CINE_CLUB ENTRETOILES

Le 11/12/2025

 

Cinéclub

 

 

Mercredi 29 avril, jeudi 30 avril, vendredi 1er , samedi 2 mai 2026 à 22h30

THE DRAMA

 

 

 

Kristoffer  Borgli - USA 2026 1h45mn VOSTF - Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim, Mamoudou Athie, Greer Cohen...

Drama visuel

En l’espace de quatre longs-métrages, la cote de Kristoffer Borgli a grimpé en flèche. Après un premier film passé inaperçu, Drib (2017), le réalisateur norvégien est passé par la case Cannes avec Sick of myself (2022) avant de poser ses valises à Hollywood sous pavillon du studio A24 pour Dream scenario (2023), dans lequel Nicolas Cage interprétait un homme qui hantait les rêves de ses concitoyens jusqu’à rendre sa vie impossible. Au fil de cette ascension, Kristoffer Borgli n’a pas renoncé à son étrangeté, tordant les codes hollywoodiens pour arpenter les terrains mouvants de la comédie grinçante. Digne fils d’un anthropologue social, le Norvégien nourrit ses films de l’observation de ses contemporains et des questionnements existentiels qu’elle fait naître chez lui, avec un sens assuré de la satire. Sa manière de pousser ses personnages dans leurs retranchements rappelle par endroits Ruben Östlund, sans jamais céder au petit jeu de massacre moraliste.

The Drama s’ouvre à la manière d’une comédie romantique. Sur le point de se marier, Charlie Thompson (Robert Pattinson), un conservateur de musée britannique installé à Boston, et Emma Harwood (Zendaya), une Américaine sourde d’une oreille qui travaille comme directrice littéraire, préparent chacun de leur côté le discours qu’ils prononceront le soir de leurs noces. L’occasion de se remémorer leur rencontre impromptue dans un café, le premier rendez-vous, le premier baiser, et tout un tas d’anecdotes tendres, de détails sur l’autre qui révèlent un couple amoureux, soudé et heureux.À quelques jours de la cérémonie, les préparatifs s’intensifient. Et lors d’une soirée un peu trop arrosée avec leurs meilleurs amis, Rachel (Alana Haim) et Mike (Mamoudou Athie), eux aussi en couple, la conversation prend un drôle de détour quand chacun est invité à raconter la pire chose qu’il ou elle ait jamais faite dans sa vie. La confession d’Emma choque profondément sa future témoin – et ouvre une faille chez Charlie : à quel point connaît-il réellement celle qu’il s’apprête à épouser ?S’il demande de manière un peu grossière d’adhérer au choc que représente cet aveu, le film ouvre des questionnements passionnants, creusant avec habileté quelques-unes des obsessions structurantes de la société américaine. The Drama nous plonge ainsi au cœur d’un vertige fondamental sur ce qui nous définit aux yeux des autres : notre personnalité, nos pensées, nos actes, ce que l’on a été, ce que l’on est devenu ? Quelles transgressions se traduiront, par le biais de notre jugement, en condamnation ou en acceptation ?

Avec sa mise en scène qui reprend l’esthétique chaleureuse des films de famille et son montage fragmenté qui participe d’un certain inconfort, The Drama oscille sans cesse entre le rire de nos dérèglements et le malaise d’un jeu social étriqué, dont il révèle les coutures. Zendaya, toute en vulnérabilité, et Robert Pattinson, constant de maladresse, incarnent de manière attachante ce couple en détresse à la psychologie finement ciselée. Leur lien est mis à l’épreuve par une suite de réactions en chaîne prenant des proportions de plus en plus démesurées jusqu’à ce qui aurait dû être le plus beau jour de leur vie. Mais face à autant de vérités dérangeantes sur la part d’ombre que chacun porte en lui, à quel prix l’amour peut-il encore triompher ? (Boris Bastide, Le Monde)

Mercredi 29 avril, vendredi 1er et samedi 2 mai  à 13h20, 15h00, 17h30 et 20h00 

Jeudi 30 avril à 13h40, 15h40, 17h00 et 19h30

Dimanche 3 mai à 14h00, 17h30 et 20h00

Lundi 4 et mardi 5 mai à 13h30, 15h50, 18h00 et 20h20

JUSTE UNE ILLUSION

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2026 1h55mn - avec Camille Cottin, Louis Garrel, Pierre Lottin, Simon Boublil, Alexis Rosentiehl, Jeanne Lamartine, Rony Kramer

Délicieusement ancré dans les années 1980 – avec un effet madeleine de Proust garanti pour celles et ceux qui les ont traversées –, ce nouveau film du duo Toledano / Nakache évoque un sujet atemporel : ce moment fragile, tumultueux et pas toujours heureux où l’on quitte le monde de l’enfance pour celui des adultes. À ce titre, c’est le film idéal pour réunir parents et ados autour d’un constat finalement rassurant : si les technologies évoluent, si la société et les codes bougent (pas toujours dans le bon sens13), si les loisirs et les modes de communication d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier, on s’engueule toujours autant au sein des familles sur les tâches ménagères et les devoirs pas faits, on s’écharpe et on s’aime à la folie dans les fratries, on veut toujours la dernière fringue à la mode et il y a toujours une crise de quelque chose dans le pays. Quelles que soient les époques, il y a des ados qui baratinent les adultes pour arriver à leurs fins et franchir les limites savamment posées au préalable. Et il y a la musique, qui donne les palpitations et rythme les élans du cœur…
1985. Vincent vit au premier étage d’un immeuble d’une cité de la banlieue parisienne. Une famille de classe moyenne, papa est cadre (il aime à le rappeler), maman est secrétaire de direction (mais rêve d’émancipation) et son grand frère Arnaud ressemble au mien à la même époque : tout de noir vêtu, passant ses journées à écouter du rock sur son walkman. Vincent ne rêve que d’une chose : avoir enfin sa chambre à lui et cesser d’être le souffre-douleur de ce frangin. Ah non, il rêve aussi secrètement d’Anne-Catherine qui, bien sûr, ne lui a jamais accordé le moindre regard. Et puis il rêve aussi de sa prochaine sortie avec sa petite bande de potes au vidéo-club du quartier, et du plan qu’ils vont devoir échafauder pour sortir en douce des VHS de films érotiques pour aller ensuite les mater chez l’heureux élu qui possède un magnétoscope et une mère absente aux heures de perm. Bref une vie d’enfant qui se termine… une vie d’ado qui commence.
À la maison, ça bouge pas mal puisque sa mère Sandrine s’est mise en tête de faire l’acquisition d’un ordinateur pour s’entraîner en vue d’un prochain entretien d’embauche et pouvoir, qui sait, devenir cadre à son tour, ce qui n’est pas trop du goût de son mari qui aimerait bien, lui, au contraire, que rien ne bouge. Mais les temps changent, les jeunes sont plus audacieux, plus ouverts, plus aventureux. C’est le début de SOS racisme, on porte un badge « touche pas à mon pote » pour se sentir vibrer ensemble et aussi pour enquiquiner les parents qui parfois votent Chirac, on commence à passer des heures devant le miroir, on s’invente des prouesses et des goûts affirmés pour épater la galerie, mais on aime quand même toujours revenir au bercail, dans ce foyer parfois chaotique mais toujours aimant.
Juste une illusion, référence au tube post-disco-électro-soul du trio anglais Imagination de 1982 (et pas à la chanson éponyme de Jean-Louis Aubert, sortie elle en 1987) est peut-être le film le plus personnel et le plus intime d’Eric Toledano et Olivier Nakache. La tendresse pour ce couple parental autant que les souvenirs d’adolescents infusent tout le film d’un doux parfum de nostalgiqe qui va très vite enivrer aussi le spectateur. Généreux et drôle, empathique et fraternel, c’est un film qui raconte aussi, en creux, la vie de ceux qui sont nés et ont grandi ailleurs et on fait leur trou dans ces cités de banlieue d’une France où le parti du patriarche borgne ne faisait pas encore plus de 40 % des voix aux élections… une autre époque.(Utopia)