Soirée "Portraits de femmes" du dimanche 17 janvier à 18h

Much Loved
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Much Loved
Écrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...
On va suivre, à Marrakech, Nora, Randa, Soukaina et plus tard Hlima. Les premières scènes sont pour le moins explicites. Les trois comparses se rendent, accompagnées de leur toujours serviable chauffeur Saïd, à une fête organisée par des Saoudiens. L'alcool pourtant interdit coule à flots. Rapidement les danses lascives s'enchaînent devant les émiratis enivrés… et la suite ne fait aucun doute. Nabil Ayouch montre la crudité du métier mais pas que ça. Refusant les clichés misérabilistes aussi bien qu'angéliques, il décrit avec tendresse le paradoxe de ces femmes qui donnent parfois leurs corps pour nourrir une famille qui pourtant les méprise, en totale hypocrisie ; il montre aussi la formidable solidarité de ces sœurs de lupanar qui, malgré les engueulades mémorables, se soutiennent envers et contre tout et tous, font bloc dans les moments difficiles... lire la suite
CGR (Draguignan) : une séance Entretoiles dimanche 17 janvier à 18h - Autres horaires : jeudi 14 à 16h, vendredi 15 à 18h, samedi 16 à 13h30, dimanche 17 à 18h, lundi 18 à 20h et mardi 19 à 11h15
Notre petite soeur
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Notre petite soeur
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose...
D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi
C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse... lire la suite
CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 20h45


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Much Loved
MUCH LOVEDÉcrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...

C'est un film audacieux qui balaie fièrement les obscurantismes, les préjugés faciles et surtout les grandes hypocrisies, les uns se nourrissant des autres. D'ailleurs ça n'a pas manqué : dans son pays d'origine, le Maroc, Much loved a fait l'effet d'une bombe. Censure préalable du film, qui ne sera probablement montré que clandestinement, attaques très violentes contre l'équipe allant jusqu'aux menaces explicites de mort contre le réalisateur et son actrice principale, la géniale Loubna Abidar… Alors même que ses contradicteurs ne l'ont généralement pas vu, le film déchaine les réactions de haine. Et pourtant c'est bien un formidable film d'amour. De quel crime parle-t-on ? Celui de montrer sans stigmatisation ni édulcoration le quotidien de quatre prostituées marocaines, dans un pays où cette activité est officiellement interdite, mais pourtant omniprésente pour qui a fréquenté un jour les lieux de nuit des grandes villes marocaines, tout spécialement celles qui attirent touristes et hommes d'affaires en goguette, qu'ils soient Marocains, Européens ou ressortissants des Emirats, ces pays utlra rigoristes qui exportent de nombreux millionnaires en pleine frustration sexuelle et accros aux relations tarifées.

On va suivre, à Marrakech, Nora, Randa, Soukaina et plus tard Hlima. Les premières scènes sont pour le moins explicites. Les trois comparses se rendent, accompagnées de leur toujours serviable chauffeur Saïd, à une fête organisée par des Saoudiens. L'alcool pourtant interdit coule à flots. Rapidement les danses lascives s'enchaînent devant les émiratis enivrés… et la suite ne fait aucun doute. Les propos des filles entre elles sont crus et ont dû choquer autant les notables cannois (Much loved était sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival) que le Marocain moyen, pourtant conscient de cette réalité : l'une demande à l'autre si elle sait faire un 8 avec ses fesses, puis rigole d'avoir « la chatte en sang » après une nuit avec un client inépuisable et plus tard fait sa toilette intime au Coca pour chasser les règles…
Nabil Ayouch montre la crudité du métier mais pas que ça. Refusant les clichés misérabilistes aussi bien qu'angéliques, il décrit avec tendresse le paradoxe de ces femmes qui donnent parfois leurs corps pour nourrir une famille qui pourtant les méprise, en totale hypocrisie ; il montre aussi la formidable solidarité de ces sœurs de lupanar qui, malgré les engueulades mémorables, se soutiennent envers et contre tout et tous, font bloc dans les moments difficiles, comme quand l'une est tabassée par un client furieux de s'être révélé impuissant ou quand l'autre est violée par un policier, pratique courante dans l'arbitraire de la prohibition prostitutionnelle. Des femmes qui tentent d'aimer aussi, même si tout est réuni pour leur prouver que c'est impossible…

Ce qui génère probablement l'agacement voire la haine de certains et – beaucoup moins nombreuses heureusement – certaines, c'est que Nabil Ayouch (un récidiviste qui avait déjà su gratter la société marocaine là ou ça fait mal dans Ali Zaoua et Les Chevaux de Dieu) fait de ces putes parfois grossières et tonitruantes des héroïnes formidables de générosité et de liberté, incarnées par des actrices non professionnelles non moins formidables qui insufflent à leur personnage une authenticité implacable.(Utopia)


CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 18h


Notre petite soeur
NOTRE PETITE SOEURÉcrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose... D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi...

C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse.
Dans la famille des jeunes filles en fleurs, voici les trois sœurs : Sachi, Yoshino, Chika… Sachi, l'aînée, c'est la moralisatrice raisonnable, celle qui règle le pas de ses cadettes pour faire avancer la maisonnée. Yoshino, la seconde, c'est la contestataire, celle qui s'oppose à tout, raisonne parfois plus que de raison. Quant à Chika, la benjamine, c'est la plus espiègle : une bouille de pitre aux grand yeux pétillants. Trois personnalités tellement fortes et distinctes qu'on reste tout étonné de voir une forme d'harmonie s'épanouir entre elles. Une bonne rasade d'autodérision vient souvent noyer dans l'œuf leurs chamailleries. Elles sont rigolotes, ces filles de chair et d'os qui affichent parfois des mimiques dignes d'un manga. Qu'une tante importune vienne frapper à leur porte pour leur faire la leçon ? Voilà ces demoiselles qui deviennent les meilleures alliées de la terre. C'est qu'elles se sont habituées à se débrouiller seules dans la maison familiale léguée par leurs aînés, et à ne pas compter sur eux pour devenir adultes. La bicoque ancestrale a le charme fou d'une vieille dame qui semble les protéger dans ses jupes bienveillantes. Petit havre immuable préservé dans la cité de Kamakura, ville côtière du sud, par ailleurs dévorée par l'urbanisation galopante.

On le voit bien quand nos héroïnes traversent la ville pour aller travailler, l'une en temps qu'infirmière, l'autre en tant que banquière et la troisième déguisée en étudiante. C'est un ronron bien précis qui anime la mécanique quotidienne de la maisonnée : ces heures où l'on se rassemble autour de la table, celles d'intimité, celles où l'on s'agite dans des tâches collectives. Entre deux espaces de modernité, on alimente les rituels traditionnels, on salue les esprits des femmes absentes, celui de la mère, de la grand-mère qui méritent bien une pensée, un bâton d'encens ou une gourmandise.
Puis, un jour, parvient un faire-part de décès, celui du père qui les as plantées-là vingt ans auparavant, sans un regard en arrière. Un géniteur dont elles avaient presque oublié l'existence et auquel elles ne doivent plus rien. Pourtant… Le poids des conventions, le qu'en-dira-t-on font que, ma foi, Sachi pense qu'il faut se rendre aux funérailles. Un train plus tard, les voilà au sein de montagnes verdoyantes en train de recueillir les condoléances d'inconnus pour la perte de celui qu'elles n'ont pas connu. Enterrement en grande pompe funèbre où l'on peine à s'émouvoir devant tant d'étrangers.

Les mots d'usage raisonnent étrangement : « Merci d'avoir pris grand soin de mon père » s'entend dire Sachi à la dernière compagne de ce dernier qui le lui a volé… Dans le lot, seule une jeune fille se distingue. Présence radieuse dont le sourire intimidé et empreint de tristesse trahit le lien de parenté qui la rapproche d'elles. Les trois reconnaissent instantanément leur demi sœur, fruit d'une parenthèse amoureuse qui a pourtant détruit leur foyer. Sans avoir besoin de se concerter les voilà qui proposent à Suzu d'emménager avec elles…
Composée par Yoko Kanno, la musique semble nous bercer, bienveillante, en murmurant « Cœurs qui souffrez, endormez-vous ! »


CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 20h45