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SOIREE A 1 FILM - ENTRETOILES

Le 16/09/2026

Vendredi 18 Septembre 2026 à 20H00
En partenariat avec le musée des Beaux-Arts de Draguignaan

 

LES ROCHES ROUGES

 

C’est les vacances. Le soleil, aveuglant, cogne sévèrement. Le début d’après-midi, a fortiori dans les villes balnéaires du littoral méditerranéen, c’est l’heure chaude, très chaude, rythmée par le « chant » assourdissant des cigales, où les adultes repus désertent les terrasses, les rues, les plages – l’heure de la sieste. L’heure à laquelle les gamins désœuvrés, souvent livrés à eux-mêmes, enfourchent leurs bicyclettes ou leurs quads électriques, se retrouvent par petites bandes, s’approprient la ville et ses abords, partent à l’aventure. C’est à cette heure-là que sous le viaduc, sur la route qui mène au bord de mer, se retrouvent quotidiennement Géo (le mini chef de gang, version enfantine de P’tit Quinquin), Marion et Rouben – cinq ans chacun, six maximum, gamins de prolétaires envolés de leurs cages familiales respectives pour faire, à leur échelle, les quatre cents coups. Rouler comme les grands dans les rues désertes. Se livrer à de menus larcins dans des voitures de piqueniqueurs restées ouvertes. Et surtout, un peu à l’écart de la petite ville, grimper en haut des rochers (rouges) qui surplombent une petite crique pour, au mépris du danger, se jeter hardiment dans l’eau. Mais les roches rouges, c’est aussi le terrain de jeu d’un autre groupe de gosses du même âge – ceux-là plutôt issus des beaux quartiers : Do, B et Eve. De la confrontation des deux bandes naît, entre Eve et Géo, quelque chose que leurs cinq ans ne leur permettent pas de définir, qui s’apparenterait à un coup de foudre. C’est tout ? C’est tout. C’est d’une simplicité enfantine, filmé avec une invraisemblable liberté et des moyens dérisoires – mais d’une ambition d’expression sans borne et d’une sidérante beauté.

Insaisissable candeur du filmeur de fond : malgré ses treize longs métrages au compteur, ses deux séries télévisées à succès, sa reconnaissance internationale, Bruno Dumont n’en finit pas de nous « surprendre à rebrousse-poil », de perpétuellement se réinventer. Comme si, en gamin éternellement émerveillé, il n’en finissait pas, nonobstant ses trente ans de carrière, de s’extasier devant ce prodige : l’immense privilège qu’il a de « faire du cinéma ». À chaque fois qu’on l’a cru dans une impasse, ayant épuisé toutes les ressources de son art, au bord d’en répéter paresseusement les motifs les mieux maîtrisés : paf ! Il a incontinent fait volte-face, mis délibérément son parachute en torche, jeté au tout-à-l’égout son savoir-faire avec l’eau du bain, donné un vigoureux coup de pied au fond de la piscine (on a le choix des métaphores), planté là sans plus s’en soucier ses contempteurs comme ses adorateurs – et, en artisan curieux de toujours se perfectionner, remis sur le métier son ouvrage pour patiemment, inlassablement, tout reprendre à zéro. Dégrossir. Simplifier. Épurer. Passer des chroniques sociales radicales de La Vie de Jésus et de L’Humanité au sulfureux Twenty-nine palms, puis du sublimement bressonnien Hors Satan aux farcesques et surréalistes P’tit Quinquin et Ma Loute, partir explorer dans un sidérant diptyque adapté de Péguy la mystique de Jeanne d’Arc, exploser tous les codes et les frontières entre les genres cinématographiques avec L’Empire en localisant dans la clarté sablonneuse de la côte d’Opale une métaphysique de la guerre du bien, du mal et des étoiles… Il nous offre aujourd’hui avec Les Roches rouges, relecture inspirée de Roméo et Juliette, un film à nul autre pareil – dépouillé à l’extrême de tous ses artifices. Fascinant. Troublant. Solaire. Émouvant. Et beau. Terriblement beau.

 

 

 

SOIREE A 1 FILM - ENTRETOILES

Le 16/09/2026

Dimanche 20 Septembre 2026 à 20H00

 

En partenariat avec Théâtres en Dracénie qui reçoit prochainement, le 16 octobre, Abd al Malik en concert.

FURCY, NE LIBRE

Un film de Abd Al Malik
 

Furcy, esclave parmi tant d’autres, homme asservi par d’autres au milieu de ses semblables, n’a rien du héros prédestiné et c’est sans doute ce qui rend son parcours si bouleversant. Ce que le film raconte, au plus près du corps meurtri et de l’âme fière de cet homme, c’est le combat infatigable d’un être pour sa liberté, sa lutte acharnée pour retrouver sa dignité et sa place auprès de ses frères humains.

Ile Bourbon (actuelle Ile de la Réunion), 1817. Le jour où il apprend que sa mère, esclave affranchie avant sa naissance, faisait de lui un homme libre depuis toujours, tout vacille pour Furcy (Makita Samba). « Né libre » : deux mots qui changent tout. Il décide d’intenter un procès à son maître, Joseph Lory, pour faire valoir ses droits. Commence alors un parcours semé d’obstacles, d’espoirs déçus, de lenteurs insupportables, de méandres juridiques et administratifs. Deux figures masculines vont encadrer ce combat : d’un côté, le « maître » (Vincent Macaigne), héritier paresseux d’un système qu’il ne remet jamais en question, persuadé que l’ordre des choses suffit à justifier l’injustice. Ce n’est pas un tyran, il se croit même bon envers celui qu’il considère « presque comme un fils », mais il est enfermé dans sa propre inertie morale, dans sa suffisance d’homme blanc fortuné et puissant. De l’autre, Boucher, l’avocat venu de métropole (Romain Duris), animé par un mélange d’idéalisme, de sincérité et parfois d’arrogance, qui voit dans la défense de Furcy autant un combat juridique qu’un défi lancé à l’ordre colonial. Leur présence respective autour du protagoniste principal forment comme un étau, oppressant, étouffant, infantilisant. Furcy va naviguer entre ces deux pôles, cherchant inlassablement son propre chemin, car la liberté est aussi à ce prix : ne jamais se laisser définir ni instrumentaliser par le regard de l’autre, quelles que soient ses intentions à son égard.
Les années passent, les démarches s’accumulent, les humiliations aussi, mais Furcy continue d’avancer, même brisé, même enchaîné. En 1847, enfin, après un procès médiatisé, la Cour royale de Paris tranche… `

« Ça parle de nous, toutes et tous. C’est l’histoire de l’esclavagisme mais pour moi, Furcy, né libre est davantage un film sur son abolition. Et la réalité est que je m’adresse aux humains que nous sommes. Aimé Césaire disait : “Noir comme un département de l’humanité”. Et moi, je pars du fait que je suis noir et que c’est mon histoire, comme on peut partir du fait qu’on est femme, comme on peut partir du fait qu’on vient de tel milieu socio-culturel favorisé ou défavorisé, etc. La réalité, c’est que je parle de tous et à tous. L’Histoire est ce qu’elle est. Il y a un pays, le nôtre, la France, qui se construit sur le droit, et, de jurisprudence en jurisprudence, on en arrive à aujourd’hui, avec cette idée d’égalité entre les Humains. C’est ce processus que je voulais raconter, dire comment quelqu’un qui a un statut d’esclave met le colon ou le civilisateur face à sa responsabilité, puisqu’il se proclame garant de la civilisation et du droit. À un moment il faut être cohérent avec tout ça, jusqu’au bout. Et ça, ça vaut à l’époque de Furcy, mais aujourd’hui aussi ! » Abd Al Malik

 

CINE_CLUB ENTRETOILES

Le 11/12/2025

Ciné club Entretoiles au CGR : mercredi 16, jeudi 17, vendredi 18, lundi 21 et mardi 22 septembre 2026 à 17H50

THE CHRISTOPHERS

 

À eux seuls le charme et l’abattage impressionnants du duo d’interprètes britanniques – Ian McKellen qu’on ne présente plus et Michaela Coel qui est une véritable découverte pour qui ne l’a pas vue dans ses séries HBO ou Netflix – suffiraient à justifier la vision de ce nouveau film du très éclectique Steven Soderbergh, qui signe ici une œuvre discrète, presque intimiste. Unité de lieu, d’action – et presque de temps : le réalisateur et son scénariste Ed Solomon se sont débarrassés de toute fioriture, ont épuré le récit et la mise en scène pour se concentrer sur les personnages et leurs interprètes, avec comme objectif une forme simple en apparence – mais d’une intense richesse émotionnelle. Le résultat est un petit bijou d’écriture ciselée, précise, percutante où chaque réplique fait mouche, et où la prose virevolte comme les vers d’un grand drame élisabéthain.

Julian Sklar, ancienne figure majeure du pop art londonien célébrée dans les années 1960/1970, est devenu un vieux bonhomme excentrique et misanthrope qui, après s’être commis dans des émissions télé vulgaires de type Nouvelle star pour artistes plasticiens en herbe, n’a plus rien peint depuis des décennies. Il vit reclus dans sa grande maison bourgeoise de Londres, véritable capharnaüm à l’image de ce qu’a été sa vie : foutraque, fuyante, sans limite entre l’art, l’être et le paraître. L’artiste, définitivement inséparable de l’homme, n’a plus de comptes à rendre à personne, ni aux galeristes, ni aux mondains, ni aux critiques. Ses seuls contacts avec le monde sont la visite régulière d’une masseuse et, derrière son écran d’ordinateur, les dédicaces qu’il vend à des admirateurs, monnayant sa signature pour payer ses factures. Dans son atelier, les huiles, les pinceaux, les pots, l’ocre, le carmin, le cyan, les toiles vierges et les cadres en bois sont depuis longtemps oubliés dans un coin…

Mais au dernier étage de la maison bat encore timidement, sous un lit de poussière, un cœur brûlant, objet de toutes les convoitises : « The Christophers », une série de huit toiles inachevées. « Toutes les convoitises » ? Non. Seulement celles des deux quadragénaires mesquins qui lui font office de descendance : Barnaby et Salli, frère et sœur mi-andouilles, mi-ignares qui n’attendent qu’une chose : que le vieux qui a joué dans sa vie bien des rôles, mais pas celui du père aimant, passe l’arme à gauche pour pouvoir palper l’héritage. Et bien sûr, si les fameux « Christophers » pouvaient être achevés, ils n’en auraient que plus de valeur. Ils font alors engager Lori, restauratrice talentueuse (et donc un peu faussaire) comme « assistante » de Julian – avec comme mission secrète de finir les huit toiles. Mais le vieux a beau être malade, solitaire comme un loup et cinglant comme un crachin londonien, il n’a rien perdu ni de sa verve, ni de sa perspicacité, ni de son charme insolent de grand manipulateur.

Elle est calme, il est impétueux. Dans un huis-clos qui sent bon la térébenthine, ces deux-là que tout oppose ont un langage commun : celui de l’art. C’est cette conversation passionnante que filme Steven Soderbergh avec un plaisir évident et partagé, nous offrant le chant du cygne bouleversant d’un homme que la peinture viendra saisir une dernière fois et qui fera sienne cette pensée de Gilles Deleuze : « L’art, c’est ce qui résiste : il résiste à la mort, à la servitude, à l’infamie, à la honte ».