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Assemblées générales

Le 31/01/2026

Assemblée générale d’Entretoiles

 

Elle se tiendra le vendredi 13 février 2026 à 18h30 à la salle Lily Pons du Théâtre de Draguignan, et sera suivie   d'un buffet. Merci de noter la date de ce moment d’échanges dans vos   agendas.

Si vous ne pouvez être   présent(e), la procuration ci-jointe vous permettra néanmoins de participer à   cette importante AG lors de laquelle nous délibèrerons sur une révision de nos statuts et d’autres sujets (détails dans le texte de la   procuration ci-jointe).

 

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SOIRÉE ENTRETOILES à 2 FILMS

Le 31/01/2026

Soirée Entretoiles à 2 films

 

Dimanche 8 Février 2026

 

L’ENGLOUTIE
à 17H40

Réalisé par Louise HÉMON - France 2025 1h38 - avec Galatea Bellugi, Matthieu Lucci, Samuel Kircher, Sharif Andoura... Scénario de Louise Hémon et Anaïs Tellenne. PRIX JEAN VIGO 2025.

L engloutie visuel

L’obscurité est l’une des choses les plus difficiles à obtenir au cinéma, et le noir une couleur presque impossible à rendre dans toute son épaisseur. C’est pourtant dans d’épaisses ténèbres que commence L’Engloutie, une nuit d’hiver et d’encre dont émergent d’abord les points chauds de lanternes, puis quelques silhouettes fragiles qui s’avancent vers la caméra, sous le patronage d’arbres fantomatiques. Dans les chaumières, les visages n’émergeront qu’à la flamme de l’âtre, pour retourner aussitôt à l’ombre…
En 1899, dans une vallée isolée des Hautes-Alpes, une jeune institutrice, Aimée (Galatéa Bellugi), arrive, lors d’une nuit venteuse, dans un hameau figé dans les neiges et encerclé par les montagnes. Au jour levant, c’est alors la blancheur intégrale qui succède à l’obscurité. Venue faire la classe aux enfants du village – où seuls les hommes demeurent pendant que les femmes servent à la ville –, Aimée se heurte à l’illettrisme, aux superstitions, au manque d’hygiène.
Celle qui prétend apporter la lumière doit d’abord composer avec un monde qui vit sans. Peu à peu pourtant, elle se fond dans la petite communauté hirsute, assistant le soir aux réunions, où l’on écoute les récits légendaires des ancêtres au coin du feu. Une nuit, une avalanche emporte un jeune villageois (Samuel Kircher en faune des montagnes), et alors tout change.
S’engouffrant dans ce quasi-huis clos topographique, hors du temps et de l’histoire, le film s’inscrit dans une certaine tradition de cinéma rural et réaliste, attiré par les poches d’archaïsme paysan – de L’Arbre aux sabots(Ermanno Olmi, 1978)… jusqu’au récent Vermiglioou la Mariée des montagnes (Maura Delpero, 2024)… Mais L’Engloutie saisit surtout par la rigueur avec laquelle il se frotte à ce monde rude et ancien : format carré qui renvoie aux origines du cinéma, plans fixes ancrés dans le paysage, observation des coutumes villageoises et du dialecte vivaro-alpin, goût des clairs-obscurs éclairés à la flamme, toutes choses qu’exalte la photographie alcaline de Marine Atlan. L’alternance entre scènes de genre et portraits, entre l’étendue et les visages, donne au film une assise très sûre.
Si notre regard s’enchâsse dans celui d’Aimée pour appréhender ce monde alpin inentamé, sa mission éducative n’en apparaît pas moins, aussi, comme une intrusion – la diffusion « coloniale » du savoir. Or, ce que cherche Louise Hémon dans ce réalisme à l’os n’est pas tant la rigueur ethnographique qu’un certain voisinage avec le fantastique. Sa caméra traque les forces telluriques qui traversent les êtres et les lieux, la densité du roc, l’écho souterrain qui renvoie l’image à sa matérialité. La déclivité du décor, les maisons caverneuses, la menace sourde des avalanches : tout renvoie ici à un imaginaire du gouffre, à la verticalité de l’abîme…
À rebours des « lumières » qu’elle prétend apporter, Aimée va se laisser submerger par l’irrationnel. La vallée devient pour elle, en pleine poussée de sève, la caisse de résonance de ses propres désirs : gestes solitaires sous les draps, gémissements masculins surpris dans le creux d’une grotte, jusqu’à l’étreinte qui aboutit chez elle un soir d’ivresse.
C’est alors, et très subtilement, que le film orchestre un basculement intérieur. Les ombres s’allongent, la présence de l’institutrice se nimbe d’étrangeté, sa silhouette se brouille – qu’elle soit prise dans le blizzard ou que son reflet spectral apparaisse sur une vitre. Est-ce elle qui se dissout dans le paysage, ou les lieux qui se referment sur elle ? Reste qu’entre l’héroïne et le site, une étrange transmission s’organise.
Sans jamais recourir au surnaturel ni à l’horreur, L’Engloutie joue habilement de la réclusion et de l’intemporalité, des lumières et des matières, du climat et de l’attente, pour paver le retour du pulsionnel archaïque. Cette force obscure du passé, qu’à une époque pas si lointaine on crut propre aux peuplades reculées, n’est-ce pas elle qu’on entend gronder férocement au fond de nous ? (Mathieu Macheret, Le Monde)

 

Apéritif Entretoiles Offert à 19H30

 

MEKTOUB MY LOVE: CANTO DUE

à 20H00

Réalisé par Abdellatif KECHICHE - France 2025 2h14 - avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Jessica Pennington, Hafsia Herzi... Scénario d’Abdellatif Kechiche etMektoub my love

« Tu peux parler. Il ne faut pas rester bloqué » est la toute première réplique qu’on entend dans Mektoub my love : Canto due. Elle sort de la bouche de son personnage principal, Amin, qui s’adresse à sa partenaire Charlotte alors qu’il est en train de la photographier. Il est impossible de ne pas y voir un commentaire sur le statut de la trilogie Mektoub my love. Si Canto uno est sorti en 2017, sa suite, Intermezzo, projeté au Festival de Cannes en 2019, n’est jamais sortie en salle. Depuis, on avait presque fait le deuil, à la fois de ce Canto due, et même du cinéma d’Abdellatif Kechiche et des polémiques l’entourant.
Disons-le d’emblée : le plaisir de retrouver l’univers de Mektoub est immense. Après cette séquence d’ouverture, le film se prolonge dans une scène de restaurant où toute la famille d’Amin est rappelée au boulot par un couple de riches Américains qui désire manger un couscous tardif. L’été 1994 touche à sa fin. Le récit se déploie quelques semaines après l’endroit où l’avait laissé Canto uno. Jessica, une actrice américaine connue pour son rôle dans une série populaire, passe ses vacances dans le Sud de la France avec son mari, producteur hollywoodien plus âgé. Tandis que la rencontre entre ce couple et l’entourage d’Amin génère de multiples intrigues, à commencer par la perspective pour Amin de voir ses rêves de cinéma se concrétiser, Ophélie met Amin au courant de son désir d’avorter et lui demande de l’aider, dans le dos du père et cousin d’Amin, le dragueur et beau parleur Tony.
Alors quoi de nouveau sous le soleil de Sète ? En rupture totale avec Intermezzo, à la limite de la transe, Canto due est d’une efficacité assez hallucinante, digne d’une série américaine. Le choc des cultures entre ce couple stéréotypé actrice / producteur plus âgé et la famille d’Amin permet à Kechiche de redéployer l’un de ses thèmes de prédilection : la création, à l’aune des dynamiques de pouvoir néo-colonial. Car Jessica et son mari se comportent avec Amin et son entourage comme s’il s’agissait de leur petit personnel. Dans le cas d’Amin, ce néo-colonialisme se double de la domination qu’exerce un producteur hollywoodien sur un jeune auteur français néophyte.
Mais là où Canto due est sûrement le plus fascinant, c’est dans la façon dont il déplace l’autre grande thématique du cinéma de Kechiche : la chair et le désir qu’elle suscite. Kechiche, ce « chair » cinéaste, tendance carnivore, est fasciné par toutes ces formes : la bonne chair, celle qu’on mange, autant que la chair des femmes érotisées, ou dont l’exploitation par la médecine blanche est dénoncée dans Vénus noire. Canto due est vissé aux visages des actrices et des acteurs, tous fabuleux. Le regard de Kechiche sur ces visages, ce qu’ils expriment, cachent, ou refoulent est d’une beauté fulgurante. Quant à la bonne chair, elle est devenue l’apanage des dominants, qui se goinfrent devant celles et ceux qui l’ont préparée et servie.
Passionnant et sublime, le film est aussi très ludique dans les jeux de correspondance qu’il entretient avec les films précédents. Dans une scène vers la fin du film, on entend notamment Zina de Raïna Raï, le même morceau qu’Amin entend dans la première scène de Canto uno lorsqu’il épie Ophélie et Tony en train de faire l’amour. Ce que la réutilisation de ce titre annonce, c’est la situation dans laquelle Amin va se retrouver dans la séquence suivante, non plus voyeur, mais voyeur du voyeur. Revivre les mêmes choses tout en ayant déplacé son regard, c’est en fin de compte tout ce que raconte Canto due. (d’après Bruno Deruisseau, Les Inrocks)

 

 

SOIREE A 1 FILM - ENTRETOILES

Le 21/01/2026

Dimanche 1 Février 2026 à 19H40

 

L'AGENT SECRET

 

Écrit et réalisé par Kleber MENDONÇA FILHO - Brésil 2025 2h38 VOSTF - avec Wagner Moura, Maria Fernanda Candido, Gabriel Leone... Prix de la mise en scène – Prix d’interprétation masculine pour Wagner Moura – Prix des Cinémas Art et Essai – Festival de Cannes 2025.

L agent secret visuelL’Agent secret confirme le talent exceptionnel de Kleber Mendonça Filho (Les Bruits de Récife, Aquarius, Bacurau) : c’est son œuvre la plus spectaculaire, à la fois intimiste et ample, qui, tout en approfondissant ses thématiques de prédilection, se hisse à un niveau de mise en scène exceptionnel et jubilatoire de bout en bout. Ici chaque strate de la narration s’agence à la perfection, chaque protagoniste existe et crève l’écran. C’est du grand, du très grand cinéma. Nous sommes en 1977. Sous un soleil de plomb, une Coccinelle Volkswagen roule jusqu’à une petite station service isolée dans la campagne brésilienne. Son conducteur s’appelle Marcelo (Wagner Moura). Il est en route pour Recife (justement) où il doit retrouver son jeune fils. Pour arriver à bon port, il doit refaire le plein. Mais ce qui l’inquiète dans l’immédiat, ce n’est pas vraiment l’aiguille de la jauge d’essence flirtant vers le zéro, mais plutôt ce cadavre gisant sur le sol, à quelques mètres du capot de sa voiture, à peine caché par un morceau de carton. Et pas besoin d’être un pisteur indien pour se rendre compte que, vu la densité de mouches tournant autour, le corps doit être là depuis quelques jours… Déduction tranquillement confirmée par le pompiste venu à la rencontre de Marcelo, tandis qu’une voiture de police arrive sur les lieux.
Pendant ce temps, dans les rues de Recife, le carnaval se déroule sous haute surveillance et le score morbide de 91 morts fièrement annoncé par la police militaire donne le ton du niveau d’anxiété permanent dans laquelle est plongée la population, muselée depuis 1965 par la dictature du maréchal Castelo Branco. 1977, c’est aussi l’année de sortie au Brésil du film de Spielberg Les Dents de la mer, qui remplit les salles de cinéma de la ville. Un succès boosté par cette dépêche dans les journaux : un requin a été retrouvé à 150 mètres des plages de Recife avec une jambe humaine dans la gueule ! L’enquête est en cours…
De nos jours à São Paulo, deux femmes devant des ordinateurs retranscrivent des archives audio, assemblant comme les pièces d’un puzzle les étapes et les véritables enjeux du retour de Marcelo à Recife en 1977. Un fil narratif qui va nous conduire à faire la connaissance d’une multitude de personnages, hommes et femmes, victimes ou bourreaux, résistants ou collaborateurs d’un système corrompu et violent. Dans ce récit choral, dont le sous-titre pourrait être « Il était une fois le Brésil », fiction et réalité, passé et présent ne cessent jamais de s’alimenter. Kleber Mendonça Filho jongle en maestro avec les éléments de la culture populaire et donne vie à une multitude d’intrigues passionnantes comme autant de variations de couleurs dans un même tableau. Avec finesse et sans jamais les nommer frontalement, le cinéaste déterre ainsi les soubassements des secrets étatiques de son pays et ses mécanismes sournois de contrôle, invitant à se souvenir de toutes ces âmes volontairement écartées ou éliminées de l’Histoire…
L’Agent secret fait partie de ces films très rares qui deviennent instantanément des classiques. (Utopia)

FILMS ENTRETOILES A VENIR

Le 19/12/2025

Les soirées Entretoiles pour janvier 2026

 

Dimanche 25 janvier

Father, mother, sister, brother de Jim Jarmusch : Beaucoup de tabous, de grands moments de sincérité, une douce tristesse, des sourires esquissés : la famille est montrée, analysée, disséquée à travers trois portraits de groupe d’une grande finesse.

Nos ciné-clubs

Semaine du 21 janvier : Les aigles de la république de Tarik Saleh, Un beau, un grand biopic, en cinémascope et en technicolor. Avec du suspense, du drame, de hautes valeurs morales et de l’action !,

Semaine du 28 janvier : Deux procureurs de Serguei Loznitsa, un conte grinçant et cauchemardesque, une peinture excluant toutes couleurs vives, ne laissant que noir, gris, brun, et par endroits rouge sang.

Semaine du 4 février : Love me tender de Anna Cazenave Gambet,  avec beaucoup de délicatesse, la réalisatrice filme la mue passionnante d’une femme qui bataille pour se construire face à une adversité impitoyable.

 

5ème Festival du cinéma asiatique

 

Vous pourrez renouveler votre adhésion Entretoiles en nous retrouvant dans le hall de CGR  avant les séances de la prochaine  soirée Entretoiles ( dimanche 11 et 25 janvier 2026).   Pour la modique somme de 20 euros, vous recevrez une magnifique carte  rouge toute neuve qui sera valable à partir du 1er janvier  2026 et vous donnera accès à tous les trésors de cinéma que nous vous  préparons pour l’année prochaine.  

Vous pourrez également voter à l’Assemblée Générale d’Entretoiles qui se tiendra le vendredi 13 février 2026 au Restaurant du Théâtre de l'Esplanade à Draguignan.  Merci de noter la date de ce moment d’échanges dans vos agendas.

Lors du renouvellement de votre   adhésion, nous vous proposerons de signer une procuration pour cette AG selon le modèle joint à ce message.  Cette procuration sera bien entendu caduque dans le cas où vous  pourriez être présent(e) à l’AG du 13 février.  Si vous ne pouvez être   présent(e), la procuration vous permettra néanmoins de participer à   cette importante AG lors de laquelle nous délibèrerons sur une révision de nos statuts et d’autres sujets (détails dans le texte de la   procuration jointe).

CINE_CLUB ENTRETOILES

Le 11/12/2025

 

Cinéclub

 

Mercredi 28, jeudi 29, vendredi 30 janvier, lundi 2 et mardi 3 février 2026 à 17h50

DEUX PROCUREURS

 

Écrit et réalisé par Sergueï LOZNITSA - Europe 2024 1h58  VOSTF - avec Aleksandr Kuznetsov, Aleksandr Filippenko, Anatoliy Belyy... D’après la nouvelle de Georgy Demidov.

Où que le regard se tourne, la réalité semble perdre toute rationalité, le haut devient le bas, le bourreau la victime, le tyran l’opprimé… Chaque individu se retrouve prisonnier de sa propre boucle algorithmique, face à son double informationnel monstrueux, à ses peurs les plus intimes amplifiées jusqu’à la déraison par des images produites par des intelligences artificielles (dé)génératives qui tendent de plus en plus à s’auto-alimenter. Nos sociétés n’en sont que plus fragilisées, les totalitarismes se nourrissant de ces mécanismes pour arriver au pouvoir et s’y maintenir. Alors que les scientifiques, le pouvoir judiciaire, garant de l’État de droit, et les journalistes qui documentent le réel sont de plus en plus attaqués, il n’a jamais été aussi nécessaire de se replonger dans l’analyse de ces monstres du XXe siècle que l’on croyait connaître et qu’on imaginait disparus.
Sergueï Loznitsa a réalisé peu de fictions, mais toujours des paraboles à l’expressivité, au grotesque monstrueux, et à l’humour extrêmement marquant (My Joy, Donbass, Une femme douce…). D’abord mathématicien spécialisé en intelligence artificielle à l’Institut de Cybernétique de Kiev, il s’emploie surtout, depuis sa bifurcation vers le cinéma dans les années 1990, à chroniquer la réalité de son pays, l’Ukraine, de ses origines soviétiques à la guerre avec la Russie, à travers de nombreux films documentaires : en particulier Le Procès en 2018, basé sur les archives d’un procès-spectacle stalinien de 1930, où des scientifiques soviétiques s’accusèrent publiquement de crimes qu’ils n’avaient jamais commis, instaurant la peur et la suspicion, et annonçant les grandes purges staliniennes de la fin des années 30. L’esthétique hypnotisante de ces images carrées en noir et blanc a nourri son adaptation de la nouvelle de Georgy Demidov (ces archives devaient même à l’origine être utilisées dans la fiction). Arrêté en 1938 à Kharkiv, où il travaillait comme physicien expérimental à l’Institut Technique, Demidov a passé quatorze ans au Goulag, dans les camps qu’il décrivait comme des « Auschwitz sans fourneaux ». Issu de cette expérience, Deux procureurs, écrit en 1969, ne put être publiée que quarante ans plus tard, en 2009.  Inspiré par l’histoire du Capitaine Kopeikin des Âmes mortes de Gogol, avalé par la bureaucratie du régime tsariste à St Pétersbourg, par Le Procès de Kafka, par les contes populaires russes et la thématique du double que l’on retrouve dans de nombreuses paraboles fantastiques, Sergueï Loznitsa a fait de cette nouvelle un conte grinçant et cauchemardesque, une peinture excluant toutes couleurs vives, ne laissant que noir, gris, brun, et par endroits rouge sang… tournée en partie à Riga, dans une prison datant de l’époque impériale russe, récemment fermée pour insalubrité.
1937. Des milliers de lettres de détenus accusés à tort par le régime soviétique sont brûlées dans une cellule de prison. Contre toute attente, l’une d’entre elles arrive à destination, sur le bureau du procureur local fraîchement nommé, Alexander Kornev, bolchévique idéaliste et intègre. Lequel fait tout pour rencontrer le prisonnier, Ivan Stepniak, procureur lui aussi, torturé et proche de la mort, qui lui demande de faire connaître cette injustice. Kornev, agissant selon ce qu’il croit être logique et juste, persuadé qu’il s’agit d’une erreur, va tenter de porter ce témoignage à la connaissance des plus hautes autorités, et découvrira en chemin la réalité du monde totalitaire qui l’entoure…
La composition très subtile des plans fixes qui composent le cadre implacablement carré, scène après scène, de cette histoire, renforce l’aliénation de ce personnage de conte. Le film est à l’image des constructions mathématiques absurdes et fascinantes d’Escher, telle cette Maison aux escaliers où plus rien n’a de sens, dont la mécanique savante emprisonne l’individu pour l’éternité dans une infernale machine. Évoluant dans des décors à l’architecture expressionniste massive et écrasante, rencontrant des personnages au sourire grimaçant et au visage d’une froideur terrifiante, Kornev est comme cet homme qui l’interpelle dans un escalier de l’immeuble au siège de l’administration : « je cherche la sortie ».(Utopia)