Entretoiles dimanche 4 octobre à 20h

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BLACKBIRD

Roger MICHELL - USA 2020 1h38mn VOSTF - avec Susan Sarandon, Kate Winslet, Sam Neill, Mia Wasikowka, Rainn Wilson, Lindsay Duncan, Bex Taylor-Klaus, Anson Boon... Écrit par Christian Thorpe, d’après le scénario de Bille August.

 
Une grande réunion de famille s’annonce dans cette belle résidence de campagne et on se sent en terrain connu : après tout, « Fête de famille », c’était le titre d’un film français (réalisé par Cédric Kahn) sorti il n’y pas si longtemps… C’est chouette les histoires de tribus qui se rassemblent, ça nous rappelle forcément quelque chose, ça nous parle toujours de nous, de ceux qu’on connaît ou qu’on a connu, qu’on aime ou qu’on a aimés.
Lily et Paul, couple vieillissant mais visiblement toujours complice et amoureux, s’apprête à accueillir celles et ceux qui comptent pour eux : Jennifer, la fille aînée, responsable, organisée, sans doute trop, arrive la première avec son mari Michael, grand gars gentil comme tout qui semble un peu à la remorque de sa maîtresse femme, et leur fils de 15 ans, Jonathan, tête à claques juste ce qu’il faut pour un adolescent de son âge, mais à l’intelligence et à la sensibilité vives, de toute évidence. La fille cadette, Anna, est tout l’inverse de sa sœur : bordélique, instable, à fleur de peau. Elle est accompagnée de Chris, ex-petite amie redevenue d’actualité, qui n’a pas oublié non plus d’être futée. Il y a même une invitée surprise : Liz, la meilleure vieille amie de Lily, et qui la connaît sans doute mieux que personne.
Ils sont venus, ils sont tous là, avec leurs bagages pour le week-end et… autre chose qu’on n’attend pas vraiment dans de telles circonstances : une gravité, une tristesse même, dont il faut dire qu’elles sont présentes depuis les premières images du film. Car c’est ici qu’il faut révéler le motif de cette réunion. Et c’est ici que vous pouvez arrêter de lire ce texte si vous souhaitez ne pas savoir – mais vous aurez du mal parce que la bande annonce est très explicite et que la presse le sera tout autant, et c’est logique parce que c’est le sujet central du film, son cœur, sa force.
Si toute la famille et la meilleure amie sont réunies, c’est pour fêter le dernier week-end de la vie de Lily. Elle est atteinte d’une maladie dégénérative incurable, elle le sait, elle a décidé en toute conscience de ne pas attendre que cette saloperie la prive du contrôle de son corps et de son esprit, elle a choisi de mourir tant qu’elle est encore en vie, pleinement. Elle a fixé le jour, ce sera lundi, c’est après-demain, c’est maintenant. Paul s’est procuré le produit létal via internet, il connaît la dose nécessaire – il est médecin –, il préparera le verre, il sera évidemment à ses côtés quand Lily le boira.
Tout le monde est au courant de la décision de Lily, tout le monde l’a acceptée. C’était la condition sine qua non à cette fête de départ. Mais entre accepter l’idée et se retrouver face-à-face avec sa réalité, sa concrétisation, il y a plus qu’un pas, un gouffre qui s’ouvre sous les pieds de ceux qui sont là par amour pour cette femme remarquable. Chacun va réagir comme il peut, les failles vont se révéler, les contradictions se faire jour, les relations exploser pour éventuellement se renforcer, les caractères se forger. Le film réussit parfaitement ce portrait de groupe en risque permanent de déséquilibre, ne sacrifie aucun des personnages qui ont tous une véritable épaisseur et une belle capacité à nous surprendre. Il y a presque autant de séquences drôles que de moments bouleversants, c’est la vie dans tout son foisonnement qui s’exprime à chaque instant, sans que jamais on oublie la mort dont on ne peut pas dire qu’elle attend son heure puisque ce n’est pas elle qui l’a choisie.   (Utopia)
 
CGR  : mercredi 30 VF 15h50, 18h, 20h10, jeudi 1er VF 20h10, VO 18h, Vendredi 2 VF 18h, 20h10, 22h20, samedi 3 VF 18h, 22h20, VO 20h10, dimanche 4 VF 13h30, 15h40, 20h15, lundi 5 VF 13h40, 18h, VO 15h50, mardi 6 VF 18h, 20h10

TENET

Écrit et réalisé par Christopher NOLAN - USA 2020 2h30mn VOSTF - Avec Kenneth Branagh, John David Washington, Robert Pattinson, Elizabeth Debicki...

TENETChristopher Nolan, le Britannique qui brille à Hollywood, maîtrise l’art du « concept », au sens où les publicitaires l’emploient : une idée attractive qui résume et commande tout le film. Bref, un principe, soit, au passage, la traduction même de « tenet ». Ce fut la perte de la mémoire immédiate dans Memento (2000) ou l’absence de nuit dans Insomnia (2002). Plus tard, la manipulation des rêves dans Inception (2010) et enfin, les trois unités de temps (une semaine, un jour, une heure) parallèles de Dunkerque (2017).
Cette fois, l’inversion du temps est le principe. Selon une logique délibérément nébuleuse, les dégâts de la future guerre se laissent deviner dans le présent : l’effet précède la cause, comme si nous étions attaqués par le futur. La bataille que tente de livrer le jeune agent élu se joue ainsi dans des strates temporelles ciblées, où il s’agit de prévenir cette catastrophe qui n’a même pas encore eu lieu. Pour compliquer encore le jeu, des êtres ou des objets peuvent être inversés dans un environnement qui ne l’est pas : deux directions du temps s’entremêlent alors. Ce qui permet des scènes d’action époustouflantes, où Christopher Nolan, tel un DJ virtuose, les doigts sur ses platines, alterne ou mixe marches avant et arrière dans la même image. L’artillerie déployée (y compris un avion de ligne envoyé dans le décor) y gagne un éclat qui manquait aux lourdes manœuvres d’Inception.
Rapportée à la psychologie et aux personnages, l’expérience offre une savoureuse dramaturgie, dominée par Kenneth Branagh en ignoble Russe milliardaire et trafiquant d’armes nucléaires. De ce parrain diabolique dépend le sort de l’humanité. Et l’humeur de l’homme dépend, elle, de ses relations, devenues exécrables, avec son épouse – l’extraordinaire et opaque Elizabeth Debicki, révélée par Les Veuves, de Steve McQueen, en 2018. Il lui reproche, entre autres, de vouloir ignorer la réalité glauque et violente cachée derrière leur fastueux train de vie. Et l’opposition entre ces deux univers se reflète dans la dualité du film, passant sans cesse d’une pyrotechnie à grande échelle à la suavité de lieux protégés et paradisiaques, yachts ou palaces.
Dans presque toute son œuvre, Christopher Nolan s’amuse à compresser puis dilater l’espace et le temps, à jongler entre l’infime et le cosmique. Son adresse culmine avec le dernier mouvement de Tenet, où le destin de la planète est suspendu, seconde par seconde, à une conversation conjugale faussée. Car l’épouse, débarquée d’un avenir proche, possède désormais une longueur d’avance sur son mari… Le suspense, ludique en apparence, suggère finalement une lecture terrifiante du monde : chaque moment de calme, chaque période de paix et de prospérité ne tiendraient qu’à un carnage ou un cataclysme évités d’extrême justesse, dans l’ignorance du plus grand nombre. Un tel soupçon ne peut laisser indifférent aujourd’hui. Louis Guichard – Télérama

CGR : mercredi 30 VF 14h, 16h15, 19h20, VO 18h15, jeudi 1er VF 18h, 19h20, vendredi 2 VF 18h, 20h30, VO 21h30, samedi 3 VF 14h, 16h15, 18h30, 20h30, 21h30, dimanche 4 VF 10h50, 14h, 18h15, 19h20, VO 16h15, lundi 5 VF 18h20, 19h20, mardi 6 VF 18h, VO 19h20

Salernes : mercredi 30 et vendredi 2 18h, samedi 3 20h30

 
Écrit et réalisé par Caroline VIGNAL

LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS

Aude Léa RAPIN - France / Bosnie Herzégovine 2019 1h25mn VOSTF - avec Adèle Haenel, Jonathan Couzinié, Antonia Buresi, Hasija Boric, Vesna Stilinovic... Scénario d’Aude Léa Rapin, avec la collaboration de Jonathan Couzinié.

LES HÉROS NE MEURENT JAMAISSur le balcon de son appartement, Joachim raconte à son amie Alice une histoire assez incroyable qui vient de lui arriver et qui le trouble au plus haut point : au tournant d’une rue, il s’est fait apostropher par un mendiant assis sur le trottoir. Sans sommation, l’homme lui a hurlé : « Tu t’appelles Zoran, tu étais un monstre, un assassin et tu es mort le 21 août 1983 en Bosnie ! ». Si Joachim est secoué à l’extrême, c’est que le 21 août 1983 est très précisément la date de sa propre naissance. De là à imaginer qu’il pourrait être la réincarnation de ce Zoran criminel de guerre, il n’y a qu’un pas… qu’il semble prêt à franchir.
Cette confession est filmée de bout en bout par la caméra tremblotante d’Alice, cinéaste documentariste de son état, qui capture la réalité presque par réflexe, et qui connaît bien l’ex-Yougoslavie pour y avoir déjà tourné un film. Les deux amis n’y réfléchissent pas à deux fois : ils vont se rendre en Bosnie et se lancer sur les traces du défunt Zoran…
Les Héros ne meurent jamais fonctionnera donc sur une mise en abyme astucieuse : le film se construit autour du faux tournage d’un faux documentaire cherchant à établir la réalité de l’existence de Zoran et à percer le mystère de sa supposée réincarnation en Joachim. Le spectateur épousera le regard de Paul, caméraman invisible dans le faux film et chef-opérateur du vrai (Paul Guilhaume). Alice s’improvise metteuse en scène du réel, cherchant à fabriquer son récit de toutes pièces. La caméra doit embellir le récit, à la recherche du plan parfait (enfermée dans le coffre d’une voiture pour filmer Alice et Joachim au loin, par exemple). Pourtant, elle ne s’arrête jamais de filmer, et se transforme en témoin accidentel du réel, qui révèle toute l’humanité de ces personnages. La barrière de la langue et l’inattendu constituent alors un ressort comique, accentué par le volontarisme têtu et un peu gauche d’Adèle Haenel et la naïveté de la monteuse son Antonia Buresi.
Derrière ce dispositif hyper-réaliste, le fantastique refait surface. Lors d’une soirée dans un bar en Bosnie, la musique ne fait que cracher. La caméra, elle, s’éteint parfois. Comme si le matériel était brouillé par des interférences surnaturelles. Les morts hantent le récit. La Bosnie, marquée par la guerre, ressasse inlassablement son histoire et celle de ceux qui l’ont quittée.

Joachim est à la recherche de sa propre mort, qu’il va mettre en scène, comme maître de son propre destin. Surgit alors une idée d’une douce poésie. Le cinéma emprisonne les morts pour les rendre vivants, et les faire exister éternellement. La réincarnation existe dans l’image qui capture des instants de vie, animant des corps qui bougent, pleurent et rient. Le cinéma comme souvenir, comme devoir de mémoire, comme spectre du temps. Les Héros ne meurent jamais traduit le besoin insatiable de l’humanité de se raconter des histoires. Un objet déroutant, intrigant, parfois drôle, et qui confirme, s’il le fallait encore, l’immense talent d’Adèle Haenel.
(d’après A. Dall'omo, lebleudumiroir.fr)

Vox Fréjus : mercredi 30 14h, 18h15, 20h30, jeudi 1er 15h, 18h, vendredi 2 14h30, 16h20, 20h45, samedi 3 14h, 17h30, 20h45, dimanche 4 14h, 18h15, lundi 5 14h30, 20h, mardi 6 14h30, 16h10, 18h50

 

 

 

ONDINE

Écrit et réalisé par Christian PETZOLD - Allemagne 2020 1h30 VOSTF - avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz...

« Vous, êtres humains ! Vous, monstres ! » Vous qui ne connaissez rien de l’amour d’une nymphe, fuyez ! » C’est ainsi que pourrait démarrer cette atypique et fantastique histoire qui va tout à la fois nous immerger dans le Berlin actuel et dans son Histoire, ou encore dans la mythologie germanique. Et c’est un beau pari de nous intriguer sans nous perdre, en parvenant à ne pas nous noyer sous la masse des informations passionnantes que le film distille entre les lignes et qui donnent envie de filer baguenauder dans les rues de la capitale allemande et dans ses musées. Sans complexe, il musarde entre réalisme parfaitement terre-à-terre et univers presque féérique, en tout cas bien moins rationnel. Et c’est un délice de se laisser bercer par les flots de son imaginaire fécond.

Pour incarner Ondine et Christoph, les deux protagonistes principaux de l’aventure, Christian Petzold – sans doute le plus passionnant des réalisateurs allemands contemporains – reprend les acteurs de son film précédent, le génial Transit. C'est un bonheur de retrouver Franz Rogowski, toujours aussi désarmant et impressionnant de violence rentrée, d’intensité retenue, et la lumineuse et inquiétante Paula Beer dont la beauté transperce l’écran. Leur couple touche au mythe et incarne les amours impossibles, prisonnières du destin et du temps qui les rattrapent…
Dès la première scène, on se demande si Ondine, sous ses airs de rousse naïade, n’est pas un peu folle. Après tout, annoncer froidement à son amoureux, en cette matinée ensoleillée à la terrasse d’un café, qu'il va devoir mourir puisqu'il la quitte… n’est pas une attitude très moderne et ouverte à une époque ou l’on peut changer d’amant comme de portable. Les temps où l’on se promettait la fidélité pour l’éternité, où l’on n’hésitait pas à empoisonner ou à poignarder ses rivales, semblent un brin révolus, non ? D’ailleurs Johannes, à qui elle demande de l’attendre une petite demi-heure le temps qu’elle aille travailler, s’éclipsera à l’anglaise sitôt qu’elle aura les talons tournés, sans manifester trop de remords.

Quand Ondine reviendra au café, elle le cherchera désespérément et ce sera pour se casser le nez sur Christoph, un garçon sorti tout droit de nulle part, tel un mirage inespéré. À compter de cet instant, elle le suivra follement, inconsidérément, comme s’il était le rivage où se poser, la bouée ultime à laquelle se raccrocher pour échapper à sa destinée. Entre cette historienne spécialisée dans l’urbanisme et le scaphandrier subjugué, qui la ramènera vers son élément aquatique, se tisse immédiatement un fil lumineux, évident. Les voilà qui se découvrent, goûtent la saveur d’un baiser, puis d’un autre encore, avant d’aller plonger dans la sensualité des algues, taquiner le silure qui contemple les hommes et leur vanité depuis les eaux sombres et inquiétantes dans lesquelles travaille Christoph, chargé de s'assurer de la solidité des fondations des ponts. Leur passion naissante sera d’abord sans vagues, loin des embruns, des tempêtes dévastatrices. Elle se nourrira de tendresse et d’espoir. Mais les fantômes surgis du passé referont surface, menaçant de faire chavirer la fragile embarcation qui transporte ces deux cœurs esseulés enfin réunis…

Mais Ondine est aussi, comme on l’a dit, une historienne, une jeune femme avec les deux pieds bien campés dans son époque. Cela constitue un excellent prétexte pour l’écouter animer quelques trop rapides et passionnantes conférences devant des petits groupes venus du monde entier. On découvre ainsi, devant les maquettes immenses de Berlin reconstitué à différentes périodes, ce que fut cette ville, comment elle naquit, comment elle fut en partie détruite, pour parvenir en définitive à renaître de ses cendres… Un peu à la manière de son héroïne…
Vous l'aurez compris, le film est envoûtant, d'une grâce infinie que ponctue la divine musique de Bach (concerto pour clavecin en ré mineur BWV 974, 2e mouvement, joué au piano par Vikingur Olafsson).  (Utopia)
Vox  Fréjus : jeudi 1er 15h, 20h, vendredi 2 14h30, 18h45, samedi 3 14h, 20h45, dimanche 4 15h45, 20h15, lundi 5 16h30, 20h45, mardi 6 16h40, 18h05
 

JOSEP

Réalisé par AUREL - film d'animation France / Espagne 2020 1h20mn VOSTF - avec les voix de Sergi Lopez, Gérard Hernandez, Bruno Solo, François Morel, Valérie Lemercier, Sophia Aram... Scénario de Jean-Louis Milesi.
TRÈS REMARQUABLE FILM D’ANIMATION RÉSOLUMENT POUR ADULTES.

JOSEPEn quelques années, Aurel est devenu un dessinateur incontournable. Cela n’aura pas échappé aux lecteurs du Canard Enchaîné, du Monde (Diplomatique ou pas), de Politis… ni aux passionnés de BD. Le sujet de son premier et splendide long-métrage, plus encore qu’un récit historique, est un vibrant hommage et la rencontre en filigrane avec un autre dessinateur : Josep Bartoli. Mais aussi la rencontre véritable d’un petit-fils avec son grand-père : un gendarme tellement représentatif de ces héros ordinaires restés dans l’ombre de la Grande Histoire, celle qu’écrivent les vainqueurs dans des manuels qui ont fâcheusement tendance à oublier ou minimiser ses parties honteuses ou peu glorieuses. Quand on parle de la période 39/45, on évoque rarement La Retirada, et pourtant : elle parvint jusque sur nos plages et dans nos campagnes, où l’on parqua dans des camps qu’on peut dire de concentration les résistants républicains espagnols venus chercher refuge chez nous…
Février 1939. Des hommes marchent dans la neige, seuls ou en petites bandes, émaciés, affamés, parfois blessés. La traversée des Pyrénées est rude en plein hiver. Pas un seul oiseau ne chante dans les arbres secs et creux… Ils seront des centaines, ils seront des milliers à marcher ainsi jusqu’en France. Là où ils croyaient trouver un havre pour reprendre des forces, ils ne trouveront que désolation. Parmi eux, un bel homme au regard expressif et au nez aquilin. Il s’appelle Josep Bartolí et ne rêve que de rejoindre Maria, son épouse, qui porte son enfant. Comment ce dessinateur de presse de renom, ce résistant de la première heure, aurait-il pu imaginer qu’après avoir combattu et fui le franquisme, serait parqué à Argelès-sur-mer, insulté et traité comme un malfrat ? Aveuglément les gardiens de camp suivent la tendance du moment, reléguant leur cerveau au vestiaire, se laissant aller à leurs plus bas instincts, cédant à cet effet de bande qui peut rendre très con le plus pondéré des bonshommes. Pourtant une nouvelle recrue fera modestement un pas de côté. Il faut un vrai courage pour sortir du rang, ne pas céder au conformisme ambiant, au courant de pensée dominant. Un courage qu’on n’aurait pas su déceler sur la bouille joviale de notre bon gendarme consciencieux, un courage que lui-même ne revendiquera jamais. Progressivement, malgré son respect des règles et des ordres, il éprouve un respect admiratif, solidaire pour ces détenus supposés être la lie de l’humanité. En particulier pour Josep… C’est ainsi qu’une amitié mutuelle va naître entre les deux hommes, mettant à mal les conceptions simplistes du sens du devoir. Obéir pour honorer sa fonction, certes, mais que faire quand cela va à l’encontre de ce pourquoi on s’est engagé ? Comme, par exemple, la défense de la veuve et de l’orphelin, ou les valeurs de la république ? Découvrir que ces « rouges » contre lesquels se déchaîne la France de Daladier sont en fait de véritables justes, des humains avant tout, va être un sacré choc…
L’utilisation des couleurs est subtile et mouvante : réduites à la portion congrue – comme la ration des prisonniers – lors des séquences dans les camps, elles se font exubérantes lors de la rencontre avec Frida Kahlo… Tout une symbolique, tout un langage, qui s’émancipe des mots, les sublime, dans le souci de ne pas se substituer à Josep, de ne surtout pas le trahir…
Pour aborder ce vaste sujet, on passe par la tête d’un adolescent contemporain, aimant les tags et le rap, un peu saoulé à l’idée de venir visiter son grand-père, ancien gendarme. Il ne sait pas encore à quel point il va être passionné par ce que son aïeul va lui raconter. Avant que s’anime à l’écran ce magnifique Josep, le spectateur est un peu comme cet ado : il ne sait pas encore… (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 30 14h, 16h30, jeudi 1er 16h50, 18h30, vendredi 2 14h30, 20h15, samedi 3 14h, 15h50, 19h20, dimanche 4 14h, 16h30, 20h30, lundi 5 17h, 18h45, mardi 6 14h30, 18h45

 
 

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Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc


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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera  droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, uniquement pour les films Entretoiles,, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.  
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Date et signature
 
 

Au(x) cinéma(s) du 9 au 15 septembre 2020

 

Bonjour à tous,

 
Comme nous vous l'avions annoncé la semaine dernière,  Entretoiles  vous proposera à partir du 17 septembre un premier petit festival, dont le thème est " les films primés à Berlin ". Par contre le programme a un peu changé, CGR n'étant pas en mesure de se procurer tous les films que nous avions sélectionnés. Voici donc ceux que vous pourrez voir : le jeudi 17 septembre à 20h :  Benni  un film allemand (prix Alfred Bauer à la Berlinale 2019)  un premier film  qui s'attache aux pas d'une fillette rejetée par sa mère et ballottée par l'aide sociale à l’enfance. Le jour suivant vendredi 18 septembre à 20h :Synonymes du cinéaste israelien Nadav Lapid  (Ours d'or en 2019) une remarquable fiction, politiquement et poétiquement très engagée. Ensuite  le dimanche 20 septembre  à 17h40 :Piranhas de Claudio Givannesi  (Ours d'argent à la Berlinale) une immersion saisissante dans l'univers des jeunes mafieux de Naples, adaptée du premier roman de Roberto Saviano. Enfin pour clore ce festival  un dernier film Dimanche 20 septembre à 20h30 : Never rarely sometimes away de Elisa Hittman (grand prix du jury en 2020) , un "bijou d'intelligence et de sensibilité" selon Utopia . Comme d'habitude un apéritif  sera offert entre ces deux films dans le respect des règles sanitaires anti -Covid.
 NB : Les adhérents d'Entretoiles pourront  acheter un Pass au prix de 16 euros pour ces 4 films.
 
A inscrire également dans vos agendas les prochaines soirées Entretoiles : le 4 Octobre: Eva en Août , le 11 octobre une soirée avec 2 films : Rocks et Adolescentes et le mardi 3 novembre une soirée spéciale élections américaines avec 2 films américains : The Climb et I am not your Negro. Voilà de quoi occuper les soirées d'automne !
 
Cette semaine à CGR toujours à l'affiche  Police d'Anne Fontaine, un film qui s'émancipe des a-priori, intelligemment construit, et servi par un trio d'acteurs incroyable, Petit pays (aussi au Luc) de Eric Barbier, une adaptation très fidèle et très réussie du roman de Gaël Faye, subtil mélange de douceur et de violence, de drame et de drôlerie, et  Énorme de Sophie Letourneur, un conte charmant et piquant, drôle et décalé, sur le désir de paternité. Enfin Effacer l'historique de Délépine et Kerven(aussi  à Lorgues et au luc), une charge satirique, hargneuse, revigorante et caricaturale contre les entreprises qui font commerce de nos données personnelles. 
A noter que pour le moment la situation actuelle ne permet pas à CGR de proposer des films dans le cadre du ciné-club
 
A Lorgues vous pourrez voir A Perfect Family un film danois de Malou Reyman inspiré d'une histoire personnelle et porté par l'interprétation éblouissante de sa jeune actrice principale
Les autres cinémas de la région (le Vox , Salernes et Cotignac) n'ont pas encore rouvert leurs portes.
 
Bonne semaine de cinéma ! Reprenez vos habitudes de cinéphiles : allez au cinéma !
L'équipe d'Entretoiles .
 
 
Transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 
 
POLICE

Anne FONTAINE - France 2020 1h38mn - avec Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois, Peyman Moaadi... Scénario d'Anne Fontaine et Claire Barre, d'après le roman de Hugo Boris.

POLICECe nouveau film d’Anne Fontaine vaudrait le coup rien que pour ses acteurs : Efira, Sy, Gadebois, quel trio ! Mais c’est en plus un film très intelligemment construit, qui réussit à s’émanciper des piètres représentations qu’on a souvent de la police, qu’on l’admire sans nuance ou qu’on appartienne au camp des anti-condés primaires.
La réalisatrice parvient, grâce à une écriture ciselée, à faire mouche, à tenir son propos de bout-en-bout sur un sujet qui avance pourtant en terrain glissant. Elle réussit à contourner la polémique, montre les hommes et les femmes sous les uniformes, sans les condamner, ni les porter au pinacle. Elle les ramène à leur condition d’humains imparfaits et fragiles, leur tend un miroir devant lequel ils ne peuvent échapper ni à leur conscience, ni à leurs responsabilités. C’est comme une audience où l’on écouterait les circonstances atténuantes sans qu’elles excusent les actes, mais où nul ne voudrait endosser le rôle de juge, surtout pas nous en tant que spectateurs.

Si seulement le scénario commençait par la fin avec trois flics anonymes en train de reconduire honteusement à la frontière un pauvre innocent n’ayant commis d'autre délit que celui d’être né dans le mauvais pays… notre camp serait vite choisi et on aurait tôt fait de mettre dans le même panier cette flicaille sans cœur. On ne percevrait peut-être pas monter de la même façon les doutes et les remords qui vont assaillir les protagonistes de cette micro-tragédie malaisante. Seulement il y a un avant… Un début de journée qui nous fait d'abord emboiter les pas de Virginie. Avant que la sonnerie du réveil ne se fasse entendre, il lui aura fallu pouponner le môme qui hurle dès potron minet, après avoir essayé de négocier mollement avec son compagnon pas très chaud pour se lever le premier. On comprendra vite combien leur relation s’est fragilisée et combien les heures supplémentaires sur lesquelles elle se jettera ce soir-là seront une fuite pour ne pas avoir à rentrer chez elle, à s’expliquer. Dans le désordre on suivra également Erik (Grégory Gadebois), qu'on aurait définitivement relégué, si on s’était contenté des apparences, dans la catégorie des machos grognons. Sans l’incursion dans son intimité peu glorieuse, il nous aurait paru passablement exécrable. Progressivement on touchera du doigt à quel point il est un être à la dérive qui se protège derrière des barricades illusoires, plus fragiles qu’il n’y parait. Quant à Aristide (Omar Sy), toujours en train de se poiler et de fanfaronner en se vantant de ses conquêtes, on découvrira l’ampleur de sa solitude, sa peur du vide, son impossibilité à construire quelque chose de paisible. Finement seront égratignés au passage les préconçus sur la banlieue, l’immigration, la couleur de peau, quand il se moquera avec tendresse de sa maîtresse (car il en a une, qu’on vous laisse découvrir). Trois gardiens d’une paix inaccessible même pour eux-mêmes, à la fois puissants et impuissants face à la dureté des situations. Une brigade sur laquelle plane les désillusions et sur laquelle elles planeront d’autant plus quand ils se retrouveront pris au piège d’une mission contraire à leurs engagements. Car après tout, on peut supposer – en tout cas espérer – que ceux qui s’investissent dans de tels métiers le font plus dans l’idée de défendre les victimes que de les envoyer au massacre.

Et ce soir-là, face au dilemme que leur impose une administration aveugle, on sentira germer les prémices d’une petite résistance ordinaire.(Utopia)

CGR Draguignan : mercredi 9 / 15h50ET20H   , jeudi 10/20H  vendredi 11/17h45 et 22h15, samedi 12/15h55,  20het 22h15, dimanche 13/15h55, 17h45 lun14/20h15   mar15/20h10 

PETIT PAYS

Écrit et réalisé par Éric BARBIER - France / Belgique 2020 1h51 VOSTF - avec Djibril Vanccoppenolle, Jean-Paul Rouve, Isabelle Kabano, Dayla de Medina, Veronika Varga... D'après le roman Petit pays de Gaël Faye (Prix Goncourt des Lycéens 2017).

PETIT PAYSAdaptation très fidèle et très réussie du roman, Petit pays a eu l’intelligence de garder le mode de narration choisi par Gaël Faye et de raconter cette histoire bouleversante à hauteur d’enfant, sans donner aux adultes plus de place qu’ils n’en ont dans le bouquin, les laissant certes présents mais toujours au second plan des événements. L’équilibre ainsi trouvé donne une formidable respiration à ce récit qui pourrait être douloureux, voire insupportable mais qui sait toujours, parce que porté par les enfants, demeurer dans la pudeur, la délicatesse, voir même l’humour. Un subtil alliage de douceur et de violence, de drame et de drôlerie émanent du film comme du roman. Et si vous êtes parents et/ou enseignants et que vous vous posez la question de savoir si ce film peut être montré à vos jeunes, la réponse est OUI, mille fois OUI parce qu’il permet justement d’aborder sans détour mais sans traumatisme inutile cette page tragique de l’Histoire de l’humanité où, dans l’indifférence quasi générale, près d’un million de personnes furent massacrées en 100 jours.
Mais avant cela, avant les appels de Radio Mille Collines, avant la folie, avant que la fureur n’emporte le destin ordinaire d’un môme et de sa famille, le jeune Gabriel fait les quatre-cents coups dans un petit coin de paradis qui a pour nom Burundi. Un petit pays, un petit bout d’Afrique coincé entre le Rwanda, le Congo et la Tanzanie où il vit avec son père français qui fait des affaires, sa petite sœur Ana et sa mère rwandaise de plus en plus absente du foyer. Une vie de môme à la Sempé, à la Doisneau avec l’école, les virées dans le vieux combi Volkswagen qui sert de repère à la bande de copains, les clopes fumées en douce et les mangues que l’on pique dans l’arbre généreux du voisin pour se faire quelques sous. L’enfance minuscule dans toute sa majesté, avec sa beauté immédiate, sa poésie, ses trahisons parfois et toute son insouciance. Mais le cocon va commencer à se fissurer. Le cocon familial quand les parents de Gaby, à force de trop se disputer, vont choisir de se séparer, puis celui de son petit pays quand un coup d’État va entraîner une guerre civile. Dès lors, la vie ne sera plus jamais la même. Et la violence, d’abord perçue au loin comme une rumeur sourde qui ne peut ni ne doit atteindre l’innocence de l’enfance, va peu à peu envahir l’espace de Gaby jusqu’à devenir un cri d’effroi. C’est le cri des Tutsis et des Hutus modérés de l’autre côté du fleuve, les cris de la famille maternelle… Dès lors tout va s’enchaîner… les copains ne vont plus avoir les mêmes jeux ni faire les mêmes blagues, les hommes vont se regarder d’un mauvais œil et de toutes parts, l’humanité va peu à peu se dissoudre dans le chaos de l’Histoire. (Utopia)

« J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. » Gaël Faye

CGR mer9/17H40 ven11/19h55  sam12/17h40  dim 13/11h et 19h55 lun14/15h50

LE LUC   ven11/18h  sam12/21h et dim13/18h30


 ÉNORME

Sophie LETOURNEUR - France 2020 1h41 - avec Marina Foïs, Jonathan Cohen, Jacqueline Kakou, Ayala Cousteau... Scénario de Sophie Letourneur et Mathias Gavarry.

ÉNORMEClaire, pianiste de renommée internationale, a la quarantaine rugissante. Altière, fière et bosseuse, sûre de son talent, elle fait vibrer des salles de concerts enthousiastes aux quatre coins du globe. Autant elle est vive, fonceuse et perfectionniste dans son art, autant la vie quotidienne lui semble une terre étrangère à la langue inconnue, parsemée d’inextricables contingences matérielles et d’obscures obligations tantôt sociales, tantôt administratives devant lesquelles elle a vite fait de perdre pied... Les choses étant tout de même bien faites, pour lui permettre d’avancer dans ce brouillard, Claire a trouvé en Frédéric la perle rare : mari passionné, agent intraitable, secrétaire méticuleux, garde du corps intransigeant, comptable scrupuleux, amant attentif, ami plein d’humour... Des billets d’avions aux contrats de concerts, des courses alimentaires aux prises de rendez-vous, des essayages de robes à la prise de sa pilule contraceptive, il gère, assume, organise, règle dans les moindres détails une vie qu’elle peut dès lors traverser comme en apesanteur, libérée de toute contrainte, en se consacrant exclusivement à la musique.
Cette belle mécanique bien huilée, qui reproduit en négatif le schéma habituel de la femme de tête et de ménage totalement dévouée au bien être de son « grand homme » (artiste, scientifique, politique...), aurait pu permettre à nos deux tourtereaux-voyageurs de filer des jours heureux ainsi que le parfait amour si, par un de ces hasards dont la Providence et les scénaristes ont le secret, Frédéric ne s’était pas retrouvé au cours d’un vol de nuit à assister maladroitement (mais avec succès) un toubib pour un accouchement un peu précipité. Dès lors, rien ne sera plus comme avant. Le désir de paternité va devenir pour lui une obsession grandissante, tandis que Claire, dont la fibre maternelle n’est pas extrêmement développée, ne comprend pas bien pour quelle impérieuse raison il faudrait transformer leur couple en famille, avec des conséquences pour le moins incertaines sur sa carrière professionnelle. D’autant que, jusqu’à preuve du contraire, c’est bien SON ventre qui deviendrait le laboratoire difforme de cette transformation familiale. Rongé par son obsession, Frédéric va tout tenter pour parvenir à ses fins – jusqu’à, puisqu’il a la main dessus, jouer les apprentis-sorciers avec la contraception de sa compagne...
Impeccablement écrite, la comédie flirte en permanence avec un malaise diffus mais pas si désagréable. Le parti-pris initial, l’inversion des positions femme-homme dans la représentation du couple (occidental) traditionnel, est rapidement posé et sa logique poussée au maximum donne lieu, parfois subtilement, parfois avec une grâce réjouissante d’éléphant dans un magasin de porcelaine, à des effets comiques irrésistibles et salutaires – et Marina Foïs et Jonathan Cohen s’en donnent visiblement à cœur joie, dans des registres très différents. Avec, c’est un peu la signature des films de Sophie Letourneur, cette délicieuse sensation de liberté, d’imparable légèreté, cette impression d’improvisation permanente qui habille de naturel des situations de plus en plus improbables et ahurissantes à mesure que le film avance. Le masque renfermé de Claire, Buster Keaton féminin et lunaire, met bien ses quatre-vingt-dix minutes à se lézarder, sous les assauts du jeu exubérant de son partenaire, pitre décomplexé qui paraîtrait presque en roue libre si, au détour d’une phrase, d’un regard, on n’était régulièrement ra- mené au sérieux, à la gravité de ce qui se joue. Mine de rien, outre les relations de couple et de genre, la réalisatrice retourne contre la société l’injonction millénaire du désir de maternité. Et brode un conte aussi charmant que piquant qui dit avec une grande justesse les enjeux de la dépossession du corps de la femme pendant la grossesse. Une comédie instructive valant mieux qu’un long discours, on applaudit. (Utopia)

CGR : mercredi 9/ 15h40 ET 18H,  jeudi 10/18H   20h, vendredi 11/ 18h, samedi 12/15h40 et 18h, , dimanche 13/18h   lun14  13h40  18h  mar15/18h

EFFACER L’HISTORIQUE

Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN - France 2020 1h46mn - avec Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corinne Masiero, entourés de Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, Vincent Dedienne, Philippe Rebbot, Michel Houellebecq...

EFFACER L’HISTORIQUEBenoît Delépine et Gustave Kervern poursuivent méthodiquement la mission qu’ils se sont donnée dès Aaltra en 2004, qui est de rendre justice, dans des brûlots rageurs pas vraiment tirés au cordeau, à toute une cohorte de petites gens oubliées du monde moderne et de ses représentations. Ouvrières au bord de la délocalisation, retraités sans pension, agriculteurs en fin de droits, cadres en rupture d’idéologie libérale, punks à chiens vieillissant sans chiens, handicapés teigneux et rancuniers, femmes, hommes, jeunes et vieux, même combat : tous entassés dans le même sac, celui des laissés-pour-compte… dont la bonne société a quand même besoin, ne serait-ce que pour s’en servir de repoussoir ou de marche-pied. Les films de nos Grolandais préférés mettent donc en scène des anti-héros prolétaires, en révolte maladroite contre les dysfonctionnements d’un monde imbécile dont ils ne comprennent pas, ou plus, les codes, un monde dont le but ultime est de les asservir et les pressurer au profit des puissants.

Marie, Bertrand et Christine, les trois pieds-nickelés de Effacer l’historique, habitent le même ensemble pavillonnaire, quelque part dans une vague zone péri-urbaine, un de ces coins de France où l’on a décoré avec amour les terre-pleins des ronds points qui desservent des centres commerciaux faits d’immenses hangars grisâtres habillés d’enseignes uniformes, tristes et bariolées. Marie, Christine et Bertrand le connaissent d’ailleurs bien, le rond-point de leur banlieue. C’est là qu’ils se sont rencontrés, cintrés dans leur gilet jaune, dans un moment d’euphorie collective autour d’un barbecue révolutionnaire – un moment où ils ont découvert que la fraternité et la solidarité n’étaient pas de vains mots perdus dans les hyperliens d’un dictionnaire en ligne. Ils les ont expérimentés et, la gueule de bois sociale dissipée, ils sont naturellement restés amis. Cabossés, usés, en rupture de ban sociale, sentimentale, familiale, professionnelle… la vie ne les a guère épargnés. Chacun se cramponne aux deux autres, en les croyant plus solides, plus fiables… des blagues. Ils basculent le jour où Marie se retrouve victime de chantage à la sextape de la part d’un godelureau dans le lit duquel une cuite carabinée l’a conduite à se glisser ; le jour où Bertrand perd pied entre le harcèlement dont sa fille est victime au lycée et la suave séduction algorithmée d’une vendeuse de véranda à crédit ; le jour où Christine, qui fait chauffeuse de VTC, se découvre l’esclave non seulement de son employeur mais surtout des notes, systématiquement minables, que lui décernent ses clients. Se voyant également broyés par le même système, Marie, Christine et Bertrand décident d’unir leurs maigres forces – et de s’adjoindre l’aide inattendue mais décisive de Dieu lui-même – pour remonter la chaîne de leurs malheurs et remettre les compteurs à zéro : le harceleur de Marie, ceux de la fille de Bertrand et les faiseurs d’étoiles de Christine.

Ainsi contée, la fable, aussi gafa que kafka-ïenne, aurait pu n’être qu’une charge satirique, hargneuse et revigorante, contre les entreprises tentaculaires qui ont bâti leurs empires en faisant commerce de nos fameuses « données personnelles ». Or, comme souvent sinon toujours chez Delépine et Kervern, c’est dans les marges, les fossés des routes, dans les pas de côté que s’écrivent les histoires et que se révèle l’humanité profonde des gens qu’ils filment. Si on ne rit pas à gorge déployée, si les quêtes insensées n’ont sans doute pas de résolution, ils ont à nouveau semé leurs petites graines d’ananars dans des récits drôles et généreux qui nous parlent simplement de nous. Et doucement instillé la certitude que pour tous les Marie, Christine et Bertrand de la terre, être libre, c’est se donner la maîtrise de son histoire, de son passé et de son avenir – le pouvoir aussi de prendre son temps, d'« effacer l’historique ». (Utopia)

CGR Draguignan : mer9/ 15h30, 20h10, jeudi 10 et ven11/17h45, samedi 12 13h40  et 17h45   dimanche 13/10h50 et 15h30    lundi 14 /13h45  mardi 14/ 17h45

 LE LUC   mer9 et ven11/21h sam12/18h  

LORGUES    mer9 et sam12/21h 

 

A PERFECT FAMILY

Écrit et réalisé par Malou REYMANN - Danemark 2020 1h37 VOSTF - avec Mikkel Boe Folsgaard, Kaya Toft Loholt, Neel Ronholt, Rigmor Ranthe

Vous aurez traduit le titre par vous-même, il y est question d’une famille parfaite. Ironie ? La perfection étant rarement de ce monde, on devine d’emblée un hic… Et pourtant… En avançant dans le récit, une fois le premier choc passé, on y découvrira plus d’interrogations tendres que de réponses tranchées, assaisonnées d’une bonne rasade d’humour, ce qui ne gâche rien. Malou Reymann s’est inspirée pour son premier film de sa propre histoire, pleinement assumée, et se place du point de vue de l’enfance qui observe ces drôles d’adultes s’efforçant d’endosser le rôle de « parents » avec toutes les obligations et tous les clichés qui sont censés aller avec. Une panoplie parfois inconfortable à porter, pour qui se cherche ou n’est pas complètement dans les clous…
À quel moment de l’existence est-on plus sensible aux regards d’autrui qu’à la pré-adolescence ? Cet âge inquiétant où règne un faux calme avant le tsunami des transformations, qui se feront à votre corps défendant, sans pouvoir ni anticiper, ni maîtriser ce qu’il va devenir. Drôle de pochette surprise dont on se serait bien passé. Il ne reste qu’à essayer de s’habituer aux protubérances qui poussent, supposées attirer le regard des garçons, mais bien peu ergonomiques quand il s’agit de jouer au foot. Le foot, c’est le grand plaisir d’Emma, blondinette plus du genre garçon manqué que fillette à petite robe et souliers vernis. À bas le rose bonbon symbole de délicatesse, de petite chose fragile, sage comme une image !
Emma n’est pas du style à sourire docile, comme on le verra. Pourtant tout va bien dans sa vie tranquille de gamine de la classe moyenne, élevée au lait de la tendresse humaine de ses deux parents. Ou plutôt tout allait bien… jusqu’à ce jour fatidique, celui où tout son train de vie, et celui de sa sœur, déraille entre deux bouchées de pizza. Il faut dire que leur mère, secouée par sa colère de femme abandonnée, son chagrin rentré, est bien incapable de modérer ses effets et n’y va pas par quatre chemins. Le glas, qui vient enterrer leur vie de famille harmonieuse, semble sonner par deux fois : « On va divorcer… » silence « … parce que Papa veut devenir une femme. »… Une perte de repères difficile à digérer en quelques secondes, de quoi vous faire détester à vie la pizza ! Pas un regard au père, Thomas, à la mine contrite, catastrophé par la brutalité de l’annonce, privé d’avoir pu préparer ses filles avec douceur… C’est un univers qui est atomisé, un autre à reconstruire et à apprivoiser.
Si l’aînée, Caroline, déjà en âge de s’envoler loin du nid, se montre moins féroce, Emma, elle, est révoltée. La séparation du couple semble même passer en définitive au second plan dans son imaginaire. Qu’est-ce qui est le plus bouleversant ? Cette sensation de perdre un père ? De se retrouver d’un coup avec deux mères ? Faire gober aux copines que cet individu mal fagoté, à l’aspect un brin risible avec ses trop grands pieds, est une femme ? Si l’esprit de Thomas a trouvé sa voie, il est encore engoncé dans les maladresses d’un corps qui se cherche et auquel il va lui falloir tout réapprendre. Plus vraiment Thomas, mais pas encore complètement Agnete, cette femme qu’il est en train de devenir. C’est une étrange chose que d’opérer une mue, en quelque sorte, en même temps que sa propre progéniture. C’en est une autre que de parvenir à le faire accepter à un âge où l’intégration sociale, le désir de se fondre dans le regard des autres ados sont si importants… Même s’il y a de l’amour et que la vie en bout de ligne recèle autant de tragédie que de comédie…(Utopia)
 
LORGUES ven 11/21h  lundi14/18h05

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Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc


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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera  droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.  
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Au(x) cinéma(s) du 11 au 17 mars 2020

Bonjour à tous !

Réservez dès à présent votre soirée du 22 mars car Entretoiles vous proposera une soirée avec 2 films à 18h  La Llorona de Jayro Bustamante et à  à 20h30 Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR  le film en ciné club est Notre Dame de Valerie Donzelli un film qui questionne  sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne.Les prochains films de cine club seront: La Sainte Famille, Adam et le Photographe. 
Et toujours à l'affiche dans le  programme de la semaine  De Gaulle de Gabriel Le Bomin ,  première fresque historique dédiée à ce personnage mythique et Le cas Richard Jewell( aussi à Lorgues à Salernes et au Luc) le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde.
 
A Lorgues  Lara Jenkins (aussi au Vox) un film allemand de Jan Ole Gerster, portrait intelligent mais glacé d’une femme face à l’effondrement de ses certitudes, Lettre à Franco de Alejandro Amenabar sur la montée du franquisme en Espagne et la tension qui règne et  Un divan à Tunis de Manele Labridi(aussi au Vox et à Cotignac)), une fantaisie pleine d'humour.
 
A Salernes   Tu mourras à 20 ans, obscurantisme contre liberté : un premier film soudanais  stupéfiant de profondeur et du même pays Talking about trees, film  de Suhaib Gasmelbari, l'épopée rocambolesque (et vraie !) de 4 octogénaires, mousquetaires du cinéma.
 
A Cotignac Deux de Filippo   film dans lequel le réalisateur explore l’amour entre deux femmes retraitées, un sujet difficile qu’il traite de manière audacieuse et simple,Une mère incroyable  film colombien de  Franco Lolli,  où il  parle des choses de la vie avec simplicité et profondeur à la manière de Pialat et La fille au bracelet (aussi au Vox) de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue.
 
Au Vox  Adam de Maryam Touzani (bientôt en ciné club à CGR), une merveille de sensibilité et de sensualité qui bouscule les tabousJudy (aussi au Luc) de Rupert Goold. Le destin d’une icône, que Renée Zellweger ressuscite avec une radieuse capacité d’émotion, Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un prolongement respectueux de l'épopée de Victor Hugo,  qui nous prend à la gorge avec le même sentiment d'injustice, un film choc, salutaire, jamais manichéen, Dark Water un film américain qui traite de l'histoire vraie de  l 'avocat Robert Bilott qui dénonça, en 2016, les pratiques toxiques de l'entreprise chimique Dupont. et Parasite de Bong Joon ho, une critique sociale puissante et déjantée, palme d'or à Cannes en 2019 que le Vox propose aussi en version noir et blanc.
 
Bonne semaine de cinéma à tous !     
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
             
NOTRE DAME

Valérie DONZELLI - France 2019 1h30 - avec Valérie Donzelli, Pierre Deladonchamps, Thomas Scimeca, Bouli Lanners, Virginie Ledoyen... Scénario de Valérie Donzelli et Benjamin Charbit.

NOTRE DAME

Sacrée donzelle que Donzelli ! De film en film, elle brosse une œuvre atypique, à la tonalité joviale et faussement naïve. Que les sujets soient intimes ou graves, elle les distord avec une légèreté pleine de fraîcheur. Il y a quelque chose de profondément combatif et lumineux dans ce cinéma-là qui refuse de sombrer dans la morosité ou dans le drame, même dans les cas les plus extrêmes, comme dans le magnifique La Guerre est déclarée. Depuis son tout premier La Reine des pommes – disponible en Vidéo en Poche –, la cinéaste-comédienne nous entraîne dans son univers burlesque et mutin qui laisse la part belle à l’autodérision.
Cela ne vous a jamais frappé ? Il y a des noms que l’ont croirait prédestinés : l’opticien qui s’appelle Delœil, la gynécologue Robinet, le sacristain Lévèque. La première femme pilote de chasse se nomme Caroline Aigle, quant à Charles Pathé, avant de devenir producteur de films, il fut charcutier… Alors quel métier croyez-vous que l’on puisse exercer dans la vie quand on s’appelle Maud Crayon si ce n’est architecte ?
Maud (interprétée, évidemment, par la réalisatrice elle-même), fait partie de ces bonnes petites soldates, toujours prêtes, qui courent en tous sens. Existence schizo-frénétique, semblable à celles de tant de femmes écartelées par le désir de bien faire à tous les niveaux : professionnel, amoureux, maternel… Dans sa besace, un patron bidon, deux adolescents critiques, leur paternel, son ex, immature chronique (Thomas Scimeca parfait, avec ses airs de Gaston Lagaffe dégingandé et lymphatique)… Martial est par ailleurs le prototype incarné du vrai pot de colle qui déboule sans crier gare, à la moindre embûche affective. Maud essaie bien de protester, lui rappelant qu’ils sont séparés, mais elle ne résiste pas longtemps à ses airs de cocker battu. Notre croqueuse de croquis ne sait pas dire « non », c’est sans doute son pire problème.
C’est là que, par une pirouette du hasard qu’on taira ici, un événement tombé du ciel, comme par enchantement, va venir bouleverser le cours des choses. Voilà Maud Crayon, jusque-là tâcheron dans un cabinet d’architecture impersonnel, soudain en charge d’un des plus prestigieux projets de la Ville de Paris : l’aménagement du parvis de la prestigieuse cathédrale Notre-Dame. C’est le contrat de sa vie, décroché sans même avoir concouru, au nez et à la barbe de tous les architectes – que des mecs ! – ayant pignon sur rue. Cette victoire, loin de simplifier les choses, va tout au contraire les compliquer. Maud va devoir composer derechef avec tout son petit monde, d’autant que son employeur aux dents longues devient jaloux comme un pou, et que Martial s’incruste comme jamais car il vient de se faire larguer. Sans compter que le destin remet dans les pattes de notre maîtresse d’œuvre débordée un ex-amour de jeunesse bien embarrassant.
C’en est trop ! Maud panique, prête à se mélanger les crayons, elle se sent défaillir… Heureusement, il y a Didier, une perle d’homme (forcément interprété par Bouli Lanners), ami inconditionnel (et peut-être secrètement amoureux ?), collègue attentionné, qui veille au grain et va l’aider à surnager… Mais rien ne sera de tout repos.
Sans donner de réponses toutes faites, tout en douceur aérienne, Notre Dame questionne sur la place de l’Art, de l’architecture à notre époque moderne, il évoque les sempiternelles polémiques qui sporadiquement réapparaissent, souvent disproportionnées. Une dernière précision de taille, le film a été écrit et tourné bien avant l’incendie que l’on sait : les images de la cathédrale intacte le prouvent… et sont étonnamment émouvantes (Utopia)

CGR  ciné club  mer11 lun16/10h45    jeu12 et mar17/13h45   ven13/15h45     sam14 dim15/18h

DE GAULLE

Gabriel Le BOMIN - France 2019 1h48mn - avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Philippe Laudenbach, Tim Hudson... Scénario de Valérie Ranson Enguiale et Gabriel Le Bomin.

 Avouons-le, notre premier réflexe, à l'annonce d'un film sur le Grand Charles, fut de méfiance : l'entreprise était gonflée, le personnage trop proche de nous, trop particulier peut-être… En choisissant de ne prendre en compte qu'une toute petite partie de la vie de De Gaulle, tout juste deux mois entre avril et juin 1940, Gabriel Le Bomin a choisi le bon angle : ce grand type qui ne semble pas à l'aise dans son corps est encore inconnu de tous, il n'est pas encore entré dans l'Histoire, personne ne sait encore combien son rôle va compter dans l'avenir de la France.
Issu d'un milieu conservateur et catholique, il a une épouse discrète, qu'il aime et qui l'aime, et tous deux manifestent une constante tendresse pour Anne, leur petite fille trisomique qu'ils ont choisi de garder avec eux, à une époque où les enfants handicapés ne sont pas bienvenus dans les familles et se retrouvent le plus souvent abandonnés dans les hôpitaux psychiatriques. Proche de la cinquantaine en mai 1940, De Gaulle est nommé à la fois général et sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Reynaud, après s'être illustré pendant la Bataille de France qui se termine par une défaite des armées française, belge, britannique…

L'heure est grave et le débat est vif entre ceux qui veulent poursuivre les combats et ceux qui réclament un armistice avec l'Allemagne : le président Reynaud tangue, hésite… De Gaulle se heurte à Pétain qui finalement emporte le morceau et le gouvernement s'apprête à capituler sous l'influence du vieux maréchal qui prendra la place de l'hésitant Paul Reynaud le soir du 16 juin et, dès lendemain, appellera à cesser le combat, acceptant de signer un armistice avec Hitler.
Dès lors, De Gaulle précipite les choses. Refusant de suivre Pétain, il prend le parti de rejoindre l'Angleterre, se lançant ainsi dans un pari que plus d'un pensent fou : « ce que j'entreprends est un véritable saut dans l'inconnu » écrira-t-il dans ses carnets… Et on mesure ici la témérité de l'entreprise : cet homme seul, inconnu de ses interlocuteurs, se retrouvant en Angleterre, sans savoir même où loger, pour lancer l'idée d'une résistance qui n'est nullement acquise… De Gaulle trouvera pourtant l'oreille d'un Churchill aussi visionnaire que lui, sans l'appui duquel il n'aurait probablement jamais pu lancer, sur les ondes de la BBC, ce fameux appel qui deviendra l'acte fondateur de la France libre…
En France, c'est la débâcle et devant l'avancée des troupes allemandes, des millions de personnes paniquées se lancent sur les routes avec de maigres bagages, en charrette, à vélo, à pied, en voiture parmi les morts et les blessés touchés par les bombardements…
De Gaulle prie son épouse de s'éloigner au plus tôt d'une maison où elle n'est plus en sécurité. Yvonne et ses trois enfants, dont la petite Anne, se retrouvent dans le flot des partants, embarquant in extremis à Brest alors même que l'aviation allemande bombarde les navires bondés de passagers en fuite…

On se souvient, des années plus tard, des dernières images du couple : la silhouette féminine un peu ronde dominée par la grande stature du Général en pardessus sombre, dans leur promenade solitaire sur les plages de l'Atlantique… Le film rappelle qu'elle fut une forte femme et un soutien puissant , ramenant ainsi le grand bonhomme à portée d'humanité… Plus tard, il fera précéder ses Mémoires de guerre d'un « Pour vous, Yvonne, sans qui rien ne se serait fait »… soulignant à quel point leur complicité et leur confiance l'un en l'autre aura compté.
Le film est de facture classique mais alerte et bien mené. Lambert Wilson et Isabelle Carré se tirent brillamment d'un exercice difficile, évitant la caricature, et, de Pétain à Churchill en passant par Reynaud, tous les personnages jouent leur partition avec des nuances et une humanité qui peuvent accrocher l'intérêt des jeunes générations pour qui « l'appel du 18 juin » est quelque chose de très abstrait (Utopia) 
CGR : mer 11/11h15  13h40  15h50  18h 20h           jeu ven sam dim lun/11h  13h30  15h40  17h50  20h   
 
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.
Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru ! (Utopia)
 
CGR         mer11/17h55  22h10    jeu12/19h50  22h10     ven13 et mar 17/22h10   sam14 dim15 lun16/ 20h45  22h10 
LORGUES  ven13/20h05  sam14/18h  dim15/18h
SALERNES  mer11/20h30    ven13/18h   sam14/20h30
LE LUC  mer11/21h   ven13/18h  sam14/21h   dim15/18h30

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Au(x) cinéma(s) du 4 au 10 mars 2020

Bonjour à tous !
 
Venez nous retrouver ce dimanche 8 Mars à 19h30 avec ce film unique et magnifique qu'Entretoiles vous propose : Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi .
Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR en ciné club est Jojo Rabbit de Taïka Waïtiti, une réflexion acerbe, souvent drôle, parfois émouvante, sur la manipulation élevée au rang de système et l'impératif de l'ouverture aux autres. Les prochaines films en ciné club seront  Notre Dame de Valerie Donzelli, La sainte famille, Adam, Le photographe.
Cette semaine Colibris vous propose au CGR de voir Dark waters  où Todd Haynes le réalisateur s’attaque  au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné et qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés qui savent se montrer criminelles. (aussi au Vox)
Dans la programmation habituelle de CGR vous pourrez voir, en VF ou en VO selon les séances, Le cas Richard Jewell, le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde  et   De Gaulle de Gabriel Le Bomin ,  première fresque historique dédiée à ce personnage mythique.
 
A Lorgues  Scandale de Jay Roach, le harcèlement subi par les vedettes de Fox News, Adam de Maryam Touzani dont on ressort affamés d'humanité et de gourmandises ((aussi à Cotignac), Un fils de  Mehdi M Barsaoui, un 1er film remarquable sur la douleur d'affronter une vérité refusée et La fille au bracelet  de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue (aussi au Vox)

A Salernes L'adieu de Lulu Wang, une heureuse surprise toute simple, toute jolie, Papicha  de Mounia Meddour, multi nominé (et tout récemment aux Oscars) un film sur le courage de la jeunesse algérienne qui ne demande qu'à exulter.et Deux de Filippo  dans lequel le réalisateur 
explore l’amour entre deux femmes retraitées. Un sujet difficile qu’il traite de manière audacieuse et simple.
Au Luc, Lettre à Franco de Alejandro Amenabar sur la montée du franquisme en Espagne et la tension qui règne.
 
A Cotignac, Ma vie de courgette de Claude Barras aborde des sujets graves avec humour et légèreté, 1917 de Sam Mendes nous montre l'épopée de 2 jeunes hommes pendant la 1ère guerre mondiale, avec réalisme et virtuosité, et Notre Dame du Nil de Atiq Rahimi, l'histoire écrite du point de vue des minorités.
 
Au Vox à Fréjus, L'état sauvage de David Perrault,un western oscillant entre songe cauchemardesque et épopée émancipatrice féministe, Mes jours de Gloire d'Antoine de Bary une comédie qui  dresse ainsi le portrait d’une génération narcissique, sans idéaux, sans perspective d’avenir, qui semble ne rien faire pour s’en donner, Lara Jenkins de Jan Ole Gerster, une femme se débat, victime d'elle-même, Un divan à Tunis de Manele Labridi, une fantaisie pleine d'humour,  Parasite de Bong Joon ho, une critique sociale puissante et déjantée, palme d'or à Cannes en 2019 et La cravate de M Thery et E Chaillou, la confession étonnante de Bastien, militant d'extrême droite.
 
Voilà ! vous avez de quoi voir, vous interroger, vous émerveiller, vous émouvoir, réfléchir... alors bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Séance Entretoiles au CGR : dimanche 8 mars à 19h30

JOJO RABBIT
Écrit et réalisé par Taïka WAÏTITI - USA 2019 1h48mn VOSTF - avec Roman Griffin Davies, Thomasin McKensie, Scarlett Johansson, Sam Rockwell... D'après le roman Le Ciel en cage, de Christine Leunens.
 Johannes Betzler, alias Jojo, est un enfant timide. Parmi ses camarades de classe, on ne le distingue guère : fluet, il fait pâle figure en comparaison de ses aînés, partis combattre au loin. Alors à l’image de beaucoup d'enfants de son âge, comme lui peu gâtés par la nature, compensant l'absence d'un père appelé sous les drapeaux, Jojo s'invente un ami imaginaire, un ami toujours de bon conseil, plein de sollicitude et d'entrain ; pour trouver un modèle, il n'aura pas à chercher bien loin, puisqu'il s'inspire de son idole, le meilleur ami de tous les petits Allemands blonds aux yeux bleus : Adolf Hitler ! Oui, ça surprend au début, même quand on resitue l'action dans le contexte de l'Allemagne nazie à la fin de la guerre, quand les Alliés commencent à la cerner de toutes parts et que Jojo, élevé dans l'adoration du dictateur depuis son adhésion aux jeunesses hitlériennes, ne rêve que de faire son devoir d'Aryen, à savoir combattre les soldats ennemis, se sacrifier pour la Patrie… et si possible dénoncer des Juifs. C'est là que ça va très vite se compliquer pour Jojo, lorsque, par un concours de circonstances, il va se confronter à ces « démons », et découvrir en autrui (et en lui-même) une humanité qu'il ne soupçonnait pas.
Dire de ce film qu'il danse sur une corde raide est sans aucun doute l'euphémisme de l’année. Narrer sans recul les aventures d'un antisémite fanatique à seules fins d'en rire relèverait de la gageure impossible si le film en restait là. Heureusement Taïka Waititi, réalisateur néo-zélandais né d'un père Maori et d'une mère Juive Ashkénaze, s'émancipe très vite de son postulat de départ, pour nous proposer une réflexion acerbe sur la manipulation, la perversité du monde des adultes, et l'impératif moral de l'ouverture à l'autre.
Toute l'intelligence du parti pris par Waititi tient dans le regard posé sur cette histoire tragi-comique : celle d'une société viciée vue à travers les yeux d'un petit garçon de dix ans ; du coup l'apparition d'un Hitler burlesque et badin fait sens, en ce qu'il est davantage la vision fantasmatique d'un père de substitution que le reflet fidèle du dictateur. Au fur et à mesure que les yeux de Jojo se décillent, le rôle du mentor va s'amenuiser, laissant la place au vrai sujet du film, donc : la manipulation. Celle, massivement destructrice d'adultes lâches et corrompus capables de mentir à des gosses avant de les envoyer au casse-pipe, et celle, plus insidieuse, plus intime, d'un petit garçon terrifié à l'idée de tout perdre et qui reproduit à son tour les mensonges de la propagande à des fins égoïstes.
Passant du rire aux larmes avec un sens des ruptures de ton qui en laisseront plus d'un pantois, Jojo Rabbit ose et réussit haut la main l'impensable : une comédie iconoclaste sur le totalitarisme, qui jamais ne glisse dans la débauche lyrique d'un Tarantino ou la clownerie aseptisée d'un Benigni. L'air de rien, Jojo Rabbit célèbre la liberté de penser, d'aimer et d'exister en dehors de tout système : un bras d'honneur à toutes les entreprises de lavage de cerveau, d'où qu'elles viennent. Et si un film qui commence par une version teutonne d'un tube des Beatles et finit sur un pas de danse esquissé après l'apocalypse ne vous convainc pas qu'il est un hymne à la vie, à l'amour et à la jeunesse, alors rien n'y fera !(Utopia)  
CGR en ciné club : mercredi 4 et lundi 9 10h45, jeudi 5 13h30, vendredi 6 15h35, samedi 7 et dimanche 8 17h45, mardi 10 10h45, 13h30
 
DARK WATERS
Todd HAYNES - USA 2019 2h07mn VOSTF - avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins, Bill Camp... Scénario de Matthew Carnahan et Mario Correa, d’après le livre de Nathaniel Rich.
Il y a quelque chose de pourri en Virginie-Occidentale, au cœur du massif des Appalaches, en cette fin des années 1990. Les fermiers voient leurs vaches mourir les unes après les autres, les yeux rouges, sanguinolents, comme si elles avaient été possédées. Les habitants de la région affichent quant à eux un taux anormalement élevé de cancers… Et au milieu du paysage – géographique, social, psychologique, affectif –, une usine appartenant à Du Pont, l’un des plus grands groupes industriels de chimie des Etats-Unis. Une usine gigantesque dont tout le monde sait depuis 40 ans qu'on y stocke des quantités pharaoniques de déchets qui ont toutes les chances de se retrouver dans les nappes phréatiques courant sous les champs et abreuvant les étables. Mais tout le monde ferme plus ou moins les yeux – et sa gueule –, Du Pont faisant littéralement vivre toute la ville et contrôlant ses principales activités.
 
Malgré l'énormité de la catastrophe écologique et humaine, tout resterait probablement en l'état si contre toute attente un avocat, que rien pourtant ne semblait désigner pour mener un tel combat, n'acceptait d'écouter puis de défendre un malheureux fermier qui voit son bétail mourir et sa propre santé et celle de ses proches s'étioler. Rob Bilott n'a donc a priori nullement le profil d'un avocat de la cause écologique, bien au contraire : il travaille pour un des plus gros cabinets d'affaires de Cincinatti, dont la principale activité est de défendre justement des groupes pétrochimiques. Mais voilà, la grand mère de Rob habite toujours dans ce coin pollué de Virginie et un des fermiers cherchant désespérément un avocat est un de ses amis. Comme quoi la grande Histoire tient parfois à de petites histoires de famille. De plus, malgré le pedigree de ses clients habituels, Rob Bilott porte en lui une foi inébranlable dans la justice et le respect du droit. Et quand il comprend que Du Pont a délibérément empoisonné la région et ses habitants durant quatre décennies, et volontairement dissimulé la toxicité d'une substance utilisée dans nombre de ses produits phares, notre avocat va se mettre en action et devenir le cauchemar de l'industrie qui l'a pourtant fait vivre durant de nombreuses années.

Cette histoire passionnante et édifiante, le comédien – et producteur en l'occurrence – Mark Ruffalo l'a découverte grâce un article choc du New York Times en 2006, alors que Rob Billott se battait déjà depuis plus d'une décennie. Militant écologiste convaincu, combattant acharné contre l'exploitation des gaz de schiste, Ruffalo a convaincu le grand Todd Haynes de réaliser le film adapté du livre de Nataniel Rich relatant cet énième combat du port de terre contre le pot de fer.
Todd Haynes, grande figure du mélodrame à la Douglas Sirk (souvenez vous des merveilleux Loin du paradis et Carol, entre autres…) s’attaque ici au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné (il cite en particulier Révélations de Michael Mann), certes totalement nouveau dans sa filmographie mais qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés d’apparence. S'appuyant sur la performance intense de Mark Ruffalo, entouré de quelques comédiens formidables (citons Tim Robbins en patron du cabinet d'avocats et Anne Hathaway, parfaite en épouse contrariée puis admirative du combat de son avocat de mari), Todd Haynes mène impeccablement son récit, avec le parfait classicisme que requérait son sujet, et nous captive d'un bout à l'autre de ce parcours judiciaire semé d'embûches. Il y a fort à parier qu'après avoir vu ce film, vous regarderez d'un sale œil votre poêle en téflon, produit phare de Du Pont…   (Utopia) 
Présenté par Colibris au CGR : vendredi 6 à 20h ciné débat
Vox Fréjus : mercredi 4 VF 13h40, 20h, VO 16h10, jeudi 5 VF 15h45, VO 18h15, vendredi 6 VF 16h15, VO 15h45, 20h45, samedi 7 VF 13h45, 21h, VO 18h25, dimanche 8 VF 15h30, VO 20h30, lundi 9 VF 13h40, VO 18h10, 20h30, mardi 10 VF 13h45, 20h45, VO 16h15
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.

Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru !
CGR : mercredi 4 VF 18h15, VO 21h, jeudi 5 VF 20h15, vendredi 6 VF 17h50, samedi 7 VF 21h, VO 18h15, dimanche 8 VF 18h15, 21h, lundi 9 VF 20h15, mardi 10 VF 21h
 
DE GAULLE

Gabriel Le BOMIN - France 2019 1h48mn - avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Philippe Laudenbach, Tim Hudson... Scénario de Valérie Ranson Enguiale et Gabriel Le Bomin.

 Avouons-le, notre premier réflexe, à l'annonce d'un film sur le Grand Charles, fut de méfiance : l'entreprise était gonflée, le personnage trop proche de nous, trop particulier peut-être… En choisissant de ne prendre en compte qu'une toute petite partie de la vie de De Gaulle, tout juste deux mois entre avril et juin 1940, Gabriel Le Bomin a choisi le bon angle : ce grand type qui ne semble pas à l'aise dans son corps est encore inconnu de tous, il n'est pas encore entré dans l'Histoire, personne ne sait encore combien son rôle va compter dans l'avenir de la France.
Issu d'un milieu conservateur et catholique, il a une épouse discrète, qu'il aime et qui l'aime, et tous deux manifestent une constante tendresse pour Anne, leur petite fille trisomique qu'ils ont choisi de garder avec eux, à une époque où les enfants handicapés ne sont pas bienvenus dans les familles et se retrouvent le plus souvent abandonnés dans les hôpitaux psychiatriques. Proche de la cinquantaine en mai 1940, De Gaulle est nommé à la fois général et sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Reynaud, après s'être illustré pendant la Bataille de France qui se termine par une défaite des armées française, belge, britannique…

L'heure est grave et le débat est vif entre ceux qui veulent poursuivre les combats et ceux qui réclament un armistice avec l'Allemagne : le président Reynaud tangue, hésite… De Gaulle se heurte à Pétain qui finalement emporte le morceau et le gouvernement s'apprête à capituler sous l'influence du vieux maréchal qui prendra la place de l'hésitant Paul Reynaud le soir du 16 juin et, dès lendemain, appellera à cesser le combat, acceptant de signer un armistice avec Hitler.
Dès lors, De Gaulle précipite les choses. Refusant de suivre Pétain, il prend le parti de rejoindre l'Angleterre, se lançant ainsi dans un pari que plus d'un pensent fou : « ce que j'entreprends est un véritable saut dans l'inconnu » écrira-t-il dans ses carnets… Et on mesure ici la témérité de l'entreprise : cet homme seul, inconnu de ses interlocuteurs, se retrouvant en Angleterre, sans savoir même où loger, pour lancer l'idée d'une résistance qui n'est nullement acquise… De Gaulle trouvera pourtant l'oreille d'un Churchill aussi visionnaire que lui, sans l'appui duquel il n'aurait probablement jamais pu lancer, sur les ondes de la BBC, ce fameux appel qui deviendra l'acte fondateur de la France libre…
En France, c'est la débâcle et devant l'avancée des troupes allemandes, des millions de personnes paniquées se lancent sur les routes avec de maigres bagages, en charrette, à vélo, à pied, en voiture parmi les morts et les blessés touchés par les bombardements…
De Gaulle prie son épouse de s'éloigner au plus tôt d'une maison où elle n'est plus en sécurité. Yvonne et ses trois enfants, dont la petite Anne, se retrouvent dans le flot des partants, embarquant in extremis à Brest alors même que l'aviation allemande bombarde les navires bondés de passagers en fuite…

On se souvient, des années plus tard, des dernières images du couple : la silhouette féminine un peu ronde dominée par la grande stature du Général en pardessus sombre, dans leur promenade solitaire sur les plages de l'Atlantique… Le film rappelle qu'elle fut une forte femme et un soutien puissant , ramenant ainsi le grand bonhomme à portée d'humanité… Plus tard, il fera précéder ses Mémoires de guerre d'un « Pour vous, Yvonne, sans qui rien ne se serait fait »… soulignant à quel point leur complicité et leur confiance l'un en l'autre aura compté.
Le film est de facture classique mais alerte et bien mené. Lambert Wilson et Isabelle Carré se tirent brillamment d'un exercice difficile, évitant la caricature, et, de Pétain à Churchill en passant par Reynaud, tous les personnages jouent leur partition avec des nuances et une humanité qui peuvent accrocher l'intérêt des jeunes générations pour qui « l'appel du 18 juin » est quelque chose de très abstrait (Utopia) 
CGR : mercredi 4, vendredi 6, samedi 7, dimanche 8, mardi 10 : 10h45, 15h45, 20h, jeudi 5 et lundi 9 : 10h45, 13h30, 17h40, 20h

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Au(x) cinéma(s) du 26 février au 3 mars 2020

Bonjour à tous !

Voici les 2 prochaines dates Entretoiles à retenir: le 8 Mars à 19h30 avec un film unique Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi . Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR pas de film dans le cadre du ciné club pour cause de vacances scolaires..Le prochain film ciné club sera Jojo Rabitt  à partir du 4 mars puis Notre Dame de Valerie Donzelli  diffusé  la semaine suivante
Dans la programmation habituelle de CGR vous pourrez voir, en VF ou en VO selon les séances, Le cas Richard Jewell, le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde et en avant  première  De Gaulle de Gabriel Le Bomin ,  première fresque historique dédiée à ce personnage mythique.
 
A Lorgues  Adoration, un film franco belge, récit initiatique envoûtant sur l'amour fou et la perte de l'innocence et Deux de Filippo  dans lequel le réalisateur explore l’amour entre deux femmes retraitées. Un sujet difficile qu’il traite de manière audacieuse et simple.
 
A Salernes Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part d' Arnaud Viard, une comédie sincère et très touchante et Pour Sama un documentaire syrien qui est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique.
 
Au Luc (aussi au Vox) La fille au bracelet  de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue  et Jojo rabit de Taika Waïtiti,(bientôt à CGR) une comédie iconoclaste sur le totalitarisme, bientôt à CGR en ciné club.

Au Vox L'état sauvage de David Perrault,
un western oscillant entre songe cauchemardesque et épopée émancipatrice féministe, Mes jours de Gloire d'Antoine de Bary une comédie qui  dresse ainsi le portrait d’une génération narcissique, sans idéaux, sans perspective d’avenir, qui semble ne rien faire pour s’en donner , Dark waters où Todd Haynes le réalisateur s’attaque  au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné et qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés d’apparence et toujours à l'affiche Lettre à Franco, Un divan à Tunis et La fille au bracelet.
 
Bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 
 
 
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.

Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru !
 
CGR  VF  mer 26  et lun2/10h45  19h45      jeu et mar3/10h45  ven/17h30  19h45   sam/10h45   dim/19h45  
             VO  mer 26/ et lun2/17H30     jeu/18h45     ven/10h45   sam et mar3/19h45

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Au(x) cinéma(s) du 19 au 25 février 2020

Bonjour à tous !
 
Voici les 2 prochaines dates Entretoiles à retenir:  le 8 Mars avec un film unique Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi . Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR pas de films dans le cadre du ciné club pour cause de vacances scolaires..Le prochain film ciné club sera  Notre Dame de Valerie Donzelli  diffusé en Mars.
Dans la programmation habituelle de CGR vous pourrez voir, en VF ou en VO selon les séances, Le cas Richard Jewell,  le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde et, toujours au programme, 1917 ( aussi à Lorgues) de Sam Mendes, un film qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale.
 
A Lorgues  Marche avec les loups (aussi au Vox) ,un  documentaire de Jean-Michel Bertrand qui raconte le grand mystère de la dispersion des loups, Séjour dans les Monts Fuchun de Gu Xiaxogang, qui signe une magnifique fresque contemporaine, lumineuse et subtile de la Chine d'aujourd'hui, L'adieu de Lulu Wang, un film qui explore à la fois le mensonge comme acte d'amour et les mutations de la Chine d'aujourd'hui, et enfin Les Ciné débats citoyens vous proposent Viva Zapatero, sur le thème "pouvoir et médias", ou comment se protéger de la propagande.
 
A Cotignac Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part de Arnaud Viard, une comédie sincère et terriblement touchante,  Cuban Network de Olivier Assayas, un thriller qui nous rappelle que la que la politique et la grande histoire peuvent broyer des destinées humaines  et   Le photographe de Ritesh Batra, qui, après le délicieux Lunchbox, nous propose une subtile analyse d'une société indienne en transition.
 
Au Vox  Lettre à Franco de Alejandro Amenabar qui explore la montée du Franquisme dans les années 36 et suivantes, sans manichéisme, La fille au bracelet de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue,  Un divan à Tunis de Manele Labidi, un délicieux cocktail d'intelligence, de drôlerie et d'émotion qui raconte l'état d'un pays entre élan de modernité et poids des traditions, Jojo rabit de Taika Waïtiti, une comédie iconoclaste sur le totalitarisme et Parasite de Bong Joon-ho, Palme d'or au Festival de Cannes 2019, une fable contemporaine terriblement caustique et délirante.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : 

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Au(x) cinéma(s) du 12 au 18 février 2020

Bonjour à tous !
 
Dès maintenant vous pouvez noter que la prochaine soirée Entretoiles aura lieu le 8 Mars avec un film unique Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi . Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR pas de films dans le cadre du cine club.Le prochain film  Notre Dame de Valerie Donzelli sera diffusé en Mars.
Dans la programmation habituelle vous pourrez voir en avant premiere mais en VF Le cas Richard Jewell le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'amérique profonde et toujours au programme1917( aussi au Luc) de Sam Mendes, un film qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale.
 
A Lorgues Martin Eden un film  où Pietro Marcelo le cinéaste propose une lecture très libre du célèbre roman de Jack London et  réussit une adaptation lyrique qui dialogue avec notre époque et The last tree un film de Shola   Amoo ,un récit semi-autobiographique qui explore des questions de race, de famille et d'identité dans la Grande-Bretagne d'aujourd'hui.
 
A Cotignac Les Siffleurs  un film roumain de Corneliu Poremboiu (qu'Entretoiles vous propsera en Mars) qui se  joue des archétypes des films de genre : noir, western, romance… tous les ingrédients sont là : vamp irrésistible, truands à la gâchette facile, flics ripoux, courses-poursuites, trafics illicites, Revenir (aussi au Vox)de Jessica Palud, un premier film et une très jolie découverte, Scandal  de Jay Roach, une dénonciation choc du harcèlement subi par les présentatrices de Fox News et Marche avec les loups(aussi au Vox) ,un  documentaire de Jean-Michel Bertrand où il poursuit son observation aiguë de la nature sauvage.
 
Au Vox  parmi les nouveautés La fille au bracelet de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et tenue et  Un divan à tunis de Manele Labidi, une pépite ensoleillée en plein cœur de février et toujours à  l'affiche  Notre Dame du Nil un film rwandais de Atiq Rahimi qui nous immerge dans le camp des laissés pour compte,   Jojo rabit de Taika Waïtiti, une comédie iconoclaste sur le totalitarisme et Cuban Network de Olivier Assayas, un thriller qui nous rappelle que la que la politique peut broyer des vies . 
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous  et n'oubliez pas l'A.G VENDREDI 14 fevrier à 18h à la maison des sports.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
    
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.

Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru !
CGR   V.F    Avant premiere mardi 18/19h45

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Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 février 2020

Bonjour à tous !
 
Ce dimanche 9 février, nous vous attendons nombreux à notre  soirée Entretoiles où nous vous proposons de venir découvrir avec nous  2 films, sur le thème "Fables..." avec: Le miracle du Saint inconnu film marocain de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde   et Talking about trees film soudanais de Suhaib Gasmelbari, l'épopée rocambolesque (et vraie !) de 4 octogénaires, mousquetaires du cinéma., une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !! Bien sûr, comme d'habitude vous êtes invités à l'(apéritif Entretoiles entre les deux films ! Ceux d'entre vous qui veulent et peuvent contribuer en apportant quelque chose à partager sont vivement encouragés à la faire !
Dans la programmation ciné club de CGR, vous pouvez voir Les filles du docteur March de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages (aussi à Salernes et au Vox).
Dans la programmation ordinaire au CGR : Scandale (aussi au Luc) de Jay Roach, une dénonciation choc du harcèlement subi par les présentatrices de Fox News, Une belle équipe, où Mohamed Hamidi, (après le délicieux La vache), nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués, 1917 de Sam Mendes, qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale et Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part de Arnaud Viard, un film sincère et terriblement touchant.
 
A Lorgues,ne manquez pas Le festival Cin'Edison à partir du 7 février avec un apéritif d'honneur offert par la mairie de Lorgues pour l'avant première de  La dernière vie de Simon, en présence de l'équipe du film. Regardez tout le programme de la semaine de ce festival des avant premières sur cinedisonlorgues.fr, avec 12 films.
 
A Salernes, allez voir Le lac aux oies sauvages de Yinan Diao, polar décoiffant et formellement magnifique.
Au Vox à Fréjus, le film chinois : Séjour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine, Revenir de Jessica Palud, un premier film et une très jolie découverte, Notre Dame du Nil un film rwandais de Atiq Rahimi qui nous immerge dans le camp des laissés pour compte, Cuban Network de Olivier Assayas, un thriller qui nous rappelle que la politique peut broyer des vies et Jojo rabit de Taika Waïtiti, une comédie iconoclaste sur le totalitarisme (ausi à Lorgues).
 
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition le 9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons donc dans le hall  le 9 février à 17h30.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU

Alaa Eddine Aljem - Maroc 2019 1h40mn VOSTF - avec Younes Bouab, Salah Bensalah, Bouchaib Essamak... Ouverture de la Semaine de la Critique, Cannes 2019.

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU

Le bled de ce premier long métrage marocain semble sorti de terre par miracle, construit et peuplé à toute vitesse dans l’intervalle entre le prologue du film et le début de son intrigue chorale. Avant : un voyou fuit la police au milieu d’un nulle part de sable, trouvant le temps d’enterrer son magot au sommet d’une colline avant d’être jeté en prison. Après : cherchant l’emplacement du butin après sa sortie, notre homme y découvre un mausolée en hommage « au saint inconnu » du titre, entretenu et chéri par les habitants du hameau construit entre-temps au bas de la dune.
La tombe qu’ils vénèrent recèle le trésor que le malfrat va avoir du mal à exhumer, l’endroit étant sous la surveillance constante d’une galerie de personnages loufoques, qui s’avéreront tous tiraillés entre la foi, l’ennui et l’appât du gain : on rencontre le gardien du temple et son chien bien-aimé, le nouveau médecin du village, son infirmier placide et ses patientes désœuvrées, un jeune paysan au père dépressif, contemplant les champs délaissés par la récente urbanisation des lieux, entre autres figures locales en recherche de sens sur fond de miracles répétés (car le saint, bien qu’inconnu et inexistant, est prodigue en prodiges). (Libération)

« Ce qui définit mieux ce film, c’est son ton, un mélange de situations, certaines comiques, d’autres plus dramatiques. C’est une fable moderne teintée d’absurde, qui emprunte au conte. C’est un film choral, bâti autour de plusieurs personnages, une histoire burlesque sur le rapport à la foi et l’observation de la transformation d’une microsociété. » (Alaa Eddine Aljem)

CGR Soirée Entretoiles dimanche 9 février à 18h

 

TALKING ABOUT TREES

Suhaib GASMELBARI - documentaire Soudan 2019 1h34mn VOSTF - avec les quatre mousquetaires soudanais défenseurs du cinéma : Ibrahim Shaddad, Suliman Ibrahim, Eltayeb Mahdi et Manar Al-Hilo... Récompensé par le Prix du jury ou le Prix du public dans sept festivals internationaux !.

TALKING ABOUT TREESCe pourrait être le croisement improbable entre Cinéma Paradiso et Buena Vista Social Club… D'un côté un cinéma à l'abandon, de l'autre une bande de joyeux octogénaires que le temps et les vicissitudes de la vie semblent à peine avoir affectés. Sachant que cette histoire aussi incroyable que réjouissante ne se passe ni dans le sud pittoresque de la Sicile, ni dans le royaume cubain de la salsa, mais dans un de ces états répertoriés sur la liste noire de notre Ministère des affaires étrangères, qui déconseille vivement de s'y rendre : en l'occurrence le Soudan, cet immense pays aux sources du Nil qui, depuis 1989, a vécu 30 longues années sous la dictature islamiste de Omar El Béchir. Une terrible période, marquée par une guerre civile avec le Sud du pays non musulman, des famines sans précédent… et une répression féroce de toute opposition, dans un contexte où on a soupçonné le président de financer le terrorisme international.

Mais étonnamment, dans ce film doux et drôle, il n'est pas question des terribles malheurs du pays, il est question d'un vieux cinéma et de quatre vieux bonshommes encore vaillants et bien décidés à lui redonner vie. Il faut dire que Ibrahim Shaddad, Suliman Ibrahim, Eltayeb Mahdi et Manar Al-Hilo, bien que largement oubliés jusque dans leur pays, ont connu leur heure de gloire cinématographique. Dans les années 1960-70, ils furent des cinéastes talentueux dans un pays sous obédience marxiste, après avoir fait leurs études de cinéma dans les universités de Moscou, de Berlin-Est ou du Caire. Ils ont même créé un groupe, une revue et réalisé quelques films primés dans des festivals internationaux. Mais avec l'arrivée au pouvoir de El Béchir, le cinéma a totalement disparu du Soudan, et pas mal de réalisateurs ont pris le chemin de l'exil. 40 ans plus tard, nos quatre mousquetaires ont plein de souvenirs en tête mais aussi l'envie, malgré le poids des années et les tracasseries du régime, de ne pas laisser le cinéma mourir. Et les voilà bien décidés à relancer une grande salle, un immense paquebot qui semble échoué sur le sable, avec comme souvent dans la région un cinéma en extérieur, son immense mur d'écran et son amphithéâtre gigantesque où divaguent occasionnellement les dromadaires. Les indomptables vétérans ont bien l'intention de redonner le goût du cinéma à un public jeune, choisissant dans ce but comme premier film à projeter le Django unchained de Tarantino.
Évidemment le chemin sera semé d'embûches autant techniques qu'administratives, la censure ne s'en laissant pas compter. L'énergie de ces quatre grands-pères, prêts à tout pour partager leur passion avec leurs compatriotes (il y a notamment une scène rocambolesque de projection de films de Chaplin en pleine tempête qui rappelle le bon temps du cinéma forain), est largement communicative, tout comme leur humour corrosif : il faut les voir ironiser sur l'absurdité du pouvoir en place ! Autant dire qu'on ne s'ennuie jamais à suivre leurs péripéties, et on se dit dit au passage que nos petits soucis de montreurs d'images sont bien anecdotiques en comparaison !

Depuis la fin du tournage de Talking about trees (le titre est une référence à un poème de Brecht), le président dictateur a été déchu par un coup d'état de l'armée suite à des mois de manifestations populaires, et emprisonné, sous le coup de poursuites pour génocide du Tribunal Pénal International. La situation au Soudan est loin d'être devenue mirobolante, mais on souhaite quand même un joyeux épilogue aux projets de nos quatre papys amoureux fous du cinéma et des films, que ce soit pour les tourner ou pour les montrer. (Utopia)

CGR soirée Entretoiles dimanche 9 février à 20h30

 

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH

(LITTLE WOMEN) Écrit et réalisé par Greta GERWIG - USA 2019 2h15mn VOSTF - avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scanlen, Meryl Streep, Laura Dern, Timothée Chalamet... D'après le roman de Louisa May Alcott.

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH

Pour son deuxième long-métrage en tant que réalisatrice, Greta Gerwig n'a pas eu froid aux yeux et réalise un grand écart aussi ambitieux qu'intrigant : attendue au tournant après le très beau Lady Bird, film indépendant intimiste et résolument contemporain, sur un scénario original qu'elle a écrit elle-même, elle s'attaque ici à un monument de la littérature américaine, le roman ultra populaire de Louisa May Alcott, déjà adapté huit fois pour le grand écran ! Fresque romanesque, production et budget beaucoup plus importants, casting haut de gamme réunissant la jeune et talentueuse nouvelle garde hollywoodienne (cela dit, Ronan et Chalumeau étaient déjà présents dans Lady Bird) encadrée par les deux prestigieuses aînées Meryl Streep et Laura Dern : allait-elle réussir le pari d'apporter sa touche alliant vivacité et fraîcheur, de s'approprier ce classique pour en faire une œuvre personnelle ? Certains regretteront sans doute de voir rentrer un peu dans le rang, de voir s'assagir un des feux follets du cinéma indépendant américain mais nous avons pour notre part trouvé le film très réussi, assumant pleinement ses grands et nobles sentiments, menant avec une énergie communicative un récit impeccablement agencé, et tirant le meilleur parti de sa kyrielle de comédiennes qui dessinent, toutes générations, tous parcours confondus, un formidable portrait de groupe d'une féminité aux multiples facettes. Aucune raison de bouder son plaisir !

Pendant que la guerre de Sécession fait rage, qui mobilise leur père engagé comme médecin, les quatre filles du Docteur March vivent aux côtés de leur mère, aimante et complice, les derniers éclats de leur enfance et de leur insouciance. Si elles prennent encore un malicieux plaisir à interpréter dans le grenier de la demeure familiale les pièces de théâtre écrites par la flamboyante Jo, la naissance de leurs premiers sentiments – amoureux tout particulièrement – et les doutes qui les accompagnent vont peu à peu faire entrer les sœurs dans le monde des adultes. Le film va suivre le parcours de chacune, leur cheminement intime. Jœ la passionnée, qui veut être écrivaine et demeure farouchement opposée au mariage. Meg la discrète, qui ne rêve que de construire un foyer. Amy l'excentrique, qui se voit créatrice libre mais aussi et épouse amoureuse. Enfin la fragile et effacée Beth, artiste lunaire qui est aussi la plus sage de toutes…

Moderne ? Sans aucun doute. Non pas dans la mise en scène, la manière dont Greta Gerwig filme les paysages (sublimes), les robes qui tournent (virevoltantes), les intérieurs (chatoyants) ou les visages (frémissants) qui reste très classique, mais bien dans la construction du récit et dans la profondeur psychologique qu'elle offre à chaque personnage. C'est en cela sans doute que l'on reconnaîtra la brillante réussite de cette nouvelle adaptation : Greta Gerwig aurait pu choisir le confort intellectuel de se concentrer sur la seule figure de Jo March, la rebelle de la fratrie, et faire des trois autres les pâles figurantes d'un vieux monde patriarcal. Elle fait au contraire le choix de filmer toute la richesses des sentiments et des situations pour montrer qu'il n'y a pas qu'une seule e unique voix / voie possible et que l'exercice au féminin de son propre libre arbitre est le plus beau des combats.(Utopia)

CGR : mercredi 5 VO 10h45, jeudi 6 VO 13h45, vendredi 7 16h30 
Vox Fréjus : en VF jeudi 6 15h35, vendredi 7 13h45, lundi 10 15h50, mardi 11 18h
Salernes : mercredi 5 et samedi 8 18h, vendredi 7 20h30
 

 

SCANDALE

Réalisé par Jay Roach - USA 2019 1h49mn VF - Avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, John Lithgow... Scénario de Charles Randolph.

SCANDALEEn France, l’affaire n’a pas tellement marqué les consciences. Pourtant la chute pour harcèlement sexuel, à l’été 2016, de Roger Ailes, l’emblématique fondateur de la chaîne d’informations conservatrice Fox News, constitue un préambule à l’affaire Weinstein et annonce l’émergence du mouvement #MeToo. Scandale retrace le combat des journalistes et des animatrices stars de la chaîne pour dénoncer les agissements du bras droit de Rupert Murdoch… Nicole Kidman et Charlize Theron incarnent deux présentatrices vedettes de Fox News, respectivement Gretchen Carlson et Megyn Kelly. Placardisée, puis licenciée sans justification, Carlson qui a dû résister aux pressions et aux avances de Roger Ailes (John Lithgow) décide de l’attaquer pour harcèlement et cherche d’autres compagnes d’infortune au sein du groupe…

Bien que concernée, Kelly, prise dans la tourmente de la présidentielle de 2016 et sous le feu de tweets rageurs de Donald Trump (la journaliste avait notamment rappelé au milliardaire ses commentaires désobligeants envers les femmes lors du fameux débat tenu en 2015 entre les candidats républicains aspirant à la présidence des États-Unis), est réticente à témoigner. Le troisième personnage féminin incarné par Margot Robbie est un personnage fictionnel, composite, inspiré par différentes reporters et productrices de programmes. Sa Kayla Pospisil est naïve, complètement fan de la ligne éditoriale de Fox News et espère gravir les échelons au plus vite, mais les coulisses de son organisation où règne une masculinité toxique élevée au rang de culture d’entreprise ne vont pas tarder à nourrir son désenchantement…
La télévision étant essentiellement un « médium visuel », comme se plaisait à le dire le patron, qui n’hésitait pas à faire défiler devant lui celles qui rêvaient d’y faire carrière, dans une espèce de rituel où, avec la complicité d’une assistante, il se retrouvait seul avec elles derrière sa porte close. À ce chapitre, le malaise atteint son paroxysme quand la jeune Pospisil , par ailleurs chrétienne évangélique ambitieuse, doit mettre de côté toutes ses valeurs pour combler le regard malsain de celui qu’on surnommait aussi « Jabba the Hutt ». Quand, lors de la scène la plus malaisante du film, ce dernier demande à la nouvelle recrue de relever un peu sa jupe, encore un peu et encore un peu plus, la nature du sentiment horrible qui peut alors envahir une personne harcelée est illustrée de façon éloquente.

Jay Roach s’emploie aussi à décrire comment le réseau s’y est pris pour « vendre » son idéologie en poussant la notion d’information spectacle – et le sexisme – encore plus loin. Roger Ailes exigeait d’ailleurs que les animatrices soient assises derrière des bureaux en plexiglas. Dans une émission de débat, on s’assure qu’une participante soit assise de côté au bout de la table, de sorte que les jambes soient bien mises en valeur…
Ceux qui ont suivi l’affaire il y a trois ans, ou qui connaissent déjà un peu l’univers de Fox News Channel, n’apprendront rien de vraiment neuf, mais apprécieront la qualité de la reconstitution. Porté par ses trois excellentes actrices, Scandale a aussi le mérite de montrer comment faire changer la honte de camp.

(d'après lefigaro.fr et lapresse.ca)

CGR : jeudi 6, lundi 10, mardi 11 11h, 17h40, vendredi 7 11h, 18h,

Le Luc : mercredi 5 VO 21h, vendredi 7 VF 18h, dimanche 9 VF 16h

 
UNE BELLE ÉQUIPE      Réalisé par Mohamed Hamidi (avec  Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette, Sabrina Ouazani et encore bien d’autres acteurs interprétant les footballeuses et les maris de ces grandes sportives),
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Une Belle Equipe" est un film qui dépasse le simple football.Il évoque avant toute chose les rapports entre hommes et femmes. Confronté(e)s à une situation inhabituelle, chacun et chacune vont apprendre les uns des autres. Apprendre la difficulté de mener de front une vie de mère avec une carrière : les repas à préparer, le petit qu'il faut soigner quand il est fiévreux, la corvée des courses, les crises des tout-petits quand on passe au rayon céréales, se coucher la dernière après que tout soit rangé Pour l’autre, c’est d’enfin goûter au loisir, au plaisir, à la détente, à l’adrénaline du sport qu’elles ont toujours pu regarder à la télévision mais jamais vraiment toucher du bout du pied. Ce sport trop souvent pratiqué uniquement par les hommes. Certes, leurs maris perdent, mais dans leur esprit ils sont toujours à se battre pour gagner leur place de footballeur. Jusqu’au jour où les footballeurs en question, membres du SPAC (association de football), se voient interdits de terrain suite à une bagarre après un match. Une solution ? Intégrer des femmes dans l’équipe pour finir le reste de la saison.
Quand ni les jeunes, ni les retraités veulent ou ne peuvent venir intégrer la dite équipe, ce sont les femmes qui manifestent leur volonté de jouer au football. Une candidature qui pourrait sauver le club. Malgré l’opposition des hommes, qui trouvent ridicule de voir leurs femmes en shorts et maillots sur le terrain, les épouses vont enfin pouvoir jouer, non pas en dilettantes, mais en vraies professionnelles : leur heure de gloire a enfin sonné. Cette victoire, elles la veulent et elles n’en démordront pas.

Oui, le football est majeur dans le film, mais ce n’est pas pour autant qu’il soit la place centrale du scénario. Le réalisateur Mohamed Hamidi n’a pas voulu que les cinéphiles soient réticents à l’idée d’entrer dans les salles obscures pour visionner "Une Belle Equipe". Pour certains, rien que d’entendre le mot « football » cela leur procure des frissons dans le dos… Rassurez-vous, "Une Belle Equipe" ne se nomme pas "Un beau match" !
 
Il n’est donc pas totalement question du football. Disons que ce dernier est un sport qui réunit beaucoup de monde jusqu’à présent. Il y a toujours une équipe de football, un terrain pour y jouer, même dans les plus lointains villages de France. Mohamed Hamidi a donc voulu rassembler le plus de monde possible autour d’un thème, d’un sport éminemment populaire. Pourtant, dans le cas présent, le football n’est là que pour « accompagner » l’histoire, tant et si bien que nous pourrions, à partir des vies des personnages, créer une série à la suite du film.
 
"Une Belle Equipe" n’est pas à 100% dans le football, car le film n’exploite pas tant que ça la place des femmes dans ce sport, leur combat pour entrer dans l’équipe.  C’est en cela qu’il se différencie d’un film plus récent : Comme des garçons réalisé par Julien Hallard en 2018 avec Vanessa Guide, Max Boublil et Sarah Suco. Comme des garçons est un film qui s’est inspiré d’un fait historique : la création de la première équipe féminine de football en France à Reims. Il se déroule dans les années 1968 alors qu’Une belle équipe est une histoire actuelle.
Mohamed HAMIDI est d'ailleurs revenu sur les origines de son film :  « C’était plus que compliqué de faire un film sur le football féminin alors que Comme des garçons allait se faire. J’ai donc commencé à écrire et j’ai arrêté d’écrire pour écrire un autre film qui est "Jusqu’ici tout va bien" avec Gilles Lellouche et Malik Bentalha. Quand le film était en tournage, j’avais parlé à Kad Merad qu’il y avait un tournage sur le football féminin et effectivement mon film est contemporain et mon sujet c’est des filles qui jouent contre des garçons, mais Kad Merad m’a rappelé en me disant qu’il avait appelé les gens de la compagnie Mars Distribution et ils ont dit que "Comme des garçons" est un film historique.  Ce n’est pas du tout la même histoire, c’est sur la première équipe féminine, ce n’est pas la même époque. Je me suis donc remis à écrire après et j’ai donc eu beaucoup de réticence au début à faire ce film, mais quand j’ai vu "Comme des garçons", j’étais plutôt rassuré, car effectivement même si ce sont deux films qui tournent autour du football, ce n’est vraiment pas du tout la même époque, la même problématique. On est plus chez moi dans des problématiques contemporaines que des problématiques des années 1960. »Les films ne sont donc pas comparables. Effectivement, ils reprennent la même thématique : le football. Tous les deux ont des femmes qui veulent défendre leur place dans le football, mais Une belle équipe nous expose bien plus qu’une histoire de match. Mohamed Hamidi nous parle des relations familiales, de couples, de l’opposition des hommes face à leurs femmes qui veulent prendre leur place. Mais ce n’est pas pour les remplacer, qu’elles font cela. Elles aiment simplement le football et elles veulent sauver l’équipe fondée par leurs maris et à laquelle tous tiennent tant.
 
Le film nous montre ce que les hommes ne voient pas dans les actes de leurs femmes, s’engageant dans ce sport pour des raisons qui vont bien au-delà de l’amour pour le football qui est presque une excuse finalement. Nous sommes davantage dans une découverte entre hommes et femmes qui, jusque-là, vivaient dans l’incompréhension. Aussi, la ultime est-elle la suivante : dans ce village, où tout le monde a une place attribuée, où rien n’a jamais changé véritablement jusqu’à ce match de football féminin, le désaccord et la colère qui confrontent les hommes et les femmes, seront-ils enfin apaisés ?
Elisa Drieux-Vadunthun
CGR : jeudi 6 et lundi 10 15h50

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn VOSTF - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

1917Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Première Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée. (Utopia)

CGR : mercredi 5, vendredi 7, dimanche 9, mardi 11 10h45, 16h30, 19h30, 22h15, jeudi 6, samedi 8 et lundi 10 13h20, 22h30

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Au(x) cinéma(s) du 29 janvier au 4 février 2020

Bonjour à tous !

Tout d'abord veuillez noter que la prochaine soirée Entretoiles aura lieu le dimanche 9 février avec 2 films sur le thème "Fables..." : Le miracle du Saint inconnu une petite merveille burlesque qui stigmatise avec une même impertinence l’obscurantisme et les névroses mercantiles et Talking about trees  un document exceptionnel doublé d’une aventure humaine de cinéma, d’humour et de résistance politique : une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !!  
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition le  9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que vous pourrez  renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons dans le hall le 9 février à 17h30.
      
Cette semaine dans le cadre du Ciné club à CGR allez voir Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan  (aussi à Salernes et à Cotignac) un polar décoiffant et magnifique où le réalisateur  continue de peindre une Chine toujours plus démentielle et désespérée. Le prochain film de ciné club sera Les filles du Docteur  March.
Dans la programmation ordinaire toujours à l'affiche 1917(aussi à Salernes)de Sam Mendes,un film  qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale, Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part  une histoire simple, traitée avec délicatesse, d'après le roman d'Anna Gavalda et une belle équipe où Mohamed Hamidi, après le délicieux La vache, nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués

      

A Lorgues ils vous proposent  Lola vers la mer, qui plus qu'un film sur les personnes transgenres est un drame bouleversant sur la relation conflictuelle entre un père et son enfant.La Vérité   de Kore Eda  qui signe en France un film drôle et grinçant sur la famille, Swallow où  Carla Mirabella-Davis, la réalisatrice brosse le portrait envoûtant d’une femme sur le chemin d’une rébellion secrète et Les filles du docteur March ( aussi au Luc et au Vox)) de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages  
A  Salernes Cunningham (aussi à Cotignac) un documentaire qui   retrace l’évolution artistique du chorégraphe américain Merce Cunningham et L'âme du vin un documentaire  sur  la culture du vin selon le rythme des saisons à sa dégustation.
Au Luc un film émouvant L'adieu  de Lulu Wang où la cinéaste livre une chronique familiale douce et drôle autour d’une grand-mère en fin de vie.
Au Vox Revenir  un premier film, librement inspiré du roman de Serge Joncour L’amour sans le faireCuban Network où Olivier Assayas , le réalisateur revient sur l’idéalisme, les vies entières dévouées ou soumises à la politique et toujours au programme Le Photographe de Ritesh Batra, où après The lunchbox, ce réalisateur nous entraîne dans une analyse subtile d'une société indienne en transition, et Le miracle du Saint inconnu de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde.(à CGR le 9 fevrier avec Entretoiles)  
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 
LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...

LE LAC AUX  OIES SAUVAGESComme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager.

À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)

CGR  ciné club v.o  mer29 et lun 3/10h45   jeu30 et mar4 /13h45 ven31/15h45  sam 1/17h45  dim2/18h

SALERNES   jeu30/18h

COTIGNAC      jeu30/20h30

    
1917

Sam MENDES - GB / USA 2019 2h VOSTF - avec George McKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Andrew Scott, Richard Madden, Colin Firth, Benedict Cumberbacht... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

 
 
L’intrigue de 1917 est simple. Les caporaux britanniques Schofield (George MacKay, absolument formidable) et Blake (Dean-Charles Chapman, très bien aussi) y sont des pions à qui le Général Erinore (Colin Firth) confie une mission à peu près impossible, consistant en une percée apparemment suicidaire sur le territoire conquis par les Allemands en France. L'objectif est de faire passer directement un ordre qui empêchera la mort presque certaine d'un régiment de 1600 hommes sur le point de tomber dans un piège fatal tendu par les ennemis. Détail qui n’en est pas un : le régiment en question compte dans ses rangs le propre frère de Blake. Canevas hyper-classique donc, mais exécution virtuose, qui fait de 1917 un film objectivement hors du commun.
Le réalisateur Sam Mendes – qu’on a beaucoup apprécié en réalisateur de American beauty ou des Noces rebelles puis un peu perdu de vue quand il s’est consacré à la franchise James Bond – s'est appuyé ici sur la grande habileté du chef-opérateur Roger Deakins – complice habituel des frères Coen – pour donner au spectateur l’impression saisissante que cette entreprise périlleuse est filmée en un seul long plan continu, au plus près des sentiments de ses héros qui ne demandaient surtout pas à l’être. Les cinéphiles attentifs ne s’y tromperont pas : il ne s’agit pas d’un plan-séquence unique, il y a quelques coupes mais il faut bien reconnaître qu’on ne les remarque presque pas. C’est un projet incroyablement ambitieux, car le décor change souvent au cours du film, passant des tranchées qui abritent des centaines de soldats britanniques et des champs jonchés de cadavres et de carcasses d'animaux à une ferme avec des vaches, l’action nous entraînant de passages de rivière dangereux à des cachettes sous terre, d’un convoi sur la route au champ de bataille lui-même. Des avions allemands survolent le théâtre d’opérations à intervalles réguliers, la caméra suit les hommes, courant avec eux avec l'agilité d’un chien de combat… On imagine que la décision de tourner en continu a dû nécessiter une planification poussée à l’extrême, un véritable plan de bataille.
Le jeu en valait la chandelle car la mise en scène est hautement immersive. Le travail sur les décors, les costumes, l’enchaînement des situations, tout donne l’impression que les choses arrivent par accident, et non parce que cela a été méticuleusement prévu, et le film est porté par une énergie, par une sensation d’urgence qui tiennent en haleine de bout en bout.

Mais 1917 ne se résume pas à un film de technicien, car au-delà du travail sur le montage et sur la construction des plans, il n’oublie jamais le principal : l’humain. Il parvient à donner du relief aux personnages que nous suivons et que nous apprenons à connaître – mais aussi à ceux qui ne font qu’une brève apparition –, à susciter l’empathie du spectateur, rappelant toujours que ce sont bien des êtres humains, avec une histoire, un passé, une famille, des émotions, des sentiments et des états d’âme qui risquent ou donnent leur vie dans ce combat qui les dépasse.(Utopia)
CGR   mer29 et sam1/ 10h45  14h  19h40     jeu30 ven31 lun3  mar4/10h45  13h30h   15h30  20h  dim2/10h45 15h30  19h40
 
SALERNES  mer29/18h  jeu30/20h30  ven31/18h  dim2/16h lun3/14h30
 

JE VOUDRAIS QUE QUELQU'UN M'ATTENDE QUELQUE PART

Écrit et réalisé par Arnaud VIARD - France 2019 1h29mn - avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe, Camille Rowe, Elsa Zylberstein, Aurore Clément... Scénario d’Arnaud Viard, Thomas Lilti, Emmanuel Courcol et Vincent Dietschy d’après le livre d’Anna Gavalda.

« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », elle est belle et mélancolique, cette phrase, comme une pensée secrète, un vœu glissé au creux d’une oreille bienveillante, une prière. C’est le titre du recueil de douze nouvelles de la romancière Anna Gavalda, gros succès en librairie comme bien d’autres de ses livres, et c’est aujourd’hui celui de ce film qui s’en inspire librement. L’exercice de l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire est toujours périlleux, à plus forte raison quand il s’agit d’histoires courtes, quelques pages parfois comme c’est ici le cas. Au lieu de faire un film à sketchs, l’option la plus plus naturelle a priori, Arnaud Viard (et sa bande de scénaristes) a pris un tout autre chemin, plus malin, plus inattendu. Il a construit son film comme un patchwork : dans chacune des douze histoires il a pioché sa matière, là un personnage, ici la description minutieuse d’une attente, les espoirs qui s’effritent, la fulgurance d’un amour. Il a cherché et mis en avant aussi le ton du recueil, mélange de gravité et de drôlerie, insufflant un soupçon dramatique qui ne sera pourtant jamais encombrant, quelques rires aux éclats, des larmes de joie ou de tristesse, et l’empreinte un peu amère des choses passées à tout jamais perdues. Une fois tous ces éléments rassemblés sur l’ouvrage, il les a ensuite accordés avec beaucoup de délicatesse, les liant par le fil invisible d’une tendresse complice, fabriquant ainsi de toutes pièces une famille, et une nouvelle histoire de cinéma. Cette famille sera le cœur battant de son film, soleil irradiant et brûlant un peu trop fort les satellites qui gravitent autour d’elle. Tout commence par un anniversaire, celui d’Aurore, la mère, qui fête ses soixante dix bougies avec ses quatre enfants.
Jean-Pierre le fils aîné, qui tient le rôle d’un père trop tôt disparu et porte si (trop ?) bien le costume cravate du quinquagénaire qui a réussi dans la vie : sa famille, sa carrière, son rang social ; Juliette, professeure de français qui écrit en secret et rêve de manuscrits et d’éditeurs mais qui est encombrée par la peur de mal faire et attend, peut-être, enfin, son premier enfant ; Mathieu qui, timide et angoissé, se noie dans les détails d’une vie millimétrée en espérant la tornade d’un premier grand amour qui arrivera peut-être, mais peut-être jamais ; enfin Margaux, la petite dernière, qui ne veut rien céder de ses idéaux et vivra coûte que coûte de sa passion, la photo, quitte à avaler quelques couleuvres. On va suivre ces 5 personnages, et quelques autres, dans la tourmente de leur vie, avec des hauts et des joies, avec des bas et un drame. Astres lumineux détenant chacun leur part d’ombre, étoiles filantes ou revenantes, les personnages de ce film sont les belles incarnations des fragilités et des ressources humaines. Ils racontent l’incandescence de la vie, le temps qui file, les rêves que l’on a oublié d’entendre et ceux qu’il est encore temps de rattraper avant qu’ils ne s’évadent. Sincère et terriblement touchant.(Utopia) 
CGR   mer29/18h10  20h10      jeu30/11h  13h30  16h  20h15      ven31/ 11h  13h30  20h15    sam1 et dim2/16h  20h10    lun3 et mar4/11h  13h30  16h  20h15

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Au(x) cinéma(s) du 22 au 28 janvier 2020

Bonjour à tous !
 
Nous vous attendons nombreux à notre prochaine soirée Entretoiles où nous vous proposons de venir découvrir avec nous  le film chinois : Séjour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine.
Pensez aussi à réserver  votre soirée  le dimanche 9 février avec 2 films, sur le thème "Fables..." avec: Le miracle du Saint inconnu et Talking about trees., une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !!
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition aux 2 prochaines séances du 26 janvier et du 9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons dans le hall le 26 janvier à 19h30 et le 9 février à 17h30.
 
Dans le cadre du ciné club vous pourrez voir cette semaine à CGR La vérité de Kore Eda, un film grinçant et drôle sur la famille et un hommage sincère au cinéma et aux actrices.
Les prochains films de ciné club seront, Le lac aux oies sauvages et les  filles du docteur March...
Dans la programmation ordinaire de CGR, on peut voir Une belle équipeoù Mohamed Hamidi, après le délicieux La vache, nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués, 1917 de Sam Mendes, qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale.
 
A Lorgues, Un vrai bonhomme de Benjamin Parent, un film ingénieux et subtil avec une part de fantastique, et Le lac aux oies sauvages de Yinan Diao, polar décoiffant et formellement magnifique (au Vox aussi), Une vie cachée de Terence Malick, un film majestueux et sans emphase (aussi au Vox).
A Lorgues aussi, dans le cadre des ciné-débats citoyens, le jeudi 23 à 20h, un film sur le deuil, sensible, émouvant, et rempli d'espoir : Et je choisis de vivre, suivi d'un débat animé par Nathalie Paoli, psychothérapeute.
 
A Salernes, vous pouvez participer à un véritable festival sur la danse avec 4 films très forts : Les enfants d'Isadora de Damien Manivel qui dépeint l'héritage vivant d'Isadora Duncan à travers 4 femmes, The fits d'Anne Rose Holme, un film très séduisant avec des interprètes, une lumière et un montage magnifiques, Et puis nous danserons de Levan akin, un film très intéressant où la danse est le seul refuge de liberté pour des jeunes géorgiens, et Yuli de Ician Bollain, un biopic lumineux et optimiste, porté par une passion déchirante.
En janvier le pôle musique et cinéma du réseau des médiathèques en Dracénie vous propose de la neige et du sang avec Fargo des frères Coen: un ciné-concert le vendredi 24 janvier à 18h30 et une conférence le mardi 28 à 18h30."Pour vous donner envie, le teaser du ciné-concert:https://www.youtube.com/watch?v=dTe1DUTqJxQ
 
 Au Luc, Les enfants du temps, un film d'animation de Makoto Shinka, qui est une dénonciation du dérèglement climatique à travers les yeux émerveillés et désillusionnés des deux jeunes héros.

A Cotignac (et le 9 février avec Entretoiles), Le miracle du Saint inconnu de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde (aussi au Vox), et Les filles du docteur March de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages (aussi au Vox).
 
Au Vox à Fréjus, Le photographe de Ritesh Batra, après The lunchbox, ce réalisateur nous entraîne dans une analyse subtile d'une société indienne en transition, remarquablement interprété, et L'adieu de Lulu Wang, un beau drame familial sur le mensonge comme acte d'amour.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !

 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
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SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

Gu XIAXOGANG - Chine 2019 2h30mn VOSTF - avec Qian Youfa, Wang Fengjuan, Zhang Renliang...

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUNNe cherchez pas dans vos mémoires : le nom du réalisateur, celui des acteurs (issus de son entourage) vous sont fatalement inconnus. Avec les moyens du bord, malgré les aléas matériels qui l’ont contraint à deux ans de tournage, par manque d’aide financière extérieure au départ du projet, Gu Xiogang rentre subrepticement dans la cour des grands grâce à cette fresque contemporaine lumineuse, subtile, évidente.
La langueur, déconcertante de prime abord, va rapidement devenir une alliée réconfortante. Elle nous love dans un dépaysement total, l’émerveillement de la rencontre avec la culture chinoise. Tout devient alors sensualité, émotion à fleur de peau, sans grands effets de manche, tout en gestes retenus, émaillée de ces petits riens dont on devient friands, qu’on finit par espérer.
Le titre du film est éponyme de celui d’une célèbre peinture chinoise du xvie siècle. Longue de plusieurs mètres, conservée sous forme d’un rouleau, on la découvrait en la déroulant lentement, en connaisseurs, centimètre par centimètre, effeuillage délicat, presque les prémices du cinéma.
Le réalisateur dévide son histoire, au fil de l’eau, de la même façon, en plans séquences d’une longueur et d’une maestria incroyables. Par petites touches subtiles, il croque son époque méticuleusement, embrasse la beauté des paysages, prend l’empreinte du temps qui passe. Au lieu de cultiver la grandiloquence, il travaille l’épure et nous embarque à son rythme, loin de notre société occidentale de bruit et de compétitivité. Cela fait un bien fou : il suffit de s’enfoncer tranquillement dans la matrice obscure d’une salle de cinéma et de se laisser bercer. On se fond alors dans le décor, en observateurs privilégiés de ce qui est également une chronique familiale tendre, douce amère, touchante, un voyage dans l’espace et le temps, profondément sincère.

Tout débute l’été à Hangzhou, ville native du réalisateur, celle-là même qui servit de décor à la célèbre peinture, sept siècles plus tôt. Dans un restaurant propret, qui fut, est, restera (?) familial, trois générations d’une même lignée sont réunies. C’est l’anniversaire de Mum, c’est ainsi que tous surnomment leur aïeule désormais veuve, celle qui a jusque là guidé son monde d’une main de matriarche, et qu’il va falloir épauler à présent, on l’apprendra quelques instants plus tard. La fête sera vite écourtée par un événement inattendu.
Progressivement on va pénétrer dans l’intimité de la famille, en constater les disparités, les rivalités que le capitalisme ambiant, qui se fait féroce, va accentuer, mettant à mal les schémas ancestraux qui soudaient le groupe autour d'une solidarité forte. Impossible de rester plus longtemps indifférent à ce monde en pleine mutation, cette Chine qui se transforme, assoiffée de nouveautés, de valeurs occidentales. On rase les vieux quartiers, on les remplace par du neuf, fonctionnel. À seulement 200 kilomètres de la grouillante Shanghaï, la demande est forte. Bien malin qui spécule, bien stupide celui qui reste à la traîne. Ainsi pensent les uns, tandis que d’autres survivent comme ils peuvent le long du fleuve, vivant dans une barque par faute de pouvoir se payer un toit. Mais dans le fond, tous sont victimes et ploieront tôt ou tard sous le poids des dettes. Pour échapper à leur sort, les parents espèrent de beaux mariages de raison lucratifs pour leurs enfants, alors que ces derniers rêvent d’amour et de liberté. Le clivage se consomme comme un plat qui ne vaut même pas la peine d’être réchauffé.

Seuls les lieux historiques demeurent encore, pour un temps du moins, inviolés. L’immensité de la nature qui surplombe les hommes semble se rire de leur agitation et de leurs ambitions mesquines, appelant à la romance plus qu’à la guerre. Et c’est d’ailleurs une belle aventure sentimentale qui va prendre naissance sous nos yeux, apportant une touche romantique subtile à ce film choral d’une infinie délicatesse, qui se déploie sur quatre saisons. (Utopia)

CGR Soirée Entretoiles : dimanche 26 janvier 20h

LA VÉRITÉ

Écrit et réalisé par Irokazu KORE-EDA - France 2019 1h47mn - avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Clémentine Grenier, Ludivine Sagnier, Alain Libolt...

LA VÉRITÉOn l'avait quitté auréolé d'une palme d'or pour un film magnifique et on ne peut plus japonais, on le retrouve comme par enchantement au cœur d'un automne parisien : Irokazu Kore-Eda est décidément un cinéaste plein de surprises qui signe ici un film à la fois grinçant et drôle sur la famille – son thème de prédilection – mais aussi un hommage sincère et touchant au cinéma et aux actrices. Très écrit, avec une partition au millimètre que les deux comédiennes principales interprètent avec un brio rare, c'est un film qui n'est pas sans rappeler le cinéma d'Arnaud Desplechin, avec cet humour un peu vache teinté d'auto-dérision. Mais ce qui fait mouche, c'est l'utilisation de l'image de Catherine Deneuve et le jeu en miroir dans lequel Kore-Heda la place tout au long du film : en l'admirant dans ce rôle d'une célèbre comédienne française qui a tourné avec les plus grands et vit dans un hôtel particulier parisien qu'elle traverse la cigarette aux lèvres, on finit par se demander où est le vrai, où est le faux, où commence le personnage, où s'arrête la réalité de l'interprète… Bien sûr, pas de réponse, juste le plaisir vif d'une œuvre centrée sur les comédiennes et comédiens que l'on ne quitte pas d'une semelle… à part quelques plans dans un jardin au seuil de l'automne qui vit ses derniers rayons de soleil avant l'arrivée de l'hiver… comme une métaphore peut-être du rapprochement de deux astres, la mère et la fille, autour d'une vérité commune qui réussirait enfin à les réchauffer…

Alors qu'elle vit sans doute les derniers éclats de sa gloire, Fabienne vient de terminer son autobiographie qui a tout pour être un succès public et médiatique à la hauteur de sa renommée : elle y a mis tout le panache, tout l'égocentrisme nécessaires et surtout cette manière bien personnelle de réécrire à sa sauce l'histoire de sa vie. Pourquoi diable se contenter de la vérité quand elle peut se broder sur mesure son rôle ultime, le plus beau : elle même, LA comédienne.
De son côté, quand elle arrive à Paris avec son mari américain et leur fille, Lumir n'est pas franchement détendue. Elle a fait le voyage pour fêter la sortie du bouquin de sa mère, mais si elle a précisément décidé de vivre à des milliers de kilomètres de Paris et de son petit milieu artistique, elle qui est pourtant du sérail puisque scénariste, c'est bien parce que les rapports avec ce monstre sacré n'ont jamais été des plus sereins. Qu'à cela ne tienne, Lumir va faire des efforts, nourrissant l'espoir secret de recueillir enfin quelques miettes d'un amour maternel jusque là resté avare. L'âge, l'écriture, l'introspection auront peut-être eu raison de ce cœur de pierre. Vaines espérances. Fabienne est fidèle à sa réputation : une femme au caractère bien trempé qui vit son métier comme une passion dévorante à côté de laquelle rien n'existe. Elle préfère mille fois avoir été une grande comédienne qu'une bonne mère ou une bonne compagne, et elle a passé l'âge des regrets… à moins qu'elle ne l'ait pas encore atteint.

Pourtant, son numéro bien rodé de diva autocentrée commence à connaître de furieux cafouillages. D'abord c'est son assistant particulier qui démissionne du jour au lendemain (peut-être a-t-il très moyennement apprécié de ne pas lire une ligne sur lui dans l'autobiographie), ensuite, elle voit bien qu'elle n'est plus tout à fait le centre de gravité de son prochain film, qui laisse la part belle à une jeune comédienne montante… que tout le monde présente comme la réincarnation d'une ancienne rivale, tragiquement disparue il y a plus de trente ans… C'est peut-être dans ces failles que Lumir va trouver sa place… quitte à réveiller vérités et mensonges anciens

CGR :film ciné club : mercredi 22 et lundi 27 10h45, jeudi 23 et mardi 28 13h45, vendredi 24 15h40, samedi 25 et dimanche 26 17h45

 
UNE BELLE EQUIPE      Réalisé par Mohamed Hamidi (avec  Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette, Sabrina Ouazani et encore bien d’autres acteurs interprétant les footballeuses et les maris de ces grandes sportives),
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Une Belle Equipe" est un film qui dépasse le simple football.Il évoque avant toute chose les rapports entre hommes et femmes. Confronté(e)s à une situation inhabituelle, chacun et chacune vont apprendre les uns des autres. Apprendre la difficulté de mener de front une vie de mère avec une carrière : les repas à préparer, le petit qu'il faut soigner quand il est fiévreux, la corvée des courses, les crises des tout-petits quand on passe au rayon céréales, se coucher la dernière après que tout soit rangé Pour l’autre, c’est d’enfin goûter au loisir, au plaisir, à la détente, à l’adrénaline du sport qu’elles ont toujours pu regarder à la télévision mais jamais vraiment toucher du bout du pied. Ce sport trop souvent pratiqué uniquement par les hommes. Certes, leurs maris perdent, mais dans leur esprit ils sont toujours à se battre pour gagner leur place de footballeur. Jusqu’au jour où les footballeurs en question, membres du SPAC (association de football), se voient interdits de terrain suite à une bagarre après un match. Une solution ? Intégrer des femmes dans l’équipe pour finir le reste de la saison.
Quand ni les jeunes, ni les retraités veulent ou ne peuvent venir intégrer la dite équipe, ce sont les femmes qui manifestent leur volonté de jouer au football. Une candidature qui pourrait sauver le club. Malgré l’opposition des hommes, qui trouvent ridicule de voir leurs femmes en shorts et maillots sur le terrain, les épouses vont enfin pouvoir jouer, non pas en dilettantes, mais en vraies professionnelles : leur heure de gloire a enfin sonné. Cette victoire, elles la veulent et elles n’en démordront pas.

Oui, le football est majeur dans le film, mais ce n’est pas pour autant qu’il soit la place centrale du scénario. Le réalisateur Mohamed Hamidi n’a pas voulu que les cinéphiles soient réticents à l’idée d’entrer dans les salles obscures pour visionner "Une Belle Equipe". Pour certains, rien que d’entendre le mot « football » cela leur procure des frissons dans le dos… Rassurez-vous, "Une Belle Equipe" ne se nomme pas "Un beau match" !
 
Il n’est donc pas totalement question du football. Disons que ce dernier est un sport qui réunit beaucoup de monde jusqu’à présent. Il y a toujours une équipe de football, un terrain pour y jouer, même dans les plus lointains villages de France. Mohamed Hamidi a donc voulu rassembler le plus de monde possible autour d’un thème, d’un sport éminemment populaire. Pourtant, dans le cas présent, le football n’est là que pour « accompagner » l’histoire, tant et si bien que nous pourrions, à partir des vies des personnages, créer une série à la suite du film.
 
"Une Belle Equipe" n’est pas à 100% dans le football, car le film n’exploite pas tant que ça la place des femmes dans ce sport, leur combat pour entrer dans l’équipe.  C’est en cela qu’il se différencie d’un film plus récent : Comme des garçons réalisé par Julien Hallard en 2018 avec Vanessa Guide, Max Boublil et Sarah Suco. Comme des garçons est un film qui s’est inspiré d’un fait historique : la création de la première équipe féminine de football en France à Reims. Il se déroule dans les années 1968 alors qu’Une belle équipe est une histoire actuelle.
Mohamed HAMIDI est d'ailleurs revenu sur les origines de son film :  « C’était plus que compliqué de faire un film sur le football féminin alors que Comme des garçons allait se faire. J’ai donc commencé à écrire et j’ai arrêté d’écrire pour écrire un autre film qui est "Jusqu’ici tout va bien" avec Gilles Lellouche et Malik Bentalha. Quand le film était en tournage, j’avais parlé à Kad Merad qu’il y avait un tournage sur le football féminin et effectivement mon film est contemporain et mon sujet c’est des filles qui jouent contre des garçons, mais Kad Merad m’a rappelé en me disant qu’il avait appelé les gens de la compagnie Mars Distribution et ils ont dit que "Comme des garçons" est un film historique.  Ce n’est pas du tout la même histoire, c’est sur la première équipe féminine, ce n’est pas la même époque. Je me suis donc remis à écrire après et j’ai donc eu beaucoup de réticence au début à faire ce film, mais quand j’ai vu "Comme des garçons", j’étais plutôt rassuré, car effectivement même si ce sont deux films qui tournent autour du football, ce n’est vraiment pas du tout la même époque, la même problématique. On est plus chez moi dans des problématiques contemporaines que des problématiques des années 1960. »Les films ne sont donc pas comparables. Effectivement, ils reprennent la même thématique : le football. Tous les deux ont des femmes qui veulent défendre leur place dans le football, mais Une belle équipe nous expose bien plus qu’une histoire de match. Mohamed Hamidi nous parle des relations familiales, de couples, de l’opposition des hommes face à leurs femmes qui veulent prendre leur place. Mais ce n’est pas pour les remplacer, qu’elles font cela. Elles aiment simplement le football et elles veulent sauver l’équipe fondée par leurs maris et à laquelle tous tiennent tant.
 
Le film nous montre ce que les hommes ne voient pas dans les actes de leurs femmes, s’engageant dans ce sport pour des raisons qui vont bien au-delà de l’amour pour le football qui est presque une excuse finalement. Nous sommes davantage dans une découverte entre hommes et femmes qui, jusque-là, vivaient dans l’incompréhension. Aussi, la ultime est-elle la suivante : dans ce village, où tout le monde a une place attribuée, où rien n’a jamais changé véritablement jusqu’à ce match de football féminin, le désaccord et la colère qui confrontent les hommes et les femmes, seront-ils enfin apaisés ?
Elisa Drieux-Vadunthun
CGR : mercredi 22 15h50, 22h30, jeudi 23 10h50, 16h, 18h, 22h30, vendredi 24 et mardi 28 10h50, 15h50, 17h55, 20h, 22h30, samedi 25 et dimanche 26 18h, 22h30, lundi 27 10h50, 18h, 22h30

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn  - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.
 
 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
CGR : Tous les jours 10h45, 13h30, 15h20 et 20h
 

UN VRAI BONHOMME

Benjamin PARENT - France 2019 1h30mn - avec Thomas Guy, Benjamin Voisin, Isabelle Carré, Laurent Lucas, Nils Othenin-Girard... Scénario de Benjamin Parent et Théo Courtial.

UN VRAI BONHOMMEUn vrai bonhomme, c’est sans doute ce que Tom rêve d’être. Un vrai bonhomme tout comme l’est son grand frère Léo : tellement beau, sportif, cool, parfait ! C’est ainsi qu’il l’idéalise, comme souvent le font les cadets, avant qu’ils s’affirment en prenant un peu de bouteille et tracent leur propre sillon. Il suffit en grandissant de quelques disputes, que les routes s’éloignent, que les caractères évoluent… pour gagner en recul, pour que la réalité prenne le pas sur l’idéalisation. Seulement, tout cela, ces fameuses disputes, elles n’auront jamais lieu entre Tom et Léo, le destin ne leur laissera pas le choix. Il suffira de quelques minutes d’inattention, d’un accident aussi bête qu’un autre… La peur de tout perdre, la peur de se perdre, celle-là même qui semble par la suite rapprocher aveuglément Tom de Léo, tel un couple d’aiglons inséparables. Désormais l’aîné semble s’atteler à la tâche de déniaiser son frérot, de le rendre aussi viril que lui-même, de lui apprendre tout ce qu’il sait. C’est une sorte de coach de vie qui prodigue des conseils d’une efficacité redoutable. Du premier coup d’œil il jauge, calcule, catalogue. Qui est stylé, qui sent la lose. Il connait tous les codes pour permettre à son puîné de s’intégrer sans encombre dans son nouveau lycée. Il lui apprend à faire partie des conquérants, des gagneurs. D’abord éviter les mal fringués, les boutonneux, ne même pas les calculer. S’intégrer au clan des beaux gosses, ceux qui ont le vent en poupe, les filles à leurs pieds. Pour cela adopter leurs attitudes, leurs manières, fussent-elles cavalières. Tom a beau tiquer un peu, après avoir testé quelques recettes de Léo, force est de constater que les résultats sont là. Il goûte au bonheur d’être enfin le centre de l'attention, même de son père qui soudain le regarde autrement. Jusqu’à la magnifique Clarisse, déjà tellement femme, qui ne semble plus indifférente. Il est aux anges ! Progressivement, tandis qu’il évolue, ses goûts semblent changer. Les posters de sportifs viennent remplacer les BD, les références à la littérature… Il abandonne derrière lui sa carapace de petit garçon et part à la conquête de sa nouvelle masculinité. Mais qu’est-ce au juste que la masculinité ?
Tout serait donc au mieux… Sans le petit hic qui dérange. Le caillou dans la chaussure, ou plutôt le cheveu sur la soupe puisque le hic s'appelle JB et qu'il porte les cheveux longs, bien trop longs pour faire partie des winners. Il a une drôle de bouille, toujours franc, plein d’humour, de bonne composition. Certes il ne brille pas devant les filles, certes il ne sera jamais le héros du bahut… Mais sa force est de rester lui-même, authentique, de refuser les injonctions contraires à sa nature profonde, sans chercher à paraître, et c’est tellement reposant. Il sait écouter, sans juger, avenant et serviable. Naturellement, une relation amicale, simple et profonde, va se tisser entre ces deux-là, dans les moments d’absence de Léo, contraire à tous ses enseignements. Évidemment, ce dernier l’aura mauvaise quand il le découvrira…

C’est un premier film ingénieux et subtil qui, avec une part de fantastique, nous déroute, vient interroger les clichés, questionner le virilisme, les carcans qu’il impose aux hommes et à leur entourage, les ferments du machisme. C’est le regard d’un homme sur sa place, la place des hommes dans la société, ce qu’ils s’imposent, ce qui leur est imposé. Une réflexion salutaire, rondement menée et sans discours. Isabelle Carré et Laurent Lucas incarnent avec justesse un couple de parents dépassés. Les adolescents Thomas Guy (Tom) et Nils Othenin-Girard (JB) offrent une interprétation criante de sincérité ; quant à Benjamin Voisin (Léo), il distille juste ce qu’il faut d’arrogance fragile pour être tout aussi sympathique qu’antipathique, avec la juste dose de toxicité indispensable à son rôle (Utopia)

Lorgues : mercredi 22 et samedi 25 16h, dimanche 26 21h10, lundi 28 13h

 

LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...

Comme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager. À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)  
 
Lorgues  : vendredi 24 17h, lundi 27 21h
Vox Fréjus : samedi 25 18h40, dimanche 26 13h45
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Lorgues : mercredi 22 17h45, dimanche 26 18h, lundi 27 15h45

Vox Fréjus : samedi 25 18h

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Au(x) cinéma(s) du 15 au 21 janvier 2020

Bonjour à tous !

Voici  venir une semaine riche en évènements cinématographiques . Ce dimanche 19 janvier aura lieu la soirée Entretoiles avec 2 films sur le thème "Destinées" avec à 18h Camille de Boris Lojkine,  émouvant portrait d’une jeune femme ­solaire, la photojournaliste Camille Lepage partie en Afrique pour chercher ­l’humanité, ce film  met en lumière l’histoire d’un pays toujours en proie à la guerre civile et  à 20h30 Les Eblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, une autre Camille, elle aussi. Entre les deux films vous retrouverez  comme d'habitude l'apéritif habituel auquel vous êtes  invités  participer en apportant un plat salé ou sucré.
Nous serons dans le hall dès 17h30 afin que de vous délivrer les nouvelles cartes d'adhésion pour l'année 2020.
 
Notez déja que le 26 janvier nous vous proposerons( si CGR nous confirme sa programmation)  le film chinois : Sejour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine. Pensez aussi à reserver  votre soirée  le dimanche 9 fevrier avec 2 fims: Le miracle du Saint inconnu et Talking about trees.
Dans le cadre du ciné club vous pourrez voir cette semaine à CGR Brooklyn Affaire  un film d'Edward Norton, un polar retors et languissant qui propose une réflexion passionnante sur le pouvoir. Le jeudi 16 Colibri vous convie à un ciné debat avec le film La Supplication de Pol Chrouchten d’après La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitchet et  dans la programmation classique 1917 de Sam Mendès qui retrace une histoire inspirée de celle de son grand père, dans la bataille des Flandres pendant la Première guerre mondiale ,
Les prochains films de ciné club seront La Verité, Le lac aux oies sauvages et les  filles du docteur March.
 
A Lorgues c'est le festival Telerama avec 9 films à l'affiche tous en V.O :Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma où la réalisatrice raconte avec une infinie délicatesse une histoire d'amour impossible sublimée par Adèle Haenel et Noémie Merlant, Le lac aux oies sauvages (aussi au Vox) de Diao Yinan, un polar décoiffant et magnifique, Douleur et gloire (aussi au Vox)le dernier film d'Almodovar , Le Traitre de Bellocchio, une oeuvre magistrale sur la mafia sicilienne An elephant sitting still, film de Hu Bo, long de près de quatre heures, labyrinthique, d'une ampleur digne des grands romans russes ou latino-américains, qui frappe par sa noirceur absolue et son portrait désespéré de la Chine contemporaine,Sibel  un beau film turc qui rappelle la grâce et le fougueux désir d'émancipation des filles de Mustang, Une grande fille(aussi au Vox) un film russe de Kantemir Balagov ou le cinéaste  dénonce, comme dans "Tesnota", son précédent film l'enfermement des femmes dans des cadres étriqués  et Dark Water un film américain qui traite de l'histoire vraie de  l 'avocat Robert Bilott qui dénonça, en 2016, les pratiques toxiques de l'entreprise chimique Dupont.
 
A Cotignac The light house  un film qui met en scène une histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare, La sainte famille, où sous ce titre ironique, l’acteur et réalisateur Louis-Do de Lencquesaing radiographie la famille dans tous ses états, Notre Dame deValérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne et Pour Sama  un documentaire de Waad Al Kateab qui apporte un témoignage bouleversant sur la vie quotidienne dans la Syrie en guerre.
 
Au Vox Martin Eden un film italien où Pietro Marcelo propose une lecture très libre du célèbre roman de Jack London et  réussit une adaptation lyrique qui dialogue avec notre époque, El Reino  de Sorogoyen  un thriller politique ultra tendu, mis en scène avec virtuosité,et Parasite la palme d'or 2020 à Cannes.
 
Voilà de quoi se régaler cette semaine au cinéma!
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

CAMILLE
Boris LOJKINE - France 2019 1h30mn VOSTF - avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Grégoire Colin, Bruno Todeschini, Mireille Perrier... Scénario de Boris Lojkine et Bojina Panayotova.
Le 12 mai 2014 en République Centrafricaine, Camille Lepage, 26 ans, photojournaliste, est tuée quelque part près de la frontière avec le Cameroun. Elle couvrait depuis plusieurs mois les conflits violents entre les groupes rebelles de la Séléka (musulmans pour la plupart et venus du nord du pays pour renverser le régime de François Bozizé en 2013) et les milices d’auto-défense anti-balaka (majoritairement chrétiennes). Camille était lumineuse, idéaliste, déterminée, passionnée et travaillait au plus près du terrain, entretenant un rapport humain très fort avec celles et ceux qu'elle rencontrait dans ce travail de photo-reporter qu'elle démarrait tout juste. Son credo : « Témoigner des conditions de vie des populations en souffrance, innocentes et oubliées dans les pays en conflit ».
 
Camille Lepage n'est plus, mais ses photos demeurent, témoins magnifiques et terribles d'un conflit sanguinaire et absurde comme le monde en a connu et en connaît tant, dans une indifférence quasi systématique de la communauté internationale, en particulier quand il s'agit du continent africain. Faire appel à la fiction n'était peut-être pas l'idée la plus simple pour retracer la vie et le travail de Camille Lepage, mais c'est pourtant le choix fort qu'a fait Boris Lojkine, confiant à la délicate et intense Nina Meurisse (déjà vue dans pas mal de seconds rôle mais qui porte ici le film sur ses épaules, avec un talent et une présence rares) la complexe mission d'incarner la jeune femme. Parce qu'il impose naturellement une distance avec la destinée de Camille dont il ne reprendra pas forcément tous les détails, parce qu'il offre aussi cet espace de liberté propre à la création et à l'interprétation, ce film rend finalement un très bel hommage à l'essence du travail de Camille Lepage et à la profonde humanité qui l'habitait.
 
Car Camille aime les gens, elle aime les écouter raconter leurs parcours de vie, elle aime se sentir proche d'eux, partager un repas, une conversation, échanger un regard. C'est cet appel de l'autre qui semble l'avoir poussée loin de sa zone de confort et de la France, cet appel du large et du voyage qui l'a fait choisir ce métier. Mais plus que tout, Camille est une idéaliste. Elle est convaincue que le témoignage qu'elle transmettra grâce à ses photos pourra faire changer le monde, le rendre plus juste, plus humain.
 
Quand elle arrive en République Centrafricaine, elle ne sait pas encore qu'elle va être happée par la force vive de sa jeunesse et par la tension extrême qui l’agite. Elle décide de chercher à comprendre le conflit en étant au plus près de ses protagonistes, dans un travail de fond qu'elle va mener avec courage et détermination. Comment rendre compte de l'horreur et garder la distance nécessaire au travail journalistique ? Comment témoigner sans prendre position ? Comment faire cohabiter l'intimité d'un regard qui puise sa source dans l'âme et le recul indispensable à son propre équilibre ? Comment photographier la folie de la guerre quand on aime les gens ? Plongée au milieu de la crise centrafricaine, Camille s’efforce de continuer à faire son travail sans céder au cynisme. Mais est-ce possible ?
 
Tourné en partie en République Centrafricaine, c'est un film bouleversant qui se voit aussi comme un récit d'initiation, qui vous happe et ne vous quitte pas, à l'instar des photos originales de Camille Lepage que le réalisateur a judicieusement placées dans le récit, comme une incursion brutale du réel, mais aussi pour nous donner envie de découvrir le remarquable travail de cette photographe engagée disparue prématurément.
 
CGR SOIREE ENTRETOILES  dim19/18h
 

LES ÉBLOUIS

Sarah SUCO - France 2019 1h39mn - avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, Céleste Brunnquell... Scénario de Sarah Suco et Nicolas Sihol.
 
La famille Lourmel a tout de la famille provinciale ordinaire. Une famille nombreuse, 4 enfants, assez traditionnelle et catholique. La fille aînée, Camille, 12 ans, se passionne pour ses cours de cirque où son professeur tente de faire sortir l’âme de clown qu’elle pourrait avoir en elle. Certes la maman, Christine, semble un peu dépressive et ostensiblement sévère, rechignant par exemple à ce que Camille prolonge les cours pour aller dormir chez des copines. Quant au père, Frédéric, il semble un chouia effacé ou résigné face aux exigences parfois injustifiées de son épouse. Et puis il y a la paroisse, mais rien d’extraordinaire à raconter sur elle, une paroisse menée par un curé charismatique et débonnaire que les fidèles appellent étrangement et affectueusement le berger, une paroisse dont les Lourmel suivent activement les activités, entre solidarité avec les personnes âgées ou les nécessiteux et repas dominicaux partagés. Le père, enseignant pas forcément épanoui dans son métier, et la mère, désœuvrée et neurasthénique, semblent trouver dans ces activités pastorales une certaine plénitude.
Puis, insensiblement, le poids de la communauté religieuse va se faire plus prégnant : le berger incite les parents à retirer Camille de son cours de cirque, sous prétexte qu’il lui enseignerait l’ironie et le culte excessif du corps ; puis il leur demande de venir vivre aux côtés d’autres frères et sœurs dans une grande maison communautaire adossée au presbytère. Progressivement se mettent en place tous les mécanismes de l’engrenage sectaire : éloignement des proches hostiles au choix religieux par le biais de procédés diffamatoires ; répétitivité des rituels parfois absurdes, exorcismes ou autres, notamment quand les fidèles bêlent de concert pour appeler la venue du « berger »…

La très chouette actrice Sarah Suco, découverte notamment dans les films de Louis-Julien Petit (Discount et Les Invisibles) passe ici derrière la caméra et elle n’a pas fait ce grand saut par hasard. Son film est d’ailleurs dédié à ses jeunes frères et sœurs car elle a dû vivre avec eux durant dix ans dans une communauté semblable et en a tiré l’authenticité de son récit. À aucun moment le film ne tombe dans la caricature, et le film décrit bien ces petits riens qui font basculer de la normalité à l’étrangeté voire pire. Les personnages des parents, remarquablement campés par Camille Cottin et Eric Caravaca, tout en ambivalence, évoquent les sentiments troubles, entre adhésion aveugle à la logique sectaire et amour sincère de leurs enfants. Face à eux, Jean-Pierre Darroussin est formidable en prêtre tour à tour bienveillant et franchement inquiétant.
Mais ce qui emporte l’adhésion, c’est la vision en permanence à regard d’enfant et par extension le regard autobiographique de la réalisatrice. On est d’autant plus impressionné que tout ce qui est décrit ne se passe pas au cœur d’une cellule djihadiste ou d’une section de raéliens en voyage cosmique, mais bien dans une communauté catholique, tout à fait autorisée, comme il en existe des centaines en France (il suffit de chercher sur internet le réseau de la communauté des béatitudes), alors qu’on estime qu’il y aurait chaque année dans notre pays entre 50 000 et 60 000 enfants victimes de dérives sectaires. Le film est non seulement palpitant mais aussi salutaire.  
 
  CGR SOIREE ENTRETOILES  dim19/20h30 
 

BROOKLYN AFFAIRS

(MOTHERLESS BROOKLYN) Edward NORTON - USA 2019 2h25mn VOSTF - Avec Edward Norton, Bruce Willis, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin, Willem Dafœ, Ethan Suplee, Cherry Jones, Bobby Cannavale... Scénario de Edward Norton, d'après le roman de Jonathan Lethem.
 
On pense inévitablement à Brian De Palma, ou encore aux adaptations des romans de James Ellroy, où s'entremêlent les intérêts mafieux et ceux des politiques et où pour les beaux yeux d'une femme ou simplement contre l'injustice, un héros, souvent anti-héros, se dresse contre ces forces présupposées toute puissantes et inatteignables.

New-York dans les années 1950. Lionel Essrog, détective privé, pas tout à fait conforme à l'idée que l'on s'en fait, puisque ce dernier souffre du syndrome de Gilles de la Tourette, enquête sur le meurtre de son mentor et unique ami Frank Minna. Ce dernier était le patron de l'agence de détectives privés dont fait partie Lionel et trois autres larrons qui se connaissent depuis l'orphelinat duquel les a sortis Franck. Une famille donc pour Lionel, handicapé par son syndrome qui lui fait débiter des insanités ou des suites de mots sans queue ni tête et l'affuble aussi de tocs irrépressibles. Mais il a pour lui de ne jamais rien oublier, de mémoriser tout ce qu'il voit ou entend.
Grâce aux rares indices en sa possession et à son esprit obsessionnel, il découvre des secrets dont la révélation pourrait avoir des conséquences sur la ville de New-York… Des clubs de jazz de Harlem aux taudis de Brooklyn, jusqu'aux quartiers chics de Manhattan, Lionel devra affronter l'homme le plus redoutable de la ville pour sauver l'honneur de son ami disparu. Et peut-être aussi la femme qui lui assurera son salut…

Tiré du roman éponyme de Jonathan Lethem, publié en 1999, le scénario d’Edward Norton fait passer la trame des années 1990 aux années 1950. La distance du temps n’empêche pas de penser au présent, le ton de certains propos n’étant pas loin de ceux tenus par Donald Trump. Sous couvert de film noir aux teintes vintage, le film est presque un manifeste politique : développement urbain mené au détriment des populations noires démunies, corruption, intimidation, meurtres…
Les années 1950, ce sont aussi, heureusement, des grandes années du jazz. Edward Norton prend le temps de tourner dans un club, donnant espace et temps à un quintette et aux solos de trompette. La musique est plus qu’une trame sonore, elle participe au suspense, et rend hommage aux polars de l’époque. Mais la grande star du film reste New-York elle-même. De Brooklyn à Harlem, des vues des ponts aux déambulations dans les rues, le film est une ode à cette ville. Dans la grande tradition des films noirs, ambiance jazzy, chapeaux mous et grands manteaux et privé au grand cœur, auquel manifestement Norton déclare ici son admiration et son amour, Brooklyn Affairs est une réussite du genre.  (utopia)
 
CGR CINE CLUB   mer15 et lun20/10h40     jeu16 et mar21/13h30    ven17/15h45   sam18 et dim19/17h45

 

LA SUPPLICATION

(Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse) Pol CRUCHTEN - Luxemboug 2016 1h26mn - Avec Dinara Drukarova, Iryna Voloshyna, Vitaliy Matvienko... Scénario Pol Cruchten, d’après La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch.
 
« … On nous a conseillé de travailler nos potagers avec des masques de coton et des gants de caoutchouc… Et un savant très gonflé est venu nous parler, au club du village. Il a prétendu qu’il fallait laver les bûches… A-t-on jamais entendu pareille chose ? »

Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature en 2015, a fait une plongée dans la souffrance et le courage, la générosité et l’humanité des « gens ordinaires » et nous a entraîné, dans son livre La supplication, au plus proche de ces personnes qui ont vécu et subi la catastrophe de Tchernobyl. Des vies, des amours, des familles qui ont vu leur quotidien anéanti par le plus improbable des désastres… détruit par cette chose quasiment invisible…
« Personne ne m’a raconté des choses semblables à celles que j’ai vécues » diront certaines victimes.

En reprenant de larges extraits du livre, en ne filmant pas que rouille et débris, en faisant appel à des comédiens tout en tournant sur les lieux du drame, en utilisant la voix off, le cinéaste donne un sentiment de concret mais aussi d’intemporalité qui fait que la souffrance d’hier et de là-bas peut être celle d’ici et d’aujourd’hui. Ce que dit le cinéaste Pol Crutchen à propos du livre est aussi vrai pour son film : « Il y a dans La supplication une matière qui touche en effet à l’universalité. Certes, la catastrophe de Tchernobyl est le sujet principal mais le livre parle aussi de nos peurs, de nos rêves, de nos croyances, de la nature, de l’amour… On touche à tous ces éléments qui définissent la condition humaine. »  (Utopia)
 
CGR  CINE Débat animé par Roland DESBORDES  jeu 16/20h
 

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn VOSTF - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.
 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
CGR    mer15/10h15  14h 19h40 22h10(vf) 16h45(v.o)   jeu16 et dim19 10h15  14h 16h45  22h10(v.f)  19h40(v.o)    ven17/14h  16h45  19h40  16h45  22h10(v.f)  10h45(v.o)   sam18 /10h45  14h  20h  22h10(v.f)          14h(v.o) lun10h45  14h  20h  22h10(v.f) 16h45(v.o)  mar21( 10h45  16h45  19h40  22h10  14h(v.o)
 
PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU
Écrit et réalisé par Céline SCIAMMA - France 2019 2h - avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luana Bajrami, Valeria Golino... Festival de Cannes 2019 : Prix du Scénario.
Étonnante Céline Sciamma, toujours là où on ne l’attend pas. Non par plaisir d’étonner la galerie, mais pour le bonheur de renouveler son style, de relever de nouveaux défis tout en creusant un peu plus ses sujets de prédilection. Rendre visibles les invisibles, celles en marge de la société et ici de l’histoire. La réalisatrice s’empare avec brio de la forme classique et la dépoussière, innove, lui rend sa spontanéité. Ce Portrait de la jeune fille en feu (quel titre !) éclaire différemment toute l’œuvre polymorphe de la réalisatrice. Il agit comme une épure. Une fois le côté effervescent, représentatif de notre période contemporaine gommé, ses musiques agitées éteintes, que reste-t-il du cinéma de Sciamma ? Ce nouvel opus, en costumes d’époque, qui s’impose sans strass ni paillettes, met en valeur la trame limpide qui le charpente. Mécanique implacable, puissante, méticuleusement travaillée. Rien n’est laissé au hasard, même le dossier de presse, qu’on vous encourage à télécharger sur le site du distributeur Pyramide, est passionnant. Tout témoigne d’un travail sans relâche, d’orfèvre, pour produire une œuvre merveilleusement ciselée. Tant est si bien que le Prix cannois du scénario est un brin réducteur. Et que dire de ses deux comédiennes, irradiantes, qui auraient largement mérité de partager un prix d'interprétation !

Nous sommes donc en 1770… Non loin des falaises, battues par les vents, qui surplombent l’océan, se dresse une imposante et austère demeure. Ce que l’on appelle traditionnellement une maison de maître, quand bien même la propriétaire en serait une maîtresse. Ici les distractions sont aussi rabougries que les plantes malmenées par les embruns marins. L'expression artistique, les fêtes y sont tout aussi clairsemées. Les rares instants de musique sont tant attendus qu’on en déguste la moindre note jusqu’à la lie quand elle passe à portée. On a le temps de guetter le temps qui passe, de regarder tomber chaque goutte de pluie.
Pourquoi venir se perdre dans cette contrée perdue, si ce n’est pour des raisons alimentaires ? Tel est le lot de Marianne (Noémie Merlant) qui vient de décrocher un travail de commande : faire le portrait de l’héritière de la famille, dans le but de la marier. Il faut resituer le contexte de l’époque : pas de réseaux sociaux, de skype, ni de photomaton… Il fallait bien avoir quelque chose à mettre sous l'œil du futur époux pour lui vanter les mérites et lui vendre la jeune donzelle qu’on lui proposait de prendre sous son aile ! Marianne, en tant que peintre à son compte, est aguerrie dans ce domaine. Elle n’est pas effarouchée de débarquer seule dans ce recoin oublié du monde. Et c’est-là une première originalité à l’écran : y voir une de ces femmes qui ont bel et bien existé dans un contexte où la quasi totalité de leurs contemporaines n’avaient pas le choix de leur destinée. Marianne, sans mari, ni maître, est une femme socialement libérée et ses rapports avec les autres le sont tout autant. Si elle est de rang inférieur à la comtesse qui lui commandite le portrait de sa fille, son statut indépendant lui octroie une véritable liberté de ton, et lui permet de l’aborder de femme à femme. Entre les deux, un marché secret est conclu : Marianne peindra en cachette le tableau, à l’insu d'Héloïse qui essaie avec ses maigres moyens d’échapper à son destin programmé et refuse de poser. Héloïse n’agit pas par caprice, mais par conviction profonde. C'est ce qui va rapprocher progressivement l’artiste et son modèle…

Quand Céline Sciamma s’empare d’un tel sujet, chaque plan devient comme un véritable tableau, la peinture devient l’ADN du film. Dans cet univers féminin, aucune protagoniste n’est laissée à l’abandon. Chaque personnalité est complexe, interagit avec les autres indépendamment des rapports de classe censés les corseter. La liberté a un prix, qu’il faut être prête à payer. L’enjeu impose alors de sortir de ses propres entraves. Au-delà du genre, ce film parlera à tous ceux, à toutes celles qui sont, ont été, seront amoureuses, amoureux, profondément…    (Utopia)
 
LORGUES    mer15/17H   lun20/21H

LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...
 Comme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager.
 

À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)  
 
LORGUES    mer15/19H05   lun20/19H
LE VOX     ven17/13h45    sam18/16h   dim19/15h35  lun20/20h

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Au(x) cinéma(s) du 8 au 14 janvier 2020

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord notez déjà le 19 janvier la deuxième  soirée Entretoiles de l'année avec 2 films  sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, une autre Camille, elle aussi.
 
Cette semaine à CGR dans le cadre du ciné club  on peut voir Chanson douce de  Lucie Borleteau,  un drame oscillant entre thriller psychologique et chronique sociale. Dans le cadre de la programmation normale ils nous proposent en avant premiere 1917 de Sam qui retrace une histoire inspirée de celle de son grand père, dans la bataille des Flandres pendant la Première guerre mondiale ,Gloria Mundi de Robert Guediguian, un film qui frappe fort et juste en montrant à quel point la rationalité économique, vouée à tout envahir, s’infiltre désormais jusqu’au nœud des relations familiales et Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un film fulgurant, un film choc et salutaire.
 
A Lorgues It must be heaven film de Elia Sueiman,un conte burlesque et sautillant, où le cinéaste continue d’observer silencieusement le monde tel qu’il vaJ'accuse le dernier film de Polanski une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d'un homme, sa réhabilitation mais aussi l'ambiance de l'époque et Les Envoutés, de Pascal Bonitzer  un suspense sentimental subtilement fantastique.
A Salernes(et aussi au Vox et à Cotignac)) le dernier film de Térence Malik Une vie cachée une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi.
 
Au Luc(et aussi au Vox) la Verité de Kore Eda : qui signe en France un film drôle et grinçant sur la famille.
 
Au Vox parmi les nouveautés  Les siffleurs un film roumain de Corneliu Poremboiu qui se  joue des archétypes des films de genre : noir, western, romance… tous les ingrédients sont là : vamp irrésistible, truands à la gâchette facile, flics ripoux, courses-poursuites, trafics illicites.Encore à l'affiche:Les filles du Docteur March, de Greta Gerwig, une fresque romanesque et un casting éblouissant, Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan, un polar décoiffant et magnifique et  Notre Dame de Valérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne,
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

CHANSON DOUCE

Lucie BORLETEAU - France 2019 1h40mn - avec Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz, Assya Da Silva... Scénario de Lucie Borleteau et Jérémie Elkaïm, d'après le roman de Leïla Slimani (Prix Goncourt 2016).

Le premier film de Lucie Borleteau (surprenant Fidelio) se passait en haute mer, soumis au roulis des vagues, nous voici avec Chanson douce pris au piège des montagnes russes de sentiments ambivalents. Heureux, désarçonnés, aux prises avec des inquiétudes (justifiées ?), ballotés au gré des changements de ton d’un film qui oscille délicieusement entre univers réaliste et ambiance gothique. Tous les acteurs excellent à nous plonger dans une trame narrative au charme maléfique, particulièrement Karine Viard, plus que jamais caméléon. Elle entre si bien dans la peau de son personnage qu’au fil de son évolution, elle devient presque méconnaissable physiquement, métamorphosée sans effets spéciaux, ni maquillage. Absolument bluffante, elle s’aventure en terrain inattendu, tour à tour sévère, marrante, bouleversante puis progressivement angoissante, animale. Côté intrigue, la réalisatrice innove en n'abordant pas le récit par le même bout que l’excellent roman de Leïla Slimani, tout en restant très fidèle à son esprit, son ambiance, son terreau sociétal cruel.

Cette nuit-là, un terrible cauchemar réveille Myriam (Leïla Bekhti), tellement réaliste qu’il lui a glacé les sangs. Mais les bras de son homme sont là, rassurants, ainsi que ses deux enfants, sains et saufs, dans la maisonnée aux couleurs joviales… Les idées sont donc vite remises en ordre : si on rêve de perdre son monde, c’est qu’on l’aime vraiment. Mais cela la renvoie aussi à son incapacité à rester plus longtemps dans ce rôle anxiogène de mère au foyer étouffant, sans autre horizon que couches et torchons. Les gazouillis de ses petiots, quand bien même elle les chérit, l’enferment dans un univers rétréci, son esprit, son intelligence n'y trouvent pas leur compte. Petite discussion entre époux… et c’est décidé : malgré les réticences de Paul, son mari, ils se résolvent à chercher une nounou.
Les entretiens d’embauche qui s’en suivent campent le décor, satirique. À travers eux on comprendra plus de la personnalité des deux parents, aspirants grands bourgeois, que des candidates elles-mêmes, pourtant pas piquées des hannetons. Dans les regards complices, parfois effarés ou moqueurs, que notre sympathique (?) couple de tourtereaux se lancent, transparaît déjà un certain mépris de classe. S’ils n’ont pas encore les revenus suffisants pour accéder au rang supérieur, ils en ont déjà intégré les manières condescendantes, tout en se voyant doux comme des agneaux. Rapidement il apparait qu’aucune bonne d’enfant n'a une chance d'être à la hauteur de leurs légitimes – se persuadent-ils – exigences et angoisses parentales. Ils sont presque prêts à lâcher l’affaire quand soudain, surgie telle une Mary Poppins des temps modernes, apparait Louise (Karin Viard), tenue maîtrisée, souriante, rigoureuse, douce, séductrice juste ce qu’il faut, parfaitement respectueuse et déférente. Coup de foudre immédiat, inespéré, unanime ! La perfection faite nounou, tellement incroyable qu’ils n’auraient jamais pensé pouvoir s’offrir ses services, ce qui flatte sans doute leurs egos. Une véritable gouvernante digne d’un comte dans un conte. Une fée marraine du logis, allant même au-delà de son rôle, comblant leurs attentes les plus secrètes, transformant l’appartement en havre de propreté, de sérénité, en jardin d’Eden… Un ange passe… Mais là où passent les anges, les démons ne sont pas loin… En attendant, Louise, adulée par les deux mômes qu’elle mène par le bout du nez, réussissant même à leur faire manger des carottes et des navets, leur devient vite indispensable. Une deuxième maman… Myriam, tiraillée entre son travail passionnant d’avocate et la culpabilité d’être moins présente, en deviendrait presque jalouse.

Bien sûr, la partition se délite progressivement en fausses notes, d’abord rares, comme accidentelles, mais on se prend à redouter que la musique devienne stridente, ne sachant plus trop sur quel pied danser… Plus rien ne sera sûr, ni le pire, ni le meilleur.  (Utopia) 
 
CGR CINE CLUB   Tous les jours/18h 
 
 

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn VOSTF - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
 
CGR AVANT PREMIERE       mar14/19h45 en VF
 
 
 GLORIA MUNDI

Robert GUÉDIGUIAN - France 2019 1h47mn - avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Desmoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet... Scénario de Serge Valetti et Robert Guédiguian. Festival de Venise 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride.

 
 
Gloria mundi s’ouvre sur une joyeuse naissance, une mise au monde. Mais quel monde exactement ? Gloria, qui vient de pousser ses premiers cris, esquisse également ses premiers sourires et, à cet instant-là, cette question perd de son importance. Le chômage, les guerres, le réchauffement climatique… soudain tout parait si lointain. L’essentiel, ce sont ces petits doigts de porcelaine fine qui essaient d’appréhender leur nouvel univers, ces lèvres délicates qui cherchent le sein de Mathilda (Anaïs Demoustier), la mère. C’est fou le pouvoir d’un si petit être. Autour d’elle, son père Nicolas (Robinson Stévenin) et ses deux grands parents Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) sourient benoitement, émouvants. Et là, en spectateurs avisés que vous êtes et qui suivez fidèlement les aventures de la famille élargie de nos Marseillais préférés, vous réalisez tout de suite qu’il en manque au moins un autour du berceau… Gérard Meylan, évidemment ! Justement le voilà qui toque à la porte de l'appartement banal et modeste de Sylvie et Richard, dans un immeuble sans grâce. Le prénom de Gérard dans ce film ? Daniel ! Son pedigree ? Repris de justice ! Voilà qu’il réapparait après un long temps d’incarcération. Il n’a pas besoin de se présenter à Richard, qui lui ouvre la porte. Ce dernier, sans l’avoir jamais vu, sait tout de suite qu’il a affaire à l’ex de sa compagne… Scène simple et belle, très belle parce que très simple… Mais la dévoiler serait pêcher, pas sûr que la Bonne Mère nous le pardonnerait !
Tour à tour on va découvrir les (petits) boulots de chacun. Richard est chauffeur de bus, occasion de revisiter Marseille en un road movie intramuros, d’apercevoir les conséquences des politiques d’aménagement de la ville. Sylvie se fait surexploiter sans mot dire avec d’autres gens de ménage dans une grande chaîne d’hôtels. Les nouvelles générations quant à elles cèdent de plus ou moins bon gré à la tentation de l’ubérisation ou à celle – plus lucrative a priori – des combines douteuses… Dans un monde qui se durcit, chacun développe sa stratégie de survie, tétanisé par la peur, renonçant à l’empathie…
Tout se déroule à la chaleur du midi, pourtant il y a quelque chose de glacial dans la vie des personnages, aux prises avec un des pires monstres que l’humanité ait enfanté : le capitalisme vorace (pléonasme ?). Ils font partie des sans-grade, de ceux qui galèrent et croisent dans la rue d’autres sans-grade qui galèrent encore plus. Pourtant cette fragile humanité ne perd pas sa dignité, même quand elle dégringole. Elle sort alors son arme secrète : la solidarité. La fraternité est loin d’être morte !
Robert Guédiguian est un cinéaste qui, avec les mêmes ingrédients, réussit à toujours nous surprendre. L’ensemble de son œuvre brosse une magnifique fresque, chronique humaniste de notre époque. Au fil du temps qui passe, on a plaisir à y retrouver la même troupe fidèle, à la voir évoluer, s’agrandir avec de petits nouveaux. Bonheur de voir les griffes du temps qui marquent les corps, les expressions du visage, la bonhommie et les rides assumées. C’est une part d’intime qui vogue vers les rives de l’universalité, tandis qu’une part de nous-mêmes sombre dans la Méditerranée pour trop avoir espéré un havre de paix. Ariane Ascaride, petite-fille d’immigrés italiens, est plus que jamais touchante et juste, tant dans son interprétation que dans son petit mot de remerciements quand le Jury de la Mostra lui remet un prix d’interprétation bien mérité qu'elle dédie aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l'éternité au fond de la Méditerranée ». (Utopia)
 
CGR :    mer8  ven10  mar14/15h50         jeu9 sam11 etlun13/13h40       dim12/11h

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

LES MISÉRABLES

Point de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR : Tous les jours à 17h50 et 20h

 
IT MUST BE HEAVEN

Écrit et réalisé par Elia SULEIMAN - France / Palestine 2019 1h27 VOSTF - avec Elia Suleiman, Tarik Kopty, Kareem Ghneim, Ali Suliman, Grégoire Colin Gael Garcia Bernal... Festival de Cannes 2019 : Mention spéciale du Jury • Prix Fipresci de la critique internationale.

C'est une œuvre singulière, secrète et accueillante, merveilleusement drôle en même temps qu'éminemment politique et offrant de multiples niveaux de lecture. Suleiman se moque de toutes nos contradictions – et des siennes. Il excelle dans le domaine de la dérision, de l’auto-dérision salutaire. Une fois de plus, le cinéaste interprète d'ailleurs lui-même son alter ego autant onirique que réel. Existe-t-il une part d’autobiographie dans le récit ? Quelle est la part d’affabulation ? Qu’importe ! Ce qui est vrai, c’est le regard décalé de l’artiste sur le monde, son art de l’extrapolation, servi par une mise en scène magistrale. Chaque cadre est un authentique bijou de composition, l’image est splendide, tirée à quatre épingles (il faut préciser que son directeur de la photographie est Sofian El Fani, celui de La Vie d’Adèle, de Timbuktu…).
Ça commence par une histoire à rebondissements autour d’un citronnier en Palestine. Alors qu’Elia vient de trier quelques vieilleries dans la maison encore endeuillée de sa mère et qu’il prolonge ses rêveries dans un verre de vin, son oreille est attirée par un bruit dans le jardin. Il surgit alors tel un suricate derrière la balustrade du balcon. Surpris, son voisin, qui s’était introduit en catimini dans le jardin maternel pour le dépouiller de ses citrons, se transforme en moulin à paroles comblant le silence laissé par Elia qui l’observe de ses grands yeux étonnés, son éternel chapeau vissé sur la tête. Entre deux épisodes à répétition de cette mésaventure qui va devenir de plus en plus croustillante, se grefferont une cascade de saynètes drolatiques : la cavalcade effrayante et risible d’hommes armés dans une rue déserte, le repas terne d’une jeune femme prise en sandwich entre un inénarrable duo de frères barbus…
Si le premier tiers de l’action prend vie dans la cosmopolite Jérusalem, elle va s’envoler finement vers d’autres capitales. Paris tout d’abord où notre homme mutique regarde passer des femmes irréelles, comme tombées de gravures de modes, un sans-papiers poursuivi par une horde de flics, un défilé du 14 juillet auquel une moto-crotte emboite le pas, un char orphelin déambulant de façon improbable, le ballet d’éboueurs noirs ou celui de touristes asiatiques… Paname sage comme une image de carte postale, vidée de ses citoyens, de sa substantifique moelle… Viendra ensuite le tour de New York, ses checks points, ses étals de légumes qui la font ressembler à un souk. Le bougre se joue des clichés, s’en gargarise, greffant des éléments ubuesques qui évoquent le fantôme de son pays. Chaque plan extrêmement chorégraphié nous parle en creux du conflit israélo-palestinien, dresse une critique inquiète de l’inflation sécuritaire, du climat de tension mondial.
Si on a pu croire un instant le scénario inexistant, il se révèle au contraire extrêmement bien ciselé jusqu’à faire transparaitre en filigrane une thématique puissante qui va relier ces paraboles contemporaines, tour à tour burlesques ou poétiques, entre elles. Avec une ténacité toute balzacienne, Elia Suleiman compose sa propre comédie humaine, caustique, désabusée. Ses mines taquines, incrédules, questionnent ce qu’on appelle nos civilisations. Elles mettent en relief la bêtise des hommes, leur sauvagerie, leur égoïsme. Chaque silence se fait éloquence, tandis que le cinéaste promène son regard sans parole sur un monde devenu fou qu’il réenchante malgré tout.
It must be heaven se traduit évidement par « ce doit être le paradis ». Le constat est cinglant : si tant est qu’il existe, il n’est pas sur cette terre. (Utopia)  
LORGUES     jeu. 09 janv. / 21h05      sam. 11 janv. / 18h          dim. 12 janv. / 18h0     lun. 13 janv. / 21h

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Au(x) cinéma(s) du 1er au 7 janvier 2020

EntretoilesBonjour à tous !
   
Tout d'abord, toute l'équipe d'Entretoiles vous souhaite à tous et à chacun une excellente année 2020, et en ce qui nous concerne, de surcroît, une année pleine de merveilleuses surprises cinématographiques !,Nous vous en proposons d'ailleurs une première tout de suite,  le 5 janvier, avec un film unique  Ne croyez surtout pas que je hurle,  de Franck Beauvais, un film comme il n'en existe aucun autre, un journal intime totalement hors normes, dont le journal Le Monde dit qu'il est un chef-d’œuvre ! 
Le 19 janvier, ce sera la 2ème  soirée Entretoiles, à 2 films celle-ci, sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, une autre Camille, elle aussi.
 
Au CGR cette semaine,  vous pouvez voir Gloria mundi  de Robert Guediguian, un film qui frappe fort et juste en montrant à quel point la rationalité économique, vouée à tout envahir, s’infiltre désormais jusqu’au nœud des relations familiales,et   Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un film fulgurant, un film choc et salutaire.
 
A Lorgues, cette semaine : Proxima d'Alice Winocour, un film intéressant sur les tiraillements affectifs et psychologiques liés à une profession hors du commun.
A Salernes, La belle époque de Nicolas Bedos, un brillant divertissement, et Hors normes d'Eric Toledano et Olivier Nakache , un film qui pose avec brio et énergie à la fois la question de l'engagement dans le travail et celle de l'accueil des handicapés dont personne ne veut.
Au Luc, J'accuse de Roman Polanski, une fresque virtuose sur l'affaire Dreyfus, qui donne à réfléchir, et  Une vie cachée de Terrence Malick une fresque lumineuse qui passe au peigne fin tous les mécanismes qui font basculer une démocratie dans une dictature(aussi au Vox)
 
Au Vox, à Fréjus, La vérité de Kore Eda : qui signe en France un film drôle et grinçant sur la famille, Les filles du Docteur March, de Greta Gerwig, une fresque romanesque et un casting éblouissant, Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan, un polar décoiffant et magnifique et  Notre Dame de Valérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne,
 
Bonne semaine de cinéma et à dimanche ! Nous serons dès 20h dans le hall de CGR pour ceux d'entre vous qui voudront renouveler votre adhésion.

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE

Écrit et réalisé par Frank BEAUVAIS - France 2019 1h15mn - Montage de Thomas Marchant.

NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLEEt si l’éclat créatif naissait des états intérieurs les plus sombres ? C’est ce qu’il est manifestement arrivé en 2016 à Frank Beauvais – auteur de cet autoportrait entre journal intime et chronique politique – alors qu’il vivait une douloureuse rupture sentimentale. Au départ de son compagnon, Frank Beauvais se retrouve seul dans l’appartement qu’ils occupaient tous les deux, reclus dans un village isolé d’Alsace jusqu’ici synonyme de sérénité et de proximité avec la nature. Sous l’effet du désarroi, les paysages se métamorphosent soudain en visions d’angoisse, la région ne dévoile que ses aspects les plus mornes, entre le conservatisme droitier de ses habitants et la raideur du climat hivernal qui s’installe. Sans emploi, sans permis de conduire, sans commerce de proximité, pas même un distributeur de billets à moins de deux heures de marche, ses contacts humains se réduisent à un déjeuner dominical en compagnie de sa mère et aux courses qu’il effectue au supermarché le plus proche deux fois par mois.
Commence alors une singulière traversée du désert : Frank s’enferme et noie sa solitude dans le visionnage compulsif des films en tout genre. Télévision, DVD, streaming, téléchargements sur internet, il voit tout ce qui lui tombe sous la main, des œuvres qu’il a toujours voulu voir aux trouvailles les plus improbables. Classiques muets, films de propagande soviétique, pinku, curiosités des années 70, cinéma underground : tout y passe. Frank se plonge dans le regard des autres pour ne pas avoir à faire à lui-même, bâtit littéralement des murs de films contraignant son espace vital au strict minimum.

C’est de cette expérience qu’il tire ce film construit exclusivement d’extraits de quelque 400 films parmi la masse de ceux qu’il a visionnés dans les six premiers mois de l’année 2016. Franck Beauvais a composé un travail de montage monumental, agençant à un rythme frénétique les images venues frapper sa rétine et qu’il recouvre en voix-off d’un texte absolument bouleversant. Le phrasé placide, la voix posée, Beauvais y décrit avec une lucidité surprenante son étrange état intérieur et sa vision d’un monde qui l’écœure. La France est en état d’urgence, les gouvernants entretiennent la peur, la population se replie sur elle. « Alors je ferme les volets, j’éteins les lumières et je retourne à mon écran, le lieu des obsessions magnifiques où les mirages de la vie se teintent de sublime ».
Faire un portrait intimiste sans en tourner la moindre image : voilà un tour de force qui n’a pourtant rien d’un exercice de style à destination du seul public connaisseur. Des objets, des gestes, des regards : il est quasiment impossible de reconnaitre la provenance des plans tant Beauvais n’en garde que des fragments furtifs, privés de leurs contextes d’origine. Beauvais ne cite pas, il s’approprie des images dont il en a extrait le suc, puis les fait dialoguer avec son texte par des effets de correspondance et de décalage. La splendeur du film est qu’il contient en lui le poison et son remède. Au creux de la dépression, les images n’étaient que des miroirs, des prisons, un moyen de s’abstraire du monde par incapacité d’y faire face. C’est pourtant grâce à elles que s’agence le processus de rémission dont le film est le dénouement. Ne croyez surtout pas que je hurle est l’expression d’un cri enfoui : un lent retour à la vie. (Utopia)

CGR Séance Entretoiles : dimanche 5 janvier 20h

GLORIA MUNDI

Robert GUÉDIGUIAN - France 2019 1h47mn - avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Desmoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet... Scénario de Serge Valetti et Robert Guédiguian. Festival de Venise 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride.

 
 
Gloria mundi s’ouvre sur une joyeuse naissance, une mise au monde. Mais quel monde exactement ? Gloria, qui vient de pousser ses premiers cris, esquisse également ses premiers sourires et, à cet instant-là, cette question perd de son importance. Le chômage, les guerres, le réchauffement climatique… soudain tout parait si lointain. L’essentiel, ce sont ces petits doigts de porcelaine fine qui essaient d’appréhender leur nouvel univers, ces lèvres délicates qui cherchent le sein de Mathilda (Anaïs Demoustier), la mère. C’est fou le pouvoir d’un si petit être. Autour d’elle, son père Nicolas (Robinson Stévenin) et ses deux grands parents Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) sourient benoitement, émouvants. Et là, en spectateurs avisés que vous êtes et qui suivez fidèlement les aventures de la famille élargie de nos Marseillais préférés, vous réalisez tout de suite qu’il en manque au moins un autour du berceau… Gérard Meylan, évidemment ! Justement le voilà qui toque à la porte de l'appartement banal et modeste de Sylvie et Richard, dans un immeuble sans grâce. Le prénom de Gérard dans ce film ? Daniel ! Son pedigree ? Repris de justice ! Voilà qu’il réapparait après un long temps d’incarcération. Il n’a pas besoin de se présenter à Richard, qui lui ouvre la porte. Ce dernier, sans l’avoir jamais vu, sait tout de suite qu’il a affaire à l’ex de sa compagne… Scène simple et belle, très belle parce que très simple… Mais la dévoiler serait pêcher, pas sûr que la Bonne Mère nous le pardonnerait !
Tour à tour on va découvrir les (petits) boulots de chacun. Richard est chauffeur de bus, occasion de revisiter Marseille en un road movie intramuros, d’apercevoir les conséquences des politiques d’aménagement de la ville. Sylvie se fait surexploiter sans mot dire avec d’autres gens de ménage dans une grande chaîne d’hôtels. Les nouvelles générations quant à elles cèdent de plus ou moins bon gré à la tentation de l’ubérisation ou à celle – plus lucrative a priori – des combines douteuses… Dans un monde qui se durcit, chacun développe sa stratégie de survie, tétanisé par la peur, renonçant à l’empathie…
Tout se déroule à la chaleur du midi, pourtant il y a quelque chose de glacial dans la vie des personnages, aux prises avec un des pires monstres que l’humanité ait enfanté : le capitalisme vorace (pléonasme ?). Ils font partie des sans-grade, de ceux qui galèrent et croisent dans la rue d’autres sans-grade qui galèrent encore plus. Pourtant cette fragile humanité ne perd pas sa dignité, même quand elle dégringole. Elle sort alors son arme secrète : la solidarité. La fraternité est loin d’être morte !
Robert Guédiguian est un cinéaste qui, avec les mêmes ingrédients, réussit à toujours nous surprendre. L’ensemble de son œuvre brosse une magnifique fresque, chronique humaniste de notre époque. Au fil du temps qui passe, on a plaisir à y retrouver la même troupe fidèle, à la voir évoluer, s’agrandir avec de petits nouveaux. Bonheur de voir les griffes du temps qui marquent les corps, les expressions du visage, la bonhommie et les rides assumées. C’est une part d’intime qui vogue vers les rives de l’universalité, tandis qu’une part de nous-mêmes sombre dans la Méditerranée pour trop avoir espéré un havre de paix. Ariane Ascaride, petite-fille d’immigrés italiens, est plus que jamais touchante et juste, tant dans son interprétation que dans son petit mot de remerciements quand le Jury de la Mostra lui remet un prix d’interprétation bien mérité qu'elle dédie aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l'éternité au fond de la Méditerranée ». (Utopia)
 
CGR : jeudi 2 17h50 et mardi 7 20h15

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

LES MISÉRABLES

Point de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR : Tous les jours à 22h15

PROXIMA

Alice WINOCOUR - France / Allemagne 2019 1h47 VOSTF - avec Eva Green, Zélie Boulant-Lemesle, Matt Dillon, Lars Eidinger, Sandra Hüller, avec la participation de Thomas Pesquet... Scénario d’Alice Winocour et Jean-Stéphane Bron.

PROXIMAIl ne sont sans doute pas très nombreux, de par le monde, les enfants qui peuvent écrire le jour de la rentrée, dans la case « profession des parents » : mère astronaute. Un métier qui paraît presque irréel, réservé aux histoires dans lesquelles on conquiert la lune à bord d'une fusée rouge, entre Jules Verne et Tintin. Pour Stella, l'espace est un sujet de conversation presque banal et elle connaît par cœur toutes les étapes avant la mise en orbite, comme une comptine qu'elle fredonne avec sa mère tous les soirs avant d'aller au lit… 5, 4, 3, 2, 1, décollage. Rien de plus normal avec un père astrophysicien et une mère astronaute, qui ont les yeux et le cœur rivés vers les étoiles. Et si ces deux-là ne s'aiment plus suffisamment pour vivre ensemble (la vie de couple étant peut-être bien trop terrienne pour eux), ils ont réussi à préserver pour leur fille ce trésor commun : une insatiable curiosité pour l'univers et ses secrets.
Mais un jour, il faut bien que Sarah parte au travail. Et là, les choses se compliquent car pour Stella, laisser maman partir bosser ne signifie pas s'en trouver séparée le temps de quelques heures de bureau, mais bien la livrer au grand vide intergalactique pour une année.
Sarah a en effet été choisie pour rejoindre l'équipe internationale de la mission scientifique Proxima (oui, la même que celle de Thomas Pesquet)… mais si c'est l'aboutissement de toute une carrière et la réalisation d'un rêve de petite fille, c'est aussi un déchirement, celui d'une mère qui va devoir quitter son enfant pour aller très très loin pendant très très longtemps, avec l'angoisse de ne peut-être jamais revenir sur terre. Pour Stella et Sarah, l'entraînement à cette nouvelle vie va alors commencer. Changer d'école. Tester son corps à des pressions ultimes. Vivre avec son père. Cohabiter avec un équipage exclusivement masculin. Essayer d'être moins nulle en maths. Maîtriser les bras robotisés de sa combinaison. Avoir peur de grandir sans maman. Culpabiliser de ne pas être là…
D'espace, il en sera question tout le temps… sans qu'il soit montré, le récit s'arrêtant là où le voyage spatial commence. Et c'est bien là toute la singularité de ce film mêlant l'intime et l'immensité : raconter comment des êtres au destin exceptionnel, s'apprêtant à vivre une expérience hors du commun, n'en demeurent pas moins terriblement humains. Alice Winocour raconte bien sûr avec précision tout le protocole et la préparation liés à la mission, filmant sur les lieux mêmes des centres de recherche (centre de l'Agence spatiale européenne à Cologne, Cité des étoiles en Russie, Cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan) mais son histoire est ailleurs : dans le tiraillement affectif et psychologique de cette femme qui veut à la fois être une bonne mère et accomplir en parfaite professionnelle la tâche immense qu'on lui a confiée, et dans la difficulté de cette toute jeune fille à être l’enfant d’une femme hors du commun.
Hommage à toutes les femmes qui assument crânement leur double vie familiale et professionnelle, Proxima porte dans sa sobriété un éclat émouvant. (Utopia)

Lorgues : jeudi 2 19h15, vendredi 3 et lundi 6 21h15, samedi 4 20h45

LA BELLE ÉPOQUE

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55 - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...

LA BELLE ÉPOQUE

La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…

Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit. (Utopia)

Salernes : jeudi 2 20h30 et dimanche 5 18h

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMES« Ces jeunes-là, personne n’en veut ». Ils sont « hors normes ». On les transbahute d’hôpital en hébergement médicalisé, on les balade de service psychiatrique en centre social. Les institutions dûment agréées par l’État se les refilent comme des patates chaudes, filtrant au passage ceux qui leur paraissent les plus gérables, les moins handicapés par leur pathologie, ceux dont ils peuvent espérer contrebalancer les déficiences. Mais les autres ? Pour les autistes diagnostiqués « lourds », rien n’est prévu – de fait, personne n’en veut. Ils sont la mauvaise conscience de la société, qui se détourne ostensiblement des enfants, de leurs parents, des soignants…
Les héros du film n’en sont évidemment pas. « Hors normes » suit l’action de deux bonshommes qui, sans cape de Batman ni collants fluo, font basiquement ce que leur conscience leur ordonne. Deux hommes simplement pétris d’humanité, prêts à tout donner, de leur temps, de leur énergie, de leur personne, pour que les derniers des laissés-pour-compte aient un lit, un accueil, une écoute, le minimum vital d’attention. Parce qu’il y a ces gamins autistes, dont personne ne veut et dont il faut bien, en définitive, que quelqu’un s’occupe. Parce qu’il y a ces autres gamins, qui viennent généralement d’au-delà du périph’, stigmatisés, racisés dit-on aujourd’hui, dont personne ne veut non plus d’ailleurs et qui s’imaginent condamnés à dealer et traîner leur inutilité sociale de leur lit à Pôle emploi. Au milieu de ce bazar, il y a donc Stéphane et Daoud. Aussi dissemblables que possible, chacun s’affairant dans une communauté dont on voudrait à toute force nous convaincre qu’elle serait antagoniste de l’autre (le film nous montrera évidemment qu’il n’en est rien, mais qui en aurait douté ?). L’un, Stéphane, est vieux garçon, juif pratiquant, et son célibat est comme le rocher sur lequel viennent inexorablement s’échouer les trésors d’inventivité que déploient les marieuses de son entourage pour lui trouver une âme sœur, quitte à écumer inlassablement les communautés juives des quatre coins de l’Hexagone. L’autre, Daoud, est musulman, mari et père aimant, d’une banalité exemplaire, plutôt bon vivant et rame pour trouver ne serait-ce qu’un peu de temps à consacrer à sa famille.

Daoud est le fondateur et la cheville ouvrière de l’association « Le Relais IDF », qui forme des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux, et tente en parallèle de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes difficiles, qu’on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Stéphane, lui, serait sans doute enclin à convoler avec les charmantes demoiselles que des âmes charitables lui présentent, s’il n’était pas de jour comme de nuit accaparé par « Le Silence des Justes », l’association qu’il tient à bout de bras, consacrée à l’accueil inconditionnel des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles.
Deux hommes, deux engagements pour la même urgence, la même humanité, qui se côtoient, se suivent, s’épaulent, intimement convaincus de la nécessité et de la puissance de l’action collective. Au-delà de leur portrait, c’est tout le petit peuple des travailleurs sociaux, des jeunes en rupture de banlieue, des autistes relégués au fin fond de l’indifférence des pouvoirs publics, que la caméra chaleureuse et bienveillante de Nakache et Toledano enveloppe dans le grand mouvement du film choral teinté d’humour qui, de Samba au Sens de la fête, reste leur meilleure marque de fabrique. Ils mettent en musique avec ampleur et générosité la difficulté d’être différent, d’être ostracisé, et prennent doucement le spectateur par la main pour affronter son propre regard sur le handicap. Sans une once de niaiserie ni de condescendance, mais en privilégiant toujours dans les hommes ce qu’ils ont de meilleur. On en sort ému, ragaillardi, et, concernant la place faite aux enfants autistes, la colère prête à exploser. (Utopia)

Salernes : vendredi 3 18h et samedi 4 20h30

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.
 
 
Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.

La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…

C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée»… (Utopia) 
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Le Luc : jeudi 2 20h, samedi 4 18h
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Le Luc : vendredi 3 20h, dimanche 5 18h

Vox Fréjus : mercredi 1er 19h45, vendredi 3 17h, dimanche 5 16h30

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Au(x) cinéma(s) du 18 au 24 décembre 2019

Bonjour à tous !
   
Voici le dernier mail de l'année ! Vous recevrez le prochain le 31 décembre qui vous invitera à notre 1ère soirée de l'année 2020, le 5 janvier, avec un film unique  Ne croyez surtout pas que je hurle,  de Franck Beauvais, un film comme il n'en existe aucun autre, un journal intime totalement hors normes, dont le journal Le Monde dit qu'il est un chef-d’œuvre !  Le 19 janvier, ce sera la 2ème  soirée, à 2 films celle-ci, sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, Camille, elle aussi.
 
Au CGR cette semaine, pas de film en ciné-club : vous pouvez voir quand même Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un film fulgurant, un film choc et salutaire, et A couteaux tirés de Rian Johnson, une savoureuse réinvention du polar à la Agatha Christie.

A Lorgues, cette semaine : Gloria mundi  de Robert Guediguian,(aussi au Vox) .un film qui frappe fort et juste en montrant à quel point la rationalité économique, vouée à tout envahir, s’infiltre désormais jusqu’au nœud des relations familiales, La belle époque de Nicolas Bedos, un brillant divertissement, et Little Joe de Jessica Hausner où l'injonction au bonheur tourne mal.
 
A Salernes, Donne moi des ailes de Nicolas Vanier, un beau message sur les oiseaux sauvages, touchant, poétique et utile !
Au Luc, Seules les bêtes de Dominique Moll  où le cinéaste  évoque avec une incroyable audace les ravages de la misère affective, la cruauté de l 'amour fou et la soif d'inverser les rapports de domination (aussi au Vox), et Les éblouis de Sarah Suco, qui nous montre la dérive sectariste d'une famille catholique "bien sous tous rapports".
 
Au Vox, à Fréjus, Notre Dame de Valérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne, Une vie cachée de Terrence Malick une fresque lumineuse qui passe au peigne fin tous les mécanismes qui font basculer une démocratie dans une dictature, Les envoûtés de Pascal Bonitzer adaptation d'une nouvelle d'Henry James qui interroge les frontières entre l'amour, la mort et la vie après la mort et The light house un film américain qui met en scène une histoire hypnotique et hallucinato