Soirée Entretoiles "Geronimo"

Geronimo
GERONIMOÉcrit et réalisé par Tony GATLIF
France 2014 1h45mn
avec Céline Salette, Rachid Youcef, Nailia Harzoune, David Murgia, Vincent Heneine...

Un travelling époustouflant pour commencer : deux jeunes gens à moto roulent à fond de train sur une plage. Elle, sublime, hurle : « Je t'aime ! » à son compagnon. Incroyable mélange de flamenco et de musiques turques en bande-son, immédiate sensation de liberté : pas de doute, Tony Gatlif est de retour. Reviennent en mémoire des images de films comme Latcho Drom, Gadjo Dilo ou Exils. Qu'a bien pu encore inventer ce diable de cinéaste, né il y a soixante-six ans à Alger d'un père kabyle et d'une mère gitane ? Rien moins que Roméo et Juliette, West Side Story et Noces de sang, de Garcia Lorca, réunis dans un même film – on exagère à peine. À ceci près qu'il y a autre chose encore, de plus troublant : un personnage d'éducatrice qui ne va pas tarder à illuminer le film. Elle s'appelle Geronimo, c'est Céline Sallette. Capable, d'entrée de jeu, d'asséner à un ado qui lui parle mal un coup de tête d'une violence telle qu'on jurerait qu'elle l'a fait pour de vrai…

Au centre du film, il y a donc deux femmes, libres et fortes. D'origine turque, Nil Terzi n'en peut plus des traditions. Ne voulant pas du mariage forcé que son clan tente de lui imposer, elle n'a qu'un seul désir : qu'on la laisse épouser l'homme qu'elle aime, Lucky Molina. L'autre femme, c'est justement l'éducatrice, Geronimo. Une solitaire sans attache, totalement dévouée aux autres, chargée d'apaiser les tensions au sein du quartier. Elle va tout faire pour venir en aide à Nil et tenter d'éviter l'affrontement qui se prépare entre les deux clans.
Tout le film semble procéder de la force qui émane du regard bleu azur de Céline Sallette. Un regard à plat, tranchant comme une lame, qui rappelle par moments celui de Lauren Bacall. Les Gitans, aime à répéter Gatlif, disent que l'on voit quelqu'un à travers son âme, que l'âme se penche au bord des yeux et sort du regard, comme par une fenêtre. Dès lors, nul doute : l'âme de Geronimo est belle. Libre et pure.

Il faudrait parler de la magie de certains plans, par exemple lorsque Terzi et Lucky s'égarent dans des hautes herbes et que le blanc de la robe de mariée se confond avec le blanc des feuillages. Il faudrait aussi parler de l'utilisation des squats comme décors ; de la musique qui inonde le film, jusqu'à en faire une quasi-tragédie musicale. Chez Gatlif, le cadre, puisqu'il en faut bien un, se met au service du mouvement perpétuel. Les acteurs y entrent et en sortent avec une liberté telle que tout cela finit par donner, au film comme au spectateur, une sensation d'énergie peu commune. Splendide, Geronimo est un film violent sur la non-violence. Un manifeste moral et politique, un salut fraternel que nous adresse Tony Gatlif en ces temps de vent mauvais.(F. Nouchi, Le Monde)


Séance unique Entretoiles : sale Lily Pons (Théâtre de Draguignan) Jeudi 4 février à 20h