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TAPIS ROUGE Dimanche 11 octobre

 

 

Dimanche 11 octobre 2026

 

L'AVENTURE REVEE. 17h30

 

Prix du jury mérité au dernier Festival de Cannes, "L'Aventure Rêvée" est un film surprenant qui vous happe par son rythme en apparence nonchalant, alors que de nombreuses menaces semblent planer sur ses personnages. Alors que l'on croit tenir en Said (Syuleyman Alilov Letifov, vu dans "Western") celui-ci disparaît au bout d'une heure de film, laissant planer le doute sur ses activités, le but réel de sa venue, mais aussi les ramifications d'un passé jonché de sales histoires. C'est ainsi à l'errance de Veska, l'archéologue, qui délaisse ici son chantier pour retrouver son ami et tenter de résoudre ses problèmes, que l'on va assister, entre tensions, plongée dans un lieu gangrené par diverses mafias et petit caïds qui se rêvent en grands bandit.

Au-delà, le film aborde des sujets qui font un portrait peu reluisant de ces confins de l’Europe, loin de toute règle, où chacun semble se débrouiller comme il peut, avec la pauvreté, avec le droit de propriété, avec la frontière. Il évoque ainsi la violence de la « bulgarisation », au travers des multiples changements de prénoms de Said, le sort des femmes avec ces Polonaises installées dans un ancien hôtel semblant abandonné du fait de la modernisation autoroutière mais aussi les risques encourus par le personnage central, ou encore la difficulté de sortir la jeunesse de l’influence mafieuse… Tel une parenthèse dans une sorte de no man’s land entourant un chantier de fouille inondé de soleil, "L'Aventure Rêvée", nouveau film de Valeska Grisebach ("Western", "Désir(s)") nous attache facilement à ses deux protagonistes, cherchant à retrouver du lien et de l’appartenance dans une contrée abîmée, et offre un rôle fort à Yana Radeva. (Abus de ciné)

 

ULYSSE.  21h00

Un film de Laetitia Masson Avec Élodie Bouchez, Alphonse Roberts, Stanislas Merhar, Romane Bohringer, Gringe, Thomas Badinot, Thibaut Mahieux - 2026 - 1h37 - Sélection Un certain regard
 

Ulysse" est un film de combat et de détermination, celui d’une mère, décidée à ne rien lâcher pour son enfant, en voulant lui offrir la possibilité d’une vie la plus normale possible. Décrivant le véritable parcours du combattant d’un couple, vivant du coup lui-même des hauts des bas, le film, qui avance par ellipses temporelles, suit autant les évolutions de l’enfant que les étapes d’un parcours administratif, d’écoles en centres spécialisés, d’accompagnements personnalisés en institutions agréées. Car derrière les parcours humains d’une mère révoltée, d’un père rongé par la peine, et d’un orthophoniste dévoué, se dévoile une dénonciation en règle des manques de capacité, des contrôles insuffisants sur certaines structures, et d’un manque de moyens qui va de paire avec une logique d'abandon jugée inacceptable.

Questionnant tout de même ponctuellement la persévérance effrontée de la mère, au travers de rudes dialogues avec le père ou d’engueulades avec des responsables de structures débordés ou inattentifs, le long métrage de celle à qui l’on doit "À Vendre", "En avoir (ou pas)", ou encore "La Repentie", fait mouche en alignant des dialogues et situations particulièrement justes. Présenté en clôture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes, "Ulysse", allusion à peine voilée, après une scène de choix du prénom dont n'aura pas le résultat à l'écran, au personnage de l'Odyssée, devant ici dépasser des obstacles hors normes pour parvenir à trouver sa place en société. Seule ombre au tableau, le choix d’une quasi omniprésence de morceaux de pianos, joués, répétés, enregistrés par le mari, qui envahissent inutilement de trop nombreuses scènes, après avoir ponctuellement souligné les états d’esprits des parents dans d’autres. Un artifice dont n’a nul besoin la tension du film, remarquable par l’interprétation d’une Elodie Bouchez habitée, que l’on voit déjà en lice pour les prochains César.(Abus de ciné)