Réalisation : Naomi Kawase
Casting : Vicky Krieps, Kan’ichiro, Ojiro Nakamura, Misaki Kakano, Haruto Tsuchiya, Ukyo Todoshi
Scénario : Naomi Kawase

Passé par la compétition du Festival de Locarno l’été dernier, le nouveau film de Naomi Kawase est un film de contrastes, s’appuyant sur la différence culturelle entre Japon et Occident pour dénoncer de nombreuses morts d’enfants inacceptables. En effet, dans une présentation qu'elle fait à d'autres médecins locaux, Corry, médecin française, présente un tableau effrayant concernant les temps d’attente pour une transplantation cardiaque : quand elle est de 88 jours en Espagne, elle atteint 1700 jours au Japon, soit plus de 4 ans… Une situation qui ne pourra évoluer sans un changement de mentalités, sur lequel le film insiste, autant dans les échanges entre membres du corps médical que dans sa conclusion, qui ose montrer une opération à cœur ouvert, en affirmant la survie d’un enfant « sous une autre forme », au travers du don de son cœur à un autre.
Militant, le nouveau film de la réalisatrice de "La Forêt Mogari", "Still the Water" et "Vers la lumière", dispose d’un montage complexe, mêlant différentes temporalités des 3 années passées par le personnage au Japon (et des composantes de sa vie privée autour du jeune Jin, qu’elle rencontre au début du film, lors d’un trail en forêt, mais qu’elle a bien du mal à comprendre dans ses réactions ou son rapport au monde voire au temps), et son passé à Paris. Si ces allers-retours nous perdent un peu parfois, notamment par la brutalité des retours au temps présent, c’est sans doute pour incarner l’impossibilité du changement. Magnifiant comme à son habitude le contact avec la nature, qui aurait mérité d’éviter les réflexions à voix basse du personnage, souvent inutiles et trop explicites, et la relation à la lumière (Hikari) ou au son, Kawase use un peu trop de symboliques (parallèle entre la forêt irriguée par sentiers ou rivières et corps humain, bracelet à la place de la montre, étoile que l’on ne voit pas mais qui est toujours là…) pour rester dans la légèreté.
En résulte un long métrage à l’émotion qui pointe son nez du côté du rapport aux enfants, incluant leurs parents dans cette lutte entre vie et mort, mais qui ne parvient pas à trouver la même tonalité côté enjeux privés pour Corry : deuil, relation de couple, bénéfice d’une autre culture… Reste aussi une actrice une nouvelle fois formidable, dans son mélange d’élan, de révolte et de tristesse charriée : Vicky Krieps. À elle seule, confrontée à ces gens qui tentent de parler des bribes de sa langue, elle incarne le petit trublion parfois trop impliqué, que Naomi Kawase jète avec courage au yeux et oreilles de ses congénères. Un film engagé et important, à défaut d’être un grand film.(Abus de ciné )