Le programme du 4 au 10 février 2015

Entretoiles entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

À nouveau une très belle semaine de cinéma ! Avec en nouveauté Qu'Allah bénisse la France du chanteur Abd Al Malik, qui vient à point nommé, en parallèle du magnifique Timbuktu qu'il faut courir voir si ce n'est pas déjà fait!  Et aussi Love is strange, film américain, sensible et attachant.
Il reste sur nos écrans Imitation gameWhiplash dans ce rapport terrible entre le maître et l'élève, Les nouveaux sauvages ou l'art de déclencher les pires catastrophes quand on perd les pédales, et Retour à Ithaque un film qui nous en dit très long sur une époque, un régime et sur l'âme humaine, avec très peu de moyens.
Voilà un bien joli programme !
Ceux qui ne l'ont pas encore fait peuvent noter sur leur calepin les 3 jours du "Cycle polar" la semaine prochaine les 13, 14 et 15 février : vendredi 13 à 20h : apéritif offert par la Mairie puis Sound of noise de Simonsson - samedi 14 à 18 h: Dans ses yeux de Campanella, puis apéritif dinatoire offert par Entretoiles, puis Metro Manila de Sean Ellis à 20h45. Et Neuf reines de Fabien Bielinski dimanche 15 février à 18h.
Si vous souhaitez recevoir ce billet directement dans votre boîte, envoyez un e-mail à entretoiles83300@gmail.com.
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...Allez au cinéma !!!

PROGRAMMATION DU 4 AU 10 FEVRIER 2015

Qu’Allah bénisse la France
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Qu'Allah bénisse la France
Réalisé par Abd AL MALIK
France - 2014 - 1h36mn
avec Marc Zinga , Zesau , Maxime Tshibangu...
Le titre annonce déjà ses intentions : faire vivre de concert l'islam et la France. Le rappeur reconnu Abd Al Malik retrace son itinéraire en adaptant lui-même son livre autobiographique. Il remonte à l'adolescence, lorsqu'il s'appelait encore Régis et vivait avec ses deux frères et leur mère dans un quartier difficile de Strasbourg, le ­Neuhof. Un univers plombé, sans autre issue que le rap, porteur d'énergie et d'espoir, et la délinquance, moyen de subsistance et d'intégration à un groupe. Régis (interprété par Marc Zinga) a la chance d'aimer les mots, la littérature. Le jour, il est bon élève, la nuit, il deale. Une double casquette difficile à porter longtemps.... lire la suite
CGR Eldorado : jeudi et lundi 14h - dimanche 18h30 mercredi, vendredi, samedi, mardi 20h30
Love is Strange
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Love is Strange
Réalisé par Ira SACHS
USA - 2014 - 1h35mn - VOSTF
avec Alfred Molina, John Lithgow, Marisa Tomei, Charlie Tahan, Cheyenne Jackson, Manny Perez, Darren Burrows...
Scénario d'Ira Sachs et Mauricio Zacharias
C'est un très beau, très doux et très déchirant film d'amour, dont les protagonistes formidablement attachants sont deux hommes plus tout jeunes, qui ne perdent pas leur temps à le camoufler. George et Ben sont respectivement maître de chorale et peintre dilettante, douillettement installés dans un appartement coquet de l'East Village. Après 39 ans de vie commune, ils viennent de se marier et de décider d'un petit voyages de noces européen. Mais George n'a pas anticipé la réaction de son employeur, une vénérable institution catholique qui, sous la pression de parents scandalisés par le mariage homosexuel d'un des enseignants, se sent obligée de le licencier malgré plusieurs décennies de bons et loyaux services... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi, samedi, mardi 14h - dimanche 16h-jeudi, vendredi 18h - lundi 20h30
Imitation Game
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Imitation Game
Réalisé par Morten TYLDUM
Royaume-Uni / USA - 2015 - 1h54mn - VOSTF
avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode...
A la fois thriller historique, biopic épique et drame intime, Imitation Game, façonné pour gagner des Oscars et séduire le grand public, n’en est pas moins un film intelligent et captivant.
1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.
.. lire la suite
CGR Eldorado : dimanche, lundi 16h - mercredi, vendredi, samedi, mardi 18h - jeudi 20h30
Timbuktu
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Timbuktu
Réalisé par Abderrahmane SISSAKO
Mauritanie - 2014 - 1h37mn - VOSTF
avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara...
Scénario d'Abderrahmane Sissako et Kessen Tall
Une étendue de sable ocre inondée d’une lumière chaude et dorée… Paysage d’une beauté tranquille, comme une image de la paix… Légère, bondissante, cavale une gazelle agile. On devine à peine son regard de biche incomparablement fardé, souligné de noir par la nature. Séductrice malgré elle. Finesse et fragilité, force et vivacité… À peine a-ton le temps de l’admirer qu’on s’aperçoit que sa course est celle d’une bête traquée. Elle fuit ce monstre disproportionné, ce gros quatre-quatre et ses occupants armés jusqu’aux dents qui commencent à tirer… « Ne la tuez-pas, fatiguez-là ! » ordonne l’un d’entre eux. Pourquoi ?... lire la suite
CGR Eldorado : mercredi, jeudi, dimanche, lundi 14h - samedi, lundi 18h - dimanche 18h15 - mercredi, vendredi, mardi 20h30
Retour à Ithaque
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Retour à Ithaque
Réalisé par Laurent CANTET
France / Cuba - 2014 - 1h35mn - VOSTF
avec avec Isabel Santos, Jorge Perugorria, Fernando Hechavarria, Nestor Jimenez, Pedro Julio Diaz Ferran...
Scénario de Leonardo Padura et Laurent Cantet, avec la collaboration de Lucia Lopez Coll
Que vous connaissiez en détail Cuba ou que vous en ignoriez presque tout, Retour à Ithaque vous fait pénétrer au plus profond des entrailles de la Havane, de ses histoires, de son Histoire. Laurent Cantet réalise là une œuvre de haute volée, avec la connivence du remarquable écrivain, donc conteur, qu'est Leonardo Padura. Et les regards des deux complices se complètent à merveille. Celui du Cubain qui ouvre l'intimité de son pays, celui du Français curieux qui l'asticote jusque dans ses plus profonds retranchements. C'est non seulement avec vos yeux, vos oreilles et votre cerveau que vous allez vivre cette ville, mais vous allez la goûter aussi avec tous vos sens... lire la suite
CGR Eldorado : samedi 14h - mercredi 16h - jeudi, mardi 18h - lundi 18h15 - dimanche 20h30
Whiplash
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Whiplash
Réalisé par Damien CHAZELLE
USA - 2014 - 1h45 - VOSTF
avec Miles Teller, J.K. Simmons, Melissa Benoist, Paul Reiser...
Grand Prix et Prix du Public, Festivals de Sundance et du Cinéma américain de Deauville
« Avec Whiplash, je voulais réaliser un film qui ressemble à un polar à suspense – un film dans lequel les instruments de musique remplacent les armes à feu et où l’action se déroule dans une salle de répétition ou sur une scène de concert – et je voulais filmer chaque concert comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, une course-poursuite ou disons un braquage de banque. » Damien Chazelle. Un deux, un deux trois quatre… C'est l'histoire d'un jeune type têtu qui s'entête à tenir le tempo en tapant sur ses toms, un mec qui cogne en cadence et claque ses coups crescendo, de saccades en syncopes, grosse caisse, caisse claire... lire la suite
CGR Eldorado : vendredi; dimanche , mardi 14h - mercredi, lundi 16h - jeudi, samedi 20h30
Les Nouveaux sauvages
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Les Nouveaux sauvages
Réalisé par Damián SZIFRON
Argentine - 2014 - 2h - VOSTF
avec Ricardo Darín, Leonardo Sbaraglia, Erica Rivas, Julieta Zylberberg, Diego Gentile...
Amphore d'Or au Fifigrot 2014
Les Nouveaux sauvages, c'est le film furieusement poil à gratter qui ne cesse de surprendre et de faire hurler de rire le public de tous les festivals dans lesquels il est programmé depuis sa sélection cannoise, la comédie jubilatoire qui vient de devenir le film le plus vu depuis plus de trente ans dans son pays d'origine, l'Argentine – le film a d'ores et déjà été choisi comme représentant argentin aux Oscars, espérant ainsi renouveler, cinq ans après et dans un registre tout à fait différent, le triomphe de Dans ses yeux, déjà interprété par l'incontournable et irrésistible Ricardo Darín. Et si nous pouvons vous assurer que ce succès est amplement mérité, il est tout de même surprenant.... lire la suite
CGR Eldorado : vendredi 14h - mercredi 18h - dimanche, lundi 20h30



Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Qu'Allah bénisse la France
Qu'AllahRéalisé par Abd AL MALIK
France - 2014 - 1h36mn
avec Marc Zinga , Zesau , Maxime Tshibangu...

Le titre annonce déjà ses intentions : faire vivre de concert l'islam et la France. Le rappeur reconnu Abd Al Malik retrace son itinéraire en adaptant lui-même son livre autobiographique. Il remonte à l'adolescence, lorsqu'il s'appelait encore Régis et vivait avec ses deux frères et leur mère dans un quartier difficile de Strasbourg, le ­Neuhof. Un univers plombé, sans autre issue que le rap, porteur d'énergie et d'espoir, et la délinquance, moyen de subsistance et d'intégration à un groupe. Régis (interprété par Marc Zinga) a la chance d'aimer les mots, la littérature. Le jour, il est bon élève, la nuit, il deale. Une double casquette difficile à porter longtemps.

Avec son noir et blanc contrasté, ses cadrages graphiques, ses joutes oratoires incessantes, le film est une sorte de petit frère de La Haine. Il n'échappe pas au déjà-vu, à certains tics de clip. Abd Al Malik rend compte, malgré tout, des changements survenus depuis 1995 et le film de Kassovitz. D'abord en montrant les dégâts collatéraux du trafic de drogue, sans renchérir sur la violence, mise à distance à coups d'ellipses, de métaphores et d'allusions (jolie séquence où Régis vient rembourser le dealer en jogging qui l'a naguère aidé, devenu, entre-temps, un caïd en costume). Le film se distingue, surtout, grâce à sa dimension humaniste, en décrivant un cheminement personnel qui s'ouvre sur le monde. Ce que la prof de français clairvoyante (Mireille Périer) de Régis résume en expliquant à son protégé qu'il a su faire "un choix : celui d'aimer la vie". (Télérama)

CGR Eldorado : jeudi et lundi 14h - dimanche 18h30 mercredi, vendredi, samedi, mardi 20h30




Love is Strange
LOVE IS STRANGERéalisé par Ira SACHS
USA - 2014 - 1h35mn - VOSTF
avec Alfred Molina, John Lithgow, Marisa Tomei, Charlie Tahan, Cheyenne Jackson, Manny Perez, Darren Burrows...
Scénario d'Ira Sachs et Mauricio Zacharias

C'est un très beau, très doux et très déchirant film d'amour. Dont les protagonistes formidablement attachants sont deux hommes plus tout jeunes – la soixantaine, bien tassée pour le plus âgé des deux – qui ne perdent pas leur temps à camoufler leur calvitie plus ou moins avancée, leur barbe plus sel que poivre, pas plus que leur gracieux embonpoint…
George et Ben sont respectivement maître de chorale et peintre dilettante et sont surtout terriblement new yorkais, douillettement installés dans un appartement coquet de l'East Village, acquis récemment après des années de location. Après 39 ans de vie commune et d'amour fusionnel, malgré les hauts et les bas inhérents à l'exercice, ils viennent de se marier et de décider d'un petit voyages de noces européen, entre Tour Eiffel et Piazza Navona, où l'on peut manger le même spaghetti jusqu'au baiser…

Mais George n'a pas anticipé la réaction de son employeur, une vénérable institution catholique qui, sous la pression de parents scandalisés par le mariage homosexuel d'un des enseignants, se sent obligée de le licencier malgré plusieurs décennies de bons et loyaux services. Et voilà nos vieux amants désormais époux, dans un contexte immobilier impitoyable où la perte de l'emploi signifie immédiatement celle du logement, contraints de se séparer provisoirement pour être hébergés chez des parents respectifs. George trouve refuge chez son neveu flic et gay, dont le salon qui accueille le canapé-lit où il dort est un lieu de fête permanent… Tandis que Ben, lui, échoue dans la chambre du jeune et peu bienveillant Joey, le fils de son neveu Elliot en pleine crise conjugale avec son épouse Kate… Autant dire que la séparation et ces nouvelles conditions de vie, à un âge où les capacités d'adaptation ne sont plus au top, vont être difficiles pour l'un comme pour l'autre…
Il y a bien sûr une dimension politique dans le film sensible d'Ira Sachs, un regard incisif sur la discrimination qui sévit jusqu'au cœur de la gay friendly New York : même dans la Grosse Pomme on est susceptible d'être viré en raison de ses orientations sexuelles et un vieux couple marié peut se voir obligé de se séparer et de chercher un hébergement chez des proches. Un regard aussi sur ce système social inexistant et cette folie immobilière qui font tant et si bien qu'on peut se retrouver à la rue à l'âge de la retraite, après avoir travaillé toute sa vie.

Mais Love is strange est avant tout une chronique délicate et drôle sur l'amour qui résiste aux années qui s'écoulent, qui passe par dessus les obstacles (l'infidélité chronique de Ben par exemple). Une chronique servie par deux comédiens exceptionnels de douceur et de charisme. Et c'est aussi une belle réflexion sur la transmission – ce n'est pas un hasard si Ben et George font deux métiers par lesquels on transmet par la beauté. C'est ainsi que chacun, toutes générations confondues, va prendre le meilleur de la cohabitation a priori difficile avec l'oncle Ben, Kate retrouvant un peu de sérénité dans sa vie, et le jeune Joey trouvant sa voie grâce à ce vieil homme au demeurant encombrant. (Utopia)

CGR Eldorado : mercredi, samedi, mardi 14h - dimanche 16h-jeudi, vendredi 18h - lundi 20h30




Imitation Game
Imitation gameRéalisé par Morten TYLDUM
Royaume-Uni / USA - 2015 - 1h54mn - VOSTF
avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode...

A la fois thriller historique, biopic épique et drame intime, Imitation Game, façonné pour gagner des Oscars et séduire le grand public, n’en est pas moins un film intelligent et captivant. 1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Premier constat : Imitation Game est un film calibré pour la course aux Oscars. Hollywood aime les biopics, les vies douloureuses, les destins exceptionnels, d’autant plus quand l’intimité d’un homme se mêle à la grande Histoire. On pense à Harvey Milk, au Discours d’un roi, à Lincoln, qui ont tous trois valus une statuette à leur acteur principal.
Aucun doute, Benedict Cumberbatch a de très bonnes chances de leur succéder, d’autant plus que son interprétation d’un génie profondément solitaire et mal dans sa peau est vraiment étonnante, donnant à la narration sophistiquée d’Imitation Game de troublantes nuances d’humanité.
Morten Tyldum décide de nous présenter la vie d’Alan Turing, dont les travaux servirent de fondements à l’informatique, sous la forme d’un mystérieux casse-tête, avec la volonté d’imprégner son film de l’esprit de son héros. En tant que narrateur principal, celui-ci nous raconte son histoire comme une énigme, comme s’il essayait de partager avec nous sa passion pour la résolution de problèmes inextricables.

CGR Eldorado : dimanche, lundi 16h - mercredi, vendredi, samedi, mardi 18h - jeudi 20h30




Timbuktu
TIMBUKTURéalisé par Abderrahmane SISSAKO
Mauritanie - 2014 - 1h37mn - VOSTF
avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara...
Scénario d'Abderrahmane Sissako et Kessen Tall

Une étendue de sable ocre inondée d’une lumière chaude et dorée… Paysage d’une beauté tranquille, comme une image de la paix… Légère, bondissante, cavale une gazelle agile. On devine à peine son regard de biche incomparablement fardé, souligné de noir par la nature. Séductrice malgré elle. Finesse et fragilité, force et vivacité… À peine a-ton le temps de l’admirer qu’on s’aperçoit que sa course est celle d’une bête traquée. Elle fuit ce monstre disproportionné, ce gros quatre-quatre et ses occupants armés jusqu’aux dents qui commencent à tirer… « Ne la tuez-pas, fatiguez-là ! » ordonne l’un d’entre eux. Pourquoi ? Jeu inéquitable ? Petite joie cruelle ? Quelle gloire remporte le fort à vaincre ainsi le plus faible désarmé ? Le rapport de force est sans surprise, les dés sont pipés. La victime n’a aucune chance face à ses prédateurs. Le ton est donné.

La gazelle ouvre le bal, le bal des fous, le bal des intégristes. À la ville, à Tombouctou, il y a aussi des hommes armés et leurs cibles sont des gazelles humaines aux jolies formes, objets de leur concupiscence. Parfois elles ont la langue bien pendue, moins soumises qu’elles ne le devraient et, malgré la peur, elles osent tourner en dérision ces mâles conquérants. Il faut dire que ce n’est guère compliqué de se moquer de ces djihadistes autoproclamés et de leurs avalanches de règles stupides qu’ils peinent à faire respecter et à respecter eux-mêmes. Le pompon, c’est quand ils demandent à une poissonnière de mettre des gants en laine pour vendre ses poissons ! Le ridicule ne tue pas, on finirait presque par le regretter…

C’est avec un regard mi amusé, mi agacé, puis choqué, qu’on suit les pérégrinations de ces fanatiques, leur gaucherie. Les habitants les font tourner en bourrique. Parfois on rit à gorge déployée, ils sont pathétiques. On en oublierait presque à quel point ils peuvent être dangereux. Il faut les voir sortir de la mosquée, bredouilles, après s’être fait rappeler à l’ordre comme de mauvais garnements qui n’ont pas enlevé leurs chaussures ! « Dans la maison de Dieu, celui qui se consacre à la religion le fait avec sa tête et non avec les armes. »

De l’Islam, ces ignares ne connaissent ni la clémence, ni le pardon, ni la pitié. Ils ont transformé ce qui était un outil de paix en instrument de guerre pour asseoir leur domination sur tout un peuple. Un peuple qui n’a pour tout bouclier qu’une frêle lueur d’espoir contre l’obscurantisme, contre la violence brute et partiale, contre l’injustice que rendent ses tribunaux. C’est peu et pourtant… C’est sur cet espoir, si mince soit-il, que croît peu à peu le courage individuel, ferment d’un courage collectif à reconquérir. C’est cet espoir qui permet nombre d’actes forts et beaux comme une évidence, qui vous tirent parfois les larmes, vous bouleversent. Les destinées de cette humanité souffrante et résistante se croisent. Celle de cette femme vaudou qui s’est réfugiée dans une forme apparente de folie. Celle du pêcheur aux gestes larges. Celle de Kidane, de sa famille qui vivent non loin de là au cœur des dunes. Celle de leur vache nommée GPS, symbole d’une technologie qui n’arrive pas jusque-là… C’est une parabole des temps modernes, entre fable poétique et constat terrible. C’est beau, très beau, d’une beauté jamais gratuite. La splendeur des images sert toujours le propos, le rend plus poignant, mais l’allège également quand il reflète une réalité trop cruelle. Et la deuxième arme de Sissako, c’est l’humour – il fallait l’oser ! – jamais lourd, qui permet de reprendre sa respiration.

C’est un film profondément subtil, politique, humaniste. Une ode magnifiquement inspirée à la résistance, au courage des hommes, à celui des femmes surtout, qui ne font décidément pas partie des dominants…

CGR Eldorado : mercredi, jeudi, dimanche, lundi 14h - samedi, lundi 18h - dimanche 18h15 - mercredi, vendredi, mardi 20h30




Retour à Ithaque
RETOUR À ITHAQUERéalisé par Laurent CANTET
France / Cuba - 2014 - 1h35mn - VOSTF
avec avec Isabel Santos, Jorge Perugorria, Fernando Hechavarria, Nestor Jimenez, Pedro Julio Diaz Ferran...
Scénario de Leonardo Padura et Laurent Cantet, avec la collaboration de Lucia Lopez Coll

Que vous connaissiez en détail Cuba ou que vous en ignoriez presque tout, Retour à Ithaque vous fait pénétrer au plus profond des entrailles de la Havane, de ses histoires, de son Histoire. Laurent Cantet réalise là une œuvre de haute volée avec peu de moyens, dix-sept jours de tournage seulement, quasiment un seul décor, mais des heures de travail et de connivence avec le remarquable écrivain, donc conteur, qu'est Leonardo Padura. Et les regards des deux complices se complètent à merveille. Celui du Cubain qui ouvre l'intimité de son pays, celui du Français curieux qui l'asticote jusque dans ses plus profonds retranchements. Nous voilà loin du folklore, des clichés dont pourrait être friand le touriste. C'est non seulement avec vos yeux, vos oreilles et votre cerveau que vous allez vivre cette ville mais vous allez la goûter aussi avec tous vos sens. Ressentir sa respiration, ses pulsations, ses odeurs, presque – oserai-je ? – son âme.

Cette ambiance si particulière des terrasses qui la surplombent, la vie qui bruisse ou trépigne au dessous, Amadeo n'a jamais pu les oublier. Seize ans d'exil en Europe n'ont pas suffit à lui ôter le goût de sa patrie. La chaleur presque animale accumulée dans les murs, celle que réverbèrent les toits brulants gorgés de soleil, jusqu'à ce que le soir descende et laisse espérer la brise légère… C'est sur une terrasse au couchant qu'Amadeo retrouve ses quatre grands amis de jeunesse : Tania, Eddy, Rafa, Aldo… désormais quinquagénaires. Et peu à peu, au fil des chamailleries, des souvenirs cocasses et drôles, ils rembobinent le fil de leur passé, leurs engagements, leurs rêves, leurs rancœurs, leurs désillusions… qui sont aussi ceux de tout un pays.
Oui, c'est là que ça se passe et nulle part ailleurs. Dans ce petit périmètre, ce minuscule espace temps et, étonnamment, loin de rétrécir l'univers à un microcosme anecdotique, ce huis-clos à ciel ouvert débouche sur un panorama grandiose. La vision ample d'une société en pleine autocritique où plus personne ne semble vouloir se cacher derrière son petit doigt. Les cinq amis évoquent les années rudes qui les ont forgés, la « période spéciale » qui a englué tout le pays telle une nappe de pétrole clouant les ailes de ceux qui rêvaient d'envol et de liberté.

L'analyse, qui passe tour à tour du collectif à l'individuel, voire à l'intime, est caustique et quand l'un d'entre eux tente l'auto-apitoiement, un autre tourne ses propos en dérision, l'essentiel étant d'en rire. Le rire comme une pirouette élégante, une manière d'inciter l'autre à ne pas perdre la face, à se redresser. Pourtant les remises en questions sont rudes, même arrosées d'un bon whisky. Chacun évoque ses peurs, ses lâchetés, s'interroge sur sa part de responsabilité dans le désordre collectif. Questions essentielles, universelles, qui planent au dessus de la petite République de Cuba comme sur toutes les autres, comme elles devaient planer sur Ithaque lors du retour d'Ulysse.

Et le titre énigmatique s'éclaire, pertinent. Le retour de l'exilé est-il celui vers une terre promise, vers ce qui ne sera plus, un mythe ou encore un retour sur lui-même ? Si tous accueillent Amadeo à bras ouverts, ils lui en veulent aussi car, avec lui, vient le temps des bilans où chacun se retourne sur son parcours, fait le deuil de l'innocence et de la candeur de la jeunesse à tout jamais perdues. Cela les rends si attachants, si proches de nous, qu'on a l'impression de faire partie de leur cercle intime. Quand le film s'arrêtera, vous en sortirez étonnés de ne pas vous trouver au sommet d'un immeuble donnant sur le Malecón, déjà nostalgiques du verre de rhum que vous n'aurez pas bu…

CGR Eldorado : samedi 14h - mercredi 16h - jeudi, mardi 18h - lundi 18h15 - dimanche 20h30




Whiplash
WHIPLASHRéalisé par Damien CHAZELLE
USA - 2014 - 1h45 - VOSTF
avec Miles Teller, J.K. Simmons, Melissa Benoist, Paul Reiser...
Grand Prix et Prix du Public, Festivals de Sundance et du Cinéma américain de Deauville


« Avec Whiplash, je voulais réaliser un film qui ressemble à un polar à suspense – un film dans lequel les instruments de musique remplacent les armes à feu et où l’action se déroule dans une salle de répétition ou sur une scène de concert – et je voulais filmer chaque concert comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, une course-poursuite ou disons un braquage de banque. » Damien Chazelle

Un deux, un deux trois quatre… C'est l'histoire d'un jeune type têtu qui s'entête à tenir le tempo en tapant sur ses toms, un mec qui cogne en cadence et claque ses coups crescendo, de saccades en syncopes, grosse caisse, caisse claire. C'est un film sur l'effort forcené d'un féru pour affûter la finesse de ses frappes sur les fûts, la répétition des roulements, la précision de leur déroulement, du plus lent au plus rapide et du plus rapide au plus lent. Et c'est au rythme trépidant d'un récit mené tambour battant que se bâtit l'itinéraire de ce débutant se battant pour abattre les obstacles l'empêchant d'être un batteur épatant.

Andrew est un apprenti batteur qui trime plus qu'il ne frime, passant souvent ses soirées en solitaire, perfectionnant son swing dans le sous-sol insonorisé du prestigieux conservatoire de jazz où il vient d'être accepté. Sans compromis ni demi-mesure, il a l'ambition démesurée de se mesurer aux meilleurs. Il s'acharne et s'accroche, s'échine sur des noires, croches, double-croches, répétant ses enchaînements jusqu'à en chasser la moindre anicroche. Et c'est justement lors de l'une de ces répétitions qu'il attire l'attention du professeur star de l'institution, celui pour lequel il a décidé son inscription mais face auquel il se laisse gagner par la tension, échouant de ce fait à cette première évaluation. À défaut d'avoir marqué des points, Andrew s'est tout de même fait remarquer, et quand le batteur de l'orchestre dudit professeur est débarqué, le voilà donc embarqué dans l'orchestre des cracks parmi les cracks, partagé entre la peur de craquer et l'espoir d'avoir enfin l'occasion de se démarquer. Sous la férule de Terence Fletcher, professeur féroce et terrifiant, fouillant au plus profond de ses fidèles la frénésie qui leur fera franchir leurs frontières physiques et psychiques, le néophyte Andrew devra faire fi de la fatigue et de la souffrance pour intensifier ses frappes et affiner son jeu. Car s'il découvre l'excitation et l'exaltation de s'exercer au sein d'un orchestre d'exception, il explore aussi les excès et les vexations exigés par la recherche exacerbée de l'excellence. Fletcher le pousse jusqu'à l'impasse, le tire jusqu'à la rupture, passant comme dans un tour de passe-passe de la confiance aux pires injures. Il est le maestro qui donne le la, Andrew le disciple cloué au sol. Mais l'envie de l'élève est si vive de devenir virtuose que les énervements et les revirements avivent sa volonté plutôt que de l'en dévier. Les regards désapprobateurs deviendront son moteur, Andrew vise comme bonheur d'être un grand batteur, à la bonne heure, il fera ce qu'il faut pour être à la hauteur.

Whiplash est un film qui file vite et frappe fort, une chronique unique des accrocs iniques entre un jeune loup ambitieux et un vieil ours odieux – les deux acteurs, le débutant comme le plus vieux, sont fabuleux. Il relate à un rythme haletant la réalité d'une relation complexe et extrême, accordant ses caméras à la cadence infernale d'un solo de batterie, sans temps mort ni répit, jusqu'au final en point d'orgue résonnant comme un énorme coup de cymbale après un morceau particulièrement enlevé et exceptionnel… whi… PLASH !

CGR Eldorado : vendredi; dimanche , mardi 14h - mercredi, lundi 16h - jeudi, samedi 20h30




Les Nouveaux sauvages
LES NOUVEAUX SAUVAGESRéalisé par Damián SZIFRON
Argentine - 2014 - 2h - VOSTF
avec Ricardo Darín, Leonardo Sbaraglia, Erica Rivas, Julieta Zylberberg, Diego Gentile...
Amphore d'Or au Fifigrot 2014


Les Nouveaux sauvages, c'est le film furieusement poil à gratter qui ne cesse de surprendre et de faire hurler de rire le public de tous les festivals dans lesquels il est programmé depuis sa sélection cannoise, la comédie jubilatoire qui vient de devenir le film le plus vu depuis plus de trente ans dans son pays d'origine, l'Argentine – le film a d'ores et déjà été choisi comme représentant argentin aux Oscars, espérant ainsi renouveler, cinq ans après et dans un registre tout à fait différent, le triomphe de Dans ses yeux, déjà interprété par l'incontournable et irrésistible Ricardo Darín. Et si nous pouvons vous assurer que ce succès est amplement mérité, il est tout de même surprenant. Car Les Nouveaux sauvages est ce qu'on appelle un film à sketches, genre peu répandu et généralement considéré comme désuet, exercice bigrement difficile, parfaitement maîtrisé ici par un jeune réalisateur qui enchaîne à un rythme infernal six saynètes de haute volée.

Les passagers d'un avion s'aperçoivent qu'ils connaissent tous une même personne. Une serveuse de restaurant reconnaît un courtier responsable de la ruine de son père. Deux conducteurs de voitures se livrent à une guerre sans merci sur une route déserte. Un père de famille dont la voiture part en fourrière se rebelle. Le fils d'une riche famille renverse une femme enceinte alors qu'il est au volant. Un mariage huppé tourne au jeu de massacre…

Six histoires reliées entre elles par un seul fil conducteur : le pétage de plombs, le cramage de durite, le dégoupillage en règle. Celui qui pousse un individu à laisser libre cours à ses instincts les plus vils, à franchir la frontière entre civilisation et barbarie, à répondre au chaos du monde qui l'entoure en laissant s'exprimer sa propre démence. Les Nouveaux sauvages met en scène ces dérèglements avec un humour ravageur et outrageusement noir qui étrille en toute impertinence notre société contemporaine, travestissant le tragique en comique dans des scénarios millimétrés bourrés de surprises, d'invention, de cruauté, et dans lesquels les bons sentiments ne sont définitivement pas les bienvenus…

Et l’on rit abondamment face à ces situations qui dégénèrent immanquablement jusqu'à la folie dévastatrice. Et si nous ne pouvons vous en dire plus sans risquer de trop dévoiler les nombreuses idées qui fourmillent dans chacun des segments de ce film détonant, nous pouvons vous assurer d'une chose, il y en aura pour tous les (mauvais) goûts : il y aura des cris, des larmes, de la sueur et du sang, il y aura des cadavres à la pelle et des armes en tous genre, il y aura des injures, des insultes et des outrages, il y aura des affronts, des châtiments et des vengeances… volcaniques ! Six films comme des bâtons de dynamite, qui explosent les genres, les conventions et les règles de la bienséance, dévastent tout sur leur passage et laissent derrière eux l'écho des éclats de rires dans un champ de ruines… De la bombe, vous dis-je !

CGR Eldorado : vendredi 14h - mercredi 18h - dimanche, lundi 20h30



Pour adhérer il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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