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Nos actualités

TAPIS ROUGE Samedi 10 otctobre

Le 08/10/2026

Vendredi 10 octobre 2026 à 20H20

 

FJORD

 

Christian Mungiu fait partie des habitués du Festival de Cannes, notamment depuis sa Palme d’Or reçue en 2007 pour "4 mois, 3 semaines, 2 jours". Depuis, il a obtenu le Prix du scénario pour "Au-delà des collines" et le Prix de la mise en scène pour "Baccalauréat". C’est donc peu dire qu’au moment des premières images diffusées au sein du Grand Théâtre Lumière, les cinéphiles du monde entier frémissaient de voir ce qu’allait nous réserver "Fjord". Il ne fallait pas attendre bien longtemps pour comprendre que nous étions face à un nouveau coup de génie du cinéaste roumain.

La caméra s’intéresse à la famille Gheorghiu s’installant dans un petit village au bout d’un fjord. Elle est norvégienne, il est roumain. Ils ne sont pas vraiment chez eux, mais la greffe avec les locaux semble prendre, en particulier avec les voisins dont une amitié profonde va naître entre l’aînée des nouveaux venus et l’ado rebelle d’à côté. Au cœur de l’immensité de ces paysages glacés, les cœurs sont réchauffés par les échanges de politesse et les marques d’affection, les cheminées deviennent des lieux de rassemblement autour desquelles on s’amuse et on chante.

Certes, les Gheorghiu appliquent des principes évangélistes très strictes, qui dénotent dans cette société plutôt progressiste. Mais il ne s’agit que d’une éducation où l’on préfère lire les textes sacrés plutôt que d’aller sur Youtube, ça fait rire de loin, la moquerie étant facile, mais rien de problématique. Jusqu’au jour où une représentante de l’Aide à l’Enfance débarque dans la maison pour leur retirer la garde de leur progéniture, nourrisson inclus. Elia aurait des ecchymoses dans le dos. Elle aurait avoué que sa mère en était la responsable. Nos certitudes s’écroulent. Étions-nous témoins de l’impensable depuis le début ? Est-ce que les formules autoritaires du père étaient synonymes de coups en cas de désobéissance ?

Démarre un drame au scénario éminemment intelligent et malin, où chaque conviction sera interrogée, avec nuance et contraste. Car dans ce film, tout n’est jamais noir ou blanc, le spectateur se trouvant en juge d’un procès auquel il est bien difficile d’apporter une sentence unique. Pamphlet contre le dogmatisme et les raccourcis dévastateurs, le métrage est une leçon cinématographique, où chaque scène vient questionner le public au plus profond des êtres, nous poussant même à envisager que nous soyons nous-mêmes les méchants de cette histoire. Dans cette œuvre implacable, où la morale prend toutes les couches de l’ambiguïté, chacun pourra avoir son point de vue, ses croyances et ses opinions, mais Christian Mungiu ne prendra lui jamais partie, préférant la complexité des situations aux solutions toutes trouvées.

Est-ce que ce logis est dysfonctionnel ou est-ce qu’on attaque une pratique religieuse ? Les enfants sont-ils victimes ou simplement dépassés par un petit mensonge ? Est-ce que c’est uniquement le patriarche qui se rend coupable d’actes illicites ou bien les deux ? Est-ce qu’une gifle de temps à autre est plus traumatique qu’une séparation forcée et définitive de son foyer ? On pourrait encore continuer cette liste sur plusieurs lignes tant "Fjord" est un film vaste et total, porté par des acteurs éblouissants et par une mise en scène qui sublime un scénario brillant sans jamais surligner ce qui peut et doit rester silencieux. Indéniablement, l’un des grands moments de cette 79ème édition du Festival de Cannes, récompensé fort justement par la palme d’or.(Abus de ciné)

 

TAPIS ROUGE Vendredi 9 otctobre

Le 08/10/2026

Vendredi 9 octobre 2026 à 20H20

 

SOUDAIN

 

Depuis "Senses", Hamaguchi s’est imposé comme un cinéaste à part, pour qui le temps n’a pas de vocation à être elliptique. Dans ses œuvres, on va au plus profond des âmes, des voyages au cœur de l’intime, où la grâce tutoie souvent le sublime. Si pour la première fois, le réalisateur japonais pose sa caméra en France, il n’a pas abandonné ses méthodes et l’essence de sa filmographie, nous offrant un nouveau récit bouleversant, où la pudeur des personnages ose s’oublier pendant quelques instants, dans des petits gestes, dans les silences au milieu des logorrhées.

Pendant plus de 3 heures, "Soudain", au titre presque ironique, nous montre une directrice d’EHPAD, en proie à des difficultés d’autorité avec ses équipes, pas toujours réceptrices aux pratiques de leur dirigeante. En effet, Marie-Lou ne compte pas faire de son établissement un énième mouroir, d’autant plus dans un pays récemment ébranlé par plusieurs scandales de maltraitance. Elle déploie ainsi le concept d’« humanitude », qui vise à accompagner les séniors dans le respect de leur dignité, en mettant notamment l’accent sur l’autonomie des personnes âgées et la mise en place d’un lien bienveillant et empathique entre l’aidant et le patient.

Si vous n’êtes pas familier avec ce précepte, ne vous inquiétez pas, le film vous en donnera tous les détails, en long, en large et en travers. C’est extrêmement bavard, cela devrait être soporifique. C’est tout le contraire, l’art du dialogue du metteur en scène touche ici au transcendant, aboutissant à un résultat saisissant, d’une ampleur aussi puissante que l’est paradoxalement la modestie de l’ensemble. Surtout, le métrage n’est jamais une exploration théorique, les paroles sont libres, fluides, on n’explique pas, on se livre, on se révèle, on se regarde. Même lorsqu’il s’agit d’immortaliser un paperboard avec des schémas sur le capitalisme, l’objectif ne s’éloigne jamais de cette émotion qu’il arrive à capter, de ces hésitations dans la voix qui disent tout.

Car "Soudain" est aussi un instantané d’une rencontre qui change une vie. Comme pour les Jesse et Céline de "Before Sunrise", le hasard aboutit à une entente fusionnelle, peu importe la nature des sentiments qui la bâtissent. Ryūsuke Hamaguchi s’intéresse alors aussi bien à cette relation naissante qu’à ses multiples potentialités, celles qui se réaliseront peut-être et celles vouées à rester chimériques du fait de l’état de santé de l’une des deux protagonistes. Tel un cadeau de début de ce Festival de Cannes 2026, le film est une plongée déchirante et épurée au cœur de la psyché de deux êtres, une œuvre lumineuse où les émotions sont vives, brutes, sans artifice. On en ressort le cœur déchiré, abasourdi par une telle maîtrise cinématographique. Et on se dit que trois heures peuvent donner le ressenti de quelques secondes. (Abus de ciné)

 

TAPIS ROUGE Dimanche 11 octobre

Le 08/10/2026

 

 

Dimanche 11 octobre 2026

 

L'AVENTURE REVEE. 17h30

 

Prix du jury mérité au dernier Festival de Cannes, "L'Aventure Rêvée" est un film surprenant qui vous happe par son rythme en apparence nonchalant, alors que de nombreuses menaces semblent planer sur ses personnages. Alors que l'on croit tenir en Said (Syuleyman Alilov Letifov, vu dans "Western") celui-ci disparaît au bout d'une heure de film, laissant planer le doute sur ses activités, le but réel de sa venue, mais aussi les ramifications d'un passé jonché de sales histoires. C'est ainsi à l'errance de Veska, l'archéologue, qui délaisse ici son chantier pour retrouver son ami et tenter de résoudre ses problèmes, que l'on va assister, entre tensions, plongée dans un lieu gangrené par diverses mafias et petit caïds qui se rêvent en grands bandit.

Au-delà, le film aborde des sujets qui font un portrait peu reluisant de ces confins de l’Europe, loin de toute règle, où chacun semble se débrouiller comme il peut, avec la pauvreté, avec le droit de propriété, avec la frontière. Il évoque ainsi la violence de la « bulgarisation », au travers des multiples changements de prénoms de Said, le sort des femmes avec ces Polonaises installées dans un ancien hôtel semblant abandonné du fait de la modernisation autoroutière mais aussi les risques encourus par le personnage central, ou encore la difficulté de sortir la jeunesse de l’influence mafieuse… Tel une parenthèse dans une sorte de no man’s land entourant un chantier de fouille inondé de soleil, "L'Aventure Rêvée", nouveau film de Valeska Grisebach ("Western", "Désir(s)") nous attache facilement à ses deux protagonistes, cherchant à retrouver du lien et de l’appartenance dans une contrée abîmée, et offre un rôle fort à Yana Radeva. (Abus de ciné)

 

ULYSSE.  21h00

Un film de Laetitia Masson Avec Élodie Bouchez, Alphonse Roberts, Stanislas Merhar, Romane Bohringer, Gringe, Thomas Badinot, Thibaut Mahieux - 2026 - 1h37 - Sélection Un certain regard
 

Ulysse" est un film de combat et de détermination, celui d’une mère, décidée à ne rien lâcher pour son enfant, en voulant lui offrir la possibilité d’une vie la plus normale possible. Décrivant le véritable parcours du combattant d’un couple, vivant du coup lui-même des hauts des bas, le film, qui avance par ellipses temporelles, suit autant les évolutions de l’enfant que les étapes d’un parcours administratif, d’écoles en centres spécialisés, d’accompagnements personnalisés en institutions agréées. Car derrière les parcours humains d’une mère révoltée, d’un père rongé par la peine, et d’un orthophoniste dévoué, se dévoile une dénonciation en règle des manques de capacité, des contrôles insuffisants sur certaines structures, et d’un manque de moyens qui va de paire avec une logique d'abandon jugée inacceptable.

Questionnant tout de même ponctuellement la persévérance effrontée de la mère, au travers de rudes dialogues avec le père ou d’engueulades avec des responsables de structures débordés ou inattentifs, le long métrage de celle à qui l’on doit "À Vendre", "En avoir (ou pas)", ou encore "La Repentie", fait mouche en alignant des dialogues et situations particulièrement justes. Présenté en clôture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes, "Ulysse", allusion à peine voilée, après une scène de choix du prénom dont n'aura pas le résultat à l'écran, au personnage de l'Odyssée, devant ici dépasser des obstacles hors normes pour parvenir à trouver sa place en société. Seule ombre au tableau, le choix d’une quasi omniprésence de morceaux de pianos, joués, répétés, enregistrés par le mari, qui envahissent inutilement de trop nombreuses scènes, après avoir ponctuellement souligné les états d’esprits des parents dans d’autres. Un artifice dont n’a nul besoin la tension du film, remarquable par l’interprétation d’une Elodie Bouchez habitée, que l’on voit déjà en lice pour les prochains César.(Abus de ciné)

 

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