Soirée Entretoiles à 2 films
Dimanche 6 septembre 2026
LES MATINS MERVEILLEUX
Réalisé par Avril Besson Avec India Hair, Raya Martigny, Eric Cantona, Mathias Minne, Fanny Sidney. Tous publics. Durée : 1h27.
A 18h20

Dans la première scène, on découvre India Hair, sur un balcon, une boite de gâteaux à la main, tentant d’appeler sa grand mère par l’extérieur, un peu désemparée. Pendant que le voisin s’inquiète, elle passe maladroitement par dessus les rambardes, pour vite ressortir de l’appartement, le souffle coupé. C’est un peu à cette image qu’évoluera son personnage, embarqué dans un road trip vers le Sud, entre envie d’échappée, curiosité téméraire et réserve côté expressions. On est en tous cas heureux qu’Avril Besson ait offert ce beau premier rôle à cette formidable actrice qu'est India Hair, trop souvent cantonnée aux seconds rôles ("Trois amies", "Rien à Perdre", "Une jeune fille qui va bien"). Elle trouve ici une belle palette d’émotions à jouer, au travers d’un personnage qui aime à se perdre pour mieux se retrouver, ou tout simplement se trouver.
Car ce voyage va, au contact d’inconnus, dont Marina, incarnée par l’actrice trans Raya Martigny, trouver manière de reconnecter avec une absente de taille, chamboulant un équilibre précaire, noyé trop facilement dans l’alcool ou la musique (le "Spacer" de Sheila résonne, comme une belle version de "Piensa en Mi" de Luz Casal ou de "Mon amie la rose"). Face à elle, Eric Cantona incarne un homme solitaire, avec une certaine élégance. Découvert en séance spéciale au Festival de Cannes, "Les Matins Merveilleux" est un récit de retour à la vie, porté par ces petits riens qui provoquent surprise ou élan, ces choses qui permettent de rattraper des moments jusque là non vécus, et ces rencontres qui changent parfois beaucoup. En douceur, on se laisse embarquer dans ce voyage en territoire intime, qui affiche un humour discret (la start up de CBD pour chiens, les commentaires sur la télé réalité…) et offre avec ce personnage impliqué vis à vis des autres, de beaux moments d’émotion.(Abus de ciné)
A 20h00 Apéritif offert par Entretoiles
D'OU VIENT LE VENT
de Amel Guellaty · Eya Bellagha · Slim Baccar · Sondos Belhassen. Genre : Comédie Dramatique. Nationalité : Tunisie. Année de sortie : 2026. Durée : 01h40
A 20h30

Découvert lors du festival des Cinémas du Sud à l’Institut Lumière, le magnifique "D’où vient le vent", est une ode à la liberté d’une jeunesse tunisienne sous contraintes et un encouragement clair à prendre son destin en main. Introduisant en quelques jolies scènes, les caractères différents des deux protagonistes, deux amis dans la vingtaine, Alyssa, spontanée et téméraire, et Mehdi, réservé et franc, Amel Guellaty les embarque tous les deux dans un road movie sensible et poétique, que l’on recommande chaudement. En effet, le métrage est à la fois drôle (les différents obstacles à leur périple, et les manœuvres pour les dépasser...) et politiquement courageux, dénonçant avec une certaine acuité les blocages auxquels sont confrontés les jeunes tunisiens : absence de débouchés, lourdeurs administratives, crise économique, mépris de classe, services défaillants, corruption, copinages…
Mais au-delà de ces thématiques, qui créent quelques comiques de situations bien sentis, c’est aussi la situation de la femme qui est aussi représentée, par le portrait rapidement de la mère, l’instance d’un garagiste intéressé, les regards sur les tenues légères, les réputations de filles faciles, la parole mise en doute lors d’agressions… Si "D’où vient le vent" séduit autant, c’est que sous la comédie sociale se cachent des montagnes de poésie, qui percent par moments au travers des petites histoires que conte Mehdi sur les étoiles, les nuages, les vagues, le vent… Et que la mise en scène de Amel Guellaty se permet de belles audaces, prenant ponctuellement des aspects fantastiques, représentant les pensées ou états d’esprit d’Alyssa ou Mehdi (la prof voilée se mettant soudainement à danser en remettant les copies, la main d'Alyssa, libre, par la fenêtre de la voiture, autour de laquelle s’enroulent des tiges de fleurs, les proches de Mehdi méprisants aux têtes de cochons, la fille en boîte de nuit, qui décolle dans les airs…). Ces moments de légèreté ou de douceur contrastent avec bonheur avec le reste d’un récit, comique mais porteur d’un fond plus âpre, ou plus dur lorsque le conflit arrive. Inattendu dans sa double conclusion, "D’où vient le vent" est au final un portrait délicieux et drôle d’une jeunesse en mouvement, teinté d’une irrésistible poésie aussi libre que le vent. (Abus de ciné)