Le programme du 25 au 31 mars 2015

Entretoiles entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous,

Nous avons eu hier après midi mardi notre réunion avec le Maire, le directeur de CGR et la responsable de CGR Draguignan, les propriétaires des murs et nous, Entretoiles.
Le fait est qu'en l'état actuel des choses, le cinéma l'Eldo n'est pas rentable : il n'est pas certain que tous nos efforts fassent grandement changer le nombre d'entrées. De plus il y a des investissements coûteux à faire, pour les normes de sécurité essentiellement. Notre demande était principalement que CGR nous laisse du temps, à la fois pour essayer d'augmenter le nombre d'entrées et à la fois pour tenter de mettre sur pied une autre structure, associative par exemple, et donc sursoie à la fermeture. Richard Strambio, le Maire, nous a vigoureusement appuyés : on en est venus à formaliser la demande d'un sursis de six mois. Mais même, là-dessus, Monsieur Laborie, le Directeur du développement de CGR n'a pas voulu s'engager, arguant du fait qu'il fallait en référer à son PDG et qu'on aurait la réponse dans deux jours, soit vendredi. Il y a bien des risques que cette réponse ne soit différée que pour des raisons d'évitement et qu'il soit déjà acté que c'est : NON.

En tous cas, pour cette semaine, nous avons un foisonnement de films : 12 ! Est-ce le bouquet final ?  Dans les nouveautés, nous avons Loin de mon père, un film israélien poignant sur l'inceste, Réalité, une charge contre le système hollywoodien, et Hôtel Rwanda, un film terrible sur le génocide du Rwanda. dans les films qui restent à l'affiche, on peut toujours voir le film superbement ficelé L'Enquête, les tragiques histoires d'amour de Hope et de Coming Home,  la truculente comédie sociale Discount, le biopic de Tim Burton Big Eyes, le film d'horreur esthétisé It Follows, le documentaire sur les paradis fiscaux Le Prix à payerTimbuktu qui revient sur nos écrans après juste une semaine d'absence et l'éternel Whiplash...
Vendredi, on vous dira ce que l'Eldo devient !
Bonne semaine de films !


PROGRAMMATION DU 25 AU 31 MARS 2015

Réalité
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Réalité
Écrit, photographié, monté et réalisé par Quentin DUPIEUX
France / USA - 2014 - 1h27mn
avec Alain Chabat, Jonathan Lambert, Elodie Bouchez, Kyla Kenedy, John Glover, Eric Wareheim...
Ceux qui aiment les films de Quentin Dupieux se retrouveront en terrain connu, en pantoufles, à l'aise… Ceux qui détestent n'ont nul besoin de venir voir ce nouveau film qui ne les fera pas changer d'avis… Mais les incertains, les hésitants, ceux qui sont restés jusqu'ici au pas de la porte peuvent trouver avec ce Réalité la clé pour entrer dans l'univers barré de Dupieux, ne serait-ce que grâce à Alain Chabat, qui va leur servir de guide... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi 25 à 16h - jeudi 26 à 14h - vendredi 27 à 20h30 - samedi 28 à 18h - dimanche 29 à 14h - lundi 30 à 16h - mardi 31 à 20h30
Loin de mon père
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Loin de mon père
Réalisé par Keren YEDAYA
Israël / France / Allemagne - 2015 - 1h35mn
avec Maayan Turjeman , Tzahi Grad , Yaël Abecassis...
L’inceste est-il le dernier tabou du cinéma ? A en croire la réception critique du dernier film de Keren Yedaya au Festival de Cannes, où il a été présenté en 2014, tout porte à le croire. Pourtant, la réalisatrice israélienne, qui continue de prospecter le terrain de l’aliénation féminine après Mon trésor (2004), signe là une œuvre puissante et courageuse. Loin de mon père est adapté de Far From His Absence, écrit par la romancière israélienne Shez. Le livre décrit l’insoutenable emprise qu’un père, Moshe, exerce sur sa fille, Tami. Incapable de se libérer de cette relation, la jeune fille nourrit, à l’endroit de son géniteur, une telle dépendance affective qu’elle vit en recluse. Son monde se circonscrit à leur appartement, où, chaque jour, elle attend son retour. Maîtresse, épouse, esclave, Tami se dissout dans ce lien destructeur... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi 25 à 16h - jeudi 26 à 20h30 - vendredi 27 à 18h - samedi 28 à 20h30 - dimanche 29 à 16h - lundi 30 à 14h - mardi 31 à 18h
Hotel Rwanda
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Hotel Rwanda
Réalisé par Terry GEORGE
Royaule-Uni - 2005 - 2h01mn
avec Don Cheadle, Desmond Dube, Nick Nolte, Sophie Okonedo...
1994, la guerre du Rwanda éclate. Les rebelles Hutus commencent l’extermination systématique de leurs voisins d’hier, les Tutsis. Paul Rusesabagina, manager de l’hôtel des Mille Collines, ne pense qu’à sauver sa famille, mais décide quand même de prendre le risque d’héberger des centaines de Tutsis et Hutus modérés. La survie s’organise à l’intérieur de l’hôtel sous la pression constante du pire, que rien ne semble plus pouvoir empêcher. En effet, les casques bleus sont impuissants et le monde occidental se désintéresse du sort des Tutsis... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi 25 à 20h
Discount
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Discount
Réalisé par Louis-Julien PETIT
France - 2014 - 1h45mn
avec Olivier Barthélémy, Corinne Masiero, Pascal Demolon, M'Barek Belkouk, Sarah Suco, Pablo Pauly, Zabou Breitman, Francesco Casisa...
C'est une sorte de conte de Noël truculent, anar et jubilatoire. Particulièrement pertinent et réjouissant à l'heure du travail précaire (rappelez-vous, c'est Laurence Parisot, l'ex-patronne du MEDEF qui avait osé déclarer : « le travail, comme l'amour, est précaire »), du chômage de masse et des désillusions politiques. Un belle transposition de la légende de Robin des Bois, sans château ni forêt, où on ne sait même plus qui sont l'affreux shérif de Nottingham et ses sbires puisqu'ils ont le visage anonyme des actionnaires des grands groupes qui paupérisent de plus en plus les salariés pour garantir leurs dividendes. Ici point de Petit Jean ni de moine vengeur ou d'archer au grand cœur, mais des héros du quotidien, de simples employés d'un supermarché discount du Nord de la France, une de ces surfaces low cost où des consommateurs pauvres achètent à bas prix, parce que des salariés pauvres y travaillent pour des bas salaires dans des conditions de plus en plus aléatoires... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi 25 à 18h - jeudi 26 à 14h - vendredi 27 à 20h30- samedi 28 à 18h - dimanche 29 à 14h - lundi 30 à 16h - mardi 31 à 20h30
Big Eyes
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Big Eyes
Réalisé par Tim BURTON
USA - 2015 - 1h47mn - VOSTF
avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston...
20 après son premier biopic (sur le réalisateur loufoque Ed Wood) Tim Burton revient avec celui du couple Keane, Walter et Margaret qui sont probablement à eux deux la plus grande imposture de l’histoire de l’art. Nous voici dans le San Francisco des années 50-60, merveilleusement bien re-transcrit au niveau des décors, costumes, photo et couleurs en compagnie de Margaret qui vient de quitter son mari et tente de re-démarrer une nouvelle vie avec sa fille. Passant son temps à peindre des enfants avec des yeux disproportionnés, elle fait la connaissance d’un autre peintre Walter Keane, charmeur et à la verve…également disproportionnée... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi 25 à 16h - jeudi 26 à 20h30 - vendredi 27 à 18h - samedi 28 à 20h30 - dimanche 29 à 16h - lundi 30 à 14h - mardi 31 à 18h
It Follows
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It Follows
Écrit et réalisé par David Robert MITCHELL
USA - 2014 - 1h40mn - VOSTF
avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Jake Weary...
Grand Prix et Prix de la critique, Festival du film fantastique de Gérardmer 2015
Petit matin blafard dans une banlieue pavillonnaire américaine. Une jeune fille sort de chez elle échevelée, visiblement paniquée, pieds nus dans un déshabillé de soie. Elle court en zigzags erratiques, regardant derrière elle ; un voisin lui propose de l’aide, elle l’ignore, grimpe dans sa voiture, démarre en trombe. On la retrouve sur une plage au crépuscule, accroupie, livide, appelant son père au téléphone pour lui dire qu’elle l’aime, s’excuse d’avoir été si souvent pénible. Elle va mourir, elle le sait, elle est terrorisée. Qu’est-ce qui la suivait ? Qu’est-ce qui l’a tuée ? Mystère. Le « It », de It follows, n’est jamais visible que par celui qui est traqué. Existe-t-il ? Est-il un fantasme ?... lire la suite
CGR Eldorado : jeudi 26 à 20h30 - vendredi 27 à 18h - samedi 28 à 14h
L'Enquête
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L'Enquête
Réalisé par Vincent GARENQ
France - 2014 - 1h46mn
avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto, Florence Loiret-Caille, Eric Naggar...
Scénario de Vincent Garenq, Stéphane Cabel et Denis Robert d'après ses deux livres, L'Affaire des affaires et La Boîte Noire
Le film porte très bien son titre et commence comme le précédent opus de Vincent Garenq, Présumé coupable : l'arrestation par les gendarmes, au petit matin, d'un homme incrédule et sonné sous les yeux de sa famille. Un homme qui, comme le héros de Présumé Coupable croyait non seulement n'avoir rien à se reprocher mais pensait incarner un certain idéal de justice. Dans Présumé Coupable, c'était l'huissier Alain Marécaux, victime d'un des plus incroyables flops judiciaires de ces dernières années, la fameuse affaire d'Outreau. Ici le type menotté, c'est le journaliste et écrivain Denis Robert, un homme qui a cru, envers et contre tout, que la recherche de la vérité finirait par avoir raison des obstructions savamment orchestrées par la grande finance internationale et ses complices... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi 25 à 20h 30 - mardi 31 à 14h
Hope
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Hope
Ecrit et réalisé par Boris LOJKINE
France - 2014 - 1h31mn - VOSTF
avec Justin Wang, Endurance Newton, Dieudonné Bertrand Balo'o, Bobby Igiebor (tous les comédiens du film sont des non professionnels)...
L'ancien jeune philosophe Boris Lojkine est désormais un grand cinéaste de l'aventure humaine. Il passe aujourd'hui à la fiction et c'est une autre bouleversante aventure qu'il est allé tourner en Afrique. Car ce sont bien des aventuriers, des aventuriers en quête d'un futur meilleur pour eux et leurs proches restés au pays, qui affrontent aujourd'hui les rudesses du Sahara, les flots qui engloutissent les pirogues de fortune, qui essaient de franchir les murs infranchissables de notre Europe, les murs de barbelés de l'enclave espagnole de Mellila. Hope et Léonard sont de ceux là. Rien ne devait les faire se rencontrer : il est camerounais, elle est nigériane... lire la suite
CGR Eldorado : vendredi 27 à 14h - lundi 30 à 20h30
Le Prix à payer
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Le Prix à payer
Réalisé par Harold CROOKS
Canada - 2014 - 1h33mn - VOSTF
Documentaire écrit par Harold Crooks et Brigitte Alepin, d'après son livre
En ces temps de tourments économiques et sociaux qui, dans le monde entier, affectent brutalement les plus fragiles, voici un film salutaire et pédagogique qu'il faut montrer* à toutes celles et ceux qui sont persuadés de ne rien entraver à la complexité des règles économiques que nous subissons, sans avoir le plus souvent les outils pour les décrypter et encore moins les armes pour les combattre. Un film passionnant, antidote à la fatalité pour celles et ceux qui se résigne à croire que les inégalités et l'austérité sont les conséquences inévitables de la crise. Le documentariste Harold Crooks est parti enquêter, de la City de Londres jusqu'aux îles anglo-normande ou des Caraïbes en passant par le Luxembourg, sur les paradis fiscaux et sur les nouvelles pratiques des grandes firmes internationales pour échapper à tout impôt dans les états où elles génèrent leurs profits... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi 25 à 14h - dimanche 29 à 18h - lundi 30 à 18h
Coming Home
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Coming Home
Réalisé par ZHANG YIMOU
Chine - 2014 - 1h50 - VOSTF
avec Gong Li, Chen Daoming, Zhang Huiwen, Guo Tao... Scénario de Zou Jingzhi, d'après le roman Le Criminel Lu Yanshi, de Yan Geling.
On est heureux et très agréablement surpris de voir revenir Zhang Yimou, avec ce Coming home, à cette veine du drame social qui était si belle dans Qiu Ju, une femme chinoise (1992), dans lequel Gong Li incarnait une paysanne obstinée, bien décidée à défendre l'honneur bafoué de son mari devant les tribunaux compétents de la ville. L'action se situe ici pendant et après la Révolution culturelle. Feng Wanyu vit modestement de la couture et élève sa fille Dan Dan, brillante jeune danseuse qui espère vivement décrocher le rôle titre d'une comédie musicale révolutionnaire. On comprend vite que le mari et père, Lu Yanshi, est un de ces nombreux intellectuels emprisonnés par le régime pour déviationnisme petit bourgeois. Il va d'ailleurs réussir à s'échapper de son camp d'internement, ce qui va faire basculer la vie de la famille, avant d'être rattrapé... lire la suite
CGR Eldorado : samedi 28 à 14h - dimanche 29 à 20h30 - mardi 31 à 14h
Timbuktu
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Timbuktu
Réalisé par Abderrahmane SISSAKO
Mauritanie - 2014 - 1h37mn - VOSTF
avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara...
Scénario d'Abderrahmane Sissako et Kessen Tall
Une étendue de sable ocre inondée d’une lumière chaude et dorée… Paysage d’une beauté tranquille, comme une image de la paix… Légère, bondissante, cavale une gazelle agile. On devine à peine son regard de biche incomparablement fardé, souligné de noir par la nature. Séductrice malgré elle. Finesse et fragilité, force et vivacité… À peine a-ton le temps de l’admirer qu’on s’aperçoit que sa course est celle d’une bête traquée. Elle fuit ce monstre disproportionné, ce gros quatre-quatre et ses occupants armés jusqu’aux dents qui commencent à tirer… « Ne la tuez-pas, fatiguez-là ! » ordonne l’un d’entre eux. Pourquoi ? Jeu inéquitable ? Petite joie cruelle ? Quelle gloire remporte le fort à vaincre ainsi le plus faible désarmé ? Le rapport de force est sans surprise, les dés sont pipés. La victime n’a aucune chance face à ses prédateurs. Le ton est donné... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi 25 à 14h - jeudi 26 à 18h - dimanche 29 à 16h - lundi 30 à 20h30
Whiplash
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Whiplash
Réalisé par Damien CHAZELLE
USA - 2014 - 1h45 - VOSTF
avec Miles Teller, J.K. Simmons, Melissa Benoist, Paul Reiser...
Grand Prix et Prix du Public, Festivals de Sundance et du Cinéma américain de Deauville
« Avec Whiplash, je voulais réaliser un film qui ressemble à un polar à suspense – un film dans lequel les instruments de musique remplacent les armes à feu et où l’action se déroule dans une salle de répétition ou sur une scène de concert – et je voulais filmer chaque concert comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, une course-poursuite ou disons un braquage de banque. » Damien Chazelle. Un deux, un deux trois quatre… C'est l'histoire d'un jeune type têtu qui s'entête à tenir le tempo en tapant sur ses toms, un mec qui cogne en cadence et claque ses coups crescendo, de saccades en syncopes, grosse caisse, caisse claire... lire la suite
CGR Eldorado : dimanche 29 à 20h30 et lundi 30 à 18h



Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Réalité
RÉALITÉÉcrit, photographié, monté et réalisé par Quentin DUPIEUX
France / USA - 2014 - 1h27mn
avec Alain Chabat, Jonathan Lambert, Elodie Bouchez, Kyla Kenedy, John Glover, Eric Wareheim...

Ceux qui aiment les films de Quentin Dupieux se retrouveront en terrain connu, en pantoufles, à l'aise… Ceux qui détestent n'ont nul besoin de venir voir ce nouveau film qui ne les fera pas changer d'avis… Mais les incertains, les hésitants, ceux qui sont restés jusqu'ici au pas de la porte peuvent trouver avec ce Réalité la clé pour entrer dans l'univers barré de Dupieux, ne serait-ce que grâce à Alain Chabat, qui va leur servir de guide…

D'inspiration, toute proportion et toute révérence gardées, Buñuélienne, tendance Ange exterminateur, cette farce prend plaisir à emprisonner ses personnages dans une brume spatio-temporelle fort réjouissante. Du film dans le film, du rêve dans le rêve, le scénario multiplie les mises en abyme avec malice. Une quête volontiers dérisoire sert de ligne conductrice à cet enchâssement de récits : celle d'un producteur prêt à financer la réalisation d'un scénario quand son auteur – un cameraman un peu à côté de la plaque dont les ambitions de cinéastes semblent trop grandes pour lui – sera parvenu à enregistrer un gémissement de souffrance atroce capable de faire hurler les foules d'effroi (on pensera à la recherche du cri absolu par John Travolta dans le Blow Out de Brian De Palma)…

Tournée aux États-Unis, cette charge contre le système hollywoodien brocarde les mœurs de la profession avec une gourmandise communicative. Dépassant le stade de la pochade, le cinéma de Dupieux déploie ici sa singularité sans se renier, avec désormais une plus grande exigence d'écriture, déroule une mécanique jubilatoire, qui multiplie les références au cinéma bis, les emboîtements scénaristiques et linguistiques, les gags franchement drôles et… les grosses ficelles.
Il fallait toute la dinguerie d'Alain Chabat pour donner corps à cette petite folie cinématographique. Avec en filigrane son passé chez Les Nuls, il apporte son grain de folie douce, sa générosité bonhomme. Réflexion sur le cinéma, jeu scénaristique de haut vol, ce Réalité est bien plus qu'une bonne blague : un cadavre exquis d'une belle finesse. » (Positif)

PS : le cadavre exquis est un jeu collectif inventé par les surréalistes, « qui consiste à faire composer une phrase ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes. » (in Le Dictionnaire abrégé du surréalisme) La première phrase qui résulta de l'exercice fut celle-ci : « Le cadavre – exquis – boira – le vin – nouveau. » C'est elle qui a donné au jeu son nom…(Utopia)

CGR Eldorado : mercredi 25 à 16h - jeudi 26 à 14h - vendredi 27 à 20h30 - samedi 28 à 18h - dimanche 29 à 14h - lundi 30 à 16h - mardi 31 à 20h30

 


Loin de mon père
Loin de mon pèreRéalisé par Keren YEDAYA
Israël / France / Allemagne - 2015 - 1h35mn
avec Maayan Turjeman , Tzahi Grad , Yaël Abecassis...

L’inceste est-il le dernier tabou du cinéma ? A en croire la réception critique du dernier film de Keren Yedaya au Festival de Cannes, où il a été présenté en 2014, tout porte à le croire. Pourtant, la réalisatrice israélienne, qui continue de prospecter le terrain de l’aliénation féminine après Mon trésor (2004), signe là une œuvre puissante et courageuse.

Loin de mon père est adapté de Far From His Absence, écrit par la romancière israélienne Shez. Le livre décrit l’insoutenable emprise qu’un père, Moshe, exerce sur sa fille, Tami. Incapable de se libérer de cette relation, la jeune fille nourrit, à l’endroit de son géniteur, une telle dépendance affective qu’elle vit en recluse. Son monde se circonscrit à leur appartement, où, chaque jour, elle attend son retour. Maîtresse, épouse, esclave, Tami se dissout dans ce lien destructeur.
Documenté par les récits de femmes que la réalisatrice a rencontrées dans le cadre de ses activités associatives et militantes, le film explore de manière très réaliste les symptômes propres aux victimes d’inceste. Désordres alimentaires, repli sur soi, automutilations, affaiblissement de la volonté sont le lot de Tami. Mais, dans son refus du compromis, le film va plus loin encore, en exposant les scènes de sexe. On comprend que le spectateur puisse abdiquer à ce moment-là, tant leur idée même est insupportable. Keren Yedaya s’attaque à un interdit de représentation, ce que légitime son désir forcené de réalisme et son souci de témoigner au plus juste d’un terrible enfermement psychologique.

Et elle en paye le prix fort. Son film l’a exposée à des réactions d’une rare violence. On lui a fait le procès de la complaisance. A tort. On lui a reproché de négliger le cinéma, au profit d’un outil de prévention sur les violences faites aux femmes. Un argument, là encore, irrecevable. Le film permettra à coup sûr d’alimenter les débats sur cette douloureuse réalité, mais il appartient à la fiction. En tant que tel, il est habité par une vraie éthique de la mise en scène. Refusant, par exemple, de reproduire les mêmes rapports de force que ceux que subit son héroïne, Keren Yedaya a évacué la nudité, placé sa caméra à distance et enveloppé les corps dans une semi-pénombre.

Elle a aussi travaillé le contraste entre l’intérieur et l’extérieur et ciselé sa lumière pour dessiner les contours physiques de la prison de Tami. Sanctuaire qui vole en éclats le jour où son père y invite une « rivale ». Tami fugue, croise des garçons qui abusent d’elle sur une plage fréquentée, autre scène choc du film, inspirée d’un fait divers. Mais, dans son errance, la jeune fille rencontre surtout celle qui va l’aider à sortir de sa spirale nihiliste. Le processus de libération ne se fera pas sans heurts, ni renoncement. (Le Monde)

CGR Eldorado : mercredi 25 à 16h - jeudi 26 à 20h30 - vendredi 27 à 18h - samedi 28 à 20h30 - dimanche 29 à 16h - lundi 30 à 14h - mardi 31 à 18h

 


Hotel Rwanda
Hotel RwandaRéalisé par Terry GEORGE
Royaume-Uni - 2005 - 2h01mn
avec Don Cheadle, Desmond Dube, Nick Nolte, Sophie Okonedo...

1994, la guerre du Rwanda éclate. Les rebelles Hutus commencent l’extermination systématique de leurs voisins d’hier, les Tutsis. Paul Rusesabagina, manager de l’hôtel des Mille Collines, ne pense qu’à sauver sa famille, mais décide quand même de prendre le risque d’héberger des centaines de Tutsis et Hutus modérés. La survie s’organise à l’intérieur de l’hôtel sous la pression constante du pire, que rien ne semble plus pouvoir empêcher. En effet, les casques bleus sont impuissants et le monde occidental se désintéresse du sort des Tutsis.

L’histoire de ce film est née il y a trois ans, lors d’une rencontre entre Terry George et Paul Rusesabagina, qui lui a alors raconté son histoire. Une terrible histoire qui devait être révélée. Non seulement pour pointer un doigt accusateur envers les puissances occidentales qui, n’ayant aucun intérêt au Rwanda, ont refusé leur aide aux Tutsis, les condamnant ainsi au génocide que l’on sait, mais aussi et surtout pour témoigner de l’horreur qui se résume en deux fois deux chiffres. Cent jours pour un million de morts, ou un homme sauvant 1268 vies. Les faits retracés dans le film représentent à 90% les évènements qui se sont alors déroulés, Terry George ayant choisi de se concentrer sur l’évolution du personnage de Paul au milieu de ce drame plutôt que de représenter les faits sous un format proche du documentaire. En effet, le parti pris du réalisateur fut de minimiser les scènes de boucherie afin qu’un maximum de personnes puissent voir ce film. Il suffit de savoir que l’arme principalement utilisée par les Hutus était la machette et que les Tutsis furent massacrés un par un – un million de personnes - pour comprendre l’impossibilité de mettre des images sur un tel acharnement et une telle haine de l’autre. Cette haine qui fut nourrie dès les premiers instants par la radio Hutu, RTML, qui a joué un rôle déterminant dans le déclenchement du conflit. En effet, la propagande faisait rage et les rebelles étaient férocement incités, jour après jour, à éliminer les "cafards", des listes de noms étant citées à l’antenne pour les aider à trouver les Hutus modérés qui étaient considérés comme des Tutsis et exécutés sans pitié.

Le spectateur ressent une grande impuissance en sortant de la projection d’Hôtel Rwanda. De la colère également. Comment a-t-on pu laisser faire une chose pareille? Mais également comment se sentir coupable, ne sachant rien du drame qui se déroulait? Que vaut la vie d’un homme de nos jours quand elle n’a pas d’enjeu économique? A moins que ce ne soit une question de couleur? Beaucoup de questions qui pourtant n’auraient pas lieu d’être si d’autres n’avaient déjà été posées: pourquoi ce massacre? Pourquoi un tel acharnement, une telle bestialité? Les hommes ne seraient-ils que des animaux qu’il est tout juste bon de laisser s’entretuer? Tant qu’il y aura des hommes comme Paul Rusesabagina, la réponse sera non. La caméra de Terry George montre au spectateur comment au milieu de tant de bestialité, l’humanité d’un homme donne de l’espoir. Son film repose sur les épaules de Paul. Il était donc primordial que l’acteur choisi pour ce rôle puisse incarner cette humanité, cet héroïsme ordinaire. En Don Cheadle (Ocean’s Twelve), Terry George a trouvé l’acteur idéal et le spectateur se prend d’emblée d’affection et tremble de concert pour lui et sa famille. De même, Sophie Okonedo (Dirty Pretty Things), qui interprète Tatiana, la compagne de Paul, et qui fut sélectionnée pour l’Oscar du meilleur second rôle pour sa performance, ajoute une dimension extra humaine au drame qui se joue. Les deux acteurs ont réussi à transposer à l’écran la grande complicité qui unissait ce couple et qui fut si importante dans le déroulement des faits. Nick Nolte et Joaquin Phoenix complètent ce casting, le premier jouant l’impuissant chef des casques bleus et le second le caméraman américain traumatisé par les images qu’il ne pourra effacer de sa mémoire. Après le génocide du Rwanda, tout devait être mis en œuvre pour éviter qu’un tel drame ne puisse se réitérer et c’est pourtant ce qui arrive en ce moment au Congo et au Soudan

CGR Eldorado : mercredi 25 à 20h

 



Discount
DISCOUNTRéalisé par Louis-Julien PETIT
France - 2014 - 1h45mn
avec Olivier Barthélémy, Corinne Masiero, Pascal Demolon, M'Barek Belkouk, Sarah Suco, Pablo Pauly, Zabou Breitman, Francesco Casisa...

C'est une sorte de conte de Noël truculent, anar et jubilatoire. Particulièrement pertinent et réjouissant à l'heure du travail précaire (rappelez-vous, c'est Laurence Parisot, l'ex-patronne du MEDEF qui avait osé déclarer : « le travail, comme l'amour, est précaire »), du chômage de masse et des désillusions politiques. Un belle transposition de la légende de Robin des Bois, sans château ni forêt, où on ne sait même plus qui sont l'affreux shérif de Nottingham et ses sbires puisqu'ils ont le visage anonyme des actionnaires des grands groupes qui paupérisent de plus en plus les salariés pour garantir leurs dividendes.
Ici point de Petit Jean ni de moine vengeur ou d'archer au grand cœur, mais des héros du quotidien, de simples employés d'un supermarché discount du Nord de la France, une de ces surfaces low cost où des consommateurs pauvres achètent à bas prix, parce que des salariés pauvres y travaillent pour des bas salaires dans des conditions de plus en plus aléatoires. Salaire minimum, temps partiel, horaires décalés qui ruinent la vie de famille – ou la vie sans famille d'ailleurs –, tâches répétitives, ingrates et chronométrées, hiérarchie de fer et flicage sur le mode diviser pour mieux régner… Des gars et des filles de tous âges, qui tiennent parce qu'il faut continuer à faire bouillir la marmite familiale. Qui tiennent aussi parce que, entre les rayons ou même sur le bitume du parking où l'on arrose de détergent les produits périmés pour éviter que d'autres pauvres ne les barbotent, la chaleur humaine entre collègues est encore là.

Mais quand la direction, toujours soucieuse d'optimiser les profits, annonce une vague de licenciements suite à l'installation de caisses automatisées, c'est la goutte d'eau. Un petit groupe d'employés, refusant de se résigner, écartant l'idée d'une grève perdue d'avance, décident de prendre le taureau par les cornes, de se payer sur la bête une prime de licenciement légèrement majorée, tout en faisant profiter de leur acte de légitime défense d'autres précaires du coin : ils vont chouraver, progressivement pour ne pas se faire gauler, divers produits de première ou deuxième nécessité pour alimenter une épicerie solidaire clandestine. Ils pratiquent le court-circuit du profit au service du circuit court pour les démunis. Bien mieux que les banques alimentaires ou autres manifestations de charité venues d'en haut !
Grâce à un récit alerte et à des acteurs épatants, on suit avec un vrai plaisir cette joyeuse mutinerie dans la grande distribution. Mais même s'il choisit le parti de la fantaisie plutôt que celui de l'analyse, le film est d'une grande justesse quand il décrit les conditions de travail de ces employés de grandes surfaces, les techniques managériales malsaines imposées bon gré mal gré aux gérants de supérettes (le personnage de la directrice, incarnée par Zabou Breitman, est d'ailleurs montré comme une victime enfermée dans un système plutôt que comme un monstre patronal), le rôle des petits flics et autres vigiles qui font du zèle sur le dos de leurs collègues en difficulté. Mais a contrario, et c'est là qu'il gagne définitivement la partie,Discount exalte avec une chaleur non feinte la force de la solidarité, de l'action collective.

S'il y a des moralistes pour trouver que quand même, cette histoire est une incitation à la fauche, on ne les prendra pas suffisamment au sérieux pour leur asséner la formule de Pierre-Joseph Proudhon… Pour tous les autres, un conseil d'ami : venez rigoler avec Discount, ça ne peut pas vous faire de mal !

CGR Eldorado : mercredi 25 à 18h - jeudi 26 à 14h - vendredi 27 à 20h30- samedi 28 à 18h - dimanche 29 à 14h - lundi 30 à 16h - mardi 31 à 20h30

 


Big Eyes
Big EyesRéalisé par Tim BURTON
USA - 2015 - 1h47mn - VOSTF
avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston...

20 après son premier biopic (sur le réalisateur loufoque Ed Wood) Tim Burton revient avec celui du couple Keane, Walter (Christoph Waltz) et Margaret (Amy Adams) qui sont probablement à eux deux la plus grande imposture de l’histoire de l’art, comme nous l’indique l’affiche du film. Nous voici dans le San Francisco des années 50-60, merveilleusement bien re-transcrit au niveau des décors, costumes, photo et couleurs en compagnie de Margaret qui vient de quitter son mari et tente de re-démarrer une nouvelle vie avec sa fille. Passant son temps à peindre des enfants avec des yeux disproportionnés, elle fait la connaissance d’un autre peintre Walter Keane, charmeur et à la verve…également disproportionnée.
Se mariant rapidement, Walter va se faire le commercial des toiles de Margaret mais également proclamer qu’il est aussi le peintre, s’attribuant tout simplement son travail. Pris dans un engrenage et un succès fulgurant, à la merci de son mari qui est de plus en plus envahissant et autoritaire, Margaret continue de produire ses toiles dans le plus grand secret eu fur et à mesure que leur revenus augmentent…
Au-delà de l’histoire de cette tromperie, le film pose pas mal de questions quant à la valeur de l’art, le consumérisme notamment dans la période après-guerre mais qui résonne aussi de nos jours, la place de la femme dans une société patriarcale, sujet toujours d’actualités aussi, la réussite de ceux qui maîtrisent l’art de la parole ou de la communication alors que concrètement ils n’ont pas produit grand chose…Ou tout simplement : Qu’est ce que l’art ?
Si le film repose essentiellement sur ces 2 acteurs (et Johnny Depp n’est pas là ouf !) où Amy Adams mérite son Golden Globes de la meilleure actrice dans une comédie, on est loin des précédents Tim Burton…En effet Big Eyes est un biopic classique, qui si on le devine les thèmes soulevés sont chers au réalisateur, malheureusement il manque cette petite touche de folie voire de magie à laquelle il nous avait habituée. Le film présente quelques longueurs mais reste tout de même passionnant si en plus on ne connaît pas cette histoire basée donc sur des faits réels.
A savoir que Tim Burton est un grand amateur des toiles de Margaret Keane qui vit encore et passe la majorité de ses jours à peindre. Vous remarquerez d’ailleurs que dans plusieurs de ces films, quelques personnages ont également des yeux disproportionnés...Vous avez trouvez lesquels ?

CGR Eldorado : mercredi 25 à 16h - jeudi 26 à 20h30 - vendredi 27 à 18h - samedi 28 à 20h30 - dimanche 29 à 16h - lundi 30 à 14h - mardi 31 à 18h




It Follows
IT FOLLOWSÉcrit et réalisé par David Robert MITCHELL
USA - 2014 - 1h40mn - VOSTF
avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Jake Weary...
Grand Prix et Prix de la critique, Festival du film fantastique de Gérardmer 2015

Petit matin blafard dans une banlieue pavillonnaire américaine. Une jeune fille sort de chez elle échevelée, visiblement paniquée, pieds nus dans un déshabillé de soie. Elle court en zigzags erratiques, regardant derrière elle ; un voisin lui propose de l’aide, elle l’ignore, grimpe dans sa voiture, démarre en trombe. On la retrouve sur une plage au crépuscule, accroupie, livide, appelant son père au téléphone pour lui dire qu’elle l’aime, s’excuse d’avoir été si souvent pénible. Elle va mourir, elle le sait, elle est terrorisée. Qu’est-ce qui la suivait ? Qu’est-ce qui l’a tuée ? Mystère. Le « It », de It follows, n’est jamais visible que par celui qui est traqué. Existe-t-il ? Est-il un fantasme ? Cette séquence d’ouverture plonge d’emblée le spectateur dans une atmosphère de terreur blanche, d’autant plus anxiogène que la menace n’est pas montrée – elle finira par se dévoiler un peu, mais sans jamais cesser d’être floue, s’incarnant à chacune de ses apparitions dans un corps différent, plus ou moins délabré, reconnaissable à une déambulation lente et mécanique, proche de celle d’un zombie.

Très loin de la tendance sensationnaliste, hyper violente et gore, qui caractérise le genre fantastique/horreur aujourd’hui, It follows s’inscrit plutôt dans une tradition de la suggestion, héritière de Jacques Tourneur. Le film, c’est la première chose qui frappe, est d’une grande beauté. Ses partis pris – sophistication plastique des cadres où les adolescents apparaissent isolés, dans de grands décors déserts, légère phosphorescence des couleurs, importance de l’élément liquide, paysages sonores raffinés... – exaltent l’inquiétante étrangeté qui en fait le charme.
Après l’introduction, l’action se déporte sur d’autres personnages, issus de cette même zone périurbaine où la menace se répand comme une sale MST. David Robert Mitchell reprend le motif, classique dans le cinéma d’horreur, de la menace de mort qui s’abat sur les adolescents ayant eu un rapport sexuel, mais il lui donne un tour plus pervers qu’à l’accoutumée : pour se défaire de la malédiction, les victimes doivent coucher avec un nouveau partenaire, qui deviendra la proie à son tour…
Le mal prospère ainsi au fil d’une chaîne de séduction et de tromperie, créant une solidarité d’égoïsme et de lâcheté entre ceux qui le propagent. Ce mode opératoire évoque aussi bien la pratique sexuelle du barebacking (sexe sans protection), que le mécanisme des subprimes, ces contrats promettant monts et merveilles à des gens de peu, qui en ont entraîné tant dans la misère. Que le film se passe dans la périphérie de Detroit, fleuron de l’industrie américaine aujourd’hui en faillite, où la crise des subprimes a eu des conséquences particulièrement désastreuses, n’est pas anodin...

La malédiction qui s’abat sur les adolescents est autant sexuelle et psychologique que sociale et politique. Ses proies sont toutes issues de cette petite bourgeoisie blanche qui a déserté le centre-ville, l’abandonnant aux plus pauvres, aux Noirs, interdisant à ses enfants d’y mettre les pieds (c’est du moins ce que disent les personnages), comme s’il s’agissait d’une zone contaminée. Les adultes sont aux abonnés absents, comme si la société dépeinte ici, repliée sur son cynisme, son individualisme stérile, sa nullité politique, avait renoncé à exercer ses responsabilités. L’extinction de la malédiction passera par une remise en question de ce rapport au monde, une maturation morale des personnages qui prend la forme d’une purification, dans laquelle on peut aussi voir un baptême politique. (I. Régnier, Le Monde)

CGR Eldorado : jeudi 26 à 20h30 - vendredi 27 à 18h - samedi 28 à 14h




L'Enquête
L'ENQUÊTERéalisé par Vincent GARENQ
France - 2014 - 1h46mn
avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto, Florence Loiret-Caille, Eric Naggar...
Scénario de Vincent Garenq, Stéphane Cabel et Denis Robert d'après ses deux livres, L'Affaire des affaires et La Boîte Noire

Le film porte très bien son titre et commence comme le précédent opus de Vincent Garenq, Présumé coupable : l'arrestation par les gendarmes, au petit matin, d'un homme incrédule et sonné sous les yeux de sa famille. Un homme qui, comme le héros de Présumé Coupable croyait non seulement n'avoir rien à se reprocher mais pensait incarner un certain idéal de justice. Dans Présumé Coupable, c'était l'huissier Alain Marécaux, victime d'un des plus incroyables flops judiciaires de ces dernières années, la fameuse affaire d'Outreau. Ici le type menotté, c'est le journaliste et écrivain Denis Robert, un homme qui a cru, envers et contre tout, que la recherche de la vérité finirait par avoir raison des obstructions savamment orchestrées par la grande finance internationale et ses complices.

A la fin des années 1990, Denis Robert est depuis plus de dix ans un journaliste d'investigation du quotidien Libération. Il est devenu spécialiste de la corruption et du financement occulte des partis politiques. Il découvre un peu par hasard, en interviewant un de ses fondateurs luxembourgeois puis un de ses comptables, l'existence de la chambre de compensation financière Clearstream (autrefois Cedel), qui permet à des banques internationales et à leurs clients importants de dissimuler des transactions délicates. C'est de manière totalement indépendante, sans le soutien d'un journal, qu'il mènera l'enquête. Il dévoile ainsi dans un premier livre, Révélation$, tout un système dont multinationales et États profitent au détriment des citoyens. Les procès pleuvent sur la tête du journaliste et sa corporation, dans sa grande majorité, se montre circonspecte voire hostile, probablement frileuse face aux menaces judiciaires de Clearstream. Mais les révélations de Denis Robert intéresseront la commission parlementaire sur le blanchiment dirigée entre autres par le député Vincent Peillon. Se greffera par la suite une deuxième affaire, qui malheureusement éclipsera médiatiquement la première pourtant bien plus importante, celle des fichiers liés à l'affaire des rétro-commissions de la vente de frégates à Taïwan, fichiers falsifiés par le financier Imane Lahoud pour le compte de Jean Louis Gergorin, vice président du consortium militaire EADS, affaire qui verra la guerre entre Sarkozy et De Villepin finir en justice.
Le grand intérêt du film, c'est, à travers un thriller politico-financier, d'expliquer de manière limpide une affaire et un système qui semblent encore occultes au plus grand nombre, malgré tous les sujets télévisés réalisés à la va-vite. Vincent Garenq montre avec lucidité l'acharnement d'une justice manœuvrée par les moyens démesurés des services juridiques des multinationales concernées (Denis Robert fut à la fois poursuivi par Clearstream mais aussi par des banques d'affaires russes ou luxembourgeoises). Mais il épingle aussi la complicité d'une partie des médias.

Pour donner chair à cette histoire complexe, Vincent Garenq articule son film autour de trois personnages et trois acteurs remarquables : Gilles Lellouche – qu'on a rarement l'occasion de voir à Utopia vu les films qu'il choisit – est ici parfait de présence et de charisme dans le rôle du journaliste aventurier, parfois à la limite de la légalité. L'intégrité du juge Van Ruymbecke est parfaitement interprétée par l'excellent Charles Berling et la schizophrénie et le sens de la manipulation du financier Imane Lahoud sont bien rendues par l'étonnant Laurent Capellutto. Intelligent et efficace, passionnant à suivre, L'Enquête est une ode salutaire à la démocratie et à la justice envers et contre tous les petits arrangements du monde de la finance et de la politique.(Utopia)

CGR Eldorado : mercredi 25 à 20h 30 - mardi 31 à 14h




Hope
HOPEEcrit et réalisé par Boris LOJKINE
France - 2014 - 1h31mn - VOSTF
avec Justin Wang, Endurance Newton, Dieudonné Bertrand Balo'o, Bobby Igiebor (tous les comédiens du film sont des non professionnels)...

L'ancien jeune philosophe Boris Lojkine est désormais un grand cinéaste de l'aventure humaine. Dans Ceux qui restent (2001) et Les Ames Errantes(2005), il observait avec une immense générosité le parcours des hommes et des femmes qui, au cœur du Vietnam, trente ans après la guerre, recherchaient inlassablement, dans cette jungle qui avale la vie et la mort, les traces de leurs chers disparus et ne parvenaient pas à faire leur deuil. Il passe aujourd'hui à la fiction et c'est une autre bouleversante aventure qu'il est allé tourner en Afrique.
Car ce sont bien des aventuriers, des aventuriers en quête d'un futur meilleur pour eux et leurs proches restés au pays, qui affrontent aujourd'hui les rudesses du Sahara, les flots qui engloutissent les pirogues de fortune, qui essaient de franchir les murs infranchissables de notre Europe, les murs de barbelés de l'enclave espagnole de Mellila. Hope et Léonard sont de ceux là. Rien ne devait les faire se rencontrer : il est camerounais, elle est nigériane et, sur la route de l'exil, communautés ethniques et religions ne se mélangent pas, même si tous se retrouvent entassés dans le même camion brinqueballant, soumis au bon vouloir de passeurs cupides. Mais quand Hope, après avoir été abusée par des policiers algériens, est laissée pour morte, l'humanité de Léonard le pousse à sauver la jeune fille. Et pourtant cela ne l'enchante guère, car la malheureuse va inévitablement ralentir son voyage vers l'Europe et aussi contribuer à grignoter son maigre pécule… Entre eux, il n'est donc pas question d'amitié, encore moins d'amour, mais de donnant-donnant. Car la migration est un marathon pour la survie et le chemin est long, long, long jusqu'à l'Espagne…

Boris Lojkine concilie parfaitement un récit haletant, avec moult rebondissements, et une description aussi lucide que terrible d'un monde qu'on voit peu dans les films mettant en scène les immigrants. Il montre bien notamment leur vie dans les villes étapes d'Algérie ou du Maroc : on découvre ces ghettos organisés par nationalité (le ghetto camerounais, le ghetto nigérian, le ghetto guinéen…) sur lesquels règnent des « chairmen », souvent des petits mafieux qui pratiquent l'extorsion et utilisent les quelques femmes comme des objets marchandables à merci. L'homme est un loup pour l'homme si on l'avait oublié, et de la période de l'esclavage à aujourd'hui, la souffrance du peuple noir est largement nourrie par la complicité de certains Africains qui profitent de la détresse de leurs frères de sang. Mais heureusement le sursaut d'humanité de certains autres permet à la solidarité et à l'amour de reprendre le dessus et nous dit de ne pas perdre tout espoir.

Emaillé de moments cruels mais aussi de moments très beaux, comme ces échanges sur la colline qui surplombe Melilla avant que chacun ne tente sa chance à l'assaut des barbelés, le film de Boris Lojkine est profondément authentique, grâce en particulier à ses acteurs non professionnels, qui ont connu eux-mêmes les souffrances de leurs personnages, qui peuvent aussi être d'anciens petits truands comme celui qui incarne l'inquiétant chairman nigérian. D'ailleurs il n'y a pas de miracle au bout de l'aventure humaine et cinématographique : si le sort des deux remarquables Justin Wang et Endurance Newton s'est amélioré grâce au film, ils demeurent néanmoins des migrants espérant un avenir meilleur. (Utopia)

CGR Eldorado : vendredi 27 à 14h - lundi 30 à 20h30





Le Prix à payer
LE PRIX À PAYERRéalisé par Harold CROOKS
Canada - 2014 - 1h33mn - VOSTF
Documentaire écrit par Harold Crooks et Brigitte Alepin, d'après son livre

En ces temps de tourments économiques et sociaux qui, dans le monde entier, affectent brutalement les plus fragiles, voici un film salutaire et pédagogique qu'il faut montrer* à toutes celles et ceux qui sont persuadés de ne rien entraver à la complexité des règles économiques que nous subissons, sans avoir le plus souvent les outils pour les décrypter et encore moins les armes pour les combattre. Un film passionnant, antidote à la fatalité pour celles et ceux qui se résigne à croire que les inégalités et l'austérité sont les conséquences inévitables de la crise. Le documentariste Harold Crooks est parti enquêter, de la City de Londres jusqu'aux îles anglo-normande ou des Caraïbes en passant par le Luxembourg, sur les paradis fiscaux et sur les nouvelles pratiques des grandes firmes internationales pour échapper à tout impôt dans les états où elles génèrent leurs profits.

Harold Crook n'est pas un perdreau de l'année question journalisme et cinéma d'investigation. Bhopal en quête de justice, film qu'il a produit pour la télé canadienne, montrait le rôle criminel de l'industrie chimique dans une des plus terribles catastrophes industrielles et écologiques de l'histoire, qui provoqua plusieurs centaines de morts et des milliers de contaminations, à l'origine de malformations génétiques sur plusieurs générations. The Corporation, dont il a écrit le commentaire, montrait les ambitions dévorantes des multinationales… On voit que notre homme ne fait pas de cadeaux au capitalisme triomphant…
On ne pourra pas pour autant accuser ce film d'être un pensum gauchisant nourri exclusivement d'intervenants anticapitalistes notoires. A côté des militants de la transparence financière et d'économistes médiatiques comme Thomas Piketty, Harold Crooks a interrogé des représentants de la très officielle OCDE mais aussi retrouvé de nombreux acteurs plus ou moins repentis de la bulle financière des paradis fiscaux. Banquiers des îles Caïman et ancien vice-président de Goldman Sachs déballent ainsi de manière assez stupéfiante les petites combines fiscales des multinationales. Le documentaire revient aux origines, quand la City of London, Etat dans l'Etat au cœur du Grand Empire Britannique, créait aux lendemains de la guerre ces petits paradis offshore où les fortunes de leurs clients pouvaient s'exempter de l'impôt : Caïmans, Jersey, Iles Vierges… Mais c'est bien aujourd'hui que se déploient sans vergogne les grandes combines des géants comme Amazon, Apple ou Google pour externaliser leurs profits (tous les profits européens d'Amazon sont par exemple centralisés au Luxembourg), et ainsi échapper aux impôts nationaux : leurs basses manœuvres intéressent au plus haut point les commissions parlementaires britanniques ou américaines dont les auditions édifiantes émaillent le film de manière quasi cocasse.

Mais au-delà de l'aspect presque risible de l'arrogance affichée par les représentants de ces entreprises pratiquant l'évitement fiscal, c'est un drame économique et social qui se joue. Ce sont plusieurs millions d'euros ou de dollars qui manquent aux Etats nations, qui auraient dû être légitimement perçus, qui ne sont donc pas redistribués dans le cadre des politiques sociales, justifiant ainsi les cures d'austérité imposées aux différents états, entretenant par conséquent les inégalités croissantes. On est effaré au passage par l'incapacité des fiscalités nationales, archaïques et inopérantes faute de coopération internationale réellement efficace, à maitriser des flux financiers qui ne prennent plus que quelques secondes. Pourtant, comme le soulignent certains intervenants, les remèdes sont connus : harmonisation des politiques fiscales à l'échelle européenne, taxes même symboliques sur les transactions financières… Des mesures a minima, immédiatement décidables, afin que la démocratie cesse enfin d'être bafouée par certains acteurs du marché et que les Etats regagnent ce que l'on appelle à juste titre leur « richesse manquante », ou plutôt celle de tous.

CGR Eldorado : mercredi 25 à 14h - dimanche 29 à 18h - lundi 30 à 18h




Coming Home
COMING HOMERéalisé par ZHANG YIMOU
Chine - 2014 - 1h50 - VOSTF
avec Gong Li, Chen Daoming, Zhang Huiwen, Guo Tao... Scénario de Zou Jingzhi, d'après le roman Le Criminel Lu Yanshi, de Yan Geling.
Festival de Cannes 2014 : Grand Prix « Un certain regard »


On ne va pas s'en cacher, on n'attendait plus grand chose de Zhang Yimou, cinéaste chinois qu'on avait pourtant beaucoup aimé à ses débuts (Le Sorgho rouge, Ju Dou, Epouses et concubines, Vivre !). Mais il s'était depuis lancé dans la réalisation de super-productions historico-héroïques pour le moins indigestes, avant de se déconsidérer en acceptant servilement de coordonner la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, pour la plus grande gloire du gouvernement chinois…
On est donc heureux et très agréablement surpris de le voir revenir, avec ce Coming home, à cette veine du drame social qui était si belle dans Qiu Ju, une femme chinoise (1992), dans lequel Gong Li incarnait une paysanne obstinée, bien décidée à défendre l'honneur bafoué de son mari devant les tribunaux compétents de la ville.

L'action se situe ici pendant et après la Révolution culturelle. Feng Wanyu vit modestement de la couture et élève sa fille Dan Dan, brillante jeune danseuse qui espère vivement décrocher le rôle titre d'une comédie musicale révolutionnaire. On comprend vite que le mari et père, Lu Yanshi, est un de ces nombreux intellectuels emprisonnés par le régime pour déviationnisme petit bourgeois. Il va d'ailleurs réussir à s'échapper de son camp d'internement, ce qui va faire basculer la vie de la famille, avant d'être rattrapé.
Plusieurs années après sa libération et sa réhabilitation, la fin de la Révolution culturelle ne va pas pour autant être synonyme de bonheur et de renouveau pour la famille : Feng Wanyu semble totalement amnésique et ne reconnait pas son mari, s'obstinant chaque mois à aller à l'arrivée des trains attendre son retour alors qu'il est rentré depuis longtemps et qu'il vit tout à côté de chez elle…

Très beau récit sur l'amour brisé par les soubresauts de l'Histoire, Coming home est un film sans concessions sur les conséquences tragiques de la Révolution culturelle, période de tous les aveuglements, de toutes les paranoias qui brisèrent des familles entières, les enfants dénonçant leurs parents, vivant des années plus tard dans le secret et la culpabilité. Quelques scènes terribles sont symptomatiques : quand Lu Yanshi en fuite attend désespérément que sa famille lui ouvre la porte, ou quand la jeune Dan Dan est furieuse du retour de ce père qui risque de compromettre sa prometteuse carrière de danseuse… Mais en contrepoint, on est bouleversé par le repentir de la jeune fille ou l'abnégation de ce mari qui reste, année après année, voisin de sa femme qui ne le reconnaît plus, tentant de gagner son affection par des subterfuges. Et Zhang Yimou retrouve, comme dans ses meilleurs films, une élégance de mise en scène, une maîtrise de chaque plan, un souci du détail qui magnifient cette chronique déchirante.
Ironie de l'histoire pour Zhang Yimou, longtemps considéré comme cinéaste officiel du régime – et parallèle imprévu avec le sort de Dan Dan dans le film, recalée pour cause de père dissident – : malgré sa sélection au Festival de Cannes et son succès au box-office chinois, Coming home s'est vu écarté de la sélection aux Oscars, la Chine lui préférant pour la représenter le très tiède film franco-chinois Le Promeneur d'oiseau de Philippe Muyl. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'un des coproducteurs de Coming home est tombé en disgrâce politique et se retrouve menacé de poursuites judiciaires. Comme quoi les démons de la Chine dénoncés par le film ont encore de beaux jours sombres devant eux…

CGR Eldorado : samedi 28 à 14h - dimanche 29 à 20h30 - mardi 31 à 14h





Timbuktu
TIMBUKTURéalisé par Abderrahmane SISSAKO
Mauritanie - 2014 - 1h37mn - VOSTF
avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara...
Scénario d'Abderrahmane Sissako et Kessen Tall

Une étendue de sable ocre inondée d’une lumière chaude et dorée… Paysage d’une beauté tranquille, comme une image de la paix… Légère, bondissante, cavale une gazelle agile. On devine à peine son regard de biche incomparablement fardé, souligné de noir par la nature. Séductrice malgré elle. Finesse et fragilité, force et vivacité… À peine a-ton le temps de l’admirer qu’on s’aperçoit que sa course est celle d’une bête traquée. Elle fuit ce monstre disproportionné, ce gros quatre-quatre et ses occupants armés jusqu’aux dents qui commencent à tirer… « Ne la tuez-pas, fatiguez-là ! » ordonne l’un d’entre eux. Pourquoi ? Jeu inéquitable ? Petite joie cruelle ? Quelle gloire remporte le fort à vaincre ainsi le plus faible désarmé ? Le rapport de force est sans surprise, les dés sont pipés. La victime n’a aucune chance face à ses prédateurs. Le ton est donné.

La gazelle ouvre le bal, le bal des fous, le bal des intégristes. À la ville, à Tombouctou, il y a aussi des hommes armés et leurs cibles sont des gazelles humaines aux jolies formes, objets de leur concupiscence. Parfois elles ont la langue bien pendue, moins soumises qu’elles ne le devraient et, malgré la peur, elles osent tourner en dérision ces mâles conquérants. Il faut dire que ce n’est guère compliqué de se moquer de ces djihadistes autoproclamés et de leurs avalanches de règles stupides qu’ils peinent à faire respecter et à respecter eux-mêmes. Le pompon, c’est quand ils demandent à une poissonnière de mettre des gants en laine pour vendre ses poissons ! Le ridicule ne tue pas, on finirait presque par le regretter…

C’est avec un regard mi amusé, mi agacé, puis choqué, qu’on suit les pérégrinations de ces fanatiques, leur gaucherie. Les habitants les font tourner en bourrique. Parfois on rit à gorge déployée, ils sont pathétiques. On en oublierait presque à quel point ils peuvent être dangereux. Il faut les voir sortir de la mosquée, bredouilles, après s’être fait rappeler à l’ordre comme de mauvais garnements qui n’ont pas enlevé leurs chaussures ! « Dans la maison de Dieu, celui qui se consacre à la religion le fait avec sa tête et non avec les armes. »

De l’Islam, ces ignares ne connaissent ni la clémence, ni le pardon, ni la pitié. Ils ont transformé ce qui était un outil de paix en instrument de guerre pour asseoir leur domination sur tout un peuple. Un peuple qui n’a pour tout bouclier qu’une frêle lueur d’espoir contre l’obscurantisme, contre la violence brute et partiale, contre l’injustice que rendent ses tribunaux. C’est peu et pourtant… C’est sur cet espoir, si mince soit-il, que croît peu à peu le courage individuel, ferment d’un courage collectif à reconquérir. C’est cet espoir qui permet nombre d’actes forts et beaux comme une évidence, qui vous tirent parfois les larmes, vous bouleversent. Les destinées de cette humanité souffrante et résistante se croisent. Celle de cette femme vaudou qui s’est réfugiée dans une forme apparente de folie. Celle du pêcheur aux gestes larges. Celle de Kidane, de sa famille qui vivent non loin de là au cœur des dunes. Celle de leur vache nommée GPS, symbole d’une technologie qui n’arrive pas jusque-là… C’est une parabole des temps modernes, entre fable poétique et constat terrible. C’est beau, très beau, d’une beauté jamais gratuite. La splendeur des images sert toujours le propos, le rend plus poignant, mais l’allège également quand il reflète une réalité trop cruelle. Et la deuxième arme de Sissako, c’est l’humour – il fallait l’oser ! – jamais lourd, qui permet de reprendre sa respiration.

C’est un film profondément subtil, politique, humaniste. Une ode magnifiquement inspirée à la résistance, au courage des hommes, à celui des femmes surtout, qui ne font décidément pas partie des dominants.

CGR Eldorado : mercredi 25 à 14h - jeudi 26 à 18h - dimanche 29 à 16h - lundi 30 à 20h30





Whiplash
WHIPLASHRéalisé par Damien CHAZELLE
USA - 2014 - 1h45 - VOSTF
avec Miles Teller, J.K. Simmons, Melissa Benoist, Paul Reiser...
Grand Prix et Prix du Public, Festivals de Sundance et du Cinéma américain de Deauville


« Avec Whiplash, je voulais réaliser un film qui ressemble à un polar à suspense – un film dans lequel les instruments de musique remplacent les armes à feu et où l’action se déroule dans une salle de répétition ou sur une scène de concert – et je voulais filmer chaque concert comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, une course-poursuite ou disons un braquage de banque. » Damien Chazelle

Un deux, un deux trois quatre… C'est l'histoire d'un jeune type têtu qui s'entête à tenir le tempo en tapant sur ses toms, un mec qui cogne en cadence et claque ses coups crescendo, de saccades en syncopes, grosse caisse, caisse claire. C'est un film sur l'effort forcené d'un féru pour affûter la finesse de ses frappes sur les fûts, la répétition des roulements, la précision de leur déroulement, du plus lent au plus rapide et du plus rapide au plus lent. Et c'est au rythme trépidant d'un récit mené tambour battant que se bâtit l'itinéraire de ce débutant se battant pour abattre les obstacles l'empêchant d'être un batteur épatant.

Andrew est un apprenti batteur qui trime plus qu'il ne frime, passant souvent ses soirées en solitaire, perfectionnant son swing dans le sous-sol insonorisé du prestigieux conservatoire de jazz où il vient d'être accepté. Sans compromis ni demi-mesure, il a l'ambition démesurée de se mesurer aux meilleurs. Il s'acharne et s'accroche, s'échine sur des noires, croches, double-croches, répétant ses enchaînements jusqu'à en chasser la moindre anicroche. Et c'est justement lors de l'une de ces répétitions qu'il attire l'attention du professeur star de l'institution, celui pour lequel il a décidé son inscription mais face auquel il se laisse gagner par la tension, échouant de ce fait à cette première évaluation. À défaut d'avoir marqué des points, Andrew s'est tout de même fait remarquer, et quand le batteur de l'orchestre dudit professeur est débarqué, le voilà donc embarqué dans l'orchestre des cracks parmi les cracks, partagé entre la peur de craquer et l'espoir d'avoir enfin l'occasion de se démarquer. Sous la férule de Terence Fletcher, professeur féroce et terrifiant, fouillant au plus profond de ses fidèles la frénésie qui leur fera franchir leurs frontières physiques et psychiques, le néophyte Andrew devra faire fi de la fatigue et de la souffrance pour intensifier ses frappes et affiner son jeu. Car s'il découvre l'excitation et l'exaltation de s'exercer au sein d'un orchestre d'exception, il explore aussi les excès et les vexations exigés par la recherche exacerbée de l'excellence. Fletcher le pousse jusqu'à l'impasse, le tire jusqu'à la rupture, passant comme dans un tour de passe-passe de la confiance aux pires injures. Il est le maestro qui donne le la, Andrew le disciple cloué au sol. Mais l'envie de l'élève est si vive de devenir virtuose que les énervements et les revirements avivent sa volonté plutôt que de l'en dévier. Les regards désapprobateurs deviendront son moteur, Andrew vise comme bonheur d'être un grand batteur, à la bonne heure, il fera ce qu'il faut pour être à la hauteur.

Whiplash est un film qui file vite et frappe fort, une chronique unique des accrocs iniques entre un jeune loup ambitieux et un vieil ours odieux – les deux acteurs, le débutant comme le plus vieux, sont fabuleux. Il relate à un rythme haletant la réalité d'une relation complexe et extrême, accordant ses caméras à la cadence infernale d'un solo de batterie, sans temps mort ni répit, jusqu'au final en point d'orgue résonnant comme un énorme coup de cymbale après un morceau particulièrement enlevé et exceptionnel… whi… PLASH !

CGR Eldorado : dimanche 29 à 20h30 et lundi 30 à 18h




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358 chemin du peyrard
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