CINE_CLUB ENTRETOILES

Le 11/12/2025

Ciné-club Entretoiles au CGR : mercredi 1er,  jeudi 2, vendredi 3, lundi 5, mardi 6 à 17h15

COSMOS

 de Germinal Roaux Casting : Ángela Molina, Andrés Catzín, Marco Treviño Scénario : Germinal Roaux. Type de film : Fiction

 

Cosmos s’ouvre sur un plan fixe de forêt, quelque part dans cette région mexicaine du Yucatán. Une flamme vient lécher l’une des branches d’un arbre au fond de l’image. Elle progresse lentement, rongeant sa proie, sans transmettre le feu alentour. Raccord sur l’intérieur d’une maison indigente. Un très lent travelling le long du mur donne à voir des images pieuses. La caméra pivote et se dirige vers la porte ouverte, sort de la maison, pivote de nouveau pour capter un étrange pieu orné d’un crâne puis, au loin à gauche, un homme qui s’approche. Il se saisit du crâne et entre dans la maison. Nous venons de faire la connaissance de Leon, un paysan de l’ethnie maya, descendant d’un peuple primitif. Un peuple sachant vivre en harmonie avec la nature, volontiers animiste, traitant chaque être vivant avec attention et délicatesse. Or, la modernité est aux portes du paysan : des techniciens s’affairent pour déterminer le tracé d’une route qui doit passer par sa maison. Leon a deux autres sujets d’inquiétude : se réconcilier avec son frère et soigner cette oreille qui le fait souffrir. Le frère, qu’il n’a pas vu depuis longtemps, est mort. Quant à son oreille, le médecin qu’il consulte lui enjoint de la soigner à l’aide des médicaments qu’elle prescrit, et non avec des plantes car « ça ne marche pas ». Le destin de Leon est scellé. La catastrophe approche, annoncée par ce vent violent qui agite les palmiers et fait danser le linge qui sèche sur une corde. Bientôt, ce seront des éclairs qui électrisent l’horizon. Ce ne sera pourtant pas la foudre qui frappera mais une pelleteuse, monstre qui broie la maison et tout ce qu’elle contient, ces modestes trésors que la caméra nous a invités à découvrir avec lenteur. C’est à la pharmacie que Leon remarque Lena. Cette femme a du caractère : les médicaments de son ordonnance n’étant pas disponibles, elle s’en passera, assure-t-elle à la pharmacienne. L’endroit leur est un point commun car Lena ne croit pas plus à la médecine moderne que Leon. Comme le paysan, elle n’a plus pour compagnon qu’un animal, son chien Bruno avec lequel elle repart au volant de sa Coccinelle blanche. C’est une fugue de Bruno qui va les réunir, puisque le chien est venu se réfugier chez Leon, l’homme qui parle à ses poules et partage volontiers son repas avec un canidé s’il se montre affamé. Lorsque Lena récupère son chien, elle tend à Leon la récompense qu’elle a promise, mais ce dernier refuse. Aucune somme sonnante et trébuchante ne peut représenter l’accueil de ce chien providentiel, qui a permis à deux solitudes de se rencontrer. Lena va offrir à Leon le gîte et le couvert. Leon va apporter sa présence réconfortante à cette femme qui se sait condamnée. Lena, c’est la culture. Avalanches de livres, bibelots exotiques, meubles sophistiqués, collection de disques, le tout dans un palais aux dimensions impressionnantes. Ami architecte, domestique chargée du ménage et de la cuisine. Mais Lena ne sait pas nager, et elle ne croit ni en Dieu ni aux esprits. Leon, c’est la nature. Lui ne sait pas lire et il n’est guère à l’aise pour s’expliquer. Bon nombre des questions de Lena le laissent coi. Mais cet être fruste possède ce que Lena, dans sa quête éperdue de savoir livresque, a perdu : la relation profonde au vivant. Pour incarner Lena, Germinal Roaux a choisi une célèbre actrice espagnole, Angela Molina, vue notamment dans Cet obscur objet du désir de Louis Buñuel, Blanca Nievesde Pablo Berger ou encore Etreintes Brisées de Pedro Almodovar. Leon, c’est Andrés Catzin, un acteur non professionnel. Par sa maladresse, sa gêne, son authenticité, sa démarche gauche, il apporte le contrepoint parfait au jeu d’Angela Molina, illustrant le propos du film. Les demeures aussi s’opposent. Les hautes portes de celle de Lena contrastent avec la petite porte en planches clouées laissant filtrer le soleil que Roaux a montrée à maintes reprises au début du film. Sa première nuit chez Lena se passe mal car Leon n’avait jamais dormi dans un vrai lit : on l’aura vu étendu ou assis sur un grand hamac fendant l’unique pièce de sa maison.Enfin, deux types de musique accompagnent l’un et l’autre. Du côté de Leon, un savant mélange de diverses flûtes et de sons de la nature, souvent dissonants. Du côté de Lena, musique classique et chansons traditionnelles mexicaines. Lena lira à son nouvel ami de la poésie, l’éveillera à la musique, l’invitera à danser. Leon finira par convaincre cette femme autoritaire de s’abandonner, dans ses bras, à la surface d’une eau de source. L’image est d’une grande douceur. Elle fait pièce à la scène où Lena s’éternisait, chez elle, dans sa baignoire en écoutant de la musique. Les chants d’oiseaux ont remplacé le microsillon. Et surtout, Lena n’est plus seule à l’approche de la mort. (Le mag du ciné)